Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 06:00
Comme c’est étrange ils parlent tous du Luberon : « Marrenon portée par un président visionnaire et combatif, Jean-Louis Piton, Mitterrand premier bobo du Luberon.

Je n’en ferai pas la liste mais dans le petit monde des gens qui écrivent sur le vin – l’appellation journaliste n’est pas ici de saison – il est des érections soudaines : aujourd’hui le Luberon.

 

C’est comme une épidémie, y’a anguille sous roche, ça sent le voyage de presse, la bonne grosse opération de communication.

 

« Les producteurs du Luberon, venus présenter une sélection de bouteilles dans la capitale, jouent désormais la carte de la biodiversité et de l’œnotourisme mais peinent encore à faire connaître leurs vins malgré un cadre de vie enchanteur et un foncier accessible entre Rhône et Provence. »

 

Même le bedeau de Bettane&Dessauve en parle  c’est dire que c’est chaud :

 

Le hashtag

#luberonçamarche 

 

Le bug

L’appellation. Mais les efforts redoublés de la filière locale, sous l’impulsion créative de l’union de coopératives Marrenon, commencent à porter leurs fruits. Et les vignerons de qualité se sentent moins seuls.

 

Ce con il écrit Lubéron !

 

« Le Luberon (du provençal lébéroun, lièvre couché) est le nom donné à un massif montagneux français peu élevé qui s'étend d'est en ouest entre les Alpes-de-Haute-Provence et le Vaucluse : ce massif comprend trois "montagnes" : le Luberon oriental, le Grand Luberon et le Petit Luberon, séparées par deux voies de communication nord-sud. Ces dernières relient Lourmarin à Bonnieux et à Apt, en passant par la combe de Lourmarin.

 

Les dictionnaires français des noms propres (Larousse, Robert...) admettent une double forme, Luberon ou Lubéron, mais les gens originaires de la région affirment que la seule orthographe et prononciation correcte est Luberon, avec un "e" prononcé comme dans "venir", l'orthographe et la prononciation Lubéron étant "parisiennes".

In 

 

Bien sûr il en profite pour cirer les pompes de Jean-Louis Descours propriétaire du Château La Verrerie, c’est bon pour les pages de pub dans En Magnum

            

« C'est en cherchant une résidence secondaire dans le Sud, que Jean-Louis Descours, ancien PDG d'André et de Weston, tombe sous le charme du Lubéron. En 1981 il acquiert le Château La Verrerie. "En bon entrepreneur, il voulait avoir quelque chose à gérer à l'heure de sa retraite", confie une des ses collaboratrice. »

 

Luberon en Une donc et j’adore la mise au point de Georges Truc sur le Luberon :

 

« Désolé, si Goult peut revendiquer les deux AOP Ventoux et Luberon, elle est distincte du Luberon géographique et géologique. Le village est construit sur la retombée méridionale des Mont de Vaucluse et son territoire recoupe la vallée du Calavon.

 

Le mot Luberon ayant acquis une connotation magique chez les bobos, tous les villages de la vallée du Calavon (ou vallée d’Apt) sont requalifiés « Luberon ». C’est ainsi que le célèbre village de Gordes « appartient » désormais à la tribu des villages du Luberon…C’est stupide, mais mais la chose est gravée dans le marbre de la com. Qu’y faire ? Rien, sans doute. »

 

C’est toujours bon et beau de dégainer son bobo pour ramener sa science, l’un des bobos célèbres de Gordes fut Tonton, le fils du vinaigrier de Jarnac, qui vint y filer le parfait amour avec Anne Pingeot.

 

 

Je cite l’une des ses lettres à Anne page 768 :

 

Carte postale de Gordes vendredi 9 avril 1971

 

« Nous aimons le Mistral depuis le fameux voyage triste, heureux, passionné de ce dernier juillet. Le matin se traîne vite, partons !

 

Je passe te prendre avec Marie-Thérèse Eyquem et nous arrivons gare de Lyon avec une avance royale. Le train s’ébranle. Ô joie ! »

 

Et voilà. Je lis Avant la guerre de Roger Grenier, toi Le Voisinage des cavernes de Cassou. Quand nos yeux se lèvent sur le paysage c’est pour trouver que tout est beau. Lyon, Valence, Avignon. Laurence nous attends. Gordes.Dîner. Notre chambre.Paix. »

 

Puis une autre carte postale dimanche 11 avril 1971 Pâques

 

« Nous déjeunons à Roussillon. Rencontre pittoresque avec Savary. À la Rose d’or, toi, les Soudet, la sœur de Laurence. L’après-midi promenade aux gorges du Régalon, puis par « le Trou du Rat » sur les hauteurs du Luberon jusqu’à ce que le soleil disparaisse dans une brume de lumière. Nous dînons à Gordes, un peu étourdis par le grand air, les enteurs violentes, la joie de vivre.

 

Pâques ensemble mon Anne. »

 

Le Luberon je connais comme ma poche, j’ai séjourné très souvent à Buoux.

 

Jean-Louis Piton, devenu grand président de l’INAO, je connais aussi.

 

Un vignoble en quête d’image

ICI

 

« La majorité des vignerons historiques disposent en moyenne de 15 à 20 ha. Le foncier reste particulièrement accessible au primo-accédants, ce qui a d’ailleurs permis à une douzaine de caves particulières de s’installer ces huit dernières années avec souvent un projet œnotouristique complémentaire de la production. Mais la jetset qui fréquente la région, en d’autres temps, Albert Camus ou Pierre Cardin, aujourd’hui Ridley Scott ou John Malkovich, ne suffisent à auréoler les vins d’une belle image sexy. La grande distribution qui a fait vivre le vignoble pendant plus de 20 ans jusque dans les années 90 représente encore plus d’un tiers en volume (28% en valeur) et a ancré dans les esprits l’image du petit vin pas cher, entre un sous côtes-du-rhone et un sous côtes-de-provence. Et déplore que l’appellation (qui a obtenu l’AOC en 1988), ne bénéficie pas encore d’ambassadeurs à forte notoriété hormis peut-être La Citadelle, La Canorgue, La Verrerie et plus récemment Fontenille.

 

Certes, la politique de l’union de coopératives Marrenon, portée par un président visionnaire et combatif, Jean-Louis Piton (aujourd’hui président de l’Inao) et un ingénieur agronome dynamique venu de chez Skalli, Philippe Tolleret, commence à porter ses fruits. Elle ne pèse pas moins des trois quarts des volumes avec une montée en qualité et en prix et des cuvées prestige comme Pétula ou Amountanage. »

 

Après son compromis vilipendé sur le camembert AOP de Normandie le Jean-Louis qui aime bien ferrailler est allé se coltiner les éclairés du bocal à Avignon au Palais des Papes – quatrième Journée Internationale samedi 30 juin des Amateurs Éclairés de Vin – c’est toujours drôle de voir les pires conservateurs faire de la provocation sur le thème : « l’Appellation est morte, vive l’Appellation ! »

 

Nos éclairés ont 3 trains de retard mais peu leur chaut y’a qu’à taper sur l’INAO

ICI  

 

« Pour autant, l’INAO reste très critiquée. « La règle protège et elle doit épouser son temps », résume Isabel Ferrando (Domaine Saint-Prefert, Châteauneuf du Pape) or on reproche à l’INAO sa lenteur (voire sa réticence) à s’adapter à l’époque : changements techniques, réchauffement climatique (Hervé Hannin (Montpellier SupAgro) a présenté la prospective du projet LACCAVE sur le sujet), demandes sociétales (pour plus de respect de l’environnement), et jusqu’à l’émergence de nouveaux terroirs avec la création de nouvelles AOC.

 

À ces attaques, Jean-Louis Piton, président de l’INAO, a répondu en renvoyant à leurs responsabilités les porteurs de ces projets, mais aussi l’Etat, arguant que, bien souvent, « un dossier qui n’avance pas est un dossier pas prêt, porté par un collectif divisé, ou dont le temps politique n’est pas celui du pouvoir. »

 

Extraordinaire propension française à colloquer, à ressasser le passé, incapacité fondamentale à anticiper et à imaginer.

 

L’Appellation n’est pas morte, elle a simplement pris beaucoup d’embonpoint, combien de vins en GD, s’est banalisée, formatée, devenu un signe de qualité de plus. Nul besoin de porter les cordons du poëlle avec des mines contrites, pire encore d’entonner des chants d’action de grâce pour sa soi-disant Résurrection.

 

J’en resterai là, tout ce beau monde, dont une partie va me rejoindre dans les délices de la retraite, pourrait me reprocher de mettre le doigt là où ça fait mal sans proposer de potion pour guérison.

 

Trop tard !

 

Je bois bon, des vins tout nu, y’en a fort peu dans le Luberon, ça suffit à mon bonheur…

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 06:00
Pour le magot des interprofessions et des ODG les vignerons n’ont qu’à raquer sinon ils se font rattraper par la patrouille…

En France, sans la peur du gendarme, la main ferme des services de l’État, les cotisations aux interprofessions  et aux ODG ne rentreraient pas facilement dans leurs caisses.

 

Pour en arriver là les génies de l’administration, avec la complicité des organisations professionnelles, ont inventé en 1975, les Cotisations Volontaires Obligatoires. (Voir plus bas)

 

Dans ce domaine le secteur du vin  a été précurseur, le CIVC et le défunt Comité des VDN ont été créé sous le régime du Maréchal qui aimait tant la terre qui ne ment pas ; Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a été créé par la loi du 18 août 1948. Bref, tout le monde s’y mis.

 

L’argent tombe dans les caisses régulièrement même si sa quantité dépend du volume de la production de l’année.

 

À quoi sert cet argent ?

 

Tout d’abord à faire vivre une gentille bureaucratie.

 

Ensuite, et c’est le joujou préféré des présidents et des directeurs à faire parfois de la publicité et toujours de la communication. C’est sur ce magot que vivent celles et ceux qui font profession de promouvoir le vin.

 

Ce grand tonneau est le symbole de l’ambiguïté d’une ponction généralisée dont l’affectation à la communication, et parfois à la publicité générique – putain la loi Evin – pour la promotion de tous les vins de l’appellation.

 

Sans être un grand expert de l’art de la réclame et maintenant du buzz cher aux réseaux sociaux, il est évident qu’il s’agit d’une mission impossible.

 

Les vins du haut du panier n’en ont rien à branler.

 

Le gros du panier, soit ceux vendus sur le marché domestique dans la GD, n’ont aucune visibilité pour les pousseurs de caddies.

 

Reste une poignée d’élus mis en avant par les fameux communicants auprès d’une presse spécialisée au lectorat bien maigre qui vit de la publicité des quelques annonceurs bancables : les châteaux de Bordeaux, quelques Bourguignons, le Champagne…

 

J’ai osé railler dans une chronique ce « journalisme masqué », mal m’en a pris, l’entre soi règne, les cochons de payants sont contents quand on parle un peu d’eux dans une feuille de chou ou sur le Net.

