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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 00:09

Les Français invités chez des amis, chez leur patron, chez des collègues de travail, ou lorsqu’ils rendent visite à leur parentèle apportent le plus souvent soit du vin, soit des fleurs coupées ou en pots. Dans le cas de l’amoureux transi qui tente de séduire l’être aimée la tendance est bien sûr au bouquet même si une belle bouteille peut aussi impressionner la belle. La plante en pot est plutôt tendance belle-mère ou mamie alors que la bouteille de Bordeaux est, elle, tendance beau-père ou patron. Bref, le rêve pour tout ce petit monde serait donc d’apporter les deux à la fois sous une forme idéale : une bouteille de vin de Fleur. Comme je suis, quoiqu’en médisent certains, un bon garçon un peu fouineur je vous ai dégoté un Vin de Magnolia. Oui vous avez bien lu, c’est du vin puisqu’étiqueté Vin de France (vin aromatisé à base de fleur de Magnolia) produit par un vigneron de la région nantaise www.lieubeau.com L1010065.JPG

Comment en suis-je arrivé à cette découverte capitale ? Tout bêtement en hantant un château : le Château de la Roche Guyon sur la rive droite de la Seine (les coteaux de Seine bien crayeux) où se tient chaque année une belle foire aux plantes. Je n’ai pas la main verte mais j’aime les fleurs : celles des champs, les fleurettes qui piquettent le vert des prairies ; celles des bas-côtés des chemins de traverse et des flancs de fossés : marguerites et coquelicots ; celles des bords de rivières : les coucous et les euphorbes réveille-matin ; celles des jardins embrouillés car elles n’y sont pas alignées comme des militaires ; même celles coupées en bouquet lorsqu’elles sont assemblées pour l’être aimé ou par la main d’une belle qui m’ensorcelle. Mais je n’aime guère les empotées ça me fait penser aux chrysanthèmes ou aux azalées de belle-mère.

 

Donc, un samedi, sous un beau soleil au zénith, j’arpentais la pelouse du château de la Roche Guyon pour dégoter une belle plante. C’est ici qu’il y a trois ans j’ai acheté ma superbe glycine. Je croisai aux milieux des roses une Yolande Moreau au look très Yolande Moreau : noir dominant. Pause : des marocains proposaient un bon couscous avec du gris Boulaouane (souvenir pas vrai Michel-Laurent). Remise en route : pour ne rien vous cacher j’avais depuis un certain temps ma petite idée mais encore me fallait-il dénicher l’oiseau rare c’est-à-dire un arbuste pouvant se plaire plein sud et ne pas se développer comme un baobab. Et vlan je me cogne le nez sur ma petite idée : un plant de Magnolia grandiflora « Namnetensis Flore Pleno présenté par les pépinières Ripoche de la Chapelle Basse-Mer www.magnolia-nantes.fr  . Pour l’anecdote le Magnolia grandiflora peut atteindre 30 mètres mais ici il s’agit d’un cultivar de moyenne taille : 3 à 4 mètres à l’âge de 10 ans.

photomagnolia.jpgUn peu d’Histoire avant de déboucher sur ma petite histoire de Vin de Magnolia. Tout d’abord, je m’inscris en faux sur la thèse des Claudette : non le Magnolia ne tire pas ses origines de la chanson de Claude François (écouter plus bas).  Ce nom a été attribué par Linné en l'honneur de Pierre Magnol, médecin et botaniste de Montpellier (1638-1715). Il conçut l'idée de classer les plantes par familles, idée que Linné améliora et généralisa. L’origine : espèce endémique d'Europe, chassée par les glaciations. Les magnolias ont été réintroduits d'Amérique du Nord, de Chine et du Japon. L'introduction du Magnolia grandiflora en France est du en 1711, au gouverneur de la Louisiane, Roland Michel Barin de la Galissonière (1693-1756), qui expédie en Europe des espèces végétales. Elles sont débarquées au port de Paimboeuf et sont acheminées par la route à Nantes. Le maire de la ville, René Darquistade, qui se trouve être fin botaniste, fait mettre un échantillon en serre. Quelques années plus tard, alors que la plante ne s'est pas franchement développée, il décide de la jeter. La femme du jardinier qui passait par là, repère l'arbrisseau sur le tas de fumier et l'emporte. En extérieur, le spécimen ne tarde pas à retrouver une seconde jeunesse, pour le plus grand plaisir du botaniste. Il s'empresse d'en confier l'analyse à la faculté de Montpellier où un certain Pierre Magnol, contemporain de Linné et de Plumier, en fera la première description avec François Bonamy. L1010102.JPGEt voilà je suis revenu à mon point de départ le Vin de Magnolia qui bien sûr se nomme : Le Galisson en mémoire de Michel Barin de la Galissonière. En compagnie de mon plant de magnolia il m’attendait dans un beau petit pochon violet à fenêtre. Cadeau donc ! C’est un vin blanc né dans le vignoble du Muscadet récolté en surmaturité qui se voit aromatisé par la fleur blanche du Magnolia grandiflora cultivée par l’association « Magnolia de Nantes ». Comme le magnolia est une fleur à l’arome puissant, pour faire ce vin, même s’il existait de vieilles recettes, il fallait un vin d’une grande douceur et Pierre Lieubeau avec son œnologue ont du expérimenter le bon dosage pour tirer toute la subtilité du magnolia. Belle initiative pour le Tricentenaire 1711-2011 du Magnolia grandiflora que ce joli vin de Fleur qui, bu bien frappé à l’apéritif, pour ceux qui aiment les boissons douces, est agréable avec de beaux aromes de pamplemousse. Dans ces temps difficile pour le Muscadet allez-donc faire un petit tour sur le site de Pierre Lieubeau www.lieubeau.com ou si vous passez du côté de Château Thébaud c’est à la Croix de Bourdinière...


Claude François - Magnolia par unzip

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 07:00

Lorsqu’Yves-Marie Le Bourdonnec, le boucher-bohême d’Asnières, déclare que la viande anglaise est la meilleure du monde beaucoup de français n’en croient pas leurs oreilles : la réputation de la table anglaise est chez nous exécrable. Le mot de Talleyrand en atteste « En France, nous avons trois cents sauces et trois religions. En Angleterre, ils ont trois sauces mais trois cents religions. » et Bernard Shaw de renchérir « Si les Anglais peuvent survivre à leur cuisine, ils peuvent survivre à tout. » L'eau étant l'élément fondamental de la cuisine anglaise les bons produits anglais, oui il y en a, semblent voués quoiqu’il arrive au massacre. C’est l’opinion d’Alexander Watt correspondant gastronomique du Daly Telegraph à Paris « Mais qu’est-ce que la ménagère anglaise en fait de ses magnifiques légumes ? Bien trop souvent elle les massacre au lieu d’en tirer « la meilleure cuisine du monde ».  

