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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 06:00
« Mon projet, ce n’est pas d’être en bio dans 20 ans, c’est de ne plus traiter. » Claire Naudin vigneronne des Hautes Côtes de Beaune

Si vous me permettez cette façon de m’exprimer, Claire ça fait un bail que je l’ai repérée, ça date du 24 juin 2008 lors d’une AG du BIVB. Pensez-donc, une femme à la tribune d’un débat qui divisait et qui divise encore le petit monde du vin, et qui plus est une forte personnalité qui pointait le doigt là où ça faisait mal. Enfin, ça me changeait de l’eau tiède de la nomenklatura du vin. Et Dieu sait si le politiquement correct est de mise dans le marigot du vin.

 

Paroles simples d'une vigneronne bourguignonne sur la typicité... ICI 

 

Les mauvaises langues, si elles prennent le temps de me lire, feront remarquer qu’au déjeuner avant cette assemblée j’avais aux caves de la Madeleine à Beaune, où le patron parle, comme j'aime, du vin avec simplicité et pertinence, j’avais éclusé un St Aubin sur le ban 2006 de chez Dominique Derain.

 

La « magie » biodynamique aurait-elle jouée ?

 

Je plaisante bien sûr.

 

J’adore le parler net de Claire : « Pour moi, il y a vraiment deux vinificateurs : celui qui a peur des bestioles et celui qui n’en a pas peur. Même ce qu’on appelle les levures bactéries de contamination, que ce soit de Brettanomises pour les levures ou de Prédiocoques pour les bactéries, il y a des équilibres à trouver qui font que l’on peut tout à fait cohabiter avec. Les Bretts, il faut sans doute les maîtriser, mais elles ne produisent pas toutes des phénols volatils. Il y a encore plein de choses à découvrir pour comprendre pourquoi elles se mettent à fabriquer ça, qui est effectivement dégueulasse. En attendant, bombarder les vins au soufre parce que l’on ne veut pas de Bretts, ça n’a pas de sens, avec de très petites quantités, on pilote ça très bien. »

 

Ça me change des empaillages convenus Bio or not bio sur les réseaux sociaux entre les tenanciers de divers fonds de commerce, les vendeurs de poudre de perlimpinpin tout comme les « gentils » défenseurs du bio.

 

Ça ne sent pas le soufre mais le petit huis-clos entre gens du vin qui se regardent le nombril en feuilletant le papier glacé d’un truc qu’eux seuls lisent. Ce conformisme satisfait, buté, avec des œillères, m’étonnera toujours. « Passe-moi le sel, je te passe la moutarde… » « Nous sommes sur le même bateau alors renvoyons-nous l’ascenseur ! »

 

C’est beau comme le commerce !

 

Pour ne rien vous cacher je trouve ces pseudos-batailles tellement dérisoires que je n’en mêle pas car elles sont le fait de protagonistes qui ne font que défendre leur petite boutique.

 

Comme l’écrivait un humoriste méconnu Vincent Rocca « On peut se torcher avec un vin, avec un livre aussi. »

 

Si ces docteurs de la loi daignaient laisser la parole aux intéressés serait-ce trop leur demander ?

 

Revenons à Claire qui n’a pas sa langue dans sa poche :

 

« L’agriculture  biologique qui est faite actuellement, c’est de la bio d’assurance qui n’a de bio que le nom, et ça, ça ne m’intéresse pas. Dans la biodynamie, je suis gênée par le côté gourou, et ce que je ne je ne supporte pas, c’est le côté : « Ne cherchez pas à comprendre, faites juste ce que je vous dis. » Moi ça, je ne peux pas. Comme je fréquente beaucoup ce milieu-là, ça me choque de voir ça chez des potes. Il n’y a jamais de parcelle témoin, on leur amène une nouvelle poudre en leur disant : « Mets ça, tu vas voir, ça va aller mieux. » Ils le mettent, ça va mieux, mais il n’y a pas de témoin. Le gourou a dit que ça allait aller mieux, donc c’est mieux  (rires) et, au passage, il t’a facturé ça 500 euros. Je suis quand même près de mes sous par obligation, donc j’ai du mal avec cet aspect-là (elle réfléchit)  Je suis peut-être trop cartésienne pour plonger là-dedans en fait.

 

En revanche, j’ai un pote à Bergerac qui a créé sa propre méthode et c’est assez intéressant. Le gars, c’est une tronche, il a passé des nuits et des nuits à potasser sur toutes ces notions. Si je devais m’y mettre, je pense que je ferais comme lui. Je veux comprendre ce qui se passe, comme j’ai pu le faire par rapport au soufre et aux bestioles. »

 

Que ça fait du bien à la tête de lire cela !

 

Mais Claire va plus loin et c’est l’objet de ma chronique d’aujourd’hui :

 

« Mais les maladies, c’est compliqué. Le mildiou, on le connaît par cœur, mais l’oïdium, franchement, on ne le maîtrise pas. C’est pourtant un champignon qui est présent presque tout le temps, mais on a tous la trouille. Il y a plein de trucs que l’on ne comprend pas, alors forcément on bombarde en masse. Malgré tous les modèles que l’on nous propose, je vois bien que l’on n’y arrive pas, mais je ne connais pas certainement pas assez mes vignes et mes sols. C’est donc mon défit pour les 50 prochaines années. (Rires)

 

Mais mon projet, ce n’est pas d’être bio dans 20 ans, c’est de ne plus traiter. La vigne de demain sera sans traitement ou elle ne sera pas. La société va nous l’imposer de toute façon, on n’aura pas le choix. Actuellement, nous sommes des pollueurs ! Je l’ai vu au moment de l’affaire de la flavescence (Emmanuel Giboulot), il ne fallait pas aller chercher beaucoup sur Internet. En gros, lorsqu’on expliquait que c’était soit le traitement, soit la disparition des vignerons, la réponse du grand public c’était : « Mais qu’ils crèvent ces salauds de pollueurs ! »

 

Le vin ce n’est quand même pas un aliment essentiel, on est dans le facultatif. Pendant combien de temps la population va-t-elle accepter que l’on pollue pour un truc qui n’est pas indispensable ? Avec Jean-Yves on participe à des groupes de prospective, on essaie de se poser aujourd’hui les questions qui vont apparaître dans 20 ou 30 ans et d’imaginer un modèle de vignes sans traitement, ce n’est pas si farfelu que ça. On ne sait pas encore comment on fera, ni à quel niveau de rendement on pourra espérer arriver, mais, objectivement, on ne peut pas continuer à bombarder de la cochonnerie, même si on en met le moins possible et même si elle est bio. »

 

Moi ça me va, ça correspond à ma philosophie de la vie, douter, réfléchir, écouter, entendre, avancer même s’il faut se battre contre les idées reçues et les marchands du temple quels qu’ils soient. Dieu sait qu’ils sont nombreux à papillonner autour des vignerons…

 

Bien évidemment, les propos de Claire Naudin sont extraits de l’excellent livre de Guillaume Laroche « Entre les Vignes » que je vous invite fortement à acquérir : 29 euros… C’est un investissement bien supérieur en utilité à la pseudo-presse sur papier glacé qui ne vit que de la publicité.

 

« Mon projet, ce n’est pas d’être en bio dans 20 ans, c’est de ne plus traiter. » Claire Naudin vigneronne des Hautes Côtes de Beaune

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Jungmann 29/11/2016 16:19

Ce livre inspire !
J'ai cherché à goûter d'autres producteurs comme le Château de Beru qui ouvre le livre, etc. Voilà une Bourgogne bien intéressante, respectueuse de ces sols et qui préfère réfléchir à son future plutôt que de se perdre dans le folklore des moines goûteur de terre.
Bientôt la suite dans d'autres vignobles ?

Michel Grisard 29/11/2016 08:49

"Je plaisante bien sûr." On ne plaisante jamais avec les choses sérieuses, Jacques et encore moins avec Dominique Derain.....

JACQUES BERTHOMEAU 29/11/2016 08:54

Oh que si ! Le sérieux c'est pour les notaires...

pax 29/11/2016 06:50

Le goût roux du vin ? Sur que nos oenologues chers à un Taulier caustique sur le sujet vont nous trouver ça, si ce n'es déjà fait dans l'une ou l'autre dégustation et le déclarer typique de tel cépage.
Si l'honnête homme ne peut qu'être d'accord avec les propos de Claire NAUDIN je ne peux souscrire à la déclaration que le vin relève du facultatif et ce n'est pas les diktat des puristes forcenés qui mettrons fin à cette production comme est vouée à l'échec comme les adeptes du véganisme qui veulent supprimer la viande comme aliment. Le jour ou il n'y aura plus de vin c'est parce qu'il n'y aura plus d'êtres humains ou que nous serons tous transformés en consommateurs de nourriture chimique administrée par les laboratoires pour nous permettre de remplir les tâches auxquelles nous serons assignés : reproducteurs, consommateurs,producteurs assignés etc. Seul la quête du superflu nous fait vivre pour échapper à notre triste condition de mortel.
“L'homme est tout ce qu'on voudra, mais non pas raisonnable.” ou encore " le travail est la plaie de l'homme qui boit " Oscar Wilde

jean-yves bizot 29/11/2016 07:40

"Le superflu, chose très nécessaire".

JACQUES BERTHOMEAU 29/11/2016 07:30

Désolé le vin n'est pas indispensable à la nutrition... Que le vin soit plus encore respectueux de la planète est une obligation surtout lorsqu'on nous saoule avec le terroir... Rien à voir avec le veganisme...

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