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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 00:09
Comment nomme-t-on un Président de l’INAO ? Le fait du Prince !

L’INAO par ci, l’INAO par là, sur les réseaux sociaux on cause, on cause, mais très souvent on ignore de quoi on cause. Résultat, on raconte n’importe quoi.

 

Mon titre n’a rien de provocateur, il est le strict reflet de la réalité, le Président de l’INAO, tout comme les membres du Comité National Vins et eaux-de-vie (les membres des 2 autres Comités aussi) sont nommés par le Ministre de l’Agriculture, avec l’accord de celui du Budget. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait discrétionnaire pour les membres qui sont issus des Comités Régionaux, eux-mêmes choisis par les pouvoirs publics, il est tenu compte, autant que faire se peut, de la représentativité des personnalités nommées. Cependant, le lieu d’élection du Ministre peut influer sur certaines nominations : ainsi le Cognac fut richement doté sous Dominique Bussereau.

 

Pour le Président, c’est une tradition non écrite, le Ministre nomme qui il veut sans avoir à motiver sa décision. Bien sûr, nous sommes sous la Ve République et l’Elysée tout comme Matignon peuvent y mettre leur grain de sel.

 

La nomination de Jean Pinchon en 1983, par Michel Rocard, en apporte la preuve. Il la raconte dans son livre Mémoire d’un paysan publié chez L’Harmattan. Je n’étais pas encore arrivé au cabinet du Ministre mais j’ai vécu d’autres nominations, celle de René Renou et, d’une façon plus étrange et non racontable, celle de l’actuel Président de l'INAO par Bruno Le Maire. Je puis vous assurer que rien n’a changé sous les ors de la République.

 

Voilà ce qu’écrit Jean Pinchon qui deviendra Président de l’INAO à 57 ans et abandonnera ses fonctions à 73 ans.

 

« … En 1983, je suis devenu président de l’INAO dans des circonstances, comme cela est souvent le cas, un peu cocasses. Jusqu’à une époque tardive, j’ignorais pratiquement tout des AOC, et je restais même un peu méfiant à l’égard d’une procédure qui avait été mis en place « sous Vichy » (…) en 1982, j’entre à l’INAO, au titre du BNICE, et pour y représenter notre calvados. Au printemps 1983, Michel Rocard – que je connais grâce à son directeur de cabinet Jean-Paul Huchon – m’appelle et me prie de venir le rencontrer au ministère de l’Agriculture. Je me rends rue de Varenne, curieux de ce que l’on va me demander, mais sans réticences car je demeure toujours très attaché à cette maison que j’ai pratiquement dirigée durant trois ans. Michel Rocard, brillant et expéditif, vient au fait, dès le début de la conversation :

 

« Ecoutez, cher Monsieur Pinchon, j’ai un service à vous demander : je souhaite que vous deveniez le président de l’INAO ?

 

- Je vous remercie, Monsieur le ministre, mais je ne suis pas viticulteur, or l’INAO, même si les choses peuvent évoluer et elles le doivent, se préoccupe principalement du vin, à l’heure qu’il est…

- Certes, Monsieur Pinchon, mais vous faites un excellent calvados et vous connaissez de façon précise les problèmes de l’agriculture française, et comme vous le dites, l’INAO, va évoluer. Vous êtes donc mon candidat. »

 

La conversation se poursuit et je crois comprendre qu’une petite divergence existe entre le nouveau ministre de l’Agriculture et le Président de la République : François Mitterrand, dans un premier temps, voulait que soit nommé, à la tête de l’INAO, le directeur d’une cave coopérative de côtes du Rhône*, socialiste naturellement et qu’il connaît bien parce qu’il savoure fréquemment avec lui, quand il se rend dans le Midi, de délicieuses omelettes aux truffes… Or Michel Rocard a fait observer au Président que nommer un socialiste à la tête de l’INAO n’est peut-être pas très opportun, car, parmi les 80 000 viticulteurs français, il n’y a pas, à proprement parler, une majorité de socialistes. Le ministre a donc proposé mon nom au Président de la République et celui-ci a répondu :

 

« Ah, Jean Pinchon, l’ancien directeur de cabinet d’Edgar Faure ? S’il est d’accord ça me va. »

 

Michel Rocard conclut :

 

« Vous voyez bien : vous ne pouvez pas refuser ; tout le monde est d’accord, et je n’ai pas envie de reparler de cette affaire avec le Président !

 

« Encore une fois, je vous remercie, Monsieur le Ministre, mais j’appartiens à la société Louis-Dreyfus, et vous savez que je suis un homme fidèle.

 

Eh bien, demandez l’accord de Gérard-Louis Dreyfus : il vous le donnera d’autant plus volontiers que vous ne serez pris que par trois réunions annuelles. »

 

Voilà, il en fut ainsi et il en est toujours ainsi…

 

La cave coopérative dont il s’agit était celle de Sainte-Cécile-les-Vignes dont le maire était un certain Guy Penne proche de François Mitterrand, il est son conseiller pour les affaires africaines de 1981 à 1986…

 

à suivre une autre chronique sur l’INAO vu par Jean Pinchon.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Lalau 11/03/2015 18:57

Pourquoi pas racontable, la nomination sous Le Maire, Jacques?

JACQUES BERTHOMEAU 11/03/2015 19:02

J'ai une obligation de réserve mon cher Hervé...

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