Yves_Marie--c--Photographies-Martine-Murat.jpg

Photographie © Martine Murat

Certes notre homme est écossais. Certes notre homme remet lady Dorothy Fitzgerald le nez dans ses affreuses casseroles en aluminium. Certes notre homme écrit dans le numéro de mars 1957 de Cuisine et Vins de France. Mais sa réponse à la dite lady qui avait déclaré dans le Daily Mail que « the french are overrated as far as cooking and marketing go. Given the goods, the Englishwomen can produce the finest food in the world. » (les français sont surestimés tant pour la question de la cuisine que pour le marché. Qu’on lui donne les vrais vivres et l’Anglaise est bien capable de faire la meilleure cuisine du monde.) est très intéressante car il remet les pendules à l’heure.

 

Sans vouloir vexer les défenseurs de l’exploitation familiale qui, qu’on le veuille ou non, est la mère du productivisme du Grand d’Ouest : normal peu d’ha donc beaucoup par ha, l’Angleterre est un pays de grands propriétaires fonciers qui adorent regarder pousser l’herbe – j’exagère à peine – et le Prince Charles peut se permettre d’être « organic », de vendre ses confitures bio et à sa mother couronnée d’être l’une des plus primée par l’UE.

 

Que rétorque notre perfide écossais à la toute aussi perfide anglaise !

 

« Lui donner des vrais vivres ! Même s’il n’existe guère en Angleterre des marchés de l’ordre de ceux dont je viens de parler (les Halles, la marché Buci et Saint-Germain) , il existe bien les vivres essentiels pour faire une excellente cuisine. La meilleure qualité de viande de bœuf au monde vient de l’Écosse. Et en Écosse aussi se trouvent des poissons que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Notre saumon est incomparable, qu’il soit simplement grillé, poché au court-bouillon ou fumé. (Avant d’aller plus loin, je dois dire que moi-même je suis Écossais !) Et l’art des Écossais à fumer les poissons s’applique aussi aux vrais Kippers, aux truites et au Smoked Haddock d’Aberdeen. Permettez-moi de vous affirmer que le Haddock dit fumé, que l’on trouve dans la plupart des marchés de Paris, n’est pas véritablement fumé ; il est teinté et n’a pas du tout le goût délicat du Haddock fumé d’Écosse, qui est en vente toutes les deux semaines, aux Halles.

Parmi les autres produits de toute première qualité que l’on trouve en Angleterre, comptons la fameuse Sole de Douvres et le Whitebait (Friture de Blanchaille). Puis il y a le fameux Mouton du Pays de Galles et, d’Irlande vient le célèbre Irish Stew. N’oublions pas que le plat national d’Écosse est le Haggis. De tous les coins de la Grande-Bretagne vient une quantité d’excellentes choses pour faire une cuisine magnifique : le jambon d’York, le Cochon de lait, les Lamproies (le roi Henri 1er en a mangé une telle quantité qu’il en est mort), les Œufs de Pluviers, le fromage de Stilton etc. Et il y a autant de gibier qu’en France. Si nous n’avons pas les Ortolans nous avons, par contre, l’unique Grouse d’Écosse. »

 

Tout ça pour tirer une morale très simple à l’attention des Français, et surtout des producteurs français de denrées alimentaires, le made in France perd chaque jour que Dieu fait un peu plus de sa saveur. Pourquoi ? Tout bêtement parce que le maquis des signes dit de qualité obscurcit l’offre, la banalise, n’offre souvent qu’une garantie minimale, n’est composé que de minables lignes Maginot destinées à protéger les producteurs bien plus qu’à promouvoir des produits réellement originaux. L’exemple de la viande de bœuf, évoquée par Yves-Marie Le Bourdonnec, a force de  démonstration : l’image de la bonne viande française se dissout au point de voir Mac Donald s’emparer d’un des fleurons des races françaises : le Charolais. Alors que nous possédons le plus beau troupeau à l’herbe – exception française – que nous n’engraissons pas nos animaux, comme le font les américains et les argentins, dans de monstrueux feed-lots, rien n’est fait pour que le consommateur s’y retrouve. Alors il fuit, se désintéresse du produit. Et pendant ce temps-là les grands amateurs, les journalistes gastronomiques, dans leur isolement hautain, tranchent : « il n’y a plus de bonne viande en France... » Grotesque ! Ridicule ! Reste que la part de responsabilité des producteurs dans ce déficit d’image est patente : choisir risquerait de mécontenter ceux qui n’ont qu’une vision syndicale de la question.

 

À l’heure où certains en France dépensent beaucoup d’énergie pour promouvoir la Table Française il est essentiel de ne pas mettre en exergue une approche uniquement élitiste des bons produits nécessaires à la confection d’un bon repas mais d’avoir le courage d’appeler un chat un chat : ça s’appelle une segmentation claire, lisible, qui ne se cache pas derrière des catégories juridiques : AOP, IGP, labels... mais qui annonce la couleur. Nous ne sommes plus ou pas seuls au monde, de très bons produits existent partout, l’origine France garde encore du crédit mais encore faut-il ne pas le gaspiller en agitant notre excellence élitiste tout en proposant au plus grand nombre des produits d’une banalité affligeante. Entre le moins cher du moins cher et les sommets il existe un espace à conquérir mais encore faut-il que  nous sortions de nos ambigüités si commodes. David quand est-ce que nous partageons un beau Haggis ?