 

Alors pourquoi remettre sur le gaz cette affaire de contributions obligatoires ?

 

Tout bêtement parce que, comme le dirait notre Macron national, en même temps beaucoup de ceux qui frétillent lorsqu’un jour on les met en avant sont les premiers à rouscailler contre le fait qu’on les prend pour de vaches à lait.

 

C’est très Français de râler dans son coin tout en laissant la bride sur le cou de ceux qui ont en charge de gérer l’argent interprofessionnel.

 

En effet, c’est là que le bât blesse, les familles professionnelles font leur petite tambouille sans vraiment de contrôle de leurs mandants.

 

En débattre ne relève pas d’une volonté de mettre à bas le système mais de lui redonner du sens, de s’adapter à la nouvelle donne des marchés du vin, de renouveler les méthodes de communication, de faire que l’argent collectif soit dépensé plus intelligemment.

 

Vœu pieu sans aucun doute, ce qui ne m’empêche pas de vous livrer quelques infos :

 

  • Les budgets des interprofessions représentent des montants importants qui sont à relativiser par rapport au chiffre d’affaires du vignoble concerné.
  •  

Le ratio budget interprofession/ CA vignoble se situe entre 0.5 et 1 %.

 

« Les CVO constituent en moyenne plus de 85 % des recettes. Les autres produits correspondent à des subventions OCM pour le financement des actions de promotion sur les pays tiers et à des subventions de FranceAgriMer pour des actions de promotion sur le marché intérieur, lesquelles sont en voie de diminution.

 

Les CVO sont calculées par hl de vin ou d’alcool pur. Leur montant unitaire a assez peu évolué au cours de ces dernières années (aucune augmentation n’a eu lieu dans le Bordelais depuis 15 ans)

 

InterLoire constitue une particularité. La nouvelle orientation adoptée en août 2015 se traduit par une plus grande autonomie des appellations et s'accompagne d'une baisse significative de la cotisation interprofessionnelle de base: La CVO socle passe en moyenne de 4,20 €/hl à un taux unique de 2,50 €/hl, niveau le plus faible de France.

 

Le budget est ainsi passé de 8,8 M € à 4,6 M €. Amputée de près de la moitié de ses ressources, InterLoire a dû réduire ses charges pour équilibrer son budget.

 

Le montant global des recettes annuelles est fortement lié au volume des récoltes et peut donc varier d’une année sur l’autre.

 

Les paiements des subventions de FranceAgriMer sont perçus assez tardivement. Les retards de versements de cotisation qui existent entraînent des procédures de recouvrement.

 

Les rapports du CGEFI ne signalent pas d’interprofession en difficulté financière. »

 

INTERPROFESSIONS Viticulture rapport établi par Sylvie HUBIN-DEDENYS Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, Claude MAILLEAU Ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, Georges-Pierre MALPEL Inspecteur général de l’agriculture   

                                           

Le rapport du conseil des prélèvements obligatoires de juillet 2013, portant sur la fiscalité affectée, rappelle son caractère dérogatoire, qui contourne notamment le principe d'universalité budgétaire. Les contributions volontaires obligatoires ont connu une très forte croissance, de l'ordre de 44%, entre 2007 et 2013, bien supérieure à la croissance des prélèvements obligatoires sur la même période. Le Conseil estime ainsi que « les dynamiques d’évolution des taxes ne sont pas maîtrisées, ce qui tend exonérer leurs bénéficiaires d’une participation à l’objectif de maîtrise des finances publiques », et remarque que cette hausse des cotisations entraîne fréquemment une hausse de la trésorerie et du fonds de roulement des organismes interprofessionnels. Ceci peut s'expliquer par le fait que les décisions comme le budget de ces entités bénéficiaires sont également moins contrôlés par le Parlement, privé d'une partie de ses moyens d'action.

 

Selon la Cour, les Contributions volontaires obligatoires ne permettent pas d'améliorer le consentement à l'impôt, bien au contraire. La Cour pointe le risque de politiques inefficientes, voire contraires aux objectifs poursuivis par l'État, et estime que « dès lors que les entités affectataires ne remplissent pas des missions de service public, la justification de l’existence d’une taxe affectée et de l’intervention, certes indirecte, des pouvoirs publics, peut en effet être débattue », car elle pose des problèmes de gestion et d'indépendance des organismes interprofessionnels.

 

La Cour propose un plafonnement des taxes affectées aux organismes professionnels. 

          

Quelques chiffres, certes anciens, mais aucune publication n’est accessible sur le net, le CNIV regroupant les interprofessions ne se donne pas cette peine, ils restent valables et surtout sont une bonne image des proportions entre les contributions interprofessionnelles.

 

ANIVIN                121000 €

 

Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne        8437000 €

           

BIVC      760000 €  

                                          

BNIA - Bureau national interprofessionnel de l'Armagnac         745 000 €   

                                         

Bureau national interprofessionnel du cognac                8 758 000 €

 

CIV - Corse         124000 €   

                                         

Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace   7 898 000 €     

                                     

Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux              29 730 000 €    

                                    

Comité interprofessionnel du vin de Champagne          14 994 000 €

                                        

CIVJ       243 000 €

                                            

Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc        3 508 000 €

                                                                                    

Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon        2 824 000 €   

                                       

Conseil interprofessionnel des vins de la région des Bergerac                2 071 000 €    

       

Comité national du Pineau des Charentes         1 194 000 €        

                                 

Inter Oc               2 704 000 €

                                         

InterRhône        15 528 000 €    

                                    

Interloire            8 813 000 €

 

UIVC : Union interprofessionnelle des vins de Cahors 569 000 €  

                                         

UIVD     147 000 €  

                                          

Union interprofessionnelle des vins du Beaujolais       5 585 000 €       

    

Nouvelle victoire judiciaire pour les organisations interprofessionnelles viticoles en matière de cotisations volontaires obligatoires

Communication rédigée par Olivier Mandel - Cabinet Mandel & Associés

 

« Le 14 janvier 2016, la Cour de cassation a rendu un arrêt fort intéressant en matière de cotisations volontaires obligatoires dans un litige ayant opposé un producteur viticole à Inter Rhône. Ces cotisations sont appelées et prélevées par les organisations interprofessionnelles sur tous les membres des professions les constituant. Dans cette affaire, le producteur viticole soutenait que le régime de ces cotisations volontaires obligatoires violait la liberté d'association telle qu'elle est garantie par l'article 11 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

 

Depuis plus de 40 ans maintenant, à savoir depuis une loi n° 75-600 du 10 juillet 1975, il est prévu que les groupements constitués à leur initiative par les organisations professionnelles représentant la production agricole et, selon les cas, la transformation, la commercialisation et la distribution peuvent, s’ils représentent une part significative de ces secteurs d’activité, faire l’objet d’une reconnaissance en qualité d’organisations interprofessionnelles par l’autorité administrative compétente. »

 

Cette même loi, aujourd’hui intégrée au Code rural et de la pêche maritime et qui a fait l’objet de plusieurs modifications depuis sa promulgation, notamment sous l’influence du droit communautaire, prévoit que:   

 

La suite ICI 

 

Les CVO, l’oxymore est dans la désignation : cotisation, volontaire, obligatoire :

 

« La disparition de la parafiscalité dans les bagages de la LOLF a permis aux CVO (contributions volontaires obligatoires) de faire leur apparition. En théorie, seules les cotisations des membres adhérant à l’interprofession devraient financer le fonctionnement des structures interprofessionnelles, car ils sont directement bénéficiaires de leur activité. On serait alors dans un système de « cotisations volontaires ». Mais en France, comme dans d’autres pays occidentaux, les besoins financiers de ces organisations, ont nécessité des recettes complémentaires qui ont longtemps pris la forme de taxes parafiscales. Leur suppression par la mise en place de la LOLF (suppression de l’article 4 de l’ordonnance de 1959) et le soupçon d’inconstitutionnalité pour atteinte aux droits du Parlement d’imposer (parce que leurs taux et leurs assiettes étaient fixés par voie réglementaire de façon discrétionnaire, en contradiction formelle avec l'article 34 de notre Constitution), les a fait remplacer à compter de 2003 par des recettes de substitution, les fameuses CVO. Cette construction juridique permet de passer en dehors des fourches caudines du Parlement, mais aussi des budgets publics. En effet, il s’agit de cotisations de droit privé qui n’ont pas la nature d’une imposition, dont les taux sont déterminés par l’interprofession elle-même qui revêt elle aussi un caractère de droit privé (généralement associatif). Le contentieux des CVO est donc normalement du ressort du juge judiciaire, sauf pour ce qui a trait à leurs missions de service public qui relèvent du juge administratif. »

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2018 3 04 /07 /juillet /2018 06:00
Fait chaud, buvons de l’eau fraîche ou de l’Yquem à la manière du baron Philippe de Rothschild…

Quand le soleil cogne et que l’air devient étouffant, tous les moyens sont bons pour trouver un peu de fraîcheur et de réconfort.

 

Boire un grand verre d’eau fraîche, pas forcément glacé, est simple et efficace de se désaltérer et de se réhydrater.

 

Au Bourg-Pailler nous avions un puits où nous allions tirer des grands seaux d’eau bien fraîche.

 

Mais si voulez verser dans l’extrême snobisme adoptez la méthode Philippe de Rothschild

 

« Le dessert était une tarte aux pommes maison, légèrement caramélisée. Le maître d’hôtel servit des petits verres emplis d’un liquide topaze. On aurait dit une liqueur. Édouard Minton connaissait la marotte de son hôte pour l’avoir expérimentée. Le baron affectionnait de faire mettre une bouteille d’Yquem, débouchée er placée debout, dans le compartiment à congélation du réfrigérateur. En trois heures de temps, le vin se dissociait, son eau devenant glace tandis que l’alcool et l’essentiel des autres principes restaient à l’état liquide. Cette concentration par le froid produisait un extrait qui était versé à chacun en faible quantité, pour une qualité très particulière. Lorsqu’il avait appris le traitement infligé à son cru, le marquis Bertrand de Lur Saluces était entré dans une colère monstre. Les deux seigneurs des vignes se détestaient de tout cœur. Mis à part l’originalité du sous-produit d’Yquem ainsi obtenu, Philippe de Rothschild jubilait à l’idée que le marquis eût immanquablement vent de cette pratique et qu’il en éprouvât quelque furie. »

 

C’est tout pour aujourd’hui, je retourne au frais, bonne journée…

 

Il est cinq heures Paris s’éveille…

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 06:00
Si j’étais ministre de l’Intérieur je virerais sur l’heure le Préfet des Pyrénées-Orientales « plus con que lui tu meurs ! » soutien à Rie et Hirofumi Shoji vigneron(e)s à Banyuls-sur-Mer…

On me dit de signer une pétition adressée à Monsieur le Préfet des Pyrénées-Orientales.

