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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 08:00

 

J'ai passé en 1999, pour une mission de sauvetage du Cognac, des mois à sillonner la Charente profonde, bien sûr je suis allé à Jarnac où le papa de François exerçait la profession de vinaigrier. Déjà bien avant, lorsque Tonton résidait au château 1985, je fus expédié, sur son ordre, à Cognac, rencontrer les chefs de famille dans un petit château appartenant à René Firino Martell, afin de dénouer une autre crise : les futs débordaient et ces messieurs souhaitaient « épandre du Cognac à l’égout » (sic). Les dirigeants du Modef, d’obédience communiste, arrivèrent dans une Mercédès noire, ambiance feutrée, surannée, un entre-soi fait de vieilles rancœurs, de rancunes recuites,les maîtres et les valets…

 

Même si je n’ai jamais eu beaucoup d’empathie pour l’homme politique Mitterrand je me suis toujours attaché à chercher à comprendre les ressorts profonds de sa personnalité complexe. Dans le domaine littéraire, pour son écriture, comme pour ses lectures, il était d’un classicisme qui  n’est guère ma tasse de thé.

 

Ainsi, son amour pour Jacques Chardonne, dont les livres me tombent  des mains.

 

 

19 octobre 2005

Les destinées sentimentales

 

Regardant son tailleur de serge dans la glace de l'armoire, un matin Pauline eut envie de robes légères. Elle mit un canotier de paille blanche, une voilette de dentelle à grands dessins opaques et prit son ombrelle foncée à long manche. Elle voulait voir madame Corbeau, la couturière et s'arrêta au bureau pour demander de l'argent.

 

Elle sortit par l'écurie après avoir frôlé d'un petit coup des doigts les naseaux de son cheval et le cou soyeux, puis elle suivit les quais.

 

Les caisses de sapin rosé s'entassent au bord de la Charente, des barriques neuves roulent sur les rails de bois vers une gabare, et les laveuses agenouillées parmi les roseaux battent le linge; la rivière brille dans la lumière, glisse et se perd entre les prairies sous un ciel bleu, traversé de petits nuages effilés et ambrés qui portent encore des reflets de la côte marine. Devant une rangée d'ormes, les maisons d'un gris délicat, en pierres grenues, simples, solides, sans mystère, des persiennes blanches, un balcon en fer en corbeille, ont toutes leurs fenêtres ouvertes au soleil.

 

Pour s'abriter du sol étincelant, Pauline traversa le quartier des chais, par des ruelles ombreuses, entre des murs noirs, percés de larges portes basses, toujours ouvertes, qui lui soufflaient au visage une fraîcheur de cave. Les coups de marteau des tonneliers retentissaient sur les barriques sonores; on respirait une odeur vineuse, chaude, subtile

 

Les 29 et 30 octobre 2018, la maison de vente Piasa proposait à Paris une partie de la pléthorique bibliothèque de l'ancien président de la République. Littérature sentimentale, témoignages politiques, mais aussi fidélité à l'extrême droite littéraire de sa jeunesse.

 

Par Judith Benhamou-Huet

Publié le 12 oct. 2018

 

« Je vous admire cher François Mitterrand qui êtes porteur d'une si grande espérance, homme des tempêtes à votre tour comme l'écrira un jour l'Histoire, qui vous reconnaîtra parmi les siens.» En octobre 1977 Albert Cohen, l'auteur de « Belle du seigneur » écrit à celui qui deviendra quelques années plus tard président de la République française, pour le remercier d'avoir soutenu sa candidature au prix Nobel de littérature.

 

Il s'agit seulement d'une partie de sa bibliothèque, composée d'ouvrages et de quelques manuscrits du XXe siècle. On peut penser qu'une autre partie a été reçue en héritage par sa fille Mazarine. En 1990 il avait aussi offert à la médiathèque de Nevers 20.000 ouvrages. Dans sa résidence secondaire des Landes à Latché, il possédait un petit pavillon-bibliothèque d'environ 1.500 livres parfaitement classés et répertoriés par les bons soins de son épouse - elle reliait aussi avec talent certains ouvrages -, tout comme dans sa résidence privée parisienne de la rue de Bièvre. L'expert de la vente, Jean-Baptiste de Proyart, observe : «L'ensemble raconte un goût pour le roman très classique ainsi que des anecdotes de sa vie politique.»

 

Les libraires de la place parisienne se souviennent encore de l'assiduité de François Mitterrand en la matière : « C'était non seulement un vrai lecteur qui aimait les textes, mais encore un véritable bibliophile qui cherchait des ouvrages en édition originale sur grand papier (1) avec des reliures de qualité, si possible accompagnés d'un envoi (2). Généralement, il en savait plus que nous sur le sujet», se souvient Benoît Fargeot, libraire à Saint-Germain-des-Prés.

 

Laurent Coulet, installé boulevard Haussmann, recevait couramment la visite de François Mitterrand du temps de sa présidence : « C'était un client particulièrement charmant. Il profitait quelquefois de ce moment pour semer les gardes du corps et partir se promener. Généralement, ses visites se faisaient en compagnie de quelqu'un comme Anne Lauvergeon, Jacques Attali ou René-Patrice Pelat. Il ne restait pas plus de dix minutes. Il savait parfaitement ce qu'il voulait. Il aimait les grands écrivains du XXe siècle, comme Jacques Chardonne »

 

Collaborateurs notoires

 

Justement, Jacques Chardonne, grand romancier, est aussi connu comme un collaborateur notoire. Pourtant, la vente ne contient pas moins de 27 lots consacrés au « romancier préféré » de François Mitterrand. Les trois parties des « Destinées sentimentales », éditées entre 1934 et 1936, sont estimées 800 euros. Comme chacun des livres de sa bibliothèque, ces ouvrages sont accompagnés d'une note manuscrite à l'encre bleue, un papier volant de François Mitterrand qui indique l'auteur, le titre, le prix, la date et le lieu d'achat.

 

La vente contient, encore dans l'esprit des écrivains connus pour leurs actes de collaboration, des ouvrages de Pierre Drieu la Rochelle, Lucien Rebatet ou Robert Brasillach.

Jacques Chardonne et son épouse, Camille Belguise, en 1930.

J

Jacques Chardonne et son épouse, Camille Belguise, en 1930.

Photo : Laure Albin Guillot / Roger-Viollet

 

Trois raisons de relire (malgré tout)... Jacques Chardonne ICI

Hubert Prolongeau

Publié le 01/12/18 mis à jour le 15/07/20

 

Déshonoré par son attitude pendant l'Occupation, l’écrivain, mort il y a tout juste cinquante ans, n'en reste pas moins l'un des plus fins analystes du couple qui soit.

 

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commentaires

jacques 11/08/2020 11:53

ce ne sont pas les odes à Staline ( voire au guépéou) que je reproche à Aragon*, mais ses appels aux meurtres d'Aristide Brand ou de Léon Blum, fallait bien payer le loyer au parti communiste. heureusement qu'Elsa était là, dont on connaît la devise "hétérosexualité et communisme"
, auteur de romans obèses dont les 10 premières pages vont andante. après on se fatigue

pour Céline c'est une ordure d'une autre dimension, les beaux draps alors que titler domine l'Europe, fallait oser. et son "Chef d'oeuvre " me tombe des mains, fort tapetta, et l'amiral bragueta ça me saoule

