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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 00:05

Le thème de cette chronique m’a été inspiré par la mésaventure vécue par Jean-Baptiste Senat, telle que l’a contée Laurent Bazin sur son blog Le  vin de mes amis 
http://levindemesamis.blogspot.com/2008/12/quand-la-belle province-fait-la.html, qui a vu sa Nine échouer aux portes de la SAQ, en dépit d’une excellente notation et d’un très bon rapport qualité/prix, et ce pour insuffisance de notoriété. En effet, comment faire pour percer dans un univers qui privilégie les situations acquises, comme celles des GCC qui vendent du luxe, du statut avant de vendre du vin, ou comme celles des vignerons stars qui vendent des mots avant de vendre leur vin, ou qui s’en remet le plus souvent à ceux qui sont en capacité d’aligner des budgets de promotion permettant de mettre en avant les vins auprès des  consommateurs ? Efficacité commerciale avant tout : les distributeurs de vin ne sont pas des mécènes.

 

Pour autant faut-il tout sacrifier pour entrer dans le système médiatique qui permet de capitaliser de la notoriété par le truchement de la presse spécialisée, des faiseurs de roi ou des juges aux élégances ? « Mais alors ce n'est plus la bouteille qu'on juge... C'est l'attachée de presse ? » s’interroge le chroniqueur en traduisant sûrement le désappointement de JB Senat. L’attachée de presse – je note le féminin utilisé, c’est symptomatique – serait-elle le vecteur essentiel pour placer sa cuvée fétiche dans Régal ou dans un new-magasine ou pour séduire les préposés aux Guides ? La notoriété se bâtit-elle sur le seul bruit du tambour médiatique ? La réponse est bien évidemment non car dans cet univers de l’instantanéité, du scoop, de la fausse différence, une nouvelle « découverte » chasse très vite « la petite merveille » dénichée la veille chez un small is beautiful du fin fond du terroir. Le nouveau vieilli vite aussi bien pour les produits de pur marketing que pour ceux surfant sur des tendances pas toujours solides.

 

Sans m’en référer à l’histoire des 3 petits cochons, je pense que pour bâtir il faut des fondations, du solide, et du temps, donc une forme de patience. C’est de l’investissement d’image, et comme je l’ai écrit dans une récente chronique, l’irruption d’une nouvelle génération de vignerons « atypiques », se référant à des pratiques « durables », met en orbite sur le marché une nébuleuse de points, à la fois indépendants les uns des autres tout en gravitant autour d’un corps de doctrine commun, sans pour autant produire un langage commun ni dessiner une nouvelle géographie des vins de terroir. Trop de fragmentation, de personnalités fortes, de singularité identitaire, implique des démarches solitaires. Le potentiel actuel des consommateurs se reconnaissant dans ces « pratiques » étant restreint – le bruit médiatique n’étant pas un indice probant de la capacité de ces vins  à trouver leur public – ce segment de marché reste marginal et la frilosité des distributeurs peut se comprendre. En effet, comme me le faisait remarquer le patron du principal site de vente de vins en ligne : mettre en avant des « valeurs sûres » c’est la garantie d’un taux de visite 10 fois plus important que lorsqu’on se risque à mettre en avant des « découvertes ».

 

Pour sortir du cercle, se faire reconnaître de façon durable, plus particulièrement en dehors du marché domestique, tout en restant attaché à ses valeurs, à son indépendance, sans sacrifier au maelstrom médiatique, il me semble que nos « indépendants », au sens des peintres du Salon des Indépendants, devraient tenter de susciter l’émergence d’un nouveau métier : éditeur de vin. Je n’aurais pas ici l’outrecuidance de rappeler le rôle de l’éditeur auprès des écrivains mais de souligner que l’une de ses fonctions essentielles est de découvrir de nouveaux talents, de prendre le risque de les éditer, de les promouvoir. Dans le passé des négociants, de grandes ou de petites maisons de commerce, ont joué, et quelques-uns jouent encore, à leur manière, ce rôle d’éditeur auprès de domaines ou de châteaux. Pourquoi ne pas imaginer – ça ne mange pas de pain d’imaginer – que nos « atypiques » puissent confier, pour certains pays, tout ou partie de leurs enfants à des « éditeurs de vin » afin de construire avec eux cette fameuse notoriété. Celle-ci, une fois acquise, même si en ce domaine rien n’est jamais acquis, quelques-uns pourront ou voudront voler de leurs propres ailes, d’autres viendront les remplacer. Je rêve direz-vous – c’est beau aussi de rêver – mais comme je ne recule devant aucune provocation j’avoue que je me verrais assez bien dans ce rôle d’éditeur de vin, appuyé bien sûr, vu mon incompétence, sur un comité de lecture – pardon de dégustation – dans le giron d’une maison de confiance.

