Vin&Cie, l'espace de
liberté
Chaque jour, avec votre petit déjeuner, dans ce petit espace de liberté, une plume libre s'essaie à la pertinence et à l'impertinence pour créer ou recréer des liens entre ceux qui pensent que le vin c'est " un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes..."
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Transgresser ! Au temps de mes culottes courtes vendéennes, nous ne fumions pas la moquette
mais, sous le contrôle du clan des femmes et de ses alliés : curé, instituteur en soutane, grenouilles de bénitier et autres forces supplétives, notre principale transgression consistait à
fumer en douce. Avant de pouvoir accéder aux P4, les fameuses Parisiennes vendues en paquet de 4 disponibles chez l’unique buraliste de la Mothe-Achard, le père Simon, mais inaccessibles car
l’homme à la carotte nous aurait cafardé, les frères Remaud et moi nous nous étions rabattus sur une denrée disponible dans les champs environnants : la barbe de poupée de maïs. Nous la
faisions sécher au soleil puis nous la roulions dans du papier kraft. Redoutable ! Acre ! Un dimanche nous avions poussé la provocation jusqu’à griller nos cigarettes d’un
3ième type devant nos mères sous la justification très écologique pour l’époque : la fin des années 50, « que c’était naturel… » Madeleine et Berthe stupéfaites par un
tel argumentaire nous laissèrent griller nos cigarettes de maïs.
Alors vous comprendrez qu’à Nantes, rue de Santeuil, tout près du passage
Pommeraye cher à Jacques Demy, face à l’imprimerie du quotidien « Presse Océan », sur le coup de 2 heures du matin, nous refaisions le monde en mangeant des œufs durs arrosés de ballons
de rouge et nimbés de l’épaisse fumée de mes Boyard maïs. Record du monde de la nicotine : 2,95 mg, un must inégalé, comme l’auraient dits les fêlés de la Gauche Prolétarienne : un
trait d’union avec les larges masses. C’était avant mai 68 et les linotypistes grillaient plutôt des Gitanes blanches. La Boyard maïs, je ne le savais pas à ce moment, étaient l’apanage des
intellos : le photographe Brassaï qui mesurait son temps de pause au temps de consomption de sa Boyard et de l’emblématique Jean-Paul Sartre qui, selon Annie Cohen-Solal s’envoyait en une
journée : « Deux paquets de cigarettes — des Boyard papier maïs — et de nombreuses pipes bourrées de tabac brun ; plus d'un litre
d'alcool — vin, bière, alcool blanc, whiskies, etc. — ; deux cents milligrammes d'amphétamines ; quinze grammes d'aspirine ; plusieurs grammes de barbituriques, sans compter les
cafés, thés et autres graisses de son alimentation quotidienne. »
Je
n’ai jamais eu une grande sympathie pour JP Sartre, surtout le Sartre du tonneau de Billancourt qui, comme l’écrit Morgan Sportès dans Ils ont tué Pierre
Overney, « post festum, donnait des leçons de résistance, une résistance à laquelle il n’a jamais participé au demeurant, sauf dans son imaginaire et celui de son fan-club »
mais lorsque la BNF, sur l’affiche et le catalogue de la commémoration du centenaire de sa naissance, fait disparaître la boyard, là je sors mon révolver. « Une regrettable erreur, explique la
directrice générale de la BNF », Agnès Saal. « Ce serait d'ailleurs contre notre mission patrimoniale de modifier un document », ajoute-t-elle. Erreur mon cul, puisque cette gente dame reconnaît
qu'il était impossible pour les organisateurs de placarder dans le Tout-Paris des affiches d'un Sartre fumant, loi Evin oblige. « Lorsque nous avons choisi cette photo, elle était déjà sous cette
forme. C'est-à-dire sans le spot sur lequel Sartre s'appuie et... sans cigarette », affirme Agnès Saal qui plaide l'innocence.
Pour lutter contre l’hypocrisie ambiante j’ai donc décidé ce matin de vous offrir une galerie de portraits de personnalités à la
cigarette non censurés.
Pour ne pas encombrer votre messagerie j'ai aussi
publié ce jour : Portraits avec clope : que du beau monde où vous pourrez compléter la galerie ci-dessous (pour ce faire allez dans la rubrique articles récents et cliquez sur le
titre indiqué ci-dessus)...
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