Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 juin 2019 1 24 /06 /juin /2019 06:00
La viande 100% Aubrac, rustique et ferme, de la viande à mâche, superbe mais difficile à vendre aux Parisiens, ces ânes.

La première fois que je suis allé sur l’Aubrac – on ne dit pas en Aubrac mais sur l’Aubrac – c’était en autocar, un autocar officiel qui abritait la fine fleur du gotha agricole aveyronnais, sauf André Valadier bien sûr… Raymond Lacombe, Marcel Bruel, André Laur pour montrer au commissaire européen à l’agriculture Andriensen ce qu’était la réalité de « l’exception agricole française » c’est-à-dire la fameuse exploitation familiale laborieuse.

 

Nous avons déjeuné dans un buron où l’on tira l’aligot en trinquant avec du Marcillac. Le commissaire, blond comme les blés, était rouge de plaisir. Il parlait un français impeccable, madame Andriensen étant gauloise.

 

Bref, ce fut une bonne journée. J’y suis retourné à plusieurs reprises avec André Valadier pour le Laguiole, pour ma mission de médiation laitière où le fils de Raymond Lacombe commençait son ascension qui le mènera à la tête de Sodiaal, lors de mon unique voyage de presse pour la transhumance.

 

16 juin 2011

Deux hommes et un dessein : l’Aubrac d’abord ! Christian Valette et André Valadier ICI 

Chronique Livre : ALTO BRACO de Vanessa Bamberger sur Quatre Sans Quatre

 

L’Aubrac, l’Alto Braco, le haut lieu, il est rare que dans un roman, en l’occurrence Alto Braco de Vanessa Bamberger chez Liana Levi, on écrive avec autant de justesse, de précision, avec finesse et humour, les réalités de l’élevage dans cet Aveyron plus connu pour ses exilés parisiens que pour ses vaches.

 

Alto braco

Et pourtant :

 

« Les vaches avaient par ici davantage de valeur que les êtres humains. On y trouvait plus de vétérinaires que de médecins. »

[...]

La narratrice se balade en auto sur l’Alto Braco avec sa grand-tante dites Granita :

  • Elles sont vraiment jolies, ces reines d’Aubrac, ai-je déclaré d’un ton empathique, en désignant un troupeau qui paissait à l’orée d’une prairie.

 

  • Oui, sauf que ce sont des limousines, a rectifié Granita qui avait chaussé ses lunettes grossissantes.

 

J’ai ralenti pour les examiner. Robe roux clair, yeux albinos, muqueuses roses, cornes droites. De loin, on pouvait s’y tromper.

 

  • Mais que font-elles là ? ai-je protesté d’un ton offusqué, m’étonnant de ma propre réaction.

 

  • C’est la course à la grosse vache, s’est moquée ma grand-tante. Les paysans font venir de la limousine parce que, pour un poids carcasse égal, elle donne plus de viande, elle est mieux conformée. C’est aussi pour cette raison qu’ils ont acheté des taureaux charolais, afin de donner naissance à des génisses labellisées « Fleur d’Aubrac », une race croisée créée pour gagner sur la bête. Une chair plus grasse, plus molle que la viande cent pour cent Aubrac, elle-même rustique et ferme, de l viande à mâche, superbe mais difficile à vendre aux Parisiens, qui n’y connaissent rien, ces ânes. »

 

[…]

 

  • Là-bas, ce sont des aubrac ?

 

  • Non des salers. Tu as pourtant de meilleurs yeux que moi ! Elles sont plus rouges.

 

Granita disait vrai, la salers empruntait sa teinte acajou aux feuilles d’automne des frênes. Bien qu’elle soit d’origine cantaloue, on n’en trouvait beaucoup moins que des limousines, à peine cinq pour cent de la vacherie du plateau. Malgré son statut de cousine du Massif central, la salers connaissait des difficultés d’adaptation, l’herbe du plateau lui convenait moins bien. De toute façon, il n’existait pas meilleure vache ça nôtre, a affirmé ma grand-tante. Une bête légère, capable de vêler sans assistance, de s’adapter à la rudesse des éléments et supporter le sol en béton les mois d’hiver, de faire des réserves, puiser dans ses ressources, de ne pas se laisser périr :une bête « accordéon ». Parfois si maigre qu’on l’appelait clède, du nom donné aux barrières dans les prés. »

 

L1010359.JPG

 

Superbe !

 

Et ce n’est pas tout, je vous livrerai dans une prochaine chronique une description hilarante de la filière italienne des maigres…

 

GÉNISSE FLEUR D’AUBRAC IGP

Les Génisses « Fleur d'Aubrac » sont nées de mère de race Aubrac et de père de race Charolaise. Le climat de l'Aubrac permet à ces animaux d'avoir un mode d'élevage par alternance pâturage/étable. Nourris d'herbe, de foin et de fourrage de l'exploitation, leur viande est goûteuse et tendre.

 

La suite ICI 

Partager cet article
Repost0
23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 06:00
Marcel Bascoulard « l’homme qui s’habillait en femme » artiste-peintre-poète « Pour avoir mal été, il a fini fait divers »

Et si nous allions visiter le musée Estève valeur à l’Hôtel des Echevins de Bourges. ? ICI 

 

Et nous avons pris le train pour Bourges ?

 

Estève, le grand Maurice Estève élevé par ses grands-parents paternels. « Cette enfance de petit paysan va le marquer d’autant plus profondément que sa grand-mère est une figure assez exceptionnelle. Totalement illettrée, elle décela très vite la personnalité de son « travail » avec beaucoup de respect, quand il installait sur le carrelage même de la salle de séjour, dès l’âge de huit ans, des objets et des fruits pour les dessiner. »

 

img169-Esteve-2-copie-1.gif

img168-Esteve.gif

Aquarelle de 1966 et un fusain, crayons jaune et bleu de 1979

 

C’est ce jour-là que j’ai découvert l’existence de Marcel Bascoulard.

 

 

Le 12 janvier 1978, la population berruyère apprend avec stupeur le meurtre de Marcel Bascoulard. C'était son peintre fétiche, un marginal qui faisait partie de la ville. Il avait dessiné et peint tant de rues et de monuments du cœur de Bourges. La Ville décide de prendre en charge ses obsèques et la concession au cimetière Saint Lazare (massif 7, ligne 11, fosse 152).

 

Son assassin, Jean Claude S.., âgé de 28 ans sera condamné à 15 ans de prison l'année suivante.

 

Résultat de recherche d'images pour "bascoulard"

 

Qui était donc ce Marcel Bascoulard ?

 

Je vous le dirai plus tard.

 

Le jour où Bascoulard a refusé de sortir de prison, parce qu'il n'avait pas terminé son dessin

 

Le Berry

 

Publié le 12/01/2018 

 

Le dimanche 4 janvier 1942, Marcel Bascoulard était arrêté par les Allemands, soupçonné d'espionnage alors qu'il dessinait des trains. Il se retrouvait alors à la prison du Bordiot, à Bourges.

 

Marcel Bascoulard dessinait. En l’absence de papier il avait choisi les murs de la minuscule cellule où on l’avait jeté pour y inscrire les paysages intérieurs qu’il portait en lui. Des rails qui s’entremêlaient, se croisaient, se perdaient dans des horizons incertains, sur lesquels circulaient des locomotives flambant neuves d’où s’échappaient des paquets d’étoupe grisâtre. Il voyageait où et quand il voulait sans avoir à bouger de là où il se trouvait.

 

Il entendit la porte de sa geôle s’ouvrir dans un grincement de fer rouillé, mais ne tourna pas la tête pour autant. Il était concentré sur l’œuvre en cours.

 

— Bascoulard ! T’es libre. Allez, suis-moi…, proféra le gardien Justin Bichon avec un fort accent berrichon.

 

Il ne répondit pas. Il continuait à couvrir les murs de voies ferrées et de wagons.

 

— Eh ! T’es sourd ou quoi ? On te libère, t’entends ? On veut plus de toi ici ! Tu peux rentrer tranquillement chez toi.

 

— Je suis… chez moi… ici, répliqua l’artiste de sa voix lente.

 

Bichon jouait avec ses clés. Il se demandait ce que ce drôle de prisonnier pouvait bien vouloir dire. Il était chez lui en prison ? Cela n’avait pas de sens.

 

Personne n’est chez soi en prison.

 

— Fais pas d’histoires, Bascoulard… J’ai l’ordre de t’emmener au guichet, pour qu’on te donne ton ordre d’élargissement.

 

— Reviens plus tard.

 

Justin Bichon ne savait plus quoi faire. En trente ans de Bordiot, c’était bien la première fois qu’un détenu refusait d’être libéré. Il en avait pourtant croisé, des énergumènes. Des costauds qui pleuraient comme des mioches qu’on a privé de dessert. Des croyants qui réclamaient le secours d’un prêtre. Des rusés qui cherchaient à obtenir du tabac ou de l’alcool en échange de promesses de rétribution qu’ils n’avaient bien entendu pas les moyens d’honorer. Des désespérés qui tentaient de se suicider avec leur fourchette. Des fous qui hurlaient de jour comme de nuit. Mais des prisonniers qui refusaient la liberté, il n’en avait jamais vus. Et il n’avait pas été formé pour répondre à ce type de situation.

 

— Plus tard, plus tard… T’en as de bonnes, toi. C’est que j’ai mon service à faire. T’es pas le seul, ici, mon gars ! Et puis, je dois rendre des comptes, moi.

 

Plus tard, c’est pas possible. C’est maintenant que je dois te conduire dehors.

 

— Pas avant… que j’ai fini… mon dessin, articula l’artiste.

 

Bichon, d’une main, releva son képi pour se gratter le front. Il cherchait désespérément l’argument décisif qui emporterait l’adhésion de l’artiste têtu. Il essaya la menace :

 

— Si tu attends trop longtemps, ils risquent de revenir sur leur décision, mon gars ! Si tu veux pas partir, ils vont te garder, et pour longtemps !

 

— Ça me va, répliqua sobrement Bascoulard tout en traçant avec minutie les rayons d’une roue de locomotive.

 

Justin Bichon était au désespoir. Décidément, il n’y arriverait pas tout seul. Il lui fallait des renforts.

 

— Puisque c’est ça, je te laisse, Bascoulard ! Viens pas pleurer, après !

 

Il sortit et referma la porte derrière lui, puis attendit un moment, au cas où le prisonnier aurait changé d’avis. Mais non. Il ne percevait que le frottement du crayon sur les murs.

 

Bichon redescendit jusqu’au guichet où se trouvait les autres gardiens du Bordiot.

 

— Les gars, j’ai un problème avec Bascoulard.

 

— Qu’est-ce qu’il a encore inventé, ce maboul ? fit un gros geôlier au nez rubicond.

 

— Il veut pas quitter sa cellule. Pas avant d’avoir fini son dessin.

 

— Tu essayes de nous mener en bateau, Bichon ! répliqua un grand maigre qui flottait dans son uniforme.

 

— Je t’assure que non ! Il veut rien savoir ! Vous voulez pas m’aider, les gars ? A nous trois, on va bien réussir par le foutre dehors !

 

— Des qui refusent de venir ici, j’en connais. Mais des qui veulent pas en partir, c’est du jamais vu ! philosopha le gros.

 

— Bon, on y va ? J’ai pas fini ma tournée, moi ! se lamenta Bichon.

 

— Pleure pas, on vient ! le rassura le maigre.

 

Tous trois escaladèrent l’escalier qui conduisait à la cellule de Bascoulard.

 

Justin Bichon fit jouer le pêne et ouvrit la porte en grand.

 

A l’intérieur se trouvait Marcel Bascoulard, debout, les yeux dirigés vers eux.

 

— J’ai fini… mon dessin. Je veux bien… partir… maintenant.

 

SOURCE : ICI  

 

Marcel Bascoulard, né le 10 février 1913 à Vallenay dans la vallée du Cher il vit à Saint Florent, la famille habite dans le fond d'une cour, sur la route de Châtillon. Son père, Léon est ouvrier maçon, il a quelques ouvriers avec lui, c'est un homme que l'on dit volontiers rigoureux. Il avait dans cette profession, une vision très personnelle pour installer les échafaudages, ce qui lui vaudra le surnom de "Le Cordiau", car ces barres devaient être parfaitement alignées.

 

Sa mère est née Marguerite Mulet, il est le second enfant du couple, il a une soeur Marie-Julie qui est l'aînée, elle vit le jour en 1909, et meurt en 1952, quant à son jeune frère, Roger, il est né en 1921 et est mort en 1984.

 

Le petit Marcel Bascoulard commence à l'école de Saint Florent sur Cher, et à la rentrée de 1926, il entre au Collège situé route de Bourges, aujourd'hui rue Gabriel Dordain, juste en face du centre Louis Aragon. Il sera aidé par ses professeurs dont Robert Vergnoux qui va tout faire pour encourager le jeune Marcel vers « les Beaux Arts ».

 

Marcel sera très moyen dans ses études, aimant le Français, les langues et le dessin, mais très faible en mathématiques et en sciences. Il est semble-t-il un élève assez dissipé. A 17 ans, il a le Brevet d'Etudes Primaires Supérieurs, et il fréquente l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges, place Cujas et rencontre le sculpteur André Bezart, lequel va l'orienter vers la sculptures et c'est lui qui fera après sa mort son buste que l'on peut voir à Bourges.

 

Le jeune Marcel commence à dessiner des maisons qui sont autour de Saint Florent.

 

 Le 25 septembre 1932, il a moins de vingt ans, c'est le drame. Sa mère Marguerite abat son père Léon, âgé de 55 ans, d'un coup de revolver acheté deux mois auparavant dans une armurerie de Bourges. Elle avait éloigné ses deux enfants Marcel et Roger. Jugée irresponsable elle sera internée à Bourges à Beauregard, l'Hôpital spécialisé. Elle meurt le 1er juin 1944, à Limoges, car Beauregard avait été décentralisé de Bourges à Limoges.

 

Après ce drame familial, pour se rapprocher de sa mère, il s'établit à Bourges. Sans argent, déjà marginalisé, il habite dans des cabanes dans les Marais, mais aussi dans un grenier à Fenestrelay ou près de la route de Nevers. Enfin, il trouve une cabine d'un bas situé dans le quartier Avaricum, un lieu mal famé.

 

Pendant longtemps, il va vivre dans une vieille maison devant être détruite à l'emplacement actuel du quartier Avaricum. Dans ces années 1935, il signe ses dessins "Bascoulard-Mulet", et comme un hommage à sa mère, il signe à l'endroit, à l'envers, et parfois dans d'autres langues qu'il semble un peu connaître.

 

En 1934, il commence à dessiner dans les rues de Bourges, et suit des cours d'art de Marcel Pinon.

 

 « Si je me promène en tenue féminine, c'est que j'est me (sic) cette tenue plus esthétique. Pour les besoins de l'art, lorsque je revêts la tenue féminine, je prends avec moi mon appareil photographique et je fais faire des clichés de moi-même par des gens de connaissance. »

 

 

Bascoulard est connu par son curieux accoutrement, il porte " des chaussures éventrées, sur ses jambes nues bat une éternelle blouse jadis grise ". Pour regagner sa demeure, après avoir dessiné une fois encore la cathédrale de Bourges, vu de la rue Porte Jaune, " il utilise une machine bizarre, hybride, sorte de tricycle que bien souvent, il pousse ou traîne au lieu de pédaler ".

 

 

C'est en 1938 qu'il fait fabriquer par André Narcy, commerçant de cycles qui était à l'angle de la rue de la Poissonnerie et de Bourbonnoux, c'est à dire place Gordaine, un tricycle pour transporter deux personnes et un peu de matériel. Il va payer cet engin avec ses dessins. C'est ce qu'il fera toujours.

 

10 ans plus tard, nouveau tricycle, mais toujours chez Narcy, mais il n'est pas très stable, il y a quelques chutes et s'il est très connu alors dans Bourges pour ce véhicule, ce n'est pas la panacée pour se déplacer.

 

 

À  partir de 1955 il vit alors dans une sorte de cabine de camion en pleine nature avec ses chats au lieu-dit "Les Gargaudières". Pour vivre, il dessine, il reproduit à l'encre ou au crayon le Palais Jacques Coeur, les vieilles rues de Bourges, les Eglises et surtout la Cathédrale Saint Etienne.

 

 Il dessine le Bourges éternel, " appuyé contre un mur, perché tel un échassier sur une seule jambe contre laquelle l'autre s'est repliée ", ses dessins sont remarquables, d'une très grande précision, ils ont une âme. Il mange comme autrefois, sans assiette ni fourchette, il utilise un canif un peu rouillé, et dors à même le sol, sans se soucier du lendemain, ni du temps, il ne possède pas de montre…. Ni de peigne. Il vit par son art.

 

 

Résultat de recherche d'images pour "bascoulard"

Partager cet article
Repost0
21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 11:40
Jean-Noël Bongrain ça ne vous dit rien, à moi si, il m’enseigna les 4  vertus cardinales

Comme toujours avec moi, un zoom arrière, nous sommes en 1992, je suis aux manettes du 78 rue de Varenne.

 

À la suite du mardi mensuel avec le le C.A.F (FNSEA, CNJA, CNMCCA et APCA) Michel Ledru, vice-président de la FNSEA,  me demande un entretien. Il me suit dans mon bureau pour m’annoncer que l’ULN (l’Union Laitière Normande) a un trou de trésorerie et qu’il sollicite mon soutien, c’est-à-dire celui de l’Etat. Le trou est abyssal. Ces braves gens ont acheté à tour de bras des entreprises en Espagne : un peu comme le pékin moyen qui s’achèterait des appartements avec son découvert de CB.

 

Le directeur général de l’ULN, dont je tairais le nom, viens le lendemain me la jouer grave (je peux le donner maintenant il a fait une belle carrière par la suite Alain Juillet) . Nous devons avec Edith, la conseillère technique au cabinet, ex de la Banexi, tenir à bout de bras le pool bancaire de 23 banques aussi affolé qu’une couvée de poussins. La paye de lait mensuelle de 12 000 livreurs est en cause. Les repreneurs se bousculent, Michel Besnier en tête : Coeur de Lion la marque de camembert de l’ULN cause des soucis à son Président. Mon devoir de réserve m’interdit de faire état du jeu : les avocats d’affaires s’agitent, les redresseurs d’entreprises fondent sur la proie : mon ex-patron à la SVF l’inénarrable Axel Rückert me la fait dans le style on se connaît Jacques, les élus s’affolent, les dirigeants agricoles rasent les murs et j’en passe…

 

Je me sens bien seul, mon cher Ministre est selon son habitude aux abonnés absents. Les députés de la Manche, tous de droite, me supplient : tout sauf Besnier (Lactalis aujourd’hui). Je laisse les services opérer en liaison avec les gnomes des Finances. Après une nuit de négociations où Michel Besnier qui a retourné Michel Ledru comme une crêpe pense emporter le morceau.

 

Tel ne fut pas le cas.

 

Bongrain reprend l’ULN Publié le 01/07/92 ICI 

 

Besnier doit, pour l’instant, tirer un trait sur sa tentative de créer un second BSN. Car c’est son concurrent Bongrain qui prend les rênes du géant coopératif, associé à Sanofi-Entremont et à Sodiaal.

 

Une fois le dossier bouclé je reçois un petit mot de Jean-Noël Bongrain qui souhaite me voir. Nous ne nous sommes jamais vus, ni appelés.

 

Discret, ex-séminariste, Jean-Noël Bongrain, l'homme du Caprice des Dieux, du Boursin et autres spécialités fromagères, l'homme des marques, fondateur et patron du groupe laitier éponyme créé dans une petite laiterie de Haute-Marne. La rencontre a lieu dans un discret hôtel particulier du VIIème arrondissement assez mal meublé.

 

Gris sur gris, l'homme m'accueille avec la componction des prélats. À peine suis-je assis que JN Bongrain de sa voix doucereuse me pose une question.

 

« Monsieur Berthomeau pourriez-vous me citer les vertus cardinales ? »

 

Inversion des rôles, d'ordinaire mes interlocuteurs me cirent les pompes, lui me met en difficulté. Il sait que je suis un pur produit de l'enseignement catholique vendéen. Il me teste. Dans les tréfonds de mes souvenirs de catéchisme je ne retrouve que les 3 vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité mais du côté des cardinales, qui elles sont au nombre de 4, je suis à la ramasse.

 

Pourtant je m'arrache et risque la justice et le courage puis je jette l'éponge. JN Bongrain, toujours aussi chanoinesque me félicite, d'ordinaire ses interlocuteurs sèchent totalement. Il complète ma liste : la prudence et la tempérance... Vous comprenez mieux maintenant pourquoi mon coeur penche du côté du vin plutôt que vers les produits laitiers... 

 

Ensuite nous parlâmes perspectives…

 

Résultat de recherche d'images pour "la camionnette caprices des dieux"

 

L’Est Républicain du 20/06/2019 m’apprend :

 

Créateur du célèbre Caprice des Dieux, fondateur d’un groupe fromager devenu le n°2 français et n°4 mondial, le Haut-Marnais Jean-Noël Bongrain est décédé à l’âge de 94 ans. Homme d’une très grande discrétion, il a été inhumé lundi à Illoud, village de ses débuts. Ses obsèques se sont déroulées dans la plus stricte intimité, selon sa volonté.

 

C’est en 1956 que Jean-Noël Bongrain a élaboré le Caprice des Dieux dans la fromagerie paternelle d’Illoud où se trouve toujours l’usine. La recette, alliée au réel sens de la communication de son inventeur, a fait de ce fromage un succès mondial : il s’en est écoulé plus de trois milliards d’exemplaires. Sous sa houlette, la société va développer et acquérir des spécialités fromagères et des pâtes molles (Tartare, Cœur de Lion, Saint-Moret, Vieux Pané, Bresse Bleu…). En 2004, il en a cédé la présidence à son fils Alex. En 2015, Bongrain a changé de nom pour s’intituler Savencia Fromage & Dairy (CA : 4,9 milliards en 2017). Présent dans 120 pays et employant 20. 000 personnes, le groupe s’est diversifié dans la charcuterie (Bordeau-Chesnel) et le chocolat (Valrhona, La Maison du chocolat).

Partager cet article
Repost0
21 juin 2019 5 21 /06 /juin /2019 06:00
Pourquoi Macron ressort Pompidou, le marronnier du « c’était mieux avant », de la naphtaline ?

« Evelyne Richard gravit les marches du perron de l’Elysée et salue avec une pointe de nostalgie les journalistes qui patientent derrière un cordon. La septuagénaire est un fil tendu entre deux présidents de la République, deux époques distantes d’un demi-siècle : celle de Georges Pompidou, qu’elle a servie comme attachée de presse dès son élection, en 1969, et d’Emmanuel Macron, son dernier patron. Celui qu’elle a connu au moment de tirer sa révérence, en 2017.

 

En cette fin d’après-midi, mercredi 19 juin, « l’impératrice de l’Elysée », comme l’appelaient certains rédacteurs, est venue écouter le chef de l’Etat rendre hommage à son lointain prédécesseur, à l’occasion du cinquantenaire de son élection. M. Macron devait d’abord s’exprimer en ouverture d’un colloque organisé, le lendemain, par l’institut Georges-Pompidou. Mais c’était sans compter les obligations du Conseil européen, qui se réunit au même moment à Bruxelles. Le président de la République a donc invité les protagonistes du colloque à boire une coupe de champagne sous la verrière de la salle des fêtes de l’Elysée.

 

Alain Pompidou, le fils du défunt président, est là, tout comme l’historien Eric Roussel, auteur d’une biographie de référence sur le natif de Montboudif (Cantal). Les journalistes Michèle Cotta et Patrice Duhamel, deux témoins de l’époque, ont aussi fait le déplacement. »

 

Les années Pompidou: était-ce le bon temps? Jacques de Saint Victor dans le Figaro

 

Ce que Pompidou a eu de séduisant pour les Français et que Macron veut imiter Christine Clerc Journaliste, grand reporter et auteur dans le Huffpost

 

Il y a cinquante ans, Georges Pompidou succédait au général de Gaulle à la présidence de la République. La Ve République allait devoir fonctionner sans son fondateur. Ce «quinquennat» fut un temps de prospérité qui, cependant, vit poindre les germes des crises que nous connaissons.

 

Mais Pompidou fut avant le Premier Ministre du Général succédant à Michel Debré.

 

Le 8 avril 1962, au lendemain du référendum par lequel le peuple français venait d’approuver les accords d’Évian, de Gaulle lui fait part de sa décision : « Une phase de mon action est terminée. Il faut donc changer de Premier Ministre. Je vais faire  appel à vous et vous n’avez pas le droit de refuser. »

 

Pierre Viansson-Ponté écrit dans son édito du Monde :

 

« Il n’a que des amis parmi les dirigeants des partis. Il n’a pas d’existence politique, pas de relief, pas de passé et doit tout au Général. Il ne fera donc pas écran entre lui et la foule à laquelle il entend plus que jamais. Sympathique et peu compromettant… il sera un excellent exécutant… Au moins on comprendra bien que cette fois-ci c’est de Gaulle qui gouverne seul. On ne l’opposera plus à son Premier ministre. Il n’y aura plus de domaine réservé : au président les grandes affaires et les grandes batailles ; au Premier Ministre la gestion au jour le jour, les corvées et les petites escarmouches. »

 

C’est un inconnu pour la majorité des Français.

 

Il a « un nom qui a l’air de se moquer du monde » dira un jour de Gaulle qui plaide en sa faveur et fait la joie des chansonniers. Sa silhouette ronde, trapue et d’allure débonnaire ne peut que plaire au peuple  de terriens » note Éric Roussel son biographe.

 

« Curieux contraste entre « son œil de curé et son œil de canaille », l’étrange mobilité d’un visage qui, habituellement, peut soudain se métamorphoser, sous l’effet de l’émotion ou de la colère, en masque d’empereur romain.

 

Il fumait

 

Mitterrand en 1994 :

 

« Mélange assez exceptionnel de fils du peuple et d’intellectuel très brillant, Georges Pompidou était, comme Édouard Herriot, l’archétype de ces hommes politiques que les Français aiment spontanément parce qu’ils peuvent se reconnaître en eux. »

 

Premier non-parlementaire à accéder depuis des lustres à la charge de chef de gouvernement, surprend la classe politique, c’est une figure complexe « Raminagrobis » selon Mauriac.

 

Pierre Mendès-France écrit dans l’Express un article retentissant : « Non, décidément, nous n’avons pas le droit de  savoir pourquoi, dans le sérail, le changement de grand vizir a été ordonné et quelles conséquences politiques en découleront. Pompidou a-t-il seulement discuté avec les chefs des partis qu’il a reçus ? Étrange délibération d’ailleurs, poursuivie en l’absence du seul homme qui commande et qui décide. »

 

« … rue de Varenne, dans le bel hôtel XVIIIe qui abrite ses services, cela ne l’empêche pas d’aménager un bureau à son goût et, au bout de quelques semaines, les visiteurs auront la surprise de voir trôner dans la pièce où il travaille, non le traditionnel portrait de Richelieu, mais des tableaux abstraits. Avec cet admirateur de Nicolas de Staël et de Soulages, l’art du XXe siècle entre dans les palais nationaux. »

 

Il avait Pierre Juillet « Dès 1962, Pierre Juillet a eu de l’influence. Il avait le privilège de pouvoir entrer à tout instant dans le cabinet du Premier ministre. Hors hiérarchie, il avait la haute main sur les fonds secrets et s’occupait de tout le secteur politique en compagnie d’Olivier Guichard. »

 

 L’OAS a adopté la stratégie de la terreur.

 

Le 22 août au Petit-Clamart, sur la route de Villacoublay, la DS du Général où ont pris place, à l’avant, le chauffeur Francis Marroux et le colonel Alain de Boissieu et, à l’arrière le Général et tante Yvonne, essuie le feu nourri d’un commando de l’OAS. En quelques secondes, la DS est criblée de plus de cent projectiles, l’un d’eux se fichant dans le pavillon arrière, à quelques millimètres de la place qu’aurait dû occuper le Général qui, par miracle, sur l’injonction de son gendre, s’est aplati sur la banquette tout comme sa femme.. Finalement, à l’intérieur de la voiture, personne n’est touché.

 

De Gaulle lâchera sur le tarmac de Villacoublay « Cette fois c’était tangent. »

 

Deux jours après l’attentat, de Gaulle convoque Georges Pompidou afin de lui faire part d’un projet envisagé depuis longtemps : l’élection du Président de la république au suffrage universel direct.

 

Le 19 septembre, en Conseil des Ministres, il confirme et ajoute que – en violation flagrante de la Constitution – cette réforme constitutionnelle se fera par la voie du référendum, sans consultation du Parlement, Georges Pompidou approuve l’initiative :

 

« Les élite politiques, continuent d’être obsédées par le souvenir du bonapartisme. Mon général, tout l’effort que vous avez déployé depuis vingt-deux ans a consisté justement à supprimer tout le poids du précédent bonapartisme qui a écrasé la IIIe République. Vingt-deux ans de gaullisme ont effacé aux yeux du peuple français la tache du bonapartisme.

 

La IIIe et la IVe République ont été vouées à l’impuissance pour n’avoir depuis Mac Mahon, se donner des hommes capables de les diriger. »

 

Il conclut : « L’État est un corps sans tête depuis Mac Mahon… Il ne faut pas s’embarrasser de juridisme. »

 

Pour Gaston Monnerville Président du Sénat c’est une forfaiture…

 

Il y eut mai 68, le départ du général à Baden-Baden sans que son Premier Ministre n’en soit informé, il s’en irrite « certes ce départ a été une réussite… Mais je n’en avais pas moins été traité avec ce qui m’apparaissait à ce moment-là comme une singulière désinvolture. »

 

Mitterrand note :

 

« À l’inverse du général de Gaulle, Georges Pompidou a tenu. Il a eu une méthode assez habile alliant la souplesse a une certaine fermeté policière. Seul de tous les ministres, il n’a pas perdu son calme. De Gaulle au contraire, n’a pas senti la situation et son départ pour Baden-Baden, quel qu’ait pu être l’objet, est tout de même sans exemple dans l’Histoire. Un Président de la République qui quitte Paris pour aller à l’étranger sans prévenir personne, cela ne s’est jamais vu. »

 

Après le raz-de-marée gaulliste, la victoire est totale, et tout le monde sait, et plus encore le Général, que Pompidou a été l’artisan de ce succès dépassant toutes les espérances, Georges Pompidou est brutalement remercié et remplacé à la surprise générale par Maurice Couve de Murville.

 

Georges Pompidou, qui selon François Mauriac « saura se rendre inoubliable » se retrouve simple député du Cantal.

 

André Malraux porte ce toast « Monsieur le député du Cantal, je bois à votre destin. »

 

Il s’installe boulevard de Latour-Maubourg entouré de Michel Jobert, Édouard Balladur, Marie-France Garaud et Pierre Juillet.

 

Et puis il y eut sa déclaration de Rome « Si le général de Gaulle venait à se retirer, je me porterai candidat à sa succession. Pour succéder au général de Gaulle il faut deux conditions : qu’il ait quitté la présidence et que son successeur soit élu. Ce n’est, je crois, un mystère pour personne que je serai candidat à la présidence de la République lorsqu’il y en aura une. »

 

Émoi.

 

De Gaulle mécontent fait diffuser une dépêche « Dans l’accomplissement de la tâche nationale qui m’incombe, j’ai été le 19 septembre 1965 réélu président de la République pour sept ans par le peuple français. J’ai le devoir et l’intention de remplir ce mandat jusqu’à son terme. »

 

Le 27 avril 1969, tout est fini. Le général a perdu son dernier combat, le non l’emporte nettement et, peu après minuit, le 28, l’AFP publie le communiqué suivant :

« Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi.

« Signé : Charles de Gaulle »

 

Charles de Gaulle :  A Quiet Holiday

 

La suite est connue ce sera l’étrange confrontation entre « bonnet blanc et blanc bonnet » Pompidou-Poher.

 

Le président de la République par intérim, Alain Poher, accueillait ce 20 juin 1969 Georges Pompidou sur le perron de l’Élysée.

Affiche: Daniel Marty.

Pour la petite histoire laissons la parole à une spécialiste Christine Clerc :

Résultat de recherche d'images pour "georges pompidou et sa porsche"

« Georges Pompidou, qui se fait photographier avec sa femme Claude au balcon  et dans les canapés du palais de l’Elysée, réussit à incarner à la fois ces aspirations contraires: modernisateur affiché, il clame “Chère vieille France! La bonne cuisine, les Folies bergères, c’est terminé! Notre révolution industrielle est largement entamée.” Afin que cela se manifeste clairement, il ne se contente pas de lancer le grand projet sidérurgique des hauts fourneaux de Fos-sur-Mer. Il affiche son goût de l’art moderne. Il veut incarner aussi la nouvelle société des loisirs: l’été, au Fort de Brégançon, le nouveau président ne craint pas de se laisser photographier en caleçon de bain aux commandes d’un hors-bord comme lorsque, Premier ministre, il passait ses vacances en Bretagne avec Claude. On ne le voit plus au volant de la Porsche qu’il a offerte à sa femme et avec laquelle il passait prendre ses dossiers le samedi matin à Matignon avant de gagner leur maison de campagne. Mais le couple donne des dîners d’artiste et des soirées cinéma. En robe courte dévoilant ses longues jambes et même une fois en long short de satin rose, Claude affiche une élégance française jugée d’avant-garde et qui suscite, comme les robes de Brigitte Macron, beaucoup de commentaires admiratifs ou agacés. Les premières nuits à l’Elysée, les Pompidou accrochent aux murs de leur nouvelle demeure des toiles de Soulages et d’Alechinsky, en attendant de confier à des designers contemporains comme Paulin la création d’un petit salon, d’une chambre et d’une salle de bains. Ensemble, tous deux vont créer, en plein cœur de Paris, le Centre d’Art contemporain qui portera le nom de Pompidou. Voilà pour la symbolique du changement. »

 

Résultat de recherche d'images pour "georges pompidou et sa porsche"

 

Mais la force de Georges Pompidou, c’est aussi de savoir rassurer. Le fils d’instituteur et petit-fils d’agriculteur natif de Montboudif (Cantal), le brillant normalien fou de poésie n’a pas eu besoin de lire les ouvrages à la mode de sociologues américains comme Laurence Wylie, auteur d’un autre best-seller de l’époque “Un village en Vaucluse” pour savoir que la France demeure un peuple de paysans, attaché, tout autant qu’à la fameuse “libération sexuelle”, à “la bagnole” et à la modernisation de leur maison, à la vie de famille, à la sécurité et même à l’autorité. Doté d’un physique solide (on ne sait pas encore que la maladie qui l’emportera s’est déclarée dès 1968), il est décrit ainsi par le baron Guy de Rothschild qui, durant quatre ans, lui a fait découvrir le monde de la finance et des affaires: “L’oeil droit est celui du bon vivant qui aime l’argent, le plaisir et la douceur de l’existence… le gauche, froid, dur, impérieux, est celui de l’homme qui ne cède pas”. Pompidou le moderne tient à montrer son attachement à la société paysanne traditionnelle en faisant servir à l’Elysée du petit salé aux lentilles et en retournant parfois à Montboudif. Pompidou l’autoritaire, jugeant que la nouvelle révolution industrielle secoue bien assez les Français, met en garde son premier Ministre Jacques Chaban-Delmas et ses ministres contre des réformes de société trop brutales: “Arrêtez d’emmerder les Français!”

Partager cet article
Repost0
20 juin 2019 4 20 /06 /juin /2019 06:00
Margaret Thatcher (2e à droite), lors d'une manifestation pro-UE en 1975. [Dick Roche]

Margaret Thatcher (2e à droite), lors d'une manifestation pro-UE en 1975. [Dick Roche]

Pour le français de base l’agriculture britannique n’existe pas puisque l’Angleterre est une îleet je devrais m’arrêter là… C'est par cette phrase que le célèbre André Siegfried introduisait sa leçon à sciences po dans les années 1950. Suivait une entière page blanche pour inciter à la méditer.

 

De Gaulle reprochait à Churchill de lui préférer Roosevelt, il se vit recevoir la volée de bois vert suivant « Comprenez bien qu’entre l’immensité de l’océan et vous [le continent], nous choisirons toujours l’océan ».

 

Pays marchand et aux origines de la démocratie libérale occidentale, le Royaume-Uni est, par nature, tourné vers l’océan : son histoire et sa géographie l’y obligent, et ce n’est pas un hasard si la Grande-Bretagne fut la première puissance mondiale pendant plus d’un siècle, avec un empire colonial à l’origine d’une mondialisation et une marine réputée invincible.

 

Il a fallu l’arrivée de Miss Thatcher au pouvoir pour qu’ils s’aperçoivent qu’il y avait encore des agriculteurs sur le sol de la perfide Albion :

 

  • Son histoire de chèque  « I want my money back » (Je veux qu’on me rende mon argent) Le 25 juin 1985, lors du Conseil de Fontainebleau, la Première ministre a en effet arraché ce « rabais britannique », en menaçant de cesser de verser la participation au pays au budget des communautés européennes.

 

Le rabais, aussi surnommé « chèque britannique » ou « correction britannique » dans le jargon européen, équivaut à 66 % de la contribution nette de l’année précédente. On prévoyait que cette pratique serait réduire après les élargissements de 2004-2007, mais les chiffres indiquent que les remboursements sont restés stables ou ont augmenté depuis. Le montant pour 2001 était par exemple très élevé, principalement à cause d’ajustements apportés aux comptes de 1997 et 1999, qui allaient dans le sens du Royaume-Uni.

 

Un poids pour les membres plus pauvres

 

Tous les États membres de l’UE paient donc les remboursements au Royaume-Uni, y compris les nouveaux membres moins aisés d’Europe de l’Est. En 2014, la Pologne a ainsi participé à hauteur de 294,4 millions d’euros, la Roumanie de 101,4 millions d’euros et la Bulgarie, le pays le plus pauvre de l’union, de 29,9 millions d’euros.

 

Par contre, les Pays-Bas, la Suède et l’Autriche ne paient qu’un quart de ce que devrait être leur participation à la « correction britannique ». Il existe donc des « rabais sur le rabais ». Résultat : la France et l’Italie supportent à elles deux près de la moitié du total à rembourser à Londres. Pour l’année 2014, l’Allemagne a payé 379,6 millions d’euros, alors que la France et l’Italie versaient respectivement 1,592 et 1,165 milliards.

 

  • La vache folle :
  •  

En France, les instances officielles, et en particulier le journaliste Jean-Yves Nau du quotidien Le Monde et le site internet ESB de l’INRA, ont accusé le gouvernement de Margaret Thatcher d’avoir déclenché l’épidémie d’ESB suite aux décisions de réduire la température et la durée de cuisson des farines animales dans les usines d’équarrissage. À la même époque, quelles étaient les pratiques chez nous ?

 

La France, en compétition, était obligée d’appliquer les mêmes pratiques. D’ailleurs, Alain Glon, Président de la société Glon-Sanders, dans un procès-verbal de la séance du 15 mai 2001 au Sénat, révèle qu’à partir de 1983, pendant le choc pétrolier, la compression des coûts fixes a conduit en France, comme en Angleterre, à une diminution de l’utilisation du pétrole pour chauffer les farines aussi fort et aussi longtemps. Ainsi, M. Glon a déclaré : « Les procédés de traitement pratiqués en France, en Grande-Bretagne et dans d’autres pays, étaient les mêmes puisque les Anglais appelaient cela le “procédé français“ » ! Le rapporteur lui demande ensuite : « D’après ce que j’ai lu, le processus de fabrication des farines anglaises, abaissant les trois paramètres [durée, température et pression], relevait plutôt d’un brevet américain. Contredisez-vous cela ? ». Et Alain Glon répond : « c’est le procédé Stord bartz system. Mais le même était également utilisé en France », d’où la conclusion sans ambiguïté du rapporteur : « c’était un brevet américain qui a été pratiqué en France …Vous êtes ferme : à partir de 1983, date du choc pétrolier, la compression des coûts fixes a conduit à une diminution de l’utilisation du pétrole pour chauffer les farines aussi fort et aussi longtemps… ». Dès le démarrage de l’épidémie de l’ESB, les marchands d’aliments français savaient donc qu’en France, comme la Grande Bretagne, on « ne chauffait pas ».

 

Pourquoi s'est-on rué sur les farines anglaises ? A cause de leur bas prix. A partir de 1988, le gouvernement Thatcher ayant interdit l'usage des farines en Grande-Bretagne, les Britanniques ont tout misé sur l'exportation. A destination de la France, principalement, mais aussi vers d'autres pays de l'Union, qui ont pu eux-mêmes réexporter en France. En France, ces farines ont été consommées par toutes sortes d'animaux jusqu'à ce que, le 24 juillet 1990, Henri Nallet, alors ministre de l'Agriculture, en interdise l'utilisation pour les ruminants. 

 

«Nourriture infectée». Certains retards se sont avérés fatals pour l'élevage bovin britannique qui, au total, a dû sacrifier 4,3 millions de têtes. En juin 1988, le gouvernement de Margaret Thatcher a bien interdit l'utilisation de protéines animales dans l'alimentation du bétail. Mais sous la pression du lobby agricole, les fabricants de farines animales ont obtenu un délai de cinq semaines pour écouler leurs stocks, alors que chaque jour supplémentaire se traduisait par des centaines de bêtes infectées. Même après la date butoir du 18 juillet 1988, les équarrisseurs n'ont pas respecté l'interdit, faute de contrôle. «Il est clair que de la nourriture infectée a continué à être donnée au bétail dans des quantités substantielles.»

 

Il y avait donc des vaches en Grande-Bretagne et des farmers au premier rang desquels la famille royale qui touchait de gros chèques de l’UE.

 

L’agriculture britannique se place au 5e rang de l’Union européenne. Elle se caractérise par une forte concentration, 20% des exploitations utilisant près des trois quarts de la surface agricole utile du pays, et est majoritairement orientée vers les productions animales.

 

Traditionnellement opposé à la régulation des marchés et aux soutiens directs à l’agriculture, le Royaume-Uni se distingue par son choix de renforcer significativement les soutiens octroyés à l’innovation et au développement rural.

 

Le Royaume-Uni est très dépendant des importations et présente une balance commerciale agroalimentaire fortement déficitaire. Son taux d’autosuffisance alimentaire est de 62%. La France est le 3e fournisseur et le 2e client du Royaume-Uni.

 

Par référendum en date du 23 juin 2016, les Britanniques ont voté en faveur d'une sortie de l'Union européenne à 51,9 % des voix et un fort taux de participation de 72,2%.

 

ICI 

 

Brexit : la dépendance du Royaume-Uni aux importations européennes en trois graphiques ICI 

 

  • Le Royaume-Uni dépend des importations pour se nourrir

 

  • Le Royaume-Uni plus dépendant du marché européen que l’inverse

 

  • Importations et exportations avec l’UE représentent la moitié du commerce de biens au Royaume-Uni

 

 

Au Royaume-Uni, le Brexit risque d'impacter très profondément aussi le système agroalimentaire. Mais ce danger est négligé par le gouvernement de Theresa May, alerte Tim Lang, professeur de politique agroalimentaire à la City University of London.

 

Importations, exportations, revenu des agriculteurs, santé des consommateurs, qualité des aliments... depuis le référendum qui a scellé la prochaine séparation du Royaume-Uni de l'Union européenne, Tim Lang, professeur de politique agroalimentaire à la City University of London, se penche avec d'autres chercheurs et des ONG (dans le cadre de la Food Research Collaboration) sur les effets potentiels du Brexit sur le système agroalimentaire. Il revient pour La Tribune sur l'ensemble de ces enjeux, dont l'opinion publique britannique, estime-t-il, n'est pas encore suffisamment consciente.

 

LA TRIBUNE - Selon vos études, quel est le principal danger que le Brexit fait encourir au système alimentaire britannique?

 

TIM LANG - Notre dernier rapport, Feeding Britain: Food Security after Brexit (nourrir la Grande-Bretagne : la sécurité alimentaire après le Brexit) rappelle à l'opinion publique et aux politiques britanniques que, depuis 50 ans, notre système alimentaire est intégré à celui des autres États membres. La Grande-Bretagne ne se nourrit pas toute seule: elle importe 30% de sa nourriture directement de pays de l'Union européenne et 11% de pays tiers ayant négocié des traités de commerce alimentaire avec l'UE. Quitter l'Union européenne signifie donc perturber 50 ans de négociations, qui ont pourtant globalement amélioré la qualité de l'offre.

 

Notre rapport montre en outre clairement que si la Grande-Bretagne quitte l'UE, elle doit décider quels seront ses futurs standards alimentaires, ainsi que comment elle compte les faire respecter et s'assurer de la qualité des contrôles. Sinon, elle doit assumer publiquement qu'elle ne sera pas capable d'exiger et d'imposer des normes strictes. Dans ce cas, puisque les autres États membres n'accepteront pas de nourriture de qualité inférieure à leurs standards, en quittant l'UE nous détruirons également les exportations du secteur agroalimentaire britannique -des spiritueux, des boissons gazeuses, des biscuits, de la viande, des produits laitiers... des aliments déjà pas très réputés en termes de santé publique.

 

  • Dans votre rapport, vous évoquez également la question des migrants...

 

Oui. L'horticulture britannique est l'un de nos rares succès agricoles, grâce à nos fraises, framboises, etc. Mais la cueillette dépend entièrement de 60-70.000 travailleurs d'autres pays de l'UE -dont l'expulsion a motivé une partie de ceux qui ont voté pour le Brexit. Il y a quelques semaines, le gouvernement a affirmé qu'il introduira un nouveau régime pour les travailleurs saisonniers, mais seulement pour 2.500 personnes! Cela va détruire notre industrie horticole. Sans compter les effets sur la fabrication alimentaire britannique, dont 30% des emplois sont aussi occupés par des migrants de l'UE... Si ces travailleurs ne viennent plus de Roumanie, Bulgarie, Croatie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, d'où viendront-ils? Inde, Pakistan, Algérie, Afghanistan? Quels nouveaux pays nous fourniront de la main-d’œuvre agricole bon marché? Les idéologues de la droite nous disent qu'il ne fait pas s'inquiéter, car nous aurons des robots. Mais pour cela, il faudra au moins 15 ans... alors que les Britanniques disent déjà aujourd'hui qu'ils veulent de la nourriture locale!

 

  • Pourquoi le système alimentaire britannique se retrouve-t-il à être si dépendant des importations?

 

La Grande-Bretagne ne produit plus sa propre nourriture depuis 1780. Grâce à son Empire, elle a commencé dès la fin du 18e siècle à importer de la nourriture de l'Amérique du Nord, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande... Et en 1846, lors de l'abolition des textes réglementaires qui encadraient le commerce de céréales avec l'étranger (les "corn laws"), elle a pris la décision politique de ne pas soutenir ses agriculteurs. Depuis 172 ans la culture politique des Britanniques consiste ainsi à croire que le reste du monde les nourrira: que dès lors que nous gagnons de l'argent via d'autres industries, nous pouvons le dépenser pour acheter de la nourriture bon marché d'autres pays. C'est une vision impériale de la nourriture!

 

Cette approche a été remise en cause lors des deux guerres mondiales. En 1939, nous importions 70% de nos aliments. En 1945, nous n'en importions plus qu'un tiers: nous avions réussi, malgré la guerre, à doubler notre production. Pour ne plus reproduire de trop graves situations de dépendance, après la guerre il fut donc décidé de reconstruire l'agriculture britannique, en mettant en place un système d'aides pour les agriculteurs. Mais en 1973, quand nous avons rejoint la Communauté économique européenne, nous en avons intégré un nouveau , celui du marché unique. Aujourd'hui, certains supporteurs du Brexit pensent qu'il faudrait retourner au modèle de 1846, d'autres à celui de 1939... Quoi qu'il en soit, d'importantes décisions politiques doivent être prises, et soumises à l'opinion publique. Or, les citoyens britanniques ignorent complètement ces enjeux.

 

  • Mais les importations de l'Union européenne ne pourraient-elles pas être remplacées par de la nourriture venant d'autres pays?

 

Il y a effectivement une véritable pression de la part de certains membres du parti conservateur, des néo-libéraux, pour importer de la nourriture bon marché des Etats-Unis, de pays émergents ou d'anciennes colonies. Mais conclure un accord commercial avec les Etats-Unis a de graves implications. Depuis deux ans, le secrétaire d'Etat américain au Commerce le dit clairement: si le Royaume-Uni signe un traité avec les Etats-Unis, il devra abandonner les standards alimentaires européens. Et si au lieu que de l'Espagne, du Portugal, de la Pologne ou de l'Italie, nous importons de l'Afrique de l'Ouest, de la Turquie, d'Israël, quels contrôles de qualités appliquerons-nous? Le Brexit engendre donc d'importants choix politiques qui ne sont pas suffisamment discutés.

 

  • Quel impact risque notamment d'avoir le Brexit sur les agriculteurs?

 

Pendant les 50 dernières années, le système agroalimentaire a traversé une véritable révolution. Nous croyons encore que notre nourriture vienne des agriculteurs, mais ce n'est plus vrai. Les agriculteurs ne créent que des matières premières bon marché pour un traitement industriel de masse. Ceux d'entre eux qui nourrissent encore directement les consommateurs ne sont pas nombreux. Le système alimentaire est largement industrialisé, et chez nous plus que dans le reste de l'Union européenne. La grande partie de l'argent produit par le secteur agroalimentaire est d'ailleurs gagné par les fabricants industriels et par un petit nombre de distributeurs. En Grande-Bretagne, le système est très concentré: six distributeurs se partagent 90% des ventes de nourriture. Le secteur des services a aussi énormément crû pendant les dernières trente années: traiteurs, restaurants, cafés, plats à emporter...

 

Ce nouveau système écrase  les agriculteurs, qui ne gagnent plus beaucoup d'argent. Les marges des fabricants alimentaires sont de l'ordre de 15-16%. Dans la distribution, le rendement du capital est de 2%. Il peut aussi être plutôt haut dans les services -même si la plupart des cafés et restaurants ferment boutique après deux ou trois ans. Les agriculteurs en revanche ne survivent désormais qu'en s'agrandissant, alors que la valeur en capital des terres est très élevée. Si les Britanniques veulent plus d'agriculteurs, ils doivent donc accepter de les rémunérer davantage. Mais que va-t-il se passer si nous quittons l'Ue ? Le gouvernement a évoqué l'idée de d'abord maintenir les aides pour trois ans, puis de les réduire progressivement pendant une décennie. Ce ne sont pas des délais très longs en termes de pratiques agricoles...

 

Or, nous pensons que la "disruption" du Brexit est l'occasion de repenser radicalement notre agriculture, en tenant compte de l'ensemble de ses nouveaux défi: le développement durable, le réchauffement climatique, le stress hydrique, la perte de biodiversité, la santé publique... Une nouvelle révolution alimentaire est nécessaire afin de renverser les dernières 50 années. La question concerne d'ailleurs l'ensemble de l'Europe: comment créer des régimes alimentaires "durables", tenant compte de l'ensemble de ses nouveaux défi: le développement durable, le réchauffement climatique, le stress hydrique, la perte de biodiversité, la santé publique... Une nouvelle révolution alimentaire est nécessaire afin de renverser les dernières 50 années. La question concerne d'ailleurs l'ensemble de l'Europe: comment créer des régimes alimentaires "durables", tenant compte non seulement des capacités nutritionnelles des aliments, mais aussi de leurs effets sur l'environnement, l'économie et la société?

 

  • Vous pensez donc que le Brexit peut aussi être une opportunité positive pour le système agro-alimentaire britannique?

 

Théoriquement oui. Mais le gouvernement actuel, qui depuis le référendum montre ne pas avoir de vision à propos de la question alimentaire, vient de proposer une loi agricole où les agriculteurs sont réduits au rôle de gardiens des paysages, selon une approche de la gestion des terres purement environnementale. Certes, c'est très positif, voire nécessaire, d'adresser les questions des sols et du carbone... Mais il n'y a toujours pas de plan alimentaire national! Or, à quoi sert la terre: à nourrir la population ou à la contemplation des riches ?

 

Depuis le plan dit "de Chequers" présenté en juillet par le gouvernement, qui contient aussi quelques mesures visant à anticiper les conséquences du Brexit dans le secteur agroalimentaire, mes collègues chercheurs et moi ne savons pas du tout si et comment le gouvernement continue de réfléchir à la question. Nos recherches depuis deux ans nous ont convaincus que l'ensemble des acteurs du secteur sont laissés dans la même ignorance. Ceci est inacceptable. Un enjeu aussi sérieux, économiquement, politiquement et culturellement, doit être discuté sérieusement et publiquement.

 

Propos recueillis par Giulietta Gamberini  ICI 

 

Vu du Royaume-Uni. Après le Brexit, cap sur l'agriculture verte ICI 

 

Une fois les subventions européennes taries, Londres entend chambouler l’agriculture en axant sa politique sur l’environnement et l’utilisation des nouvelles technologies.

 

Ce fut une année difficile pour les quelque 150 000 agriculteurs britanniques. Cet été, la vague de chaleur a desséché les cultures de brocolis et de choux-fleurs. Avant cela, le gel avait retardé le moment des semailles et chamboulé la saison des naissances des agneaux. Dans la ferme de Pant-y-Beiliau, dans la vallée de l’Usk, au pays de Galles, la famille Trumper prévoyait une année exceptionnelle pour son troupeau d’un millier de brebis. En fin de compte, elle a dû envoyer environ 5 % de ses nouveau-nés à l’équarrisseur. Mais les conditions météorologiques extrêmes sont une chose avec laquelle Maurice Trumper, qui est né dans sa ferme dans les années 1920, a appris à vivre. Le Brexit, c’est autre chose.

 

Dans la plupart des secteurs économiques, le gouvernement fait de son mieux pour assurer une continuité après que le Royaume-Uni aura quitté l’Union européenne (…). Mais pour l’agriculture, il annonce d’importants changements. Michael Gove, le secrétaire d’État à l’Environnement, à l’Alimentation et aux Affaires rurales a promis un grand chambardement, quel que soit l’accord auquel le gouvernement aboutira avec Bruxelles.

 

Dans le cadre de la politique agricole commune européenne [la PAC, subventions consenties au monde agricole européen], les agriculteurs britanniques touchent des subventions d’environ 3,1 milliards de livres [3,5 milliards d’euros] par an. Ces paiements prendront fin avec le Brexit. Cependant, le Trésor britannique a promis aux agriculteurs de leur payer l’équivalent des aides de la PAC jusqu’à ce que le mandat du Parlement prenne fin en 2022. Après cette date, les versements seront progressivement supprimés et remplacés par un nouveau système sur lequel le gouvernement planche actuellement. Son projet sera déterminant pour l’avenir de l’agriculture et l’ensemble du paysage rural britanniques.

 

L’agriculture ne représente environ que 0,5 % de l’économie britannique. Mais elle emploie près d’un demi-million de personnes, soit 1,5 % de la population active. Elle aide d’autres secteurs à fonctionner, par exemple en fournissant la majeure partie des matières premières du secteur de l’alimentation et des boissons. Et aucun autre secteur économique, peut-être, n’a un tel impact physique sur le territoire : près de trois quarts des terres britanniques sont utilisées pour l’agriculture.

 

La PAC, un système impopulaire

 

La plupart des subventions de la PAC sont calculées en fonction de la superficie des exploitations ; ce sont les paiements directs. Le reste récompense les activités des agriculteurs visant à préserver l’environnement. Cela fait très longtemps que les paysans britanniques se plaignent que le système est injuste et inefficace, qu’il récompense les riches propriétaires fonciers qui possèdent de grandes propriétés et qu’il ne reconnaît pas le travail de gestion de l’espace rural. En 2016, les 10 % des exploitants qui recevaient le plus d’aides de la PAC accaparaient 47 % des fonds, tandis que, à l’autre extrémité, les 20 % des exploitants qui touchaient le moins de subventions n’en totalisaient que 2 %.

 

Le gouvernement saisit l’occasion du Brexit pour changer de formule. À l’avenir, les subventions seront là pour favoriser les “biens publics”. Le plus important d’entre eux, selon M. Gove, est “la protection et l’amélioration de l’environnement”, comme la création de forêts, la restauration de tourbières et l’entretien des haies. M. Gove suscite les louanges des écologistes par son dévouement manifeste à leur cause ; il dit d’ailleurs avoir une vision “romantique” de la campagne.

 

Même si la PAC est impopulaire, toute volonté de toucher au système provoque une certaine nervosité. Les subventions de Bruxelles représentent 61 % des revenus agricoles de l’Angleterre ; au pays de Galles et en Irlande du Nord, ce chiffre dépasse même les 80 %. Les petites exploitations de bétail installées sur les hauts plateaux sont particulièrement dépendantes des aides européennes. M. Trumper raconte que sa ferme de 200 hectares reçoit environ 36 000 livres [40 000 euros] par an de la PAC : “Notre survie en dépend totalement.”

 

Le gouvernement a modélisé les conséquences d’une suppression des paiements directs versés aux fermes de bovins et de moutons installées dans les plaines. Le résultat est édifiant. Entre 2015 et 2017, 19 % de ces fermes ont enregistré des pertes malgré les subventions ; sans subventions, elles auraient été 53 % à être déficitaires.

 

Hébergements touristiques et énergie solaire

 

Les ministres doivent encore révéler les détails du système qui remplacera celui des paiements directs. Mais il semble bien que les agriculteurs devront faire un choix : soit œuvrer pour les biens publics en cherchant à se qualifier pour les aides du gouvernement, soit mettre l’accent sur l’efficacité pour survivre sans subventions.

 

Certains exploitants agricoles sont ravis à l’idée d’être rémunérés pour des activités de gestion de l’environnement. Reste que les petites fermes ne rempliront pas les critères pour prétendre aux aides auxquelles pense M. Gove. Parmi ceux qui ont voté en faveur du Brexit, beaucoup voulaient protester contre toute la bureaucratie nécessaire pour obtenir les subventions de l’UE. Mais le nouveau système ne sera peut-être pas moins fastidieux. On ne sait pas non plus clairement si les paysans auront suffisamment de marge de manœuvre pour diversifier leurs activités. À l’heure actuelle, deux tiers des agriculteurs sont déjà lancés dans d’autres activités, comme l’énergie solaire et l’hébergement touristique. Un quart d’entre eux gagne davantage d’argent avec cette activité qu’avec l’agriculture.

 

Et quid d’une amélioration de l’efficacité ? Le pays possède de grandes exploitations très efficaces, comme les cultures céréalières de l’Est, et 7 % des fermes d’Angleterre assurent 55 % de sa production agricole. Mais le pays compte une ribambelle d’exploitations de plus petite taille et moins productives. Près de la moitié des exploitations du pays font moins de 20 hectares. Les partisans d’un changement estiment que, dans des régions comme le pays de Galles, les petites fermes devront fusionner, ou du moins coopérer plus étroitement afin de diminuer leurs coûts.

 

Des drones et des serres connectées

 

M. Gove vante également le potentiel des technologies. Sur les petites exploitations comme celle de Gary Ryan, dans le Monmouthshire, au pays de Galles, on utilise des appareils comme Moocall, un capteur fixé à la queue des vaches qui alerte l’éleveur avant la mise bas. Les conseillers du gouvernement se tournent vers les Pays-Bas, un pays qui, avec seulement 17 millions de personnes, est le deuxième exportateur mondial de produits agricoles grâce à de massifs investissements dans des technologies comme des drones et des serres connectées.

 

Toujours est-il que les agriculteurs britanniques ont peu de temps pour rattraper ce retard. Tom Hind, de l’organisation professionnelle Agriculture and Horticulture Development Board, explique que la croissance de la productivité est si faible que la tâche qui s’annonce est “un peu comme demander à un pétrolier géant de faire demi-tour”. Il ajoute que la Grande-Bretagne est bonne en sciences agricoles, mais pas pour ce qui est de les appliquer à l’agriculture.

 

Pendant ce temps, dans la vallée de l’Usk, les agriculteurs attendent de connaître leur sort. La politique agricole a été déléguée aux gouvernements d’Écosse, du pays de Galles et d’Irlande du Nord, qui pourront choisir de continuer de soutenir directement les exploitants s’ils n’aiment pas le nouveau système de M. Gove. Comme le rappelle un responsable gallois, dans les années 1980, les exploitations de charbon et d’acier locales se sont fait décimer. Et aujourd’hui, dans certaines régions, l’agriculture est “un pilier social” – c’est tout ce qui reste aux populations.

Partager cet article
Repost0
19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 06:00
livre lu le 18 juin

livre lu le 18 juin

De passage chez Gallimard j’ai acheté du Stéphane Denis, qui n’est pas le fils de la mère Denis, mais un fin connaisseur du sérail politique français pour avoir bourlingué dans les cabinets ministériels dans les années 70 avant de faire journaliste et écrivain.

 

Je me souviens du Stéphane Denis des années Mitterrand (1). II a révélé dans Paris Match l'existence de Mazarine, la fille naturelle de François Mitterrand.

 

À gauche, on déteste ce réactionnaire bon teint qui plaide volontiers pour Maurice Bardèche contre Jean Daniel; à droite, on se méfie de cet anarchiste en flanelle qui traite René Monory de «morceau de pâté oubliant ses tartines» et trouve à Pierre Méhaignerie «une tête de fond de culotte». Trop cultivé pour les mondains, trop jet-set pour les intellos.

 

C’est ce qu’écrivait Jérôme Garcin 16/11/1995

 

Stéphane Denis est un cynique doué, un sceptique avantageux. Il doute de tout avec élégance. Il met beaucoup de style à prouver qu'il ne croit en rien. Il a, pour la politique, une curiosité d'esthète désabusé et, pour ceux qui la font, un dédain d'aristocrate. On sent bien que les enjeux idéologiques l'ennuient, que les querelles de partis lui sont étrangères, que la fonction sociale des élus l'indiffère au plus haut point. Il leur préfère l'art de la rhétorique, la dramaturgie des alcôves ministérielles, la mathématique des secrets inavoués et des rumeurs assassines. C'est un romancier chic qui a un air canaille: il tient à la fois de l'inspecteur des Renseignements généraux, du mercenaire et du fou du roi. Il joue à la politique comme, autrefois, Sagan au casino de Deauville, au volant de sa Jaguar XK 140, ou avec du Palfium 875: pour se donner des émotions rapides et conjurer, à Neuilly, le spleen du crépuscule.

 

Bonne pioche que son dernier roman Sanctissima, c’est féroce, précis, implacable, jubilatoire, pour moi un excellent antidote à l’esprit amolli du temps.

 

Sanctissima

 

Le président de la République se prépare pour le transfert, au Panthéon, de la dépouille d’Amandine de Groot : une héroïne nationale, prix Nobel de la paix, aimée et célébrée dans le monde entier sous le nom de la Sanctissima, la très sainte. La veille de la cérémonie, le mari de cette dernière, James de Groot, président du Conseil Constitutionnel et éminence grise qui a œuvré pour tous les gouvernements depuis Pompidou, se rend à l’Elysée.

 

Je l’ai lu d’une seule traite sur mon balcon.

 

Je chronique aussi sec.

 

« Avec chaque Président, il avait su comment il fallait faire.

 

Georges Pompidou était carré, ombrageux, pratique.

Georges POMPIDOU dans son bureau de Latour Maubour Cinquantenaire de l’élection de M. Georges POMPIDOU à la Présidence de la République

 

Valéry Giscard d’Estaing, lorsqu’il le recevait, commençait par des mondanités. Comment allait la tante Chose ? Puis il citait les trois  principaux points de la fiche qu’il avait lue avant l’entretien accordé à son visiteur.

 

François Mitterrand noyait le poisson, la garde haute, l’allure marmoréenne, curieux de savoir et verrouillé sur sa petite personne.

 

Jacques Chirac était enveloppant, jovial, et parfaitement indéterminé.

 

Nicolas Sarkozy parlait de lui.

 

Après, le président de Groot ne se souvenait plus très bien. C’était une caractéristique de François Hollande qu’on avait l’impression de frayer avec  une éponge, une éponge sympathique, mais dont on se demandait ce qu’elle faisait là.

L’image contient peut-être : texte

Leur successeur était respectueux, ça, on ne pouvait pas dire le contraire.

 

« C’est un inspecteur des Finances, trancha intimement François de Groot : je viens luis casser les pieds mais je suis riche, j’ai  de l’influence, et il respecte les plus anciens dans le grade le plus élevé. Il ne voit que des gens qui lui ressemblent. Allons-y et essayons de le distraire. Ce sera déjà ça de gagner. »

 

Ça part donc sur les chapeaux de roue pour ensuite décoiffer grave.

 

Quelques traits saillants.

 

« Amandine (prénom d’emprunt de la future panthéonisée) était une jolie petite fille élevée par les sœurs de la Visitation du Mont, et maintenue dans les bons principes par les dames de la nouvelle maison, l’Ostensoir, que tenait sa mère rue des Frangipaniers. Ce nom venait d’une certaine position sexuelle, spécialité du quartier chrétien. Je n’ai pas de photographie d’elle mais je l’imagine assez faire ses devoirs au salon où on attendait le client. Elle m’a dit avoir adoré Beyrouth après Bergen au climat si humide. »

 

[…]

 

À propos de Jeanne d’Arc :

  • Fallait être une vraie cruche pour s’être fait baiser par le roi, avait dit Amandine, à sœur Félicité. Ça se piffait d’avance, qu’il la vendrait aux Britiches.

 

[…]

 

Ses sentiments, j’en ai peur, étaient fort peu démocratiques.

  • Mais je croyais, dit le Président… Enfin, son combat pour les droits de l’homme…

 

  • Elle disait qu’elle préférait les doigts de l’homme. Malgré l’éducation des sœurs, elle n’avait pas plus de sens moral qu’un jeune chat.

 

[…]

 

En bon énarque, il se demandait (ndlr. le Président) aussi si croire en Dieu n’est pas un préalable à une dévotion réussie. Pascal, ou était-ce François Mauriac, avait écrit quelque chose là-dessus.

 

[..]

  • Elle avait toujours une arme dans sa poche, répéta le Président accablé.

 

  • Que voulez-vous qu’elle eût ? Des pansements ou des images pieuses ?
  •  

[…]

 

Ministre de l’Intérieur, j’espère que vous avez mis fin à cet état de fait, pour parler comme mon secrétaire-général. Il est tellement Sciences Po qu’il doit coucher avec sa femme en trois parties.

 

[…]

 

Toute ma vie, j’ai combattu l’arbitraire au profit du pouvoir. Le pouvoir calme les peuples et les rend heureux. L’arbitraire les excite et les rend jaloux. Ce n’est pas la Constitution que je sers, monsieur le président. Vous m’avez qualifié tout à l’heure de grand serviteur de l’État, la formule la plus creuse de la Ve République. Un serviteur de l’État, c’est un fonctionnaire. L’État n’est qu’un placard qu’il faut remplir. C’est utile les placards. On peut y mettre n’importe quoi. C’est à ça que servent les fonctionnaires : à remplir les placards. Moi, je sers à autre chose. J’essaie d’obliger le pouvoir à tenir le manche.

 

Voilà, j’ai accompli mon devoir 122 petites pages. 14 euros 90 faites ce que bon vous semble chers lecteurs.

 

(1) le portrait de François Jardin, bourgeois de province attaché à sa Saintonge natale - ah! «le demi-tour droite des feuilles de tilleul argenté au premier vent d'ouest»; il a des ambitions littéraires académiques («Avec l'âge, je passai de Barrès à Lamartine en risquant de finir chez Henry Bordeaux»), il s'égare à Vichy, où il se voit remettre la francisque par le maréchal Pétain (photo de 1943 inédite, selon Denis, et scène fondatrice de tous les mensonges à venir), il cultive une amitié persistante et clanique pour des personnages derrière les noms fictifs desquels l'on reconnaît sans mal Pelat, Bousquet, Bénouville, Hersant, Grossouvre, il aime l'ordre, il trompe sa femme, il va à la messe pour les fêtes carillonnées, il passe en 68 pour un vioc prématuré et en 74 pour un homme neuf, il se fait élire à la présidentielle sur la base d'un programme «datant de Babeuf et des mines d'Anzin» et, tel un comédien parvenu au faîte de sa carrière ou un sportif au bout de son incroyable marathon, le miraculé finit par éblouir la jeunesse à laquelle il aime à distribuer quelques confidences: «On me visitait comme le château de Pierrefonds et les tours des neuf preux. Et tout ce qui était menace mortelle, arme terrible dirigée contre moi, devenait un merveilleux jardin. (...) Tout le côté ??pas net'' fascinait mes interlocuteurs.

Partager cet article
Repost0
18 juin 2019 2 18 /06 /juin /2019 06:00
Et si le vin dit de Bordeaux subissait au XXIe siècle le même déclin que le vin de table du Languedoc au XXe siècle ?

À Bordeaux, dans les milieux professionnels, il est de bon ton de se lamenter à propos du Bordeaux bashing que subirait le grand vignoble bordelais.

 

Qui fait du Bordeaux bashing ?

 

Pas la presse spécialisée qui continue de se délecter des grands nectars de Bordeaux tout en nous serinant que c’est injuste car il existe d’excellents Bordeaux à des prix raisonnables.

 

Les consommateurs alors ?

 

Jacques Dupont, grand arpenteur des 2 rives, parle de désamour.

 

Bordeaux, les raisons d'un désamour

"Abandonner l'avenir de nos grands crus aux seuls hommes d'affaires équivaudrait à confier aux croque-morts l'organisation du défilé du 14 Juillet*." Par Jacques Dupont

Publié le 23/02/2016

ICI 

 

Je partage en partie ce point de vue, en partie seulement car notre Jacques évoque, en dehors des GCC, des vins de Bordeaux qui ne sont qu’une part très minoritaire de la production.

 

La masse, le vrac, qui en parle ?

 

Souvenir de miss Glou-glou découvrant avec stupéfaction l’importance du marché du vrac dans les appellations.

 

Comme le dit très Nathalie Feydieu du château du Taillou à Saint-Androny.

 

La physionomie de la clientèle a changée…Les gens qui achetaient du vin dans nos propriétés de manière fidèle, et en grande quantité, ont vieilli et ne consomment plus, il faut donc se tourner vers la nouvelle génération, à travers des salons et les inciter à venir en propriété»

 

C’est la nature du produit qui est en cause, il ne correspond plus aux attentes du marché domestique et maintenant ceux de l’export.

 

Le marché des vins de Bordeaux en panne, les courtiers peinent à écouler les stocks

 

« Des nuages dans le ciel de Bordeaux. C’est un peu la métaphore qui colle au marché qui depuis 12 mois, selon tous les opérateurs, est morose et touche surtout les petits Bordeaux et cœur de gamme. Cela inquiète tout le monde, négoce, courtiers mais avant tout les vignerons »

 

« Bordeaux produit en moyenne 5,5 millions d’hectolitres de vin, mais sur les 12 derniers mois, 4,2 millions ont été commercialisés », me précise Xavier Coumau, président régional des courtiers de Bordeaux et du Sud-Ouest.

 

Lire ICI

 

Alors mon titre est-il aussi provocateur qu’il en a l’air ?

 

Sans ramener ma fraise je rappelle : Rapport remis à Jean GLAVANY, ministre de l’agriculture et de la pêche, le 31 juillet par Jacques BERTHOMEAU, contrôleur général des offices

 

Pour ma part je crois que nous sommes en train de récolter ce que nous avons semé, nos échecs à l’exportation trouvent principalement leur source dans un manque de rigueur.

 

En effet, depuis toujours nous sommes, et nous restons encore, la référence dans le domaine du vin. Une telle position, doublée de celle de leader mondial sur le marché des vins et spiritueux, nous oblige à maintenir notre niveau d’excellence sur tous les segments du marché du vin.

 

Sous les grandes ombrelles que sont nos appellations d’origine contrôlée, surtout sous celles qui jouissent de la plus grande notoriété, s’abritent des vins moyens voire indignes de l’appellation. Succès aidant ou pression d’une demande momentanée une grande part de nos vins de pays, petits nouveaux dans la cour, se sont laissés aller, comme certains de leurs grands frères AOC, à confondre rendement administré, moyenne arithmétique, et qualité du produit. On optimisait la déclaration de récolte. Nous étions sur notre petit nuage, grisés, insoucieux telle la cigale de la fable, alors qu’il eût fallu capitaliser les dividendes de cette embellie en investissements commerciaux, en un pilotage fin de chacun de nos vignobles – quel que soit son statut juridique, sa notoriété, - par les metteurs en marché.

 

Nous en sommes restés, pour la part volumique de certaines appellations génériques et de beaucoup de nos vins de pays, à une conduite approximative du vignoble ; le viticulteur, la cave coopérative produisent du vin et attendent le courtier pour que les assembleurs que sont nos négociants généralistes, nos embouteilleurs-distributeurs, nos embouteilleurs pourvoyeurs des premiers prix pour la grande distribution et les hard discounteurs, l’écoulent. On ne peut espérer être fort sur les marchés extérieurs avec ces vins d’entrée de gamme si on les traite ainsi sur son marché domestique

 

Nagerions-nous dans les eaux molles d’un de ces consensus à la française où l’on évite d’aborder les sujets qui fâchent ? Non bien sûr et, lorsque le président de la FEVS déclare qu’« Historiquement et aujourd’hui encore la France couvre tous les segments. Elle doit continuer à le faire. Mais segment par segment, nous devons analyser les choses. Une partie de la copie est à revoir. La segmentation du marché se fait par les prix. » on ne peut que l’approuver car c’est la réalité du marché.

 

2 – Les grands ensembles viticoles méconnus

 

Dans notre imaginaire collectif, celui des non spécialistes, du consommateur ordinaire qui pousse son caddie dans les rayons des grandes surfaces, l’évolution de notre vignoble depuis 25 ans pourrait se résumer à la décrue inexorable des vignes à gros rouge du Midi à haut rendement et à la montée tranquille de vignobles d’appellation d’origine contrôlée maîtrisant leurs rendements au nom de la qualité.

 

La France viticole serait devenue l’eldorado du vigneron cultivant sa vigne comme un bon artisan, élaborant son vin comme un artiste pour le vendre dans sa bouteille au nom de son domaine, de son clos, et même de son château. Argument de vente fort puisque le réseau Leclerc proclame sur sa marque de distributeur « nos vignerons ont du talent ». Cette vision est confortée par les cavistes, les guides, les revues spécialisées et les numéros spéciaux des grands news magazines : le Point en particulier. Elle correspond bien sûr à une réalité, celle des multiples joyaux nichés dans de plus vastes vignobles.

 

La batterie de chiffres que j’ai jeté en vrac dans le point précédent montrent que le ventre de notre production est bien dodu, qu’il ne répugne pas à la productivité : les hauts rendements ne sont pas là où l’on s’attendrait à ce qu’ils soient. En le soulignant je ne porte aucun jugement de valeur. Mon objectif est simplement de mettre en exergue ces grands ensembles vinicoles, ceux qui dégagent des volumes, ceux qui devraient permettre à nos metteurs en marché de trouver la ressource vin longue pour alimenter l’assemblage de produits de marque.

 

C’est vieux : 2001 !

 

18 ans l’âge de la majorité légale.

 

On va me rétorquer que la qualité technique des vins s’est depuis largement améliorée. J’en conviens mais sont-ce des vins qui sont vendables ou plus exactement : le processus de leur mise en marché n’est-il pas obsolète ?

 

On en reste, en matière de vrac, à une forme modernisée d’économie de cueillette auprès des viticulteurs, même les grosse coopératives ont été incapables de sortir du modèle dominant.

 

On ne change pas un modèle par décret et j’ai nettement le sentiment qu’il est trop tard !

 

Nous nous cachons derrière les bons chiffres en valeur de nos exportations de vins et spiritueux.

 

Nous importons à tour de bras des vins de début de gamme, euphémisme cachant l’effet prix, venant d’Espagne.

 

Nous mélangeons dans le même tonneau des vins dit d’origine que nous ripolinons à grand coup de terroir.

 

C’est le gros ventre mou.

 

En un mot nous bricolons alors que nos concurrents déroulent un modèle qui ne se cache pas derrière un faux-nez.

 

Entendez-moi bien, tout comme en 2001, je ne prêche pas pour ma paroisse, ces vins ne sont pas les miens mais je me contente de mettre le doigt là où ça fait mal, non pour me la jouer oiseau de mauvaise augure mais tout bêtement pour couper court aux lamentations d’usage.

 

Et si c’était la faute du gouvernement néo-libéral ?

 

Je plaisante bien sûr puisque je suis rangé des voitures, il n’en reste pas moins vrai comme le dit l’adage : « il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… »

 

Le Crédit Agricole acte la crise des vins de Bordeaux

Lundi 17 juin 2019 par Alexandre Abellan

 

Face au blocage des ventes en vrac, la banque verte vient d’accroître son aide à court-terme aux chais indépendants afin de limiter la chute des cours.

 

Chais pleins et marché atone pèsent sur le moral et les finances du vignoble bordelais. « Premier financeur du vignoble girondin*, nous avons une responsabilité vis-à-vis de la filière. Nous n’avons pas vraiment le choix, nous devons la soutenir dans ce moment compliqué de méventes. Certains viticulteurs n’ont pas eu de rentrées [de trésorerie] et de retiraisons [en vrac] depuis des mois, nous leur ouvrons une enveloppe supplémentaire pour permettre d’assurer les coûts de leur cycle de production » explique Pascal Gentié, le nouveau président de la caisse régionale du Crédit Agricole, qui connaît bien le vignoble, étant pépiniériste dans le Lot-et-Garonne. Pour assurer leurs frais de fonctionnements (taille, traitements, travaux en vert…), les prêts vignerons ont augmenté : +8 % d’encours depuis le début d’année, +13 % sur l’année glissante s’achevant en mai 2019.

 

La suite ICI 

La crise viticole n'est pas une fatalité !

 

Editorial de Mgr Ricard

 

Très présente dans la presse à certains jours, plus discrète à d’autres, la crise viticole est bien toujours là. Contrairement à une série de crises rencontrées par la viticulture depuis plus d’un siècle, la crise actuelle n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Il serait vain d’attendre que « ça passe » en rêvant au retour des années fastes pour les vins de Bordeaux.

 

La sortie de cette crise est un vrai problème régional pour ne pas dire national. Certaines régions sont peut-être encore plus touchées que la nôtre. Le 4 février dernier, les évêques du Languedoc-Roussillon ont fait part de leurs préoccupations devant l’inquiétude et la souffrance de beaucoup de viticulteurs. Mais notre région, longtemps épargnée, est touchée elle aussi.

 

Certes, la crise viticole ne touche pas toutes les propriétés de la même façon. Certains châteaux, des crus renommés, s’en sortent plutôt bien et n’ont pas de mal à commercialiser leur vin. D’autres sont frappés de plein fouet et on peut dire que c’est toute une partie de la profession qui ressent les contrecoups de la crise. Au cours de mes visites pastorales et des rencontres que j’ai pu avoir, j’ai été témoin du drame vécu par un certain nombre de viticulteurs qui se sont endettés au moment des années fastes et qui, aujourd’hui, devant la difficulté à vendre leur vin, se sentent étranglés par les remboursements auxquels ils doivent faire face. Cette réelle angoisse du lendemain a chez eux des conséquences sur leur moral, parfois sur leur vie conjugale et familiale. Certains enfants ne voient pas comment prendre en charge après leurs parents la propriété familiale. Cette crise a fatalement aussi des répercussions sur la situation des ouvriers agricoles, des saisonniers et des artisans. Ces viticulteurs sont guettés par le désespoir et la désespérance n’est jamais bonne conseillère. On peut redouter qu’elle provoque parfois des réactions de violence ou pousse à des extrémités.

 

Devant cette crise, certains sont tentés de baisser les bras et de se laisser gagner par un sentiment de fatalisme. D’autres cherchent un bouc émissaire qu’ils chargent alors de tous les maux (les organisations professionnelles, le négoce, les pouvoirs publics, les campagnes antialcooliques, la mondialisation…) L’heure n’est pourtant pas au découragement. D’ailleurs, au cours des deux siècles précédents, les viticulteurs ont toujours fait preuve de courage et d’ingéniosité pour surmonter les crises rencontrées. Une telle ténacité continue. Il nous faut saluer ici les efforts de ceux qui courageusement veulent relever le défi d’aujourd’hui. Ils savent qu’il leur faut compter avec des facteurs nouveaux qui ne disparaîtront pas dans les années qui viennent : la baisse en France de la consommation du vin, la concurrence des vins européens et des vins du nouveau monde et la politique commerciale des grandes surfaces. Ils sont convaincus également qu’il faut veiller à la qualité du vin produit, à sa commercialisation et donc à des campagnes de promotion de leur vin en France, en Europe et dans d’autres pays du monde. En effet, produire, malgré tout le savoir-faire que cela met en jeu, aujourd’hui ne suffit pas. Il faut commercialiser, tenir compte de la demande, et gagner de nouveaux marchés.

 

Cette crise ne peut être surmontée qu’ensemble, solidairement, qu’en s’appuyant les uns sur les autres, qu’en s’entraidant les uns les autres. Or, la viticulture a été une profession qui a favorisé jusque-là l’investissement individuel et la recherche personnelle du profit. L’argent gagné était le secret de chacun et on se méfiait de l’autre qui pouvait toujours devenir un concurrent possible. D’où la difficulté qu’ont eu beaucoup de viticulteurs, même voisins, à se parler quand la crise a commencé. Or, la solidarité et l’entraide sont aujourd’hui des conditions sine qua non pour surmonter la crise.

 

Devant cette crise qui marque profondément notre région, les communautés chrétiennes ne peuvent pas ne pas se sentir concernées. Il est important qu’elles partagent les préoccupations des viticulteurs, soutiennent ceux qui sont dans une passe difficile, encouragent ceux qui se battent pour relever le défi. Je les invite à lire le document de réflexion ci-joint sur « La crise viticole » et à manifester à tous les viticulteurs leur solidarité.

Dans ce temps pascal, le Christ vient à nous, vainqueur du fatalisme et de la résignation. Sa résurrection ouvre une brèche, déploie un avenir nouveau. Elle crée du neuf. Que cette espérance soutienne tous ceux qui se battent aujourd’hui pour ouvrir des voies d’avenir à la viticulture dans notre région.

 

Bordeaux, le 5 mai 2006

 

Cardinal Jean-Pierre RICARD

Archevêque de Bordeaux

Evêque de Bazas

 

 

Partager cet article
Repost0
17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 06:00
 Davidsz de Heem

Davidsz de Heem

Comme dans un premier jet je voulais titrer : Homard m’a tué j’ai longtemps hésité avant de me résoudre à un appeau moins croustillant mais plus je tartine ma culture comme la confiture de groseille sur mon toast du matin.

 

Au milieu du XIXe siècle, Gérard de Nerval fut justement surpris en train de promener un homard sur les marches du Palais Royal. Réponse du poète aux regards ahuris des badauds : « En quoi un homard est-il plus ridicule qu'un chien, qu'un chat, qu'une gazelle, qu'un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J'ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n'aboient pas ».

 

 

Pour attirer le chaland ou la mouche du coche sur mes lignes, les ferrer, les hameçonner, les mettre dans ma poche, manipulateur que je suis, pas simple de titrer dans l’univers des mots-clés.


En effet, rendre hommage au créateur de la chronique : Alexandre Vialatte ce n’est pas très vendeur auprès des jeunes pousses perfusés d’images et de like sur face de bouc.

 

Et pourtant :

 

21 novembre 2009

«Une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps».

 

Alexandre Vialatte pendant dix-huit ans, tous les dimanches soirs, portera sa copie au wagon postal du train de vingt-trois heures quinze pour qu’elle soit publiée dans le journal La Montagne. Il n’a manqué que deux ou trois fois son rendez-vous.

 

ICI 

 

Bien sûr, du côté de Collioure notre commentateur en chef va se pourlécher, affûter sa plume, la tremper dans l’encre de seiche, titiller le malheureux graphomane que je suis.

 

Cette flèche étant décochée, je m’en reviens au sujet de mon poulet, qui est double :

 

  • La meilleure façon de tuer un homard s'il en est une

 

Scientifiquement, aucun consensus n'est établi pour savoir si les homards ressentent oui ou non la douleur. Selon une étude norvégienne, ils réagissent aux stimuli douloureux. Leur système nerveux étant différent du nôtre, difficile d'en tirer plus de conclusions. D'autres études affirment qu'il suffit d'observer le comportement des homards pour constater qu'ils ressentent la douleur.

 

La Suisse a été le premier pays à bannir la très répandue pratique de bouillir vivant les homards, la jugeant cruelle. La loi helvétique veut maintenant que le homard soit à tout le moins « étourdi » avant d’être bouilli. Les méthodes acceptées pour le tuer seront la « destruction mécanique du cerveau » ou l’électrocution préalable du crustacé avant sa cuisson. La loi ajoute que les homards devront bénéficier de meilleures conditions de transport.

 

J’y reviendrai en fin de chronique pour mettre en émoi les animalistes.

 

  • Vialatte dans « chronique des choses les plus diverses – La Montagne 21 juillet 1968

 

Le homard est un animal paisible qui devient d’un beau rouge à la cuisson. Il demande à être plongé vivant dans l’eau bouillante. Il l’exige même, d’après les livres de cuisine.

 

La vérité est plus nuancée. Elle ressort parfaitement du charmant épisode qu’avait rimé l’un de nos confrères et qui montrait les démêlés d’un homard au soir de sa vie avec une Américaine hésitante :

 

Une Américaine

Était incertaine

Quant à la façon de cuire un homard.

  • Si nous remettions la chose à plus tard ?...

Disait le homard

À l’Américaine.

 

Note du rédachef à l’attention de la bouche du coche :

 

Un bavoir

En sautoir

Attention

Au nœud papillon

Car

Le homard

À l’américaine

donne bien de la peine

Au retraité

gourmet

 

Vialatte poursuit :

 

Précisons de plus que le homard n’aboie pas et qu’il a l’expérience des abîmes de la mer, ce qui le rend très supérieur au chien et décidait Nerval à le promener en laisse, plutôt qu’un caniche ou un bouledogue.

 

La folle histoire du homard, des origines à nos tables

 

ICI 

 

Avant de devenir un produit de luxe ou une icône de l'art contemporain, le homard a longtemps été un mets très bon marché, quasi gratuit et consommé par les plus démunis.

 

Au XVIIe siècle, quand les premiers colons européens arrivèrent en Nouvelle-Angleterre, ils se retrouvèrent face à une surpopulation de homards.

 

En 1654, William Hood un historien en visite dans ces nouveaux territoires écrivait alors : « Leur surabondance en fait une denrée peu estimée et peu digne d'intérêt, sauf pour les Indiens qui se servent du homard comme engrais, comme appât ou au pire comme repas s'ils n'arrivent pas à attraper de bar (le poisson) ».

 

Que faire alors de ces « cafards de la mer » dont personne ne voulait ?

 

La réponse est toute trouvée et la bonne société décide de les donner à manger aux prisonniers, aux servants, aux veuves et aux enfants. Mais au XVIIIe siècle, dans le Massachusetts, les domestiques commencent à saturer et parviennent à inclure des closes dans leurs « contrats » qui leur permettent de ne plus avoir obligatoirement du homard à leur table tous les jours, mais trois fois par semaine au maximum.

 

Note du rédachef : la même saturation exista avec le saumon en Bretagne : La fabuleuse richesse en saumons des rivières bretonnes d'autrefois, mythe ou réalité  ICI  dans les contrats de louage des domestiques il existait des clauses limitant la consommation hebdomadaire de ce poisson.

 

Dur, dur d'être un homard au XVIIIe siècle : pendant cette période trouble de la Révolution américaine, les soldats britanniques à l'uniforme rouge sont traités de « lobsterback » par les révolutionnaires qui en font une insulte à la mode. Seule consolation pour le crustacé décapode, à cette époque on le cuisinait directement mort, sans encore imaginer que pour révéler toute l'essence de sa saveur, il fallait le cuire vivant dans de l'eau bouillante.

 

Résultat de recherche d'images pour "lobsterback"

 

La suite ICI

 

« Dans les années 1920, la surpêche réduit de manière drastique l'offre de homard qui devient, en conséquence, un produit de luxe pour les gens qui veulent vivre la grande vie et goûter au mets préféré de Gatsby, le héros du roman de Scott F. Fitzgerald. Le crustacé atteint alors son premier pic de prix, qui ne cessera d'être revu à la hausse durant la décennie. »

 

« En Europe, le homard européen a.k.a le homard gamarus a.k.a homard bleu ou simplement homard Breton en France, est connu et apprécié depuis l'Antiquité. Au Moyen-Âge et à la Renaissance, on lui reconnaît des vertus médicinales, tandis qu'à partir du XVIIe siècle, il commence à faire son apparition sur les tables bourgeoises lors de joyeux festins. C'est la raison pour laquelle on voit l'animal s'inviter de plus en plus dans les natures mortes des peintres flamands tels que Davidsz de Heem, Joris van Son ou encore Pieter Van Overschee. Plus rare et donc plus cher que son cousin américano-canadien, il traîne surtout sa carapace bleutée dans l'Atlantique-Est ainsi que dans le nord de la mer Méditerranée. »

 

  • Homard bleu à la vendéenne

 

Samedi matin je suis monté jusqu’à la rue du Nil, non pour y pêcher mais pour remplir mon panier de victuailles.

 

Sur ce Terroirs d’avenir tu as tout à portée de mains : du poisson, des coquillages, de la viande, de la charcuterie, du pain, de la pâtisserie, des fruits, des légumes et des fromages.

 

Avec ma grande besace je commençai par la poissonnerie pour acheter des moules de bouchot de Granville. Et puis, je vis, ses pinces entravées, un petit homard bleu qui frétillait tellement il était vivant.

 

 

Que faire ?

 

L’acheter !

 

Mais il allait me falloir le faire passer de vie à trépas au risque de me faire agonir d’injures par la ligue des animalistes.

 

Le prix était attrayant je succombai à la tentation.

 

J'ai estourbi la bête à la suisse.

 

Je l'ai passée rapidement dans un four très chaud.

 

Ensuite traitement au beurre salé à la poêle.

 

La suite est en photos :

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 07:00
Arrêtez de dire que les vélos, les trottinettes, les scooters, les motos, les autos, etc. sont des dangers sur la chaussée ! C’est vous, c’est nous les dangers publics…

Ça y est : premier mort sur la chaussée parisienne d’un gamin en trottinette électrique.

 

 « Lundi soir, un jeune homme de 25 ans en trottinette électrique est mort dans un accident à Paris.

 

Un homme de 25 ans est mort, percuté par un camion, tandis qu’il roulait sur une trottinette électrique. L’accident s’est déroulé lundi soir vers 22h30 dans le quartier de la Goutte d’Or, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Europe 1 rapporte que le jeune a refusé la priorité à une camionnette qui arrivait sur sa droite à un carrefour. Il se trouvait en arrêt cardio-respiratoire à l’arrivée des secours et a succombé à ses blessures quelques heures plus tard.

 

Le chauffeur n’était pas sous l’emprise de l’alcool ni de drogue au moment de l’accident. Il a été placé en garde à vue. »

 

Apparues il y a un an, les trottinettes - évaluées à environ 20.000 dans la capitale - sont devenues un véritable casse-tête pour la mairie de Paris, faute de loi pour les réguler. Interdiction de stationnement sur les trottoirs, limitation de vitesse à 20 voire 8 km/h : la maire de Paris, Anne Hidalgo, a égrené jeudi plusieurs mesures pour mettre un terme aux nuisances causées par les trottinettes électriques, responsables de plusieurs accidents.

 

Vitesse, accidents, stationnement... La trottinette est-elle passée d'engin ludique à danger public ?

 

Combien d'accidents sont attribués aux trottinettes électriques ?

 

Difficile de réponse à cette question. En effet, en dehors de cet accident, aucun décompte national n'est disponible pour cette année. A Paris, la préfecture de police ne comptabilise pas les accidents de trottinettes à part : ils sont inclus dans un chiffre incluant également les accidents de rollers et de skateboards. A la Sécurité routière, une nouvelle catégorie a été créée en janvier 2018 dans le fichier de statistiques des accidents de la route. Pour l'année dernière, une seule mort par trottinette électrique a été comptabilisée. Aucun chiffre n'a été communiqué sur le nombre de blessés car "les données se limitent au recueil effectué par les forces de l'ordre" lorsqu'elles sont mobilisées sur des accidents de la route, précise la Sécurité routière. 

 

Du côté médical, il n'y a pas non plus de décompte global du nombre de blessés par trottinettes électriques. Tout dépend des établissements et des expériences des soignants. Le professeur Marc-Antoine Rousseau est chef de service de chirurgie orthopédique et traumatologique, à l'hôpital Bichat et à l'hôpital Beaujon à Paris, qui accueillent respectivement 80 000 et 30 000 personnes aux urgences chaque année. Interrogé à ce sujet par franceinfo, il considère avoir "environ trois entrées par semaine en ce qui concerne les trottinettes" et avoir recensé "dix patients graves par entrées spécialisées [hélicoportage ou en ambulances] sur les six derniers mois". C'est bien moins que son confrère à l'hôpital Saint-Antoine, Alain Sautet, qui estime dans L'Obs voir "une quarantaine de personnes chaque semaine qui passent aux urgences pour un accident de trottinette."

 

De son côté, un interne aux urgences dans un troisième hôpital de la capitale, contacté par franceinfo, assure que "sur 24 heures passées aux urgences où [il] travaille, entre 5 et 10 accidents sont dûs aux trottinettes". Selon lui, ce chiffre est "certainement minoré par rapport à la réalité" car il n'a pas connaissance des cas dont s'occupent ses collègues présents sur le même site.

 

  • La trottinette provoque-t-elle des blessures particulièrement graves ?

 

  • Que recommandent les médecins ?

 

La suite ICI

 

Tout ça c’est la faute des pouvoirs publics, notre maire en tête, de ne pas avoir su endiguer le flot des trottinettes en libre-service.

 

Ce n’est pas tout à fait faux mais vu de mon point-de-vue de vieux cycliste parisien, tout comme la propreté des rues de Paris, les responsables sont les usagers de tout ce qui roule ou marche dans les rues de Paris.

 

L’incivilité est la règle, la grande majorité se fout des règles, du code de la route, ôte toi de mon soleil et marche à l’ombre.

 

Tout le monde accuse tout le monde pour justifier de faire ce que bon lui semble, c’est le miroir de notre société triomphe du moi je…

 

La liste est longue et je ne vais pas vous l’infliger  pour m’en tenir au comportement des utilisateurs de trottinettes électriques en libre-service.

 

  • Les parents qui vont conduire à l’école leur gamine ou gamin sans casque à 25 km/h juchés sur les dites trottinettes comment les qualifier ?

 

  • Les parents qui permettent à leur gamine ou gamin de moins de 1516 ans d’avoir accès à une trottinette électrique en les inscrivant via leur carte bancaire comment les qualifier ?

 

  • Les adultes qui roulent comme des dingos, n’importe où, qui grillent les feux tricolores, moi je me fous qu’ils mettent leur vie en danger, c’est leur problème, mais l’ancien usager de béquilles que je suis leur dit vous êtes des assassins en puissance.

 

  • L’abandon de trottinettes n’importe où, tout comme d’ailleurs le stationnement des gros scooters sur les trottoirs, c’est sans aucun doute la faute de madame Hidalgo.
  •  

Le vivre ensemble est, dans cette histoire d’occupation de la chaussée, l’enjeu.

 

Que les pouvoirs publics mettent en œuvre les structures adéquates pour que la ville respire, que l’on puisse s’y déplacer en toute sécurité, surtout les enfants que l’on est obligé de surveiller comme du lait sur le feu tant on a peur qu’ils se fassent écrabouiller par des débiles à casquette ou des bobos en basket, que cesse c’est la faute à, y’a ka faukon, l’exemple vient du nord ayons l’humilité de nous y intéresser.

Berlin : pas de panique, les trottinettes débarquent !

 

Le premier accident mortel impliquant une trottinette électrique à Paris refroidira sans doute l'enthousiasme des Berlinois, qui s'apprêtent à accueillir très bientôt ces nouveaux engins dans les rues de leur ville. En Allemagne, les opérateurs sont déjà dans les starting-blocks et le signal du départ est imminent.

 

Mais contrairement aux Français, les Allemands ont fait les choses dans le bon ordre : d'abord un vif débat et la mise en place d'une réglementation pour encadrer strictement l'utilisation des trottinettes électriques. Ensuite seulement elles seront déployées dans les rues. Première mesure obligatoire : les opérateurs doivent obtenir une autorisation avant de pouvoir mettre leurs engins en circulation. Une centaine d'opérateurs ont déposé une demande dans l'ensemble de l'Allemagne, huit à Berlin. Prix estimé de la location : 15 cents la minute.

 

À la mi-mai, le Bundesrat, la Chambre basse allemande, a adopté un décret limitant la vitesse à 20 km/h et fixé à 14 ans l'âge minimum pour les utilisateurs. Les locataires et les propriétaires de trottinettes électriques ne seront pas obligés de porter un casque, le permis de conduire ne sera pas requis, mais ils devront être assurés. Un autocollant bien visible posé sur le véhicule faisant foi. Ils pourront emporter gratuitement leur trottinette électrique dans le métro et le train, à condition de la replier ou de la ranger sous leur siège. Ils n'auront pas le droit de circuler sur les trottoirs (pourtant beaucoup plus larges à Berlin qu'à Paris) et devront obligatoirement emprunter les couloirs à vélo, dont le réseau est très étendu, contrairement à Paris.

 

Partager le bitume

 

Les Berlinois redoutent par-dessus tout la loi de la jungle dans leur ville où les cyclistes (très nombreux) se livrent déjà une bataille acharnée avec les automobilistes. Injures, bras de fer, hurlements… cette rivalité domine les rues berlinoises. Et cela ne risque pas de s'arranger avec l'arrivée de ces nouveaux engins sur les pistes cyclables déjà très fréquentées. Avant même leur arrivée, les partisans du vélo sont déjà remontés contre les nouveaux venus qui risquent de provoquer de nouveaux accidents.

 

Entre la nécessité d'inventer de nouveaux modes de transport urbain écologiques et la sécurité routière, les Allemands sont tiraillés. Ils sont nombreux à refuser que leurs villes se transforment en parcs d'attractions avec des tas de petites machines rigolotes qui détalent dans tous les coins : trottinettes électriques, mais aussi gyropodes et monoroues, skateboard et autres planches à roulettes. Silencieuses, non polluantes, pratiques, les trottinettes ont toutes les qualités du produit écolo conforme, mais elles sèment aussi la panique. À Berlin, un vélo peint en blanc et entouré de gerbes de fleurs marque souvent les endroits où des accidents mortels ont eu lieu. À quand la première trottinette peinte en blanc posée comme un mausolée à un croisement berlinois ? se demandent les Berlinois après l'accident à Paris.

Partager cet article
Repost0
15 juin 2019 6 15 /06 /juin /2019 06:00
Cours de zootechnie à l’attention des naturistes parisiens adulateurs de Me Morain ou comment faire son beurre avec le lait de La Froment du Léon !

Souvenirs, souvenirs… chantait défunt Johnny… de mes cours de zootechnie à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard.

 

Les vaches !

 

Ça sentait bon la bouse de vache…

 

Je les ai brossé et étrillé, c’était des normandes aux yeux tendres.

 

Mais je dois avouer avec humilité que je n’ai jamais trait les vaches.

 

En ces temps reculés on les trayait à la main, il fallait, assis sur un tabouret 3 pieds, du doigté pour empoigner les trayons, presser avec un bon rythme, alterner (en effet les vaches ont 4 tétines, je dis ça pour les naturistes parisiens), faire attention de ne pas renverser le seau plein de lait chaud et moussu.

 

L’odeur du lait juste trait m’a toujours levé le cœur et je n’en ai jamais bu.

 

Venait ensuite le passage dans l’écrémeuse à manivelle, celle dont le ding ding m’éveillait (je couchais juste au-dessus de la souillarde) alors la crème s’écoulait dans le tarrasson.

 

On la mettait au frais et, lorsqu’elle était devenue ferme, la tante Valentine y jetait une poignée de sel et la barattait à la main dans le tarrasson.

 

Lorsqu’elle était devenue beurre, une motte de beurre que la tante Valentine tassait dans un moule en bois ovale  avec tout au fond une plaque dessinant en creux un joli motif de fleur.

 

On l’enveloppait dans du papier beurre.

 

Selon les saisons, ce que mangeaient les vaches au pré ou à l’étable le beurre changeait de couleur : du jaune pâle au jaune bouton d’or.

 

Aimes-tu disions-nous en plaçant la corolle de cette petite fleur sous le coup des filles.

 

Enfant, puis adolescent, je n’ai jamais mangé d’autres beurres que celui de la tante Valentine.

 

Et puis ce beurre me sembla à jamais englouti dans les abysses de celui baratté par les industriels : Besnier Président à vie !

 

Et puis, la résistance s’organisa du côté des bretons qui, dans un océan de Prim’Holstein pissant un lait sans âmes, sauvèrent leurs petites vaches pissant un lait bourré de crème, la fameuse matière grasse honnie par les adorateurs de la diététique.

 

Résultat de recherche d'images pour "Froment du Léon photos"

 

La bretonne, la jersiaise et … La Froment du Léon… qui  « est une petite vache : 1,40 m au garrot pour environ 500 kg. La couleur de sa robe unie rappelle celle d’un blé mûr, allant du clair au foncé. On dessine son berceau d’origine dans un secteur compris entre Paimpol et Saint-Brieuc. Animal doux et docile, on la surnommée « vache à madame » ou « vache des châteaux ». Elle est génétiquement proche de la Jersiaise et de la Guernesey (races des îles anglo-normandes). Adaptée à la vie en plein air, elle présente cependant quelques fragilités dans sa conduite. Attention, par exemple, à ne pas réduire trop vite sa ration au moment du tarissement. Friande d’herbe et de prairies, la Froment produit environ moitié moins qu’une laitière classique : 4 000 litres par an. Un Inconvénient largement compensé par un lait riche en carotène (d’où ce beurre jaune « bouton-d’or ») et en acides gras qui donnent une excellente crème.

 

Après avoir failli disparaître, la Froment du Léon reconstitue peu à peu ses effectifs grâce au travail de quelques éleveurs.

 

Ce lait est donc particulièrement adapté pour une valorisation en produits haut de gamme sur le plan gustatif comme nutritionnel. Pas étonnant qu’avec la préoccupation croissante des consommateurs pour ce qu’ils mangent, la race suscite à nouveau l’intérêt des éleveurs. Le syndicat veille De quoi assurer définitivement le sauvetage d’une race qui a bien failli disparaître. De 25 000 vaches recensées en 1932, les effectifs ont chuté régulièrement jusqu’à atteindre quelques dizaines d’individus dans les années 80, puis remonter jusqu’à 400 actuellement. Le syndicat d’éleveurs de Froment du Léon, créé en 1994 sous l’impulsion de Jean Sergent, technicien au Parc naturel régional d’Armorique, veille sur ses protégées. En partenariat avec l’Institut de l’élevage, il contribue à l’encadrement zootechnique et génétique de la race et participe au projet Varape : « Valorisation des races à petits effectifs par les circuits courts ».

 

La suite ICI

 

J’en ai presque fini avec mon cours de zootechnie pour les naturistes ignorants.

 

 

Comme je ne sais pas faire mon beurre alors j’ai acheté, comme le petit chaperon rouge, un petit pot de beurre de la Froment du Léon  qui, bien évidemment se nomme : Beurre de madame

 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents