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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 00:09

photomorillon.jpgDimanche, flânant dans le quartier des Abbesses en voie de « boboïfiction » je suis entré chez un caviste pour lécher, non pas sa vitrine, mais ses rayonnages fort bordéliques. En dépit du capharnaüm mon œil acéré a su repérer le Morillon Blanc by Jeff Carrel 2008. Qu’est-ce donc que ce vin ? Serait-ce un de ces vins « nature » dont raffolent les parisiens migrateurs ? Moi je n’en savais fichtre rien – la suite de mon histoire vous montrera tout le sel de ma supposition – mais ce que je savais en revanche c’est le Jeff Carrel en question ne pouvait être que l’Eclectic Winemaker qui, dernièrement : le 25 mai à 8 heures 29 pétantes, a déboulé sur mon Espace de Liberté pour tacler mes propos de parigot tête de veau à propos de l’histoire de l’érection de Grand Cru dans le Languedoc.

 

Tout ce que je savais grâce à Facebook, mais je suis si ignorant, c’est que ce Jeff Carrel était né le 19 janvier 1969, mais je ne saurais vous dire où exactement.

imagesCAVV5TJ0Donc, après avoir dit bonjour, notre Eclectic Winemaker annonçait sa surface professionnelle « mes différentes activités me font circuler dans la vignoble languedocien » pour placer son tacle assassin « et fort est de constater que cette question de GC n’agite que la toile, comme les miettes à la fin d’un repas. » En clair, une tempête dans un verre d’eau de la part des bobos de la Toile. Sa conclusion « Il est mieux de faire que de décider » me plongeait dans un abîme de perplexité. Selon ma mauvaise habitude je faisais l’âne pour avoir du foin en m’étonnant de tant de mépris pour nous autres cochons de payants. La réponse du sieur Carrel fut très pète-sec « comme je crois qu’il faut vous mettre les points sur les I » (c’est mieux que casse-toi pauvre con, mais tout juste poli) et puis le Jeff étalait de nouveau son immense surface « je soulignais simplement que les acteurs que je rencontre tous les jours vignerons (coop et particuliers, négociants, distributeurs et autres cavistes » pour confier que cette majorité silencieuse « ne lui avait pas parlé un seul instant de ce classement et que oui cela ne les préoccupait pas plus que les miettes sur la table après un repas » J’étais rassuré : les miettes ce n’était pas nous. Quand au « Il est mieux de faire que de décider » c’était une pierre dans le jardin du CIVL. Ouf, j’étais de nouveau rassuré et je ne pouvais qu’approuver le « c’est par l’exemple que nous réussiront » 

 

J’ai donc fait en ce beau dimanche de Pentecôte l’acquisition pour 9,50€ d’une bouteille de Morillon Blanc by Jeff Carrel 2008. Sur la contre-étiquette j’ai lu :

 

« Durum patienta frango »

 

« Avec patience tu fendras la pierre » : cette devise au frontispice du Domaine Saint Roch, propriété de Jacqueline de Ginestous de la Liquisse trouve dans cette cuvée toute son expression. Issue d’une parcelle spéciale de la propriété « garde miel », exposée nord-ouest, c’est l’humidité du matin et le soleil du soir qui mûrie le raisin de façon si particulière. Ce sont ces raisins qu’a choisi de vinifier et d’élever Jeff Carrel pour élaborer sa cuvée « Morillon Blanc »

 

Comme je risque de nouveau me faire avoiner par notre Eclectic Winemaker exigeant et intransigeant je n’ose avouer que ce laïus ne me disait pas grand-chose à propos du nectar que contenait la bouteille. J’aurais pu demander au caviste mais je n’avais pas envie de demander quoi que ce soit au caviste : « on a sa fierté bordel ! » Donc, comme je ne possède pas la surface professionnelle de Jeff Carrel et comme je ne fréquente ni ne connaît grand monde dans ce beau Languedoc, sitôt rentré at home je me suis rué sur mon clavier. Résultat de mes recherches :

 

1- sur www.blakeneys.com   

photoJeff.jpg 

Jeff Carrel, Morillon 2008

Vin de Pays de l’Aude.

8.50 € (equiv 11.33€/Ltr)

14.0% Alc/Vol

« Ce vin est remarquable, il laissera une impression sur votre mémoire.  Il est vin modern avec un nom de la moyenne age – Morillon a utilisé pendent cet époque pour Chardonnay.  Ce vin est 100% Chardonnay de vignobles sud de Carcassonne.  L’arôme est frappant, fruité avec un soupçonne de caramel.  La bouche est ronde, concentrée avec écorce d’orange.  C’est un vin énorme. »   

 

2- sur fr.bootledb.com

 

« Une fois encore "monsieur" ne veut pas finir sa fermentation malolactique...

Pour les personnes qui ne connaissent pas ce vin, Morillon est un Chardonnay en provenance de Leuc entre Carcassonne et Limoux. Le but de cette cuvée n'est pas de valoriser la typicité du cépage mais plutôt d'expérimenter une "recette de cuisine" œnologique comme Jeff Carrel en a le secret. Morillon est élaboré à base de baies botrytisées vinifiées en sec d'où un degré alcoolique assez élevé (14°). 80% des baies sont colonisées par le botrytis mais la vendange se déclenche avant le travail de concentration de celui-ci pour éviter un degré alcoolique explosif pour une vinification en sec. Après égrappage, les raisins sont pressurés. Suit une fermentation en levure indigène sans contrôle des températures (22-28°). A l'achèvement de cette dernière, entonnage pour que le vin effectue sa « malo » en fût et élevage pendant 11 mois sur lies jusqu'à ce que le vin prenne le goût « Morillon », légèrement oxydatif, constitué d'arômes de raisins secs, de pâte de coing, de caramel, d'écorces d'orange avec un équilibre sur le fil du rasoir sans tomber dans la mollesse. D'une robe déjà ambrée, il tendra vers le safran au vieillissement et ne craint pas un bon carafage. »

 

Ma juste curiosité étant enfin rassasiée j’eus pu m’en tenir là mais en relisant les 2 commentaires bien sentis du sieur Carrel je me suis aperçu que notre Eclectic Winemaker possédait un blog sur lequel je me suis rué tel un mort de faim. Bonne pioche, je n’ai pas été déçu du voyage : un de ses post Quand LE nature dénature du 13 avril 2011 valait son pesant de grenailles. Pire qu’à Gravelotte ! Je prends la liberté, sans demander l’autorisation à l’auteur donc, de le copier-coller pour que vous le lisiez. C’est chaud bouillant ! L’homme a du caractère, il n’envoie pas dire ce qu’il a envie de dire. Moi j’aime assez les charges ça donne du souffle à la controverse. Bonne lecture. Dernier point je n’ai pas encore pu goûter le Morillon Blanc by Jeff Carrel. En suis-je digne ? Affaire à suivre, j'angoisse : qu'est-ce que je vais prendre dans les gencives après ma petite chronique d'ignorant chronique...

 

Quand LE nature dénature

Une poignée de truc’iste, bidouill’iste et machin’iste nous explique depuis quelques années, poussée en avant par des Bruno Q. et Marc S. et autres gourous, qu’il faut s’effacer devant Dame Nature.

