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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 00:09

bacalao_pilpil.jpg

« Piscis captivus vinum vult, flumina vivus : poisson pêché réclame le vin, poisson en liberté recherche l’eau. Et la morue ? Elle veut des vins rouges, et je le proclame (…) Je fais ici référence à la morue ressuscitée, non à la fraîche, qui peut se manger avec tout ce que l’on veut, bien que le vin blanc, si possible fruité lui convienne mieux. Mais la morue ressuscitée appelle des rouges légers, jeunes, à ceci près que certaines recettes portugaises tolère un vin du Duero un peu plus mûr, et les plats basques un bordeaux ou un rioja ayant déjà du corps. Enfin, post vinum verba, post imbrem nascitur herba, l’herbe naît après la pluie, les paroles après le vin, et moi je parle de vins et je fais comme si j’en avais bu en réalité, alors qu’il s’agit seulement pour moi d’enivrer mon imagination. »

 

C’est Manuel Vázquez Montalbán qui est l’auteur de ce texte, romancier, essayiste, poète et journaliste ce catalan prolifique* était un spécialiste de la morue puisqu’il a écrit Discours de Robinson sur la morue (roman inédit). Pour le vin c’est une autre paire de manche : à vous de nous dire ce qu’il faut boire avec du bacalao pil pil !

 

Notre spécialiste nous rejoue, à la manière basque en se jouant des lois de la substantation  des corps, la préparation dite al pil pil telle qu’il l’avait dégusté au restaurant Akelarre de San Sebastian.

 

« Je revois l’image de ce triangle momifié par l’air ou le sel pour le retrouver émergeant de la glorieuse émulsion obtenue par sa propre gélatine, l’ail, l’huile d’olive, les rondelles de piments séchés, ainsi que par le va-et-vient rythmé que le cuisinier imposait à la casserole au-dessus du feu, suffisamment haut pour que la chaleur encourage le processus mais ne le contrarie pas. Jamais personne n’est parvenu à un tel prodige, ni l’inventeur de la roue, ni celui du préservatif. Il a fallu des millénaires pour que le primate descendu de son arbre et se risquant dans la savane pour y découvrir le feu, l’agriculture et le droit à l’accumulation primitive parvienne à mettre au point la formule du bacalao pil pil dans le laboratoire de son cerveau, où chaque seconde se retrouvent la mémoire, la réalité et le désir d’ordonner la dialectique qui met en relation hasard et nécessité. 

Alors, si un jour tu t’assois devant un tel plat, ô toi qui lis ce message de naufragé, commence par déguster les fragments de chair ambrée du poisson, n’oublie pas ensuite la sauce, dont seule une cuillère d’argent sera digne, et, enfin, ne daigne pas la peau de la bête ressuscitée, qui n’a pas cette mollesse fade des autres épidermes de poisson car l’émulsion, en lui faisant perdre sa gélatine, lui a donné une saveur et une texture aussi inoubliables que celle de la peau du canard laqué façon mandarin chinois. Et une fois ce prodige dans tes entrailles, ferme les yeux, ne pense plus que tu partages la condition d’humain avec tous les assassins les plus sadiques de l’Histoire, revendique au contraire, haut et fort, le miracle de la transsubstantiation des momies de poisson en délectable subtilité, grâce à laquelle le palais est définitivement convaincu  de son existence… » 

 

C’est beau, vous ne trouvez pas ?

 

Reste à l’auteur à nous livrer sa propre recette de bacalao pil pil à la courgette et à la menthe aquatique.

 

« Après avoir fait dessaler la morue dans un bain d’eau froide renouvelée quatre fois en trente-six heures, il faut  enlever les arêtes et les écailles en prenant soin de ne pas abîmer la peau, génératrice de l’irremplaçable gélatine. Ensuite, peler une courgette, la couper en dés d’un centimètre que l’on fera frire dans une huile d’olive vierge. A mi-cuisson, on ajoutera la menthe aquatique hachée en julienne et l’on gardera le tout au feu encore cinq minutes en salant légèrement. Dans une autre pêle où l’on aura versé trois décilitres d’huile, on fera revenir trois gousses d’ail coupées en lamelles qui, une fois dorées, seront retirées pour laisser la place aux  tranches de morues disposées avec la peau en haut, pratiquement immergées dans l’huile, et cuites à feu lent plutôt que frites, afin de laisser la gélatine sortir  de sa cachette. On placera ensuite la morue dans une casserole en terre cuite, on versera dessus l’huile et l’ail en imprimant à la casserole un mouvement giratoire pour faciliter l’émulsion de l’huile et de la gélatine, un peu comme une mayonnaise. Puis, lorsque le mélange est sur le point de se figer, on ajoutera la courgette et la menthe en évitant toujours l’ébullition, qui risquerait de rompre la liaison de la sauce. J’ai vu la morue ambrée servie sur un lit de courgette et de menthe, nappée de la glorieuse émulsion. J’ai vu, et j’ai eu la grâce. »

 

  •  né le 14 juin 1939 à Barcelone, décédé le 17 octobre 2003 à Bangkok en Thaïlande. Il est surtout connu pour les romans policiers de Pepe Carvalho. Personne inclassable, il se définissait lui-même comme un « journaliste, romancier, poète, essayiste, anthologiste, préfacier, humoriste, critique et gastronome » ou plus simplement comme « un communiste hédoniste et sentimental ».

L'onomatopée "pil-pil" viendrait du mouvement rotatif nécessaire à son élaboration.

 

Il existe une controverse entre les cuisiniers sur la façon de cuire la morue.

