Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 00:09

L’Enfer a occupé une place de choix dans mon élevage vendéen : que de fois fus-je menacé d’y aller en aller-simple si je péchais mortellement... Franchement ça ne m’a jamais impressionné, fait ni chaud ni froid si je puis dire. Ce Diable, dit Belzébuth, avec ses pieds fourchus, sa queue pointue et son trident m’est toujours apparu comme une menace d’opérette, bouffonne, relevant d’une comptabilité de notaire de la vie éternelle. Dès que j’ai eu trois sous de conscience, je n’ai jamais cru à la vie éternelle : franchement la trilogie paradis, purgatoire, enfer, nichée au fin fond du ciel avec escalier de service pour descendre, relevait du boniment de pochtron. Bien évidemment, pour avoir la paix, je me suis bien gardé d’exprimer mon scepticisme narquois même si, à ma pauvre mère, qui voulait faire de moi un curé, je répondis tout même un jour de guerre lasse : « maman j’aime trop les filles ! » qui la plongea dans l’affliction.

 

Pour certains hommes de pouvoir, à l’instar de la célèbre phrase de Sartre « l’Enfer c’est les autres » dans sa pièce « Huis-clos » manifestement : « L’Enfer c’est les femmes ! » Dans mon cas ce n’est pas le cas : j’aime les femmes et bien évidemment pour elles je me damnerais car comme le chante Adamo : « c’est ma vie, je n’y peu rien c’est elle qui m’a choisi, c’est ma vie, c’est pas l’enfer, c’est pas le paradis... » alors vous vous doutez bien que même si, comme tout un chacun, chaque jour qui passe me rapproche de l’envol final, de la mise en bière, l’Enfer avec tout son saint frusquin de grilles à rôtir et de braises rougeoyantes ne hante ni mes jours, ni mes nuits. Alors pourquoi diable tartiner sur le sujet me dire-vous ? Tout simplement parce que je fais l’objet de la part d’une charmante Plaimontaise, répondant à la lettre K, d’un harcèlement textuel.

 

En effet, voilà t’y pas que mes amis de Plaimont se sont entichés du Démon, le malin, jusqu’à l’affubler d’un black béret et de le chausser de sabots pour baptiser leur dernière cuvée : Rosé d’Enfer. Va pour goûter le fruit défendu, femme tentatrice, Eve objet entre les doigts fourchus du démon qui nous fit chasser du Jardin de l’Eden. Au risque de choquer je suis fort L1010400-copie-1.JPGaise qu’elle ait succombée et que ce benêt d’Adam l’ait suivi. Trop de délices tue le délice, que serait notre vie sans le péché, la transgression, un long fleuve tranquille où nous aurions tous des tronches de pensionnaires d’une clinique de remise en forme voyageant en car pour une dégustation d’Eau de Luchon.

L1010401-copie-1.JPG L1010402-copie-1.JPG

Ce Rosé d’Enfer l’achèterais-je rien que pour son nom ? La réponse est non. Je l’achèterais parce qu’il est un enfant de Plaimont. Que mademoiselle K se rassure je ne suis en rien la réincarnation du consommateur-cible de ce rosé et mon avis ne vaut pas plus qu’un avis parmi d’autres. Pour autant le concept est sympathique, gentiment provocateur, un chouia transgressif en diable et puis, après tout, il m’a inspiré cette chronique hautement philosophique. Que mademoiselle K ne se décourage pas pour autant, l’ouvrage est de qualité, avec une petite pointe de naïveté qui, après tout, va très bien à la fraîcheur de ce rosé. De plus, dans ce petit jeu, mademoiselle K, j’ai beaucoup apprécié votre ténacité, votre envie de me convaincre, fine et légère, pleine d’humour, alors je vous dis, en Grand Satan que je suis, continuez sur ce bon chemin vous recueillerez demain les fruits de vos efforts !

 

Reste, afin de ne pas subir les foudres de mon ami André, qu’a toujours la tête près du béret, je vais ouvrir cette bouteille de ce Rosé d’Enfer pour accompagner une platée de bulots aux piments de Cayenne que j’ai acheté chez le poissonnier de la rue du Bac qui cuit, selon les becs fins avec qui j’étais en Aubrac, les « meilleurs bulots de Paris » ( les nature que j’ai dégustés à l’Ecaille Saint-Honoré était top aussi). Ça tombe bien car l’Enfer et le piment de L1010404Cayenne vont bien ensemble : le rouge, le feu et le souvenir d’un vrai enfer sur terre : le bagne de Cayenne. Le décor est donc planté.

 

 

Le bulot ou buccin ondé Buccinum undatum (Linnae, 1758) vit dans les eaux froides de l'Atlantique Nord. Cette espèce, à grande répartition géographique et à forte densité sur les zones côtières, est largement exploitée depuis une cinquantaine d'années au Canada et en Europe du Nord. En France, la quasi totalité des débarquements est réalisée en Ouest Cotentin par une flottille de caseyeurs. Mon goût pour le bulot date de mes séjours fréquents à Trouville-sur-Mer au temps de ma présidence des Calvados&cidres réunis. Je les achetais sous les auvents de la magnifique Halles aux poissons qui a été malheureusement détruite par un incendie en 2008.

 

Pour les allergiques à la cuisine Beurk je signale que le bulot est à sa manière un charognard : il se nourrit de détritus et de cadavres et il est donc d’une grande utilité. Je signale ce détail car l’extraction du corps du gastéropode avec une pique (un trident) révèle un tire-bouchon qui passe du blanc-jaune au brun puis au noirâtre à son extrémité. Les restaurants proposent en accompagnement une mayonnaise, pour ma part je suis bulot nature. Les bulots m’attendent. J’en descends quatre. Excellente mise en bouche. Je sors le diable avec son béret et ses sabots du réfrigérateur, le pauvre doit avoir le cul gelé. Ouverture facile, emplissage du verre, cinéma traditionnel du dégustateur (je suis en cuisine donc évier à portée) Le diable en bouche se tient bien, il n’a pas la queue entre les jambes, pas d’attaque violente, il supporte la comparaison et se révèle vif comme un gascon, prêt à l’estoc avec sa rapière (c’est plus seyant que le trident). Que voilà un rosé qui se veut vin, pas éthéré pour deux sous, finale avec ce qu’il faut d’acidité pour avoir le sentiment du croquant. Ensuite alternance à un train d’enfer bulots/ rosé.

 

Voilà mademoiselle K, l’enfer est dit-on pavé de bonnes intentions, peu importe ce qui compte c’est le plaisir qui vous y mène. Votre Saint Mont rosé que vous avez baptisé, au risque de vous voir excommunier, d’Enfer, s’en tire avec les honneurs. Nul besoin pour lui de quémander des indulgences pléniaires pour mener des païens, non pas au paradis, mais sous une tonnelle. Votre diable mademoiselle K je le trouve bien trop sage dans vêture, il fait très noir et blanc de film d’art et d’essai, moi je le verrais bien totalement démoniaque, rouge pétant : quoi de plus provoquant pour un rosé que de s’afficher en rouge baiser !

 

Et puis, en finale non de dégustation, je me dois d'évoquer L'Enfer de Dante qui attribue au diable sept mille fonctions. Le diable incarne l'hérésie, la noirceur, la nuit, les terreurs. « Comme le dit Goethe, dans son premier Faust, le diable est tout ce que la raison ne peut comprendre...»

 

Partager cet article
Repost0
2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 00:09

nikita-khrouchtchev-frappe-de-la-chaussure-a-lag-de-lonukhr.jpg

Nous vivons sous la dictature de l'instantané : c'est un Twitt qui a annoncé avant même les agences de presse le début de la fin de notre DSK national. Le téléphone portable permet de capter en direct des images d'un tsunami en direct et de les diffuser immédiatement sur la Toile. Mauvais esprit comme je suis, j'écris : imaginez un instant que la scène de la suite du Sofitel eut été immortalisée ? Bref, nous avons atteint le point physique limite de l'instanténéité pas possible de faire plus vite. Reste pour moi, ce constat posé, en ce jour où un gus s'envole sans mongolfière, par ses propres moyens, à vous faire part de mon approche historique du K.

 

Le K m’a toujours intrigué c’est pour cette raison que j’ai lu le K de Dino Buzzati et Kaputt de Curzio Malaparte. Le K m’a fait mal lorsque beaucoup furent frappés par le syndrome de Kaposi. Sur mon espace de liberté par deux fois je l’ai mis en avant ce fichu : la première fois dans une chronique du premier août 2006 : Le dossier K... link pour me cacher derrière lui car le dossier restait chaud ; la seconde pour faire des variations Le cas du K ou comment imposer ses initiales : le cas de NKM... link 

 

Donc ce matin, en rapport avec l'actualité brûlante je vais évoquer 2 K de ma jeunesse comme ça, pour donner de la profondeur (au sens du champ) à la réflexion. :

 

Dans ma jeunesse il y eut d’abord monsieur K : Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev qui marqua mon esprit lorsqu’en pleine Assemblée générale de l’ONU, le 13 octobre 1960,  il retira sa chaussure et frappa énergiquement son pupitre avec elle pour envoyer paître le Président de séance qui réclamait qu’il cesse d’ interrompre les orateurs par des exclamations et des coups de poings sur son pupitre. Avec son air bonhomme, son côté paysan madré, sa grosse bonne femme, Khrouchtchev donnait une image moins « couteaux entre les dents » de l’URSS. Ignorant des arcanes du Kremlin j’ignorais qu’il devait son ascension politique à partir des années 1930 à la protection personnelle de Joseph Staline, dont il fut un exécuteur zélé et fidèle. Premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique de mars 1953 à octobre 1964 et, à partir de 1958, président du Conseil des ministres l’URSS. Son fameux rapport lut lors d'une séance de la nuit du 24 et le 25 février 1956 lors du XXe congrès du PCUS fera de lui l’homme de la déstalinisation et sa politique de coexistence pacifique contribuera à sa popularité. Et pourtant ce sera lui qui matera dans le sang l’insurrection de Budapest en 1956 et qui cèdera aux USA lors de la crise de Cuba en 1962. Il sera aussi l’homme de la rupture avec la Chine de Mao et celui qui autorisera Ulbricht à édifier le mur de Berlin. Côté je lâche du lest il autorise personnellement la publication retentissante de la nouvelle de Soljenitsyne : Une journée d'Ivan Denissovitch ; côté noir il persécute Boris Pasternak, qu'il oblige à refuser le prix Nobel de littérature (1957). Ignare et grossier il affiche son mépris pour les innovations esthétiques, refuse la musique rock et continue de couvrir d'honneurs le biologiste Lyssenko.

 

Sa chute fut le résultat d’un complot ourdi, à partir de février 1964, par Léonid Brejnev et Nikolaï Podgornyï, auxquels se joignirent progressivement la quasi-totalité des membres du Présidium du Comité central, « irrités par la politique fluctuante de Khrouchtchev et par son comportement régi par ses sautes d'humeur. » Cependant si monsieur K perd le pouvoir il n’en perd pas pour autant la vie : désormais les hiérarques du Kremlin mourront dans leur lit. Nikita Kroutchev, dans l’indifférence générale vivra une vie de paisible retraité à Moscou surveillé par le KGB qui fera passer ses Mémoires à l’Ouest. Il meurt le 11 septembre 1971 et fut enterré au prestigieux cimetière de Novodevitchi de Moscou, après qu'on lui eut refusé des funérailles officielles et un enterrement près du mur du Kremlin.

 

Mon second K c’est JFK qui a croisé monsieur K. et l’a affronté lors de la crise de Cuba. En effet, en 1961, le 20 janvier très exactement, John Fitzgerald  Kennedy, devenait le 35e président des Etats-Unis, premier et seul président catholique de ce pays, le plus jeune président élu 43 ans et aussi le plus jeune à mourir en cours de mandat à 46 ans, assassiné à Dallas, Texas, chez son vice-président Lyndon Johnson. De lui une série d’images : celle de Jacqueline Bouvier, chic et ravissante, « je suis l’homme qui accompagne Jackie à Paris » dit-il lors de sa visite à de Gaulle à Paris en 1961, celle du petit John-John dans le bureau de son père, celle du fameux discours à Berlin-Ouest le 26 juin 1963 « Ich bin ein Berliner » et celle, en boucle, de son assassinat à Dallas. Derrière les belles ou les tragiques images, d’autres images... ci-dessous...

 

L1010411 

 

L1010412

L1010413.JPG

L1010415.JPG

L1010416.JPG

 

Mai 2011 : 2 K de chute : DSK et JFK le petit...

