Cette idée sotte et grenue m’est venue alors que je faisais le pied de grue au restaurant AURI jouxtant la cantine de la rue Barbet de Jouy qui accueille les hordes de fonctionnaires des Ministères et de Matignon qui peuplent cette part du VIIe arrondissement. J’eus pu, en sirotant mon verre de Côtes-du-rhône fine fleur Domaine des Lauribes 2010, me remémorer le temps de mes premiers pas au Ministère de l’Agriculture où, à midi, nous faisions la queue pour aller à la cantine. Lieu stratégique pour lier connaissance avec quelques belles souvent flanquées de vieilles duègnes veillant sur leur fidélité. J’aurais pu aussi me souvenir de Ségolène Royal enserrée dans son petit imper qui avait des airs d’une moniale venant de prononcer ses vœux perpétuels.
Non, dans cette petite enceinte délicieusement vieillotte je pensais qu’à cette époque une feuille passait dans le service pour savoir qui voulait acheter des poulets venant de la ferme de Grignon (camp de base de l’Institut National Agronomique de Paris). Les hygiénistes d’aujourd’hui en seraient tout bouleversifiés mais, qu’ils se rassurent, maintenant tous les produits des lycées agricoles sont accessibles, en des conditions d’hygiène absolues, au personnel du Ministère de l’Agriculture. Je ne vais pas vous en dresser la liste ce serait fastidieux mais me contenter de traiter le sujet par le versant vins.
Chaque année, en novembre, pour 2011 ce sera les 19 et 20 novembre, le lycée E. Pisani de Montreuil-Bellay organise sa traditionnelle foire aux vins des lycées viticoles producteurs de France et d'Europe. J’y suis allé une année pour un débat organisé autour de mon rapport par le bien nommé C. Pinard. Pierre Aguilas, l’homme fort de la Loire, signataire de la note stratégique Cap 2010 était de la partie. Pour la petite histoire il faut savoir qu’Edgard Pisani, Ministre de l’Agriculture du Général de Gaulle, fut le maire de Montreuil-Bellay et que le lycée agricole était son bébé. La manifestation est baptisée : « VINIFLORE » et elle est organisée chaque année depuis 1994 le troisième week-end du mois de Novembre
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Je cite Marc Massot auteur du blog link
« Les vins des différents lycées agricoles de France y sont proposés à la dégustation (gratuite) et à la vente, par les élèves des formations viti-vinicoles du Lycée de Montreuil-Bellay. « En même temps, les élèves des autres secteurs d’activités de l’établissement (travaux paysagers, services aux personnes) sont présents et participent à des démonstrations, par exemple de création de jardins. Divers produits non viticoles et provenant de lycées agricoles de toute la France sont également présentés et commercialisés : huîtres du Lycée de Bourcefranc-17, charcuteries du lycée de Vire-14, foie gras du Lycée de Fontenay-le-Comte-85…
Les vins présentés proviennent de tous les lycées viticoles de France, issus de toutes régions (selon le concept « inventé » au lycée de Fondettes, en 1991, puis généralisé à tous les membres du GIE Club des écoles, chaque année, depuis 1994) : vins de Bordeaux (lycées de Libourne et de Blanquefort), de Bourgogne (lycées de Beaune et de Macon), d’Alsace (lycée de Rouffach), de Champagne (lycée de Crézancy), de la Vallée du Rhône (lycées d’Orange et de Carpentras), du Languedoc (lycées de Montpellier, Nîmes, Carcassonne),…
Montreuil-Bellay a innové à partir de 2008, en présentant aussi quelques vins de lycées viticoles européens : lycée d’Oppenheim (vallée du Rhin), de Fermil (vallée du douro), de Sant-Sadurni d’Anoia (Sp, Catalogne), d’Alba (It, Toscane), de Reze (Au),… Chaque année, de nouveaux partenaires étrangers sont présentés, entre autres pour favoriser l’éducation à la citoyenneté européenne. Ces partenariats commerciaux sont souvent associés à des partenariats pédagogiques : montage de projets européens (ex : Comenius, déposé par le Lycée E.Pisani en Février 2011 avec des partenaires portugais et bulgares), voyages de classes, accueils de stagiaires et / ou de classes étrangères, envoi de stagiaires… »
Vous comprenez donc mieux maintenant ma prétention, et d’être Ministre de l’Agriculture, et de vivre à l’Hôtel de Villeroy 78 rue de Varenne en autarcie. Deux objectifs tout à fait à ma portée mais tel n’est pas le sujet. Alors j’imaginais le tableau des livraisons à l’heure du laitier des gigots d’agneau de la Bergerie de Rambouillet, des poissons et coquillages amenés par les « chasse-marées » magnifiques boulonnais des Haras Nationaux, veaux, vaches, cochons, couvée portés par de belles Perrette au pot au lait, pendant que monterait des entrailles de l’hôtel l’odeur chaude du pain frais. Comme au plus beau temps du ventre de Paris le Ministère des agriculteurs et des pêcheurs déborderait de victuailles et justifierait vraiment son nom de Ministère de l’Alimentation.
Même qu’Alain Passard à quelques pas plus haut dans la rue de Varenne, à l'angle de celle de Bourgogne, viendrait porter quelques topinambours bio de ses jardins lointains. Bref, ainsi la vieille maison retrouverait des couleurs et des odeurs à faire baver d’envie le Ministère de l’Ecologie. Même que de temps à autre le Ministre pourrait tenir table d’hôte avec les enfants des écoles qui pourraient ainsi faire le lien entre le beefsteak de leur assiette et la vache qui broute dans le pré. Rappelons qu’à deux pas de chez moi, jusqu'en 1940, les Parisiens venaient acheter leur lait à la ferme Montsouris, ancienne vacherie datant du XIXème siècle, située au 26-30, rue de la Tombe Issoire (Paris XIVe) mais c’est une autre histoire, qu’un jour, je prendrai le temps de vous conter.
Mes deux hôtes étant arrivés, une fois le choix des mets fait, nous nous sommes mis en quête de la bouteille qui irait avec. Face à un Bordelais et à un Toulousain la balance pencha bien sûr vers un vin de la région-phare né au Domaine du Lycée Viticole de Libourne-Montagne : Château Grand Baril Montagne Saint Emilion 2006 à 16€ la bouteille
(en carton de 6 bouteilles 56,70 € livré chez vous soit 9.45 € la bouteille
Lycée viticole de Libourne-Montagne Goujon 33570 Montagne Tél : 05 57 55 21 22 expl.legta.libourne@educagri.fr
Le Château Grand Baril 2006 c’est un assemblage de :
Merlot noir : 60 %
Cabernet Sauvignon : 15 %
Cabernet franc : 25 %
Commentaire de dégustation du site du lycée « Il a une robe pourpre aux reflets profonds. Le nez est subtil, avec des arômes de fruits rouges (cerise, mûre, musc et de truffe). La bouche est charnue et s'ouvre sur une attaque soyeuse, ronde et généreuse. »
Remarques du taulier :
1- Pourquoi le Dupont Merveilleux du Vignoble ignore-t-il les vins des lycées girondins (hormis la Tour Blanche page 1109 qui est un Premier cru classé de Sauternes) alors qu’il tartine sur château Couhins cru classé des Graves en blanc géré par l’INRA. Sentirions-nous la bouse de vache ?
2- Je sais que le château Grand Baril 2006 a obtenu une note de 87/100 au Guide Gilbert et Gaillard et ce n’est pas un cadeau (lire Comme Parker ils notent sur 100 : mais qui sont donc Gilbert&Gaillard ? link)
3- En revanche il a aussi obtenu une médaille d'argent au concours des vignerons indépendants. Bravo Michel Issaly, bonne pioche et rendez-vous au restaurant du Ministère en attendant mieux.
4- Le coefficient du restaurant AURI est imbattable sur Paris !
Commentaire du taulier : Belle couleur pourpre avec des reflets tuilés, nez chaleureux et complexe, très cerise à l’eau-de-vie de ma mémé Marie. Souple en attaque, tanins soyeux et fondus. Bonne longueur en bouche et une finale très agréable.
Comme j’ai mangé un Tartare d’avocat&crevettes en entrée puis un Sauté de bœuf mariné nouilles chinoises sauce aigre-douce, la fin de mon verre de Côtes-du-Rhône blanc et ce beau Montagne Saint-Emilion 2006 château Grand Baril furent de bons compagnons de ce repas studieux où nous parlâmes plus de vaches que de vins.
Si vous passez par Paris, et si le cœur vous en dit, nous pourrons aller déjeuner au restaurant club AURI 3-5 rue Barbet de Jouy http://aurirestaurant.fr/le-restaurant-club/

