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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 00:09

Le choix du sujet de ma thèse de doctorat de Droit Public : « la politique publique de relance de la filière porc » (elle existe encore ICI link) surprit beaucoup mes éminents professeurs. Bien sûr mai 68 était passé par là, tout était possible, et je ne me voyais pas passer deux ans de ma vie à dépiauter de la jurisprudence du Conseil d’Etat sur les syndicats d’électrification rurale.


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Si je pus mener à bien cette thèse je le dus au nouveau doyen Yves Prats qui « a marqué profondément de son empreinte la renaissance de la faculté de droit et des sciences politiques de Nantes à la fin des années soixante. Durant cette période charnière de l'université française, il a posé dans cette ville les bases d'un enseignement et d'une recherche qui saisissent d'abord le droit comme fait de culture et transcendent les clivages institués entre droit privé, droit public et histoire du droit » écrivent Alain Supiot, ‎Jean-Claude Hélin, ‎Yann Tanguy… dans un ouvrage hommage « La Norme, la ville et la mer »


Il me consacra beaucoup de temps me recevant le samedi après-midi chez lui, attentif, poussant ma pensée confuse dans ses derniers retranchements pour que j’aille à l’essentiel. Il y avait chez Yves Prats une modestie non feinte, celle des grands esprits. Il était marin et moi terrien, j’aimais son ton singulier, sa distance, son verbe économe mais aussi sa propension à sortir des sentiers battus, à emprunter des chemins de crête. Son humour, qu’il s’appliquait à lui-même dans le registre chantant du Sud-Ouest de ses origines. Et quelles origines, je ne sus que bien plus tard que la famille Prats c’était alors Cos d’Estournel et Petit Village. Avec finesse il m’éveilla au doute face aux « moulinettes à concept » et « aux faiseurs de systèmes » et avec sa rigueur il me permit de comprendre que l’exercice de l’écriture est rarement un plaisir sans mélange.


Je lui dois beaucoup. Ma thèse, mal foutue, mal écrite, m’a permis de me débarrasser des scories d’une pensée mal dégrossie. Yves Prats m’a révélé à moi-même en m’encourageant à suivre une voie pas ordinaire. Nous sommes devenus des amis. J’ai connu par la suite son frère Bruno alors à la tête de Cos d’Estournel, puis Jean-Guillaume le fils de Bruno. Avec Jean-Claude Hélin, tout au long de ma carrière, il m’a suivi, encouragé, et lorsque je suis devenu Directeur du cabinet du Ministre alors que je n’étais ni haut, ni fonctionnaire, avec son éternel petit sourire, il m’a dit toute sa fierté. Yves Prats fut pour moi un passeur, un maître, et j’ai souvent son image bienveillante dans mes pensées.


Nantes restera son port d’attache, il lui est resté fidèle comme à ses amis. « La distance n’est jamais parvenue à séparer complètement Yves Prats de Nantes et si son nez, d’éducation bordelaise, n’est pas parvenu à capter avec suffisamment de discernement les arômes subtils du Muscadet, nous ne lui avons pas tenu rigueur. » écrit Yann Tanguy dans sa préface.


Longue digression, trop longue me direz-vous mais je me devais de rendre hommage à celui qui a su m’épauler dans le choix d’une voie peu ordinaire. Lorsque je lui faisais part de mes doutes, que je lui disais qu’il serait sans doute plus raisonnable d’embrasser une carrière universitaire, il me répondait « Vous allez vous ennuyer à la Faculté, vous aimez trop l’action… »


Revenons au cochon breton ! 


Ma thèse soulignait, sans être prémonitoire, que les politiques de relance du cochon, via les groupements de producteurs, allait aboutir à une hyper-concentration de cette production en Bretagne où l’étroitesse des structures et l’activisme des fabricants d’aliment du bétail : Guyomarc’h tout particulièrement favorisait le Hors-sol (aviculture et porc).


C’est ma thèse sur le cochon, son approche originale, qui m’a permis d’être recruté en 1976 comme contractuel par Bernard Auberger, jeune Inspecteur des Finances tout juste nommé à la Direction de la Production et des Echanges du Ministère de l’Agriculture.


Le Ministre d’alors, Christian Bonnet, étant breton du Morbihan, on me dépêcha en Bretagne pour ausculter la filière avicole en plein boom anarchique. Pendant 6 mois, avec une petite auto, j’ai sillonné les routes et les bi-routes bretonnes : éleveurs, accouveurs, transformateurs… souvenir des petits matins dans le Finistère avec mes interlocuteurs se parlant en breton… j’ai vu naître et prospérer ceux qui vont mal aujourd’hui : Charles Doux le redoutable vendéen expatrié à Châteaulin, Jacques Tilly et bien d’autres. C’était le Far-West et j’ai le souvenir de l’étonnement de mon directeur, que j’avais convaincu de passer une journée dans le Finistère, aux côtés de Charles Doux dans la BMW alors que nous pénétrions dans Guerlesquin où Tilly, le maire, régnait en maître. Dernier détail, Alain, mon aîné fut aviculteur, il produisait des œufs d’accouvage pour Tilly, le lien a donc toujours été fort avec ce secteur d’activité.


Plus tard, bien plus tard, lorsque je tenais la barre dans les années 90, lors d’une conversation avec mes amis bretons : Charles Josselin, Louis le Pensec et Bernard Poignant qui parle maintenant dans l’oreille de François, je leur avais fait part de mes craintes sur la fragilité du modèle breton avicole, en tout premier lieu – le fameux poulet export perfusé de restitutions – et le porcin aussi en course effrénée à la concentration. Les brutales crises du porc cycliques mettaient au tapis les plus fragiles. Nous en étions aux prémices de l’ouverture des frontières avec le GATT puis l’OMC, à la première réforme de la PAC, et qu’un modèle peu créateur de valeur comportait le risque voir des compétiteurs mieux armés que nous nous damer le pion. Pour le poulet ce fut le Brésil où Charles Doux crut trouver une martingale qui s’avérera désastreuse, et pour le porc ce fut l’Allemagne et sa politique salariale.


Sans jouer le « je vous l’avais bien dit », il est tout de même paradoxal qu’il faille être le nez sur le mur, avec tous les  dégâts que vont provoquer les fermetures de sites sur l’emploi, la vie des gens, pour assumer des évolutions inéluctables. La mondialisation, dont nous profitons puisque nous exportons des produits agro-alimentaires, exige des ajustements, des anticipations, sinon des pans entiers de notre économie vont être emportés. Dans le secteur agricole, les choix de la Commission de l’UE, approuvés en leur temps par nos Ministres de l’Agriculture, n’ont pas finis de produire leurs effets. Le grand vent libéral d’avant la crise financière qui plaisait tant à notre droite de gouvernement n’a pas fini de produire ces effets. La fin des quotas laitiers mi-2015 va profondément bouleverser la donne de nos exploitations qui seront confrontés en direct à  ce qu’on appelle « la volatilité des prix » du marché. Les transformateurs iront chercher le lait là où il est le moins cher. C’est cela ou mourir !

 

Pour éclairer votre lanterne lisez :

 

1- L'industrie agroalimentaire bretonne est-elle condamnée ? link

 

2- Le point de vue de Pousson sur l'écotaxe et les bonnets rouges link

 

3 -Pas de retour des restitutions par Stéphane Le Foll link


Pour autant allons-nous tomber de Charybde en Scylla ?


La réponse est évidemment non, en Bretagne et ailleurs, mais encore faudrait-il que certains, la FNSEA en tête, cessent de nous faire accroire qu’il existe encore une agriculture française unitaire, un modèle français, amalgamant des agriculteurs, des éleveurs, des vignerons qui ne font pas le même métier, qui ne s’adressent pas aux mêmes marchés. Notre force c’est la diversité, notre capacité à créer de la valeur, y compris dans les produits de grande consommation. Le modèle des filles à fromages n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité bien tangible (Lire dans les Echos Les filles à fromages contre la crise économique link)


Contrairement à ce qu’affirme dans les mêmes Echos, Jean-Marc Vittori Editorialiste aux « Echos » Pourquoi l'Allemagne exporte plus de fromage que la Francelink ?, le modèle allemand n’est pas l’avenir de l’agriculture et l’agro-alimentaire français. La seule course au volume n’est pas intéressante M.Vittori, vous oubliez de dire qu’en valeur les fromages allemands sont loin derrière. La compétitivité est à tous les étages dans le lait et ailleurs, la Bretagne et le grand Ouest en général là encore devront faire autre chose que le choix d’une voie unique hautement risquée. L’économie des grands volumes compétitifs destinés au grand large : le en lait en poudre par exemple, et celle des produits de valeur ne sont pas incompatibles, encore faut-il faire des choix clairs des modes de production. Le tout partout sur un soi-disant modèle unique est une illusion.


Agir, plutôt que réagir !


Je radote.


Désolé de vous avoir ce matin abreuvé de mes souvenirs et de mes petites analyses mais j’ai du mal à admettre notre aquoibonisme et une forme de résignation mortifère.


Cet après-midi une petite chronique sur tomber de Charybde et Scylla pour vous changer les idées.

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 00:09

Dans le n°49 de Vinifera d’octobre 2013, Jacques Perrin, affiche la couleur avec ce titre : Le rêve du vin naturel/la guerre du vrai goût. Le poids des mots choisis est évident, il traduit bien le credo du magazine « pour connaître l’actualité des grands vins et pour une approche différente de la culture du vin. »


C’est de la belle ouvrage mais un peu à la manière d’un correspondant de guerre qui rédigerait son article dans l’un des camps. Pour autant, en constatant cela, je ne qualifierais pas l’article de partisan. Bien au contraire, il est d’apparence équilibré, sans outrance, avec de longs développement sur le bio et la biodynamie, mais il est clair que Jacques Perrin ne doit pas s’être souvent confronté physiquement au camp des naturistes. C’est son choix et c’est un choix que je peux comprendre mais il lui fait commettre un contre-sens.


Les adeptes du vin nu ne sont en rien des croisés du « vrai goût »


Bien au contraire, ils sont très majoritairement des adeptes du mauvais goût qu’il ne faut pas forcément assimiler aux faux-goûts chers aux grands dégustateurs.


Le vin ne se fait pas tout seul mais pour autant l’omniprésence des vinificateurs stars laisserait accroire en leur paternité alors qu’ils ne sont que des sages-femmes veillant sur les tonneaux et quand à comparer l’élevage des vins à l’éducation des enfants il y a un pas que je ne franchirai pas en père que je fus. Comparaison n’est pas raison et la floraison d’images stylistiques ressemble fort à un habillage de ce que, de tout temps, à fait la main de l’homme avec bien sûr en sus toutes les avancées de la technique. L’omniprésence n’a rien à voir avec la présence, le soin, l’attention et je ne suis pas certain qu’en ce domaine les modernistes soient aussi exemplaires que le disent leurs beaux discours. Je connais beaucoup de vignerons, que je ne qualifierai pas de naturistes pour ne pas coller d’étiquettes, qui sont au plus près de leurs vignes et d’une attention méticuleuse à la vie de leurs vins. L’amalgame et la catégorisation est pour moi une forme d’agression à la vérité que l’on dit rechercher.


Je ne suis d’aucun camp, d’aucune chapelle, je parle à tout le monde sauf à ceux qui se refusent à me parler, je suis donc de ceux qui fréquentent les naturistes depuis un bail, les Antonin, GNB, Olif, Eva and Co, je les ai vus évoluer, s’affirmer, mais je n’ai jamais senti chez eux la volonté d’engager une soi-disant bataille pour « le vrai goût ». Très honnêtement je crois qu’ils s’en tamponnent comme de leur première chemisette. Qu’ils soient de doux rêveurs, des provocateurs, des dissidents, je trouve ça plutôt encourageant pour des gens de leur âge. Pour autant je ne suis pas toujours d’accord avec eux, et certains naturistes sont chiants et arrogants mais ce n’est pas forcément mieux avec ceux d’en face. Quant à en faire des nouveaux picolos qui boivent sec parce qu’ils boivent « sain » c’est aller bien vite en chemin. Ma vieille fréquentation du monde du vin m’a fait côtoyer une sacrée floppée de mecs – peu de filles – grands amateurs de vins dit normaux en surdose permanente.


Tout ce petit monde des naturistes est bien sûr majoritairement urbain car tout bêtement les urbains sont ultras-majoritaires dans nos sociétés, mais pour autant il ne peut être mis dans le même sac, boboïsé, moqué, car ces petits jeunes sont tout simplement le sous-produit du rejet du monde de certains grands amateurs confits dans leurs certitudes, enfermés dans leurs cercles restreints, à leur manière des Précieux Ridicules. Les petites louves et les petits loups des vins nus sont le fruit d’un refus du faux-esprit de sérieux qui a entouré le culte des grands vins. Jacques Perrin cite l’exemple la dégustation d’inauguration de la cave de la Grande Epicerie du Bon Marché pour argumenter. J’y étais en compagnie de GNB, Antonin et Eva et ce fut une caricature de dégustation prout-prout ma chère avec des discours formatés, une façon de dire aux petits blogueurs « nous vous prenons pour des petits cons qui n’y connaissent rien et on va vous en mettre plein la vue ». J’en étais moi-même gêné et j’ajoute que les vins servis, avec de soi-disant accords Mets&Vins stupides, n’étaient pas au mieux de leur épanouissement. On peut se nommer Cheval Blanc et Yquem et ne pas se révéler à la hauteur de la situation.


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Le vin est fait pour être bu, on peut toujours mettre des mots dessus, célébrer la culture du vin, mais DIEU que beaucoup d’assemblées de grands amateurs sont chiantes et pontifiantes. Je les fuis. La vague naturiste a fait souffler sur le monde du vin un vent de fraîcheur, de fête, de réelle convivialité, et elle a ouvert des portes d’entrée aux néo-consommateurs. Nul ne leur demande de produire un passeport de connaisseurs, de se soumettre aux rets du vrai dégustateur, l’important ici c’est l’attractivité. L’envie. Le plaisir. Le plaisir partagé. Bien sûr il va m’être objecté l’acculturation de beaucoup de ces néophytes. Je le concède volontiers mais une fois qu’ils ont pénétré dans le cercle du vin chacun d’entre eux fera son chemin alors que s’ils étaient restés au dehors j’en connais qui accuseraient la loi Evin d’en être responsable.


En écrivant ce que j’écris je ne fais pas du jeunisme mais j’essaie de comprendre en me frottant à une génération qui, contrairement à la mienne et à celles qui lui ont succédée, s’intéresse beaucoup au vin, filles en tête. Passionnément, avec fougue, dose de mauvaise foi, outrances, mais aussi avec une spontanéité qui a eu le mérite d’ébranler des certitudes et des manières de faire sur lesquelles beaucoup fermaient les yeux. Les naturistes ont fait bouger les lignes. Ils sont eux aussi parfois très chiants, exaspérants mais le compliment peut être facilement retourné à l’encontre des chantres des vins bien installés.


L’important pour moi c’est l’extension du domaine du vin et non son confinement dans des académies du bon goût où se retrouvent des messieurs d’un certain âge faisant assaut de culture. Casser les codes est le privilège de la jeunesse, faire table rase du passé disait-on dans l’ancien temps, mais pour autant je ne sens pas dans le mouvement naturiste du passéisme, un chant du c’était mieux avant. Au risque de passer moi-même pour un provocateur je les trouve très raisonnables ces jeunes pousses, très hédonistes, très amateurs de bonne chère, bons vivants. Même si certains des vins qu’ils aiment sentent un peu la bouse ils n’ont guère de paille dans leurs sabots, ils vivent dans leur temps ce sont des Y impatients de nous pousser dehors.


Ce qui m’étonne dans cette littérature qui décrète des guerres qui ne sont que des guerres en dentelles c’est que ma génération campe sur son piédestal, contemple avec un peu de condescendance cette gentille marmaille, lui fait maintenant, après l’avoir tancé durement, une gentille morale de vieux qui s’accrochent. Pourquoi ne pas descendre dans l’arène, se colleter à tout ce petit monde pour échanger, jouer son rôle de passeur d’expériences. Moi, je le fais et le sieur Pousson un peu aussi et Dieu sait si ses préventions étaient fortes. Mais je me dois d’écrire que le clan des gens qui pensent « justes », n’est pas forcément aimable à l’endroit de ceux qui ne pensent pas comme eux. La mise à l’Index fait partie de la culture de certains d’entre-eux qui défendent leur pré-carré avec la même énergie que les naturistes leur petite chapelle.