Bona 015 Ceci n'est pas un écossais interprétation libre d'un tableau de René Magritte

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 00:09

En me rendant pédestrement à la dégustation du château Haut-Bailly vendredi dernier aux caves Legrand je suis passé par le jardin du Palais Royal qui, en dépit de la poussière : plaie des jardins publics de Paris, offre en fin de journée un havre de paix. Passant au flanc du Grand Vefour, en empruntant la galerie du Beaujolais, le restaurant rendu célèbre par Raymond Oliver triplement étoilés de Guy Martin. Bien évidemment je me suis arrêté pour jeter un œil sur la carte placée à l’extérieur afin de voir s’il y était fait mention des vins servis. La réponse est oui. J’ai donc pris une petite photo et, comme les vins mentionnés étaient pour beaucoup connus de moi, j’ai commencé à ruminer en dépit des effets nocifs de cette pratique. Rentré chez moi, vérification faite sur le site du Grand Vefour www.grand-vefour.com j’ai pu constater qu’il n’y avait aucune mention des vins servis, sans doute parce que les étoiles du Michelin garantiraient l’existence d’une belle cave, ce dont je ne doute pas même si ces messieurs-dames du petit livre rouge ne constituent pas pour moi l’alpha et l’oméga des dégustateurs et surtout un gage de recherche et d’originalité.

photovefour-copie-1.jpgSuggestion de Vins telle est l’annonce faite sur la carte affichée et visible de l’extérieur : hormis le Taittinger brut NM (normal puisque la maison est le propriétaire) elle propose 8 vins : 3 blancs et 5 rouges, dont 5 d’origine plutôt modeste et pour les 3 autres manifestement choisis et mis en avant pour bien se situer dans la tendance actuelle. Un bon point donc pour le Grand Vefour de sortir des sentiers battus mais la suite est moins réjouissante :

 

Un péché véniel : une faute d’orthographe : la Cigale avec deux l ;

 

Des approximations : non indication de l’appellation Savoie pour le Chignin Bergeron ; pour le Pouilly-Fumé aucune précision sur la cuvée, est-ce celle étiquetée « Domaine des Fines Caillottes » ou « Prestige » ? Pour le pays d’oc même remarque, il doit s’agir du « Classic blanc » ; pour les Fiefs Vendéens la cuvée se dénomme Le Poiré et non Poiré et le domaine est le domaine Saint-Nicolas et non Nicolas. Le domaine Gardin-Perrotto se nomme Du Gardin-Perrotto. Pour le Matthieu Barret son domaine c’est le domaine du Coulet. Rien de bien grave mais ces messieurs les toqués ne goûteraient guère que l’on égratignât le nom de leurs œuvres culinaires. L’argument du manque de place ne tient pas.

 

Le péché mortel récurant : le prix affiché de ces vins :

 

En ramassant les prix sur le Net, et en déduisant un prix départ propriété (sauf pour le Pays d’Oc et le Crozes-Hermitage où j’ai les prix réels) je peux vous communiquer les coefficients multiplicateurs :

 

Vins Blancs

1-      le Chignin Bergeron ­2006 domaine JP&JF Quénard : 60 € coef. 5

2-      le Pouilly-Fumé 2009 domaine Pabiot : 67 € coef. 5

3-      Le Vin de Pays d’Oc domaine la Madura : 78 € coef. 7

Vins Rouges

1-    Fiefs Vendéens Le Poiré 2004 domaine Saint-Nicolas : 88 € coef. 5

2-    Givry 2006 Clos Salomon domaine Du Gardin&Perrotto : 78 € coef. 4

3-    Corbières 2007 domaine du Trillol : 58 € coef. 8

4-    Crozes Hermitage 2009 domaine Matthieu Barret 59 € coef. 4

5-    Château Olivier Pessac-Léognan 2001 : 132 € coef. 4

 

La maison Grand Vefour prélève donc en valeur absolue en moyenne 50 à 70€ sur chacune de ces bouteilles avec un plancher à 39€ pour le Crozes-Hermitage 2009 de Matthieu Barret et un pic de 100 € pour le Château Olivier 2001. Un détail les vins de South of France sont du pain béni pour les étoilés : petit prix départ mais gros coefficient. C’est très confortable pour des produits où le capital immobilisé et les coûts de gestion sont quasi-nuls. Comme le sommelier est compris dans la masse du personnel c’est presque du net. Le vin reste le sauveur des étoilés.

 

Mon Conseil :

1-     Commandez le Crozes Hermitage 2009 domaine Matthieu Barret 59 € vous aurez le sentiment de boire bon sans trop engraisser le Grand Vefour ;

2-    Pour le château Olivier : soit vous allez chez Franprix au rayon des recalés à 19 € vous approvisionner mais vous risquez d’avoir du mal à convaincre le sommelier du Grand Vefour de ne vous compter qu’un droit de bouchon ou bien vous suggérez à l’intendant de la maison de s’approvisionner au rayon des recalés de Franprix car y’a plein d’affaires à faire pour mettre plus encore du beurre dans les épinards de Guy Martin.

 

La Morale de cette histoire : le Grand Vefour n’est pas une exception dans le paysage des grands restaurants, du moins ceux des parigots tête de veau, et comme je ne fréquente pas ce type d’établissements je n’ai fait qu’attraper quelques prix affichés. Comme il ne faut pas compter sur les chroniqueurs patentés pour faire ce boulot sans doute trop fatiguant pour leur auguste personne je ne fais qu’agiter (attention aux ampoules) sans grandiloquence le marigot ce qui équivaut bien sûr à une tempête dans un verre d’eau.

 

Pour ceux qui voudraient visiter les sites des vignerons cités :

 

www.jf-quenard.com

www.jean-pabiot.com

www.lamadura.com

www.domainesaintnicolas.com

Du Gardin&Perrotto pas de site

Pour le domaine du Trillol devenu château Trillol www.sichel.fr

www.chateau-olivier.com

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 00:09

Le boulevard Saint-Jacques, du côté pair, là où je crèche, est pourvu d’une belle contre-allée bordée de platanes que j’emprunte sur mon vélo à mon retour pour m’éviter un long détour. Sur ce chemin un seul magasin : un Franprix où je m’arrête de temps à autre pour acheter des produits ménagers. Récemment rénové cette supérette de proximité – valeur montante en ville – a vu son rayon vins fondre de moitié. C’est toujours un mur, pourvu d’une armoire sous clé pour les produits chers : spiritueux et champagne – et, lorsqu’on fait la queue d’une tête de gondole que j’appelle le coin des recalés car y apparaissent les vins à prix cassés : ceux qui n’ont pas trouvé preneur. Je laisse de côté les bouteilles orphelines pour m’intéresser aux arrivées en masse d’une même référence signe d’une désaffection tout aussi massive des consommateurs.