 

Je n’en ferai rien, je demande à Gérard Collomb de le virer sur l’heure !

 

Les faits

 

« Installé en France depuis 2011 et riche d'une solide expérience dans le vin, un couple de japonais a investi la somme de 150 000 € dans le vignoble de Banyuls-sur-Mer afin d'y produire des vins nature. Alors que leur première cuvée se retrouve à la table de prestigieux restaurants, notamment au Can Roca à Gérone ou encore Le Verre Volé à Paris, et que la deuxième est réservée à 75 %, la préfecture des Pyrénées-Orientales leur a notifié une obligation de quitter le territoire. Une situation ubuesque que dénonce leur avocat Jean Codognès qui a décidé d'attaquer l'arrêté préfectoral devant le tribunal administratif de Montpellier. »

 

La suite ICI 

 

 

Virer un Préfet c’est simple comme un coup de pied au cul.

 

Hors-cadre !

 

Il ne sera pas sur la paille...

 

J’en ai connu des Préfets remerciés, j’en même vu un pleurer, c’était à Ajaccio.

 

Celui des Pyrénées-Orientales : un certain Philippe Chopin, présenté ci-dessous par l’Indépendant, est vraiment « plus con que la moyenne ».

 

« Arrivé de la Creuse,  Philippe Chopin a posé ses valises ce lundi dans les Pyrénées-Orientales où il succède à Philippe Vignes à la tête des services de l'Etat.

 

Un nouveau préfet "travaillomane" se décrit-il lui-même. Un homme de terrain qui va s'attaquer d'emblée aux dossiers de sécurité routière, chômage, tourisme, économie des hauts cantons, politique de la ville... Mais également un passionné qui aime la musique, le rugby, le vin, la corrida et les peuples de caractère et de traditions et qui savoure ainsi d'autant plus cette nouvelle "belle promotion" en Pays catalan. »

 

Le couple est défendu par l’ami Jean Codognès.

 

Le Chopin va prendre une claque s'il est toujours en poste.

 

J’ai vécu 18 mois en mission, à raison de 2 ou 3 jours par semaine, dans ce beau département. J’y suis attaché. Dans des cas comme celui-ci je suis partisan du dégagisme.

Partager cet article
Repost0
28 juin 2018 4 28 /06 /juin /2018 06:00
La CANA coop de gauche, les coteaux d’Ancenis, Joseph Toublanc l’homme des VDQS, LeRouge&le Blanc… et les vins de la Paonnerie

Les défricheurs de terroirs profonds que sont les journalistes du LeRouge&le Blanc, lorsqu’ils foulent les arpents d’un de ces territoires – c’est ainsi que l’on désigne de nos jours la campagne – ignorés des beaux nez du vin, en l’occurrence les coteaux d’Ancenis, titillent ma mémoire.

 

 

Ancenis, dans ma jeunesse, n’a jamais évoqué le vin en dépit des riches heures de son port très bien évoqué par les 3 compères du LeRouge&le Blanc.

 

Pour nous Ancenis c’était la CANA la coopé grande rivale de la CAVAC sise à la Roche-sur-Yon ; conflit idéologique, l’une était étiquetée de gauche, l’autre de droite. Du côté d’Ancenis, un homme se dressait contre l’intégration des productions hors-sol naissantes, volailles et porc, par les firmes d’alimentation du bétail : Bernard Thareau. Celui-ci sera président de la FNP, Fédération Nationale Porcine, avant d’être débarqué par la direction de la FNSEA de l’époque, Michel Debatisse l’homme de la Révolution silencieuse. En Vendée, Auguste Grit, secrétaire-général de la FNSEA, poussera après mai 68 un jeune : Luc Guyau, son voisin de Thorigny, qui ensuite gravira, en bon apparatchik, tous les échelons de la grande maison jusqu’à succéder à Raymond Lacombe.

 

Luc, je peux l’appeler par son prénom puisque nous avons usé nos fonds de culotte sur les mêmes bancs de l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, la CANA lui donnait de l’urticaire.

 

Les temps ont bien changé la CANA est devenu Terrena un grand groupe coopératif qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux grands groupes privés de l’agro-alimentaire.

 

« Jusqu'au début des années 1950, l'agriculture du grand Ouest vivait dans un régime semi autarcique. Dans les années 1960-1970, sous l'impulsion d'une génération de jeunes agriculteurs issus de la JAC (Jeunesse agricole catholique), on assiste à un mouvement de transformation, de révolution agricole. C'est en effet à partir des années 1960 que l'agriculture du grand Ouest se confronte au mode de production capitaliste et que se pose la question de son intégration dans ce système économique. L'orientation la plus souvent préconisée par le mouvement syndical a été l'agriculture de groupe, soit dans une coopérative, soit dans une SICA (Société d'Intérêts Collectifs Agricoles) de commercialisation. Le passage de la théorie à la pratique se fit selon des modalités variables concernant aussi bien l'achat de fournitures que la vente et la transformation des produits.

 

Pour intégrer les différentes fonctions de production, de transformation et de commercialisation, il fallait des coopératives fonctionnant avec les ressources et le mode de fonctionnement des firmes industrielles. Le cas de la coopérative d'Ancenis-Saint-Mars-la-Jaille en Loire-Atlantique, à l'instar par exemple d'UNICOPA (UNIon des COoPératives Agricoles) ou encore de l'Office central de Landerneau en Bretagne, reflète parfaitement ce mouvement d'expansion et de transformation des coopératives dans les années 1960.

 

«Fondée en 1932, la coopérative agricole de Saint-Mars-la-Jaille spécialisée dans les céréales, s'oriente en 1942 vers l'activité laitière. En 1952, cette coopérative en plein développement s'installe à Ancenis, et prendra par la suite le nom de Coopérative agricole La Noëlle Ancenis (CANA). Au cours des années 1960-1970, elle va diversifier ses activités. Celles-ci portent désormais sur les aliments du bétail, la production laitière et animale (bovins, porcs, poulets). Puis, dans les années 1970-1980, la CANA construit une fromagerie, une beurrerie et un abattoir. Loin d'arrêter alors son développement, elle s'unit en 2000 avec la Coopérative angevine du Val de Loire (CAVAL). Enfin en 2003, dans une même logique de développement et d'expansion territoriale, on assiste au regroupement des coopératives CANA, CAVAL et du Groupe Centre Atlantique (GCA), donnant naissance au groupe coopératif TERRENA qui regroupe aujourd'hui 21 000 adhérents. »

François Lambert

 

« La viticulture chez Terrena est une affaire de passion, de terroir, d’innovation et de qualité. Nichée au coeur du Val de Loire, la filière viticole de la coopérative produit une large gamme de vins allant des fines bulles aux vins tranquilles. »

 

Voir ICI 

 

Fin du premier épisode de mes souvenirs.

 

Le second concerne la longévité de Joseph Toublanc, président du syndicat viticole de la région d’Ancenis pendant plus de 50 ans, de 1954 jusqu’en 2007, puis à la tête de la Fédération des VDQS de 1982 jusqu’en 2004.

 

Les VDQS étaient l’œuvre d’une grande figure du grand Sud : Philippe Lamour

 

Jean Clavel écrit :

 

« Philippe Lamour réussit à convaincre, avec difficulté, le ministre des finances du gouvernement De Gaulle, Pierre Mendes-France, qu'il faut créer une famille de vins de qualité, capable d'entraîner cette viticulture, vers une amélioration de leur production. Ce seront les VDQS (Vins délimités de qualité supérieure, loi de 1946). Dans un domaine agricole plus large et national, c'est sous son impulsion que naît la Confédération générale de l'agriculture, (CGA) dont il devient le secrétaire général. Il s'agit alors de redonner à l'agriculture française et à ses organisations syndicales, financières et mutualistes une structure cohérente et représentative. À cette époque, les moyens de production sont détruits, et les restrictions alimentaires frappent encore durement la population. Il s'attache, en collaboration étroite avec le ministre de l'Agriculture, Tanguy-Prigent, à obtenir, dans le cadre du plan Marshall, les indispensables dotations en matériel, engrais et semences. Son action est déterminante. L'agriculture française entre de plain-pied dans l'ère moderne.

 

Voir la totalité de la chronique ICI 

 

J’ai le souvenir lorsque j’étais sous les ors de la République de la défense sans failles des derniers VDQS par le Président Toublanc. Jean Pinchon président de l’INAO, lui aussi d’une grande longévité de Président, le soutenait au nom de l’histoire.

 

 

Joseph Toublanc, toute une vie consacrée au vin

 

« Je suis né dans un cep de vigne. » Joseph Toublanc préside le Syndicat viticole de la région d'Ancenis depuis maintenant 56 ans. À la retraite depuis 1996, il consacre encore beaucoup de son temps à la vigne et au vin. À bientôt 82 ans, il promeut chaque jour les vins locaux à la maison des vins, à Ancenis. « Le syndicat l'a achetée grâce à une dévolution d'une coopérative en 1995 pour en faire une porte viticole », raconte-t-il.

 

Il apprend le travail de la vigne dans le domaine de son père aux Pierres-Meslières à Saint-Géréon. « À 22 ans, ma mère souhaitait que je m'installe dans une ferme. J'ai accepté, mais en tant que viticulteur seulement. »

 

À l'époque, les exploitations viticoles ne sont pas aussi spécialisées. Il faudra attendre la Seconde Guerre mondiale. En cas de catastrophe sur une culture, une autre venait compenser. « Moi, j'aimais bien les vaches, mais je ne voulais pas trop m'y intéresser. J'ai trouvé une exploitation de 2,5 ha pour y travailler la vigne. » Il enrichit sa formation en suivant des cours à la Marchanderie à Ancenis, en se plongeant dans les livres de vinification. Et au contact « d'un viticulteur de vieille souche, Armand Bourdeaut, qui m'a conseillé ». Il agrandit son domaine en louant des terres, portant ainsi son exploitation jusqu'à 18 ha.

 

De la charrue aux vendanges mécaniques

 

Joseph Toublanc aime à rappeler qu'il a suivi le cheval et la charrue. « On n'avait besoin ni de faire de sport, ni de somnifère », plaisante-t-il. Mais il n'a jamais tourné le dos aux évolutions. Le viticulteur a même été l'un des premiers du secteur à s'équiper d'une machine à vendanger. C'était en 1981. La première sortant des établissements Braud, à Saint-Mars-la-Jaille. « Les vendanges donnaient lieu à des moments très sympathiques, se souvient-il. Des fêtes communales étaient organisées. Ainsi que des concours de vins. »

 

La suite ICI 

 

J’en ai terminé de la longue évocation de mes souvenirs, si vous voulez tout savoir sur les Coteaux d’Ancenis achetez le n°129 du LeRouge&le Blanc.

 

 

Le domaine de la Paonnerie de Jacques et Agnès Carroget il fait l’objet d’une pleine page.

 

Je suis un fidèle buveur des vins du domaine.

 

 

Petit clin d’œil : la photo titre est celle d’une cuvée Vin de France Rien que melon

Partager cet article
Repost0
24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 06:00
L’hôtel Lutétia, Michel Rocard, cette foule du Lutetia, ils ne l'ont jamais oubliée. «Ces mains qui nous agrippaient par la manche pour essayer de savoir et ces espoirs que l'on n'osait pas fracasser car nous avions commencé à comprendre l'ampleur de l'extermination des juifs»

« Le nouveau Lutétia prend du retard. La réouverture, annoncée pour le 15 mai 2018, est reportée au 13 juillet 2018 ! En quatre ans de travaux, aucune image ni maquette n'a fuité, mais Jean-Michel Wilmotte explique le projet. « Nous avons recherché toutes les traces du Lutétia d’origine : celles de 1910. Nous avons notamment découvert des fresques incroyables. Et nous nous inspirons de ce passé pour tout refaire », regrettant « de multiples interventions sur le bâtiment, sans souci d’articulation avec le projet original » en un siècle. »

 

Pourquoi, en ce dimanche matin, évoquer  Le Lutetia, un grand hôtel ressuscité ?

 

Pour deux raisons :

 

  • C’est à deux pas de chez moi et, en fin de journée, j’aimais bien aller poser mes fesses au bar Joséphine ou sous la grande verrière du salon saint Germain pour « prendre un drink »

 

  • Car le Lutétia marque le début de l’engagement politique de Michel Rocard, hamster jovial.

 

« Le 12 mai 1945, j’ai décidé que je ferais de la politique. À l’époque, je n’avais pas 15 ans et la Seconde Guerre mondiale venait juste de se terminer. »

 

Michel Rocard est « éclaireur unioniste », scout protestant, et chaque dimanche en compagnie d’une vingtaine de ses camarades il se rendait « dans les splendides forêts proches de Paris pour apprendre à connaître la nature et pratiquer divers jeux collectifs. » Mais « Un jour, au cours du printemps 1945, notre chef de troupe nous apprit que la prochaine activité ne serait pas une balade en forêt, mais l’accueil de « déportés », des hommes et des femmes revenus de l’horreur. La guerre finissant, on commençait, en effet, à mesurer la nature et l’ampleur des abominations commises. »

 

« Plusieurs matins de suite devant quelques grands immeubles parisiens (moi, c’était l’hôtel Lutétia), on devait d’abord attendre le retour des déportés affaiblis, presque incapables de marcher ; puis, il fallait les emmener à l’enregistrement, à la douche, au rasage des barbes ; enfin, nous étions chargés de les accompagner jusqu’aux lieux de leur logements provisoires.

 

Une fois les cars arrivés, nous les jeunes avons découvert avec effarement des hommes été des femmes hagards portant encore des tenues à rayures, l’uniforme des camps. Ils donnaient une impression de totale désolation. Chez certains, dont les yeux vitreux se perdaient nulle part, on ne percevait plus de regard. Beaucoup éprouvait beaucoup de difficultés à parler, à se faire comprendre. Je me souviens qu’il fallait les aider en les tenants par le bras d’un appui très ferme, et jamais je n’ai oublié ces terribles images. »

 

 

« Pourquoi le Lutetia est-il si important dans notre vécu ? C’est que, en vérité, notre deuxième vie a commencé là, dans ce lieu. Quand nous y sommes rentrés, nous n’étions que des matricules ; nous en sortions redevenus des citoyens. » Gisèle Guillemot, 2005.

 

 

C’est donc dans l’improvisation la plus grande que le 19 avril 1945 André Weil, Maxime Bloch-Mascart et Marie-Hélène Lefaucheux, anciens résistants membres du COSOR (Comité des œuvres sociales des organisations de la Résistance), sont reçus par le général de Gaulle qui décide de réquisitionner le somptueux hôtel Lutetia dont les 7 étages et les 350 chambres peuvent accueillir, dès le 26 avril, des arrivées de déportés qui surviennent à toute heure du jour et de la nuit.

 

Au début, des notes de services de la Sous-direction des Affaires sociales prévoient de réserver « l’hébergement à Lutetia aux déportés politiques de marque (chefs de résistance) et autres déportés politiques trop faibles. Les autres déportés politiques seront dirigés sur les autres hôtels dont dispose le Centre de Transit de Paris ».

 

L’arrivée des premiers déportés modifie complètement les plans.

 

On fait appel aux volontaires tandis que des équipes de médecins, assistantes sociales, cuisinières, scouts et militaires sont mobilisée en permanence 24h/24 et cela, pendant cinq mois.

 

« Parfois, il arrivait au Lutetia trois ou quatre autobus en même temps. Il fallait faire le maximum pour éviter l’attente, raconte André Weil. Je rentrais chez moi à 4 heures du matin et, avec une brosse, je faisais tomber les poux dans ma salle de bain. Les premiers déportés rentrés au début étaient très contagieux et au début, nous avons eu deux morts parmi le personnel, une femme de chambre et un scout qui tenait le vestiaire. Nous n’étions pas vaccinés. Personne ne nous avait prévenus. »

 

Photo prise en mai 1945 à l'hôtel Lutetia de prisonniers libérés consultant la liste des personnes déportées recherchées après la libération des camps. AFP

 

AU LUTETIA, LE SILENCE DES SURVIVANTS

Par Marc Semo

— 24 janvier 2005

 

« Les marronniers sont en fleurs sur le boulevard Raspail et une douceur printanière baigne la capitale française, qui profite de ses premiers mois de liberté. Mais devant l'hôtel Lutetia, une petite foule reste là jour et nuit, bloquée derrière des barrières, visages tendus, photos brandies à bout de bras, écriteaux portant les noms des leurs. Ils attendent le retour des déportés. Même si la spécificité de l'extermination de cinq millions à six millions de juifs n'apparaît pas encore dans toute son évidence, l'horreur des camps commence à émerger avec les premiers témoignages et les images de corps squelettiques. Ils viennent le matin avant le travail et reviennent le soir. Quand un convoi de bus arrive, déchargeant sa cargaison fantomatique, les conversations s'arrêtent net. Les revenants passent entre cette haie de douleurs muettes. «On lisait cette lueur d'espoir au fond de leurs yeux, on entendait des noms, des questions, mais les photos exhibées étaient celles d'être normaux aux visages joufflus, avec des cheveux, et nous n'avions en mémoire que des faces vides et des têtes rasées», se souvient Joseph Bialot, juif polonais de Belleville, déporté à 18 ans à Auschwitz. Dans leur fuite, les Allemands l'ont laissé dans le camp avec quelques milliers de détenus moribonds. L'armée Rouge l'a libéré le 27 janvier 1945. Ce n'est qu'en mai qu'il est rapatrié sur le Lutetia après un long périple via Odessa et Marseille.

 

«Quand on ne savait quoi répondre, ils nous regardaient comme des coupables», raconte Charles Palant, 38 kg pour 1,71 m au moment du retour­, juif lui aussi et ancien «pyjama» d'Auschwitz. Il est rescapé de la «marche de la mort», quand, en janvier, devant l'avance soviétique, les SS ont évacué de force des dizaines de milliers de déportés pour rejoindre l'Ouest et notamment le camp de concentration de Buchenwald. Leur train, l'un des premiers convois de rapatriés, est arrivé à l'aube du 29 avril, gare de l'Est. Une fanfare jouait la Marseillaise et un piquet militaire rendait les honneurs. On les avait fait se mettre en rang sur le quai : devant, les déportés avec leurs uniformes rayés, suivis par les prisonniers de guerre et, en dernier, les travailleurs du STO.

 

«Un chiffon en usufruit»

 

Cette foule du Lutetia, ils ne l'ont jamais oubliée. «Ces mains qui nous agrippaient par la manche pour essayer de savoir et ces espoirs que l'on n'osait pas fracasser car nous avions commencé à comprendre l'ampleur de l'extermination des juifs», témoigne Léopold Rabinovitch, ancien du réseau lyonnais Carmagnole et des FTP-MOI ­ l'organisation communiste combattante des immigrés ­, juif mais déporté comme résistant après la révolte armée de la prison d'Eysse, près de Villeneuve-sur-Lot, en mai 1944.

 

Gaulliste et pilier du journal clandestin Résistance, André Lafargue, déporté politique dans les camps de Mathausen puis d'Ebensee, est arrivé en pleine nuit au Lutetia, où des gens attendaient encore: «J'étais bouleversé de ne pouvoir rien leur dire car j'arrivais d'Ebensee, un petit camp du Tyrol qui fut l'un des derniers libérés.» Lui et dix-neuf compagnons de déportation malades avaient voyagé en queue de train dans un wagon de marchandises. Affaiblis, ils avaient mis plus d'une heure pour réussir à ouvrir la porte. Et découvrir que la gare était déjà éteinte. Finalement, une infirmière de garde avait réussi à leur trouver un bus.

 

Des centres d'accueil avaient été mis sur pied à la gare d'Orsay ou à la caserne de Reuilly, au cinéma Rex ou à la piscine Molitor, mais l'hôtel Lutetia, QG allemand pendant l'Occupation puis réquisitionné de nouveau à la Libération, était le plus important, notamment pour les déportés, les «politiques» et les «raciaux». Les premiers, emprisonnés pour action de résistance ou comme otages, furent en France quelque 65 000 : 40 000 d'entre eux sont revenus. Les seconds, déportés du seul fait d'être nés juifs, furent près de 76 000 : à peine 2 300 survécurent aux camps d'extermination. Mais dans ces mois qui suivirent la Libération, on se refusait, y compris dans les associations juives, à faire une différence. Les uns et les autres arrivaient tout aussi maigres avec en main un paquet dans lequel ils avaient mis des bouts de sucre, un coupon de tissu, un gobelet, un morceau de couverture... «Dans les camps, on ne pouvait rien avoir à soi, alors nous nous rattrapions en récupérant des trucs de toute sorte que nous arrivions à peine à porter tant nous étions faibles», raconte Charles Palant. «Un chiffon en usufruit qu'enfin nul ne pouvait nous contester», ironise Joseph Bialot.

 

«C'était une grande pagaille»

 

Ils pénètrent sous les dorures du grand hall de l'hôtel, puis direction la désinfection. Ensuite commencent les formalités d'enregistrement qui leur donneront des papiers provisoires après interrogatoire. «C'était une grande pagaille. On voyait de vrais déportés dénonçant du doigt des faux déportés qui s'étaient infiltrés dans leurs rangs afin de se refaire une virginité», a raconté au Magazine littéraire Bertrand Poirot-Delpech, alors lycéen de philo à Louis-le-Grand et boy-scout qui, comme tant d'autres dont Michel Rocard, se porta volontaire pour aider les rescapés. Les interrogatoires de la police militaire sont méticuleux. «Un pyjama rayé, c'était facile à trouver. On craignait l'infiltration d'ex-collabos ou même de SS dans cette masse de rapatriés sans papiers, raconte André Lafargue, rapidement identifié grâce à son réseau de résistance. Ebensee était un petit camp que personne ne connaissait, mais j'étais heureusement passé par Buchenwald et Mathausen. J'ai décrit l'entrée, les camarades avec qui j'étais.» Pour les juifs, surtout les étrangers livrés à la machine de mort par la police de Vichy, le moment est plus dur. «C'était des questions de flic, et on se méfiait», reconnaît Charles Palant. Chaque histoire est une tragédie. Chaque survie un hasard ou un miracle. Chaque libération une épopée différente.

 

La suite ICI 

 

Histoire du Lutétia.

 

« Le Lutétia fut imaginé par Aristide et Marguerite Boucicaut, les créateurs du Bon Marché, "afin que ses importants clients de province fussent logés dans un établissement tout proche et correspondant à leur train de vie, quand ils venaient faire leurs courses à Paris". Malheureusement décédés avant son ouverture, le Lutétia a pourtant vu le jour grâce à l'architecte Louis-Hippolyte Boileau qui avait réalisé Le Bon Marché.

 

Dans un bâtiment de sept étages, 231 chambres vont alors combler les clients du Bon Marché, mais aussi les artistes et les intellectuels des années 20 et 30. Emile Zola, Ernest Hemingway, Samuel Beckett, André Malraux et Saint-Exupéry vont s'inspirer des murs pour leurs œuvres, tellement que certains clients artistes vont pouvoir décorer une suite, comme Arman et David Lynch... »

 

Le Lutétia était un peu fatigué

 

Le groupe israélien Alrov (propriétaire depuis août 2010, rachat au groupe Taittinger) a accepté 3 ans de travaux, coordonnés par Wilmotte et Associés.

 

L’atelier de Ricou a restauré la délicieuse fresque du bar Joséphine, peinte par Adrien Karbowsky, entre pastorale et bacchanale. Le salon Saint-Germain, illuminé par les merveilleuses couleurs d’une verrière signée du génial Fabrice Hyber, sera à la fois un restaurant et le cœur battant de cette grande maison. Enfin, les 184 chambres, dont 47 suites.

 

Côté architecture. Jean-Michel Wilmotte a déjà annoncé que le salon sombre deviendra un jardin intérieur, tandis que les sous-sols accueilleront un spa et une piscine de 17 mètres de long. L'idée est de redonner aux salons leurs lettres de noblesse et d'amener les clients de l'hôtel et des restaurants vers hall de l’hôtel, coeur fonctionnel de l’établissement.

 

Côté restauration. Le Lutétia a recruté le grand chef Gérald Passedat, à la tête d'un 3 étoiles à Marseille, pour repenser la carte de la Brasserie du Lutétia, une carte épurée, dans un restaurant entièrement repensé. En effet, la Brasserie retrouvera sa forme originelle de 1910 sur 2 étages et une terrasse et accueillera jusqu’à 180 personnes.

 

Un bar de jazz spectaculaire, conçu par Jean-Michel Wilmotte, proposera des touches futuristes et traditionnelles, mais aussi un bar à cigares des plus exclusifs dans une atmosphère de club privé qui ouvrira sur une cour privée !

 

Source : ICI

 

Partager cet article
Repost0
14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 06:00
Vieilles canailles sucrées centenaires les liqueurs : Marie-Brizard (1762) Get (1796) Grand Marnier (1827) Cointreau (1849), Bénédictine (1863)… Le Triple Sec de chez les Boucard…

« Indifférentes aux effets de mode, de nombreuses liqueurs plus que centenaires se sont maintenues sur le devant de la scène et sont devenues des produits incontournables. Leur force ? Avoir su s’adapter à leur époque tout en conservant leur identité. »

 

Liqueur : boisson alcoolisée et sucrée, obtenue grâce à différents procédés : macération, infusion et distillation de fruits ou de plantes. Son degré varie de 15 à 55% et, sauf exception, sa teneur en sucre est d'au moins 100 grammes par litre.

 

Si vous souhaitez tout savoir c’est ICI 

 

Ce matin, je vais me contenter de puiser dans mon stock de vieilles chroniques, une de mai 2008 : 1 mai 2008

 

Le flacon à liqueurs et le buffet Henri II des Boucard

 

Mon père Arsène Berthomeau, entrepreneur de travaux agricoles et de battages au Bourg Pailler de la Mothe-Achard, à ses débuts était associé pour le battage avec Marius Boucard de St Georges de Pointindoux. Parfois j'accompagnais mon père chez les Boucard. Ils habitaient une grande bâtisse dans le bourg. La salle à manger, où l'on nous recevait, était sombre et, occupant presque tout un pan de mur trônait un imposant buffet Henri II. Aller chez les Boucard me plongeait dans des sentiments mêlés : on me faisait boire du thé et je détestais le goût apre de ce breuvage ; le père Jules, le père de Marius, qui chiquait, ce qui donnait à sa moustache une allure de ballet de chiotte, ressemblait à une vieille chouette et me faisait peur ; Marius, lui, me faisait penser à Judas Iscariote et il me mettait mal à l'aise ; enfin, mon imagination, déjà débridée par mes lectures romanesques, me voyait bâtir des récits où, derrière les mystérieuses portes du buffet Henri II se cachaient de lourds secrets. Je me la jouais maison hantée ce qui me valait au retour - étant un grand somnambule - des sommeils agités qui étonnaient toujours la maisonnée. Pourtant, à chaque fois que mon père me le proposait, sans hésiter je le suivais. La raison, outre que j'adorais et que j'adore toujours les lieux incertains, c'est que chez les Boucard, du ventre du fameux buffet Henri II, au lieu de la traditionnelle bouteille de goutte, la femme du père Jules, dont j'ai oublié le prénom, retirait un flacon à liqueurs qui me fascinait. Comme je devais avoir 7 ou 8 ans je carburais à l'orangeade ou à la limonade, pour moi les liqueurs avaient les couleurs du péché.

 

Le flacon avait une forme de pompe à essence de luxe avec son piètement et ses bouchons dorés – pour faire genre cultivé je pourrais écrire qu'il avait des allures Hoppériennes (d'Edward Hopper le peintre) – et il contenait 4 sortes de liqueurs aux couleurs pétantes : jaune orangé ce devait être de l'abricotine, vert menthe pour la liqueur du même nom, bleu de lagon pour celle à base de Curaçao et enfin le gris argenté du Triple Sec.

 

Dans mon souvenir cette dernière appellation devait cingler les gosiers comme la cravache d'un cavalier et elle équivalait en force  à l'un des breuvages favoris de l'inénarrable Capitaine Haddock qui serait, de nos jours hygiénistes, censuré dans une publication destinée à la jeunesse pour apologie de l'ivrognerie, mille millions de mille sabords. Dans sa définition la plus courante le Triple Sec est  une liqueur blanche à base d'orange, d'eau-de-vie et de sucre. Le triple sec et le Curaçao sont synonymes. A noter cependant qu'au Canada, les triples secs sont toujours transparents et les curaçaos colorés (ambrés, oranges, bleus, verts, etc.)

 

Pour voir le flacon et le texte sur le buffet Henri II c’est ICI

 

 

Les liqueurs de pépé et mémé ont de l’avenir, la France aussi !

 9 mai 2016

 

ICI

 

Partager cet article
Repost0
11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 06:00
Dominique Derain fut transporté par le hautes-côtes nature 2016 de Morgane du domaine Dandelion, « allez goûtons ! »

C’était sur Face de Bouc : «Dans l’univers viticole après 40 années environ il naît toujours et encore des vigneronnes et vignerons qui vous transportent et éveillent votre plaisir. Merci»

 

Signé Dominique Derain.

 

Pour le petit Larousse être transporté, dans son acception littéraire, c’est éveiller un sentiment très vif, être ravi de plaisir ; une forme d’extase de tous les sens !

 

Face à une telle déclaration enflammée d’amour du Dominique, le vieux chien truffier que je suis, toujours à fouir dans le terroir profond à la recherche d’une pépite, a flairé un nectar rare. Comme vous le savez je me définis comme un « homme de luxe » ICI, le luxe compris comme une manière d'être, un certain type de visée, plutôt que comme un état lié à certains objets de prix, mon intuition frôlait l’ébullition, mon impatience montait, il me fallait accéder à ce flacon.

 

 

Hormis les louanges de Dom Derain, la photo de l’étiquette du hautes-côtes nature 2016 du domaine Dandelion postée sur son mur me séduisait : et la matière et le graphisme ; j’y reviendrai.

 

N’y tenant plus j’appelais le Dominique tout en consultant la page Facebook du domaine Dandelion. L’histoire qu’il me conta fit monter plus encore ma curiosité. 2016, c’était le tout premier millésime de la toute nouvelle vigneronne de Meloisey, Morgane Jeulliot.

 

La page face de bouc indiquait le 06 du domaine, c’était l’heure du déjeuner, j’hésitais avant de le pianoter sur mon criquet.

 

Morgane me répondait. Je lui servais mon petit speech : Dominique, le blog, mon désir de goûter son vin…

 

En 2016, le domaine Dandelion c’était 1 ha et demi de vignes hautes et de vieux pinot noir achetées, labourées à cheval, vendangées le 9 octobre, vieux pressoir en bois, grappes entières, 21 jours de cuvaison, élevé dans de veilles pièces, pas de soufre ni dans la vigne ni dans le vin. Bouchée verre. En 2017, le domaine s’est étendu de 1 ha, je crois, en location.

 

 

Comme je ne puis vous parler du vin lui-même, je fais confiance au palais de Dom Derain, je reviens à l’étiquette.

 

Le papier provient d’une papeterie à l’ancienne de Fontaine de Vaucluse du Moulin Vallis Clausa qui fabrique à la main des papiers d'exception ICI  Il est composé de coton, de lin, de chanvre et des fleurs de bluet y sont insérés (visible sur la photo).

 

Morgane découpe ses étiquettes au format, marque au tampon le dessin d’un oiseau dessiné par elle puis graphe manuellement lez nom du domaine, l’appellation et le millésime.

 

De l’allure ! Quintessence de la simplicité…

 

Petite citation de votre serviteur datant de 2006 :

 

« L'allure des hommes, au sens des humains, c'est indéfinissable, voyez Cary Grant dans la mort aux trousses avec sa chemise immaculée et son impeccable costume gris perle tout au long de sa fuite, même après le champ de maïs, et Audrey Hepburn habillée par Hubert de Givenchy, c'est inné. La simplicité, l'art de l'accessoire, l'appariement, font la différence. Que de futilité me direz-vous ! Non l'allure n'est pas un luxe, c'est une manière d'être en phase avec soi-même. Se vêtir c'est choisir sa seconde peau. Etre attentif aux évolutions de la manière de se revêtir c'est être en capacité d'anticiper sur les changements qui traversent nos sociétés sur-consommatrices. »

 

Le millésime 2017 n’est pas encore disponible. Je ne désespère pas qu’il soit disponible à Paris, affaire à suivre…

 

Je vous donne l’adresse du domaine Dandelion

3 rue du tilleul

21190 Meloisey, Bourgogne, France 06 30 52 11 27

 

Le comptoir des Tontons

22 Rue du faubourg madeleine 21200 Beaune

Hautes Côtes de Beaune             Dandelion           2016      Rouge   75 Cl      29 €

Partager cet article
Repost0
9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 06:00
Rocard by Rocard en 2005 « entre 1974 et 1979, nous avons été canonnés à bout portant. Entre nous, on se disait qu'être rocardien au PS c'était comme de porter l'étoile jaune ­ la confusion peut être répugnante, mais elle donne l'ambiance. »

Mai fut le mois du cinquantenaire de mai 68 et, je ne sais pourquoi, le mois de la publication de 2 livres sur Michel Rocard :

 

Le rocardisme Devoir d’inventaire par 2 grognards de la Rocardie, Alain Bergougnioux et Jean-François Merle. Au Seuil.

 

Michel Rocard par… toute une tripotée de noms connus chez Flammarion

 

 

Votre serviteur qui n’était pas un rocardien historique mais un PSU canal vendéen (La Roche s/Yon un des rares bastions électoral du PSU avec le Dr Morineau comme Yves Le Foll à Saint-Brieuc). Je ne suis qu’un compagnon de route, n’ayant aucun goût pour le mode de fonctionnement du PS je me suis toujours contenté d’être un homme de dossier engagé et fidèle. J’ai connu les affrontements idéologiques violents au sein de la Commission Nationale Agricole du PS présidée par Pierre Joxe, où je siégeais en tant qu’expert, ça ma vacciné à tout jamais.

 

Les entourages j’ai pratiqué avec 3 Ministres, la plaie, je connais, je m’en suis toujours méfié mais, comme je suis un bon camarade, je n’en dirais rien.  

 

Je n’ai pas encore lu les deux bouquins. Je le ferai.

 

Ce qui m’a passionné chez Michel c’est la méthode Rocard ; je l’ai pratiqué en prise directe avec lui et je dois avouer que ces années à ses côtés furent les plus belles, les plus intenses, les plus riches de ma vie. Mon attachement à lui est personnel sur un fondement de valeurs partagées, les rocardiens historiques, avec leur côté on est bien entre soi, m’ont toujours laissé perplexe. À quelques exceptions près, et c’est tout à leur honneur, ce n’était pas une équipe de « tueurs » comme chez le Florentin de Jarnac.

 

Ce qui suit c’est du Rocard pur sucre, ça vaut tous les inventaires et les hommages post-mortem.

 

 « Il est libre, Michel Rocard, libéré de toutes les contraintes que suppose la conquête du pouvoir. A 75 ans, l'ancien premier ministre, aujourd'hui député européen, peut donc régler ses comptes. Il le fait dans un duo surprenant avec le journaliste-écrivain Marc-Georges Benhamou, dernier confident de François Mitterrand, pour un livre-entretien paru jeudi 6 octobre sous le titre Si la gauche savait.

 

« Avec une grande liberté de ton, le père de la deuxième gauche livre encore bataille. Contre la première gauche de Mitterrand, bien sûr, qu'il n'a cessé de combattre et dont il voit la patte sur la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne. Au soir du 29 mai, affirme-t-il, « c'est Guesde (...) le marxiste qui a gagné » contre Jaurès, dont il fait un « père fondateur de la deuxième gauche ». A cette aune, Henri Emmanuelli incarne selon lui « l'anti-Jaurès ». Laurent Fabius, lui, serait l'héritier direct d'un Jean Poperen, l' « ennemi intime » auteur de la formule assassine « Rocard d'Estaing » et inventeur d'un « langage » : « un mélange de populisme jusqu'au-boutiste, de radicalisme irréaliste, avec une touche d'ouvriérisme lyrique ».

 

« Ces derniers temps (...), insiste M. Rocard, nous y étions en plein. Fabius a tenté de capter cette tradition. » Plus loin : « Poperen, c'est un peu Fabius en plus construit, mais avec le même cynisme »  Le rocardien poursuit de ses foudres le mitterrandien « commis d'office au congrès de Metz - en 1979 - pour m'assassiner » et qui l'accueille pour son entrée à Matignon, en 1988, par ces mots : « Il n'y a pas beaucoup de grand dessein là- dedans. » Michel Rocard a son « parler vrai » : « Je lui aurais cassé la gueule ! », dit-il.

 

Le Nouvel Observateur publiait  11 octobre 2005  des extraits de Si la gauche savait livre d'entretien de Michel Rocard avec Georges-Marc Benamou (Robert Laffont).

 

 

Le père

 

C’était un personnage compliqué… Un génie aux facettes multiples… Un professeur Tournesol enfermé dans ses silences, maladroit de son corps comme pas possible. Il détestait sa femme. Ma mère était une petite institutrice de Savoie mariée à un immense savant ; d’une certaine façon, elle vivait une promotion sociale. Elle empoisonnait la vie de mon père. Il a fini par déserter le domicile conjugal pour échapper à son caractère dominateur. Et, surtout, elle m’accaparait. Il lui a beaucoup reproché de m’avoir soumis à elle ; et, de ce fait, de m’avoir éloigné de lui. Il disait: « Je ne comprends rien à mon fils. C’est un con, et à cause de toi. » Après cet épisode, il a passé sept ou huit ans sans guère m’adresser la parole.

 

Chirac et les filles

 

On s’était croisés dans les couloirs, à Sciences-Po. La sympathie était réciproque. Ce Chirac était un jovial, un gars généreux, pas trop compliqué. Il aimait s’amuser. J’avais essayé de lui fourguer la carte des Etudiants socialistes SFIO. Il s’en souvient. Il ne l’a pas prise. J’en témoigne. Une fois, alors que je revenais à la charge, il m’a répondu: « Vous êtes beaucoup trop à droite pour moi. » […]

C’était vraiment un bon copain. Je me souviens surtout qu’il me bluffait par son aisance et ses manières. J’étais éberlué par son audace auprès des filles. […] Moi, j’étais un peu niais. […] Mon taux d’adrénaline, qui devait être élevé, se dépensait en activités politiques plus qu’auprès des jeunes femmes. On est comme on est. Enfin, il est clair que ma mère m’avait flanqué quelques inhibitions que j’ai payées longtemps par un manque de simplicité et qui ont fait de mon premier mariage un ratage… Bref, disons qu’à l’époque je suis moine. Il y a du protestantisme là-dedans. Et probablement l’éducation que m’a donnée ma mère, dont je considère qu’elle a démoli mes rapports avec la gent féminine. [Elle était] castratrice ! Il m’est arrivé de penser que c’est un miracle que je sois hétérosexuel.

 

« Méfie-toi, Michel »

 

Chirac… En 1988, très exactement le 10 mai à 17 heures. Il est Premier ministre sortant, je suis Premier ministre entrant, il vient de subir la cohabitation avec Mitterrand comme président de la République, je suis socialiste, je suis dans le parti de Mitterrand depuis quatorze ans, je le connais donc autrement, et probablement plutôt mieux. Et Chirac me dit quand même: « Méfie-toi de Mitterrand, c’est quand il te sourit qu’il a le poignard le plus près de ton dos. » Pendant cette conversation, on a d’abord beaucoup ri. […] L’idée que ce soit moi qui lui succède avait pour Chirac quelque chose d’ironique. D’avoir à se distiller les modes d’emploi du patron. Tout ça était assez réjouissant. Dans un silence, j’ai fait un geste puis je lui ai dit: « Alors tu t’en vas, Jacques… Et tu as laissé combien de micros, là-dedans ? – Michel, aucun, je te jure ! Tu peux faire vérifier. Je suis contre. » J’ai fait vérifier, il n’y en avait pas.

 

Mitterrand : première rencontre

 

Cela se passe au printemps 1966. Le rendez-vous a été organisé par un ami commun. Un médecin, laïque, Pierre Ferrand. […] Je me souviens de lui avoir rétorqué: « Qu’est-ce qui lui prend ? » J’ai alors dans le PSU des fonctions honorables mais subalternes. Je dois être numéro cinq ou six. […] La réponse est très claire: « Les élections législatives de 1967 vont être difficiles. Mitterrand veut éviter que vous n’agressiez partout les candidats de la FGDS. » […] J’arrive à l’heure ; il n’est pas là. J’attends donc. Mitterrand arrive enfin. Et voilà qu’instantanément il me la fait au charme. Des flagorneries inutiles sur mes performances dans le monde de l’intellectualisme et de la politique… L’entretien est censé être conflictuel et, si possible, déboucher sur quelque chose. Or il n’y a que de l’hypocrisie dans ce rapport de complicité prématuré. […] Et puis, ce qui me chiffonne vraiment c’est que, lorsque nous en arrivons aux dossiers électoraux, il me ment. Trois fois, précisément, il me ment. […] Révérence à l’autorité – j’ai toujours eu du respect pour les vieux messieurs –, je ne contredis pas. […] Je sors de là furieux…

 

Premiers désaccords

 

Un beau jour, en avril ou en mai 1975 – à ce moment-là, je n’ai plus accès à son bureau sans rendez-vous préalable –, je vais le trouver pour lui dire ceci: « Monsieur le premier secrétaire, je m’occupe maintenant de formation, c’est ce que je sais faire. Or je suis très inquiet. Il faut que je vous dise : Pierre Joxe, responsable central dans ce secteur, fournit une formation totalement marxiste. C’est complètement fou. […] Cela vous affaiblit. Il faut que vous interveniez. »

 

Réponse de Mitterrand: « Vous avez tort de vous inquiéter, Pierre Joxe est un homme très droit. Dans les grandes circonstances, il sera fidèle. Cela n’a donc aucune importance. » Je suis stupéfié par sa réponse. […] Ainsi, les idées ne comptent pas ! Oui, je suis choqué. J’en ai la confirmation, il aime le pouvoir, pas la vraie politique. Il se moque du fond. Pour lui, les concepts sont interchangeables, autant que les figures de la gauche du xixe siècle. Imaginez le cynisme… […]

 

Par la suite, j’aurai un déjeuner stupéfiant avec Pierre Joxe. Il a prétendu me donner des leçons de marxisme… Il avait lu quatre fois moins que moi sur le sujet. Il a fallu que la conversation dévie parce qu’il m’était trop facile de lui faire sentir que tout ça était un peu ridicule. Un drôle de zèbre, Joxe… Un ultra du mitterrandisme avec, en même temps, une énorme distance. Il est très cynique, mais il a beaucoup d’humour. Nous sommes très copains !

 

Le zozo

 

Mitterrand est à l’évidence un tacticien génial, un homme doté d’un cynisme gigantesque, d’une stratégie très personnelle, et très habile. Mais il était étranger à toute notion de formation politique, à la notion de parti. J’ai évoqué plus haut ce qu’il a osé dire, un jour: « Il n’y a pas de Parti socialiste, il n’y a que les amis de François Mitterrand. » […]

Un jour, au cours d’un conseil national du parti, Mitterrand s’est trouvé dans l’obligation intellectuelle de définir ceux qui le combattaient. J’étais là. Il n’a pas bafouillé – il ne bafouillait jamais – mais après avoir tourné autour du pot, il a fini par lâcher ce mot énorme: « Ce sont des zozos. » J’étais chef zozo, quoi.

 

Jospin

 

Vous le connaissez. Il est froid, distant, méticuleux, mais j’ai découvert en plusieurs occasions qu’il pouvait se montrer impartial… Le problème, avec Jospin, c’est qu’il n’a pas les neurones flexibles ; mais c’est un Juste. Et lui, à la différence de tant de mitterrandiens, il ne m’a jamais traité en opprimé. Il s’est toujours montré équitable avec les rocardiens, dans le parti.

 

1984: Fabius Premier ministre

 

[Je suis] un peu indigné… Pas vraiment surpris… Scandalisé, oui, par cette prime attribuée à la fidélité cynique. Que sait-on alors de Fabius ? Que, ministre délégué au Budget à l’automne 1981, il a signé le budget 1982, en augmentation de 27%. Seul, sans la signature du ministre de l’Economie et des Finances Jacques Delors, son ministre de tutelle, pourtant. C’était la première fois dans l’histoire de France ! Fabius, l’homme qui, au congrès de Metz, m’a lancé : « Mais si, Michel Rocard, entre le marché et le rationnement, il y a le socialisme. » […] Animosité n’est pas le mot. Ça commence par le désaccord, suivi plutôt d’une immense froideur. Je le considérais comme le chef de mes tueurs. Avec Joxe…

 

1985: la démission

 

Le président de la République avait dit: « Il faut instiller de la proportionnelle. » Pourquoi pas ? Mais nous découvrons que Pierre Joxe, avec l’aval du président, nous a concocté une proportionnelle absolue, à seuil bas, la pire. […]

Je vais dîner avec mon épouse chez mon vieil ami, Antoine Riboud. Nous en sortons à dix heures et demie du soir. Je n’ai pas eu une seconde pour penser tranquillement. Et je dis à Michèle [la deuxième épouse de Michel Rocard]: « Ben voilà ! Ils ont décidé la catastrophe proportionnelle intégrale, et vive Le Pen ! – Tu ne peux pas tolérer ça. – C’est bien mon avis. » On se met au lit, on continue à bavarder, la démission [du ministère de l’Agriculture] s’impose comme une évidence. Pour une fois, je suis d’accord avec cette femme que je vais quitter peu après parce qu’elle est impossible. […]

On ouvrait un boulevard à Jean-Marie Le Pen pour on ne sait quel avenir et dans on ne sait quelles conditions de sortie. Sur les autres problèmes, mon éthique personnelle était heurtée par la sottise, pas par la honte. Il n’y a pas de honte à nationaliser n’importe comment, et il n’y a pas de honte à doubler les allocations familiales quand le budget n’y est pas, il y a de l’inconséquence. Et de la générosité. On est dans un univers éthique, d’une tout autre nature. Mais là on était dans le cynisme crapuleux.

 

Premier ministre

 

Le 9 mai 1988, j’arrive vers une heure moins le quart à l’Elysée – on ne fait jamais attendre le président de la République… […] Nous sommes quatre. Mitterrand s’assoit. Il place à sa droite son plus proche collaborateur, Jean-Louis Bianco. En face de lui, l’homme qui est le plus installé dans la pyramide des états de service et de la confiance, Pierre Bérégovoy. Et moi, je suis à gauche. Son petit protocole est fait pour impressionner. […]

On passe la viande, c’est-à-dire la moitié du repas, et toujours rien. Enfin, avant le fromage, Mitterrand dit – je le cite quasi textuellement: « Oui, à propos, il ne faudrait peut-être pas oublier, dans une demi-heure, je vais nommer un Premier ministre. » Et là il fixe Bérégovoy pendant une tirade de deux, trois minutes: « Nommer un Premier ministre est un exercice purement politique… Totalement étranger à tout ce qui peut ressembler à de l’amitié… ou à de la confiance… Il s’agit de tirer le bilan d’une situation politique… » Et je vois Bérégovoy qui devient rouge, violet. Un long silence suit. Il reprend: « Or, actuellement, la situation politique est relativement claire. Il y a une petite prime pour Michel Rocard. » Un nouveau long silence. Tout le monde regarde son assiette. Bérégovoy est passé du violet au livide. Bianco est out. Et, moi, je regarde mon assiette…

 

On se connaît alors depuis vingt ans [avec François Mitterrand]. Il n’y a pas de haine entre nous. Nous n’étions pas du tout dans ce registre – peut-être, à peine, dans celui du mépris. Lui, à mon égard, selon moi, pour cause d’inefficience ; et moi, à son égard, pour manque d’éthique.

 

Michèle

 

C’est vrai qu’elle était trop présente… Dit comme ça, ça a l’air idiot. Mais l’intelligence de cette femme est supérieure. Elle a renoncé. Elle ne produit plus. Mais lorsque j’étais à Matignon, son intelligence sociologique lui permettait de décrire des comportements personnels liés à des situations institutionnelles. C’était fabuleux ; c’était une arme. Son conseil était encombrant, parce que je n’en avais pas toujours l’utilité, mais il était toujours éclairé… Tout le monde vous expliquera que, si je suis un stratège visionnaire, ma faiblesse en matière de commandement des hommes explique que l’histoire ne se soit pas terminée aussi bien qu’elle aurait dû… C’est probablement vrai. Je déteste le conflit. Je sais mener des batailles – il y en a eu des quantités à Matignon, il ne fallait pas se laisser intimider. J’ai su gérer des rapports de force, mais je suis incapable de sanctionner un collaborateur. Je ne sais pas chasser.

 

Le devoir de grisaille

 

Le fait de me sentir sous une menace plus immédiate, plus profonde, plus perverse – et plus permanente, surtout – que je ne croyais a probablement aiguisé mes défenses. Nous étions toujours en méfiance, et, au moindre faux pas, je sautais… Alors, devant cette situation difficile qui, très vite, m’a sauté aux yeux, je me suis dit: « Ça tiendra ce que ça tiendra. » A partir de ce constat, j’ai décidé qu’il me fallait absolument éviter le syndrome Chaban – cas de figure où le Premier ministre est viré tout de suite. Je me suis donc donné un « devoir de grisaille » […] ; je voulais durer pour changer la France […] Il était certain, hélas, que je ne pourrais laisser, de mon passage à Matignon, que de la réforme par touches, peu spectaculaire mais décisive. Pas une forte marque symbolique. Même la symbolique propre à Mendès m’a échappé.

 

Remercié

 

[Le 15 mai 1991, alors que Paris bruisse de rumeurs sur le départ prochain de Rocard, il va demander au président l’autorisation de remanier le gouvernement.]

 

On est tous les deux, seuls. Il est 9 heures du matin. Mitterrand me répond: « C’est vrai, monsieur le Premier ministre, mais les rumeurs vont plus loin… – Monsieur le Président, ce n’est pas à vous que j’apprendrai que les rumeurs, il n’y a pas grand-chose à en faire… – Quand même, elles sont gênantes, reprend Mitterrand. Toutes ces rumeurs créent cette situation dont on doit tenir compte. C’est insistant, c’est répétitif...Au fond, en réponse à votre suggestion, ou bien je ne change rien du tout ou bien, si je change, je change tout. » Sous-entendu : y compris vous. Alors moi, dans un large et complice sourire : « Bien entendu, monsieur le Président, cela ne dépend que de vous. » Et lui, chafouin, qui reprend: « On est dans une situation pas facile. Vous avez bien travaillé. Je ne laisserai planer aucun doute à ce sujet. Et donc j’ai toutes les raisons de vous confirmer. Si je vous confirme, ce n’est pas pour deux mois. A la date où nous sommes, si je vous confirme, c’est jusqu’aux législatives de 1993. » Un silence tombe. Il faut bien que je le meuble. Je marmonne quelque chose comme: « Ça ne tient qu’à vous, monsieur le Président de la République. Ne me faites pas complice de vos raisonnements. – Justement, autant vous avez bien travaillé, autant je ne crois pas aux vertus de vos méthodes et du climat que vous créez pour mener le combat difficile des législatives de 1993. – Monsieur le Président… – Donc, monsieur le Premier ministre, vous me présenterez votre démission tout à l’heure. » […]

 

Et là je commets ce qui est à ses yeux une faute grave, une confirmation de la naïveté irrécupérable du rocardisme, je lui dis: « Monsieur le Président, je vous remercie d’avoir salué notre travail… Dans la masse des choses à faire, quelques-unes sont de haute symbolique. Je suis très attaché à ce que je viens de finir victorieusement, une loi sérieuse, réelle, applicable, contrôlable sur les écoutes téléphoniques… » Je plaide pour défendre moi-même mon texte devant le Conseil d’Etat: « On n’est pas à vingt-quatre heures près… […] Si je pouvais vous présenter ma démission demain à midi plutôt qu’aujourd’hui, j’y serais sensible.

 

– Vous n’y pensez pas ! C’est grotesque… », me répond Mitterrand. Il se tait, le regard méprisant. Et moi, je reste là, un peu demeuré. […] L’entretien aura duré quatre minutes.

 

Les manques de Jospin

 

[On dit que, Jospin, c’est la synthèse du mitterrandisme et du rocardisme.]C’est vrai, mais en partie seulement. C’est vrai dans les symboles, notamment dans le principal, l’honnêteté de Jospin. Son refus de mentir à l’opinion. Mais, pour ce qui est du reste, la synthèse ne s’est pas produite. Il n’est pas allé jusqu’au bout de ce projet-là. Il a commencé avec panache une mise en cause fracassante, façon Mitterrand. Il a eu des mots. Il a eu des intentions. Il a eu le souci de faire de la moralité un enjeu majeur de l’action publique… Mais le refus de trancher, de choisir entre les deux gauches va expliquer 2002, la présidentielle manquée. Quant au reste, Jospin est profondément mitterrandiste de culture. Il a été formé à cette école, dans cette écurie. Il a longtemps été socialement CGT. Je vous l’ai dit, il est plutôt jacobin. Malgré un unique démenti une fois, et qu’il a regretté, il est sur la ligne: « L’Etat peut tout, tout est politique. » Je suis sur celle: « L’Etat ne peut pas grand-chose ; ce qu’il y a d’essentiel n’est pas toujours politique. » […]

 

Il y avait deux manques. Le premier: il est resté beaucoup trop étatiste sur les 35 heures. Il a gouverné dans le champ social en ignorant le dialogue social. En imposant. Et Martine Aubry a servi d’amplificateur à cet archaïsme. […] Le second manque du jospinisme, c’est sa négligence de la politique étrangère. Probablement n’en voulait-il pas pour des raisons de cohabitation. Du coup, on a raté la négociation du traité de Nice.

 

Si j’avais été président

 

Je vais vous paraître d’une arrogance extrême, mais je considère que je n’ai rien raté de majeur. J’ai réussi ma vie. Bien sûr, j’aurais eu du plaisir à devenir président de la République, mais je n’ai aucune certitude que j’aurais été un aussi bon président de la République que j’ai été un bon Premier ministre. Ce n’est pas vraiment le même métier. Pourquoi, grand Dieu, voudriez-vous que j’ai des regrets sur une incertitude totale ? […] Je vous supplie de prendre au sérieux l’argument que tout ce que j’ai porté – qui est considérable ! – suffit à mon bilan personnel, à mon estime de moi. Certes, je ne suis pas devenu président ; je n’ai pas vécu sous les ors de la monarchie républicaine ; mais mon inscription dans l’histoire de socialisme est d’ores et déjà acquise. Quand un individu, qu’il soit Premier ministre ou quidam, a pu faire ça dans sa vie, il peut dormir tranquille jusqu’à la fin de ses jours.

© Robert Laffont

Partager cet article
Repost0
7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 06:00
« En ce qui concerne les appellations fromagères… bon nombre d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance. » Henri Nallet 1985

Le 6 avril 1985, nuitamment Michel Rocard tira sa révérence du gouvernement Fabius, Bernard Vial me tira de mon sommeil à deux heures du matin pour me prévenir.

 

Version du dit Michel dans son style habituel :

 

« Je vais dîner avec mon épouse chez mon vieil ami, Antoine Riboud. Nous en sortons à dix heures et demie du soir. Je n’ai pas eu une seconde pour penser tranquillement. Et je dis à Michèle [la deuxième épouse de Michel Rocard]: « Ben voilà ! Ils ont décidé la catastrophe proportionnelle intégrale, et vive Le Pen ! – Tu ne peux pas tolérer ça. – C’est bien mon avis. » On se met au lit, on continue à bavarder, la démission [du ministère de l’Agriculture] s’impose comme une évidence. Pour une fois, je suis d’accord avec cette femme que je vais quitter peu après parce qu’elle est impossible. […]

 

On ouvrait un boulevard à Jean-Marie Le Pen pour on ne sait quel avenir et dans on ne sait quelles conditions de sortie. Sur les autres problèmes, mon éthique personnelle était heurtée par la sottise, pas par la honte. Il n’y a pas de honte à nationaliser n’importe comment, et il n’y a pas de honte à doubler les allocations familiales quand le budget n’y est pas, il y a de l’inconséquence. Et de la générosité. On est dans un univers éthique, d’une tout autre nature. Mais là on était dans le cynisme crapuleux. »

 

Au matin du 7 avril, la nouvelle tombe : le successeur est Henri Nallet, conseiller agricole du Président de la République. Nous nous connaissons bien, comme on dit en politique « il apprécie mes compétences » qu’il a pu mesurer sur le dossier viticole lors des négociations à Bruxelles sur les conditions d’adhésion de l’Espagne et du Portugal (les accords de Dublin) et, en même temps, il garde la bonne distance avec le rocardien que je suis. Il faut toujours préserver l’avenir, en 1988, lorsque Rocard deviendra Premier Ministre, je deviendrai le directeur-adjoint de son cabinet en charge, entre-autre de dossiers sensibles : Corse, DOM-TOM, relations avec les fameuses OPA.

 

La relation qui suit, d’une rencontre en 1985 d’Henri Nallet avec Jean Pinchon, alors Président d’un INAO exclusivement vins, tout en étant salarié du groupe Louis Dreyfus, je peux attester, même si je n’étais pas présent, qu’elle ne s’écarte pas de la réalité.

 

Pages 127-128 Mémoires d’un paysan (1925-2009) Jean Pinchon L’Harmattan :

 

 

« En 1985, Henri Nallet, homme courtois et compétent, est nommé ministre de l’Agriculture ; il me reçoit après sa prise de fonction :

 

« Mon cher Président, ce qui a été fait jusqu’à présent à l’INAO est fort bien, mais nous devons aller plus loin et franchir une étape délicate : il faut maintenant faire reconnaître, par Bruxelles, nos AOC, or, vous le savez mieux que moi, elles fonctionnent à l’aide de plusieurs systèmes qui sont différents selon qu’il s’agit, par exemple, des fromages, de la noix de Grenoble ou de la carotte de Créance. Je dois négocier avec Bruxelles et, auparavant, nous devons placer toutes les AOC sur le même plan et sous l’autorité de l’INAO. J’ai donc besoin de vous, notamment pour faire admettre aux viticulteurs qu’ils ne sont pas seuls à être possesseurs d’AOC mais qu’il y a aussi tous les agriculteurs dont les productions ont été reconnues par des décrets-lois depuis 1924. (ndlr. certaines ont été reconnues par décisions judiciaires).

 

  • Monsieur le ministre, je suis certain que les viticulteurs comprendront cette réalité. Mais, avant de nous présenter à Bruxelles, il est nécessaire de procéder à une réévaluation de toutes les appellations, y compris des appellations fromagères, car, sur la centaine qui existent, plusieurs ne constituent guère que des indications géographiques de provenance.

 

  • Monsieur le Président, une réévaluation est possible pour les productions relativement localisées, mais, en ce qui concerne les appellations fromagères, elle sera beaucoup moins aisée à obtenir, car bon nombre  d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont, en fait, plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance.

 

  • Les appellations d’origine ont été créées par les agriculteurs et à leur demande ; vous vous souvenez qu’en 1935, ce sont les viticulteurs du Bordelais qui ont obtenu leurs AOC afin de protéger leur production face aux négociants qui mélangeaient allégrement bordeaux, côtesdu-rhône et vins d’Algérie. (ndlr. raccourci très pinchonien… il est alors encore un jeune président de l’INAO). Or, monsieur le Ministre, c’est pour défendre les intérêts des agriculteurs que nous allons nous battre à Bruxelles.

 

Je sais l’honnêteté et la fermeté d’Henri Nallet et je sens qu’il partage mes choix. Par ailleurs, la restructuration de l’INAO en trois secteurs que je mets en place, accroît notre efficacité et nous donne du poids auprès de Bruxelles. Aussi, après une bataille qui dure un an, nous obtenons la reconnaissance de nos AOC et surtout celle de la procédure qui les régit : ce sont bien les professionnels concernés, dans chaque pays de la Communauté, qui doivent rester responsables de leurs appellations d’origine. Il est inconcevable, en effet, qu’un Danois producteur de pommes de terre détermine dans quelles conditions doit être élaboré le roquefort ; de même il est exclu que soient uniformisées les règles concernant les appellations d’origine des vins de France, d’Italie, d’Espagne, du Portugal. Grâce à l’action de l’INAO et à la ténacité d’Henri Nallet, la Communauté européenne admet le principe que les appellations seront nationales, avec obligation d dépôt à Bruxelles, afin que soient évitées toute concurrence abusive et tromperie quant à l’origine effective et aux modes de production.

 

Ndlr. Là Jean Pinchon va plus vite que la musique, ce n’est qu’à partir de 1988, sous Nallet 2 ministre de l’agriculture de Rocard que la réforme des AOC et de l’INAO interviendra. Je le sais c’est Madame Bienaymé et ma pomme qui avons présenté le texte devant le Conseil d’Etat avant de le soumettre au vote du Parlement sous Louis Mermaz qui a succédé à Henri Nallet nommé Garde des Sceaux. La reconnaissance européenne interviendra ensuite sous présidence anglaise, émergeront alors les fameuse AOP-IGP, nos amis anglais ayant plus d’appétence pour la défense du droit des marques que de celle de l’origine. Ça ne change rien au fond puisque les interlocuteurs sont les même.

 

Détails : si Henri Nallet cite souvent la carotte de Créance dans ses propos c’est pour deux raisons, Thérèse Nallet est manchote (native de la Manche) et son mari projette de se présenter aux Législatives dans la Manche. En définitive, il se présentera dans l’Yonne dans la circonscription où se trouve Chablis, sera élu à la proportionnelle, et lorsqu’il redevient Ministre de l’Agriculture sous Rocard il organisera un sommet informel des Ministres de l’Agriculture, la France préside le Conseil des Ministres,  dans sa circonscription pour lancer le processus de reconnaissance des AOC par ce qui est encore la Communauté européenne. Du côté Pinchon, signalons qu’il est alors PDG des Caves de Roquefort et membre du Conseil d’Administration de Baron Philippe de Rothschild. Il est normand, président du Bureau du Calvados, éleveur de vaches charolaises à Epaignes dans l’Eure, le camembert du pays d’Auge est cher à son cœur.

 

« Hélas, ces sages dispositions, quelques années plus tard, seront abolies sous la pression des lobbies industriels… En tout cas, l’INAO, année après année, nous nous battons pour améliorer la qualité : par exemple celle de nos fromages comme le camembert du pays d’Auge, le cantal ou encore le comté dont les producteurs veillent à utiliser du lait non pasteurisé et collecté à moins de 25 km des fruitières habilitées. Nos trois comités – vins ; produits laitiers ; productions diverses comme la noix de Grenoble et celle du Périgord, le bœuf de Camargue ou le piment d’Espelette – jouent à plein leur rôle : ainsi les producteurs paimpolais peuvent défendre leur récolte face à un haricot espagnol vendu en Angleterre sous le nom de « véritable coco de Paimpol ». Le maire de Paimpol, qui se trouve être l’ancienne secrétaire de François Tanguy-Prigent, ministre socialiste de l’Agriculture de la Libération, me dit alors : « Comme François serait heureux s’il était encore là ! »

 

Voilà, c’est ça l’histoire et non les phantasmes de certains qui la réécrivent pour se draper dans la cape des chevaliers blancs des AOP fromagères au lait cru, c’est commode mais ça ne tient aucun compte de la réalité, de la dure réalité d’un camembert de Normandie AOP qui n’est plus produit que par 2 producteurs fermiers… Les moulinets, les signatures au bas d’une pétition c’est se donner bonne conscience à bon compte, le champ de bataille est ailleurs et se résume en une question simple : qui pilote la ferme France ?

« En ce qui concerne les appellations fromagères… bon nombre d’entre elles sont gérées par des groupes industriels qui ont plus de poids auprès du gouvernement et de Bruxelles que les producteurs de carotte de Créance. » Henri Nallet 1985
Histoire, Politique et …Camembert

 BERNARD RICHARD HISTORIEN 

 

ICI 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents