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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 06:00
montage de six photos d'archives : le juge Jean-François Perrin, Henri Emmanuelli, André Laignel, Michel Pezet, Philippe Sanmarco et et Gérard Monate © AFP / STF

montage de six photos d'archives : le juge Jean-François Perrin, Henri Emmanuelli, André Laignel, Michel Pezet, Philippe Sanmarco et et Gérard Monate © AFP / STF

Les ébraiements, les gesticulations de tous les chevaux de retour, tous sans exception, Mélenchon en tête en ce moment, de toutes les couleurs, me laissent aussi froid que la banquise avant les effets du réchauffement climatique.  Attention, je n’entonne pas le couplet « tous pourris » mais j’invite à la décence celles et ceux qui ont bénéficié tout au long de leur longue et exclusive carrière politique des retombées d’un système de financement opaque et qui n’ont de cesse de trouver des failles dans le système mis en place.

 

J’ai le souvenir de la panique qui s’était emparé des éléphants du PS lorsqu’éclata l’affaire URBA. Je rassurai Matignon, du côté du 78 de la rue de Varenne nous étions clean : la distribution des quotas GATT instituée sous Edgard Faure était un lointain souvenir, aucun paquet de biftons ne traînait dans le coffre du Ministre. En plaisantant je fis remarquer à Huchon que les seuls explosifs qu’avait contenu le coffre étaient les comptes de campagne de François Mitterrand qu’Henri Nallet, le trésorier de la campagne, gardait au chaud.

 

Je ne croyais pas si bien dire.

 

« Sans doute faut-il rappeler qu'au début de l'année, Thierry Jean-Pierre est un juge d'instruction inconnu qui enquête sur un double accident mortel du travail survenu sur un chantier du Mans en 1990. Le 8 janvier il entend un ancien élu du PS, le Dr Pierre Coicadan qui lui indique que «certaines entreprises versent des commissions par l'intermédiaire de bureaux d'études pour avoir des marchés publics». Jean-Pierre informe alors le premier substitut du procureur qui ouvre une information contre X pour «extorsion de fond».

 

Le 6 avril, l'instruction conduit à l'interpellation de Christian Giraudon, ancien responsable d'Urba pour les Pays-de-Loire qui sera inculpé et écroué. Le magistrat sait alors que Giraudon a prévenu l'ex PDG d'Urba, Gérard Monate. C'est pourquoi, il décide de monter à Paris sans attendre le lundi, tente en vain de perquisitionner chez G. Monate avant d'aller le faire dans les locaux d'Urba.

 

Pendant ce temps la Chancellerie et l'Elysée s'affolent : le pouvoir décide d'ordonner le dessaisissement du juge qui n'en sera officiellement avisé qu'à sa sortie des locaux d'Urba, par un magistrat parisien flanqué de Me Yves Baudelot, avocat du PS, lequel n'hésitera pas à bousculer le magistrat pour tenter de s'emparer des cartons de scellés qu'il vient de saisir. Le scandale aidant, Henri Nallet et Georges Kiejman feront dans la calomnie grossière, le premier parlant «d'équipée sauvage», le second de «cambriolage judiciaire».

 

Évidemment, la Chancellerie peut choisir de continuer «la guérilla judiciaire» comme le dit le juge Jean-Pierre en faisant attaquer la procédure sur d'autre points, comme la perquisition. Mais près deux décisions favorables au juge manceau, on doit commencer à hésiter en haut lieu. Le plus cocasse dans l'affaire, est sorti jeudi soir de la bouche du Garde des Sceaux, Henri Nallet, lequel, nullement troublé par ce camouflet, n'a pas hésité à saluer la décision de la cour Suprême comme une «démonstration tout à fait remarquable de l'indépendance de la Justice». Quel humour M. le ministre! »

 

Le Far West.

 

Pour autant, le travail de la justice se poursuit. « J’avais une opinion à soumettre au Premier ministre : « il faut dire au procureur, allez-y, ouvrez ! C’était le Far West, et bien découvrez le Far West ! Et dites-nous ce que vous allez faire ». Le Premier ministre était assez tenté… », raconte Henri Nallet, nommé en octobre 1990 au ministère de la Justice, dans le documentaire La parole est au garde des Sceaux. Finalement, Michel Rocard aurait reculé devant la pression des barons du parti. « Il m’a dit : « il faut arrêter. Il faut essayer d’expliquer aux magistrats que l’on va réguler tout ça, mettre de l’ordre, mais que pour l’instant, ce n’est pas la peine de mettre en examen trente ou quarante dirigeants politique », poursuit Henri Nallet.

 

Tout le monde  sait. Tout le monde se tait.

 

« Nombreux sont les dirigeants d’entreprises qui connaissent parfaitement – et s’en plaignent – les quatre techniques principales qui sont utilisées pour financer la vie politique, à savoir les fausses factures, la surévaluation de factures, l’emploi de personnel indu et la prise en charge de factures indues…certains [élus] se font prendre, le plus souvent par inexpérience, ce qui, en la matière, est une grave faiblesse. D’autres, qui ont plus d’expérience ou qui pratiquent sur une plus grande échelle, ce qui leur permet de s’équiper de façon plus adaptée, ne se font pas prendre. »

Pierre Joxe Sénat, séance du 14-11-1989, p. 3255

 

« Depuis trente ans que je suis un responsable politique, j’ai vu les pratiques des uns et des autres dans mon département. Personne, sur aucun de ces bancs, ne peut affirmer qu’il n’a pas reçu de l’argent d’entreprises privées, et particulièrement dans le département de la Seine-Saint-Denis. Il ne faut pas jouer les oies blanches ! »

 

« Il y a aussi des sociétés industrielles ou commerciales – c’est ainsi depuis toujours et tout le monde le sait sur ces bancs, [tonne Charles Pasqua] – qui contribuent au financement de la vie politique. Et que l’on ne me dise pas le contraire : tous les partis politiques et tous les candidats ont bénéficié de cette sorte d’aide. Il est donc nécessaire que la loi reconnaisse cette réalité et qu’elle l’encadre.

Sénat, séance du 17-02-1988, p. 122)

 

Histoire du financement du PS (85-89) par Gilles Gaetner, James Sarazin publié le 29/11/1990 ICI

 

 « Un homme, la soixantaine enveloppée, sort d'un porche discret du quai des Grands-Augustins. Sous son bras, un paquet joliment emballé de papier fantaisie. Un beau cadeau, en vérité: 5 millions de francs, en coupures de 500 francs. Le porteur du colis s'appelle Gérard Monate, patron d'Urba-Gracco, la pompe à finances du PS. Une affaire qui a failli passer sous le nez du parti au pouvoir. Quelque temps plus tôt, l'un des plus gros chauffagistes parisiens a emporté un contrat fabuleux: la réfection des installations des lycées d'Ile-de-France. Un contrat qui vaut bien une largesse: 10 millions de francs en liquide pour le RPR, via un intermédiaire, Jean-Claude Méry. Au siège du PS, on l'apprend. Fureur. Monate est chargé de récupérer le coup. Méry, qu'il connaît bien - ils font le même «métier» - accepte de couper la poire en deux. Moyennant promesse de ristourner une partie du pactole au PC, lui-même se chargeant d' «intéresser» l'UDF. »

 

Henri Nallet, l'actuel ministre de la Justice, harcelé par l'opposition à propos de son rôle de trésorier de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1988, n'est pas le seul à en savoir quelque chose. Deux amnisties au goût amer pour l'opinion publique - votées en 1988 et 1989 - auront soulagé plus d'un élu pris dans le collimateur de deux petits flics marseillais, Antoine Gaudino et Alain Mayot. »

 

Vendredi, 28 Juin, 1991

 

Le juge Jean-Pierre a bien fait. C'est à dire qu'il n'a rien d'un «cambrioleur» et qu'il a agi légalement. Ainsi en ont décidé hier, les 27 magistrats de la chambre criminelle de la Cour de Cassation, en rejetant le pourvoi formé par le procureur général d'Angers contre l'arrêt de la chambre d'accusation d'Angers qui avait déclaré valable, le 19 avril dernier, la procédure instruite au Mans par le juge d'instruction Thierry Jean-Pierre dans le dossier Urba, le bureau d'étude chargé de la collecte de fonds pour le compte du parti socialiste.

 

Les magistrats de la Cour Suprême ont suivi les conclusions de l'avocat général, Mme Nicole Pradain qui avait estimé que le premier substitut du procureur avait tout à fait le droit d'ouvrir une information «contre X pour extorsion de fond», information dont il devait confié l'instruction au juge Jean-Pierre.

