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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 09:45
8000 visiteurs pour le cri de Catherine Bernard, un grand merci à vous mais comment faire que ceux  qui n’ont pas de voix puisse se faire entendre ?

Du jamais vu en 14 ans de blog, exceptionnel, vous avez répondu à mon injonction : lisez et relayez le cri de Catherine Bernard et bougez-vous le cul !

 

Grand Merci.

 

Je n’écris pas en qualité de vigneronne.

 

Je n’écris pas non plus en qualité de vigneronne victime d’une calamité agricole, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident climatique.

 

J’écris en qualité de témoin du changement climatique à l’œuvre, qui est en fait un bouleversement, qui ne concerne pas ici des vignerons, là des arboriculteurs, hier des pêcheurs, demain des Parisiens asphyxiés, mais bien tous, citadins ou ruraux, habitants du Sud comme du Nord, de l’Ouest, ou de l’Est.

 

J’écris en qualité d’hôte de la terre. Nous sommes chacun, individuellement, interdépendants les uns des autres.

 

Comme l’a écrit Catherine, il ne s’agit pas de son cas personnel, ni de faire pleurer Margot, mais de tenter de comprendre, de ne pas s’en tenir à des explications simplistes, de ne panser que les plaies, de se contenter de mettre des cautères sur une jambe de bois, la Chambre  d’Agriculture de l’Hérault s’en occupe, pour elle malheur est bon pour augmenter son emprise sur les vignerons.

 

Le Ministre de l’agriculture va faire un petit saut dans l’Hérault avec à ses côtés le sieur Despey bardé de ses présidences de la Chambre d’agriculture, du conseil vins de FranceAgrimer, de sa vice-présidence de la FNSEA, qui dira des sous et de l’irrigation.

 

J’ai connu ça, le préfet veillera à ce que les suiveurs du ministre soient estampillés professionnels agréés. Je les connais, leur expertise de la culture de la vigne est à la hauteur de leur présence dans leurs vignes. Ils délèguent ça aux conseillers des chambres et autres organismes.

 

Les je sais-tout type Bizeul ironiseront sur les bio-cons qui ayant fait souffrir leurs vignes, les ont poudré de soufre sont les artisans des brûlures de ce putain de cagnard… Les bavassous, type Gerbelle, pontifieront dans les médias, ça pourrait élargir leur étroit fonds de commerce.

 

Et les vigneronnes-vignerons dans ce concert de sachants ?

 

Que faire pour que ceux  qui n’ont pas de voix puisse se faire entendre ?

 

Telle est la question que nous nous posons avec Catherine ?

 

Nous réfléchissons à une plate-forme d’échanges et de retour d’expérience entre vigneronnes-vignerons.

 

Un outil à eux, par eux, pour eux…

 

Qu’en pensez-vous ?

 

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 06:00
Hommage à mon ami Pierre Fouillade le cantalou, homme passionné et sincère au service de l’élevage

Souvenir de notre arrivée, Pierre, Alain et moi, dans le cénacle du Conseil Général du Ministère de l’Agriculture, CGAER, plus communément dénommé gagatorium, accueillis avec une certaine hauteur frisant la condescendance, que venaient foutre ces 3 vilains petits canards noirs dans la belle basse-cour des ingénieurs, des vétérinaires et des administrateurs civils. Même pas fonctionnaires ! Simples mise à disposition !

 

Ces messieurs me ménageaient un peu tout de même, un ancien directeur de cabinet ça faisait bien dans le tableau, Alain Cointat portait le nom de son père Ministre, restait l’ami Pierre Fouillade un homme discret qui ne cherche pas la lumière.

 

Pierre, je l’avais appelé au cabinet pour prendre en mains le dossier difficile des productions animales, simple ingénieur, homme de terrain, crédible, pragmatique, il déminait les dossiers, écoutait, bâtissait des voies de sortie face à une administration plus encline à imposer sa vision qu’à comprendre ceux qui font. Cette administration, rancunière, lui gardera un chien de sa chienne, en le faisant virer de la direction de l’Office des Viandes (OFIVAL)  

 

Bref, tout pour plaire à la cotriade des IGREF devenus IPEF, Pierre et moi partagions le même petit bureau. Maire de Valette dans le Cantal, petite commune de moins de 500 habitants, Pierre déployait une énergie folle au service de ses administrés qu’il allait rejoindre le week-end par le tortillard de la SNCF.

 

Pierre était un bourreau de travail, très vite, sans se pousser du col, il s’imposa comme celui qui, dans cette enceinte de penseurs en chambre, maîtrisait le mieux les questions de l’élevage. Je dois reconnaître que mes chers collègues furent beaux joueurs, ils confièrent les guides de rapports importants à Pierre. Moi je riais dans ma barbe de trois jours, en rajoutant dans l’ironie rosse lors de nos réunions.

 

Nous sommes, Alain, Pierre et moi à la retraite, mais pour mes deux compères elle est active et engagée. Je n’en dirai pas plus pour ne pas faire rougir Pierre et mettre à l’épreuve sa modestie naturelle. Simplement, ce matin j’avais envie de lui donner un coup de chapeau.

 

Je profite de l’occasion pour publier un extrait de Alto Braco de Vanessa Bamberger, abordant la question de l’exportation des veaux vers l’Italie, rien que pour mettre à l’épreuve les relations amicales entre les aveyronnais et les cantalous…

 

Alto braco  

 

  • Là, ce sont des aubracs ! ai-je presque crié. Regarde les petits veaux !

 

  • Ils seront bientôt vendus aux italiens pour en faire des escalopes.

 

Devant mon air surpris, elle m’a révélé la spécificité des éleveurs français : c’étaient des naisseurs, pas des engraisseurs. La vache développait son muscle en mangeant des protéines végétales, herbe en été, foin en hiver, ensuite il fallait l’alimenter en céréales pour le persillé, le gras. De quoi les Italiens se chargeaient.

 

  • Si au moins ils ne les gavaient pas de maïs après les avoir piqués aux antibiotiques, a-t-elle enchaîné.  Et d’autres choses pas très catholiques, si tu veux mon avis.

 

Pourquoi ne m’en avait-elle jamais parlé auparavant ? Ce genre de sujet me passionnait, elle le savait bien. Du reste, elle me demandait toujours ce que j’avais à m’énerver contre les industriels de l’agroalimentaire si c’était pour ne rien en faire. À ce qu’elle sache, je mangeais régulièrement des croque-monsieur et des salades César. Pensais-je donc qu’on y mettait du jambon de qualité, du poulet fermier ? Elle pointait du doigt mon ambivalence. Tu es bien comme ta grand-mère, concluait-elle systématiquement.

 

  • Tu n’aimais déjà pas la viande, je n’allais pas en plus te raconter qu’elle n’était pas toujours produite correctement ! Avec Douce, on gardait un petit espoir que tu changes d’avis… De toute façon on n’a jamais servi que du bœuf dont on connaissait la provenance. La traçabilité est la clé. Le jour où il y aura un énième scandale sanitaire, le marché italien s’effondrera et ces couillons aubracois finiront le bec dans l’eau parce qu’ils n’auront rien anticipé. C’est dommage, parce que l’engraissement est le maillon le plus important de la chaîne, et la seule source de plus-value possible. Ce que font les Italiens, nous sommes capables de le faire, en mieux.

 

   […]

 

Au moment où nous allions franchir la route, un grand camion rouge est passé à toute vitesse. Cela n’a duré qu’une poignée de secondes mais j’ai eu le temps de voir la plaque d’immatriculation italienne, les dizaines de veaux entassés à l’intérieur. Je suis restée ahurie un instant, incapable de faire le moindre geste.

 

Note Pierre que l’auteur remercie Jocelyne Porcher une élève de notre Joseph Bonnemaire, encore un coup du père Joseph…

  • En France 
  •  

L'exportation d'animaux est une activité très importante pour le négoce de bestiaux. En effet, chaque année de plus 1 million d'animaux sont exportés de la France :

 

    • en 2017 BOVINS : 1 million 467 205 bovins exportés dont environ 1 million 4 destinés aux pays de l'Union Européenne. 
    • en 2017 OVINS : 489 milles 657 ovins exportés toutes destinations (99% de l'Union Européenne), (Eurostat, 2017). 

 

Nos principaux clients sont : l'Italie (broutards), l'Espagne (veaux et broutards) et également les pays du Maghreb tel que l'Algérie, Liban, Suisse et Maroc. Ces animaux sont généralement transportés en camion vers l'Italie et l'Espagne et par bâteaux pour les pays du Maghreb. 

 

 

  • Nos concurrents

 

L'Europe de l'Est commence à exporter vers l'Italie des volumes de plus en plus importants, l'Espagne exporte également ses broutards en Italie, au Liban, en Turquie et en Libye. L'Espagne est donc un de nos principal concurrent du fait qu'elle exporte vers les mêmes débouchés que ceux de la France. 

 

 

On constate également une augmentation de l'exportation en 2017 sur la figure ci-dessous. Les pays hors UE et notamment le Brésil, l'Uruguay, l’Afrique de l'Est, exportent vers le bassin méditerranéen, avec des volumes bien plus conséquents par rapport à l'activité de la France (CHOTTEAU C., 2018) . 

 

La France, grande exportatrice de broutard(e)s

Dans un contexte où l’Algérie et la Turquie ont rouvert leurs frontières aux exportations de bovins français, Interbev a souhaité faire le point sur plusieurs années d’export dans la filière bovine, lors du Sommet de l’élevage. Enseignements. ICI 

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1 juillet 2019 1 01 /07 /juillet /2019 06:00
Lisez, relayez le cri de Catherine Bernard, vigneronne dans l’Hérault « Le coup de chalumeau dans les vignes du Midi n’est pas 1 calamité agricole. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée »

Mon amie Catherine pousse ici un CRI dans l’acception de l’œuvre expressionniste de l'artiste norvégien Edvard Munch dont il existe cinq versions réalisées entre 1893 et 1917. Symbolisant l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle.

 

Image associée

 

C’est bien de cela qu’il s’agit.

 

Lisez et relayez, merci !

 

Bougez-vous le cul !

 

 

Je suis vigneronne.

 

Je n’écris pas en qualité de vigneronne.

 

Je n’écris pas non plus en qualité de vigneronne victime d’une calamité agricole, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident climatique. Ce qui s’est produit dans les vignes du Gard et de l’Hérault vendredi 29 juin, est d’une tout autre nature, d’un tout ordre, ou plus exactement d’un tout autre désordre.

 

J’écris en qualité de témoin du changement climatique à l’œuvre, qui est en fait un bouleversement, qui ne concerne pas ici des vignerons, là des arboriculteurs, hier des pêcheurs, demain des Parisiens asphyxiés, mais bien tous, citadins ou ruraux, habitants du Sud comme du Nord, de l’Ouest, ou de l’Est.

 

J’écris en qualité d’hôte de la terre. Nous sommes chacun, individuellement, interdépendants les uns des autres.

 

J’étais vendredi matin dans les vignes pour faire un tour d’inspection des troupes et ramasser des abricots dans la haie de fruitiers que j’ai plantée en 2010 entre les terret et les cinsault. Il faisait déjà très chaud. Je ne sais pas combien, je ne veux pas ouvrir le livre des records. Je suis rentrée au frais, et je me suis plongée dans la lecture d’un livre passionnant, La vigne et ses plantes compagnes de Léa et Yves Darricau. J’ai repoussé la plantation de 30 ares de vignes à l’origine programmée pour cette année, à plus tard, à quand je saurai comment et quoi planter. Je cherche. A 18 heures, Laurent, mon voisin de vignes avec qui je fais de l’entraide, m’appelle :

 

-       Là-haut à Pioch Long, les syrahs sont brûlées.

 

-       Comment ça brûlées ?

 

-       Oui, brûlées, les feuilles, les raisins, comme si on les avait passé au chalumeau.

 

J’ai pris ma voiture, et je suis allée dans les vignes. Quand j’ai vu à La Carbonnelle, les grenaches, feuilles et grappes brûlées, grillées, par zones, sur la pente du coteau exposée sud-ouest, je n’ai pas pensé à la perte de la récolte. J’ai vu que certaines étaient mortes, que d’autres ne survivraient pas. Il faisait encore très très chaud et j’ai été parcourue de frissons. La pensée m’a traversée que c’était là l’annonce de la fin de l’ère climatique que nous connaissons, la manifestation de la limite de l’hospitalité de la terre. Puis je suis passée sur le plateau de Saint-Christol, là où depuis le XIIème siècle l’homme a planté des vignes pour qu’elles bénéficient pleinement des bienfaits du soleil et du vent. Et là, à droite, à gauche, j’ai vu des parcelles de vignes brûlées, grillées dans leur quasi-totalité.

 

Il y aura des voix, celles des porte-parole des vignerons, chambre d’agriculture, représentants des AOC, et c’est leur rôle, pour évaluer les pertes de récolte, la mortalité des ceps, et demander des indemnisations.  

 

Il y aura les voix invalidantes de la culpabilité, celle des gestes que l’on a faits dans la vigne les jours précédents et que l’on n’aurait peut-être pas dû faire, ou ceux que l’on n’a pas faits et que l’on aurait dû faire. Et si j’aurais su. A ceux-là, je réponds, les si n’aiment pas les rais. (1)

 

Il y aura des voix pour dire qu’à cela ne tienne, on va généraliser l’irrigation, et si cela ne suffit pas, eh bien on plantera des vignes, plus haut dans le Nord, ailleurs. Peut-être même y en aura-t-il pour s’en réjouir. A ceux-là, je réponds qu’ils sont, au mieux des autruches, au pire des cyniques absolus et immoraux, dans les deux cas des abrutis aveugles.

 

Ce qui s’est produit ce vendredi 29 juin dans les vignes du Midi, est un avertissement, un carton rouge. Ce n’est pas seulement les conséquences d’un phénomène caniculaire isolé doublé d’un vent brûlant, mais la résultante de trois années successives de stress hydrique causé par des chaleurs intenses et de longues périodes de sécheresse qui, année après année, comme nous prenons chaque année des rides, ont affaibli les vignes, touchant ce vendredi 29 juin, celles qui étaient plantées dans ce qui était jusqu’alors considéré comme les meilleurs terroirs. C’est aussi la résultante d’un demi-siècle de pratiques anagronomiques.

 

La Carbonelle est plantée de vignes depuis 1578. C’est un mamelon en forme de parallélogramme bien exposé au vent et soleil. Ce qui s’est passé le 29 juin, dit que l’ordre des choses s’est littéralement inversé. Le vent et soleil ne sont plus des alliés de l’homme. La solution de l’irrigation est la prolongation d’un défi prométhéen. On se souviendra qu’il lui arrive quelques bricoles à Prométhée. Cela dit aussi que le changement va plus vite que la science agronomique et ses recherches appliquées, cela nous précipite dans un inconnu. Il nous faut radicalement changer notre rapport à la terre, ne plus nous en considérer comme des maîtres, mais des hôtes, que l’on soit paysan ou citadin.

 

Ceux qui voudraient circonscrire à la viticulture du Midi ce qui s’est produit le 29 juin s’illusionnent. Le phylloxéra a été identifié en 1868 à Pujaud dans le Gard. Les vignerons des autres régions ont cru ou feint de croire qu’ils seraient épargnés. En 1880, le puceron avait éradiqué la totalité du vignoble français, et gagné toute l’Europe. Le phylloxéra était lui-même la « récompense » de notre quête du mieux, du plus. Il a été à l’origine de la seule grande émigration française et d’une reconstruction du vignoble qui a profondément changé l’équilibre même de la vigne. Nous en sommes les héritiers directs.

 

Ceux qui voudraient circonscrire le phénomène à la viticulture se dupent aussi. La vigne  nous accompagne, sur notre territoire, depuis plus de deux millénaires,  et l’homme depuis plus de 6 000 ans. Sa culture est tout à la fois un pilier et un symbole de notre civilisation. Si la vigne n’a plus sa place dans le Midi, l’homme ne l’aura pas davantage car le soleil et le vent seront brûlure sur sa peau. 

 

Nous, vignerons, devons en tout premier lieu renouer avec la dimension métaphysique de notre lien à la terre et alors, nous pourrons changer radicalement nos pratiques.  Mais il faudra autant de temps pour retricoter  ce que nous avons détricoté. L’œuvre elle-même est vaine si par ailleurs, nous, vous, moi continuons à prendre l’avion comme nous allons promener le chien, goûtons aux fruits exotiques comme si on les cueillait sur l’arbre, mettons la capsule dans la machine à café comme un timbre sur une lettre, ainsi de suite. Ce que les vignes disent, c’est que notre civilisation elle-même est menacée.

 

Les abeilles l’ont aussi dit, avant la vigne. Mais nous ne les avons pas entendues.

 

Catherine Bernard

 

(1) « Si j’avais su je n’aurais pas venu…  » petit Gibus  la guerre des boutons

La règle est que lorsqu’on emploie la conjonction si, qui exprime déjà une condition, il est inutile de la doubler d’un verbe conjugué au conditionnel. Un moyen mnémotechnique traditionnel pour assimiler cette règle est de mémoriser la phrase « Les scies n’aiment pas les raies », ou plus simplement, «Les si n’aiment pas les rais». Bescherelle

 

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 07:00
Celles et ceux des journalistes qui font des ménages lèvent le doigt !

Suite à la charge violente d’Emmanuelle Ducros contre Isabelle Saporta dont le crime à ses yeux avait été de partager la couche de Yannick Jadot tout en chroniquant sur RTL sans en informer officiellement les gardiens de l’éthique journalistique, les purs, les sans taches, ceux qui font le job sans se salir les mains dans le bourbier des lobbies, j’ai balancé titrer :

 

Pourquoi Emmanuelle Ducros se décarcasse pour le glyphosate ?

 

Quel beau titre !

 

J’avais envie de remettre les pendules à l’heure en rappelant ce que j’ai vécu aux premières loges du côté de la rue de Varenne face aux fonctionnaires de la Protection des Végétaux et de leur environnement industriel, l’agrément des produits phytosanitaires, les proximités de certains d’entre eux avec ceux qui en étaient allés faire un peu de blé dans le privé, l’argument de la science pour tout justifier face aux politiques qui bitent que dalle et qui laissent filer.

 

Je n’ai donc pas le nez propre ce qui me permettait de moucher cette Emmanuelle sûre d’elle et dominatrice grande adepte de Twitter.

 

Je ne l’ai pas fait car, tout compte fait, c’est un grand classique : la presse économique a de tout temps été stipendiée.

 

Pour autant, je ne suis pas antiscience, anti-vaccin comme madame Rivasi, écologiste militant, je me contente de m’efforcer de mettre mes actes en conformité avec mes idées.

 

Et puis, dans la bataille de chiffonnières que vois-je ? Que lis-je ?

 

Emmanuelle Ducros a-t-elle fait des ménages rémunérés pour les lobbies agro-alimentaires ? La journaliste de "L'Opinion", défenseuse sur les réseaux sociaux des pesticides et de l'agriculture industrielle, a toujours soutenu que non. Dans une enquête publiée ce 27 juin, Checknews vient prouver que c'est pourtant le cas.

 

Jusqu’ici, elle avait toujours nié avoir fait des "ménages". Et pourtant, la journaliste Emmanuelle Ducros a bien été rémunérée par un groupe issu du secteur de l’agroalimentaire. C’est ce que démontre ce 27 juin une enquête du service Checknews de Libération qui s’est penché sur les activités de Ducros, lorsqu’elle ne couvre pas le secteur agricole pour L’Opinion.

 

Voilà des mois que, sur Twitter, la journaliste s’écharpe avec plusieurs journalistes qu’elle accuse de discours alarmistes sur les questions liés à l'agroalimentaire, et en particulier au glyphosate (voir notamment nos articles ici et là). Depuis la diffusion en janvier d’un numéro d'Envoyé spécial sur le pesticide, le ton n’a cessé de monter entre, d’une part, Elise Lucet, Tristan Waleckx (Envoyé spécial, France 2) ainsi que Stéphane Foucart (Le Monde). Et d’autre part, Emmanuelle Ducros (L'Opinion) et Géraldine Woesner (Europe 1). Ces dernières accusent leurs confrères de verser dans le catastrophisme et l’agri-bashing. Une position qui a récemment valu à Ducros et Woessner d'être érigées en journalistes de choc par Le Point qui leur a consacré un portrait tout en rondeur dans un numéro intitulé "Ecologie : Vérités et fariboles".

 

Ce que ne dit pas le portrait du Point, c'est qu'en retour Ducros est fréquemment accusée par ses confrères d’être rémunérée par les lobbys de l’agro-industrie. "Une simple recherche Google permet, en effet, de constater que depuis 2016, Emmanuelle Ducros – qui a une société enregistrée à son nom depuis juin 2016 ayant pour activité le «conseil pour les affaires et autres conseils de gestion» – n’est pas seulement journaliste", pointe Checknews qui rappelle qu’elle anime (ou participe) aussi à des tables rondes et conférences, le plus souvent sur des thèmes agroalimentaires. A-t-elle pour autant été rémunérée ? Jusqu’ici, la journaliste avait toujours soutenu que non.

 

"SA PRESTATION A ÉTÉ RÉMUNÉRÉE"

 

Et voilà que l’enquête de Checknews montre qu’elle a bien été payée par la Fédération des entreprises de boulangerie (FEB) lors d’une table ronde organisée en Autriche, en juin 2018, intitulée "Adapter la boulangerie-pâtisserie aux attentes des consommateurs". Interpellée sur Twitter le 14 juin dernier par le journaliste de Mediapart Karl Laske, Ducros avait balayé cette accusation d'un revers de main.

 

La suite ICI 

 

Faire des ménages ?

 

Dans le jargon journalistique, on désigne par le terme « ménage » le fait, pour une personnalité, de mettre sa notoriété au service de la communication d’un organisme (entreprise commerciale, association, mouvement politique, collectivité publique, etc.).

 

Faire un ménage consiste souvent à jouer un rôle d'animateur lors d’un événement promotionnel (congrès, convention, séminaire, etc.).

 

Cette prestation est généralement rémunérée en fonction de la notoriété du journaliste.

 

Deux expériences vécues de ménage :

 

  • Dans ma vie de cadre supérieur à la Société des Vins de France, filiale du groupe PernodRicard, j’ai vécu une grande convention des cadres en 1988. Le grand jeu, la maison gagne un pognon de dingues, sauf nous les pinardiers, alors pas de souci pour financer cette grandmesse. Le maître de cérémonie était JeanMarie Cavada qui, tout en étant journaliste, mettait du beurre dans les épinards via une petite société aux petits oignons. Bien évidemment je n’ai pas consulté la facture mais sans aucun doute ça ruisselait.

 

  • Au cabinet d’Henri Nallet je suivais le dossier des courses de chevaux et j’avais noué des liens d’amitiés avec José Covès pronostiqueur d’Europe 1. Un beau jour celuici me dit « tu devrais venir déjeuner chez Edgar avec les journalistes fumeurs de cigares ? » (le CIJAC) Comme j’étais dans ma période barreau  de chaise j’acceptai. Le club exclusivement masculin était présidé par Philippe Gildas, regroupait la fine fleur des journalistes parisiens sous la coupe de Zino Davidoff. J’étais placé à la droite de Philippe Gildas, à l’heure du café, comme ce petit monde se faisait offrir des voyages d’agrément,  il me vint une idée que je lui soumis : « Et si je vous emmenais dans le Bordeaux des châteaux GCC ? » Approbation enthousiaste immédiate, topelà. Quelques temps après nous nous retrouvâmes à la gare Montparnasse pour un WE bordelais avec un déjeuner le dimanche chez Philippine de Rothschild, sauf que, au dernier moment, manquèrent à l’appel 2 ou 3 journalistes, dont Patrick Poivre d’Arvor. Goguenards, leurs collègues me dirent « ils vont faire des ménages ! » Le voyage se déroula dans la joie et la bonne humeur avec le souvenir de Jacques Lanzmann filant le parfait amour avec joli et jeune brin de fille.
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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 06:00

L’annonce a fait l’effet d’une petite bombe le New York Times, le mardi 11 juin a indiqué que, comme pour son édition américaine, il cesserait dès le 1er juillet toute publication de dessin de presse dans son édition internationale.

 

Une décision qui fait suite à une vive polémique survenue au mois d’avril, issue de la publication d’un dessin jugé antisémite et représentant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump. Le chef du gouvernement israélien était dessiné sous la forme d’un chien guide, portant un collier avec une étoile de David, et tenu en laisse par le président américain, aveugle, avec une kippa sur la tête.

 

Patrick Chappatte a pris la parole dans une longue note de blog ICI, dénonçant une décision qu’il juge inquiétante. « Toutes ces années de travail restent inachevées à cause d’un seul dessin ―qui n’était pas de moi― qui n’aurait jamais dû être publié dans le meilleur journal du monde. Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs de presse aux Etats-Unis (...) ont perdu leur travail parce que leurs éditeurs les trouvaient trop critiques envers Trump. Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter. Et nous rebeller. Les dessinateurs de presse sont nés avec la démocratie et lorsque les libertés sont menacées, ils le sont aussi. »

 

 Le dessin représentant Donald Trump et Benyamin Netanyahou comprenait des « clichés antisémites », s’est excusé le New York Times (Capture d’écran).

Patrick Chappatte, caricaturiste gommé du « New York Times »

Le 10 juin, à la suite d’un texte de l’illustrateur suisse, le quotidien new-yorkais annonçait officiellement abandonner le dessin de presse.

Par  

Dans son pays, la Suisse, il est une vedette. Aussi connu que Roger Federer. Installé à Genève depuis les années 1970, Patrick Chappatte reçoit dans son atelier des Pâquis, un quartier cosmopolite populaire, et même rouge, du centre-ville. Un grand bureau blanc et une table à dessin qui le surplombe, une étagère contenant toutes ses archives et une célèbre « une » de Charlie, « Tout est pardonné », qui accroche l’œil dans un coin : c’est là que le dessinateur de presse « lance des flèches sur le monde », comme il aime définir son métier, dont il est l’une des grandes figures actuelles. Dans la cuisine, Le Canard enchaîné de la semaine et un cadre blanc inhabituel : « Il est où le dessin ? » fait mine de s’interroger l’hebdo, illustrant la récente décision du New York Timesd’abandonner le dessin de presse.

 

Une décision rendue publique en catastrophe, le 10 juin, à la suite de la publication d’un texte en anglais de Chappatte titré : « La fin du dessin de presse au New York Times ». Averti de la fin de son contrat, il avait souhaité prendre les devants sur son propre site Internet. Son pétard est devenu bombe. « C’est vraisemblablement la fin de ma carrière américaine », confie le quinquagénaire aux airs de jeune homme, dont on devine que le pétillement habituel a été un peu terni par les dernières semaines.

L’art du contrepoint

Depuis tout jeune, Chappatte regarde, un brin claustrophobe, par-dessus la ligne blanche des Alpes. Il est l’un des rares à publier en trois langues – anglais, français, allemand –, jonglant avec des lignes éditoriales frôlant l’antagonisme : Le Temps, Der Spiegel, Le Canard enchaîné et, jusqu’à il y a peu, le New York Times. Mais aussi la Neue Zürcher Zeitung, ce journal historique de la droite suisse, dont l’édition dominicale, où il publie, s’encanaille jusqu’au centre.

C’est l’art du contrepoint de Chappatte. C’est peut-être aussi la trace d’une histoire familiale qui aura façonné son goût pour le regard décentré. Fruit de la rencontre à l’Hôtel Saint-Georges de Beyrouth d’un Suisse et d’une Libanaise au cœur aventurier, Chappatte naît au Pakistan et passe les premières années de sa vie à Singapour. En Suisse, où la famille s’installe, Chappatte commence, dès le lycée, à être publié par La Suisse, journal où il sera très vite embauché à temps plein, sautant, du même coup, la case études.

Le rêve américain de Chappatte commence sur la table du salon familial. Chappatte père, un horloger jurassien, a gardé de ses dix années de bourlingue le goût de la langue anglaise : il est abonné à Newsweek. A 26 ans, Chappatte prend la route avec son épouse, Anne-Frédérique Widmann, devenue depuis journaliste pour la Radio télévision suisse (RTS) et réalisatrice de documentaires. Ce sera l’Amérique du Sud, puis New York, où le couple pose ses valises. En 1995, Chappatte rêve déjà du New York Times (NYT). Mais la « vieille dame grise » ne publie plus de dessins de presse depuis les années 1950. Il y va quand même, espérant les convaincre. « C’est chou, non ? », commente aujourd’hui l’homme de 52 ans qui contemple le jeune homme de 27. Le rédacteur en chef qu’il rencontre lui assure qu’ils n’ont « jamais fait de dessin de presse », ce qui est, au mieux, une inexactitude, mais le prend à l’essai comme illustrateur. On lui reproche très vite d’être trop « cartoony », ce qui, dans la bouche de ses supérieurs, est un gros mot. Il se sent à l’étroit. L’aventure dure trois ans.

Après un court passage par Newsweek, Chappatte atterrit finalement à l’International Herald Tribune (IHT). Cette fois, c’est la bonne. La collaboration commence en 2001. Un an plus tard, le processus de rachat par le New York Times commence. L’IHTdevient l’édition internationale du NYT en 2003. « Ils ont envoyé des gens de New York pour gérer le bureau parisien et j’ai pensé que j’étais foutu », se souvient-il. Mais c’est le contraire qui se produit : le New York Times garde Chappatte – et finalement publie du dessin de presse. Jusqu’à tout récemment, il était même l’un des deux seuls dessinateurs maison du journal, avec le Singapourien Heng, qui couvre l’Asie.

Le New York Times publie alors trois dessins de presse par semaine, dont deux de Chappatte, qui brode un « mix assez savant » des actus américaine et mondiale : l’édition internationale du journal est distribuée dans 160 pays tandis que le site Web, lui, est fréquenté à 85 % par des Américains. C’est le grand écart, un sport dans lequel Chappatte excelle. En vingt ans de collaboration, les couacs sont rares. Peut-être grâce à ce système de filtre que le dessinateur a lui-même mis en place : cinq ou six possibilités pour un seul dessin sont soumises au vote de la rédaction. « Il m’arrive encore que je me dise “Ça, c’est pas mal”, et que le dessin arrive dernier du vote », explique-t-il.

Le 25 avril, le NYT publie un dessin du Portugais Antonio Moreira Antunes, choisi par la rédaction parmi des dizaines de propositions. Représentant le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou avec une étoile de David sur le cou, tenu en laisse par un Trump aveugle, coiffé d’une kippa, le dessin est vite taxé d’antisémitisme. Bret Stephens, un éditorialiste de droite du NYT, embauché en 2017 pour faire entendre une diversité de voix au sein d’une rédaction hypersensibilisée par les attaques récurrentes de Trump contre elle, écrit un papier dans lequel il remonte jusqu’à la seconde guerre mondiale, citant un « vieux problème juif du NYT ».

Dans une ambiance de crise, Chappatte continue à dessiner, mais note que le journal, dans les semaines qui suivent, publie une photo à la place d’un dessin une fois sur deux. Au téléphone, il essaie d’avoir des éclaircissements qui ne viennent pas et commence à douter. Et même à imaginer un scénario du type : « On arrête gentiment d’ici à l’été. » « J’ai réfléchi une semaine et puis je me suis dit que ça allait au-delà de moi », se souvient le dessinateur. Il décide de publier son texte, où résonne la déception d’un homme trahi par le journal de ses rêves : « Après vingt ans d’une collaboration bihebdomadaire, je pensais que l’utilité du dessin de presse politique n’était plus à démontrer », écrit Chappatte, rappelant au passage qu’il a été trois fois lauréat du prix Overseas Press Club of America, un prix jamais décerné à un étranger avant lui.

A la grande surprise de son auteur, le texte entraîne des réactions massives et émues, avec des menaces de désabonnement à la clé. Au-delà de son cas personnel, Chappatte pense à ceux tombés avant lui. En 2018, les renvois de Nick Anderson et de Rob Rogers, parmi les meilleurs de leur génération, ont précédé de peu celui de David Horsey, du Los Angeles Times, et en Allemagne, celui de Dieter Hanitzsch, de la Süddeutsche Zeitung, pour un dessin jugé antisémite.

A la fin de son texte, Chappatte republie le dessin qu’il avait réalisé après l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo « Sans humour, nous sommes tous morts. » « Symboliquement, cette décision du New York Times est un pas énorme, commente tristement Chappatte. Bien sûr, c’est plus simple sans les dessins. Franchement, c’est compliqué, la liberté. ça peut être salissant, un peu incontrôlable. » Depuis deux semaines, le dessinateur a coupé CNN et la radio américaine National Public Radio, dont il se nourrissait depuis vingt ans. Ce vide lui pèse. « C’est toute l’immensité de ce que je perds. »

 

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 06:00

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J’exhume ce matin un vieux texte romanesque du 18 janvier 2009 qui permettra à l’ami PAX de rattraper son retard dans l’acquisition du miel de mes chroniques tirées d’un puits sans fond.

 

Le XO de Hennessy déliait enfin la langue de William Winslow. Sans se préoccuper le moins du monde du babillage de nos compagnes – qui dépiautaient toujours la vie agitée de Margaret (ndlr la princesse) : elles en étaient à l’île Moustique dont un de ses riches chevaliers servants, l’écossais Tennant, lui avait offert un « morceau » : un caillou sans eau, ni gaz et électricité, même pas une piste d’atterrissage – il m’entreprenait sur l’idéologie marxiste qui, d’après lui, gangrenait la France et ses élites.

 

Même de Gaulle qui en quittant l’Otan faisait le jeu des rouges ! Par bonheur, martelait-il – même si la notion même de bonheur ne me semblait pas consubstantielle aux citoyens de la perfide Albion –, la Grande-Bretagne, en refusant d’entrer dans le Marché Commun, se préservait du cancer communiste. Comme je souriais en affichant un air narquois son teint de rouquin s’empourprait :

 

« Vous en êtes ! » éructait-il entre ses dents jaunies par la nicotine.

 

Sans même réfléchir, du tac au tac, je lâchais avec un grand sourire, en français :

 

  • Désolé je ne suis pas de la jaquette qui flotte…

 

Ses gros yeux injectés de sang me contemplaient, intrigués et il balbutiait : « jacket, jacket… ». J’enfonçais le clou, en piochant dans mon maigre stock de slang : « queer… une pédale… un pédé quoi…» Son dentier fut à deux doigts de choir sur la nappe blanche. À nos côtés, les récents déboires de Margaret avec Antony Armstrong-Jones, un photographe qu’elle avait épousé en mai 60, semblaient occuper tout l’espace de Chloé et d’Alexandra car elles ne prêtaient aucune attention à notre passe d’armes.

 

Piqué au vif, William Winslow qui, je n’en doutais pas, lui en était, amorçait un virage à 180° en embrayant sur les vertus du Cognac qu’il sirotait en prenant des mines extatiques. Sa compagne officielle gloussait en confiant, à une Chloé plus vraie que nature en petite dinde du Berry, que Margaret ne carburait qu’au Famous Grouse, ajoutant, en français, que la pauvre chérie, dotée bien sûr d’un humour en béton, affirmait, en tirant sur l’une de ses 60 cigarettes quotidiennes, que c’était le seul gibier qu’elle supportait.

 

Le recours au français m’allait bien, j’en profitais pour lancer une contre-offensive éclair totalement improvisée : « Vous êtes un ancien du MI 16, cher William ! » affirmais-je sur un ton ne souffrant pas la contestation. Le dit William manquait de s’étouffer en régurgitant la lampée de XO et, cette fois-ci, Alexandra sursautait. Chloé, oie blanche parfaite, ne cillait pas et, alors que William tentait dignement de remonter la pente, elle entreprenait de se poudrer le nez.

 

Sans médire sur nos amis anglais, force est de constater qu’ils sont prévisibles. Plutôt que de le convaincre de la véracité de mon propos je le laissais patauger dans des explications aussi compréhensibles que les règles du cricket. Mon silence l’usait. C’est Alexandra qui dénouait la situation en confiant à Chloé « Votre frère me semble être, comme vous dites en France, un fin psychologue alors que ce cher William sonne aussi creux qu’un tambour du régiment écossais de la Reine. Donnez-lui votre carte de visite, je crois que ce jeune homme fait lui aussi parti de votre corporation de « fouilleurs de cul de basse fosse » Elle le disait, à mon grand étonnement, dans un français impeccable.

 

Comme toujours le hasard s’avérait mon meilleur allié et cette vieille raclure de William Winslow, accessoirement, et surtout la charmante et subtile Alexandra, une ancienne du 10 Downing Street, francophile et folle de Paris, me permettraient bien plus tard de sortir au mieux d’une mauvaise passe. De retour dans notre T2, Chloé et moi, pelotonnés dans le sac à viande sur l’étroite couchette du bas, nous mesurions l’inanité de ce que nous étions en train de faire. Le no man’s land que nous disions occuper existait-il vraiment ou n’étais-ce qu’une invention de pure justification ? Nulle part où aller alors nous fuyions en nous réfugiant, chacun à notre manière, dans les interstices qui s’offraient à nous.

 

En Italie, les historiens parleront des années de plomb, grises et sales, éclaboussées d’un sang innocent, que bien des années plus tard les Battesti&Cie, idéologues aux mains souillées, n’auront même pas le courage d’assumer. Les fascistes de la Loge P2, tout aussi maculés de sang qu’eux, auront le dos large pour donner appui au verbiage auto-justificateur des idéologues « repentis ». Nous ne voulions pas en être mais nous ne pouvions pas non plus couler des jours paisibles avec les repus d’en face. Pas le choix entre les établis en usine comme Pierrot Overney, les délirants de la GP, les vieilles badernes du PC et la nouvelle bourgeoisie triomphante du président Pompe et de ses alliés naturels, toutes les issues étaient verrouillées.

 

Que ça étonne les jeunes générations qui affublent si facilement les soixante-huitards de toutes les tares de la jouissance égoïste, les années 70 furent des années de grande désespérance. Sur le quai de la Gare Saint-Charles, François Franchet d’Espéruche, flanqué de la capiteuse Angéline Labrousse, nous attendaient tout sourire. Ce cher Contrucci voulait nous tenir sous contrôle, ça nous motivait à nouveau. 

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 06:00
La longue et dure sécheresse de 1976, Chirac juste avant de claquer la porte de Matignons décrète une aide de 2.2 milliards de francs pour aider les éleveurs que Raymond Barre financera par 1 impôt sécheresse.

À l’été 1976, putain qu’il faisait chaud, je n’étais pas trop indisposé car je rentrais tout juste d’Algérie, de Constantine très précisément, où les températures étaient très élevées.

 

En juin 1976, j’étais aux premières loges, au 2e étage de la rue Barbet de Jouy, avec mon ami Claude Sauser nous vaquions à nos occupations lorsque notre jeune directeur, Bernard Auberger, inspecteur des finances, en fin de journée nous fit l’honneur de se déplacer jusqu’à notre minuscule bureau où mon collègue pianotait sur le seul ordinateur de la direction : un tout petit Wang.

 

Tout de go il nous fit part de ses inquiétudes, l’épisode de sécheresse touchait durement les éleveurs et, le premier Ministre Chirac se préoccupait beaucoup du cul des vaches, le Ministre de l’agriculture était un breton, Christian Bonnet, alors nous était-il possible avec notre petite machine de dresser rapidement  une carte des impacts de la sécheresse sur les zones d’élevage ? Les gens du SCEES, le service  « statistiques » ne pouvait le faire dans un délai aussi  court.

 

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Nous répondîmes que oui même si les données à notre disposition étaient aussi rares que l’eau dans le désert du Sahara.

 

Nous nous mîmes au travail avec les données de la météo et celles du SCEES nous bricolâmes une carte de l’impact de la sécheresse sur les zones d’élevage.

 

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Une agricultrice de l'Orne regarde sa mare asséchée par la sécheresse le 16 juin

 

Auberger était ravi, les services moins : l’ingénieur Cornet  en bon IGREF sous-directeur de l’élevage nous prit de haut mais il dut se résigner, sur ordre du chef, de nous voir l’accompagner à la réunion du cabinet du Ministre convoquée dans la salle à manger du 1er étage de l’hôtel de Villeroy.

 

Au grand désespoir de Cornet nous fîmes forte impression sur le quarteron de conseillers techniques du Ministre. Cependant, doctement, il préconisa de faire faire par nos services un bilan fourrager dans chaque département.

 

Le résultat de ce brillant exercice fut que les chiffres qui remontèrent étaient plus le fruit d’accords avec les FDSEA locales que du génie mathématiques de nos ingénieurs, la France de l’élevage y apparaissait ravagée. Pas un cm2 de prairie n’étaient épargnée, et comme Chirac venait de décréter en août, juste avant de claquer la porte de Matignon, une indemnisation des éleveurs, ce tableau mettait en transe les budgétaires du Ministère.

 

Claude et moi, tranquilles comme Baptiste agitions nos cartes pour dire qu’elles étaient bien plus fiables que les chiffres du fameux bilan fourrager.

 

Dès que les rumeurs du départ du grand Jacques filtrèrent je fis un pronostic qui étonna mon compère, le successeur ce sera Raymond Barre lui dis-je car il a le profil qui convient à Giscard. Lorsque la nomination du susdit intervint je devins aux yeux de ce cher Claude une sorte d’oracle politique, statut qui me colla à la peau par la suite. J’avais le nez politique.

 

Le 25 août, Jacques Chirac démissionne de son poste de Premier ministre. Juste avant de partir, il a pris une ultime décision lors de son dernier Conseil des ministres : le déblocage de 2.2 milliards de francs pour venir en aide aux éleveurs victimes de la sécheresse. Selon les régions, les éleveurs toucheront de 500 à 200 francs par tê cette année les gros et les moyens contribuables.

 

Ces mesures ont donc entraîné pour certains une hausse de 10% de leur impôt sur le revenu cette année-là. Le gouvernement aurait pu emprunter pour financer cette mesure mais il ne voulait pas alourdir la dette du pays et reporter le poids financier de cette aide à plus tard. Cela a donc constitué un épineux problème de plus à gérer pour le tout nouveau Premier ministre, Raymond Barre.   

Passation de pouvoir entre Jacques Chirac et Raymond Barre, Premier ministre, le 28 août 1976 à Matignon. Passation de pouvoir entre Jacques Chirac et Raymond Barre, Premier ministre, le 28 août 1976 à Matignon.                © Sipa Press

 

Un beau cadeau de Chirac à ses agriculteurs chéris, même que les céréaliers de la Beauce purent s’offrir de beaux appartements de rapport dans la bonne ville de Paris que le grand Jacques conquerra à la hussarde contre le giscardien mou Michel d’Ornano.

 

Fin de l’épisode politique.

 

Yves Mourousi dans son bulletin météo sur TF1, au début du mois de juillet : « Du côté du ciel, pas de changement. Cet après-midi, de la Normandie à l'Alsace, le temps sera ensoleillé et chaud. Il fera environ 35°C ».

 

Une canicule et une vague de sécheresse frappaient la France depuis un certain temps. C'était la première grande canicule du XXème siècle même s'il y avait eu des épisodes de forte chaleur estivale dans le passé. En 1976, il a commencé à faire chaud dès le mois de mai : « On enregistre 30°C dans le sud-ouest de la France. La température grimpera à 40°C au cours de l'été » explique un reportage.

 

En 1976, la période la plus sèche fut observée du 2 juin au 7 juillet où aucune perturbation ne traversa la France, toutes rejetées par une puissante dorsale de l'anticyclone des Açores. Seuls des orages parfois violents mais localisés éclatèrent.  Une canicule aggrava la situation et marqua les esprits du 22 juin au 6 juillet

 

Plus de 40 ans après,  alors que nous traversons un épisode de canicule assez violent, la sécheresse de 1976 reste gravée dans la mémoire collective de ceux qui ont en souffert et de ceux qui payèrent l'impôt sécheresse décidée le 25 août 1976 par le Président Giscard d'Estaing. Cette sécheresse fut remarquable par sa durée (9 mois), son intensité et son étendue sur les 3/4 de la France (à l'exception du bassin méditerranéen) jusque vers la Suisse, l'Allemagne, le Benelux et le Sud de l'Angleterre.

 

Les déficits pluviométriques débutèrent dès l'automne 1975 et se prolongèrent jusqu'en juillet 1976 au Sud et septembre 1976 au Nord. On n'a jamais observé de premier semestre aussi sec depuis celui de 1976, seul celui de 2011 s'en approchant.

 

Les agriculteurs sont les premiers à souffrir de ces fortes chaleurs. Le 28 mai, le suicide d'un agriculteur du Pas-de-Calais, incapable de nourrir ses bêtes, choque l'opinion publique. Le 30 juin, le gouvernement Chirac envoie l'armée pour récolter et transporter le fourrage vers les régions qui en manquent le plus. Le samedi 3 juillet, 40% des conducteurs de bus de la RATP refusent de sortir des dépôts pour protester contre un pic de chaleur de 59°C dans les véhicules.

 

"Au printemps, l’herbe n’a pas poussé"

Marie-Ange Seveno, Montcuit (50)

 

"Les pluies ont cessé très tôt en 1976. Au printemps, l’herbe n’a pas poussé: ces six mois de sécheresse ont été les plus longs sans eau dans notre Basse-Normandie où mes parents étaient agriculteurs. J’avais 22 ans et, en août, j’ai encadré un camp d’adolescents dans le Lot. Nous logions sous des tentes et je n’ai jamais autant apprécié les douches froides! Au final, ce furent des vacances heureuses. Mais mon retour en Normandie a été douloureux: le long des routes, les berges étaient jaunies. Le fourrage était rare pour les vaches laitières. Pour le remplacer, les agriculteurs ont fait venir de la paille de régions voisines. Nous avons alors commencé à voir beaucoup de camions remplis de paille sillonner nos routes. L’impôt sécheresse est venu à point pour aider les agriculteurs!"

 

• "L'impression de marcher dans un four"

Rose-Marie François, Francheville (69)

 

" En ce mois de juin 1976, j’étais opératrice au centre téléphonique de la rue des Archives à Paris, tout près du BHV. J’habitais rue de Lille, dans le foyer des dames des PTT. C’était très propre mais d’un confort modeste et nous n’avions pas de réfrigérateur individuel. Conserver la nourriture était une gageure! Je plaçais ce que je pouvais dans une cuvette d’eau froide. La nuit, je mouillais un linge pour rafraîchir le lit…Au travail, nous étions jusqu’à 80 opératrices réparties dans de grandes salles, côte à côte, face à notre 'meuble', un casque sur la tête. Très peu d’aération. L’après-midi, le service se prolongeait jusqu’à 21h, l’atmosphère devenait de plus en plus moite et étouffante à mesure que l’heure avançait. Lors des pauses, je me désaltérais et je m’humectais le corps avec un gant de toilette passé à l’eau froide, avec la hantise des odeurs dues à la chaleur. Le règlement nous octroyait une pause supplémentaire de dix minutes, certaines opératrices ayant eu des malaises. À la fin de la journée, remonter la rue des Archives était pénible: la chaleur accumulée dans la journée par les hauts immeubles me donnait l’impression de marcher dans un four. Et puis, le temps a passé et la chaleur a décru à mon grand soulagement. Ironie du sort, mi-juillet, quelques jours de congé m’ont été octroyés. J’espérais me ressourcer dans ma campagne corrézienne: il a plu… tous les jours!"

 

• "C'était le bagne"

Claudine Laruelle, Camphin-en-Pévèle (59)

 

"En 1976, je travaillais dans la culture de l’endive, dans le Nord, près de la frontière belge. J’avais 29 ans et je m’en souviendrai toute ma vie. Nous travaillions dans les champs sur les petites pousses sous un soleil torride. Le sol était devenu si dur que notre outil rebondissait sur la terre.Nous commencions à 5 h 30 et reprenions à 16 h, pour pouvoir avancer. Notre dos courbé nous faisait mal et la chaleur nous usait. La récolte a été moindre, naturellement, mais les patrons mécontents s’acharnaient sur nous, pauvres employés non déclarés. C’était le bagne!"

 

La suite ICI 

Le 25 août 1976, Raymond Barre entrait à Matignon : retour sur une vraie rupture

Alain Fabre 25 août 2016

 

La nomination de Raymond Barre comme Premier Ministre le 25 août 1976, au moment où Jacques Chirac opte pour l’affrontement avec le Président Giscard d’Estaing, constitue une vraie rupture. La désignation de cet économiste universitaire réputé mais inconnu de l’opinion et du personnel politique traditionnel malgré sa nomination au Commerce extérieur en janvier 1976, officialise le divorce politique entre chiraquiens et giscardiens : le néophyte de la politique, « homme carré dans un corps rond » devra affronter cinq ans durant et malgré son succès aux législatives de 1978, le travail de sape systématique de son action par les chiraquiens. Leur domination structurelle sur les droites conduira au torpillage du giscardisme en 1981 puis du barrisme en 1988. Raymond Barre, plus démocrate-chrétien que l’orléanisme giscardien, n’aura ainsi pas plus réussi que les variantes précédentes du libéralisme français, finalement absorbé dans l’UMP en 2002, à conjurer sa faiblesse structurelle pour en faire une force structurante de la vie politique.

 

Si l’héritage politique du barrisme demeure très réduit, la politique économique à laquelle il continue d’être identifié – rigueur à droite, austérité à gauche – constitue en revanche une rupture de grande ampleur avec l’après-guerre économique. Ce qu’incarne au fond le cap fixé par Raymond Barre en 1976, c’est la nécessité de sortir d’une stratégie de croissance en économie faiblement ouverte, où la concurrence joue un rôle marginal, et où domine le dirigisme industriel et régulateur de l’Etat. Il s’agit pour lui d’adapter la France à l’internationalisation et à la compétition accrues des économies, en mobilisant l’investissement et l’innovation des entreprises, et ce dans une logique d’intégration économique et monétaire européenne.

 

Pour le nouveau Premier Ministre, la crise qui sévit depuis 1973 avec le premier choc pétrolier, n’est pas de nature conjoncturelle et les plans de relances inspirés de la vulgate keynésienne, amplifient les déséquilibres, sans effets durables sur la croissance et l’emploi.

 

Pour Raymond Barre, la France des années 1970 voit s’achever la phase de rattrapage d’après-guerre des « Trente glorieuses » dans laquelle l’inflation et la dévaluation donnaient l’illusion de pouvoir éviter la pression de la concurrence tout en permettant des progressions de revenus supérieures à celle de la production. En fait la France des chocs pétroliers est confrontée à une mutation structurelle dont la pièce maîtresse est la compétitivité, c’est-à-dire l’aptitude des entreprises à soutenir la concurrence internationale par la maîtrise des prix et des coûts, ainsi que par l’innovation et l’investissement. L’inflation et la dévaluation ne créent pas de croissance durable ; elles pénalisent les entreprises dont la compétitivité insuffisante affaiblit l’aptitude à s’imposer à l’extérieur et à résister à la concurrence mondiale sur le marché intérieur. Qui plus est, la perte de valeur interne et externe de la monnaie entretient le sentiment qu’on peut indéfiniment s’accommoder des rigidités et des rentes.

 

Pour Raymond Barre, dans la lignée de Schumpeter et Ricardo, la croissance provient avant tout de la capacité des entreprises à innover, investir et exporter

 

Pour Raymond Barre, qui le dira dès son discours de politique générale le 5 octobre 1976, la stabilité des prix s’impose donc comme « la grande affaire du gouvernement ». Dans un contexte de forte inflation et de chômage élevé, lié à une compétitivité mise à mal et à l’obligation de restructuration de secteurs industriels entiers (sidérurgie, etc..) jusque-là préservés de la concurrence, Raymond Barre s’est affranchi des illusions d’un arbitrage possible entre les deux. Au contraire, la maîtrise de l’inflation est la condition nécessaire pour enraciner une croissance régulière et créatrice d’emplois.

 

C’est la conception même de la politique économique qui est revue : la politique budgétaire et la politique monétaire doivent assumer une fonction de stabilité afin d’établir des conditions favorables au développement des entreprises. D’où le choix - faussement paradoxal en période inflationniste - de libérer les prix qui intervient en 1978. D’où la volonté de réduire la croissance monétaire pour lutter contre l’inflation et d’équilibrer le budget afin de diriger l’épargne des ménages vers le financement des entreprises et non vers la dette publique. La concurrence ne peut jouer pleinement son rôle qu’avec une autonomie accrue de gestion des entreprises favorisée par la maîtrise des dépenses et des déficits publics, l’accumulation des gains de productivité et la lutte contre la spirale des revenus et des prix qui alimente un excès de consommation sur la production, c’est-à-dire qui accroît les déficits extérieurs. Pour Raymond Barre, dans la lignée de Schumpeter et Ricardo, la croissance provient avant tout de la capacité des entreprises à innover, investir et exporter.

 

En dépit d’un contexte international tourmenté par deux chocs pétroliers – les prix pétroliers ont été multipliés par 16 de 1973 à 1979 – qui ont masqué les résultats de la lutte contre l’inflation, les cinq années de Raymond Barre à Matignon, marquées par un redressement spectaculaire en 1978, suivi d’une rechute en raison du second choc pétrolier en 1979, ont permis néanmoins d’affermir la croissance (de l’ordre de 3 %), de maîtriser les comptes publics et extérieurs, de contrôler l’endettement public (20 % du PIB). Dans un contexte de hausse généralisée du chômage – 6,2 % dans l’Europe des 9 contre 6,4 % en France en 1980 – même la performance de la France barriste au niveau de la moyenne européenne, demeure très honorable.

 

L’autre grande rupture qu’incarne Raymond Barre, c’est la dimension européenne de sa conduite de la politique économique. Auteur en 1969, comme vice-président de la Commission européenne, du premier rapport sur l’Union économique et monétaire, Raymond Barre a inscrit son action dans la perspective d’intégration économique et monétaire européenne dont la France, avec l’Allemagne, devait être un élément moteur. Une perspective inatteignable pour des économies européennes chroniquement déstabilisées par des dévaluations répétitives résultant d’écarts d’inflation excessifs.

 

Après la sortie du franc du Serpent européen en mars 1976 sous l’effet de la politique de relance de Jacques Chirac, Raymond Barre a plus résolument qu’auparavant recherché à doter la politique française d’une contrainte de change avec la mise en place à partir de 1979 du Système monétaire européen (SME), composante déterminante d’une stratégie économique de stabilité et moyen puissant d’incitation interne à la désinflation et à la compétitivité. Dans cet esprit, il était impératif pour un adepte de l’économie de marché sociale sur le modèle rhénan que la France poursuive un objectif de convergence et de compatibilité de sa politique économique avec l’ensemble des économies européennes et principalement avec l’Allemagne.

 

La modernisation de la France et la construction européenne constituaient en définitive les deux faces d’une même médaille : Raymond Barre était conscient de l’importance de l’intégration européenne, notamment par la stabilité des taux de change, comme facteur d’incitation de la France à la maîtrise de ses comptes publics et aux réformes de structure. Inversement, il était convaincu que la construction européenne s’avérerait impossible sans une France économiquement performante et convergente avec ses partenaires. C’est tout le problème posé par le décrochage de la France vis-à-vis du reste de la zone euro aujourd’hui.

 

Quarante ans après, la classe politique française est toujours sujette à la même schizophrénie qu’en 1976. La vie politique française n’a toujours pas résolu son problème de fond : démagogie proclamée aux élections, réalisme inavoué au gouvernement.

 

Un regard rétrospectif sur les années Barre appelle deux observations. La tentation de sortir de la « stratégie » fixée en 1976 par Raymond Barre n’a jamais entraîné que des catastrophes comme le rappelle cruellement la politique de François Mitterrand en 1981. La gauche a tort de ne pas se flatter d’avoir renoué avec elle à partir de 1983 : le choix de la rigueur par Pierre Mauroy et Jacques Delors – « du barrisme sans Barre » - explique à la fois les bonnes performances observées à la fin des années 1980 et les conditions assez favorables dans lesquelles la France est entrée dans l’euro à la fin des années 1990. Mais quarante ans après, la classe politique française est toujours sujette à la même schizophrénie qu’en 1976. La vie politique française n’a toujours pas résolu son problème de fond : démagogie proclamée aux élections, réalisme inavoué au gouvernement.

 

Ce qui en 1976 distinguait Raymond Barre - que le Président Giscard d’Estaing qualifiait à l’annonce de sa mort le 25 août 2007, de « meilleur Premier ministre de la Ve République » - de la plupart des responsables politiques français, c’était au fond le rapport au monde réel. L’un voulait le voir en face pour le maîtriser, les autres ne songeaient qu’à y échapper. Quarante ans après, la France qui s’enlise dans le déclin demeure confrontée à la même alternative.

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 06:00
Et si je demandais à Sophia Loren de me préparer des ciccimmaritati !

Sophia Loren est un cordon bleu

 

« Sophia Loren avait réussi l’exploit de concilier l’inconciliable dans l’Italie des années 60. Elle était à la fois un sex-symbol et une mère, une icône hollywoodienne inaccessible et une courageuse fille de Naples. Elle devint un objet d’adoration pour le public. In cucina con amore fut publié en 1971, pendant l’âge d’or de l’actrice, qui était alors une jeune maman au sommet de sa carrière. Sophia Loren est un cordon bleu, tout le monde s’accorde à le dire. Toutefois son livre n’est pas un hommage à ses compétences en cuisine. Il combine toutes les contradictions qui ont fait d’elle une actrice adulée des foules. Notamment une bonne dose de sex-appeal, surtout sur les photos. L’une d’elle nous la montre dans une robe légère et échancrée, caressant rêveusement la queue d’un faisan farci, élément charcutier qui ne peut être qualifié de rococo. »L’auteur de ces lignes est un journaliste américain John Dickie dans un livre publié en 2007. »

 

 

19 mai 2012

In cucina con amore « tout ce que vous voyez je le dois aux spaghettis » Sophia Loren en 1971

ICI 

 

Sophia Loren est en train de changer la perception qu'on a de la vieillesse lorsqu'elle est apparue dans une magnifique robe blanche lors d'un événement, samedi dernier. Le temps semblait n'avoir eu aucune emprise sur elle.

 

La femme de 84 ans était tout aussi glamour que pendant sa jeunesse lorsqu'elle a assisté à la cérémonie de baptême du paquebot de croisière de luxe, MSC Bellissima.

 

Debout au City Cruise Terminal de Southampton, Loren brillait de mille feux dans une robe blanche très pailletée avec plusieurs bijoux assortis.

 

La robe de sirène italienne à manches longues à encolure basse est tombée jusqu'à ses pieds. Les diamants et les paillettes à l'ourlet de la tenue éblouissent les yeux.

 

Tout ça pour rappeler que Sophia  Loren est napolitaine, cordon bleu, et ce n’est pas une vue de mon esprit échauffé que de vouloir lui demander de me préparer des ciccimmaritati !

 

C’est quoi les ciccimmaritati ?

 

Explications de gravure :

 

Nelide préparait les ciccimmaritati, une soupe traditionnelle du Cilento comportant au moins une vingtaine de légumes et de céréales différents. Rosa estimait que l’orgueil d’une femme du Cilento ne pouvait ignorer ce plat, et avait l’intention de mettre sa nièce à l’épreuve.

 

[…]

 

La jeune fille passa timidement sa main rugueuse sur la planche de formica, aussi lisse que la tablette de bois brut à laquelle était habituée. Rosa apprécia cette méfiance face à l’artificialité du matériau, et fut heureuse de voir sa nièce s’adapter et avoir repris les gestes de l’ancien rituel, disposant les ingrédients sur la table : le blé Cappella à épis noirs, le maïs, les fèves, les gesses, les haricots Régina, blancs et ronds, les tabaccuogni, petits et marron, les pois chiches et les mimiccole, les lentilles. Le tout en petits tas bien distincts, pour ne pas se tromper dans les proportions. Dans une assiette creuse il y avait les châtaignes janghe, séchées et décortiquées à l’avance, qui donneraient de la douceur à la soupe.

 

[…]

 

À côté des petits tas de légumes et de céréales, la jeune fille aligna épices et condiments : ail, huile d’olive, sel, l’incontournable papauolo, le piment sec très piquant, et la tomate en conserve prise de la buatta, la boîte en fer recouverte d’un torchon, rangée sur la planche la plus haute du buffet. Maintenant, je veux te voir faire, pensa Rosa depuis sa chaise adossée au mur, les mains croisées sur son ventre. Jusque-là, la nièce était restée dans les limites de la stricte orthodoxie, mais maintenant, le moment de la touche personnelle était venu. On l’avait, ou on le l’avait pas.

 

[…]

 

Nelide fit un signe vigoureux de la tête, comme si elle avait reçu un ordre péremptoire. Elle se dirigea vers le buffet, attrapa une boîte et ajouta à ses ingrédients une cuillerée de saindoux. Maintenant, oui, il ne manquait plus rien à la préparation des ciccimmaritati, et on allait pouvoir s’attaquer à la cuisson. Elle regarda la tante, en quête d’une approbation, et prit une marmite.

 

Extrait de L’enfer du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni

 

 

Dialogue entre Rosa la vieille tante du commissaire Ricciardi qui s’occupe de son ménage et sa jeune nièce Nelide venue l’épauler.

 

Image associée

 

Le Cilento : terre campanienne aux douces collines recouvertes d’étendues d’oliviers se reflétant dans la mer Tyrrhénienne est un endroit magique, un ancien carrefour de civilisations et traditions. Traversé par des torrents et riche en bois de châtaignes et de chênes verts, ce splendide  paysage est enrichi par la présence de petits villages perchés sur les roches ou situés au bord de la mer. C’est ici que surgit le magnifique Parc national du Cilento et du Vallo Diano, avec les sites archéologiques de Paestum et Velia et la Chartreuse de Padula, inscrits en 1998 sur la World Heritage List de l’UNESCO.

 

Le magnifique Parc National du Cilento et du Vallo Diano, le deuxième parc en Italie en termes de dimensions, s’étend de la côte tyrrhénienne à l’Apennin méridional entre la Campanie et la Basilicate et conserve d’anciennes traces de présence humaine sur le territoire. Le Parc inclut les sommets des monts Alburni, du mont Cervati et du mont Gelbison, ainsi que les contreforts côtiers du Mont Bulgheria et du Mont Sella.

 

Le patrimoine floristique du Parc se compose d’environ 1800 espèces de plantes, autochtones et spontanées, et sa faune est tout aussi riche grâce à la grande variété d’environnements naturels qui caractérisent le territoire. Aires côtières et de montagne, fleuves et ruisseaux, déterminent la présence de différentes communautés faunistiques, dont certaines espèces jouent un rôle très important en termes d’équilibre écologique, comme par exemple le faucon pèlerin.

 

Les sommets, les prairies d’altitude et les falaises sont souvent habités par les loups, l’Aigle Royale (Aquila chrysaetos) et ses proies préférées: la bartavelle (Alectoris graeca) et le lièvre de l’Apennin (Lepus corsicanus).

 

A l’extraordinaire richesse naturelle liée à l’ hétérogénéité du territoire, s’ajoute le caractère mythique et mystérieux qui caractérisent cette terre riche en histoire et culture: de l’ appel de la nymphe Leucosia  aux plages où Palinurus et Enée se séparèrent, aux  ruines des colonies grecques d’ Elée et Paestum à la magnifique Chartreuse de Padula.

 

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 06:00
Le Rouge&leBlanc a 35 ans, ce fut pour moi le plus bel âge de ma vie.

Sur l’immense Toile qui nous enserre, qui dévore nos enfants, quand tu n’as pas d’idées pour un anniversaire ou un dîner chez ta belle-mère tu tapes des mots-clés, le moteur se met en branle et crache une brassée de réponses.

 

J’ai renseigné la lucarne Google : les fleurs et le vin pour offrir.

 

Sur la première page j’ai trouvé ceci :

 

Mademoiselle B® vous propose ici une douce association entre une composition de fleurs pour Madame et une bouteille de vin pour Monsieur.

 

C’est très original, très sexué, et les propositions de Mademoiselle B® sont d’un conventionnel, comme on dit du côté de la vigne officielle. J’ai fuis !

 

Mais comme je suis d’un naturel un peu farceur je me suis dit que du côté des rédacteurs du Le Rouge&leBlanc qui se conjuguent presque totalement au masculin je pourrais reprendre l’idée et leur offrir une caisse de 12 de vins nu bien barrés ou perchés pour fêter les 35 ans.

 

 

Pour mon amie Sonia j’opte pour un bouquet de pivoines.

 

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L’édito du numéro anniversaire à un titre très 68 hard : Le combat continue.

 

Me reste plus qu’à griffonner sur une petite carte de visite un gentil petit mot pour ces sympathiques et courageux résistants.

 

Je patauge grave, dois-je placer autant que fois que possible : terroir ? Me hasarder sur le millésime de naissance du Le Rouge&leBlanc 1983, mais vu mon ignorance je m’abstiendrai ? Faute d’idée originale je me suis rabattu sur ce que crois savoir faire : une chronique !

 

 

Et, en ce domaine, vu mon ego volumineux, je commence par parler de moi puisque le seul sujet que je maîtrise à fond c’est bien ma pomme (objet des risées des détracteurs de vins nu, la pomme)

 

Comme j’ai des lettres je cite cette phrase culte.

 

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« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Paul Nizan Aden Arabie

 

Je la reprends à mon compte en la tordant « J’avais 35 ans en 1983 et ce fut le plus bel âge de la vie. »

 

Grâce à Tonton le fils du vinaigrier de Jarnac devenu Président en mai 1981, Michel Rocard, l’ennemi intime du Florentin devenait ministre de l’agriculture le 22 mars 1983 dans e gouvernement Mauroy 3 afin de pacifier le terrain enflammé par la pétroleuse Édith Cresson.

 

 

5 avril 2008

C'était au temps où Michel Rocard s'éclatait au 78 rue de Varenne ICI 

 

MR : Vous venez de citer, à juste titre, tous ces excellents polyvalents. Mais il y avait aussi des spécialistes du monde agricole, et j’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques-unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres.

 

À l’horizon les négociations européennes pour l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans le Marché Commun, le dossier vin est en première ligne car nos amis italiens nous abreuvent de mauvais de coupage pour les boutanches 6 étoiles, les gars du CAV grands amateurs de cagoules et de mèches lentes, voient d’un très mauvais œil  l’inclusion du vignoble de la Mancha dans le lac du vin de table.

 

C’est chaud bouillant !

 

Et me voilà chargé au sein du cabinet de ce dossier qui sent le soufre politiquement, le Languedoc est un terroir rose, socialement car le vin de table produit dans cette région était entré dans sa phase terminale.

 

Médecine de choc : distillation obligatoire au-dessus de 90 hl/ha, arrachage des vignes à haut rendement, ça gronde, Tonton n’est pas content, mais il va entériner à Dublin notre accord car il débloque la négociation européenne.

 

Tout ça pour vous dire qu’en ce temps-là, les vins fins, les vins bouchés, les AOC, relevant de l’INAO, organisme poussiéreux, nous n’en avions rien à cirer. Il nous fallait éponger le gros rouge, ce qui fut fait.

 

Nos amis du Le Rouge&leBlanc, les bonzes de la RVF, étaient pour nous de parfaits inconnus, le vin populaire peu prisé par ces éminents dégustateurs qui affichaient, à juste raison : « Boire moins, mais boire mieux », suffisait à notre bonheur.

 

Mon premier contact avec, non pas Le Rouge&leBlanc, mais François Morel qui deviendra rédacteur-en-chef par la suite, date de l’après-rapport. Ce fut là encore chaud bouillant, l’élitisme pur et dur de François ne pouvait s’accommoder de mes propositions qui embrassaient tous les vins, ceux du haut comme ceux du bas, et ceux du milieu. Par la suite nos rapports se sont pacifiés, nul d’entre nous deux n’a mis de l’eau dans son vin, nous nous sommes mieux compris. D’ailleurs, le temps aidant, j’ai doublé François à gauche en devenant un licheur exclusif de vins barrés.

 

Je remercie Le Rouge&leBlanc pour sa fidélité au vieux bloggeur, un peu vanneur, que je suis.

 

En gardant l’esprit des origines, la rédaction est passée du bulletin paroissial à un format magazine de qualité, et cerise sur le gâteau, d’ouvrir un site sur le woueb ICI  allez-y !  

 Joyeux anniversaire donc !

 

Comme je ne suis ni dégustateur, ni amateur, mais simple buveur, je me permets une double suggestion à la rédaction :

- mettez un peu plus de piments dans Le Rouge&leBlanc, le vin est un produit de convivialité, de fête et de partage, un soupçon, une larme, comme le disait le capitaine Haddock, de joie, d’humour, ne nuirait en rien au sérieux de votre magazine ;

- osez plus encore les vins nus, les vins barrés !

 

Enfin, j’aurais bien vu un petit pince-fesses pour fêter votre anniversaire chacun de nous apportant flacons et victuailles pour ripailler…

 

Une sélection de Claire cave ICI-MÊME

68 rue de Charenton

75012 Paris

ICI 

 

 

 

 

 

 

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 06:00
La Trinité fondamentale : l’huile, le pain et le vin. « Au pain et au vin, « ces deux colonnes de la consommation occidentale » Jean-François Revel, s’ajoute l’huile qui en est la lumière.

Né dans un pays de bocage où l’on vivait depuis des siècles d’une forme d’agriculture vivrière de subsistance en pratiquant, sur des petites borderies en métayage ou en faire-valoir direct, polyculture-élevage, avec un bout de vignes, où l’on commençait tout juste à s’ouvrir à la vente d’une part de plus en plus importante de la production, à s’accoutumer au maniement de la monnaie, le blé, céréale reine, était l’étalon-or de  la prospérité.

 

Mon père, Arsène, entrepreneur de travaux agricoles, avec sa batteuse allait de ferme en ferme pour transformer les gerbes de blé en bons grains pour la boulange.

 

Alors, vous comprendrez aisément que je fus fort surpris en prenant mes quartiers rue de Varenne, plus précisément rue Barbet de Jouy, de constater que les gens de la vigne prenaient d’assez haut les péquenots et les bouseux.

 

Ils étaient l’aristocratie eux, vins fins et vins communs réunis, culture pérenne enracinée dans un terroir millénaire, nectar des Dieux, ivresse et plaisir de la fête mais aussi des piliers de bistrots.

 

Sans remonter à la Cène, où le pain et le vin sont transmutés, je me disais : pourquoi produire du blé pour faire du pain serait-il moins important, moins gratifiant, que produire du vin ?

 

La question est toujours d’actualité même si le blé sert de moins en moins à faire du pain mais entre dans la ration des animaux et sert comme arme de guerre des grandes puissances USA-Chine-UE-Brésil-Russie : les débats à l’OMC sont là pour le prouver, la ritournelle du lobby céréalier « nous produisons de façon compétitive pour nourris le monde » est un attrape-nigaud relayé par la presse économique.

 

 

 

J’ai vécu au première loge la première réforme de la PAC qui impactait le mode de paiement des céréales en substituant le soutien au produit par des aides compensatoires à l’hectare afin de soutenir la guerre commerciale avec les USA et les pays dit de Cairns. Tout le débat actuel sur une agriculture plus respectueuse de son environnement est biaisé par cette approche, le poids des céréaliers à la FNSEA allié aux productions animales intensives clientes des céréaliers empêche tout vrai débat pour en revenir à des pratiques, qui ne sont pas celles de mon grand-père, mais tenant compte de pistes qui n’ont rien de régressives.

 

Je m’en tiens là.

 

Le bon pain revient, le métier de boulanger retrouve ses lettres de noblesse et j’en suis très heureux.

 

Revenons aux origines.

 

 

Il y a comme cela, des époques étonnantes dans notre histoire. Des époques majeures, véritables concentrations de forces sous l’effet desquelles s’opèrent comme dans un creuset des transformations radicales de nos cadres de vie, de nos manières de penser. Brusquement, tout est remis en question, matériellement et spirituellement, car des évènements capitaux, dont on ne mesurera les conséquences synchronisées qu’avec du recul, donnent une poussée à nos civilisations à, bout de souffle. Alors, le vaisseau à bord duquel est embarquée l’humanité change de vitesse et de cap. Ces concours e circonstances scandent curieusement l’histoire, depuis qu’elle est connue, et que l’on peut attester de ses cycles, de demi-millénaire en demi-millénaire ;. Il n’est que de consulter une chronologie pour en être émerveillé.

 

VIe ou Ve siècle avant Jésus-Christ. Le jour se lève justement sur certains événements, qui, bien que tout à fait locaux, n’en sont pas moins considérables… Oui, c’est extraordinaire. Comme quatre lumières s’allumant aux quatre coins du monde alors connu, apparaissent des gens dont la pensée va modeler pour longtemps notre façon d’être car ne nous sommes surtout qu’en fonction de ce que nous pensons. L’homme était intelligent depuis belle lurette. Il va réfléchir désormais pour le plaisir de réfléchir. K’ong Fou-tseu (Confucius) en Chine, Gautama (Bouddha) en Inde, Zaroastre (Zarathoustra)  en Perse, Pythagore en Grèce. Quatre gigantesques. Mais quatre hommes modestes, dont on sait qu’ils furent aussi de mœurs frugales puisque la sagesse est l’ennemie de toute passion, de tout excès.

 

La nourriture, pour eux qui ne la méprisent point, est un double  don divin. Celui du savoir-faire concédé aux hommes et appliqué aux « fruits » offerts par la nature.

 

L’apparition des quatre sages à l’orée d’un nouveau cycle événementiel n’est pas un effet du hasard, mais elle est, par sa simultanéité, ou presque, la révélation exprimée, sous quatre horizons différents, de a meilleure pensée cachée au fond de l’homme. Et, voyez comme les choses sont bien faites, ces quatre sages furent à ce point universels que chacun peut trouver en leurs enseignements l’eau la plus vive et la plus pure à apporter à son propre moulin. Ici, nous en prendrons ce qui convient à nos préoccupations alimentaires, point si futiles que cela, puisque derrière l’aliment marche le monde.

 

Tout le long, pénible et patient travail assumé par les gens du Néolithique pour domestiquer plantes et bétail a permis de disposer de richesses que l’on va, à présent, savourer. Les Âges du bronze et du fer sont là. À la  satisfaction physique de la faim assouvie s’ajoutera le plaisir intellectuel de la gourmandise, point encore – et heureusement ! – dénoncée comme péché mortel. Plaisir qui, hélas !, deviendra vice lorsqu’on ne saura plus le contrôler, lui aussi.

 

Mais avant cette découverte de la cuisine si bien définie par Jean-François Revel, une nourriture sauvage, appréhendée au hasard des besoins, mais une alimentation pensée et organisée en fonction de ces besoins.

 

Comme l’art plastique est une des expressions de l’habileté et de la sensibilité des civilisations, l’art culinaire, cette gastronomie à la fois savoir-faire et savoir apprécier, « ce perfectionnement de la cuisine elle-même », commence à se faire jour en Grèce ; c’est, de génération en génération, l’élaboration de produits simples et savoureux, les premiers produits alimentaires manufacturés : le pain, l’huile et le vin.

 

Les seigneurs grecs de L’Iliade, héritiers des chefs de ces pasteurs aryens poussés jusqu’en Grèce par la famine, ne sont tout bonnement que des fermiers. Importants peut-être mais vivant sans folies des humbles ressources d’un terroir dont la principale bénédiction vient du soleil. Et les duels homériques, comme celui d’Eurymarque et d’Ulysse consiste souvent à tracer le sillon le plus droit.

 

Au pain et au vin, « ces deux colonnes de la consommation occidentale », comme le dit encore Jean-François Revel, s’ajoute l’huile qui en est la lumière. La révélation de cette trinité fondamentale pour la santé des gens et la prospérité des État, est attribuée à des divinités bienveillantes et pacifiques qui ne sont pas les plus redoutées mais restent en tout cas les plus chéries : Déméter, Dionysos et Athéna.

 

Naturellement, pain, vin et huile existaient avant les Grecs, mais nul avant eux n’a su aussi bien en parler. Pour pouvoir en parler davantage, s’attacher à les fabriquer du mieux possible, ils ont toujours eu de la discussion à revendre .Un autre de leurs dieux aimés n’est-il pas Hermès le Beau parleur mais aussi l’Habile ? Et lorsque l’on saura que Dionysos, dieu de la Vigne et du Vin, aura eu la vie sauve grâce à Hermès, on comprendra beaucoup de choses…

 

Et comment ne pas bien parler, lorsqu’on a commencé sa journée, à la façon des Grecs du Ve siècle av. J.C. : en trempant du pain dans du vin (acratodzomai, d’acratos : pur comme le vin), exceptionnellement pris ainsi pour les petits déjeuners tout comme il l’est pour les libations propitiatioires, la meilleure prière qui soit avant tout repas. Pourquoi le vin du petit déjeuner, dit pour cela acratos, doit-il être pur ? Parce qu’en lui consistent les prémices de la journée dont rien ne dit qu’elle  sera pas, à un titre ou à un autre, la plus importante de notre vie. En tout cas, elle devra êter profitable comme le pain, stimulante comme le vin, douce comme l’huile.

 

« Qu'est-ce que l’abondance ? Un mot et rien de plus, la nécessité suffit au sage », dit un Grec, Euripide.

 

Qui y-a-t-il de plus nécessaire que le pain, l’huile et le vin ?

 

Maguelonne Toussaint-Samat Histoire Naturelle&Morale de la Nourriture.

 

Chronique à suivre…

 

Le marché des céréales françaises - crédits Passion Céréales

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