L1010406.JPG 

Partager cet article
Repost0
1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 00:09

photoBenoist.jpg

 

Les libertaires, quand ils ne sont pas devenus sectaires à force de trop bouffer du curé et de la culotte de peau, sont de bons vivants plutôt ripailleurs et bon buveurs. Benoist Rey qui, comme ma pomme, a « connu la saumâtre cuisine des collèges de curés », vient de commettre un petit opus au titre gouteux « Mieux vaut boire du rouge que broyer du noir » aux éditions libertaires bien sûr 10 euros.

 

Adepte, comme Joseph Delteil (lire chronique « La cuisine émoustille l’âme : je choisis mon pain entre cent, à des lieues, et je foule mon vin moi-même... » link) de la cuisine considérée comme un art primitif, notre homme, cuisinier autodidacte, bonne plume, nous offre une tortore roborative toujours ponctuée du jaja qui va avec. Benoist Rey, dit « papy Mauzac » dixit ses petits enfants, est addict depuis vingt ans du Mauzac nature de Robert Plageoles à Cahuzac alors je peux hisser le drapeau noir au-dessus de la marmite ! Je le fais avec d’autant plus d’entrain que notre Ariégeois d’adoption sait porter le fer là où ça fait mal lorsqu’il écrit « Après la cuisine « bourgeoise », après la « nouvelle » cuisine nos Vatel modernes ont inventé la cuisine « déstructurée ». Trop alambiquée pour moi, je l’ai rebaptisée la « cuisine démolie ».

 

Rien que pour vanner Siné et tous les libertaires bouffeurs de curé : tout de même, vous faire imprimer dans un patelin répondant au nom de Vauchrétien, faut pas charrier mémé...

 

Pour vous mettre en appétit : une profession de foi - désolé Benoist - que je fais mienne moi qui fait toujours mon marché...

 

Le Marché

 

« C’est là où commence la vraie cuisine. Celui qui ne fait pas son marché est un faiseur. « et surtout, lève-toi tôt ! » dixit Delteil. Au saut du lit, à la pointe de l’aube, petit déjeuner roboratif et silencieux. Du café fort. Ne jamais jeter celui de la veille : il fera l’affaire avec son odeur de recuit et son goût de caramel.


Pendant vingt ans, j’ai mangé chaque matin, trois œufs au plat ou à la coque. Le pain de la veille est grillé. Du beurre, salé évidemment. Miel ou confiture, selon l’envie ou le ciel. Il faut toujours commencer une journée le ventre plein et chaud. Le jeûne et l’abstinence sont l’invention des curés de toutes confessions. Tout petit, chez les « bons pères », je tombais d’inanition, en attendant le petit déjeuner, après la messe et l’étude.


Et surtout, prendre son temps. Être lent est un luxe de pauvre. Depuis plus de quarante ans, je ne dois plus mon temps à personne qu’à moi-même. Et pourtant je ne le ménage pas. Je l’étire à mon goût, j’en dispose à mon gré. C’est pour cela que la course et la vitesse me semblent une occupation d’imbéciles. Aller vite pour revenir à son point de départ, quelle ânerie ! quelle perte de temps !


Pendant vingt-cinq ans, le marché de Saint-Girons, en Ariège. Un conseil : y arriver tôt. Le temps de faire le tour des étals, tous les sens en éveil. Toucher, tâter, renifler, goûter, au besoin. La fermeté d’un légume, le satiné d’un fruit, l’œil d’un poisson, l’onctuosité d’un fromage, l’odeur d’un pain... »

 

Pour finir : une anecdote à propos du regretté Marcel Lapierre, un aphorisme et une histoire de vigneron

 

- « Au premier salon (tout à fait informel) des vins sans soufre (mais pas sans soif), il ouvrait bouteille sur bouteille. À Poulos qui lui demandait comment il avait prévu si large, Marcel lui répondit, impérial : « j’en ai pris trop pour qu’il y en ait assez. »

 

- « un repas sans ail, c’est un baiser sans moustache ! »

 

- « Un vigneron se retrouve sous son tracteur, les jambes broyées. Au médecin du Samu qui lui demande : « Vous souffrez », il répond, stoïque : « Non je sulfate. »

 

Allez, comme l’écrit Benoist Rey « Que ce livre vous donne faim et soif ! »

 

Allez Françoise pousse la chansonnette pour Benoist !

 

 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 00:09

Ce matin je pars tôt pour Bordeaux avec mon matos de grand-reporter, vêture de campagne et, à la gare Saint Jean, on m'attend. J'ai un guide expérimenté je ne risque donc pas de m'égarer dans les vignes de Pomerol. Pour tout vous dire je suis dans mes petits souliers. Je n'en écrirai pas plus mais pour vous faire patienter je vous propose d'explorer l'âme profonde d'un vigneron bordelais.

 

Thérèse Desqueyroux est le chef d’œuvre de François Mauriac. «Thérèse, beaucoup diront que tu n’existes pas». Il s’ouvre sur la scène où Thérèse sort du palais de justice, dans la nuit où une ordonnance de non-lieu vient d’être prononcée, elle est libre, et pourtant, tous la savent coupable, son père qui est venu la chercher, son avocat qui l’accompagne, son mari Bernard qui l’attend en leur propriété d’Argelouse, nous enfin, qui la pressentons plus victime que coupable.

 

« Bourgeois, « garçon raisonnable », bon parti, ni laid, ni sot, Bernard est, néanmoins, un homme de la terre qui garde des goûts assez sauvages. Il a aussi un cœur sec, incapable de comprendre Thérèse ni de l’aimer. Il est un homme calculateur, conformiste qui ne pense qu’à la réputation de la famille. Il est, en un mot, un fantoche de la morale bourgeoise et du conformisme du vigneron landais » Kazuo Ogoura.

