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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 06:00
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…

Les salons, ceux où des manchot(e)s te versent du jaja dans des verres qui n’en peuvent plus d’en voir de toutes les couleurs, à l’image des cérémonies de mariage, y’en a de chiants, beaucoup, et y’en a, peu, très peu, où il règne un p’tit air de fête.

 

« Sous les pavés, la vigne » de rue 89 se place dans cette dernière et belle catégorie : la fête y pète !

 

Vous allez me dire que les vignerons qui font salon à Pantruche n’y viennent pas pour guincher, quoique du côté des naturistes leur pente naturelle – c’est le cas de le dire – est de faire honneur au fruit de leur labeur, ils ne crachent pas sur la fête.

 

Avec « Sous les pavés, la vigne » du sieur Antonin de rue89, ça commence la veille dans un terrier d’altitude  gorgé de belles plantes et hautes quilles, ça turbine deux jours à la Bellevilloise dans la joie et la bonne humeur pour finir en une nuit de pleine lune sur un toit au Lilas : manger, boire et danser !

 

Vaste et beau programme !

 

C’est le supplément d’âme, de cœur, qui fait tant défaut aux cohortes des airs compassés – ne pas confondre avec les cons qui passent – des grands goûteurs hantant les longues allées de stands en carton-pâte des salons de haute extraction.

 

Oui, il fait bon vivre au salon de l’Antonin, on va, on vient, on fait de belles rencontres : pas vrai Lucia, on se parle, on échange, on se boit un très bon café, on goûte une feuille de salade croquante et craquante poussée sur les toits aux bons soins de Nadine et d’Émilie de l’association Veni Verdi, on s’envoie aussi derrière la cravate une belle Cantillon de l’ami Patrick, on engloutit un cookie des belles du Lapin Blanc la Gaëlle et la Claire, y’a même des livres pensez-donc et pas des gros machins papier glacé qui plaisent tant à B&D et, bien sûr ça va de soi, on déguste dans le beau verre siglé rue89.

Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…

C’est très bien organisé, bien orchestré par l’Antonin et sa petite bande Florence et Julien en tête de gondole…

 

Pendant deux jours les 2 niveaux de la Bellevilloise ont été bourrés, c’était plein comme un œuf et, croyez-moi, loin des clichés véhiculés par le blogueur-type cireur de pompes qui ne circule qu’à scooter pour faire jeune, ce n’était pas qu’une longue cohorte de bobos loin s’en faut. Plutôt des gens du cru, de tous âges, plus ou moins convaincus, une sociologie qui dérange les tenants du monopole du vin bien comme il faut, mais qu’ils se rassurent il y avait peu de hipsters en grande tenue pour draguer leurs permanentées.

 

Pour autant, croyez-moi, je ne suis pas béat, je ne gobe pas tout ce qui se fait ou ce qui se dit en cette enceinte, ce n’est pas le genre de la maison d’oublier de discuter, mais face à la mauvaise foi, la hargne parfois, la bêtise souvent, des détracteurs des vins nus je garde mes remarques pour moi, ou plus précisément pour l’ami Antonin qui a le grand mérite de se battre pour des idées auxquelles il croit. Ce n’est pas le cas des qui font des salons rien que pour le pognon.

 

Pour l’heure, au salon d’Antonin de Paris ou de Lyon, je me contente de la fonction de voiturier c’est-à-dire de transporter de belles plantes et de grosses légumes, ça suffit largement à mon bonheur et à mon vieux cœur qui n’a plus rien d’artichaut. Plus de débat pour moi, je me contente d’aimer. Alors vous comprendrez que peu me chaut les « caquètements » de la patrouille de la volaille qui croit faire l’opinion ou des propos rancis d’un aigri qui fait du sous-Choron alors qu’il n’est qu’un Savonarole en peau de lapin. RAB, RAT, les roquets aboient la caravane passe.

 

Ne m’accusez pas de faire du jeunisme. L’âge du compteur, le mien, lourd : 66, comme celui de mes ami(e)s, léger, 25-35, n’a rien à voir avec l’affaire, sauf que, puisque ces derniers sont jeunes, ils représentent une belle part de l’avenir de la consommation du vin et que se contenter de les moquer relève de la stupidité la plus crasse de la part de gens qui se targuent d’être des experts du secteur.

 

Tristes comme des bonnets de nuit nos maîtres de la dégustation, de mes pérégrinations de blogueur, au temps où je fréquentais les déjeuners de presse ou autre joyeuseté du type GJE, je garde un souvenir ému de l’emmerdement maximal de devoir subir les discours pontifiant du ou des maîtres. Chiant ! Convivialité zéro. Et je ne vous dit rien sur l’alcoolisme mondain de cette engeance mâle et précieuse.

 

Oui dans la taverne d’Antonin nous buvons de bons coups, nous ne crachons pas sur le désir d’ivresse, nous faisons la fête, nous donnons au vin sa vraie place, nous ne nous contentons pas de gloser, au cours de Master Class, en langage choisi, sur des vins de « haute extraction » au compte en banque bien garni.

 

La culture du vin, dont on nous rebat les oreilles pour justifier la place particulière de cette boisson dans l’univers des boissons alcoolisées, se vit au présent dans un nouvel écosystème où la fête, la vraie, retrouve la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Trop de mots, de notes sur le vin tuent le cœur et l’âme du vin en le rabaissant au niveau d’un produit purement marchand : de luxe ou à 2 balles dans les murailles de la GD.

 

Bonjour l’ambiance !

 

Les grands maîtres vont grincer des dents pendant que nous on se marre !

 

Oui l’ambiance ça ne se décrète pas, ça se créé et, que ça plaise ou non à nos grands guides à la triste figure, du côté des naturistes la fête est inscrite dans leur ADN.

 

Et du côté du vin, croyez-moi, ça goûte bien comme dirait mon ami Jean-Christophe Clément.

 

Même que les filles de Cuisine&Vins de France sont tombées sous le charme d’Antonin « Toute l'équipe du service vins de Cuisine et Vins de France s'est rendue à la troisième édition du salon Rue89 qui se tenait les 3 et 4 mai 2015 à la Bellevilloise à Paris. » 

Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
Comme un p’tit air de fête sous les pavés de rue89 où les vins nus montraient le cul de leurs quilles…
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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 06:00
Bordeaux Connection : une enquête haletante au cœur de la mafia des grands crus… Benoist Simmat le Roberto Saviano de Bordeaux ?

Un livre dans ma boîte aux lettres, un service de presse avec un titre qui claque !

 

« Bordeaux Connection : une enquête haletante au cœur de la mafia des grands crus »

 

Le poids des mots : Bordeaux Connection et mafia des grands crus ça sentait le soufre, le pain de dynamite, le froid contrat, comme dans le Gomorra (Gomorrhe + Camorra = Gomorra) de Roberto Saviano un «romanquête» écrit à la première personne. Un livre sur les activités de la Camorra qui donnait sans ambages les noms de tous ses parrains, démontait principalement le clan Casalesi, citait des noms et des faits, dressait la liste des 3600 morts attribués à la Camorra depuis la naissance de l’auteur, et rendait hommage aux innocents assassinés. C’était aussi un cri : celui d’un Napolitain ayant vu son propre père être victime de la Camorra.

 

En septembre 2006, quatre mois après la parution du livre en Italie, Roberto Saviano invectivait nommément des chefs de la Camorra lors d’un rassemblement anti-mafia… à Casal di Principe, un des fiefs des Casalesi :

 

« Michele Zagaria, Antonio Iovione, Francesco Schiavone, vous ne valez rien... »

 

Depuis ce jour-là, Roberto Saviano vit avec une protection policière, partout, tout le temps.

 

Le communiqué de presse accompagnant le « brûlot » sur la mafia de Bordeaux, sur un autre registre, en remettait une louche en puisant dans l’imaginaire populaire des années 30 en parlant des « 200 familles » de la place de Bordeaux « une caste discrète et puissante s’est emparée de ce joyau économique pour le faire fructifier », sous-entendu à leur unique profit. « En s’affranchissant de la réalité économique pour multiplier leurs gains, les industriels propriétaires des grands crus dilapident un trésor national par-delà nos frontières, dans les pays qui « fabriquent des milliardaires. »

 

Ouille, ouille, ça fleurait bon le jet en pâture au petit peuple des profiteurs… C’est vendeur en ce moment !

 

Je rappelle pour les petites louves et les petits loups qui ont zappé les cours d’Histoire que les « 200 familles » c’est un slogan a lancé par Édouard Daladier, président du Conseil, lors du Congrès radical de Nantes en 1934 : « Deux cents familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu'un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n'eût pas tolérées dans le royaume de France.

 

L'influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse. »

 

Les 2 rives de la Gironde seraient-elles le terreau d’un remake de la lutte des classes ?