peyronnet 09/08/2020 17:08

"Les destinées sentimentales" est à mon humble avis l'un des très grands romans du 20e siècle.Et Chardonne, l'homme de Barbezieux, est sans conteste un grand écrivain. Dans ma bibliothèque il voisine avec Paul Morand et quelques autres étiquetés "de droite", tels Nimier, Blondin, Haedens, Drieu... Merci pour cette chronique qui vient rappeler que, question littérature, Mitterrand avait un goût très sûr. Et une plume qui aurait pu lui ouvrir d'autres cénacles que ceux de la politique. Ce fut son choix. La droite littéraire des années 50 et 60 a donc, de mon point de vue, produit le meilleur. Il faut dire qu'en face, à gauche, il n'y avait pas grand chose... J'ai beaucoup apprécié les romans et nouvelles de Sartre ainsi que son théâtre. Il faudrait voir comment tout cela a vieilli. Camus est-il de gauche ? Il me semble en tout cas beaucoup plus actuel que son ennemi intime. Quant à Aragon, si l'on oublie par charité ses odes à Staline, il reste sans doute l'un des plus grands écrivains et poète du 20e siècle. Chardonne collabo sans scrupules, Céline antisémite invétéré, Aragon salopard de l'épuration... Comme quoi on ne fait pas de bonne littérature avec des enfants de choeur. Pourvu que ça dure !

pax 09/08/2020 16:54

Il est difficile de juger les comportements de l’époque d’avant guerre à l’aune de critères actuels et surtout, avec des mines outragées trancher entre les bons et les méchants. *
Il faut tenir compte de l’Action Française et d’un Charles Maurras qui en séduit beaucoup parmi les royalistes et les chrétiens. Il n’y a rien de répréhensible à être royaliste ni catholique fervent même si dans sa liturgie cette dernière appelait à prier pour ce peuple déicide : les Juifs. Beaucoup d’eau a passé sous les ponts depuis. Et l’on peut aborder toutes les remises en cause avec plus de sérénité et de discernement.
Si certains se sont rendus compte de leur égarement et comme Drieu la Rochelle se sont donné la mort (avec, pour ce dernier, quelques autres problèmes personnels)
Certains comme Bernanos, qui avait fait d’Edouard Drumont, son maître ** ont su reconnaître les impasses ou les menait la fidélité à leurs idéaux.
Bernanos royaliste pris d’abord le parti de Franco qui prétendait restaurer la royauté en Espagne avant de condamner les franquistes au regard de leur sauvagerie. De même le chrétien à l’antisémitisme de classe se révoltera contre les atrocités nazies en proclamant qu’Hitler avait déshonoré l’antisémitisme. Ce pourquoi les juifs, après guerre lui pardonnèrent beaucoup.
Tout cela pour dire, que malgré tout, les écrivains de droite cité par le Taulier entre autre mais aussi ceux qualifiés par Bernard Frank de « Hussards » ont plus de style que les autres.
Vladimir Nabokov dans ses cours de littérature dispensés à l’Université de Cornwell disait qu’il y a trois approches pour lire un roman. Une approche juvénile : lire une histoire. Une approche adulte : de quoi cela parle t’il. Et une approche des amateurs de littérature : apprécier l’art de l’écrivain, le style, comme on apprécie l’art du musicien et non seulement la mélodie. Dieu sait que j’aime lire et fait feu de tout bois mais il est rare que je me laisse surprendre, par un tour de phrase qui me fera penser que cet écrivain m’a bien eu, agréablement surpris, séduit et du coup m’entrainant à lire ses autres ouvrages, pour retrouver son style, comme on débouche une deuxième bouteille de ce si bon vin qui réjouit nos papilles.


* Sauf en matière de patronat. Rappelons nous l’accueil que leur fit de Gaulle après la victoire : Et bien Messieurs, je n’en ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres ! »
** La encore, beaucoup de discernement, s’il vous plait. Pas de mise en avant pour déconsidérer Bernanos des mauvais penchants de Drumont (dont se régal le microcéphale Zemmour

jacques 09/08/2020 11:50

c'était surtout un admirateur d'écrivains régionalistes médiocres. et à part Drieu peut être le moins mauvais, ceux qui sont cités ne sont pas Hugo! Rebatet et la musique? bof

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