 

Le dernier chapitre, sorte d’épilogue où le mari dans le respect des convenances décide de rendre sa liberté à sa femme en l’accompagnant jusqu’à Paris où il l’abandonne à elle-même car le plus important pour lui est de sauver les apparences Thérèse est enfin libérée de l’emprise de la famille Desqueyroux. « Mauriac utilise le vin de Pouilly comme symbole de l’émancipation de Thérèse. »

 

« Elle eut faim, se leva, vit dans une glace d’Old England la jeune femme qu’elle était : ce costume de voyage très ajusté lui allait bien. Mais de son temps d’Argelouse, elle gardait une figure comme rongée : ses pommettes trop saillantes, ce nez court. Elle songea : « Je n’ai pas d’âge »Elle déjeuna (comme souvent dans ses rêves) rue Royale. Pourquoi rentrer à l’hôtel puisqu’elle n’en avait pas envie ? Un chaud contentement lui venait, grâce à cette demi-bouteille de Pouilly. Elle demanda des cigarettes. Un jeune homme, d’une table voisine, lui tendit son briquet allumé, et elle sourit. La route de Villandraut, le soir, entre ces pins sinistres, dire qu’il y a une heure à peine, elle souhaitait de s’y enfoncer aux côtés de Bernard ! Qu’importe d’aimer tel pays ou tel autre, les pins ou les érables, l’océan ou la plaine ? Rien ne l’intéressait de ce qui vi, que les êtres de sang et de chair. »Ce n’est pas la ville de pierres que je chéris, ni les conférences, ni les musées, c’est la forêt vivante qui s’agite, et que creusent des passions plus forcenées qu’aucune tempête. Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »

Thérèse avait un peu bu et beaucoup fumé. Elle riait seule comme une bienheureuse. Elle farda ses joues et ses lèvres avec minutie ; puis, ayant gagné la rue, marcha au hasard. »

 

Kazum Ogoura toujours dans son excellent livre La dégustation du vin à travers la littérature française initie un concept novateur : l’accord vin-sentiment. « Alors heureuse ! »

 

 « Le Pouilly qui figure dans le roman doit être un Pouilly de la région de Loire, car Thérèse prend une demi-bouteille (ce qui signifie que le vin est assez populaire et consommé en grande quantité et ce qui correspond plus au caractère de la distribution du Pouilly de Loire qu’à celui de Mâcon). En plus, le Pouilly de Loire a une personnalité assez affirmée et il a même une certaine fermeté qui s’accompagne de fraîcheur. Ces caractères de Pouilly de Loire semblent bien s’accorder avec le sentiment frais de liberté que ressent Thérèse au cœur de Paris, libérées des liens bordelais. »

 

Biographie d’Emmanuelle Riva (photo d’elle dans Thérèse Desqueyroux)

 

Comédienne de théâtre, Emmanuelle Riva fait une première apparition au cinéma en 1958 dans Les Grandes Familles de Denys de La Patellière. L'année suivante, elle est révélée par Alain Resnais qui lui offre le rôle principal de son premier long-métrage, Hiroshima mon amour, écrit par Marguerite Duras. Dans ce film-charnière qui évoque les traumatismes de la Seconde guerre Mondiale à travers la rencontre d'une actrice française et d'un architecte japonais, Emmanuelle Riva impose une voix et un physique singuliers qui bouleversent les cinéphiles. La même année, elle tourne, sur un sujet proche, le controversé Kapo de Gillo Pontecorvo.

 

Jean-Pierre Melville qui l'engage pour Leon Morin, prêtre en 1961, et Georges Franju, qui la fait tourner dans Thérèse Desqueyroux, pour lequel elle obtient en 1962 le Prix d'interprétation féminine à Venise, puis Thomas l'imposteur, sont les autres rencontres marquantes de l'actrice qui, par la suite, ne trouvera que rarement des rôles à la hauteur de cet impressionnant début de carrière. Elle poursuit néanmoins son parcours exigeant, tournant sous la direction de réalisateurs à la forte personnalité, comme Fernando Arrabal, Jean-Pierre Mocky, Marco Bellocchio ou encore Philippe Garrel.

 

Si l'actrice privilégie un cinéma littéraire (elle tourne une adaptation de La Modification de Michel Butor), on la retrouve également dans un film plus populaire, mais au sujet délicat, Les Risques du métier d'André Cayatte. A partir des années 90, outre sa composition de chef de famille dans Loin du Brésil, Emmanuelle Riva retient l'attention dans de beaux seconds rôles de vieille dame indigne dans C'est la vie et Vénus beauté (institut).

 

 

Partager cet article
Repost0
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 00:09

Officiellement, sur ce site, comme en atteste son acte d’état-civil link Vin&Cie l’espace de liberté est né le 30 mai 2005, très tôt, au basculement de la date où la voix de l’horloge parlante déclamait, sépulcrale, « au quatrième top il sera zéro heure... ». J’aime beaucoup cet espace temps et c’est pour cela que j’y poste mes chroniques : aux temps héroïques manuellement, aujourd’hui grâce aux options de publication de mon hébergeur over blog.

 

6 ans après, ma petite entreprise ne connaît pas la crise, elle vit sa vie au rythme des humeurs de son unique rédacteur.

2250 chroniques publiées

5730 commentaires

920 abonnés

730 000 visiteurs uniques

1 950 000 pages lues

 

Voilà pour les chiffres, mais ce ne sont pas eux qui me motivent, même si votre fidélité me réconforte, l’important pour moi ce sont les liens tissés au fil de ces années avec beaucoup d’entre vous. Pour preuve l’Amicale des Bons Vivants, l’ABV, objet virtuel qui n’a organisé qu’un seul vin d’honneur au dernier Vinexpo, continue d’engranger des adhésions. Certains ont claqué la porte estimant que je poussais parfois le bouchon trop loin. Ils ont été avantageusement remplacés par des vagues de petits nouveaux : alors qu’à l’origine mes lecteurs provenaient d’un noyau très milieu du vin maintenant la répartition est de 45% en provenance directe et 55% par des moteurs de recherche ou externe. La chalandise s’est élargie et telle était mon objectif : l’extension du domaine du Vin.

 

Pour autant Vin&Cie l’espace de liberté n’est qu’une minuscule chiure de mouche à peine visible sur l’immensité de la Toile, il faut savoir raison garder. Ma chance initiale c’est que, suite à mon rapport en 2001, que certains ont rebaptisé Rapport Berthomeau, Google me référence très bien : j’ai un côté GD irritant. Les blogueurs sont courtisés, hameçonnés, en l’absence de modèle économique la tentation est grande pour eux de céder aux sirènes et aux joueurs de fluteaux. Pour ma part je n’ai aucun mérite à m’en tenir à une position hors des sentiers battus : j’ai un job, je file vers la retraite et j’ai toujours eu un goût prononcé pour l’indépendance. Simplement, je me permets de dire à tous ceux qui nous bombardent de communiqués de presse à copier-coller que l’ennui naquit de l’uniformité. Si vous souhaitez, et c’est compréhensible, mettre en avant vos vins, ne nous demandez pas de mettre nos pas dans ceux de nos confrères papier si conformistes.