Tout ça a au moins le mérite d’animer le marigot, de l’aérer, je n’ose écrire de l’oxygéner, mais ce dont je suis sûr et certain c’est que la guerre du vrai goût ne sera jamais déclarée car, même si la vérité est au fond des verres, je ne vois pas ce que le vrai viendrait faire dans cette galère du goût, qu’il soit bon ou mauvais d’ailleurs, car le vrai, c’est ce qui est conforme à la vérité ; ce qui possède les caractéristiques propres à sa nature ; ce qui ne relève pas de l'imaginaire ; ce qui est le plus approprié, qui convient le mieux. Ne donnons pas trop d’importance à nos débats qui n’intéressent qu’une infime partie des consommateurs de vin car les « grands vins » tout comme les « vins natures » ne touchent que de minces « élites » qui s’appuient l’une sur l’autre pour atteindre un niveau de bruit médiatique qui reste et restera très confidentiel.


Que Jacques Perrin se rassure lorsque qu’Alice Feiring renchérit sans rougir que « les femmes qui préfèrent le vin naturel ont probablement tendance à être plus créatives, que ce soit sexuellement ou intellectuellement » je surenchéris, moi aussi sans rougir, en affirmant que pour les hommes adeptes des vins nus ce n’est pas une probabilité mais une certitude.

 

Désolé, pas mieux ! « I have a dream... »

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 00:09

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Il y a du Saint-Simon, le mémorialiste, dans Jacques Dupont. Il sait, en quelques phrases bien troussées, faire simple là où d’autres feraient compliqué et Dieu sait qu’à Saint-Emilion, j’ose l’écrire, on chérit depuis toujours les complications.



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Tout d’abord du côté terroir c’est le foutoir par la grâce du décret du 14 novembre 1936 entérinant le dessin d’Édouard Ier d’Angleterre qui, en 1289, avait tracé les limites de la Juridiction de Saint-Emilion, comme territoire de l’AOC saint-émilion. Comme dans les années 70, l’appellation les sables-de-saint-émilion fit jonction notre cher Dupont peut se permettre d’écrire « Pour faire simple, on peut dire qu’il y  a deux grandes familles saint-émilionnaises : les chanceux et les autres. Les premiers sont en haut qui font du gâteau ; les seconds sont en bas, qui se débrouille avec le ceci-cela. C’est-à-dire les sables, les graviers, les limons, les terres inondables ou trop riches ou trop sensibles aux aléas climatiques. »


Bien évidemment notre Jacques raffine ensuite, découpe le terroir en grandes familles (page 1410 de sa somme Le Guide du Vin de Bordeaux) avant de nous révéler que « sur les 5400 ha de l’appellation, les chanceux représentent en comptant large, la moitié. » Combien de saint-émilion grand cru dans ce grand ensemble ? Pour compléter cette vision géologico-économique on peut se reporter aux écrits de Cornelis Van Leeuwen (pages 12 à 17) dans le livre Crus Classés de Saint-Emilion.


Votre serviteur qui, lui, n’est pas comme le Jacques un grand dégustateur, mais un simple promeneur-chroniqueur, velours, paraboot et imper mastic – il pleuvait ce samedi – s’est dit qu’il lui fallait, pour s’inspirer de l’esprit du lieu, aller passer une journée entière à Ausone. Alain Vauthier l’a réceptionné à la descente du TGV.


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L’ami François Des Ligneris, lors d’un de mes précédents passages à l’Envers du Décor m’avait glissé dans la poche le plan du métro de Saint-Emilion, mais comme déjà à Paris je développe une forte allergie au métro, lui préférant mon vélo, nous n’avons pas pris la ligne 6 puis la 8 pour nous rendre à Ausone.


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Mon intuition était bonne, j’ai bien fait de venir passer une journée entière à Ausone. Merci de votre disponibilité Alain Vauthier. Nous avons conversés tout au long de cette journée. Ni photos, ni notes, comme toujours j’ai grappillé sans avoir la moindre idée de ce sur quoi j’allais chroniquer. Prendre le temps, prendre son temps, écouter, ne pas se raconter d’histoires, voir, sentir, ressentir, se laisser aller à échanger dans une forme de réelle complicité.


Mon Saint-Simon de Dupont le souligne « dit comme cela, tout paraît simple » mais tout ce nous nous sommes dit était off selon la formule consacrée fort hypocrite des journalistes politiques. En fait j’ai fait ma pelote et je n’ai nulle envie de la  dévider.


Alors pourquoi diable chroniquer ?


Tout simplement parce que tout au cours de cette journée passée avec Alain Vauthier je me suis réconcilié avec l’esprit d’un grand vin.


Qu’est-ce-à dire ?


Au nom de quoi peut-on qualifier un vin de Grand ?


Qui mieux que de Gaulle peut nous parler de Grandeur.


« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a en moi d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n'est réellement elle-même qu'au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur. »

« Une certaine idée de la France ». Mémoires de guerre. L'Appel, 1940-1942. Plon, 1954


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Ausone est au premier rang depuis longtemps mais il ne s’y maintient pas par l’effet du hasard. Sa grandeur n’est pas une construction intellectuelle, ni un ramassis de lieux communs, encore moins le fruit d’un classement dont la générosité laisse planer des doutes sur ceux qui l’ont couché sur le papier d’un arrêté ministériel.


Danger, terrain miné, je ne vais pas à nouveau m’y aventurer.


L’esprit d’Ausone c’est, même si le mot est mal porté au pays du vin, la sobriété vécue non pas comme une quelconque restriction mais comme une économie de moyens au sens de la justesse et de la précision de tout ce qui est mis en œuvre dans la vigne et dans le chai.  Ausone tient son haut rang parce qu’Alain Vauthier, sa fille Pauline, son équipe sont des gens qui  font. Œuvrent. Comme le dit Pauline dans le livre d’Eric Bernardin « mon père est quelqu’un de très investi : il ne fait que travailler, jusqu’à 22 heures le soir et même le dimanche. Lorsque j’étais enfant, nous ne sommes presque jamais partis en vacances. Il a toujours besoin de savoir ce qui se passe sur les domaines. Lorsqu’il s’absente, il appelle quatre fois par jour »


Nous avons fort bien déjeuné, bu un excellent Fronton, à l’envers du  décor rempli au ras-bord tout comme Saint-Emilion puis Alain Vauthier m’a promené dans les méandres du vignoble de saint-émilion. Imprégnation. Le lieu, les lieux, les hommes, l’histoire et ce que l’on qualifie de petites histoires mais qui sont la vie sans fard de tout un chacun y compris ceux qui se prennent pour des grands. Tout est trop lisse aujourd’hui, sur ce lisse tout glisse, mais il suffit de soulever la peau des beaux discours formatés pour découvrir la réalité crue. Un peu d’aspérités, de résistance à la tendance moutonnière, est salutaire.


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Pour moi, il y a un peu de bourguignon dans Alain Vauthier, ce côté terrien un peu madré qui sait compter, qui ne s’en laisse pas raconter, la main qui fait, ce souci du geste précis, d’une forme d’économie paysanne, dont je me sens proche de par mes origines. Alors, ce n’est sûrement pas par hasard comme le souligne le Jacques Dupont qui aime tant la tension, qui est lui aussi Bas-Bourguignon, « Ausone a une particularité : son étonnante capacité à bien vieillir. Même des millésimes très moyens comme 1973 offraient cinquante ans plus tard une délicatesse aromatique qui n’est pas sans rappeler les très grands bourgognes comme La Tache. »


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Tout ça est bien beau Berthomeau tu dissertes, tu digresses, tu nous appâtes, mais tu n’as toujours pas expliqué ce que tu entendais par l’allure d’un Grand Vin. D’ailleurs, vous allez m’objecter que, par construction, tous les grands vins devraient avoir de l’allure.


Pas si sûr !


Qu’est-ce donc que l’allure ?


« Un mot qui dit tout et n’explique rien », écrit François Baudot auteur de 2 livres de référence « L’allure des hommes » 2000 et « L’Allure des femmes » 2001 chez Assouline. C’est tout le paradoxe de l’allure : la reconnaître au premier coup d’œil mais être bien incapable de la définir.


L’allure, c’est aller, et « une belle allure suppose d’aller vers son devenir avec une certaine liberté… Dans la façon de se vêtir c’est l’expression d’un accord intime entre notre nature profonde et le milieu où nous évoluons. Un rien lui va dit-on, la simplicité, l’absence d’apprêt, d’affèteries, le bonheur d’être soi-même, bien dans ses baskets ou en accord avec ses racines, ses origines, donnent une belle, une folle allure.  