D’abord limité à un microcosme qui se bornait au 8ème arrondissement parisien, ce laisser faire plutôt que le savoir faire c’est répandu, porté d’abord par un « les vins natures c’est bon pour la biture : chéri(e), avec ces vins je n’ai jamais mal à la tête » ; Des défauts gustatifs se sont proclamés «  styles », justifiant :  colle scotch( acétate), suint de cheval, gouache (Brett), pomme blette, foin mouillé (oxydation), couleurs en vrille (casses en tout genre: protéique,férique cuivrique,oxydasique), moisis (il y a tout un panel), tartre sec, ciment (vieux contenants en tout genre), joint silicone de baignoire (acétique, vinaigre) et en plus de cela en dévoyant la pensée d’un scientifique de renom Mr Jules Chauvet, comme les intégristes la Bible ou le Coran, car trop presser de les assener comme vérité plutôt que de les comprendre, en ont-ils les moyens ?

Quand certains s’acharnent tout au long de leur vie de vigneron, vinificateur et autres acteurs  à préserver le fruit originel : ces aromes primaires du raisin mur que l’on goute avant vendange, les aromes secondaires de macération et de fermentation cher à Mr Jules, à porter au pinacle tout cela par un élevage soigné garant d’une belle évolution et d’une révélation des aromes tertiaires marqueurs des terroirs, ces gens là osent tout, et comme disait Audiard…

J’ai un profond respect pour ceux qui à force de travail, d’expertise, d’écoute, d’échange enfin de tout ce qui fait le bonheur de faire ce métier, partent d’un terroir pour en faire un vin. Lundi dernier à Bordeaux lors de la présentation des primeurs, j’ai eu l’occasion de déguster quelques 2010 dans un salon Biodyvin , là, pas de vins « stylés » (voir plus haut). Par respect pour tous ces gens, SVP, arrêté de consommer des vins dont les défauts font la qualité.

Comme trop de bois, comme trop de techno, LE nature dénature.

 

Posté par jeff carrel à 15:17 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

 

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 00:09

J'étais hier à Rodez pour m'occuper des vaches laitières. L’emploi du temps d’une vache qui s’en soucie, sans aucun doute deux hommes : Christian Valette et André Valadier, deux hommes issus du même terroir : l’Aubrac, deux hommes unis par le même dessein : que vive leur pays natal ! Vivre et non survivre, loin de la formule passéiste de certains ruralistes du « maintien des agriculteurs » en nos belles campagnes et des images d’Epinal de ceux qui reverdissent l’Histoire de nos parents et regrettent le temps passé « adieu vaches, cochons, couvée... »

L1010359.JPGJ’ai connu le second au temps du 78 rue de Varenne « l’homme du renouveau du Laguiole et président de la coopérative laitière « Jeune Montagne ». Souriant, pondéré, passionné de son pays, de ses Aubrac*, cultivé, lorsque vint le moment de nommer le nouveau Président du Comité produits laitiers de l’INAO que nous venions de réformer en 1990, je n’eux aucun mal à convaincre mon Ministre de le nommer. L’homme était Conseiller Régional centriste, donc opposant de Martin Malvy président de la région et grand ami de Louis Mermaz. Normal me direz-vous, oui mais pas forcément la règle dans notre belle République. Bien plus tard, un week-end, en toute discrétion nous sommes allés, à quelques-uns, avec lui, manger chez Germaine à Aubrac. C’est moins chic que chez Michel Bras mais j’y fus fait chevalier de l’aligot. » (Extrait de la chronique Le commissaire européen, le président de la FNSEA, les burons, l’aligot et le Marcillac du 27/08/2009. * qui sont des Simmental (photo ci-dessus).

 

Pour ce qui concerne Christian Valette c’est ma dernière mission sur « Quelle stratégie pour la viande bovine française ? » qui m’a permis de faire sa connaissance. Depuis fort longtemps je connaissais la Maison de l’Aubrac rue Marbeuf dotée d’une belle carte où les beaux vins du Languedoc sont à l’honneur. Et puis, dans mes recherches sur les voies nouvelles d’élevage on me cita la filière « bleu, blanc, cœur » et je me rendis à une conférence. J’y croisai Christian Valette. Son approche de l’élevage en prise directe avec le consommateur : la viande de bœuf de la Maison de l’Aubrac vient de sa Ferme des Vialars à Laguiole m’intéressait. Bref, lorsqu’on me proposa d’aller passer les 2 jours du week-end à Laguiole et sur le plateau de l’Aubrac où se fêtait la transhumance, réfrénant mon peu de goût pour les voyages organisés, j’ai répondu présent. Je ne le regrette pas car l’accueil fut simple, familial, sans chichis. Dès notre arrivée le ton était donné avec un déjeuner dans le village natal de Christian Valette au restaurant « Chez Colette » où nous eûmes droit pendant l’apéritif à une démonstration magistrale par René Pastissier de l’emploi d’une boîte à mouches pour la pêche du même nom. Rien de folklorique, de la vraie convivialité et même que la maman de Christian m’entendait dire mon amour pour la fouace.

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Et puis il y eu les 120 vaches Aubrac à la ferme des Vialars où la priorité est donnée au confort et à l’alimentation des animaux. Christian explique « Le choix de la stabulation libre, du brossage mécanique, de la brumisation et la poursuite des traditions séculaires telles que la transhumance offrent à nos animaux les meilleures conditions de vie possibles. Nos efforts se sont parallèlement portés sur l’alimentation saine et équilibrée des vaches. En produisant nous-mêmes les aliments fournis à ces dernières, nous nous portons garants de leur programme alimentaire et assurons la complète traçabilité de notre filière. L’année 2010 a marqué notre première récolte céréalière à Saint-Jean-du-Bouzet. Cette culture du blé, de l’orge, du colza, du tournesol et surtout du lin nous la voulons sans OGM et œuvrons à la convertir en agriculture biologique. Un autre travail est parallèlement réalisé sur l’eau afin de garantir la conservation de ses propriétés anti-oxydantes naturelles. » Faire de la bonne viande mais aussi faire que l’exploitation soit respectueuse de l’environnement : l’ensemble des bâtiments (7500 m2), suite à l’extension de l’exploitation, a été recouvert de toits en photovoltaïque. Ce projet environnemental va bien plus loin ainsi des ruches et des vergers seront sous peu installés au sein de l’exploitation afin de promouvoir la biodiversité. Enfin, en bon enfant de l’Aubrac, Christian Valette veut que ce projet soit fédérateur en à associant l’ensemble de ses amis et voisins éleveurs sur la route de l’élevage durable, « à savoir respectueux de l’environnement et du cadre de vie des bêtes, dans une optique de « Nutrition santé » pour les consommateurs et économiquement profitable pour les éleveurs qui nous auront suivis. »

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Nous sommes là au centre d’une démarche de création de valeur et de recherche de responsabilité : la main accompagne les discours, on passe à l’acte et le slogan « de la fourche à la fourchette » prend toute sa valeur, sa saveur. Bien plus qu’une traçabilité bureaucratique le choix de la filière lin Bleu-Blanc-Coeur, reconnue dans le cadre du Programme National Nutrition Santé permet aux consommateurs de consommer une nourriture saine et équilibrée en privilégiant les graisses polyinsaturées et les acides gras Oméga-3. C’est un réel engagement au travers de cette filière, c’est une obligation de résultats et non de moyens. Enfin, parallèlement, insiste Christian Valette  « nous sommes favorables à un usage contrôlé des antibiotiques dans l’élevage. L’antibio-résistance est un enjeu majeur de santé publique et il nous concerne tous. Les filières d’élevage le sont d’autant plus car en partie responsables de certaines dérives qui mettent en péril la santé des Hommes. Nous limitons donc, à ce titre, l’usage de traitements antibiotiques préventifs privilégiant au maximum les traitements curatifs avec mise en quarantaine de l’animal malade concerné. »

 

La démarche de Christian Valette m’intéresse car elle met en connexion un mode de production à la fois respectueux de l’environnement et des animaux, et le souci de répondre aux attentes des consommateurs. Certes on m’objectera que cette viande de qualité n’est pas à la portée de tous les porte-monnaie. J’en conviens mais elle porte en elle beaucoup d’éléments pour réconcilier beaucoup de consommateurs avec la viande rouge. De plus, son enracinement dans un territoire : l’Aubrac, avec une race adaptée, des hommes impliqués, a valeur d’exemple pour des productions à l’herbe qui devraient être le fleuron de notre élevage bovin et permettre aux éleveurs d’en vivre. Tel n’est pas le cas aujourd’hui nous négligeons beaucoup trop cette valorisation, ce couple animaux-territoire. Et à ce stade de ma chronique je reviens à un combat beaucoup plus ancien pour la même : celui du fromage de Laguiole. Dans les années 50 ce fromage a été a deux doigts d’être rayé de la carte face à la montée de l’agriculture dite moderne : 55 producteurs pour 25 tonnes de fromage. Partir ou se battre ? Une poignée de producteurs, avec à leur tête André Valadier, 25 ans à cette époque, vont se prendre en mains, dépasser l’individualisme des burons pour travailler ensemble et fonder la coopérative « Jeune Montagne ». En 2010 600 tonnes fabriquées et 702 tonnes commercialisées. 76 producteurs de lait. Je consacrerai une chronique au Laguiole pour raconter par le menu cette histoire.

L1010364.JPG                  Christian Valette et Championne née le 15/01/2007 de Poumel&Louvette 

 

Le dimanche matin, sous un beau soleil, nous partions vers Aubrac où la Transhumance tenait le plateau. Les vaches et leurs veaux se prélassaient dans les prés et je me souvenais que la race Aubrac était une cousine germaine des Parthenaises de mon grand-père : des vaches de travail. Ici la race a été sélectionnée pour la viande tout en restant rustique et Dieu qu’elles ont des regards doux et langoureux. Sur le plateau de la brume et la foule, pas vraiment ma tasse de thé mais sur le podium, le toujours jeune André Valadier prêchait la bonne parole aux cohortes de touristes venus en camping-car. Il viendra transmettre sa passion à la poignée de journalistes qui sont de notre voyage. Pour retrouver notre petit car nous empruntions quelques-uns une draille, loin de la foule, des tapis de fleurs partout. Et puis, aux confins de la Lozère, du Cantal et de l’Aveyron, nous rejoignons le Buron Chez Bastide tout près du Lac de Born. Au menu, de la charcuterie bien sûr, de la viande d’Aubrac accompagnée d’Aligot et de truffade arrosés de Marcillac. Sous le soleil face à un paysage sans limite la fourchette et le couteau de Laguiole ne se font pas prier : même un végétarien aurait succombé à cette viande fondante et succulante. Quand à nos gosiers ils ont carburé tout au long de ces 2 jours au Marcillac.

L1010352.JPG                                           Le toujours jeune André Valadier

 

Pour finir cette longue chronique – mais quand on aime on ne compte pas, on conte – je vous propose ce texte sur les beautés de l’Aubrac.

 

« L’Aubrac, c’est un plateau de basalte et de granite, chevauchant l’Aveyron, la Lozère et le Cantal, à une altitude moyenne de 1000 mètres. Un plateau aride, presque austère au premier abord, sur une superficie de 40 km sur 20. Pourtant, son sol est riche de mille plantes, sa surface ondulée et légèrement escarpée se modifie tel un tableau selon les saisons. Sa faune prolifique. Lorsque l’Aubrac s’offre à vous en se mélangeant à un ciel instable, il est le lieu de l’évasion, du recueillement, d’un sentiment de plénitude, certains diront d’une sorte de félicité. Il suffit de suivre les « drailles », ces barrières rocailleuses qui le sillonnent, pour en humer l’ambiance.

Vous croiserez sur cette route les reines du lieu : les vaches brunes aux yeux étranges. Vous vous arrêterez dans un « buron », ces granges dans lesquelles on confectionnait le fromage, et où l’on sert le fameux aligot. Vous ferez un crochet par le lac des Picades, par le dôme d’Aubrac, ce « lieu élevé », cet « alto braco » comme l’avaient surnommé les moines, pionniers des lieux, vous pourrez alors planter votre couteau dans ces entrailles là, où « s’élève la lame »photocouteau-copie-1.jpgComme je n’en finis pas de finir un dernier mot pour les parisiens, les franciliens et tous ceux qui font escale dans notre belle capitale, dur la MAISON de L’AUBRAC rue Marbeuf. Un peu d’histoire : en 1977 les parents de Christian VALETTE, Pierre et Pierrette, acquièrent Le Petit Berry, rue Marbeuf. Tandis que son père reprend l’exploitation agricole en 1979, sa mère s’occupe de la gestion du café. En 1997, Christian et son épouse Elisabeth reprennent le flambeau pour faire de la Maison de l’Aubrac un must. J’y allais avant de connaître Christian Vallette et mon conseil est lié au fait que vous y mangerai de la bonne viande accompagnée d’excellents vins. En juillet 2009 c’est l’ouverture toujours rue Marbeuf d’Aubrac Corner, concept de restauration rapide s’adressant aux jeunes, et d’une épicerie de produits de l’Aubrac terroir et d’une cave à vins.

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 00:09

Que le grand cric me croque et que le Grand Conseil de la Modération m’accorde l’absolution : l’emploi de l’appellation « À pied, à cheval et en voiture », film nanar culte (1957)  avec Denise Grey, Noël-Noël et Darry Cowl, est passé dans le langage populaire  pour signifier « en tous lieux et en toutes circonstances » mais, jamais au grand jamais, je n’inciterais qui que ce soit à boire au volant. Bref, ce sont un peu mes amis d’Embres&Castelmaure : le grand président Patrick Hoÿm de Marien, le vinificateur-éleveur-directeur Bernard Pueyo et le sieur Pousson grand grapheur qui m’y ont poussé avec leur vavavoum ! Les petites cylindrées ça me connaît : j’ai commencé ma carrière d’automobiliste au volant d’une 2CV acheté au curé-doyen de la  Mothe-Achard pour 3000F, j’ai sillonné le Constantinois et le Sud Algérien avec une 4L et c’est avec une Twingo, certes Initiale, que je roule, très peu, en ce moment. L1010547.JPG

Comme vous le savez je suis tout sauf modeste donc j’apprécie à sa juste valeur le panache immodeste de mes 3 amis lorsqu’ils affirment tranquilles « Nous sommes là depuis si longtemps et nous serons là dans tant de temps que nous savons bien qu’il ne faut jamais rouler des mécaniques, même quand on nous porte aux nues. Ça ne rend pas le vin meilleur, juste plus couteux. » Et puis l’arrière-fond de l’étiquette de faut pas rouler des mécaniques évoque, avec la marque Massey-Ferguson : fusion de Massey-Harris et de Ferguson (le rouge et le gris), les tracteurs de ma jeunesse. Arsène Berthomeau mon père exerçait le métier d’ETAB : entrepreneur de Travaux Agricoles et de Battages, et je suis donc très branché tracteur :  30/01/2006 Société Française de Vierzon link « Perrette et le tracteur » : le paysan éternel n’existe pas…et le vigneron n'est pas un paysan…link. J’ai donc conduit un tracteur, mais je n’ai jamais su labourer, j’ai conduit une petite moissonneuse-batteuse Class et j’ai appris à conduire sur les chemins de traverse du bocage avec la 2 CV de mon père. L1010543.JPG

Tout ça pour vous dire que je suis un ignare total en mécanique. Tout comme en vin susurrerait un de mes grands supporters dont le nom sonne en un ! J’en conviens, je n’ai jamais été, initié, adoubé, tasteviné ; je ne suis pourvu d’aucun CAP et je n’écris pas dans les revues spécialisées. Je me contente d’aimer. J’ai un cœur d’artichaut, je tombe amoureux à chaque coin de rue. Pour une belle je suis capable de sauter dans le premier cargo-mixte en partance pour Aden Arabie. Et pourtant je suis d’une fidélité à toute épreuve : pour preuve celle que je voue aux vins de mes amis d’Embres&Castelmaure. Aucune contradiction : en amour ce qui compte c’est le retour, aimer et être aimé voilà le secret. À la question : « pourquoi j’aime leurs vins ? » la réponse je la place dans la bouche d’Adriana Karembeu (elle n’a jamais été l’égérie de l’Oréal) « Parce qu’ils le valent bien ». Et que les mauvais coucheurs ne viennent pas m’accuser de favoritisme, de délit d’initié, de copinage, sinon je sors ma sulfateuse. Qu’ils se rassurent ces pisse-vinaigre : si à un quelconque moment « ils venaient à me manquer » mon désamour serait terrible !

L1010536.JPGL1010545.JPGComme je suis très consumériste, et pour faire plaisir à Denis Boireau qui veut m’éviter les travers des journalistes patentés, sachez très chers lecteurs que :

 

1°  c’est départ cave 5,15 € TTC pour Vavavoum, et 7,20 € TTC pour Faut pas rouler les mécaniques !

 

2° la liste des lieux où vous pourrez le trouver à Paris : prière de m’en faire la demande je vous communiquerai l’adresse du caviste le plus proche de votre domicile (je ne prends aucune commission)

 

3° n’attendez pas que je les note car comme Roger Scruton (philosophe et Anglais, il y tient) dans un livre « Je bois, donc je suis » sur lequel je vais pondre une chronique dans les jours qui viennent « Nous ne pouvons éprouver que mépris envers la nouvelle habitude, contractée par les critiques de vin américains comme Robert Parker, qui consiste à distribuer des points à chaque bouteille comme dans une compétition sportive. Distribuer des points à un corbières de la classe de l’Esprit du Vent 2010 * revient à distribuer des points à des symphonies, comme si la Septième de Beethoven, la Sixième de Tchaïkovski, le Trente-neuvième de Mozart et la Huitième de Bruckner tournaient toutes au tour de 90 ou 95 »

* en rouge j’ai odieusement remplacé bordeaux par corbières de la classe de l’Esprit du Vent 2010 mais retenant ma plume je ne suis pas allé piocher dans le répertoire rock de l’ami Pousson afin de ne pas choquer plus encore ce digne et très conservateur citoyen de sa Gracieuse Majesté qui est un vrai amourux du vin.

 

4° faites-moi confiance, c’est « bu et approuvé »

 

5° si vous me demandez comment ces deux flacons sont arrivés at home en avant-première ma réponse est toute trouvée : ce sont les cigognes qui les ont déposés dans mon potager. Chez nous, les beaux enfants naissent toujours dans les choux.

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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 00:02

Ceci est l’étrange histoire d’une brève rencontre, un soir de juin, entre 5 vins et 5 amateurs de vin, dont deux jolies femmes Eva et Samia. Afin de couper court aux remarques traditionnelles me concernant, d’éviter que les mauvaises langues blablatent sur mon compte à bon compte je précise que Laurent et Antonin, les messieurs de ces belles dames, complétaient avec moi-même la tablée dégustative. Par la grâce et la gentillesse du patron du restaurant Stéphane Chevassus Au Vieux Chêne 7 rue du Dahomey www.vieuxchene.fr  notre verticale de 5 millésimes d’une mystérieuse cuvée (en effet les étiquettes de celles-ci étaient masquées par un beau ruban de papier recyclé et numérotées de 1 à 5 du 2009  au 20005) précédait notre dîner. Aucun droit de bouchon mais la remise de ce qui resterait dans les bouteilles pour que le patron puisse lui aussi goûter le vin. Ça tombait bien puisque le vigneron m’avait précisé « Je pense que la bouteille, une fois entamée mais rebouchée, devrait pouvoir tenir 3-4 jours au frigo sans trop souffrir, sauf s’il n’en reste vraiment que moins de la moitié, évidemment. » Le bouchage à vis des flacons rendant l’opération d’une grande simplicité ce fut ainsi fait.

 

Il ne s’agissait donc pas d’une dégustation à l’aveugle puisque mes 4 gouteurs pouvaient voir que c’était un vin rouge mais ils ignoraient, et le nom du domaine, et la région de production. La dégustation s’est faite dans de beaux grands verres dans le sens 2009 vers 2005. J’étais donc le seul à détenir toutes les informations mais je me suis contenté tout au long de la dégustation de questionner mes 4 gouteurs sur l’origine du vin qu’ils ont trouvé au milieu de la dégustation. Quand aux cépages : secret d’Etat ! Mais là n’était pas l’objet de la rencontre entre eux et cette cuvée déclinée en 5 millésimes. Dégustation plaisir avec prise de notes de ma part des qualificatifs exprimés en première intension par Eva, Samia, Antonin et Laurent. Elle fut sereine, attentive, pleine d’empathie face à une réelle découverte de ce vin mystère, une belle expérience de contact quasi-charnel entre des amateurs et la démarche d’un vigneron du 3ième type. Avant que ne commence la dégustation j’avais indiqué que les vins n’avaient subi aucun collage, aucune filtration, aucune stabilisation d’aucune sorte. Autre précision : les 5 millésimes étaient tous dotés d’une belle couleur rouge profond et lumineux.

 

N°5 (millésime 2009) très beau nez, frais, en bouche : chaleureux, costaud, puissant comme un petit jeune, patte d’ours avec de beaux coussinets, charnu, fort, belle acidité, en garde beaucoup sous la pédale pour la suite de sa vie.

 

N°4 (millésime 2008) très beau nez, énergique, voluptueux, tanins soyeux, gros nounours, gros doudou, épicé et toujours une belle acidité, très  séduisant et un bel avenir.

 

N°3 (millésime 2007) nez plus fermé, plus serré, en bouche : belle acidité franche, un poil trop pour l’une des dames, sent le café (compliment) végétal mais avec toujours ces mêmes tanins soyeux, moins abouti que les précédents mais reste tout de même séduisant.

 

N°2 (millésime 2006) toujours un très beau nez vif, en bouche fruits mûrs, pruneaux, peau de fruit, harmonieux, équilibré, « j’aime vraiment » déclare Samia, bel équilibre, presque à point dans sa maturité, gourmand au sens de mon enfance, réglisse.

 

N°1 (millésime 2005) le nez toujours aussi agréable, en bouche vin vraiment féminin, lascif, délicieux, en apesanteur, toujours des tanins fondus, friand, une belle sucrosité (compliment), chaud.

 

Alors vint le temps de déshabiller les bouteilles, de déflorer le nom du Domaine : la Coume Majou, de révéler quelle était cette cuvée mystère : cuvée du Casot pour enfin jeter en pâture le patronyme du vigneron : Charlier ! Et bien sûr, suite à cette révélation ébouriffante, je me fis un plaisir devant les deux jeunes femmes émerveillées de tirer le portrait de Léon, de dévoiler son long pedigree, sa reconversion vigneronne, de mettre à nu toutes ses parties charnues, d’évoquer sa télé immergée en 56, de son amour immodéré du rétropédalage, de parler de Maury, de dire pique-pendre de mon ami Bernard Rouby, de raconter mon temps passé dans ce Roussillon sinistré par une gestion à la française (insulte en pays catalan) des VDN, de révéler à mes amis que je venais, comme eux, de découvrir le vin de Luc Charlier. Pendant ce temps nous passions commande d’un dîner que nous allions arroser à notre choix, en accord avec nos plats, d’un des millésimes de ce beau Casot. Enfin, cerise sur le gâteau je tirais de mon sac collector Pan Am : un Maury 2009 cuvée Jolo de la Coume Majou. Pour le dessert cette belle petite bouteille ornée d’une étiquette culte.

 

Antonin toujours disert : « Voici des vins qui racontent bien leur millésime, leur terre, leur fruit, et sûrement le bonhomme (en kilt dans ses vignes ?) qui les accompagne ; on passe d'un 2005 suave, presque lascif, à un 2006 précis et fin, en remontant jusqu'au 2009 et son caractère d’ours (on) bien léché... Des vins qu'on a envie de suivre, de retenter très vite.  

Le 2006 m'a emmené au cirque, avec son équilibre d'acrobate (mais une acrobate slave, généreuse, avec des pommettes à croquer) : c'est lui que j'ai préféré, dans cet espace-temps ; mais pas dit que je ne lui sois pas infidèle si je peux ragouter la série ! Le Domaine de Coume Majou est bien trop discret, pas même Vindiqué ! Tout comme Luc Charlier himself, qui commente largement les billets d'un Berthomeau, d'un Lalau - mais ferait bien de se jeter à l'eau (d'un blog). Merci, Luc. Merci, Jacques. Je kiffe le Roussillon ! »

 

Samia discrète mais très pertinente tout au long de la dégustation à beaucoup aimé le 2005 et adoré le Maury.

 

Laurent « Une belle surprise! Derrière ce jeu de bouteilles "mystères", j'ai découvert des vins de grandes qualités. Si découvrir l'origine géographique de ces vins a été très compliqué, les caractéristiques du Maury sont devenues évidentes après explication.

Des vins un peu chaleureux, riches, puissants, fruités. Une belle acidité et des tanins maîtrisés complètent l'équilibre.

 

Si le vin est encore un peu dissocié sur le dernier millésime, l'ensemble s'harmonise avec le temps et les tanins sont de plus en plus soyeux : je pense qu'il faut lui laisser le temps de calmer sa fougue adolescente et de devenir adulte.

 

Mon préféré : le 2006, le plus équilibré à mon goût.

 

Dans tous les cas ils ont été des vins très agréables à boire et un bon moment de dégustation. »

 

Eva : « Une belle découverte, de beaux vins, bien faits, assez équilibrés dans l'ensemble. Caractéristiques du Sud, mais sans être lourds ni trop alcooleux.

Mon préféré, le 2006, de beaux fruits cuits au nez comme en bouche, des tannins assez fondus, un vin soyeux. On le consomme avec gourmandise !

Le 2009 devrait être bien aussi, en patientant un peu. Là, il est encore trop fougueux :-)

 

Comme quoi, on peut faire du très bon Maury sec... :-) »

 

Et voilà le travail, n’est-ce pas de la belle ouvrage que cette petite dégustation-mystère ! Nulle connivence, nulle influence : le sieur Charlier ignorait que ses vins allaient passer sous le feu des projecteurs, simplement une approche décontractée, conviviale, ludique, d’une cuvée dont on ne sait rien, sauf moi bien sûr qui n’ait à aucun moment influencé mes 4 dégustateurs. Oui mais, car il y a toujours les sceptiques, les Saint Thomas, « et si la dégustation avait mal tournée qu’auriez-vous fait monsieur le chroniqueur non patenté ? » Rien de public : la maison n’est pas une entreprise de démolition. Je me serais contenté de transmettre au sieur Charlier les appréciations de mes dégustateurs. En effet, ces appréciations ne sont que les leurs et ils n’ont pas, tout comme moi, la prétention de jouer les juges aux élégances comme certains passeurs de plats.

 

Bref, comme vous le savez je travaille à l’extension du domaine du vin et celle-ci passe par de multiples chemins qu’il nous faut découvrir et explorer. Je fus dans les tout premiers à chanter les louanges d’Embres&Castelmaure et je constate aujourd’hui avec plaisir que je suis rejoins par les dégustateurs ayant pignon sur rue. Je m’en réjouis pour mes amis. Alors, toujours avec ce même prosélytisme, la bande des 4, à parité homme-femme respectée, comme l’annonçait mon titre, avec leur geste dégustatrice éprouvée, leur représentativité sociologique d’une nouvelle génération d’amateur de vin, ont eu l’art et la manière de mettre à nu un futur vigneron cul(te). Suivez-les, non pas les yeux fermés, mais avec tous vos sens en éveil, et précipitez-vous au : Domaine de la Coume Majou 11 rue de l’Eglise Corneilla la Rivière tel 04 68 51 84 83 charlier.luc@wanadoo.fr vous profiterez ainsi, avant que notre homme soit saisi par le parfum enivrant de la renommée, de tarifs serrés au cordeau. Par bonheur cette futur star n’a ni téléviseur, ni Smartphone, alors le temps que le vent de la renommée arrive jusqu’à lui vous pourrez bourrer vos coffres de ses belles cuvées à des prix populaires.

 

Dernier point Au Vieux Chêne 7 rue du Dahomey www.vieuxchene.fr chez Stéphane Chevassus on mange bien pour un prix raisonnable et, cerise sur le gâteau, on y boit bien pour un prix tout aussi doux. Accueil et service sympathique et chaleureux.

 

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 00:09

En ce lundi de Pentecôte qu’un Premier Ministre, dont on a retenu que les saillies poussives et besogneuses, a voulu bouter hors des jours fériés chers aux français, j’en reviens à mon imagerie enfantine qui voyait tomber du ciel des langues de feu au-dessus de nos têtes. Le Saint-Esprit, l’Esprit Saint, le troisième de la Sainte Trinité, sans aucun doute le plus mystérieux, le plus étrange, le plus désincarné qui, je l’avoue, m’est toujours apparu comme le plus ésotérique de la littérature biblique. En glissant du Saint-Esprit aux beaux esprits qui foisonnent, encombrent, obstruent les médias j’en arrive à mon sujet d’aujourd’hui.

 

Il est de bon ton dans les milieux journalistiques ou intellectuels de vilipender le côté fond de chiottes de l’Internet. Ce n’est pas tout à fait faux, en effet certains concombres masqués y sévissent en déversant leur vomis, tout comme d’ailleurs des petits marquis ou autres comprimés qui pansent leur mal être avec leur vinaigre. Cependant, la blogosphère reste encore un espace ouvert où l’éventail des expressions est beaucoup plus large, plus représentatif de la diversité des opinions que ce l’on peut constater tous les jours sur les médias traditionnels. Bien entendu, et c’est le cas sur mon petit espace de liberté, des règles minimales de courtoisie et de vivre ensemble doivent être observées. Pour autant la vivacité de ton et la verdeur de la langue doivent être préservées. L’eau tiède et une fausse courtoisie, bon chic bon genre, salonarde permettent certes d’être bien avec tout le monde, de préserver le flux des bailleurs publicitaires, mais n’apporte rien au débat nécessaire. Bien sûr en nos vieilles démocraties nous sommes à cent lieues des pays bouclés, sous tutelle d’un pouvoir répressif, où ce sont les nouveaux outils du Net qui ont fait sauter le couvercle de la marmite et qui ont démultiplié la contestation. La Chine elle-même connaîtra un jour des turbulences.

 

Chez nous donc, dans les médias traditionnels les filtres permettent certes d’éviter les débordements mais, le plus souvent, ils ne laissent passer que ce que la ligne éditoriale exige ou ce que l’audimat impose. Ainsi on caste, on propulse sur les plateaux des experts, des éditorialistes, des porte-voix de lobbies plus ou moins masqués, des messieurs et madames tout le monde soigneusement choisis en fonction de profils soi-disant sociologiques... Les dés sont pipés, soit l’outrance est privilégiée ou au contraire la bien-pensance mise en avant. Ces filtres règnent en maître dans les émissions en faux direct (enregistrée dans les conditions du direct) car les coupes des propos de trublions sont faciles. Alors reste le direct où, de temps en temps, la parole dérape, trouble le flux de la bien-pensance. Mais il ne s’agit, comme dans le cas récent de Luc Ferry, de petites éruptions de stars médiatiques en mal de retour sur le devant de la scène. Mon propos va bien au-delà de ces petites escarmouches sans lendemain. Les grands médias verrouillés ne savent plus, ne veulent plus programmer des émissions où la parole serait libérée. Trop dangereux pour les maîtres de ces lieux. Depuis que Francis Bouygues a viré Michel Polac et son émission bordélique, échevelée, souvent partiale, « Droit de Réponse » de l’écran de la Une nous sommes dans l’aseptisé ou la fausse provocation versus « Zemmour-Naulleau » les néo-virés de « On n’est pas couché »

 

Reste l’Internet, l’ouverture et la préservation de réels « espaces de liberté » à ne pas confondre avec les petites chapelles où seule la parole des zélotes est admise, tolérée, me semble de la plus haute importance. Le mien, même s’il est dédié au vin, s’efforce de s’ouvrir sur des sujets plus larges : les OGM, la politique de nutrition et de santé publique, la qualité des produits, les questions économiques, l’avenir de nos territoires, la faim dans le monde...etc. Le débat ouvert, comme vous pouvez le constater à propos de ma dernière chronique sur l’ANPAA et l’utilisation du baclofène, les participants au forum qui s’instaure échangent des arguments, se posent des questions, cherchent à comprendre, à se comprendre. Et pourtant je ne suis qu’une chiure de mouche sur la Toile. Je suis seul avec les seuls petits moyens qui sont miens. Je ne tends pas ma sébile et je n’ai nul besoin de ménager Pierre, Paul ou Jacques grands pourvoyeurs de mannes et de bienfaits. Alors je l’affirme avec hauteur, je me contrefiche des soi-disant bloggeurs qui ne sont que des haut-parleurs, des répétiteurs, de simple-passeur de plats. C’est leur droit mais, de grâce, qu’ils ne viennent pas donner des leçons en se drapant dans leur professionnalisme qui d’ailleurs est au journalisme ce que la musique militaire est à la musique.

 

Tout ça pour dire aux amoureux du bien vivre : profitons de la Toile pour créer et nouer des liens  par-delà nos différences, nos divergences, nos engagements, ce qui ne signifie pas baigner dans une unanimité de façade, un consensus mou, bien au contraire. Débattons ! Echangeons. Confrontons-nous. Respectons-nous. Retrouvons ce sens du vivre ensemble, de la fête, du voisinage. Ne nous laissons pas emporter par le flux ininterrompu d’une actualité privilégiant l’émotion, l’instantané, le dérisoire, l’horreur... Nous nous disons les héritiers d’une longue Histoire, celle de la vigne et du vin. Nous affirmons être porteurs de certaines valeurs. Alors, ne tombons pas dans le piège que nous tendent les récupérateurs en tout genre. Gardons-nous à, gauche, gardons-nous à droite, laissons nous aller à la curiosité, à l’enthousiasme, à la controverse, car sur le lisse de certains tout glisse. Tout doit entrer dans le format. Si nous ne préservons pas, bien au-delà de pures chroniques sur le vin, des espaces de liberté nous ouvrirons grandes les portes de la pure contestation stérile et se multiplieront les mouvements d’Indignés permanents. Sur ce point je partage le point de vue du philosophe espagnol (Bilbao) Daniel Innerarity dans El Païs pour qui l’indignation n’est pas une politique : « S’indigner pour rien ne change rien» et je souscris à sa question « Et si l’indignation agissait au profit de ceux qui se satisfont ou même qui sont responsables de l’état de fait contre lequel nous nous indignons ? »

 

En écrivant ce que je viens d’écrire j’encours les foudres de ceux qui se prélassent sur les deux rives du monde du vin : « mais tout cela n’est que de la politique, lâche-nous la grappe Berthomeau, laisse nous savourer nos doux plaisirs, ne nous prends pas la tête avec tes histoires d’indignés nous avons tant à faire avec le prix des GCC... » Ils ont sans doute raison mais moi je n’arrive pas à découper ma vie en caissons étanches, je ne sais pas dissocier dans son flux ce qui relèverait d’une pure passion : le vin par exemple, et ce qui toucherait le quotidien, le cambouis, les soucis, de ceux qui le font. Le vin, le vin, le vin, oui bien sûr, mais à force de n’avoir que le nez dans le verre, de n’être que des polars du vin, de se regarder le nombril entre soi, de gloser toujours entre les mêmes, de ne privilégier que la superficie des choses, on se coupe de la vraie vie. Et comme dans la vraie vie il y a d’étranges créatures, identifiées comme des consommateurs, le gap entre eux et nous est immense. Nous les ignorons. Nous ne nous intéressons qu’à une petite poignée d’entre eux. Ainsi nous trimballons nos certitudes, nous cultivons dans nos petites chapelles et confréries la bien-pensance, une forme de mépris pour tous ces gens qui ne sont pas de notre bord. La chose la plus partagée en notre monde du vin est « le contentement de soi ».

 

Désolé de vous avoir tartiné, une fois encore, une de mes ritournelles rituelles, mais vraiment ce que je vois, ce que j’entends dans le petit monde du vin ou comme on dit des métiers de bouche *, ce que je lis aussi, si loin des réalités du monde, des grands enjeux de notre agriculture, me donne des envies, comme le déclarait Woody Allen lorsqu’il entendait du Wagner, d’envahir la Pologne... mais comme je n’ai que comme char d’assaut mon vélo je me contente de jouer du clavier debout et je vous inonde de mes mots...

 

* lors de l’épisode du concombre tueur j’ai entendu l’analyse planétaire « je ne vois que midi à ma porte » d’un restaurateur parisien qui m’a foutu en rogne. En effet j’ai plutôt tendance à écouter sur ces sujets des penseurs comme Jean-Claude Ameisen président du comité d’éthique de l’INSERM, qui lui ouvre la focale, s’exprime en prenant en compte tout le faisceau des causes et en replaçant à sa juste place l’épidémie... Sans doute suis-je un vieux con j’en suis resté aux maîtres : Sartre-Aron, Camus-Sartre et non à la mise en plis de Luc Ferry.Je laisse à François Morel la conclusion : Ferme ta gueule, Luc Ferry. Merci à François Morel de sa contribution à la langue de feu !


Ferme ta gueule, Luc Ferry par franceinter

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 02:00

Clarisse me précédait dans un couloir aux murs peints à la chaux et éclairé par des bouquets de torches plantées  dans des tonneaux posés sur leur cul. L’odeur de résine, sucrée et entêtante, m’enveloppait comme une gangue poisseuse. Tout au bout, une grille en fer forgé ouvrait sur une vaste cour dont le gravillon blanc des allées éclatait sous le faisceau de la pleine lune. Le corps de bâtiment en U qui la cernait, avec ses petites fenêtres, son allure trapue, me rappelait les écuries du château du Plessis où mon père m’emmenait lorsqu’il allait discuter avec le vicomte. Dans l’allée Clarisse, perchée sur ses hauts talons, se tordait un peu les chevilles ce qui donnait à sa démarche un déhanchement très suggestif. Aussi surprenant que ça puisse paraître le balancement de ses fesse hautes et fermes me laissait de glace, plus exactement éveillait en moi un pur plaisir esthétique, intense mais sans conséquence hormonale. Pour une raison que je ne m’expliquais pas, d’ailleurs dans l’instant je n’en cherchais aucune, je classais Clarisse dans les cérébrales. La suite infirma cet à-priori, c’était une passionnée. Nous entrâmes dans un chai. Même si je n’avais mis les pieds dans un chai je sus de suite que c’en était à l’odeur caractéristique des lieux vinaires. Je ne saurais trop vous la définir car mon seul souvenir se résumait à mes visites de la cave du grand-père, sombre et pleine de toiles d’araignée. Disons à la fois végétale, douçâtre, de vieux bois, et animale, mais au sens d’une sellerie. Mémoire confuse car non liée à des souvenirs importants.

 

Sitôt en ce lieu Clarisse devint volubile, incandescente, avec force de gestes elle me décrivait le quai de réception, l’arrivée de la vendange, ses termes techniques me passaient au-dessus de la tête : conquêts, égrappoirs, j’opinais, j’approuvais, je souriais bêtement. Le pressoir ne ressemblait en rien à l’antiquité sur roues en fer de mon grand-père qui cliquetait sous le mouvement des hommes qui serraient manuellement la vie sans vis avec une longue tige fer polie par le contact de leurs mains calleuses. Là il y en avait trois et ils me semblèrent semblables à des monstres couchés, en léthargie. Nous passâmes ensuite dans une sorte de cathédrale dont l’allée centrale était bordée de cuves en béton pourvue d’une gueule ouverte tout en bas. La fermentation du moût, les mots de Clarisse me faisaient songer au rougeoiement des hauts-fourneaux, matière en fusion, maîtrise des températures, le tumulte, le combat, tempête sous le « chapeau », et puis petit à petit tout s’apaise, le vin nouveau pouvait couler dans les longs serpents rouges qui jonchaient le sol.  Moi qui croyait que le vin ne se faisait que dans le bois, souvenir des grands tonneaux du grand-père prêt à accueillir le jus pressé. J’y humais par la bonde les flaveurs soufrées et puis, comme le disait pépé, « laissons le vin bouillir ». Pour sûr que c’étaient des vins libres, ils faisaient ce qu’ils voulaient mais, après tout ce n’étaient que de vulgaires piquettes. Ici, la technologie régnait sans partage : le vin en Argentine comme en France régnait sur la table du peuple et l’industrie du vin y était fort prospère.

 

La technologie m’indiffère, j’ai une âme de pur consommateur, ce qui se cache sous le capot ne m’intéresse pas. Pour le vin c’est le plaisir d’une belle bouteille choisie puis ouverte, la conception et la mise-bas c’est de la cuisine et, dans ce chai froid et monstrueux, de la cuisine de pension : lourde et insipide. Même si j’affichais un intérêt poli Clarisse devait lire de mes pensées car, glissant son bras sous le mien, elle se taisait enfin et m’entrainait de son pas décidé vers un escalier qui se précipitait sous la dalle de béton du chai de stockage. Je n’avais pas encore vu une seule barrique. La porte métallique tout au bas des marches était pourvue de trois serrures à code. Précaution qui laissait penser à une caverne d’Ali Baba. C’en était une car, une fois passé un sas, sous une voute briquetée s’étalait un quadruple alignement de barriques neuves. Les fragrances de bois toasté mêlés à celle du vin, des vins devrais-je écrire, m’envahissaient. En proie à réel un choc esthétique je me laissais aller à caresser du bout des doigts la surface des douelles assemblées par leur contrainte de fer. En quelques pas nous venions de passer de la masse à l’élite, même si je ne pouvais savoir si les vins présents dans cette cave faisaient partie de la caste des seigneurs. Clarisse se saisissait d’une pipette, me tendait deux verres et d’une voix, où pointait la fierté, elle me disait : « ce rang ce sont les GCC de Bordeaux et Pomerol qui n’a pas de classement, celui-ci ce sont les grands climats de la Bourgogne, au long du mur de gauche ce sont ce que mon père nomme les petites merveilles françaises méconnues et au long du mur de droite les challengers étrangers. Ils viennent tous dans leurs barriques dans des bateaux affrétés par nos soins.» Je restais béat face à autant de merveilles assemblées.     

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 00:08

Je suis 100% addict d’Arno et je n’en éprouve ni culpabilité, ni remord et bien sûr je ne me soigne pas. Bien au contraire j’estime qu’Arno est le seul antidote à mon allergie pour les pisses-menus qui viennent, de temps à autre, se soulager sur mes chroniques. Pour sûr qu’ils se déboutonnent avec élégance mais je sens chez eux le rance du convenu. Je leur préfère les chiens qui lèvent la patte face aux belles louloutes qu’ils veulent séduire car eux au moins ils ne cachent pas sous le gourmé leur drague éhontée... Oui, oui, moi aussi je me soulage, ça me fait du bien. Et encore je suis discret car si je vous racontais ce que me disent mes copines sur le compte de cette engeance vous seriez édifiés. Mais, comme il me reste encore un soupçon de charité chrétienne je suis le muet du sérail.

 

Arno donc, Arnold Charles Ernest Hintjens, est belge, né le 21 mai 1949 à Ostende dans son album :

                                              À POIL COM-

                                      ARNO MERCIAL

nous délivre sa version de l’une des chansons cultes de Claude Nougaro : Je suis sous. Je la consomme sans modération. Je me shoote. Je me bourre. J’extasie ! Quand je prends seul ma petite Twingo pour sortir au-delà du périphérique (je ne me suis pas encore reconverti au cheval pour faire plaisir à Léon vu l’étroitesse de  mon balcon) je la passe en boucle dans mon petit habitacle. Le pire c’est que je « chante » avec Arno. Bref je vous l’offre en ce dimanche de Pentecôte où je souhaite à ceux qui m’abhorrent que des petites langues de feu viennent lécher leur front soucieux. Bienheureux les pauvres d’esprit car ils verront Dieu. En bonus : les filles du bord de mer...

 

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 10:10

photoCOL.jpgGonflé le mec, moi en l'occurrence, de se mettre ainsi sur le même plan qu'une star de la télé. Mais avec Coluche tout ou presque était permis, alors j'ose au risque de me faire avoiner par mon habituel détracteur peu coluchien par ailleurs.

 

Coluche, de son vrai nom Michel Gérard Joseph Colucci, né le 28 octobre 1944 dans le 14e arrondissement de Paris est mort le 19 juin 1986 d’un accident de moto (il percute un camion qui a effectué un brusque virage à gauche)  à Opio dans les Alpes-Maritimes. Il ne porte pas de casque mais contrairement à ce qui a été dit il roulait à vitesse modérée 60km/h. La thèse de l’assassinat sera soutenu par certains. Coluche est inhumé le mardi 24 juin 1986 à 10 h 30, au cimetière de Montrouge. La cérémonie funéraire est célébrée par l'Abbé Pierre.

 

Coluche à longtemps habité rue Gazan près du parc Montsouris et ses enfants allaient au collège avec Anne-Cécile ma fille dans le 14e arrondissement puisque j’habitais rue Vergniaud. Dans ma vie je n’ai croisé Coluche physiquement qu’une seule fois : lorsqu’il est venu voir Henri Nallet, alors Ministre de l’Agriculture, pour que celui-ci l’aide à mobiliser les ressources alimentaires stockées afin d’alimenter les Restos du Cœur dont il lança l'idée le 26 septembre 1985 sur Europe 1, en déclarant : « J'ai une petite idée comme ça, si des fois y a des marques qui m'entendent, je ferai un peu de pub tous les jours. Si y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris ». Je l’ai écrit sur mon blog, en ajoutant que nous nous étions mobilisés pour l’aider à la fois pour qu’il puisse accéder aux stocks communautaires et pour qu’il puisse structurer son association naissante. Cette conjonction d’un saltimbanque et de bonnes volontés se mobilisant pour qu’il y ai de la nourriture à distribuer a permis aux Restos d’atteindre le but que s’était fixé Coluche.

 

Bref, les petits fouineurs de l’émission de Marie Drucker ont découvert mes écrits sur mon Espace de Liberté. Ils m’ont envoyé une petite bafouille dans ma boîte électronique. Nous nous sommes causés : l’émission est fabriqué par CAPA de notre ami Hervé Chabalier. Une charmante journaliste est venue filmer ma tronche de cake chez moi pendant une heure : il n’en restera que 10 secondes dans l’émission mais peu importe. Enfin, la production m’a invité à la mise en boîte de l’émission au café de la Gare (qui n’est plus à la même adresse mais l’enseigne reste le lieu mythique des débuts de Coluche). La production m’a placé au premier rang avec la consigne de ne pas me curer le nez, de ne pas bailler, d’éviter de m’endormir... Bref, ce fut un peu long mais j’ai eu droit tout à la fin de l’émission, juste après le passage de mes 10 s, à un magnifique gros plan où vous pourrez admirer mon costar bleu de dégustateur-imposteur. Après l’émission j’ai papoté avec les invités du plateau, dont Gérard Colé et Pierre Lescure, en sirotant du champagne. Marie Drucker a de très belles jambes je les ai eu en ligne de mire pendant toute l’émission.

 

Léon ne pourra voir cette émission puisqu’il n’a plus de télé depuis je ne sais plus quand. Elle vaut surtout par les extraits des morceaux de bravoure coluchiens et quelques témoignages. Pour les autres si ça vous dit dimanche soir. En avant-goût de l'émission: le pinard obligatoire img291.jpget le haschich version Coluche.

 

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 00:09

Quel beau titre me direz-vous ! Oui, il est extrait de l‘Apocalypse de Jean « Babylone fut détruite quand elle but le vin de la colère divine » et il reflète bien ce que fut le feu du ciel moderne, le napalm, épandu sur la jungle vietnamienne par les bombardiers de l’US Air Force. La guerre du Vietnam qui a structuré politiquement ma génération, « croisade contre le communisme », choc des blocs, guerre sale, enlisement de la première armée du monde dans le bourbier d’un conflit lui opposant une « armée populaire », corruption, délitement, affaissement moral d’une jeunesse, traumatisme d’une vraie défaite, 50 ans après c’est l’oubli, le Vietnam, comme la Chine, s’est transformé en usine du monde, travail forcé, compétitivité, la machine à coudre a remplacé le fusil.

 

Ce titre est celui d’un livre de Kenneth Cook (1929-1987)  traduit par Mireille Vignol et publié chez Autrement en 2011. Ce roman, The Wine of God’s Anger fut publié en 1968. 150 pages, denses, sans concession ni affect, dérangeantes, à lire absolument. Le narrateur, élevé chez les frères, doté d’un père « catholique à la virgule près, heureux et comblé dans sa foi, qui avait réponse à tout. » et d’une mère « heureuse et comblée » même si il arrivait au narrateur de penser « qu’avec quatre frères et deux sœurs » après lui « qu’elle aurait été plus épanouie si mon vieux n’avait pas maintenu une position aussi orthodoxe sur le contrôle des naissances. » s’est engagé dans l’armée « pour sauver le monde du communisme. »

 

Le baptême du feu « Le premier coup de feu offensif que l’on entend ressemble à tous les autres coups de feu. Sauf que le premier coup de feu offensif que j’ai entendu allait en sens inverse des balles auxquelles j’étaie habitué. Et qu’il a emporté la moitié de la tête du soldat marchant derrière moi »

 

Les villageois, les civils comme on dit : « C’est alors qu’une femme est sortie d’une hutte et s’est mise à hurler tant et plus quand elle a vu les corps sur les poteaux. Puis, apercevant la fillette, elle s’est précipitée sur elle.

Au moment où elle s’agenouillait pour la prendre dans ses bras, elle a explosé. Des bouts de femme et d’enfant ont maculé les murs des cases et dégouliné. »

 

Lynn la belle prostituée chinoise, la fille à soldat : elle exerce chez elle, une cabane de deux pièces, et « quand elle ramène un client son mari et ses enfants attendent dans l’autre pièce. Il arrive même que le mari serve le petit-déjeuner le lendemain matin. L’ambiance y est conviviale. » et Santi, le Vietnamien accueillant, ajoute que pour son mari « Lynn est un atout économiquement parlant » et c’est « pour ça qu’il l’a épousé ».

 

Le napalm : « En quelques minutes, la fumée devint telle que la vallée entière se tortillait comme un être vivant. Elle ressemblait à une gigantesque limace verte tachetée d’un sang jaune qui suintait là où le napalm l’avait touchée... »

 

Les blessés : « On n’a pas idée de la longueur des boyaux qui sort d’un type éventré par un mortier. Les intestins mêmes étaient déchirés et vidés. Des amas de sang, de nourriture à moitié digérée et d’excréments s’étalaient autour.

Et à mes pieds, une paire de testicules proprement amputée, encore à moitié enveloppée dans un chiffon imbibé de sang qui provenait d’un sous-vêtement.

Le sous-vêtement de qui ? »

 

15 € : un bon vaccin contre l’oubli et la merditude des choses...

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 07:00

Ma boîte aux lettres électronique me réserve parfois de belles surprises. Ainsi mardi à l’heure du déjeuner j’ai reçu de Gilles Jocteur Monrozier * le courrier suivant, avec un PS. * plein d’humour

 

 « Je suis reconnu comme le père de Miss Vicky Wine *, nous nous sommes entre-aperçus à la dégustation des vignerons de Science po. »

 

Bonjour,

 

Voici une publicité contenant un étonnant tarif des vins en vigueur en 1916.

 

Qu'en pensez-vous ?

 

Cordialement

 

Gilles Jocteur Monrozier

 

* www.chateaudesmoriers.fr

* Post-scriptum et non P.S.

* www.missvickywine.com

 

Étonnante la hiérarchie des prix, ça devrait faire réfléchir les érecteurs de pyramide languedocienne et l’égalité ci-dessous laisse rêveur.

 

1 Moulin à Vent 1911= 1 Chateauneuf-du-Pape = 1 Château Latour Haut-Brion 1912 = 3,50 francs*

 

* Le franc (De 1879 à 1928, le franc-or défini à 0,3225 g d'or à 900/1000e, soit 0,29025 g d'or fin)

 

Et vous qu’en pensez-vous ?

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