 

La maison Berthomeau produit beaucoup, trop sans doute, mais sa production étant virtuelle l’empreinte carbone reste modeste. La Toile présente le grand avantage – certains estiment que c’est un inconvénient mais ils n’ont qu’à être prudents sur ce qu’ils mettent en ligne – elle stocke tout et les chroniques germent ou renaissent au gré de l’actualité via les mots-clés. C’est fascinant de voir resurgir une chronique oubliée, de celle que vous aviez négligée alors qu’elle m’avait demandé beaucoup de sueur. Alors, je biche !  L’Internet est ce que l’on veut qu’il soit : ce n’est qu’un moyen de communication qui ne recèle en lui-même aucune perversion. Moi je le prends pour ce qu’il est : une large ouverture sur le Monde. Contrairement à ce que certains pensent je ne passe pas ma vie devant mon écran je travaille par séquences lorsque l’envie ou la nécessité me prennent. L’Internet, Facebook ne me fascinent pas, je m’en sers. Pour ceux qui ne les auraient pas lues ou qui souhaiteraient les relire voici 3 chroniques qui illustrent mon état d’esprit.

 

Urgence : défendons le seul chemin vicinal qui relie Embres&Castelmaure à New-York : l'Internet ! link 

 

Réseaux sociaux : vous avez dit sociaux moi sur Facebook j’y retrouve la tyrannie du marché... link

 

 « L’Internet pousse les murs » de l’espace public tout « en enlevant le plancher » les gate-keepers chargés de surveiller la frontière fulminent link

  

Sur la FORME, je n’ai pas de relecteur et comme j’écris beaucoup j’ai du mal à me relire, alors je n’ai aucune coquetterie d’auteur : tapez-moi sur les doigts pour les fautes d’orthographe ou de syntaxe, je corrige. Pour mon style, je m’amuse, je m’aventure aussi loin que possible du style qui m’était imposé dans mes notes à... froid, sec, impersonnel... alors l’ampoulé, l’emphase, l’imparfait du subjonctif, les phrases longues comme un jour sans pain, l’allusif, le codé... ça m’amuse beaucoup et tous les quolibets glissent sur moi comme l’eau sur les ailes d’un canard. Je n’en ai rien à péter. Enfin, pour mon exercice dominical dit « roman en ligne » c’est du même tonneau et ça n’a rien d’autobiographique je me contente de suivre le fil chronologique du temps que j’ai vécu (merci aux fidèles)

 

Du côté COMMENTAIRES merci à tous ceux qui animent cet espace indispensable à la vie d’un blog avec une mention spéciale à Léon, mémé Cad et tout récemment Daniel Chérel et bien sûr au fidèle Michel Smith. Comme disait la pub : à quoi ça sert que Berthomeau se décarcasse si vous ne lui transmettez pas, soit ce qui vous reste sur l’estomac ou tout autre forme de réactions... Le temps ça se prend. C’est un peu comme dire bonjour à ses voisins ou discuter avec ses collègues. Disons que ça aide à vivre...

 

Et pour demain : des projets avec des petits camarades (des deux sexes bien sûr), des rencontres, des voyages et une invitation à tous : « venez exercer vos talents de plume sur mon espace de liberté », la porte et les fenêtres sont grandes ouvertes...

 

À bientôt sur mes lignes et encore merci de votre fidélité et pour ceux que j’ai croisé votre amitié...

 

Jacques Berthomeau

 

 

La Trilogie de tout anniversaire (avec un bis et des photos recyclées pour cause de développement durable)

Baba-9087.JPG

Baba 3591

 

Baba 3573

Baba 3592

Partager cet article
Repost0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 02:06

Au petit matin Marie-Amélie me déposait au centre de Mendoza dans un le hall d’un bel hôtel où m’attendait l’une de ses amies françaises : Clarisse de Rabutin-Chantal mariée à un riche propriétaire argentin. Nous prîmes un petit déjeuner copieux puis la comtesse pris congé avec une dignité un peu raide. Elle m’avait prévenu : « surtout pas d’effusions sinon je craque et vous m’aurez sur les bras ce qui ne serait pas pour vous un cadeau ». Je ne pus m’empêcher de me lever pour lui dire merci en l’embrassant sur les deux joues. Elle s’empourprait et ses yeux s’embuaient. Je la prenais par le bras pour la conduire au dehors. Devant la moto elle fondait en larmes et  murmurait en reniflant « Je me donne en spectacle. Je suis ridicule mais ventrebleu ça fait du bien. Pensez à moi et vivez mieux petit con...» En la regardant s’éloigner je repensais à ce que m’avait dit Chloé à mon retour de RDA « Nous partons ensemble pour le Chili mon beau car le camarade Allende cause du souci à nos amis américains... Calme-toi mon grand nous n’avons pas le choix. Nous sommes cernés par des ordures bien propres qui passent leur temps à foutre le bordel là où la situation leur échappe. Monsieur Dole nous tient alors va pour un petit voyage pour Santiago mais nous lui garderons un chien de notre chienne a cet empaffé. » Ma parenthèse chilienne se refermait mais il me fallait maintenant retrouver le sol français de Guyane sans que les truffes de la CIA maraudant en Argentine me repèrent. Ma liberté était à ce prix.

 

Clarisse, au fond de la limousine qui nous menait dans l’une des bodegas de son époux, avec le petit air surpris que savent prendre les femmes à propos de leurs amies me déclarait « Vous me l’avez transformé ma Marie-Amélie. Méconnaissable ! Vous êtes le diable cher Monsieur... Je l’envie... » Mon état de crasse et de fatigue était tel que je me contentai de répondre, fataliste « Sachez madame que ce sont toujours les femmes qui décident. Les hommes ne sont que stupides vaniteux... » Elle éclatait de rire. C’était une petite blonde classique, sans aspérités ni maquillage, un peu ronde et rose, bien proportionnée, avec de belles mains aux ongles fins, pas du tout mon style sauf s’il me prenait un accès de libido NAP. Tel n’était pas le cas j’avais envie d’une douche et d’un bon lit pour dormir. Mon hôtesse me confia à une armada de domestiques qui me récurèrent avant que je ne me glisse dans des draps bien frais. Ce ne fut pas une nuit car je dormis comme une souche tout le long de la journée. À mon réveil je fis le tour de ma vaste chambre dont tout un mur était occupé par une belle bibliothèque grillagée. Muni d’un escabeau j’entreprenais d’en faire un rapide inventaire. Première constatation c’était une vraie bibliothèque, pas un mur de livres pour épater la galerie. Les livres m’ont toujours fasciné. J’aime les toucher, les ouvrir, les feuilleter. Et puis ça faisait si longtemps que j’avais abandonné leur fréquentation que je me sentais submergé par l’émotion. Celle-ci fut si forte que dans un premier temps je ne m’apercevais même pas qu’elle était exclusivement francophone. Ce n’est que lorsque je mis la main sur le Tome 2 des Mémoires de l’Espoir l’Effort de Charles de Gaulle pour en prendre conscience.

