Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:00
« S’ennuyer, c’est chiquer du temps pur », disait Emil Cioran je préfère chroniquer chaque jour pour avoir l’occasion de faire usage de ma liberté.

Trop !

 

Dépasserais-je la mesure ?

 

Avoir une idée par jour que Dieu fait puis, la pétrir, la faire se lever, avant de l’accoucher pour la coucher sur une page blanche n'est-ce pas le lot du chroniqueur du quotidien.

 

Écrire c’est son pain quotidien tel celui de Louis Remaud le boulanger de mon enfance qui, pendant que tout le village dormait, dans son fournil, reproduisait chaque jour les mêmes gestes : de la farine, du sel, de l’eau et du levain.

 

Pourquoi s’en étonner ?

 

Je m’étonne que certains puissent s’en étonner.

 

Je ne sème, ni ne moissonne, je me contente de glaner autour de moi des idées, je suis curieux de tout, de la vie que l’on vit, des autres, de leurs amours, de leurs joies, de leurs peines…

 

Écrire une page par jour, au petit matin, avant d’aller dormir, à toute heure, en tout lieu, en toute circonstance, sur tout et rien, tout et le contraire de tout, pour le plaisir, l’envie de faire plaisir, de dire, de conter, de raconter, même de se raconter, quoi de plus naturel ?

 

Le temps on le prend, je le prends, je l’ai toujours pris, « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps » paroles du sage Alexandre Vialatte grand chroniqueur devant l’éternel.

 

Etienne Klein, philosophe et physicien, un physicien qui fait aimer la science, expert français de la question du temps le 20 mai 2009 avait eu la gentillesse de répondre à mes 3 Questions.

 

La 1ière Question concernait le temps dit perdu à écrire des chroniques :

 

- Un de mes lecteurs, dans bref un commentaire sur l’une de mes récentes chroniques Vins d’Hippopotame : us et coutumes des carnivores buveurs de vin, écrivait : « c’est passionnant, vous on peut dire que vous avez du temps à perdre ! » L’ironie sous-jacente de ce commentaire, vous vous en doutez Etienne Klein, me pique au vif, pourriez-vous m’aidez à panser cette blessure d’amour-propre en livrant à mes lecteurs vos réflexions sur le temps que je perds ?

EK : Je comprends votre trouble. Cette phrase a dû vous vexer : vous avez pensé qu’on vous accusait de vaquer inutilement, de vous occuper de choses vaines et sans importance qui, au bout du compte, vous font stagner dans un retard ontologiquement irrattrapable alors que l’impératif contemporain est de saturer son calepin, de se donner corps et âme à l’imminence du futur. Et vous en avez du coup éprouvé un sentiment de honte. Mais cette expression, «avoir du temps à perdre», que signifie-t-elle vraiment ? Si je me pose cette question, c’est parce que j’ai constaté que la polysémie du mot temps est devenue si fulgurante qu’il est désormais capable de (presque) tout désigner : la succession et la simultanéité, la durée et le changement, l’époque et le devenir, l’attente et l’usure, le vieillissement et la vitesse, et même l’argent ou la mort… Cette largesse sémantique est le plus souvent gênante, notamment parce qu’elle rend ipso facto nos réflexions sur le temps imprécises ou confuses, mais elle a aussi la vertu d’autoriser une certaine marge d’interprétation. À mes oreilles, « avoir du temps à perdre » signifie «avoir l’occasion de faire usage de sa liberté». Or, par les temps qui courent, c’est sans doute la meilleure chose qui puisse être accordée à un être humain. J’en tire la conclusion suivante : soit votre lecteur est un homme qui aime lui-même la liberté et il était simplement jaloux de vous ; soit, angoissé par elle, il venait vous féliciter d’avoir le courage de jouir de la vôtre.

 

Etienne Klein toujours : « Notre façon de confondre temps et vitesse en dit long sur notre rapport à la modernité »

 

« Le temps n’accélère pas. Il est indifférent à nos agitations : une heure dure une heure, que nous la passions à jouer aux boules ou à souffrir mille morts. Le cours du temps ne dépend en rien de notre emploi du temps, ni même de notre perception du temps : ce qui s’écoule dans le temps n’est pas la même chose que le temps même. Mais, par un effet de contagion entre contenant et contenu, nous sommes portés à attribuer aux temps les caractéristiques des processus qui s’y déroulent. C’est ainsi que la vitesse est une sorte de doublure métaphysique du temps : lorsque nous disons que le temps passe plus vite, nous imaginons un quelque chose qui coule à vitesse croissante. Mais ce quelque chose n’est pas le temps : c’est la réalité tout entière qui « passe » et le temps qui la fait passer ne cesse jamais d’être là pour la faire passer. Il existe donc bien, à l’intérieur de l’écoulement temporel lui-même, un principe actif qui demeure et ne change pas, par lequel le présent ne cesse de se succéder à lui-même. Pareille immobilité agissant au creux même du temps nous étonne, car elle vient contredire l’idée commune selon laquelle le temps serait toujours associé à la fuite. »

 

« Qui prend son temps n’en manque jamais. » est ma devise empruntée à Mikhaïl Boulgakov.

 

Enfin, puisqu’il se dit, dans les milieux autorisés - en langage non diplomatique ceux que j’insupporte, ce qui n’est pas pour me déplaire - que mon ego est surdimensionné, ce que j’ai toujours assumé, la fausse modestie n’est pas ma tasse de thé, oui je l’avoue je suis trop, too much quoi…

 

Partager cet article
Repost0
15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 06:00
 Monsieur René le dernier maraîcher du Neuf 3 aborde sa dernière saison de maraîchage, c’est Marie, sa grand-mère qui a fondé l’exploitation en 1920 fuyant la Bretagne et la misère

« Son tracteur file entre les hauts immeubles gris. Au pied de la cité du clos Saint-Lazare, à Stains, en Seine-Saint-Denis, l’engin serpente entre les voitures, sans être perturbé par l’intense circulation. Dans la petite cabine, on ne distingue d’abord qu’un large chapeau de paille enfoncé jusqu’aux sourcils du conducteur. René Kersanté, 75 ans, descend d’un saut habile. Il a pourtant le corps tassé et le ventre arrondi. Un cou puissant ajusté a de larges épaules. Il tâte de ses bottes la terre humide puis salue les silhouettes ployées dans ses champs. »

 

Des champs dans le neuf 3 ça ne semble pas raccord avec l’image de ce département qui colle mieux à celle décrit par Olivier Norek dans son polar Code93 :

 

« … les rues vides lui offrirent une allée de feux rouges qu’il grilla doucement jusqu’à s’insérer sur la route nationale 3.

 

Quatre voies grises et sans fin s’enfonçant comme une lance dans le cœur de la banlieue. Au fur et à mesure, voir les maisons devenir immeubles et les immeubles devenir des tours. Détourner les yeux devant les camps de Roms. Caravanes à perte de vue, collées les unes aux autres à proximité des lignes du RER. Linge mis à sécher sur les grillages qui contiennent cette partie de la population qu’on ne sait aimer ni détester. Fermer sa vitre en passant devant la déchetterie intermunicipale et ses effluves, à seulement quelques encablures des premières habitations. C’est de cette manière que l’on respecte le 93 et ses citoyens : au point de leur foutre sous le nez des montagnes de poubelles. Une idée que l’on ne devrait proposer à la capitale, en intramuros. Juste pour voir la réaction des Parisiens. À moins que les pauvres et les immigrés n’aient un sens de l’odorat moins développé… Passer les parkings sans fin des entreprises de BTP et saluer les toujours mêmes travailleurs au black qui attendent, en groupe, la camionnette de ramassage. Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. »

 

 

La plaine des Vertus, qui a constitué jusqu’à la fin du XIXe siècle le plus vaste espace légumier d’Europe et qui a longtemps nourri la population parisienne, s’est rétrécie pour se réduire au 9 ha répartis entre Stains et Saint-Denis, de la Courneuve à Aubervilliers, à l’exploitation de « Monsieur René » comme ses saisonniers ont l’habitude de l’appeler.

 

« Il est rond, gros, sa pelure a une belle couleur mordorée dès qu'il atteint la pleine maturité. Il se conserve tout l'hiver, pour peu qu'on le suspende dans un endroit sec et bien aéré. C'est l'oignon «jaune paille des Vertus», bien connu des jardiniers amateurs et des professionnels. Ses vertus? Nombreuses, sans doute. Mais en l'occurrence, les Vertus de l'oignon jaune paille, comme celles du «navet marteau des Vertus» ou du «chou Milan des Vertus» ont une majuscule. Car les Vertus dont il s'agit n'ont rien à voir avec leurs qualités, gastronomiques ou horticoles. C'est le nom d'un lieu-dit aujourd'hui oublié: la «plaine des Vertus», drainée par le «ru de Montfort». Elle s'étendait sur Aubervilliers et La Courneuve, jusqu'aux limites de Bobigny et de Drancy (Seine-Saint-Denis). L'église d'Aubervilliers, Notre-Dame-des-Vertus, lui doit son nom. L'actuel parc départemental de la Courneuve a été aménagé sur sa partie nord, tandis qu'au sud la plaine des Vertus venait buter sur le côteau de Pantin.

 

Sous le Second Empire, on comptait ainsi, sur les mille hectares de la plaine des Vertus, près de cinq cents ménages de cultivateurs, dont les plus riches possédaient quatre ou cinq chevaux, plusieurs charrues et chariots. Ces laboureurs de légumes, conduisaient eux-mêmes vers le «Ventre de Paris» leurs charrettes emplies d'une montagne de choux et de poireaux, qu'ils déversaient à une heure du matin aux Halles, où ils restaient «sur le carreau» en cas de mévente; à l'aube, ils regagnaient La Courneuve ou Aubervilliers avec un chargement de pierre, pour les routes, ou de «boues d'aisance», pour la fumure.

 

Les «laboureurs de légumes», mi-paysans, mi-maraîchers. Car sur la plaine des Vertus, on ne pratiquait pas le forçage des primeurs, on n'amenait pas sur les marchés de détail la botte de persil, la poignée d'épinards ou les premiers haricots de la saison, comme le font les maraîchers traditionnels. On produisait en masse, pour le carreau des Halles, les légumes de pleine saison, base de l'alimentation du peuple de Paris, selon un système économique rodé au fil des générations. »

 

François Wenz-Dumas — 21 août 1995 pour Libération

 

Maraîcher à Bobigny

 

« C’est Marie, ma grand-mère. C’est elle qui a fondé cette exploitation. Elle a quitté sa Bretagne en 1920, avec ses sabots et sa valise, fuyant la misère. Elle ne connaissait rien aux légumes mais, par liens familiaux, elle a commencé à travailler sur une exploitation de la plaine. Puis elle s’est mise à son compte. C’est elle qui gérait tout, surtout après le décès de son mari, qu’elle avait rencontré ici. À cette époque les Auvergnats devenaient cafetiers et les bretons maraîchers. »

 

C’est Sébastien Deslandes du mensuel 75 qui recueille ces propos.

 

« À cette époque plusieurs centaines d’agriculteurs travaillaient la terre limoneuse de cette plaine. »

 

René, dès 13 ans, son certif en poche, s’y colle « Mon père m’a dit : c’est bien, mais maintenant au travail ! »

 

« Chaque jour, dès 2 heures du matin, nous allions aux Halles décharger nos légumes. Nous étions face à l’église Saint-Eustache. C’était une époque formidable. Tout le monde se tutoyait. Les artistes venaient y finir leur nuit. Et les boucher les rudoyaient en louchebem, leur argot. »

 

photo d'Hervé Lequeux pour 75

 

C’est la dernière saison de René, de la soixantaine de saisonniers il ne reste plus que Moravia « fidèle à son patron depuis trente-trois ans ». Elle est serbe et habite le quartier voisin. « Les autres Serbes sont partis à la retraite. Moi aussi, bientôt, j’ai quand même 65 ans. Je vais rentrer au pays. »

 

La banlieue a tout dévoré « Tout autour de ces champs bruns, c’est un paysage de béton qui se déploie. Le domaine semble coincé entre les hautes barres HLM et l’enseigne lumineuse du restaurant McDonald’s. »

 

« J’ai très longtemps vu la basilique de Saint-Denis d’ici »

 

La menace a toujours plané au-dessus de l’exploitation de René « Il y a soixante ans, on nous a dit que nous devions partir pour laisser la place à la construction d’immeubles. » Beaucoup de ces collègues ont empochés le chèque et sont partis. Lui a tenu bon et en 1983 la mairie a fait jouer son droit de préemption et il est son locataire.

 

« Il n’y a pas que le quartier qui a changé. Nos méthodes de travail aussi »

 

Adieu les cloches en verre et les châssis propres, place aux voiles de forçage.

 

 

Adieu aussi les tas de fumiers qui faisaient l’objet de compétitions entre les maraîchers « C’était à qui aurait l plus beau tas de fumier ! »

 

Et puis Rungis est arrivé en 1969, René vend 90% de sa production aux Carrefour et autres Cora environnants « Ils nous achètent notre salade autour de 45c, pour la revendre 99c. C’est dur. Mais aujourd’hui, selon moi, même les distributeurs ne margent plus beauoup, du fait de la concurrence entre eux. »

 

Gaëlle la fille de René et son mari ne reprendront pas l’exploitation de la plaine. Peut-être iront-ils travailler la petite exploitation achetée par René dans l’Oise lorsqu’il craignait d’être expulsé ?

 

Pourtant ils aiment cet endroit « c’est la campagne dans la ville. Mais c’est un travail de plus en plus dur. Les gens ne se rendent pas compte des heures exigées, ils nous parlent uniquement des prix. Ce n’est plus viable pour nous. »

 

René plaisante « Nous avons été longtemps les culs-terreux… Aujourd’hui, nous faisons partie du paysage. Il est de bon ton de venir nous voir. Je participe même aux Journées du patrimoine ! »

 

Adieu à « l’as de la laitue passion » et de « l’oignon jaune paille »

 

Lire Le maraîchage en Seine-Saint-Denis et ICI belles illustrations

Partager cet article
Repost0
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 09:00
L’alcool dans le collimateur des « ronds de cuir » de la Cour des Comptes est l’accusé commode dans les violences entre hooligans à Marseille

Loin de moi l’idée de plaider l’innocence de l’abus d’alcool dans toutes les formes de violence ce serait adopter la même attitude obtus que les prohibitionnistes masqués, les hygiénistes de tous poils et, pire encore, des magistrats en mal d’existence : ceux de la pléthorique Cour des Comptes.

 

L’alcoolisme est un fléau social ravageur, une maladie grave et difficilement curable, ses conséquences sociales, économiques, humaines sont connues mais ne doivent pas être réduites à des chiffres frappants mais souvent fantaisistes : qui veut tuer son chien dit qu’il a la rage.

 

L’échec de la lutte contre ce fléau est à mettre au débit des autorités de Santé Publique qui voudraient nous faire accroire qu’il suffirait de seulement jouer sur les leviers de la communication et de la publicité pour le faire régresser.

 

Pour Claude Evin, le parrainage de Carlsberg à l'Euro est "contraire à la législation"

 

« Une situation incompréhensible aux yeux de Claude Evin, à qui l'on doit la loi du même nom en vertu de laquelle l'affichage de publicités pour le tabac et l'alcool est interdit.

 

« C'est du parrainage ou sponsoring. Or la loi française interdit le parrainage lorsqu'il a pour objet ou pour effet la propagande en faveur des boissons alcoolisées (…) Nous sommes sur le territoire national, il n'y a pas d'extraterritorialité dans les fans zones. Pour moi ce qu'il se passe dans leur enceinte avec la présence de Carlsberg est contraire à la législation », a-t-il dénoncé.

 

Celui qui fut ministre de la Santé sous Mitterrand a pointé du doigt des « messages totalement contradictoires », fustigeant au passage « une incohérence totale dans la prise de position des pouvoirs publics français ». « En matière de lutte contre l'alcool, la position du gouvernement et de tous les gouvernements a toujours été très ambiguë », a-t-il critiqué.

 

Depuis le début de l'Euro 2016, Carlsberg ne communique en France que sur sa gamme de boissons sans alcool. Une manière pour elle d'être toujours visible, et, par extension, de développer ses ventes de boissons - alcoolisées cette fois-ci - dans les autres pays européens. »

 

Hier circulant à vélo dans Paris j'ai pu croiser des rassemblements énormes de supporters suédois : les Tuileries étaient jaunes et les packs de bière étaient au rendez-vous. Et pourtant le match du Parc des Princes fut paisible et aucune exaction n'a été constatée dans la ville.

 

C’est se moquer du monde : à qui veut-on faire accroire que les hooligans russes ou anglais ont perpétrer leurs actes de violence simplement par qu’ils étaient fortement imbibés. La poignée de hooligans russes est venue spécialement pour en découvre, pour se faire de l’Anglais, « Nous étions huit, rentrés à bord de deux voitures dans le quartier du Vieux-Port pour se plonger dans l’atmosphère de la bonne vieille violence de rue », écrit Alexeï le hooligan.

 

Lire : Les affrontements de Marseille racontés par Alexeï le hooligan 

 

« Les hooligans russes ont mené un raid comme un commando paramilitaire »

 

« L’arrivée des hooligans russes. Vendredi après-midi, un groupe d’une vingtaine de personnes est arrivé vers les bars et pubs qui longent le Vieux-Port. J’ai vu derrière moi 20 « golgoths ». Je les ai de suite identifiés comme des spécialistes de l’ultraviolence. Ils avaient tous le même tee-shirt, certains portants des bandanas tête de mort, ils ont montré leurs muscles. Un comportement typique des hooligans venus des pays de l’Est.

 

La police est arrivée et a bien agi en s’interposant entre les différents protagonistes. Il y a eu quelques jets de bouteille mais ça s’est arrêté là. Ils sont ensuite repartis. L’erreur est de ne pas les avoir interpellés dans la foulée. Je les ai retrouvés à 1 kilomètre de là, attablés à une terrasse. Les affrontements ont repris samedi vers 17 heures et la bataille la plus violente a eu lieu place Estienne-d’Orves. C’était un raid, on avait affaire à un commando paramilitaire dans l’organisation : ils repèrent les lieux, désignent une cible, puis passent à l’attaque. Ils connaissaient parfaitement la géographie du quartier et prenaient des voies perpendiculaires ou parallèles pour éviter les contrôles de police. »

 

La suite ICI

 

Dominique Bodin sociologue du Sport Euro 2016 est clair sur le  sujet.

 

Non, l'alcool n'est pas la cause des violences entre hooligans à Marseille

 

« Une nouvelle fois, en marge des rencontres de football, d’aucuns s’étonnent des violences des supporters, chacun y allant de sa déclaration fantaisiste : "c’est la faute à l’alcool", "interdisons l’alcool dans les stades", "les services d’ordre étaient inorganisés", "il aurait fallu prévoir" et autres poncifs du même acabit.

 

Ces violences ne sont pas surprenantes en soi. Elles ont lieu en marge de la plupart des rencontres que ce soit de football professionnel dans chacun des pays, de championnats d’Europe ou de Coupe du monde de football. Les championnats d’Europe 2012 ou les Coupes du monde de 2006 à 2014 n’en furent pas exempts ! Il suffit de lire les comptes rendus établis par le Conseil de l’Europe en la matière par exemple.

 

Les violences se déroulaient plus simplement loin de chez nous, étaient moins médiatisées, voire dissimulées… Elles existaient pourtant. Elles sont inhérentes au football et à une partie de ses spectateurs, les plus engagés, gangrénant le spectacle et les rencontres.

 

Elles éclatent aujourd'hui à nos yeux médiatiquement au point de nous déranger. Elles sont traitées dès lors dans l’urgence et de manière superficielle, tant par les hommes politiques que par les journalistes que par des personnes qui se trouvent brutalement une âme s’expert sans avoir jamais rencontré un hooligan de leur vie ou assister à une acte de hooliganisme.

 

L’alcool, un facteur parmi d’autres tous au plus

 

Dans l’urgence médiatique, chacun y va donc de ses déclarations éhontées. Les politiques pour montrer qu’ils sont là, certains policiers pour justifier de leur rôle. Tout cela ne fait qu’ajouter à la confusion générale.

 

Pour commencer, l’alcool n’est pas la cause des violences. Tout au plus est-elle un facteur parmi d’autres. Si elle était la cause des violences alors les rencontres de rugby seraient les plus violentogènes du circuit sportif, l’Allemagne, où l’alcool se vend dans les stades de football, serait le pays le plus touché par ce phénomène…

 

Que des hommes politiques, comme Éric Ciotti, déclarent cela n’est pas dérangeant en soi. Ils ne font que constater les dégradations, les jets de bouteilles ou la consommation d’alcool telle qu’en rendent compte les médias. Mais qu’un policier comme Antoine Boutonnet, responsable de la Direction nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), fasse le même amalgame relève de l’inconcevable et de la méconnaissance de la réalité du hooliganisme. »

 

La suite ICI

 

Dans la foulée si je puis m’exprimer ainsi les « magistrats » de la Cour des Comptes en surnombre, qui s’ennuient rue Cambon, nous ont pondu un de ces rapports dont ils ont le secret. Un tissu de lieux communs glanés dans les soupentes du Ministère de la Santé. C’est un pur réquisitoire sans souci de donner les arguments en défense.

 

Je commence par le couplet rituel :

 

L’efficacité de la loi Evin s’est amoindrie au fil du temps

 

Autre reproche : les « modifications successives » de la loi Evin, qui encadre depuis 1991 la publicité et la vente des boissons alcoolisées. Ces changements par petites touches ont « amoindri l’efficacité » du texte.

 

Après l’autorisation de la publicité par affichage en 1994, la vente d’alcool dans les enceintes sportives en 1999 et l’autorisation « encadrée » de la publicité sur Internet en 2009, le texte a été une nouvelle fois assoupli lors du vote de la loi santé, fin 2015, afin, officiellement, de mieux distinguer « publicité et information » sur les boissons alcoolisées.

 

C’est avec le feu vert du chef de l’Etat, François Hollande, que députés et sénateurs ont choisi de détricoter un peu plus ce dispositif dans le cadre de l’examen de la loi santé, en dépit de l’opposition de la ministre de la santé, Marisol Touraine. Consciente de la fragilité de sa position, elle s’était pour sa part gardée de toucher au texte, se contentant de quelques mesures consensuelles pour mieux lutter contre l’alcoolisation massive des jeunes.

 

Face à la « levée de boucliers » qui avait accueilli, à l’Assemblée nationale, sa proposition de modifier l’avertissement sanitaire sur les étiquettes des boissons alcoolisées, l’ex-député Olivier Véran (Parti socialiste, Isère) se souvient pour sa part avoir eu le sentiment de s’être attaqué à quelque chose de « sacré ». « Une réunion de crise au sommet avait dû être organisée », raconte l’ancien rapporteur de la loi, qui avait été contraint de retirer son amendement.

 

Au vu des récents débats parlementaires sur le sujet, les onze recommandations formulées par la Cour des comptes à l’issue de son rapport ont donc peu de chance d’être retenues. Elle recommande tout aussi bien de relever les textes sur les boissons alcoolisées, de modifier le code du travail « pour interdire totalement l’introduction d’alcool sur le lieu de travail », ou encore d’appliquer à tous les supports numériques (Internet et réseaux sociaux) les restrictions de publicité prévues par la loi Evin.

 

Je continue en vous livrant le contenu intégral de l’article du Monde :

 

La France ne se donne pas les moyens de lutter avec efficacité contre les consommations nocives d’alcool. Dans un rapport publié lundi 13 juin, les magistrats de la Cour des comptes fustigent une « tolérance générale » vis-à-vis de la consommation de boissons alcoolisées, dont les « effets négatifs sont largement sous-estimés ».

 

Pris en étau entre un héritage « social et culturel » et le poids d’un secteur clé dans l’économie du pays, l’Etat «ne s’est pas donné les moyens d’infléchir les comportements à risque » et n’a pas fait de ce sujet une « priorité de l’action publique».

 

Pour dresser ce réquisitoire sévère, la Cour s’appuie sur un bilan sanitaire déjà partiellement connu. Avec 49 000 décès par an – dont 15 000 par cancer – l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable en France, juste derrière le tabac et ses 72 000 morts.

 

Des millions de personnes sont atteintes de pathologies ou de complications liées à ce produit. Et même si la consommation a enregistré une forte baisse depuis cinquante ans, la France affiche une consommation moyenne de douze litres d’alcool pur par an et par habitant de plus de 15 ans, de 30 % supérieure à la moyenne européenne.

 

Un coût social annuel de 120 milliards d’euros

 

En additionnant le coût des vies perdues, des pertes de production ou des dépenses publiques de soin ou de prévention, l’économiste Pierre Kopp avait chiffré, en septembre 2015, à 120 milliards d’euros le coût social de l’alcool chaque année pour la France, soit autant que pour le tabac.

 

Les données épidémiologiques restent toutefois « lacunaires », note la Cour, qui relève que le coût social ne fait pas « consensus ». Elle regrette également que « les champs d’investigation, les orientations et les résultats de la recherche clinique et épidémiologique » soient « tirés par les uns et par les autres dans des directions opposées ».

 

Pour les magistrats de la rue Cambon, les autorités ne s’attaqueraient aux problèmes sanitaires liés à l’alcool qu’à travers des politiques « éclatées, discontinues et aux résultats très inégaux », loin de celles menées contre le tabagisme. Au regard des politiques volontaristes menées en Italie ou au Royaume-Uni, ils jugent même qu’il existe une « certaine indifférence » des pouvoirs publics français sur la question de l’alcool.

 

« Régression » du dépistage de l’alcool au volant

 

« Quelques avancées notables mais désormais un peu anciennes » en matière de sécurité routière ou de limitation de la publicité « peuvent certes être portées à leur actif ». « Quelques campagnes de prévention sont restées dans les mémoires, et la prise en charge addictologique, de son côté a progressé, concèdent-ils également. Mais cet ensemble ne fait pas une politique. »

 

La Cour dénonce ainsi une « régression » du dépistage de l’alcool sur les routes depuis plusieurs années, et des sanctions en cas d’ivresse au volant « peu dissuasives » ou « difficiles à mettre en œuvre ». Ils regrettent une fiscalité « peu inspirée par des objectifs de santé publique », une « érosion de l’effort de prévention » et la « passivité » devant l’accès facilité au produit pour les mineurs.

 

Elle déplore en outre que « la mesure de la modération en matière d’alcool » ne fasse pas « consensus ». « Il est maintenant établi que le risque de cancer existe, y compris dans le cas d’une consommation modérée et régulière, ce qui signifie qu’en termes de santé publique on ne saurait se limiter à prendre en compte les femmes enceintes, les jeunes et les alcoolo-dépendants », souligne le rapport. Les agences sanitaires devraient d’ailleurs « clarifier » les repères de consommation d’ici à 2017.

.

Partager cet article
Repost0
14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 06:00
Vive la Tielle de Pouffre de Sète, plat du pauvre, fille des pêcheurs de Borgo de Gaete au nord de Naples !

Je suis ainsi, lundi matin je fais, comme tous les jours, ma revue de presse et je tombe sur un titre du MIDI LIBRE Sète : la tielle, d’abord une dynastie.

 

Sète, souvenir de ses pinardiers, de Robert Skalli, de ses joutes aussi, alors je me dis va pour Sète et ses tielles.

 

Le site de l’Office du Tourisme, pour une fois, est de qualité.

 

UN PATRIMOINE CULINAIRE MÉDITERRANÉEN

 

« Sous l'impulsion du roi Louis XIV naquit la ville de Sète, dont la première pierre fut posée en 1666.

 

Paul Riquet cherchait une ouverture sur la mer pour son canal du Midi, et Colbert souhaitait une place forte dans cette région car la marine Anglaise avait maints projets velléitaires.

 

On construisit une rade et on creusa un canal pour relier l'étang à la mer.

 

Les premiers habitants vinrent de Catalogne, du nord de l'Hérault et de Provence, et leurs traditions culinaires respectives vinrent encore grossir le patrimoine de l'étang de Thau déjà très riche en ce domaine.

 

Les Catalans apportèrent la salaison des poissons, les provençaux les fruits et les légumes.

 

Côté mer on cassait les rochers de la colline pour construire la digue, un quartier de maisons en dur se construisait pour loger les travailleurs de la jetée et côté étang les premiers pêcheurs s'installaient sur une langue de terre appelée la Bordigue (du nom d'un engin de pêche installé à cet endroit), le nombre croissant des pêcheurs fit se créer de petits chantiers navals et la Bordigue s'organisa en tant qu’embryon social de la jeune ville.

 

Au XIXe siècle, lors de la construction du chemin de fer, inauguré le 9 juin 1839, les travaux de terrassement génèrent les pêcheurs de la Bordigue et l'on décida de rejeter le produit du terrassement devant le chantier afin de former une pointe en prise directe sur l'étang où les pêcheurs délogés par la construction de la voie ferrée pourraient installer leurs filets dans des cabanes, et tirer leurs barques au sec.

 

Le quartier de la Pointe Courte de la Bordigue naquit et devint un quartier des pêcheurs à part entière qui, aujourd'hui encore, a su conserver jalousement sa personnalité marginale et ses recettes principalement basées sur l'apport de ses propres filets.

 

Cette communauté est arrivée à défendre sa propre gastronomie de toutes les influences étrangères car, au contraire des pêcheurs de la mer, les pêcheurs de l'étang sont principalement français et ce sont eux qui ont en premier bénéficié de l'héritage et de la tradition culinaire du bassin de Thau. »

 

La suite ICI 

 

 

Mais revenons à la tielle de poulpe qui à Sète se nomme pouffre... avec un R s’il vous plaît !

 

« L’un de mes rêves de voyage ? Un tour du monde du poulpe, ce trésor que ‘on pourrait croire méditerranéen alors qu’il est parfaitement œcuménique, des salades, des tielles et ragoûts d’ici jusqu’aux boulettes fourrées d’Osaka, en passant par le poulpe à la galicienne, le civet « zourite » de l’île de la Réunion ou l’ingénieux carpaccio dégusté sur une terrasse de Côme. L’omniprésence des poulpes en train de sécher dans la douceur animée des rues de Naxos n’est sans doute pas étrangère à mon coup de foudre pour les Cyclades. Le poulpe est enfin un ingrédient idéal pour saucer : cuit à l’étouffée et non dans l’eau, il dégage un jus intensément parfumé et un peu gélatineux qui semble implorer le mangeur : sauce-moi, sauce-moi ! »

 

Mayalen Zubillaga l’art de saucer 

 

 

Certains esprits chagrins trouvent que mon cœur penche trop souvent ces temps-ci du côté de l’Italie mais dans le cas de la tielle qui, certes est venue d'Italie dans les bagages des émigrants italiens de la petite bourgade de Borgo de Gaeta au nord de Naples à la fin du XIXe siècle, ce sont les espagnols qui sont les géniteurs de cette tourte.

 

Le Royaume de Naples était sous la domination espagnole au siècle de Charles Quint et les autochtones se nourrissaient frugalement d’un peu d'huile, quelques anchois et olives, l'ancêtre de la pizza était l'ordinaire... Ils remarquèrent très vite que la troupe ibérique confectionnait à peu près la même chose avec toutefois un couvercle de pâte par-dessus et ils se rendirent compte que cette façon de faire se conservait plus longtemps que leur pizza.

 

La technique se perfectionna et par souci pratique on ne mit plus directement la pizza sur la sole du four mais dans un plat de terre cuite appelée TEGLIA...et ainsi la tielle était née.

 

En Espagne c’est une empanada...

 

À Gaeta le tielle se décline de plusieurs façons, selon les propres mots des natifs du lieu, il y a les tielles de la mer, au poulpe, sardines, anchois, crevettes, moules etc... et les tielles de la terre à la scarole et aux pignons, aux œufs et aux courgettes…

 

À Sète seule la tielle de poulpe connut la célébrité.

 

Au début de leur installation à Sète, les pécheurs Gaétans faisaient la tielle comme dans leur mère patrie et lorsque les enfants allaient à l'école, la maman mettait souvent une tielle de pouffre dans le cartable fait de morceaux de vieille voile cousue, aujourd'hui les anciens racontent qu'à l'école ils se cachaient pour la manger car les petits Sétois mangeaient des croissants du boulanger.

 

La tielle était l'ordinaire des pécheurs installés au quartier haut ou était regroupée la communauté italienne, comparé à l'opulente société Sétoise enrichie par le commerce du vin, c'était un quartier pauvre ou ils vivaient selon leur coutumes et parlaient le napolitain. La majorité de la nourriture était tirée de la pêche que le père ramenait à la maison. Ces pêcheurs ne descendaient que rarement en ville et la belle société Sétoise de l'époque ne connaissait pas la tielle qui était vue comme étant une nourriture de pauvre.

 

La saga de la dynastie d’Adrienne et de Bruno Virducci (Merci à Jean Brunelin - Chef, auteur, photographe et créateur du groupe Facebook "Défendons la cuisine Sétoise et Méditerranéenne"

 

 

« Dans les années 30, Adrienne Pages née à Agde tenait avec son mari Bruno Virducci, un Italien du sud, un petit étal de coquillage devant le pont de la civette à l'enseigne de La Reine des Mers.

 

Ses tartes de pouffres étaient renommées dans le quartier, elle les faisait cuire chez LUBRANO le boulanger de la rue Garenne...

 

Les ménagères Sétoises commencèrent à apprécier la chose et en redemandèrent régulièrement à tel point que le boulanger fut dépassé par les visites d'Adrienne et il fallut trouver une solution.

 

C'est son beau-fils, Mimi Cianni qui en 1937 décida d'aller à la foire de Marseille acheter un four adapté qu'on installera au rez-de-chaussée de la maison.

 

Adrienne eut de nombreux enfants, elle déménagea ensuite son petit commerce devant le bar de LA MARINE, mais il fallut attendre son jeune fils Achille qui le premier mis en place une petite fabrique artisanale sous les escaliers de la grand rue sur le plan du marché aux poissons.

 

Dans les années 60, il avait comme ouvrière Sandrine SPOSITO qui fabriqua des tielles pendant 50 ans de sa vie...

 

Cette petite production était vendue à l'étal de coquillages de sa sœur Raymonde qui avait pris la suite de sa mère tout à côté.

 

On peut dire que si c'est à Adrienne VIRDUCCI que l'on doit la diffusion de la tielle dans la société sétoise, c'est à Achille son fils que l'on doit la première fabrication artisanale.

 

Quelques années après, Achille prit une épouse et créa lui aussi son propre étal de coquillages ou il mit ses tielles à la vente.

 

À son tour, sa sœur Raymonde installa un tout petit atelier dans sa cabane de coquillage "La Reine des Mers" ou s'activait son ouvrier David Conesa.

 

Jusqu'aux années 70 c'étaient les seuls endroits où l'on pouvait trouver des tielles dans la ville de Sète.

 

Ce furent ensuite deux des autres filles d'Adrienne qui se lancèrent dans l'aventure de la tielle.

 

L'une se maria avec un DASSE, et l'autre avec un CIANNI...c'est pour cela qu'aujourd'hui encore vous trouverez les petits enfants et arrières petits-enfants aux commandes des fabriques artisanales DASSE, VIRDUCCI et CIANNI...car la tielle de Sète est l'apanage d'une dynastie, celle d'Adrienne et Bruno VIRDUCCI ainsi que de leur descendance qui héritèrent tous de la recette et du savoir-faire .... »

 

 

La recette de la Tielle de Pouffre … de Poulpe… c’est ICI

 

Que boire avec une tielle par Michel Kimmel le régional de l’étape ?

 

La tomate est très présente chez Cianni et Dassé, les deux principaux artisans, et moins chez Giulietta qui est depuis peu implanté aux halles de Sète et qui cultive le goût du poulpe sans le noyer dans la tomate.

 

Les tielles que distribue la GD et nombre de poissonniers sont issues de Midi-Tielles ou Coudène, fabrications plutôt industrielles…(pâte épaisse, moins de parfum, etc…)

 

En fonction de l’appareil assez relevé on peut boire un rosé issu de syrah et de grenache, de type languedocien.

 

Un rosé de Cinsault provençal serait écrasé par la préparation.