 

Mon observation régulière m’a permis de constater que ce sont majoritairement des vins dit du haut du panier qui se retrouvent dans ce Purgatoire qui ressemble bigrement à une descente aux enfers. Celle-ci n’a rien à voir avec la qualité du vin ou à sa notoriété – bien que, pour certaines appellations, la désaffection est corrélée avec leur faible notoriété (deux étagères d'un Bergerac à 4,95 – mais est en grande partie due à leur inadéquation avec la chalandise du magasin. En effet, même si mon quartier abrite une population dont le pouvoir d’achat permettrait d’acquérir ce type de vins, il est évident que ces acheteurs là n’ont que peu de goût pour l’offre haut de gamme de Franprix. S’ils s’y rendent ce n’est pas pour y faire l’acquisition de vins à plus de 10 à 15 €. Bien sûr, à l’occasion, en passant, parce que le magasin est ouvert jusqu’à 21 heures, ce type de vins peuvent les intéresser mais ça ne fait pas beaucoup tourner le fond de rayon. Comme dirait les communicants : erreur de casting. Par exemple la présence de la Grande Dame à 164,75 euros ne me semble pas d'une grande pertinence.

 photoF1

Ma constatation, qui n’a rien de scientifique, met en lumière deux réelles insuffisances de l’offre vins de la Grande Distribution : tout d’abord beaucoup d’acheteurs vins de la GD sont conservateurs ils se contentent de reproduire les habitudes de consommation du noyau dur des consommateurs – ce que je conçois parfaitement car il ne faut pas négliger ce type de clients – sans chercher à renouveler ou à étendre le stock. Les seuls qui font de réels efforts pour anticiper, capter les nouvelles tendances (dans la GD de proximité) ce sont les gars de Monop qui offrent à leur clientèle un large spectre de vins originaux. Les anti-GD patentés vont me rétorquer que c’est très bien ainsi car ce sont les cavistes qui bénéficient de cette clientèle négligée par la GD. Pas si sûr car, comme il existe une catégorie de consommateurs qui ne mettent pas les pieds dans les grandes surfaces (qui le déclare tout au moins), il existe aussi une population qui ne met jamais les pieds chez un caviste pour une foultitude de raisons. Le regretter ne fait pas avancer une bonne distribution du vin. Se refuser à appréhender le consommateur tel qu’il est, vouloir à tout prix qu’il entre dans un modèle qui nous plaît, participe à la régression du vin dans nos sociétés urbaines. Sans vouloir ramener ma fraise c’est ça l’essence même du commerce de détail.

 

La seconde insuffisance de la GD se raccroche à ce je viens d’énoncer : le responsable de magasin ou le gestionnaire du rayon est enserré dans des procédures très centralisées. Le rayon est entre les mains de têtes d’œufs qui manient des panels nationaux ou/et régionaux mais ne laissent que peu de marges de manœuvre aux gens du terrain pour s’adapter à leur clientèle de quartier. Mon propos n’est pas une vue de l’esprit : pour preuve ma chronique sur le Carrefour de la porte d’Auteuil link où les têtes d’oeufs de cette enseigne venait de s’apercevoir que leur magasin se trouvait dans le XVIe arrondissement de Paris, quartier déshérité comme chacun sait. « Après quatre mois de travaux, ce magasin doit faire office de « laboratoire » pour le groupe. Objectif : regagner les clients perdus en proposant une offre « sur-mesure », dixit Alain Souillard, directeur exécutif des hypermarchés Carrefour France (j’adore l’empilement des grandes volières : un directeur exécutif comme son nom l’indique c’est quelqu’un qui exécute les directives d’en haut, d’où l’extrême réactivité de ce type d’organisation). »

 

Cette semaine j’ai noté au coin des recalés (qualificatif qui je le répète n'a rien à voir avec la qualité du vin proposé) de mon Franprix (photos de qualité moyenne car prise discrètement car les gérants n'aiment pas les photographes)

- Le Cote-Rotie à 34,50 est un 2007 Les Essartailles des Vins de Vienne

- Le Cote-Rotie à 16,95 est un 2008 du domaine Louis Clerc

- le Château Olivier à 19,24 est un 2008.

- le Château Cadet-Bon à 18,71 est un 2004.

 

Pour établir un rapport de comparaison le Château Olivier 2008 est proposé à 27,30 la bouteille sur le site Wine&Co et le Cadet-Bon 2004 est proposé à 35,90 sur le site 1855. Pour les Essartailles 2007 ce Cote-Rotie est proposé entre 36 à 46 euros sur le site Vinopédia. 

 photoF4.jpgphotoF2photoF3.jpgphotoF5.jpg

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 00:09

L’élégance est imperceptible, intangible. La vraie, loin de n’être qu’un signe extérieur, exprime souvent une façon d’être, une forme discrète d’alliance de beauté physique et morale. Ma mère couturière avait coutume de dire, face à un beau modèle, bien porté : quelle allure ! François Baudot, dans son livre L’allure des Hommes, écrit « Mélange de magnétisme et de mouvement, l’allure ne tient ni aux moyens des individualités qui l’expriment, ni au milieu dont celles-ci sont issues. » Le vêtement porte en lui des signes qui ne trompent pas. Seconde peau, « à peine moins sensible, moins éruptive, moins vulnérable que la nudité, son enveloppe en dit souvent plus long. »  

 

Dans leurs commentaires les dégustateurs patentés placent l’élégance d’un vin au faîte, comme étant la signature d’un certain style. Sans vouloir me placer dans leur catégorie, ce dont je suis indigne, je me permets toutefois de faire remarquer que trop souvent j’y sens une forme de facilité, une manière de dire ou d’écrire qui laisserait sous-entendre qu’il puisse exister des degrés dans l’élégance. S’il existe différentes formes d’élégance : policée, humble, rebelle, superbe, simple, excentrique... l’allure est toujours un mouvement vers l’avant, vers le haut. Non, non, je ne coupe pas les cheveux en quatre mais j'affirme que l’élégance, quelle soit, celle de David Bowie l’excentrique, de Lauren Bacall la mal fagotée, de Steve Mac Queen le décontracté, de Grace de Monaco la parfaite, d’Yves Saint-Laurent le dandy ou de Malraux sanglé dans son uniforme de militaire, ne peut se réduire à une forme de grille où comme dans les produits, il y aurait des premium, des super-prémiums et des icônes. On est élégant ou on ne l’est pas.  L1010172.JPG

