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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 00:01

Tom 7630

 

Hier au soir, comme je sortais de dîner aux Papilles, le cœur léger, la peau halée du premier soleil, guilleret, un sac contenant la bouteille de ce qu’il restait du Morgon 2009 de Marcel Lapierre en bandoulière, sur le trottoir des Toulousains fêtaient au Ricard leur Heineken Cup, descendant la rue Gay Lussac chère à mon cœur de soixante-huitard, soudain face à l’Hôtel du Brésil une voix me héla. Immédiatement, comme en son temps la Jeanne la Pucelle de Domremy entendant des célestes voix, ma voix se présenta « Sigmund Freud » et levant les yeux je découvris qu’il avait en effet occupé le lieu (voir photos ci-dessous).

 

 Tom 7626Tom 7629

 

Présentation faite, Freud le réprouvé d’Onfray m’adjurait :

 

-         Cherchez la femme vous trouverez l’homme !

 

-         ...

 

-         Prenez BHL, le col blanc, il ne sort jamais dans le monde sans son Arielle...

 

-         Le baril ?

 

-         Mais non crétin sa moitié qui a un si beau popotin : la Dombasle...

 

-         Pardonnez-moi Sigmund, ce n’était qu’une plaisanterie à deux balles...

 

-         Epargnez-moi vos colucheries, je cherche une rombière...

 

-         Avec une guêpière comme l’Arielle !

 

-         Allons Berthomeau, sachez qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui...

 

-         Ce n’est pas de vous...

 

-         Je sais, Desproges est maintenant mon voisin de chambrée...

 

-         Alors vous vous offrez un petit week-end à Paris ?

 

-         Oui je fais un extra pour le St Esprit.

 

-         Vous auriez dû aller en Normandie !

 

-         Au club du 3ième âge de Caen de mon ami Michel...

 

-         L’archange ?

 

-         Décidément vous n’êtes pas sérieux...

 

-         Et vous Sigmund, si j’en crois l’Onfray, vous êtes aussi habillé pour l’hiver... vous un imposteur docteur...

 

-         Mais je n’ai pas dit mon dernier mot...

 

-         Et quel est votre dernier mot ?

 

-         Le premier !

 

-         Vous plaisantez...

 

-         Jamais !

 

-         Alors dites

 

Et c’est alors que Sigmund m’a dit « Ce Onfray, qui est le Delly de la philosophie à 2 balles, a-t-il, comme BHL, son Arielle Dombasle ? »

 

Et il est reparti.

 

Et moi je me suis dit « Fais quelque chose pour répondre à cette brûlante question. La face du monde en sera changée. Pensez-donc, dans le petit monde des lettres parisien, la grande nouvelle c’est qu’au hit-parade de l’intellectuel médiatique l’Onfray d’Argentan, le fils d’un ouvrier agricole et d’une femme de ménage, qui fait passer le temps aux retraités désœuvrés, qu’est pote avec Mélenchon, à détrôné l’héritier des bois exotiques, le BHL qui achète ses chemises blanches chez Charvet rue de la Paix.

 

L’Onfray vient même faire « la pute » chez Ruquier face à Zemmour le roquet.

 

Bref, comme j’aime payer de ma personne, pour panser les plaies de ce pauvre Sigmund, je propose à tout internaute en capacité de me faire parvenir une photo de la rombière de l’universitaire populaire, le « Delly de la philosophie, qui pond plus vite qu’une reine survitaminée d’une ruche du Pays d’Auge, de le récompenser d’un abonnement à vie pour la fourniture hebdomadaire d’un cubitainer de La Cytelle qu’est, comme chacun sait, le must du rouge populaire comme l’écrivait Roland Barthes dans « Mythologie » : « Boisson Totem »

.

« Pour le travailleur, le vin sera qualification, facilité démiurgique de la tâche « le cœur à l’ouvrage ». Pour l’intellectuel, il aura la fonction inverse : « le petit vin blanc » ou le « beaujolais » de l’écrivain seront chargés de la couper du monde trop naturel des cocktails et des boissons d’argent (les seules que le snobisme pousse à offrir) ; le vin le délivrera des mythes, lui ôtera de son intellectualité, l’égalera au prolétaire ; par le vin, l’intellectuel s’approche d’une virilité naturelle, et pense ainsi échapper à la malédiction qu’un siècle et demi de romantisme continue à faire peser sur la cérébralité pure (on sait que l’un des mythes propres à l’intellectuel moderne, c’est l’obsession « d’en avoir »

 

Tom 7619

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 00:09

Détournement de courrier, substitution de destinataire, la Toile est un milieu impitoyable où la fin justifie les moyens.

Pour autant suis-je un terroriste ?

Un terroiriste, sûrement, mais dans le cas présent je ne suis qu’un petit télégraphiste qui se fait un devoir de porter à qui de droit un message glané sur les pages du Nouvel Observateur de cette semaine.

Pourquoi me direz-vous ?

Tout d’abord, afin qu’Hervé ne me taille pas en pièces, loin de moi l'idée de vouloir accabler Jean-Pierre Coffe, d’en faire un bouc-émissaire, ou de crier avec les loups ou de lui jeter la première pierre. Non, je me contente de lui transférer ce message pour qu’il se fasse le porte-parole de ceux qui ne demandent quelques centimes de plus aux consommateurs. Si je me permets de le faire c’est qu’un jour, au 232 rue de Rivoli, j’ai discuté avec Jean-Pierre Coffe lorsque celui-ci avait accepté de se faire le héraut des vins du Gard. Tel était son état d’esprit : faire que les vignerons vivent au pays du fruit de leur travail. Ce jour-là j’avais un témoin : Denis Verdier.

Ensuite, l’auteur de la lettre au Nouvel Obs., Dominique Granier, vigneron,  www.masmontel.fr , président de la Chambre d’Agriculture du Gard, est à la fois un ami, un fidèle lecteur de mon blog, et surtout un homme de conviction qui ne m’en voudra pas d’avoir opéré ce rapt pour la bonne cause.

Enfin, du côté du Nouvel Obs. d’Olivennes qui verse de plus en plus avec JP Lannelongue dans le ELLE bis, bonne conscience en bandoulière, avec ses nombreuses pages de babioles à pleins d’euros avec plein de zéros c’est comme qui dirait un gros pan sur le bec d’un abonné exaspéré.

Bonne lecture dominicale. Merci Dominique.

 

img151.jpg

De sortie dans la banlieue profonde vendredi dernier, du côté du Plessis-Trévise, vu sur des panneaux publicitaires une promo d'enfer pour je cite SHIRAZ Domaine de la Baume Vin de Pays d'Oc 0,99 euros. Qui dit mieux ! Dites-moi combien vaut le vin qui est dans la bouteille ? Au temps où La Baume appartenait à des Australiens ils écrivaient Syrah sur l'étiquette et vendaient cher maintenant que c'est français c'est bien plus chic de jouer english et d'écouler sous le niveau de l'euro... 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 00:03

Mon titre, volontairement provocateur, mais qui inclut tout de même le doute en plaçant calamités entre guillemets – en effet s’il en est de bien réelles d’autres s’apparentent aux épouvantails à moineaux ou à des appeaux destinés à détourner l’attention – est destiné simplement à mettre en exergue la difficulté que nous éprouvons face à, pour faire court, à des éléments contraires qui entravent notre activité. Bien évidemment j’exclus du champ de mon propos les calamités naturelles, contre lesquelles il est souvent difficile de se prémunir mais qui sont en général assurables, pour me concentrer sur les cas, de très beaux cas d’ailleurs, de deux têtes de turc qui concentrent sur elles de fortes et tenaces inimitiés dans le monde du vin : Robert Parker et Claude Evin.

 

Avant de vous récrier, de me traiter d’imposteur parce que j’ose mettre en vis-à-vis, sur un quasi pied d’égalité deux personnalités aussi différentes et surtout dont l’action se situe aux antipodes l’une de l’autre, laissez-moi le temps de m’expliquer. Tout d’abord, puisque mon propos ne consiste pas ici à mesurer ou à quantifier le degré de « nuisibilité » de l’un ou de l’autre, mais de mettre en lumière ce que l’un et l’autre – je n’écris pas l’un ou l’autre – représentent dans le jeu économique et social, mon choix n’est en rien provocant. En effet, je suis tout à fait conscient que, même ceux qui honnissent Robert Parker, tel notre tonitruant Perico Légasse, lui reconnaîtraient des qualités alors qu’ils auraient bien du mal à en attribuer à Claude Evin. Cependant, s’il vous est possible, le temps d’une lecture, de laisser de côté vos affects, vous pourrez peut-être me donner acte d’une certaine pertinence dans mon analyse.

 

Prenons le cas le plus facile celui de Robert Parker. Qu’a-t-il fait ? Goûter des vins, les noter, puis compiler ses notes pour composer un Guide plutôt bien fait qui a trouvé  son public. Que Robert Parker, comme tous ses confrères, goûtât beaucoup de vins et qu’il les notât selon son goût, ne le disqualifie en rien. Qu’il revendiquât un goût particulier qui lui fasse préférer les vins puissants et fruités et qui l'enclin à attribuer des notes très, très élevées à ces vins n’est pas non plus une « faute professionnelle ». Le succès aidant, qu’il soit devenu de plus en plus influent, qu’il ait scénarisé sa méthode, que ses notes pesassent lourds sur les prix, que son goût ait « Parkérisé » les vins de Bordeaux, ne font pas pour autant de Robert Parker un « homme à abattre ». La position qu’il a prise sur la Place de Bordeaux il la doit à lui-même, à ses qualités de dégustateur, à son sens des affaires, mais il la doit aussi aux acteurs : propriétaires et négociants et, j’ose l’écrire, à la relative faiblesse de ses concurrents sur le marché de la critique. Sur ce dernier point certains pourront me rétorquer que sa nationalité lui a permis de s’imposer car le marché américain pesait très lourd pour le petit monde des Grands Crus Bordelais. Certes mais, peu importe, il faut prendre Robert Parker pour ce qu’il est, et rien de plus, comme un acteur du marché.


En écrivant cela j’ai bien conscience de m’exposer à la critique virulente de ceux qui professent qu’il ne faut pas vendre son âme au marché, qu’il faut résister, s’opposer aux dérives, freiner la spéculation, revenir à des pratiques plus proches de la réalité du produit. Que ça plaise ou non, la notoriété de nos vins s’est bâtie autour des marchands et ce sont eux qui traduisent le mieux les tendances. Que celles-ci ne soient pas celles que nous souhaitons ou défendons relève de l’éternel débat entre la tradition et une modernité mercantile. Pour autant, Robert Parker doit-il être chargé de tous les péchés du monde, en quoi serait-il responsable de certaines dérives du produit ou de la bulle spéculative ? D’ailleurs, avec juste raison, il s’en défend quand il ironise sur les 3 millésimes du siècle en une décennie et qu’il fait remarquer que son travail est à destination de ceux qui boivent du vin et non des spéculateurs. Son parallèle entre les premiers crus et l’industrie du luxe est pertinente et, dans ce domaine, la balle est plus dans le camp de la Place de Bordeaux que dans le sien. J’entends par là que, comme le note Robert Parker, « contrairement à ce qui se passait il y a 20 ou 30 ans, il y a aujourd’hui des centaines de vins bordelais de qualité, et l’amateur se tournera vers des châteaux moins connus ou des appellations moins prestigieuses pour trouver d’excellents rapports qualité/prix. » En clair, la déclinaison d’un modèle se rapprochant de celui de la couture est parfaitement applicable à Bordeaux et surtout souhaitable eut égard aux tendances de la consommation : féminisation, rajeunissement et extension des blocs géographiques de consommation.

Le cas de Claude Evin semble lui plus difficile à plaider. Mais, comme je l’ai fait pour Parker, il ne s’agit pas de le défendre ni même de le condamner, mais de comprendre ce qu’il représente pour bien situer sa fonction, ou celle de ses successeurs, dans l'univers du vin. Qu’entends-je par là ? Dans le cas de Parker il a représenté à l’origine, et même encore aujourd’hui, une forme de consumérisme pragmatique qui a rencontré son public. Pour ce qui concerne Evin, et même si ça fâche certains d’entre vous, il a représenté en son temps l’expression majoritaire de l’opinion publique. En effet, que vous le vouliez ou non, et le clivage n’est pas politique : l’interdiction de la publicité à la télévision est le fait de Michèle Barzach, et Simone Veil, Jacques Barrot, et tous les Ministres de la Santé se sont appuyés sur les grandes peurs de l’opinion publique alimentées par le lobby hygiéniste. En effet, c’est Claude Got qui, avec le Pr Tubiana et quelques autres, a élaboré une stratégie et l’a appliqué pour instrumentaliser les décideurs politiques en s’appuyant sur l’opinion publique (voir La stratégie du Go de Claude GOT http://www.berthomeau.com/article-18021256.html et 3 Questions à Claude Got http://www.berthomeau.com/article-21056879.html). L’existence et la persistance dans notre pays d’une législation aussi restrictive nous la devons à la fois à ce bloc dur que je viens d’évoquer et à l’incapacité du monde du vin à élaborer et à exprimer des réponses qui influencent une majorité de l’opinion publique.

Que la constitution d’un contre-pouvoir face au bloc hygiéniste  ne soit ni simple, ni facile, j’en conviens, mais pour autant ça ne nous exonère pas d’une part de responsabilités dans cette affaire. C’est en cela que j’ai affirmé que même les « calamités » font parties du marché et que, si les acteurs du vin veulent peser positivement sur l’évolution de celui-ci, au lieu de se plaindre, de se draper dans des postures d’outragés, ils se doivent d’en prendre les moyens. Pour l’heure, en dépit des réels progrès de Vin&Société, si j’évoque ce sujet c’est à la suite d’un billet de François le Débonnaire sur son blog à propos d’un débat sur LCI  à propos de l’autorisation d’une chaîne payante sur le vin. Il écrit : « Hallucinant moment d'ayatolisme à 14h30 sur la chaîne LCI où un sieur Gérard Dubois (Professeur ?) et une journaliste du CSA, Madame Laborde ont sans aucune vergogne coupé systématiquement la parole à Thierry Desseauve et Jean-Michel Peyronnet, promoteur de la future chaîne payante Edonys sur le vin. » Que Dubois tape sur nous il est dans son rôle mais que Françoise Laborde, Gersoise dont le goût prononcé pour le vin est connu – je l’ai souvent croisé dans les pinces-fesses du type Fête de la Fleur ou raouts pour pique-assiettes people chers à Jean-Pierre Tuill – voir chronique 3 Questions à Françoise Laborde http://www.berthomeau.com/article-15268102.html , en fasse des tonnes parce que sa nouvelle fonction au CSA lui est montée à la tête, est symptomatique du chemin qu’il nous reste à parcourir.

Pour être encore plus direct : « pour influer, peser aussi bien sur les tendances que sur l’opinion publique, il faut acquérir un certain poids spécifique, de la crédibilité, s’inscrire dans la durée. Robert Parker a su s’imposer, Claude Got a su mettre la pression sur les décideurs politiques pour les instrumentaliser : Claude Evin et son conseiller de l’époque le Dr Jérôme Cahuzac, l’actuel Rapporteur Général de la Commission des Finances, n’étant que la face émergée de l’iceberg hygiéno-prohibitionniste. Et nous pendant ce temps-là qu’avons-nous fait ? » Moi ça fait plus de 10 ans que je plaide ce dossier mais comme sœur Anne, je ne vois rien venir ou presque...

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 00:09

Le « Gros » contre « le Vieux », Gégé a tiré le premier sur TF1 « J’suis pas comme Monsieur Coffe à vendre ses Leader Price pour un paquet de pognon : j'en ai rien à foutre. C'est un homme âgé qui continue de faire la télé. Moi je commence à être âgé et j’fais pas de télé ». Son dernier rôle de Serge Pilardosse, ouvrier à la retraite après avoir bossé dans une usine de charcuterie industrielle, lui va comme un gant. Gustave Kervern et Benoît Delépine, les réalisateurs du film Mammuth donnent à Gégé une nouvelle jeunesse. Y biche le Depardiou, y retrouve le populo et la barbaque. Dans mon souvenir, c’est le Gégé faisant irruption à l’Hôtel de Villeroy en 1990, pour voir Henri Nallet afin de récupérer des droits de plantation pour sa nouvelle acquisition à Tigné, sur recommandation de son grand pote : Gérard Bourgoin, le roi de la dinde industrielle, lui aussi parti de rien, garçon boucher qui pilotait son avion et rêvait déjà d’extraire du pétrole à Cuba chez son ami le Leader Maximo. Ce jour-là, crado, grande houppelande, tignasse en bataille, pognes aux ongles douteux, le Mammuth était bien le fils de son père, ferronnier illettré qui vendait l’Huma sans savoir ce qui y’avait dedans. Aux palais nationaux le Gégé, au fond, il préfère les gabions du Marais Vernier des ouvriers de Sandouville, où l’on s’envoie des canons en bouffant des brochettes. Ce n’est pas un raffiné le Gégé et même s’il en fait parfois des tonnes il personnifie bien la France du kil de rouge, du sauciflard et du calendos qui coule. Le pognon il le claque! Ses fréquentations sont parfois border line comme dans l'ex-Serbie mais il est nature le Mammuth.

Sociologie à deux balles va m’objecter Hervé Bizeul lorsque je vais opposer la grosse bouffe du Gégé à celle de l’agressé Jean-Pierre Coffe, l’homme du fameux  « c’est de la merde ! » sur Canal +, grand défenseur des produits de terroir, le pourfendeur de la grande industrie agro-alimentaire avec le gros tambour major Périco Légasse sur France Inter. Le pauvre homme, sur la 2 chez Ruquier, il n’en revenait pas du coup boule de son ancien compère : « Quand Monsieur Depardieu m'attaque parce que j'ai fait de la pub, alors que lui-même a fait de la pub pour une marque de merde, est-ce que, véritablement, moi je n'ai pas le droit d'en faire ? Et à quel titre ? (Il dit que je n'ai plus le droit de faire de la pub parce que) je suis trop vieux, et lui il est peut-être trop gros, non »... Et de lui lancer un vibrant appel : « Si Gérard nous écoute, là, maintenant, je vais lui dire... Est-ce que tu peux me donner une explication. Est-ce que tu peux me dire ce qui justifie la haine que tu as à mon égard ? Est-ce que tu as oublié les moments passés ensemble, les moments dans tes vignes, le film que j'ai fait sur toi, Depardieu vigneron, dont tu te sers encore pour faire la promotion de ton vin. Est-ce que tu peux te souvenir que le jour de la mort de (Jean) Carmet, alors qu'il était mort, froid, glacé, et qu'on allait le quitter pour la dernière fois, on le lui a fait boire. C'est-à-dire que nous avons partagé, ensemble, à trois, le dernier verre de vin, et c'était du vin de Tigné. Est-ce que, s'il avait été si mauvais que ça, on lui aurait fait cette farce-là, de lui faire boire du Tigné alors qu'il partait pour son dernier voyage ? Alors, sois gentil, un jour, tu me réponds et tu me réponds sincèrement plutôt que de me débiner sans avoir le courage, jamais, de me rencontrer et de me donner une explication. Je compte sur toi, sinon, je te considérerai comme une ordure »

L’explication Jean-Pierre Coff, je vous la livre toute chaude, elle est là, à vos pieds, dans le fossé qui sépare la France du populo, celle des « salauds de pauvres » de Gabin, des mecs qui ont été le terreau du PC dans la ceinture rouge et qui ont, pour certains, basculés de l’autre bord, des grandes gueules à la Jacques Doriot, des braves mecs et de braves nanas de Moulinex et de la litanie des usines fermées aussi bien au fin fond de nos campagnes que dans les bords des villes, des femmes de peine découpant des dindes 7 à 8 kg à la chaîne dans le froid et la flotte chez Doux, ceux de Billancourt qu’il ne fallait pas désespérer, tous les Chaymotti et ses potes que j'ai cotoyé à la SVF de Gennevilliers avec leur partie de boules, leur ticket de PMU et leur petit jaune, et la France de ceux, petits ou grands bourgeois ou bobos, qui veulent remplir leurs caddies de bons produits du terroir bichonnés par des petits producteurs respectueux de l’environnement, des petits oiseaux et des paysages... Pour sûr qu'il y’a en vous Jean-Pierre Coffe du Sartre juché sur son tonneau à l’Ile Séguin face à la CGT. Même incompréhension de ceux que vous prétendez défendre de vous voir vanter les bons produits à petit prix de Leader Price. Gégé lui il ne s'embarasse pas de ses contradictions, c’est un couillu qui pète et qui rote, même si ça ne l’a pas empêché de séduire Carole Bouquet. Vous Jean-Pierre Coffe, avec vos blouses de jardinier chic, vos lunettes rondes de couleur crue, vous êtes un raffiné, vous n’êtes pas du même monde. Le Gégé, y prend quand ça l’arrange, sans façon, sans précaution, et puis quand il n’a plus besoin de vous y vous jette sans ménagement, sans explication parce, qu'au fond, il ne vous a jamais porté de l'estime. C’est ce qui me semble vous est arrivé Monsieur Coffe, je le crois sincèrement. 

À titre préventif je présente mes excuses aux sociologues patentés de venir ainsi patauger dans leur pré en dépit de mon bagage limité... Faut bien que vieillesse se passe...

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Don de la maison Berthomeau au Fonds de Soutien des Sociologues patentés d'un beau paquet de spaghettis guitare de chez Leader Price. C'est de la fabrication artisanale italienne. Je suggère à Jean-Pierre Coffe de tenter auprès de Gégé le coup de la pasta cher aux grandes gueules du cinéma Gabin et Ventura, peut-être que la Mammuth s'attendrira et lui tombera à nouveau dans les bras. Si ça arrive nous les bons garçons nous nous jetterons des canons en souvenir des mannes du Jean Carmet ?

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 09:15

Le 18 avril 1988, Pierre Desproges à l'âge de 49 ans déclarait avant de s’envoler pour un voyage aller sans retour : « Je m'emmerde ici, ça me gêne d'être debout comme un con, devant vous qui êtes assis comme des cons. »

Pour marquer cette funeste date d’une pierre blanche et se repentir d’avoir contribué à cet enlèvement définitif les avions du monde entier ont décidé de rester clouer au sol jusqu’à nouvel ordre.

Pour la petite histoire ce sont les Islandais*, cher au cœur de Desproges, et non pas les Anglais, qui cette fois ont tiré les premiers en laissant un volcan au nom imprononçable Eyjafjöll épandre sa fumée noire en signe de deuil.

Et comme savait si bien le trousser Desproges ça nous donne une histoire de cornecul qui dérègle notre petit quotidien mondialisé et donne un mot d’excuses aux grands du Monde pour zapper des funérailles officielles. Encore un coup des avions, sacré Desproges t’en fais de belles dans les nuages !

Bref, qui oserait dire aujourd’hui « La vulgarité, ce n'est pas dire des gros mots. C'est Patrick Sabatier qui fait semblant d'être apitoyé par le destin d'une matrone variqueuse dont il n'a rien à foutre, et qui lui offre une Fiat alors qu'elle ne sait pas conduire » ? Personne ! Pas même Guillon...

Alors comme il faut une chute à tout je partage avec lui cet aphorisme : « le bide représente l'espoir fou de rencontrer, enfin, l'incompréhension totale, la solitude absolue ».

 

Les islandais

« L'Islande est un grand pays de 103 000 kilomètres carrés uniquement composé de glaciers et de volcans. Autant dire que quand on ne se les gèle pas, on se les brûle, ce qui explique en partie l'extrême lenteur du développement du tourisme islandais. En dehors des militaires américains de la base de Reykjavik, qui font briller leurs bombes thermonucléaires avec un chiffon de soie en espérant sans trop y croire le déclenchement de la Troisième, seuls quelques mordus de la pêche à la morue se risquent à passer leurs vacances en Islande.


En résumé, on peut dire que les islandais gagnent à être connus. Alors que Julio Iglesias, non. »

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 00:09

Par les bons soins d’un éminent membre de l’Amicale du Bien Vivre dont je tairai le nom afin de ne pas compromettre sa réputation auprès de la rédaction du Monde et de la complaisante et no crédible Sandrine Blanchard http://www.berthomeau.com/article-30304997.html et http://www.berthomeau.com/article-credibilite-zero-sandrine-blanchard-echotiere-de-la-vie-moderne-taille-des-costars-au-duo-coffe-pitte-46425415.htmlj’ai eu connaissance de l’existence du texte : « Fac à Vin » publié sur le site www.lejgo.com sous la rubrique L’Ego du J'Go. Qu’est-ce donc ce J’Go ? La réponse du créateur Denis Meliet un gascon « En créant le J’GO, je n’ai fait que tenter de partager une partie des émotions de ma jeunesse… Le bruit, les parfums des cuisines, les cueillettes au jardin, les courses pour attraper les poulets dans les basses cours, le rendez vous sacré du tue cochon. Dans les restaurants J’GO, du producteur qui élabore son produit avec soin jusqu’au commis de salle qui dépose votre commande sur la table, chacun s’applique à vous faire partager son amour de la cuisine authentique et sa passion pour la culture gasconne. Dans tous nos établissements, vous sentirez la présence des hommes et des femmes qui cultivent, élèvent, vendanges et travaillent pour vous proposer avec fierté le meilleur d’eux même. » Pour l’heure J’GO, ce sont 3 restaurants : 1 à Toulouse et 2 à Paris. Je vais m’y rendre sous peu mais pour l’heure : lisez cet excellent papier.

 

« Dans un rapport rendu le mois dernier à la ministre de l’enseignement supérieur, Jean-Pierre Coffe plaide en faveur du retour du vin dans les restaurants universitaires. En éduquant à la dégustation de jaja, y écrit-il en substance, on lutte contre le fameux «binge drinking», cette pratique en vogue qui consiste à picoler n’importe où, n’importe quoi n’importe comment, pour le simple plaisir de rouler sous la table. 

Le raisonnement est, il est vrai, assez douteux, mais la levée de bouclier qu’il provoque l’est encore plus. Pour ses détracteurs, le pourfendeur du jambon polyphosphaté se soucierait davantage du lobby viticole que de la santé des étudiants, et encouragerait la consommation de vin pour sauver les vignerons de la faillite. Quiconque a fréquenté une université récemment sait à quel point les étudiants n’ont besoin de personne pour boire mal, fumer trop, manger peu et se coucher tard, bref, pour être jeunes.

Mais il y a plus drôle encore, puisque certains opposants à la dégustation de vin à la cantoche disent s’inquiéter de l’état de somnolence que la consommation d’alcool pourrait entrainer durant les cours magistraux de l’après-midi. Il suffit de poser la question aux étudiants (dont, rappelons-le, 50% consomment du cannabis selon un sondage de 2003), pour apprendre qu’au palmarès des trucs qui les endorment, figurent la qualité médiocre des programmes, le manque cruel de conviction des maîtres de conférence, la machine à café qui est en panne, et « l’after » de la veille. Mais bien entendu, comme il est impossible de changer les programmes, impossible de former les maîtres de conférences à l’éloquence, impossible de rompre les contrats signés avec les sociétés de maintenance des automates à boisson, et impossible de priver les étudiants de sortie, c’est au pinard qu’on s’en prend.

Pourtant, en écoutant les vignerons qui viennent au J’Go parler de leur vigne, de leur terroir, de leurs efforts et de leurs cépages, on éprouve davantage l’envie de devenir paysan, œnologue, caviste ou maître de chai, que celle d’embrasser une carrière d’ivrogne. »

 

* définition d’avoir bu l’eau des nouilles in Dictionnaire du français qui se parle de Pierre Merle éditions Mali « être sans intérêt (en parlant de quelqu’un), complètement abruti. « Non, mais t’as bu l’eau des nouilles, toi ! » (« Tu racontes vraiment n’importe quoi ! »)

En prime le double de notre Sandrine : Gérard Blanchard qui lui « fume la moquette! » 

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 00:09

Par la grâce de Margot de Nicolaÿ (voir 3 Questions à Margot de Nicolaÿ, jeune et passionnée du vin http://www.berthomeau.com/article-24504440.html , plus so british que jamais depuis qu’elle a rejoint Londres, j’ai été convié jeudi soir, rue d’Édimbourg dans un restaurant basque «La Passée» à une conférence organisée par un club de jeunes gens et de jeunes filles, «Initiateurs d’avenir». Le thème sous forme de cette question provocatrice : « La biodynamie : avenir de l'agriculture ? » ne pouvait que m’allécher et la présence de Nicolas Joly, le pape de la biodynamie, m’inciter à me transporter jusqu’au 9ième arrondissement et à me glisser dans cette pépinière de têtes bien faites. Merci au président du club www.initiateurs-davenir.com , Bruno Croizé-Pourcelet, d’avoir suivi la suggestion de sa vice-présidente d’inviter une vieille barbe comme moi au risque de troubler le bon ordonnancement de la conférence.

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Je n’avais jamais croisé dans ma vie professionnelle Nicolas Joly. Mes connaissances sur les fondements de la biodynamie sont inexistantes mais, contrairement à beaucoup, je ne nourris, ni ne professe une quelconque hostilité de principe à l’égard de cette pratique. Bien plus, je fais parti de ceux, fortement rationalistes, qui d’une manière pragmatique admettent que, si ça fonctionne, pourquoi aiguiser des armes bien inutiles à son encontre. Mon seul bémol, et c’est un point dur chez moi, je suis hostile à tout esprit de chapelle, à la stigmatisation, aux oukases du type « si tu fréquentes les X... ou si tu oses écrire sur les Y, tu es un traître à la cause... » Moi je fréquente tout le monde, ou presque, et je suis un défenseur acharné du dialogue, des adhérences même entre des parties antagonistes.

Donc, me voilà installé avec mon petit carnet et Nicolas Joly se déploie après avoir noté, avec humour, la présence d’un vieux canard gris dans la couvée des jeunes oisillons. L’homme à une gestuelle à l’image de ses convictions : fluide, communicative, séductrice. Je ne vais pas faire état dans ce billet du fond de son propos, ce qui serait trop réducteur, mais vous donner envie d’aller l’écouter. C’est un passionné mais aussi un réel défricheur d’avenir, pragmatique et sincère, dont on ne peut balayer les analyses d’un revers dédaigneux de la main. Nicolas Joly n’est ni un illuminé, ni un gourou sectaire mais de ceux qui, dans un système dominé par le conventionnel, font entendre une partition différente. Au-delà des théories, des controverses, ce qui m’intéresse dans la démarche de Nicolas Joly c’est son côté Chaissac, dérangeant, hors norme, tout en étant un entrepreneur, homme de la vigne et du vin. Cultiver les différences au nom d’un retour aux équilibres de cette « terre qui ne possède pas la vie mais qui la reçoit » n’est pas vain.

Un seul point m’a un peu irrité dans l’approche de Nicolas Joly, et bien sûr j’en ai fait état en le questionnant au grand dam de quelques jeunes pour qui ce n’était pas convenable, c’est de méconnaître ou d’enjoliver la condition paysanne pré-productiviste. Nous avons prolongé la discussion après la conférence et j’ai eu le plaisir de trouver un homme attentif aux remarques et ouvert au dialogue. Vous allez dire que je suis tombé sous le charme de Nicolas Joly. Là n’est pas la question, ce qui me passionne dans toute approche non conventionnelle c’est sa capacité à faire bouger les lignes, à nourrir des avancées, à sortir le débat du pathos administrativo-professionnel. Ceux qui, enfermés dans leurs tours d’ivoire, assis sur leurs certitudes, ricanent ou vilipendent, devraient venir se confronter aux iconoclastes, à charge pour ceux-ci de sortir du confort de l’entre-soi.

Voilà pour ce billet d’humeur du dimanche, si vous vous souhaitez en savoir plus sur la biodynamie allez sur le site www.coulée-de-serrant.com ou connectez-vous à http://www.bio-dynamie.org . Merci à Margot et à Bruno pour leur aimable invitation et désolé pour ceux de leurs membres que j’ai insupporté avec mes questions de « fils de paysan de la Vendée profonde » qui, soit dit en passant, ont permis à Nicolas Joly de donner le meilleur de lui-même car dans un débat, la contreverse est seul porteuse d’avancées qui bâtissent l’avenir... Après le choc des mots nous avons bien sûr dégusté dans la plus grande convivialité...

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 00:08

André Malraux, notre premier Ministre de la Culture, nous a légué les maisons de la culture qui, depuis 1991, sont aussi dénommées Centre d’animation Culturelle... Majuscule ou minuscule je n’ironiserai pas trop sur cet enfermement de la culture en des maisons ou des Centres, ce serait de ma part céder à la facilité même si les maisons semblaient plutôt dédiées aux chevelus alors que les Centres penchaient fortement du côté des dames permanentées. Toutefois, en parodiant la célèbre boutade de Paul Claudel à propos de la Tolérance, pour bien souligner le côté réducteur de ces lieux je m’exclamerais : « La culture ? Il y a des maisons pour ça ! »

 

Afin d’étayer mes réticences face à une conception étroite d’un Centre Culturel du Vin, à Paris ou ailleurs, et surtout montrer que je ne suis pas hostile aux lieux culturels de quelque nature qu’ils fussent, je mettrai en avant l’immense succès, qui ne se dément pas, du Centre Georges Pompidou. Pourtant Dieu sait cette « raffinerie bigarrée » en plein cœur de Paris, sur le plateau Beaubourg, a fait s’étrangler les bien-pensants de la Culture ! Le trait de génie de ses concepteurs c’est d’en avoir fait, par la magie d’un geste architectural pas si gratuit que ses détracteurs l’affirmaient, un réel lieu de vie culturelle, multiforme, ouvert, grouillant, chamarré mêlant des populations d’origine diverses.

 

Puisque j’en suis à la parodie je reprendrai à mon compte le jugement sans appel de mon voisin vendéen Georges Clémenceau « La culture du vin est une chose trop sérieuse pour être laissée aux gens du vin... » Que nous aimons notre entre soi de gens du même monde ! Dieu que beaucoup de nos festivités sont d’un triste à faire fuir même les bonnets de nuit ! J’exagère bien sûr mais, avec le bénéfice de mon âge, sans faire du jeunisme, j’affirme tranquillement « de grâce n’imposons pas notre vision un peu surannée aux générations futures... » Avant de décréter qu’il faut un Centre Culturel du Vin à Paris posons-nous la question de savoir si ça correspond à un besoin, à une attente et, si nous souhaitons créer une demande, sortons des sentiers battus. Innovons ! Ma proposition, sans doute jugée farfelue par le monde très sérieux du vin, d’une City Winerie dans l’ex-Trou des Halles, relevait d’une forme de provocation pour bien montrer, qu’au-delà des outrances de nos amis New-Yorkais, l’intérêt d’un tel lieu serait qu’il mêlât, outre vin et gastronomie ce qui est dans l’ordre des choses, mais surtout qu’il y greffât aussi la musique.

 

Pour autant il ne s’agit pas de s’agenouiller devant les modes et les tendances des nouvelles générations mais de leur faire une place pour qu’ils aient envie de pousser la porte de ce type d’institution sans être déjà des convaincus. Ce lieu, si tant est qu’il puisse voir le jour, doit se projeter dans le futur, ne pas se contenter d’être une forme de conservatoire de la culture du vin. Bien évidemment, comme à Beaubourg, le projet pourrait accueillir une grande bibliothèque publique, un lieu d’exposition permanente, des ateliers de dégustation, des masters class, des expositions temporaires. Je rappelle  la très belle exposition au Centre National d'Art et de Culture Georges Pompidou sur le thème «Châteaux Bordeaux» qui se déroula du 16 novembre 1988 au 20 février 1989. (Voir chroniques http://www.berthomeau.com/article-34694357.html et http://www.berthomeau.com/article-34694464.html ) La liste des possibles est ouverte, tout est possible sauf qu’il ne reste plus qu’à trouver les sous pour financer le projet et que ça c’est une autre histoire bien française qui risque de s’enliser dans les sables des féodalités vinicoles de notre vieux pays.

 

Allez, cher François, toi qui adore lever des montagnes, attaque-toi à ce sommet, par la face Nord ou la face Sud, et je serai à tes côtés avec mon enthousiasme que le temps n’arrive pas à éroder. Pour terminer de la musique : pour François La Callas et pour d'autres le déjanté Tom Waits et la délicieuse Scarlett Johansson...

 

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 00:09

Parler d’œufs le lundi de Pâques rien de plus normal, sauf que ce jour-là y sont plutôt en chocolat et que les cloches de retour de Rome les ont balancés la veille dans les jardins potagers. Mais je profite de cette actualité pour tirer la sonnette d’alarme : les limonadiers modernes abandonnent de plus en plus l’œuf dur de comptoir. Vous savez ceux que l’on trouve par 6 dressés en rond sur un présentoir autour d’une salière. Espèce en voie de disparition : réagissons !

 

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Que voulez-vous pour moi c’est un paquet de souvenirs qui passerait ainsi à la trappe, toute une gestuelle de bord de bar, un rituel de bourse-plate. En effet, au temps de mes études de Droit à Nantes où nous passions plus de temps dans les cafés que dans les amphis de la Jonelière (des préfabriqués où nous nous gelions les fesses en hiver et étuvions aux beaux jours) – pardon Norbert pour ce manque d’assiduité qui explique tous les trous de mon savoir juridique – le soir après le cinéma ou les tonus (les fêtes) nous nous retrouvions dans un petit bistro tout étroit qui faisait face à l’atelier de composition du journal Presse-Océan (ex-Résistance de l’Ouest). Sa caractéristique : être ouvert jusqu’à pas d’heure. Vu l’état de nos moyens financiers l’œuf dur s’imposait et le ballon rouge suivait pour faire couler le morceau.

 

Comme l’écrit Jacky Durand dans Libération « l’œuf dur est un aliment singulièrement dual : il tient tout à la fois de la frugalité et de l’abondance, de l’en-cas où il est seul en scène et du gueuleton où il joue les troisièmes rôles dans des recettes du dimanche. » En ces temps de bourse plate mais de jour le jour nous ne vivions pas d’amour et d’eau fraîche mais d’œufs durs et de petit rouge ; pour l’amour c’était plus compliqué mais là n’est pas la question du jour. Dans de prochaines chroniques je reviendrai, non sur nos exploits amoureux pré-soixante-huitard, mais sur deux must de l’œuf : les aux plats et l’œuf mayo.

 

Le rituel de l’œuf dur de bord de bar est très précis. Pour écailler l’œuf dur il faut un certain doigté, je dirais même du touché comme un pianiste, sinon c’est l’écrabouillement, la ruine, l’épandage de débris de coquille sur le zinc du bar, l’horreur quoi. Pour faire un œuf dur qui s’écaille facilement en bande régulière qui n’accroche pas le blanc il faut que l’œuf originel ne soit pas trop frais. Bref, le toc-toc discret qu’évoque Prévert (le titre de ma chronique) fait la différence entre l’habitué et le gus qui se la joue popu. Une fois l’œuf dénudé le décapiter à la bonne hauteur, c’est-à-dire sans mordre dans le jaune, d’un coup de bouche demande une expérience de vieux routier. Vient ensuite l’assaisonnement en tapotant la salière, celle-ci dans les bonnes maisons fonctionne sans avoir recours à un curage des trous. La dégustation, par petites bouchées, sépare le monde en deux camps irréductibles : les goinfres et les gourmets. Pour les premiers c’est 2 ou 3 bouchées avec en ligne la descente immédiate du ballon de rouge, pour les autres c’est la becquée entrecoupée de petites gorgées de nectar (à notre bar c’était du rouge syndical 6 étoiles de la maison Sénéclauze dit cotes-du-rhône). Sévissait aussi en ces temps-là des barbares accompagnants leurs œufs durs de bocks de bière pression avec en son sein une peuplade redoutable : les adeptes du Picon bière.

 

En France l’œuf de poule est roux et, contrairement à une idée reçue la coloration de la coquille ne joue aucun rôle dans le goût de l’œuf. Cuire un œuf dur est à la portée du premier individu de sexe masculin élevé comme un gros naze par sa mère puisqu’il suffit de le faire cuire une dizaine de minutes dans de l’eau bouillante. La cuisson d’un œuf mollet relève lui d’un talent réel que peu d’individus mâles en pantoufles possèdent d’où l’expression féminine qu’ils reçoivent en revers lorsqu’ils protestent devant leur télé sur la qualité du frichti surgelé réchauffé micro-ondes :« va te faire cuire un œuf ! »

 

Alors, chers lecteurs, allon-nous assister les bras croisés, sans réagir, à la disparition du petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain au pied d’un ballon de rouge ? Ce serait un pan entier de la culture populaire française qui disparaîtrait et ce serait inacceptable. Exigeons de nos limonadiers le retour sur le zinc du petit présentoir de 6 œufs durs et de la salière ! Je propose pour que les bobos fassent chorus avec nous : l’œuf dur bio accompagné de sel gris de Guérande...

Bon appétit et Joyeuses Pâques !

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:03

Mon singulier n’est que générique, votre belle bouteille peut se parer du pluriel bien sûr. Nous sommes le jour de Pâques et c’était le jour où maman, comme le voulait la tradition, nous servait du gigot d’agneau avec des flageolets. En ces temps là, la viande d’agneau, comme la viande tout court, hormis celle des volailles de notre basse-cour et des lapins des clapiers de mémé Marie, relevait du luxe sur les tables de la Vendée profonde. Les moutons achetés par les bouchers de la Mothe-Achard venaient du Sud de la Vendée, à la fois de la Plaine où ils pâturaient comme dans le Bassin Parisien les chaumes des emblavures céréalières et des prés salés de la baie de l’Aiguillon s/Vie.

 

L’Anse de l’Aiguillon fait face à l’Île de Ré, aux limites de la Vendée et de la Charente-Maritime, et la Sèvre Niortaise vient y mêler ses eaux avec l’Atlantique dans une embouchure qui s’évase sur plus d’un km de largeur. Viennent aussi  s’y déverser les principaux canaux de dessèchement du Marais Poitevin (Venise Verte). Elle est en partie poldérisée du fait de l’abri constitué par la flèche sableuse de la pointe de l’Aiguillon et depuis le décret du 9 juillet 1996 c’est une Réserve naturelle nationale. Les communes qu’elle recouvre, du moins celles de Vendée, Champagné-les-Marais, Saint-Michel-en-l’Herm, Sainte-Radegonde-des Noyers... sonnent toujours à mes oreilles.

 

Nous mangions donc de l’agneau de pré-salé. Certes le nôtre n’a jamais atteint la notoriété de ceux de Pauillac ou de la Baie du Mont-Saint-Michel ou de la Baie de Somme même si ces derniers mettent sur le marché que des quantités confidentielles. En quelques mots dans la « famille agneau » sachons distinguer : l’agneau de boucherie, dit agneau blanc même si sa viande est rosée claire, est élevé et engraissé en bergerie ; l’agneau d’herbe qui a grandi en plein air se nourrissant d’abord de lait maternel puis d’herbe. Sa chair est plus colorée que celle du précédent ; l’agneau de lait qui, comme son nom l’indique, se nourrit exclusivement du lait de sa mère, il est léger, 7 à 10kg, vu son âge d’abattage : 1 à 2 mois, sa chair est blanche et d’une saveur peu prononcée ; enfin l’agneau de pré-salé moutonbis.jpg

Le lieu d’engraissement de celui-ci lui confère une viande d'une saveur exceptionnelle due principalement aux herbes marines salées qui tapissent les prés recouverts par les grandes marées et dont se régalent les brebis. « Les marais salés sont la partie supérieure de la zone de balancement des marées (estran ou espace intertidal). Ils se développent dans le fond des baies et des estuaires, là où une sédimentation fine se produit, à l’abri des houles et des forts courants. Les plantes qui occupent cet espace sont adaptées à la présence d’eau salée et se répartissent selon un gradient de salinité du substrat. Sous pâturage, les marais salés sont constitués d’une prairie très largement dominée par la Puccinellie qui est pratiquement la seule plante capable de supporter un pâturage régulier. »

 

Par les temps qui courent ces marais salés sont de fantastiques usines biologiques qui devraient constituer pour les consommateurs, soit disant préoccupés par l’agriculture durable en tant que citoyens, des lieux qui ne soient pas que des réserves d’indiens mais aussi des pompes à valeur ajoutée pour les éleveurs. Mais, comme d’habitude, sous la pression du moins cher que moins cher, des nouveaux épiciers monopolistiques, les Français consomment essentiellement de la viande de mouton importée de Nouvelle-Zélande. Au lieu de toujours râler, de verser des larmes de crocodiles sur la disparition des éleveurs du Massif Central, d’aller chercher midi à quatorze heures, mettre sous le nez de nos concitoyens la somme de leurs contradictions permettrait sans aucun doute de leur faire prendre conscience que l’élevage à l’herbe, dans les zones difficiles, constitue le seul recours. Nous nous retrouvons dans la configuration de l’industrie textile dans les années 80. Si rien n’est fait pour que le revenu de ces éleveurs ne soit plus constitué que par des primes européennes, et en dépit des éternels poujadistes qui nous serinent que leurs impôts doivent essentiellement financer les flics et les militaires et que les éleveurs n’ont qu’à se reconvertir et faire pousser des fraises hors-sol, la réinjection d’un tout petit peu d’argent dans le prix de ces produits de haute qualité sociale et environnementale est un impératif. Là encore qu’on ne vienne pas me chanter la ritournelle que le « moins cher du moins cher » n’est là que pour réinsuffler du pouvoir d’achat aux catégories les plus défavorisées. Allez donc voir le contenu des caddies à la sortie des grandes surfaces et vous serez édifiés.

 

C’était mon couplet pascal (si vous souhaitez en savoir plus sur le fond de mon analyse allez lire ou relire après le gigot pascal ma chronique (Le discount ou comment fabriquer des pauvres : merci JP Coffe de promouvoir le modèle WAL•MART http://www.berthomeau.com/article-31535901.html ). La facilité de beaucoup, qui relève de l’ignorance et d’une certaine forme de mépris, m’exaspère. Je leur conseille, même s’ils se tamponnent de mes conseils, d’aller voir le film de Dominique Marchais « Le temps des Grâces ». C’est un vrai documentaire qui rend intelligent car il ne présente pas la réalité en noir et blanc mais avec tous ses contrastes, ses nuances, ses contradictions... Comme l’écrit un critique de cinéma c’est « Une enquête belle et profonde sur le monde agricole français d’aujourd’hui. Le film questionne de l’intérieur la rationalité qui a présidé aux grandes métamorphoses du travail de la productivité et du paysage. A travers des récits d’agriculteurs, d’agronomes, d’écrivains et d’autres témoins, à un rythme aussi serein que prenant, il évoque le rôle que pourrait tenir l’agriculture dans un nouvel art de vivre et un projet politique commun. »  le_temps_des_graces-7d92b.jpg

Donc comme j’ai fait tout le boulot pour le gigot de l’agneau pascal reste pour vous à contribuer, donc à choisir la belle bouteille qui va avec et, si vous avez un peu de temps à perdre en ce jour de Pâques au temps peu clément, vous pouvez éclairer ma lanterne et celle de mes chers lecteurs par le truchement des commentaires.

Joyeuses Pâques à tous !

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