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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 00:09

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La France est le troisième fournisseur du marché italien en volume et le premier en valeur. La présence de la France se fonde principalement sur le Champagne125.019 milliers d’euros sur un total de 156.289 milliers d’euros. Le marché du Champagne en Italie s'apparente à un marché mûr. Le Champagne représente plus de 95 % du volume et de la valeur des vins effervescents français importés par l'Italie. Les autres vins effervescents enregistrent de faibles résultats dans la mesure où l’Italie produit ses propres bulles avec le Proseco.

 

Le marché mondial des bulles se porte. Entre 2004 et 2009 les vins pétillants autres que le champagne ont progressé d'environ 2,6% pour atteindre 169,2 millions de caisses. Au plus fort de la récession, les vins pétillants n'ont enregistré qu'une baisse de 0,9%, bien moindre que les autres catégories. Par comparaison, les ventes de champagne ont chuté de 3,6%. Un rapport de ISWR sur les tendances 2010 pointait la crise économique mondiale comme étant à l'origine de l'augmentation de la demande pour les vins pétillants espagnols et italiens: «La corrélation entre la chute spectaculaire des ventes de champagne et la tendance à la hausse des marchés pour des produits moins chers comme le prosecco et le cava constitue une preuve irréfutable de l'abandon des produits de luxe pour des vins aux prix plus accessibles». Pour ma part je serai moins catégorique sur l’abandon des produits de luxe sur lequel, et tout particulièrement le Champagne, la crise a eu un effet à la fois sur le positionnement prix et le déplacement de la demande vers de nouveaux marchés.

 

Pour revenir à l’Italie il faut rappeler que le prix d'une bouteille de Spumante varie de 8,50 euros pour une qualité moyenne à 18 euros pour la meilleure qualité. Les meilleurs crus se vendent à 45 euros la bouteille, soit la moitié des champagnes de marques. Laissons là les chiffres pour s’en tenir à ma simple impression visuelle lors de mes pérégrinations vénitiennes. Chez mon caviste Dai do Cancari il est le seul produit mis en avant de façon significative (voir photo) flanqué d’une bouteille de Blanquette de Limoux.

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Au vol j’ai noté :

- en magnum Bollinger Spécial Cuvée 190€ et Roederer Cristal 2002

- en bouteille Charles Mignon brut grande réserve 1er cru, Palmes d’or vintage 1997, Ayala brut majeur 65 €, Louis Roederer brut premier 75€, Moët Réserve Impériale 58€

- pour la Blanquette de Limoux : Domaine de Fourn à Pieusse brut 2008 médaille d’or concours du SIA 32€  http://www.robert-blanquette.com

 

Pour le reste de l’offre de vins français j’ai noté :

- un Mercurey Faiveley 2005 La Framboisière Monopole

- un Grand Echezeaux DRC 1992 n°05996 sur 12211 bouteilles

- un Château Margaux 1994

- un Monbazillac Château la Sabatière magnum 240€

- un Sancerre 2006 Comte Laffont

 

Enfin, sans prendre de notes j’ai pu constater dans une autre vineria proche du pont du Rialto le même type d’offre avec toutefois une plus large offre de vins tranquilles français mais comme je cherchais un casse-graine je n’ai pas eu le temps de prendre des notes.

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Pour terminer ce rapide survol je ne puis m’empêcher d’ironiser sur nos chers cavistes black béret.  Imaginez-vous entrant chez l’une de ces stars de la quille boboïste et d’y découvrir des bonbonnes de vin. Horreur, malheur, vade retro satanas, péché mortel, excommunication, flagellation, crime contre le petit producteur qui fait tout à la main... Et pourtant, chez Dai do Cancari y’a des bonbonnes avec des petits tuyaux qui vont nicher leur bec dans les bouteilles des clients. Pire que cela, il le mette en avant dans leur vitrine et, pire encore, ils vendent du vin dans des bouteilles en PVC. Au risque de me voir traduit devant le tribunal des grands prêtres du vin de propriété et d’être exposé en place de Grève, je trouve ça sympa et intelligent. S’ils le font c’est qu’ils ont des clients pour ça. Oui c’est popu et alors, c’est très carbon neutral non ! Bon je n’en rajoute pas une couche mais au moins nos amis cavistes italiens sont des gens pragmatiques et plus soucieux de leurs consommateurs que leurs confrères prétentieux de notre doulce France. Je signale aux ceux qui me jetteraient aux chiens que Dai do Cancari propose à ses clients une belle gamme de vins bio.  L1010844.JPG

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 02:09

Orly, le bus de la RATP, pas de taxi : j’ai horreur des chauffeurs de taxis, l’autoroute, le tunnel qui débouche sur le périphérique, la Porte d’Orléans, Paris, ses bagnoles et surtout ses drôles de deux roues vrombissants sur lesquels des gros cons se prenaient pour les rois de la chaussée, Denfert-Rochereau. Comme nous n’avions pas de bagage mais tout juste un vague sac à dos nous décidions de marcher jusqu’à Saint-Germain en passant par le Jardin du Luxembourg. C’est drôle, je ne ressentais aucune oppression, l’air de Paris c’était le mien. Jasmine rayonnait, cette échappée belle c’était son œuvre. Les touristes erraient en paquets. Le Flore bien sûr, à l’intérieur, rien que pour faire plaisir à Jasmine qui s’enfilait des œufs de Marans coque pendent que je sirotais le demi maison.  Ensuite quelques nippes pour moi, Jasmine insistait, puis pour elle, je le voulais. Je claquais du fric avec jubilation. Nous déjeunions à la Maison de l’Aubrac, rue Marbeuf, j’avais les crocs pour une côte de bœuf partagée avec mon bout de femme dont les yeux me donnaient envie. Que faire ensuite ? Une toile, pas sur les Champs bien sûr, mais dans l’un de mes cinémas culte : le Champo où nous avons attrapé la séance de The Servant. L’odeur de cette salle marquait mon territoire post-soixante-huitard. Jasmine posait sa tête sur mon épaule, une séance de ciné à l’ancienne, le pelotage en moins. En sortant Jasmine téléphonait à Raphaël qui jouait les nounous pour Matthias. Tout allait bien. La librairie Campagne : une razzia de bouquins. Il nous fallait acheter une valise à roulettes. Le temps passait et il nous fallait gagner la gare de Bercy où le Paris-Venise se tenait à quai.

 

Un T2 dans un wagon-lit des années 60, pas vraiment le confort mais, là encore, un parfum de départ incomparable. Sur le quai ça piaillait. Discrètement j’arrosais le chef de train pour obtenir deux places au minuscule wagon-restaurant. Impatient, tendu, je me sentais comme un gosse, comme au temps où avec maman nous prenions la Micheline pour nous rendre à Chantonnay voir ma sœur à son pensionnat de bonnes sœurs. Les sœurs de la Sagesse avec leur robe gris souris et leur tête emprisonnée dans un bandeau amidonné. Le convoi s’ébranlait dans un infernal bruit de ferraille, le passage aux aiguillages transmettait à notre carlingue des torsions qui semblaient la faire imploser, nous allions prendre notre temps car manifestement nous n’étions pas dotés d’une motrice très vaillante. Qu’importait ! Demain matin nous butterions sur le Grand Canal et ce serait merveilleux. Jasmine souhaitait que nous nous habillions au mieux de notre garde-robe pour le dîner. Je m’exécutais sans ronchonner. L’ambiance au wagon-restaurant était familiale et bon enfant. Menu simple et vin acceptable. Nous prenions notre temps. Encore une fois une bouffée de souvenirs me submergeait mais je l’écartais en couvrant Jasmine de compliments. Elle en rosissait de plaisir. Je la sentais légère prête à m’amener, comme elle sait si bien le faire, sur le chemin qu’elle voulait me voir emprunter. Le paysage défilait sans que je puisse identifier précisément tous les morceaux de France que nous traversions. Le maître d’hôtel nous offrait une Grappa. De retour dans notre T2 je voulais m’installer à l’étage mais Jasmine décrétait qu’elle adorait les hauteurs. J’osais un « Tu as déjà pris un wagon-lit » Sa réponse rigolarde me mit un peu la puce à l’oreille « Non, mais je pourrai ainsi mieux te surveiller. Sait-on jamais avec toi, s’il te prenait l’envie d’aller séduire une belle italienne... »

 

Mes protestations véhémentes me valurent un « tu dors tout nu je suppose » qui aurait du confirmer mes appréhensions. Je m’enfonçai dans la lecture d’un des livres acheté chez Campagne Les Mémoires de Saint-Simon « cette pute me fera mourir... » soupirait Marie-Thérèse, reine de France, épouse de notre Roi Soleil, lorsqu’elle le voyait s’afficher avec la belle Montespan. Nos dirigeants politiques ont une lourde hérédité à porter sur leurs frêles épaules. La bite, la bite, par elle passait le pouvoir des femmes. Lorsque vint l’extinction des feux je souhaitais à Jasmine une bonne nuit si haut perchée. Comme aucune réponse ne vint je supposais qu’elle dormait déjà. J’aurais du me méfier de la mâtine. Le balancement du wagon me berçait et je sombrais. Dans mon sommeil de plomb deux détails chatouillèrent mon inconscience, plus de tangage et une douce euphorie qui gagnait mon bas-ventre. Pas une de ces érections nocturnes, si familières, où le sexe est silex, dur, douloureux même, non de la douceur, du suave, du miel. Le train stationnait sans doute dans une gare, laissant les lourds trains de marchandises circuler. L’euphorie montait. Sur mon corps je sentais une légère charge puis tout au bout de ma verge une résistance, qui n’en était pas une, car la fluidité ne laissait dans mon rêve qu’une fine caresse. Ce qui me fit sortir de mon rêve fut l’emballement qui me surmontait. Jasmine allait et venait sans retenue, asynchrone, en me murmurant d’une voix étouffée « dors mon amour, Matthias a besoin d’une petite sœur... » Lorsque je m’épandais en elle je ne pouvais m’empêcher de penser à mon premier voyage vers l’Italie des Brigades Rouges...

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 00:02

  

Selon une étude de la Fondation de France publié mercredi dernier, 4 millions de Français n’auraient pas plus de 3 conversations par an, soit en gros 1 conversation tous les 122 jours. Pas lerche ! Je ne suis pas un idolâtre de ce genre de statistiques car si elles sont frappantes elles dématérialisent tout, coupent le lien avec ce que  l’on peut ressentir soi-même. Dire bonjour, comment ça va aujourd'hui à son voisin comme je le fais avec l’aveugle du bas de mon immeuble qui, assit sur le seuil, soliloque en tirant sur sa bouiffe. Il sourit et parfois nous taillons une courte bavette. Facile, non.

 

La lutte contre la solitude est depuis novembre 2011. Le Label a été attribué au collectif d'associations « Pas de solitude dans une France fraternelle », qui est fédéré par la Société Saint-Vincent de Paul. Vous ne trouvez pas un peu fort de café qu’il faille en passer par là. Faut voir la gueule des gens dans le métro – c’est pour ça que je fais du vélo – c’est dramatique : murés, enfermés, tristes. Bref, simple petite pierre dans ce vaste jardin de solitude, je propose que ceux qui adhèrent à l’Amical du Bien Vivre, au jour le jour, brisent le cercle : un petit bonjour et pourquoi pas un verre au bistrot du coin. Je rêve sans doute mais quel beau geste face aux pisses-froids de l’ANPAA qui ont fait de l’addiction un fond de commerce lucratif.

 

Pour terminer un témoignage recueilli sur la Toile et « La Solitude » de Léo Ferré et « La solitude ça n’existe pas » de Gilbert Bécaud.

 

« Lydie a 63 ans, mère divorcée de 3 enfants de 30, 39 et 40 ans, elle vit seule à Colombes (92). C’est une agression qui l’a poussée vers une solitude trop longue de 8 années. « Le jeune est venu vers moi, il m’a tapée (…) Le facteur n’a pas bougé, il avait peur des représailles. Cette coupure s’est faite avec cette envie de ne plus vivre, de ne plus exister. J’avais peur des autres. On n’a pas envie de leur dire qu’on est seul. »

Lydia a réussi à sortir de ce cercle vicieux grâce à l’écriture. « Je me suis mise à écrire mes poésies pour pouvoir avoir accès aux autres, accès à moi-même et sortir de ce cercle infernal et pouvoir vivre. Quand ils étaient petits, je disais à mes enfants que les pleurs abîment les yeux. Et je ne voulais pas abîmer mes yeux. Pour s’en sortir, il faut avoir dans son âme l’art de vouloir reconstruire sa vie et peut être aussi de rencontrer l’amour… »

 

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 00:09

Oui, je sais, c’est un peu facile, un tantinet putassier, mais le feuilleton de l’été qui a fait irruption un petit matin de juin sur nos écrans nous réserve vraiment son lot de rebondissements. Le poids des mots le choc des photos, en l’occurrence ce sont surtout ces dernières qui nous ont bousculés. Déferlement, emballement, un vrai torrent de boue... et puis rebondissement, la tendance s’inverse et c’est à ce moment que resurgit Banon.

 

Banon est un charmant petit village des Alpes-de-Haute-Provence adossé au plateau d'Albion entre Lure et Ventoux dans les collines chères à Jean Giono. 878 habitants et plus de 100 000 livres à la librairie « Les Bluets » de Joël Gatefossé menuisier originaire de l’Essonne qui raconte avoir « cassé sa vie » à la mort de ses parents en 1990 et être venu s’installer un peu par hasard à Banon. Les débuts sont difficiles puis c’est le décollage et enfin le succès du au bouche à oreille.  41591_38604058314_1093205_n.jpg

Le banon est un petit fromage français de 6 à 7 cm de diamètre, au lait cru de chèvre d'une centaine de grammes issu d'anciennes recettes des fermes des Alpes-de-Haute-Provence. Les chèvres sont exclusivement de races provençale, rove et alpine et elles doivent paître sur les collines de la région pendant au moins 210 jours par an. Fromage à pâte molle à croûte naturelle, élaboré à partir de la technique du caillé doux et moulé à la louche avant d'être habillé, à la main, dans des feuilles de châtaigniers brunes et liées par un brin de raphia naturel (il est auparavant trempé dans l'alcool pour éviter les moisissures). Le ramassage des feuilles, qui doivent être récoltées brunes, se fait en automne lors de leur chute. Elles sont ramassées par des équipes de saisonniers sur le plateau d'Albion, dans les Cévennes, en Corse et en Ardèche.

