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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 00:09

Sur la Toile, où tout va si vite, trop diront certains, coller à l’actualité peut comporter dans le feu de l’action le risque de faire faute au sens sportif du terme. Un tacle trop appuyé, un tirage de maillot, une bousculade, un mot de trop... une ironie facile sur des propos de Michel Rolland que je trouve mal à propos – lui aussi d’ailleurs, ce qui fait qu’en l’occurrence nous étions lui et moi d’accord – et dans les tribunes la tension monte. Les supporters s’échauffent. Des mots volent parfois un peu bas. Comment ramener de la sérénité sur l’aire de jeu et tout autour ? Comment instiller le fair-play, le serrez-vous la main ? Je pense avoir trouvé la solution.

 

En effet, plutôt que de me prêter de viles intentions, me balancer des horions, pourquoi ne pas envisager d’ouvrir une surface de réparation sur mon « Espace de Liberté » ?

 

Laissons de côté la faute légère passible d’un simple coup-franc, la virilité n’est pas la brutalité, pour évoquer celles qui peuvent valoir un carton jaune ou plus grave un carton rouge significatif d’exclusion et surtout celles qui sont commises, au football, dans la surface de réparation.  Caillou-9168.JPG

Le concept de « Surface de Réparation » me plaît.

 

En effet, le coup de pied de réparation (penalty kick) offre à l’équipe lésée la possibilité de réparer à l’instant le préjudice qui lui est fait. Bien évidemment, en football c’est l’attaquant qui en bénéficie alors que sur mon « Espace de Liberté » c’est l’attaqué qui disposera de cette opportunité.

 

Pour la petite histoire, même si le premier penalty de l'histoire du football fut transformé le 2 juin 1891, par John Heath joueur des Wolverhampton Wanderers, au cours d'un match du championnat d'Angleterre (le penalty pouvait être tiré de n'importe où, à condition que le tireur place sa balle à 11 mètres du but ) ce n'est qu'en 1902 que fut créée la surface de réparation telle qu'on la connaît aujourd'hui (16,5 mètres à partir de la ligne de but pour 40 mètres de largeur). D’où la différence de terminologie entre un pénalty et le tir-au-but après prolongations, celui-ci n’est pas une punition mais le moyen de départager deux équipes.

Caillou-9166.JPG 

Le point de pénalty, la solitude du gardien de but face au tireur, le tir et tout reste possible : l’arrêt, la balle repoussée, reprise ou la voilà de suite au fond des filets. Chacun a pu s’exprimer. Le jeu reprend.

 

Reste le problème du coup de sifflet de l’arbitre !

Qui arbitre ?

Simple les arbitres c’est vous.

À tout instant vous pouvez intervenir pour demander réparation.

Qu’en pensez-vous ?

 

Pour info à lire sur le blog de Vindicateur : Miss GlouGlou et Jacques Berthomeau crachent le morceau http://www.vindicateur.fr/article.php?id=2510

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 00:09

Puisque me voici déchu de mon titre de Secrétaire Perpétuel de l’ABV http://www.berthomeau.com/article-vignette-le-secretaire-perpetuel-autoproclame-de-l-amicale-du-bien-vivre-s-evapore-57243804.htmlpour manquement grave à la bienséance qui sied entre gens de bonne société je suis en quête de réhabilitation. Que devrais-je faire pour redorer mon lustre évaporé tel la Part des Anges chère à nos Eaux-de-vie d’Appellation Contrôlée ? Brosser mes pourfendeurs dans le sens du poil, c’est-à-dire flatter leurs papilles avec la promesse de nectar au goût de vanille ? Non, ce serait là un procédé indigne, digne pourtant d’un mécréant de mon espèce. Faute de pouvoir jouer sur le velours du registre de la flatterie il ne me restait plus qu’à confier mes intérêts bien compris à la grande loterie du hasard. Ce que je fis. Bien m’en a pris.

 

Ce fut au cœur d’une profonde nuit et ça m’a jeté à bas de mon lit. L’automne jetait aussi sur Paris ses premières pluies lorsque j’ouvris à la page 168 les écrits du fameux Replongeard, l’homme à la Pégazou, celui qui un beau jour débarqua du train de Paris, à la gare de Carcassonne, à six heures trente-deux.

 

Qu’y lis-je ?

 

« Au village d’Aramon, nom qui sonne médiocrement aux oreilles des buveurs, naquit le 11 novembre 1660, jour de la Saint-Martin où il est de tradition de goûter le vin nouveau, François de Posquières. Le nouveau-né portait sur le front une tache de vin en forme de grappe.

En 1703, veuf, retiré du service du roi et possesseur d’une belle fortune, il s’installa dans un manoir de Villeneuve-lès-Avignon. Recevant des amis fins de gueule et d’esprit, la conversation tomba sur les sociétés vineuses : l’ordre de la Treille, en honneur au temps de la Fronde, l’ordre des Coteaux, cher au duc de Mortemart et cité par Boileau :

Certain hâbleur à la gueule affamée

Qui vint à ce festin, conduit par la fumée

Et qui s’est dit profès dans l’ordre des Coteaux...

l’ordre de la Grappe, récemment fondé à Arles, celui de la Méduse de Toulon, voire celui du Beef-Steak, fort rn vogue à Londres. La plus grande licence régnait dans la plupart de ces assemblées et ce fut – en partie – pour rendre au vin sa dignité que fut fondé l’Ordre de la Boisson d’étroite observance.

Du château de Ripaille, nom que prit désormais le manoir, les statuts furent rapidement promulgués, en vers comme il se devait. Plaisants et sévères ils interdisaient l’accès de la compagnie aux buveurs d’eau, aux ivrognes, aux sots et aux méchants, et se terminaient sur ce quatrain :

Enfin quand vous serez des nôtres,

Dans vos besoins secourez-vous,

Le plaisir de vous le plus doux,

C’est de faire celui des autres.

Les armoiries représentèrent une main versant du vin dans un verre avec la devise entourée de pampres : Donec totum impleat (Jusqu’à ce qu’il soit plein). Le Grand Conseil était composé d’un grand-maître, d’un garde des sceaux, d’un secrétaire, d’un garçon major des caves et de quatre baillis. Chaque nouveau membre après avoir vidé la coupe des cérémonies, verre pantagruélique de dix pouces de diamètre, recevait un diplôme scellé d’un cachet de cire rouge aux armes de l’Ordre.

Donné gratis vaille que vaille

Dans notre bureau de futaille

Les réunions ordinaires s’appelaient les Tables et les réunions générales les Tables assemblées. M. de Posquières, François Réjouissant, les présidait assis sur son fauteuil en forme de tonneau et revêtu d’un costume de cérémonie. Il portait le grand collier de l’Ordre, composé de quarante-huit petits verres attachés de six en six par une petite bouteille. Ces jours-là, le castel de la Ripaille arborait sur son balcon, en guise d’étendard, une énorme dame-jeanne peinte de vermillon et c’était là « le pronostic infaillible d’un grand abattis de bouteilles ». Le premier repas, composé de cinq services complets, dura quatorze heures.

L’Ordre, bientôt connu dans toute la France et à l’étranger, se divisa en cercles, comme les tonneaux. Il y eut les cercles de Champagne, de Bourgogne, de Guyenne, du Rhin, d’Espagne, d’Italie, de l’Archipel...Tous payaient un tribut en nature à la cave du grand maître. Les Nouvelles de l’Ordre de la Boisson qui sortaient des presses du maître Museau Cramoisy à l’enseigne du Papier Raisin fournissaient la nourriture spirituelle. Ses deux principaux collaborateurs furent François Morgier, un avocat à l’esprit étourdissant et (on l’attendait !) le chanoine de Charnes, doyen du chapitre de l’église collégiale de Villeneuve-lès-Avignon, qui avait écrit une Vie du Tasse, toute ironie écartée.

On sait ce qui fait la force d’un journal et d’un homme : une idée et une seule. Les Nouvelles ne connaissaient que le vin. La politique étrangère était commentée suivant un principe plus simple que celui des nationalités. Remportait-on une victoire ? C’étaient de nouvelles bouteilles à l’horizon : « Nous venons de nous rendre maître des rives, par conséquent des vignobles Nekre : nous le ferons sous peu de ceux du Rhin ; c’est le vrai moyen de subjuguer les peuples et l’on ne saurait mieux les désarmer qu’en leu ôtant le vin.

À la barbe des ennemis

Villars s’est emparée des lignes ;

S’il vient à s’emparer des vignes

Voilà les Allemands soumis »

Faut-il dire que ces francs-buveurs avaient trop de sagesse pour ne pas aimer la paix comme le plus grand des biens. Voici en quelques termes la Gazette rend compte d’une Table donnée en l’honneur d’une bataille : « Le grand maître a fait clôture de l’assemblée avec autant de sang-froid que s’il eût été à jeun : il a conjuré les frères de se voir souvent le verre à la main ; leur disant qu’il y a un charme attaché à la bouteille, que c’est le vrai ciment de l’amitié fraternelle. Il les a exhortés à se tranquilliser en attendant que la paix ramenât le bon temps et multipliât les cabarets. »

L’Ordre disparut en 1740, ayant vécu près de quarante ans. Son fondateur était mort en 1735, à soixante-quinze ans. »

 

 

 

 

Dictionnaire des journaux 1600-1789, sous la direction de Jean Sgard, Paris, Universitas,

 

 

 

NOUVELLES DE L'ORDRE DE LA BOISSON (1703-1709?)

 

http://c18.net/dp/dp.php?no=1014

 

 

Académie de Nîmes. François de Posquières et l'Ordre de la Boisson, par G. de Pougnadoresse [Reliure inconnue]

 

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 08:31

À Marciac, dans ce Gers où le bonheur est dit-on dans le pré, les nourritures y sont de toutes natures : matérielles, spirituelles, intellectuelles... Comme l’ami Michel on peut y aller goûter le meilleur du jazz et les vins d’à côté mais comme en France, même si certains s’en défendent, nous avons un goût immodéré pour les controverses : j’en suis à la fois le témoin et l’initiateur puisque mon blog devient chaud bouillant lorsque j’en provoque une parfois sans l’avoir voulu. Bref, à Marciac, chaque année, de beaux esprits mobilisent leurs neurones pour controverser.

Ça tombe bien pour mon petit « Espace de Liberté » qui, tout naturellement, a accueilli vos avis suite à l’affaire dite « des faucheurs OGM » de la vigne expérimentale de l’INRA de Colmar. Grâce à la Mission d’Animation des Agrobiosciences je porte à votre connaissance les Actes de cette « Controverse de Marciac : OGM : ces débats qu’on malmène ».  http://www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=2888 . Je joins aussi la revue de presse à propos du saumon transgénique : La FDA fera-t-elle mariner le saumon transgénique

 

 

« OGM : ces débats qu’on malmène ». Une table ronde animée par Bernard Chevassus-au-Louis (modérateur) Directeur de recherche INRA, avec Alain Toppan, directeur de recherche en génétique végétale, Matthieu Calame, ingénieur agronome au sein de la Fondation Charles-Léopold Mayer, Philippe Martin, Député du Gers et Président du Conseil général. Dans le cadre de la 12eme Université d’été de l’innovation rurale (Les Controverses de Marciac), Territoires ruraux : comment débattre des sujets qui fâchent ? (Télécharger les Actes)

 

La FDA fera-t-elle mariner le saumon transgénique ? (article revue de presse)

Libération, Le Monde, le Figaro

 

educol.net

Il atteint sa taille adulte deux fois plus vite que ses congénères "classiques", ce qui diminuerait nettement son coût de revient, et résisterait aux eaux les plus froides. Son nom : Aqu’Advantage... Cela fleure le marketing et sonne comme un slogan, qu’il est toutefois aisé de détourner en un haussement d’épaules : Aqu’oibon ?

 

Comprenez en tout cas qu’il s’agit là, selon ses concepteurs - la firme américaine AquaBounty Technologies - d’un "super" saumon, doté de deux gènes empruntés à d’autres, l’un reproduisant une hormone de croissance, repéré chez le saumon royal du Pacifique, le plus grand de son espèce ; l’autre, agissant tel un antigel, identifié chez une tout autre espèce, le tacaud, que l’on trouve notamment dans la Manche et en Mer du Nord,

S’il obtient le précieux feu vert de la Food and Drug Administration, il sera le premier animal transgénique à passer à table. Du coup, toutes les firmes qui travaillent sur d’autres animaux génétiquement modifiés, tels que le cochon, sont sur les starting-blocks.
Pas gagné ? Dans les médias, certains soulignent les réticences du comité d’experts indépendant sollicité par l’Agence américaine. Lequel comité est partagé sur les risques accrus d’allergies alimentaires que pourrait présenter ce saumon, et recommande à la FDA d’approfondir les analyses, notamment sur un temps plus long. Vous me direz, vus les taux de composants chimiques que contiennent les saumons d’élevage conventionnels (PCB, dioxines et autres substances) et sachant que seul 1% du saumon d’Atlantique consommé provient de la pêche - quotas obligent pour sauvegarder l’espèce - nous n’en sommes plus à un risque près. Et puis, de toute façon, l’avis de ce comité étant purement consultatif, la FDA a tout loisir de passer outre. D’ailleurs, selon Libération, la réponse devrait être positive. Dès lors, le saumon transgénique devrait apparaître dans les linéaires des supermarchés américains d’ici deux à trois ans.

Cela dit, il faut également compter sur la mobilisation d’une trentaine d’organisations de défense de consommateurs et de l’environnement. Lesquelles réclament entre autres un étiquetage spécifique, ce que la loi américaine ne prévoit pas.

Mais au fait, où et comment ce saumon sera-t-il élevé ? AquaBounty Technologies ne craint pas de livrer sa "recette" : les œufs transgéniques sont incubés au Canada, dans l’une de ses fermes aquacoles, puis réfrigérés pour être transportés jusqu’au Panama, où nos petits salmonidés s’épanouiront (sic) au sein de citernes posées à terre. Si la société se félicite de respecter ainsi les mesures de confinement, palliant ainsi tout risque de dissémination dans les eaux douces ou salées, souvenons-nous que le nom même du saumon est tiré du verbe "sauter" !

Revue de presse de la Mission Agrobiosciences, 22 septembre 2010

Sources :

 Le Monde : Saumon OGM : des experts préconisent plus d’études avant sa commercialisation
 Libération : Des saumons OGM bientôt dans nos assiettes ?
 Le Figaro : Le saumon transgénique sur la sellette

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 00:09

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Michel Onfray (pour la photo* se reporter à la fin de ma chronique) qui pratique « une philosophie de maître nageur vexé... » dixit Michel Crépu vient d’envoyer, dans un article publié dans le Monde du 10 juillet, un coup de pied que je ne qualifierai pas d’âne – j’aime trop cet animal intelligent – à ses amis corses. Il fut en son temps chroniqueur dans Corsica, où certains articles sont en langue corse (faut bien vivre, faire des piges, quitte à pisser ensuite le long de la raie de ceux qui l’ont hébergé). Dans cette tribune libre, où il ne reconnaît aucun intérêt à l’usage des langues régionales, ce qui est son droit, il délivre pour argumenter sa démonstration une phrase qui en dit plus long qu’un long discours sur le niveau de cet atrabilaire de supermarché pour préretraités : «... j’ai eu des amis corses qui, le vin aidant, oubliaient un instant leur religion et leur catéchisme nationaliste pour avouer qu’un berger du Cap Corse ne parlait pas la même langue que son compagnon du cap Pertusato ! »

Que l’Onfray du bocage normand estimât que «... la multiplicité des idiomes constitue moins une richesse qu’une pauvreté ontologique et politique. » libre à lui, mais entre nous « on n’en a rien à péter de son avis » ; qu’il invoquât pour ce faire le mythe Babel, outre que ça en jette dans l’amphi du 3ième âge, est fort plaisant pour un « athéologue » de comptoir ; que ce reclus honnissant les rives fétides de Saint-Germain-des-Prés en vienne à affirmer que défendre une langue « minoritaire » serait une « entreprise thanatophilique » en précisant que « son équivalent en zoologie consisterait à vouloir réintroduire le dinosaure dans le quartier de la Défense ou le ptérodactyle à Saint-Germain-des-Prés. » me plonge dans un océan de plaisir freudien : parisianisme rentré ? Bref, tout ce tintamarre médiatique me gonfle car, le « dégorgement » quasi-permanent du sieur Onfray, son auto-saisine via le flux continu des Tribunes Libres qui permettent à leurs auteurs d’entretenir leur fonds de commerce, frise le mercantilisme le plus méprisable.

 

Pour ma part je confesse ma totale incompétence sur le fond de la question, donc je ne vais pas vous abreuver sur ce point, sauf à dire que la langue est à la fois véhicule et réceptacle et que si la défense d’une quelconque langue se fondait sur le repli sur soi, le tribalisme, la guerre contre l’universalisme je contesterais le bien-fondé de cette lutte. Ma vision est plus positive, je suis partisan du libre choix, du droit pour chacun de disposer des langues et de sa langue. En Corse, les « crétins » qui barbouillent le nom français des villes et villages sur les panneaux indicateurs pour ne laisser subsister que les noms en langue corse, sont les meilleurs alliés du pourfendeur Onfray, ça s’appelle l’effet boomerang ! L’impérialisme de la langue française ne se situe pas au niveau d’un panneau indicateur qui n’est là que pour s’adresser au plus grand nombre, aux gens de l’extérieur qui cherchent leur chemin. Ce n’est pas faire injure à la langue corse que de faire remarquer que la langue française est plus répandue qu’elle et que pour un étranger elle sert de lien. Oui le lien, les liens, au-delà des phraséologies, des analyses profondes, revenons à la simplicité du lien qui permet l’échange, l’enrichissement mutuel... 

 

* « C’est bien Michel Onfray qui se planquait sous la citation du 2 mai. «Il faudrait psychanalyser le métier de journaliste. C’est quand même une profession remplie de minables» avait-il déclaré dans son interview publiée par « Le Monde 2 » du 2 avril. Voir l’extrait en question et lire «Michel Onfray, l’athéologue prêchi-prêcha» dans «c’est pour dire+plus+», filiale de la présente holding. » http://cpourdireplus.over-blog.com/article-330222.html

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 00:09

Sushis-20japon.jpg

Je ne suis pas amateur de sushis mais à Paris comme dans beaucoup de grandes métropoles ils colonisent de nouvelles populations : au restaurant, dans les cocktails, et même à la maison. Pour autant, pour conquérir des palais peu initiés au poisson cru et des flores bactériennes vierges du  gène leur permettant de mieux digérer les algues rouges utilisées pour envelopper les sushis. (Lire un article de Libération « Les Japonais, les sushis, la bactérie » http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/04/les-japonais-les-sushis-la-bact%C3%A9rie.html#tp ) les sushis japonais se sont-ils adaptés à notre goût ?

 

La réponse est assurément non !

 

D’ailleurs en a-t-il été autrement en notre beau pays pour des plats venus de nos provinces : la choucroute par exemple, ou de cette Algérie qui 50 ans après l’indépendance déchaîne toujours les passions, le couscous ? Sauf à considérer que les pâles copies de l’industrie agro-alimentaire sont des adaptations, ces plats se sont imposés en conservant leur goût d’origine. La fameuse mondialisation du goût, l’uniformisation des habitudes alimentaires de notre planète, est un fantasme qui ne résiste pas à une analyse sérieuse de la réalité. Bien évidemment, loin de moi de méconnaître l’effet rouleau compresseur des produits de grande consommation, ce que certains en un raccourci réducteur résume en l’effet Coca Cola, mais les produits typés, ceux qui ont conservé leur goût originel, font mieux que résister, ils imposent parfois aux fameux marqueteurs un retour aux fondamentaux : pour preuve l’exemple de Nespresso qui, sur la base d’une technologie innovante, a fondé son succès sur la redécouverte des crus du café.

 

Alors à tous ceux qui prêchent pour la nécessaire adaptation du vin français au goût de ces consommateurs venus d’ailleurs, les chinois et les indiens touts particulièrement, je dis halte au feu. Sortons des généralités qui provoquent des débats stériles qui nous paralysent ! Tout d’abord, le vin français n’existe pas, comme tous les pays producteurs, y compris ceux du Nouveau Monde, nous produisons des vins, des grands comme des roturiers, héritiers de notre histoire et de nos traditions.

Que ceux qui se revendiquent de l’AOC, d’un réel lien au terroir, veuillent s’adapter aux fameux goûts venus d'ailleurs touche non pas à l’hérésie, mais à la connerie la plus grave. En effet, ces nouveaux consommateurs comme tous les néo-consommateurs de vin n'ont aucune idée du goût, qui rappellons-le s'acquiert aux abords de l'âge adulte. Dans ce domaine il s'agit plus de culture alimentaire, de mode de consommation et de codes sociaux, bien plus que le goût au sens gustatif(cf. ma chronique récente sur le Japon).

Le problème ne se pose donc pas en termes d’adaptation du vin AOC au goût des consommateurs mais en termes d’adaptation de la ressource raisin aux vins qu’attendent les marchés. C’est radicalement différent ! C’est assumer notre héritage de vignoble généraliste. C’est faire des choix au cep. C’est sortir de la culture du vin-papier. C’est abandonner la revendication que l’AOC est un droit acquis. C’est accepter la dualité non conflictuelle  de deux démarches : celle des vins dit technologiques, plus faciles, et celle des vins de tradition qui, comme les sushis japonais, restent tels qu’en eux-mêmes.

 

En octobre 2006 j’ai commis une chronique : « Le bon beurre de la tante Valentine » http://www.berthomeau.com/article-4302753.html je vous le reproduits ci-dessous sans en changer une virgule.

  

« Lorsque la sonnette de l'écrémeuse commençait à tinter, ma chambre était au-dessus de la laiterie, je savais que la crème allait commencer de s'épandre dans le tarasson. La tante Valentine, préposée au beurre, après en avoir fini avec l'écrémeuse, déposait le tarasson de crème au frais et lorsque celle-ci était raffermie, elle y jetait une poignée de gros sel, puis assise sur une chaise paillée, à la main, elle baratait avec un pilon de bois.

C'était long. De temps en temps, elle évacuait le petit lait du tarasson. Quand la motte avait atteint une bonne fermeté, la tante la tassait dans un moule de bois ovale et dentelé. C'était le beurre de chez moi, avec une belle vache et des petites fleurs dessus. Le seul que j'acceptais de manger.

Dans mon bocage profond j'accompagnais papa lorsqu'il faisait la tournée de ses clients de battages. J'y voyais souvent faire le beurre. Comme on disait chez moi, j'en étais « aziré » (dégoûté). C'était crade et pourtant, ce beurre, emmailloté dans du papier sulfurisé, était vendu tous les vendredis, aux BOF, lors du marché de la Mothe-Achard. Du bon produit traditionnel, artisanal et, comme disait ma grand tante, en parlant de certaines fermières « ces gens là n'ont pas de honte ». Bref, j'ai été élevé exclusivement au beurre salé de vache normande baratté par la tante Valentine.

Passé à l'âge adulte, devenu un rat des villes, j'ai du subir la morne plaquette Président, ma bourse plate ne me permettant pas d'accéder à la motte de beurre vendue chez le crémier du coin. J'en consommais peu. En fin d'année, je contemplais avec horreur le beurre de Noël, tout droit issu des frigos d'intervention de la CEE, le summum du gâchis. Et puis, petit à petit, dans les froides allées de la grande distribution, le rayon beurre s'est diversifié : on retrouvait du beurre cru, on barattait à nouveau, la coopérative d'Isigny Ste Mère offrait du bon beurre à un prix raisonnable. On avait à nouveau le choix. On pouvait même s'offrir un Échiré ou un beurre de Baignes pour faire un extra. Même la plaquette Président s'est mis de nouveaux habits : beurre de Campagne, Gastronomique, du marketing mais après tout chacun fait ce qu'il veut ou ce qu'il peut.

Tout ça pour dire que je ne crois pas à la vision apocalyptique de la CP. L'avenir du vin, disons traditionnel pour faire court, n'est en rien menacé, bien au contraire la clarification que je réclame ne peut que favoriser la prospérité de ceux qui ont choisi cette voie. Je respecte toutes les analyses. Je m'étonne seulement qu'on travestisse la réalité et qu'on réécrive l'histoire. Une part de notre vignoble n'est pas prise en compte dans l'approche de la CP, il est occulté comme s'il dérangeait. On ne va pas transformer nos milliers de coopérateurs ou de producteurs individuels qui vendent en vrac en petits artisans-commerçants. Moi je ne dis rien de plus : notre vignoble issu des vins de table, s'il veut rester dans la compétition mondiale, doit s'adapter, sinon il disparaîtra. Alors, j'aime bien Jean Ferrat (pétitionnaire contre les vins industriels), sa montagne est toujours belle, mais son poulet aux hormones n'existe plus, les gens mangent du poulet de Loué ou d'ailleurs. Ce n'est pas le poulet de mémé Marie, qui grattait dans la cour, c'est un poulet élevé selon un process rationnel moderne. Tout le monde ne peut pas manger du poulet de Bresse ou de la Géline à crête pâle. »

 

Si vous souhaitez mieux vous informer sur la position de la CP vous pouvez aller sur le site www.contrelesnaufrageursduvin.org

 

Sur la carte d'un restaurant de sushis à Toulouse envoyé par un lecteur édifiant aussi !

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 00:09

La Toile, ses surfeurs, ses bloggeurs, mes lecteurs : ce dernier possessif ne fait pas de vous, loin s’en faut, ma propriété – je ne suis guère possessif, je préfère jouir des choses plutôt que de me les approprier – mais marque les liens qui se tissent, qui se nouent, entre vous et moi. Vous m’écrivez, vous m’interpeler, vous me remettez à ma place, vous m’encouragez, bref vous êtes celles et ceux qui ouvrez mes messages matinaux avec une régularité qui me stupéfie. De tous ces liens qui se créent ceux qui me touchent le plus sont ceux qui me relient avec des gars ou des filles de mon pays. Tel est le cas avec Henri-Pierre Troussicot, le fils du grand Alfred de la perception, et le frère de Gervais et de Jack mes copains, qui m’a retrouvé un jour au hasard de ses pérégrinations sur le Net. Lui et moi nous ne sommes guère connus à la Mothe-Achard car c’était un grand mais avec lui je retrouve « mes jeunes années rêveuses et sauvageonnes »

 

Henri-Pierre écrit des nouvelles. En voici une qu’il m’a envoyée récemment. « Les batteries », les battages de la moisson avec la tournée des métairies – c’était le temps du métayage – c’est mon enfance dans la trace de papa et de sa batteuse Merlin. « T’es le fils d’Arsène ! » me disaient les gars des sacs. J’opinais. J’étais fier. Henri-Pierre écrit sur le temps de la locomobile , moi je n’ai connu que le Société Française Vierzon, mais l’ambiance qu’il fait revivre dans sa nouvelle est bien celle que j’ai connue. Temps englouti retrouvé sans nostalgie au fil des lignes. Merci Henri-Pierre. Bonne lecture...

 

 

La nuit venue, un ultime coup de sifflet avait annoncé le dernier sac de la dernière métairie depuis déjà un moment. A vrai dire on ne termine pas si tard, mais pour ne pas avoir à démarrer pour peu de temps on a poussé un peu plus loin ce soir.

 

     Il était presque onze heures du soir, lorsque du bas de la Doucerie il a fallu atteler quatre paires de bœufs pour tirer la « vapeur » et autant pour la Mécanique qui est presque aussi lourde et pour hisser tout cela jusqu’au haut de la Marière et mettre en chantier pour le lendemain matin. 

 

                                                  oooOooo  

    

 Le soleil n'est pas encore levé ; des reflets violacés teintent l'horizon. Un voile de brume éphémère s'élève encore des prés bas où dort l'Auzance en accrochant aux peupliers et aux fougères la fraîcheur de l'aiguail. L'étang est immobile, rien ne bruit aux alentours, la brise est même trop fragile pour troubler les roseaux et c'est tout juste si, venant de là-bas, en bout de la grande prairie, le couplet des oiseaux qui s'émoustillent dans les taillis du bois de Lézardière nous rappelle que la nature s'éveille...

 

     Les hommes finissent le casse-croûte sans trop traîner ni  chanter haut. La journée s'annonce longue comme celle d'hier où trois borderies ont été battues... C'est à cinq heures solaire comme d'habitude que le premier coup de « subiet » a retenti. Arsène Boucard chauffe toujours plus tôt que les autres...

 

       Il a une longue ronde à faire durant les cinq semaines que vont durer les batteries et tant que le beau temps est là il faut en faire le plus possible.

 

     Le gerbier de la première borderie, la Marière n'était pas bien haut et la vanneuse a eu tôt fait de digérer le blé mûr.

 

     Le prochain chantier sera d’une autre envergure ! 

 

     L'aire de « Pied-Sec » a été préparée à grands coups de balais de « peune » et de « fragonnette ».

 

     Deux énormes gerbiers derrière les tourettes d'avoine qui seront battues en premier, ont été édifiés à se regarder, laissant entre eux un passage étroit où dans quelques instants la vanneuse Merlin-Vierzon va tout juste se glisser.

 

     Le grand Hubert a rincé la « baillote » et l'a installée tout près de là ; ce sera à peine suffisant pour abreuver la locomobile et y aurait rien de drôle que quelques-uns se retrouvent de corvée d'eau en plus du travail habituel.

 

     Pour le temps que va durer les batteries, Gustin Chagneau va perdre son autorité  sur sa métairie. C'est une bonne trentaine de gaillards qui suivent le matériel et vont se mettre à l'ouvrage aux différents postes.

 

     Que je vous dise les noms de quelques-uns qui seront là et que nous allons retrouver : les Poissonnet de la Proutière, Rapiteau de la Rocherie, Barreau de Pointindoux, Félicien Ficeleau de la Morinière, Elie Buton du Renou, Gustave Louineau de la Vregnaudière, Léon Martineau du Déffent, les Potier, Perrocheau, Guesdon, Chabot etc...

 

     C'est toujours dans une tonitruante ambiance que le cortège de la Mécanique fait son entrée dans la ferme.

 

     Le père Barreau et son gars piquent les parthenais qui « haricotent » dur devant la vanneuse. Quelques mètres en arrière les grands bœufs jaunes ont autant de peine à tirer « la Noire » encore chaude de ses premières heures tandis que suit la guimbarde où s'entassent tuyaux, cales, grilles, baquets et autres ustensiles qui dringuaillent tant et plus à la cadence des deux paires de bœufs que Jouzé asticote sans arrêt en braillant des chapelets de Farino-Biandin!... Jaunet-Lapin !... ponctués de cent mille bondioux... et j'en passe.

 

     Les roues en fer de tout ce matériel écrasant les cailloux du chemin projettent aux alentours un vacarme tellement assourdissant que la volée de gamins courant autour n'entend pas les avertissements des gars qui montent en vélo, la fourche posée sur le guidon et un pion tenu dans le cadre du porte-bagages.

 

     D'autres ont coupé à pied à travers champs en sifflant Fauvette la chienne de la Marière affolée par l'événement. 

 

                       oooOooo 

 

     La batteuse qui date de 1936 aime à préciser  Arsène a trouvé  facilement sa place, reste à aligner « la Noire ». Avec renfort de crics, de cales et barres à mine, arrosé de plus de jurons que pourrait en contenir l'enfer, à chaque fois c'est une sacrée suée que prennent le chauffeur et ses deux ou trois compagnons pour bloquer la locomobile... " - A drète encore ! Encore un poué ! Cale darère Victor! Là, de même !...

 

     Cet énorme coléoptère aveugle va être raccordé à la vanneuse par la grande courroie.

 

     Plaisir des yeux de gosses que de suivre la languette de raccordement de cette grande courroie qui transmettra à toute vitesse le mouvement au batteur en calligraphiant interminablement un grand huit aux balancements réguliers.

 

     Ces yeux de gosses s'ouvrent aussi bien grands maintenant qu’Arsène tourne la manivelle pour dresser le tuyau de la locomobile et pour déployer le monte-paille ; cette mise à la verticale fait frémir, souffle coupé, gorge sèche...

 

     La remorque se vide de tout son fatras de grilles, de courroies, tuyaux, etc... tout cela venant s'accrocher, s'emboîter, se visser ou suspendre à des places bien précises.

 

     Chauffe la machine ! ...Arsène tire un bon coup sur son ceinturon qui n'a pas dû le quitter depuis qu'il a fait son temps à Épinal et tous poils dehors s'active comme un beau diable.

 

     Tel le chauffeur de l'Expresse les Sablés-Paris qui charge à grandes pelletées le foyer de sa locomotive, embrasant étrangement la nuit à l'arrêt de la Mothe, Arsène, maître du feu, gave sa machine et part pour une nouvelle aventure qui le conduira aujourd'hui encore aux portes de l'illusion …

 

     Noir comme grelet, il devra être là, à casser la briquette, alimenter le fourneau, surveiller le manomètre, jouer de la burette ... Il faut que ça ronfle !...

 

     Trois coups de sifflets, tout le monde en place !…

 

     Le chauffeur a « lancé » le volant... La vanneuse vient d'avaler la première bouchée de son monstrueux festin...

 

     Par équipe de quatre, où je reconnais Joseph Robin du Moulinet, Riri Poissonnet, Elie Buton, les hommes lancent les gerbes sur la machine.

 

     Fernand Breluzeau de la Boutière est sur la vanneuse à passer les gerbes sur la table, on ne tient pas à ce qu'il soit à l'engrenage en raison de son penchant pour la bouteille... L'endroit est dangereux. Y a pas si longtemps encore qu'un gars de Beaulieu s'est fait emporter une main dans le batteur et en remontant dans le temps on en retrouverait bien trop, des hommes victimes de cette machine...

 

     Véritable opération à ciel ouvert sur la table d'engrenage, le coup de serpette de Gustave Louineau libère les épis qui se trouvent tout de suite démêlés comme il faut. Riquet de la Martinière a la place la plus exposée ; c'est lui qui, à grandes poignées, par gestes précis et réguliers, engrène dans la vorace mécanique. Riquet a le coup pour ça et il est rare qu'avec lui, la machine s'engoue. Faut dire que quand cela arrive tout le monde perd son temps, sans compter que presque à chaque coup, les retours de poulies font sauter la grande courroie, ce qui ne manque jamais de faire vociférer toute l'équipe, Arsène en tête, qui tient au bon fonctionnement de ses machines et à sa réputation d'entrepreneur...

 

     La sueur coule sous les chapeaux de paille, l'atmosphère autour du pailler s'alourdit dans la poussière, la chaleur et le bruit. En « braumant » à intervalles irréguliers, la batteuse vomit d'énormes brassées de paille que là-haut, sous la visière du monte-paille les hommes saisissent à grandes fourchées.

 

     Abel Rapiteau qui a noué son mouchoir autour du cou passe à Marcel Renolleau de la Guilmandière le litre de noah qu'Odette vient de leur jeter dans un geste précis. Bue au goulot, la bouteille fait le tour du pailler.

 

     Monter ce pailler est un travail qui doit être bien fait.  Manuel Charrieau à l’ oeil et, d'en bas, il guide l'affaitage avec autorité. Si le pailler a belle allure l'honneur lui en reviendra. Il ne s'agirait pas que le tas chavire à la première bourrasque, et sait-on qui s’y abritera à un prochain rendez-vous, derrière le pailler ?

 

     Les bouteilles vont et viennent aussi sur le gerbier et la vanneuse ; Jeanine a même amené du café pour ceux qui ont besoin de nerfs !...

 

     Marcelin Boiliveau et ce pauvre fils de vesse de « Gnouf-Gnouf » méritent bien de boire un coup, car, à raballer la menue paille au raccord de la vanneuse et du monte-paille, dans ce nuage de poussière et de débris, ils n'ont pas la meilleure place. Autrefois, c'était encore plus pénible, lorsqu'il fallait dégager le ballet plus loin, à pleines bernes ou au moyen de « balles » de châtaigner, immenses paniers sans anse que les « penassous » de chez nous fabriquent encore.

 

     Aujourd'hui le « ballet » est soufflé depuis la vanneuse jusqu'à quinze ou vingt mètres plus loin. Les gosses buffant dans des subiets de sureau vont se faire cingler les mollets à la sortie du tuyau et se mettre nues pattes pour aller s'enfoncer jusqu'aux fesses dans l'énorme tas qui se forme ainsi.

 

     Au début de la batterie, Simone et Victoria sont allées remplir leurs pleines « dornes » de balle d'avoine; on peut en avoir besoin pour rembourrer les « balines » des nouveaux nés avant la saison prochaine.

 

                       oooOooo  

 

       L'animation qui règne du coté des bâtiments est tout autre. Depuis la veille on a descendu du grenier les tréteaux, les bancs et les planches que l'on va aligner dans le grange pour nourrir les hommes, refaire leurs forces. La mère Pérou a autorité et savoir et à « Pied Sec » comme à la Guilmandiere ou la Rocherie tous les ans on la demande pour préparer ces ripailles. Couper les ragoûts ou cuire la volaille et les sauces.

 

     Depuis déjà deux jours on a sorti la vaisselle des coffres, celle qui sert aux batteries, aux vendanges et de temps en temps à la noce... on à tué la volaille, préparé les bouillons de soupe et coupé les viandes de ragoût qu'il faudra mijoter longuement. Pendant que les hommes sont en plein travail, on met la dernière main aux préparatifs. On va couper les tranches de lard froid, surveiller la mogette ou les petits pois... Les femmes de la maison mettent un point d'honneur à « bien soigner » le personnel!

 

     C'est qu'à Pied-Sec il va y avoir le repas de midi avec ceux de la Marière et souper ce soir vu l'importance de l'ouvrage.

 

       Dans la fraîcheur des laiteries et des chambres on aligne « tarassons » et platées de caillebottes ou de millet .

 

     Cette agitation n'empêche pas les éclats de rires de jeunesse qui se joignent aux criards empressements des femmes qui popotent. La bonne humeur aide à supporter la tension du moment.

 

     Un bruit de galopade derrière la grange ; on s'amuse dans ce coin là. Pendant qu'il avait le dos tourné, Néné Guesdon n'a pas trouvé plus drôle que de glisser une bonne poignée de grain dans la culotte à Léon Martineau du Déffant. Pas pour longtemps cette rigolade... 

 

     « te vas voir si j't'attrappe »

 

     On aura bien la revanche, mais les sacs attendent.

 

     Au cul de la vanneuse trois ou quatre hommes s'affairent aux sacs de grains. Hilaire Chabot et son inséparable conscrit Octave Millet tiennent toujours ce poste. Un sac est plein - allez Hop on ferme le «pot » en attendant d'en mettre un vide à la place. Tenant d'une main la goule du sac, de l'autre le bout du « rollon », on le porte jusqu'à la bascule.  

 

     Le grand âge de Léon Giraudeau ne lui permet plus de travailler de force et l'estime que lui vouent les paysans du coin fait que c'est à lui que revient le devoir de tarer. Le sac marqué du sigle du Syndicat est pesé. Trop plein, pas assez, - on ajuste le poids et chaque homme qui passe par là, dans le parfum du blé mûr plonge la main dans la récolte et l'égrené en donnant l'avis de circonstance...et les sacs prêts à être mis à l'abri sont alignés à quelques pas de là.

 

     Monsieur ROY, le régisseur de tout l'aménage de la famille LOUVET de SAINT GEORGES veille à ce que la partie de la récolte qui revient au Maître soit bien chargée dans la charrette du Logis, c'est encore le temps du métayage.

 

     Ce sont des gaillards jeunes et vigoureux qu'il faut pour monter la récolte au grenier de la ferme. Adrien Perrocheau de la Noue, le grand Michel de Moque-Souris, un gars capable à lui tout seul de monter un brabant sur un tombereau, vont gravir l'escalier de pierre avec 80 kg sur le dos autant de fois qu'il y aura de sacs à porter...

 

     Les sacs sont entreposés en attendant que boulanger et minotier en prennent livraison pour garantir la fourniture en pain de toute la maisonnée pour l'année à venir. Chacun apportera sa « coche », mais c'est une autre histoire.  

                                                                         oooOooo

                     

     Observateur paresseux, dans les prés qui bordent l'Auzance, une tige d'ivraie sauvage entre les dents, vos rêves perdus dans l'azur s'accompagnent du refrain des cricris et de la clameur confuse des batteries.

 

     A Pied-Sec on a battu jusqu'au soir...

 

     Harassés, les hommes ont soupé et fait honneur aux plats et aux boissons que Gustin offre fièrement. Malgré la fatigue, Octave a chanté des chansons à ripouner pendant que Fernand Breluzeau et Jouzé tenaient le pari à qui mangerait la plus grosse assiettée de fraissure...  

 

                   oooOooo 

    

 La Mécanique est partie, fleurie d'un énorme bouquet de passe roses et de pieds-d'alouette, la « noire » devient « la mariée ». La Mécanique est partie... un tas de mâchefer fume encore à l'endroit où a été tisonnée le fourneau...

 

     Demain la volaille aura de quoi picorer pendant que, par économie, les femmes venteront les ramassures de l'aire sur laquelle redescendent du firmament les odeurs de paille, de terre et de fumée.

 

     L'écho d'un clairon se répercute d'une métairie à une autre C'est René de la Chapodière qui s'exerce pour le défilé du préveil de Sainte-Flaive le prochain dimanche...

 

     Sous la nuit étoilée, un sommeil de plomb va  refaire le corps et la volonté des gars qui dans quelques heures vont repartir à l'ouvrage lorsque ça va encore « subier » pas loin d'ici... 

 

                          Henry-Pierre TROUSSICOT

 

 

 

 

 

 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 05:50

Laurent Bourdon « L'homme qui en savait trop » sur Alfred Hitchcock comme de bien entendu avait publié en 2007 « Le dictionnaire Hitchcock » préfacé par un certain Claude Chabrol. Il allait donc de soi que les deux hommes se retrouvassent autour d’une table pour à la fois coucher sur le papier les anecdotes recueillies derrière la caméra et ponctuer les 57 films du cinéaste de morceaux de bravoure de l’œuvre culinaire de l’épicurien Chabrol : « Du pâté de la mère Chaunier dans le Beau Serge à la pintade au chou de Bellamy en passant par le ragoût de mouton de Que la bête meure, le fricandeau à l'oseille des Fantômes du chapelier et la lamproie à la bordelaise de la Fleur du mal » C’est donc un « Chabrol se met à table » 57 films et 25 recettes publié chez Larousse fort goûteux que nous propose Laurent Bourdon www.larousse.fr  170772_50415e006956955609120b8c3a3c3e94.jpg 

 

Pour vous mettre en bouche voici deux morceaux choisis :

 

1 - Un extrait du petit entretien entre l’auteur et Claude Chabrol

Laurent Bourdon : Quelle est la véritable signification de la nourriture dans vos films ?

Claude Chabrol : C’est tout simple : Si les personnages ne mangent pas... ils meurent ! Donc je les fais manger. Et puis, c’est un moment particulier, car c’est à table que l’on ment le plus mal. Difficile de mentir la bouche pleine, donc, évidemment, les masques tombent, le vernis craque, le naturel reprend le dessus, appelez ça comme vous voudrez, mais ces moments passés autour d’une table permettent un certain relâchement tout à fait propice à la dramaturgie. On ne va pas entrer dans les détails puisque ce livre étudie tout cela, mais c’est vrai que j’aime ces scènes qui mettent véritablement à nu les personnages. Il faut retirer son masque pour manger !

Laurent Bourdon : Ce que mangent vos personnages n’est pas anodin non plus.

Claude Chabrol : Evidemment. Ce qu’ils mangent les révèle tout autant. Dans Poulet au Vinaigre par exemple, Pauline Laffont et Lucas Belvaux dînent au restaurant et commandent des plats un peu tape-à-l’œil, un peu vulgaires, qui ne vont pas ensemble, médaillons de foie gras, feuilletés de ris de veau, profiteroles, le tout arrosé de champagne ! – un Piper 1976 c'est moi qui le précise C’est médiocre et ça ressemble aux personnages qu’ils jouent. En revanche, dans Que la bête meure, Michel Duchaussoy commande un merveilleux canard rôti qui va être découpé sous ses yeux avec le même soin et le même raffinement que lui-même a mis pour élaborer et conduire sa vengeance envers le meurtrier de son fils. Il n’y a pas de hasard dans ce que mangent les personnages dans mes films.

2 – Un petit morceau de Poulet au Vinaigre (1985)

Pour la petite histoire j’ai assisté à la projection du film en avant-première lors du festival du film policier de Cognac. L’inspecteur Lavardin, Jean Poiret, ne commence jamais sa journée sans ses deux œufs aux plats accompagné d’un grand crème. Au bar il affirme même « avoir passé le cap des trente mille le mois précédent ! »

« L’affiche et la bande annonce de ce film mettent en scène Claude Chabrol la pipe au bec qui, l’air très mystérieux, ouvre la grosse cloche d’argent d’un chariot à gigot. Alternant avec des images du film qui illustrent son propos, le cinéaste explique : «Pour faire un bon poulet au vinaigre, prenez un poulet authentique ; un poulet pas trop nerveux ; un poulet plutôt tendre. Une pincée de folie. Saupoudrez d’agressivité. Ajoutez deux cuillérées de mystère. Déglacez avec un brin d’érotisme. Laissez mijoter dans le suspense, sans oublier le vinaigre. C’est une recette secrète. Et servez chaud ! Bon appétit et régalez-vous. »

 

Comme les cordons bleus le savent pour faire une sauce il faut du liant alors que pour faire un blog il faut du lien. Comment résisterais-je au plaisir de vous donner ma propre recette de Poulet au Vinaigre « Poulet au vinaigre de cidre augeron » http://www.berthomeau.com/article-21223208.html  en signalant à mes chers lecteurs qu’ils y trouveront :

- Une référence au Pied de Fouet le merveilleux petit bistro de la rue de Babylone qui serait allé comme un gant à notre regretté Chabrol ;

- Un conseil pour redécouvrir un poulet oublié : le Coucou de Rennes ;

- L’adresse d’un producteur de vinaigre de cidre du Pays d’Auge ;

- Enfin un conseil de vin qui va avec : le Picpoul de Pinet.

- Un grand Bonus : la chronique de François Morel sur France Inter à écouter ou réécouter absolument.« les bons vivants font de mauvais morts... »
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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 00:09

J’eus pu, dès mardi dernier passé, surfer sur la vague Michel Rolland puisque la veille, sous un franc soleil, chevauchant mon fier destrier, j’enjambais la Seine sur le pont Royal – normal je suis le fou des Rois – pour me rendre au Saint-James&Albany goûter des breuvages étrangers à l’invitation de Suzanne Méthé. Je liais les rênes de ma monture face à la vitrine de Colette là où la moindre jupette écossaise, haute comme un abat-jour de lampe de chevet, vaut 2350 euros.

 

En effet, sitôt entré, je tombais nez-à-nez avec le ban de Michel Rolland Collection où était exposé un échantillon de ses vins bien à lui qu’il produit dans trois pays : l’Afrique du Sud (Remhoogte 2005 et Bonne Nouvelle 2003), l’Espagne (Campo Alegre 2007) et l’Argentine (Mariflor 2007, Val de Flores 2004, Yacochuya 2005). Donc, après m’être présenté : nom, âge et condition : mis à l’index pour outrage aux bonnes mœurs de l’amicale des ouvriers de la 25ième heure défenseurs de l’adaptation des vins français au marché, j’y fis ma 1ière station sous la conduite fort plaisante et compétente de David Lesage, gendre de Michel Rolland.  

 

Si je ne fis cette mise en ligne dans la foulée, même si j’en avais eu fort envie, c’est que dans ma situation chahutée je risquais fort de me voir taxer d’opportuniste. J’eus pu tout de même, en rappelant qu’il y eut des socialistes opportunistes, les socio-démocrates, s’opposant aux socialistes révolutionnaires, mais là je ne suis pas certain que mes références à Rosa Luxembourg vous eusses convaincu de ma bonne foi. J’eus pu enfin, me référer à Jacques Dutronc mais là c’eut été une autre chanson.

 

Bref, avant même de vous entretenir de mes notes de dégustation – ne vous réjouissez pas trop vite vous n’aurez droit qu’à mon coup de cœur – il m’a fallu tempérer mon ardeur naturelle, que je me répétasse à l’envi la maxime de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord « patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage... » pour ne pas publier illico le texte suivant signé de Michel Rolland bien plus en phase avec sa philosophie que celui – de seconde main – qui avait provoqué mes petits lazzis et les motions de soutien de l’amicale des qui sont toujours du bon côté du manche.

 

« La notion de « cru » a toujours existé par contre la notion de « terroir » est plus récente, cependant elle est prédominante. En effet, quand nous nous demandions pourquoi certains vins étaient souvent meilleurs que d'autres, on faisait justement intervenir la notion de terroir. Il y a toujours eu, bien sûr, l'influence des hommes avec leur culture, leur philosophie, la tradition, mais au travers du temps, certains crus dominaient régulièrement.

On peut dire qu'en intégrant cette notion de « terroir » qui est une combinaison de la nature du sol et du climat ambiant, on a pu développer un concept d’œnologie qui s'adaptait aux qualités et insuffisances du terroir.

Evidemment, la hiérarchie est toujours respectée au niveau de la qualité des vins si le meilleur terroir est le mieux « travaillé ». Cependant, d'autres, plus modestes ou inconnus à priori peuvent produire des vins d'un grand intérêt.

C'est ainsi que sont nés tous les travaux d'amélioration du vignoble : taille adaptée, effeuillages, vendanges vertes (pour un meilleur contrôle des rendements), à la recherche de la maturité. Les sols et la vigne ont été mieux compris, avec moins d'amendements, une lutte raisonnée contre les maladies, un palissage mieux conduit, la plantation de porte-greffes mieux adaptés, etc... Toute cette réflexion dans un seul but : améliorer la qualité du raisin produit quel que soit l'endroit où est cultivée la vigne. Car, c'est de la qualité du raisin que viendra la qualité du vin et c'est le respect de ce fruit tout au long de sa transformation, le respect du vin dans son élaboration et son élevage qui préserveront cette qualité.

L'objectif n'est pas de produire des premiers crus partout dans le monde, ni des vins identiques, mais seulement permettre au vin d'avoir la meilleur expression de son terroir.

Ainsi, avec tout l'acquit familial, l'enseignement scientifique, la curiosité, l'intuition, nous avons dû comprendre ou essayer de comprendre tous les facteurs influents, de la terre aux hommes de toutes les terres, tâche assez complexe mais intéressante d'où peuvent naître l'enthousiasme, la passion et l'envie de les faire partager dans un verre de vin, pour le Plaisir. »

 

J’en reviens à mon coup de cœur pour ce Pinot Noir des Andes : le Mariflor de la Valle de Uco à Mendoza. Tout le monde le sait, mais le géographe qui sommeille en moi trouve que ça va mieux en le disant, la province de Mendoza, située à l’Ouest dans le ventre de l’Argentine, limitrophe du Chili, est typiquement une province andine et elle rassemble la plus grande part du vignoble argentin.

 

Pour mémoire, le projet « Clos de los Siete » où, à l’initiative de Michel Rolland, un groupe de ses amis, tous propriétaires à Bordeaux, ont acquis avec lui Le Campo de Clos de los Siete, propriété qui s'étend sur 850 hectares, au coeur de l'immense plaine de Vista Flores, dans la Vallée de Uco, aux pieds de la fabuleuse et imposante Cordillère des Andes. Le domaine est « une entité de gestion collective, divisée en vignobles à caractère individuel ; chacun contribuant à l'élaboration du vin-phare « Clos de los Siete », et chacun produisant également, de façon indépendante, son propre vin, sous son propre nom, dans sa propre bodega, à la manière d'un château bordelais. »

 

Mariflor est une des parcelles de 4 ha plantées de Pinot Noir en 2002 - site tout proche du petit vignoble de vieux Malbec de « Val de Flores » -  située sur la bordure la plus haute du campo, la plus proche des Andes, à 1000 mètres d'altitude, couvrant 100 hectares dont 60 sont déjà plantés de Malbec, Cabernet Sauvignon, Syrah, Merlot et Sauvignon Blanc et dont la production des cépages rouges contribue au « Clos de los Siete ».

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C’est donc, avec le particularisme de son encépagement, ses dimensions, sa position d’altitude, si je puis m’exprimer ainsi « un confetti de l’empire ». Ce Mariflor, contraction de Marie, prénom de l’une des filles de Michel et Dany Rolland, et flor ou flores : fleur, qui sonnait déjà joliment à mes oreilles puisque Marie-Flore fut mon premier amour – j’avais 15 ans et elle 18, ce qui mis en émoi le clan des femmes lorsque mon père, ami du père de Marie-Flore, rapporta l’information à la maison. Pour le pays Henri-Pierre elle était de Sainte-Flaive des Loups – m’a de suite ravi, enchanté. C’est un vrai petit bijou, tout en finesse, de belle tenue,  et avec cette Mariflor j’avais le sentiment d’être installé au bord d’un podium de défilé de mode et de découvrir enfin un top model qui aurait des formes naturelles, fluides, défilant avec une aisance désarmante, sans chichi ni morgue, avec la fraîcheur et le naturel d’une jeune fille, j’ose l’écrire, en fleur.

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Nous sommes plus au temps des fables mais plutôt dans une époque où l’instantanéité, le buzz, peut parfois provoquer des éruptions, des irritations, des incompréhensions, alors rien ne vaut le retour à la leçon de choses de notre enfance, toute bête, toute simple. Même si je ne suis pas le modèle-type du dégustateur patenté, mes émois face à ce Pinot Noir des Andes, cette Mariflor aux accents juvéniles, valent mieux que des mots alignés dans une polémique d’arrière-cour. J’assume tout mais de grâce faites-moi la grâce de ne pas taxer mon enthousiasme de contrition. J’en suis bien incapable. Je suis venu, j’ai dégusté, j’ai aimé Mariflor, j’ai écrit cette chronique et la page est tournée...

 

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 05:00

Ce sage précepte que me serinait ma mémé Marie lorsque ma vivacité à river le clou de mes petits camarades ou des grands dépassait ce que dans ma bonne Vendée, assez portée pour la génuflexion et la révérence, on se devait de garder pour soi, permet de dire ou d’écrire le fond de sa pensée sans utiliser les mots qui font plaisir, bien tranchants, bien saignants, mais qui blessent inutilement. Réfléchir avant de parler, ici en l’occurrence d’écrire, ne vaut pas censure de ses propos. Ce temps de réflexion distille la fureur du premier mouvement, évite le plaisir carnassier de river le clou à celui qui vient de vous porter un coup, un peu bas, que vous n’attendiez pas. Comme le soulignait l’ami Jérôme, rompre des lances, même vivement, se fait dans le respect de son interlocuteur.

 

Même si ça insupporte certains, mon expérience de ce qu’on appelle d’une expression un peu galvaudée les relations humaines, tant dans l’entreprise en gérant par exemple un plan social avec pour interlocuteur majeur la CGT, que dans mes fonctions dites officielles avec le dialogue omniprésent rue de Varenne avec les blocs syndicaux professionnels rugueux, mais aussi dans mes fonctions de médiateur sur des dossiers difficiles, m’a rendu peu sensible aux coups. J’ai le cuir très tanné mais un seul procédé me fait voir rouge : la disqualification de son interlocuteur. C’est un grand classique : dit-donc toi t’es qui pour te permettre de ramener ta fraise ? Tu sors d’où ? Tes propos sont ceux d’un envieux, d’un aigri, d’un représentant de la France ranci ! J’ai été le témoin de cette morgue lorsque François Guillaume, au Congrès de la FNSEA de Narbonne, plaçait Michel Rocard plus bas que terre parce que son extraction urbaine le disqualifiait en tant que Ministre de l’Agriculture. Toute proportion gardée bien sûr c’est le procédé utilisé, d’une façon qui se voulait pateline, à mon endroit pour soi-disant défendre Michel Rolland.

 

Tout ça pour mettre un point final à une escarmouche bien dérisoire mais qui révèle tout de même une forme d’esprit de clan, celle qu’on reproche tant à la classe politique. Cependant, rassurez-vous, si tant est que vous eussiez besoin de l’être, lorsque j’ai écrit : « à l'avenir je prendrai le temps avant de riposter, ça m'évitera de déraper mais bonne parole n'est point parole molle... et bien sûr je serai plus circonspect de là où je mets les pieds. » je ne changerai rien à ma ligne de conduite. Ma seule requête c’est que chacun assume ses écrits dans le respect de son interlocuteur, moi y compris. C’est tout mais c’est beaucoup même si mon Espace de Liberté est qualifié de cour de récréation. Après tout la cour récréation c’est plutôt sympa, on y joue, on y cause, on s’y crêpe le chignon, et c’est un lieu qui en vaut bien d’autres dont le sérieux cache souvent la vacuité.

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 00:03

Je le fais avec des gants beurre frais pour ne pas froisser l’épiderme si fragile de notre orgueil national. En effet, nous sommes un peu revanchard dans notre beau pays, ce n’est pas moi qui l’écrit mais de concert l’éditorialiste de Terre de Vins et Véronique Raisin dans l’Express : « Cette revanche traduit avec brio – enfin ! – l’extraordinaire travail accompli dans le vignoble hexagonal depuis la pitoyable défaite. » Comme le rappelle fort judicieusement mon honorable consœur, vigneronne de surcroît, Catherine Bernard pour ceux qui n’ont suivi le film de la chronique judiciaire des différents France/USA « Depuis la publication de l’enquête du journaliste américain George M. Taber sur le jugement de Paris, nul n’est censé ignorer ce jour de l’année 1976 où des vins californiens supplantèrent de grands bordeaux et bourgogne. » Je passe sur « Cocoriccoooo, le vin français le meilleur du monde » il ne relève pas de mon appel mais de la plus pure franchouillardise. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jugement_de_Paris_(vin)

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Qu’est-ce-que je conteste et qui motive mon appel :

1-     12 prévenus étrangers (USA : 5, Australie : 2, AFS : 1, Chili : 1, Chine : 1, Argentine : 1, NZ : 1) contre 7 français. Pourquoi une telle dissymétrie ?

2-    Les 7 français sont tous des bordelais, pourquoi cette exclusivité ? les GCC de Bordeaux sont-ils la France du Vin, même du Grand, à eux seuls ?

3-    Qui a convoqué les 7 bordelais : les 5 juges ? Si oui, sur quels critères objectifs ont-ils fait cette sélection et pourquoi n’a-t-on pas respecté la séparation entre l’instruction et la formation de jugement ?

4-    Qu’entend-on par « les USA (Californie), l’Argentine, le Chili, L’Afrique du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, ont envoyés leurs champions. » ? Prière de nous indiquer, là aussi, les noms et raison sociale de ces sélectionneurs ?

5-    Si ce sont les 5 juges eux-mêmes qui ont fait ce choix, prière de répondre sur les mêmes bases que le point 3.

6-    Pour quelles raisons, contrairement au premier jugement de Paris de 1976, aucun bourguignon n’a été convoqué ?

7-     Et les autres régions françaises sentent-elles le gaz ?

8-    Pourquoi, dans la mesure où le cercle s’est élargi, les autres pays producteurs européens n’ont-ils pas envoyé de champions ?

9-    Leur a-t-on demandé ?

10-                       Ont-ils refusé ?

11- Pourquoi, même si la formation de 1976 se présentait sur le même mode, les 5 juges sont-ils tous français : Marie-Louise Banyols, Michel Bettane, Thierry Desseauve, Denis Hervier et Guillaume Puzzo ?

12- L'internationalisation des prévenus impliquait le recours à la forme Tribunal Pénal International avec des membres non membres des Etats dont sont issus les convoqués et les envoyés. Pourquoi ne pas avoir eu recours à cette solution levant toute suspicion de favoritisme gustatif ?

13 - Et les consommateurs dans tout cela, ils sentent le gaz ?  

14-Les 5 juges connaissaient-ils l’identité des 19 prévenus ?

15 - Pourquoi utiliser le terme impropre de jury qui s'applique en France à une Cour d'Assises qui donne à un jury populaire encadré de juges professionnels la capacité de rendre un verdict, à une formation rassemblant que des juges professionnels ? 

16-Si oui, leur jugement n’a-t-il pas été faussé par cet « anonymat » bien orienté ?

17-L’émission de France 2 Envoyé Spécial du 18 septembre qui diffusera la séance de dégustation répondra-t-elle à l’ensemble de ces questions ?

18-Je souligne que je fais appel en dépit de ce qu’écrit Véronique Raisin dans l’Express « La dégustation au sommet de cet été – élargie à tout le nouveau Monde – rend aux crus tricolores leur suprématie... Sans appel... » En effet, lorsqu’il est question de suprématie il me semble qu’il vaut mieux ne pas se payer de mots car c’est ainsi qu’on perd la guerre, si tant est que nous soyons en guerre, peut-être que celle-ci n’est qu’une guerre en dentelles pour amuser la galerie...

19 - Je précise, afin de ne pas être taxé par ceux qui me trouve trop acide, que j'agis ici en tant qu'avocat d'un plaignant ni convoqué ni envoyé pour être jugé à Paris.

20 - Il s'agit du Pinot Grand Vin de Feenwick dont le vignoble est situé dans les Alpes, coincé entre la Suisse et la France, un confetti qui continue de vivre en sous une forme d’économie bucolique http://www.berthomeau.com/article-pinot-42908099.html 

21 - Je viens de recevoir à l'instant une nouvelle requête de mon client : les vins du Nouveau Monde présents dans le box des prévenus sont-ils certifiés sans OGM ?

22 - Je viens de recevoir à la seconde un coup de téléphone de José Bové qui s'étonne de l'absence d'Eva Joly dans le jury !

 

Pour les commentaires de dégustation se reporter sur  http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/vin/les-meilleurs-vins-du-monde-testes-a-l-aveugle_917760.html

 

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