 

Ce qui revient à valider l'ensemble des actes d'instruction effectués par Thierry Jean-Pierre, et notamment la perquisition opérée dans les locaux parisiens d'Urba le dimanche 7 avril dernier. Un acte qualifié «d'équipée sauvage» par le garde des Sceaux Henri Nallet, et de «cambriolage judiciaire» par Georges Kiejman, l'ex-ministre délégué à la Justice, qui devaient dessaisir le juge le jour même de cette perquisition.

 

Pour Thierry Jean-Pierre, la décision d'hier n'en constitue pas moins une victoire contre la raison d'Etat.

 

En 1992 et en 1994, les conjonctures présentent bien des points communs. Les partis qui gouvernent sont touchés par l’éclatement de scandales. En 1992, Pierre Bérégovoy devient 1er Ministre, et insiste dans son discours de politique générale devant l’Assemblée du 08-04 sur la nécessité de vider l’abcès de la corruption ; il installe également une commission pour réfléchir à la prévention de la corruption présidée par Robert Bouchery, ancien procureur général près de la cour d’appel de Paris. Il ne fait que répondre à la pression judiciaire et médiatique ambiante. En janvier, Renaud Van Ruymbeke vient perquisitionner au siège du PS dans le cadre de l’instruction de l’affaire Urba le jour de l’entrée en fonction de Laurent Fabius comme 1er secrétaire. En mai, Yves Challier, ancien chef de cabinet de Christian Nucci au ministère de la Coopération est condamné à cinq ans de prison pour « soustraction de deniers publics par dépositaire de fait, faux et usages, falsification de chèque et usages ». Deux élus PS sont mis en cause dans une affaire de fausses factures en lien avec la SAGES. En juillet enfin, juste avant l’ouverture du congrès du parti socialiste, Le Monde révèle la probable inculpation d’Henri Emmanuelli en liaison avec ses fonctions passées de trésorier du PS.

 

Presque 30 ans, la corruption est toujours constituée d’un couple infernal : les corrupteurs et les corrompus, l’appétit du pouvoir balaie trop souvent la faible digue des textes. Nos hommes politiques feraient bien de nettoyer les écuries d’Augias et éviter de se donner en spectacle au fameux peuple qui souvent se régale de leurs turpitudes car les prébendes, les passe-droits font aussi partie de notre ADN national. Le courrier parlementaire que j’ai vu défiler chaque soir sous mes yeux, les parapheurs du soir, en tant que directeur de cabinet constitue un florilège des demandes de l’électeur à son élu.

 

Reste un point fondamental : la frontière très perméable entre les nécessités de financer l’action politique et l’enrichissement personnel. Ironie de l’histoire Urba avait été institué pour créer un sas entre les financeurs et les élus afin d’éviter que ceux-ci prélèvent une dîme au passage (les porteurs de valises de billets étaient coutumiers du fait). La corruption était constituée bien sûr mais l’argent collecté illégalement était réparti de façon transparente, Monate était un honnête homme, ses petits carnets en témoignent.

Dans l’affaire Mélanchon, un retour à la raison s’impose, il n s’agit que d’enquêtes préliminaires menées dans le cadre de la procédure pénale – la violence d’une perquisition matinale est évidente et peut justifier une réelle émotion, mais elle est la même pour tous – notre Jean-Luc ne s’est pas vu passer des menottes ou placer en garde à vue.

 

En annexe :

 

  • Perquisition chez Mélenchon : "Pas de justice politique, mais une justice déséquilibrée" ICI 

 

  •  La procureure générale de Paris répond à Jean-Luc Mélenchon : "Ces perquisitions ont été diligentées en pleine légalité" ICI   

 

  •  Justice : l’Elysée prend la main sur les procureurs ICI 

 

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18 octobre 2018 4 18 /10 /octobre /2018 06:00
1 vrai sujet de santé publique : le goûter des enfants « n’oublies pas ton 4 heures ! »

À mon âge, hormis de tomber dans la dépendance, mon devenir ne devrait plus être un objet de préoccupation pour les Diafoirus de la Santé Publique ; l’extension du concept de Santé Publique frise de plus en plus une forme de mainmise sur notre vie privée, nos choix intimes, à force de nous balancer des bordées de chiffres nécrologiques ces guérisseurs prennent des allures de fossoyeurs.

 

Lâchez-nous les pompes !

 

Occupez-vous prioritairement de la santé des enfants !

 

Du petit-déjeuner jusqu’au goûter en passant par la cantoche, à l’école, au collège, au lycée c’est la catata… On leur fait enfourner de la nourriture industrielle… surtout au goûter « barres chocolatées, les biscuits fourrés au chocolat, les madeleines, les viennoiseries, bonbons, sodas… Ce sont de véritables pièges riches en graisses et sucres!».

 

Il est bien loin le temps de ma tartine de pain de quatre embeurrée avec quelques carreaux de chocolat…

 

Et ce n’est pas une réflexion de vieux con, mémé Marie, lorsque je rentrais de l’école et que je n’avais qu’une seule envie : aller gambader dans les prés, me disait « n’oublies pas ton quatre heures ! »

 

 J’ai eu si mal au cœur

Sur la mer en furie

Qu’ j’ai vomi mon quatre heures,

Et mon minuit aussi.

Renaud, Dès que le vent soufflera, 1983)

 

Louise Tourret écrit dans Slate :

 

« Pour ce goûter quotidien, qui est un repas que personnellement je prends toujours, les nutritionnistes préconisent des fruits, et pour les plus gourmands, du pain avec du chocolat noir. Le goûter est aussi un repas important: à cette heure où la glycémie baisse, il faut se relancer avec un peu de sucre et tout simplement, manger pour tenir jusqu’au dîner. »

 

« Mais dans les écoles, le goûter, c’est au contraire le grand festival de la nourriture industrielle: des barres, des biscuits et de la nourriture ultra-transformée au menu du repas préféré des enfants. Résultat, mon fils, qui est aussi un estomac sur pattes, est devenu un expert de l’échange. Comme il confond la poche avant de son sac à dos avec une poubelle, j’ai bien vu que les papiers et emballages de ce qu'il avait ingurgité ne correspondaient pas trop à ce que j’avais donné le matin: Pom'Potes vides, papiers de barres de céréales, morceaux de biscuits industriels et parfois… mon sandwich au chocolat. C’est ainsi que j'ai découvert l’univers du marché noir du goûter. »

 

[…]

 

« A-t-on mis des enfants au monde pour qu’ils mangent de l’huile de palme et du sirop de glucose? Non, mais quand Julie met des biscuits bio qui coûtent «hyper cher» dans le cartable de sa fille, cette dernière «les échange contre des DooWap» (brioche au chocolat, aliment ultra-transformé, Nutri-Score D), raconte-t-elle.

 

« Donner des gâteaux industriels à ses bambins, c’est un peu comme si au lieu de les faire déjeuner la cantine, on leur confiait cinq euros pour aller acheter un Happy Meal ou un grec. Ou qu’on leur prenait des Bolino. Bien sûr que ce n'est pas catastrophique pour la santé de manger un kebab ou un hamburger de temps en temps, c’est la même chose pour les Pépito, les Dinosaurus ou les Snickers. Sauf que la fête de l’huile de palme et du sirop de glucose, c’est tous les jours. Tous les jours… à l’école. »

 

[…]

 

« On peut organiser toutes les Semaines du Goût qu’on veut, mais si les enfants mangent la merde soigneusement mise dans leur cartable par leurs propres parents tous les jours pendant plusieurs années, il y a peu de chance que le message passe. Peut-être faudrait-il tout simplement aménager un goûter commun comme en maternelle, imaginer quelque chose de plus adapté… Par exemple, organiser des semaines de la pomme, de la poire, distribuer des fruits, comme Mendes France a distribué du lait aux écoliers en 1954. »

 

L’intégralité ICI 

 

Je lance un appel au monde des terroirs vineux qui trop souvent me gonfle la tête avec ses discours sur notre génie national, ce bon goût qui nous différencie des barbares, sortez de vos cénacles, battez-vous, engagez-vous dans le combat du 4 heures pain beurre-chocolat ! »

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 08:13
Hollande inaugure le pont Chaban-Delmas Placide

Hollande inaugure le pont Chaban-Delmas Placide

Comme un avant-goût de Bordeaux bashing : François Mauriac et Jacques Chaban-Delmas vu par Jean Cau « C’est 1 gandin, 1 patron de salon de coiffure, 1 marchand de chaussures de luxe, 1 chef de rayon. »

Bien sûr les petites louves et les petits loups incultes vont ouvrir de grands yeux tout ronds : c’est qui ce Cau ?

