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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 00:09

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Je pars 8 jours en Italie et je ne vais pas perdre mon temps avec un expert en presque rien. Je vous offre simplement une vieille chronique « Rin de Rin... » link 

Entre 2001 et 2004 le débat AOC/cépages a eu lieu sans que les choix soient ensuite faits.

 

La réponse a été donnée dans la nouvelle OCM vin. Ce n’est pas moi qui l’ai votée. « Tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble vers le bas » Bravo les éternels érecteurs de ligne Maginot ! Si vous aviez bien voulu lire les 10 feuillets de Cap 2010 link signés par 6 vrais professionnels du Vin nous n'en serions pas là. Mais les poujadistes ont écrit Non à Cap 2010 sur les cuves des caves coopératives et une de mes lointaines parentes languedocienne Chantal Berthomeau m'a écrit récemment qu'elle avait failli se faire lyncher sur les salons parce qu'elle défendait nos idées.  

 

Alors que le Rin de Rin la ferme à mon sujet, je n'ai aucune leçon à recevoir d'un ouvrier de la 25ième Heure pour moi ce type de ramenard il vaut mieux s’en tamponner la coquillette.

 

Insignifiant !

 

« Trop Tard ! »

 

signé Mac Arthur

 

Bons baisers à vous tous et sachez que la maison continue de publier les âneries du taulier même lorsque le taulier se promène en Italie...

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 00:08

Quand vient l’heure de la fermeture des pavillons de Vinexpo, fourbus, ivres de mots, imbibés de flaveurs, les arpenteurs d’allées comme leurs hôtes se ruent vers leur hôtel, affrontant le remarquable plan de circulation du Parc des Expositions de Bordeaux symbole du génie français seul capable de fabriquer de beaux bouchons là où on n’en a nul besoin. Cette hâte est compréhensible car il leur faut se rafraîchir, se pomponner, s’habiller avant de reprendre la route pour se rendre à la réception du soir, le plus souvent dans un beau château. C’est à qui rivalisera de grandeur et de magnificence et je propose à l’avenir qu’il y ai une notation style Parker des pinces-fesses post Vinexpo afin que chaque invité puisse évaluer son degré d’importance. Le client est roi, alors qu’on le bichonnât, qu’on le gâtât, je trouve cela en phase avec le buiseness. Mes propos ne s’adresseront donc pas à tous ceux qui, venus de loin comme de tout prêt, exercent à Vinexpo l’un des métiers du vin. En effet, n’en déplaise à M. Beynat, Vinexpo est une Foire Expositions, prestigieuse certes, mais composée de stands, grands, moyens, petits. À noter l’amaigrissement de certains stands et la disparition de certains autres, qu’il est loin le faste d’antan, mais tel n’est pas mon propos de ce matin.

 

En effet face à une offre diversifiée mais sélective il en est qui collectionnent les dîners comme d’autres les mignonettes. Ils les hantent, sortes de stakhanovistes de la fourchette qui comptent les convives, répertorient les vins, se tapent des discours interminables et des voisins insupportables, rêvent un brin de remonter dans la hiérarchie des tables pour un soir accéder à la Sainte Table d’Honneur. J’avoue que je trouve ce travail de nuit méritant car affronter ainsi l’horreur ordinaire de la masse, subir de l’évènementiel bien formaté à la chaîne, relève d’une forme d’héroïsme que je salue. Vu mon grand âge et une longue pratique de la représentation, donc des tables d’Honneur au voisinage officiel, je m’abstiens d’affronter ce lourd labeur. D’ailleurs qu’irais-je faire dans ces belles galères ? Rien qui puisse, je pense, nourrir mes chroniques sauf à répertorier les permanentes de certaines dames ou l’embonpoint de messieurs rubiconds. Je laisse donc aux jeunes hommes fringants, bien élevés, à la plume digne, ce calvaire. Laissant donc de côté les charmes ordinaires et répétitifs des dîners au château je préfère me tourner vers les privilégiés, ceux qui n’empruntent pas les autoroutes bien balisées, ceux qui leur préfèrent les chemins de traverse.