Vendredi soir dernier, pédestrement, je me suis rendu aux Caves Legrand, à l’invitation de Philippe-Alexandre BERNATCHEZ président de Sciences Po Millésimes. Ce club a été fondé en 2001, par deux Anciens qui souhaitaient doter l'Association des Anciens de Sciences Po d'un club œnophile semblable à celui des élèves.Il se réunit environ une fois par mois, généralement aux Caves Legrand, dans le but de faire découvrir aux adhérents des vins français (et parfois étrangers...) et surtout de leur permettre de rencontrer les personnalités qui se cachent derrière des noms de domaines (plus ou moins) connus. L’invitée de la dégustation de vendredi était Véronique Sanders qui dirige, depuis 2000, le Château Haut-Bailly que son grand-père, Jean Sanders, a vendu à Robert G. Wilmers le 30 juillet 1998. « Situé aux portes de Bordeaux, sur une magnifique croupe de Pessac-Léognan, le Château Haut-Bailly www.chateau-haut-bailly.com, Cru Classé de Graves, domine depuis plus de quatre siècles un vignoble d’un seul tenant de 30 hectares uniquement consacré aux cépages rouges. » Organisation parfaite, beau lieu dédié à la dégustation, ambiance studieuse et sympathique d’un club de connaisseurs qui ne viennent pas étaler leur science du vin mais découvrir.  J’ai bien aimé et je n’ai pas vu le temps passer.

portrait-Sanders.jpg                                                    Photo Jean-Bernard Nadeau©

Véronique Sanders a été pour beaucoup dans ce je ne sais quoi qui fait que j’ai eu l’impression de vivre un moment rare. Cette dame, sans emphase, avec une passion contenue, un sens de la précision, une approche de la vigne qui est mienne : respect de la nature, viticulture de précision : le point Hermès dixit Denis Dubourdieu l’un des conseils du château, la main de l’homme la moins interventionniste possible, des questions, le temps de la réflexion, ne pas céder à la précipitation, un travail d’équipe mi-féminin mi-masculin, écouter pour anticiper le mieux possible. Bien plus que des mots, nous sommes loin des fameux éléments de langage, Véronique Sanders exprime au sens profond une vraie philosophie de la manière de faire de Haut-Bailly : celle de l’intemporalité qui, sur les traces de l’histoire de la propriété, s’inscrit dans les avancées du temps présent sans pour autant céder aux emballements de la mode. Avant de disserter sur les vins rappeler qu’au commencement il y a la vigne qui, comme l’écrit Didier Ters dans son livre sur la Louvière autre beau château de Pessac-Léognan, s’inscrit, plonge ses racines dans un terre qui va devenir son terroir car c’est « une contradiction, puisque le sol est riche d’être pauvre ». Qui d’autre que cet encépagement composé de cabernet sauvignon (64%), de merlot (30%) de cabernet franc (6%) et d'un peu de petit Verdot pourrait sous la lumière et le soleil accoucher de telles merveilles ? Rien d’autre ne fructifierait sur ce sol de sables, de graves et d'un sous-sol de faluns composés de pierres fossiles qui se sont structurés en une véritable mosaïque de micro-terroirs, parfaitement drainés. Comme ce vignoble se caractérise également par d’exceptionnelles vignes centenaires sur un quart de sa superficie, on est en droit de penser que la philosophie dont Véronique Sanders se veut l’héritière puise ses racines au droit, au plus profond.

 

« La vigne est le plus précieux de tous les arbrisseaux ; c’est elle qui produit le raisin, dont nous faisons le vin, par le secours de l’art. » écrivait Élisabeth Gervais dans son petit Opuscule sur la vinification à Montpellier en 1820. Les vins de Haut-Bailly représentent l’archétype du style des vins de Graves, avec des tannins voluptueux et soyeux, un fruit sensuel et raffiné. Vin de Graves vous avez dit vin de Graves mais que diable nous sommes dans l’appellation Pessac-Léognan, si jeune (décret du 23 septembre 1987) mais comme l’écrit Didier Ters « attendue, si l’on peut dire, depuis...1904 » date à laquelle le Syndicat des Graves de Bordeaux fut créé, par l’entremise de propriétaires installés sur 10 communes du sud de l’agglomération bordelaise. Ce sont ces dix communes qui constituent aujourd’hui l’unique berceau de l’appellation Pessac-Léognan. À tous ceux qui cherchent à transcrire le lien au terroir dans le bronze d’un texte je conseille de venir faire des gammes à Haut-Bailly où celui-ci livre des vins spontanément élégants et racés, harmonieux, peu acides et extraordinairement souples malgré la forte proportion de cabernet. Pas sûr qu’ensuite ils trouvent les mots pour l’écrire mais ils auront pu ainsi mieux comprendre l’alchimie qui permet d’inscrire un vin dans une histoire, celle des hommes et de leur territoire.

 

Je pourrais continuer d’écrire sur ce thème mais comme j’ai qualifié les vins de Haut-Bailly de spontanément élégants je me dois, non d’en apporter la preuve, mais du moins de m’en expliquer. Exercice à la fois d’une grande simplicité : les millésimes 2007 du premier vin et de La Parde le second vin, 2004 seul, 2002 et 2003 en confrontation, et 1999 pour finir ont confirmé que Haut-Bailly c’est un bien un style où se marient finesse et concentration sans les excès de l’extraction, une belle complexité aromatique et une douceur des tanins qui m’enchante. Au sortir de la dégustation j’avais une belle bouche ; mais aussi exercice au terme duquel il pourrait m’être reproché de m’ériger en juge des élégances et que je n’en n’ai ni le statut, ni bien sûr les compétences. J’en conviens aisément mais je suis tout prêt, pour une fois, à relever le gant sur le terrain de l’appréciation de l’élégance. En effet, j’ose affirmer sans honte que c’est un domaine où je me sens très à l’aise. Paradoxe pour quelqu’un dont les mots sont parfois un peu verts, parfois gros, mais l’élégance, même si parfois elle est sobre, ne s’accommode jamais de l’incolore, de l’inodore et du sans saveur.

 

Même si c’est péché d’orgueil de ma part, mon intuition me trompe rarement et, après avoir entendu Véronique Sanders parler de son Haut-Bailly avec passion, sincérité, véracité, simplicité tout en dégustant ses vins, j’ai senti, palpé, une harmonie entre eux et ses paroles. Aucun décalage entre le dire et le faire, rien que la recherche, non de la perfection ou d’une quelconque grandeur un peu vaine, de l’origine, de l’authenticité chaque année modelée par la nature, le climat, les soins à la vigne et au chai. De la belle ouvrage, du cousu main, ce qu’en effet la main de l’homme sait faire de mieux soit tout le contraire de la reproductibilité mécanique, froide, déshumanisée des produits qui meublent notre quotidien. Dans le petit monde du vin, il est de bon ton de brocarder, disons pour faire simple, les châtelains du vin de Bordeaux. Une telle globalisation est stupide et imbécile, du même tonneau que les jeunes, les noirs ou les chasseurs... Sur les deux rives de la Gironde je rencontre aussi des gens passionnés, sincères, amoureux de leur métier et, sans verser dans un féminisme hors de saison, je trouve que les femmes du vin, à Bordeaux comme ailleurs, font bouger les lignes. Il n’existe aucun vin de femme ou de vin pour femme mais des femmes du vin.