 

Un blanc « charnu » roussanne/ vermentino peut résister, ou un bourboulenc de la Clape

 

Un rouge également dans les terrasses du Larzac, ou un pic Saint Loup et, un pur Cinsault de vieilles vignes (le Pradel de Xavier Braujou par ex) peut constituer une alliance sans rivalité !

 

Mais pas de vin qui remplit les bajoues !!!

voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.
voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.

voici 3 propositions de blancs pour la Tielle : La Clape pour le parfum du Bourboulenc qui ne se laissera pas écraser, le Costières de Nîmes, légèrement boisé, plus rond, assez puissant, et le Vermentino très parfumé…qui nous rapproche de l’Italie donc de la tielle originelle.

Partager cet article
Repost0
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 06:00
Quand on se fait tailler un costard sur mesures il vous va comme un gant : chronique du prétoire avec Hubert de Boüard c/Isabelle Saporta

Hubert ne fait jamais dans la ½ mesure, il accumule, collectionne les casquettes comme d’autres les timbres-poste, c’est de l’art pour l’art, de l’abnégation, du don de son corps au bien public, sauf que chez lui l’art c’est de se faire tailler des costards sur mesure par ses pairs rapportant de beaux euros avec plein de zéros.

 

Jeudi dernier, tirant sa valise à roulettes, emblème de son biseness de globe-trotter écumeur de prétendants aux honneurs, notre Hubert allait déposer son auguste séant sur le banc des plaignants de la 17e Chambre du TGI de Paris.

 

Cette célèbre Chambre n’était peuplée que de femmes : la Présidente et ses deux assesseurs, la Procureure, la Greffière. Face à elle, du côté d’Hubert un bataillon d’avocats d’un beau cabinet, et bien sûr l’objet du courroux d’Hubert, l’homme au petit sécateur et aux bottes blanches, Isabelle Saporta.

 

Rassurez-vous celle-ci n’est pas arrivée à l’audience enchaînée et les jeunes gendarmes n’étaient là que pour assurer la sécurité.

 

Nous les témoins, trois de chaque côté, étions à l’isolement au début de l’audience au cours de laquelle le plaignant et l’accusée argumentaient. Mon petit doigt m’a dit que la Présidente se passionna pour la belle collection de casquettes d’Hubert. Il y eu même une petite séance de cinéma afin de visionner la prestation d’Hubert qui, je puis vous l’assurer, avait des allures d’un placement de produit dans James Bond.

 

2 heures et demi à poireauter, on trouve le temps long mais on fait contre mauvaise fortune bon cœur ; les présidents présents, dans leurs petites Ford d’intérieur, ruminaient : que suis-je venu faire dans cette galère ?

 

Et puis ce fut à moi d’ouvrir le bal des témoins, la barre, le serment, avant de se jeter à l’eau sans notes. Par bonheur la Présidente est d’une extrême courtoisie et je me dis qu’il est facile de dire la vérité, rien que la vérité, même si celle-ci est soigneusement camouflée par un formalisme dévoyé.

 

Je ne vais pas ici vous confier le verbatim de ce que j’ai dit, ça ne présente pour vous aucun intérêt. Mon seul souci, moi qui ai œuvré de l’autre côté du miroir, là où se situe le pouvoir, fut de tenter de lever le voile sur l’art et la manière de faire jouer son influence. Être toujours présent au bon moment au bon endroit, en amont, là où les règles s’élaborent, se font, constitue le b.a.–ba de l’homme d’influence. L’omniprésence, les connections discrètes, les liens, les invitations, les services rendus, le carnet d’adresses, une forme d’aura face aux petites mains de tous bords, y compris auprès des collègues du Comité National désignés dans la commission. C’est une forme de « servitude volontaire » chère à La Boétie.

 

Une fois ce « grand oral » passé j’étais libre de mes mouvements : partir ou rester. Bien évidemment j’ai ciré les bancs aux côtés de mes amis François des Ligneris, Alain Vauthier, les régionaux de l’étape et d’Alexandre Bain.

 

Ce qui m’a frappé au cours de cette audience c’est la pertinence de la Présidente, sa manière élégante et précise de mener les débats, sa capacité à laisser s’exprimer sereinement les témoins parfois impressionnés, sa connaissance parfaite du dossier, ses questions courtoises mais toujours saillantes. Impressionné ! À l’heure où il est de bon ton d’ironiser sur les juges, les fonctionnaires, il est rassurant et important de souligner cet extrême professionnalisme.

 

Avec une belle régularité souriante elle a posé la question de savoir si le consommateur achetait les beaux classés de Saint-Emilion pour la qualité du vin ou pour les splendides atours dont ce sont parés les châteaux ? Il y avait du Jacques Dupont chez madame la Présidente. En effet, rappelons que celui-ci – je le verrais bien en robe noire avec hermine – dans un article du Point du 28 avril 2013, avec malice écrivait :

 

« Hors polémique que ce classement aura beaucoup de mal à éteindre, il y a véritablement une seule question à laquelle ceux qui l’ont initié devront répondre : pour qui a-t-il été fait ? Pour les consommateurs afin de les éclairer dans leur choix ou pour satisfaire et récompenser des professionnels, producteurs, propriétaires ? »

 

Le Président de la commission de classement, avec des accents patriotiques, a confirmé que c’était le second membre de l’alternative qui avait présidé au choix. Il a même ressorti de la naphtaline le fameux jugement de Paris en affirmant que c’était pour répondre à ce défi que certains châteaux à paillette furent promus. Le Bob se serait bien marré en entendant une telle absurdité, la course au 100/100 leur a déjà permis d’atteindre les sommets des prix. Ne restait plus, pour une poignée d’entre-eux à booster la valeur de leur foncier. Ce qui fut fait.

 

Le Jacques Dupont, encore lui, le soulignait « Plus drôle et moins technique, l’analyse du foncier. Moins les parcelles étaient dispersées et plus le domaine gagnait des points. Ainsi Quinault situé sur l’ancienne appellation « sables de saint-émilion » disparue au début des années 1970, dont le terroir compacté après des années de désherbants sans recours à la charrue se situe en limite du cimetière de Libourne (une partie avait été vendue à carrefour pour réaliser son parking), a obtenu un point de plus que Cheval Blanc au parcellaire plus dispersé… »

 

Bravo les artistes ! Et n’en déplaise à ce cher Hubert la notion de grand cru classé à sa sauce n’a rien à voir avec le puzzle bourguignon, le processus purement déclaratif permet toutes les fantaisies, le terroir pour certains est aux abonnés absents. Il faudra bien qu’un de ces 4 l’INAO s’explique sur ce privilège de seigneurs. Les régions roturières sont en droit de le lui demander.

 

À l’autre extrémité de mon appréciation l’avocat cher de ce cher Hubert a fait preuve de l’art de tirer systématiquement à côté de la plaque, questions style boomerang posées avec une forme d’ennui désabusé. Service minimum, plaidoirie poussive, conviction a minima, une arrogance masquant mal une méconnaissance des us et coutumes du petit monde du vin. Pas très convaincu, pas très convaincant, je m’attendais à mieux.

 

Je n’irai pas au-delà de ces remarques car il pourrait m’être reproché une forme de parti-pris, cependant je ne peux m’empêcher de souligner qu’il y avait peu de ferveur et de conviction dans les témoignages en faveur du plaignant. Ils étaient teintés d’une couleur grise très courage fuyons !

 

Un détail, la procureure n’a pas pipé mots de toute l’audience et n’a pas jugé bon de donner le point-de-vue de l’Etat.

 

« Au bout de sept heures d'audience, Me Jean-Yves Dupeux a demandé en son nom 50 000 euros, plus 10 000 euros au titre des frais de justice. « On n'est pas dans le cadre de l'enquête loyale, sérieuse, de bonne foi », a estimé l'avocat, moquant deux témoins cités par la défense, des vignerons écartés du prestigieux classement. « Certes on a deux vignerons qui ratent le bac. Mais on en a un qui participe à la rédaction des programmes, qui sélectionne les examinateurs et qui décide des coefficients. Et il a mention Très bien, dites donc !», a répliqué en défense Me Christophe Bigot. « Vous avez à juger d'un travail extrêmement sérieux et d'intérêt général », avec « des enjeux de consommation et des enjeux financiers colossaux », a-t-il résumé. Le tribunal doit rendre sa décision le 22 septembre. »

 

Voilà, ce fut une dure journée pour la Reine, quand à notre Hubert il a pris la poudre d’escampette, suivi de sa valise à roulettes, avant la fin de l’audience, sans doute pour répondre à l’appel pressant de sa chalandise. La Présidente, avec humour, lui a demandé de surtout ne pas égarer son billet d’avion, fine allusion à un pataquès à la Feydeau lors du CN de l’INAO ayant béni le classement : présent ou pas présent, parti et revenu, dans l’avion ou dans la salle… La cour s’amuse !

Partager cet article
Repost0
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, «Ils ont intérêt à me bloquer sur la bretelle Quand je serai sur l’autoroute, personne ne pourra m’arrêter», Sarkozy octobre 2014

Voici deux ans que je vis sous l’état d’urgence, un état d’urgence absolu !

 

Lorsque je l’avais croisée, sans même y réfléchir, face à la situation, j’avais décrété «l’état d’urgence», je prenais enfin conscience que le temps m’était brutalement compté, il me fallait m’extraire sans délai de ma latence, rompre ma déshérence, l’aimer à me péter le cœur !

 

Quête hypnotique d’une seule femme, l’unique, elle !

 

« J'ai longé ton corps /Épousé ses méandres /Je me suis emporté /Transporté… J'ai tout essayé /J'ai tout essayé

 

Aucun express ne m'emmènera/Vers la félicité /Aucun tacot n'y accostera /Aucun Concorde n'aura ton envergure /Aucun navire n'y va /Sinon toi

 

Aucun trolley ne me tiendra /Si haut perché /Aucun vapeur ne me fera fondre /Des escalators au chariot ailé /J'ai tout essayé /J'ai tout essayé

 

J'ai longé ton corps /Épousé ses méandres /Je me suis emporté /Transporté

 

Par-delà les abysses /Par-dessus les vergers/Délaissant les grands axes / J'ai pris la contre-allée /Je me suis emporté /Transporté

 

Aucun landau ne me laissera /Bouche bée/Aucun Walhalla ne vaut le détour/Aucun astronef ne s'y attarde /Aucun navire n'y va /Sinon toi

 

J'ai longé ton corps/Épousé ses méandres /Je me suis emporté /Transporté /Par-delà les abysses /Par-dessus les vergers/Délaissant les grands axes/J'ai pris la contre-allée /Je me suis emporté /Transporté

 

Aucun express ne m'emmènera / Vers la félicité /Aucun tacot n'y accostera /Aucun Concorde n'aura ton envergure /Aucun navire n'y va/Aucun

 

J'ai longé ton corps /Épousé ses méandres /Je me suis emporté /Transporté

 

Par-delà les abysses /Par-dessus les vergers/Délaissant les grands axes / J'ai pris la contre-allée /Je me suis emporté /Transporté

Ce jour de juillet nous quittâmes, à vélo, sans trop de regret les mornes plaines des confins du XIIIe-XIVe pour rejoindre notre nouvelle demeure. Il nous fallut grimper, forcer sur nos pédales, pour atteindre les hauteurs de la Mouzaïa. À destination nous étions nimbés de sueur, fenêtre ouverte, face à elle sous la douche, je m’émerveillais « Y’a toujours des oiseaux à la Mouzaïa ». Affleurement, effleurement, nous fîmes l’amour avec délice sur notre presqu’île et le moka d’Abyssinie qu’Émilie prépara, avec les mêmes soins que Chouchou, bien mieux qu’un visa, me conférait le statut de résident. Je jetais mon statut d’apatride aux orties, j’abandonnais le no man’s land complaisant où je me vautrais depuis toujours.

 

« À cette époque, n’ai-je pas toujours été en retrait, dans la position du spectateur, je dirais même de celui qu’on appelait le « spectateur nocturne » *, cet écrivain du XVIIIe siècle que j’aimais beaucoup… Restif de La Bretonne» le Modiano de L’herbe de la nuit « J’ai souvent l’impression que le livre que je viens de finir n’est pas content, qu’il me rejette parce que je ne l’ai pas abouti. Comme on ne peut plus revenir en arrière, il me faut alors en commencer un autre, pour aboutir enfin le précédent. Donc je reprends certaines scènes pour les développer davantage. Ces répétitions ont un côté hypnotique, comme une litanie. Je ne m’en rends pas compte quand j’écris, et puis je ne relis pas mes livres plus anciens car ça me bloquerait… Vous savez, il est difficile d’avoir de la lucidité sur ce qu’on écrit. La répétition vient peut-être du fait que je suis travaillé par une période de ma vie qui revient sans arrêt dans ma tête. »

 

Quête hypnotique d’une femme que ses héros tentent de retrouver de livre en livre : «C’est la même personne qui revient de roman en roman, mais de façon fantomatique, pas parce que j’aime les êtres éthérés, mais comme une photo qui aurait été rongée par les moisissures du temps et par l’oubli. C’est l’oubli qui est le fond du problème, pas la mémoire. On peut avoir été très intime avec quelqu’un, et, des années après, cette personne apparaît comme rongée, avec des pans entiers manquant dans votre mémoire. Ce sont ces fragments d’oubli qui me fascinent. »

 

Comme Modiano mes petits carnets sont remplis de notes, de traces, d’épluchures de vie « Nous pouvions faire le chemin à pied, mais la perspective de suivre l’interminable rue de la Santé et de longer les murs de la prison puis de l’hôpital Sainte-Anne, à cette heure-là, m’a glacé le cœur. » Notre transport sur une presqu’île, paradoxalement rompait mon retrait, cet isolement me projetait dans le monde et j’allais devoir enfin l’affronter les yeux grands ouverts. Et puis, Émilie serait à deux pas de son travail, la rue de Crimée, droite comme un I qui grimpait jusqu’à Botzaris où la rue de la Mouzaïa son affluent venait se jeter après avoir bénéficiée de l’enfilade des Villas.

 

Tout était dit.

 

Octobre 2014

 

J’avais titré ma note au Premier « Juppé, dernier rempart face à l’effondrement du système… » Grandiloquent certes ce titre mais je n’avais pas trouvé mieux pour résumer mon analyse de la donne de la présidentielle de 2017. Face à la perspective d’un second tour Le Pen/Sarkozy, dans la mesure où l’alternance se ferait mécaniquement à droite, la candidature de Juppé permettait de jouer une carte à la Giscard, la France veut être gouvernée au Centre, sauf que le Centre n’existe qu’en tant que force d’appoint pour la Droite. Ce que Hollande avait raté à la suite de son élection en laissant Bayrou mordre la poussière alors qu’il avait appelé à voter pour lui, Juppé par construction le réalisait avant l’élection. Mais encore faudrait-il qu’il puisse se présenter en gagnant la fameuse primaire ouverte inaugurées par le PS. Avec ce fou furieux de Sarko, qui allait remettre la main sur le parti, ça n’était pas gagné d’avance, sauf à ce que le petit ne se fasse vraiment rattrapé par ses casseroles judiciaires.

 

Je préconisais donc de faire l’impasse sur la future présidentielle, une forme de repli en bon ordre sur une position préparée à l’avance : la social-démocratie assumée, et de manœuvrer pour que la primaire de l’UMP à la sauce Sarko soit polluée par de braves sympathisants votant massivement pour Juppé. Manœuvre, certes délicate, mais jouable à la condition de préparer le terrain et de jouer fin en sous-main. N’oublions pas que les primaires ouvertes à la sauce socialo se jouent à deux tours, et qu’entre les deux, à la condition d’avoir fait un score qualifiant, le jeu des alliances avec le centriste pourrait permettre à Juppé de tirer son épingle du jeu. Bien évidemment j’ajoutais, qu’en dépit de ma conviction que mon analyse et ma stratégie étaient pertinentes, je n’étais absolument pas partant pour remettre les pieds dans les soupentes de l’UMP comme je l’avais fait au tout début du septennat. Peine perdue, j’avais à nouveau péché par orgueil, me restait plus qu’à faire le mort pour qu’on m’oublie.

 

Le 9 novembre 2014 j’écrivais

 

« Maigre vapeur saisi en aller-retour à la poêle, carottes et navets de variétés oubliées rôtis à feu doux, câpres de Pantelleria, ciboule à fleurs, mince filet d’huile de cumbava, Claire au piano fut impeccable. Le catalan, un peu crispé à son arrivée, se détendit un peu lorsque je lui proposai ce dîner frugal. À table Émilie se tenait à ma droite, le premier Ministre nous faisant face. Ses sbires s’installèrent sur le canapé de l’entrée face à l’écran plat, par bonheur Canal+ diffusait un match de la Champion League. Un bref instant, Manuel et moi évoquâmes nos souvenirs de week-end de Pentecôte, chez Catherine et Jean-Paul, en Normandie. Filiation rocardienne devenue certes lointaine mais fil rouge de la fameuse ouverture du temps de la France unie de Mitterrand. Si Simone Veil avait basculé en 1988, le panorama politique aurait vraiment changé mais Antoine veillait au grain, Rocard dû se contenter de seconds couteaux à l’exception notable d’un Jean-Pierre Soisson suffisamment caméléon pour accepter l’aventure au Ministère du Travail. Le catalan m’écoutait. Émilie lui proposait une larme de chenin de Jo Pithon qu’il acceptait. Nous mangeâmes en silence sous le regard attendri de Claire qui préparait une compotée de rhubarbe vanille bourbon- riz au lait cru de vache Jersiaise.

 

La conjonction d’un excellent dîner, léger et rapide, et de mon introduction perche tendue, confortait l’animal politique, renforçait son capital de confiance en moi. Il n’avait rien à craindre, ce qui allait se dire autour de cette table nichée dans la Mouzaïa ne se retrouverait pas dans la presse ou dans un futur livre de confidences. La grande maison lui avait tiré mon portrait, rétif mais loyal, et il savait à quoi s’en tenir. Manuel prit la peine de se lever pour aller remercier Claire. Émilie servit le café. Réendossant ses habits de Premier Ministre Manuel nous gratifia d’une analyse assez sombre de l’état de la majorité présidentielle. « L’extrême-gauche tient le même discours économique que l’extrême-droite, incantatoire, irresponsable, elle joue la carte du retour d’une droite dure pour faire fructifier sa pelote contestataire ; les Verts sont du purin d’orties, puant et inefficace, à évacuer à l’égout ; le temps est donc venu d’enfoncer un coin dans la brèche ouverte entre les nouveaux mollétistes du PS et la gauche réformatrice. La recomposition du paysage politique est possible. Les synthèses molles à la Hollande ont fait la preuve de leur dangerosité. Je ne suis pas un homme pressé mais déterminé. Es-tu prêt à m’aider ? » Ce tutoiement tirait un léger sourire Émilie.

 

Ma réponse fit ciller Manuel « Oui car j’aime Émilie… C’est une reine même si je ne suis pas son roi. Elle est mon oxygène. Tu peux compter sur moi si elle est à mes côtés. Ce sera mon dernier combat… » Un ange passa avant que je ne reprenne la parole pour exposer mon plan de bataille. Objectif : faire passer à Juppé la barre des primaires de l’UMP afin de renvoyer talonnettes agité à la géhenne.

 

« La frange d’électeurs de la gauche modérée qui, à la fois, éprouve une répulsion persistante et ravivée envers un Sarkozy qui n’a pas changé, mais aussi une déception profonde envers François Hollande, doit se mobiliser pour aller voter Juppé aux primaires, un chiraquien modéré qu’ils choisiraient après que Chirac lui-même eut fait le choix de Hollande, radical chiraquien de Corrèze, afin de s’éviter un deuxième tour Le Pen-Sarkozy. Le maire de Bordeaux présente deux atouts majeurs pour toi : son âge et son alliance de fait avec Bayrou. Tu dois faire l’impasse sur la prochaine présidentielle, tout à perdre, sauf à ce que la déliquescence du PS fasse de toi le seul recours face à un désastre électoral annoncé. Reste la mobilisation, le passage à l’acte de ces électeurs qui ne sont pas des militants. Il faut partir de loin, les travailler au corps avec doigté, ne pas donner des munitions à l’homme pressé qui va tout faire pour torpiller les primaires dès qu’il aura mis la main sur le parti. Nous risquons d’être face à la même configuration que pour le duel entre Fillon et Copé. Tous les coups, toutes les turpitudes seront permis, Sarkozy fait le pari que son écrasante élection, le mois prochain, à la tête de l’UMP, suffira à le rendre incontestable.

 

«Ils ont intérêt à me bloquer sur la bretelle Quand je serais sur l’autoroute, personne ne pourra m’arrêter», fanfaronne-t-il devant ses lieutenants. Il va falloir jouer fin, en sous-main avec des gens sûrs et déterminés. Il hors de question de faire jouer un quelconque rôle aux semelles de crêpes de la grande maison afin de refaire le coup des Irlandais de Vincennes. Carte blanche, si ça merde c’est de ma faute, si c’est gagnant tu me donneras une médaille en chocolat avant que je ne parte vivre en ermite à Syracuse. » Manuel affichait un sourire satisfait « Tu as carte blanche, moyens illimités et tu ne réfères qu’à moi… » J’acquiesçais, il enfilait son affreux imperméable bleu marine, enroulait son écharpe rouge autour de son cou, me saluait avant de claquer des bises à Claire et Émilie. Ce petit intermède à la Mouzaïa l’avait rasséréné.»

 

Présidentielle: Cécile Duflot, pauvre petite victime que Hollande aurait tuée
François Bazin

Dans le registre «Hollande m’a tuée», Cécile Duflot est aujourd’hui à son meilleur. Alors que le congrès de son parti s’ouvre samedi à Saint Ouen sous de tristes auspices, pas un seul jour ne se passe sans qu’elle offre une nouvelle preuve des intentions homicides de l’Elysée à son endroit. Les écolos se meurent et leur chef de file affiche ses blessures. Tout cela est dit comme un lourd secret qu’on livre presqu’à regret tant il est douloureux. C’est que la victime est encore sous le choc. Jamais elle n’aurait pu imaginer pareille agression.

 

Pensez donc! Une tentative d’assassinat ourdie par un Président claquemuré dans son palais et dont l’unique obsession est de se venger de tous ceux qui ont eu l’audace de vouloir lui résister. Comment imaginer des mœurs aussi noires ? Comment croire que de telles pratiques puissent encore exister dans un pays civilisé, à l’aube du troisième millénaire?

 

Sacrée Cécile ! Lorsqu’on enseignera un jour l’art de la tragédie-comédie dans les écoles de la politique, c’est elle qu’il faudra convoquer en premier. Vous vous tirez une balle dans le pied ? Eh bien venez maintenant expliquer qu’on a voulu vous flinguer ! Ce numéro-là exige une parfaite maîtrise de soi. Pas de cris, pas de râles, juste une pointe d’indignation dans la voix. Pour être plainte, la prétendue victime doit être blessée sans avoir l’air abattue. Pour être soutenue, il faut qu’elle mette en scène sa douleur et sa détermination à la fois. Mourir, en politique, est un exercice de style réservé aux très grands acteurs du circuit. Dans sa génération, Cécile Duflot est, à l’évidence, l’un d’entre eux.

 

C’est qu’il en faut en effet du talent pour faire passer pour un traquenard ce qu’il n’est au fond qu’un combat perdu. Depuis qu’elle a rompu avec François Hollande en sortant du gouvernement, en mars 2014, Cécile Duflot est entrée en guerre. C’est son droit. Elle était l’alliée de référence. Elle est devenue d’un jour à l’autre le procureur implacable d’un quinquennat placé, à ses yeux, sous le signe du renoncement. Pourquoi pas! Elle a pris son risque. C’est tout à son honneur! Elle s’est plantée. Ça arrive ! La voilà qui explique désormais que son échec est de la responsabilité de celui qu’elle a voulu défier. C’est pour le moins original !

 

Au fond, Cécile Duflot ne pardonne pas à François Hollande de lui avoir résisté. Elle se comporte comme une compétitrice qui n’accepte pas d’avoir perdu. C’est comme si, dans une élection, elle faisait grief au vainqueur de l’avoir emporté. Il y a quand même quelque chose de tordu - et d’ailleurs assez révélateur en termes de tempérament - dans ce raisonnement qui repose sur l’idée qu’en politique, tous les coups sont permis, sauf celui de se défendre et qui suggère surtout que la défaite ne peut être que le fruit de la trahison.

 

François Hollande a sans doute beaucoup de défauts. Mais il est quand même un peu farce de le décrire, un jour, comme un petit bouchon, incapable de la moindre constance, pour le transformer, le lendemain, en un nouveau Machiavel. Plus il est faible, plus son avenir paraît compromis et plus on l’imagine en train de tirer les ficelles, en coulisse. Dès qu’une tête tombe – y compris dans la presse… - c’est sa responsabilité qui est pointée du doigt. S’agissant de Cécile Duflot, il est urgent de décevoir les complotistes de tous poils. Si la tête est tombée, c’est qu’elle ne tenait plus qu’à un fil.

 

Le seul grief qu’on pourrait d’ailleurs faire au Président est d’avoir voulu la sauver plus longtemps que de raison. Il serait amusant que Cécile Duflot publie l’ensemble des textos que lui a adressé François Hollande depuis quelques années. Il y a fort à parier qu’on y trouverait plus de mots doux que de menaces, plus de «Cécile, reviens» que de «Cécile, prends garde à toi».

 

François Hollande est un conciliateur dans l’âme qui a toujours préféré la pêche à la ligne à l’art de la chasse. A ceux qui, au PS ou à Matignon, le pressaient de tirer l’échelle, il expliquait, il y a encore peu, que son unique ambition était de ramener au bercail l’ensemble du troupeau écolo. C’est faute de mieux qu’il s’est résolu à faire entrer au gouvernement, en février dernier, la secrétaire nationale d’EELV et les présidents des deux groupes parlementaires. Pour le prix de Cosse, de Placé et de Pompili, il aurait volontiers acheté – est-ce le bon mot ? – un seul baril de Duflot.

 

Aujourd’hui, celui-ci ne vaut plus rien. A qui la faute? EELV est au bord du dépôt de bilan. Ses militants désertent en masse. Il n’ont été que trois milles à se déplacer lors du vote des motions de Saint Ouen. A force de jouer sur tous les tableaux à la fois, leurs élus locaux ont été laminés lors des dernières élections locales. Ils ne sont plus désormais assez nombreux pour parrainer avec succès l’un des leurs, lors de la prochaine présidentielle de 2017. Vu le score qui est promis à Cécile Duflot au cas où elle parviendrait finalement à se présenter - 2%, tout bien pesé -, il n’est d’ailleurs pas sûr que le jeu en vaille la chandelle.

 

Imaginer un instant que l’Elysée soit responsable d’une telle déconfiture est une belle plaisanterie. Cécile Duflot est trop roublarde, dans son malheur, pour ne pas le savoir. On lui fera la grâce de croire ici qu’elle ne l’entretient pas par hasard. Bientôt, c’est écrit, elle expliquera queFrançois Hollande et lui seul l’a empêchée de défendre, en 2017, ses couleurs et son projet. Il est même possible qu’elle justifie ainsi son ralliement à une candidature venue d’autres horizons. Là encore pourquoi pas. Mais était-il vraiment nécessaire de se donner tant de mal pour en arriver là ?

 

Michel Onfray : « Nous sommes déjà en guerre civile »

PAR JEAN-MARCEL BOUGUEREAU, PUBLIÉ LE 10 JUIN 2016.

 

Tout indique que la loi Travail n’est qu’un prétexte pour la CGT d’engager la bataille avec la CFDT.

 

Alors que les rues de plusieurs grandes villes ressemblent à des dépôts d’ordures, que la grève se poursuit à la SNCF, à la RATP et dans les raffineries, une question se pose : le gouvernement n’ayant aucune raison de céder sur la loi Travail, même si, ponctuellement, il a fait d’importantes concessions à la SNCF, que veut vraiment la CGT ? Que veut Philippe Martinez ?

 

Tout se passe comme si la CGT, tout en se défendant de vouloir saboter l’Euro, s’était donné des objectifs jusqu’à la re-discussion de la loi à l’Assemblée, en juillet. Pour le gouvernement, l’enjeu est de faire cesser un mouvement social coûteux en ce qui concerne la SNCF, mais surtout coûteux en termes d’image, également pour le tourisme, déjà très handicapé par les attentats.

 

Si l’on regarde plus attentivement ce « bras de fer », on se rend compte qu’il est largement mis en scène. On a l’impression que le pays est bloqué. Mais jeudi, à la SNCF on comptait moins de 8 % de grévistes, la grève restant très suivie par les roulants, mais chaque jour un peu moins. Face à la loi Travail, le nombre de grévistes demeure faible dans le privé mais aussi dans le public. Même dans les manifestations, ce n’est pas la foule : les syndicats eux-mêmes disent 100 000 personnes. La réforme des retraites en 2010, c’était 1,2 million de personnes certains jours. Alors, pourquoi ce bras de fer ?

 

Tout indique que la loi Travail n’est qu’un prétexte pour la CGT d’engager la bataille avec la CFDT, avec qui elle est en concurrence pour la première place. Alors que Bernard Thibault avait fait émerger une CGT moderne et réformiste, Martinez incarne un retour en arrière. Comme le note Jean-Marie Pernod de l’Ires, la CGT « est organisée sur le modèle des années 1960-1970, avec une structuration de branche qui date, calée sur les grandes entreprises et peu sur les PME. Elle n’a pas pris en compte les réorganisations productives qui ont transformé l’entreprise, modifié la structure du salariat, par exemple les rapports entre donneurs d’ordre et sous-traitants, l’appartenance croissante des PME à des groupes, la précarisation des travailleurs, en particulier des jeunes ».

 

Ces blocages sont le fait d’une minorité très déterminée de militants, dans les ports, les centres de traitement des déchets, les dépôts de carburants. Jusqu’à présent, selon les sondages, les Français soutiennent les mouvements d’opposition à la loi Travail. Mais les jours passant et l’Euro approchant, les Français pourraient faire volte-face si grèves et blocages en venaient à durer et à perturber la tenue de l’Euro. Ce retournement d’opinion est déjà en marche. Comment Philippe Martinez, après avoir lâché la bride à sa frange la plus hostile au compromis, va-t-il pouvoir faire machine arrière ? À moins que la rencontre entre Myriam El Khomri et le dirigeant de la CGT annoncée la semaine prochaine ne débloque la situation.

Partager cet article
Repost0
12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 06:00
« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… » Albert Camus la dramaturgie du dernier « pénalty » : Séville 82 Maxime Bossis Je n’en ai plus jamais tiré depuis

« C’est quand on est au milieu des bois que l’on s’aperçoit que c’est difficile. »

 

Les bois, au temps de Camus, c’était la cage aux fameux poteaux carrés dans laquelle se tenait le dernier rempart, le gardien de but, le goal qui souvent portait une casquette et pratiquait à mains nues pour capter le fameux cuir.

 

Le 23 octobre 1957, au Parc des Princes, le Racing Club de Paris reçoit Monaco sous les caméras des « actualités françaises ». Suite à une frappe d’un joueur monégasque et d’une erreur du gardien parisien, la balle finit au fond des filets. Le reporter se tourne alors vers un spectateur debout en imper-cravate qui n’est autre qu’Albert Camus, 44 ans, tout juste auréolé de son prix Nobel. Les malheurs du goal du Racing reçoivent l’indulgence de l’écrivain : “Il ne faut pas l’accabler. Le 23 octobre 1957, au Parc des Princes, le Racing Club de Paris reçoit Monaco sous les caméras des “actualités françaises”. Suite à une frappe d’un joueur monégasque et d’une erreur du gardien parisien, la balle finit au fond des filets. Le reporter se tourne alors vers un spectateur debout en imper-cravate qui n’est autre qu’Albert Camus, 44 ans, tout juste auréolé de son prix Nobel. Les malheurs du goal du Racing reçoivent l’indulgence de l’écrivain : « Il ne faut pas l’accabler. C’est quand on est au milieu des bois que l’on s’aperçoit que c’est difficile ».

 

 

« Il s’était habitué à occuper le poste de gardien de but depuis l’enfance, parce que c’était celui où l’on usait le moins ses chaussures. Fils d’une famille pauvre, Camus ne pouvait se payer le luxe de courir sur le terrain : chaque soir, sa grand-mère inspectait ses semelles et lui flanquait une rossée si elles étaient abîmées. Il apprit aussi à gagner sans se prendre pour Dieu et à perdre sans se trouver nul, il apprit à connaître quelques mystères de l’âme humaine, dans les labyrinthes de laquelle il sut pénétrer plus tard, en un périlleux voyage, tout au long de son œuvre. »

 

Eduardo Galeano, Le football, ombre et lumière.

 

« On se souvient de ce titre magnifique du roman et film éponyme de l'écrivain autrichien Peter Handke : «L'angoisse du gardien de but au moment du penalty». Tous les amateurs de foot et ceux, plus rares, qui ont parfois tenté l'expérience du gardien à ce moment précis mesureront la justesse et la beauté de ce titre. Il est rare que les artistes s'inspirent de ce jeu entre 22 individus qui courent derrière un ballon rond. Et encore moins de cet homme qui se tient seul et pendant 90 minutes entre trois bouts de bois et se saisit de la balle avec les mains. Pourtant, s'il est un spectacle où l'impondérable est l'enjeu essentiel, où le récit se développe dans le mouvement et s'improvise au fur et à mesure du déroulement de l'action, c'est bien celui d'un match de foot. Le processus dramaturgique de la confrontation se construit dès le coup d'envoi. Les acteurs de l'histoire participent en chœur à l'écriture d'un récit dont nul ne connaît d'avance le «pitch». Ceux qui regardent le spectacle comme ceux qui le font ignorent son dénouement. C'est une des fictions les plus réalistes et c'est ce qui fait, peut-être, la magie et la morale de ce spectacle vivant.

 

Mais le pénalty tout comme le tir-au-but, est sans aucun doute la dramaturgie la plus intense du football, un face-à-face au bout duquel il y aura un gagnant et un perdant, un sauveur et un maudit.

 

Deux noms, connus par ma génération, illustrent bien l’intensité de cet acte sacrificiel : Maxime Bossis et Faruk Hadzibegic.

 

Leur « pénalty raté » l’un face à l’Allemagne, qui n’était que la RFA, à Séville, le 8 juillet 1982, en demi-finale de la Coupe du Monde, l’autre le 30 juin 1990, à Florence, en quarts de finale de la Coupe du Monde face à l’Argentine de Maradona.

 

L’Histoire avec un grand H planait sur ce drame moderne : Séville 82 : La France crie vengeance, et lors du Mondial-1990, Croates et Serbes jouaient sous le même maillot, celui de la Yougoslavie – ce fut la dernière fois, une fin précipitée par le dernier penalty… Dans les mois qui suivirent, tant et tant de supporters devinrent les miliciens d’une guerre civile. Une guerre durant laquelle les nationalismes se sont affrontés dans le sang, sous les bombardements.

 

Mais revenons à la dramaturgie comme le dit très bien Platini le banni :

 

« Celui qui n’a jamais vu ce match n’a jamais vu un match de football. Celui qui n’a jamais vu ce match n’a jamais vu un match de Coupe du monde. Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d'émotions que la demi-finale perdue de Séville ».

 

À tort on parle de pénalty, le péno de notre enfance, alors qu’il s’agit d’un tir-au-but qui est une épreuve utilisée pour départager deux équipes à la suite d'un match nul. Dans le cas du pénalty, le tireur ou tout autre joueur de champ peut tenter à nouveau sa chance en cas d’échec dans la continuité de l’action. Pour le tir au but c’est sans appel en cas d’échec du tireur, tir à côté, au-dessus ou sur les montants ou arrêt du gardien de but.

 

La loi 14 du football fait partie des 17 lois du jeu régissant le football, maintenues par l'International Football Association Board (IFAB). La loi 14 se rapporte au coup de pied de réparation, communément appelé « penalty » (de l'anglais penalty kick).

 

L'inventeur du « penalty kick » est l'Irlandais William McCrum, en 1890, en tant que membre de l'Association irlandaise de football de l'époque.

 

Le 8 juillet 1982, à Séville, les Bleus perdent en demi-finale de la Coupe du Monde contre les Allemands aux tirs au but. L’ancien Nantais Maxime Bossis s’en souvient.

 

- Comment vivez-vous le fait d’avoir manqué un tir au but?

 

Je n’en ai plus jamais tiré depuis. Je suis resté traumatisé par ça. Après dans le jeu, je n’ai pas été traumatisé car j’ai enchaîné derrière avec une saison extraordinaire au FC Nantes avec un titre de champion de France en 83. Les tirs au but, en revanche, ça n’était plus pour moi après cet échec.

 

- Vous avez dû vous refaire le film souvent?

 

Évidemment, je me suis refait le film. Je n’étais pas prévu dans les cinq premiers tireurs donc je n’étais pas préparé psychologiquement à ce tir au but (il était le sixième tireur). J’ai hésité jusqu’au but pour savoir quel côté j’allais choisir. Je me suis toujours demandé pourquoi j’ai autant assuré le coup et essayé de placer le ballon alors que j’étais tout à fait capable de le placer de l’autre côté ou de tirer en force au milieu. Plus de 2.000 fois, je me suis dit que j’aurais dû tirer autrement ce tir au but. Après, j’ai vu que d’autres en ont raté comme Platini en 86 mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de tristesse et de culpabilité quand on rate un tir au but.

 

- Vous vous souvenez parfaitement du moment où vous partez le tirer?

 

Je me souviens de mon départ du rond central et de ma marche jusqu’au point de penalty. Ça m’a paru durer une éternité. Je me rappelle aussi que je me disais: «Qu’est-ce que je fais? Je place le ballon où? Je tire en force?» J’ai sans doute trop hésité avant ce tir au but. On me parle tout le temps de ce tir au but manqué. C’est impossible pour moi de ne pas m’en souvenir mais je n’en ai quand même jamais fait de cauchemars.

 

France-Allemagne de 1982, c’est un vrai chagrin que les Allemands, par la voix de Helmut Schmidt, chancelier de l’époque, ont tenté d’adoucir par le biais d’un télégramme envoyé à François Mitterrand dans lequel il écrivait :

 

«Le jugement de Dieu qui, selon la mythologie classique, entre en jeu dans chaque combat entre deux peuples a voulu que cette chance échoie au camp allemand dans ce match. Nous sommes de tout cœur avec les Français qui méritaient d’aller de l’avant tout autant que nous

En 1990, l’Italie accueille le Mondial de foot. Le 30 juin à Florence, les Yougoslaves affrontent, en quarts de finale, les Argentins de Maradona. Au coup de sifflet final, le score est nul. La séance des tirs au but s’achève sur ce qui a été qualifié à tort le penalty raté du capitaine, Faruk Hadzibegic.

 

Ce sera l’ultime apparition de l’équipe nationale d’un pays en voie d’implosion. C’est dans les virages des stades, tenus par la pègre, qu’ont été formés, en Serbie et en Croatie, les groupes paramilitaires, dont les méfaits, dans les années 1980, préfigurent les conflits de la décennie suivante.

 

Ce « penalty manqué » par Faruk Hadzibegic devenait soudain une histoire de football et de guerre. Le symbole, le déclencheur de l’éclatement d’un pays.

 

Gigi Riva, dans son livre le Dernier Penalty, formidable enquête, histoire de football et de guerre, ne manque pas de le rappeler, l’explosion de la Yougoslavie, «une idée romantique à l’agonie» alors, bruissait depuis quelque temps – dix ans après la mort du dirigeant Tito, la fédération socialiste n’était maintenue à flot qu’à coups d’illusions. Ainsi, ça avait chauffé fort lors d’un match entre le Dynamo Zagreb et l’Étoile Rouge de Belgrade. Dans le stade, les supporters avaient déployé des banderoles avec des slogans identitaires et créé une émeute.

 

Gigi Riva est rédacteur en chef de l’hebdomadaire italien L’Espresso, homonyme d’une légende de la Squadra Azzura et il a couvert la guerre des Balkans. Son livre raconte comment foot et politique se sont croisés durant un demi-siècle, jusqu’au paroxysme de Florence en 1990.

 

« Dans les Balkans, dire que le sport est comme la guerre n’est pas une métaphore. La guerre est la continuation du sport par d’autres moyens. »

 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 06:00
Mieux qu’un vulgaire BBQ, de la barbe au cul, offrez-vous un cochon de lait nature pris sous la mère !

Oui je l’avoue je ne suis pas du tout barbecue, ça pue le graillou, tu manges debout, en plein soleil, t’as les doigts gras, tu t’en fous partout, c’est carbonisé et par-dessus le marché tu bois du jaja tiède débité au robinet d’une outre moderne dites bag-in-box.

 

Je trouve le BBQ trop petit bras, très petit bourgeois, pavillon, gazon, Roundup dans les allées gravillonnées, ma préférence va à la bête entière, embrochée, le genre méchoui ou cochon de lait rôti…

 

Avant de vous proposer mon cochon de lait nature parlons du barbecue et écartons de suite la fable franchouillarde, reprise au XVIe par les rosbifs, qui voudrait que le barbecue tienne son origine de la « barbe au cul » désignant la manière d’embrocher l’animal en fin de partie de chasse.

 

La mode du BBQ nous vient des States, le mot barbecue aurait été emprunté à l’hispano-américain. On trouve son origine dans les civilisations pré-caribéennes, les arawak ; on retrouve des traces du mot originel barbacoa dès 1518 au sens «dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air». En 1697 dans A new Voyage round the World de William Dampier il est utilisé au sens de « cadre de bois latté servant de sommier » sous la forme barbecu, borbecu. Par la suite, en 1699, le mot anglais a muté en «dispositif sur lequel l’on fait rôtir les viandes en plein air» ; enfin au début du XVIIIe il a désigné la «viande rôtie à ce dispositif » et on retrouve l’utilisation du terme « barbecue » dès 1733 pour signifier un rassemblement festif organisé autour de grillades de viandes.

 

Au 19e siècle, le barbecue est très répandu dans le sud des États-Unis, notamment à Memphis, en Caroline du Nord et au Texas. Cette technique de cuisson lente étant une façon astucieuse d’attendrir les bas-morceaux, qui étaient souvent le lot de la population afro-américaine pauvre vivant dans le Sud. Au début du 20e siècle, le barbecue s’est répandu sur tout le territoire. Dans les années 50, on retrouve ainsi des grills (restaurants servant une cuisine au barbecue) dans chaque ville nord-américaine.

 

 

En 1957, la revue Popular Mechanics propose des plans pour fabriquer un barbecue extérieur à partir d’un baril de pétrole. Puis, quatre ans plus tard, George Stephen Sr. révolutionne l’appareil en y ajoutant un couvercle hermétique et des trappes d’aération pour mieux contrôler la chaleur. C’est ainsi que le premier barbecue à couvercle a vu le jour.

 

 

En 1960, on réussit pour la première fois à raccorder le barbecue à l’alimentation en gaz naturel de la maison. Puis dans les années 70, avec l’ajout d’un réservoir au gaz propane à même l’appareil, on assiste à l’essor de la plus récente génération de barbecues.

 

 

Le texte qui suit est extrait du Livre Le Cuisinier Français de François Pierre La Varenne publié en 1651. « Originaire de Bourgogne, ce modeste provincial s’est formé dans les cuisines du marquis d’Uxelles, gouverneur de Chalon. » Cet ouvrage, destiné aux apprentis cuisiniers, fut révolutionnaire car « l’auteur a été le premier à mettre par écrit, dans les nombreuses recettes qu’il propose, les transformations considérables des goûts et habitudes gastronomiques des Français entre 1550 et 1650. Cent ans au cours desquels la cuisine médiévale a laissé place à la grande cuisine moderne. »

 

Je trouve ce texte d’une grande beauté formelle.

 

 

Cochon de lait au naturel

 

« Prenez-le dessous la mère, échaudez-le, faites-le babiller et rôtir avec un bouquet, du sel et du poivre dans le corps, puis servez.

 

Autre façon : prenez-le aussi en-dessous la mère, saignez-le dans l’eau prête à bouillir, puis, étant pelé, videz-le par le côté, troussez les pieds de devant vers le col, et ceux de derrière avec une brochette. Faites-le blanchir dans de l’eau chaude et ciselez-le sur le corps pour le cuire. Mettez dans l’estomac un oignon piqué de de clous de girofle, de fines herbes, un peu de beurre, du sel et un peu de poivre, puis recousez l’ouverture et faites-le rôtir.

 

Pour n’avoir point la peine de l’arroser : le frotter d’huile d’olives. Par ce moyen, il prend bonne couleur, et la couenne devient fort délicate. Étant bien cuit, servez-le garni de fleurs. Vous pouvez l’arroser avec du sel et de l’eau, ou le frotter avec du lard.»

Mieux qu’un vulgaire BBQ, de la barbe au cul, offrez-vous un cochon de lait nature pris sous la mère !
Partager cet article
Repost0
10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 06:00
Sujet de philosophie au baccalauréat option viti-oeno pour les nuls : « La vraie nature du vin »

Les parents, les grands-parents et leurs mouflons angoissent : en juin les épreuves du baccalauréat pointent le bout de leur nez ce qui permet aux journalistes de nous servir un beau marronnier.

 

Votre serviteur a lui passé 2 bacs, l’un en fin de première dit examen probatoire (l’année suivante il fut supprimé) et l’autre en fin de Terminale le vrai baccalauréat.

 

J’ai donc, dans mon parcours scolaire obtenus 4 diplômes : les 2 bacs, la licence en droit public et un doctorat de 3ième cycle.

 

Se retrouver dans une salle surveillée pour plancher sur 1 sujet choisi parmi 3 propositions m’a toujours excité : j’adore être au pied du mur sans autre possibilité que de réussir à passer de l’autre côté pour retrouver ma liberté.

 

Je choisissais toujours très vite le sujet à traiter en fonction de mon inspiration. Ensuite venait un long temps de réflexion pour pondre la première phrase : c’est important la première phrase c’est comme enfoncer le soc d’une charrue pour commencer à labour. Ça pouvait durer un long moment mais dès qu’elle me plaisait je pondais mieux encore qu’une poule en batterie.

 

Tout à la fin je pratiquais la conclusion ouverte, ça ne mangeait pas de pain et ça laissait le correcteur sur une bonne impression.

 

Autre détail : je m’appliquais à écrire lisiblement.

 

Bref, face au sujet de philo :  «Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ? » je laissais ma plume vagabonder pour me payer un 18/20 qui avec son coefficient 9 me permettait sur les autres matières de me friser la moustache que je n’avais pas encore.

 

En dépit de cette belle note je n’ai jamais envisagé d’aller plus avant, d’embrasser la profession de philosophe. Bien m’en a pris, imaginez que fusse devenu le BHL ou l’Onfray de service, j’en tremble de frayeur…

 

Voilà pour la partie souvenirs d’un gus que les examens n’ont jamais empêché de dormir, reste pour moi à entrer dans le vif du sujet du jour : « La vraie nature du vin ».

 

Je l’ai découvert sur les panneaux Decaux.

 

C’est l’œuvre de Gérard Bertrand qui, bien qu’ancien rugbyman, aime surfer sur les tendances.

 

Le vin Nature, comme nous les serine à tout bout de champ le ronchon Pr Tiron, est l’enfant chéri des bobos parisiens qui, bien évidemment, ne vont pas l’acheter dans les allées de la GD où les vins du Grand Gégé sont omniprésents.

 

Alors pourquoi cette accroche ambigüe ?

 

Ça m’interroge !

 

Deux concepts forts mis bout à bout : la vérité et la nature du vin au sens de la nature humaine.

 

Nature humaine :

 

Ensemble des caractères qui définissent l'homme, considérés comme innés, comme indépendants à la fois des déterminations biologiques et des déterminations sociales, historiques, culturelles.

 

« Le thème de la nature humaine n'avait cessé de susciter l'interrogation, de Socrate à Montaigne et Pascal, mais c'était pour y découvrir l'inconnu, l'incertitude, la contradiction, l'erreur (...). Lorsqu'enfin, avec Jean-Jacques, la nature humaine émergea comme plénitude, vertu, vérité, bonté, ce fut aussitôt pour nous en reconnaître exilés et la déplorer comme un paradis irrémédiablement perdu. Et il fallut peu, par la suite, pour découvrir que ce paradis était aussi imaginaire que l'autre (E. Morin, Le Paradigme perdu: la nature humaine, Paris, éd. du Seuil, 1973, p.20)

 

Vraiment est-ce que le sans soufre ajouté donne un brevet de naturalité au vin de Gégé?

 

J’en doute.

 

Les vinificateurs de GB révèlent-ils par ce simple fait la vraie nature de ce vin baptisé Naturae ?

 

Je suis sûr que non.

 

Vraiment, comme le disait Audiard, « Faut pas prendre les oiseaux du bon Dieu pour des canards sauvages ! »

 

Y’a une erreur de casting et de cible : l’habit ne fait, ici et comme souvent, pas le moine et les petites louves et les petits loups, qui aiment se siffler des vins nus, ne vont pas tomber dans le panneau.

 

Après ces rapides digressions commerciales je vous invite à sortir votre plumier pour commencer à plancher sur le sujet.

 

Comme je suis bon et que je n’irai pas vérifier, vous avez 4 heures.

 

Je ne ramasserai pas les copies parce que je vous fiche mon billet que pas un seul d’entre vous va s’y coller, même les accrocs de Face de Bouc. Se taper une dissertation de philosophie c’est plus difficile que de poster des conneries ou de torcher des commentaires pour faire le beau avec des vannes à 2 balles ou des analyses qui atterreraient le plus extrémistes des économistes atterrés.

 

Au cas où une disserte se pointerais rassurez-vous je noterai sur 1000 grâce à l’algorithme savant de mes amis Butane&Degaz.

 

Le Baccalauréat, deux cents ans d'histoire

 

Pour chaque étudiant qui l’obtient, le baccalauréat sonne comme une victoire. Plus qu’un diplôme, il marque quasiment aujourd'hui le passage à l’âge adulte, tant son obtention coincide avec l'âge légal de la majorité. Etymologiquement, le mot baccalauréat a pour racine la locution latine “bacca laurea” , c’est-à-dire “la couronne de laurier ”. Il s’agit de lacorono triumphalis , la couronne triomphale, distinction honorifique symbolisant la gloire de son porteur. En latin tardif, il devient "baccalaureatus " et prend pour signification "degré de bachelier donné dans les universités".

La racine du mot "bachelier", quant à elle, diffère. Jusqu’au XVIIe siècle, avant que sa signification évolue, le bachelier n'est autre que le “jeune noble aspirant à devenir chevalier”.

Les origines étymologiques du diplôme, qu'il s'agisse de locutions latines ou d'Ancien Français, lui confèrent presque une dimension épique. On est loin d'une épreuve où l'on se contente de réciter des connaissances acquises. Pourtant, l'histoire du baccalauréat ne débute qu’au XIXe siècle.

Un baccalauréat réservé aux élites Le mot "baccalauréat" prend une toute autre signification lorsque Napoléon Ier décide d'en faire un diplôme d'entrée à l'université. L'Empereur veut former les élites indispensables au fonctionnement du pays et, pour ce faire, créé les lycées . Avec l’aide de Foucroy, il publie un décret qui rétablit les universités de l’Ancien Régime.

Au sortir de la Révolution française il n'existe en effet plus d'écoles de tous niveaux. Les écoles primaires sont repensées sous l'impulsion, notamment, de Talleyrand. On créé avec succès des écoles spécialisées, dont l’Ecole polytechnique, qui forme les militaires, ou le Conservatoire National des Arts et Métiers.

Napoléon, lui, s'intéresse essentiellement à l'enseignement secondaire, qui a pour vocation d'apporter "les connaissances premières nécessaires à ceux qui sont appelés à remplir des fonctions publiques, à exercer des fonctions libérales ou à vivre dans les classes éclairées de la société ".

C'est ainsi que sont restaurées les facultés de Droit, de Théologie et de Médecine, et qu'est créée celle de Sciences. Pour accéder à ces dernières, il faut obligatoirement être le titulaire d’une “maîtrise ès arts” dispensée par la faculté de Lettres. C'est cette maitrise qui est nommée “baccalauréat”.C'est en effet la culture gréco-latine qui domine le champ culturel, d'où l'importance de la faculté des Lettres.

Loin de sanctionner les années d’études passées au lycée, le baccalauréat est en réalité conçu comme le premier grade universitaire, ce qu’il est d’ailleurs toujours dans les textes.

Le texte du 17 mars 1808 précise ainsi :

“16. Les grades dans chaque faculté seront trois : le baccalauréat, la licence, le doctorat. [...]

19. Pour être admis à subir l’examen du baccalauréat dans la faculté des lettres, il faudra 1) être âge d’au moins 16 ans; 2) répondre sur tout ce qu’on enseigne dans les hautes classes de lycée. [...]

22. On ne sera reçu bachelier dans la faculté des sciences qu’après avoir obtenu le même grade dans celle des lettres [...].

26. A compter du 1er octobre 1815, on ne pourra être admis au baccalauréat dans les facultés de droit et de médecine sans avoir au moins le grade de bachelier dans les celle des lettres.”

La première session du baccalauréat, en juillet 1809, n’accueille que 39 candidats, tous issus de la haute bourgeoisie. L'examen est alors quasi donné : il n’existe pas encore d’épreuve écrite, l’épreuve consiste simplement en un entretien oral.

“On dit que le bac était difficile au début, qu’on ne prenait que la moitié des candidats, c’est absolument faux, on en prenait au début 95 %, puis 90 %... Et ça dure très longtemps ”, raconteAndré Chervel, historien de l’éducation, spécialiste du bac de lettres dans les 50 premières années de sa création :

La suite ICI

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 06:00
«Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. «Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. Crédits photo : Wikimedia commons LES ARCHIVES DU FIG

«Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. «Rien de plus charmant que le dîner dans le jardin de l'hôtel Ritz, cette oasis de calme fraîcheur au centre de Paris», Le Figaro en 1901. Crédits photo : Wikimedia commons LES ARCHIVES DU FIG

Depuis le lundi 6 juin le Ritz est de nouveau ouvert je vais donc pouvoir aller traîner au bar Hemingway pour voir comment ils ont lifté le décor de chaudes boiseries tentant de reproduire l’atmosphère de l’époque Hemingway. Que sont devenues sur les murs, les photos et couvertures de magazines, machines à écrire et même une carabine, rendant un hommage permanent à l’auteur du Vieil Homme et la mer, Prix Nobel de littérature en 1954 ?

 

Et, qu’est devenu Colin Field, le chef barman de l’historique « Bar Hemingway », un citoyen de Sa Très Gracieuse Majesté, Colin Field, natif de Rugby, patrie de la célèbre Rugby School et de son sport éponyme, dans le canton de Stratford-upon-Avon lieu de naissance de William Shakespeare ?

 

 

Le bar Hemingway du Ritz est une légende parisienne depuis plus d'un siècle. En 1898, avec l'aide de l'architecte Charles Mewès, César Ritz conçoit, en collaboration avec le chef français Auguste Escoller un établissement au confort «ultra-moderne»: premier hôtel bénéficiant de l'électricité à tous les étages. Chaque chambre est équipée d'une salle de bain privée avec baignoire. Une petite révolution pour l'époque !

 

Racheté en 1997 par le milliardaire égyptien Mohamed Al Fayed. La même année, c'est en partant d'ici, poursuivis par les paparazzi, que son fils, Dodi Al Fayed, et Diana, la princesse de Galles, ont été victimes d'un accident mortel.

 

Le Ritz a bâti une partie de sa légende sur sa fréquentation, faite de personnalités politiques de renom, d'acteurs américains ou d'écrivains. Ernest Hemingway y avait ses habitudes, Audrey Hepburn y a tourné trois films, Charlie Chaplin ou Jean-Paul Sartre y ont été clients.

 

 

La libération du bar du Ritz, le 25 août 1944, par Ernest Hemingway (1899-1961), tient plus de la légende, initiée par le romancier américain en personne, que de la vérité historique.

 

En revanche, son attachement à ce palace, où il avait souvent séjourné avant la guerre, est lui bien réel : « Lorsque je rêve de la vie après la mort, l'action se passe toujours au Ritz à Paris ».

 

Hemingway a participé au Débarquement du 6 juin, au sein du 22e régiment d'infanterie de la 4e division américaine. Correspondant de guerre pour le magazine « Collier's », il suit en juin et juillet les troupes américaines remontant vers Paris, en appui de la 2e DB française.

 

« L'écrivain ne doute de rien. Surtout pas de lui-même. À Rambouillet, à la mi-août, un résistant se souvient qu'il « ne parlait que de cela : être le premier Américain à Paris et libérer le Ritz ». Il réussit, sur son nom et avec l'appui de l'Etat-Major de la IIIe Armée (commandée par Patton), à obtenir un rendez-vous avec le général Leclerc, commandant la 2e DB. Il veut lui demander, rien de moins, des hommes pour aller tout de suite vers Paris libérer le bar de son palace favori.

 

L'accueil du général est glacial. L'écrivain s'étonnera longtemps d'avoir été éconduit.

 

Le 25, vêtu de l'uniforme de correspondant, fusil-mitrailleur au poing et accompagné d'un groupe de résistants, il arrive toutefois en jeep place Vendôme. Il fait irruption dans le palace et annonce qu'il vient « libérer personnellement » le Ritz et son bar, réquisitionné en juin 1940 par les nazis et occupé par les dignitaires allemands, dont à l'occasion Goering et Goebbels.

 

Le directeur de l'hôtel, Claude Auzello, vient vers lui. Hemingway lui demande : « Où sont les Allemands ? Je viens libérer le Ritz ». « Monsieur, ils sont partis depuis très longtemps. Et je ne peux pas vous laisser entrer avec une arme ».

 

Hemingway va la reposer dans la jeep, pour revenir au bar où il laissera une ardoise historique de 51 dry Martini !

 

 

La suite ICI 

 

Hemingway restera nostalgique de cette période de sa vie. Il écrira à Marlène Dietrich « J'ai été vraiment amoureux dans ma vie, de cinq femmes, de la République espagnole et de la 4e division ».

 

 

« Le Petit Bar » du Ritz porte son nom depuis 1994. Sur le comptoir, trône une sculpture en bronze à son effigie. L'écrivain, alors sans le sou, avait découvert le Ritz à la fin des années 20 en compagnie d'un compatriote fortuné, Francis Scott Fitzgerald, avant de connaître le succès avec « Le soleil se lève aussi » et « L'adieu aux armes ».

 

Affabulateur l’Hemingway, s’il n’a pas libéré le petit bar du Ritz a-t-il inventé le fameux cocktail Bellini ?

 

 

Le Bellini a été créé au Harry’s Bar de Venise et est devenu la boisson emblématique de l’endroit. Rappelons que le Harry’s, fondé en 1931 (et qui n’est pas lié au « vrai » Harry’s, celui de Paris), devint dès son ouverture le rendez-vous de tous les hommes de goût et est connu pour avoir été l’une des escales favorites d’Hemingway. C’est à Giuseppe Cipriani, le patron du bar, que l’on doit la création du Bellini.

 

Mélange de nectar de pêches blanches et de champagne ou de prosecco, le cocktail a été conçu en 1948, et doit son nom au peintre vénitien Giovanni Bellini (et non pas au compositeur sicilien du XIXème siècle Vincenzo Bellini, comme on le croit parfois). Toute la difficulté et l'équilibre du Bellini dépend avant tout de la qualité du nectar pêche.

 

Dans son Venise comme je l’aime… Un guide pour se perdre… France Thierard écrit : Savourer un « cocktail Martini » au Harry’s Bar

 

« L’endroit pour retrouver ses amis vénitiens, le vendredi soir, toujours fidèles au bar mythique. Et si, Giuseppe Cipriani, avec Ernest Hemingway, est l’inventeur du « Bellini », je préfère le « cocktail Martini » de son fils Arrigo ou, plus fort encore, son « Bull shot », un mélange explosif de vodka, de consommé de bœuf, de citron et de tabasco »

 

Comprenne qui pourra !

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Archives

Articles Récents