 

Un premier affinage « nu » de 5 à 10 jours est suivi d'un second affinage dans la feuille de châtaignier d'une dizaine de jours. À l'abri de la lumière et de l'air, ce procédé unique lui confère une pâte onctueuse et un moelleux indescriptible, avec des arômes spécifiques, fruits de l'alchimie entre la fermentation au caillé doux et la migration des tanins de la feuille de châtaignier vers le fromage. Une soixantaine de petits producteurs dont la Fromagerie de Banon fournit à peine 50 tonnes par an sur le marché. Le Banon est une AOC depuis 2003. Son aire couvre 111 communes des Alpes-de-Haute-Provence, 33 communes des Hautes-Alpes, 21 communes de la Drôme et 14 communes du Vaucluse, soit un total de 179 communes pour la production du lait et la fabrication.  250px-Banon.jpg

Pour le féminin de Banon, tristement, je m’abstiens, ce n’est pas de mon ressort. Quand on ne sait pas on se tait. Reste tout de même l’essentiel : imaginez-vous ressortant de la librairie « les Bleuets » où vous venez d’acquérir « Je bois donc je suis » de Roger Scruton link , une petite faim vous prend et vous vous souvenez que vous avez acquis sur le chemin de Banon, chez un petit producteur bien sûr, un petit Banon emmailloté dans sa feuille de châtaigner. Vous achetez du bon pain. Vous allez dans un café qui accepte les quidams qui se pointent avec leur panier. Vous sortez votre couteau. Vous tranchez le pain. Vous déficelez le Banon. Vous le désincarcérez de sa coque de feuilles. Vous lui prenez juste ce qu’il faut pour recouvrir votre tartine. Belle odeur ! Avant d’y planter vos dents vous vous dites que ce Banon a besoin d’un compagnon.  « Hello tavernier ! » Moi je vous laisse le soin de commander la bouteille qui accompagnera cet en-cas. En attendant de faire votre choix vous pouvez ouvrir le livre que vous venez d’acquérir aux Bleuets ainsi vous conjuguerez les plaisirs de l’esprit et ceux de votre corps. Bon appétit et dites-nous vers où vous porte votre envie du moment du côté liquide...

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 00:09

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Les éditions ACTES SUD viennent de me faire parvenir un très bel ouvrage « Le Monastère de Solan » Une aventure agroécologique de Thierry Delahaye. Les sœurs de l’abbaye orthodoxe de Solan je les ai découvertes voici plus de deux ans, alors que deux d’entre elles vendaient leur vin, au parc de Floral de Vincennes au salon Marjolaine. J’ai écrit une chronique sur l’un de leur vin mais je ne la retrouve plus dans mon capharnaüm. Peu importe car ce qui compte c’est que depuis 1992 elles ont entrepris, sur les terres d’un ancien domaine, de reconstituer les sols, de gérer le circuit de l’eau, de réaménager la forêt, de mettre en œuvre de nouvelles pratiques culturales. Ce livre retrace cette aventure « agroécologique » sur cette mosaïque de parcelles où alternent les terres cultivées et les zones sauvages, vignes et forêts, jardin potager et vergers. « Ainsi, préserver, voire enrichir la biodiversité du domaine permet d’obtenir des produits de qualité (vin, fruits, légumes...) mais témoigne aussi et avant tout d’une exigence de respect de la vie. De même, parvenir à une autosuffisance alimentaire et énergétique relève d’une préoccupation d’ordre vivrier, mais reflète aussi une option fondamentale de sobriété et de rejet d’une logique productiviste. »

img297.jpg« Pierre Rabhi avait conseillé aux sœurs de valoriser l’existant : « Allez à la rencontre de votre terre ! »Seule la vigne était susceptible de fournir un revenu monétaire. Le vin resterait donc le moteur de l’activité économique du domaine. Les diverses études, réunions et consultations des années 199_-2000 ont débouché sur la nécessité d’aménager le terrain et de professionnaliser la vinification et le commercialisation. En 1999, une grande étape est franchie, non sans péripéties : la totalité de la récolte est vinifiée au monastère. À partir de 2001, un programme de plantation est conduit, pour ramener la superficie viticole à huit hectares, après l’arrachage de trois hectares eb 1995. Et entre 2003 et 2005, un patient labeur de revivification de vieilles vignes est réalisé, par le drainage des parcelles, le brossage des ceps et la lutte contre les maladies. « Tout cela pour faire un vin qui soit en cohérence avec notre terre... Ce sera comme en Bourgogne, un vin de terroir. » Les 20 pages du chapitre : Du Vignoble au chai sont très intéressantes mais je ne vais pas tenter d’en faire un condensé car ce serait faire injure à la plume de l’auteur. Pour vous donner un aperçu j’ai choisi de vous reproduire un extrait de la partie concernant : La conduite de la vigne.

 

« Le vignoble est donc cultivé en agriculture biologique depuis 1992, sans herbicides ni pesticides de synthèse. Au début les sœurs ont tenté la biodynamie. Selon cette méthode, la plante est capable de réagir aux interactions avec son environnement et de réguler sa croissance en constituant un système équilibré. Quand l’écosystème est en déséquilibre, l’intervention humaine vise à sa dynamisation en suivant des règles assez contraignantes (dosages, calendrier, cycles lunaires et planétaires, préparats...). « Un jeune conseiller fut embauché, qui venait une fois par semaine faire le tour des terres et nous dire ce qu’il fallait entreprendre. Dynamisations, bouse de corne, 500 et 501, jours fruits ou feuilles, nous voilà propulsées dans un monde totalement nouveau. Le petit-fils des anciens propriétaires suivait les instructions, un peu étonné de nos méthodes, et parfois, il faut le dire, rechignant aux contraintes horaires imposées par le calendrier biodynamique. En 1993, 80% de la récolte fut ravagés par le mildiou, et nous comprîmes à nos dépens ce que veut dire le mot « urgence » quand il s’agit de traitement antifongique de prévention... Le vignoble était alors en reconversion et le raisin continuait à partir vers la cave coopérative du village, avec les difficultés économiques que l’on peut imaginer. En 1995, notre jeune conseiller partit vers d’autres horizons, et la rencontre providentielle d’un biodynamiste à la retraite nous fit bénéficier de sa longue expérience dans ce mode de culture. Toutefois, peu à peu, nous en vînmes à remettre en question le choix strict de la biodynamie. Les contraintes humaines et économiques qui en découlaient étaient au-dessus de nos possibilités et la philosophie sous-jacente n’était pas non plus la nôtre. Par souci de simplicité, nous en restâmes à la certification en agriculture biologique. »

 

Bien évidemment le projet des sœurs de Solan ne se limite pas à la vigne et au vin, si vous êtes intéressés par leur aventure faites l’acquisition de ce beau livre 29€. « Nous n’étions pas venues faire de l’agriculture mais fonder un monastère... » quand elles sont arrivées du Vercors en juillet 1992 « les bâtiments n’étaient pas habitables, il fallait refaire les toits, transformer l’écurie, la bergerie, les granges en pièces d’habitation, installer le chauffage et l’assainissement » mais elles avaient avec leurs paquets, leurs deux camions de déménagement, « leur bonne humeur et leur confiance en Dieu. » Si vous êtes intéressés par leurs produits 3 possibilités :

- y aller Monastère de Solan 30330 La Bastide d’Engras (le domaine est situé sur la D144 entre Saint-Laurent-la-Vernède et Cavillargues)

Le monastère et le cellier sont ouverts du mardi au dimanche, de 11 heures à 17 heures.