 

Dernier point, j’ai beaucoup aimé le Haut-Bailly 2002, le chouchou de Véronique Sanders, sous-coté parce venant à la suite de deux millésimes qualifiés d’exceptionnels, car il marque pour moi le début d’une nouvelle tranche de vie pour le château Haut-Bailly. Il est plein de promesses !

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 02:09

 

Nous nous séchâmes étendus nus au soleil. Repus je m’endormis sur le dos. Dans mon rêve l’Anse des Soux au petit matin, le sable fin et Marie qui s’éloignait en tirant des brasses fluides. « Reviens ! » mais de mes lèvres glacées aucun son ne sortait. Je m’en voulais. Et elle n’était plus qu’un tout petit point dans l’océan. « Reviens ! » mes mains voulaient prendre appui sur le sable mais tout en moi se dérobait. Je pleurais. Le sel de mes larmes laissait autour de mes lèvres une auréole sèche. Marie-Amélie tendrement me caressait les cheveux. Dans mon demi-sommeil je sentais ses longs doigts apaisants, maternels, aller et venir, et me détendait. Les images s’effaçaient. Je me relevais sur mon céans. Avec un petit mouchoir blanc humide la comtesse débarbouillait l’alentour de mes lèvres. Nous étions seuls au monde au milieu de cette nature majestueuse. Je m’efforçais de sourire. Marie-Amélie me tendait le petit carré de coton brodé à ses initiales « Gardez-le ! Vous m’avez redonné l’envie de la vie. Merci... » Je l’embrassais avec tout ce qu’il me restait de tendresse. Nous reprîmes la route. Les virages, à flanc de montagne, s’enchaînaient : comme un sentiment de s’approcher au plus près du ciel. À la cote de 3200 mètres, nous nous arrêtâmes sur un terre-plein face l’Aconcagua. En buvant ce qu’il nous restait de café, nous trouvions ses 6959 mètres officiels assez « humains »  Marie-Amélie sortait de son sac un superbe LEICAFLEX SL. « La lumière est encore bonne » me dit-elle et, après avoir activé le retardateur, elle déposait le boîtier sur une borne et me prenait par le bras pour que nous prenions la pose avec l’Aconcagua en toile de fond. Elle triplait la photo puis me confiait avec un faux petit air marri « Vous ne m’en voudrez pas j’espère j’ai pris quelques clichés de vous pendant votre sommeil... »

 

La comtesse enchaînait « Au début du siècle le trajet Santiago-Mendoza se faisait en train. » elle pointait son doigt ganté « Regarde – elle me tutoyait pour la première fois – tu peux apercevoir les restes des rails qui passent tout près du ravin. Ce devait être très excitant que d’entrer dans la montagne, de voisiner des précipices vertigineux. Imagine-nous dans un sleeping !  J'arrive toujours trop tard... » Nous remontâmes sur notre engin pour nous attaquer à la dernière étape de notre périple : le passage de la frontière entre le Chili et l’Argentine qui passe au milieu du tunnel du Christ rédempteur long de 3 kilomètres. Cette appellation provient de l’érection d’une statue le Cristo Redentor de los Andes, inaugurée le 13 mars 1904 pour célébrer la résolution pacifique du conflit frontalier mettant aux prises le Chili et l’Argentine. Elle est plantée sur le chemin de La Cumbre, point culminant de la vieille route entre Mendoza et Santiago du Chili. Ce chemin est le Paso de la Iglesia du côté chilien et le Chemin Bermejo côté argentin. Par notre route nous n’avons pas vu la statue située à 9 km au bout d’une petite route fort pentue : avec un dénivelé de plus de 1000 mètres. Nous avions mieux à faire avec une catégorie de fonctionnaires qui, quel que soit le pays, se caractérise par sa forte propension soit à emmerder le monde, soit à laisser filer, le tout sans motif apparent ou avouable. Point commun aux deux postes : le laisser-aller vestimentaire et les plaisanteries grivoises à propos de la comtesse. Du côté chilien nous eûmes droit à un traitement que je qualifierais de mixte : chiant pour être chiant mais sans volonté réelle de nous emmerder. Je crois que le chef de poste faisait durer le plaisir rien que pour mater Marie-Amélie. Elle eut même droit, en dépit des usages habituels, à une fouille au corps par lui dans un petit réduit mal éclairé. Elle le subit avec dignité sans opposer la plus petite parcelle de résistance aux mains qui s’attardaient. Moi je n’eus droit qu’à une batterie de questions vaseuses sur mon séjour au Chili. Les tampons claquèrent. La barrière se leva et nous franchîmes le no man’s land jusqu’au poste argentin.

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Là, inversion des rôles, ces messieurs ne s’intéressèrent qu’à mon cas. Manifestement le français en provenance du Chili constituait pour eux un mets de choix. Leur amour pour le bon Docteur Allende, ce porc communiste, justifiait mon traitement de faveur. Ce qui ne leur plaisait pas c’est ma sortie via leur pays. Pourquoi ne regagnais-je pas directement la France comme toute la bande de gauchistes qui venaient se goberger dans l’UP d’Allende ? Ma réponse un peu alambiquée et embrouillée sur mon simple transit par l’Argentine pour gagner ensuite le Brésil puis me rendre à Cayenne en Guyane française ne fit qu’augmenter leur suspicion. Pendant ce temps-là Marie-Amélie se voyait offrir du thé par un jeune douanier mal rasé mais fort beau. Le chef et deux de ses acolytes ne lâchaient pas. Je gardais mon calme sans afficher une quelconque impatience. Les questions, toujours les mêmes, revenaient en boucle. Manifestement ces messieurs voulaient s’offrir une vraie récréation qui pouvait très bien mal se terminer pour ma pomme. Que pouvais-je faire ? Les soudoyer ? Trop risqué dans ma position. Trouver une diversion ! Oui mais laquelle ? Je demandai à me rendre aux toilettes. Assis sur le trône, la tête entre les mains, je m’efforçai de rassembler mes idées. Rien ! Le vide ! En passant devant Marie-Amélie je quêtais auprès d’elle une cigarette. L’incrédulité de son regard – elle ne fumait pas – eut pour effet de me faire prononcer une phrase dont je ne sais d’où elle pouvait bien provenir. « Quand je pense que lorsque j’étais gamin je collectionnais les images d’Alfredo Di Stephano... et qu’aujourd’hui... ». Le contenu du reste de ma phrase n’a que peu d’importance, comme le dit l’adage populaire « les mouches avaient changé d’ânes... »

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 00:09

  

À 56 balais le Jean-Louis Aubert boosté, transcendé par une formation exceptionnelle de 10 instrumentistes, le mercredi 27 avril lors de sa première au Zénith, nous a offert plus de deux heures de grand bonheur. Quelle vitalité ! Quel respect pour son public ! Qui a dit que les Français ne savaient plus s’assembler, exulter, danser ? Ce soir-là, toutes les générations étaient présentes et nul ne se souciait de la couleur de la peau ou des croyances de son voisin. Moi j’ai fini la soirée en état quasi-liquide heureux comme un bienheureux. Et que les grincheux ne viennent pas me bassiner sur le thème « tu te la joues jeune pépé ! » Rien à cirer, je préfère passer l’arme à gauche en dansant plutôt que de vivoter en pestant contre l’air du temps !

 

Aubert fait parti de notre patrimoine et j’ai osé dans mon titre lui accoler l’appellation climat car j’en ai plein le cul de tous ceux qui captent abusivement nos héritages populaires. Ras-le-bol des ratiocineurs télévisuels, des poseurs professionnels, des héritiers d’une France rance, des qui ont la trouille de tout et de rien, des bonnets de nuit, pour moi la vie c’est aussi vivre, boire et chanter car c’est bon pour la santé ! Le gars Jean-Louis nous en a offert pour notre argent, il n’a pas lésiné pour nous offrir un vrai spectacle, un truc qui te fait sortir de ta coquille, léviter au-dessus de tes baskets, en être, communier, chanter, swinguer, ne pas vouloir que ça s’arrête. Papy Rocard du haut de ses 80 balais a raison  « Il faut chanter, lire, jouer de la musique… Notre époque a perdu le sens de la fête. »

 

Un petit mot de la formation qui entoure Jean-Louis Aubert. On la sent proche de lui, sensible, délicate, soucieuse de son univers, efficace sans surjouer, homogène, talentueuse, amicale, indispensable. 3 guitares, deux batteries, une section de vents : saxo, trombonne, trompette, une basse et claviers, dans une interview Aubert déclare qu’il « avait envie de tout avoir, comme un enfant gâté. Et ça fonctionne très bien. » Je confirme car l’enfant gâté nous gâte, pour preuve ses deux batteurs qui, loin d’être redondant, se marcher sur les baguettes, se complètent. « Entre Richard Kolinka et Denis Bénarrosh, j'ai vraiment deux styles que j'aime. Richard est très explosif et Denis est très fan de New-Orléans, de Jamaïque, de choses un peu douces. » Bien d’accord avec toi Jean-Louis.

 

Et puis Aubert est un tendre, c’est si rare dans ce monde de brutes. Il dit simplement les choses « Si c'était ma dernière journée, qu'est-ce que je ferais ? Il y a beaucoup de choses qui sont importantes, mais pas urgentes, alors on ne les fait jamais : prendre soin de soi, des gens qu'on aime, se réconcilier avec quelqu'un avec qui on s'est fâché depuis longtemps. » Comme l'écrit Sylvain Siclier dans son papier du Monde «Les textes d'Aubert chantent souvent l'amour et la fraternité sans aller par quatre chemins. Cela va avec le timbre toujours adolescent de sa voix, dont la justesse n'est, chroniquement, pas la première des qualités. On le sait, mais la fougue fait passer ses faiblesses.» Pour sa première notre Aubert a chanté juste et toujours avec la même fougue

 

Merci Jean-Louis : continue !  

 

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 00:09

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé... »

 

Vendredi dernier j’ai récupéré mon grand vélo (photo 1) remis à niveau par mon mécano.

 

Samedi dernier après-midi, avec pour tout viatique au corps qu’un grand noir (du café), je l’ai enfourché pour passer la Seine jusqu’aux abords de la Place des Victoires pour une première station. Une petite heure en bonne et belle compagnie (pas de photo) rien que pour le plaisir léger de la conversation : 15 jours sans se voir c’est long ! Que du bonheur !

 

L’âme à nouveau légère et l’estomac dans les talons je me dis en roulant qu’il va me falloir trouver une solution pour que je ne tombasse point d’inanition. Rien ne m’attire ! J’attache mon cheval à un arbre et j’erre à pied.

 

Et mes pieds me portent jusqu’aux bords de l’Écume Saint-Honoré. Le banc d’huîtres me tend les bras ! C’est étroit, ça me plaît, je me juche sur un tabouret tout au fond. Va pour des fines de Claires et des bulots avec un verre de Muscadet.

 

Face à moi une japonaise s’installe avec précaution puis se plonge dans la carte avant d’effectuer de savants calculs monétaires.


« Au loin, le chant des mouettes... » (Ambiance)


Une tablée d’américains fait honneur aux huîtres et au Sancerre de Joseph Mellot (photo2)


Ma voisine nippone opte pour 2 huîtres de beau calibre et de grande extraction (belon et Gillardeau) accompagnées d’un verre de Muscadet. Elle fait des photos, moi aussi.


Je me restaure dans ce havre de paix et de fraîcheur.

 

La maison est agréable, le patron et le garçon sont de bonne compagnie. De bons commerçants aussi : ils proposent à nos étasuniens un dessert qui sonne bien dans mes oreilles : coquille Saint-Jacques crue, sauce soja ! Pour appuyer sa proposition le patron sort le dernier Ducasse : J’aime Paris Mon Paris du goût en 200 adresses éditions Ducasse 35 euros.

 

Mon estomac ne crie plus famine mais mes neurones vibrionnent : « et si je testais le goût d’Alain Ducasse ? » et si je me la pétais grave comme les Paganini plumitifs de la gastronomie.

 

Action ! (photo 3)


« Et qu’est-ce que monsieur boit ? »


« Un verre (de Muscadet), un second de Pouilly-Fumé (photo 4) ça ne va pas provoquer trop de dégât sur les statistiques routières ! »


Le patron me montre la bonne utilisation de la sauce soja : plongée des pointes de la fourchette puis piquetage des noix de la Saint-Jacques.

 

Un délice !


Pêche manuelle...


Le sieur Ducasse dit vrai « Tendre, savoureuse, la belle se révèle sucrée et fleurie... »

 

Un must mademoiselle G !

Toujours les mouettes !

Que Paris est beau au mois de mai !

 

Si vous y passez, à la saison des Saint-Jacques bien sûr, faites-donc une station à l’Écume Saint-Honoré (photo 5) 6 rue du Marché Saint-Honoré pour une dégustation hors pair. En dehors de la saison la maison vous pouvez aussi y passer car la maison est pourvue d’un beau banc d’huitres, de coquillages et de crustacés. Le sieur Michel doit aussi se souvenir que dans cette courte rue des bistrotiers servent encore des petits verres sur des tonneaux.

 

Reste que, je le note à votre place, car je vous sais avare de compliments à mon endroit, « je suis un vrai dénicheur » même pas besoin d’Alain Ducasse pour ça ! (photo 6) Tout ça pour écrire que les adresses de Ducasse sont bonnes : pour preuve la plupart sont les miennes

 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé... »

 

Très belle journée, je remonte sur mon fier destrier ayant tout ce qu’il faut pour carburer et n’en déplaise au sieur Bétourné nul problème d’équilibre pour assurer ma défense face à la meute des railleurs en chaise longue : à chaque feu rouge une salve part de mon Iphone. J’adore dégainer. Il y a chez moi du Clint Eastwood rentré... Les chiens aboient la caravane passe !

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 08:18

L’oukase est tombé « À compter du 1er janvier 2013, Autogrill exploitera la restauration de l'aire de Port-Lauragais sur l'autoroute A61. ». Donc « Cela signifie la fin de la cuisine traditionnelle et de la restauration indépendante sur l'autoroute », affirme Georges Gouttes, dont la mère, Lucette, a créée le restaurant La Dînée en 1983. Georges Gouttes affirme qu'il avait respecté le cahier des charges et prévu une enveloppe de 3 M € pour le renouvellement de la concession. « 450 000 € étaient affectés à la reprise des murs et quelque 2,4 M € pour refaire le restaurant, les cuisines, la cafeteria, améliorer le parking et l'accès au site ». Il se dit plus « déçu qu'en colère”. « Nous sommes sur l'aire depuis bientôt 30 ans et nous proposons une cuisine régionale élaborée sur place. Et 70% de nos achats proviennent de fournisseurs locaux », ajoute-t-il. Pour ceux qui ne connaissent pas l’accès à l'établissement se fait à la fois par l'autoroute, le canal du Midi et la RN 113. « Mais 99% de notre clientèle est celle de l'autoroute », précise Georges Gouttes. ladineeph-1.jpg

Le cassoulet était la spécialité de La Dînée, situé entre Carcassonne et Toulouse. « En 2010, nous en avons servi plus de 20.000 et ils sont faits maison », affirme Georges Gouttes. Voilà les faits tels que je les ai réceptionnés sur la Toile. Bien évidemment je n’ai pas les moyens de vérifier l’argumentaire des uns et des autres sur cette affaire mais elle me semble emblématique d’une volonté de mettre au pas un établissement proche de ses fournisseurs régionaux au profit d’une chaîne à la bouffe normalisée. Je dois avouer que, bien que passant près de cette aire, j’ignorais l’existence de cet établissement et dès que je le pourrai j’irai y poser mes Richelieu pour déguster le cassoulet.

 

J’en appelle donc aux gars et aux filles du Sud pour qu’ils se bougent le cul, au lieu de se la péter avec l’érection de leur Grand Cru, pour mettre leur grain de sel dans cette affaire de Cassoulet de Castelnaudary ! Ça pétitionne sur Facebook. Article du MIdi-Libre link226758 10150195487455559 560745558 7093265 1092886 s

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 00:09

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Crédit Photo link

 

Ce garçon est doté d’un nom qui pétille : Desperriers et d’un prénom François qui évoque pour moi les petits oiseaux d'Assise. En ce temps de Festival de Cannes, moi qui suis un peu cinéphile, père d’une fille productrice cinéma www.1001production.net (Le cauchemar de Darwin César du meilleur premier film 2006 – Nominé aux Oscars 2006 du meilleur documentaire - Vainqueur du European Film Academy Documentary 2005, Venise : prix Label Cinéma Europa, prix du meilleur documentaire Montréal 2005 : prix du meilleur film Viennale 2004, sélectionné à Toronto, IDFA, San Sebastian, Göteborg, Prix du public au Festival de Belfort, Premiers plans d’Angers… 2006) je profite de la présidence de Robert de Niro, qu’avec Anne-Cécile ma fille nous avons côtoyé à Avoriaz lorsqu’il présidait le Festival du film fantastique, fondateur d’un festival de Tribeca (au Sud de Manhattan) en 2001, pour ériger le mien à la face de la Toile abasourdie :

 

 

                      Le Premier Festival des ENTOILÉS toujours en MAI

 

 

Cette année, comme sur mon Espace de Liberté, je fais tout, je suis tout, j’essuie tout aussi même les lazzis, j'en suis l’organisateur, le sélectionneur des œuvres en compétition, le Jury, le président du Jury, et c’est ainsi qu’après en avoir délibéré avec moi-même, à l’unanimité, j’ai décidé d’attribuer La Palme d’Or de l’extension du Domaine du Vin à François Desperriers pour Bourgogne Live.

 

Pour ne pas le gêner je ne vais pas le couvrir de fleurs et surtout pas écrire, pour lui éviter l’opprobre de certains, que je le considère un peu comme mon fils spirituel dans l'approche du vin. Oui, je sais, je l’ai écris mais François, bien plus que moi, dégage de l’empathie, allie un excellent professionnalisme avec une approche ludique, décomplexée du vin. Pour le vieux routier que je suis, forniqueur de mots, érecteurs d’idées un peu braques, François Desperriers ouvre grande les portes et les fenêtres du Vin, toujours à l’affut il fait bien le métier. Et puis, qualité rare, il n’a pas un ego surdimensionné, il écoute, essaie de comprendre et surtout ne tire pas, comme trop de blogueurs sur la Toile, la couverture à lui.

 

Comme de bien entendu je fais ce matin la surprise à François et, en tant Secrétaire-Perpétuel autoproclamé et démissionnaire de l’Amicale du Bien Vivre, je souhaite remettre la palme d'or qui bien sûr ne sera pas une palme (j’ignore à cet instant ce qu’elle sera) en mains propres à François du côté de chez moi. Vous serez tous cordialement invités à cette cérémonie de haute tenue et à portée mondiale mais nous ne serons pas habillés en pingouins et si des gens du Vin, qui nous aiment bien, veulent nous patronner il leur suffit de me contacter. Je leur ferai un bon accueil.


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                                            www.bourgogne-live.com

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