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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 00:09

Parler d’œufs le lundi de Pâques rien de plus normal, sauf que ce jour-là y sont plutôt en chocolat et que les cloches de retour de Rome les ont balancés la veille dans les jardins potagers. Mais je profite de cette actualité pour tirer la sonnette d’alarme : les limonadiers modernes abandonnent de plus en plus l’œuf dur de comptoir. Vous savez ceux que l’on trouve par 6 dressés en rond sur un présentoir autour d’une salière. Espèce en voie de disparition : réagissons !

Tom-7300.JPG Que voulez-vous pour moi c’est un paquet de souvenirs qui passerait ainsi à la trappe, toute une gestuelle de bord de bar, un rituel de bourse-plate. En effet, au temps de mes études de Droit à Nantes où nous passions plus de temps dans les cafés que dans les amphis de la Jonelière (des préfabriqués où nous nous gelions les fesses en hiver et étuvions aux beaux jours) – pardon Norbert pour ce manque d’assiduité qui explique tous les trous de mon savoir juridique – le soir après le cinéma ou les tonus (les fêtes) nous nous retrouvions dans un petit bistro tout étroit qui faisait face à l’atelier de composition du journal Presse-Océan (ex-Résistance de l’Ouest). Sa caractéristique : être ouvert jusqu’à pas d’heure. Vu l’état de nos moyens financiers l’œuf dur s’imposait et le ballon rouge suivait pour faire couler le morceau.

Comme l’écrit Jacky Durand dans Libération « l’œuf dur est un aliment singulièrement dual : il tient tout à la fois de la frugalité et de l’abondance, de l’en-cas où il est seul en scène et du gueuleton où il joue les troisièmes rôles dans des recettes du dimanche. » En ces temps de bourse plate mais de jour le jour nous ne vivions pas d’amour et d’eau fraîche mais d’œufs durs et de petit rouge ; pour l’amour c’était plus compliqué mais là n’est pas la question du jour. Dans de prochaines chroniques je reviendrai, non sur nos exploits amoureux pré-soixante-huitard, mais sur deux must de l’œuf : les aux plats et l’œuf mayo.

Le rituel de l’œuf dur de bord de bar est très précis. Pour écailler l’œuf dur il faut un certain doigté, je dirais même du touché comme un pianiste, sinon c’est l’écrabouillement, la ruine, l’épandage de débris de coquille sur le zinc du bar, l’horreur quoi. Pour faire un œuf dur qui s’écaille facilement en bande régulière qui n’accroche pas le blanc il faut que l’œuf originel ne soit pas trop frais. Bref, le toc-toc discret qu’évoque Prévert (le titre de ma chronique) fait la différence entre l’habitué et le gus qui se la joue popu. Une fois l’œuf dénudé le décapiter à la bonne hauteur, c’est-à-dire sans mordre dans le jaune, d’un coup de bouche demande une expérience de vieux routier. Vient ensuite l’assaisonnement en tapotant la salière, celle-ci dans les bonnes maisons fonctionne sans avoir recours à un curage des trous. La dégustation, par petites bouchées, sépare le monde en deux camps irréductibles : les goinfres et les gourmets. Pour les premiers c’est 2 ou 3 bouchées avec en ligne la descente immédiate du ballon de rouge, pour les autres c’est la becquée entrecoupée de petites gorgées de nectar (à notre bar c’était du rouge syndical 6 étoiles de la maison Sénéclauze dit cotes du rhône). Sévissait aussi en ces temps-là des barbares accompagnants leurs œufs durs de bocks de bière pression avec en son sein une peuplade redoutable : les adeptes du Picon bière.

En France l’œuf de poule est roux et, contrairement à une idée reçue la coloration de la coquille ne joue aucun rôle dans le goût de l’œuf. Cuire un œuf dur est à la portée du premier individu de sexe masculin élevé comme un gros naze par sa mère puisqu’il suffit de le faire cuire une dizaine de minutes dans de l’eau bouillante. La cuisson d’un œuf mollet relève lui d’un talent réel que peu d’individus mâles en pantoufles possèdent d’où l’expression féminine qu’ils reçoivent en revers lorsqu’ils protestent devant leur télé sur la qualité du frichti surgelé réchauffé micro-ondes :« va te faire cuire un œuf ! »

Alors, chers lecteurs, allon-nous assister les bras croisés, sans réagir, à la disparition du petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain au pied d’un ballon de rouge ? Ce serait un pan entier de la culture populaire française qui disparaîtrait et ce serait inacceptable. Exigeons de nos limonadiers le retour sur le zinc du petit présentoir de 6 œufs durs et de la salière ! Je propose pour que les bobos fassent chorus avec nous : l’œuf dur bio accompagné de sel gris de Guérande...

Bon appétit et Joyeuses Pâques !

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 00:03

Mon singulier n’est que générique, votre belle bouteille peut se parer du pluriel bien sûr. Nous sommes le jour de Pâques et c’était le jour où maman, comme le voulait la tradition, nous servait du gigot d’agneau avec des flageolets. En ces temps là, la viande d’agneau, comme la viande tout court, hormis celle des volailles de notre basse-cour et des lapins des clapiers de mémé Marie, relevait du luxe sur les tables de la Vendée profonde. Les moutons achetés par les bouchers de la Mothe-Achard venaient du Sud de la Vendée, à la fois de la Plaine où ils pâturaient comme dans le Bassin Parisien les chaumes des emblavures céréalières et des prés salés de la baie de l’Aiguillon s/Vie.

 

L’Anse de l’Aiguillon fait face à l’Île de Ré, aux limites de la Vendée et de la Charente-Maritime, et la Sèvre Niortaise vient y mêler ses eaux avec l’Atlantique dans une embouchure qui s’évase sur plus d’un km de largeur. Viennent aussi  s’y déverser les principaux canaux de dessèchement du Marais Poitevin (Venise Verte). Elle est en partie poldérisée du fait de l’abri constitué par la flèche sableuse de la pointe de l’Aiguillon et depuis le décret du 9 juillet 1996 c’est une Réserve naturelle nationale. Les communes qu’elle recouvre, du moins celles de Vendée, Champagné-les-Marais, Saint-Michel-en-l’Herm, Sainte-Radegonde-des Noyers... sonnent toujours à mes oreilles.