 

Un cathare né à Bram dans l’Aude le 8 Juillet 1925. Elève au lycée de Carcassonne, puis à Louis-le-Grand, il a préparé le concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure et passé la licence de philosophie. Secrétaire de Jean-Paul Sartre de 1947 à 1956, il a collaboré aux Temps modernes, à l'Express, au Figaro littéraire, à France-Observateur, et à Paris-Match.]

 

« Regard noir enfoncé, maxillaire farouche, le fauve s'éloignait en relevant son col, en nouant serré la ceinture de sa canadienne, de son paletot de cuir, l'air d'un partisan en mission, d'un samouraï tendu vers le rendez-vous fatal de la mort, ou vers la cérémonie secrète de l'écriture, qui en répétait l'inéluctable. »

 

Le secrétaire de JP Sartre : « Cau n'était pas doué pour la servilité.

 

« Sartre, parlons-en. Entre eux, le marché s'équilibrait. Avec cet ours fort en gueule, le philosophe tenait son authentique prolétaire, dans un Saint-Germain plutôt bourgeois, comme lui. Le jeune secrétaire, lui, dégustait le privilège de regarder fonctionner une des machines intellectuelles les plus déliées de son temps. Plus tard, Cau jugerait sévèrement les aveuglements volontaires du patron. Mais jamais il ne trahirait sa confiance. Chez les humbles, la dignité ne se partage pas. Ni l'orgueil. Cau allait ordonner vie et oeuvre autour de cette fierté roide : une ambition sans vanité ni intrigue, l'horreur du sentimentalisme, des diktats idéologiques, des naïvetés moralisantes. En ces années-là, cela faisait beaucoup d'anticonformismes ! »

ICI

 

« (...) toute sa vie, ce gaulliste fidèle a été un résistant. Résistance à la gauche sartrienne dont il provenait ! Résistant à la connerie des hommes qui l'étouffait ! Résistant à l'Argent roi qu'il vomissait ! Résistant à l'impérialisme américain qu'il fustigeait ! Résistant à la Mitterrandie  qu'il exécrait ! Résistant à la droite gestionnaire qu'il abhorrait ! Résistant à la décadence que le monde moderne engendrait ! (...) »

Alain Delon dans la Préface d’un petit livre posthume Le candidat

 

« Les Editions de la Table ronde viennent de publier en poche les «Croquis de mémoire» de Jean Cau, le livre le plus réjouissant que j'ai lu ces derniers mois. Parler des auteurs vivants, très bien, mais faut-il oublier les morts quand ils nous rappellent leur talent? Le titre dit tout. Cau a croqué au hasard de la plume les visages qui surgissaient de sa mémoire, portraits furtifs, traits d'esprit, anecdotes révélatrices, petites scènes; voici Boris Vian, Cocteau, Queneau, Camus, Hemingway, qui n'y connaissait rien à la corrida, Sartre, ses manies et sa mère, Chaplin, Mitterrand, Orson Welles, dix autres... Le libraire qui m'a vendu ce petit livre pour huit euros cinquante, m'a affirmé que des lecteurs revenaient, en prenaient trois ou quatre exemplaires pour les offrir à leurs amis, pour partager avec eux cette conviction que les vrais écrivains, oubliés, peuvent ressusciter et nous combler. »

Patrick Rambaud en 2007

 

Extraits :

 

MAURIAC

 

« Jamais je n’ai rencontré quelqu’un qui fût « culturellement » plus français. Comme un chat est de son logis, de sa cave et de son grenier, de l’âtre devant lequel, les yeux mi-clos, il se pelotonne, griffes rentrées dans le manchon de sa fourrure. J’eus un jour une illumination. Mauriac qui est-ce ? « C’est un bordeaux, un très grand cru de Bordeaux. Inimitable. Vieilli en fûts de chêne culottés de ruche tanin. Rien, en lui, qui rappelle chianti, logroño, whisky, vodka, vins du Rhône ou bourgogne. C’est, centenaire, cuvée parfaite, année royale, du bordeaux Haut-Mauriac, Pape François. » J‘avais trouvé. »

 

« Un nez de tamanoir aspirant les fourmis de l’actualité qu’un superbe râtelier croquait ensuite sourdement dans un bruit de voix brisée et, parfois, de petits rires étouffés et provoqués par le grain de poivre écrasé d’un potin. Il aimait beaucoup, surtout lorsqu’ils étaient méchants, les potins. »

 

CHABAN sous POMPIDOU

 

« Élu président de la République, j’ai cet honneur d’être aussitôt invité à déjeuner en tête à tête avec lui.

 

  • Qui allez-vous prendre comme Premier Ministre ?

 

  • Qui voulez-vous que je prenne ? Chaban !

 

  • Chaban ? Mais c’est un gandin, un patron de salon de coiffure, un marchand de chaussures de luxe et je vous assure que c’est du trente-sept qu’il vous faut, madame ! Un chef de rayon.

 

  • Je sais, je sais, mais je n’ai personne d’autre. Il y aurait Chirac… Vous le connaissez ?

 

  • Non.

 

  • Il y aurait Chirac mais il est trop jeune… Et puis, les Gaullistes, si je leur sortais Chirac…
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14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 06:00
La réponse au 1er président de la province du jeune Karl Marx journaliste à la Gazette rhénane à propos d’un article sur un contentieux fiscal opposant l’administration prussienne aux vignerons de la Moselle.

En 1842, Marx quitte le domicile familial pour se frotter au monde, il travaille comme rédacteur à la Gazette rhénane un quotidien local financé par un groupe d’industriels libéraux. En un an, il s’y était déjà forgé une réputation de rédacteur et de critique hors pair. Les ventes s’envolèrent, attirant du même coup l’attention des censeurs. »

 

« Pour décrire le rédacteur, alors âgé d’à peine 24 ans, un de ses collaborateurs invite un ami à se représenter « Rousseau, Voltaire, Holbach, Lessing, Heine et Hegel unis en une seule personne ; je dis unis et non rassemblés, et tu auras le Dr Marx. »

 

« En janvier 1843 parut ce qui allait être son dernier article pour la Gazette rhénane, les autorités ayant interdit le journal immédiatement après […] Il était intitulé « Justification du correspondant de la Moselle »

 

Ce texte se voulait une réponse à un rescrit du Premier président de la province rhénane von Schapper dans lequel celui-ci sommait le journal […] Sa réclamation portait en particulier sur un article faisant état d’un contentieux fiscal opposant l’administration prussienne aux vignerons de la Moselle.

 

L’auteur de l’article, un avocat de la région, Peter Coblentz, futur combattant de la révolution de 1848, qui périra en prison dans les années 1850, avait fait valoir que « longtemps les instances supérieures auraient tenu pour des vociférations insolentes les cris de détresse des vignerons. »

 

À quoi le président avait rétorqué : « Je pense pouvoir proclamer que ceci n’est pas vrai. »

 

« L’article initial avait pour sujet la forte baisse du prix du vin. La direction de l’association pour le développement de la culture de la vigne en Moselle venait de réclamer un allègement fiscal au ministre des Finances pour aider ses membres à traverser cette période difficile. »

 

« Le gouvernement de Trèves avait ensuite chargé le chef de bureau du cadastre, un inspecteur des impôts dénommé von Zuccalmaglio, de vérifier les chiffres soumis par l’association des vignerons pour appuyer sa requête. L’inspecteur von Zuccalmaglio était tout à fait compétent pour rendre un avis sur la question, puisqu’il avait collaboré avec cette même association quelques années auparavant pour recueillir les données qui avaient servi à dresser le dernier bilan décennal de l’industrie viticole. Il rendit scrupuleusement visite aux vignerons pour entendre leurs doléances, inspecter leurs vignobles et recueillir toutes les nouvelles données auxquelles il pouvait avoir accès. De retour à Trèves, von Zuccalmaglio remit son rapport dans lequel il recommandait de refuser la demande de révision fiscale. Les autorités passèrent plusieurs mois à délibérer sur ce rapport, avant de rendre leur décision : « L’État pourra se limiter seulement à ceci : faciliter à la population actuelle, par des moyens appropriés, son étape de transition. »

 

Que les vignerons aient mal accueilli cette décision, il n’y a rien d’étonnant.

