Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 00:02

Rassure-toi Jacques en te qualifiant de Merveilleux je ne te range pas dans la catégorie des « incroyables » et des « merveilleux » née sous le Directoire de la frénésie de jouissance post-Terreur. D’ailleurs, la majuscule marque la différence. En effet, enfant et adolescent, dans ma Vendée des maîtres, j’éprouvais une réelle fascination pour leur patronyme à rallonge. Ils sonnaient bien. Montaient et descendaient, tels des montagnes russes : de Tinguy du Poët, Boux de Casson, de Baudry d’Asson, de la Lézardière, Morrisson de la Bassetière…Des noms qui venaient de loin,  de l’Histoire, qui fleuraient bon le fief et le métayage. Paré de tels joyaux je ne pouvais que passer mon bac Philo à l’Institution Amiral Merveilleux du Vignaux aux Sables-d’Olonne. La classe non, ça pète mieux que le LEP de la ZUP de Garges-lès-Gonesse… Alors, lorsqu’il s’est agi de trouver un titre à ma chronique sur mes impressions de lecture de ton livre « Choses bues », chez Grasset, face à la baie de Tiuccia, l’illumination m’est venue plus naturellement que la sobriété à Hervé Chabalier d’accoler à ton patronyme officiel Merveilleux du Vignoble. Ça te va très bien je trouve cher Jacques Dupont du Point.


 

 

Merci tout d’abord d’avoir écrit. Je m’entends et j’espère être compris, ton livre, dans sa forme, révèle de belles qualités d’écrivain, il est comme ces grandes bâtisses d’autrefois, plein de vastes pièces lumineuses et de recoins mystérieux, on s’y sent très vite bien, ta maison d’intérieur, c’est si rare dans ce genre d’exercice, que je me devais de le souligner. Derrière les lignes, au-dessous, tout autour, sous la peau d’un style enlevé, j’ai à tout moment senti ta patte, ton empreinte. Moi qui n’ai pas un nez aussi sensible que le tien, cher Jacques, je pense en revanche avoir le sens de la matière, de sa richesse, celle qui donne de l’épaisseur, de la profondeur, absorbe la lumière et fait la différence entre de la peinture et une œuvre originale. Ton livre, lui aussi, prend bien la lumière. Il a de la tenue, de la retenue, c’est pour moi de la belle ouvrage de plume. Que tu aies participé à l’aventure de la « radio libre » : Lorraine Cœur d’Acier n’a rien d’étonnant, tu es un homme de cœur et de fidélité en amitié. Certains vont ricaner, ironiser qu’en tant qu’ancien enfant de chœur je manie sans vergogne l’encensoir. Procès facile, tout comme celui qu’ont instruit ceux qui m’ont accolé les plus « viles étiquettes ». N’exerçant pas le métier de critique je fais parti de ceux qui n’évoquent, auprès de leurs amis, que ce qu’ils aiment : films, expositions, livres, restaurants, et vins bien sûr. Éreinter un livre minable ou un film « je me regarde le nombril pendant 2 heures » n’est pas ma tasse de thé, je laisse la besogne aux écrivains ratés ou aux réalisateurs rentrés.

 