L’allure dit bien à la fois qui nous sommes et vers où nous allons.


Attention, ne vous méprenez pas avec mes histoires de chiffons, l’allure n’a rien à voir avec le pognon pour vous en persuader visionnez les 9 minutes de pur bonheur de la vidéo d’Archimède le clochard : Gabin quelle allure !


Je ne sais si vous me voyez venir avec mes gros sabots de paysan vendéen mais vous ne m’empêcherez pas de proclamer du haut de ma petite chaire que, dans un monde du paraître, du trop, de l’excès, du surchargé, d’une esthétique formatée, maquillée, racoleuse, l’allure, et plus précisément ici l’allure d’un vin, celle d’Ausone, au-delà de la pure élégance, c’est la quintessence de la simplicité, c’est-à-dire l’absence de recherche, une forme de distance sans l’arrogance, la quête de l’authenticité loin des emballements des modes, une vraie démarche sans artifice.


Voilà c’est écrit.


Respect !


J’ai ouvert cette chronique avec Jacques Dupont alors je vais la clore avec ce qu’écrivait en 2004 notre Saint-Simon du vignoble saint-émilionnais « Après les grandes guerres, l’apaisement. C’est un peu à quoi ressemble Ausone aujourd’hui, qui fut un champ d’affrontements familiaux longs, violents et douloureux. En vase clos,  dans ce bout de falaise calcaire où chaque bloc cache une galerie, un souterrain, un étage de carrière, une histoire Alain Vauthier, vainqueur, nettoie tout, redresse,  rénove, aplanit. Il n’est plus le guerrier des débuts, les bras chargés de dossiers lourds des plaidoiries en cours et à venir, en colère contenue permanente. Désormais, il vit en bâtisseur ou plutôt en rénovateur, car Ausone existait avant lui… »

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 00:09

Faire du cinéma, je n’y ai jamais pensé, même si dans la vie j’ai sans doute fait un peu de cinéma. Me mettre dans la peau de John Malkovich se situe très au-dessus de mes moyens de comédien. En revanche scénariste et dialoguiste m’aurait bien plu. Trop tard ! Reste, tout au fond de moi une image un peu caricaturée : celle du producteur, gros cigare, grosse cylindrée, liasse de gros billets et petites pépés…


Pour satisfaire ce phantasme ce matin j’ai décidé de me glisser dans le costume trois pièces à chevrons, que m’a taillé dans son roman Pierre Lamalattie, et je vais me faire producteur de cinéma à la manière d’un des frères Coen, des références incontestées en ce domaine.


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Cette chronique va donc prendre la forme de notes éparses du Taulier dans ses habits de producteur d’un film « Le domaine de Baal sur la terre de Canaan » qu’il souhaite voir tourner.


Tout a commencé par une invitation d’Aurélie et de Sébastien au « Vin en Bouche » 27 rue de l’Abbé Grégoire dans le 6e arrondissement de Paris, joli lieu de convivialité. www.levinenbouche.fr


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Belle soirée, douce, été indien dit-on, la lumière sera belle pour le 1er plan-séquence :


Au Vin en bouche, une table haute sur laquelle sont disposés des bouteilles et des verres, autour assis côte à côte Sébastien Khoury le vigneron du domaine de Baal et Fabrice qui a toujours Vin sur Vin, en face Aurélie Flammang l’ambassadrice des vins de Baal et le taulier. En retrait, le maître de maison, Vincent qui s’affaire pour nos plaisirs de bouche.


Notes du réalisateur : atmosphère détendue, la conversation va et vient du vin au monde et du monde au vin.


Zoom arrière dans le temps « Après les cérémonies religieuses venaient les fêtes joyeuses des vendanges vestiges des anciens rites païens de la terre de Canaan. La plus attendue était la nuit où les jeunes vierges, vêtues de robes blanches neuves, allaient dans les vignobles, où les plus belles grappes attendaient dans le pressoir d’être foulées par les pieds délicats. Chacun à son tour, les jeunes filles sautaient sur les raisins juteux, la robe remontée au-dessus des genoux, et dansaient tandis que leurs compagnes chantaient. Tous les jeunes gens à marier venaient naturellement les admirer, et peut-être choisir leur épouse future. »


Notes du réalisateur : le Taulier chroniqueur invétéré aime glisser ses lignes dans celles de la grande Histoire, entremêler les fils, tisser la trame des histoires qu’il conte au quotidien.


Voix off : « Le Pays de Canaan (En Hébreu : כנען Kэná‘an "Canaanite", en Phénicien : Kná'an, en Akkadien : Kinahhu, en Grec : Χαναάν Canaan, en arabe Bilad Kana'an) est un terme utilisé dans les récits bibliques pour décrire le pays de l’Asie occidentale qui englobe aujourd'hui : Israël, les territoires Palestiniens, le Liban (la Phénicie), ainsi que les terres côtières adjacentes, l'Ouest de la Jordanie, l'Est de l'Égypte et de le Sud de la Syrie.


Gros plan sur le Taulier qui évoque l’alchimie entre le terreau de ses souvenirs et l’irruption d’émotions violentes. Le hasard fait bien les choses avec lui, ainsi un soir de janvier de cette année alors qu’il se rendait à reculons à une dégustation des vins du Liban dans les beaux quartiers de Paris, il ne se doutait pas qu’il allait y faire une très belle rencontre. 


Gros plan sur Aurélie : qui se remémore le vin blanc du domaine de Baal 2009 versé par un sourire, le sien, au Taulier en janvier de cette année.


Souvenir du coup de foudre « Loin de tout, hors tout l’alchimie du plaisir s’opérait. L’épure, j’aime ce mot, la mise à pur, une projection en 3 dimensions qui n’a nul besoin de mots pour décrire l’objet représenté. Voir ainsi le vin peut sembler défier la rationalité mais qu’importe, j’éprouvais la même émotion, au contact de ce vin inconnu, que face à la découverte, il y a bien des années, de l’œuvre du peintre Estève. Un choc, une vraie rencontre, doublée d’une intrusion dans mon univers, ça me dérangeait, ça me gagnait et ça trouvait naturellement place dans mon petit jardin d’intérieur. » link  


Notes du  scénariste : « Tous les amoureux le savent le coup de foudre enflamme, embrase, le cœur bat la chamade, laisse peu de place à raison, mais risque fort à l’épreuve du temps de n’être qu’un feu de paille. Alors, la meilleure façon de soumettre sa flamme, son emballement qui peut-être passager, c’est de se retrouver de nouveau face à l’être aimé. »


Croquis du dialogue Sébastien-Fabrice : c’est dense !


-         Le domaine de Baal


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-          Les vins du domaine de Baal


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Notes du scénariste : « Avec le vin, la redécouverte de l’être aimé c’est le nouveau millésime et, contrairement à nous humains avec son irruption l’être aimé rajeunit. Élixir de l’éternelle jeunesse»


Nouveau plan-séquence :


-          Ô : « goûtons le nouveau millésime en blanc, un 2010, dans sa nouvelle robe… »


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Echanges de dégustateurs entre Sébastien, Fabrice et Aurélie pendant que la Taulier se tait. Il goûte, écoute et pense dans sa petite Ford intérieure « non je n’ai pas un cœur d’artichaut. Mes émotions sont intactes, même  que je crois qu’elles ont gagné de la profondeur, se sont apaisées mais leur intensité y a gagné. Pour qui connait l’œuvre d’Estève, le trait s’est affiné, plus de rondeur printanière mais toujours cette belle vivacité de fille du bord de mer avec cette touche saline que l’on retrouve sur sa peau imprégnée d’embruns marins après une promenade sur la jetée de Trouville. »


-          Ô : « ce millésime 2010 est représentatif de son terroir, il est gracieux, d’une très belle fraîcheur qui est la caractéristique de ce millésime. Le milieu de bouche affirme sa rondeur aux notes lactées et beurrées auxquelles succède une expression minérale qui dévoile l’arôme de pierre à fusil sur une belle acidité aux notes salines en finale » 


Séquence musicale : Arno les « filles du bord de mer » (vidéo)


Intervention du producteur : « il nous faut un temps fort, vous venez de goûter le millésime 2009 du rouge du domaine de Baal qui affiche une très belle allure, des capacités de garde incontestables, vin de gastronomie par excellence, et si vous dégustiez à nouveau le 2008 ! »


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Accessoiriste : 1 carafe pour le carafage du 2008

 

Voix off : le rouge 2008, lors de la dégustation du début de l’année, n’avait pas vraiment séduit le Taulier même s’il lui trouvait  de belles qualités. Va-t-il, 10 mois après, changer d’avis ?