Pour les uns, la morue doit être disposée la peau vers le haut pendant 5 minutes puis retournée pour faire le mouvement de rotation du "pil pil".

Pour les autres, au contraire, la morue doit être disposée la peau en bas lors de la première phase et le "pil pil" se fait ensuite avec la peau vers le haut.

Cette controverse porte en fait sur la meilleure façon d’extraire la gélatine du poisson afin de réaliser l'émulsion caractéristique du plat.

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 00:06

Parce que je pestais contre les faux-vendangeurs en voyage de presse, mon cher taulier, qui  a de la suite dans les idées, m’avait mis sous le nez une vieille chronique de derrière les tonneaux d’octobre 2009 sur les oubliés de la vigne :

 

« Dans les gazettes spécialisées, les commentaires, les livres, le vin est magnifié et ceux qui le font encensés mais rares sont les journalistes, les experts, les écrivains qui trempent leur plume dans la sueur pour écrire sur le labeur des hommes et des femmes dans la vigne. Avec le retour en force des méthodes ancestrales certains s’intéressent plus aux chevaux qu’à ceux qui les mènent.

  

Bien sûr, certains me feront remarquer que chez beaucoup de vignerons ou de vigneronnes, leurs mains vont du cep au vin, ils font tout ou presque par eux-mêmes mais, là encore, les mots du travail de la vigne, qui sont bien plus précis que ceux dont on emberlificote le vin, sont rarement exprimés. Sans vouloir en revenir à René Bazin ou à Joseph de Pesquidoux pourquoi diable ce non-dit, cette absence d’empathie pour ces gestes du soin de la vigne ?

 

Je ne sais, sauf à croire que les urbains n’ont de la campagne qu’une vision bucolique qui leur fait protester contre le chant du coq ou certaines odeurs – celle du fumier épandu par exemple – lorsqu’ils se retrouvent dans leur costume de résident secondaire. Sans vouloir jouer à celui qui sait, puisque j’ai les mains blanches, mes origines et mes 3 heures de travaux pratiques par jour à l’école d’agriculture, m’ont toujours rendu sensible à la pénibilité de certains travaux.

 

Paradoxalement, c’est un écrivain, qui vit actuellement dans le Médoc, Éric Holder, qui dans un roman bref – c’est sa spécialité me dit-on – Bella Ciao, m’a inspiré cette chronique. Son histoire est celle d’un mec qui picole et qui se fait jeter par sa femme. Il veut en finir mais l’océan le dessoûle et le voilà qui se retrouve, passé le rideau de pins devant des vignes. Pour vivre, il trouve un contrat de 100 jours chez Franck Pottier qui « fournit depuis 1968 le prestigieux domaine de M, en carassons, des piquets de vigne. » Les Pottier sont aussi propriétaires du château Cantara un « cru artisan » qui ambitionne à la qualification de « cru bourgeois ». Thérapie par le travail dans les vignes, c’est autre chose que celle de notre « ami » Chabalier. L’homme ne s’attendrit pas sur son sort. Le roman est assez inégal mais le narrateur a manifestement mis les pieds et les mains dans les vignes. (la suite link )

phototracteur.jpg

À peine remise de mes émotions j’ai reçu cette lettre d’une apprentie tractoriste en Gironde :

 

Mademoiselle Marie,

 

« Dans la viticulture, les femmes, qui représentent pourtant la moitié  des salariées sont cantonnées aux petits boulots et aux petites façons, qui n’ont de « petites » que le nom, car ce sont généralement les travaux les plus dur.

 

Les discriminations qui frappent les femmes semblent d’un autre âge et se déclinent jusqu’aux avantages en nature : des indemnités de logement de moitié pour les femmes ou  des « primes de vin » moindres… Il subsiste encore dans le monde du vin de Gironde un parfum de féodalité teinté d’une bonne dose de machisme. J’entends souvent dire « Atteler et conduire un tracteur, c’est un métier d’homme… vous allez vous casser un ongle… vous n’avez pas assez de muscle…

 

Croyez-vous que bosser dans les vignes soit un métier qui vous permette de vous faire les ongles ou de faire les chochottes comme les parisiennes qui font trois petits tours dans les vignes et puis s’en vont ? Non, notre dos est mis à rude épreuve pendant les longues heures courbés au-dessus des ceps ou lors des travaux éprouvants comme l’épamprage : nettoyer la vigne des rameaux encombrants), ou celui de « tirer les bois » (arracher les sarments après la taille, ce qui nécessite de forcer quand les sarments sont coincés dans les armatures en fer).

 

Je ne vous écris pas pour qu’on nous plaigne mais pour que notre travail soit reconnu à sa juste valeur et que nous puissions continuer à évoluer professionnellement. Si je l’ai fait c’est que je vous sais attentive à ceux qui participent à leur modeste niveau à la naissance des grands vins. Beaucoup de nous sont dans des statuts précaires : sur les 60 000 salariés de la production agricole de Gironde, seuls 14 250 sont permanents, 95 00 sont à temps partiel et 42650 sont saisonniers.