417133630_ML.jpgAssis en tailleur sur le lit j’entreprenais, non pas une lecture rapide dont je suis adepte mais la recherche d’un je ne sais quoi qui me reconnecte à la réalité française que j’avais délaissé lors de mon séjour chilien. À la page 112 sur le portrait de Pompidou. Je me plongeais dans sa lecture « Georges Pompidou m’a paru capable et digne de mener l’affaire à mes côtés. Ayant éprouvé depuis longtemps sa valeur et son attachement, j’entends maintenant qu’il traite, comme Premier ministre, les questions multiples et complexes que la période qui s’ouvre va nécessairement poser. En effet, bien que son intelligence et sa culture le mettent à la hauteur de toutes les idées, il est porté par la nature à considérer surtout le côté pratique des choses.

Tout en révérant l’éclat dans l’action, le risque dans l’entreprise, l’audace dans l’autorité, il incline vers les attitudes prudentes et les démarches réservées, excellant d’ailleurs dans chaque cas à embrasser les données et à, dégager une issue. Voilà donc que ce néophyte du forum, inconnu de l’opinion jusque dans la cinquantaine, se voit soudain, de mon fait et sans l’avoir cherché, investi d’une charge illimitée, jetée au centre de la vie publique, criblé par les projecteurs concentrés de l’information. Mais, pour sa chance, il trouve au sommet de l’Etat un appui cordial et vigoureux, au gouvernement des ministres qui, dévoués à la même cause que lui, ne lui ménagent pas leur concours, au Parlement, après la courte épreuve du référendum et des élections, une majorité compacte, dans le pays une grande masse de gens disposés à approuver de Gaulle. Ainsi couvert par le haut et étayé par le bas, mais en outre confiant en lui-même à travers sa circonspection, il se saisit des problèmes, en usant, suivant l’occasion, de la faculté de comprendre et de la tendance à douter, du talent d’exposer et du goût de se taire, du désir de résoudre et de l’art de temporiser, qui sont les ressources variées de sa personnalité. Tel que je suis et tel qu’il est, j’ai mis Pompidou en fonctions afin qu’il m’assiste au cours d’une phase déterminée. Les circonstances pèseront assez lourds pour que je le maintienne plus longtemps qu’aucun chef de gouvernement ne l’est resté depuis un siècle. » Beau comme un rapport de forces, Pompidou ne doit son exceptionnel destin qu’à la faveur quasi-surnaturelle du prince.

Partager cet article
Repost0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 00:09

  

La fête des mères, c’est beaucoup de commerce et parfois encore un beau geste.

 

Moi qui suis comme le pauvre Armand de Ricet Barrier, mort le 20 mai 2011 à Sainte-Christine, « qu’avait pas de papa, qu’avait pas de maman... » j’échappe ainsi au mercanti de la fête des mères et à celle des pères. Je sais que les marchands de fleurs de Hollande, qui s’affichent en ce moment à Paris, vont m’en vouloir mais le bouquet obligatoire : non merci ! Certes, moi, qui pointe encore au statut de vivant, qui n’est plus papa et qui n’est plus de maman, mais qui suis père et grand-père je cours encore le risque de me voir « honoré ». Le mot me va si mal que je suis tranquille.

 

Certains vont trouver que j’ai la dent dure mais ils se trompent : j’adore offrir des fleurs, ou tout autre chose qui fait plaisir, mais j’ai en sainte horreur les fêtes décrétées et qui plus est celles-ci auxquelles on a rajouté, vieillissement aidant, les grands-pères, grands-mères et même les grands-parents. Franchement, est-il nécessaire de rappeler qu’en France, c'est le fabriquant de briquets Flamminaire qui eut l'idée, le premier, de créer la fête des pères, en donnant l'occasion d'offrir à cette occasion un briquet à son papa. La fête fut fixée par un décret de 1952 au troisième dimanche de juin ; ceci pour faire écho à la Fête des Mères, créée en France en 1941 sous Vichy et confirmée par un décret de 1950. La fête des grands-mères a été créée en 1987 par la marque de café, le Café Grand’mère, du groupe Kraft Jacobs Suchard ; elle est donc d'origine purement commerciale.

 

Mais comme maman aimait Luis Mariano alors « maman tu es la plus belle du monde » dans ton paradis.

 

Partager cet article
Repost0
28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 00:09

Je n’aime rien tant que les enchaînements soudains et imprévus, ils vont bien à mon esprit d’escalier. Le 18 mai au matin tombe dans ma boîte à lettres électronique : « Dernière Minute » en provenance de Philippe Ouvrard. Je décachète. La photo et le texte me plaisent, je consulte mon agenda papier acheté chez Gallimard (chic, non) et je note le lieu : Le Flâneur des Deux Rives, l’heure : 18h et l’adresse 60 rue Monsieur-le-Prince à quelques encablures de chez moi.imageOuvrard.jpgJ’avoue qu’un type qui se nomme Châteaureynaud, même dans un seul mot (oui j’ai un peu triché dans le titre mais c’est pour la beauté du geste) et qui plus est vous invite à venir passer un moment avec lui pour « discuter beaucoup, se sustenter un peu, et boire raisonnablement de fins breuvages entre amis, ne pouvait que mériter de la considération.

 

Donc à l’heure dite, avec juste ce qu’il faut de retard pour ne pas paraître provincial, j’enfourche mon fier destrier noir pour fondre sur la rue Monsieur-le-Prince qui se jette dans le boulevard Saint-Michel à hauteur de la rue Soufflot. Le Flâneur des Deux Rives est perché face à l’ex-Olympic-Luxembourg de l’autre Mitterrand, le Fredo qui se prend pour une star. J’attache ma monture solidement. Au dehors des petites grappes picolent en devisant. Bon signe, j’entre par une porte grande ouverte. La turne est pleine comme un œuf, pleine de gens de lettres. Je marche sur des œufs. Au grand étonnement des convives je mets en boîte les photos des belles bouteilles. Ensuite, comme je ne peux entrer dans une librairie sans tripoter le cul des livres, je m’adonne à mon exquis plaisir. J’en achète 3 dont le dernier Châteaureynaud, Georges-Olivier de son prénom : GO, La vie nous regarde passer chez Grasset. L1010180.JPG

La cigarette après l’amour, je ne fume plus depuis une décennie : elles sont loin les Boyards maïs (chronique Transgression absolue : la Boyard papier maïs dosée à 2,95 mg de nico link): je déguste les breuvages proposés : un blanc, un rosé, un rouge et du champagne. Pour ne pas être pompette je crache discrètement et proprement dans un gobelet. Vins honnêtes ! Le pâté me tend les bras je m’en tartine une lichette. J’adopte le champagne servi en flute plastique (ce n’est pas une critique) Ensuite je complète ma collection de clichés et je m’enquiers de savoir où se trouve l’homme du jour Georges-Olivier Châteaureynaud. Pas très difficile à repérer notre homme, barbe blanche, chapeau, chemise à carreaux, est d’une belle taille et arbore un sourire avenant. Vu mon état d’ignorance coupable sur son œuvre je ne fais pas le calamantran et je lui confesse n’avoir jamais ouvert un de ses livres. GO Châteaureynaud n’en prend nul ombrage et m’accorde quelques instants.

photobourgueil photovinmed.jpgphotopate.jpgphotoquincy.jpgphotogonet.jpg

photoGOC.jpg

Ensuite je baguenaudais, papotais avec Dominique Cagnard auteur d’une vache dans ma chambre, carburais au Gonet tout en feuilletant le livre de GO Châteaureynaud sous titré à l’intérieur Monette et Jo, ses géniteurs, la photo de l’invitation, scindée en deux morceaux raboutés. Aborder une œuvre par son dernier opus n’est certainement pas la meilleure approche mais comme l’auteur y parle pour la première fois de lui, de sa mythologie familiale, il se souvient, découvrir l’homme avant son œuvre n’est pas un péché mortel contre la littérature. Comme moi GO Châteaureynaud est un baby-boomer qui avoue « je lisais tout ce qui me tombait sous les yeux ou sous la main », moi aussi. En dehors de ce goût immodéré pour la lecture nos destins sont bien différents : nouvelliste et romancier notre auteur a obtenu, entre autre, le prix Renaudot en 1982 pour la Faculté des Songes et moi je n’ai fait que papillonner.

 

L’entrée dans le livre me fut difficile, les 2 premières pages, curieusement numérotées 11 et 12,  ne m’accrochaient pas, trop écrites. Je reposai le livre, le temps d’un purgatoire s’imposait. Reprenant ma lecture au haut de la page 13 je n’ai plus lâché le livre. Lu d’une seule traite, sans hâte, goûtant l’authenticité, l’humanité, la simplicité, la vérité, l’adoration de Monette sa mère, ce père absent même lorsqu’il est présent, tous ces petits riens qui forment la trame de la vie d’un gamin, la chambre de bonne au huitième étage à Neuilly, son dénuement, ses chiottes à la turque, les odeurs, la pension... le Grand-Père,  Tantine, Leturc le garçon par qui vint l’apprentissage de la lecture...sa mob... ses profs... ses conneries... la maison de Porsguen en Bretagne... les extraits qui suivent touchent tant mes souvenirs de petit vendéen crotté que je vous les propose en amuse-bouche si je puis dire.

 

« Porsguen était une odeur, un océan d’odeurs plutôt, dans lequel nous nous immergions dès la première seconde, en descendant de la voiture. Dès l’abord, en arrivant devant la ferme, il était impossible d’ignorer l’odeur du tas de fumier qui occupait le centre de la cour. C’était un tas de fumier de chromo, ou d’illustration d’abécédaire. Un coq y prenait la pose. Du poulailler tout proche, sans doute jamais nettoyé depuis la mort du paterfamilias et le renoncement de la mère agonisant lentement dans son lit-clos, s’exhalaient des relents de fiente (...) A ce concert l’homme ajoutait sa note aigre. Si l’on pénétrait chez les fermiers, des frères âgés qui vivaient sans femmes, et sans eau courante eux non plus, on était pris à la gorge par des remugles de vieux linge sale et de baratte oubliée. »

 

« A Porsguen Vraz, le père était mort, bientôt suivi par l’un des fils, Job, et le temps s’était figé. J’ai entrevu Job, je n’ai connu la mère Lareur que grabataire. Elle habitait son lit-clos. Les deux fils qui lui restaient, Jakez et Fanch, tous deux bretonnants, tous deux célibataires, sombraient lentement dans le vin d’Algérie, Fanch surtout, Jakez, l’aîné, émacié, édenté comme son frère, mais beaucoup plus malin, tenait mieux ou buvait moins. »

 

La vie nous regarde passer  Monette et Jo de Georges-Olivier Châteaureynaud un très bon cru, à lire absolument. C’est chez Grasset 18€.

L1010179.JPG

Partager cet article
Repost0
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 00:09

ROS_00-2.JPG

Pour les wine-addict cette chronique est 100% vin rosé.  

À la bascule de juin, chaque année, le tennis s’installe à la fois Porte d’Auteuil et sur les écrans de France-Télévision. Le soleil est, comme cette année, souvent au rendez-vous et sur les cours de Rolland – pour faire habitué(e) des loges du Central  de la Porte d’Auteuil, dites Rolland, et non Rolland Garros – et dans les allées se croisent les braillards de haut de tribunes et les m’a tu vu, le sandwich jambon-beurre et les hôtes du Village. Ces derniers, hormis les éternels cravatés sérieux de chez sérieux, adoptent tous les codes des happy-few : hâle entre pain d’épices et chocolat selon le degré de mauvais goût, couvre-chef tendance, lunettes de soleil ad hoc, compagne ou compagnon assorti ou fortement désassorti, bon profil pour la caméra, je me déplace au bon moment pour être reconnu, gestuelle je lis mes e-mails et mes sms avec une périodicité horlogère, et depuis le buzz de NYC : je Twitte à mort... « Nadal porte un slip Emporio Armani... » Tout ça pour dire que Rolland c’est une France en miniature sur laquelle je ne vais pas m’étendre afin de ne pas verser dans la sociologie de café de commerce.  photoNadal.jpg

Reste que les joueurs aiment bien l’ambiance de la Porte d’Auteuil où se mêlent la passion, le chauvinisme populaire, le goût du beau jeu, le parti-pris pour le petit issu des qualifs, la dramaturgie du dernier set, le cinéma des mauvais coucheurs, le fair-play des gentlemen, les pitreries des sans-grades, bref Rolland Garros garde, en dépit du tennis-buiseness, une dimension humaine. Bien sûr Wimbledon, son gazon, ses traditions, ses fraises à la crème, sa pluie, reste le must absolu mais l’enchaînement service-volée ne se prête guère au beau jeu  et Rolland est plus canaille. Pour ma part je ne suis allé que deux fois au bord des courts : en fin de journée voir jouer la belle Sabbatini et assister à une finale « hommes » le dimanche. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir reçu des invitations, en loge bien sûr, que je devais aux sucriers, aux huiliers, à Perrier (propriétaire alors de Roquefort Société) et à Peugeot (mon ex-collègue Frédéric Saint-Geours était directeur chez PSA). Ce sont mes copains-copines qui en ont profité. J’étais très populaire ! Enfin, je suis aussi allé déjeuner au village, sans passage au bord des cours, à l’invitation de Jacques Bombal directeur de Roquefort.