 

Gros Plan sur le Taulier : la réponse est assurément OUI. Le vin s’est épanoui, a pris de l’ampleur il s’est extériorisé et comme le dit mieux que moi Ô « il est chaleureux et riche. Sa matière riche est soutenue par un nuancier harmonieux de fruits noirs, de notes poivrées et d’épices. Sa trame est raffinée offre une persistance d’une rare élégance. » Oui c’est un vin rare !


Notes du réalisateur : « il faut que Sébastien nous parle de Baal »


Seb : « En ces temps incertains (2202-2201 av. E.C.) on savait que le monde était gouverné par trois dieux bienveillants, le vent, l’eau et le soleil […] À côté de ces dieux majeurs, il y avait une multitude de dieux mineurs… à qui l’on adressait des prières quotidiennes ; les dieux des arbres, des ruisseaux, de l’ouadi, des oiseaux, des moissons, et tous les monts et vallons. On les appelait des baals ; il y avait de petits baals et de grands baals, chacun adoré à sa façon, mais il y en avait un peu plus cher que les autres… ou plutôt une car c’était Astarté, la tentatrice, la déesse de la fécondité aux seins pesants. » 


« C’était une esclave, capturée au cours d’une razzia dans le nord, et depuis son arrivée Urbaal l’admirait. Elle hantait ses rêves. Quand il visitait ses champs d’oliviers, il la voyait et quand les filles foulaient aux pieds le raisin de ses vignes, elle était là parmi elles, ses longues jambes rougies par le jus de la treille. » (extraits du livre de James A. Michener la source chez Robert Laffont)


Déclaration du taulier dans ses habits de producteur d’occasion


« Nous tenons un vrai beau sujet, les vins du domaine de Baal sont contemporains sans pour autant verser dans les excès d’une modernité qui privilégie l’instantanéité. Ils sont les petits nouveaux dans la cour des vins du Liban mais, sans provocation ni suffisance, ils affirment une singularité qui nous les rendent proches. Pourquoi créer une légende puisque la terre de Canaan fait partie de l’imaginaire de beaucoup d’entre nous.


J’abhorre l’appellation vins étrangers car elle place une frontière qui n’a aucun sens dans notre monde mondialisé. La seule qui puisse encore subsister est celle qui sépare les vins authentiques des autres biens standardisés, marquetés. Pour autant il n’y a pas de gardes à cette frontière, chacun est libre de ses choix.


Le mien est simple et clair comme de l’eau de roche : je me porte vers des vins qui sont à l’image de ceux qui les font sans ostentation, avec passion mais aussi avec raison. Sébastien Khoury avec ses vins  de son jeune domaine de Baal est de ceux-là. Il écoute. Il entend. Il cherche. Fait bouger les lignes. Je ne lui envoie pas de fleurs mais affirme, sans aucun copinage, que la voie qu’il suit est la bonne, j’ose écrire la seule et qu’elle mérite, plus que du respect, un réel engagement.


L’engagement c’est tout bêtement cesser de se cantonner dans un petit territoire de vins, élargir sa focale, accueillir des vins venus d’un ailleurs si proche de nos cœurs. Mon petit speech s’adresse en priorité aux cavistes et aux restaurateurs : soyez accueillants !


Ô nous parle du millésime du rouge 2009 du domaine de Baal


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« 2009, la distinction d’un grand vin. Nez délicat, la bouche arbore un soyeux aux notes d’expression raffinée. Bouquet équilibré d’épices douces et de notes empyreumatiques. Les tanins caressent le palais pour s’épandre en une grande fraîcheur. »


Pour ne rien vous cacher le millésime 2009 en rouge et le 2010 en blanc du domaine de Baal approchent de nos côtes et vous pourrez les apprécier en novembre. Allez sur le site Sensoriel www.sensoriel.eu

 

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 00:09

Louis Remaud, dit petit Louis, notre boulanger, le père de mes amis d’enfance les 3 frères Remaud et leur  sœur Geneviève, le mari de Madeleine la meilleure amie de maman, lorsqu’il faisait ses tournées de pain dans les métairies d’abord avec sa C4 puis sa Peugeot 403 break, lorsque venait l’automne, le temps des champignons, savait faire des haltes, en des lieux connus seuls de lui, pour ramasser des cèpes. Qu’ils étaient beaux ses cèpes ! Dodus du pied, aériens du chapeau, irisés d’un dégradé d’orangé virant sur le brun. Cueillette discrète, respectueuse, écologique dirait-on maintenant, loin de la prédation des ramasseurs du dimanche, toute une philosophie du champignon, le sens du durable.


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En écrivant ces lignes je ne suis pas en train de badigeonner le passé avec les couleurs « du c’était mieux avant » mais tout bêtement d’évoquer un temps où la main invisible l’était tellement que les gens de peu, les gens ordinaires, savaient que le prélèvement sur la nature se devait d’être raisonnable. Elle était dure la nature pour les gens de la terre, ils la subissaient, en souffraient mais ils composaient avec elle.


Je viens d’acquérir un petit livre co-écrit par Tony Saccucci un romain professeur de philosophie et Carmelo Chiaramonte  qui vit en Sicile, chercheur en gastronomie, « Petite philosophie du  champignon » chez Balland 12,90€.


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« Cachée derrière la recherche du champignon, il y a la recherche du secret de la vie. »


Ce livre n’est pas un guide mais un traité jubilatoire sur la raison qui nous pousse à aller aux champignons.


Le roi Boletus y règne en maître bien sûr.


Je vous propose pour vous appâter à cette joyeuse champignonnade de l’esprit un extrait qui est le chapitre qui clôt la première partie écrite par le philosophe Tony Saccucci.


« Aller aux champignons n’est pas un sport, ni un hobby, ni un passe-temps, ni une fuite. Aller aux champignons est une exigence de l’esprit. C’est une idée nécessaire de la raison, un irrépressible sentiment du cœur. Un appel ancestral. Un mantra, une prière non récitée.


En un mot, je pourrais dire qu’il s’agit  d’un rite, voire d’un rite païen.


Le chercheur passionné est pris au piège d’un monde à part, qui lui appartient, et qui est totalement hermétique à ceux qui ne sont pas « du métier ».Il s’agit d’une expérience qui demeure muette aux oreilles des non-chercheurs. C’est un peu comme la poésie : un esprit prosaïque n’y aperçoit qu’une suite de mots, sans aucun sens. S’immerger dans le langage poétique, c’est donner du sens, créer des mondes parallèles, solides, réels. Il en va de même avec le champignon : il crée une vie authentique, sensée, rassurante. [….]


L’univers des champignons en général et des cèpes en particulier est beau. Puisque la beauté se veut universelle, elle réclame de toute l’espèce humaine, et pas seulement des chercheurs, qu’elle reconnaisse la beauté des champignons, hors de tout intérêt ou raison rationnelle. Il s’agit d’une demande intime et urgente. Les champignons ne sont pas beaux parce qu’ils sont bons. Non, les cèpes sont beaux et c’est tout ; en plus ils sont bons.


Lorsqu’on se promène dans un bois et que, soudain, Il apparaît, notre univers s’amplifie, notre humeur change. La découverte d’un cèpe pourrait être considérée comme un antidépresseur naturel, qui devrait être prescrit à la place des produits pharmaceutiques. »


Cette champignonthérapie devrait plaire devrait plaire au sieur Pousson.

.

Reste que, geste prémonitoire, avant d’acheter« Petite philosophie du  champignon » j’ai au déjeuner mangé une fricassée de cèpes chez Camdeborde arrosée d’une Mondeuse de Jongieux 73170 : qui c'est ?

 

Excellent !


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La suite de cette chronique dans quelques jours avec « les deux lois du cèpe »  suivies par Carmelo Chiaramonte  « afin de respecter le parfum de ces fleurs spongieuses et muettes »


Capital comme aurait dit Karl !

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 00:09

Comme tout Lyonnais le sait, la capitale des Gaules, est arrosée par trois fleuves, aussi majestueux les uns que les autres : le Rhône, la Saône et le Beaujolais. Je devrais écrire était car du côté du Beaujolais la source a depuis quelques années un fort petit débit laissant la place aux impérieux côtes-du-rhône même qu’Inter Rhône m’a invité à une dégustation exceptionnelle des Vins des Côtes du Rhône Au musée d'art contemporain de Lyon le mercredi 27 Novembre 2013 de 19h30 à minuit. Pure provocation en pleine saison du bojolo nouveau 2013.

 

Deux questions gigognes : mais jusqu’où iront les côtes-du-rhône et où donc s’arrêtent les côtes-du-rhône ?


J’aimerais le savoir !

 

Y’a des gens à Inter Rhône qui sont payés pour me répondre. J’attends.

 

Mais le sujet du jour n’est pas là.

 

Il est à Lyon et au bord de l’Yon.


Lyon, maire Gérard Collomb, troisième ville de France, tout le monde connaît mais pour moi en toute logique le vin de Lyon devrait être celui des coteaux-du-lyonnais. C’est d’autant plus vrai qu’il existe un pot lyonnais qui est une bouteille au fond très épais ayant une contenance de 46 cl dans laquelle on sert le vin dans les bouchons. Rassurez-vous, je ne suis pas du tout  rond, les bouchons de Lyon ne sont pas les bouchons de liège, mais des lieux de perdition où l’on mange bon.


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« Au Moyen Âge, l'unité de mesure est appelée l'Asnée, cette mesure détermine la charge qu'un âne pouvait porter en un seul voyage, qui correspond à 93 litres Puis, au XVIe siècle l'unité devient le pot; il a une contenance de 2,08 litres. Au XVIIe siècle, sa contenance est encore abaissée à 1,04 litre. Ce n'est qu'une loi du XIXe siècle, en 1843, qui fixe la contenance du pot lyonnais à 46 centilitres. C'est au XIXème siècle que le pot lyonnais fit son apparition. Les canuts ou « soyeux », en effet, avaient droit à 50cl de vin payé par le patron. Ces derniers, pour les exploiter un peu plus, firent réduire la contenance du pot de 50cl à 46cl. De cette manière il était donc possible de remplir, avec 1 litre de vin, 2 pots + le verre du patron ! »


Mais que faisait Mélanchon !


Pour appuyer mes dire je vous mets sous le nez un pot lyonnais édité par les coteaux-du-lyonnais.


Mais l’Yon, qui connaît l’Yon ?


Moi bien sûr puisqu’il coulait sous mes fenêtres lorsque j’ai aménagé dans le chef-lieu du département de la Vendée de nombreuses fois baptisée : La Roche-sur-Yon a changé 8 fois de nom en moins de 70 ans :


La Roche-sur-Yon, avant 1804 ;

Napoléon-sur-Yon, sous le Premier Empire (de 1804 à 1814) ;

La Roche-sur-Yon, durant une quinzaine de jours en 1814 ;

Bourbon-Vendée, pendant la Restauration (d’avril 1814 à avril 1815) ;

Napoléon, lors des Cent-Jours (d’avril 1815 à juin 1815) ;

Bourbon-Vendée, pendant la Seconde Restauration et Monarchie de Juillet de juin 1815 à 1848 ;

Napoléon, pendant la Deuxième République (de 1848 à 1852) ;

Napoléon-Vendée, durant le Second Empire (de 1852 à 1870) ;

La Roche-sur-Yon, depuis 1870.

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L'Yon principal fleuve côtier du département de la Vendée, 56 km, est un affluent du Lay. La rivière s’y jette dans la commune du Champ-Saint-Père, auprès du lieu-dit Noailles. L'Yon prend sa source à la limite des communes de La Ferrière et de Saint-Martin-des-Noyers. Il traverse Dompierre-sur-Yon et entre dans la retenue d'eau de Moulin-Papon, qui alimente la ville de La Roche-sur-Yon en eau potable.


Mais qu’est-ce donc que Le Sang de l’Yon ?


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C’est un vin de pays de Vendée élaboré en biodynamie à partir du cépage négrette, appelé chez nous ragoûtant, par Jean-Marc Tard de Chaillé-sous-les-Ormeaux domaine des deux jumeaux.link 


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Selon Guy Lavignac, avec qui j’ai travaillé au temps de l’ONIVIT, « la négrette fait partie de la famille des cotoïdes avec le côt ou le tannat. Cette famille est issue du vignoble du Sud-Ouest de la France. Au VIe siècle on trouve trace d’écrits mentionnant un cépage noir du nom de « Mavro = noir en grec », cultivé dans cette région. Au XVIIe siècle, on le retrouve sous le nom de « Negret ». La négrette s’est peu à peu fixée dans la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne, et le Tarn d’où elle a disparu aujourd’hui. Elle est référencée depuis des siècles dans la vallée du Tarn. Jules Guyot la mentionne dans le vignoble de Fronton et celui de Gaillac. Lors de l'accession à l'AOC, seul Fronton la garde, preuve que sa culture avait été délaissée à Gaillac au cours du XXe siècle. »


Pour clore ce grand balayage matinal culturo-vineux je pose deux actes d’importance :


-         J’ai empli le pot de Lyon du Sang de l’Yon par pure provocation ;


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-         Je vous propose de découvrir par pure provocation un coteaux-du-lyonnais blanc 2012 du Domaine Clos Saint-Marc link


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Pour les petits parigots têtes de veaux et leurs petites dévotes je précise que j’ai acquis :


-  Le Sang de l’Yon chez L’amitié Rit à Montreuil link


- Le coteaux-du-lyonnais blanc 2012 du Domaine Clos Saint-Marc à la cave des pailles rue Daguerre link 

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 00:09

Belle entrée en matière qui va plaire à mon ami François le bourguignon, pour lire l’intégrale de cette charge il vous faudra attendre le cul de cette chronique et subir mes petits écrits pondus au petit matin du dimanche passé.


Je produis beaucoup, trop diront certains, mais qu’est-ce donc que deux petites chroniques journalières dans la vie d’un homme, rien que des scories qui s’accumulent sur la Toile. Ce stakhanovisme a pourtant du bon, il permet parfois de renouer des liens avec des personnes croisées au fil de sa vie professionnelle ou personnelle.


Tout commence par une enveloppe, adresse manuscrite, déposée dans mon casier rue de Vaugirard, l’annexe du Ministère de l’Agriculture où séjournent les vieux « hauts serviteurs » de l’Etat – le gagatorium en langue ordinaire.  Le courrier électronique m’a tué devrait être le nouveau slogan de la Poste, je passe donc très rarement dans le local prévu pour cette antiquité.


Intrigué par la tronche de cette lettre, qui n’a rien d’administrative, je la décachète avec fébrilité.


Nouvel étonnement, le feuillet est manuscrit, à la plume et à l’encre bleue, à la manière d’une ordonnance médicale. Il me faut décrypter.


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Mon correspondant m’indique en entame qu’il est tombé par hasard sur internet sur des sites faisant état de mon activité dans le domaine du vin avant d’indiquer que cela lui a rappelé de … (je ne décrypte pas) moments rue de Varenne.


Je fronce les sourcils, le patronyme de l’auteur de la lettre, qui n’est pas son patronyme d’auteur, me dit quelque chose mais, en dépit d’une plongée dans ma mémoire, je ne le resitue pas.


Est joint à la lettre un carton d’invitation pour le 1er octobre dès 19 heures à une rencontre-dédicace à la librairie L’Écume des Pages à l’occasion de la parution de son second roman. « Précipitation en milieu acide »


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Comme c’est étrange me dis-je :


-         La librairie L’Écume des Pages est ma librairie de référence ;

-         L’éditeur du roman est Olivier Bardolle, qui est aussi écrivain, a fait l’objet de mes attentions de chroniqueur  « l’élite de l’apparence selon Olivier Bardolle «Homme d’affaires le jour, écrivain la nuit» et réac assumé link


Bref, je me fais une fête de pouvoir me rendre à l’invitation de Pierre Lamalattie.


Patatras, en consultant mon smartphone je constate avec horreur que nous sommes le 2 octobre et que le pince-fesses littéraire germanopratin est passé.


Furieux je suis.


Je me rue sur Google.


J’y découvre que  « Comme l'auteur dans une vie antérieure, son personnage s'ennuie au ministère de l'Agriculture. Profondément. Il traverse l'existence comme un passager monté dans le mauvais train. Quand il ne s'occupe pas des «restructurations et des plans sociaux dans les industries agroalimentaires», il est «une sorte de conseiller d'orientation pour les étudiants». Idéal pour observer les mécanismes de l'«aliénation et de la servitude en milieu professionnel», mais aussi pour s'interroger sur la notion de «vocation», explique ce grand sosie poivre et sel de Benjamin Biolay, en vous servant un bol de thé avec les gestes précautionneux d'un Michael Lonsdale. »


Ma mémoire s’éclaircit : PL dit Pierre Lamalattie travaillait à la défunte DIAA, rue Las-Cases, au temps de Chavarot puis de Guthmann, alors que j’étais directeur-adjoint du cabinet. Sans me pousser du col je devais être un des rares dans la maison Agriculture à m’intéresser à ce qu’il faisait.


Je continue donc ma recherche et je tombe sur le blog d’Alain Bagnoud qui écrivait lors de la sortie du premier roman de Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau


« Je comprends pourquoi Antonin Moeri m'a passé ce livre. Nous sommes tous les deux des amateurs des romans de Houellebecq. Et là, quand on commence le roman de Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau, on se dit tout de suite: « Mais il y a quelque chose. Une parenté. Un ton. Une écriture. »


Du coup, quelques clics sur internet nous apprennent que Houellebecq et Lamalattie sont deux vieux amis. Ils ont fait Agro ensemble quand ils étaient jeunes, se sont liés, fréquentés. Chacun a servi de modèle à l'autre. Lamalattie a inspiré le peintre Jed Martin dans le dernier Houellebecq, La carte et le territoire. Houellebecq est représenté sous le nom de Jonas dans le roman de Lamalattie.


Ce qu'ils ont surtout en commun, c'est un style. Un ton détaché, des phrases simples, une ponctuation qui place toutes les incises entre deux virgules. Un humour aussi.


Cependant Pierre Lamalattie n'est pas un clone de Houellebecq, un pasticheur. Il a sa matière à lui, son originalité, sa manière de considérer le roman. Il n'est pas autant pessimiste que le prix Goncourt 2010, chez lui, l'art est une consolation et une interprétation satisfaisante de la vie, et il y a des moments intenses qui valent la peine d'être vécus. Ceux qui n'aiment pas Michel peuvent lire Pierre avec profit. Comme l'écrit avec pas mal de malice Eric Nauleau, ce serait Houellebecq qui aurait écrit un bon roman. »


Caramba moi qui ai pisté Michel Houellebecq depuis l’origine avec son « Extension du Domaine de la lutte »  voir chronique Une caricature de socialiste agricole link je commençais à trouver que les fenêtres du hasard m’offraient une succession de ces fameux liens que j’appelle souvent de mes vœux dans mes chroniques.


Autre découverte Pierre Lamalattie se consacre à la peinture depuis 1995 et expose régulièrement ses œuvres. Ça tombe bien, je suis fou de peinture et la sienne me plaît (voir vidéo)


Conséquence immédiate je fonce sur ma flèche d’argent : direction L’Écume des Pages où je fais l’acquisition de « Précipitation en milieu acide ».


Je le lis dans mon lit.


La présentation de Précipitation en milieu acide par l’éditeur est pertinente.


Oui c’est « un roman hilarant qui offre une plongée saisissante dans les mœurs et la réalité socio-professionnelle de notre époque. »


Oui, le regard Pierre Lamalattie est acéré et sa plume trempée dans l’acide.


Oui, il y a chez lui un côté « Marcel Proust des PME de province », qui lui fait pointer « les détails de notre époque et les tics de langage qui expriment toute la vanité contemporaine, la modernité maladive, et le vide sidéral dans lequel chacun tente pourtant de se faire valoir, telle la femme du narrateur qui envisage son couple et sa sexualité dans un souci d’efficacité et selon des conseils de management. »


Donc, samedi dernier, lisant au lit Précipitation en milieu acide car je lis mes romans au lit, page 141, je tombe en arrêt, tel un épagneul breton, sur une réponse de Luc Pontgibaud, ami du narrateur, qui vient de faire l’objet d’une promotion dans sa boîte Unibov.


-         Et ta prise de fonctions s’est bien passée ?


-         Oui, oui ! a-t-il dit en s’essuyant la bouche. Pas de problèmes ! Le seul truc qui m’a un peu contrarié, c’est d’avoir un adjoint. Pourtant, je n’en avais pas demandé. Mais Marchon, le DG, a insisté : « Vous verrez ! Berthomeau est un garçon très gentil ! Il est là depuis plus de quarante ans, c’est la mémoire vivante de votre service ! »


Vraiment ça fait tout drôle de voir son patronyme couché sur une page de roman. Je me suis précipité comme un mort de faim sur les pages qui suivaient et j’en ai eu pour mon argent car le Berthomeau d’Unibov, vieux garçon, qui « sent le vieux » au dire de Béné l’épouse du narrateur, qui porte « le même costume trois pièces, à chevrons, été comme hiver », pétainiste, tout moi en quelque sorte, n’est vraiment pas à piquer des vers.


Pendant 5 pages je me suis vraiment gondolé dans mon lit.


Mais comme un bonheur ne vient jamais seul dans la foulée le narrateur fort ronchon nous gratifiait d’un nouveau morceau de bravoure :


« Les légumes farcis m’avaient considérablement assoiffé. Mais Luc s’obstinait à me servir du vin par petites doses, remplissant à peine le fond de mon verre. Il voulait, à chaque fois, que je goûte son pinard, que je l’apprécie, que je le commente. En particulier, il tenait beaucoup à ce que je donne mon avis sur plusieurs bordeaux en compétition. Il faisait partie, paraît-il, depuis plusieurs mois, d’un club d’œnologie pour VIP haut de gamme. Non seulement c’était désormais un amateur d’art attesté, mais c’était aussi un amateur de vins. Il caressait d’ailleurs l’idée de se constituer une cave à la hauteur de ses ambitions. Ça a fini de m’énerver. J’ai été catégorique.


-         Le bordeaux, ouais… Je veux bien ! Ouais ! Mais de toute façon, je n’aime pas les étiquettes avec château-ceci, château cela. C’est tape-à-l’œil. Je n’aime pas non plus la forme  de ces bouteilles, cylindriques, fonctionnelles, moches…


-         C’est nouveau ça, a dit Pontgibaud. Tu n’aimes pas la forme des bouteilles ?


-         Non ! ai-je répondu avec netteté. Je préfère les bouteilles de bourgogne. C’est sensuel, au moins une bouteille de bourgogne. C’est agréable à tenir dans la main. C’est doux, ça s’arrondit, ça s’évase, ça se développe. La comparaison avec une femme s’impose, je veux dire une femme qui aurait ce qu’on appelle un cul. Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre. Un cul ! Les bouteilles de bordeaux ont les fesses tristes. On dirait des fesses de sportives, étroites, fermes et dénuées de poésie. Voilà le problème. »


Sans oser me hausser du col je trouve qu’il y a dans le ton un soupçon de Berthomeau dans ce Pierre là, pas le Berthomeau du roman mais votre Taulier bien-aimé.


En comptant sur mes doigts ça doit faire plus de 20 ans que PL dit Pierre Lamalattie et moi ne nous sommes pas vus. En ce temps-là il frisait la trentaine et moi j’étais un fringuant, et sans doute arrogant, quadragénaire.


À propos de celui qui s'appelait encore Michel Thomas – il choisira son nom de plume, Houellebecq, plus tard – son collègue dans la promotion 1975 de l'Agro, Pierre Lamalattie remarquait dans une interview lors de la sortie de son premier livre « Nous avons été proches pendant vingt ans, je ne l'ai pas vu depuis plus de dix, dit doucement Lamalattie. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé. Peut-être qu'une bonne scène de ménage aurait été souhaitable... C'est un peu triste et un peu douloureux, vous savez. Michel est un type gentil, je crois qu'il a été un peu dépassé par son succès. J'ai bien aimé ses livres, j'espère le revoir un jour.» En attendant, ils vont pouvoir continuer à dialoguer par romans interposés. La littérature peut aussi servir à ça. »


Bien sûr je ne chalute pas en haute mer littéraire comme ces deux-là mais, si le cœur lui en dit, j’invite Pierre Lamalattie, que j’appellerai Pierre pour ne pas me prendre les pieds dans le tapis, à partager le pain et le sel au restaurant Les Climats 41 rue de Lille link  pour lui faire apprécier une belle bouteille de bourgogne qui n’aura pas la fesse triste. Et de toute façon aucun cul de bouteille de bordeaux dénué de poésie à l'horizon puisque la maison ne propose que du bourgogne.


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PIERRE LAMALATTIE EXPOSE SES CURRICULUM VITAE par Legrand-Durien

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 00:09

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Dans un monde de plus en plus uniformisé, lisse et plat, les produits sont formatés, industrialisés, reproduit sur des normes quasi-identiques sur tous les continents. Les marques mondiales, dominatrices, prescriptrices, afin d’augmenter leur part de marché sur les marchés émergents ou la garder sur les marchés matures, cherchent à se différencier, à trouver des marqueurs packaging pour capter de nouveaux adeptes. Une nouvelle tendance pointe son nez : les produits sexués.


Le département marketing de Danone, en dépit du flop de Densia, yaourts enrichis en calcium pour les femmes exposées aux risques d'ostéoporose, a choisi avec Danone for men de faire un mixte entre une pub pour déodorant et pour voiture. Dans un écrin noir, ce yaourt épais, hautement protéiné et bien sûr pauvre en matière grasse pour préserver les hommes attentifs à leur ligne des poignées d'amour s'adresse ouvertement au public masculin. Le packaging est lourdement évident : un pot ou une bouteille noire affichant un « Danone for men » accentué par un « e » doté de la flèche du dieu Mars, symbole masculin au cas où les mecs seraient bouchés à l’émeri.


Danone commercialise donc depuis le mois de juin en Bulgarie, l’autre pays du yaourt, un yaourt dédié aux hommes. La publicité associée en rajoute encore une couche : un homme habillé en noir circule dans un monde blanc et chemin faisant fait tomber toutes les secrétaires comme des mouches.


« En France, l'alimentaire compte assez peu de produits sexués, et notamment destinés aux hommes, qui affichent un marketing aussi brutal. C'est plus éloigné de nos codes culturels. » explique Xavier Terlet, du cabinet XTC, spécialiste des marques. Pas tout à fait une nouveauté : en 2007, Coca-Cola ouvrait la voie avec son Coca Zéro, cible « public jeune masculin habitué aux bonnes choses de la vie mais « avec zéro contraintes ». En 2010 Kellogg's présentait « la première céréale qui fait du bien au mâle » et Apéricube proposait aux gros culs devant le foot à la télé des saveurs pizza-nature-chorizo « y'a match ».


Ça c’est pour la grande bouffe mais ce sexage alimentaire a depuis quelques années touché le monde du vin. Pour preuve ce que j’ai trouvé sans beaucoup me fouler sur la Toile : article par Charlène RAVERAT, le 10/10/2013 link . Je suis sûr que ça va mettre Michel en ébullition.


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© Thinkstock

 

« Peu importe votre caractère ou votre style, il y a un vin qui vous convient. Aujourd'hui, les femmes apprécient de plus en plus de boire du vin et, comme dans la gastronomie, nous avons toutes nos préférences.


Aujourd'hui, 3 bouteilles sur 5 sont achetées par des femmes. Elles ont développé une sensibilité aux vins depuis quelques décennies. En effet, nous avons plus de nez que de bouche, contrairement aux hommes, car nous avons plus l'habitude de faire la cuisine. Nous sommes donc très sensibles aux arômes évoquant des fleurs, des fruits ou des minéraux et nous nous tournons vers des saveurs douces, voire liquoreuses. D'ailleurs, on qualifie souvent de «  vin de femme » les vins sucrés.


 Champagne pour la working-girl


Toujours en vadrouille, dans les avions ou dans les déjeuners de travail, la working-girl a besoin de bulles pour décompresser. Avec un champagne brut léger aux bulles fines ou un champagne rosé de saignée, elle va apprécier un début ou une fin de repas. Surtout avec une gourmandise comme un fondant au chocolat. La working-girl n'est pas une grande amatrice de vin, elle préfèrera se désaltérer avec un Crémant mais sera tout de même exigeante sur la qualité du produit.


 Rosé et vin blanc pour la bobo


Dans les milieux mondains, la bobo préférera boire du vin blanc. Avec le blanc, on retrouve le côté fruité et floral. Un verre de Monbazillac ne se refuse pas. Tout comme Jurançon, Bergerac... Sauternes, Loupiac, Sainte-Croix-du-Mont.


Pour le rosé, elle le choisira pour ses nuances épicées  et sa légèreté comme les vins de Loire, les Côtes de Provence, Tavel ou les vins de Corse. En apéro avec quelques amis au bout de la Seine ou lors d'un barbecue le dimanche.


 Vin rouge pour la casual


La majorité des femmes préfèrent le vin rouge. Il faut avoir un fin palais et savoir l'accommoder avec les meilleurs mets. Car le vin rouge est un vin souple, fruité et fin. Il y a une attirance envers les vins rouges de la Loire, les Gamay, les Beaujolais ou d‘autres plus tanniques comme Saint-Emilion, Pomerol ou Margaux. Les femmes vont idéalement boire du vin rouge lors d'un rendez-vous galant pour accompagner un repas frugal ou un plateau de fromages. »


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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 00:09

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René Pétillon est breton. Voir  sa bio ICI link et après réussi l’incroyable performance avec son « enquête Corse » d’être plébiscité par tous les Corses il envoie son calamiteux détective Jack Palmer chez les Bretons embauché comme garde du corps d'un milliardaire. Lire son interview ICI link 


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Tout ça c’est bien joli Pétillon falloir coller ton Palmer à Saint-Émilion car y’a vraiment de quoi faire. Y’a même un cardinal-archevêque qui s’y est récemment envolé. link Tous les ingrédients sont présents dans ce Dallas rural : argent, femmes, sexe, ambitions, manipulations, des garagistes… pour faire un best-seller.


Cher René Pétillon en débarquant à Saint-Emilion vous pourrez, pour vous informer, tenir table ouverte à « L’envers du décor » de l’ami François Des Ligneris. On y mange bien et on y boit mieux encore jusqu’aux rives de l’aurore. Nous pourrons même y inviter le sieur Pousson. Tout ce qui se dit et se fait à Saint-Emilion passe par ce lieu incomparable. Ce qui se fait de mieux en ce lieu béni par l’UNESCO viendra vous murmurer à l’oreille la quintessence des meilleurs ragots de derrière les tonneaux.


Ne ratez pas cette occasion Pétillon !


Venez à Saint-Emilion !


Ce gaffeur patenté de Jack Palmer maraudant dans les vignes et dans les chais pourrait enquêter à sa façon sur les dessous du fameux classement de Saint-Emilion. Suis sûr que ça défriserait plus d’une mise en plis et que certains propriétaires feraient des pieds et des mains pour placer leur Premier Cru classé sur l’un de vos dessins. Je ne cite pas de noms, tout le monde à Saint-Emilion le reconnaîtra.


L’invitation est lancée cher René Pétillon à vous de voir si Saint-Emilion vous inspire. Merci pour votre hommage à la seule Œuvre de ma vie :


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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 11:00

Si j’ai repris, en la baptisant aux côtes-de-toul chères à son cœur de buveur, la formule culte de Jean-Michel Larqué « Tout à fait Thierry », pour saluer la mise en ligne sur Daily Motion de la télé de l’ami Jean-Michel Peyronnet Edonys c’est qu’elle fleure bon le populaire et qu’elle lui va bien. Au temps où je fréquentais le stade Marcel Saupin sur les bords de l’Erdre, pour voir le FC Nantes de José Arribas, je me payais une place debout à 3 francs dans les Populaires. On se tenait chaud, on bouffait des saucisses à la mi-temps et on allait se taper des petits canons après le match.


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Jean-Michel Peyronnet (Edonys), par Sophie Toulouse

 

Le populo et le populaire sont peu mis à toutes les sauces depuis quelques temps mais ça Jean-Michel et moi nous en discuteront quand nous nous verrons.


Edonys pour moi c’est l’enfant de Jean-Michel. Bravo ! Chapeau ! Grossesse longue et difficile, pleine d’embuches et d’obstacles mais l’obstiné y est arrivé.


J’ai visionné même que j’ai vu et entendu la célèbre mademoiselle G.link

 

Pour suivre le fil de l'info en live il y a aussi Berthomeau : 

 

La fondation catholique à qui Lily Lacoste, l'héritière de Petrus, avait légué ses biens met sa cave en vente à Londres. 700 petrus et 300 latour vont être ainsi dispersés. Valeur estimée : 900 000 euros minimum. Les 300 lots recèlent des pépites issues de millésimes d’exception : 1945, 1959, 1961, 1982, 1989, 1990. Lire ICI link



EDONYS - Live Stream par EDONYS_TV

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