 

Ainsi, Vin&Cie pourrait lancer des collections par thème, jaquette commune avec en reprise sur cette étiquette de l’identité de la cuvée de l’indépendant sous la forme toute bête d’un timbre ou d’une miniature de l’étiquette de la cuvée originale. Innovation d’image identifiant une démarche commune, un état d’esprit, un fil rouge pour tous ceux qui ne sont pas des experts ou des esthètes du vin. Mariage intelligent, du moins je le crois, d’un découvreur de talents qui, en s’appuyant sur des outils commerciaux existants, pourrait ouvrir des portes, apporter sa caution aux nouveaux arrivants, investir dans le temps sous la référence d’une signature reconnue et respectée. Plutôt que de s’éditer à compte d’auteur, de n’espérer que de ses propres forces pour bâtir sa notoriété, je suis intiment persuadé que pour beaucoup de vignerons atypiques le passage par un éditeur de vins, assembleur de diversité, inventeur de notoriété, est une voie à expérimenter : faire un Actes Sud du vin quel beau challenge !   

 

   

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Levindemesamis 18/12/2008 16:37

Merci Jacques de relayer ici un modeste papier du VDMA et bravo pour l'idée de "l'éditeur de vin". Romancier des vignes, après tout c'est un concept qui se défend... Je suis pas sûr, cela dit, que les vignerons dont vous parlez auront à coeur de s'abriter sous une étiquette commune. Le vin c'est assez intime, personnel. Autant dire que c'est aussi une affaire d'ego, assez incompatible avec l'idée d'une "marque" collective.

Ainsi chacun se bat-il pour faire connaître ses vins, les vanter, les vendre avec son réseau, ses amis, ses atouts et ses faiblesses. On ne peut certainement pas plaire à tout le monde...

Sans doute ces amis auraient-ils bénéfice à avancer groupés. Certains, comme Jean-Baptiste dans l'Aude, tentent de créer le mouvement. D'autres comme Marcel Richaud ou les frères Alary l'ont déjà réalisé à travers leur club des "Toqués des Dentelles".

Sans doute les quelques irréductibles dont parle Michel Bettane trouveraient-ils avantage à sa fréquentation. Au risque d'être "bettanisés", eux aussi, car il y en a de très bons. Mais c'est leur choix. Pas celui des Senat en l'occurence qui sont régulièrement cités par les guides.

Ne réduisons donc pas le récit de leurs éventuelles mésaventures à une lamentation geignarde. Ne les accusons pas de ne pas savoir se démener. Ce serait injuste. Et inutile.

Jean-Baptiste Senat 18/12/2008 07:00

cher Michel Smith,
Nous serons
présent au Millésime bio à Montpellier en janvier prochain et peut-etre aurons nous l'occasion d'essayer de vous transmettre un peu de la passion qui nous anime.
A moins que vous ne pensiez que cultiver artisanalement en culture biologique en Minervois signifie vouloir etre "en marge".
Bien cordialement.
Charlotte et Jean-Baptiste Senat.

Jean-Baptiste Senat 18/12/2008 06:59

cher Michel Smith,
Nous serons
présent au Millésime bio à Montpellier en janvier prochain et peut-etre aurons nous l'occasion d'essayer de vous transmettre un peu de la passion qui nous anime.
A moins que vous ne pensiez que cultiver artisanalement en culture biologique en Minervois signifie vouloir etre "en marge".
Bien cordialement.
Charlotte et Jean-Baptiste Senat.

David Cobbold 17/12/2008 12:12

Je trouve cette idée d'"Editeur de vin" très bonne. Le problème posé est : comment faire connaître, dans des marchés à l'export, des vins peu connus mais de grande qualité (car de création récente, manquant de volume, sortant de certains sentiers battus, un peu plus cher que la "moyenne" d'une appellation, etc etc). Il n'y a pas, malheureusement, assez de Kermit Lynch ou de Liberty Wines dans chaque marché. C'est à dire des importateurs défricheurs capables de faire beaucoup de terrain et de mettre le poids de leur avis et leur capacité de conviction derrière les vins de leurs sélection. Il faudrait donc, si j'ai bien compris la suggestion de Jacques, des sortes d'agences itinérantes (fonctionnant un peu comme des agents littéraires) qui défendent les vins de leur portefeuille en les présentant à des importateurs et distributeurs. Connaissant un peu la compléxité des différents réseaux de distribution dans les principaux marchés, ce n'est pas une mince affaire mais c'est une excellente idée ! Combien de ces bons producteurs sont capables d'avoir la vision nécessaire pour soutenir de tels agents et leur confier leurs vins ? J'ai entendu parler de quelques regroupements de ce genre et je suis convancu que c'est une voie à suivre pour des petits et moyens producteurs qui partagent une vision entreprenante du vin.

Michel Smith 17/12/2008 09:58

Ah la notoriété... J'abonde dans le sens de Michel et j'enfonce le clou un peu plus profondément. J'ai collaboré à de nombreux guides ou "spéciaux vins" et je connais JB Sénat, ainsi que son épouse, depuis 15 ans au moins. Il y a des milliers de vignerons (onnes) qui sont dans leur cas. J'arpente les salons de par la France verre à la main tout au long de l'année dans le seul but de les rencontrer, de parler avec eux, de goûter leurs vins. Je ne peux parler que des vins que j'aime, que des vignerons qui ont réussi à me convaincre de leur démarche, que de ceux que je vais voir sur le terrain, le plus souvent à mes frais, pour tenter de saisir ne serait-ce qu'une once de leur philosophie, de leur climat. Il m'est arrivé de citer la Nine deux ou trois fois. Mais - et je le regrette car je suis probablement passé à côté de quelque chose - je n'ai jamais éprouvé le besoin de me rendre au domaine pour voir ce qu'il en était. J'ai laissé ce soin à d'autres confrères, plus enthousiastes que moi sur ce vin. Le peu de temps et d'argent dont je dispose, je préfère tout simplement le consacrer à des vignerons qui démarrent ou à d'autres dont l'enracinement me touche. Les Sénat arrivent à la croisée des chemins. Ils ne sont hélas plus seuls sur la planète vigneronne. Leurs vins ne sont plus forcément les plus étonnants du Minervois et du Languedoc réunis, encore moins de la France du Sud, de la France tout court, de l'Italie, etc. Pardon de le dire aussi brutalement. En s'excluant de l'équipe Minervoise ou en se laissant exclure, ils se sont mis en marge et ne bénéficient plus des structures médiatiques développées par un syndicat de cru. Ont-ils seulement les moyens d'envoyer leurs derniers échantillons ne serait-ce qu'à une dizaine de journalistes ou sommeliers ou acheteurs "influents" comme certains le font ? Se déplacent-ils dans les nombreux salons pros ou pas qui émaillent la France ? Navré de le dire, mais pour se faire connaître ou retrouver sa notoriété d'antan, il faut bouger, cesser de se plaindre, étonner son monde, ne plus attendre que le public se déplace pour vous voir. Même au travers d'un Actes Sud du Vin, il y aura toujours de la concurrence. Mais il y aura toujours aussi de la place pour les vignerons qui font de grands vins, pour ces cuvées qui se positionnent toujours au dessus du lot commun, pour ces filles et ces gars qui cherchent à innover, à créer. Sans forcément vouloir péter plus haut que leur cul. Mais je connais aussi des vignerons qui vivent cachés et qui s'en sortent bien... sans pour autant rouler sur l'or.

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