 

Nous mangions donc de l’agneau de pré-salé. Certes le nôtre n’a jamais atteint la notoriété de ceux de Pauillac ou de la Baie du Mont-Saint-Michel ou de la Baie de Somme même si ces derniers mettent sur le marché que des quantités confidentielles. En quelques mots dans la « famille agneau » sachons distinguer : l’agneau de boucherie, dit agneau blanc même si sa viande est rosée claire, est élevé et engraissé en bergerie ; l’agneau d’herbe qui a grandi en plein air se nourrissant d’abord de lait maternel puis d’herbe. Sa chair est plus colorée que celle du précédent ; l’agneau de lait qui, comme son nom l’indique, se nourrit exclusivement du lait de sa mère, il est léger, 7 à 10kg, vu son âge d’abattage : 1 à 2 mois, sa chair est blanche et d’une saveur peu prononcée ; enfin l’agneau de pré-salé moutonbis.jpg

Le lieu d’engraissement de celui-ci lui confère une viande d'une saveur exceptionnelle due principalement aux herbes marines salées qui tapissent les prés recouverts par les grandes marées et dont se régalent les brebis. « Les marais salés sont la partie supérieure de la zone de balancement des marées (estran ou espace intertidal). Ils se développent dans le fond des baies et des estuaires, là où une sédimentation fine se produit, à l’abri des houles et des forts courants. Les plantes qui occupent cet espace sont adaptées à la présence d’eau salée et se répartissent selon un gradient de salinité du substrat. Sous pâturage, les marais salés sont constitués d’une prairie très largement dominée par la Puccinellie qui est pratiquement la seule plante capable de supporter un pâturage régulier. »

 

Par les temps qui courent ces marais salés sont de fantastiques usines biologiques qui devraient constituer pour les consommateurs, soit disant préoccupés par l’agriculture durable en tant que citoyens, des lieux qui ne soient pas que des réserves d’indiens mais aussi des pompes à valeur ajoutée pour les éleveurs. Mais, comme d’habitude, sous la pression du moins cher que moins cher, des nouveaux épiciers monopolistiques, les Français consomment essentiellement de la viande de mouton importée de Nouvelle-Zélande. Au lieu de toujours râler, de verser des larmes de crocodiles sur la disparition des éleveurs du Massif Central, d’aller chercher midi à quatorze heures, mettre sous le nez de nos concitoyens la somme de leurs contradictions permettrait sans aucun doute de leur faire prendre conscience que l’élevage à l’herbe, dans les zones difficiles, constitue le seul recours. Nous nous retrouvons dans la configuration de l’industrie textile dans les années 80. Si rien n’est fait pour que le revenu de ces éleveurs ne soit plus constitué que par des primes européennes, et en dépit des éternels poujadistes qui nous serinent que leurs impôts doivent essentiellement financer les flics et les militaires et que les éleveurs n’ont qu’à se reconvertir et faire pousser des fraises hors-sol, la réinjection d’un tout petit peu d’argent dans le prix de ces produits de haute qualité sociale et environnementale est un impératif. Là encore qu’on ne vienne pas me chanter la ritournelle que le « moins cher du moins cher » n’est là que pour réinsuffler du pouvoir d’achat aux catégories les plus défavorisées. Allez donc voir le contenu des caddies à la sortie des grandes surfaces et vous serez édifiés.

 

C’était mon couplet pascal (si vous souhaitez en savoir plus sur le fond de mon analyse allez lire ou relire après le gigot pascal ma chronique (Le discount ou comment fabriquer des pauvres : merci JP Coffe de promouvoir le modèle WAL•MART http://www.berthomeau.com/article-31535901.html ). La facilité de beaucoup, qui relève de l’ignorance et d’une certaine forme de mépris, m’exaspère. Je leur conseille, même s’ils se tamponnent de mes conseils, d’aller voir le film de Dominique Marchais « Le temps des Grâces ». C’est un vrai documentaire qui rend intelligent car il ne présente pas la réalité en noir et blanc mais avec tous ses contrastes, ses nuances, ses contradictions... Comme l’écrit un critique de cinéma c’est « Une enquête belle et profonde sur le monde agricole français d’aujourd’hui. Le film questionne de l’intérieur la rationalité qui a présidé aux grandes métamorphoses du travail de la productivité et du paysage. A travers des récits d’agriculteurs, d’agronomes, d’écrivains et d’autres témoins, à un rythme aussi serein que prenant, il évoque le rôle que pourrait tenir l’agriculture dans un nouvel art de vivre et un projet politique commun. »  le_temps_des_graces-7d92b.jpg

Donc comme j’ai fait tout le boulot pour le gigot de l’agneau pascal reste pour vous à contribuer, donc à choisir la belle bouteille qui va avec et, si vous avez un peu de temps à perdre en ce jour de Pâques au temps peu clément, vous pouvez éclairer ma lanterne et celle de mes chers lecteurs par le truchement des commentaires.

Joyeuses Pâques à tous !

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 00:09

Une fois passé l’annonce du seul pourcentage qui vaille la peine que l’on s’attarde sur lui : celui de la participation des électeurs inscrits, les soirées électorales à la télévision nous offrent le spectacle d’un tourbillon échevelé de pourcentages qui, surtout dans des scrutins locaux, offrent la particularité de couvrir des réalités fort contrastées. Mais la réalité des voix obtenues par les uns et par les autres n’intéresse en rien la gente journalistique, ce qui compte pour elle c’est de mettre en avant des combats singuliers entre Macheprot et Tartemolle ou la renaissance d’un Phoenix de ses cendres.

Dimanche soir l’angoisse rongeait les commentateurs parisiens : « est-ce que l’ex-postulante à la fonction suprême allait monter, si vous me permettez l’expression, sur la première marche de la « vague rose » qu’avait d’ailleurs quelques auréoles vertes et rouges ? » Ils frétillaient. « Allait-elle ainsi griller la politesse à sa rivale installée dans le fauteuil de son ex : le volage et infidèle François ? » Faut dire que dans le pays du beurre AOP « Charente-Poitou » la dame brandissait fort tôt, avec une gourmandise carnassière l’oriflamme de sa victoire. Bref, ses 60,61%, lui offraient-ils à nouveau un destin national ?

Franchement je trouve que, même s’ils n’avaient pas grand-chose à se mettre sous la dent, nos lecteurs de prompteurs en ont fait des tonnes. Y’en a pas un seul qui a pensé – mais ces gens-là pensent-ils ? – à remettre les % en perspective et ainsi faire un peu dégonfler le soufflé. Moi, en vieux routier de la carte électorale, je savais que la dame du Chabichou allait devoir se contenter de la pire des places : la 2de. En effet, du côté de la grosse région Midi-Pyrénées, un vieux routier de la politique, Martin Malvy, du haut de ses 74 ans, allait rafler la mise : 67,77% soit 7 points de plus, donc bien plus que l’épaisseur d’un boyau.

AnquetilPoulidor692H500.jpgMais une fois ceci écrit revenons à la réalité des voix :

-         les 67,77% dans le Midi-Pyrénées représentaient 740 430 électeurs sur 1 040 942 suffrages exprimés et 2 038 0033 inscrits.

-         Les 60,61% de celle qui voulait remonter sur Paris représentaient 392 292 électeurs sur 647 202 suffrages exprimés et 1 284 411 inscrits.

-         Le troisième sur le podium avec ses 59,68% est lui aussi un jeune homme de 67 ans : René Souchon en Auvergne soit 305 815 électeurs sur 512 455 exprimés et 994 049 inscrits.

-         à ce petit jeu du poids d’un fauteuil de président ou de présidente les 3 poids lourds sont dans l’ordre : Huchon 1 720 644 électeurs (56,69%), Queyranne 994 372 électeurs (50,76%) et Vauzelle 747 297 électeurs (44,11%). Sur cette base j’aurais bonne mine à crier « Huchon président ! »

-         Ile de France+Rhône-Alpes+Provence-Alpes-Côte d’Azur c’est 14 205 785 inscrits sur un total de 42 434 822 soit un 1/3 du potentiel.

-         Enfin le vieux de chez vieux, le tombeur de Jospin, l’innommé, lui a fait 387 481 voix en PACA et sa progéniture 301 201 voix dans le Nord-Pas-de-Calais...

Il est des soirs d’élections où je rêve de voir René Rémond ressusciter d’entre les morts pour mettre un peu de pertinence dans les commentaires. Mais, comme tout le monde s’en fout, la prochaine fois j’organiserai un banquet de l’Amicale des Bons Vivants... si tant est qu’elle aussi ne soit pas devenue un grand fleuve d’abstentionnistes mon appel du 22 mars L’Appel des Verres : le seul «Mouvement du 22 mars» refondateur s’étant révélé un bide total   http://www.berthomeau.com/article-l-appel-des-verres-le-seul-mouvement-du-22-mars-refondateur-47193159.html et dieu sait qu’il était aussi beau, même bien plus, qu’un discours... mais là je m’égare... je suis un incompris du genre à faire moins de 5% à l’élection au bureau du club des boulistes de la Roche Migennes... mais pour le bien vivre : ne vous abstenez pas, votez pour moi ! Et un petit coup de Résidents de la République pour la route ! 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 00:05

Au sens de nos régions administratives – celles pour qui nous votons ce jour, du moins ceux qui n’ont pas oublié qu’un bulletin de vote vaut mieux que le bruit des bottes –  fruit d’un pur compactage départemental faisant fi de l’histoire, la réponse est non. Le nouveau Connétable de Bourgogne qui sortira des urnes, et qui ne sort pas de Sciences Po parce qu’il est véto : sacré François – pas le Débonnaire qu’a un faible pour les GCC mais qui commence à mettre son nez dans le Beaujolais – devra jeter un pont en direction de ce Lyon qui, comme le dit, Bernard Pivot a trahi son vieil amour au profit du Côte du Rhône par pure jalousie du temps où « le beaujolais nouveau flambait à Paris ». Mais n’anticipons pas, je prendrai ma plume en temps voulu pour interpeller les fraîchement élus – les Languedociens ne vous marrez pas je n’ai pas écrit frèchement.

Face aux difficultés présentes des vignerons du Beaujolais ma question peut paraître bien dérisoire, anodine. Pas si sûr mes chers lecteurs car il faudra bien, en dépit des débiteurs de ya ka, mobiliser les énergies et des moyens pour accompagner la grande mutation des vignerons du Beaujolais. En effet, il est facile de conseiller la rigueur aux autres, de trier d’une belle main qui se contente d’écrire le bon grain de l’ivraie, de se faire le comptable des fautes des uns et des autres, de dire que les meilleurs s’en sortiront mais à propos qu’elle était la question posé par mon petit gars du Beaujolais ?

Moi je ne suis pas là pour pondre un « nouveau putain de rapport»  mais seulement pour tenter d’aider. Faudrait quand même que certains sortent le nez de leurs verres et aillent trainer leurs guêtres même chez ceux qui se sont contenté de produire du raisin. Ou bien il ne faut pas pleurer sur les vignes arrachées et se contenter de verser des larmes de crocodiles sur la détresse de certains.  Devant le vin y’a des vignes et dans les vignes il y a des hommes. Se colleter à la pâte humaine c’est d’abord l’accepter telle qu’elle est. J’ai déjà « eu fait » dans les salles des fêtes des Aspres ou des Fenouillèdes, dans les mairies de Charente et de Charente-Maritime et croyez-moi, chers confrères, y’avait là une flopée de braves gens qui méritaient mieux que des leçons. Comprendre n’est pas brosser les gens dans le sens du poil mais aller sur leur terrain pour tenter de les convaincre. Quand aux consommateurs ça n’est pas leur problème j’en conviens aisément mais, soyons honnêtes, le % d’entre eux qui nous lit ou attend nos avis étant aussi mince que la taille d’un top-modèle, prendre leur défense prête un peu à sourire. Le gros de la troupe qui pousse son caddie, qui n’intéresse guère les plumitifs du vin, fait ce qu’il peut avec ce qu’il a et il faudra bien un jour s’intéresser d’un peu plus près à lui.

La qualité des commentaires venus de la « base » m’ont convaincu que, même si le chemin que je prenais était ardu, je n’avais pas eu tort de m’y aventurer. Comme je l’ai écrit j’irai à mon rythme et ce matin je vous propose de lire un beau texte qui répond à la question posée en titre de cette chronique dominicale.  Tom-7171.JPG

« Beaujolais ! Le joli nom pour un joli vin. Le vin ravit le palis, le nom flatte l’oreille. Créons pour lui un dicton :

Beaujolais,

Doux à l’oreille, doux au palais.

Le Beaujolais est-il bourguignon ? Nous avons vu soutenir la nécessité de sortir de cette étroite et ingrate prison qu’est une province limitée avec trop de parcimonie. D’ailleurs, pour le Beaujolais, la coutume a fait justice de l’arbitraire qui a réduit l’ancienne Bourgogne à trois départements. Pour avoir la certitude que le Beaujolais est bourguignon, il n’y a qu’à regarder ceux qui le font, Bourguignon de la tête aux pieds.

La contrée est traversée par les Monts du Beaujolais. Ils s’avancent en cap dans la vallée de la Saône, dominent d’avenants paysages et, par les collines du Charolais, se relient au plateau de la Côte d’Or. La surface générale des vignobles présente un vaste plan incliné descendant de petites montagnes dont les flancs s’abaissent vers la Saône. Ce plan est formé de mamelons et de ravins au fond desquels courent des ruisseaux à lits de torrents, bordés d’arbres, de buissons, de grasses prairies. Les vignes fleurissent sur les parties les mieux exposées au midi et à l’est. Elles occupent les plateaux des étages supérieurs des collines mais à mesure qu’on s’élève vers les crêtes de la chaine dominante les vignes deviennent moins continues, les prairies plus nombreuses.

Le beaujolais proprement dit s’applique à l’arrondissement de Villefranche et produit les vins les plus fins. Le Mâconnais vient ensuite, qui s’applique à l’arrondissement de Mâcon.

Le Gamay est, dans le Beaujolais, le cépage des premiers crus. Dans la Côte d’Or, producteur abondant, il abdique toute prétention : il en va autrement dans cette province. Lui apportant tout ce qu’il a de corps et de chaleur, il a fait avec elle un véritable mariage d’inclinaison. Union fut rarement plus féconde ni ne donna, au pays des vins, plus remarquable postérité. Comptez leurs beaux enfants : Moulin-à-Vent, Chénas, Brouilly, Morgon, Juliénas, Fleurie... 

Une bouteille de Fleurie est d’un commerce infiniment agréable. Et l’on a vu, tant il a l’éloquence entraînante, aux repas où il fut servi, les bonnets s’envoler sur les ailes de l’insidieux Moulin à Vent.
 

On entre dans le Beaujolais tout de suite au sortir de Mâcon par Solutré. On laisse, à gauche, le vieux château de Saint-Léger qui domine la route des Allemands – où le souvenir ne s’est pas perdu de ces mercenaires requis par les divers partis, au temps des guerres civiles, et pour lesquels <mâcon, afin de payer leur solde, dut engager sa vaisselle d’argent.

Solutré découpe à l’horizon, où il s’avance en promontoire, son rocher caractéristique. L’histoire lui doit moins peut-être que la préhistoire. Des civilisations successives y ont passé. Elles y ont laissé leur trace, non leur secret.

A quel âge du monde appartenaient les plus lointaines, et lequel de ces peuples y planta la vigne ?

Si Solutré a son cru, Pouilly, du même lieu, a le sien ; mais il a perdu son ancien château dans la querelle des ducs qui a fatigué si horriblement le pays. Pouilly, dont on répète le nom évocateur avec un si grand plaisir, ne serait plus qu’un souvenir a peu près effacé, sans la finesse de ses vins, d’une si franche couleur d’or, d’un fruit si agréable, qui ont été placés dans les premières classes des vins blancs.

C’est à Thorins-Romanèche qu’est le centre des vins fins du Beaujolais. Le vignoble commence au pied de l’antique village dont le nom, Romanèche, est un écho romain. Il s’étend sur les plus larges flancs des coteaux aux rampes adoucies. Au milieu, sur un plateau circulaire, se dresse un moulin. L’étudiant de Gustave Nadaud disait dans la « Lettre à l’étudiante » : « Cela tourne à mourir de rire, on n’a jamais bien su comment.

Celui-ci ne tourne plus. Un jour d’orage, il a même laissé emporter ses ailes inutiles.. Tout rond, drôlement coiffé, avec un cœur dont le tic tac est mort, il est resté planté sur son affleurement de roches granitiques. Il n’y est plus qu’une enseigne : c’est, pour le touriste, le moulin à vent du « Moulin à Vent ».

 

 

Texte de Georges Montorgueil et dessins d’Armand Vallée in Monseigneur le Vin livre Troisième. 1926Tom-7176.JPG

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 00:03

Lorsqu’en 1976, Bernard Auberger, tout nouveau directeur à la Direction des Marchés et des Echange Extérieurs, Inspecteur des Finances, me recrutait pour mon premier emploi comme chargé de mission contractuel, pour selon son expression « insuffler de la réflexion économique » dans sa Direction plutôt plonplon, je le fus en tant que spécialiste des productions animales (ma thèse sur le cochon brassait quelques idées iconoclastes).  Je m’installai dans un minuscule bureau du 2d étage de la rue Barbet de Jouy à quelques pas de celui du directeur. Ma première découverte fut celle de l’importance du chef de bureau premier maillon de la chaîne qui menait jusqu'au Ministre. Tout ou presque lui tombait dessus, les gros et les petits dossiers, les interventions, les notes pour le cabinet, les réunions en tout genre : un vrai soutier. Yves Van Haecke, énarque de 32 ans occupait alors les fonctions de chef du bureau de la Viticulture.

7411.jpgVu mon tropisme pour les poules et les cochons à cette époque nous n’eûmes pas l’occasion de travailler ensemble. Nous nous retrouvâmes en 1983 alors que je venais de rejoindre le cabinet de Michel Rocard pour traiter plus particulièrement le dossier de la viticulture languedocienne dans le cadre des négociations d’élargissement de l’Europe à l’Espagne et au Portugal et que lui, après un détour par la Préfectorale, était revenu à ses premières amours en tant que sous-directeur des productions végétales. Yves, passionné, travailleur infatigable, créatif, m’alimentait à jet continue de notes et de réflexions souvent transcrites de son écriture fine et sinueuse. Nous n’étions pas du même bord politique mais notre collaboration fut toujours sans faille, loyale et franche. Depuis, dans les hauts et les bas de nos vies professionnelles, nous nous ne sommes jamais manqué. Estime et fidélité nous liaient et ce billet dominical je le lui dédie car une maladie foudroyante vient de l’emporter.

Jeudi dernier, à l’église Ste Jeanne d’Arc de Versailles, ce qui m’a frappé et réconforté, dès mon arrivée, c’est que quelques membres de ce que je qualifierais, dans un raccourci rapide, de Confrérie des anciens de la Viticulture, étaient présents : Dominique Defrance, Philippe Balny, Christian d'Ornellas qui furent eux aussi chef du bureau de la Viticulture, Robert Tinlot grande figure de la répression des Fraudes puis de l’OIV, PML l’homme de l’Office des Vins de Table, Jean-Marie Domergue de la DIAA, Jean Moulias chef du service de la Production... Sans vouloir idéaliser une époque révolue, sans entonner l’hymne des regrets du c’était mieux avant, force pourtant est de constater qu’au sein et autour de ce petit bureau de la viticulture de la rue Barbet de Jouy gravitaient des fonctionnaires qui s’impliquaient bien au-delà des dossiers, qui se sentaient partie prenante des problèmes, se colletaient aux hommes du vin, les appréciaient, les respectaient. Jérôme qui les a côtoyés pourrait en témoigner.

Par delà cette évocation de la mémoire d’Yves je voudrais au travers de son parcours rendre un hommage appuyé à tous ceux qui, comme lui, ont consacré leur vie au service de la chose publique. Loin de l’image du haut-fonctionnaire, hautain, lointain, déconnecté des réalités, Yves Van Haecke est toujours resté un type simple, souriant, affable, à l’écoute, ne ménageant pas sa peine, courageux. Ses mandats électifs en témoignent : maire d’Avallon (1995-2001), Conseiller Général de l’Yonne (1992-1998), député de la 2ième circonscription de l’Yonne (1992-97). En ce jour d’élections où certains, sous le fallacieux prétexte du désintérêt de la chose publique, vont s’abstenir, permettez-moi, sans donner de leçon à quiconque, de mettre en avant tout ce qui nous séparait Yves et moi et qui ne nous a jamais empêché de travailler ensemble, de nous apprécier, de nous comprendre et de lier une amitié simple et fidèle. Le bien-vivre ensemble par-delà les différences, les oppositions ou les prises de positions, passe aussi par une démocratie apaisée. Salut à toi Yves homme de bonne volonté.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 00:04

Ce dimanche matin je vais faire œuvre d’immodestie ce qui, j’en suis persuadé, n’étonnera guère ceux qui n’aimaient rien tant que de me voir moisir dans mon placard. Qui, en dehors du sérail politique, connaissait, avant qu’il fut nommé par le Président de la République 1ier Président de la Cour des Comptes, Didier Migaud ? Pas grand monde en effet avait suivi son impeccable parcours depuis son élection en 1988 comme député de la 4ième circonscription de l’Isère : rapporteur général du budget sous Jospin puis président de la commission des Finances dans la dernière législature. Le type est tout sauf bling-bling, mais sérieux, bosseur, rigoureux, compétent et, comme de le disent ses camarades socialistes qui adorent ce genre de saillies « terne et ennuyeux ».

didier-migaud-un-doigt-leve_1207928615.jpgAlors me direz-vous quel rapport avec moi ? Un seul, si je puis qualifier notre recruteur commun : Louis Mermaz. En effet, lorsque je rejoignais le cabinet du Président socialiste de l’Assemblée Nationale, au début juin 1981, Didier Migaud occupait le poste stratégique de directeur du cabinet du président du Conseil Général de l’Isère Louis Mermaz. Fils d’un notaire de Château-Chinon intime du François de Jarnac, ce jeune homme, il a 4 ans de moins que moi, cultivait la discrétion comme une plante en pot. Loin des ors de Lassay, De part mon goût prononcé pour le terrain je me colletais les dossiers des entreprises iséroises et j’étais souvent en contact avec lui. À l’hôtel de Lassay, mon directeur de cabinet, un énarque flamboyant, cultivait des ambitions électives en Isère et toisait ce pauvre Migaud, si terne, si modeste. L’Histoire a ainsi de ces volées de bois vert : l’autre n’a jamais été ni élu, ni aux cimes publiques et voila Migaud qui se retrouve lui à la tête d’une des plus prestigieuses institutions de la République.

Didier Migaud fut un fabiusien zélé et je suis content de sa référence, dans son interview au Monde où il justifie son acceptation, à Michel Rocard lorsque celui-ci dit que la République à intérêt à fonctionner dans un cadre plus apaisé. Bref, j’en reviens après ce long détour, au fond de mon propos dominical : la compétence. Dans l’imaginaire collectif, la compétence est à droite et le monopole du cœur à gauche. Comme me le faisait remarquer un ancien directeur de la FNSEA au dernier Salon de l’agriculture : « vous aviez deux fois plus à prouver... » En effet, le procès en incompétence fait parti intégrante du discours de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Lorsque je dus affronter les charges de certains petits marquis contre le contenu de mon rapport j’eu droit au qualificatif de « haut-fonctionnaire parisien » avec le sous-entendu infâmant « de gauche ». Ça ne m’a jamais ému. Avec mon immodestie naturelle j’ai toujours tracé ma route sans me soucier de tous ceux qui n’avaient jamais mis les mains dans le cambouis. Pour autant suis-je compétent ? Ce n’est pas à moi d’en juger et je regrette que Thierry Jacquillat, l’ancien Directeur-Général du groupe Pernod-Ricard, qui nous a quitté tout récemment, ne puisse répondre à ma place. Fidèle lecteur de ce blog je salue sa mémoire d’Ardéchois discret et fidèle en amitié.entrees-le-21-08.jpg

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 00:06

C’est un peu comme si le bel Alexandre Stavisky dit Sacha, le 7 janvier 1934, au lieu de se suicider « d’un coup de révolver qui lui a été tiré à bout portant » s’était contenté de changer de nom. Toujours en parodiant le Canard Enchaîné de l’époque qui ironisait « Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c'est que d'avoir le bras long »  je souligne, avec une ironie non feinte, que nos bras longs à nous sont bien plus astucieux car, suite  à leur indigestion de « produits pourris », dont ils s’étaient goinfrés, qui nous a précipité dans une « belle » crise mondiale, eux savent laver leur linge sale dans le grand tambour de la communication institutionnelle : Calyon change de nom nous dit-on sur les écrans de télévision !

Mais qu’est-ce donc ce Calyon ? Ce n’est pas, en dépit de ses « vertus » laxatives, une marque de suppositoires contre la constipation. Calyon est née de la fusion des activités banques de financement et d’investissement du Crédit Agricole et du Crédit Lyonnais après le rachat de cette dernière en 2003. Pour ce dernier, nos banquiers agricoles nous ont déjà fait le coup en masquant la mauvaise réputation du Lyonnais sous 3 initiales LCL, le tout accompagné d’une lourde campagne de promotion du nouveau flacon à la télévision. Comme la posologie semble s’être révélée payante, nos gars du boulevard Pasteur repassent les plats : Calyon sera rebaptisé Crédit Agricole Corporate Investment Bank, ou Crédit Agricole CIB pour les intimes.

Pour lancer l’opération y s’offrent les services d’un vieil écossais - normal après la cigale c'est la fourmi - qui porte beau : l’ex James Bond Sean Connery. Sans changer la nature de la cérémonie, si je puis m’exprimer ainsi, ils habillent la nouvelle mariée d’une robe du plus bel effet :«Ce changement de marque, 18 mois après la mise en place de notre nouvelle stratégie au service des besoins de nos clients et de l’économie réelle, est une nouvelle étape importante dans notre développement. Il confirme l’ambition du groupe Crédit Agricole dans la banque de financement et d’investissement : celle d’un engagement partenarial aux côtés de nos clients - grandes entreprises et institutions financières - pour contribuer à la réalisation de leurs projets, en France comme à l’international» a déclaré Patrick Valroff, directeur général de Crédit Agricole Corporate and Investment Bank.
C’est’ y pas beau ça mes amis ! Un peu de paille dans les sabots avec l’agricole crédit plus une grosse couche qui sonne Wall Street : Corporate and Investment Bank, ça pose son homme vous ne trouvez pas ? Alors que le Salon de l'agriculture ouvre ses portes je trouve cela fort goûteux pour les agriculteurs.

Avant que les hommes du terroir de la rue de la Boétie se payent la Caisse Nationale,  au temps du couple Barsalou-Douroux, il était de bon ton, pour bien vanter l’enracinement du groupe Crédit Agricole dans son terroir, de vanner le pauvre Crédit Lyonnais en se gaussant de son patronyme le rattachant à la capitale des Gaules.
Sans ironiser plus que de raison la question pourrait aussi se poser pour la Banque Verte : agricole vous avez dit agricole ? Sa frilosité dans notre beau secteur m’a toujours étonné. Sans doute peut-on y voir les séquelles d’aventures passées pas très bien maîtrisées mais tout de même, en dehors de quelques bricoles dans le portefeuille de l’IDIA, ce n’est pas la joie et c’est vraiment petit bras. Trop risqué, manque de rentabilité, absence de stratégie, l’agricole crédit ne risque pas l’ivresse à notre endroit. Mais je suis sûr qu’avec Crédit Agricole Corporate Investment Bank tout va changer dans le style Beigbeder fait son blé en Ukraine ! Le Crédit Agricole ne serait-il plus qu'une marque déclinable à tout vent en fonction de l'air du temps ?

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 23:20

Ce dimanche j’offre mon Espace de Liberté à une initiative à Pierre Leclerc, homme du vin, un passionné, un homme de cœur et de conviction. Merci de lui consacrer un peu de votre temps de lecture dominical à son appel, cosigné avec 15 autres personnalités venues d’horizons divers, à trois mesures urgentes pour faire face aux dangers de famines mondialisées.   

 

RÉPONSES URGENTES AU DÉFI ALIMENTAIRE

 

Appel à trois mesures, face aux dangers immédiats de famines mondialisées

 

La population mondiale a été multipliée par 2,7 depuis 1950

Longtemps, l’agriculture a fait plus que répondre à cette explosion : elle a également réduit la faim, amélioré la ration alimentaire moyenne, et même connu des excédents importants dans quelques pays. En revanche, depuis 2000, c’est l’inverse, au point que les stocks des produits les plus indispensables (blés, riz, maïs….) sont tombés à des niveaux dangereux : depuis 6 ans, ils ne représentent plus que 16 à 20 % d’une année de consommation.

 

Les dangers de grandes famines sont de retour (1).

 

Dès 2007, il y a eu des émeutes de la faim en Asie, Amérique centrale et Afrique

Cette « première crise alimentaire intercontinentale de l’Histoire » n’a pris fin, mi 2008, que fortuitement : la crise financière a réduit la demande solvable, pendant qu’une récolte céréalière record augmentait l’offre.

Le résultat a été une nouvelle hausse du nombre de personnes souffrant de la faim (plus d’1 milliard en 2009, contre 825 millions avant 2000, selon les chiffres de la FAO). Ces nouveaux affamés accepteront- ils longtemps cette régression historique (2) ?

 

La deuxième crise alimentaire mondiale pourrait démarrer dès 2010

Plus grave et plus longue, pour ces quatre raisons :

- Conjonctures moins exceptionnelles qu’en 2008.

- Poursuite de l’augmentation des accidents climatiques liés au changement global (sécheresses, inondations,...)

- Relations internationales plus tendues du fait des divergences de jugements sur les causes et les conséquences de la première crise alimentaire de 2007/2008.

- Evolutions des besoins alimentaires nécessitant le «doublement de la production d’ici 2050». Donc, comme les gains de terres cultivables semblent à peine pouvoir compenser les pertes, il faut un doublement des rendements en 40 ans (3) !

 

L’équilibre alimentaire mondial est durablement compromis

Ce qui entraîne des risques nouveaux de famines mondiales, de révoltes populaires et de bouleversements politiques. Les conflits armés ne sont pas à exclure, entre pays voisins, comme entre blocs de pays. La multiplication de zones de « piratage à la somalienne » perturberait un transport maritime vital aux échanges internationaux. La simultanéité de 4 ou 5 « guérillas à l’afghane », débordant les armées classiques, pourrait remettre en cause l’équilibre du monde (4).

 

TROIS URGENCES : ALERTER, STOCKER, TROUVER

« Le décollage agricole de l’Afrique, la réquisition de terres, les modèles alimentaires moins carnés » font partie des objectifs louables, mais à résultats lointains. Nous appelons donc à 3 mesures d’urgence :

- Alerter l’opinion sur l’actualité et la gravité du problème alimentaire et agricole mondial.

- Constituer des «stocks de sécurité alimentaire mondiale» gérés pour lutter à la fois contre les spéculations, les paniques, et les découragements des producteurs actuels et potentiels.

- Accélérer les recherches qui permettront de mettre au point les moyens assurément durables de doubler la production alimentaire en seulement 40 ans. Tout en préservant l’environnement (5).

 

1, 2, 3, 4, 5 : voir “sources et développements” dans bibliographie.

 

Signataires de cet appel, bibliographie et contacts page suivante

 

Horizons Grandes écoles, Universités, CNRS, Enseignement

 

Alain CARBONNEAU, professeur de Viticulture à SUPAGRO, et président du GIESCO.

Philippe CHALMIN, économiste, historien, professeur des universités à Paris-Dauphine.

Joël DE LEIRIS, physiologiste, professeur des universités à Grenoble.

Sandrine FIGUIERE, enseignante en économie dans un lycée agricole à Digne

Marcel KUNTZ, biologiste, directeur de recherches au CNRS (université Joseph Fourier, Grenoble).

Etienne MONTAIGNE, directeur UMR Moisa et administrateur scientifique de l’IAM à Montpellier.

Jean-Louis PRIOUL, professeur émérite d’agrophysiologie à l’université Paris-Sud.

Agnès RICROCH, maître de conférences en génétique à AgroParisTech et chercheur à

L’université Paris-Sud

 

Horizons Agriculture, Militantisme associatif, Actions humanitaires

 

Jean CLAVEL, membre de la fondation Louis Malassis, responsable associatif et auteur; jean.clavel@wanadoo.fr

Fabrice DELORME, commercial d’une propriété agricole, et responsable associatif.

Jacques GALAS, ancien chef d’un service régional du Ministère de l’Agriculture, militant

associatif ;  jacques.galas@wanadoo.fr

Olivier HOULES, directeur fédération des caves coopératives des Bouches-du- Rhône.

Pierre LECLERC, cadre d’organisme agricole et initiateur-coordinateur de cet appel.

Claire PRIOLET, assistante sociale et militante associative dans le Vaucluse.

Nicolas SUBTIL, ancien agriculteur-maraîcher, gérant d’un équipement sportif.

Gérard TEYSSIER, agriculteur, ancien industriel et responsable d’associations humanitaires.

 

RÉPONSES URGENTES AU DÉFI ALIMENTAIRE

 

SEIZE SIGNATAIRES

D’une totale pluralité en matière politique et d’options techniques (sur OGM, bio, etc.) et représentatifs d’horizons volontairement différents et complémentaires

 

BIBLIOGRAPHIE RÉSUMÉE

1, 2, 3, 4, 5 : “sources et développements” du présent appel proposés par une partie de ces

Signataires sur blog : http://defialimentaire.blog.lemonde.fr.

- Le monde a faim de Philippe Chalmin, Ed. Bourin, 2009, 140 p.12 .

- Site agriculture-contributive.fr ou La fin des paysans n’est pas pour demain, Ed. de l’aube, 2009, 256p.9, 6 .

- Ils vous nourriront les paysans du monde, si… de Louis Malassis, Ed. Cirad-Inra, 2008, 460 p.26 .

- Le plan B de Lester Brown, Ed. Calmann-Lévy, 2007,420 p. 20 .

- Nourrir la planète, pour une révolution doublement verte. Michel Griffon, Ed. Odile Jacob, 2006,

456 p. 24 .

 

CONTACT

 

Pierre LECLERC, 06 14 51 01 20 et 04 90 33 81 80. pierre.leclerc@live.fr ou http://defialimentaire.blog.lemonde.fr.

 

Le 15 février 2010

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 00:00

Stéphane Derenoncourt, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui n’est pas œnologue, dans son intervention à la Villa d’Este sur les nouvelles techniques dans la vigne et dans les chais, a tenu des propos acidulés, caustiques, pétillants (cocher la case en fonction de votre appartenance à une chapelle) sur « la sacralisation de la grappe ».

Que nous disait-il, tel que rapporté par Rosenfeld : «  On est ainsi arrivé à la période des tables de tri, où l'on abandonne les bennes et les gros conquêts, et on décide d'utiliser des cagettes. Stéphane Derenoncourt esquisse un sourire, et poursuit: les journalistes adorent les tables de tri, et donc, ensuite, on a mis une deuxième table de tri derrière l'érafloir. Ensuite, la table de tri est passé d'instrument de travail à signe extérieur de richesse: le nombre de mètre linéaire de table de tri devenait une mesure visible de votre réussite (mais après il faut les ranger, et donc construire des bâtiments, ce qui a heureusement permis d'arrêter cette mode...). 

On est ensuite passé à la table à vibration, qui était déjà utilisée dans l'agriculture classique: la seule différence était que c'était 40% plus cher pour le vin. Donc la table vibrante alimentait la table de tri qui alimentait l'érafloir, qui alimentait une nouvelle table de tri. Certains ont supprimé l'érafloir et l'ont fait faire à la main, après 40m de table de tri: on voit passer du raisin d'une qualité égale à du caviar au bout, mais on met quand même quelqu'un au bout de la chaine, pour faire le contrôle qualité, ce qui est d'une utilité contestable. »

D’accord me direz-vous mais qu’est-ce que nos belles grappes ont en commun avec les frites ? De s’envoyer en l’air tout simplement ? Pire encore de s’envoyer en l’air comme de vulgaires frites McCain...

Je m’explique.

McCain, à ne pas confondre avec McDo, c’est un groupe canadien (7 mds de $ canadiens de CA) inventeur de la frite surgelée, leader mondial, qui détient 40% du marché hexagonal tout en faisant des bras d’honneur aux marques de distributeurs en vendant ses « French Fries » deux fois plus cher que les produits génériques. En dehors des pousseurs de caddies McCain sert la restauration et les chaînes telles McDo, Quick, Burger King et Kentucky Fried Chicken. Bref vous allez me dire que vous en n’avez rien à cirer de mes histoires de grosses patates. Et pourtant vous avez tort.

Je m’explique.

« Sa plus grosse usine dans le monde se situe en France, dans le village de Matougues (Marne). « Au milieu de nulle part » dit Jean Bernou (directeur de la division Europe continentale). Une cathédrale entièrement automatisée dotée d’une chambre froide de 40 mètres de haut et qui ne produit pas moins de 30 tonnes de frites à l’heure ! Les pommes de terre y sautent en l’air d’un tapis à l’autre, une opération pendant laquelle des caméras exercent un tri optique, séparant les bons produits des autres »

Voilà c’est dit chers lecteurs, exit les petites mains en gants chirurgicaux, vive la table de tri optique ! Je ne suis pas agent de la maison Pellenc mais comme c’est eux qui font je vous fais un copier-coller  de sa « Selectiv’ Process Vision est un système de tri visionique (analyse de la couleur et de la forme) de la vendange qui sélectionne les baies en fonction des objectifs du vinificateur et de la qualité initiale de la récolte. C’est donc un tri sur mesure par intelligence artificielle. On peut, au choix, conserver uniquement les baies entières mûres ou nuancer le tri en acceptant des baies écrasées ou avec pédicelle. Qualitativement, le respect de la vendange est total, le tri, constant et l’élimination des déchets verts, intégrale. Deux milles baies sont triées par seconde soit un débit qui peut atteindre les 12 tonnes/heure. La régulation du débit se fait en temps réel, le fonctionnement 24h/24 et les réglages très simples complètent ce dispositif qui peut être géré par une seule personne. Côté design, la machine est compacte et adaptable sur remorque. En outre, le nettoyage est rapide (30 minutes).
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 00:09


Lorsque j’ai écrit, puis mis en ligne ma chronique humoristique sur la pseudo-guerre du Pinot noir entre le comté de Feenwick et l’oncle Sam (voir Dans les années 50 les Américains perdaient la grande bataille du Pinot Noir contre d’irréductibles européens ICI->) il n’y avait de ma part ni malice, ni volonté d’aborder par la bande «l’affaire dites des faux Pinot Noir». J’ignorais alors que les 11 prévenus étaient convoqués pour le 16 décembre devant le tribunal correctionnel de Carcassonne pour «tromperie sur la qualité» et pour «faux et usage de faux». J’ai découvert l’information en lisant le Midi Libre mardi dernier en prenant mon petit-déjeuner avant de me rendre à Millésime Bio. C’est l’ami Jean Clavel qui, par un commentaire sur ma chronique humoristique, a greffé le débat sur l’affaire. C’est la vie de l’Internet et, après tout, c’est bien ainsi

Prévenus, pas des coupables, la correspondante du Midi Libre Séverine Troucat, sans doute instruite par les débordements médiatiques antérieurs (voir ma chronique T’es coupable ton nom est dans le journal : à propos du faux pinot du Langue d’oc ICI-> ) , le rappelle fort justement « Toute personne est présumée innocente tant qu'elle n'a pas été condamnée par une juridiction de jugement. » De ma chronique je ne retire pas un seul mot. Je me cite.

«Écrire ce que j’écris ne préjuge en rien de la gravité des faits ni des responsabilités en cause.»

«Je plaide pour une administration sereine de la justice»

«La justice des hommes doit s'exercer loin des passions, de la foule versatile et surtout respecter ses propres règles en évitant de jeter en pâture des citoyens présumés innocents. C'est l'honneur et la grandeur des démocraties que de tenir bon face aux dérives d'une société avide de sensationnel confortée en cela par des médias violant le secret de l'instruction.»

Dans cette chronique je faisais référence à la « loi de Lynch ». William Lynch, juge de paix en Virginie, instaura des procès expéditifs menant à des exécutions sommaires. Pour ce faire il présidait la cour, recrutait les jurés et veillait à l’exécution. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. La «loi de Lynch» se répandit dans les territoires de l’Ouest jusqu’à ce qu’à l’établissement et la consolidation de l’état de droit. Le lynchage, sous-produit de cette loi, désigne les exécutions sommaires par les foules excitées par des organisations de haine telles le Klux Klux Klan aux USA.

Nous sommes très loin de tout cela me direz-vous ? Les dérives du procès d’Outreau ne sont pas là pour me rassurer. Les « bonnes âmes », comme les mouches, ont changé d’âne sans se soucier d’avoir participé à leur manière à l’hallali.

C’est le commentaire d’une truite anonyme qui m’a poussé à écrire cette chronique car il illustre bien l’incapacité de certains à admettre jusqu’aux droits de la défense. Un avocat défend son client avec tout l'argumentaire qu'il juge utile à cet effet. Quand aux réquisitions du Procureur, au nom de l’État, elles sont fondées sur ce que requiert le code pénal en la matière et non sur l’émotion ou une vision morale. Nous ne sommes pas là dans le domaine du bien ou du mal. Alors écrire «ce que les avocats ont sorti en séance est un mépris total du consommateur, américain, européen et français. Les amendes proposées par le proc sont vraiment ridicules. Au regard de ce mépris. Au regard des sommes colossales qui ont été engrangées par ces entreprises avec cette fraude.» (J’ai corrigé les fautes d’orthographe) participe au climat malsain qui entoure l’exercice de la justice des hommes avant même que le jugement ne soit rendu.

Garder sa capacité d’indignation est une bonne chose mais il faut se garder des amalgames, des emballements, des réquisitoires sans preuve, des jugements sommaires, nous sommes tous faillibles, alors gardons-nous de nous draper dans des habits de Justice et de n’en brandir que le glaive en oubliant que sa balance n’est que celle des hommes qui la rendent, souvent bien imprécise et imparfaite, mais bien préférable à l’assouvissement des humeurs des foules anonymes si versatiles. Enfin, je signale à la truite anonyme que même si je suis un homme fidèle en amitié, je fais référence ici à Pierre et Alain, ma chronique d’aujourd’hui n’est motivée que par une conviction profonde : «l’état de droit » est le seul rempart à l’arbitraire et à la barbarie. Gardons-nous de le remettre en cause pour une simple affaire de «tromperie sur la qualité» et de «faux et usage de faux» où tous les grands dégustateurs n'ont pas été capables de détecter le goût d'un vrai Pinot Noir du Languedoc. y'en a-t-il un d'ailleurs ? Tromperie, certes, mais si dérisoire au regard de celles qui mettent en cause la santé des consommateurs. Bien évidemment, l'aspect économique ne m'a pas échappé et là les juges possèdent tous les éléments pour que la justice passe... en tenant compte comme l'a fait l'administration des douanes du contexte économique local...
 

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