- aller sur le site internet www.monastèredesolan

- les retrouver sur des salons locaux ou régionaux tels Marjolaine à Paris ou le salon Primevère à Lyon par exemple.

 

« Au matin nous nous lèverons pour aller dans les vignobles. Nous verrons si la vigne bourgeonne, si les fleurs annoncent les fruits, si les grenadiers sont en fleurs... »

Cantiques des Cantiques VII, 12

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 00:09

Comme je l’ai écrit hier je suis tombé sur ORTO par hasard, je cherchais un bar pour picorer des cichetti. La Calle delle botteghe m’ouvrait les bras, paisible et, levant d’abord les yeux je découvrais une belle enseigne : vineria Dai do Cancari puis en les baissant mon regard d’aigle captait la proie. Je poussai bien sur la porte accueilli gentiment par Zeno Stringa qui me conseillait d’aller chez son voisin le plus proche pour me restaurer. Bonne pioche ! Je revins donc quelques jours plus tard pour faire mon reportage.

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Pour ne rien vous cacher, l’éclectique Guillaume Nicolas-Brion, avant mon départ avait placé ce nom sur ma feuille de route en le soulignant en rouge mais comme je ne suis pas de ceux qui courent derrière des quilles mais plutôt derrière les filles, j’ai remisé l’info dans la partie la plus reculée de mon cerveau. Sauf que le bougre de Michel Thoulouze, en bon homme des médias, était là où je ne l’attendais pas. Faut dire que son patronyme évoquait chez moi des souvenirs. Renseignements pris, je comprends parfaitement que naître à Pézenas dans l’Hérault en 45, qu’être rentré en journalisme en 68, qu’être le créateur de 7 sur 7 en 1981, qu’avoir été le directeur de l’info de la 2 sous Desgraupes en 82, que recevoir un 7 d’or en 1997 pour les Nuls, que claquer la porte à la gueule JMM moi-même, prédisposait bien évidemment Michel Thoulouze à entamer sur le tard une carrière de vigneron-star dans un petit paradis, l’île de San Erasmo au cœur de la lagune de Venise.

 

« C’était au tournant du siècle. « J’ai appris que Venise avait eu ici un vignoble, jusqu’au XVIIe siècle. Je l’ai vérifié sur d’anciennes cartes », raconte-t-il à un journaliste. En 2002, « répondant au défi d’amis italiens, il décide alors, sans rien y connaître, de planter des vignes autour de son domaine. » 11 hectares, les gens du cru le prennent pour un pazzo, un fada. Pour un défi c’était un vrai défi que de réimplanter de la vigne dans une île où les agriculteurs cultivaient le petit artichaut violet. Les convaincre d’abord puis trouver les bons cépages. Ce fut Alain Graillot, l’homme de Crozes-Hermitage, qui s’est chargé de sélectionner les cépages retenus. Des cépages locaux, italiens du nord, la malvasia istriana, un cépage de Vénétie, auquel a été rajouté du vermentino et du fiano di Avellino pour constituer « un assemblage précis, tout en fraîcheur et en acidité contrôlée. » plantés « francs de pied ». Pour le travail préalable du sol, avant les plantations, c’est le couple Claude et Lydia Bourguignon, « qui ont déclaré la terre de San Erasmo idéale pour réaliser un beau vin blanc. » Vignes hautes, deux mètres, « grâce à de minuscules canaux en forme de dents de peigne, l’eau de la lagune vient chaque jour purifier la base », le vin du domaine d’Orto est vinifié par Graillot, dans le chai de vinification spécialement construit pour l’aventure. « Une aventure qui a un coût : 1 million d’euros environ ». L'Orto est en 2008 sur les tables des restaurants de Venise.

 

Michel Thoulouze en est donc à sa quatrième récolte d'un blanc baptisé Orto Venezia (Jardin de Venise), un vin « sec et rectiligne » dont on dit qu’il est « charpenté et si minéral qu'on le croirait presque salé » J’en ai acquis une bouteille pour la somme de 30€. Pour la déguster je convoque ce jour le GJP : le Grand Jury Parisien : ce qui se fait de mieux sur la place de Paris ce qui créé bien sûr d’énormes jalousies. En son temps je vous communiquerai leur implacable jugement, de Paris bien sûr. Enfin comme à Venise l’Histoire est toujours présente sachez que désormais, Michel Thoulouze possède un privilège unique : « ouvrir et fermer lui-même les écluses de San Erasmo. « C’est le magistrat des eaux de la ville qui m’a remis les clefs », raconte-t-il avec fierté. »

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Toutes les citations sont extraites de 2 articles :

- le JDD.fr du 26 septembre 2009 signé Benoît Simmat

- L’Expansion.fr du 1 novembre 2010 signé Bernard Poulet

Merci à eux.

 

Merci aussi à Marco Nordio le propriétaire de la vineria do Dai Cancari www.daidocancari.it et à Zeno Stringa. Je pondrai une autre chronique sur l’offre de vins français de leur boutique.

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 00:09

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La tentation de Venise, le maire de Bordeaux, de nouveau Ministre de nos Affaires Étrangères, pris dans la tourmente songea à ce retrait. Faire retraite, s’éloigner de la fureur du moment, de la dictature du paraître, mettre de la distance ou tout bêtement retrouver le goût des choses simples, couper les ponts (à Venise c’est osé comme volonté) : plus de clavier, plus d’écran, plus de SMS, plus d’e-mail et plus du flux de Facebook.  Dans ma jeunesse, nos curés, bonnes sœurs et bons frères, nous imposaient des retraites. Je les détestais car loin de nous permettre dans le silence de réfléchir, de nous retirer du monde, les ensoutanés faisaient preuve à notre endroit d’un prosélytisme outrancier. Prendre du recul, partir d’un coup d’aile, se retrouver, dans le grouillement de la cité des Doges gorgée de touristes étiquetés, bruyants et errants en bandes derrière des guides, obsédés du cliché débile, c’est pour moi faire retraite. M’isoler. Nul paradoxe dans ce choix car à Venise, hormis ses monstrueux nœuds touristiques, il est facile de se perdre, de se retrouver seul ou presque. Pas de voitures ! Ici l’Histoire est partout, il suffit de lever le nez, de se poser, de regarder, de pousser des portes, de flâner. C’est un luxe j’en conviens mais je l’assume sans aucune espèce de contrition.

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Tout ce long préambule pour vous éclairer sur ma double vie qui d’ailleurs s’apparente bien plus à une valise en carton avec de multiples fonds ou à ce que l’on dénommait autrefois un secrétaire à secrets. Rassurez-vous je ne vais pas vous déballer toute ma vie mais, comme j’ai profité de mon escapade vénitienne pour mettre en ligne en début de semaine dernière deux chroniques : « mais que fait Berthomeau ? » et « qu’est-ce qu’a fait Berthomeau ? », non pour justifier mon activité ou afficher mon glorieux CV mais tout bêtement pour vous dire, chers nouveaux lecteurs, d’où je viens et ce qui fait la trame de mes jours, je vais me laisser aller à quelques confidences. C’est un peu le questionnement de François Audouze en commentaire qui m’y incite. « Pourquoi écrit-il tous les jours ce Berthomeau ? » Quelle motivation ? La réponse facile, échappatoire commode, serait : pour la gloire du vin ! En effet, ma marque de fabrique « Vin&Cie » l’espace de liberté semblerait, à première vue, m’enfermer dans de pures chroniques sur le vin. Tel n’a jamais été mon projet, depuis l’origine, même si le vin reste au centre, mon propos, mes lignes ne s’interdisent aucun chemin qu’il soit de traverse ou, comme ceux de mon enfance bocagère, creux. Les quelques-uns qui me suivent et me supportent depuis l’origine peuvent en témoigner.

 

Vin&Cie l’espace de liberté doit beaucoup à mes amis du groupe de réflexion stratégique, ce sont eux qui ont accepté de faire un bout de chemin avec moi, de réfléchir, de se remettre en question, de cosigner un document, qui n’est pas mon rapport et qui n’a pas pris une ride. Ils ont pris des coups mais, n’en déplaise au GC récurrent, c’est leur fierté et leur fidélité qui m’a fait chaud au cœur. Dans mon placard, face à la neige de mon écran, dans la solitude domestique où se lever le matin devient vite routine, les deux Jean-Louis surtout, Jean-Marie et Robert aussi, et quelques autres m’ont donné envie de sortir de mon costume terne d’éminence grise pour endosser celui un peu plus chatoyant de mes propres idées, pour les défendre, pour tenter de me faire comprendre, être moi-même. Qu’ils en soient remerciés. Ainsi, petit à petit j’ai ouvert en grand les portes et fenêtres, je me suis laissé aller à une langue plus drue, plus ferme, moins policée. Et surtout moi, le médiateur, le monsieur qui cherche toujours à recoller les morceaux, j’ai pu enfin prendre mes distances avec tous ceux que par facilité je qualifierais « des toujours du bon côté du manche » et de « je ménage ceux qui pourraient me servir ». Chemin faisant je me suis dit que le &Cie n’était pas là que pour faire joli mais constituait un vaste champ où je pouvais semer ce qu’il me plairait. À mon grand étonnement la plupart d’entre vous m’ont suivi. Bien évidemment je ne puis savoir toujours très précisément lesquels mais ce dont je suis sûr c’est que mon lectorat s’est à la fois élargi et enrichi. Et puis, c’est une réalité, je me suis fait de nombreux amis (e) avec qui j’aime partager le pain et le sel. Je ne suis pas allé les chercher : ils sont venu(e)s à moi.

 

Reste la question récurrente lorsque je rencontre certains d’entre vous : « mais ça vous demande beaucoup de temps ? » La réponse est simple : « le temps je le prends tout le temps pour tout ce j’entreprends » En effet, je suis de ceux qui adorent ne rien faire, flâner, bavasser, rêvasser, mais dès que je m’engage dans un ouvrage je vais au bout quoiqu’il m’en coûte et, en l’occurrence pour mon blog ça ne me coûte rien car c’est du pur plaisir. Quoi de plus excitant que d’écrire ? J’écris quand ça me prends, à n’importe qu’elle heure du jour et de la nuit. L’important dans mon métier comme ici sur mon espace de liberté c’est de rendre sa copie en temps et en heure. Au temps où je faisais le nègre de mes Ministres en écrivant leurs discours je ne pouvais arriver la gueule enfarinée et leur déclarer : je n’ai pas eu le temps ce sera prêt demain. Mon souvenir le plus fort c’est un discours confié à une autre plume que je dus réécrire dans la nuit, à la Préfecture d’Angers, pour un Congrès de la FNSEA, le premier de mon cher Ministre qui arriva à l’ouverture, sans prévenir personne, pour aller s’asseoir au premier rang. Succès assuré !  Je glissais les feuillets manuscrits les uns après les autres sous la porte de la chambre ministérielle. Ce fut sportif mais nos chers syndiqués de la grande maison, qui adorent les gens de gauche, se laissèrent amadouer. Même Georges-Pierre, alors bras droit de Raymond Lacombe, en fut tout estomaqué.

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Alors, oui, je vais au gré de mes intuitions qui ne sont pas, loin s’en faut, exclusivement nourries par le vin. Mon parti c’est celui de la curiosité sans exclusive. Lorsque je pars à Venise ce n’est pas pour écumer les bars à vin, les cavistes pour dresser la cartographie de l’offre des vins italiens. Pour ne rien vous cacher dans la cité des Doges je me gave d’abord de peinture : du Tintoret à Marcel Broodthaers en passant par Jackson Pollock et Maurizio Cattelan. Dans les églises, les palazzo, les expos à chaque détour de calle, le Peggy Guggenheim et la Punta Della Dogana de François Pinault... c’est un régal. J’adore l’intimité de la Fondation Peggy Guggenheim, une poignée de visiteurs, m’asseoir dans la salle consacrée à Jackson Pollock dont son Alchemy peint en 1947 avec la technique révolutionnaire du dripping. J’entre en osmose. De lui, James Jonhson Sweeney du comité consulatatif du MOMA écrivait dans une brève introduction d’une de ses expositions, le 8 novembre 1943, « Comme George Sand l’écrivait de Flaubert : « Le talent, la volonté, le génie sont des phénomènes naturels, comme le lac, le volcan, la montagne, le vent, l’étoile. » Le talent de Pollock est volcanique. Il en a le feu. Il est imprévisible. Il est indiscipliné. Il se répand en une prodigalité minérale non encore cristallisée. Il est généreux explosif, brouillon. Mais les jeunes peintres, et notamment les Américains, tendent à être trop prudents dans leurs opinions. Trop souvent le plat a tout le temps de refroidir avant d’être servi. » Je m’en tiens là car je ne veux pas étaler mes émotions esthétiques qui n’intéressent personne. Pour clore cette petite escapade hors les murs du vin un coup de chapeau à François Pinault pour la splendide restauration de l’ancienne douane de Venise : la Punta Della Dogana et une exposition de haute tenue : l’éloge du Doute où j’ai découvert avec émotions les neuf gisants de marbre de Maurizzio Cattelan. Et dire que la friche Renault de l’île Seguin aurait pu être le réceptacle de cette Fondation : vive la bureaucratie française !

L1010926.JPGReste que dans ce périple, sans que je ne le cherche, le vin est venu à moi dès le premier jour. Au hasard de mes pas je suis tombé sur un jeune caviste sympathique Zeno Stringa de la vineria do Dai Cancari, dans le quartier San Marco. L’occasion d’une belle découverte d’un vin unique qui fera bien sûr l’objet d’une prochaine chronique. Telle est la vie d’un petit chroniqueur qui folâtre, s’amuse, creuse quand il faut creuser, joue quand il faut jouer, laisse la discussion ouverte, avec toujours une petite idée derrière la tête : faire en sorte que le petit monde du vin sorte de son nombrilisme, de son goût immodéré pour l’entre-soi. En effet, les gens du vin qui plaident face aux prohibitionnistes masqués, pour que soit reconnu au vin un statut de boisson sociable, ne sont guère crédibles face à une opinion publique qui n’y comprend goutte et qui se tamponne comme de sa première chemise des doctes conclusions de nos goutteurs professionnels. Dès que l’on aborde le sujet du vin la plupart de nos interlocuteurs s’excusent de ne rien y connaître. Bravo donc à nous tous pour notre savoir-faire ! Tous ensemble, tous ensemble, continuons sur cette voie... de garage (salut Jean-Luc!)    

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 00:09

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Dans sa préface, Roger Scruton, déclare que son livre « n’est pas un guide pour boire le vin, mais pour le penser. C’est un hommage au plaisir commis par un adepte du bonheur, et une défense de la vertu par un rescapé du vice. » Je l’atteste. Comme lui je défends l’opinion autrefois attribuée à Platon selon laquelle « le vin est la chose de plus grande valeur et la plus excellente que les dieux aient offerte à l’homme ». Attention chers lecteurs ce livre, même si la 1ière Partie : à Boire est jubilatoire, c’est de la prose de philosophe, un philosophe érudit, musicologue averti, et bien sûr anglais jusqu’au bout de sa plume acérée. Pour preuve ce cri de colère à propos d’un vin de table anglais proscrit par une directive européenne « Tout comme les Anglais n’ont pas droit à leur propre Parlement, à leur propre législation sur leur territoire historique, ils n’ont plus droit à leur propre vin. Bien entendu, le Royaume-Uni est encore reconnu : c’est un terme aseptique, bureaucratique, ce n’est pas un lieu, plutôt un concept qui contient dans son nom même le pouvoir dirigeant. Mais officiellement, il n’existe pas une région d’Angleterre, et celui qui essaye bravement de montrer que les Anglais peuvent maintenant produire du vin, comme ils l’ont fait à l’époque saxonne, et qui l’annonce sur une étiquette, commet un délit »

 

Donc le livre de Scruton est pour une grande partie dirigé « contre « la moralité et la prudence ingrates », non pour encourager le vice mais pour montrer que le vin est compatible avec la vertu. » Comment ne pas partager le projet de l’auteur lorsqu’il écrit dans sa préface « Selon moi, il faudrait rassembler les fanatiques de la santé qui ont empoisonné tous nos plaisirs naturels et les enfermer dans un lieu où ils pourraient se casser les pieds entre eux avec leurs remèdes de charlatans. » et adhérer à sa conviction « que le vin accompagne à merveille la nourriture, mais il accompagne encore mieux la pensée. En pensant avec le vin, on n’apprend pas seulement à boire en pensant, mais aussi à penser en buvant. » Je vous offre donc quelques extraits de la 1ière Partie, la plus accessible et la plus représentative de l’érudition vinique de l’auteur. La 2de Partie : Donc je suis est une réflexion philosophique, certes profonde, mais par moment quelque peu ennuyeuse et par trop érudite.

 

Son ami Desmond, un Irlandais plein d’esprit, réfugié près de Fontainebleau pour traiter par le vin sa consommation excessive d’alcool, avait adopté le château-trotanoy 1945, bu seul après le repas. Il le déconseillait à l’auteur « dont les papilles novices et le flux sanguin anémique réclamaient clairement du beaujolais. » Tentation !

« Un jour, j’ai trouvé Desmond endormi dans son fauteuil, je lui ai pris son trésor et, pour la première fois, j’ai accédé à l’expérience indescriptible de l’arôme d’un grand cru qui flotte au-dessus du verre, aux lèvres qui tremblent, comme dans l’attente d’un baiser fatal. J’étais sur le point de tomber amoureux non d’une saveur, d’une plante ou d’une drogue, mais d’une partie sanctifiée de la France. La bouteille que j’avais délivrée de ces mains aimantes contenait un liquide acajou brillant, un arôme enivrant, un goût aux strates subtiles, mais aussi quelque chose de plus précieux que tout cela, résumé dans les mots anciens et impénétrables : Trotanoy, château, Pomerol, le lieu. J’étais submergé par l’idée que cette boisson était le distillat d’une localité, d’une époque, d’une culture. »

 

« Mon nez frottait celui de Trotanoy, j’étais face à la vigne. Là, dans le verre, se trouvaient le sol du lieu et, dans ce sol, une âme. »

 

Le crachat à 100£ lors de dégustation organisée par Corney&Barrow le marchand londonien possédant les droits anglais exclusifs sur les vins du Domaine de la Romanée Conti.

« C’était la première fois que je prenais conscience de la véritable souffrance du critique de vin. Car comment peut-on faire tourner quelque chose dans sa bouche après une expression aussi béate tout en sachant que la bouteille vaut 1500£, et tout cela pour griffonner ensuite « sacrément bon » sur son carnet ? Je voyais leurs sourcils se froncer tandis qu’ils s’efforçaient de rallonger leur paragraphe, d’ajouter un peu d’encre par-ci, de raboter par-là et, d’une façon ou d’une autre, de se faire pardonner leur crime puisqu’ils jetaient dans l’évier l’équivalent d’une mensualité de leur emprunt immobilier. »

 

Dans son chapitre Tour de France

« Le Charlemagne (un vignoble donné à l’abbaye de Saulieu par Charlemagne en 775) se situe sur la pente favorable de la colline de Corton, non au-dessus d’Aloxe mais au-dessus de Pernand. L’Île de Vergelesses se trouve juste en-dessous, planté avec du pinot noir. Mais entre les deux, se trouve un minuscule vignoble appelé « Les Noirets » qui n’est ni un grand cru comme le Charlemagne ni un premier cru comme l’Île de Vergelesses, mais un simple vin de pays de Pernand. Il est planté avec du chardonnay et produit un vin aux arômes fins et nets, à la richesse profonde de noisette qui sont la marque d’un bourgogne blanc noble. Ceux qui dépensent une fortune pour une bouteille de corton-charlemagne n’ont pour la plupart jamais entendu parler du pernand-vergelesses, et aucun sans doute n’a entendu parler des noirets. Je suis profondément désolé de vous en parler. Mais à quoi servirait ce chapitre si je n’en parlais pas. »

 

« Le Languedoc est un lieu d’expérimentation, non pas simplement parce que les règles de l’appellation contrôlée ont rendu cela possible, amis aussi parce que c’est dans la nature des gens qui y vivent. Ils ont été hérétiques, templiers, albigeois, des gens qui, comme l’a découvert Thieri Loup, ne disent pas « oui » mais au mieux « oc » : assez pou envoyer l’admirateur le plus ardent en Terre Sainte. »

« Il existe des producteurs de vins de pays qui font concurrence à ces appellations d’origine apparues tout autour d’eux et pour qui le manque de reconnaissance officielle éperonne le zèle compétitif. C’est le cas, par exemple des vignerons des Côtes de Thongue autour de Pézenas qui font du vin rouge, blanc et rosé, et qui se sont mutuellement incités à adapter de nouvelles variétés sur leur ancien sol pour rivaliser avec les vins célèbres produits à l’est, à l’ouest et au nord de leurs domaines. »

 

Dans son chapitre : Nouvelles venues d’ailleurs

« Pourquoi l’appeler « shiraz » ? Ce raisin – le syrah – n’a rien à voir avec la ville de Shiraz, nonobstant la légende qui est mise ici et là sur les rives du Rhône, selon laquelle les Croisés auraient rapporté ce raisin de ces contrées et nonobstant la célébrité de Shiraz, lieu de naissance du grand buveur Hafiz. Le syrah est le raisin de l’hermitage, un vin qui vieillit durant des décennies pour donner le plus délicat et le plus parfumé de tous les produits du Rhône. Le nom de « shiraz » donne au vin un côté sauvage et velu qu’il faut descendre au goulot avec le stoïcisme d’un converti qui vient de renoncer à la bière. Forcer le syrah à atteindre les 14 degrés (ou plus en rusant) pour accélérer la maturation, afin de mettre le produit sur le marché avec toutes ses saveurs de réglisse indomptées – crachant son souffle de feu comme un vieux coureur de jupons qui se penche vers vous et met sa main poilue sur votre genou – c’est massacrer un raisin qui, correctement traité comme c’est la cas sur la colline de l’Hermitage ou sur la Côte Rôtie, est le plus lent et le plus civilisé des séducteurs. »

 

Et pour finir « Aussi, retournons vers la véritable justification du vin, c’est-à-dire la pratique vertueuse. Voici une manière de l’exercer. Tout d’abord, entourez-vous d’amis. Puis servez quelque chose d’intrinsèquement intéressant : un vin enraciné dans un terroir qui vient vers vous depuis un lieu privilégié, qui invite à la discussion et à l’exploration, qui éloigne l’attention de vos propres sensations et l’ouvre au monde. Dans l’arôme qui s’échappe du verre, faire apparaître du mieux que vous pouvez l’esprit des choses absentes. Partagez chaque souvenir, chaque image et chaque idée avec vos compagnons. Recherchez un état d’esprit détendu et sincère, et surtout pensez au sujet en vous oubliant. »

 

Je bois donc je suis de Roger Scruton est publié dans la collection l’autre pensée chez Stock 20€ traduit de l’anglais par Elsa Boyer

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 00:09

Dans la tiédeur du soir vénitien je suis un tantinet taquin mais, que voulez-vous, je ne me changerai pas car jamais je n’aurai l’aura de Michel Bettane ni la vista de Thierry Desseauve moi qui ne suis qu’un tâcheron de la plume, un qui n’a pas la chance de savoir tout sur tout, et surtout un pauvre chroniqueur qui ne bénéficie pas d’un passeur de plats appointé. Et pourtant, tel un mort de faim, je lis tout ce qui me tombe sous la main : pour preuve le Spécial Pinard de Fluide Glacial. Numéro à ne pas mettre entre toutes les mains d’ailleurs car nos gars font toujours dans le gore. Mais comme il nous faut respecter tous nos consommateurs et que, par exemple, un Lefred-Thouron en est un bon, je me dois de vous rendre compte de ce numéro spécial à la gloire de ce qui fut notre grande boisson nationale. On le trouve chez tous les marchands de journaux pour 3,90€. Bien évidemment j’en déconseille la lecture à celles et ceux qui font dans le raffinement, les dîners au château, le baisemain à la baronne, le Stéphane Bern non révisé, ici c’est gros, c’est gras, ça gerbe un peu, mais dans le tas il y a certaines vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire ou à écrire. Ici vous êtes sur un espace de liberté ouvert : alors bienvenu aux lichetronneurs de Fluide Glacial et à ceux qui ne portent pas forcément le vin dans leur cœur.

photoFG1.jpgLe numéro commence fort avec Jousselin  et son John Booster chevalier milliardaire qui vient proposer à deux frères vignerons bordelais, des gars du bas bien sûr, dont l’exploitation « ne pourra résister longtemps face à la concurrence et à la pression de la Grande Distribution » un nouveau marché car « a new marché, it’s new consommateurs and new consommateurs, it’s new bénéfices ! It’s simple ! »  photoFG2.jpg

Ensuite page 4 je trouve le concept de VIN D’OCCASION absolument génial. Pas sûr que je sois très suivi par les longs nez et les becs fins.

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Viennent ensuite Nuc et Bibendum de Lindingre sur « qu’est-ce qu’il y a ce soir à la téloche ?

- Des encravatés qui causent pinard avec des grands mots. Ça donne pas très soif.

Tiens ça me fait penser... On l’a pas fini le cubi de champagne ?

Ils me plaisent les deux gars dans cette histoire qui fleure la télé bidouillée et les remarques du buveur de base « C’est vraiment intéressant, pour une fois ! Et lui, il fait pas semblant de licher »

 

Dans IN VINASSE VERITO j’adore la phrase « Aussi, lors de la dernière réunion de la Gazette, on a fait un effort et on a ouvert quelques briques de vin UHT « la vielle treille » vendanges trainardes, conseillé par un copain œnologue de chez Ed. »  photoFG4.jpg

La vie sentimentale de Laurence P par ISA réjouira les fans du CAC 40 car on y voit le baron Ernest-Antoine Seillière emmener en virée ses potes et Laurence P à Mouton-Margaux. Elle ravira les tenants du dialogue social : pour une histoire de bottes et fera se gondoler notre Léon avec le fond de l’histoire : le « Tricofiton Rubrhum ».

photoFG5.jpgMon père ce héros aviné de Bouzard fera verser quelques larmes au dernier carré des communistes qui savaient ce qu’était le gros rouge en cubitainers de caves coopératives. Pour sûr que nos amis les prohibitionnistes vont voir rouge mais je ne pense pas qu’un seul d’entre eux soit en capacité d’accéder aux douceurs de Fluide Glacial.

 

J’aime assez dans la galerie de portraits de Fabcaro et Patcab : le frimeur.

- Mmh... Belle robe, un poil tannique, des saveurs de fruits rouges, on sent le fût de chêne... »

- le garçon : euh non Monsieur ça c’est le rince-doigts...

photoFG6.jpgEt puis un Lefred-Thouron : Ich Bin Gland

- le garçon : Comment ça, le vin est bouchonné ?

Vous voulez rire ? Il vient d’un cubi !

- le client : alors il est capsulé...

 

Pour ceux qui n’apprécient guère le peu de goût pour notre belle et vivifiante boisson nationale de notre premier magistrat : la fig.4 : Argument politique des Vertus du Vin  par le Docteur Tobia leur fera chaud au cœur.        

 

Mondo Vinasse présente quelles seront les grandes tendances des cuvées 2015-2020 du wine marketing avec :

- Marjolain&Tofunette Futon-viticulteurs biodynamiques

- Bob Winemarker œnologue américain influent

- Kang Liang Xiong –Pdt du groupe « Sintemilliong&Cpy »

- Virginie Labory-ingénieure vinicologue à l’INRA

- Gontran Seypat-de-Lamayrde- Président du GIE de la Guilde des premiers grands crus classés et leurs amis politiques.

 

Pour clore cet aperçu non exhaustif sous la rubrique Vin de Messe la célèbre chanson « Dominique... Nique, Nique, de Washington à la Martinique... » et bien sûr la dernière tournée de Lefred-Thouron :

- Hé Man !

T’as essayé les glaçons dans le vin chaud ?

- Arrête... c’est des coups à crever ! »

 

Pour en terminer avec les suppléments vin j’estime qu’il y a un manque étonnant parmi nos hebdomadaires : celui de la presse catholique qui se devrait tout de même de célébrer le substrat du sang du Christ et celui de la presse communiste qui a sans doute oubliée jusqu’à la couleur de son drapeau depuis qu’elle a fait le lit d’un ancien rose qu’a viré au vinaigre. Allez Michel et Thierry encore un petit effort du côté du goupillon et de la faucille, offrez-nous un spécial vin de messe et un spécial vin en cubi pour la Fête de l’Humanité. Promis je pondrai une chronique pour me faire pardonner mon ironie facile.  

 

PS. Tient pourquoi notre écumeur de dîner au château n’était pas du côté de Monaco pour nous dresser l’état de la table et le listing des convives couronnés ? Tout se perd ma chère...

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 02:09

Juillet : les hordes nordistes déferlaient sur notre île crachées comme du vomi sur tous les quais des ports par les ferries de la SNCM et ceux de sa rivale honnie Corsica Ferries. Le marché d’Ajaccio allait se transformer en un vaste bordel pour couples bedonnants en short, huilés comme des phoques, blondasses peroxydées demi-nues flanquées de beaufs en marcel, pouffiasses et traine-lattes, l’horreur absolue. Moi je n’en n’avais rien à péter vu que je me contentais de vivre ma vie de coq en pâte loin des tâches ménagères. En dehors de mes travaux d’écriture matinaux ma seule activité consistait dans le gardiennage et l’élevage de Matthias mon fils unique. Jasmine, sa mère, ma seule épouse légitime, elle, vaquait, débordait d’une énergie de fourmi qui ne cessait de ma ravir. De temps j’allais à la pêche avec deux vieux, Toussaint et Ange, plus exactement je les accompagnais. Partir au petit matin après avoir avalé un bol de café bouillant m’avivait la tête. Avec eux à l’ordre du jour : silence ! Pendant qu’ils pêchaient moi je bouquinais en fumant des biddies. L’odeur de l’eucalyptus plaisait à mes compères. Quand le soleil commençait à monter derrière les crêtes, avant qu’il ne se mette à nous rôtir, nous déjeunions. Au menu, charcuterie et fromage maison arrosés d’un rosé du Clos d’Alzeto. Nous sortions nos couteaux, mon Laguiole leur plaisait et je dois dire que, le premier matin où je les avais accompagnés en mer, lorsque j’avais sorti ce couteau de ma poche, ils m’avaient de suite adopté. Nous mastiquions toujours en silence puis, après le premier gorgeon, Toussaint me soumettait à la question. Mon « travail » d’écrivain les intriguait. « Tu parles de quoi dans ton bouquin dit ? » Il faut dire que je les avais appâtés en répondant la première fois « d’espionnage ! » Je leur livrais des petits bouts de mon histoire et ils se sentaient dépositaires de mes secrets : nous étions frères.

 

En rentrant d’une pêche où nous avions relevé des casiers emplis de forts belles langoustes Jasmine m’accueillait avec son petit air que je ne lui connaissais que lorsqu’elle voulait arriver à ses fins : en clair me sortir de mon petit rythme pépère. Elle s’esbaudissait devant mes bêtes. Je lui déclarais, rien que pour la voir se récrier, que nous allions les faire griller après les avoir fendues vives en deux. Mes lazzis habituels sur la souffrance de ces pauvres crustacés lui tiraient une réelle affliction. Pourtant, ce matin-là, elle fit celle qui n’avait pas entendu se contentant de m’indiquer que nous mangerions ce soir. Cette indifférence conjuguée à sa hâte de procéder au sacrifice de mes langoustes confirmait mes soupçons : il y avait anguille sous roche. Matthias babillait. Je le pris à témoin « Ta maman nous fait des cachotteries mon garçon. Regarde, elle a son joli bout de nez qui bouge. » Ça lui plaisait car le petit adorait lorsque je taquinais sa chère maman. Il en profitait pour tambouriner avec sa cuillère sur la tablette de sa magnifique chaise suédoise acheté chez Bébé Confort. Jasmine me demandait sans rire d’aller à la douche car j’empestais la poiscaille. J’obtempérais en déclarant à Matthias « Ouille, ouille, la maman doit avoir un gros poisson à me faire avaler. T’as vu mon garçon, elle est sérieuse comme un Pape et pourtant comme tu le sais elle ne porte pas de culotte... » Jasmine soupirait mais ne relevait pas le gant. J’en déduisais que j’allais devoir affronter un projet qu’elle pressentait difficile à me vendre. Bon garçon je décidais de lui dire oui à tout. La douche bouillante me fouettait.

 

La Jasmine démarra comme un diesel. J’eus même droit à un couplet sur le besoin pour un couple de se retrouver. Loin d’ironiser, j’approuvais. Surprise par cet accord inattendu elle embrayait sur l’envie qu’elle éprouvait de rompre avec le train-train quotidien. De nouveau j’approuvais en ajoutant, avec une sincérité qu’elle perçut, « qu’elle devait en effet se préoccuper bien plus d’elle. » Là Jasmine se précipita dans mes bras « Alors tu veux bien ? »

- Bien sûr que je veux bien tout ce tu veux !

- Comme m’emmener à Venise !

- Venise...

- Oui mon amour Venise, j’ai commandé les billets ce matin.

- Ça va être plein de touristes ma belle...

- Pas avec toi mon amour nous serons seuls au monde...

- D’accord, mais pas de gondole !

- Je ne fous des gondoles et des gondoliers mon amour. C’est toi que je veux.

- Et le garçon ?

- J’ai tout prévu.

- Si tu as tout prévu je te fais confiance.

- On part demain !

- Si tu dis qu’on part demain, on part demain et bien sûr nous mangeons les langoustes ce soir...

 

Note en bas de page : pour ceux qui n’ont pas eu la chance de suivre cette grande fresque historique depuis son origine je rappelle que le narrateur prend de temps en temps la parole pour narrer sa vie d’écrivain : lire par exemple  http://www.berthomeau.com/article-chap-8-de-la-fraction-armee-rouge-a-l-union-populaire-en-passant-par-les-brigades-rouges-ce-fut-un-garcon-et-nous-l-appelames-matthias-en-souvenir-de-matthias-sandorf--42209756.html

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