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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 00:30

« De mon temps » était l’entame favorite de mon grand-père lorsqu’il fustigeait le changement sous toutes ses formes. Elle excédait mon père qui, tout en n’en faisant qu’à sa tête, se gardait bien de contrarier le pépé Louis. Les pères en ce temps-là avaient toujours raison !

Ce n’est pas pour « faire genre » que je la reprends ce matin à mon compte en évoquant ce que, « de mon temps », les communistes, du militant de la cellule Bertie Albrecht du Blanc Mesnil au Secrétaire-Général de la place du Colonel Fabien, qualifiaient de « ligne du Parti ».

C’était le dogme, la référence absolue avec un P majuscule, même pas besoin d’ajouter le C, ce qui marquait chez eux l’intime conviction que ce Parti était unique dans toutes les acceptions du terme. Cette fameuse ligne tracée par les seuls dirigeants du Parti, au nom du Centralisme Démocratique, nul ne pouvait s’en éloigner, ni bien sûr la contester sous peine d’exclusion, il fallait la suivre, s’y tenir, la défendre contre vents et marées et, lorsqu’elle changeait, pour plaire ou obéir aux gardiens du Kremlin, comme un seul homme, tout le monde opérait le virage à 180° sans broncher ni moufter.  Genou-8029.JPG

Si je sors cette vieillerie de la naphtaline ce ni pour saluer le départ de la chef du PCF : « sœur »Marie-Georges Marchais, pardon Buffet, ni pour fêter son remplacement par un petit gars qu’est le fils de son père qu’était moscoutaire, un certain Pierre Laurent.

Mon but est bien plus imagé : je souhaite faire un rapide parallèle entre ceux qui me somment de préciser la ligne de mon espace de liberté et les « petits pères du peuple » du PC flanqués de leurs intellos compagnons de route pour qui « si t’étais pas d’accord avec eux, t’étais donc contre eux, un valet de l’impérialisme américain, un suppôt du grand capital, un allié objectif du pouvoir... ». Tout ça bien sûr au nom de la classe ouvrière.

Implacable dialectique maniée avec cynisme par l’inénarrable Georges et ses obligés du Bureau Politique, avec un peu plus de subtilité par les plumitifs de l’Humanité, qui fourraient dans le même sac tous ceux qui avaient l’audace d’exposer et de défendre des idées contraire à la ligne du Parti. Ils terrorisaient certains socialos, type Chevènement et son Cérès, qui, pour « faire genre » jouaient dans la cour des cryptocommunistes. Pas étonnant que Mélenchon, pur apparatchik, cultive aujourd’hui le même sillon.    

 

Bien évidemment en m’engageant sur le terrain d’une telle comparaison je force à dessein le trait. Si je le fais c’est que l’autre jour un de mes collègues très structuré Ingénieur, qui me lit, m’a interpelé sur mes écrits au resto d’entreprise « T’es où, t’es pour qui, t’es avec qui, t’es contre qui, tu écris parfois tout et le contraire de tout, tu pars dans tous les sens, tu changes souvent de pied, quelle est ta ligne éditoriale ? »

Je le concède je suis désarmant et pas forcément là où l’on m’attend.

Même reproche du côté de Bizeul : « t’écris trop, tu te disperses, tu te contredis... »

Vous me direz l’opinion de 2 individus, aussi estimables et respectables qu’ils fussent, ne sont pas forcément représentatifs de l’opinion générale de mes lecteurs. Mais comme j’ignore ce qu’est votre opinion je me suis dit : faut que tu t’y colle.

Ai-je une ligne ?

Faut-il d’ailleurs que j’en eusse une ?

Tout ce que je sais c’est que j’ai quelques convictions fortes, pas forcément arrêtées mais solides, des valeurs héritées de mon élevage vendéen, une manière d’être, qui peut irriter, dont je ne me suis jamais départi quelle que fut ma position sociale, des engagements liées à ce que je n’oublie jamais de là où je viens. Pour le reste je suis un non-aligné.

Bien sûr, en adoptant cette référence, très connotée guerre froide, marquée du sceau d’un certain Tiers-mondisme, je prends le risque que de beaux esprits qui me veulent du bien me renvoient à la tronche la célèbre expression « 1/3 mondiste, 2/3 mondain... » Pas grave car ici il ne s’agit que de chroniquer sur le vin et ceux qui le font, le vendent, l’aiment, alors que je sois un gandin ou un galopin ne prête pas à conséquences.

Donc foin des références historiques et géostratégiques cette auto-qualification de non-aligné me convient bien. En effet, le non-alignement c’est bien sûr affirmer ne pas vouloir se situer sur la même ligne que celle exprimée et défendue par des groupes dominants. Cependant, il ne s’agit pas pour autant d’un splendide isolement, ni d’une marginalité vertueuse ou hautaine, de la prétention de se situer au-dessus de, mais d’une proximité attentive. D’ailleurs il m’arrive souvent, sur certains sujets, de rejoindre la ligne, de m’en sentir solidaire, de la partager et de la défendre.

Dans mon espace de liberté je me veux accueillant, ouvert, exigeant, courtois sans révérence, le plus pertinent possible en fuyant l’esprit de sérieux grâce à une dose d’impertinence.

Parfois je zigzague, je folâtre, je saute à pieds joints au-dessus de la ligne, je patauge, je m’enlise, je me plante, mais je m’essaie toujours à ouvrir des fenêtres sûr.

Je cherche en permanence, je gratte, je dépiaute, j’argumente mais comme tout un chacun j’ai des doutes, des hésitations, des interrogations, des évolutions.

Je n’ai pas de réponses à tout.

J’aime l’éclectisme.

J’ai des amis que j’aime et que je défens.

J’ai beaucoup de mal avec les purs démolisseurs, les toujours contre, les qui trouvent toujours de bonnes raisons pour ne pas agir, les geignards...

J’aime proposer des pistes, jouer les médiateurs, faire avancer les choses, faire bouger les lignes.

Flexible mais sans forcément lâcher l’essentiel.

Bref, maniant trop souvent l’ironie, j’accepte sans problème que vous m’envoyez une volée de bois vert lorsque, cédant à la facilité, mon bouchon est allé trop loin, plus loin que je ne l’eus souhaité. Ce que je ne supporte pas c’est la mauvaise foi, les réponses éludées, la technique du pilonnage tel qu’on l’enseignait à l’école des cadres du PCF.

Fort bien tout ce plaidoyer pro-domo Berthomeau est bel et beau mais à propos quelle est donc cette fameuse ligne sur laquelle tu ne veux pas t’aligner ?

S’il n’y avait qu’une ligne de conduite dans le monde du vin français ce serait simple, donc pas très français, alors pour faire simple, j’en évoquerais que deux, les plus antinomiques.

Pour me dédouaner je cite pour ce faire un très cher collègue qui, dans un nième rapport non publié sur la compétitivité du secteur du vin, déclare : « Même si c’est difficile, il faut considérer que le vin est un produit de toute la chaîne du savoir-faire français, y compris industriel et de marketing, et pas simplement de tradition et de terroir. Les deux principales AOC (Champagne et Cognac), pourvoyeuses de devises en provenance du marché mondial, sont élaborées et assemblées de façon industrielle et portées notamment par les marques de deux grands groupes (MVMH et Pernod Ricard). Quelques grands négociants de Bourgogne réussissent sur des créneaux par leur réputation professionnelle autant que par des actions marketing ou de publicité. Il en va de même de quelques grands châteaux bordelais »

C’est un peu manichéen, langage d’énarque oblige, mais ça a le mérite de la netteté et pour tracer une ligne ce n’est pas la moindre des qualités.

Donc d’un côté les gardiens de la tradition, du terroir, de la haute dégustation, des élitistes aux naturalistes – qui sont parfois un seul et même groupe qui se divise, se subdivise, se déchire, se déteste, s'excommunie – en passant par ceux qui pensent que tout ce qui est petit est beau et tout ce qui est gros doit-être banni. Les partisans des vins de propriétaires. Les qui se planquent dans le grand fourre-tout des AOC. Le professeur JR Pitte qui voue aux gémonies les vins de va-nu-pieds. Plein de gens très sympathiques, convaincus, passionnés, mais qui refusent le plus souvent gentiment de regarder la réalité de notre vignoble en face.

 

En face, ceux qui font du process industriel et du marketing l’alpha et l’oméga de l’avenir du vin. Ceux qui nous disent de jeter les AOC à la poubelle car tout ça c’est bien trop compliqué pour ces pauvres gars qui arrivent sur le marché du vin. Des globalisateurs, des réducteurs, des débiteurs de plan stratégique sur PowerPoint,  des américains quoi, des gars qui mâchonnent du chewing-gum et bouffent des hamburgers, des adorateurs de l’uniformité pourfendue par Jonathan Nossiter, les oxygénez, oxygénez, les adeptes de vins Parkérisé... Donc un gros tas de gens qui traitent le vin comme une vile marchandise ou pire un produit de luxe pour nouveaux riches.

 

Je caricature bien sûr. 

 

Mais bon, que disait, avec pas beaucoup plus de pincettes, René Renou juste avant de nous quitter ? Et Dieu sait qu’il avait évolué ce cher René !

Je le cite lors d’un de ses derniers Comité National de l’INAO : « Le cadre juridique souhaité par le Comité National permettra de développer la commercialisation des Appellations d'Origine Contrôlées en segmentant leur offre en deux catégories:

  
- la première répondant à des critères stricts de production relatifs à un lien fort au terroir, une notoriété établie alliés à des facteurs humains et naturels. Il s'agit des vins jouissant actuellement d'une forte valeur ajoutée.


- et une seconde, plus souple, qui se mettra en place en concertation avec l'ensemble de la filière, permettant notamment d'utiliser de nouvelles technologies, afin de répondre aux besoins de la production d'accroître sa compétitivité sur le marché international.
»

 

Dans une interview au Monde en mai 2005, il avait expliqué :
« Les syndicats d'AOC ont trop souvent protégé les mauvais. Il faut rompre avec la loi du silence, retrouver une transparence absolue  »

La crise ?

« C'est la profession qui se fait du mal à elle-même,» disait-il sans ambages.
« Jusqu'en 1985, le vignoble français de moyenne et haut de gamme était en situation de monopole, avec un seul code, magique : le lien au terroir, porteur de culture, de luxe», expliquait-il.

« Dans cette situation, vous pouvez faire n'importe quoi. Il y a eu des horreurs, un relâchement absolu.» Hélas, depuis 1985, les Français ne sont plus seuls. «On se réveille dans un univers de concurrence internationale, avec un code de lecture anglo-saxon, plus simple, qui s'est glissé à côté du notre», constatait-il avec réalisme, « Désormais, il ne suffit plus de coller une étiquette « grand vin » pour que le consommateur suive ; si on ne remet pas de l'ordre dans le système, on risque de rester sur le quai !»

 

En me définissant comme un non-aligné je revendique le droit dans mon espace de liberté d’être éclectique, touche à tout, d’aborder tous les vins, ceux qui me plaisent comme ceux qui me plaisent moins, de parler à tout le monde aussi bien les gens qui me plaisent que ceux qui me déplaisent ou me plaisent moins, de porter un regard sur tout et rien, de traiter tous les sujets, de m’adresser à ceux qui ne sont pas dans le cercle des initiés, de les écouter, de leur donner la parole, de faire en sorte d’étendre le domaine du vin sans être trop rasoir, sérieux, pompeux.

Sans doute le résultat tient plus de l’arborescence que de la coupe au carré. Oui c’est parfois touffu, confus, mais la réalité est-elle toujours aussi lisse que la coquille d’un œuf ? Le prêt-à-penser ne fait pas parti de mon projet. Je tente de vous laisser des espaces, de la marge, du champ, pourquoi pas de la hauteur de vue pour donner matière à discuter, à converser... Le vin n’est-il pas avant tout un grand support de convivialité, de savoir vivre ensemble... alors commençons donc entre nous, gens du vin, à mettre en pratique ce minimum d’accord sinon tous nos mots autour du vin ne seront perçus que comme des slogans, des messages formatés, ou comme disent le politiques « des éléments de langage »

Ici, sur mon petit espace de liberté plein d’herbes folles, de haies, de chemins creux, de pâtis avec des vaches, de rivières indolentes, je ne suis qu’un chasseur de papillons qui, avec son épuisette, batifole, cherche à capter l’air du temps, les tendances et attrape ce qu’il peut. Alors ne me demandez pas de suivre de « belles lignes » bien droites je préfère les chemins de traverse mais pour autant je prends le TGV et je roule aussi sur les autoroutes avec ma petite auto où je prends des pruneaux...

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 00:09

La langue de la rue claque, pète, se vautre, elle accroche, capte, détourne, met cul sur tête les choses de la vie avec ironie, dérision, gouaille. Ses mots ou ses expressions marqueuses du temps, d’abord confinés au sein de tribus en des zones dites « mal fréquentées », s’installent dans le langage courant, sont adoptées par monsieur et madame tout le monde avant parfois de faire leur entrée dans le Petit Larousse Illustré.

 

Tel est le cas de l’expression « faire genre » qui, traduite en langage « correct » signifie faire croire ou accroire quelque chose qui ne repose sur aucune réalité, faire comme si pour masquer ses insuffisances ou pour combler son absence de résultat. L’interjection « genre » qui ponctue une phrase marque, elle aussi, le côté je me donne une belle contenance en dépit de mon côté tocard, creux, parvenu ou minable. L’utilisation d’un synonyme : « style » ou « faire style » permet à certains, adeptes du « franglish » de se distinguer de la piétaille en prononçant « staile »

 

Ces précisions linguistiques étant faites, je me dois d’argumenter mon affirmation selon laquelle : « faire genre » constituerait la nouvelle attitude des concepteurs de vin. Précision : j’aurais du écrire de certains concepteurs de vin. Autre précision : par conception du vin j’entends bien sûr le vin lui-même, mais aussi son « packaging » et la communication qui va avec. Enfin, cette chronique ne constitue qu’une ébauche, elle n’épuise pas le sujet ce qui signifie que vous pouvez l’enrichir ou la démolir selon votre inclinaison.

 

Dans le genre « faire genre », je m’attacherai à 2 tendances lourdes : la tendance 4x4 en ville et la tendance over-rose. La première peut se résumer par « il fait des vins qui ont des tronches de GCC pour ceux qui veulent faire genre » ; la seconde, plus style, se décline ainsi « il fait des rosés éthérés fagotés comme des minettes évaporées pour des mecs et des gonzesses qui veulent faire style ». À dessein je n’ai utilisé que le pronom il afin de bien marquer la prédominance mâle encore très marquée sur la conception du vin (propriétaires emblématiques, vignerons médiatiques, œnologues-stars, critiques et notateurs divers...)

 

La tendance 4x4 en ville relève du détournement de fonction. En effet, à l’origine le 4x4 est un véhicule tous terrains bien utile pour les zones difficiles : le légendaire Land Rover roi du désert. Sa transplantation en ville traduit la quintessence du « faire genre » avec bien évidemment toute la palette du paraître : du grossier Hummer (victime de la déconfiture des grands constructeurs américains) à l’élégant Cayenne en passant par toute une flopée de japonais, d’allemands et bien évidemment de pâles français). Le même phénomène s’applique avec une belle homothétie aux vins « de statut » depuis que la crème des GCC s’envole vers des cimes inaccessibles au commun des « qui se la pètent grave ». Nous assistons donc à une course effrénée au captage de buveurs d’étiquettes. À toutes fins utiles je signale que je ne fais ici qu’un pur constat et que, comme pour les 4x4 en ville, les vendeurs de vin vont allécher la demande là où elle se trouve.

 

La tendance over-rose frise, elle, la caricature. C’est une déferlante, la danse du ventre, la ruée du rose fadasse sur la « génération soft drink » des gars et des filles qui boivent glacé avec une paille, qui se baladent en Repetto été comme hiver pour les bimbos, se fringuent comme un titulaire de RMI pour aller à user leurs fonds de jeans troué, à 200 euros l’unité, sur les bancs de Janson-de-Sailly, qui passent leur vie sur Facebook et sur Twitter, qui bouffent des séries américaines...

Entendez-moi bien, que ce segment de marché en plein boom suscite un regain d’intérêt de la part des concepteurs de vin est dans l’ordre des choses, ce qui suscite ma légère ironie c’est l’adoption quasi-unanime des mêmes codes. Comme si le rosé, qui n’est pas comme ses frères baptisé d’un nom de couleur, en rajoutait dans le rose. Ce n'est plus du vin mais de la layette.

Le plus étonnant dans cette affaire, alors que les Provençaux au nom du rosé authentique se sont portés au front, ont terrassé l’hydre européenne, ce produit se massifie, s’enfonce dans l’uniformité voire même la banalité. À force de vouloir « faire genre », style jupe Vichy, dans toutes les catégories de vins, plus personne n’y retrouve ses petits. Sans avancer le syndrome Beaujolais Nouveau, le nouveau de nos jours vieillit vite, pour consolider la vague rose un peu de créativité ne nuirait pas. Si ça vous dit lire ou relire la chronique http://www.berthomeau.com/article-over-rose-notre-rose-du-camping-des-flots-bleus-a-l-anti-strategie-de-l-ocean-bleu-51361072.html

 

Pour ne pas vous laisser sur l’impression que je passe mon temps à remonter les bretelles à tout le monde à propos de tout et de rien je vous signale que, moi aussi, je fais genre. En effet, comme je l’ai écrit dans mes chroniques je ne suis qu'« un dégustateur imposteur ». Je fais genre avec mes beaux costars et mes Richelieu bien cirées mais, ne vous y trompez pas, je donne le change... car je suis un bad boy !

 

Si ça vous dit encore à propos de l'affaire d'Etat du Nicolas  lire  http://www.les5duvin.com/article-mal-eleves-les-vins-les-gamins-et-les-soi-disant-responsables-en-peau-de-lapin-52639678.html

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 00:09

L’ami Michel Chapoutier, lors d’un déjeuner impromptu dans l’une de ses « cantines » sise à l’angle de la rue de Varenne et de Bourgogne, m’a livré la clé du buzz qui a agité mon espace de liberté après mes écrits incongrus sur le Symposium Grenache. Son regard pétillait et, en riant, il m’assurait que s’il avait su... je n’en ajouterai pas plus.

Bref, fort de mon ignorance crasse, je me suis plongé dans la lecture de l’histoire du Grenache. Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur, dans les minutes du « Symposium du Grenache, ce héros inconnu... » de Jacques Perrin.

« Mentionné pour la première fois en France par Eustache Deschamps en 1400, le grenache serait en effet originaire de l’Aragon selon le comte Odard. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, le grenache fut l’un des cépages les plus cultivés dans le monde et si sa présence demeure importante, notamment en Espagne et en Italie, sa surface diminue. Elle a passé de 240 000 à 200 000 ha en douze ans : le grenache est en effet l’une des « victimes » des campagnes d’arrachage. »

Ensuite, je lis sur Wikipédia que « L'Histoire précoce du Grenache est étroitement associée aux territoires inféodés à la Couronne d'Aragon et tirent leur origine soit de la métropole catalano-aragonaise, soit de la Sardaigne, partie intégrante du pays pendant près de 500 ans » et qu’ « En Espagne, il est cultivé dans presque tout le nord du pays, en Aragon, (présent dans tous les vins rosés) Castille, Pays basque, Catalogne, (présent dans toutes les appellation) ou Estrémadure. »

Enfin, Désiré Bois écrit dans son Encyclopédie Biologique Volume IV « Les Plantes à Boissons » qu’ « On suppose qu’il est originaire d’Espagne, d’où il aurait été introduit dans le Roussillon, et se serait répandu dans le Languedoc, puis en Vaucluse et en Provence, notamment dans le Var »

Arrivé à ce stade, comme Désiré Bois qui le mentionne comme l’un des de ses noms synonymes, je ne puis m’empêcher de penser que ce brave GRENACHE eut sans doute été plus respecté s’il avait pris le beau nom d’ARAGONAIS. Bien sûr ça n’engage que moi.

Et c’est alors que dans mes neurones chauffés à blanc – je ponds un Rapport en ce moment – surgissait la bouille épanouie de Bobby Lapointe et de sa merveilleuse chanson : ARAGON&CASTILLE.

Ni une ni deux je décidais derechef d’offrir 2 versions d’ARAGON&CASTILLE en rémission des fautes que j’ai commises envers ce pauvre Grenache :

-         celle bien évidemment de Bobby lui-même

-         celle de la Chorale des Ecoles de Cerdagne joyeuse et bordélique...

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 00:09

C’eut été du Mumm « Cordon Vert » ! Gag ? Non voir l’image ci-dessous. Le 12 juillet 1998 restera le jour de notre unique étoile. Aimé Jacquet, contre vents et marées, tirait parti des forces et faiblesses de ses joueurs, des egos des uns et de l’altruisme d’autres, pour constituer une équipe. Le football est un sport collectif et, même si la victoire fut belle, les matches de qualification ne furent pas tous, loin s’en faut, des emblèmes de beau jeu.  Genou-6799.JPG

Le collectif, un mot un peu abimé par le collectivisme niveleur, est une force lorsque la somme des individualités est supérieure à leur stricte addition. Dans un collectif soudé l’individualité talentueuse s’épanouit plus encore au contact du joueur de devoir et le joueur ordinaire se transcende. Au-delà des tactiques, des consignes, du tableau noir, dans cette alchimie le rôle de l’entraineur est bien de transfuser à ses individualités cet altruisme qui mène aux plus belles victoires.

 

Dans le football français dans les années 60 qui suivirent la fameuse Coupe du Monde de 1958 où la France de Kopa et de Fontaine se classa 3ième un drôle de bonhomme chauve, discret, un émigré espagnol, José Arribas, tira le FC Nantes de la 2de Division en 62-63 pour conquérir en 64-65 le titre de « champion de France » avec une équipe « sans vedettes » selon des principes nouveaux.  Genou-8027.JPG

« Faire confiance aux hommes, provoquer une crise de conscience chez tous ceux qui ont accepté de le suivre, telle est la ligne de conduite de José Arribas. Pour lui, l’esprit collectif prime tout. Il n’admet pas qu’un joueur puisse profiter du travail des autres, à son seul avantage.

José est bien placé pour savoir qu’un être isolé éprouve des difficultés à survivre. L’expérience des Halles de Bordeaux est constamment présente à sa mémoire : sans le soutien des « forts », il n’aurait pu franchir la plus noire période de son histoire.

Parce qu’il a vu la force l’emporter sur la loi, dans son propre pays* il exige le strict respect des règlements sur le terrain. Arribas est l’ennemi de la brutalité, du football purement physique. Le mouvement doit se fonder sur l’intelligence. »

François Cavil dans L’Évènement  mensuel d’Emmanuel d’Astier N°2 1966

 

  • José Arribas est né à Bilbao en janvier 1921. Le père de José prend les armes contre les franquistes. Après la défaite sa famille émigre dans le Sud-Ouest. À 16 ans il travaille aux Halles de Bordeaux et ce sont les « forts » qui lui apprennent le français. Lorsque les allemands occupent la France il devient un clandestin. Honnête footballeur il joue dans des petits clubs puis devient »entraîneur-joueur : « contremaître » du football à Noyen-sur-Sarthe 2000 habitants. Il conduit cette modeste équipe jusqu’à la Division d’Honneur. Il postule pour le FC Nantes. Les dirigeants le choisissent. En 3 ans avec un savant dosage de jeunes et de vieux briscards : André Strappe, Pancho Gonzales et André Guillot il hisse le club en 1ière Division. La belle aventure du FC Nantes commençait.  Nantes.jpg

Je l’ai suivi avec amour et passion. Je n’ai jamais eu l’âme d’un supporter, j’aime le jeu, l’intelligence du jeu, la joie de la victoire, l’acceptation sportive de la défaite. Gondet, Budzinsky, Simon, Suaudeau n’étaient pas des stars mais d’excellents joueurs au service d’un collectif. Reste le grand Max Bossis : si vous avez un peu de temps je vous conseille de lire la chronique que je lui avais consacrée en novembre 2005 « Le Grand Max » http://www.berthomeau.com/article-1154159.html Elle est courte et elle a le mérite d’aborder le sujet du jour.

 

Je n’ai pas regardé, hormis un beau match de l’Allemagne, les « prestations » de l’équipe de France. Je n’ai guère de sympathie pour Raymond Domenech mais dans cette affaire il n’est que l’expression la plus affirmée d’une absence d’ambition collective de ses joueurs et des dirigeants du football français. Pour ces derniers, les traiter de petits boutiquiers ce serait insulter le petite commerce. Ils ne sont qu’insignifiance et vacuité. Quand aux joueurs le qualificatif de « lopettes » me semblent le plus approprié. Jouer semble étranger à leur vocabulaire. Pour le Raymond, tirer sur un corbillard n’est pas dans ma culture alors, puisque la retraite est à l’ordre du jour, je lui en souhaite une pleine de regrets éternels et plein de petits Ribéry...

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 00:09

Pour un tout petit blasphème j’ai failli, tel la Jeanne de Domremy, finir sur un bûcher. La Sainte Inquisition d’Aragon&Castille me clouait au pilori pour que l’honneur du Grenache et de l’English réunis soit sauf. À peine avais-je eu le temps de reprendre mes esprits, de faire résipiscence, que je lisais sous la plume du natif d’un des 3 évêchés de l’Est au temps du Saint Empire Germanique un outrage d’une toute autre portée : les Châteauneuf-du-Pape goûtés par lui, hormis le Rayas, ne seraient que des « vins de chasseurs ». De plus, l’homme à la barbe fleurie, emporté par sa provocation osait compresser cette illustre appellation en un CNDP fleurant bon un quelconque comité. J’en fus, vous le comprendrez, totalement bouleversifié.  tartarin_de_tarascon02.jpg

Certains m’objecteront que cette qualification n’a rien d’outrageante, les chasseurs étant, en règle générale, des gens forts honorables. Bien sûr il y a des viandards, des je tire sur tout ce qui bouge, mais sans aller jusqu’à la caricature type Tartarin de Tarascon je ne suis pas certain que dans la bouche de François le Débonnaire cette appellation non contrôlée générique puisse être assimilée à un compliment. Mais alors, qu’est-ce donc un vin de chasseurs ? N’étant moi-même ni chasseur, ni très intéressé à la chose cynégétique je vous confesse ma totale incompétence pour amener des éléments de réponse à cette angoissante question. Reste à ce que vous, vous vous y colliez pour nous éclairer. Dans le lot de mes lecteurs y doit bien y avoir quelques chasseurs. Attention, mon appel n’est pas le signal de l’ouverture de la chasse au François. Ici, seul le ball-trap est admis, vous pouvez lui voler dans les plumes mais avec courtoisie.

 

Je pourrais en rester-là sur les « chasseurs » chers à François le Débonnaire mais ce serait de ma part pure hypocrisie car en effet, dans ma vie professionnelle, par deux fois j’ai eu à l’occasion de « croiser » des chasseurs d’en haut. Ceux du bas, je les ai aussi fréquentés lorsque je chalutais du côté du Marais Vernier mais je ne suis pas sûr qu’ils fussent de grands amateurs de CNDP lui préférant le petit jaune avec des glaçons.

 

Au 78 rue de Varenne, avec l’ONF, nous gérions des « chasses » à Chambord, Rambouillet et Auberive en Haute-Marne. Les ministres y invitaient de fines gâchettes ou de supposées telles. La chasse étant, en l’occurrence, un haut lieu de ce que l’on qualifie « d’influence ». Mon Ministre se tamponnait des chasses, je devais donc opérer en ses lieux et place le choix des invités. Hormis quelques habitués : Charasse, Souchon, Guy Ligier j’avais tout le loisir de puiser dans le vivier de nos obligés qui se bousculaient au portillon. Dans le lot un beau paquet de gens du vin, des Bordelais entre autres François mais, même sous la torture, je ne parlerai pas. De vrais chasseurs, des fines gueules et des grands amateurs : alors vin de chasseurs ?

 

Sorti des ors de la République un jour je fus chassé par un cabinet de chasseurs de têtes de la rue de la Paix pour le compte d’un « gros machin » (sans rapport avec le secteur du Vin sauf à l’occasion de la vinification) Je consultai donc le profil du poste et, à ma grande stupéfaction, je découvris que parmi les compétences requises pour le poste y figurait : la chasse. Ces messieurs avaient omis bien sûr la capacité à bien se tenir à de grandes tables tant pour le solide que pour le liquide. N’ayant pas donné suite je ne puis me prononcer sur les qualités de ces messieurs à la chasse comme à la table : alors vin de chasseurs ?

 

Pour que tu en prennes bonne note, cher François, sache que le domaine de l’ami Alain Jaume c’est « Le Grand Veneur » sans doute pour être vraiment pile poils dans ton cœur de cible.   les-20origines_1.jpg

Enfin, j’ose espérer que sur le bord du lac de Garde, à la Villa d’Este, une grande dégustation  de « Vins de Pêcheurs à la Mouche » sera organisée par nos amis vignerons suisses ?

 

J’oubliais, comme j’ai un faible pour une « chasseresse » je puis témoigner de son inclinaison, non pour le CNDP, mais pour le Banyuls, le Porto et autres douceurs dois-je en conclure que sont des « Vins de Chasseresses »

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 00:09

Oui j'ose ! L'amour du vin et l'amour tout court s'enlacent en des lieux mystérieux, insolites et merveilleux. Ça ne s’invente pas, à deux pas de la rue des Martyrs, en notre ville capitale, est sis l’Hôtel Amour. Comme le note Stéphanie Dreuillet dans son opus « Hôtels Insolites » chez Jonglez : « l’hôtel Amour est devenu le lieu de rendez-vous du quartier. Ne cherchez pas le comptoir de la réception de l’hôtel, le concierge ou le bagagiste, il n’y en a pas. Il n’y a d’ailleurs pas non plus d’entrée pour l’hôtel : il faut passer par le restaurant, et un escalier caché derrière une porte permet de monter dans les chambres... » L’auteur, au détour d’une phrase, lâche que les chambres peuvent aussi être louées pour quelques heures ce que, souligne-t-elle, « certains habitants du quartier trouvent évidemment très utile... » Et pourquoi nos ami(e)s provinciaux, grands œnophiles qui montent à Paris n’y trouveraient-ils pas, eux-aussi, une grande utilité ? » www.hotelamourparis.fr.

Rien là de très insolite, rien qu’une modernisation du 5 à 7 me feront remarquer, du bout des lèvres, ceux qui disent qu’ils ne pratiquent pas. N’étant pas riverain je n’ai pas testé le lieu et je dois avouer que c’est plutôt lorsque mes pas me portent jusqu’au fond de nos beaux terroirs que tous mes sens s’éveillent et réclament de l’extraordinaire. Alors, comme je ne prise guère l’oenotourisme, je vais lancer quelques idées pour allier l’amour et le vin, en des lieux qui vous rapprochent du 7ième Ciel.

Au temps où je sévissais au 78 rue de Varenne, pour faire bisquer mes très chers collègues du Génie Rural, grands érecteurs de ces « magnifiques » châteaux d’eau qui obstruent nos paysages bucoliques tels des champignons bubons de béton, je leur présentais une supplique : « et si vous m’aménagiez une chambre tout au sommet ce serait faire la preuve de leur utilité... » Prendre de la hauteur, « dormir » dans les arbres – c’est devenu aujourd’hui presqu’aussi commun que de dormir dans Formule 1 – faire chambre à part, goûter l’ivresse de lieux à nul autres pareils, se dire que la nuit est aussi faite pour dormir, relève de la seule hygiène de vie qui vaille.

Alors, pour vous plaire, donner des idées à mes amis vignerons : une belle bouteille en cadeau d’accueil dans la chambre, j’extrais du livre précédemment cité les 3 lieux qui ont inspiré mon titre.

 

Le Phare de Kerbel www.pharedekerbel.com   photo-633305958333906250-1.jpg

« C’est en lisant la rubrique des ventes aux enchères de Ouest-France que Daniel eut la curiosité de visiter le phare de Kerbel. En arrivant à son sommet, il est tombé amoureux de la vue, et l’a acheté.

Contrairement à la plupart des phares traditionnels, ici, on ne dort pas en bas, dans la maison du gardien, mais à 25 mètres de haut, après avoir gravi 123 marches. La vue à 360°, grâce à de grandes baies vitrées, est extraordinaire et donne sur Groix, Lorient, la Baie de Quiberon. »

 

La Villa Cheminée www.uncoinchezsoi.com  Genou-7978.JPG

« La Villa cheminée est un extraordinaire projet artistique réalisé par le japonais Tatzu Nishi pour la manifestation Estuaire 2009 Nantes-Saint-Nazaire. L’œuvre d’art est finalement restée pérenne et il est possible d’y dormir...

L’artiste a ainsi installé un pavillon typique des années 70 en haut de ce qui ressemble nettement à une cheminée d’usine (il s’est inspiré du château de Fer, la plus grande centrale thermique à flammes de France).

Située sur la pointe de l’Ile de la Nation, la villa a une vue imprenable sur l’estuaire de la Loire et le Sillon de Bretagne.

Le pavillon comprend au rez-de-chaussée une cuisine équipée ainsi qu’une salle de bains. À l’étage, une chambre avec un lit double.

Un étonnant petit jardin prend place autour de la maison. »

 

Demeure de la Vignole www.demeure-vignole.com  Genou-7973.JPG

« Installée dans un ancien village troglodytique du XIIe siècle, la Demeure de Vignole (XVIIIe siècle) possède une très belle chambre troglodytique à deux étages entièrement creusée dans la roche mais aussi et surtout (c’est moins fréquent) une remarquable piscine chauffée totalement troglodytique : creusée dans la roche, elle est illuminée par une lumière douce dont la couleur change grâce à un jeu d’éclairage judicieux.

À côté de la piscine, une ancienne salle d’extraction de la pierre de tuffeau qui servit ensuite de salle de pressoir du raisin a été transformée en salle de fitness. »

 

Le bonus : Le Chai de la Paleine www.paleine.fr « Ambiance viticole et conviviale dans ce petit hôtel installé dans une belle propriété. L’intérêt principal du lieu est de prendre son petit-déjeuner dans les foudres »

 

Voilà très chers lecteurs alors il ne vous reste plus que 2 choses à faire :

 

1° acheter le livre de Stéphanie Dreuillet  « Hôtels Insolites » chez Jonglez 15,90€ c’est une mine ;

2° mettre de belles bouteilles dans les chambres insolites ! Allez les gars et les filles de la Loire, et d’ailleurs : du Muscadet à la Touraine en passant par l’Anjou et tout et tout allez au devant des amoureux. Contribuez à leur élévation jusqu’au 7ième Ciel...

 

 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 00:09

Cher monsieur Perrin,

 

Alors que les mots volaient – je me garderai bien d’oser écrire à quelle hauteur – votre lettre pleine d’humour et d’élégance m’a empli du même plaisir que si j’eus partagé avec vous, autour d’une table nappée de blanc, un de ces Grands Grenache que vous avez célébrés sans pour autant les canoniser.

Permettez-moi de vous citer. « Cher monsieur Berthomeau : vous ne vous êtes pas rendu à la messe, et ce n’est pas faute d’y avoir été convoqué (on l’aura compris !) Et si vous nous parliez un peu du grenache que vous aimez, de la volupté, des transes qu’il procure, surtout dans la compagnie de « gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. » ?

Cela à coup sûr nous divertirait, car d’avoir passé tout le week-end dans ces sphères célestes, en compagnie des hautes huiles, parlant plus que buvant, réfléchissant dans une langue étrangère, a peut-être modifié insidieusement notre perspective,  nous (toutes celles et ceux qui ont participé à ce conclave) éloignant de ces nobles » jouissances, entre amour et ironie légère, qu’on sait si bien cultiver dans « notre » douce France, en bonne compagnie. »

Vous comprendrez aisément, cher monsieur Perrin, que je me soumettrai de bonne grâce à votre demande de transcrire  la volupté, les transes que me procurera le goût d’un grand Grenache. Cependant vous devrez patienter car, pour ce faire, il faudra que je transporte mon irritante personne jusque Châteauneuf-du-Pape où je compte de nombreux amis, et sans doute aussi un paquet de détracteurs. Quand, comme moi, en ce beau village, on a fait le médiateur entre deux factions irréductibles, il est difficile de plaire à tout le monde. Ce transport se situera à la fin du présent mois et, si mes neurones veulent bien se connecter avec mes papilles je ne manquerai pas d’immortaliser mes transports.

Dans l’attente de la relation écrite de ce divertissement, permettez-moi cher monsieur Perrin de vous faire suivre un courrier que j’avais jeté, telle une bouteille à la mer, à « L'inoubliée et l'indomptée : Dominique Sanda et Mouglalis Anna » le 12 avril 2008. Je le fais dans le but avoué de me laver de « l’odieuse insinuation » de n’être qu’un homme à femmes alors que je m’honore d’être un homme qui les aime, qui aime leur compagnie pour cultiver avec elles l’art de la conversation, et plus si affinités. Goûter le vin, le boire, ne fait qu’ajouter en cette circonstance quelques degrés, à la volupté du plaisir partagé.

Au plaisir de vous revoir cher monsieur Perrin pour que vous contribuiez à mon éducation de goûteur et en vous remerciant encore de supporter la lecture de mes lignes. Avec mon meilleur souvenir.

Jacques Berthomeau  

 

Chère vous,



L'inoubliée et l'indomptée, l'une pourrait-être ma compagne et la seconde ma fille, mais la première vit en Patagonie avec l'homme de sa vie et vous, Anna, qui venez d'être mère, au a minuscule près, vous portez le même prénom que celui de la mère de mes petits enfants Martin et Zoé.

 

Vous faites toutes les deux les actrices. Dominique avoue : « j'ignorais mon souhait d'être actrice quand Robert Bresson m'a appelée pour être Une femme douce après m'avoir vu dans Vogue. » Ce que vous, « la trop belle » Anna, au dire de Brian de Palma, confirmez : « c'est le hasard qui vous mène dans ce métier ». 

 

Anne-Cécile, ma fille, elle aussi est tombée dans le cinéma par hasard, celui d'une rencontre, et la voilà avec son mari, productrice : Mille et Une Productions, avec comme fleuron le dérangeant Cauchemar de Darwin. Pour la petite histoire – la grande avec un grand H n'a pas de chair –  j'ai dîné, lors d'un festival d'Avoriaz, face à vous Dominique, alors que vous Anna je n'ai jamais eu le plaisir de vous croiser alors que vous chevauchiez votre scooter et moi, mon vélo.


Comme le cinéma « était une rupture avec sa famille » changer de nom, pour Dominique, était « naturel », alors « Sanda est venu tout de suite. Je voulais être DS, et avoir un nom doux, qui sonne comme une note de
musique. » Le votre, Anna, on se prend les pieds dedans facilement, et pourtant vous n'en avez point changé, ce qui ne m'étonne pas de votre part car, en dépit de votre sourire « à faire craquer un blindage de sept pouces »votre tempérament ne vous incline guère aux concessions, alors va pour Mouglalis et ceux que ça dérange n'auront qu'à prendre des cours de diction au Conservatoire. Très vite, l'une comme l'autre, la notoriété vous est tombée dessus très vite ; pour Dominique ce succès lui était « quasiment insupportable » alors que vous, « l'éperdue de beauté brute », acceptez de devenir l'égérie de Chanel et de vous faire couvrir de fleurs par l'envahissant Lagerfeld.



« Par définition, les actrices projettent des images qui ne sont pas elles... » se défend Dominique Sanda mais, pour vous deux, par delà votre jeu, hors de nos phantasmes masculins ou de notre imaginaire, ce qui m'émeut, me trouble, c'est qu'au-delà des personnages que vous incarnez sur l'écran vous me semblez, comme le dit si bien Dominique, n'aimer que les gens qui savent « exister en apesanteur » car vous-même êtes des éthers, impalpables, insaisissables, à la fois grisantes et froides. Assonances et dissonances, intellectuelles et charnelles, fiévreuses et tragiques, silencieuses et lointaines, pour moi vous vivez pleinement, sans trop de concessions, parce que «  la vie à cette saveur qui fait qu'on n'a pas envie de la perdre. »

 

 Entre la Dominique Sanda du Jardin des Fizzi Contini et l'Anna de Merci pour le chocolat se tisse le même lien d'éternelle jeunesse, privilège unique du cinéma. Entre l'inoubliée et l'indomptée, par-delà vos différences, se dresse la même solitude altière qui me plaît.


C'est le privilège de  mon âge que de pouvoir garder, et la fraîcheur de ses souvenirs, et la fougue d'un vieux jeune homme adepte de la diagonale du ouf, alchimie merveilleuse, loin des embûches de l'amour, de ses toujours, pure esthétique me permettant de vous écrire, en toute liberté, en toute sincérité ces quelques mots que, sans doute, jamais vous ne lirez chère Dominique, chère Anna.


En ces temps où tout s'achète et tout se vend, mon acte gratuit me donne le doux privilège de pouvoir vous embrasser avec volupté très chères vous, si proches et si lointaines.


Jacques

 

 

Réponse datée du 14 août 2008 :

« Jacques, ce que vous dites est très gentil et m'a intéressé, je dois pourtant par là même vous corriger une petite inexactitude. Là où vous dites "ces quelques mots que, sans doute, jamais vous ne lirez" vous auriez dû écrire: "que vous lirez peut-être". Surpris? D.S. »

 

Si ça vous dit vous pouvez lire aussi deux autres chroniques :

Cadeau de Noël : « Le Jardin des Finzi-Contini »

«Eperdue de beauté brute»

http://www.berthomeau.com/article-13760933.html http://www.berthomeau.com/article-6848881.html

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 00:09

Selon une jurisprudence bien établie ici : je plaisante bien sûr. L’art de la Préface est un art difficile. Celle de Jean-Paul Kauffmann au livre de Maurice Constantin-Weyer : « L’âme du vin » - écrit en 1932 – est un modèle du genre car l’auteur répond à la question « le vin a-t-il une âme » avec la pertinence et le talent qu’on lui connaît (pour la lire ou relire http://www.berthomeau.com/article-30924388.html ). Que du bonheur ! Mais au regard de ce bijou, combien de préfaces besogneuses, pompeuses, où le préfacier n’a de cesse de se mettre en avant pour démontrer son apport inestimable en ces quelques lignes précédant l’ouvrage. Dans ma vie de nègre ministériel j’ai commis des préfaces qui, par bonheur, étaient signées par mon commanditaire.  

Alors pourquoi diable ce titre racoleur ? Tout simplement parce que les deux auteurs ont eu la bonne idée de frapper à la bonne porte pour faire préfacer leur ouvrage. Ils se sont adressés à Hugh Johnson, une référence. Alors, lorsqu’Éric Bernardin écrit sur son blog « à boire et à manger » que la réponse positive d’Hugh Johnson est « un grand bonheur qui vous fait oublier le reste » comme je le comprends. Je le comprends et je le remercie car il me tire une belle épine du pied. Rassurez-vous, à aucun moment les auteurs ne m’ont sollicité pour commettre une préface. En revanche, ça ne leur aurait pas fait déplaisir que je consacrasse une petite chronique à leur livre. Mon problème c’est que nos deux larrons au travers de leur blog : « Une aventure médocaine : le making off de Crus Classés du Médoc »  http://livremedoc.canalblog.com  asséchaient mon inspiration. Donc j’essorais vainement mes méninges en pure perte : je restais sec tel un Michel Onfray s’escrimant à pondre une Préface pour les œuvres complètes de Pierre Desproges.

 

 Il se peut que vous ne me suiviez pas sur le chemin tortueux que j’emprunte ce matin comme à mon ordinaire. Pourtant c’est lumineux : Hugh Johnson m’a sauvé d’une complète déréliction, d’un désastre honteux, en offrant une belle préface au livre d’Éric Bernardin et Pierre Le Hong. Ainsi, comme je suis un grand fainéant, je vais pouvoir vous vanter leur ouvrage par l’entremise d’une grande plume érudite. Et oui, vous m’avez compris, afin de vous épargner une chronique besogneuse voici le beau texte d’Hugh Johnson.  53853923_p.jpg  

« J'ai le sentiment d'avoir assisté à la naissance progressive de ce livre au fil des cinquante dernières années de ma vie.  

 

Peut-être connaissez-vous l'Atlas de la France vinicole, projet lancé durant la Seconde Guerre mondiale par Louis Larmat, un éditeur parisien consistant à cartographier les toutes nouvelles Appellations d'Origine Contrôlée. Il m'avait inspiré pour mon Atlas mondial du vin, écrit en 1970. J'y avais ajouté le dessin d'un chai en coupe (le cru bourgeois château Malescasse) pour expliquer aux lecteurs son organisation et son fonctionnement. À cette époque, je trouvais ce concept pour le moins révolutionnaire.

  

Dans les années 1970, l'auteur néerlandais Hubrecht Duijker produisit une série de livres illustrés avec les photos des domaines viticoles et de leurs propriétaires, complétées par des cartes. Petit à petit, l'idée d'associer dessins didactiques, cartes et photographies pour une présentation exhaustive d'un domaine a fait son chemin dans de nombreuses publications. Pour aboutir aujourd'hui à sa plus belle expression dans ce livre d'Éric Bernardin et Pierre Le Hong.

   

En combinant le récit de leurs recherches, les informations techniques fournies par les châteaux et les photographies des lieux et des personnes qui y travaillent, ils entraînent le lecteur dans une visite virtuelle de chaque domaine. Ils publient également – je pense pour la première fois – la localisation et la nature géologique précises de chaque parcelle contribuant à produire le vin d'un château. En d'autres termes, la définition physique de chaque terroir.

  

C'est quelque chose que j'ai tenté de faire il y a 40 ans pour mon Atlas des vins, mais j'avais rencontré alors une réticence des propriétaires à me livrer ces détails. Après des années de lutte avec les plans cadastraux dans les mairies médocaines, j'ai finalement abandonné l'idée de collecter ces informations. Ici, dans cet ouvrage remarquable, tout le monde peut enfin y avoir accès. En vérité, il est difficile de trouver des questions techniques qui ne sont pas abordées dans ce livre.

   

Dans un chapitre consacré à l'un des châteaux, les auteurs racontent la conversation téléphonique longue distance entre un journaliste étranger et le propriétaire, le premier lui posant sans cesse de nouvelles questions à propos du dernier millésime. Ce dernier, gagné par la lassitude, finit par lui répondre : « Vous êtes bienvenu au domaine pour venir le déguster par vous-même. » Ce qui est naturellement l'essentiel. Peut-être ce livre soulagera les propriétaires de ce genre de conversation jusqu'au milieu de la nuit. Car c'est la meilleure visite virtuelle du Médoc que vous ne pourrez jamais trouver. Laissant à la dive bouteille sa part de splendeur et – Dieu merci – de mystère.

 

Ce que vous devez comprendre du Médoc (et de Bordeaux en général), c'est que ses vins sont surtout des interprétations personnelles d'une certaine tradition (une recette, si vous voulez) ; ils le doivent peu à la nature. Un cru de la Côte d'Or peut être considéré comme une expression quasi prévisible d'un cépage en un lieu déterminé. Ce n'est pas le cas du Médoc. Les Crus Classés possèdent les meilleurs terroirs d'une région déjà privilégiée, dont ils font leur propre interprétation : les vins qui en résultent sont faciles à reconnaître, mais difficiles à décrire et encore plus à comprendre. Vous ne trouverez pas de meilleure tentative de réponse que ce livre qui est entre vos mains. » 

 

53854185_p.jpgAprès une telle lecture vous savez ce qui vous reste à faire pour avoir entre les mains le livre d'Éric Bernardin et de Pierre Le Hong « Crus Classés du Médoc » : l’acheter mais vous devrez patienter encore quelques mois (74 jours je crois) car nos auteurs font durer le suspens. Pour connaître le jour précis allez consulter la petite pendule, tout au bas de leur blog http://livremedoc.canalblog.com qui égrène « les days, les hours, minutes, seconds... » qui restent avant la parution. Voilà, j’en ai terminé de mon labeur matinal qui, je le concède à ceux qui « m’adorent », ne m’a trop coûté d’énergie neuronale mais, en l’espèce, mon seul but étant de vous donner envie de lire l’ouvrage préfacé je n’ai fait qu’appliquer ma nouvelle devise : « on n’est jamais mieux servi que par les autres » surtout en l’espèce où l’autre est Monsieur Hugh Johnson, une référence que j’aurais bien du mal à assumer de ma petite plume badine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 00:09

Pourquoi des mots assemblés en des phrases qui, avec plus ou moins de bonheur, se parent d’une ironie légère, d’impertinence, de facilité, sont-ils reçus, par certains, en l’occurrence : un, comme des outrages me valant une cinglante réponse alignant comme des saucisses des mots relevant de la volonté de me renvoyer à ma face cachée, le côté obscur de la Force ? Écrire, comme je le fis vendredi dernier à propos de ma non-présence au 1ier Symposium du Grenache « Pourquoi n’y suis-je pas allé me direz-vous ? La réponse est simple : qu’irait faire un mécréant de mon espèce en ce Conclave de hautes huiles ? S’emmerder ! Oui, j’avoue mon incorrection totale : je préfère le samedi et le dimanche, surtout maintenant que le soleil est de retour, la compagnie de gentes damoiselles papillonnant autour de beaux verres emplis du nectar du cépage susdit. Bien évidemment, j’ai le plus grand respect pour les messes chantées avec surplis amidonnés mais que pourrais-je extraire des minutes de ce Symposium qui puisse vous passionner ? À mon avis rien car je n’y comprendrais goutte. » relevait-il de l’outrage aux organisateurs ou aux participants ?

Je laisse, à chacun sur cet « Espace de liberté » le soin de se forger une opinion et non de prendre parti pour ou contre, de délivrer une sentence. Pour ma part, je trouve que je ne faisais qu’exprimer non une opinion sur le fond du Symposium, ni sur son utilité, sa pertinence, mais mon peu de goût personnel d’aller consacrer du temps à ce type de manifestation. Nulle volonté de nuire de ma part, simple expression de ma manière d’être qui, je le concède, ne peut que déplaire à certains. Oui, je le confesse, je ne suis pas 100% vin, ma vie n’est pas dédiée qu’au vin. J’y consacre beaucoup de temps et comme je l’ai déjà dit et écrit : je mène une double vie. Que de « grands vignerons et de grands journalistes anglo-saxons mais aussi de toute l'Europe ou des pays émergeants...» le fassent, y trouvent leur miel, je n’ai strictement rien à redire. Bien au contraire je trouve ça bien puisque l’objectif en était de promouvoir un cépage pour qu’il ne soit pas kidnappé par « les Rhône rangers ou les hospices du Rhône en Californie »

Qu’on me traitât de tous les noms ne me dérange pas, je n’ai pas l’épiderme fragile mais ce que je ne peux admettre c’est le procédé « stalinien » qui consiste à faire accroire que ma bêtise crasse m’avait conduit à écrire « si c'est en anglais, j'y vais pas » Jamais au grand jamais je n’ai proféré une telle insanité. Qu’écrivais-je ? « Que dans les actes du commerce la langue véhicule fut l’anglais je l’admets mais là, dans une concélébration en terre Avignonnaise, j’aurais apprécié que le programme fusse au moins rédigé dans notre belle langue » Point c’est tout mais c’était trop car « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ». J’en conviens. Pour mieux préciser ma nébuleuse pensée je commets lundi un papier où j’écris « La langue des colloques : pour moi celle qui doit être utilisée est celle dans laquelle les intervenants conceptualisent le mieux, rien n’est plus désagréable que d’entendre un sabir mal maîtrisé, du baragouinage besogneux ou pire la lecture d’un papier avec un accent à faire frémir le plus bienveillant des bienveillants. Je suis profondément admiratif à l’égard de certains de nos amis étrangers qui pratiquent un français de haute tenue. Chapeau bas ! Pour le questionnement même jurisprudence, ça évite bien des incompréhensions et l’utilisation de faux-amis. ». Je n’ai donc, à aucun moment, plaidé pour l’usage exclusif du français. Alors, pour moi tout ça relève de l’incapacité à assumer une lecture approximative et surtout à la volonté de se poser en victime d’un gougnafier sans foi, ni loi et bien sûr sans éthique professionnelle.

Je suis toujours prêt à reconnaître mes torts, mes outrances, et même tout à fait disposé à présenter des excuses si j’ai froissé les organisateurs mais, en juriste que je suis, je demande le parallélisme des formes. En effet, lorsque je suis accusé de  « manipulation de l'information en citant un bout de texte sorti du contexte » à propos de l’introduction en français de Michel Bettane alors que j’ai cité celle-ci dans son intégralité, dans le contexte : c’est-à-dire tel qu’elle était présentée sur le site, je trouve que ce type de procédé date d’une autre époque.

Pour terminer cette chronique, sans me justifier, car je n’ai pas à le faire, lorsque j’écris « que je suis un homme qui aime les femmes », que j’adore leur compagnie c’est pour plein de raisons qui n’ont rien à voir ni avec leurs petites culottes, ni leur côté de soi-disant « ravissante idiote » (je faisais bien sûr allusion à ma pomme lorsque j’écrivais lundi « C’est très agréable d’être idiot en référence à une « Ravissante idiote » bien sûr). S’ériger en défenseur du QI des femmes afin de les préserver de mes désirs de prédateur me fait sourire. Nous conversons de tout, nous papotons sur tout et rien, nous rions pour des riens, nous buvons aussi, et je dois avouer qu’elles présentent un énorme avantage sur la gente masculine : rares sont celles qui se prennent au sérieux et elles n’envoient pas dire ce qu’elles ont envie de dire. C’est bon pour tout : l’ego, les chevilles, la susceptibilité...

Mes mots n’ont rien d’assassins ou de meurtriers, je les assume, et je permet de dire à ceux qui s’offusquent de la vivacité du débat, qui se disent navrés, que, même si je préfère les échanges à fleuret moucheté, un échange au ton vif vaut toujours mieux que pas d’échange du tout. Reste à ne pas puiser ses arguments dans une lecture fantasmée. La rancune : connais pas ! Pour preuve reportez-vous à la colonne de droite de ce blog, consultez les LIENS, le premier et vous pourrez ainsi constater que je joins le geste à la parole... À la bonne vôtre : « le bon vin m’endort, l’amour me réveille encore... »

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 00:06

« Ce qui fait la richesse de notre langue. Ces papilles qui vivent comme des filles de pape dans un palais bordé d’ivoire, sont liées à notre cerveau qui fabrique la gourmandise et la gastronomie. Le vocabulaire gastronomique et alimentaire est d’une grande richesse comparé à la pauvreté relative des capteurs du goût, nettement inférieurs en nombre à ceux de la vue ou de l’odorat [...] La gastronomie occupe une place primordiale dans la vie humaine. Ne passe-t-on pas à table deux ou trois fois par jour, trois cent soixante-cinq jours de l’année, pendant toute une vie ? Serions-nous capables de faire l’amour trois fois par jour toute l’année et toute une vie ? »   Genou-7946.JPG

Claude Gudin, auteur de ces lignes, extraites d’ « Une histoire Naturelle des Sens » (voir chronique « Et si le 6ième sens était celui de l’humour » http://www.berthomeau.com/article-et-si-le-6ieme-sens-etait-celui-de-l-humour-mm-les-degustateurs-de-vin-devorez-une-histoire-naturelle-des-sens-49426553.html )démontre que l’on peut être savant et léger et que les culs pincés, dont je tairais le nom, seraient bien inspirés de mettre un soupçon de légèreté dans leur sérieux par trop pesant. Je lui redonne la parole afin d’assurer la transition « Il peut paraître surprenant que le goût, avec si peu de terminaisons nerveuses, ait pu conquérir un si grand champ sémantique de la perception des saveurs, des préférences et des aversions alimentaires étendu au désir en général (« avoir du goût pour »), aux inclinaisons alimentaires et amoureuses, aux préférences et aux jugements esthétiques. L’agueusie (absence de goût) est moins invalidante que la cécité et la surdité, et pourtant ce sens est d’une importance capitale, peut-être à cause de la fréquence de sa mise en jeu. Il y a dans le système nerveux central des liens étroits entre la gustation et le système de régulation de l’humeur (par l’intermédiaire du système ventral hypothalamo-limbique). Ainsi, le goût est un sans fortement imprégné d’affectivité et d’émotion. Un sens qui a force de loi et qui débouche sur une réponse affective, comportementale, d’acceptation ou de refus. On peut presque dire que le jugement gustatif annonce le jugement moral. »

 

Beau sujet de symposium ne trouvez-vous pas ? Mais tel n’est pas mon propos du jour, je reviendrai sur ce sujet dans une prochaine chronique à propos d’un groupe de vrais amateurs qui, autour d’Anne-Claude Leflaive, se sont efforcés de « désapprendre la dégustation ». Comme vous vous en doutez mon passage par la langue organe n’avait d’autre but que d’en venir à la langue, le langage véhicule de l’échange entre les hommes. Pour organiser des symposiums ou tout autre rassemblement d’humains pour débattre, échanger, manger et boire repose sur l’exigence minimale de s’appuyer sur un socle de compréhension commun : soit la langue « majoritaire », soit les langues des invités accompagnées de traduction simultanée. Avant d’en venir à la fonctionnalité du langage et surtout à son utilité, une citation d’Alain Rey dans le Dictionnaire Culturel de la langue française « LE ROBERT » : « Le discours philosophique séculaire n’a cessé de jouer sur les ambigüités et les contradictions de ce concept, le « langage » voué à se mordre la queue puisqu’on ne peut le « définir » qu’en employant ses propres pouvoirs. Le langage, faculté, aptitude, virtualité, est inobservable, ce qui le rend apte aux mythes et aux théologies ; il ne peut être appréhendé qu’à travers d’autres notions, de plus en plus perceptibles. La première est celle de « langue », que certains idiomes distinguent du « langage », d’autres non (anglais language), et que beaucoup affublent du nom de l’organe charnu et mobile qui se trouve dans la bouche (l’anglais lui-même a mother tongue, « langue maternelle »). Mais « la langue » est encore une abstraction, construite à partir d’un flux qu’on peut appeler discours soit vocal (parole, palabra, parola, speech), soit graphique (écriture, writing...)

Pour en revenir, sans noms d’oiseaux ou outrances langagières, à la langue officielle du symposium sur le Grenache, je vais faire dans l’extrême simplicité en distinguant 3 usages de la langue où chacun pourra retrouver ses petits sans jouer les donneurs de leçons. 

1-     La langue à usage commercial : c’est forcément celle du client. Simplement je fais remarquer à HB (pas Human Bomber mais Hervé Bizeul) que lors d’une grande présentation de vins américains à l’ambassade des USA à Paris où les braves producteurs californiens et d'autres régions viticoles étasuniennes affichaient en anglais désirer un importateur freenchie et ne présentaient que des documents de présentation de leur gamme qu'en anglais. Je me réjouis donc comme HB que nos exportateurs parlassent, non la langue de Shakespeare, mais tout bêtement l’anglais lorsqu’ils s'en vont vendre leur vin dans des contrées lointaines où cette langue est pratiquée ou sert de langue véhicule.

2-    La langue des États : c’est la langue officielle et l'on imagine mal notre flamboyant de Villepin prononçant son discours à l’ONU en anglais sous prétexte qu’il se trouvait aux USA (certes dans une enclave internationale). Plus prosaïquement, dans les négociations européennes (j’ai pratiqué au temps de Miss Tatcher) chaque représentant utilise son idiome national et les traductions sont simultanées. Les documents officiels sont traduits par des juristes-linguistes dans toutes les langues de l’UE. J’ai écrit dans la chronique qui a attiré l’ire de HB « Je suis profondément européen, ce que ne sont pas la majorité de nos amis anglais – c’est leur droit – le Traité de Rome est un acte majeur que trop de baragouineurs semblent bien facilement passer par pertes et profits. Résultat : alors que la langue française est une langue officielle les grisouilloux de la Commission ne se donnent même plus la peine de publier leurs torchons en français. Ça me fâche. Je suis pour la stricte égalité de traitement. » Je persiste et je signe. Nos amis québécois dans un océan anglophone font exister leur langue, la nôtre. Deux anecdotes rapides : j’ai eu un Ministre : Michel Rocard pratiquant un anglais impeccable qui s’auto-traduisait, très commode ; ensuite j’ai beaucoup discuté avec mes homologues anglais, où qu’ils fussent:à Londres à Bruxelles, à Paris  ils étaient toujours monolingues : la leur. Depuis je me rattrappe face aux monologues qui ne font aucun effort.

3-    La langue des colloques : pour moi celle qui doit être utilisée est celle dans laquelle les intervenants conceptualisent le mieux, rien n’est plus désagréable que d’entendre un sabir mal maîtrisé, du baragouinage besogneux ou pire la lecture d’un papier avec un accent à faire frémir le plus bienveillant des bienveillants. Je suis profondément admiratif à l’égard de certains de nos amis étrangers qui pratiquent un français de haute tenue. Chapeau bas ! Pour le questionnement même jurisprudence, ça évite bien des incompréhensions et l’utilisation de faux-amis. Dans le cas d'espèce je rappelle que mon seul souhait était que le programme soit rédigé dans les deux langues. Le reste, c'est-à-dire les élucubrations de HB sur mon refus de venir pour cause d'anglais obligatoire tiennent à sa mauvaise humeur que je ne me sois pas déplacé pour recueillir ses augustes paroles. Je plaisante bien sûr !  IMG00133.jpg

Reste l’after Work, là c’est la convivialité qui prime et chacun se débrouille avec son bagage. Pour ma part, comme je suis incorrigible j’adore me voir flanquer d’une adorable traductrice qui remédie, comme dirait le souriant HB, à ma bêtise crasse. C’est très agréable d’être idiot en référence à une « Ravissante idiote » bien sûr. Sans conclure, je me permets tout de même de conseiller au pourfendeur de mes modestes et parfois trop ironiques écrits de les lire d’abord, de tenter de les comprendre ensuite avant d’enfourcher des haridelles fourbues qui ne mènent nulle part. 

 

Hier matin mon hébergeur Overblog n'a pas envoyé le message habituel pour vous prévenir de la mise en ligne de ma chronique. Certains de vous s'en sont émus je les remercie de leur fidélité. Si cela se renouvelle à l'avenir il vous suffit d'aller sur www.berthomeau.com et vous pourrez ainsi lire mon impérissable prose. Désolé que vous ayiez ensuite reçu dans la journée 2 messages puis une newsletter vous prévenant de l'incident déjà réglé je ne suis qu'un petit locataire et suis à la merci du bon vouloir de mon hébergeur.  

 

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