 

Le village à Rolland on y mange et qu’on y boit. Donc faut y être ! Et mes amis de Marrenon ils y sont depuis 3 ans avec leur rosé Petula. C’est du bon. Je l’ai dégusté. Même qu’Olivier Poussier le dirait mieux que moi c’est du vin, du vrai, du croquant, du craquant. Ne venez pas me balancer un revers slicé du style : tu verse dans le copinage Berthomeau car je vais vous retourner un passing mahousse costaud le long de la ligne : « et si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?» J’assume mes amitiés quand elles ne sont pas trop encombrantes pour mes amis. Petula c’est du vin de vigneron n’en déplaise aux soi-disant juges aux élégances. Je vous épargne mon couplet sur la nécessité du collectif pour que nos territoires restent vivaces mais j’applaudis toujours des deux mains à ceux qui font, qui font bien, qui font de mieux en mieux. Donc c’est très clair : je profite des Internationaux de France pour écrire que leur Petula est une perle de rosée lascive. Ils ne m’ont pas sollicité avec un communiqué de presse à copier-coller comme le font certains de leurs collègues. C’est moi, opportuniste notoire, qui pour surfer sur la notoriété de Rolland Garros y suis allé comme le 272ième joueur mondial qui passe par les qualifs !

 

Détail pour les non-initiés : la terre battue ce n’est pas la couche de brique pilée rouge d'un centimètre d'épaisseur, qui sert à glisser et à avoir un bon contraste de couleur avec les balles mais la couche de calcaire spécifique, de 5 à 6 cm d'épaisseur, de granulométrie très fine, appelée « craon ». Cette couche est stabilisée au rouleau de 100 kg, puis au rouleau de 500 kg. C'est ça la terre battue qui laisse passer l'eau dans les deux sens et qui est gélive. Cette terre battue a été le terroir de beaux joueurs tout en toucher de balle, dont mon idole Ilie Nastase, mais aussi de vrais bucherons besogneux adeptes de l’essuie-glace de fond de court dont la caricature fut l’argentin Guillermo Vilas. Mon idole de jeunesse fut Arthur Ashe dont j’ai longtemps porté les fameuses tennis à son nom puis il y eut Ice-Borg puis l’irascible Lendl et bien sûr notre Noah. Ensuite j’ai lâché prise comme face à beaucoup de sport où le buiseness l’emporte sur la passion. À noter que du côté des joueuses, hormis la belle Gabriella Sabbatini, peu de joueuses m’ont enchanté.

 

Enfin pour en revenir au jeu : pourquoi compte-t-on par quinze au tennis : j’adore 30-15, trente à, pour en arriver à 40 parois à égalité puis prise de l’avantage ? « La comptabilité singulière du tennis est également tributaire du jeu de paume. Cette façon de compter, par multiple de quinze, nous vient de ce jeu, issu tout droit du Moyen Âge où le chiffre 60 était le symbole numérique le plus répandu. À l’époque, on comptait le temps (60 minutes) et l’argent (un denier d’or valait 15 sous) de cette façon. Au jeu de paume, les joueurs commençaient la partie au bout du terrain. Celui qui marquait, avançait de 15 pas au premier point, 15 autres au second, et 10 pas pour arriver au filet, ce qui constituait un avantage dans le jeu. C'est à ce jour, l'explication la plus proche de ce style de comptage de points » L'invention du « jeu décisif » date de 1970, soit deux ans après le début de l'ère open. La finalité de ce jeu était d'empêcher des matches interminables.

PETULA-75-cl-SS-MILLESIM-HD.jpg

Partager cet article
Repost0
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 07:00

Lors d’une virée chez Jean Guyon, tout là-haut, j’avais beaucoup aimé en dessert son granité « Haut Condissat » Le top du sorbet mais je n’avais pas pris le temps de chroniquer. Faute lourde car le lessivier Unilever, qui fait aussi dans la bouffe (j’adore la déclaration de Bruno Wilvoet patron Unilever France « avec les produits de toilette et les lessives, les glaces font partie des domaines dans lesquels nous pouvons faire mieux. »), vient de lancer sous sa marque Magnum deux glaces individuelles légèrement alcoolisées. La première au limoncello, liqueur italienne au citron, et l’autre à l’irish cream, la crème de whisky irlandaise. 

magnum-mini

Selon les têtes d’œufs de la multinationale anglo-néerlandaise « c’est une façon de réinventer le digestif et de séduire de nouveaux clients, en particulier les jeunes adultes, en proposant après le repas un petit moment de gourmandise avec une pointe d’alcool. » Toujours, de source sûre, « les tests effectués à l’Echelle de Jacob, un bar à cocktails de Saint-Germain-des-Prés, ont été très positifs. » Bref, bien évidemment vous allez trouver ces petites merveilles dans la GD  en Magnum Mini en boîte de 6 au prix de 3,50 euros.

 

Bon ne m’engueulez pas, je ne suis pas chargé de faire la promo de ce digestif léché industrialisé. Moi les glaces en batonnets type ouvreuses de ciné ne sont pas ma tasse de thé mais je vois dans cette initiative une belle piste à suivre pour ceux des vignerons, vigneronnes qui s’adonnent à l’agriturismo versus vin : de bonnes petites glaces artisanales avec une petite pointe alcoolisée ça pourrait plaire  à vos visiteurs... Allez, innovez, allez voir votre glacier et cherchez la bonne formule avec l’un de vos vins, eau-de-vie, liqueur...

C’est possible !

C’est mieux qu’un tire-bouchon ou un truc à la con...

Baba-3685.JPG

 Baba 4050

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents