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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 08:00

LIP grands hommes

Pub Lip vintage

Contrôler aujourd’hui pour décider demain manifeste a été adopté par le 8° Congrès National du PSU (Toulouse, 9-10-11 décembre 1972)

 

L’autogestion, une appellation à l’époque dévoyée par l’usage qu’en faisait Tito en Yougoslavie.

 

L’autogestion à la Rocard se fonde sur une hostilité, jamais démenti chez lui, à la trop grande intervention de l’État. Ce qui ne signifie pas moins d’État mais ce qu’aujourd’hui on appelle le local, Décoloniser la province au colloque de Saint-Brieuc en décembre 1966, où il fustige la centralisation française et prône une plus grande autonomie des territoires, il propose d’en finir avec « une tradition politique qui, des rois aux républiques, en passant par les empereurs, gouverne à l’intérieur par ses missi dominici, ses intendants et ses préfets en étouffant les pouvoirs locaux. », à l’époque c’était les GAM (groupe d’action Municipale) chers à Hubert Dubedout qui a conquis Grenoble.

 

Les jacobins de tous les bords le raillent, se moquent, et rappelez-vous bien plus tard, lors de son discours de politique générale les moqueries pour son souci des réparations des cages d'escalier, des ascenseurs, des halls d'entrées des HLM dans les quartiers dégradés.

 

La 2ième gauche, le Rocard’Estaing cher aux cryptocommunistes du CERES de Chevènement et des Poperénistes...

 

Les assemblées générales, qui ont décidé de l’occupation du site pour défendre l’emploi et les salaires, ont rythmé la vie des Lip.

 

Mais revenons à l’aventure post-soixante-huitarde de l’entreprise LIP.

 

« En juin 1973, le mouvement de protestation au sein de l’horlogerie LIP de Besançon va leur donner l’occasion d’expérimenter leur idéal. Pour  éviter les licenciements massifs dans cette entreprise en grave difficulté, les employés se saisissent des stocks de montres et relancent la production en privilégiant une commercialisation en circuit court. Le PSU est au cœur de l’expérience, notamment par l’intermédiaire du principal animateur du mouvement Charles Piaget, membre du parti, ainsi que de la CFDT. Michel Rocard lui aussi s’y implique, participant à plusieurs manifestations de soutien au ouvriers de l’entreprise autogérée, notamment la grande marche du 29 septembre qui rassemble 100 000 personnes dans la ville de Besançon. Par le biais de ses réseaux au sein du patronat, il va aider à trouver une solution de reprise, notamment auprès de ses amis José Bidegain et Antoine Riboud. C’est finalement l’un de ses proches, Claude Neuschwander, le numéro 2 de Publicis, qui prend la tête de la société à l’origine du rachat de LIP en janvier 1974. Pur faire rentrer les stocks de montres saisies les mois précédents, une rocambolesque opération va alors se mettre en place, racontée par Michel Rocard à Bernard Ravenel :

 

« Juste avant son installation, il faut récupérer l’argent des ventes et les montres non vendues. Tout doit se faire à Besançon, à l’usine. Un réseau de camionneurs syndiqués CFDT est mis en place. On prévient le préfet pour qu’il n’y ait pas de contrôle, sinon c’est le bordel. Il y aura une nuit sans patrouille dans la région. Dans au moins un cas, un équipage de camion (chauffeur et accompagnateur) aura une mitraillette sur les genoux, contre quiconque empêcherait de passer… Vers minuit et demi arrivent beaucoup d’argent, un paquet de montres dont beaucoup, pas toutes, viennent de couvents. Un autre camion part dans la nuit pour Paris avec l’argent enrobé dans des colis circulaires, des « tommes de fromages ». Arrivée à 4 heures du matin à Pari, où Bidegain et Riboud attendent pour récupérer l’argent et le « légaliser ». Vers 5 heures du matin, ils sont là avec un membre de la FGM-CFDT, Riboud prend livraison des « fromages », il réveille au téléphone son ami banquier de la Compagnie financière, filiale de Rothschild, de Fouchier : « venez en urgence, j’ai arrangé des fromages » De Fouchier, irrité, se rend à 6 h 30 à sa banque. Le veilleur de nuit, stupéfait, ouvre la salle des coffres et on descend l’argent sous forme de colis, tout est décompté, enregistré comme support en capital. Le trésor des Lip est entré dans la légalité. »

 

Mais le projet ne convainc pas les investisseurs. À la tête  de l’entreprise, Claude Neuschwander tente de prolonger l’autogestion ouvrière. Mais il est bientôt désavoué par les patrons qui l’ont soutenu, dont Antoine Riboud, PDG de BSN-Danone. Le gouvernement aussi, confronté désormais à la crise économique, lâche l’entreprise. Lip doit finalement fermer deux ans plus tard. À cette date, Michel Rocard n’est plus au PSU.

 

Michel Rocard

 

De l'usine Lip à Besançon, « il ne reste plus que le nom » ICI 

 Par Audrey Fisne  |  25/05/2018

 

Rachetée in extremis, l'usine ne survivra pas au nouveau capitalisme « où la finance » et « l'intérêt de l'argent sont au cœur de l'économie », explique Claude Neuschwander, le repreneur de l'entreprise en 1974

Les paroissiens de Palente

Quelques écrits du TAULIER

 

Le silence qui s’ensuivit marquait le triomphe du malingre. Il jouissait de son avantage car évoquer devant moi le souvenir du gourou de la Gauche Prolétarienne c’était, il le savait le bougre, me replonger dans un temps où le grand n’importe quoi régnait en maître. Poursuivant son avantage Duruflé, après avoir lampé son Bas-Armagnac, ricanait : « C’était le gros Geismar qui pilotait une vieille 4L vers Palente. Un peu avant l’usine, quelques camarades locaux les attendent. J’en suis car j’étais déjà des deux bords. Quand on s’aperçoit que le Benny est flanqué de Geismar ça gueule sec. «Putain, tu te prends pour un touriste. Franchement si tu pointes ta tronche dans l’usine tout le monde va se dire que les maos viennent foutre la merde dans notre grève… » Le pépère Geismar il n’en revenait pas. Ni une, ni deux, il se retrouvait accroupi au fond d’une bagnole qui, deux précautions en valaient mieux qu’une, le déposait sur le quai de la gare de Dijon pour embarquer dans le premier train pour Paris. Pendant ce temps-là, tel un brave visiteur, « Pierre Victor » dont nul ne connaît le visage du côté de Palente, franchit les grilles de l’usine, accompagné de deux ouvriers de chez Renault, sans encombre. Même qu’il se fait cornaqué par un responsable de l’accueil. Tout lui est ouvert, même les AG, à la condition qu’il respecte la libre parole et bien sûr ne participa pas aux votes. Le gars qui les accueille c’est Jean Raguenès, OS chez Lip depuis 3ans, dont Benny Levy, qui a son service de renseignement, sait que c’est un père dominicain détaché de son couvent qui fut, en mai 68, l’aumônier des étudiants en droit et qu’il a défendu les katangais de la Sorbonne… »

 

Y’a pas photos les mecs, même si je n’aime pas beaucoup mes curés, Piaget et Raguenès, qui ne pouvaient pas se piffer, c’étaient des couillus et même l’archevêque de Besançon, Marc Lallier, il n’envoyait pas dire ce qu’il avait envie de dire. Pas de la petite bière qui défile pépère de République à Nation, des gars qui sont capables de mettre la main sur le trésor de guerre de Lip. Opération commando à la nuit tombée qui investit la « chambre froide », là où sont stockés le disponible, vingt-cinq mille montres prêtes pour la vente, et qui met ce petit trésor en lieu sûr. Le « casse social » du siècle ! Le camarade Benny Levy à l’impression de vivre le scénario idéal, pur et dur en direct et il est partagé entre le malaise et la jubilation… L’illégalité des larges masses c’est le credo de la GP et ça le fait bander, si tant est qu’il bandât ; mais ce qui le trouble c’est que ce mouvement est entre les mains des révisionnistes modérés, Piaget CFDT et PSU est de ce type de catho dévoué qui n’est pas vraiment la tasse de thé de « Pierre Victor » qui haïssait les syndicalistes légaux.

 

Qui se souvient du « discours de Marseille » d’Antoine Riboud du 25 octobre 1972 aux Assises du CNPF ?

 

« La responsabilité de l'entreprise ne s'arrête pas au seuil des usines ou des bureaux. Les emplois qu'elle distribue conditionnent la vie entière des individus. Par l'énergie et les matières premières qu'elle consomme, elle modifie l'aspect de notre planète. Le public se charge de nous rappeler nos responsabilités dans cette société industrielle. (...) La croissance ne devra plus être une fin en soi, mais un outil qui, sans jamais nuire à la qualité de vie, devra au contraire la servir ».

Une lettre de Claude Neuschwander ICI

 

Claude Neuschwander, responsable de l'entreprise, lui-même proche du PSU à cette époque, qui a démissionné en février 1976, nous a adressé la lettre suivante.

Lip, une mémoire ouvrière ICI

LES LIP, L'IMAGINATION AU POUVOIR de Christian Rouaud

 

« Lip, c'est fini ! », déclare le 15 octobre 1973 Pierre Messmer. Le Premier ministre de Pompidou a tort. Après six mois de lutte syndicale, les salariés de l'usine de montres de Palente (Doubs) veulent toujours sauver leur entreprise, en dépôt de bilan depuis avril. Le dénouement aura lieu trois ans plus tard, le 28 novembre 1977, avec la transformation de l'usine en six coopératives, Les Industries de Palente _ des initiales qui sonnent toujours : « LIP ».

LIP, Une maison horlogère Française ancrée dans l’histoire ICI

 

LIP a fait partie des grandes maisons horlogères mondiales, et a pendant longtemps représenté le savoir-faire français des montres à l’international. Les valeurs de la marque se basent sur des innovations techniques importantes et sur des efforts permanents pour rester à l’avant-garde du secteur horloger. Avec des origines remontant à plus de 150 ans, l’aventure LIP n’a pas toujours été facile, mais elle s’est inscrite dans l’histoire et continue de surprendre…

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 06:00

 

Le 10 mai 1968, rue de la Santé à Paris  Photo Claude Dityvon. Courtesy Millon

Le Quartier latin cher au jeune Patrick Modiano a fait irruption dans la campagne française profonde, en mai 68, par les ondes des radios que l’on dénommait périphériques (Europe N°1, Radio-Luxembourg, Radio Monte-Carlo… car elles émettent hors du territoire national)  qualifiées de « radios barricades », pendant que les émetteurs de l'ORTF sont occupés par l'armée. (1)

 

Les affiches de l'atelier populaire  des Beaux-Arts au service du mouvement de Mai 68

Frédéric Beigbeder, qui a 2 ans parle de ses jours tranquilles à Neuilly le 8 mai 1968 ICI 

 

« Un jardinier en salopette taille les haies de lauriers avec un sécateur rouge. Le 8 mai 1968, j’ai 2 ans et demi ; j’habite une maison avec parc dans un quartier résidentiel bourgeois de la banlieue ouest de Paris. Je pédale sur un tricycle rouge autour d’un chêne centenaire. J’apprends les règles du croquet : à l’aide d’un maillet, il faut faire passer une boule en bois à travers des arceaux, mais mon frère semble plus enclin à viser mes tibias. Ma nurse allemande se prénomme Ann-Gret ; après une adolescence militante dans les Jeunesses hitlériennes, suivie d’une grosse déception militaire, elle s’est réfugiée chez nous avec son loden vert et son chignon gris. Elle promène Charles et moi autour de la mare Saint-James. Nous jetons du pain de mie aux canards pour qu’ils sortent de l’eau. Les marronniers de l’avenue de Madrid sont en fleurs. La brise emporte les pétales blancs dans les airs, comme s’il neigeait au printemps. Les rues et les jardins de Neuilly-sur-Seine sont blanchis par le pollen qui colle à la rosée ; certains résidents âgés sont pris de quintes de toux. Un policier en képi siffle quand des garçons en culotte courte jouent au football sur la pelouse interdite. Ce sera la seule infraction notable de la journée. Un homme portant un chapeau blanc pêche dans le lac ; je n’avais jamais imaginé qu’il puisse nager des poissons dans cette eau croupie. »

 

[…]

 

Notre maison est protégée par une grille surmontée de pointes vertes. A la télévision, les actualités en noir et blanc annoncent l’intronisation de monseigneur Marty, nouvel archevêque de Paris, portant la mitre et la crosse en la cathédrale Notre-Dame, puis des échauffourées entre la police et les étudiants devant le café-tabac Le Cluny, à l’angle des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain (mais le reportage ne diffuse pas le son des explosions).

 

Cinquante ans plus tard, je sais qu’Alain Geismar a pleuré ce jour-là rue Saint-Jacques, pas seulement à cause des gaz lacrymogènes, mais parce que, en ce 8 mai 1968, à la suite d’une négociation secrète avec le gouvernement, les étudiants de la Sorbonne ont failli renoncer à la révolution, avant de se raviser dans la soirée. Ce fut «une journée de doute et d’amertume».

 

Le 8 mai 1968, le calme revient à Paris. Les étudiants ont déposé les pavés. Les CRS, temporairement, ne jouent plus de la matraque, « la gomme à effacer les sourires », comme dit l’un deux. Mais la police et les CRS bouclent le Quartier Latin, autour de la Sorbonne et du boulevard Saint-Michel.

 

Dans la presse, le Canard enchaîné titre « Pas de quartier… Latin ». Le Figaro est rebaptisé par les étudiants Le Flicaro. Dans France-Soir, on peut lire cette offre d’emploi : « Urgent, 2.500 postes à pourvoir dans la police, gardiens, officiers, formations accélérées et avenir assuré, se présenter au 39, rue Henri Barbusse dans le 5e arrondissement. »

L'insolence des radios périphériques

Mai 68, le meilleur des ondes ICI 

 

Face à l'ORTF, verrouillé par le pouvoir gaulliste, les deux radios périphériques, Europe 1 et RTL, ont montré leur force et leur savoir-faire. C'est à leur écoute que la France a suivi, jour et nuit, le cours frénétique des événements.

 

Les états-majors d'Europe 1 et de RTL prennent vite conscience de l'importance des événements. Ces deux radios dites périphériques, parce que leurs émetteurs sont basés hors des frontières (au Luxembourg pour RTL, en Allemagne pour Europe 1), bataillent pour grignoter des parts d'audience à France-Inter, la radio publique, à l'époque la plus écoutée. Théoriquement indépendantes du pouvoir, RTL et Europe 1 (dont l'actionnaire principal est un organisme d'Etat, la Sofirad) sont néanmoins sous contrôle gaulliste, mais bénéficient d'une liberté éditoriale supérieure à la radio publique concurrente. Celle-ci n'ignorera pas les événements. Les journalistes de France-Inter seront sur le terrain au moment des grands affrontements, mais la couverture qu'ils en feront sera "plus sobre", comme le reconnaît aujourd'hui Jacqueline Baudrier, à l'époque rédactrice en chef des journaux parlés de la radio publique. C'est donc surtout sur les radios périphériques que le public va suivre heure par heure, jour et nuit, le cours frénétique des événements.

 

Les rédactions sont mobilisées vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En 1968, Europe 1 est "la" radio d'info. Son équipe s'est rodée au grand reportage pendant l'Algérie, la guerre de six jours, le Vietnam. RTL est davantage orientée vers le divertissement, mais va vite casser sa grille pour donner la priorité à l'information. Dès le 3 mai, rue François-Ie, au siège d'Europe 1, le patron et les responsables de la rédaction (Maurice Siegel, directeur général, Jean Gorini, directeur de la rédaction, Jacques Paoli, rédacteur en chef) s'installent autour d'une grande table avec téléphones et télex. Ils ne la quitteront plus pendant un mois. Les "barons" de la station sont pour la plupart à l'étranger, comme Julien Besançon, grand reporter de retour de Saïgon, envoyé en Afghanistan pour suivre la visite officielle du premier ministre, Georges Pompidou. Et, en attendant qu'ils reviennent, les jeunes reporters sont envoyés au coeur de l'action. L'importance des mots Ceux-ci (Fernand Choisel, spécialiste sportif, Bernard Lalanne, Claude Manuel, Pierre Lavigne, François Jouffa ou Alain Cancès...), comme ceux de RTL, ont vingt-cinq ans de moyenne d'âge, celui des étudiants, dont ils se sentent naturellement proches. Alors que la fameuse émission d'Europe 1 "Salut les copains" s'essouffle, la direction a demandé à François Jouffa de créer un nouveau magazine, "Campus", qui s'adresse à ceux que "l'avant garde et la nouveauté séduisent". Public visé : les étudiants. Dès le 4 avril, jour de son lancement, Jouffa consacre son émission à l'assassinat de Martin Luther King. Quelques jours plus tard, il replonge dans l'actualité immédiate avec l'attentat contre Rudi Dutschke, le leader des étudiants socialistes allemands. Il invite en direct des militants du SDS, qui dénoncent "la presse fasciste de Springer". C'en est trop pour la direction d'Europe, dont l'émetteur est en Sarre.

La Place de l'Etoile” : Modiano au firmament dès son premier roman ...

Le Déjeuner des barricades - Pauline Dreyfus ICI 

Publié par Thierry L. sur 3 Septembre 2017, 07:36am

« En mai 68 Patrick Modiano est sur les barricades. Non comme insurgé mais comme journaliste pour Vogue. Dans cette revue pas vraiment gauchisante, il signe un article ironique et distancié sur les « évènements » intitulé Un printemps unique. Le jeune écrivain qui vient de publier La Place de l’Étoile, ouvrage plein de bruit et de fureur sur l’occupation, a du mal à prendre au sérieux l’embrasement du Quartier latin : « Je doute, écrit-il, que les dates de notre guerre en dentelles figurent un jour dans l’histoire au même titre que la bataille de Poitiers… »

 

Au-delà de la farce des petits bourgeois jouant à la Révolution, le quadrillage du Quartier latin l’effraie « Pour moi, c’était l’Occupation qui recommençait. C’était une espèce de Paris policier, et ça me foutait la trouille. Je vivais dans une terreur paranoïaque, comme si c’était la rafle de 1942. »Libération  du 2 septembre 1975, cité par Denis Cosnard.

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J’ai souvenir dans Fleurs de Ruine : Hôtel de l’Avenir. Quel Avenir ?

 

Ce dimanche soir de novembre,  j’étais dans la rue de l’Abbé-de-l’Épée. Je longeais le grand mur de l’Institut des sourds-muets. À gauche se dresse le clocher de l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. J’avais gardé le souvenir d’un café de l’angle de la rue Saint-Jacques où j’allais après avoir assisté à une séance de cinéma, au studio des Ursulines.

 

Sur le trottoir, des feuilles mortes. Ou les pages calcinées d’un vieux dictionnaire Gaffiot. C’est le quartier des écoles et des couvents. Quelques noms surannés me revenaient en mémoire : Estrapade, Contrescarpe, Tournefort, Pot-de-Fer… J’éprouvais de l’appréhension à traverser des endroits où je n’avais pas mis les pieds depuis l’âge de dix-huit ans, quand je fréquentais un lycée de la Montagne-Sainte-Geneviève.(1)

 

J’avais le sentiment que les lieux étaient restés dans l’état où je les avais laissés au début des années soixante et qu’ils avaient été abandonnés à la même époque, voilà plus de vingt-cinq ans. Rue  Gay-Lussac – cette rue silencieuse où l’on avait jadis arraché  des pavés et dressé des barricades –, la porte d’un hôtel était murée et la plupart des fenêtres n’avaient plus de vitres. Mais l’enseigne demeurait fixée au mur : Hôtel de l’Avenir(2). Quel Avenir ? Celui, déjà révolu, d’un étudiant des années trente, louant une petite chambre dans cet hôtel, à  sa sortie de l’École normale supérieure (3), et le samedi soir y invitant ses anciens camarades. Et l’on faisait le tour du pâté d’immeubles pour voir un film au studio des Ursulines (4). Je suis passé devant la grille et la maison blanche aux persiennes, dont le cinéma occupe le rez-de-chaussée. Le hall était allumé. J’aurais pu marcher jusqu’au Val-de-Grâce, dans cette zone paisible où nous nous étions cachés, Jacqueline et moi, pour que le marquis n’ait plus aucune chance de la rencontrer. Nous habitions un hôtel au bout de la rue Pierre-Nicole. Nous vivions  avec l’argent qu’avait procuré à Jacqueline la vente de son manteau de fourrure. La rue ensoleillée, le dimanche après-midi. Les troènes de la petite maison de brique, en face du collège Sévigné. Le lierre recouvrait les balcons de l’hôtel. Le chien dormait dans le couloir de l’entrée.

 

J’ai rejoint la rue d’Ulm. Elle était déserte. J’avais beau me dire que cela n’avait rien d’insolite un dimanche soir, dans ce quartier studieux et provincial, je me demandais si j’étais encore à Paris. Devant moi, le dôme du Panthéon. J’ai eu peur de me retrouver tout seul, au pied de ce monument funèbre, sous la lune, et je me suis engagé dans la rue Lhomond. Je me suis arrêté devant le collège des Irlandais. Une cloche a sonné huit coups, peut-être celle de la congrégation  du Saint-Esprit dont la façade  massive s’élevait à ma droite. Quelques pas encore, et j’ai débouché sur la place de l’estrapade. J’ai cherché le numéro 26 de la rue des Fossés-saint-Jacques.  Un immeuble moderne, là devant moi. L’ancien immeuble avait sans doute été rasé une vingtaine d’années auparavant.

 

 

 

1- Le Lycée Henri IV – 23 rue Clovis

 

« … j’ai été pensionnaire au lycée Henri-IV, c’est-à-dire enfermé dans la ville où vivaient mes parents, et cela m’a semblé encore plus dur à vivre. »

 

Patrick Modiano est interne (puis externe à Henri-IV, de septembre 1962 à juin 1964, date de l’obtention de son second baccalauréat. Dans Éphéméride, une nouvelle publiée en 2002 au Mercure de France, il évoque son passage au lycée de la place du Panthéon : « Mon père est venu une seule fois me rendre visite dans cet établissement […] Je revois la silhouette de mon père, là, sous le porche, mais je ne distingue pas son visage, comme si a présence dans ce décor de couvent médiéval paraissait irréelle. La silhouette d’un homme de haute taille, sans tête. »

 

2- L’Hôtel de l’Avenir – 50, rue Gay-Lussac

 

L’hôtel qui vit les pavés voler et les barricades s’élever sous ses fenêtres a changé d’enseigne en devenant l’hôtel Latin. En, 2004, les propriétaires l’agrandissent en rachetant l’hôtel du Progrès, voisin.

 

3- l’École normale supérieure – 45, rue d’Ulm

 

« Je me répétais sans cesse : « La rue d’Ulm, la rue d’Ulm ! » et le feu me montait aux joues. En juin, je réussirai le concours de l’École. Je « monterai » définitivement à Paris. » La Place de l’Étoile.

 

Modiano, en hypokhâgne, aurait-il vaguement esquissé le désir d’entrer à Normale Sup’ ? C’est peu probable compte tenu de son statut d’ « étudiant fantôme ». En aurait-il rêvé littérairement ? Il est vrai que la rue d’Ulm est un cénacle dont les élus mettent leurs pas dans ceux d Jean Giraudoux, de Jules Romain, de Jean-Paul Sartre ou de Julien Gracq…

 

4- Le Studio des Ursulines – 10, rue des Ursulines

 

« J’avais gardé le souvenir d’un café à l’angle de la rue Saint-Jacques où j’allais après avoir assisté à une séance de cinéma au Studio des Ursulines. »

 

En 1926, l’acteur Armand Tallier ouvre le Studio des Ursulines avec la volonté de programmer « tout ce qui représente une originalité, une valeur, un effort nouveau, sans distinction de genre ou de nationalité ». Précurseur des salles d’art et essai, ce cinéma a conservé, comme le Panthéon voisin et le studio 28 à Montmartre, sa façade d’origine. Patrick Modiano s’y serait-il rendu au début des années 1960, pour voir Jules et Jim de François Truffaut ? Il aurait pu y reconnaître une scène tournée… dans le foyer du Studio des Ursulines.

 

SOURCE :

 

 

L'ORTF et De Gaulle vus par les affiches de l'atelier populaire des Beaux-arts

Quand Michel Drucker était révolutionnaire

 

Le 22 mai, les journalistes de la radio élisent un "Comité des cinq" pour surveiller l’objectivité de l’information. Réaction du général de Gaulle : "Mettez les trublions à la porte et puis voilà ! » Les journalistes de télévision rejoignent l'intersyndicale le 23 mai sans forcément cesser le travail. Le vendredi 24 mai, à 20 heures, la radio et la télévision diffusent la première allocution du Général.

 

En juin 1968, le comité de grève des journalistes de l'ORTF veut clairement sortir de l'emprise du pouvoir. Il déclare que l'ORTF doit être "au service des 30 millions de téléspectateurs et d'auditeurs et non pas d'une propagande partisane".

 

Dès le début du mois de juin sont annoncées les démissions de Pierre de Boisdeffre, directeur de la radio, d'Emile Biasini, directeur de la télévision, et celle d'Edouard Sablier, directeur de l'information.

 

La direction et le ministère de tutelle essaient de séduire en proposant des avancées matérielles, mais ne cèdent en rien sur la liberté d’information ou l’autonomie des rédactions. Les journalistes de la radio suspendent la grève le 27 juin, bientôt suivis des réalisateurs et producteurs. L'Union des journalistes de la télévision vote la reprise du travail le 13 juillet.

 

50 journalistes ont été licenciés, d'autres sont mutés ou envoyés à la retraite d'office. Les "punis" de Mai-68 s'appellent Michel Drucker, François de Closets, Thierry Roland, Emmanuel de la Taille, Frédéric Pottecher, Roland Mehl, Jean-Pierre Elkabbach, Edouard Guibert.  Beaucoup ont bien rebondi depuis.

 

La reprise en mains

 

En 1969, Georges Pompidou resserre les boulons : l'ORTF passe de la tutelle d'un ministère de l'Information à celle du Premier ministre, directement.

 

Etre journaliste à l'ORTF, ça n'est pas la même chose qu'être journaliste ailleurs. L'ORTF, qu'on le veuille ou non, c'est la voix de la France.

Il pleut sur… la Faculté de Droit du Panthéon (stéréoscopie)

Jour de pluie sur le Panthéon et la Faculté de Droit, rue Soufflot (image extraite de vues stéréoscopiques de Julien Damoy, série n° 4. Rue Soufflot-Le Panthéon. Héliotypie d’E. L. D. Le Deley).

Le quartier latin, entre la Sorbonne, Odéon et Saint Michel, les jeunes de toujours s’y installaient pour vivre dans l’effervescence de la capitale française. Depuis le Moyen-Âge, le quartier était un repaire pour tous les étudiants. C’est d’ailleurs de cette époque que son nom est tiré. En effet, de nombreuses écoles y étaient installées. Les cours étaient alors dispensés en latin et il n’était pas rare d’entendre cette langue “morte” dans les rues. Époque révolue même si on y trouve toujours de prestigieux établissements scolaires comme Louis-le-Grand, Les Beaux-Arts, les Mines ou encore Henri-IV. Normale Sup’ est à la lisière mais depuis mai 68 et la rue Gay-Lussac l’extension est passé dans le langage courant.

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 06:00

 Emmanuel Macron chez le Docteur Knock

Avant la date du déconfinement j’ai fixé mes priorités : les livres, la réparation d’une de mes paires de lunettes, un rendez-vous chez mon médecin traitant.

 

Pour ce dernier pour prendre un rendez-vous c’est via Doctissimo (Créé en 2000 par MM. Laurent Alexandre et Claude Malhuret, deux médecins proches de la droite libérale, Doctissimo est l’un des pionniers français de l’information en ligne sur la santé destinée au grand public. Racheté par le groupe  Lagardère, en 2008, qui l’a vendu à TF1 pour 15 millions d’euros.)

 

Donc je me tape le parcours, choisis le jour et l’heure, je confirme et là j’apprends que ce ne sera pas mon médecin-traitant mais son assistante, une interne. Ça ne me dérange pas vu que ma visite a pour but le simple renouvellement d’une ordonnance et un questionnement sur la stratégie de mon déconfinement.

 

Le 14, je me pointe à l’heure, masqué, je fais salle d’attente dans la cour, pas envie d’être confiné, 35 minutes de retard c’est une tradition médicale, je fais les 100 pas pour me réchauffer. La jeune interne se pointe, je la suis. Je m’assois. Je lui dis que tout va bien et je lui fais part du but de ma visite. Elle m’écoute à peine car elle pianote sur son clavier d’ordinateur. Pour meubler je lui explique mon parcours de confiné solitaire, aucun symptôme, sorties a minima… Manifestement ce qu’elle découvre sur l’écran ne lui plaît pas. Je ne suis pas un bon patient : pas de prises de sang depuis deux ans, mon hypertension : je lui réponds qu’elle est sous contrôle, mon cœur, je lui réponds que l’ablation de mon syndrome de Kent date de 30 ans et que le contrôle cardio pré opération de la hanche était excellent. Ça ne la satisfait pas, elle me balance le dépistage du cancer colorectal, je lui réponds que je reçois les papiers de l’Assurance Maladie mais que je ne fais pas. Ça la chagrine. Elle prend ma tension, j'en ai un peu, je lui indique que c'est parce que je me suis impatienté mais que je surveille ma tension avec une petite machine achetée sur les conseils de mon médecin-traitant et que je suis le protocole à la lettre. Suis un bon patient. Un peu pincée, elle me demande de remplir les tableaux as hoc pour les apporter à la prochaine consultation. J'opine.

 

Puis, en quelques phrases bien senties je lui fais part de ma conception des rapports que j’ai avec mon médecin-traitant et que celui-ci l’a comprise. Enfin, je lui balance que ma première épouse travaillait à l’Institut Curie avec le Dr Calle, père de Sophie Calle artiste déjantée, que le Dr Calle était l’un des plus grands collectionneurs d’art moderne, ses patients le payaient en tableaux, qu’il avait fondé avec Jean Bousquet, Cacharel, le musée d’art moderne de Nîmes. Là je la sens déstabilisée, au bord de la panique, elle rend les armes. Je lui demande de me bloquer une date de rendez-vous avec mon médecin-traitant. Ce qu’elle fait. Je règle. Je la salue en la rassurant « Vous êtes jeune,  je vous comprends… »

 

En rentrant sur mon vélo j’ai repensé à l’épilogue du livre de Luc Perino, Patients zéro. Je l’ai relue et pile poils ça tapait juste.

 

 

Quels seront les acteurs de la médecine du futur ?

 

Pour répondre à cette question, il faut revisiter l’histoire en séparant les deux grands domaines de l’action médicale  que sont le diagnostic et le soin, et dont les parcours historiques ont été très différents et rarement convergents. Ce n’est pas parce qu’il y a des cathédrales que l’histoire de la théologie peut être comparée à celle de l’architecture. Ce n’est pas parce que nous guérissons certaines maladies que l’on doit confondre l’histoire du diagnostic avec celle du soin, comme cela a trop souvent été fait. Aujourd’hui encore, les progrès de l’un et de l’autre sont rarement coordonnés.

 

Le soin existe depuis des millions d’années, depuis la reproduction sexuée, depuis que la survie de certaines espèces dépend des soins parentaux. Chez les primates que nous sommes, chacun est un jour le soignant d’un autre. L’épouillage a précédé de loin les trois cents types de psychothérapies actuels. Les matrones, barbiers et arracheurs de dents n’ont pas attendu la césarienne et la microchirurgie pour prodiguer des soins de qualité. Dans nos pays, les métiers du soin se comptent par centaines, alors que  le diagnostic est réservé aux seuls médecins. Inversement, le soi n’a jamais été et ne sera jamais une exclusivité médicale. Les médecins y tiennent un rôle mineur. L’empathie, l’altruisme et la coopération relèvent naturellement de l’écologie comportementale, les médecins n’en sont ni mieux ni moins pourvus que les autres. Le soin est biologique et universel.

 

Quant au diagnostic, il est né après les premières formes de culture animale. Les chimpanzés savent probablement diagnostiquer une parasitose intestinale, puisqu’ils ingèrent des feuilles non digestibles dont les trichomes (poils) emprisonnent les parasites qui sont alors éliminés dans les selles. Homo sapiens a franchi une nouvelle étape en faisant du diagnostic un métier. Contrairement au soi, biologique et universel, le diagnostic est culturel et spécifique. Le diagnostic est une science où les médecins excellent depuis deux ou trois siècles. Ils en protègent farouchement l’exclusivité, avec raison. Rares sont ceux qui osent contester cette prérogative.

 

Mais les médecins ont tort quand ils revendiquent un monopole sur le soin, car les rencontre fructueuses entre diagnostic et soin relèvent généralement de la contingence. Pasteur ignorait tout de l’immunologie. La grande majorité des médicaments ont été découverts empiriquement bien avant que l’on ne connaisse leur action physiologique. Les citrons ont soigné le scorbut avant que l’on ne découvre que nos organismes sont incapables de synthétiser la vitamine C. C’est par le plus grand  des hasards que les neuroleptiques ont permis de supprimer la camisole de force. Inversement, de nombreux médicaments ont été découverts sur un mécanisme d’action théoriquement parfait se révèlent sans effet clinique.

 

Nous pouvons délimiter une très brève période où le diagnostic théorique et le soin pratique se sont rejoints pour un vrai bénéfice sanitaire. Elle commence en 1921 avec la synthèse de l’inuline après avoir compris la physiopathologie du diabète type 1. Elle se poursuit avec les antibiotiques dans les années 1940 après la compréhension du rôle pathogène des micro-organismes. Elle se prolonge avec la mise en place des essais cliniques dans les années 1960 pour quelques médicaments innovants… Elle se termine dans les années 1980 sous l’effet de la prédominance du marché sur la politique et l’enseignement, lorsque, par impuissance, angélisme ou fatalisme, les ministères ont laissé les industries sanitaires biaiser la science clinique et orienter les diagnostics et les soins.

 

Fort heureusement, cette domination du marché est arrivée alors que notre espèce avait atteint un optimum d’espérance moyenne de vie, grâce à de nombreux autres progrès techniques, politiques et sociaux. Les quelques scandales retentissants comme celui du thalidomide et les autres (Distibène®, Vioxx®, glitazones, Mediator®, etc.) ont tué et lésé des milliers de personnes sans avoir d’impact statistiquement mesurable sur la santé publique.

 

Les soins d’aujourd’hui sont prodigués par un nombre croissant d’acteurs ; ils errent entre la plus grande rigueur scientifique et les plus extravagants obscurantismes. Les rayons de supermarché regorgent de produits dont l’étiquette vante les effets sanitaires. Le journal de 0 heures annonce chaque jour la guérison prochaine d’un cancer ou d’une maladie orpheline. Le magnétisme et la divination renaissent et partagent l’affiche avec les cellules-souches et les anticorps monoclonaux.

 

De son côté, le parcours culturel du diagnostic a franchi deux ultimes étapes dans nos sociétés d’abondance.

 

  • D’une part, il est devenu obligatoire ; la mort naturelle a disparu : le médecin doit inscrire la cause de la mort sur les certificats de décès.

 

  • D’autre part, il est devenu indépendant du vécu des malades, puisque ce sont désormais les médecins qui proposent les « maladies » dont les patients n’ont jamais ressenti le moindre symptôme : ostéoporose ou hypercholestérolémie, anévrismes ou cancers dépistés. Les maladies sont virtuelles, la médecine n’a plus besoin de malades.

 

Reprenons alors la citation introductive de Canguilhem :

 

« C’est parce qu’il y a des hommes qui se sentent malades qu’il y a une médecine, et non parce qu’il y a des médecins que les hommes apprennent d’eux leurs maladies. »

 

Ce n’est plus vrai aujourd’hui, car ce sont le plus souvent les médecins qui apprennent leur maladie aux hommes. Le plus surprenant est la docilité avec laquelle nos concitoyens acceptent des diagnostics de maladies qu’ils n’ont jamais vécues.

 

[…]

 

Pour rester résolument optimiste et produire encore une belle médecine, il faudra séparer de nouveau le diagnostic et le soin, comme ils l’ont toujours été dans l’histoire. Puisque le soin a été investi par tant de leurres et de cupidités, la recherche biomédicale gagnerait à ne plus s’en préoccuper directement. Ne médecine qui chercherait juste à comprendre l’histoire d’Homa sapiens et de ses maladies, qui l’enseignerait aux enfants et aux adultes en les laissant libres d’en tirer profit.

 

C’est ma philosophie, et je n’en changerai pas, de quoi me plaindrais-je ?

 

Presque 72 années, marquées seulement par des soucis mécaniques : un syndrome de Kent de naissance, évacué ; des polypes dans les sinus, évacués ; des soucis de vertèbres, évacués ; une lourde gamelle à vélo, surmontée… Je fus un migraineux chronique, des migraines qui me terrassaient, d’une violence inouïe allant jusqu’à des vomissements de bile, un cycle immuable de 48 heures, sans soulagement médicamenteux, la migraine n’intéresse pas la médecine, la vieillesse m’a  débarrassé de mes migraines. Depuis une vingtaine d’années je souffre d’acouphènes, un bourdonnement continu dans les oreilles, je vis avec. Ce sont mes maladies, sans soins connus de la médecine, alors celles que j’ignore je n’ai nulle envie de les connaître afin de me retrouver dans les couloirs des hôpitaux.

 

« La santé c'est la vie dans le silence des organes » formule du chirurgien René Leriche, datée de 1936.

 

Leriche précise bien que sa définition est celle du malade et non de la médecine. Il sait que le silence des organes n’exclut pas la présence de la maladie. Mais il ne fait pas de la santé « une affaire interne » qui ne concernerait que le malade lui-même.

 

Georges Ganguilhem qui citera fréquemment la formule de Leriche, parlera de « la santé : concept vulgaire et question philosophique ». Il écrira : « Il n’y a pas de science de la santé… Santé n’est pas un concept scientifique, c’est un concept vulgaire. Ce qui ne veut pas dire trivial, mais simplement commun, à la portée de tous. »

 

Pour Leriche, la douleur est « un phénomène individuel monstrueux et non une loi de l’espèce. Un fait de maladie ». « La maladie, c’est ce qui gêne les hommes dans l’exercice normal de leur vie et dans leurs occupations et surtout ce qui les fait souffrir », ajoute-t-il. C’est de la demande du malade que naît la médecine et donc la clinique. On rappelle que parmi les invariants formels de la médecine, mentionnés par Georges Lantéri-Laura et qui permettent de la distinguer de l’art du guérisseur et de la magie, il insiste sur la préséance de la clinique.

 

La douleur est le symptôme qui vient briser la vie dans le silence des organes et amener le malade à consulter.

 

« C’est la vie entière qui est devenue comme une maladie », souligne Pascal Bruckner en évoquant la surmédicalisation qui transforme un moyen, la santé, en une fin. Il ajoute : « On n’est plus en quête d’une simple norme qui inclut défaillance, creux, dépressions, passages à vide, mais d’une “super-norme”. »

 

Je voulais titrer « En revenant de la revue » en référence à la chanson mais lorsque la médecine s’empare de la notion de santé, c’est au docteur Knock, auteur d’une thèse « Sur les prétendus états de santé » que j’ai ensuite pensé.

 

« Tomber malade », vieille notion qui ne tient plus devant les données de la science actuelle. La santé n’est qu’un mot, qu’il n’y aurait aucun inconvénient à rayer de notre vocabulaire. Pour ma part, je ne connais que des gens plus ou moins atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution plus ou moins rapide. Naturellement, si vous allez leur dire qu’ils se portent bien, ils ne demandent qu’à vous croire. »

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15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 06:00

 

 

Ce fut, tel un mort de faim qui je me ruai, masqué et ganté, à la librairie Gallimard  boulevard Raspail dès les premières heures du déconfinement. À l’intérieur, liberté d’aller et de venir, masque obligatoire : un vieux monsieur très 7e qui en était dépourvu dû battre en retraite, offusqué, je pus donc pratiquer ma glane habituelle. Je filai ensuite à l’Écume des Pages, boulevard Saint-Germain, et je terminai chez Compagnie rue des Écoles pour emplir plus encore ma besace. Ce cheminement correspondant à mon trajet de retour : rue Saint-Jacques, rue du Faubourg Saint-Jacques, boulevard Saint-Jacques. Comment voulez-vous qu’une telle succession ne monte pas à la tête.

 

La tête très précisément, mon inconscient de confiné de quasiment 60 jours a sûrement guidé mon choix, en effet comme vous le savez la Fabrique des Salauds fut mon livre de chevet pendant ce temps de retrait du monde. C’est de retour chez moi que je l’ai constaté, en effet, sur les 12 livres achetés (dont 3 polars dont un corse, 2 gros romans : un américain et un argentin, le dernier Echenoz, le Miscellanées des fleurs et un roman pour Juliette ma petite-fille) 3 bouquins ayant trait à l’Allemagne nazie : 2 gros, je chroniquerai lorsque je les aurais lu, et 1 petit.

 

Vous le savez j’adore les petits livres.

 

Reinhard Höhn, de la SS à l'élite économique de l'Allemagne de l'Ouest

« Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui » Johann Chapoutot  nrf essais ; Gallimard (décembre 2019)

 

Le soir venu j’ai commencé par La septième croix d’Anna Seghers chez Métailié. Plus habitué au grand air, mes raids à vélo m’avaient fatigué, j’ai donc éteint les feux aux alentours de 23 heures. Et puis, au cœur de la nuit, je me suis payé une belle séance de crampes, normal 2 mois sans pédaler, c’est douloureux mais maîtrisable (ICI). La tempête  musculaire s’étant calmé, éveillé, j’ai décidé d’entamer le petit livre.

 

Martine Giboureau dans sa fiche de lecture ICI très complète écrit  le samedi 25 janvier 2020

 

Ce petit livre (169 pages, notes, index, table des matières compris) est passionnant car il analyse bien des aspects méconnus du nazisme (dont la vision de l’histoire des peuples et des Etats par les idéologues et juristes du IIIème Reich) et montre que des intellectuels d’avant 1945 continuent à influencer la société après 1945.

 

Tellement passionnant que j’en ai lu plus de la moitié d’une seule traite.

 

Je vous conseille de lire la fiche de lecture ou l’interview  de l’auteur dans Marianne « Le nazisme est de notre temps et de notre lieu » : le management contemporain est-il son héritier ?

 

 

Propos recueillis par Philippe Petit

Publié le 14/01/2020

 

Le nazisme n’est pas un aérolithe tombé du ciel, aime à souligner l’historien Johann Chapoutot qui publie ces jours-ci Libres d’obéir sous-titré "Le management du nazisme à aujourd’hui"* (Gallimard). Un livre remarquable qui nous dévoile la modernité du nazisme en matière d’organisation du travail et ce qu’il en reste aujourd’hui : le culte de la performance, l’obsession de la flexibilité, le mépris des fonctionnaires et de l’État. Un livre qui fait mal et nous montre combien notre relation au monde du travail est encore imprégnée de l’idéologie nazie hostile à la lutte des classes et thuriféraire d’une optimisation maximale des "ressources humaines". Nous avons demandé à l’auteur des explications.

ICI 

 

J’ai seulement sélectionné le passage sur ALDI

 

 

« Ces dernières années, Reinhard Höhn et la méthode de Bad Harzburg ont en effet de nouveau été l’objet d’une attention publique. En 2012, un cadre de la chaîne de grande distribution Aldi, monument de la société de consommation allemande depuis les années 1950 et véritable inventeur du discount a publié un livre sur sa douloureuse expérience de manager d’un centre de distribution de la firme. Dans Aldi au rabais, un ancien manager déballe tout, Andreas Staub décrit le monde oppressant du contrôle et du harcèlement permanent. Aldi se réclame fièrement, depuis des origine de la méthode de managment de Bad Hazburg, comme le précise son manuel des cadres que nous avons consulté dans sa version française intitulée : Manuel Responsable Secteur. La rubrique M4, intitulée « Manager les collaborateurs », précise :

 

 

Ce paragraphe, qui ne se distingue ni par sa qualité littéraire ni par la plus élémentaire maîtrise de la langue, n’en est pas moins éloquent : le passage obligé sur la « critique constructive » et la culture du « dialogue » ne laisse pas de doute sur ce qui est retenu de la méthode de Bad Hazburg, ou plutôt sur la manière dont celle-ci est concrètement mise en pratique. L’essentiel réside dans la fixation des « objectifs », la prescription des « délais » de réalisation et dans l’exercice du « contrôle ». C’est bien ce que décrit et, à sa suite, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel qui, le 30 avril 2012, consacre un dossier à cette entreprise « ivre de contrôle ». Dans un entretien avec le magazine, l’auteur du livre l’affirme : « le système vit sous le contrôle total et de la peur. » Tout semble bon pour assurer la « maximisation du profit » : le contrôle des tâches et de leur durée d’exécution est permanent, y compris au moyen de caméra filmant les employés. En raison de l’illégalité du procédé, Aldi préfère envoyer dans ses magasins des « contrôleurs » pour des « achats tests » qui visent à évaluer la performance des caissières. Tous les défauts et manquement sont notés – il y en a toujours fatalement un –, et servent le moment venu à justifier un licenciement. Pour « jeter quelqu’un dehors », tout l’historique du contrôle est convoqué. Au cours d’un entretien tendu, « on crée une situation de pression » totalement construite : « deux ou trois personnes accablent l’intéressé de reproches » pour le faire craquer et lui faire accepter une rupture conventionnelle (Aufhebungsvertrag) qui évite à l’entreprise de payer des indemnités de licenciement, au profit d’une somme bien inférieure. La stratégie de tension est à son comble lors de ce moment paroxystique, mais elle et également permanente, selon Straub et les journalistes du Spiegel : « Le harcèlement et la pression massive sont quotidiens. »

 

Chez Aldi-Süd, où Straub a travaillé, les « comités d’entreprises » sont inexistants, « absolument bannis […]. Le management a été clair : on ne veut se laisser importuner par personne » Il n’y a personne, donc, pour contrôler les contrôleurs.

 

Deux remarques :

 

ALDI-LEADER PRICE

 

 

  • L’une contemporaine : le 20 mars 2020 Aldi rachète Leader Price au groupe Casino pour 735 millions d’euros  ICI   et Les dessous du rachat de Leader Price par Aldi ICI  
  •  

Amazon.fr - L'ère des responsables - Papon (Maurice) - Livres

  • L’autre historique : en 1954, au moment où Reinhard Höhn prépare la création de son école des cadres de Bad Harzburg,  Maurice Papon, alors secrétaire-général de la Préfecture de Police de Paris, publie un essai de management intitulé L’Ère des responsables. « D’une plume descriptive et sans relief […] il livre avec componction ennuyeuses ses leçons de décideur pour le plus grand bénéfice du secteur public et de l’entreprise privée. » Papon après ses « ratonnades » du 17 octobre 1961, pantouflera à SudAviation, avant de devenir ministre du Budget de Raymond Barre de 1978 à 1981.
L'ère des responsables par MAURICE PAPON

Par J. F. Publié le 04 janvier 1955 Le Monde

 

Actuellement secrétaire général de la Résidence au Maroc et ancien préfet, M. Papon a rencontré le docteur Gros, créateur de la fonction de " conseiller de synthèse ". Ils ont travaillé ensemble, et l'auteur a constaté par sa propre expérience que ce rôle comportait de telles possibilités pour les " chefs " du secteur privé comme de la fonction publique qu'il avait le devoir de le leur dire.

Après une analyse serrée (1) des conditions de travail et de vie dans lesquelles les responsables, industriels, politiques, administratifs, exercent habituellement leurs fonctions, après avoir montré comment ils sont menacés à la fois par la dispersion et la spécialisation, l'auteur décrit les faiblesses qui en résultent et les difficultés que ces responsables rencontrent pour interpréter et résoudre les problèmes.

" L'homme aspire à retrouver des idées directrices, des concepts généraux pour aborder ces problèmes ou soutenir son action avec plus d'unité et de plénitude. Il lui faut restaurer l'esprit de synthèse. " Encore faut-il qu'il soit largement informé et se ménage un temps suffisant à la réflexion. Ce livre l'y invité et l'y aide.

 

Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management du nazisme à aujourd’hui. Höhn

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 12:00

EN IMAGES - 10 chiffres à connaître sur le film "Titanic" qui fête ...

Auld Lang Syne est un poème écrit par le poète écossais Robert Burns (1759–1796). Il est traditionnellement chanté à la Saint-Sylvestre (*) à minuit au moment du changement d’année. Il l’est également pour marquer un adieu ou un départ majeur (il peut donc aussi être joué lors de funérailles et aux USA il est joué lors de la commémoration de l’armistice du 11 novembre).

 

En Ecosse, il est souvent chanté à la fin d’un ceilidh. Les danseurs forment un grand cercle se donnent la main et balancent les bras d’avant en arrière. Au début du dernier couplet, chacun croise les bras sur sa poitrine et donne sa main droite à son voisin de gauche et vice-versa (c’est une erreur communément faite en dehors de l’Ecosse de croiser les bras dès le début de la chanson). Durant le dernier refrain les danseurs sautillent puis se précipitent vers le centre en se tenant toujours par la main. Ils reculent ensuite pour reformer le grand cercle et chaque danseur fait demi-tour en passant sous ses bras pour faire face à l’extérieur, mains toujours jointes avec ses voisins.     

           

« Auld lang syne » (syne se prononce comme le mot anglais « sign ») est l’équivalent anglais de « Old long since » (ou « long long ago » ou « days gone by » ou « to the good old days ») que les français ont traduit par « ce n’est qu’un au revoir ». L’expression écossaise “In the days of auld lang syne” est l’équivalent anglais de “Once upon a time” (il était une fois).

 

Pour la mélodie, on soupçonne le poète écossais de s’être inspiré de la dernière section de l’ouverture de l’opéra « Rosina » (de William Shield (1748-1829)) jouée au Covent Garden de Londres le 31 décembre 1782 et lui-même inspiré d’un strathspey appelé « The Miller’s Wedding » ou « The Miller’s Daughter ».

 

(*) Fête que les écossais appellent Hogmanay. Il y a beaucoup de curieuses coutumes associées à Hogmanay où l’on cherche à démarrer la nouvelle année en repartant de zéro :

 

- On paye ses dettes

 

- On fait un grand nettoyage de la maison (une sorte de nettoyage de printemps), et surtout on retire toutes les cendres de sa cheminée afin que nul ne puisse y lire l’avenir.

 

- Juste après minuit, on sort faire « le premier footing » pour rendre visite à ses voisins en leur apportant un morceau de charbon, du pain et une bouteille de whisky. Ces cadeaux sont un signe de bonheur (pour une jeune femme il sera d’autant plus grand si celui qui les apporte est un beau jeune homme) et atteste que l’on ne manquera pas de quoi se chauffer, se nourrir et boire. Nul ne sera admis à rentrer chez son voisin s’il oubli un seul de ces trois présents… il apporterait le malheur !

 

Jusque dans les années 1960, Hogmanay est resté plus populaire que la fête de Noël. On le doit à l’Église presbytérienne protestante d’Ecosse qui a activement cherché à décourager la célébration de Noël pendant plus de 300 ans. De ce fait, le jour de Noël a été une journée de travail normale en Écosse jusque dans les années 1960 et même les années 1970 dans certaines zones.

 

Les origines du mot Hogmany font l’objet de beaucoup de débats. Certains pensent qu’il vient de « Haleg Monath », signifiant "mois saint" dans le langage anglo-saxon, d’autres qu’il est dérivé du gaélique « oge maidne », signifiant « new morning ». Enfin certains pensent que c’est une expression française héritée de l’époque de la Auld Alliance « homme ne is » (qui signifie « l’homme est né »).

 

LES PAROLES D’AULD LANG SYNE

 

La paternité des paroles d’Auld lang syne est très controversée. Il est certain que le poète Burns a recueilli plusieurs textes plus qu’il ne les a composés. On retrouve en effet des similitudes avec la ballade "Old Long Syne" imprimée en 1711 par James Watson. Le barde écossais finit par reconnaître qu’il avait emprunté trois des couplets et que seuls deux étaient de sa composition. Tous s’accordent toutefois à dire que ceux de Burns sont les meilleurs.

 

La version de Burns a été publiée pour la première fois en 1796, après la mort du barde.   

         

La chanson est très souvent mal chantée et elle l’est rarement dans son intégralité. Aussi, en parlant de « Auld lang syne » on a pour habitude de dire : un chant « que personne ne connaît » tant les paroles en sont inversement populaires à la musique…

Plus près de toi, mon Dieu — Wikipédia

Nearer, My God, to Thee, est un choral chrétien du XIXe siècle, écrit par la poétesse britannique Sarah Flower Adams (1805-1848) sur une musique de l'Américain Lowell Mason (1792-1872).

 

Il est connu pour avoir été joué sur le RMS Titanic alors que le paquebot coulait. Lors du naufrage, plusieurs musiciens restèrent impassibles et jouèrent cette mélodie avec émotion au violon. On croit que cet hymne a été le dernier morceau joué lors du naufrage réel, mais on parle aussi de Songe d'Automne d'Archibald Joyce, ou même d'aucune musique jouée.

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 06:00

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Notre cher Pax, nous annonce un chapitre 1 de son confinement, nous espérons la suite, grand merci à lui…

 

Voilà, c’est fini. Pour ceux qui ont tenu un journal il est temps d’écrire le mot fin et de tourner la page. Pour ce qui nous concerne mon épouse, moi et Nane le bon chien, voici venu le temps des souvenirs.

 

Nous étions à Collioure pour la « Saint Machado » c’est à dire l’AG de l’association Antonio Machado cet écrivain andalou considéré comme le Victor Hugo espagnol. L’AG se tient le ouiken le plus proche du 22 février anniversaire de sa mort à Collioure .Nous avions prévu de rester jusqu’à fin mars pour voter aux élections municipales. L’équipe de Jacques Manya qui se représentait risquait d’avoir quelques problèmes. Malgré notre apport, elle fut battue. Il faut dire que près de la moitié du corps électoral s’était abstenu sans doute désorienté par la polémique : on reporte/on reporte pas les élections. Beaucoup ont finalement «  boudé » le scrutin pour manifester contre l’incohérence du chef de l’état.

 

Confinons, confinons

 

Le confinement nous a surpris loin de chez nous. Nous n’avons pas voulu utiliser le léger sursis proposé pour détaler, dans la pagaille, comme une compagnie de perdreaux levée par les rabatteurs. Pas « d’exode » pour nous.

 

Confortablement installé dans notre petit logement, au ras des flots nous avons fait savoir, urbi et orbi que nous confinions à Collioure en vertu de l’adage qui veut qu’il vaut mieux mourir d’ennui à Collioure que du connard de virus en Alsace.

 

Les premiers jours nous avons vécus comme à l’ordinaire. Nous avons écouté, sans trop y rien comprendre, les informations hésitantes et contradictoires du gouvernement. Les mauvaises querelles mal fondées que lui cherchaient des opposants ignorants et pleins de mauvaise foi.

 

Est arrivé la procédure de l’autorisation de sorties que nous avons immédiatement appelé.

 

« Ausweiss » en souvenir d’une autre époque toujours en mémoire pour nous autres Alsaciens. Il a fallu du temps pour que cette procédure soit au point Un papier unique « Monsieur ou Madame » nous fut reproché. Chacun la sienne nous a-t-on dit. Il en fallait, une par jour et par sortie. Puis l’indication de l’heure de sortie fut rendue obligatoire. Nous avons rusé avec un stylo effaceur qui permettait quelques retouches. Habillement fait, les pandores s’y sont laissé prendre. Lors d’un contrôle, et vraisemblablement parce que j’avais perçu être dans leur collimateur et que je m’étais spontanément porté vers eux,  l’examen de mon « Ausweiss » a été superficiel. Ils n’ont pas remarqué l’absence de signature.

 

Toute sortie se préparait minutieusement à l’avance. Autorisation en bonne et due forme, carte d’identité et en avant. Ce fut assez compliqué pour nous. La situation de notre logement nous obligeait à longer les plages alors que leur accès était interdit et des barrières métalliques condamnaient les avenues. Suspects, nous étions forcément suspects. Puis on nous a fichu la paix.

 

Cependant, rien n’est parfait comme se lamente le Renard auprès du Petit Prince qui lui annonce qu’il y a des poules sur sa planète mais, hélas, aussi des chasseurs.

 

Que peut-il manquer à un confinement coquet et douillet ? Le beau temps !

 

Tous les matins, par la toile, nous arrivait un bulletin météo encore calé sur Lutzelhouse. On voyait que depuis notre départ l’Alsace bénéficiait d’un beau temps insolent. Des journées de soleil succédant à des journées de soleil avec des températures supérieures de 10 ° par rapport au temps de Collioure, maussade, pluvieux, surtout pluvieux et venteux. Un vrai temps de Toussaint !

 

Parfois des journées d’un romantisme échevelé. Sturm un Drang. Notre logement, au ras des flots était cerné par des vagues qui dépassaient les limites autorisées. Par moment,  au travers des fenêtres on ne voyait plus qu’elles. La vague de Hokusai grandeur nature et de face et non de profil comme sur l’estampe. Et c’est nous qui étions dans la barque. On s’imaginait Victor Hugo à Guernesey, Edmond Dantès et l’Abbé Faria au Château d’If ou encore gardiens des phares bretons La Jument ou La Vieille

 

Mais l’Alsace au première loge de la pandémie nous faisait craindre pour nos enfants confinés chez eux, Dieu merci, dans leurs petites maisons avec jardin.

 

La guerre

 

Avec le temps j’ai pu réfléchir sur ce qui nous était arrivé et sur ce qui se passait.

 

Le président Macron avait indiqué aux français que nous étions en guerre. Je ne sais quel imbécile de communiquant avait pu lui suggérer de tel propos ne reposant sur rien. Comme d’habitude quand une de ces têtes pensantes se met à émettre des idées il est le seul à la croire aussi géniales qu’appropriées. Son talent de communicant lui sert essentiellement à « vendre » son idée. J’ai immédiatement pensé au président américain George W. Bush après le 11 septembre paradant ridiculement sur un porte avion revêtu d’un blouson d’aviateur.

 

Si c’est de guerre dont il était questions nous avons aussitôt consulté un spécialiste.

 

Le philosophe Alain dans son ouvrage «  Mars ou la guerre jugée » dit des choses assez définitives sur le sujet, lui qui a fait la Grande Guerre. On peut y lire :

 

« Quelle peste ferait en si peu de temps un si grand nombre de morts, et si bien choisis parmi les plus vigoureux et les meilleurs ? » ou encore  « Or tout homme de bon sens reconnaîtra que les maux qui résultent d’un médiocre système politique…sont comme nuls en comparaison des maux certains et de tous genres que la guerre nous apporte, même terminée par la victoire. »

 

A l’évidence le président avait tapé à côté de la plaque.

 

Les plaisirs et les jours

 

Les jours passant je me suis installé hors du temps. Cette histoire de confinement avait un parfum d’éternité. On était confiné. On ne savait pas quand cela prendrait fin. Il n’y avait plus d’urgence. Demain était un autre jour et la procrastination, handicap dans la vie contemporaine affairée, agitée et mercantile du monde occidental, devenait un art de vivre.

 

C’est Lacan qui rappelait, après d’autres, que c’est bien par ce qu’on avait conscience d’être mortel que nous supportions la vie

 

Quand on a la chance d’être confiné certes, un peu à l’étroit pour mon gabarit, mais face à la grande bleue. Quand tout le confort est là, et les bouquins à profusion, et des films à voir ou revoir. Quand vous pouvez faire trois sorties par jour même sous le contrôle de la maréchaussée et cela pour promener Nane  et/ou pour faire les courses et chercher la presse. En profiter pour tailler, au mètre de distance règlementaire près, une bavette avec ces deux accortes commerçantes. Que ces courses vous permettent d’être approvisionné en produits frais. Et enfin, que votre pension n’a pas encore été rabotée par les augmentations de CSG et d’inflation qui nous attendent, que pouvait-on demander de plus ?

 

Bien tient, très égoïstement, que cela continue.

 

Malheureusement, l’air du temps a été assez vite au dé-confinement. Ce n’était qu’une question de jour avant l’annonce tant attendue. Les pouvoirs publics  étaient en train d’arbitrer entre le nombre de morts encore supportable et la reprise indispensable, au plus tôt, d’une économie sinistrée aux conséquences incalculables.

 

Moi pendant ce temps, dans mon coin, je levais le doigt et demandait : « Encore un moment, monsieur le bourreau. » Au moins le temps de lire « La Montagne Magique » de Thomas Mann qui a quelques points de ressemblance avec ce que nous vivons actuellement, moi au bord de la mer et Hans Castorp à Davos.

 

La vie comme elle vient

 

Les informations, très vite, évoquèrent rapidement et tout aussi régulièrement l‘existence de récalcitrants au confinement .Ils étaient qualifiés de tous les noms.

 

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » nous dit Pascal.

 

Le coronavirus aura au moins eu le mérite de tracer une ligne entre ceux qui sont aptes au bonheur selon le critère pascalien et les malheureux qui confirment la pensée du philosophe.

 

Comme occupation quotidienne majeure il y a eu les exercices de mémoire en apprenant par cœur chansons et poésies. Il y a eu aussi beaucoup de lecture et un peu d’écriture. Un ami à qui j’en réservai la primeur a eu l’indulgence et la gentillesse d’en proposer certains à ses très nombreux lecteurs potentiels. Attention les chevilles.

 

Il y avait aussi, les sorties déjà mentionnées. Il en faut minimum 3 par jours pour notre chien Nane. Les rues vides de Collioure étaient drôles. A chaque coin de rue on s’attendait à rencontrer le commerçant habituel connu depuis nos vingt années de séjour et on se trouvait le bec dans l’eau. Les rares passants rencontrés étaient beaucoup moins drôles. Ils vous croisaient avec des mines de taulards en promenade auxquels on a bien rappelé l’interdiction de parler.

 

Les infos qui nous parvenaient, contradictoires, peu factuelles étaient ni compréhensibles ni, à fortiori, fiables.

 

En les écoutant on essayait de savoir où nous en étions personnellement. J’ai eu de la fièvre, mais sans toux ni essoufflement. Mais j’ai aussi toussé, sans fièvre et sans être essoufflé et ainsi de suite. Qu’elle était ma catégorie ? Il y avait-il urgence ? J’ai vite laissé tomber. A chaque jour suffit sa peine.

 

Une parenthèse

 

Nane s’est échappée  8 h...

 

J’étais particulièrement content de voir que lors de cette promenade matinale, Nane m’accompagnait pratiquement sans laisse et sans fuir. Avec force récompenses elle répondait bien aux ordres de « stop » quand elle voulait se faire câliner par des gens qui n’aimaient pas ça et « ça suffit » pour calmer ses démonstrations d’affection. Pour rentrer, j’ai pris une autre rue et tout continuait à bien aller. Jusqu’à un croisement avec une rue ou j’avais oublié la présence régulière d’un chat. Hop, voilà Nane qui rompt sa marche et file poursuivre le chat. J’ai eu beau appeler avec force récompense en main, rien. En général il faut rester « au point de rupture » ou le chien fugueur revient le plus souvent. Mais j’ai dû faire le tour des commerçants ou nous étions passés pour les informer. Nane est peut être passée à ce moment-là. Rebelote quand je me suis rendu à notre résidence proche pour voir si le chien, devant mon abandon de poste, n’aurait pas dérogé aux usages de la gente canine.

 

Rien. Branle-bas de combat ! On renvoie les consignes de confinement à d’autre temps. On avertit la police municipale qui maraude en camionnette et de la fugue du chien et de notre recherche en cours. Cela va faire une heure que la bête a pris ses aises. Et vive la poudre d’escampette ! Rien à faire de l’inquiétude des maîtres ! Une heure trente après la disparition, un appel téléphonique d’un ami qui avait entrepris une recherche en patrouillant en voiture : « Je l’ai, elle était à la gare, je vous la ramène » À la gare ? Sans bagage, sans billet et surtout, sans autorisation ? Mais elle nous fait quoi Nane ? Quand André nous l’a rend il précise qu’elle semblait triste et perdue (pourtant Collioure est très petit ) Elle a reconnu et retrouvé André et a témoigné cette joie d’un gros pissou de soulagement.

 

Nous sommes rentrés à La Rocasse avec une Nane qui ne savait pas trop sur quelle patte danser ; Bonheur de se retrouver en famille et/ou mauvaise conscience d’avoir peut être fait une bêtise.

 

Et la vie a repris son cours

 

La guerre, toujours la guerre

 

J’ai  repensé à cette guerre dont nous avait parlé le président Macron. Il aurait mieux fait de s’abstenir tant il se montrait apparemment mauvais général. Qu’est ce qui lui avait pris ?

 

Alain dans Mars ou la guerre jugée - Chap. XXXVI – « Qu’as-tu appris à la guerre… » fournit une explication à ce besoin de recourir à une telle métaphore :

 

« J’ai appris que tout pouvoir pense continuellement à se conserver, à s’étendre, et que cette passion de gouverner est sans doute la source de tous les maux humains…  Selon mon opinion tous les sentiments guerriers viennent d’ambition, non de haine… Tout pouvoir aime la guerre, la cherche et la prolonge par un instinct sûr… »

 

L’on y trouve également des réflexions aussi simples et pleines de sel que : «  J’ai appris à aimer les chaussures larges et les cols mou » mais aussi plus pratique «  à décider vite et à agir avec circonspection » ce que ne pratique pas nos dirigeants actuels qui pourtant prétendre être en guerre

 

Retour sur soi

 

Et moi, qu’ai-je appris lors de ce confinement ?

 

J’ai appris à ne plus critiquer les autres même si je suis convaincu d’avoir raison, même si l’abondance des reportages fouillés, étayés, vérifiés pouvait nous faire bondir. On oublie trop souvent Mathieu 7, 3-6  La paille et la poutre…

 

J’ai appris à me taire, autant que faire se peut. À ne parler que de ce qu’on connaît bien et non se perdre dans l’esbroufe, le bluff ou le mensonge. À écouter aussi. Comme nous rappelaient autant que nécessaire, mes professeurs d’expertise en œuvre d’art et/ou mes cours d’ébénisterie, qu’on ne regarde jamais assez, on n’écoute pas non plus assez me semble t’il.

 

J’ai appris aussi que les hommes qui ont fait de la politique leur profession sont presque toujours des ignorants. Rares sont ceux qui comme Angela Merkel, une scientifique de formation, sont d’abords de vrais professionnel. Qu’ils ne savent pas faire autre chose que de prendre le pouvoir et se trouvent gros jean comme devant une fois que cela est fait. Dès lors, ils ont recours au mensonge, seule technique qu’ils maitrisent à fond et en qui ils ont confiance puisque elle leur a si bien servi pour conquérir le pouvoir

 

Que ces hommes de pouvoir tellement heureux d’avoir touché le but, ne se préoccupaient que du « coup d’après » c’est à dire comment se faire réélire. De ce fait l’administration était livrée à elle-même avec son étroitesse d’esprit, sa réputation de  « monstre froid » Dans ces moments troublés avec des instructions contraires d’un ministère à l’autre, d’une division à l’autre, d’un jour à l’autre, elle devint un bateau ivre sans l’enchantement de Rimbaud.

 

Les gazettes rapportaient des situations ubuesques. Cela sentait les ronds de cuir de Courteline. Mais Courteline faisait rire et ne tuait personne.

 

L’arrière

 

Le président avait dit la guerre. Et bien nous nous sommes retrouvés, comme  en temps de guerre. Les civils ont répondu présents.

 

Nous avons vécu la débâcle de nos dirigeants qui ne savaient pas trop à quel saint se vouer.

 

Nous avons vu l’exode de ces petits malins fortunés allant en masse, confiner dans leur résidence sur les iles de l’atlantique alors que le confinement était déjà largement instauré

 

Il y a eu la délation de ceux qui ne respectaient pas le confinement (motif officiel) Elle a été rapportée par de vrais journalistes comme ceux de Charlie Hebdo ou du Canard Enchaîné.

 

Rappelons que journal satirique, qui pour beaucoup dans le monde, caractérise la France a été créé pendant la guerre de 14-18, en riposte à la censure et au bourrage de crâne.

 

Il y a eu aussi les faux papiers permettant à divers amis de quitter un confinement souvent imbécile. Je jubile encore, au plaisir pris à en confectionner. Un vrai gamin riant sous cape en pensant à la bonne blague faite au maître.

 

Il y a eu encore la clandestinité des débits de boisson. A l’heure de l’apéro ou en fin de journée ils gardaient la plus belle apparence de fermeture totale affichée toute la journée. Grâce à un code frappé sur la vitrine, les initiés entraient, vite fait, pendant que le gargotier remettait en place le cadenas extérieur et tirait le rideau.

 

Nous jouions aux résistants en échangeant des trucs pour faire échec à la sotte agressivité des gendarmes. Avec mes cheveux gris et mes prothèses auditives je les faisais répéter. Presque à chacune de leur question tout en montrant mes oreilles. Ils étaient réellement déstabilisés. Etait-ce du lard, était ce du cochon ? Aujourd’hui ils ne doivent pas encore avoir trouvé la réponse. En tous les cas se fut assez efficace. Ils nous ont très vite fichu la paix nous privant du petit plaisir de les mener en bateau.

 

Mais avec le temps nous approchions de la fin. Les jours précédant on vit les petits commerces s’animer ; qui préparait sa vitrine, qui déballait ses arrivages, qui lavait sa devanture. Ils chantonnaient comme chantonne l’ouvrier content de son travail et qu’il s’arrête un moment et marque un recul pour le contempler. Avec le soleil et la brise marine ça sentait la libération. Les alliés étaient à Perpignan. Dimanche c’est sûr, ils seront là. Et tous de s’activer confiants. La libération, enfin ! Il ne manquait plus que les drapeaux aux fenêtres et les guirlandes entre les façades

 

Peut-on conclure ?

 

Que nous reste-t-il à présent ?

 

Comment conclure ?

 

Il nous reste des souvenirs à raconter à nos petits-enfants. Fiers comme les grognards de Napoléon de  pouvoir leur dire «  j’y étais ! » Et d’exhiber les autorisations de circuler, les « Ausweiss » précieusement conservées comme preuve de la tradition française à faire simple quand on peut faire compliquer

 

Il reste encore à terminer ces mémoires avec la mention à suivre et préparer le tome II si l’on en croît les mauvais augures.

 

À voir….

 

 

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 06:00

 

Sans doute que non.

 

Raymond Aron est très tendance sur les réseaux sociaux, même si je doute fort que ses nouveaux adeptes l’aient lu, mais je suis sans doute mauvaise langue.

 

 

Thorstein Veblen (1857-1923) était un brillant économiste et sociologue américain. Cela a été un des maîtres à penser de F.D. Roosevelt, qui s’est inspiré de ses idées pour le New Deal. Raymond Aron comparait son œuvre à celles de Tocqueville et de Clausewitz.

 

 

La première édition La Théorie de la classe de loisir, de Thorstein Veblen, date de 1899.

 

Une vieillerie donc pour les Millennials… pas si sûr ?

 

Présentation de la théorie de la classe de loisir de Thorstein ...

 

« Pour l’essentiel, détaille Veblen, le charme des souliers vernis, du linge immaculé, du chapeau cylindrique et luisant, de la canne, de tout ce qui relève la distinction native de l’homme du monde, provient de la pensée qu’ils font naître : il est impossible que ce monsieur ne mette les mains à aucune pâte et se rende, directement ou indirectement, utile aux autres hommes »

 

Tient, tient, être utile aux autres hommes, en voilà un beau sujet battu et rebattu pendant le confinement…

 

Attention au penchant de s’en tenir à une vision purement binaire simpliste : utiles/inutiles, ce qui est en jeu c’est à la fois le niveau de la contrepartie monétaire d’un travail : le salaire, le traitement et la reconnaissance sociale des invisibles si utiles.

 

Deux exemples, le premier, le monde du vin, où tout un petit monde de communicants, de vendeurs&vendeuses de soi-disant services, sont surpayés, souvent par les fameuses CVO des interprofessions, principales sources de financement de la communication, alors que les vigneron(e)s  tirent le diable par la queue. Je n’écris pas qu’ils sont inutiles mais simplement que l’argent qu’ils drainent est mal placé, qu’il serait plus utile ailleurs.

 

Le second, c'est l’hôpital public, en première ligne, où soudain, certains mandarins, tel le Pr Juvin, passent en boucle sur les plateaux de télévision, main sur le cœur ils rendent hommage aux soignants, ceux qu’au quotidien ordinaire ils traitaient souvent comme la dernière roue du carrosse, ils me font penser aux maîtres de ma Vendée crottée qui, pour défendre le statut du métayage, mettaient en avant le service qu’ils rendaient à leurs métayers à qui ils mettaient à disposition leurs terres et les moyens de production. Il y avait une part de vérité mais que c’était humiliant de se voir priver de la reconnaissance dont bénéficiait leurs collègues bordiers.

 

La hiérarchie des salaires, tout comme la reconnaissance sociale de certains métiers : « tu seras éboueur mon fils ! » ou « tu seras femme de ménage ma fille ! » ne vont pas, au sortir de cette crise sanitaire être profondément bouleversés. En effet, tous les pétitionnaires de la France râleuse ou de bonne conscience, tous les « à statuts », tous ceux qui occupent des jobs tertiaires, souvent chiants, peu intéressants, défendront bec et ongles leurs acquis. C’est humain, le monde est pavé de bonnes intentions mais celles-ci sont vite remisées lorsqu’il s’agit de passer à l’acte.

 

On va me rétorquer que j’en parle à mon aise moi, le retraité, l’inutile, peut-être même une charge à terme. J’en conviens, mon seul rôle au sortir de la crise sanitaire sera de réinjecter ma retraite, assez confortable, dans l’économie, et de le faire en effectuant des choix en accord avec ce je souhaiterais que soit le monde d’après.

 

C’est sans doute rien, ou presque, à l’échelle des enjeux économiques, sociaux, sociétaux, que notre pays va devoir relever.

 

Mais, je dois vous avouer que, les c’est la faute au système, ceux qui vomissent notre soi-disant libéralisme débridé, me saoulent, je ne crois pas aux lendemains qui chantent après avoir fait table rase du passé, l’Histoire nous a démontré que la bureaucratie soviétique et de ses satellites avait échouée, que la Chine communiste est ultra-libérale, nous sommes le système et tout attendre de l’Etat, demander perpétuellement des béquilles, exiger des autres les efforts et les choix difficiles, est le meilleur gage de l’immobilisme. Le Guépard, Jean-Yves !

 

Nous n’allons pas déconstruire radicalement notre système économique et social au sortir de cette crise sans précédent, la fameuse démondialisation est un concept creux, relocaliser nos industries, de nouveaux jugées essentielles, ne va pas se faire sans que les citoyens-consommateurs du baby-boom, pousseurs de  caddies, perfusés du « moins cher du moins cher » cher à Michel-Edouard Leclerc, qui soit dit en passant ne possède aucun magasin mais se contente d’empocher des royalties sur le nom de l’enseigne (vous avez dit utile !) modifient leur comportement.

 

Qui va leur expliquer ?

 

Qui va avoir le courage de proposer les inflexions nécessaires, d'en débattre avec eux ?

 

Les politiques, les intellectuels, les autorités morales, religieuses, scientifiques... ?

 

Tous, ou presque, sont, discrédités pour les politiques, inaudibles pour les intellectuels, inaccessibles pour les détenteurs du savoir, et surtout le flux des informations noie toute forme de réflexion personnelle et collective, chaque individu ou groupe d’individus (sur les réseaux sociaux ils chassent en meute) enfourche les idées du premier gourou venu pour les jeter aux orties, ou bêtement les oublier, lorsqu’un nouveau monte au firmament médiatique.

    

Alors, baisser les bras, subir, attendre, attendre tout, des autres, de l’Etat, des élus, des corps intermédiaires, pour ma part j’ai choisi de faire ce qui est en ma capacité de faire…

 

Le confinement m’a renforcé dans l’idée que je peux vivre de peu, ce qui ne veut pas dire que je vais, au retour de la liberté surveillée d’aller et venir, verser dans l’ascétisme, le retrait, ou une forme de misanthropie.

 

Absolument pas, je vais me contenter d’amplifier mon retrait face à ma consommation ostentatoire.

 

« Pour s'attirer et conserver l’estime des Hommes, il ne suffit pas de posséder simplement richesse ou pouvoir : il faut encore les mettre en évidence, car c’est à l’évidence seule que va l’estime. En mettant sa richesse bien en vue, non seulement on fait sentir son importance aux autres, non seulement on aiguise et tient en éveil le sentiment qu’ils ont de cette importance, mais encore, chose à peine moins utile, on affermit et préserve toutes raisons d’être satisfait de soi. » Thorstein Bunde Veblen

 

La consommation ostentatoire est « une forme de consommation destinée à montrer son appartenance à une classe sociale ou à faire croire que l’on appartient à celle-ci. Elle permet au consommateur de montrer son statut social, son mode de vie, sa personnalité à son entourage et environnement social. »

 

Le terme ostentatoire signifie « qui est fait avec ostentation ». Ostentation vient du latin « ostentio ». C’est « l’action de montrer avec insistance, avec excès ». Le dictionnaire Larousse définit l’ostentation comme « l'étalage indiscret d'un avantage ou d'une qualité, l’attitude de quelqu'un qui cherche à se faire remarquer ». Ainsi, la consommation ostentatoire a comme utilité la valorisation sociale, sans qu’il y ait nécessairement un intérêt fonctionnel à la chose : instaurer une bonne image de lui-même à son entourage.

 

Gatsby le magnifique de Jack Clayton (1974), synopsis, casting ...

 

Francis Scott Key Fitzgerald (1896-1940), avec Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby) publié en 1925, décrit avec talent le mode de vie des nouveaux riches de l’Amérique des années 1920. Le narrateur Nick, habite une petite maison en face de celle de Gatsby, et celle de Daisy et de son mari. Gatsby est un jeune millionnaire issu d’un milieu modeste qui ne cesse de mettre en évidence sa richesse. Il organise de somptueuses réceptions dans sa maison située à East Egg, un quartier très huppé et sélect de Long Island à New York. Par sa consommation démesurée, Gatsby cherche à impressionner Daisy, sa voisine, qui appartient à « la bonne société », dont il est amoureux. Il souhaite ainsi gagner son intérêt et prouver son appartenance à la même classe sociale que Daisy.

 

Gatsby le Magnifique — Wikipédia

 

Plus contemporain, la saillie devenue culte, à la gloire de sa nouvelle idole, le petit Nicolas, de l’éternel bronzé, Jacques Séguéla, a bien illustré la fonction de ce mode de consommation : « Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, c'est qu'on a raté sa vie » ?

 

On peut tout à loisir remplacer Rolex par Porsche Cayenne ou château Angelus ou Gucci ou Koons… ou toutes les marques, dites iconiques, mais attention à ne prendre dans le viseur de la consommation ostentatoire que les peoples, les nouveaux riches, la cotriade des milliardaires, ce serait se faire plaisir à bon compte compte car le monde du paraître, dans nos sociétés hyper-consuméristes, règne à tous les étages, à l’exception bien sûr des exclus, des invisibles devenus temporairement visibles avant de retomber dans l’oubli.

 

Nike, Reebok, Adidas   la multitude des marques de fringues, de grolles, pour filles et garçons, dans le fameux Neuf3, tout à la fois stigmatisé et manipulé, il fut un temps, où la vieille marque anglaise Burberry faisait un tabac, tout comme les sacs Vuitton, les IPhone, signes d’appartenance à une tribu, nouvelle forme d’affirmation d’un statut social « rebelle », tout ça fabriqué en Chine, sponsorisé par des stars du sport ou du cinéma, vendue avec des marges très grasses. Combien de fortunes amassées à la hâte par les propriétaires de vieilles marques ? La délocalisation, dont tout le monde se plaint aujourd’hui, a commencé par là avant de s’étendre à des produits plus essentiels, mais non ostentatoires, tels par exemple les substances actives des médicaments…

 

Lisez ou relisez Gomorra: Dans l'empire de la camorra de Roberto Saviano (2007)

 

La Camorra est profondément enracinée et bénéficie de la complicité de certains politiciens et de certaines industries, notamment pour le traitement illégal des déchets toxiques. Elle offre des prestations à très bas coût et enfouit les déchets toxiques du Nord dans la campagne du sud de l'Italie. Elle se positionne aussi, avec les Chinois, sur le marché du textile et de la contrefaçon des grandes marques. Elle a des ateliers clandestins où les Italiens du Sud travaillent au noir, ce qui permet de fabriquer des vêtements de luxe discount, de les revendre dans le monde et de faire ainsi de la publicité pour les grandes marques.

 

https://www.novethic.fr/fileadmin/Zara-deconfinement-AFP.png

 

Le premier jour du déconfinement des files d’attente se sont formées devant les magasins Zarra, et lorsque les soldes reviendront les queues se formeront aussi bien au cul de H&M que des magasins de luxe du Faubourg Saint-Honoré ou de l’avenue Montaigne. Rappelez-vous les quasi-émeutes dans les Apple-Store pour la sortie du dernier modèle…

 

Aucune couche sociale n’est épargnée par ce besoin de s’afficher avec les marqueurs de sa classe social,, de s’identifier, d’être reconnu comme quelqu’un en affichant des signes d’appartenance à un groupe, une tribu, celle des rappeurs bardés de dorures en sont un exemple.

 

Les néo-bourgeois, ceux que je croise parfois, rebelles à compte d’auteur, buveurs de vin nature, je ne vais pas énumérer leurs professions ce serait les montrer du doigt, ça ne se fait pas, pour eux pas de problèmes de fin de mois, pendant le temps de confinement, plus encore que d’ordinaire, j’ai pu à loisir, sur les réseaux sociaux, les voir étaler sans retenue leur haut statut social alimentaire : plateau repas de chez Septime…

 

Leur image de marque, ils sont une marque monnayable sur le vaste marché de l’inutilité…

 

« Les objets, comme l’argent, ont une fonction première de signification du statut de leur possesseur, avant même leur fonction de satisfaction des besoins »

La consommation des signes Jean Baudrillard, 1976.

 

Assez de prêchi-prêcha, je ne suis pas indemne, j’ai cédé, au temps où l’on me laissait accroire que j’étais important, pensez-donc le Who’s Who, à me la jouer, à peaufiner mon image de marque. Et puis, doucement j’ai tourné la page, jeté mes oripeaux de « pseudo-haut-fonctionnaire », emprunté de nouveaux chemins juché sur mon vélo, découvert un autre monde. Au-delà c’est mon petit jardin  d’intérieur mais, ce dont je suis certain, c’est que je ne ferai pas machine arrière bien au contraire je pousserai mon petit bouchon plus loin.

 

Ceci écrit, sans me donner en exemple, ce que je ne suis pas, je m’adresse à ma catégorie sociale, fort nombreuse, celle des baby-boomers aisés sur le chemin de la vieillesse, pour leur dire, prenez le temps de lister vos besoins essentiels puis en face indiquez comment jusqu’ici vous les satisfaisiez, ensuite faites ce que bon vous semble mais si vous souhaitez que ce monde change, ce monde que vous allez laisser, tout comme moi, à vos enfants et petits-enfants, faites des choix qui vont dans le sens d’une consommation tournée vers l’essentiel, et avec cette nouvelle marge de manœuvre investissez dans l’avenir…   

 

Renault : le SUV coupé Arkana sera vendu en France

 

Et comme je ne suis pas très sérieux, le vieux cycliste que je suis, qui croise dans les rues de Paris, de gros SUV très souvent occupés par des collègues retraités, monsieur au volant, et madame à la place du mort, leur dit ces gros bouzins sont-ils vraiment nécessaires à vos déplacements urbains, et même suburbains, chers collègues retraités ?

 

La réponse est non.

 

Alors que faire ?

 

Du vélo, à assistance électrique, c’est excellent pour le cœur, et sur un vélo on chope moins de pollution que dans votre grosse auto. Vous vous garerez facilement, gratuitement, ça vous évitera de râler contre les brigades rançonneuses de madame Hidalgo. Plus besoin de parking onéreux, le garage à vélo ou la cour de votre immeuble suffit avec un bon antivols en U, pour l’assurance vous grefferai votre vélo sur l’assurance-habitation. Vous pouvez, si vous êtes du genre inquiet, le faire marquer, même pucer. En mot comme en 100, croyez-moi, à 72 ans, une hanche en céramique, une grosse gamelle, je file dans la ville, masqué, casqué, mais ivre de liberté après ces longs jours de confinement.

 

Sans nul doute je ne vous ai pas convaincu, vous êtes banlieusards, plutôt à l’Ouest, vous n’allez tout de même pas prendre le RER pour faire vos emplettes à Paris. J’en conviens, je ne suis pas un adversaire de l’auto, j’en ai une, une Twingo qui s’ennuie sur mon parking, alors achetez une Zoé, ou abonnez-vous à un auto-partage. Là, à nouveau je dérape : « vous n’y pensez pas ! » me rétorquera madame, j’acquiesce mais je supplie monsieur de cesser d’écraser son klaxon dès que la bagnole qui le précède aux feux tricolores ne démarre pas assez vite au vert. Vous êtes retraité, vous n’avez rien d’urgent à faire, de grâce la pollution sonore est une agression évitable.

 

Même si je ne suis pas toujours en accord avec la politique de notre maire, je lui sais gré de souhaiter faire baisser la pression automobile dans les rues de Paris. Ce n’est pas simple j’en conviens mais ce n’est pas le lieu aujourd’hui pour développer. Nos voisins du nord ont tout compris.

 

Venise va s'autodétruire | L'Humanité

 

Enfin, je ne puis clore mon chapitre urticant sans m’élever contre le goût immodéré des retraités aisés pour les croisières sur les monstres des mers, immeubles flottants où vous êtes empilés en fonction de votre statut social, les moins aisés en bas, les plus riches tout en haut. Lorsque je prends paisiblement mon pastis Dami à la terrasse de mon café, à Ajaccio, et que je vous vois défiler, tel un troupeau de moutons, derrière le guide et son petit drapeau, je vous plains. Au coup de corne du monstre marin, machine-arrière toute, c’est l’heure de la bectance, quelques seelfies, une ou deux cartes postales, un buste de Napoléon, vous pourrez dire à vos petits-enfants « nous avons fait Ajaccio », j’ajoute en 1 heure et demie chrono. (Je suis heureux car la lagune de Venise va être interdite aux monstres des mers)

 

PS : être contre les SUV et les monstres des mers c’est être contre la préservation des emplois dans l’industrie automobile française et européenne (ils sont très profitables les SUV) et la construction navale à Saint-Nazaire. Pas évident le monde d’après , et je ne parle pas d’Airbus et d’Air-France-KLM !

 

Pour la chute, chers collègues – c’est l’accroche à la tribune de l’Assemblée Nationale – je tape sur mon petit clou en citant Bergson :                                                                                                                                   

« J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. »

 

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 06:00

 

Tout le monde connaît la chanson « tout ça parc’ qu’au bois d’ Chaville y avait du muguet »

 

En 1953, cette chanson explosait tous les records d’écoute ; elle a servi de leitmotiv aux fêtes du Muguet qui se sont déroulées à Chaville de 1956 à 1969. Ces fêtes perpétuaient les fêtes de la saint Vincent, de la ville, des commerçants et surtout la fête des blanchisseurs.

 

Mais me dit-on, y’a plus le moindre brin de muguet dans les bois de Chaville suite à l’exploitation raisonnée de la forêt et à l’arrachage sauvage des pieds avec la racine. ICI

 

Ça n’a pas d’importance car du muguet il en pousse sur mon balcon, mais en revanche on n’entend pas chanter le coucou du côté du boulevard Saint Jacques c’est pour ça que j’aimerais aller me promener dans les bois de Chaville car dans la forêt lointaine, on entend le Coucou… coucou, coucou…

 

Disparition : le coucou ne chantera bientôt plus en Angleterre…

 

Mais au temps du coucou, dans sa poche il faut avoir des sous !

 

Le coucou se pointe en avril mais en avril on était confiné.

 

Selon les plus éminents spécialistes, la femelle du coucou est polyandre. C’est-à-dire qu’elle a plusieurs maris. Non seulement elle vole, comme tous les oiseaux. Mais elle est volage. Voilà qui complique un peu le dicton : quand la femme du coucou est malade, combien d’époux coucous se précipitent à son chevet ?

 

Coucou, c’est la mafia !

 

Non seulement l’oiseau parasite pond dans le nid d’autres espèces, mais en plus il sème la terreur parmi les oiseaux récalcitrants à adopter sa progéniture. Une stratégie payante.

 

On connaissait la fâcheuse habitude du coucou de laisser ses oeufs dans des nids étrangers, aux bons soins d’autres espèces d’oiseaux qui couvent le rejeton puis s’épuisent ensuite à le nourrir. Ce que l’on sait moins, c’est que si les “parents adoptifs” ne sont pas assez coopératifs, s’ils éjectent par exemple le nouvel arrivant, l’espèce parasite use de représailles. Il fond sur le nid, et détruit tous les autres oeufs. ICI 

Sifflet coucou, photographie de Claude Germain © Philharmonie de Paris - Musée de la musique Sifflet coucou, photographie de Claude Germain © Philharmonie de Paris - Musée de la musique

SYMPHONIE DES JOUETS DE LEOPOLD MOZART
GENRE musique pour ensemble instrumental
FORME symphonie en trois mouvements :
I. Allegro
II. Menuet
III. Allegro
INSTRUMENTATION CORDES : violons 1 et 2, violoncelles, contrebasses
JOUETS MUSICAUX : trompette à une note, tambour d’enfant, triangle, coucou, rossignol, crécelle-hochet

 L’identité du compositeur de cette œuvre n’est pas clairement définie. Longtemps, la paternité de la Symphonie des jouets a été attribuée à Joseph Haydn, avant d’être rendue à Leopold Mozart. Mais des recherches récentes mettent en doute cette hypothèse : il est possible que cette symphonie soit en fait l’œuvre d’un religieux du Tyrol, le père Edmund Angerer, dont on a retrouvé un manuscrit original de la symphonie.  ICI

Quatre enfants avec une trompette, par Tadeusz Makowski, 1929 © Musée national de Varsovie

Quatre enfants avec une trompette, par Tadeusz Makowski, 1929 © Musée national de Varsovie

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 12:00

Entre 1988 et 1992, au cabinet du Ministre j’ai supervisé le dossier des courses dont nous étions, avec les rapiats du Budget, la tutelle conseillé par le chef du Service des Haras. Secteur économique méconnu, il apportait à la cagnotte de l’État, via le PMU, beaucoup  de pépètes ; de plus à l’époque ça finançait le fonds d’adduction d’eau des communes rurales. Lorsque j’en parlais à certains ils poussaient des hauts cris, les courses, le jeu, la perdition du petit peuple adepte du Tiercé, Quinté +. Monde étrange que celui des propriétaires, du côté galop les vieux du Jockey Club voisinaient avec l’Aga Khan, les fortunes pétrolières du Golfe et pour le trot les hobereaux normands emmené par Pierre de Montesson le fondateur de la Socopa.

 

Il m’arrivait d’aller le dimanche aux courses, Prix de l’Arc de Triomphe, Prix d’Amérique…

 

Un beau lundi de 1998, le chef du service des haras m’annonce que Sagamix, né en 1995, vient de remporter, le prix de l'Arc de triomphe.

 

Sagamix - France

 

Victoire française, fort rare, la « casaque grise-toque rose » de Jean-Luc Lagardère venait de faire taire ses détracteurs.

 

Je persuade à grand peine Louis Mermaz de se fendre d’un mot de félicitations. Ce qu’il fit. Nous reçûmes en retour un bristol ne portant que la mention du nom du haras avec les remerciements manuscrits du propriétaire.

 

Par la suite, lors de l’organisation de la première journée nationale du cheval j’ai rencontré Jean-Luc Lagardère dans ces bureaux du Rond-Point des Champs Elysées, le seul souvenir que j’en ai gardé ce sont ses chaussettes grises transparentes à la Chirac.

 

Affiche 60x80 Paris Match 2809 . Jean Luc Lagardere . | eBay

 

Bref, je vous raconte toute l’histoire à la fin de cette chronique.

 

Le petit Arnaud est dans la tourmente, il est harcelé par un fonds activiste Amber Capital ICI 

 

Le devenir d’Arnaud m’importe peu, ce qui vous vaut cette chronique c’est lors de l’AG à huis-clos, l'hilarante et vacharde question d'un petit porteur, Christopher Calmann-Lévy, à Arnaud Lagardère

 

Il s'appelle Christopher Calmann-Lévy. C'est un des descendants des deux frères Michel et Calmann Levy qui ont fondé la célèbre maison d'édition en 1836. Sa famille détient encore 15% du capital, aux côtés d'Hachette. A ce titre, il est administrateur de Calmann Levy SA. Il est aussi un petit actionnaire du propriétaire d'Hachette, le groupe Lagardère. A ce titre, il intervient régulièrement en assemblée générale pour critiquer le management d'Arnaud Lagardère. Cette année, l'assemblée générale se tenant à huis clos, il n'a pu s'exprimer de vive voix, mais par écrit. Sa question était si joliment tournée qu'elle en a fait rire Arnaud Lagardère lui-même:

 

« Monsieur le Président Lagardère, Depuis l’an 2012, je me suis transporté à chacune de nos nobles assemblées générales pour décliner mes apostilles sur votre gestion erratique, sur la confusion de vos intérêts personnels et de l’intérêt social du groupe Lagardère, ainsi que pour vous enjoindre de lever votre commandite, château-fort sans trésor à apporter en dot à vos sujets, brouillasse comptable et outil confiscatoire de la démocratie actionnariale. Je regrette que vous n’ayez jamais ouï mes suppliques que vous avez surtout accueillies avec une condescendance de petit écuyer agioteur. Et je déplore que la presse présente lors de nos assemblées générales ait été, à de trop rares exceptions, anesthésiée par votre faconde et les éléments de langage flagorneurs dispensés par vos troubadours soumis. En ce jour, vous, vos courtisans, les collaborateurs du groupe et nous actionnaires, petits et grands, nous nous retrouvons tous devant un margouillis immense car vous êtes désormais assis sur une bien inconfortable sellette, après avoir jeté la confusion et récolté l’opprobre en nous machinant un avenir d’incertitude, que le mal viral qui nous assaille actuellement assombrit plus encore ! Et désormais pour sauver votre blason en déroute, conserver votre fief fissuré et maintenir le faste de votre train de vie insatiable, vous avez décidé de quérir à votre secours le ban et l’arrière ban de quelques chevaliers :

 

La suite qui vaut son pesant de railleries est ICI

Jean Luc lagardère...né un 10 Février

La saga de la casaque la « casaque grise-toque rose » de l’écurie Lagardère

 

Un étalon très rentable aussi, car depuis onze ans il ne cesse de procréer. Une semence en or: à 40 000 euros la saillie, Linamix, qui procède à une centaine de montes par an, a largement contribué à rééquilibrer les comptes de l'éleveur! On comprend mieux pourquoi le cheval, qu'on peut voir aujourd'hui gambader dans son paddock au haras du Val Henry, à Tortisambert (Calvados), bénéficie d'une police d'assurance sur mesure? Généreux, Linamix a aussi engendré des chevaux de course qui ont assuré des gains importants pour l'écurie Lagardère. A commencer par Sagamix, né en 1995 et qui remporte, en 1998, le prix de l'Arc de triomphe.

 

La passion de Jean-Luc Lagardère pour les chevaux remontait à avec l'acquisition, en 1966, de son premier yearling, suivie un an plus tard par le rachat du haras le Val Henry, à Livarot (Calvados). Quinze ans après, en 1981, l'entrepreneur achetait  un second terroir, à Ouilly, à la famille Dupré, une casaque prestigieuse.

 

A la tête d'une écurie de quelque 220 chevaux, dont une soixantaine de poulinières «Pendant vingt ans, Jean-Luc Lagardère a mangé de la sciure», raconte un éleveur français. En 1987, la chance sourit au détenteur de la casaque grise et toque rose : avec Linamix, il tient en effet un pur-sang d'exception. «Linamix est à l'origine de la réussite éclatante de l'élevage de Jean-Luc Lagardère. Un étalon très rentable aussi, car depuis onze ans il ne cesse de procréer. Une semence en or: à 40 000 euros la saillie, Linamix, qui procède à une centaine de montes par an, a largement contribué à rééquilibrer les comptes de l'éleveur! Généreux, Linamix a aussi engendré des chevaux de course qui ont assuré des gains importants pour l'écurie Lagardère. A commencer par Sagamix, né en 1995 et qui remporte, en 1998, le prix de l'Arc de triomphe.

 

Les pur-sang de Jean-Luc Lagardère, en quatre années, ont empoché au total 5 millions d'euros de gains, auxquels s'ajoutent 1,6 million de primes d'élevage. Un joli pactole, qui classe Jean-Luc Lagardère au deuxième rang du palmarès des propriétaires, juste derrière les frères Wertheimer (héritiers des maisons Chanel et Bourjois)

 

Dix-sept mois après la disparition de Jean-Luc, contraint par les événements, au terme d'un bras de fer qui a durement opposés, Arnaud Lagardère et sa belle-mère, Betty Lagardère, à propos de la transmission et de l'évaluation de l'héritage, sont convenus d'un accord au début de l'été. Un épilogue amiable, qui se solde pour le nouveau patron de l'empire par le paiement d'importants droits de succession.

 

Quelques dizaines de millions d'euros: la somme n'est pas facile à trouver, sauf, en l'occurrence, sous le sabot d'un cheval. Arnaud Lagardère, qui n'avait jamais vraiment caché son peu d'attachement pour le hobby de son père ni une certaine réticence pour l'ambiance des hippodromes, qu'il fréquente peu, a donc à céder au meilleur prix ce qui constitue l'une des plus belles écuries de France.

 

En 2005, Éric Woerth, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et premier adjoint au maire de Chantilly, déclarait « Le rachat des chevaux de l'écurie Lagardère par Son Altesse l'Agha Khan est une bonne chose pour nous »

 

Elizabeth II Avec Le Prince Karim Aga Khan IV À Windsor, Le 8 Mars 2018 4

 

Pour environ 40 millions d'euros, Karim Aga Khan, autre éleveur et propriétaire célèbre. Ses chevaux se partagent entre son haras du comté de Kildare, en Irlande, terre d'élevage mythique du pur-sang anglais, et celui de Bonneval, au Mesnil-Mauger, dans le pays d'Auge, comme le haras du Val-Henry.

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 06:00

Liturgie : Voici pourquoi le prêtre met un peu d'eau dans le vin ... Le vin de messe par Paul-Charles Chocarne-Moreau sur artnet

Le vin de messe  , 1924 - 1924 
 (français, 1855 - 1931)

C'est l'histoire d'une très vieille chronique de derrière les fagots de la sacristie de la paroisse Saint Jacques le Majeur, pondue le 27 avril 2007, pas sûr que notre Pax l’ait dénichée celle-là.

 

 

Je l’ai extirpée de la naphtaline à la suite d’un commentaire sur mon mur de Face de Bouc où, j’avais publié une photo de mon déjeuner du 4 mai baptisée : déjeuner de moine.

« Sans vin de messe... »

 

 

Je vous la livre telle quelle, si vous souhaitez lire l’originale c’est ICI 

 

Comme beaucoup d'entre vous me suivent depuis les origines de ce blog ils savent, qu'au temps de mes culottes courtes, j'ai occupé les éminentes fonctions d'enfant de coeur à la paroisse St Jacques le majeur de la Mothe-Achard auprès du curé-doyen Bailly. J'ai donc servi la messe, en latin, en soutane rouge ou noire pour les sépultures et surplis empesé, celle du petit matin comme la grande du dimanche, officié aux Vêpres du dimanche après-midi, suivi les chemins de croix de la Semaine Sainte, assuré les processions des Rogations et de la Fête Dieu, officié aux mariages, baptêmes et enterrements, suivi le curé pour les derniers sacrements, lavé les pieds le jeudi saint, porté la croix ou les bougeoirs, agité l'encensoir, porté le seau du goupillon, sonné la clochette et bien sûr présenté les burettes au curé. Un boulot pris certes sur le temps de loisirs mais aussi sur les heures d'école. J'y reviendrai plus loin mais, comme ce qui m'amène ce matin à égrener mes souvenirs d'eau bénite ce sont les burettes, un petit mot sur le vin de messe.

 

La sacristie sentait l’antimite. Nous, les enfants de chœurs, étions parqués dans une antichambre qui, elle, empestait le jus de chaussette car nous portions des savates avec semelle de feutre. Le service du curé était assuré par soeur Marthe (mon premier amour platonique) Pendant que nous boutonnions l'enfilade de petits boutons de nos soutanes elle préparait les ornements à la bonne couleur, le ciboire, la patère et bien sûr elle remplissait les burettes. Celles-ci se trouvaient placées dans un placard d'angle. Tout le jeu des enfants de chœur consistait à arriver en avance pour aller fouiner dans le placard aux burettes où se trouvait bien sûr la bouteille de vin. Les plus vantards racontaient qu'ils avaient osé s'en siffler une gorgée au goulot. Moi, jamais, non par crainte du péché – c'en n'en était pas un d'ailleurs car le jaja n'avait pas subi la transmutation - mais parce que mon esprit déjà critique trouvait un peu fort de café que ce vin fut blanc.

 

Bien sûr, si lors de la consécration le liquide avait pris une couleur vermillon mes doutes auraient été levés. La seule transgression que je me permis fut de le sentir. Il avait une odeur douçâtre qui n'engageait guère aux libations. Lorsque je présentais d'abord la burette de vin au curé celui-ci la vidait intégralement dans le ciboire, pour celle contenant l'eau il se contentait d'une larme. Ma sainte mère qui voulait faire de moi un prêtre n'a jamais su que l'histoire du vin de messe pesa aussi dans mon choix de ne pas embrasser un sacerdoce où le sang du Christ n'était qui liquide blanc jaunasse. Mais la raison profonde était ailleurs.

 

Alors, comme je suis ce matin en veine de confidences, je vais vous l'avouer. Ce que j'adorais par-dessus tout dans mes fonctions d'enfant de chœur c'était la distribution de la communion. En ces temps reculés les paroissiens venaient s'agenouiller à la sainte-table et je précédais le curé, tenant dans ma main un petit plateau en métal doré que je plaçais sous le menton juste avant que le curé n'enfourna l'ostie ou plus exactement la plaça sur la langue tirée.

 

Pourquoi diable ce plaisir ?

 

Tout simplement parce qu'ainsi je pouvais contempler à souhait les beautés de la paroisse, leurs toilettes, leurs audaces parfois : certaines au lieu de baisser les paupières plantaient leurs yeux dans les miens, leurs lèvres faites – suprême audace – leurs mains jointes emmitouflées dans des gants de dentelles où pour certaines flamboyaient des ongles peints – provocation ultime – , j'ose : leurs poitrines si proches, leur façon de quitter la sainte-table sur leurs talons hauts en balançant leurs hanches et en roulant des fesses. Rien que pour ces pensées impies on aurait dû m'excommunier sur le champ. Mais nul ne pouvait soupçonner mes jouissances intimes sauf qu'un jour, las de la pression d'un recruteur de l'Evêché, à sa question sur les raisons de mes atermoiements je lui répondis droit dans les yeux : « j'aime trop les femmes... » ce qui le laissa sans voix de la part d'un moutard de 10 ans de la Vendée profonde.     

 

Le vin de messe : Tout ce qu'il faut savoir sur le vin liturgique ! - blog Les Grappes © Theopedie

Le vin de messe, un produit comme les autres
  • ADRIEN BAIL, 

 

Pas de messe sans vin… Théologique, le principe a aussi ses implications économiques. « Tous les grands domaines en Europe ont une origine ecclésiastique, rappelle Jean-Baptiste Noé, auteur d’une Histoire du vin et de l’Église (Éditions ADN, 2010). Au-delà de la place symbolique du vin dans la Bible, c’est une question pratique qui a conduit les évêques et les moines à produire du vin : il est indispensable pour célébrer la messe. » Mais si le débouché n’est pas négligeable pour les viticulteurs et les négociants, peut-on vraiment parler d’un marché du vin de messe ?

 

« Difficile à dire, parce que le vin de messe n’est pas un produit à proprement parler », nuance d’emblée Jean-Baptiste Noé. En effet, pour la liturgie catholique, le vin que recommande l’Église n’a rien d’un produit casher (chez les juifs) ou halal (chez les musulmans), qui serait certifié par elle. Tout vin de raisin pur convient pour cet usage (1).

 

Dans les régions viticoles, les paroisses se servent directement chez les producteurs locaux, comme à Perpignan (Pyrénées-Orientales). À la cathédrale Saint-Jean, ce sont les bouteilles de Nicolas Roux, diacre et vigneron, qui sont enfermées dans l’armoire de la sacristie. Dans le village du Soler, à quelques kilomètres de là, Jean-Marie Nadal, propriétaire du château Nadal-Hainaut, livre la paroisse en viognier et en chardonnay. « Chez nous, c’est une tradition familiale », raconte-t-il.

 

Un vin doux et sucré

 

« Fournir sa paroisse est une démarche pour l’Église », estime Brigitte Le Roch, propriétaire à Mouzillon (Loire-Atlantique) et catholique pratiquante. Elle approvisionne aussi les paroisses des environs et, pour elle, ce geste ne s’apparente en rien à une démarche commerciale.

 

Le vin pour la liturgie, s’il est un vin comme les autres, répond cependant à une demande particulière, clairement identifiée par les producteurs. « Les prêtres préfèrent un vin doux et sucré. Quand ils disent la messe tôt le matin, à jeun, un vin sec est trop agressif, explique Brigitte Le Roch. Nous leur proposons un vin fruité, qui garde la fraîcheur en bouche. » Un vin qu’ils ne produisent pas tous les ans, et qui fait l’objet d’une attention particulière. « Pour qu’il ait cette qualité, nous retardons les vendanges. »

 

La suite ICI 

   

Le muscadet de Guy Bossard choisi comme vin de messe par le pape François ? Un vieux canular .

Vin. Du muscadet au Vatican ? Un canular

Le pape aurait choisi ce breuvage comme vin de messe.

Insolite. « Le pape François a choisi, en guise de vin de messe, le muscadet biodynamique de Guy Bossard, l'un des pionniers de cette méthode. » L'info, qui nous avait échappé, est tombée, dimanche 17 septembre, à l'heure de la communion. Farfelue ? Impossible, elle est signée François-Régis Gaudry, l'animateur de la très respectée émission « On va déguster » sur France Inter.

 

 

Que diable, le vin de Guy Bossard, laïc parmi les laïcs, aurait été choisi par le Saint-Père ! Dare-dare, coup de téléphone au vigneron pour confirmer cette annonce tombée du ciel. Au bout du fil, le viticulteur du Landreau, dans le vignoble nantais, s'esclaffe.

 

La suite ICI 

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