« Révolution dans le secteur, oui. Détonations, chant de refus, les vieux airs de carmagnoles paysannes. Pas compliqué à comprendre : le vigneron crevait de faim. La fin du siècle avait été atroce. La maladie gagnait, une lèpre. Le phylloxéra qui prenait la vigne à la racine, jusqu'à la mort du cep. Il avait fallu arracher les souches, défoncer à la pioche les terrains sinistrés, replanter. Travail de fossoyeur, de forçat, non rémunéré. Les vignes restaient sans rapport. Et pour finir, pendant quatre ans, pas une seule récolte pour se mettre le moral d'aplomb.
Chères vous toutes et chers vous tous,








Dans le marigot des parigots aimant la nature c’est le sans soufre qui tient le haut du pavé. La mention contient des sulfites est passée dans les usages (Etiquetage des vins tranquilles (Allergènes:/Mention obligatoire/Directive 2003/89/CE du Parlement européen et du Conseil du 10 novembre ; Règlement (CE) n° 1991/2004 de la Commission ; Directive 2007/68/CE de la Commission du 27 novembre 2007 ; Article R. 112-16-1 du code de la consommation). En revanche, le sucre ajouté, la chaptalisation n’est pas vraiment un sujet qui passionne les cercles éclairés ou dit tels. Ceux-ci me rétorqueront que la chaptalisation étant pour eux une pratique contre-nature ceux qui font des vins au plus près de la nature n’y ont pas recours. Don’t act mais sans vouloir mettre en doute leur parole je note que, là où elle est autorisée, la chaptalisation peut être pratiquée sans que cela soit mentionné sur l’étiquette.



Chez les maîtres de la haute cuisine française je n’y vais pas souvent vu le niveau des additions que je paie. Cependant quand je m’y risque je suis estomaqué par le prix de la bouchée et je dois avouer que lorsque je sors de ces temples chichiteux le plus souvent : j’ai faim ! Alors, pourquoi y vais-je ? Pour confronter les écrits des critiques patentés à la réalité de l’assiette. Le comble c’est que certains princes de la haute cuisine ne vous laissent même pas le choix des mets : tout est à prendre ou à laisser. Certains plumitifs au tour taille digne de Bibendum se pâment et s’épandent en des chroniques sur leurs blogs jusqu’à nous en donner une indigestion. Plus les portions sont congrues plus leur plume fait des pâtés. Il est vrai qu’ils ne sont pas là pour manger et que le poids de l’addition leur importe peu.
L’ami Olivier Borneuf m’interrogeait à propos de mes craintes sur le devenir de la blogosphère que j’exprimais dans ma chronique « Ne pas confondre un passe-plat avec un maître-queue… » dixit François Morel à propos de Claire Chazal : qu’en est-il en notre petit monde du vin ?.