Ceci écrit, je n’ai « aucune honte » de dire que Jacques Dupont fait parti de ceux, forts rares dans sa profession – beaucoup se sont ralliés depuis – qui dès la sortie de mon fichu rapport, l’a lu et a compris ce qu’il préconisait pour nos vins de France. Comme lui je suis fidèle en amitié mais accordez-moi le crédit que ça n’ôte en rien de la liberté à ma plume. Ce livre promenade personnelle je vous recommande de le lire car il vous donnera envie d’en être, sans être pour autant être un spécialiste, un raseur pédant, et surtout quelqu’un qui s’excuse de son inexpérience, de flâner au gré de votre bon plaisir, de rencontrer des hommes et des femmes passionnés, intéressants, de partager des plaisirs simples avec eux ou avec des amis autour d’une bonne table avec de belles bouteilles dessus. La vie quoi, simple et dépourvue d’affèteries. Certes l’ami Jacques fréquente des gens de la haute, comme on disait chez moi, monsieur le « barong » et autres propriétaires châtelains(en rendant hommage aux maîtres de chai, Jacques donne de la chair à une catégorie qui m’est chère : les vins de salariés) et ses croquis des médocains m’ont rappelé un dîner, chez l’ami Bruno Prats, à Cos d’Estournel, organisé par l’Union des Grands Crus du Médoc à l’occasion d’un déplacement d’une poignée de futurs énarques. C’était sous Giscard et ce fut un long lamento sur la dureté du temps. Même que JL Bourlanges – futur ex-star Bayroutiste – en fut tout bouleversifié.

 

Dans son livre, Jacques Dupont assume des positions que bien peu de ses confrères n’osent même pas aborder comme le « petisme », concept du sociologue Gérard Mermet, « un mal bien français qui fait toujours préférer l’artisan à l’industriel, le malchanceux au veinard et dénigrer la réussite » ou la défense du métier de commerçant « je sais, ce n’est pas poli de mettre en parallèle commerce et vin. C’est en somme brader l’art chez le mercantile. Tout créateur se doit en France de finir comme l’homme à l’oreille coupée, seul et dans la misère. Celui qui réussit est douteux. » Courageux mais aussi pertinent, plus particulièrement sur le terroir « j’ai plutôt tendance à trouver ringards tous ceux qui n’ont du mot terroir qu’une définition naturaliste, comme si celui-ci était le fruit d’une sorte de génération spontanée. Le terroir béni des dieux, créé de toute pièce par Dame Nature qui en aurait fait don aux hommes, me donne envie d’aller me coucher. C’est de la philosophie de syndicat d’initiative. Ou pour dire vrai, ce terroir-là n’existe pas. »Et le Jacques de se référer à Ernest, pas le YOUNG qui vend ses écrits au prix du caviar, mais le RENAN répondant à la question « Qu’est-ce qu’une nation ? » qui procède par élimination pour en arriver à affirmer « l’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours » Alors va pour une définition moderne du terroir comme un « plébiscite permanent » cher Jacques.

 

Aubert de Vilaine, Jean-Michel Cazes, Paul Avril et bien d’autres moins connus, Jacques Dupont côtoie ce qui se fait de mieux dans le monde du vin et c’est un peu malice de ma part que d’avoir titré ma chronique : Merveilleux du vignoble. En effet, moi le tâcheron public, qui aie plus fréquenté ceux qui font profession de « défendre » le vin que ceux qui le font loin des estrades ou des antichambres ministérielles, ma vision du monde du vin est un peu plus proche du terre à terre de la réalité des ODG, des réunions interprofessionnelles, du comité national de l’INAO, des AG des zinzins et des bouzins, et de tout ce petit peuple des coopérateurs bien vite jetés dans le même sac du désintérêt pour leur vin collectif. Les réunions à la salle communale de Maury ou de Matha permettent plus que  la dégustation des primeurs de toucher au plus près la vie des gens d’en bas. À chacun son métier, et sous ma plume ce n’est qu’un léger reproche, cher Jacques, mais les gars de la coopé d’Embres&Castelmaure ou de la coopé de Tain ou de Sieur d’Arques, sont tout aussi valeureux que bien des vignerons qui occupent les feux de la rampe. Mais j’en conviens ton livre n’avait pour vocation d’aborder les « misères » de notre viticulture. Comme je sais que mon combat pour que notre grand pays généraliste du vin fasse bien et bon, à chacun de ses étages, je suis persuadé, comme tu le fais depuis des années dans le n°spécial du Point, lorsque tu reprendras ta plume pour nous offrir un nouveau livre, tu iras aussi à la rencontre de cette France du vin parfois bien irritante.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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