 

Je suis bien consciente qu’une partie de la viticulture girondine souffre et qu’il ne faut pas se laisser aller à la mettre dans le même sac que celle des GCC mais nous ne demandons rien de plus qu’un peu de considération… »

 

La suite de la lettre est plus personnelle…

 

Ça donne à réfléchir et c’est pour cela que j’ai décidé d’informer ceux qui jouent aux grands reporters dans nos vignes. Pourquoi ne prennent-ils jamais le temps d’écrire que les gens du vin sont aussi celles et ceux qui travaillent au jour le jour dans nos vignes. Qu’on ne vienne pas me dire que je suis démagogue et que je joue la compassion à bon compte. Non je dis sans pour autant partager le monde entre les bons et les méchants. La réalité dérange mais l’affronter ne peut que faire du bien à ceux qui refont  le monde en chambre. Ces gens de peu existent et leur travail, qui vaut autant que le nôtre, mérite autre chose que de l’indifférence. Bien sûr je sais que de mettre en lumière l’apprentissage de tractoristes de 5 vigneronnes  de 28 à 41 ans ça fait pas beaucoup de buzz sur Facebook ou sur blog le M…

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 00:09

photo Eva

Octobre, les premiers jours de l’automne, il fait beau même très beau, les soirées sont longues et belles et, comme un bonheur n'arrive jamais seul, Eva revient sur mes lignes pour la seconde fois et les mots qui viennent sous sa plume virtuelle nous prennent par la main et nous mènent avec elle en des territoires où l’on a envie de se poser, de prendre le temps, d’écouter, de l’écouter.

Imaginez, tard dans la soirée, alors que la fraîcheur de la nuit fait contraste avec la touffeur de la journée, une belle flambée qui crépite dans une de ces grandes et hautes cheminées où l’on pouvait faire tourner la broche, lentement le cercle se forme verre à la main, on s’assemble et on s’assied, la conversation s’épuise et petit à petit le silence se fait troublé que par le seul petit ploc du bouchon qu’Eva retire du goulot de la bouteille qu’elle est allée quérir au cellier, le rituel peut commencer, les verres scintillent sous l’impact du rougeoiement des flammes et je crois que c’est moi qui lance mezzo vocce : « nous sommes tout ouïe Eva… »

 

                         ***************************************************************

 

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai choisi aujourd'hui ce vin. Ce Verre des Poètes d'Emile Heredia. Peut-être que noyé sous un flot continu d'informations démoralisantes et de discours détestablement creux, on finit par avoir besoin de se poser. Et de voir les mots se poser aussi. De prendre le temps de les lire et de les écouter. De ceux qu'on ne présente plus à ceux qui laissent leur plume fiévreuse déverser des torrents de mots sur des lignes virtuelles, il est bon de laisser les poètes nous bercer ou éveiller nos consciences. 

 

Le Verre des poètes est un vin de table. Je trouve que l'expression « vin de table » prend ici un sens très noble. N'est-on pas tous un peu poète, surtout lorsque l'on se retrouve autour d'une table, entre amis, à refaire le monde autour d'un beau verre de vin? Cette table, qui rassemble, est aussi le théâtre de discussions animées pour refaire le monde, comprendre le passé, imaginer le futur. S'enflammer, se disputer, s'émouvoir, se contredire, s'énerver pour enfin se réconcilier autour d'un bon verre.

 

Ce bon verre en l'occurrence, c'est un Verre des Poètes, 100 % Pineau d'Aunis, un beau et élégant vin de table. Le côté poivré et épicé  de ce cépage ligérien encore trop méconnu y est affirmé mais fin. Il y aurait même quelques notes florales au nez. En bouche, il est léger tout en ayant un caractère affirmé. Et puis un beau fruit, presque cassis mais plutôt groseille. Un vin fin, qu'on prend grand plaisir à boire. A carafer, il se goûte tout aussi bien 2 voire 3 jours après l'ouverture. La poésie continue...

 

Il ne faut pas boire pour être poète. Mais un beau vin peut nous inspirer. Je me demande bien si tous les poètes aiment ou ont aimé le bon vin. Si tous étaient amoureux de cette boisson si particulière, qui déclenche parfois chez nous des émotions telles que même sans plume, on s'enflamme, on s'exclame, on s'emporte, on exulte ! La fièvre des mots nous gagne à tel point qu'on se prendrait presque pour le plus grand des poètes du siècle. Au moins. Finalement, c'est peut-être tout simplement le vin lui-même qui est poète. Qu'on ne peut rien faire d'autre, face à l'émotion qu'il suscite en nous, que de se passionner. Et de laisser venir les mots.

Je vous laisse sur ces bonnes paroles de Beaumarchais qui ornent la bouteille d'Emile Heredia. A méditer, ce serait dommage de mourir sot. “Bannissons le chagrin, il nous consume. Sans le feu du bon vin qui nous rallume, réduit à languir. L'homme sans plaisir vivrait comme un sot et mourrait bientôt. ”  Beaumarchais

photo-44-.jpgLe Verre des Poètes Domaine le Montrieux

Emile Heredia

43 rue de Montrieux

41110 NAVEIL

www.domainemontrieux.fr

Description du Verre des Poètes : link

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 02:00

Carte blanche, avec un aplomb et une décontraction qui les fit ciller, je leur demandais, sans même leur donner d’explications sur ma façon cavalière dont je les avais laissé tomber au Chili, de me laisser à nouveau en Italie avoir un pied dans le camp des comploteurs d’extrême-droite et l’autre la mouvance de l’extrême-gauche. Pour enfoncer le clou j’ajoutais « c’est  de votre intérêt bien compris, car moi je collecterai des infos en temps réel, alors que vous vous devez vous contenter de tuyaux de deuxième ou de troisième main… » Booz-Allen, sportivement, en convint mais il me demanda, en dehors d’avoir un don d’ubiquité, comment pourrais-je tenir  ce grand écart en temps réel. Mon large sourire déplut à Mac Cracken qui réprima un geste d’impatience. En m’adressant à lui, avec ce qu’il faut d’ironie pour le pousser à bout, je rétorquai « moi je suis le roi, et j’ai deux dames qui seront mes chevaux de Troie… » Booz-Allen, en bon connaisseur de mon dossier concéda « madame ici présente, et votre ancienne compagne Chloé seront donc de la partie… » J’acquiescé en attendant son objection « pour la seconde je comprends parfaitement puisqu’elle est déjà dans la mouvance mais, pour madame, pourquoi irait-elle se fourrer dans ce panier de vieux crabes ? » Francesca, avec son élégance habituelle, tout en resservant le thé, lui répondait « parce que vous m’y contraignez messieurs… » De concert, face à une réponse aussi surprenante, ils froncèrent les sourcils. Francesca poursuivait en se rasseyant « si j’ai dû quitter mon pays c’est de vôtre faute. J’étais menacée, empêchée de faire ce que je souhaitais faire, alors j’estime avoir une dette à l’égard de celui qui m’a tiré d’affaire…. » Mac Cracken, en bon militaire, peinait à suivre la logique spécieuse de Francesca et le lui avouait. Booz-Allen, plus politique, abandonnait le terrain de Francesca et contre-attaquait sur le mien.

 

« Vous êtes en compte avec nous, j’ai besoin  de sérieuses garanties avant de vous accorder un nouveau crédit…

-         Je vous l’accorde mon cher Terry, si vous me permettez cette familiarité…

-         Je vous l’accorde mais j’ai besoin de bien plus que des paroles…

-         Vous êtes protestant Terry ?

-         Oui…

-         Moi je suis catholique et, contrairement à vous j’ai la chance de bénéficier de la confession. Vous pouvez estimer que j’ai commis des fautes à votre égard, même si j’ai plutôt péché par omission, mais faute avouée est pardonnée si j’exprime l’intention de ne plus recommencer. Si vous êtes aujourd’hui en face à moi c’est que bien plus qu’une intention c’est une volonté que j’exprime…

-         Quelle volonté ?

-         Celle de traiter d’égal à égal avec vous et non, comme par le passé que vous me manipuliez à votre gré…

-         Vous ne manquez pas d’aplomb mais dites-moi d’où vous vient  cette belle assurance ?

-         De ce que je joue à nouveau sur mon terrain et que c’est dans le merdier actuel un avantage décisif…

-         Insinueriez-vous que nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux européens ?

-         Oui, vous jouez à nous faire peur en surévaluant la dangerosité de l’Ours soviétique et en agitant à tout propos la menace communiste. Le virage est pris et vous ne l’avez pas compris…

-         Arrogance bien française…

-         Qui n’arrive pas à la cheville de la vôtre Terry !

 

Francesca face à ce combat de coqs intervint avec une douce fermeté « Monsieur Booz-Allen je vous invite à prendre en compte ce que nous sommes aujourd’hui, à analyser sereinement notre stratégie, à nous répondre sur ce que vous souhaitez conclure avec nous : soit un pacte de non-agression, soit une alliance sans arrière-pensées. Bien sûr vous avez les moyens de torpiller nos projets mais quel bénéfice en tireriez-vous ? Aucun, si ce n’est un apurement de comptes anciens qui n’ont en rien desservis vos intérêts. Vous avez pris le risque de jouer au plus fin avec nous. Vous avez fait fausse route. Restons-en à ce constat et discutons des termes de notre contrat. Sachez tout d’abord que nous n’avons nul besoin de votre argent ni de vos moyens logistiques mais seulement de votre confiance…

-         Excellent plaidoyer chère madame mais où sont les garanties que je suis en droit d’exiger ?

-         Dans notre silence…

-         Soyez plus explicite !

-         Nous sommes déjà en possession d’une somme de renseignements qui pourrait écorner votre belle réputation de défenseur du monde libre…

-         Du chantage !

C’était Mac Cracken qui explosait.

-         Pas de gros mots colonel. Vouloir à tout prix faire capoter le compromis historique voulut par Aldo Mauro et Enrico Berlinguer n’est pas à proprement parler un acte qu’il faut passer sous silence.

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 00:09

democratie_amerique_t1_L20.jpg

Je consomme beaucoup italien, y compris des nourritures de l’esprit. En effet, comme l’écrit Corrado Augias dans son petit opus « L’Italie expliquée aux français » café Voltaire chez Flammarion j’aime « ce pays d’excellence pour la mode, le design, l’architecture, la musique, certains sports, la cuisine, le vin, et une qualité de vie qui reste bonne, malgré tout. » Bien sûr reste le pourquoi de la longévité de Berlusconi mais ça c’est le sujet du livre d’Augias.

Dans son dernier chapitre, Corrado Augias évoque la transformation de la façon de faire de la politique qui se fait maintenant à l’échelle planétaire. « les formes typiques de la démocratie de masse du XXe siècle sont révolues et il existe aujourd’hui un despotisme plus insidieux que celui des grandes idéologies totalitaires du siècle dernier. Il s’agit de formes nouvelles, qu’Alexis de Tocqueville avait déjà repérées, dans De la démocratie en Amérique, les qualifiant de « despotisme doux »  9782081264359_cm.jpg

Ne fuyez pas jeunes pousses de la blogosphère, lire Tocqueville ne relève pas de la ringardise mais de la calcification de votre colonne vertébrale. L’actualité de son propos est proprement stupéfiante et même si vous n’en tirez pas la substantifique moelle pour être des citoyens plus conscients j’espère qu’il vous fera un peu prendre conscience que le fun ne peut pas tenir lieu de seul principe de vie.