 

Marx prit l’initiative de répondre lui-même. Selon lui, le Premier président et l’autorité collégiale avaient bien pris la détresse des vignerons pour de l’insolence, et pour cause ils n’avaient pas pu faire autrement. Leur réaction n’était pas cependant pas affaire de négligence ou d’indifférence, mais un effet spécifique de ce que Marx appelle […] « la dépendance de l’État à l’égard des rapports officiels.

 

« Marx nous invite à apprécier la position de l’inspecteur von Zuccalmaglio. Ce dernier avait été choisi en raison de ses compétences dans le domaine viticole et sa connaissance de la région. Dès lors, comment pouvait-il ne pas se montrer un tant soit peu hostile à l’égard de ce qui lui apparaissait comme autant de calomnies dirigées contre son travail ? »

 

Persuadé d’avoir accompli consciencieusement son devoir et de connaître en détail le dossier officiel dont il dispose, quoi de plus naturel que, devant une opinion contraire, il prenne parti contre les plaignants ; leurs intentions pouvant être entachées d’intérêts privés et suspectées, il les suspecte, at au lieu de tenir compte de leurs arguments, il s’efforce de les réfuter. »

 

« L’inspecteur a d’autant plus de raisons d’être suspicieux que ces accusations émanent non pas de la majorité des vignerons, mais d’un petit nombre de fauteurs de trouble – précisément le genre d’individus susceptibles de prendre part à une association pour le développement de la culture de la vigne en Moselle. « Ajoutons à cela  que le vigneron, pauvre selon toute apparence n’a ni le temps ni l’instruction voulus pour décrire sa situation ; le pauvre vigneron ne peut parler, tandis que le viticulteur, qui sait parler, n’est visiblement pas pauvre et semble donc parler sans motif. »

 

« Les viticulteurs, ayant observé la réalité qui les entoure et étudié le rapport officiel supposé rendre compte de cette réalité, se trouvent en proie à un sentiment étrange. Le monde tel qu’ils le conçoivent paraît menacé par un monde virtuel peuplé de notes, de dossiers, de rapports. Comme l’écrit Marx, « la réalité la plus évidente, comparée à la réalité étalée dans les documents, donc à la réalité officielle, à la réalité d’État et à l’intelligence qu’elle fonde, lui semble illusoire ». Quant à l’État, « ses principes sont solidement établis ; le cadastre lui présente l’image officielle du pays et il dispose de directives officielles concernant les recettes et les dépenses : parallèlement à la réalité pratique, il a partout une réalité bureaucratique qui conserve son autorité indépendamment des circonstances ». Plus les vignerons insisteront sur le clivage qui sépare ces deux réalités, plus leurs revendications paraîtront déraisonnables aux fonctionnaires. Et quand bien même ces derniers éprouveraient de la pitié ou de la compassion à leur égard, ils n’en resteraient pas moins convaincus d’avoir déjà fait tout ce qui était en leur pouvoir pour leur venir en aide. En outre, il est inconcevable que l’État cède à une demande simplement parce que celui qui l’exprime est convaincu de son bien-fondé. Voilà qui serait, pour le coup, tout à fait déraisonnable. »

 

 

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7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 07:00
Photo tirée d'un article de RTL

Photo tirée d'un article de RTL

« Suzanne revint à Montréal pour récupérer les enfants et partir s’installer à Roussillon, dans le Vaucluse. Leonard allait devoir négocier s’il voulait les voir. Et c’était le cas. Tous ses amis disent qu’en dépit des doutes qu’il avait pu avoir au départ, il prenait son rôle de père au sérieux et était très affecté par la séparation […] Leonard avait besoin de temps pour organiser sa nouvelle vie de famille, qui nécessitait de longs voyages transatlantiques. »

 

« Les quatre années suivantes sont soustraites à la vue du public (ndlr. 80-84). Si on avait cherché Leonard, on aurait pu le trouver au monastère du mont Baldy, à Montréal, à Hydra, ou bien en France, dans une caravane au bout du chemin menant à la maison où Suzanne et les enfants vivaient. Leonard allait souvent en France. »

 

« La maison de Bonnieux que Suzanne avait trouvée et que Leonard avait payée était une ferme du XVIIe siècle ayant appartenu à des moines. La campagne environnante était truffée de vieilles églises. Suzanne y emmenait parfois les enfants. »

 

Dans Leonard Cohen par lui-même De Jean-Dominique BRIERRE, Jacques VASSAL

 

« … Cohen viendra régulièrement rendre visite aux enfants mais leur mère lui interdira l’entrée. Ce qui laisse à Adam un souvenir pathétique : « L’une des principales professions de mon père est de deviner ce dont quelqu’un a besoin et de le lui donner avant qu’il le demande. Il est resté dans la vie de ses enfants en dépit d’obstacles incroyables. Il y a eu une période, quand nous habitions dans le sud de la France, où mon père n’était pas admis dans la propriété. Alors il a acheté une caravane et il a habité au bout de notre chemin. En dépit des distances que ma mère plaçait devant lui, il a toujours été présent avec de l’instruction et de l’humour. Pour beaucoup, il était lugubre à cause de sa poésie, mais pour nous, c’était le type le plus désopilant […] Je me sens aimé. Je l’ai toujours senti attentif à moi. J’avais entre cinq et huit ans quand il habitait dans cette caravane. Il était garé en plein sur un embranchement entre la voie publique et le chemin privé. C’est dur pour un môme, quand on comprend que, financièrement, on a un père qui occupe toute la scène, et qui habite dans une caravane au bout d’un chemin de terre. »

 

PS : La Suzanne n’est pas celle qui a inspiré la chanson. Les deux enfants sont Adam et Lorca, une fille dont le prénom a été choisi par Leonard en hommage à Garcia Lorca.

 

 

Pour finir sur une note plus légère :

 

« Leonard avait également des doutes sur The Partisan, qu’il avait apprise au camp de vacances Sunshine. Johnston raconte : « Il me l’a chantée, c’était très bien mais il n’en était pas content. Il faisait les cent pas, disant que ce serait génial d’avoir un chœur de voix françaises. « Bon, on se voit dans quelques jours », ai-je dit. « On n’enregistre pas ? » s’est-il étonné. « Pas tout de suite. » Le lendemain, je suis allé à Paris, j’ai trouvé un accordéoniste et trois chanteuses. J’ai mixé les voix avec l’enregistrement de Leonard. Quand je suis revenu, je lui ai passé la bande. « C’est excellent, on dirait vraiment des voix françaises. » J’ai dit : « C’est normal, elles sont françaises. » Johnston se met à rire : « ll était vraiment fâché que je ne l’ai pas emmené à Paris. »

 

Source : I'M Your Man La vie de Leonard Cohen

 

La Complainte du partisan est une chanson écrite à Londres en 1943 par Emmanuel d'Astier de La Vigerie pour le texte et Anna Marly pour la musique. Cette chanson est diffusée pour la première fois sur les ondes de la BBC à destination de la France occupée et un des disques est même détruit par la DCA allemande lors d'un parachutage de résistants. Elle devient une chanson populaire dans les années 1950.

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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 06:00
Le Glou-Guide électronique des bouisbouis branchés de New York City  Williamsburg, Bedford-Stuyvesant TriBeCa qui servent des vins à poils…

Lors d’un dîner organisé à Paris par Catherine Bernard, vigneronne de Saint-Drézéry, dans un bouiboui naturiste pour le lancement de son dernier opus : Une place sur la terre au Rouergue ICI face à moi une éminente journaliste, GR, me balança avec un petit air ironique « les meilleurs vins nature on les trouve dans les restaurants de New-York ». Et toc sur le caquet du vieux franchouillard que je suis ! J’argumentai mollement pour défendre l’honneur de Paris puis je laissai tomber n’étant pas de ceux qui passent leur temps à trainer leurs pompes pour tortorer et picoler dans les quartiers branchés de Brooklyn : Williamsburg, Bedford-Stuyvesant, dites Bed-Stuy, les ultra-tendances comme aussi TriBeCa

 

Williamsburg, quartier de Brooklyn,  à l’origine très populaire, des latinos autrefois est devenu en quelques années, comme le disent les gazettes un endroit incontournables pour tous les New Yorkais. Dans Williamsburg  se côtoient toutes sortes de personnes hipsters, artistes, bobos, intellos ou étudiants. Pour Bedford-Stuyvesant, situé dans le centre de Brooklyn, à côté de l’ultra tendance Williamsburg c’est un quartier historique avec ses "brownstones" immaculées - maisons familiales en grès rouge - et ses vitrines négligées, les habitants de Bed-Stuy présents depuis des générations côtoient les nouveaux venus au style plus branché.