 

« Lutte âpre pour mettre la main sur les précieuses marques, classements bidons, absence de culture environnementale, inféodation à un « goût mondial » charpenté et alcoolisé, rupture avec le public d’amateurs français, imposture des foires aux vins, impuissance devant la contrefaçon… »

 

N’en jetez-plus des têtes vont bientôt se retrouver juchées sur des piques plébéiennes car la «révolte gronde dans les « petits châteaux bordelais» ! sous le regard goguenard des « grands crus californiens, argentins ou néozélandais (qui) dépassent en qualité les grands Bordeaux. »

 

Le début de la fin ?

 

Du pur Bordeaux bashing, c’est Bernard Farges qui allait être vénère tout comme ce pauvre Hubert « qui revendique un fort attachement au terroir, se dit avant tout vigneron, lui qui, raconte-t-il, a reçu des mains de son père un sécateur à l’âge de sept ans. »

 

Du lourd, du très lourd, de la chevrotine, que je me disais dans ma petite Ford d’intérieur, de quoi provoquer l’ire du cireur de pompes qui vole au secours des puissants qui ne lui ont rien demandé, et, lorsque j’entreprenais ma lecture, j’imaginais déjà l’auteur, Benoît Simmat, sollicitant la haute protection du RAID…

 

Très vite je fus rassuré, le ton était de bon ton, de très bon ton, sympathique, gentil même, guilleret, du même monde, pas un mot au-dessus de l’autre, les soi-disant « parrains de la mafia des grands crus » se retrouvaient décrits tels qu’en eux-mêmes, des hommes d’affaires faisant des affaires ni plus, ni moins, en Chine bien sûr, avec leurs cravates Hermès qui plaisent tant à la belle-mère de Denis Saverot. De la suffisance certes, du contentement de soi souvent, pas forcément une petite bande avec qui j’aimerais fêter mon anniversaire, à une ou deux exceptions prêts dont je tairais les noms pour ne pas les compromettre, mais pas de quoi la qualifier de Mafia faisant main-basse sur les bijoux du bordelais ; plutôt une flopée de vrais opportunistes qui, face au populo ébahi, s’accrochent généreusement des médailles, comme le faisait la nomenklatura de l’ex-URSS, pour des batailles facilement « gagnées »… Pas de quoi me faire tomber en pamoison !

 

Comme je suis un bon petit soldat de la lecture j’ai tout lu.

 

Pas de quoi fouetter, ni un chat, ni un Grand Maître de la Commanderie du Bontemps, ni le premier Jura de la Confrérie des vins de Saint-Émilion, ni un patron du CAC 40, ni Philippe Casteja, ni Jean-François Moueix, ni un directeur à poigne d’un grand château… ni moi…

 

C’est soft !

 

Très !

 

Très Ferret, pas l'éditeur mais le bac à sable des petits et grands squales des 2 Rives...

 

Parfois même c'est un peu chiant : le financement du Louvre du maire et  les couplets sur l’œnotourisme… ou un peu réchauffé : le marronnier du clan des Winemakers…

 

Attention chers lecteurs, tout n’est pas bon à jeter dans ce livre, loin s'en faut, il y’a de la matière, des infos, des infos chiffrées : le prix d'un Michel Rolland, d'un Hubert ou d'un Derenoncourt, des anecdotes à la pelle ça fait très initié, des histoires plus ou moins connues, de l'Histoire, mais rien de très décoiffant, l'auteur est toujours dans l'évitement lorsqu'il aborde ce qui fâche et les obscurités des fonds où frayent les grands squales. Faut pas fâcher !

 

Benoist Simmat peut dormir tranquille tout comme notre Ministre de l’Intérieur qui ne sera pas obligé de distraire ses gardes rapprochés, en effet notre « journaliste d’investigation » qui prommettait de nous tenir en haleine comme dans un roman noir d'Ellroy ne finira pas pendu au croc de boucher « promis par les poids lourds du négoce » à « l’impertinent Frédéric Engerer » le directeur de Latour… pour avoir zappé les Primeurs.

 

Bref, comme je ne suis vraiment pas le public-cible de ce genre de livre je n’irai pas au-delà dans ma relation de mes impressions de lecture qui, je le concède aisément, sont assez minces.

 

Mais étais-je vraiment le bon destinataire de ce service de presse ?

 

En effet, la dédicace de Benoît Simmat est adressée à une certaine Catherine qu'il semble fort bien connaître...

 

Comme je ne veux pas que celle-ci soit frustrée et comme les éditions sont sises au 12 avenue d’Italie, à deux pas de chez moi, dès que j’aurai quelques minutes à distraire, je ferai un saut à vélo pour rendre le livre afin qu’il soit adressé cette fois-ci à la dite Catherine.

 

Un détail, à propos des « soudards aux portes de Soutard » dans le livre, mes retraites complémentaires AGIRC-ARRCO me sont versées via AG2R-La Mondiale nouveau propriétaire du château Soutard à Saint-Émilion, alors mon cher François des Ligneris lorsque je touche mon chèque chaque mois je pense à toi et je me dis que je suis, d’une certaine façon, un petit et riche propriétaire de Saint-Émilion… un homme de main de la Mafia somme toute… ça devrait plaire à notre Hubert... 

Bordeaux Connection : une enquête haletante au cœur de la mafia des grands crus… Benoist Simmat le Roberto Saviano de Bordeaux ?
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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 06:00
Ne tirez pas forcément sur Gérard Bertrand le Languedocien… il vient de loin… l’ADN du Languedoc…

Le vin populaire, celui du peuple, a existé, il ne s’agit pas pour moi de le magnifier mais de rappeler à ceux pour qui le monde commence avec eux, qui pensent qu’ils sont le monde à eux seuls autour de leur petit nombril, que les leçons de l’Histoire ne peuvent être occultées.

 

Daniel Halévy qui « écoutait et observait » avait l’art de s’effacer derrière ses interlocuteurs, puis de les faire revivre sous sa plume : « la mère dispose sur la table le pain rond à côté du fromage de chèvre et les verres où luit bientôt ce clair et chaud vin blanc que les vignerons coopérateurs de MARAUSSAN vendent à bon compte aux syndiqués du Bourbonnais. » Ce vin blanc fort est « rouge », car il provient de la première cave coopérative de France qui, fondée en 1901 à Maraussan, au nord de Béziers, se dote en 1905 d’un nouveau bâtiment au fronton de laquelle sera gravée : « Les Vignerons libres, tous pour chacun, chacun pour tous » Comment ce vin parvient-il jusqu’à Bourbon-l’Archambault en 1907 ?

 

Par le chemin de fer qui traverse le Massif Central indique Jean Jaurès dans un article de l’Humanité du 7 mai 1905 :« j’ai eu une grande joie à visiter, avec les vignerons qui chômaient le 1er Mai, le vaste terrain acquis par eux et où seront creusés les fondations du nouvel édifice. Il est tout voisin de la gare, et des conduites mèneront le vin aux wagons-réservoirs qui portent aux ouvriers parisiens le bon et loyal produit des vignerons maraussanais. »

 

« Fille de la misère » selon l'expression de Charles Gide, grand universitaire, oncle de l'écrivain et théoricien des coopératives de consommation, « filles de la misère et de la nécessité » : pour ceux qui sont dépourvus de moyens financiers, le regroupement et la solidarité sont les seules armes disponibles. La coopération vinicole le fut incontestablement dans les premières années de ce siècle. Face à la crise, face aux difficultés économiques accablantes, il fallait résister, se grouper pour être plus forts et la solution coopérative, avec ses immenses qualités, s’imposa.

 

Il est de bon ton, pour certains plumitifs, de brocarder la coopération vinicole du grand Sud, qualifiée par l’un d’eux, qui en a pourtant longtemps sucé le pis, de kolkhozienne, mais, que ça leur plaise ou non, le Languedoc du gros rouge était rouge ne l’oubliez pas…

 

Ayant vécu le lent effondrement du Midi Rouge, l’extrême difficulté des grosses coopératives à accepter l’implacable mutation de la consommation, j’ai beaucoup de mal à supporter cette ironie facile. L’Histoire ne s’écrit pas en noir et blanc, pour comprendre l’état d’esprit, les façons d’être et de faire des vignerons et de tous ceux qui vivent de la vigne dans la grande région du Languedoc il faut savoir décrypter son ADN.

 

Comme j’ai passé beaucoup de temps dans ma vie professionnelle sur le dossier Languedocien, ce n’est pas Jean Clavel qui me démentira, je crois encore être en mesure de faire une bonne lecture de cet ADN.

 

Alors, les jugements à l’emporte-pièce, définitifs, péremptoires, sur les uns et les autres, les Val d’Orbieu, ADVINI, Gérard Bertrand font l’impasse sur ce passé qui imprègne encore lourdement l’ADN des grands intervenants.

 

Ce matin j’ouvre le débat à propos de la saga de Gérard Bertrand qui n’est pas en odeur de sainteté dans les cercles de beaucoup de mes amis. Pour ouvrir le débat 2 conditions sont requises :

 

  1. Il faut que sur le plateau toutes les sensibilités soient représentées, il est si simple de « débattre » entre soi ;

2. ​ Ecouter, ici lire, ce que dit l’autre.

Ensuite, le champ des possibles est ouvert.

 

Entre la lourde pensée majoritaire représentée par la FNSEA, la CNAOC dans le secteur du vin et les divers courants minoritaires qui se bouffent le nez, s’ignorent, se condamnent même parfois, il y a une forme d’accord tacite : ignorons-nous, invectivons-nous, c’est bon pour notre fonds de commerce…

 

Lorsque je publie le point-de-vue de madame Brunel, j’informe ;

 

Ce matin lorsque je publie l’interview de Gérard Bertrand à Capital le 1er mai : Le gros rouge qui tache, ce sera bientôt fini, j’informe.

 

La lecture complète est ICI 

 

Mes analyses sont connues, elles n’engagent que moi et je laisse à chacun sa capacité de se forger sa propre opinion. Libre à vous, mais de grâce informez-vous!

 

EXTRAITS

 

Capital: Cela explique votre goût pour la culture biodynamique ?

 

Gérard Bertrand: Oui, c'est par respect pour la nature que j'ai développé, à partir de 2002, la culture biodynamique, sans produits chimiques, plus respectueuse des sols et de la biodiversité. J'ai commencé avec 2 hectares, aujourd'hui nous en avons 380, sur 660 au total, qui sont convertis ou en cours de conversion. Je me suis vite rendu compte des effets positifs sur la qualité des raisins, et donc du vin. Le plus spectaculaire concerne les raisins blancs: on est passé en cinq ans d'une acidité très faible à une acidité élevée, ce qui donne des vins très désaltérants, avec plus de fraîcheur et de minéralité.

 

Capital: Votre succès repose-t-il sur le fait que, dès 1993, vous vous êtes rapproché de la grande distribution ?

 

Gérard Bertrand: Celle-ci a été importante parce qu'il y a trente ans, grâce aux foires aux vins, on a pu mettre des vins du Languedoc dans les rayons. Les gens les ont goûtés à cette occasion puis ont voulu retrouver ce goût dans les restaurants. A l'inverse des bordeaux et des bourgognes, dont la réputation a été faite par la restauration, les vins du Languedoc ont trouvé leur légitimité dans les hypermarchés. Il y a vingt ans, 95% des restaurants ne servaient pas de bouteilles de notre région. Aujourd'hui, c'est le contraire.

 

Capital: Dans la mode, les marques partent de la haute couture et se déclinent dans le prêt-à-porter. C'est aussi ce qu'a fait le Bordelais: les grands crus ont lancé leur deuxième vin, puis un troisième. Vous, vous faites l'inverse...

 

Gérard Bertrand: Oui. C'est plus compliqué, mais je n'ai pas eu le choix. Dans le Bordelais, quand vous êtes la dixième génération, si ça marche, forcément vous n'allez rien changer. Moi, comme je ne partais de rien, j'ai pu créer sans contraintes. J'ai commencé par faire des vins populaires puis, avec de la volonté, de l'acharnement, de la méthode, j'ai essayé d'aller vers des vins d'exception. Quand vous faites une pyramide, vous commencez par les fondations et ensuite vous montez.

 

  • En janvier 2015 Gérard Bertrand a publié aux éditions La Martinière Le vin à la belle étoile. Livre que je n’ai pas lu.
  •  

Libération : Gérard Bertrand, le vin de mon père QUENTIN GIRARD 5 FÉVRIER 2015 

 

Le crédit photos : site de Gérard Bertrand

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 06:00
La disparition de l’ombre portée de Bob Parker va-t-elle favoriser l’éclosion de petits surgeons ?

Dans mes hautes années, entre la poire et le fromage, avec gourmandise un propriétaire de longue lignée… me confiait, comme s’il voulait me rassurer sur ses fréquentations :

 

« Vous savez si je les reçois encore à ma table, c’est pure charité. Jamais un amateur ne s’est présenté chez moi en se référant à eux. Seule la note de Parker compte ! »

 

Je me délectais, en ancien enfant de chœur que je suis témoin de l’hypocrisie des notables, de cette charité si peu charitable, de cette franchise brutale, un peu injuste pour les honnêtes dégustateurs qui ne sont jamais invités aux belles tables, et fort à propos pour les grenouilles qui se veulent plus grosses que le bœuf.

 

La non-venue de Robert Parker fut cette année le marronnier des Primeurs.

 

L’illustre Robert Parker ne s’est pas montré

 

« Derrière cet événement opérait aussi ce que le milieu appelle le système Parker. En effet, depuis 1982, les notes du critique américain Robert Parker, établies sur une échelle de 0 à 100, influençaient l’échelle des prix, plus que quasi tout autre critère conjoncturel. Mais cette année, l’illustre Robert Parker ne s’est pas montré. Le « pape du vin » ayant vendu, en 2014, le Wine Advocate – le journal dans lequel il publiait ses notes – à des investisseurs de Singapour. Une absence qui devrait sérieusement bouleverser le marché. » Laure Gasparotto 

 

Stéphane Derenoncourt fait brillamment du Stéphane Derenoncourt « On sent que ça part dans tous les sens. Les professionnels ne savent pas trop de quel critique la note va être importante. Le modèle traditionnel de commercialisation va forcément s’imposer à nouveau. En ce qui me concerne, j’ai commencé à revoir ma stratégie dès 2014. »

 

Alain Vauthier d’Ausone fait, publiquement pour une fois, du Alain Vauthier « Il faut savoir que la vente en primeur ne concerne que quelques crus sur les 10 000 exploitations de la Gironde. Le vrai problème est le niveau de prix très bas de la plupart des vins de Bordeaux, le même qu’il y a vingt ans.»

 

Mais la disparition de l’ombre portée du grand Bob, qui a le dos en compote, dixit son grand-prêtre Michel Rolland, éveille les désirs des Iznogoud « Je veux être calife à la place du calife »

 

Alors la volaille qui se presse autour des belles tables, jacassait, se la jouait détachée « Contre toute attente, ce n’était pas vraiment un sujet de conversation dans les déjeuners, les dîners, les dégustations. À croire que ça ne faisait ni chaud ni froid à la petite foule qui se pressaient dans les chais et les châteaux. »

 

Ça prête vraiment à sourire lorsqu’on connaît la surface médiatique, qui se résume aux nombres de ses déjeuners et dîners, de l’auteur de ces lignes mais est-ce que pour autant « Le jeu va s’ouvrir ?».

 

Je ne sais mais ce que je sais c’est que la disparition du vieux chêne rendra certes un peu de lumière aux petits surgeons mais n’augmentera en rien leur dimension. Affirmer que « de n’avoir plus une autorité univoque va rendre un peu de liberté à tous. » c’est proférer une pure ineptie. En effet, si Parker en s’imposant est devenu une référence quasi-unique du monde des GCC bordelais et autres il n’a en rien limité ou gêné la liberté de ses confrères. En fait, il n’a ni plus ni moins fait que profiter que de leur faiblesse.

 

Dans une compétition, de quelque nature qu’elle soit, le retrait du champion ne fait pas courir les autres compétiteurs plus vite.

 

Alors reste à voir surgir du diable vauvert un nouveau Parker ?

 

Pourquoi pas ?

 

Mais il me semble que les temps changent et que les consommateurs ont à leur disposition bien plus d’informations pour se forger eux-mêmes leur opinion sans se confier corps et biens à une autorité unique.

 

Alors, les petits Iznogoud ont du souci à se faire et même si « le vin, comme la mode, est fait de mille mondes qui se côtoient » affirmer que « plus personne ne prend l’ascendant » est pertinent mais espérer qu’on peut « s’attendre à une agrégation des avis, à des moyennes de notes émanant de quelques critiques émérites et dont sortiront de nouvelles gloires. » relève du vœu pieu d’un zélote bien peu clairvoyant.

 

Notre homme ne peut cependant masquer son inquiétude : « On peut souhaiter que la démocratie internet ne rendra pas tout ça inaudible, mais ce n’est pas exclu. On peut espérer que toute une bande de bons faiseurs vont enfin trouver la notoriété et le succès qu’ils méritent. »

 

Je l’espère aussi mais, n’en déplaise aux producteurs de notes, ils, ces vignerons, auront de moins en moins besoin d’eux, les prescripteurs officiels, leur notoriété s’inventera en dehors des pages des revues papier glacée constellée de publicité, des salons sans découverte, sans prise de risques, des commentaires convenus, des communiqués de presse copié-collé, des reportages qui ne sont que des publi-reportages masqués…

 

Comme le Twitte Fabrice Le Glatin « Trop de professionnels se considèrent un peu comme des dégustateurs de droit divin. »

 

« Les experts en vin n'ont pas un nez plus développé. La clé de leur supériorité est liée à leur habileté à utiliser un langage consensuel.»

 

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 06:00
Guillaume Deschamps blogueur vin : rendre ses lecteurs heureux, leur donner le plaisir de lire, en voilà une belle motivation…

Guillaume Deschamps blogueur, un peu désabusé, constate dans son dernier billet que « L’envie d’écrire, comme l’aurait si bien dit Brassens, ça ne se commande pas. » 

 

Le poète tunisien Tahar BEKRI dans une intervention où il parle du dur métier qu'est l'écriture… précise à ce propos « Non que je conçoive, personnellement, l'écriture comme une fin en soi ou un exercice de style artificiel, ou que j'appelle à un quelconque hermétisme gratuit qui empêcherait toute lecture heureuse… »

 

Rendre ses lecteurs heureux, leur donner le plaisir de lire, en voilà une belle motivation. Et, lorsque je lis ce qui suis, cher Guillaume, sur cette escapade après le travail, « la “vraie” fatigue, celle qui suit une journée harassante passée à la merci des éléments à faire un travail d’ouvrier viticole qui reste extrêmement dur » pour « arriver en haut de la partie des Amoureuses que personne ne voit, celle qui domine Vougeot avec une des pentes les plus “radasses” de Bourgogne. » je me dis que tu n’as pas de soucis à te faire et, surtout à qualifier tes observations de fugaces, d’insignifiantes, car elles seraient extrêmement personnelles et n’intéresseraient personne.

 

Tu sors des sentiers bien balisés d’une certaine blogosphère Guillaume et, tes nouveaux chemins de traverse, plus secrets, moins courus, certes ne sont ceux qu’empruntent les gros bataillons des réseaux sociaux du vin, mais ils vont te permettre d’en toucher d’autres sans doute plus fidèles, plus intéressés, plus intéressants.

 

Ta conclusion : « Pourquoi n’ai-je plus envie d’écrire ? Car je n’ai rien à écrire… » est en parfaite contradiction avec ce qui suit qui est le meilleur gage de l’expression de ta nouvelle vie…

 

Chaque jour remettre l’ouvrage sur le métier… C’est tout le mal que je te souhaite…

 

« Je me suis régalé de la vue sur l’étang en contre-bas, sur lequel des cygnes glissaient paisiblement, au bord duquel des enfants jouaient. J’ai observé la pente, l’herbe, les feuilles pointant timidement des bourgeons, la terre étonnamment blanche sur ce secteur. J’ai fait le tour, pris quelques photos, me suis recueilli devant un piquet de tête mort au champ d’honneur, qui sera bientôt remplacé. J’ai regardé ce petit flanc de coteau envahi de ronces et d’arbres, au milieu des vignes, comme il en subsiste peu dans le coin. J’ai admiré d’un œil critique le travail de terrassement en cours, avec la création de terrasses dignes du Rhône septentrional, me suis demandé si c’était vraiment bien “terroir” tout ça et si on était encore à Chambolle ou déjà à Vougeot.

 

J’ai fait le tour du Musigny par le haut, sur un chemin peu emprunté, regardant les lézards paresseux se gorger de soleil. J’ai noté la différence de développement de la vigne entre Les Amoureuses, plus précoce, et Le Musigny, plus tardif, bien que situés à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre. Je suis revenu par le haut de Chambolle, j’ai croisé Christophe Roumier, que j’ai salué. Il m’a demandé si j’étais allé à la chasse aux noctuelles, puisque pas plus tard que jeudi je plaçais dans ce même vignoble des capsules de confusion sexuelle sous sa houlette de coordinateur pour l’appellation. Il m’a dit qu’il était justement allé faire aussi un tour dans les vignes pour la même raison, comme tout viticulteur, j’imagine pour se rassurer. Je suis rentré avec un dernier détour par le Clos de la Roche, pour comparer à nouveau les maturités entre Chambolle-Musigny et Morey-Saint-Denis. »

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 06:00
Les nouveaux « pompiers du vin » : académisme quand tu nous tiens tu ne nous lâches plus… les 80 ans de l'AOC

Le vin, au tournant des années 70 a largement quitté les estaminets du populo, le zinc des petits blancs et des ballons de rouge, il s’est embourgeoisé d’abord doucement puis violemment, avec l’irruption des prix de folies des nouveaux riches. Les enchères flambent ! Les financiers alléchés font miroiter aux gogos la juteuse rente.

 

Vous allez me dire, que ce sont certains vins, pas tous, le gros du peloton patine largement dans les prix mini de la GD. J’en conviens mais l’image du vin est largement dominée par ceux qui jouent aux stars, ceux qui intéressent les people comme on dit.

 

Ainsi le vin à tous ses étages, comme le soulignait un expert en la matière, Bernard Magrez, est devenu un produit de statut, un marqueur social dirait nos sociologues. Ça pose son homme. Ça en impose. Moi, ma cave, mes crus… Il s’est largement embourgeoisé

 

Des bourgeois bien sûr il y en a des grands, de plus ou moins vieille souche, qui ignorent les petits mais, alors qu’ils enragent de ne pouvoir les mépriser, ils sont bien obligés de faire des risettes aux nouveaux enrichis et, plus récemment, il en est dit-on de bohèmes, les bobos, qui eux vivent douillettement en se préoccupant, disent-ils, de l’avenir de notre planète… Pour faire simple, dans le grand sac de la classe moyenne ceux du haut singent les grands bourgeois, ceux du milieu ceux d’haut-dessus et ceux du bas évitent de regarder au-dessous de peur de se retrouver chez les relégués.

 

Je sais ma peinture sociologique est très simpliste, réductrice, mais je n’ai jamais eu de vocation pour cette science molle qu’est la sociologie. Mon propos est plus impressionniste, volontairement flou pour mieux coller à la réalité qui a bien du mal à se glisser dans des catégories carrées.

 

Au temps du vin populaire le populo lichetronnait du VCC en litrons 6 étoiles de marques, les moyens et petits bourgeois du vin bouché AOC ou les fameux «déclassés» et les grands des GCC et autres crus prestigieux à des prix à peu près raisonnables comme en atteste les anciens catalogues de la maison Nicolas.

 

Et puis, il y eut moins de paysans, de marins, de gars lichetronnant sur les chantiers, d’ouvriers, ce fut la montée des cols blancs, des bureaucrates, le charme discret d’une nouvelle bourgeoisie urbaine, qui a bouleversé ce bel ordonnancement ; y’avait alors d’un gros côté la masse de ceux qui allaient pousser le caddie dans la GD et les cavistes généralistes et de l’autre une grosse poignée de ceux qui étaient abonnés aux revues spécialisées, qui hantaient les salons des mêmes revues, qui se payaient des master-class et des cours de dégustation.

 

Tout ce petit monde avait besoin de se rassurer, de se réassurer, de se couvrir de conseils, de consulter des notes et des classements, d’avoir un cadre bien établi. Alors on a codifié la dégustation, on l’a enserrée dans des normes et par contrecoup les experts se sont mis à dicter à ceux qui font le vin ce qu’il devait être. Les appellations qui n’étaient que d’origine contrôlée sont devenues des appellations normées, encorsetées.

 

Nous sommes aujourd’hui sous le règne des VDQM : les Vins De Qualité Moyenne ce qui permet aux bons critiques d’affirmer sans se tromper qu’il n’y a plus de mauvais vin dans notre vieux pays…

 

L’heure est donc aux vins pompiers !

 

Pompier vous avez dit pompier n’y voyez aucune espèce d’allusion au feu dans la vieille maison INAO, ni une référence à Magritte, ce n’est pas une pipe, même si ma référence a trait à la peinture.

 

Qui se souvient d’Alexandre Cabanel, de William Bouguereau, de Jean-Léon Gérôme et d’Horace Vernet ?

 

Pas grand monde !

 

« Si l’on consulte des histoires de l’art des années 30 ou 50, le bilan est éloquent pour les peintres « pompiers » : leur nom n’est jamais cité, ils n’existent pas ! (…) Combien de toiles ont été dépecées ou détruites ? Combien de peintures monumentales grattées et recouvertes… »

 

Dur, dur, pour les peintres officiels, les tenants de l’académisme, rien n’est pire que l’oubli.

 

« L’idée reçue étaient que les peintres d’avant-garde ne pouvaient être que des tenants de la révolution sociale et payaient ce double engagement de la vie difficile des réprouvés. Ils étaient les «maudits» qu’on opposait aux « nantis » de la peinture académique : on liait sans ambages l’impressionnisme à la Commune l’art pompier à la répression versaillaise. Or, les faits sont beaucoup plus nuancés et complexes. D’abord les pompiers ont été plus souvent d’origine modeste que les impressionnistes ; ils n’ont souvent atteint le relatif succès qu’à force de travail, parfois de privations, à l’aide de bourses, et en passant le concours, après tout « égalitaire » de l’École des Beaux-Arts. Des peintres comme Baudry ou JP Laurens sont de bons exemples de « la sursélection » des enfants de classes défavorisées ! À l’inverse, certains impressionnistes n’eurent guère d’inquiétudes matérielles (Manet, Degas, Caillebotte firent des héritages confortables) et presque tous s’enrichirent, davantage et plus vite que leurs rivaux. »

Thuillier Jacques, Peut-on parler d'une peinture «pompier » ?

 

Comparaison n’est jamais raison… mais il y a dans cette affaire un petit air de famille avec ce qui s’est joué lors de la première décennie du XXIe siècle dans le vin…

 

Le 16 avril, à Avignon, se tenait un colloque pour fêter les 80 ans de l’AOC. Normal, le baron Pierre Le Roy en fut l’un des pères à Châteauneuf-du-pape. Mais, comme le dit un peu amer Marc Parcé, membre du Comité National, qui n’y assistera pas car pour lui ce ressemblera plus à «un enterrement qu’à autre chose». Et ils seront nombreux les présidents à tenir les cordons du poêle.

 

J’étions point invité sans doute parce que j’aurais dérangé, fait un peu tache dans le bel ordonnancement de la cérémonie.

 

« Pour Marie-France Garcia, chercheuse à l’Inra (Institut national de recherche agronomique), «l’AOC doit représenter un gage de tradition et de savoir-faire dans la fabrication viticole. Mais beaucoup de producteurs estiment maintenant que la production intensive et l’utilisation de pesticides dans de nombreux vignobles AOC sont contraires à cette représentation»

 

Mais tout ça n’intéresse guère nos besogneux fabricants de cahiers des charges qui sont une forme de codes qui se veulent modernes mais qui ne sont que l’expression d’un académisme technicien rigide et froid. Et le terroir dans tout ça ? Presqu’un truc hors-sol badigeonné régulièrement par les communicants ! J’exagère à peine…

 

Technique quand tu nous tiens tu ne nous lâche pas… avec en sus une bonne dose de chimie et de pharmacie, bonne précaution, on assure le raisin et un vin produit bien léché.

 

« On n'insistera jamais assez sur le fait que la science expérimentale a progressé grâce au travail d'hommes fabuleusement médiocres, et même plus que médiocres... Car autrefois les hommes pouvaient se partager, simplement, en savants et en ignorants, certains plus ou moins savants et plus ou moins ignorants. Le spécialiste n'est pas un savant, car il ignore complètement tout ce qui n'entre pas dans sa spécialité ; mais il n'est pas non plus un ignorant, car c'est un homme de science qui connaît très bien sa petite portion d'univers. C'est un savant-ignorant. »

Ortega Y Gasset « La révolte des masses » 1930

 

« Les écoles d’art attestaient de la mutation du statut de l’artiste qui de simple artisan se voyait promu intellectuel inspiré. Il fallait donner au travail artistique un fondement théorique et à l’artiste une formation complète basée sur la pratique du dessin et sur l’enseignement des matières scientifiques (perspective, géométrie, anatomie) et humanistes (histoire, philosophie). Cette démarche dota le genre historique de sa force et de sa conviction. Le tableau devint le symbole des connaissances acquises et leur application aussi intelligente que possible.»

 

Attention, n’en déduisez pas que je suis en train d’assimiler le vin à une œuvre d’art et le vigneron à un artiste. Ce que je décris ici c’est l’étrange communauté d’intérêt qui s’est constitué entre les experts extérieurs en tout genre (vendeurs d’intrants, œnologues, critiques, acheteurs…) et les gardiens du temple INAO devenu une succursale de la CNAOC. Ce conglomérat improbable assemblant aussi bien les «élitistes»  que les partisans de l’AOC pour tous, est bien le temple des nouveaux pompiers du vin.

 

Pompier, pompeux, art officiel, ampoulé ou comment obtenir à coup sûr le Prix de Rome et, bien sûr, sus aux avant-gardes !

 

Je ne vais pas vous faire un dessin, suivez mon regard !

 

Un casque de pompier / Ça fait presque un guerrier…

 

« L'application du mot « pompier » à l'art académique, apparait à la fin du XIXe siècle (1888 d'après le Robert) pour le tourner en dérision. Selon Le Larousse son origine peut être retrouvée — mais sans certitude historique appuyée sur un document — dans les traditions de l'École des beaux-arts. Au moment du Romantisme, les élèves de l'École célébraient ironiquement dans les tableaux de David et de ses émules les guerriers nus porteurs de ces casques antiques. Ils en auraient fait un couplet de la chanson des Quat'zarts : Un casque de pompier Ça fait presque un guerrier.

 

Des personnages au tableau, du tableau à l'artiste, le chemin était court, et bientôt le qualificatif de pompier s'est appliqué tout naturellement aux maîtres de l'École, aux membres de l'Institut, au jury du Salon. Puis il devait s'étendre à la plupart des exposants de la Société des artistes français comme à ceux de la Nationale des beaux-arts. Et de là aux artistes étrangers qui y participaient ou s'en inspiraient. »

 

Après ce que je viens d’écrire j’ai l’absolue certitude :

 

  1. que je n’entrerai jamais à l’Académie de l’Agriculture,
  2. que je ne serai jamais nommé PQ au Comité National de l’INAO…
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 07:00
La stratégie du démonte-pneu ou du pic à glace : la critique du vin dans tout son déclin…

Conjugué avec la montée en puissance de l’Internet le modèle Parker a fait et continue de faire des ravages dans le petit monde de la critique du vin. Elle court, elle court derrière ses clients de plus en plus fuyants car ils trouvent leur bonheur ailleurs.

 

La critique fait vendre ?

 

La critique : un vecteur de notoriété ?

 

Cinéma, livres, musique, peinture, sculpture, mode… une bonne critique ne saurait nuire à la notoriété du réalisateur, de l’auteur, du compositeur, du chanteur, du créateur. Pour autant est-ce que ça fait vendre ? Oui, ça arrive mais une pluie de bonnes critiques n’est pas toujours le gage du succès, il arrive même que le bouche à oreille soit bien plus efficace.

 

L’efficacité d’une critique tient beaucoup à la notoriété de son signataire et à la puissance du média dans laquelle elle est publiée. Nul besoin de vous faire un dessin.

 

Pour le grand public le critique est, si je puis m’exprimer ainsi, un lecteur supérieur, quelqu’un à qui on accorde du crédit. Comme le téléspectateur moyen vecteur d’audimat, lui accorde du crédit il est invité dans les médias de grande audience. Comme on dit c’est un animal médiatique, il sait tout sur tout : Zemmour, Onfray en sont de bons exemples.

 

Pour le vin, produit consommable par destruction mais qui peut aussi être acheté pour être stocké en vue de faire du pognon, dans notre vieux pays François, hormis le Parker susdit, aucun de ces éléments ne sont réunis. Seule exception Jacques Dupont salarié par le quotidien national Le Point.

 

Sauf qu’y prolifèrent les dégustateurs supérieurs.

 

Ça me fait toujours penser aux défunts VDQS et au Bordeaux Supérieur, seule appellation française dotée de ce qualificatif.

 

Eux savent !

 

Alors, ils battent la campagne en proclamant « laissez venir à nous ces pauvres vignerons esseulés pour que nous leur conférions la notoriété qui leur fait défaut… »

 

C’est beau comme le peloton du Tour de France vu d’en haut : reste qu’au final les gagnants se comptent sur les doigts des deux mains et que jusqu’ici le gagnant c’était l’éditeur du guide ou de la revue.

 

Mais la situation évolue à la vitesse grand V.

 

Tout d’abord, parce que le vigneron esseulé, qui sait aussi compter, s’est aperçu que l’échange entre le dégustateur supérieur et lui, simple numéro dans une dégustation de masse, était bien inégal.

 

C’est la loi du genre, perdu entre les pages d’un gros guide, une simple note sur 20, un commentaire lapidaire et le tour était joué. Pas sûr que ça gonflât les ventes et ajoutât à la notoriété. Mais bon, faute de grives on bouffait des merles.

 

À propos de notoriété, nos grands dégustateurs supérieurs soignent aussi, et en priorité, la leur par une stratégie du coucou : ils se ruent aux Primeurs de Bordeaux pour nous informer disent-ils ! Certains se font même pressants dans leur demande d’abonnement pour accéder à leur jus de crâne.

 

Notons en passant, que certains d’entre eux ne dédaignent pas, loin de la masse, de déguster en privé dans les châteaux de forte renommée. D’ailleurs, afin de trier le bon grain de l’ivraie, des propriétaires stars se refusent à ouvrir leurs portes aux critiques ne pratiquant pas l’encens.

 

Critiquer c’est comparer nous disent les dégustateurs supérieurs !

 

Là, nous entrons dans la plus belle flagornerie de la critique du vin. Que je sache on aime 1 livre, un film, un vêtement, pour lui-même, parce qu’il correspond à notre sensibilité, à nos envies du moment, à notre culture. Bien sûr ensuite rien n’interdit d’établir une échelle de valeurs entre les auteurs. Mais, la curiosité intellectuelle commande de choisir, non parce que machin est supérieur à trucmuche, mais pour une foultitude de raisons, y compris l’opinion de critiques, puis de se faire une opinion personnelle sur la base des qualités intrinsèques de l’œuvre.

 

De plus, est-il vraiment pertinent de nous faire accroire que notre choix est facilité lorsque l’échelle des notes est si resserrée qu’on est en droit de se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle ?

 

Au demi-point près laissez-moi me gondoler !

 

Après tout le goût du dégustateur n’est que le sien et même s’il fait de la dégustation à l’aveugle l’alpha et l’oméga de son objectivité il n’en demeure pas moins vrai qu’il peut se bâtir une stratégie de notation qui lui évite d’estropier trop gravement ceux qui pourraient devenir ses clients : publicité ou « vignerons si êtes dans mes petits papiers vous serez honorés de mon invitation à mon beau salon… »

 

À ce propos je souligne que les autres critiques ne lisent pas un livre, ne visionnent pas un film, à l’aveugle, ils n’en sont pas aux jaquettes neutres ou au film sans générique… leur part de subjectivité est assumée et c’est ce qui fait la beauté de la critique.

 

La critique est nécessaire mais elle doit se garder d’une trop grande proximité avec ceux qui la nourrisse.

 

Pour le vin, la faiblesse économique de ses médias, la fin programmée des guides papier, le peu d’audience des blogs, l’omniprésence d’une communication lisse et redondante : « Ha ! Qu’il est beau mon millésime » via l’interprofession de service, les nouveaux comportements des acheteurs via la consultation d’informations la Toile, l’irruption de cavistes qui retrouvent les fondamentaux du vrai commerce de proximité, font que, certes ce n’est pas le Titanic, mais les dégustateurs supérieurs perdent petit à petit leur pouvoir et contemplent leur lent naufrage essayant, en vain, de ne pas se mouiller les pieds.

 

Je comprends aisément que toute perte de monopole soit ressentie comme une injustice, surtout lorsque des manants, des va-nu-pieds, des vignerons même, viennent troubler les règles du jeu. C’est une vraie douleur. Alors, reste plus pour les dégustateurs supérieurs qu’à aller voir ailleurs : la Chine la Chine, pourquoi pas, et, sur notre beau terroir François, à pratiquer « La stratégie du démonte-pneu ou du pic à glace » pour surnager et alimenter la pompe de leur petite entreprise.

 

Mais n’est pas ONFRAY qui veut !

 

J’adore Raphaël Sorin l’érecteur de Houellebecq.

 

Il vient de commettre une critique qui, avec un talent roboratif, à propos d’ONFRAY, LE PHILOSOPHE DÉMONTE-PNEU est un exemple dont devrait s’inspirer nos dégustateurs supérieurs à la plume triste lorsqu’elle n’est pas serve.

 

« On dira que l’époque a les penseurs qu’elle mérite, écrit Sorin, démonte-pneu ou pic à glace, la philo nouvelle, encouragée par des médias irresponsables, n’a pas fini de faire saigner l’intelligence. »

 

L’écriture de cette chronique a été motivée, suite aux réactions de dégustateurs supérieurs méconnus, à la publication sur mon espace de liberté de la prise de paroles de 2 vignerons à l’attention de Michel Bettane : Olivier de Moor et Jean-Yves Bizot. Je précise que celui-ci s’est contenté d’échanger en privé, ce qui est son droit que je respecte, avec ses 2 interlocuteurs.

 

NB. Je n’inclus pas dans la catégorie des dégustateurs supérieurs le cireur de pompes qui, comme d’ordinaire, cire celles de son boss.

 

Pour ma part je signale que je ne suis ni journaliste, ni dégustateur supérieur, simplement 1 consommateur-acheteur de vin qui regarde au-dessus de son verre. Dernier détail pour ceux qui me disent qu’eux, ils font, et que moi je ne fais qu’écrire, j’ai en 3 années à la SVF vendu plus de vins de toute provenance et de tout statut que la plupart d’entre-eux.

 

Y’a pas de sot métier, il n’y a que des sots.

 

J’ai choisi pour illustrer cette chronique une caricature de critiques gastronomiques en provenance de nos cousins du Québec pour 2 raisons : j’aime le français de la belle province et parce que la critique gastronomique est encore pire que celle du vin…

 

Au dernière nouvelle « J'ai trouvé comment devenir riche! » Un sommelier fait payer les vignerons pour ses notes de dégustation... 

 

Et en BONUS CECI

La stratégie du démonte-pneu ou du pic à glace : la critique du vin dans tout son déclin…
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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 07:00
« Pouet pouet Camembert Lanquetot ! » dis-nous donc qui tient la queue de ta louche ?

Au cul de Télérama, oui ce matin je verse à grosses louches dans la vulgarité, la plus vieille marque de camembert de France : Lanquetot fait un gros plan (pas le jaja du Lac de Grandlieu) sur MOULÉ à la Louche, son savoir-faire qui disent les pubards « depuis un siècle et demi »

 

Pour nous persuader de l’authenticité de cette vieille marque tombée dans l’escarcelle du « Président » Besnier en 1990 lors du rachat musclé de Bridel ils en remettent une louche « Le Camembert Lanquetot est lentement Moulé à la Louche parce que cette technique, inspirée d’un savoir-faire séculaire, qui lui offre sa croûte délicatement tourmentée, son moelleux parfait, son goût franc et généreux et son arôme subtilement boisé. »

 

Inspiré, inspiré, ils ne peuvent pas mieux dire les petits faiseurs de texte de chez Lactalis car le bras de la fameuse louche séculaire est celui d’un brave robot modèle de lenteur et de régularité. C’est donc beau comme un petit robot, pour le reste du texte y z’ont du copier par-dessus l’épaule de Bettane.

 

Ce choix de la technique séculaire revisitée par les petits génies de la publicité est motivé par le fait que Lanquetot comme Lepetit, marques de Lactalis, ont abandonnées le lait cru pour le lait thermisé en 2007. Les autres marques de camemberts du groupe : Président, Bridel et Le Châtelain sont au lait pasteurisé ; Jort et Moulin de Carel avec du lait cru.

 

Luc Morelon, à l’époque porte-parole du groupe Lactalis, s’en expliquait : 

 

Pour quelles raisons Lactalis fabrique des camemberts pasteurisés ou thermisés ?

 

À l'origine, c'est parce que le lait cru présente une mauvaise conservation dans la grande distribution. Il était donc préférable d'opter pour le lait pasteurisé ou thermisé pour une meilleure conservation. Il y a aussi une raison de sécurité sanitaire : le camembert est un produit fragile au taux d'humidité élevé. L'eau qu'il contient est active et présente une forte capacité de développement bactérien. La durée d'affinage d'un camembert au lait cru est de 21 jours et seulement d'une dizaine de jours pour un camembert au lait pasteurisé. Les risques bactériologiques sont donc moindres.

 

Ce sont donc pour des raisons sanitaires que les laits pasteurisé et thermisé sont utilisés ?

 

Oui. Aujourd'hui, le goût et la sensibilité du consommateur ont évolué. Autrefois, les consommateurs étaient habitués à des produits chargés sur le plan bactériologique. C'est moins le cas aujourd'hui, les gens sont plus sensibles. Et les laits qui nous arrivent des laiteries sont différents : ils sont meilleurs et plus propres au niveau bactériologique. Actuellement, les laits contiennent environ 5 000 germes par gramme alors qu'il y a vingt-trente ans, ils en contenaient 200 000 par gramme. Mais, et c'est là tout le paradoxe, un germe pathogène se développera beaucoup plus facilement dans un lait qui est moins riche en bactéries : il aura davantage de place pour se développer.

 

Nous avons une offre au lait cru avec les marques Jort et Moulin de Carel. L'AOC a un côté élitiste : ces camemberts coûtent entre 4 et 6 euros. C'est très cher par rapport aux camemberts Le Petit ou Lanquetot qui coûtent environ 2,20 euros. Nous fabriquons 500 à 1000 tonnes de camembert au lait cru par an : nous maîtrisons donc le risque bactériologique sur cette petite quantité. Mais à une grande échelle, comme celle de Le Petit, ce serait beaucoup plus difficile et ça coûterait beaucoup plus cher.

 

Louche

 

« Pour la plupart d'entre nous le mot louche ne présente aucun difficulté. Néanmoins il est important dans la définition de l'AOC camembert en effet, le camembert doit être moulé à la louche. C'est à dire que le caillé obtenu dans de larges bassines sera mis dans le moule au moyen d'une louche ce qui assure que celui-ci ne sera pas découpé en de fins morceaux. Accessoirement cette louche doit avoir une taille identique à celle du moule.

 

Traditionnellement le travail harassant du moulage s'effectue à la main. Néanmoins certains producteurs (Isigny Sainte Mère à l'origine ) ont automatisé ce processus par le biais de louche robotisé.

 

Toléré dans l'AOC, cet outil vaut l'ire des puristes qui pensent que cette louche modifie le moulage et donc le goût final du produit. Certains lui ont aussi reproché de permettre une automatisation complète du processus donc de permettre des productions nocturnes (rares au préalable) et donc de raccourcir les cycles de production impactant là encore aux dires de certains le goût du camembert.

 

Certains producteurs mettent donc maintenant en avant le moulage manuel de leurs produits. »

 

Voilà, la messe est dite. Toutes ces marques sont dans la GD et même si Lanquetot s’est vu attribuer des médailles d’or au Concours Général de 2014 et 2015, dans une catégorie qui n’est pas l’AOC, vu ses conditions de fabrication avec un lait de vaches bouffant de l’ensilage et de conservation dans les frigos et les présentoirs de la GD vous pouvez être sûr et certain qu’il sera béton !

 

Mon camembert à moi il est là.

« Pouet pouet Camembert Lanquetot ! » dis-nous donc qui tient la queue de ta louche ?

Pour l’histoire de Lanquetot

 

« C'est en 1890 que l'histoire commence, lorsque Emilie Lanquetot fonde la société au non collectif de Madame Lanquetot et de Charles Lanquetot son fils, à Saint-Martin-de-Bienfaite (Calvados).

 

En 1905, Maurice Lanquetot, le 2e fils d'Emilie, entre dans la société qui prend le titre de « Veuve Lanquetot et fils et Cie ». Plus tard, l'exploitation d'une 2e usine à Orbiquet, créée par Monsieur Godefroy, augmente la production.

 

En 1909, Maurice et Charles, les deux fils d'Emilie, sont les deux membres fondateurs du Syndicat du véritable camembert de Normandie.

 

La croissance continue avec l'achat, en 1919, de l'usine d'Orbiquet dirigée par Charles, alors que la direction de l'usine de Saint-Martin-de-Bienfaite revient à Maurice. En 1924, un 3e site de production à Isigny-sur-Mer, rejoint l'entreprise.

 

Maurice rachète en 1932 l'usine d'Orbiquet à Charles. Ses fils, Roger et Pierre lui succèdent à sa mort en 1944 et développent l'entreprise par l'ajout d'une fromagerie à Friardel et des établissements Godefroy à la Madeleine, à Orbec, en 1956 (actuelle usine Lanquetot), puis à La Chapelle-Yvon.

 

Lanquetot aujourd'hui 

 

Pour l’expression « Pouet, pouet, camembert ! » elle signifie en clair « ferme ta gueule ! »

« Pouet pouet Camembert Lanquetot ! » dis-nous donc qui tient la queue de ta louche ?
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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 07:00
« Les Italiens sont restés des amateurs cuisinant au petit bonheur, suivant des méthodes traditionnelles transmises de génération en génération : Plaidoyer pour 1 édition en français d’Artusi Remix de Don Pasta

Vendredi soir dernier nous étions comme les premiers chrétiens fuyant les persécutions assemblés sous les voûtes de pierres blanches de la magnifique cave de notre ami Alessandra Pierini pour écouter mon ami Daniele de Michele dit Don Pasta présenter son dernier opus Artusi Remix publié chez Mondadori dans la langue de Dante.

 

 

« Les Italiens sont restés des amateurs cuisinant au petit bonheur, suivant des méthodes traditionnelles transmises de génération en génération : Plaidoyer pour 1 édition en français d’Artusi Remix de Don Pasta
« Les Italiens sont restés des amateurs cuisinant au petit bonheur, suivant des méthodes traditionnelles transmises de génération en génération : Plaidoyer pour 1 édition en français d’Artusi Remix de Don Pasta

Religieusement l’assemblée des fidèles, encerclée par une muraille de beaux flacons de vin et de saintes huiles d’olive, italiens bien sûr, commença par écouter Zamua chanteur sardo-burundais, ami de Daniele, que j’avais déjà vu officier lors d’un spectacle de Don Pasta pour l’exposition «l’art fait ventre» à l’Espace Cardin, au milieu d’un trio magique, percutant, habité – lui à la guitare et les musiciens: Raffaele Casarano au sax et Marco Bardoscia à la contrebasse.

 

Et puis me revint l’honneur, moi le parisien païen, de présenter Daniele. Comme vous pouvez vous en doutez j’étais dans mes petits souliers, en l’occurrence des Veja équitables. Prenant mon courage à deux mains je me lançais en brodant sur deux anciennes chroniques Sauvez les câpres de Pantelleria avec mon ami Don Pasta «Vous savez ce que veut dire garder pour l’éternité la beauté d’une fleur?» et C'était toujours mieux que cinquante ans auparavant, quand les journaliers qui allaient vendanger se voyaient affubler d'une muselière pour les empêcher de manger le raisin. 

 

« Mon ami Daniele de Michele, dit Don Pasta, est beau, ça c’est à l’attention de mes jeunes amies ; il adore Charly Parker, ça c’est pour mes vieux copains ; c’est le roi de la parmigiana, bien lourde, celle de sa grand-mère qui tenait au corps, ça c’est pour Claire ; c’est une belle âme, vigoureuse et soucieuse des gens de peu, ça c’est pour les repus de la Toile, bedonnant, pontifiant sur les bons produits paysans authentiques tout en restant le cul sur leur chaise confortable»

 

Puglia, les Pouilles son pays…

 

« Andria, la piazza Catùna, le marché au bras, « une masse d’hommes et de jeunes garçons debout, présents dès l’aube, journaliers et cozzali (colons, métayers, paysans, qui disposaient de si peu de terre qu’elle ne leur permettait de survivre). Tous les jours-là, à trois heures du matin l’été, et à quatre heures l’hiver, agglutinés au centre de la place, avec leur pioche, en quête d’une journée. Attendant d’être choisis par le métayer après avoir proposé un chiffre, aussitôt baissé par le voisin qui espérait voler la priorité. Des enchères à l’envers, la concurrence pour deux kilos de pain et un kilo de fèves. En fin de matinée, les paysans dont personnes n’avaient voulu s’attardaient sur la place, après que les heureux élus s’étaient dirigés vers les champs. Ils n’avaient plus d’espoir, mais ils restaient là, leur pioche, désormais inutile, entre les mains, car ils n’avaient pas d’autres endroits où aller. »

 

Et puis, le hasard étant souvent mon allié, le matin même dans l’excellent livre de Bill Buford « Chaud Brûlant » j’avais touché du doigt un problème des plus sérieux « ce qu’était un ragù »

 

« Un ragù italien ressemble peu ou prou au ragoût français. Cela consiste grosso modo, dans la nomenclature des cuisines, à prendre une viande et à la « tuer » ou « l’achever ». Le choix de l’intitulé comme celui de la méthode de préparation, ai-je découvert depuis, sont au cœur d’un débat séculaire entre les défenseurs de la cuisine française et les adeptes de la cuisine italienne à propos de la question suivante : qui est arrivé le premier ? La rivalité, ressentie surtout du côté des Italiens, qui ont l’impression d’être considérés par les français comme appartenant à une tribu primitive vaguement comique, peut se formuler de la manière suivante : dans l’histoire de la cuisine européenne, la péninsule italienne fut le lieu de l’avènement culinaire, grâce à des gens comme Maestro Martin au XVe siècle. Puis, selon les dires italiens, les secrets de la bonne chère furent emballés et transportés au-delà des Alpes par Catherine de Médicis, quand, en 1533, celle-ci épousa le futur roi de France Henri II.

 

À la suite de quoi la France connut sa propre renaissance culinaire, culminant avec les fastueux banquets post-Ancien Régime d’Antonin Carême (…) alors que les Italiens, ayant conclu que le fruit en provenance du Nouveau Monde, que nous connaissons sous le nom de tomate, n’était après tout pas venimeux mais plein de promesses en matière de sauce, sombrèrent dans une dépression culinaire de cent cinquante ans et, en contradiction flagrante avec leur chauvinisme, se mirent à imiter les Français (…)

 

En 1903, la désormais très grande cuisine française fut codifiée au sein du travail encyclopédique d’Auguste Escoffier dans son Guide culinaire, qui demeure le texte de référence de la cuisine dite classique. En Italie, l’ouvrage faisant autorité La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene (« La science de la cuisine et l’art du bien manger »), rédigé à peu près à la même époque, n’est qu’un ramassis de recettes familiales recueillies par un marchand de drap appelé Pellegrino Artusi. Escoffier fort de son expérience de chef de grands hôtels, vous propose deux cents façons d’accommoder une sauce. Artusi, en se basant sur des correspondances de ménagères provinciales, vous explique tout sur les nombrils et les tortellini. Les Français sont devenus professionnels, scientifiques, hommes du monde. Les Italiens sont restés des amateurs cuisinant au petit bonheur, suivant des méthodes traditionnelles transmises de génération en génération. Les Italiens, pourrait-on dire, jouent encore avec la nourriture. »

 

 

« Les Italiens sont restés des amateurs cuisinant au petit bonheur, suivant des méthodes traditionnelles transmises de génération en génération : Plaidoyer pour 1 édition en français d’Artusi Remix de Don Pasta

Je reviendrai dans une prochaine chronique sur le ragù qui illustre bien l’esprit de l’ouvrage de Don Pasta « Le ragù est une chose très personnelle. Aussi imaginez son bonheur quand, goûtant pour la première fois au ragù de Betta, il s’aperçut que, en effet, il était différent de celui de sa mère… et meilleur. »

 

Considéré par le New York Times comme « l'un des plus inventifs et dynamiques militants du monde de gastronomie et du bien manger » Daniele, revisite Pellegrino Artusi et son «La Science de la Cuisine et l'Art de bien manger» - 1ère édition 1891), avec l'appui de la méthode et des réflexions de L'Artusi, comme on l'appelle familièrement en Italie. Son livre n'est pas une relecture ou une réécriture de l'œuvre de L'Artusi, c'est un hommage affectueux, habité et sincère à l’homme qui a été l'un des pères de cette cuisine italienne qui est d’abord nourriture, un langage qui permet de transmettre une histoire familiale, paysanne, collective.

 

Vous vous doutez bien que ça touche au plus près mon cœur d’héritier d’une longue lignée de laboureurs.

 

Daniele, a donc entrepris, pendant toute une année, une longue quête à travers toute l'Italie pour rassembler des centaines de façon faire une cuisine familiale. La dénomination de recette ne convient pas car, comme le dirait avec humour Don Pasta, à la manière de Jacques Brel, chez ces gens-là on ne pèse pas, on sent… on fait « on ! » quand on pose la question des proportions.

 

Donc Daniele a voyagé à travers toute l'Italie à la rencontre de grands-mères, il a lancé des appels via les réseaux sociaux pour recueillir un maximum de témoignages afin d’aboutir à une sorte de recensement de la cuisine italienne domestique et populaire des temps modernes qui nous fait comprendre ce qui a changé dans la tradition et dans les limites géographiques.

 

Remix, en musique, un remix est une version modifiée d'un morceau musical, réalisée en studio ou parfois en live avec des techniques d'édition audio, destinée en général aux DJ pour les clubs.

 

Tout l’art et la sensibilité, de Daniele sont dans ce subtil assemblage d’une cuisine des générations modernes et du fort héritage de la tradition culinaire. Il y exprime toute sa sensibilité, son rapport charnel avec la terre, ceux qui la cultivent. Faire avec peu mais faire bon pour nourrir le corps mais surtout l’âme. Nourriture supplément d’âme. Ça me rappelle ce texte de Camilleri dans son dernier livre publié chez Liana Levi.

 

En 1 heure ½ maximum la récolte était vendue, parce qu’elle venait d’une terre cultivée avec amour et que l’amour ça donne bon goût…

 

« Bartolomè Sgargiato était un paysan qui habitait à l’extérieur de Vigàta, sur la montagne du Crasto, où il possédait une petite maison, héritée de son père Jachino.

 

Il vivait là avec sa femme Assunta, leur fils aîné Jachino qui avait dix-neuf ans, leur deuxième fils ‘Ngilino qui en avait dix-sept et leur fille Catarina qui, avec ses quinze printemps, semblait déjà une femme. À côté de la maison, une étable abritait un âne, une cinquantaine de poules et une dizaine de lapins. La maison était placée au milieu d’un terrain de deux arpents de bonne terre cultivée en potager. Et c’était le potager qui, avec les œufs, nourrissait la maisonnée.

 

Tous les matins, un des fils à tour de rôle descendait à Vigàta avec l’âne enfardelé pour vendre à la criée les légumes tout frais et les fruits de saison, pommes de terre nouvelles, fèves, pois chiches, concombres, cornichons. En une heure et demie maximum, la récolte était vendue, parce qu’elle venait d’une terre cultivée avec amour par Bartolomè et ses enfants et que l’amour, ça donne bon goût. »

 

« Par le fait les Sgargiato affanaient dans la campagne tous les jours que Dieu fait, du matin au soir. Comme les dimanches étaient travaillés aussi, sur toute une année les jours de repos se réduisaient à quatre : la saint Càlo, Pâques, Noël et le jour de l’an.

 

En janvier, ils semaient en pleine terre les fèves, les fenouils, les petits pois et, sous abri, les oignons, les carottes, les tomates, les céleris, le persil, les radis, les concombres, les aubergines, les poivrons, les courgettes.

 

En février, l’ail, les asperges, les choux, la roquette.

 

En mars, les pommes de terre. Et ils buttaient les artichauts.

 

En avril, ils buttaient les fèves et les pommes de terre, ils ramaient les petits pois et ils plantaient le basilic, les pastèques et les melons.

 

Et ainsi de suite, tout au long de l’année…

 

La suite ICI 

 

Reste un dernier obstacle à lever : comme nous les Français sommes assez peu portés sur la pratique des langues étrangères, il est donc d’utilité publique que le livre de Don Pasta puisse être publié au plus vite dans une version française afin que nous puissions pénétrer au plus profond du terroir de cette Italie longtemps divisée en un patchwork de grandes villes autonomes, de provinces, d’États souverains.

 

Je lance donc un appel aux éditeurs qui souhaitent sortir des sentiers battus et rebattus des livres de recettes sur papier glacé : faites œuvre utile en contribuant à l’extension du domaine des produits cultivés et préparés avec amour…

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 00:09
Chiche : abrogeons la loi Évin!

Je suis très à l’aise face à tout le ramdam fait en ce moment autour de la loi santé de Marisol Touraine car je me suis toujours battu contre la politique de harcèlement de l’ANPAA visant à ce que les juges fabriquent un arsenal jurisprudentiel pour faire de la loi Évin le meilleur bouc-émissaire de la petite sphère des gens du vin.

 

Sur Face de Bouc, tout y passe, y compris le recyclage d’un vieil article de la RVF daté de 2013 qui permet aux fronts bas, même des gars qui revendiquent le titre de journalistes, de raconter tout et n’importe quoi. Ça plaît beaucoup, surtout de tirer sur l’ambulance gouvernementale qui n’est déjà pas au mieux de sa forme.

 

Rappelons à tout ce petit monde incapable de suivre le contenu réel de ce dossier, d’en saisir les tenants et les aboutissants, de mesurer les rapports de force, que Claude Évin, au nom prédestiné, fut le père d’une loi dont la lettre était le fruit de la plume de Claude Got et de ses 2 compères professeurs de cancérologie, dans la stricte lignée de ses prédécesseurs au Ministère de la Santé : Simone Veil, Jacques Barrot, Michèle Barzach… rien que d’affreux socialo-communistes.

 

Alors, comme j’en ai ras la coupe de lire tant d’approximations, j’ai une proposition simple : abrogeons la fameuse loi Évin ! Ouvrons grandes les vannes ! Libéralisons, comme pour les quotas laitiers, et que les « meilleurs gagnent » si je puis m’exprimer ainsi.

 

Bonne journée à tous et ne venez pas vous plaindre des affreux, sales et méchants qui ont plein de pognon pour vous abreuver de publicité à la télé. Oui, oui, la loi Évin c’est pour la pub pas pour les petits chroniqueurs à deux balles comme moi qui, depuis des mois et des mois, pondent sur le Net sans tomber sous les foudres des juges.

 

 

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