 

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrables d’hommes semblables et égaux qui tourner et sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant se ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche mais ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. »

 

Tocqueville, de la Démocratie en Amérique (vol. II, 4e partie, ch.VI), Folio, 1993, p.434.

 

« Pour s’imposer, ce despotisme n’a besoin ni d’un coup d’État ni d’une police secrète qui frappe à la porte à 4 heures du matin. Le despotisme doux est composé à la fois de bienveillance, de  complaisance, de séduction, de la diffusion d’informations fausses ou tronquées, de charisme de la part de celui qui veut l’imposer et d’une « passivité » substantielle des citoyens. Dans la société contemporaine fondée sur la force des médias et des images, ce despotisme se présente comme une mixture meurtrière où tout se mélange : « Publicité, produit, marketing, crédit facilité à la petite consommation, désir de fun et d’évasion, espoir de rester jeunes longtemps et de profiter longtemps de la vie sexuelle, une vague aspiration à une vie abondante et désinvolte, un voile de spiritualité religieuse et de pathos… »

 

Ces lignes sont tirées du livre Il Mostro mite (Le Monstre doux), de Raffaele Simone, un vaillant linguiste qui s’est également occupé de problèmes sociaux. »

 

Oui comme Corrado Augias je pense que la nouvelle élite mondialisée « est dominée par ce modèle » qui cache sa violence sous une fausse légèreté, une cosmétique chatoyante, une décontraction hautaine avec pour solde de tout compte des engagements soft dans le biseness de la charité ou les leurres des ONG. Même le mouvement des « indignés » participent à ce recul de la citoyenneté. Tout ça nous amène loin du vin m’objecteront certains ? Moi je n’en suis pas si sûr car sur l’espace où je chronique j’ai très souvent le sentiment de côtoyer parfois des gentils petits avides courtisés par des hommes-liges qui, comme l’écrivait Tocqueville, tournent sans repos sur eux-mêmes, étrangers à la destinée de tous les autres.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 17:00

SENAT.jpgVotre taulier a le sens de l’à-propos : jeudi soir à la nuit tombée juché sur son fier destrier noir il a pédalé au train d’un sénateur jusqu’au 68 du boulevard Saint Michel où est sis la questure du Sénat de la République. Les vignerons de la Côte Chalonnaise y organisaient une dégustation dans les appartements du questeur Beaumont, sénateur de Saône-et-Loire. Pour ne rien vous cacher j’étais rentré dare-dare des vertes prairies du Puy-de-Dôme pour aller admirer les Mercurey du château de Chamirey que présentait la souriante et accueillante Aurore Devillard.

 

Du balcon du premier étage il me fut possible de contempler dans un jardin du Luxembourg plongé dans la pénombre le lourd bâtiment du Sénat piqueté de lumières qui prenait des allures de Grand Hôtel du bord de mer dans un film de Visconti. J’imaginais sous les ors, les conciliabules entre les puissants d’hier et quelques seconds couteaux prêts à vendre leur voix pour un plat de lentilles. J’ai fréquenté le Sénat pour y défendre au banc du gouvernement des lois, je connais les usages et je sais que les coups tordus se font avec la componction qui sied à cette assemblée qui se dit composée de Sages.

 

Il y eut deux petits discours : le premier de Bertrand Devillard en remerciement de l’hospitalité offerte par le questeur et la réponse du dit questeur René Beaumont. Celui-ci, en ce moment historique d’alternance, avec une élégance un peu désabusée mais souriante, fit part à l’assistance : vignerons et goûteurs qu’elle était ici chez elle puisque le Sénat était le représentant des terroirs de France. Belle définition qui comme tout ce qui est destiné à plaire à une assistance recèle à la fois une part de vérité et une part d’enluminures.

 

Comme nos sénateurs sont élus par de grands électeurs pour la plupart élus locaux et que par ce mode de scrutin, pas toujours bien connu des Français, ils se retrouvent redevables de bien représenter leurs préoccupations et celles de leurs administrés. Partageant mon bureau avec un maire rural du fin fond du Cantal je sais d’expérience que ce n’est pas une sinécure et que notre France devenue si urbaine a besoin de se soucier de ceux qui ont encore les pieds sur des terres cultivées. Cependant, ce qui m’importe dans cette histoire de représentation des terroirs ce n’est pas la représentativité de ceux qui s’en disent les hérauts mais les résultats de leur labeur pour que les Français reconnaissent à leur juste valeur tout ce que nous apportent ces fameux terroirs et plus particulièrement les femmes et les hommes qui y travaillent.

 

C’est là où le bât blesse. En effet, plus que des défenseurs des terroirs de France nos braves sénateurs apparaissent aux yeux de leurs compatriotes avant tout préoccupé du terroir de leurs électeurs. Position logique mais qui donne le sentiment d’un féodalisme bien compris. Emiettement, baronnies, village gaulois, chauvinisme local, message inaudible au-delà du cercle des convaincus, discours de comice, bonnes paroles ne dépassant pas les limites de la circonscription, image d’un lobby du vin accroché à des vieilles lunes… tout ça confine le monde du vin dans une position étrange où se mêle la sympathie et une indifférence à son importance dans la richesse de notre vieux pays.

 

Le monde du vin agit en petit chose de rien qui se réfugie dans les bras protecteurs de nos sénateurs chenus pour se plaindre, geindre, tempêter contre tous ceux qui lui veulent du mal. Je peux comprendre cette réaction face à l’arrogance et la suffisance de certains mais ce n’est pas à moi que l’on va faire accroire que c’est sous les voutes du Sénat de la République que le combat se gagne. Le monde du vin dispose de gros moyens ponctionnés dans la  poche de chaque vigneron. Combien en distrait-il pour convaincre l’opinion publique de la justesse de sa démarche. Si peu, hormis ceux de Vin&Société.

 

Alors nous n’avons que ce que nous méritons ! Nous jouons dans le bac à sable du beau jardin du Luxembourg, c’est très sympa mais les vrais enjeux sont ailleurs et nous ne sommes pas au rendez-vous...

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 00:09

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Eugen Weber (1925-2007) est étasunien, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, spécialiste de l’histoire politique et sociale de la France. Mona Ozouf dan sa préface écrit « On entre dans le livre d’Eugen Weber comme dans un conte, sous la douce injonction d’un « il était une fois » : dans le pays où il nous entraîne, les nuits sont très noires, les forêts très profondes, et les chemins, des fondrières. Chaque village vit remparé, replié sur lui-même et ses proches entours, et rien ne semble y bouger : ce que les hommes font, ils l’ont toujours fait, l’origine des usages se perd dans la brume des temps. »

 

La peur « tous ceux qui passent sur les routes (...) sont des figures inquiétantes »

« La ville est loin, très loin, on n’y pense que lorsqu’elle dépêche au village ses émissaires, « chapeaux à cornes » ou « manteaux bleus » (...) qui parlent de conscription ou d’impôt, s’opposent à ce qu’on ramasse le bois mort en forêt, les épis dans les champs (...) empêcheurs de danser et de boire, qui troublent et menacent l’ordre éternel des travaux et des jours. »

« C’est un monde de la violence, où la jeunesse s’affronte en batailles rangées à coup de pierres ou de méchants gourdins, pour un mauvais propos, pour un morceau de lard dérobé : les fusils partent très vite, les blessures graves, voire les meurtres, ne sont pas rares. »

« Un monde de la misère, ou au moins de l’extrême pauvreté : tout ce qu’on peut vendre, œufs, beurre, volaille, on le garde pour le marché (...)

« On mange mal, bouillies et panades, on se lave peu, on s’éclaire et se chauffe chichement (...). »

 

Mais Eugen Weber ne sombre pas dans le misérabilisme ni le folklore « il restitue un monde que nous avons perdu et le saisit au moment où il va disparaître. » Le titre français passe comme souvent à côté de l’essentiel que « disait fortement le titre anglais : Peasants into Frenchmen. » Ce livre est bien l’histoire de la mue des paysans en citoyens français que d’attachement à leur terroir. « Français ils l’étaient de fait. Mais ils n’en avaient qu’une conscience confuse. Interrogés sur leur origine, ils répondaient qu’ils étaient de Castelnau ou de Locquirec, et ne savaient en dire davantage. Le pays, pour eux, ne coïncidait nullement avec la patrie, et pouvait même si opposer » (la guerre de Vendée).

 

Ceux qui me lisent depuis l’origine sentent la proximité que j’éprouve vis-à-vis d’Eugen Weber. Proximité renforcé par son souci « d’habiller de chair le squelette des idées. » En effet, en abordant un sujet qui n’était pas auparavant dans son champ d’étude (c’était plutôt la ville, les idées politiques professées par les esprits éclairés), « Weber découvre l’étroitesse du point de vue des citadins, ceux qui possèdent le pouvoir et la parole, et veux désormais faire toute leur place aux individus obscurs, humiliés et opprimés, qui n’ont pas de mots pour dire leurs besoins, leurs intérêts et leurs souffrances, et ne disposent que d’une seule arme, la force d’inertie. »

 

Oui Eugen Weber jubile – moi aussi d’ailleurs – lorsqu’il pourfend « l’abstraction, ce péché français » et donne « libre cours à la passion anglo-saxonne du petit fait vrai et du détail significatif, ce qu’Henry James nomme la propension à « longer sans trop de risques la rive commode des anecdotes et des petits faits biographiques » Lorsque je raillais le « reporter » de Télérama avec son Languedoc-Roussillon san chair, sans hommes, sans ce qui fait la vie j’exprimais ce même besoin de saisir l’infiniment petit qui comme le note Mona Ozouf est « meilleur antidote à l’uniformité galopante de la modernité » link) Ce qui m’étonne c’est que certains, pourtant contempteur de la pensée dites unique, ne se salissent jamais les pieds dans la poussière des terroirs qu’ils disent aimer. Ce livre d’un « amoureux du multiple » est pour moi un livre de référence car il remet en place toutes les inepties brassées sur notre fameuse identité nationale.

 

C’est gros livre de 713 pages notes comprises, au prix léger par rapport au contenu : 16 €, avec une remarquable préface inédite de Mona Ozouf dont je me suis servi pour vous donner envie d’acquérir cet ouvrage remarquable. Dans les jours jqui viennent je publierai un extrait qui a trait à notre boisson chérie : le vin. 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 00:09

Puisque l’improbable président que je suis de cette 39ième  session des Vendredis du Vin dont j'ai choisi le thème, c'est mon seul privilège, le vin qui aimait les femmes, a connu le temps béni des télégrammes plutôt que de tapoter sur mon clavier digital un fugace sms « je t’m label » je vais tenter de dicter mes mots à une demoiselle des Postes aussi avenante que Simone Signoret en tentant de me glisser dans la peau du grand Yves Montand. (Voir vidéo ci-dessous) ( à lire absolument pour comprendre ce qui suit : link  et link)

 

Mes chéries,

 

Je suis un bel enfant du terroir de Champagne –stop – j’ai les pieds posés entre deux terroirs celui de Mareuil s/Aÿ et d’Écueil – stop – sans me vanter on dit de moi que je suis un Champagne d’exception – stop – avant d’être le raisin qui me fera être mes pieds sont dans l’herbe et mon sol labouré – stop – issu de raisins exceptionnellement très mûrs je n’utilise que le sucre naturel de mes raisins – stop – du glucose et du fructose qui sont de la famille des hexoses contrairement au saccharose – stop - je tire de cette naturalité mon nom qui est très Guerre des étoiles : 2Xozstop -  pour ce millésime 2004 je suis le fils du Terroir d’Ecueil « les glaises » - stop - mais je pourrais être aussi le fils du terroir de Mareuil s/Aÿ « le chemin des bois » comme le futur millésime 2006* - stop – je suis un premier Cru toujours issu de petites parcelles de vieilles vignes  plantées exclusivement en cépage Pinot Noir - stop – rien qu’un hectare en tout en 5 parcelles je suis donc rare : 2547 bouteilles pour la cuvée 2007 – stop – mes géniteurs sont deux jeunes vignerons : Elodie&Fabrice Pouillon www.2xoz.fr qui ont uni leurs cœurs et leurs vignes depuis 2004 – stop – je suis issu d’une élaboration artisanale : fûts de chêne, levures indigènes, ni filtration, ni collage – stop – comme je suis un petit être fragile je suis mis dans ma bouteille par gravité – stop – voyez-vous je suis fait pour vous aimer – stop – mais j’ai trop parlé de moi mes belles qui m’ensorcellent – stop – je vous aime – stop – je vous aime – stop.

 

Signé : 2Xoz

 

Mot du Président Provisoire des Vendredis du Vin pour clore cette 39ième consistoire :

 

Je puis vous assurer très chères lectrices et ausi chers lecteurs que ce Champagne 2Xoz qui doit beaucoup à la main a rempli plaisamment  le contrat assigné à ce thème un peu berthomesque  du vin qui aimait les femmes. Surprends-les avais-je écrit ! Dans toutes ces déclinaisons : j’ai dégusté les millésimes 2006, 2007, 2008, de 2Xoz  qui ne sont pas encore sur le marché et qui ne seront pas forcément millésimé et j’ai craqué pour le Terroir de Mareuil s/Aÿ « le chemin des bois » (2008 et 2006). Des grands séducteurs, élégants, plein d’une belle vitalité toute en souplesse, finesse et complexité. Vous tomberez sous leur charmes mesdames, faites confiance à ma part de féminité qui se traduit par mon goût immodéré des beaux tissus. Le visuel Champagne 2XozTerroir d’Ecueil, « les Gyllis » 2007 et « les Glaises » 2004 plus droit, se livre moins facilement, est moins chatoyant, mais possède la séduction des beaux ténébreux. Enfin pour ne rien vous cacher comme la masculinité du vin n’est que grammaticale l’inversion de ma proposition va de soi : la séduction joue en miroir. Pour vous tous grands amoureux je lève ma flute de 2Xoz millésime 2004 : que du bonheur !

 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 00:09

photoDoisneau4.jpg« Giraud vous raconte des histoires sur le ton d’une simple conversation, exactement comme si vous étiez avec lui au comptoir devant un bon beaujolais chez Fraysse ou bien chez Paulo qui verse l’Algérie dans des demis.

 

Écoutez-le et voici la jolie farandole à la manière de Chéret avec l’Arbi-n’a-qu’un-œil, Bébé, le Mort, le pensif patron de la « maison », Coco le légionnaire, l’Archiduc et toute la troupe. C’est fascinant à cause de ce langage direct qui vous fait complice et qui n’a rien à voir avec l’argot des romans policiers. Les dialogues sont peut-être un peu verts ; que voulez-vous, la nuit les enfants de chœur sont couchés. Le ton devient franchement crapuleux quand Giraud raconte ce que les journaux appellent un fait divers, mais certains passages, comme entrée du « mort » dans le bistrot des halles, tiendraient gentiment leur place dans les morceaux choisis pour les élèves de sixième.

 

En traînant la savate sur les quais, en reniflant l’odeur du céleri des Halles, en perdant ses nuits dans les bistrots de Maubert, Giraud peut vous raconter Paris que vous ne pouvez pas connaître. Mais ne vous y trompez pas, Giraud n’est pas un montreur de monstres. L’essentiel, le merveilleux de ce livre, c’est que les acteurs écorchés par la nuit jouent sur des motifs vieux comme le beau monde : l’amour, l’argent, l’honneur. Il y a là-dedans un monde fou qui rêve tout haut ; et savez-vous que tout cela est vrai, Un personnage principal : le vin qui coule dans tous les figurants et surtout, sérum de vérité, qui délie les langues.

 

Extrait de l’Avant-Propos de Robert Doisneau « Le Vin des rues » de Robert Giraud  publié par Denoël en 1955 dont il signe les superbes photos dans la nouvelle édition de 1983. Cet ouvrage est toujours disponible à la librairie le flâneur des Deux rives tenue par Philippe Ouvrard, un libraire où le vin est toujours à l’honneur lors des rencontres avec des écrivains qu’il organise régulièrement au 60 rue Monsieur le Prince dans le VIe. www.leflaneurdes2rives.com

 

Giraud le petit gars de Limoges où il fait son droit pour devenir huissier, notaire ou avocat va plonger dans l’aventure pendant l’occupation. C’est là comme l’écrit joliment Doisneau « qu’il devient copain avec la nuit » En effet, « il joue cent fois sa belle jeunesse à pile ou face » jusqu’au jour où c’est pile « Giraud et ses vingt ans se retrouvent aplatis dans une cellule comme méduse à marée basse. » L’indiscipliné va y apprendre des choses qui ne s’oublient pas, « rencontrer des gars solides » et en sortir « pas à prendre avec des pincettes ».

Alors il monte à Paris pour y faire tous les métiers, même celui de voleurs de chat, mais surtout « il cherche ce maquis parisien où la vie s’improvise chaque soir. » Là il va devenir « un complice de ceux qui ne dorment pas dans les rues où coulent le vin. » Et la conclusion de Doisneau me va bien « Monsieur Giraud, vous ne serez jamais un garçon sérieux. »

 

Pour finir un extrait des écrits de Giraud et quelques photos de Doisneau.

« L’ âme du vin » au fond n’est pas tellement une rigolade, c’est mieux que ça, comme un trait d’union entre deux hommes, une sorte de rite secret, de prière à sens unique. »

 

Bien sûr Giraud et Doisneau nous projettent dans un Paris englouti, gluant, vivant, dur mais digne, populaire, gouailleur et travailleur, que les nouvelles générations de buveurs chics auraient grand tort de mépriser : le vin des rues de Giraud vaut largement celui des bars à vins d'aujourd'hui du type O ’Château…Autre temps bien sûr mais la pâte humaine me semble bien plus mince... Sans doute suis-je un VC...

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 17:00

Philosophes 022Depuis des années j’entre chez vous à l’heure du laitier avec mon petit billet matinal qui, je le concède, au fil du temps s’est étoffé et il se révèle parfois difficile à digérer. Soucieux de votre ligne, de votre confort intellectuel mais aussi de l’entretien de vos précieux neurones je vous propose, en fin de journée, des chroniques plus légères en poids mais plus variées en fonction de l’actualité, de mes humeurs ou de mes envies de dialoguer avec vous avant le dîner.

 

Chroniques au fil de l’eau donc, sans aucune périodicité, où je l’espère les plus timides se risqueront à commenter ou à me suggérer des thèmes qu’ils souhaiteraient voir aborder. Le taulier aime tisser des liens, ce n’est pas pour rien qu’il s’est autoproclamé secrétaire perpétuel d’une improbable Association du Bien Vivre, qu’il s’inscrit dans la dynamique de l’extension du domaine du vin et qu’il a lancé la charte du cochon libre. Autant d’initiatives plus ou moins couronnée de succès mais qui, comme des petites graines jetées sur l’immense terreau de la Toile, germeront et donneront avec le temps j'en suis persuadé de belles pousses chargées de fruits.

 

L’expérience de cet Espace de Liberté nourrit mon relatif optimisme. Face à la dictature de l’instantanéité, du flux continu sans contenu, je persiste à croire qu’il faut, avec ténacité, reprendre son temps, prendre le temps de lire, de se parler, d’échanger, de s’écouter et que les blogs par leur interactivité  le permettent. Profitons-en ! Les sujets ne manquent pas. Ouvrir des fenêtres de dialogue c’est nous donner un peu d’air dans des temps anxiogènes où les faillites de tous ordres, celle des soi-disant élites tout particulièrement, obscurcissent nos horizons.

 

Rassurez-vous, je ne vais pas vous prendre la tête et vous asséner mes « brillantes et pertinentes » analyses. Bien au contraire, mes complices Marie de Saint-Drézéry marquise de Bombon, le maire de Losse-en-Gelaisse et sans doute quelques nouvelles têtes viendront se joindre à moi en ces fins de journée : en terrasse où, comme je le pense vraiment, les propos de café du commerce doivent être écoutés  même si il faut y faire du tri, chez vous entre amis, dans votre chambre d’hôtel pour les grands voyageurs (éviter les suites des Sofitel), nous taillerons des bavettes autour d’un verre, nous referons le monde, nous ne nous prendrons pas trop au sérieux, nous nous prendrons parfois le bec sans que pour autant ça tourne au pugilat.

 

Le taulier, en vieux caïman, a le cuir tout aussi dur qu’il peut avoir la dent dure. Sa seule exigence c’est qu’avant de lui taper sur le râble à bras raccourcis chacun prenne le temps de lire sa prose pleine de digressions, de circonvolutions, non pas en travers ou de travers. En effet, je suis en fasciné par la capacité qu’ont certains à survoler, à réagir sans réfléchir, à dégainer et à tirer à vue sur tout ce qui bouge. Commentez n’est pas forcément flinguer le taulier ou le précédent commentateur mais s’exprimer certes avec vivacité, passion mais toujours avec civilité.

 

Pour finir et vous faire sourire je vous propose une saillie du très conservateur et gros buveur de whisky et de champagne, du Pol Roger, Winston Churchill.

 

Pour lui Christophe Colomb fut « le premier socialiste » de l’Histoire de l’Humanité.

 

La preuve ?

« Il ne savait pas où il allait, il ignorait où il se trouvait et il faisait tout ça aux frais du contribuable. »

 

Comme le souligne Alberto Toscano dans son dernier livre « Ces gaffeurs qui nous gouvernent » chez Fayard

« Il croyait arriver à l’Est et a finalement trouvé l’Ouest. Il voulait les Indes et à découvert les Caraïbes. »

 

Bonne soirée à tous et à demain matin sur mes lignes…

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