 

 

TriBeCa est un district autrefois populaire, c’était une zone industrielle de New York, qui se situe à Lower Manhattan, TriBeCa est un acronyme construit selon l’expression Triangle Below Canal Street (« le triangle qui se trouve en dessous de Canal Street » en français). TriBeCa est donc situé entre Broadway, Canal Street, Vesey Street et l’Hudson River. TriBeCa est devenu un quartier cher de New York : galeries d’art, boutiques de luxe, restaurants branchés pour les people qui ont décidé d’y vivre : Beyoncé et Jay-Z, Robert De Niro, Mariah Carey, Leonardo DiCaprio ou encore Justin Timberlake.

 

Bref, ils nous ringardisent, nous, les parigots tête de veau du minable 10e arrondissement, ces bobos, hipsters, gâte-sauce post-moderne, pinardiers du XXIe siècle de Brooklyn et comme j’ai mauvais esprit comme dit l’immense Mimi, je ne puis m’empêcher de faire concurrence, quel horrible mot, aux petits loulous qui s’échinent à vanter dans des guides papier les vins qui puent, à exiger qu’enfin le vin nature soit enserré dans les rets d’une règlementation à la con pour damer le pion à aux Gégé et consorts, en publiant ce matin Le Glou-Guide électronique des bouisbouis de la Grosse Pomme.

 

La référence est NATURAL WINE IS IN AND HERE’S WHERE TO DRINK IT ICI 

BY EMILY WILSON          OCTOBER 1, 2018 

 

 

  • THE FOUR HORSEMEN Williamsburg ICI 

 

La carte des vins ICI 

 

  • HART'S BedfordStuyvesant ICI 
  • FRENCHETTE Tribeca ICI 
  • CHEZ MA TANTE  Greenpoint ICI 

La carte des vins ICI

  • ANNICKA Greenpoint ICI 
  • LILIA Williamsburg ICI 
  • LE DÎNER Williamsburg ICI 

La carte des vins ICI 

  • METTĀ fort Greene ICI 

La carte des vins ICI 

  • FAUN Prospect Heights ICI 

La carte des vins ICI 

  • FREEK'S MILL Gowanus ICI 

La carte des vins ICI 

 

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4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 06:00
Tout le monde en parle même iDealWine ne reste plus qu’1 immense détracteur des vins nature, je tairai son nom de crainte d’être transformé en statue de sel…

Le défunt Charles Aznavour chantait dans la Mamma : « Ils sont venus

Ils sont tous là 

Dès qu'ils ont entendu ce cri

Elle va mourir, la mamma

Ils sont venus

Ils sont tous là 

Même ceux du sud de l'Italie… »

 

 

Pour les vins nature ils sont loin d’être tous là, ralliés, les grands amateurs continuent de se gausser, mais d’eux on n’en a rien à péter, le grand public les ignore en poussant le caddie et ce ne sont pas les succédanés de Gégé qui vont les attirer, d’ailleurs qui s’intéresse à eux, personne, surtout pas les critiques patentés sur les support papier ou la Toile, mobilisés pour le foirail des vins, soit ils jouent sagement la coexistence pacifique en accueillant gentiment, comme la RVF la fondatrice de la Dive qui cohabite avec le nec plus ultra de ceux qui frisent le nez sur les vins qui puent, soit ils se gardent bien de chatouiller les révolutionnaires du pur jus, c’est du côté des vendeurs que l’on ne crache plus dessus, du moins ceux qui savent prendre le vent, c’est du côté des vendeurs que l’on ne crache plus dessus, du moins ceux qui savent prendre le vent, tel IDealWine. La grosse cavalerie des cavistes indépendants reste toujours scotchée au vieux modèle pour le plus grand bonheur des alternatifs.

 

Reste la statue du Commandeur dressée, outrée, outragée, face à ces hordes de barbares chevelus, barbus, vinificateurs et buveurs de vin qui puent. Il raille, il ferraille, il attend l’ennemi qui ne vient jamais comme dans le Désert des Tartares, alors si même IDealWine s’y met c’est le pire des soufflets. C’est le début de la fin…  

 

Le front se stabilise, la bataille dans la vigne est presque gagnée, même si il faudra bien aller un jour au-delà des normes bios, celle dans les chais reste à mener, c’est la boîte noire, y règne l’omerta. Bref, loin de ceux qui veulent enfermer les vins nature dans des définitions qui seront forcément réductrices, castratrices, je laisse la parole à un nouveau converti, à un ouvrier de la 25e heure.

 

Ne voulant pas polluer votre lecture je me garde de tout commentaire même si cette manie, qui arrange bien les gros faiseurs copieurs, de réduire les vins nature au sans soufre me semble à 100 lieues de ceux qui ont promu et défendu ces vins au plus près de la naturalité, de la définition même du vin.

 

Comprendre le vin nature (ou naturel) : simple mode ou phénomène durable ?

PAR IDEALWINE               24 SEPTEMBRE 2018

 

L’amateur de vin a d’abord entendu parler de vins “bio”. Puis il a constaté qu’on parlait également de plus en plus de vin “en biodynamie”. Enfin, depuis une dizaine d’années, un nouveau concept est apparu, celui de “vin nature”. S’il est aujourd’hui assez simple de comprendre ce qu’il y a derrière les qualificatifs de “bio” ou de “biodynamie”, celui de “nature” est plus difficile à cerner. iDealwine va tenter de vous aider à y voir plus clair.

 

Si cette notion de vin naturel est plus difficile à saisir pour l’amateur que celle de vin bio ou biodynamique, c’est avant tout pour une raison purement technique ou administrative : les premiers sont labellisés par des organismes indépendants (Demeter, Ecococert, Biodyvin, etc.) alors que le vin “nature” ne bénéficie d’aucun label officiel, même s’il existe l’AVN (Association des Vins Naturels) qui a défini un cahier des charges mais qui n’a pas de moyens de contrôle aussi poussés que les organismes certificateurs en bio ou biodynamie.

 

Il faut reconnaître que depuis l’apparition des divers courants écologistes, le mot “nature” est devenu un peu magique, paré de toutes les vertus. Sur leur site ou dans leur communication, de nombreux vignerons pas du tout en bio aiment clamer que leur travail « se fait dans le respect le plus total de la nature ». Ce qui ne veut évidemment rien dire… Mais depuis près d’un demi-siècle, le consommateur en général et l’amateur de vin en particulier a l’impression que ce qu’il mange ou ce qu’il boit est meilleur, au goût ou au moins pour sa santé, quand ces produits sont le plus naturels possible. Les mentions “sans conservateurs” ou “sans colorants” sont censées flatter les envies de naturel des consommateurs. Cette tendance, en se renforçant, a conduit les producteurs à aller encore plus loin en élaborant des produits répondant à des critères bien précis permettant de les qualifier de “bio”. Pour le vin, très schématiquement, cela signifie que les vignes ont été cultivées sans herbicides de synthèse et sans insecticide. Mais sur l’élaboration même du vin, la vinification, les labels bio sont par contre longtemps restés totalement silencieux…

 

Petite parenthèse au passage : par rapport aux autres produits alimentaires préemballés où tout ce qui entre dans leur élaboration est détaillé au millimètre près sur leur emballage, l’étiquette d’une bouteille de vin (ou de bière, de cidre, etc.) est bien muette. On sait qu’il y a tant d’alcool et que le vin contient des sulfites (sans chiffrage…). Pour le reste, silence radio total. Le producteur a-t-il acidifié son vin, a-t-il ajouté des tannins, des copeaux de bois, des enzymes, de la bentonite, du charbon (il y a près de 50 produits potentiellement autorisés dans les vins “conventionnels”), l’a-t-il chaptalisé ? On ne saura rien…

 

C’est donc cette double préoccupation, envie globale d’un retour au naturel et opacité sur ce qui se trouve réellement dans une bouteille de vin, qui a conduit à cette nouvelle tendance du vin “nature”. Car ce dernier s’auto définit essentiellement comme “sans aucun intrant ajouté”. L’étiquette peut alors rester muette, puisqu’elle n’a plus rien à cacher !