 

Ils ne sont plus qu’une poignée, des survivants d’un état aristocratique perdu, des femmes et des hommes, de tous âges, de toutes origines, qui chérissent l’art de la conversation autour d’une belle table loin du bruit et de la fureur des dîners suscités. Et c’est là que Berthomeau, parigot tête de veau pointe le museau de sa tronche de cake, flanqué de ses 2 gardes du corps Magalie et Nathalie, jeunes et jolies, dans bien sûr l’Envers du Décor. Normal, lorsqu’on fuit le devant de la scène, lorsqu’on n’est plus qu’un acteur sur le déclin évitant les sunlights, que l’auteur d’un rapport fripé à force d’avoir été lu et cité, d’être estampillé simple chroniqueur non patenté, trouver refuge dans l’antre de François à Saint-Émilion, à 23 heures passées le jour du Solstice d’été s’imposait. Ce fut grand ! Ce fut immense ! Ce fut beau comme le plaisir de se retrouver. Ce fut un grand bonheur de découvrir la famille de François. Ce fut merveilleux de voir les yeux de mes protectrices s’illuminer. Ce fut d’abord une longue conversation bordée de bouteilles comme nulle part ailleurs. Ce fut François merveilleux conteur : la soutane du curé de Saint-Émilion tirait des Oh et des Ah de l’assemblée. Et ce n’est pas tous les jours qu’un tel tour de table se tenait sous l’arbre de l’Envers du Décor, une forme ludique du CAC 40 de l’esprit, de la plume, du crayon (moi exclus bien sûr). La magie du lieu, rencontre de vieux murs suintant à la fois l’Amour de Dieu et celui plus charnel des hommes, déliait plus encore les langues, ouvrait grandes les vannes de nos cœurs et de nos âmes.

 

N’attendez pas pour autant que je vous révélasse l’identité des comploteurs de cette nuit du solstice où nous avons allègrement sauté dans le nouveau jour pendant que ma chronique se mettait en ligne sous la main anonyme d’un robot froid. Seules des photos pas très nettes témoigneront de ce Banquet. Je vous assure que nous n’avions pas envie de nous quitter. Le temps nous semblait hors du temps, impalpable, voluptueux, nous levions nos verres, le ballet des desserts faisait chavirer Nathalie dans l’extase, la femme de François et sa fille relançaient nos mots et nos rires. Stoïque j’affrontais le bonheur en lui laissant toute la place. Un détail d’intendance : nous n’étions point invités, nous avons fait irruption en plein repas : « mon Dieu ça ne se fait pas ! », nous avons été accueilli dans un flot de sympathie, nous ne nous y sommes pas noyé nous y avons tiré des bords pour rejoindre des rivages inconnus. Privilège absolu qu’aucune nuit du 4 août ne pourra abolir. Et pourtant nous avons du rompre l’enchantement, avant de partir nous avons laissé planer au-dessus de nos têtes les 700 années des voûtes de la chapelle. Nous nous sommes embrassés. Dans Saint-Émilion endormi, indemne de toute trace de musique, nos pas sonnaient sur les pavés et je pensais « Sous les pavés, la plage... » Mes anges gardiens veillaient sur moi.

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 18:33

Y’avions point vu Michel Bettane sur le front de Vinexpo mais j’avions croisé Thierry Desseauve sur le stand des Côtes-du-rhône et bien évidemment j’avions entraperçu qui vous savez. De source bien informée il y aura un « chat » sur lemonde.fr demain jeudi à 11 heures, avec « le Bettane »...

faux débat à la française :

http://www.lemonde.fr/societe/chat/2011/06/22/cepage-ou-aoc-quel-avenir-pour-le-vin-francais_1539500_3224.html

Si vous voulez lui poser des questions, ne vous en privez pas ! Moi de retour de la Grande Foire Exposition de Bordeaux je n’aurais point le temps de « chatter » car faut que je m’occupe de « mes vaches, cochons, couvées... »

 

Alors les petits loups et les petites loutes de mon bel espace de liberté tous à vos mulots sur le coup de 11 heures et « faites chauffer la colle ! »

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 00:09

Rome !

 

Chez RAP, c’était en fin de journée, je venais de prendre une vraie saucée sur mon vélo, pluie joyeuse et bénéfique, lorsque j’entrais un peu dégoulinant, le premier sourire que j’ai capté c’est celui de Lucia Ceracchi. Sans tomber dans les clichés faciles, l’image des escapades sur la Vespa, petite guêpe agile, d’Audrey Hepburn et de Gregory Peck dans Vacances Romaines (1953) puis de Nanni Moretti dans Journal Intime (1993) me venait à l’esprit. J’étais en terres italiennes pour découvrir les vins de Matteo Ceracchi, jeune vigneron passionné, du domaine Piana Dei Castelli, à Velletri au sud-est de Rome, dans le Latium, dans un terroir volcanique.

 

Rome donc, l’Italie Centrale, la capitale politique du pays, et dans ma mémoire, en dehors de mes références cinématographiques, le souvenir des écrits d’Alexis Lichine « Les vins des Castelli Romani comptent parmi les meilleurs d’Italie. Ce sont surtout des blancs secs, presque toujours délicieux quand on les consomme sur place. Le Frascati est le plus connu. Nombre de ces vins supportent les rigueurs des voyages océaniques. Blanc, sec ou demi-doux, l’Est ! Est !! Est !!! de Montefiascone est celui qui fait l’objet de la plus belle légende italienne au sujet du vin. » (Est ! Est !! Est !!! Chronique du 15/08/2007 link

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Les Ceracchi sont implantés, enracinés dans ce terroir de Velletri depuis 2 siècles mais pour Matteo, formé à l’œnologie à San Michele in Alto Adige (le Trentin), la barre n’était pas placée assez haut. Avec Lucia sa sœur qui le soutient, il veut tirer la quintessence de son terroir, pour l’amour du beau vin. Pour ce faire il va acquérir des vignes abandonnées, une trentaine d’hectares pour bâtir son domaine Piana Dei Castelli. La conversation chez RAP entre Matteo et moi se fait par l’entremise de Lucia, résidente à Paris depuis 6 mois et qui pratique le français beaucoup mieux que moi l’italien. Elle souligne en riant « les vignes appartenaient à la banque ». Il a donc fallu de l’énergie, travailler dur, être en osmose avec son vignoble pour que les vins arrivent jusqu'à nous.

 

Je n’ai pas bien sûr arpenté le vignoble mais j'ai noté qu'un commentateur italien insistait sur le soin, la méticulosité de Matteo. Son aventure il l'a mène sans le soutien de sa famille, si importante en Italie, en effet le nouvel état d’esprit de la génération de Matteo et de Lucia s’affronte au scepticisme du père. Mais, à force de travail, de soins, la reconnaissance arrive. Matteo il les aiment ses vins, il les bichonne comme des enfants, il les défend avec fougue, il m’explique sans que je puisse tout à fait tout comprendre. Mais Lucia m'éclaire, avec son frère ils ont un défi à relever : celui de l’excellence. Voilà une très belle affirmation de jeunes passionnés, chacun dans son registre pour Matteo l'homme de l'art : c'est son terroir, ses vignes et ses vins ; pour Lucia, comédienne et scénariste, ce sont ses mots, son histoire. Mais en définitive la même passion les unit : celle de ces vins qui leur ressemblent.   

 

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Leurs vins, les vins de Piana Dei Castelli je les ai dégustés sans me disperser, concentré sur mon sujet : les blancs d’abord. Ils sont vraiment grands, tous, sans exception. Et croyez-moi je n’écris pas cela pour les beaux yeux de Lucia mais parce sur mon petit carnet vert, tout fripé, j’ai pris des notes. C’est si rare chez moi. En revanche ne comptez pas sur moi pour les noter car l’émotion esthétique ne peut s’accorder avec la vulgarité sèche d’un chiffre. Les grands blancs de Matteo sont droits, expressifs, d’une fraîcheur, d’une vivacité qui, comme l’écrit un commentateur italien, donnent le sentiment d’entendre le minéral de la roche-mère volcanique. Ces vins sont tous des IGT Lazio. Pour les rouges, les vins de Matteo sont en devenir, il leur faut prendre de l’âge pour exprimer un très beau potentiel. Le problème dans une telle dégustation c’est qu’après avoir frôlé les sommets avec les blancs l’approche que l’on a ensuite des rouges est un peu biaisée. C’est très injuste pour eux car on sent aussi sur eux la patte du vigneron et ils sont aussi d’une très belle expression. C’est un peu comme lorsqu’on effeuille la marguerite entre le je t’aime beaucoup et le je t’aime passionnément il n’y a qu’une seule marche.

follia.jpgChoisir est toujours une douleur mais j’ai retenu dans ma dégustation les 2 Follia en blanc c’est un Sauvignon 2010 et en rouge c’est un 100% sangiovese. Je ne puis encore vous dire à quel prix ils seront commercialisés à l’épicerie de RAP mais, dès que je le saurai, je ferai passer le message. Enfin, cerise sur le gâteau j’ai adoré le Grigio, un petit extraterrestre charmeur qui doit faire briller les yeux des filles. De cette dégustation chez RAP des vins de Piana Dei Castelli de Matteo je retiens que dans nos vieux pays de vins, l’Italie, la France et quelques autres des jeunes pousses arrivent à maturité et frappent à la porte de la notoriété. Les situations acquises, confortables, sans grand génie, de certains vont être bousculées. Bien sûr on me rétorquera que c’est le lot de la jeunesse de ruer dans les brancards, de secouer la routine mais dans ce mouvement actuel je trouve un supplément d’âme qui va bien au-delà de la pure technique. Ces jeunes vignerons passionnés savent mais ils mettent leur savoir au service d’une réelle recherche d’authenticité. Chemin difficile certes mais à nous ensuite de les aider à trouver un juste retour des efforts qu'ils ont consentis. Alors, les suivre, les encourager, les faire découvrir voilà un beau passage de témoin qui me plaît beaucoup. 

Matteo

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 00:00

Les vieux livres un peu jaunis, poussiéreux, extirpés – je n’écris pas exhumés car l’écrit ne meurt jamais – de l’oubli par le hasard d’une main qui cherche, trouve, feuillette, revivent sous notre regard. Ces textes retrouvés ne sont pas forcément des chefs d’œuvre mais tout simplement des marqueurs de leur temps, de simples tranches de vie. Si je vous les propose sur mon espace de liberté c’est pour poser un post-it dans votre mémoire afin qu’une époque, pas si lointaine, y laisse une trace pour que vous ne vous laissiez pas aller à la nostalgie, à ne retenir du passé que des images d’Épinal. La dureté des temps se renouvelle, perdure, change de visage, mais reste une constante de la vie des hommes.

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- Ça commença par de petites taches sur les feuilles, une gale comme des œufs de chenilles, presque rien quoi ! On se moquait bien alors des avertissements des messieurs de Dijon qui parlaient de maladie. On soignait la vigne, sans s’occuper de leurs fariboles. Là-dessus, la guerre arriva. Ceux qui tombèrent au sort sur la côte s’en allèrent se battre pour Paris, pendant que les bandes de Garibaldi venaient piller nos caves par ici.

« Mais quand on se remit aux vignes, ah ! mes enfants, quelle histoire ! Je revois encore ce matin de janvier où maître Bordet – il avait vingt-deux ans alors, – se releva, pâle, tirant à lui un pied de pinot, la racine pourrie, rongée, tombée en poudre comme un bois mort. Quel coup ça nous a donné ! On se jeta dans la vigne comme des fous. À chaque pas, des cris partaient. Avec les doigts, on écartait un peu de terre à la racine... et toujours ou presque ces sacrés champignons qui gonflaient cédant sous le doigt... si on creusait un peu, tout le cep venait avec la main.

« Ce jour-là, petiot, on a vu pleurer bien des gars sur la Côte. Et des rudes ! Pas de ces femmelettes d’aujourd’hui ! Moi je passais sur la route. Mais, comme tu penses, j’avais de tout de suite sauté le mur pour me rendre compte. Quand on a été tout en haut du clos, maître Bordet, tout blanc comme un qu’aurait perdu tout le sang de son corps, me dit : « Blaise, va falloir lutter dur. » – « J’lutterai ! » que je lui réponds. Il dit encore : « J’étais « point riche ; à c’t’heure, j’suis peut-être ruiné. »

- « Ça ne fait rien, que j’y dis, j’suis votre « homme ! » Et je suis resté !

« J’suis resté cinq ans, à Pommard, moi qu’ai jamais pu tenir en place ! Cinq ans à lutter, comme disait maître Bordet. Et on a travaillé dur. On a tout essayé. Chaque année, c’était à recommencer. Et la production baissait, baissait... Une année on crut que c’était la dernière fois qu’on pressait le vin en Bourgogne. Ceux de Pommard, de Volnay, de Monthélie tremblent encore en y pensant. On arrachait des hectares et des hectares de vigne. Puis on commença à replanter en plants américains.

« Mais ça vous crevait le cœur d’arracher, de brûler tout ce bois tordu qui avait donné si longtemps de si bons vins. Et puis c’était pas tout ça : ces nouvelles vignes venues du tonnerre de Dieu, de « Californille », qu’on disait, est-ce que ça remplacerait jamais nos vieux pinots ? Quand on commença à vendanger l’américain, on avait une peur bleue ! Les anciens, des hommes plus durs que du buis, qui croyaient pourtant bien à leur terre, étaient venus au pressoir...

« Le vin bourru ne nous renseigna guère, comme bien tu penses ! Vint le premier soutirage. Ah ! vingt dieux ! Cette minute ! On était six ou huit autour de la cuve, plus émus qu’à la communion. Qu’allait-il sortir de cette garce-là ? Maître Bordet s’approcha, piqua la chantepleure, tendit la coupelle. Sa main lui tremblait comme un boumian qui vole des pommes. Le vin pissa, clair, dans la tasse en argent.

« Je peux vivre encore cent ans ; je ne pourrai jamais oublier le feu qui passa dans les yeux de maître Bordet, quand il eut retourné sur sa langue le vin nouveau.

« - Mes enfants, nous dit-il, mes enfants, c’est du Bourgogne ! C’est du Pommard comme l’autre... On fera encore du bon vin par chez nous...

« Ce vin-là, on y a mis un peu d’eau dedans, en pleurent, fils. C’est la première et unique fois que ça nous arrivait. »

 

Pierre Scize Aux vendanges de Bourgogne. « Choses vues » Les Œuvres libres Fayard 1945

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 00:09

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Depuis ma tendre enfance j’ai toujours été attentif aux mains. Celle des filles d’abord mais je n’épiloguerai pas sur elles afin de ne pas aggraver mon cas même si les mains de ma mémé Marie, calleuses avec des ongles ébréchés, celles qui me préparaient mes tartines je les trouvais belles et tendres. Moi j’ai les mains et les doigts de mon pépé Louis dont son épouse, la mémé Marie, disait qu’il était orgueilleux car il prenait un soin tout particulier à sa toilette : aux deux sens du terme : son hygiène et ses vêtements. Rasé de près, moustache à la Foch impeccable, bien peigné et des mains soignées : le voir s’entretenir les ongles avec son couteau me fascinait. Il portait beau le Louis Berthomeau ! En ce temps là, je sais ça fait vieux con, la majorité de la population active travaillait de ses mains. Les temps ont bien changé mais de temps à autre je me captive à nouveau pour des mains. Ainsi celle que présentait l’ami Pousson, sur l’une de ses étiquettes cultes de la cuvée 2008 de l’Esprit du Vent d’Embres&Castelmaure éloge de la paresse. Une main de vigneron marquée par la vendange.

CastelmaureEdVParesse2008MagnumVectoCS2Les mains que je vous présente ce matin sont celles de René Pastissier pêcheur à la mouche vivante du côté de Laguiole en Aveyron. Elles m’ont fasciné car elles semblent lourdes, pataudes, malhabiles alors que leurs doigts tout abimés vont se saisir délicatement, à la sortie du piège à mouches, d’une mouche vivante pour l’embrocher entre les deux ailes sur l’hameçon (je sens que les défenseurs de bêtes vont soit défaillir, soit me haïr). Les mains de René Pastissier sont la démonstration vivante que ce que fait la main, son habileté, sa précision, sa concision, résulte du contrôle de la tête : notre René sa passion c’est la pêche à la mouche vivante alors toute son intelligence pratique est tendue vers l’excellence. Tout dans son génial piège à mouches est le fruit d’une observation méticuleuse des mouches. Il en veut beaucoup, car il lui en faut beaucoup, et vivantes bien sûr. Alors, il arrive à ses fins René et avec ses grosses mains il a l’habileté d’une brodeuse. Alors, gardons-nous des jugements hâtifs, le grossier n’est pas forcément celui qui en a les apparences alors celui qui se dit fin cache souvent sous son vernis son insignifiance. Belle leçon d’humilité et surtout mise à mal des apparences qui sont si prégnantes, si dominatrices dans nos sociétés du paraître.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 00:09

 

Bon je ne vais pas ici aborder le débat relancé par Vaillant sur la légalisation du cannabis même si très clairement la prohibition produit en tout lieu et à toutes les époques. La santé publique a bon dos.  « Usage des drogues et créativité des écrivains français et anglo-saxons des XIXe et XXe siècles» thèse de doctorat en médecine par Mlle Eliane Pairault présentée et soutenue le 28 juin 2007 Faculté de Médecine René Descartes Paris V

  

 

 

Bref, moi j’aime et J.J.Cale et sa chanson Cocaïne. Je vous la propose ce dimanche où j’arpente les allées de Vinexpo avec en bonus la version d’un autre de mes chouchous : Eric Clapton.

 

J.J. Cale, John Weldon Cale, auteur, compositeur, interprète et guitariste américain, né le 5 décembre 1938 à Tulsa, en Oklahoma. Ses initiales « J.J. » lui furent attribuées à ses débuts par le patron d'un cabaret pour le différencier de John Cale (membre à l'époque du groupe The Velvet Underground).

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 00:09

Et c’est ainsi qu’à Mendoza, je fus initié à la dégustation par Clarisse. Le plus difficile fut tout d’abord d’apprendre à cracher avec précision et élégance dans un seau à glace que Clarisse me tendait. Nous reversions le restant de nos verres dans les barriques. J’écoutais les explications de Clarisse, me perdais dans le Cabernet-Sauvignon et le Cabernet Franc, ne savais pas trop où situer les Graves, me concentrais, jouais avec maladresse avec le pied de mon verre, humais, gazouillais, tentais de ne pas me perdre dans ce que mes papilles ressentaient. Mon premier sentiment fut que j’apprenais une langue étrangère sans syntaxe, rien qu’avec des mots copiés dans un vocabulaire connu. Au moins avec la musique on ne me demandait pas de maîtriser le solfège alors qu’ici cette matière vivante venait solliciter trois de mes sens et me demandait une traduction. Avant cela je me contentais de boire, certes avec un certain recueillement mais sans jamais être sollicité pour exprimer ce que je ressentais. Ma bibliothèque mémorielle étant si peu fournie je fatiguai très vite et je me murais dans le silence pour ne pas jeter l’éponge. Ce retour sur moi-même brisait vite les murs de mon ignorance. Je me laissais faire, j’accueillais les sensations sans vouloir à tout prix les qualifier et petit à petit, sans que je n’y prenne garde, se formait en moi un petit référentiel. J’étais toujours dans la jungle mais je m’y frayais un chemin avec plus d’aisance. Par moment même je me sentais hissé jusqu’au sommet de la canopée. Clarisse respectait mon recueillement en ne me livrant que l’essentiel sur le vin que nous dégustions.

 

La nuit fut courte mais je dormis d’un sommeil profond et réparateur. Au lever du jour Clarisse me rejoignait dans le patio où nous prîmes un petit-déjeuner copieux. Nous n’échangeâmes que peu de mots. Nous nous rendîmes à l’aérodrome dans une Land-Rover du domaine que Clarisse conduisait à vive allure. Depuis mon arrivée, en dehors du chauffeur de la limousine, que d’ailleurs je n’avais même pas vu, je n’avais croisé aucune âme qui vive. On me convoyait dans une discrétion à toute épreuve et ça me rassurait. Je ne saurais vous dire de quel type et de quel constructeur était le bimoteur dans lequel nous embarquâmes. Il était spacieux, on pouvait s’y tenir debout, doté en plus du poste de pilotage, de trois places, l’une à la droite du pilote et les deux autres juste derrière encadrant une porte qui donnait sur un ensemble toilettes, bloc frigo et bacs à provisions. Clarisse me précisa que nous ferions une escale technique avant d’entreprendre la partie la plus périlleuse de notre périple, c’est-à-dire le passage successif des frontières uruguayenne et brésilienne avec survol de l’Uruguay que nous effectuerions de nuit.  J’étais en totale confiance en compagnie de ce petit bout de femme décidé qui se révéla dès le décollage un excellent pilote. La première partie de notre voyage s’effectua sans aucun problème, le ciel était d’une grande pureté et nous étions toujours en Argentine. Je fis le steward et Clarisse me commentait ce que nous survolions. Pour tout vous dire je n’en ai plus vraiment souvenir car mon esprit était déjà à ce que j’allais faire à mon retour en France. Plus exactement, pour la première fois depuis longtemps, je m’interrogeais sur mon avenir et j’envisageais même de tout laisser tomber pour aller élever des chèvres dans les Cévennes.

 

Au début de l’après-midi nous nous posâmes sur ce qui ressemblait, et qui se révéla être, l’aérodrome privé d’une grande hacienda située au sud de Rosario au bord du Rio Paraná. Une nouvelle Land Rover nous attendait en bout de piste. Clarisse, toujours avec la même vivacité, sans l’ombre d’une trace de fatigue, elle venait de piloter pendant presque cinq heures, nous convoyait jusqu’à une petite bâtisse moderne, elle ressemblait à un plongeoir, construite au bord du fleuve. Là encore pas âme qui vive mais un déjeuner nous attendait sur la terrasse. Clarisse me laissa quelques instants avec un verre de champagne à la main avant de revenir, fraîche comme une rose, vêtue d’un ravissant petit ensemble vert bouteille. Je la complimentais. Comme la veille elle mena la conversation avec un à-propos et un sens aigu de la politique. Tout en détestant Castro elle n’en développait pas moins une allergie profonde pour la mainmise des Américains sur l’ensemble des pays de la zone. Je l’écoutais avec grand intérêt car elle me permettait de me reconnecter avec les affaires du monde. Après le déjeuner elle se retira pour se reposer. « Voler de nuit n’est pas très difficile mais il va nous falloir couper notre radio et naviguer aux instruments... » me confiait-elle en me prenant par le bras. « Faites comme moi, allez faire une bonne sieste... » Ce que je fis en m’allongeant sur un transat. C’est le vent qui m’a réveillé. Le ciel s’était chargé de lourds nuages noirs. Clarisse vint me rejoindre le front soucieux. « La météo n’est pas fameuse mais ça devrait s’améliorer au cours de la nuit. Nous allons être un peu secoués mais nous aurons ainsi la paix avec le sol... »

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 20:02

Et voilà mon « droit de réponse », un grand MERCI en fait.

 

Merci à Jacques de ce cadeau de notoriété – c’est réellement ce qui me manque le plus.

 

Merci aux deux belles et à leurs compagnons pour les commentaires élogieux – c’est ce dont je me nourris depuis 6 ans ...  et j’avais grand faim, j’en suis friand.

 

Merci aux posts qui ont suivi.

 

Deux petites précisions.

 

Sur le vin d’abord : j’avais envoyé cet échantillonnage à la rue Saint-Jacques pour illustrer mon claim qu’il était absurde que je n’aie pas le droit – administratif, càd cette fois corporatiste et syndical  - de revendiquer l’AOP la plus juste pour ce produit dont je vais admettre sans fausse modestie que je suis satisfait, comme un petit con prétentieux, replet et content de lui-même qu’il m’arrive d’être. Pour vous faire un dessin, je suis à ce moment-là la caricature physique d’un hybride entre feu Emile Peynaud, Raymond Barre, Edouard Balladur, Philippe Bouvard et Jean-Pierre Raffarin : l’horreur totale, mais j’assume.

 

Je n’avais aucune idée qu’il ferait l’objet de tant de sollicitude. En même temps, il s’agit d’un vin dont je revendique entièrement la paternité, qui me plaît et qui correspond totalement à ce que j’ai envie de produire ici. Mais c’est un vin d’exception (rendement rikiki, nombre de bouteilles restreint, niche destinée à des amateurs de vin inconditionnels et au palais plutôt « non-français »).

 

Son « petit frère », la Cuvée Majou, s’inscrit dans un style identique, mais un peu plus policé et constitue l’essentiel de ma production. Celui-ci devrait à terme me permettre de vivre – cela fait six ans que j’espère cela - et est produit à 5-8000 bt par an environ. Il part à l’export aux environs de 7 € la bouteille HT, pas cher donc dans l’absolu mais peu compétitif sur le marché local, décrié, déprécié et barricadé par quelques gros intervenants.

 

Sur la disponibilité  ensuite : mon prévisionnel espérait vendre 40-50 % de ma production en Belgique et le reste au UK et dans les pays germanophones.

 

Je cultive, vinifie et vend dix hectares de vieilles vignes de coteau tout seul, avec une aide salariée de tractorisme et à la taille, un collègue qui possède une quinzaine d’hectares lui-même, apportés en coopérative.

 

Je n’avais pas prévu de vendre de vin en France et n’avais pas intégré la prospection dans votre pays à mon emploi du temps. Entretemps, le prévisionnel a été un peu revu et ma vie de vieux loup solitaire a croisé celle d’une autre créature qui s’est mis en tête de proposer mon vin dans une certaine catégorie de restaurants du sud de la France. Et je l’ai laissée faire. Nous servons donc une race en voie de disparition, mais qui a toute mon affection : les chefs qui travaillent le produit frais et créent « leur » cuisine. Certains sont prestigieux, d’autres plus discrets, la plupart ont un sommelier ou bien jouent ce rôle eux-même et tous sont des passionnés. Pour la moitié méridionale de l’hexagone, je ne cherche pas d’autre débouché. Mais si un marchand de vin du nord (càd au-dessus d’une ligne fictive qui joindrait Gap à Arcachon à peu près) pouvait montrer de l’intérêt, ce serait avec plaisir que j’envisagerais une collaboration. Jusqu’à présent, on m’a simplement demandé des listes de prix et ma politique d’échantillonnage : cela ne me motive guère !

 

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 00:09

 

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Cher vous tous tout la haut à Paris,

 

Depuis qu’Ulysse Vergnes président de la coopé « La Moderne » est revenu de Narbonne d’une réunion, où y’avait tous nos grands présidents, avec un PowerPoint qu’il a projeté en Conseil grâce aux bons soins d’Eugénie Poulain, l’ancienne bonne du curé, présidente du club Facebook « Tous derrière les vins de Losse-en-Gelaisse » notre bourg s’interroge : où c’est  t’y que sont nos vins dans c’te foutue pyramide ? Vu nos prix ça serait plutôt dans les petits crus, tout en bas et même à la cave qu’on devrait se nicher. Mais de ça il n’en est pas question. ! Nos vins sont bons et c’est parce qu’on a du mal à les vendre qu’on va baisser notre pantalon. Marcellin Gourret à évoqué Montredon et le bougon des cépages ! Bref ici, c’est presque la Révolution ! Y’a que ce grand soudard d’Achille Gauche, qu’est en cave particulière et qu’à toujours été plus porté sur les jupons que sur la vinification, qu’a eu beau jeu de dire qu’ici à Losse on n’en avait rien à cirer des Grands Culs Glacés. D’un ton courroucé Eugénie Poulain lui a rétorqué en citant Lacan : salace = ça lasse !

 

Face à ce vent de fronde que je comprends parfaitement j’ai d’abord opposé l’humour de mon ami le Québécois Marc Vaillancourt qui dans son petit livre L’Honneur manque de Bras citait les propos d’un touriste québécois à son guide face aux pyramides de Guizèh (le ton est grossièrement comminatoire) : « Astheure que tu m’as montré tes pires amides, tu vas me conduire aux meilleures ! » mais j’ai fait un bide. Pourtant j’adore l’ami Vaillancourt car il a la dent dure « Les Québécois, peuplade de Topinamboux à laquelle j’ai le douloureux privilège d’appartenir, qui sont des ignares et des malappris, tutoient tout le monde. » C’est un peu du Léon de Corneilla mais ici ça ne passe pas. Bref, ayant beaucoup lu le petit livre rouge de Mao, je me suis jeté à l’eau. Pour les ignorants de la Révolution Culturelle le 16 juillet 1966, Mao a nagé dans le Yangzi et j’ai lu ce témoignage « Un voisin avait pour père un haut fonctionnaire et vétéran de l’armée rouge qui avait été sélectionné pour nager à côté de Mao, il a été admiré par tout le monde pendant quelques mois puis a été tabassé violemment par les gardes rouges, à cause de son père également »

 

Qu’ai-je fait à la fin de la séance de projection du PowerPoint du CIVL ? Trois déclarations et une proposition ! L1010138

- J’ai cité Vauban : «« la vérité est verte, disons-là vertement » tout en rappelant le « Merde à Vauban ! » de Léo Ferré. Dans ce pays il ne faut jamais mettre tous ces œufs dans le même panier.

 

- J’ai fait état de la bombe lancée par Berthomeau le 22 juin 2006 à la veille de Vinexpo : Coup de tonnerre à Vinexpo : une mystérieuse holding lance 1 OPA inamicale sur les Big Three coopératives de South of France…link vite désamorcée par les fabricants de PowerPoint et adeptes des Conclaves, Séminaires, Tables rondes et autres Zinzins...

 

- J’ai  rappelé ma proposition du 8 décembre 2010, jour des Saints Innocents, de fusionner La Moderne et L’Etoile sous la houlette de la coopé d’Embres&Castelmaure qui est connu dans le monde entier... link 

 

En conclusion j’ai fait une proposition à tous mes confrères présidents de caves coop : « Nous allons tous en car à Vinexpo. Nous louons un château : un p’tit bien sûr ! Là, tous ensemble nous créons l’Opipette des Vins du bas de la Pyramide... » En effet, mieux vaut monter une pyramide sur un socle en dur plutôt que sur du sable... quoique celles de Guizèh... Et puis « Merde à Vauban ! »

 

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