 

L’AVN a donc défini un cahier des charges du vin naturel, cahier des charges qu’on peut résumer en quelques lignes :

 

– le but des vignerons de l’AVN est d’élaborer des vins « issus de la vinification naturelle », à savoir sans aucun intrant.

 

– la pratique culturale respecte obligatoirement la démarche de l’agriculture biologique ou biodynamique, labellisée ou certifiée.

 

– les vendanges sont manuelles.

 

– seules les levures indigènes dirigent la vinification.

 

– il n’y a pas de modification volontaire de la constitution originelle du raisin, et donc pas de recours à des techniques physiques brutales et traumatisantes (osmose inverse, filtration tangentielle, flash pasteurisation, thermovinification, etc…).

 

– il n’y a pas d’ajout de sulfites, ni de quelque autre intrant (pour le soufre il est précisé un seuil maximum de 10 mg/l à l’analyse, ce qui correspond au maximum que la fermentation alcoolique peut générer naturellement).

 

Aux yeux des amateurs, c’est souvent cette dernière ligne qui est la plus importante, en particulier le refus du soufre, car, pour le reste, de nombreux domaines qualitatifs ont les mêmes pratiques dans le travail à la vigne, les vendanges, les levures ou l’absence de manipulation brutale du vin au cours de son élaboration.

 

C’est donc la présence du soufre qui est la question centrale et discriminante du vin nature. Et d’ailleurs les amateurs parlent souvent de “vin sans soufre” pour caractériser un vin “nature”.

La suite ICI 

Tout le monde en parle même iDealWine ne reste plus qu’1 immense détracteur des vins nature, je tairai son nom de crainte d’être transformé en statue de sel…

En cadeau Bonux via un vendangeur masqué :

 

Chronologiquement, je vois un peu cela comme ça:

 

Une fugue "Rimbaldienne"

 

 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,

Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :

Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

 

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l'amour infini me montera dans l'âme,

Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, - heureux comme avec une femme.

 

 

Et puis Bierce nous ramène à la dure réalité:

 

Commerce n. Sorte de transaction à travers laquelle A dépouille B des biens de C en compensation de laquelle B soulage des poches de D de l'argent de E.

Tout le monde en parle même iDealWine ne reste plus qu’1 immense détracteur des vins nature, je tairai son nom de crainte d’être transformé en statue de sel…
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29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 06:00
« À première vue il peut sembler paradoxal que l’un des vins les plus somptueux du monde, soit le fruit d’une terre cistercienne. » Georges Duby dans la somme de Louis Latour.

Dans le livre troisième : La révolution œnologique des XIIe-XIIIe siècles, pages 287-465, de sa somme Vin de Bourgogne le Parcours de la qualité, essai d’œnologie historique, Louis Latour, s’interroge sur La contradiction cistercienne : peut-elle être résolue ?

 

 

Je verse son texte en contre-point des approximations, de certains qui occupent en ce moment le devant de la scène.

 

« Le problème posé par l’excellence de la viticulture cistercienne domine de très loin celui de la couleur de leurs vins, car après tout, pourquoi voulurent-ils qu’il fût bon ? On ne peut contester les raisons qu’avait le Moyen Âge d’utiliser, dès qu’elle fut mise au point, la couleur pour renforcer la force du message divin, mais on ne peut expliquer pourquoi les Cisterciens, attachés au plus extrême dénuement, voulurent produire un vin de haute qualité qui coûtait fort cher et n’était disponible qu’en infime quantités en raison du faible rendement du bon plant. La doctrine de Saint Bernard, qui exclut tout accommodement avec les plaisir de la Terre, s’applique certainement aussi à l’œnologie. Quoi de plus significatif que cette diatribe contre des agréments sensuels en des termes qui sont aussi un parfait descriptif de l’agrément procuré par les grands crus, alors en voie d’élaboration au Clos Vougeot. « Nous sommes sortis du monde, nous avons quitté toutes choses précieuses et belles pour Jésus Christ… Nous tenons pout de la merde tout ce qui charme pour son éclat, séduit par son harmonie, enivre par son parfum, flatte par son goût, plaît par sa douceur. »

 

Comment concilier cette intransigeance avec les immenses travaux engagés à Vougeot et ailleurs pour faire du bon vin ?

 

Il faut évidemment écarter l’hypothèse d’un bon vin servi aux religieux. Le vin commun et le vin vermeil appartiennent à deux univers œnologiques, situés aux antipodes l’un de l’autre. L’ampleur des possessions viticoles cisterciennes permettait de trouver ailleurs que dans les vignes de la Côte les vins quotidiens servis dans les réfectoires aux hôtes de passage. Nous savons d’ailleurs que, tout près de Cîteaux, existait une parcelle de vigne cultivée au XIIe siècle et dont la récolte était sans aucun doute, destinée à la consommation ordinaire, et c’est sans surprise que le vin du Clos n’était évidemment pas destiné aux moines. Une bonne part de la querelle entre Cîteaux et Cluny porte sur la qualité du vin qui leur est servi. Parmi les nombreuses allusions de saint Bernard au vin, il en est qui concernent la consommation des religieux. Le vin doit être coupé d’eau mais Bernard recommande aussi de servir le meilleur vin à la fin du repas, ce qui est conforme à la parabole des noces de Cana, et démontre aussi que le chevalier bourguignon qu’était Bernard, né à Fontaine-les-Dijon, tenait compte des hiérarchies de la qualité.

 

Quand Georges Duby, confronté lui aussi à ce même dilemme, il ne doute pas de l’inclusion du Clos dans une conception d’ensemble, de l’idéal cistercien. « À première vue il peut sembler paradoxal que l’un des vins les plus somptueux du monde, soit le fruit d’une terre cistercienne. » Puis le grand historien déroule un argumentaire, un peu embarrassé, qui cherche à justifier cette intrusion surprenante de Cîteaux dans les sphères supérieures d’une œnologie immensément coûteuse et compliquée. Bien qu’ils aient « résolument renoncé à tous les plaisirs de la vie charnelle », ajoute-t-il, « parce que la règle bénédictine prescrit l’usage du vin. Ils en buvaient chaque jour… Ils vendaient le surplus de leur production… et le meilleur était proposé aux chalands… et pour séduire ceux-ci, les moines furent conduits à soigner la qualité. » Mais ces motivations ne sont que peu de chose. « C’est par une raison plus profonde que ce chef-d’œuvre, le vin du Clos Vougeot, fut façonné par leurs mains diligentes. Ces Cisterciens se plaçaient au service de Dieu, ils parachevaient son œuvre en domptant la nature, en la contraignant à revêtir les normes les plus parfaites… Ils s’attachaient à mener à la perfection la mise en valeur de leur domaine… s’employant à ce que le produit des ceps soit lui aussi une œuvre d’art… ceci dans un esprit de parfaite abstinence et dans la seule volonté de célébrer superbement la gloire du Tout-Puissant. » Cette conception est celle que révèle un texte de Saint Bernard cité par Benoît Chauvin : « Cette nourriture terrestre doit rester à sa juste place et ne pas être préférée aux nourritures spirituelles et que personne n’oublie jamais que sa consécration fait du vin le sang du Christ. »

 

La contradiction que nous apportons aux affirmations de Georges Duby est de nature purement œnologique et s’appuie sur les réalités de l’économie viticole fine, qui ne dégage aucun surplus. Le terme employé par lui est donc inadapté. Il laisse supposer en effet que les efforts prodigieux faits par les moines du XIIe avaient pour but principal la production de vins hors de prix. Or on sait que cette facilité était honnie par Saint Bernard. Par ailleurs l’ambitieuse création que fut le Clos Vougeot, peut être datée raisonnablement dès le commencement du XIIe siècle, sans doute de 1125, du vivant même du grand saint. Il est absolument impossible que ces colossales dépenses aient eu pour finalité le médiocre objectif d’une domination du marché des grands vins. D’une manière plus générale on appliquera cette observation aux époques ultérieures de la vie cistercienne. La politique foncière parfois brutale de Cîteaux n’a pas eu pendant longtemps pour corollaire la renonciation des moines blancs à la stricte frugalité des anciens jours. Certes Paradin, auteur bourguignon du XVIe siècle, a constaté, quatre siècles après la création du Clos Vougeot, la décadence de l’idéal monastique, mais il s’agit des excès d’une époque beaucoup plus tardive que voulut redresser une réforme luthérienne, indignée par les dérives de l’Église. Les décennies de la fin du XIIe siècle furent presque contemporaines des idéaux primitifs du nouveau monastère, et rien n’indique que la bonne chère ait eu droit de cité dans les « granges » et les réfectoires de Cîteaux. L’œnologue historien éclairé par les seules lumières de sa spécialité ne peut évidemment aller beaucoup plus loin que de constater les efforts colossaux des Bernardins en faveur du vin vermeil, sans comprendre à coup sûr pourquoi ils furent acceptés pendant si longtemps par les hautes autorités de l’ordre, et très probablement par saint Bernard lui-même.

 

En une page superbe, Georges Duby fait appel à une notion qui est, selon lui, caractérise de la plus haute pensée cistercienne, et qui s’exprime par une préférence pour les édifices de forme carrée. Parlant de cloîtres attenants aux églises des monastères, il écrit : « Le cloître se trouve ainsi placé à la croisée orthogonale des axes de l’univers. Appliqué sur la croix des quatre points cardinaux, il devient comme un immense cadran où tous les rythmes du cosmos s’emprisonnent. » Or, l’impressionnante cuverie du Clos est précisément bâtie en carré à l’interaction des quatre points cardinaux, la seule ouverture du bâtiment faisant face à l’orient d’où vient la lumière. Georges Duby ne relie pas expressément le parfait quadrilatère qu’est le cloître à la cuverie du Clos Vougeot à des fins religieuses. Elle n’en est pas moins la traduction parfaite de cet idéal bâtisseur. Certes l’actuelle cuverie, qui date de 1475, est à finalité purement œnologique. Mais « la plus belle cuverie du monde » est à la fois la synthèse parfaite de toutes les exigences d’une vinification réussie, qui furent alors pleinement remplies après une expérience de trois siècles, tout comme celle d’une spiritualité encore vivante au XVe siècle. Il est tentant de voir dans ce bâtiment exceptionnel, modèle de toutes les installations vinaires à venir, la synthèse parfaite d’une tradition cistercienne qui, selon Duby, donne au carré une signification religieuse en même temps qu’elle définit le parcours fonctionnel nécessaire au vin vermeil.

 

Tout aussi révélatrice de la constante proximité des usages religieux du vin, nous relevons que dans ses Mémoires en 1450, Olivier de la Marche, décrit le cérémonial qui règle tous les gestes de la vie de la cour au temps de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Parlant de l’échanson qui, hiérarchiquement occupe le « second état » après le maître d’hôtel, il affirme : « Il faut parler maintenant des échansons. La raison en est que l’échanson sert du vin où est consacré le précieux sang et corps de notre Seigneur Jésus Christ… Il est normal que le service du pain et du vin soit privilégié en toutes choses. » Au XVe siècle la consommation du vin à des fins religieuses apparaissait comme la norme, bien qu’une telle appréciation du vin soit étrangère aux modernes, au point de nous être incompréhensible.

 

Ainsi donc longtemps après la création du nouveau monastère, l’idéal cistercien était encore suffisamment fort pour être mis en application dans une construction qui, si belle soit-elle, n’est plus à nos yeux qu’un simple bâtiment vinaire. Le « chef-d’ordre » des moines blancs était situé à Cîteaux, à proximité immédiate des vignobles de la Côte et du Clos Vougeot, permettant ainsi d’édifier les visiteurs par une « leçon de choses » dont la portée religieuse était sans doute évidente aux hommes de ce temps. »

 

 

Le cellier et la cuverie du Clos de Vougeot (Côte-d'Or) : les apports de la dendrochronologie (XIIe – XVIIIe s.)

Benoît Chauvin et Christophe Perrault

 

La nécessité pour la Confrérie des chevaliers du tastevin de publier un ouvrage à jour sur l'histoire et l'architecture du Clos de Vougeot a impliqué une approche dendrochronologique susceptible de résoudre les problèmes latents de datation concernant le plafond et la charpente du cellier, la charpente et les quatre pressoirs de la cuverie. On sait désormais que, construit entre 1160 et 1190, le cellier a été édifié quand l'abbaye de Cîteaux s'est lancée dans une viticulture ouvertement commerciale. La reprise de son plafond intérieur et la surélévation du bâtiment (pignons, charpente et toiture) ne datent que de 1698. La cuverie a été bâtie en 1477, deux de ses pressoirs montés en 1478 et 1489, traduisant ainsi la reprise généralement constatée après la guerre de Cent ans. Les deux autres pressoirs sont du XVIIIe s. Toutes ces datations s'intègrent parfaitement dans les données chronologiques livrées par les sources écrites. On dispose ainsi d'une connaissance largement renouvelée de ce prestigieux monument.

ICI 

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28 septembre 2018 5 28 /09 /septembre /2018 06:00
Portrait of Gertrude Stein, 1905 by Picasso

Portrait of Gertrude Stein, 1905 by Picasso

« Miss Stein fait la leçon. C’est le titre du second chapitre de Paris est une fête, d’Ernest Hemingway. Il résume bien (un peu trop, même, mais c’est du Hemingway [1]) ce qui reste aujourd’hui de Gertrude Stein : l’image d’une muse-mécène-maître à penser qui, à partir de son arrivée à Paris en 1903, chaperonnera des artistes comme Picasso et des écrivains comme Hemingway. »

 

L'histoire d'amour transatlantique d'une Américaine à Paris.

 

« ... les écrivains doivent avoir deux pays, leur pays d'origine et celui dans lequel ils vivent". C'est ainsi que Gertrude Stein s'établit à Paris en 1907 pour y vivre jusqu'à sa mort en 1946. Elle y tint, aux côtés de sa compagne intime et secrétaire Alice Toklas, « le plus brillant salon de Paris », que côtoyèrent les plus grands artistes et écrivains de l'époque.

 

 

Paris France fut publié en 1940, le jour où Paris tomba aux mains des Allemands. Gertrude Stein y mêle ses souvenirs d'enfance à Paris, ses réflexions sur la France et les Français, la mode, la gastronomie, la guerre, ses caniches et ses amis peintres et musiciens.

 

Gertrude Stein, par Francis Picabia. 1933

 

On y trouve également de petites anecdotes, souvent teintées d'humour et de poésie, sur tout ce qui est français. »

 

La cuisine ainsi que tout le reste en France est logique et mode.

 

Les Français ont raison lorsqu’ils allèguent que la cuisine française est un art et qu’elle fait partie de leur culture, parce qu’elle est fondée sur la cuisine romano-latine et qu’elle a été influencée par l’Italie et l’Espagne. Les croisades n’ont fait que leur apporter de nouveaux ingrédients. Elles n’introduisirent la manière de faire la cuisine et il en résulta fort peu de changement.

 

La cuisine française est traditionnelle. Les Français n’abandonnent ps volontiers le passé. En fait ils ne l’abandonnent jamais. Et lorsqu’ils ont eu des réformes – ainsi appelées au XVIIe siècle et au XIXe siècle – ils ne les acceptent que lorsqu’elles devinrent réellement une mode à Paris. Mais quand ils recueillaient quelque chose de l’extérieur comme le baba polonais apporté par Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, ou le croissant autrichien apporté par Marie-Antoinette, ils l’adoptèrent complètement, si complètement que ces choses devinrent françaises, si complètement françaises qu’elles ne dépendaient plus d’aucune nation. À ce propos, le croissant autrichien fut rapidement créé au siège de Vienne en 1683 par les soldats polonais de Sobieski pour remplacer le pain qui manquait, et ils lui donnèrent le nom de croissant  d’après l’emblème des Turcs qu’ils combattaient.

 

Catherine de Médicis au XVIe siècle amena des cuisiniers avec elle et mit des desserts à la mode, les desserts italiens compliqués. Avant cette époque il n’existait rien de sucré en France sauf les fruits. Ce fut en 1541, à l’occasion d’un bal, qu’elle introduisit ces desserts à Paris.

 

Sous le règne d’Henri IV les Français retournèrent à la nourriture simple, puisque ce souverain se fit appeler roi de Gonesse, lieu où était fabriqué le meilleur pain de France.

 

Les Français, cependant, avaient des conceptions que l’on serait tenté de prendre pour des conceptions américaines ou orientales, tels les canards rôtis à l’orange et les dindes fourrées aux framboises. Sous le règne de Louis XIV les Français mangeaient les dindes jeunes et les salades de noix mélangées de pommes.

 

[…]

 

Les sorbets venant d’Italie étaient des glaces faites à l’eau. Elles étaient molles. Mais les Français, eux, avec cette base, firent un sorbet consistant qu’ils qualifièrent eux-mêmes par la suite de napolitain. Cette manière de faire leur est habituelle.

 

La logique de la cuisine française consiste dans le fait que les Français autrefois utilisaient tous leurs ingrédients de la manière la plus compliquée. Des influences étrangères raffinèrent cette méthode et furent à la mode jusqu’à la mort de Louis XIV. Et sous la Régence il y eut tout à coup affluence de cuisiniers français inspirés, des cuisiniers essentiellement français, de même qu’il eut affluence de cuisine française. Le régent lui-même avait un assortiment de casseroles d’argent. Il faisait sa cuisine avec ses courtisans et l’on disait que les casseroles d’argent ne valaient pas moins que ce que le régent y mettait. Plus de la moitié des plats de la grande cuisine  française d’à présent fut créé par la cour.

 

[…]

 

Les plats qu’ils créaient étaient nommés d’après eux. Il arriva fréquemment, il est vrai, que ce furent leurs cuisiniers qui en réalité les créaient, mais le courtisan, lui, en avait le mérite et les mettaient à la mode.

 

Louis XV faisait son café lui-même, il ne permit jamais à quiconque de faire son café.

 

Ce que les plats de cette époque avaient de particulier, c’était les sauces. Ces plats, tous pour ainsi dire durent leur renom à leurs sauces. La cuisson du plat était importante mais la sauce en était la création. La farce de ces plats était augmentée à cette époque d’une quantité de nouveaux ingrédients.

 

Une autre chose que les Français découvrirent alors, ce fut l’usage des jaunes d’œufs pour lier leurs sauces au lieu  de chapelure. Et cela, comme on le conçoit aisément, révolutionna la manière de faire et la cuisine et les sauces. C’était une invention purement française. »

 

 

Gertrude Stein, l'audacieuse

10/11/2011 MIS À JOUR LE 22/01/2016

Par Hélène Combis-Schlumberger

 

Elle n'aimait rien tant que s'endormir dans les musées pour s'éveiller parmi les tableaux. Gertrude Stein, femme au physique colossal, figure incontournable du monde de l'art de la première moitié du 20e siècle, était à la fois écrivaine, poétesse et esthète...

 

ICI sa VIE 

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27 septembre 2018 4 27 /09 /septembre /2018 06:00
A comme Assad, B comme Bouteflika… Z comme Zemmour…

Pendant quatre ans, il n'a rien dit. Secret-défense oblige. Aujourd'hui, il sort du silence. Patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, Bernard Bajolet était l'invité, lundi 24 septembre, de l’association de la presse diplomatique. Au cours du déjeuner, ce diplomate de carrière, qui publie "Le soleil ne se lève plus à l'est" (Plon), a multiplié les confidences et les anecdotes. Certaines, "off the record", ne peuvent être reproduites. En voici quelques autres.

 

ICI

 

Sur Zemmour un de mes lecteurs m’a fait parvenir des commentaires sur une interview qu’il a donné au POINT. ICI 

 

Sur Bachar al-Assad

 

"Je me suis trompé à son sujet, dit Bernard Bajolet. J’ai retrouvé une note dans mes archives. C’était en 1994, après la mort de Bassel, le frère aîné de Bachar qui était censé succéder un jour à leur père, Hafez. Dans cette note, un de mes collaborateurs écrivait que Bachar pourrait peut-être hériter du pouvoir. 'Je ne crois pas du tout à cette hypothèse', ai-je noté en marge. 'Ce jeune homme réservé ne s’intéresse qu'à la médecine'.

 

Je le connaissais assez bien pour avoir été en poste en Syrie dans les années 1980. Un jour, je lui ai demandé : 'Et toi, la politique ?' Il m’a répondu qu’il ne s’intéressait qu’à la médecine et m’a demandé de lui trouver une place dans une fac française. Son père ne voulait pas qu’il étudie à Paris. J'ai trouvé une inscription à Lyon, mais, en fait, l’interdiction paternelle s’étendait à toute la France. Je ne sais pas pourquoi mais c’est comme cela qu’il s’est retrouvé à étudier l'ophtalmologie à Londres. Ce que je n'avais pas compris alors, c'est que Bachar avait été contraint par sa famille à étudier la médecine, pour ne pas faire concurrence à son frère.

 

Quand il a été nommé à la tête du pays, je me suis dit qu’il était trop poli, trop gentil, trop bien élevé pour diriger durablement la Syrie. Mais j’ai sous-estimé la volonté acharnée de son clan, les Alaouites, de se maintenir au pouvoir. Ils ne veulent pas redevenir les esclaves des sunnites qu’ils ont été avant le mandat français. D’ailleurs, après le début de la révolution, en 2011-2012, quand il semblait que celle-ci pouvait l’emporter, ils ont pensé qu’ils pouvaient être contraints de retourner dans leurs montagnes et nous nous sommes même demandé comment faire pour éviter un nouveau massacre à la Srebrenica. C’est dire à quel point les choses ont changé !

 

En fait, Bachar a fait la même chose que son père en 1982, quand il a massacré des milliers sunnites à Hama. La cruauté dont il a fait montre est peut-être aussi une forme de revanche sur son frère mort qui était plus brillant, plus sportif que lui. De toute façon, s’il n’avait pas crié aux loups dès le début du soulèvement, il aurait été dévoré par les loups de son clan…"

 

Sur Abdelaziz Bouteflika

 

Bernard Bajolet, qui a aussi été ambassadeur en Algérie, a récemment déclaré que le président algérien "est maintenu artificiellement en vie". Cette déclaration a fait les gros titres à Alger, où certains l’accusent de vouloir achever le chef de l’Etat.

 

"Soyons clair, dit-il, je souhaite longue vie au président Bouteflika : je ne suggère donc pas qu’on le débranche. Mais cette momification du pouvoir algérien sert certains groupes qui, ainsi, se maintiennent au sommet et espèrent continuer à se maintenir et à s’enrichir."

 

Il ajoute :

 

"La dernière fois que le président Bouteflika est venu se faire soigner en France, j’ai demandé à le voir, mais il a refusé. Alors je lui ai fait envoyer un immense panier de chocolats ; en retour, il m’a fait porter un bouquet de fleurs si grand qu’il rentrait à peine dans mon bureau [à la DGSE, NDLR] !"

 

Sur Éric Zemmour

 

Bonjour Jacques,

Je suis effaré du niveau de son discours et encore d'avantage du relais qu'il trouve dans tous les médias, surtout les bien-pensants comme le Point. Martyr de la bien-pensance certes, mais forte complicité de la plupart des médias. 

 

Il tient quelques propos sur Montaigne et ses relations avec la Saint Barthélémy, que celui-ci aurait trouvé inévitable. Pour arriver à justifier un tel acte ou prétendre comprendre un tel événement, il faut être un sombre crétin et un fasciste. Ce n'est pas le cas de Montaigne : il est ni l'un ni l'autre. Zemmour est le deux. Le problème, je connais un peu les Essais et je n'y ai trouvé nulle part trace d'une justification de la Saint Barthélémy. Peut-être suis-je passé à côté ? La lecture d'un tel passage aurait assez bouleversant pour que je le mémorise. Dans ses lettres peut être que je connais moins ? Donc j'explore du côté d'internet et je ne trouve pas grand-chose non plus. Encore une conspiration et une occultation de la vérité par les bobos ? Ou une fake news de cet individu ? Facile : il ne cite pas les sources. Vu le corpus de Montaigne, rares sont ceux qui le connaissent dans sa totalité.

 

On retrouve chez Zemmour les grandes lignes de la pensée réactionnaire française du début du XX : bêtement monarchiste, catholique bornée, étroitesse d'esprit en même temps qu'une rare culture ou prétendu telle, hypocondriaque, antidémocratique et antirépublicaine. Elle se complet dans ses draps souillés et aime les histoires toutes faites, bien émondées. Mais avec 100 ans de retard.  Le Musulman a remplacé le Juif et le Grand Remplacement la conspiration judéo-bolchévique. Je ne comprends pas pourquoi en France n'avait jamais émergé une droite véritablement libérale (au sens sociétal) mais qu'elle se confinait régulièrement dans ses rancœurs. « On ne peut que glorifier la monarchie, car elle a créé la France. »

 

Il oublie peut être un peu vite - en réduisant les causes de sa chute à la seule responsabilité de Louis XVI - que si elle est tombée, c'est bien parce qu'à un moment donné, une  grande majorité n'y trouvait plus son compte.

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