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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 06:00
Et si la critique gastronomique n’était plus qu’un jeu d’écriture?

Quoi de plus rustique et de si peu poétique que la comptabilité, qu’elle soit nationale ou commerciale, et pourtant c’est dans cet univers de grimoire, de chiffres, de noms abscons, que des légions d’hommes en manche de lustrine, ont pendant des décennies procédé à des jeux d’écriture.

 

Aujourd’hui ces jeux se jouent dans le ventre et le cerveau de machines dénommées serveurs qui triturent, digèrent, exploitent des chiffres toujours aussi abscons qui finiront leur vie dans des silos conditionnés dénommés cloud.

 

Jeu d’écriture, j’adore cette expression…

 

Parfois le jeu est dangereux, on interprète les règles, on les tord parfois, à son avantage bien sûr, on planque, on évapore, on expatrie, on noirci le tableau ou on l’embellit, on le fait certifier par des experts, que sais-je, les bons comptes ne font pas toujours les bons amis, pas vrai Nicolas et Jean-François…

 

Mais la question du jour ne se situe pas dans les sombres jeux de ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire, mais dans les jeux d’écriture de nos critiques gastronomiques. Ceux qui écrivent dans les gazettes bien sûr.

 

Cette question m’est venue à l’esprit en lisant une critique de François Simon à propos de la cuisine de Christophe Pelé délivrée dans une superbe demeure, l’hôtel Dillon Le Clarence, 31, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris. Tel.: 01-82-82-10-10. 

 

Deux extraits :

 

« Il faut le reconnaitre, la haute gastronomie est souvent barbante, prise de tête un brin cynique avec l’agitation factice de concepts réversibles. Un coup, on aime la viande, le lendemain on la rejette. Le matin, on célèbre le produit, et le soir même le geste du cuisinier. »

 

« Dans l’assiette, enfin, une nouvelle modernité d’expression classique. Les plats sont tirés au cordeau à l’instar de ces ormeaux d’une infinie douceur. Ils ont été massés pour atteindre quasiment la tendreté d’une saint-jacques. La langoustine/pied de cochon est grandiose et lorsque vous refermez le bec, le jeu d’une câpre innocente vient ponctuer la cinglerie. »

 

Le tout ICI

 

Qu’est-ce donc cette nouvelle modernité d’expression classique ?

 

Qu’est-ce donc qu’un plat tiré au cordeau ?

 

Qu’est-ce donc que le jeu d’une câpre innocente (en quoi l’est-elle, innocente ?) qui vient ponctuer la cinglerie d’une langoustine/pied de cochon grandiose ?

 

Vous m’objecterez que c’est bien écrit, qu’il y a de l’envoi, du style. Je n’en disconviens pas et c’est bien pour cette raison que je qualifie l’exercice de jeu d’écriture.

 

L’exercice s’y prête car de tous les critiques, le critique gastronomique juge une pièce unique : un plat que nul autre que lui ne dégustera dans les mêmes conditions. Les critiques de vin peuvent déguster la même cuvée et, même si parfois d’une bouteille à l’autre il peut y avoir quelques différences elles ne sont pas de nature à fausser l’exercice.

 

Le critique gastronomique est seul face à son assiette, il ne déguste pas à l’aveugle, tout ce qui l’entoure, le décor, le nappage, la vaisselle, les verres, le service, l’ambiance, la température, la place, le voisinage, le mettent en condition. Tout cet environnement est d’ailleurs la raison d’être de la restauration de haute cuisine et de sa jeune sœur la bistronomie.

 

Les chefs de renom sont maintenant dotés d’attaché de presse et de communication qui draguent la critique pour avoir de bons papiers dans les gazettes qui font l’opinion. Pages Face de Bouc, comptes Twitter, la critique en toute liberté, déjà réduite à une peau de chagrin dans le modèle traditionnel, se retrouve en position de chef d’œuvre en péril.

 

Certains ont opté pour l’abattage, ils pondent bien plus qu’une poule en batterie… Laissons-les, ils usent jusqu’à la corde le filon avant de replier leurs gaules.

 

Plus intéressants sont les survivants d’un passé qui se voulait glorieux et leurs héritiers qui eux chassent en meute avec marque déposée®, la philosophie du mouvement se traduisant très vite en bon et bel argent.

 

Leur ancrage, leur bouée de sauvetage, c’est le style, le jeu d’écriture. Ils sont badins, frivoles, légers, frimeurs chics, séducteurs parfois féroces ; ils ont leurs têtes, leur parti-pris, leur mauvaise foi ; ils encensent aussi ; s’aiment beaucoup en cultivant la détestation sobre et hautaine ; la forme compte plus que le fond, mais après tout le lecteur demande-t-il autre chose, c’est la signature d’untel ou de machine free-lance au footing®.

 

Tout le monde, les grands comme les néo, surfe ou parie sur la tendance, lorsqu’une s’essouffle par la magie des mots on balance une nouvelle appellation, on saute avec armes et bagages dans les légumes oubliés, le petit maraîcher, la pêche de petit bateau, l’éleveur de charmants agneaux, de cochons noirs, de petits veaux qui tètent jusqu’à leur mort, le beurre de ceci, le fromage de cela, la nature quoi…

 

Nous vivons dans l’ère du storytelling, des éléments de langage, d’une uniformité qui se vit comme une marque de différenciation clanique, tout passe, tout lasse, tout glisse sur le lisse, le nouveau vieillit vite…

 

Ce qui reste, ce qui s’accroche vraiment au rocher, émerge, s’incruste, résiste, c’est ce qui fait sens, apporte du contenu et c’est, pour cette belle et bonne raison, que, tout en jouant avec les mots, avec plus ou moins de bonheur, en ouvrant les portes et les fenêtres, en étant éclectique, en empruntant les sinueux chemins de traverse, il est possible de parler de tout, de conter, de s’enthousiasmer, de chercher à comprendre, de douter, d’aimer, les hommes, leurs idées, ce que fait leur main, parier toujours et encore sur l’intelligence…

 

Pour finir, pour de rire, en queue de poisson – à l’unilatéral bien sûr – je suis émerveillé par l’intensité de la bandaison intellectuelle et gustative qui me semble, chez beaucoup de critiques gastronomiques, inversement proportionnelle au poids de l’addition. Chez Christophe Pelé à l’hôtel Dillon c’est 400€.

 

En parodiant l’esprit Charlie, celui des pères fondateurs, « Dieu que c’est dur d’écrire pour des cons ! »

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 06:00
Pour résoudre la crise agricole : tous à vos casseroles ! Mon riz au lait maison de 2006… Cherche pouvoir d’achat, désespérément !

La conjonction du grand barnum agricole de la Porte de Versailles, vitrine d’une agriculture fantasmée, et d’un monde agricole qui prend en pleine tronche le boomerang des turbulences du grand large, de cette concurrence impitoyable voulue et souhaitée par celles et ceux de leurs dirigeants professionnels et politiques qui ont détricotés la fameuse PAC*, provoque une soudaine érection de géo Trouvetout sur les réseaux sociaux. C’est le concours Lépine des solutions clés en main qui résoudront tous les maux de nos éleveurs. Pêle-mêle les vaches, cochons et Perette et son pot au lait se retrouvent convoqués par ces Diafoirus du XXIe siècle.

 

Dacian Ciolos ne cache pas à François Fillon les difficultés de la régulation des marchés en Europe : « Le problème monsieur le Premier Ministre, c’est qu’il est plus difficile de mettre en place de nouveaux instruments que de modifier des instruments existants. Or on a tout libéralisé dans la PAC. Tout. » Il ajoute malicieusement : « Le plus souvent avec l’assentiment du gouvernement français. »

 

Parmi eux, le plus prolifique, un intermittent de la casserole, dont on attend, comme sœur Anne, depuis plus de 2 ans, l’ouverture d’un bouiboui dont il serait le gâte-sauce.

 

 

Que préconise-t-il ce Savonarole de la casserole, devant l’écran de son beau Mac, pour venir en aide à nos fils de la terre ?

 

« Vous voulez en finir avec l'industrie agroalimentaire qu'évoque Jean-Marcel Bouguereau, celle-là même qui tue les agriculteurs? Arrêtez immédiatement d'acheter sa production. C'est simple, achetez du cru, du brut, et cuisinez. Refusez leurs marques et leurs emballages. Décidez à la place des « on » et des « ils ». Usez et abusez de votre réel pouvoir.

 

Immanquablement, les belles âmes, toujours larmoyantes, embrayeront sur le couplet suivant, celui du « c'est pratique », « on n'a plus le temps ». Argument honteux (et d'autant plus dans un pays comme la France où la durée du travail est une des plus basses du Monde), oublieux de celles et ceux qui nous ont précédés. On n'avait plus de temps quand on devait cuisiner sans gaz, sans eau courante, sans électricité, sans voiture, sans réfrigérateur? Là encore, le temps, c'est un choix, que l'on assume, comme celui de ses fournisseurs et ce qu'on y achète. Réapprenons à faire les courses (ça s'apprend!), à utiliser tous les nouveaux modes de distribution à notre portée, remettons-nous à manger de tout, économiquement. »

 

Bonne pioche me direz-vous. Hormis la stigmatisation des feignants de Français avec un petit côté non-dit du retour des femmes à la cuisine en plus du repassage, du ménage, du torché des gamins, en oubliant les temps de transports des urbains, je n’en disconviens pas. C’est un vrai choix de société que je défendais dès le 27 février 2008 dans une chronique Recherche pouvoir d'achat, désespérément !

 

Nul besoin pour autant d'en appeler au bon vieux temps où je me lavais le matin au Bourg Pailler dans une cuvette d'eau froide. Autre temps, autres moeurs, il est trop facile de faire des prêches sur la Toile, le cul bien au chaud dans une grande métropole, de verser des larmes sur le village déserté, par lui y compris, les urbains sont majoritaires et les ruraux ont pris les même plis. 

 

Mais comme le disait le picto-charentais JP Raffarin « Notre route est droite mais la pente est forte. »

 

Les idées simples, aussi bonnes soient-elles, évitent rarement l'écueil du simplisme réducteur du y'a qu'à magique. Restons modestes quand aux effets à court-terme sur les modes de production et de commercialisation, d'un retour à nos casseroles.

 

Bref, 8 ans pile poils après je vous ressers machronique sans aucune correction :

 

« L'actualité est bonne fille et les grands médias moutonniers : « La liste noire des prix qui flambent » de 60 Millions de Consommateurs tombe comme un scoop. Va-t-on, comme au temps de François Missoffe : suivre le boeuf, en l'occurrence ici la vache au lait d'argent... Alerte à Matignon, les fins limiers de la DGCCRF sont lancés sur la piste broussailleuse des marges, le petit jeu « de ce n'est pas moi c'est l'autre» : Buisson de l'ANIA d'un côté, l'omniprésent MEL de l'autre, fait fureur, au Salon de l'Agriculture c'est l'omerta du côté des producteurs... Certains vont même regretter le contrôle des prix. Pour ma part, déjà quelque peu agacé par l'hypocrisie ambiante, j'avais commis, voici une dizaine de jours cette petite chronique que je tenais au chaud, je vous la livre en pleine surchauffe médiatique.

 

« Cherche pouvoir d’achat, désespérément ! »

 

Vaste programme !

 

Ma réponse simplette, même si elle ne satisfera ni les économistes distingués qui vont brocarder mon approche par l'infiniment petit, ni les politiques plus portés sur les grandes envolées que sur le riz au lait, a au moins le mérite de dégager, sans effet de manche, du pouvoir d’acheter sonnant et trébuchant.

 

En clair, faire pour moins cher soi-même vaut mieux qu’acheter le moins cher du moins cher de chez Leclerc qu'est déjà beaucoup trop cher. Economiser 2 euros par ci, 2 euros par là, tout en s’offrant un produit de qualité équivalente voire supérieure, n’a rien à voir avec se serrer la ceinture, piocher dans son épargne, mais relève d’un choix intelligent.

 

Je signale à mes détracteurs que ma proposition redonne du pouvoir au consommateur-citoyen. Et qu’on ne vienne pas me dire que mon fichu riz au lait si on ne le fait pas soi-même c'est par manque de temps : un petit quart d’heure pris sur les 5 heures en moyenne de la sacro-sainte téloche ce n’est pas le grand retour des corvées domestiques. Rassurez-vous mesdames, sous le flou de mon «on» ne se cache aucune femme renvoyée devant ses fourneaux, la gente masculine peut, sans aucun problème technique, s'atteler à la fabrication du riz au lait. J'en suis le plus bel exemple. »

 

La démonstration ICI 

 

Pour ce mois de mars je vous propose de faire un gratin de nouilles à l’effiloché de porc, c’est simple, ça ne prend pas beaucoup de temps et ce n’est pas cher. Le grands comme les petits adoreront le plat. Bon appétit…

 

Par avance je vous remercie et sans faire de mauvais jeu de mots avec mes histoires de riz au lait :rira bien qui rira le dernier...

 

 

Pour résoudre la crise agricole : tous à vos casseroles ! Mon riz au lait maison de 2006… Cherche pouvoir d’achat, désespérément !
Pour résoudre la crise agricole : tous à vos casseroles ! Mon riz au lait maison de 2006… Cherche pouvoir d’achat, désespérément !
Pour résoudre la crise agricole : tous à vos casseroles ! Mon riz au lait maison de 2006… Cherche pouvoir d’achat, désespérément !
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 06:00
Attelage de deux boeufs de l'Aubrac, 1300 kg pièce !

Attelage de deux boeufs de l'Aubrac, 1300 kg pièce !

Ce matin Christian Jacob, président du groupe les Républicains à l’Assemblée Nationale était l’invité de France-Inter. Son statut d’ex-paysan de Seine-et-Marne et d’ancien Président des Jeunes Agriculteurs faisait de lui un interlocuteur intéressant face à ce que l’on nomme, à tort, « la crise de l’agriculture ».

 

Il fut à la hauteur, la sienne, celle d’un maquignon retord, sans envergure, oublieux de ses propres responsabilités. J’ai croisé Jacob président du CNJA alors que se négociait la première réforme de la PAC à laquelle le jusqu’au-boutisme de la FNSEA de François Guillaume nous avait acculés. À l’époque la FNSEA était présidée par Raymond Lacombe, aveyronnais, dernier représentant du courant jaciste (jeunesse agricole chrétienne) et successeur de François Guillaume devenu Ministre de l’Agriculture. J’ai de toute ma carrière jamais vu un dirigeant agricole aussi inconsistant, incapable d’assumer, de faire des choix clairs.

 

Lorsque Raymond Lacombe se retira, il combattit le candidat de celui-ci, un céréalier modéré de la Marne pour soutenir Luc Guyau, producteur de lait en Vendée (avec qui j’ai fait mes études agricoles à la Mothe-Achard) à l’échine plus souple, bon apparatchik syndical. Avec lui la FNSEA maintenait sa ligne, celle dont nous récoltons plein pot les effets aujourd’hui.

 

En 2001, rebelote, Périco Légasse, dont je ne partage pas toutes les analyses, mais qui a de la mémoire, écrit à juste titre :

 

« Bien entendu que la FNSEA n'est pas seule coupable. Il y a d'ailleurs au sein de ce syndicat, notamment des fédérations départementales (FDSEA), des adhérents qui ne partagent pas la stratégie nationale et se sont battus pour empêcher les dérives ayant conduit à la tragédie actuelle. La FNSEA n'est pas un bloc. Au moment de succéder à Luc Guyau, en 2001, deux candidats s'opposèrent lors de l'élection à la présidence du syndicat, Jean-Michel Lemétayer, continuateur de l'option productiviste, représentant des éleveurs, et Dominique Chardon, porteur d'une vision nouvelle de l'agriculture soucieuse de respect environnemental, producteur bio dans le Gard. Le premier l'emporta. En 2010, ce fut la victoire du lobby céréalier, avec Beulin. »

 

À cette époque le sieur Jacob avait quitté le navire syndical et sa ferme pour entrer en politique et récolter l’héritage d’Alain Peyrefitte à Provins.

 

Tout cela pour souligner, loin de toute prise de position politique, qu’il est vraiment le plus mal placé pour instruire un procès à l’actuel Ministre dont, par ailleurs, je reproche son absence d’anticipation de la crise laitière. Rappelons tout de même que la fin des quotas laitiers s’est déroulée dans un paysage laitier de vaches grasses : prix élevés et perspectives d’export soi-disant illimités.

 

Rappelons aussi à Mr Jacob ce qu’écrit dans Jours de Pouvoir Bruno Le Maire prédécesseur rue de Varenne de Stéphane Le Foll :

 

« Dacian Ciolos ne cache pas à François Fillon les difficultés de la régulation des marchés en Europe : « Le problème monsieur le Premier Ministre, c’est qu’il est plus difficile de mettre en place de nouveaux instruments que de modifier des instruments existants. Or on a tout libéralisé dans la PAC. Tout. » Il ajoute malicieusement : « Le plus souvent avec l’assentiment du gouvernement français. »

 

Chacun doit assumer sa part de responsabilité, ce serait à l’honneur de la classe politique de la faire mais l’amnésie arrogante est la règle.

 

 

Cette césure entre deux agricultures vient de loin et je vous propose de lire ce qu’écrivait, en 1967, Gordon Wright, chef du département d’histoire de l’Université de Stanford, Californie, dans son livre « La Révolution Rurale en France »

 

« Et pourtant ces problèmes étaient aussi réels que chroniques. Les années du redressement agricole de l’après-guerre avaient en fait agrandi le fossé entre les régions d’exploitation modernisées et celles d’exploitations sous-développées, entre ce qu’on commençait à appeler « les deux agricultures de la France » ; et les anomalies du système commercial français produisaient des effets analogues. Les producteurs du « secteur libre » (viande, lait, fruits et légumes) se trouvaient exposés à tous les hasards d’un marché fluctuant, tandis que les producteurs de céréales et de betterave sucrière se prélassaient à l’ombre protectrice des organismes gouvernementaux de régulation de marché. Entre les deux, les viticulteurs bénéficiaient dans une certaine mesure de la protection gouvernementale. La plus grande partie des céréales et des betteraves était produite par de grandes exploitations modernisées du Bassin Parisien et du Nord-Est – c’est-à-dire justement par ces producteurs qui avaient joué un rôle prépondérant à la FNSEA. Comme le fossé entre les « deux agricultures » ne faisait que se creuser, beaucoup de petits paysans commencèrent à croire qu’ils étaient en train de devenir les victimes non seulement de leurs ennemis citadins, mais aussi de leurs dirigeants syndicaux.

 

Les dirigeants de la FNSEA niaient que le syndicat fût un outil aux mains des gros exploitants. Ils insistaient sur le fait que plusieurs des principaux responsables de la FNSEA étaient eux-mêmes de petits ou de moyens exploitants, et comprenaient donc les problèmes de la petite paysannerie. De plus, alléguaient-ils, bien des ressources financières du syndicat agricole provinssent des régions de grande exploitation, les régions de petite exploitation disposaient de la majorité des sièges au Conseil National ; en effet elles recevaient un traitement en faveur, car bien que le nombre des adhérents y fût en déclin après 1950, on les autorisa à conserver la totalité de leur représentation dans les organismes centraux de la FNSEA. »

 

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 06:00
81% des français approuvent les manifestations d'agriculteurs, 81% des français font leurs courses en GD, demandez-leur combien ils payent leur brique de lait UHT ½ écrémé et cherchez l’erreur…

« Ce salon de l'agriculture est une vitrine mensongère car il valorise cette industrie agroalimentaire et cette grande distribution qui sont en train de tuer les agriculteurs. » déclarait JEAN-MARCEL BOUGUEREAU dans la République des Pyrénées.

 

Une majorité de Français estime que Stéphane Le Foll est un mauvais ministre de l'Agriculture, selon un sondage Odoxa pour Le Parisien et France Info publié samedi, jour de l'ouverture du Salon de l'agriculture.

 

Stéphane Le Foll est « plutôt un mauvais ministre » pour 53% des personnes interrogées, seulement 23% jugeant qu'il est « plutôt un bon ministre », 23% déclarant ne pas savoir qu'il est ministre de l'Agriculture.

 

Par ailleurs, les sondés soutiennent très largement (81%) les manifestations d'agriculteurs, qui multiplient les actions depuis le début de l'année pour protester contre des prix trop bas.

 

Je laisse le cas Le Foll à ceux qui pensent que les crises actuelles du lait, du porc, de la viande bovine lui sont imputables. C’est tellement dérisoire que ça ne vaut même pas la peine d’être relevé. Bouc émissaire, fusible qu’importe, mais les racines de ces crises sont tellement plus profondes que crier « démission » est l’expression d’une colère légitime qui s’exerce contre celui qui, de toute façon, valsera dans quelques mois.

 

La crise actuelle du lait, liée à la chute brutale de son prix, doit bien plus à ceux qui ont voté la fin des quotas laitiers, à ceux dont Bruno Le Maire en tête qui ont fait accroire que la contractualisation serait l’instrument majeur de la régulation – oser le dire, l’écrire, valait excommunication de la part de ce grand jeune homme propre sur lui qui a une vision de l’économie que je qualifierais de romantique.

 

Le 3 décembre 2010 Jours de Pouvoir Bruno Le Maire pages 47-48

 

« Déjeuner à Matignon avec François Fillon et Dacian Ciolos. Depuis sa nomination comme commissaire européen, que le Président a obtenu de haute lutte à Bruxelles et dans une indifférence générale à paris, je parviens enfin à faire progresser nos idées de régulation des marchés agricoles, en dépit des réticences idéologiques des services de la Commission…

 

… Au passage, on regrettera que la France se donne tant de mal à obtenir les postes les plus visibles à Bruxelles, en négligeant les fonctions secondaires ou techniques, où se préparent pourtant les plus importantes, au nom de principes que nous ne partageons plus. Dacian Ciolos ne cache pas à François Fillon les difficultés de la régulation des marchés en Europe : « Le problème monsieur le Premier Ministre, c’est qu’il est plus difficile de mettre en place de nouveaux instruments que de modifier des instruments existants. Or on a tout libéralisé dans la PAC. Tout. » Il ajoute malicieusement : « Le plus souvent avec l’assentiment du gouvernement français. »

 

« Il reprend : « Alors maintenant que vous voulez avec Bruno remettre de la régulation, forcément c’est compliqué. »

 

Et de prendre l’exemple d’Almunia « …ça ne lui pas de problèmes de voir des cartels dans le secteur du lait, parce que les cartels existent déjà. Mais quand vous demandez que les producteurs puissent mieux s’organiser pour rééquilibrer les rapports de force, ça lui pose un problème ; un sérieux problème. Il refuse. Il dit que c’est une entente illégale. »

 

- C’est surtout du dogmatisme objecte Fillon.

 

- Peut-être mais ce dogmatisme est largement partagé dans le collège des commissaires, répond Ciolos.

 

- Et les Allemands ? On peut s’appuyer sur les Allemands ? s’enquiert le Fillon

 

- Les Allemands, ils veulent avoir une agriculture aussi puissante que la vôtre, monsieur le Premier Ministre, et ils s’en donnent les moyens.

 

Et puis il y a la grande masse des bons Français qui pleurent sur les malheurs des agriculteurs, des éleveurs, 81% selon le énième sondage, et qui dans le même mouvement pousse leurs caddies dans les allées de la GD pour acheter leur brique de lait UHT demi-écrémé au prix cassé.

 

Larmes de crocodiles indécentes relayées par des médias qui ne comprennent pas grand-chose au film et des exploiteurs du malheur des paysans.

 

Les manifestants samedi ont démonté le stand du Ministère de l’Agriculture laissant de côté celui de ce bon Lidl bienfaiteur de l’Agriculture Française.

 

Moi qui suis rangé des voitures je prends ma part de responsabilité dans l’histoire de ces 30 dernières années. Je l’ai écrit ICI et je ne dirai pas je vous l’avais bien dit.

 

Ma seule proposition est de supprimer le Ministère de l’Agriculture qui n’est, et a toujours été, que le Ministère des agriculteurs, favorisant une soi-disant cogestion, qui n’est plus de saison, avec ce que l’on nomme au 78 rue de Varenne les OPA.

 

La moitié des fonctionnaires de ce Ministère sont des enseignants, le reste les vétérinaires grands pourvoyeurs de normes, les ingénieurs de tous poils, entretiennent l’illusion que le Ministère a encore une prise sur la réalité, la vie des gens de la terre. Il y a belle lurette que le travail de terrain a été externalisé vers des zinzins professionnels ou des coops ou des services privés qui se nourrissent sur la bête.

 

Le 22 février 2012, encore en service de médiation sur le dossier laitier j’ai écrit :

 

Et si un instant vous quittiez vos clichés pour vous intéresser un peu à la vie quotidienne des « Fils de la Terre » 

 

Le 12 octobre 2013 piqure de rappel :

 

« Il n’y a qu’un problème philosophique sérieux : le suicide » Albert Camus et si vous vous intéressiez un peu à la vie quotidienne des «Fils de la Terre» ? 

 

Le 15 septembre 2015

 

Les larmes des urbains sur la dépression des agriculteurs sont des larmes de crocodile cher Éric Fottorino » 

 

Lors de la fermeture par Candia, en novembre 2012, du site du Lude dans la Sarthe, département du tout nouveau Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, j’avais encore et toujours commis une chronique :

 

La filiale de Sodiaal subit de plein fouet les effets de la « guerre du lait » en Europe. « Si notre chiffre d'affaires se maintient à 1,2 milliard d'euros, nos marges se réduisent alors que nous n'arrivons pas à répercuter la hausse des prix du carburant, des emballages et autres matières premières. Nous devrions être dans le rouge en 2012 » assure M. Vandoni DG de Candia.

 

« Depuis quelques années, la grande distribution fait appel à des laits produits hors de nos frontières, en particulier du lait allemand vendu sous marque distributeur (MDD), pour faire pression sur les prix », explique M. Gérard délégué CFDT. « Celui d'une brique de lait UHT de base n'a quasiment pas bougé en une décennie à 55 ou 57 centimes », affirme M. Vandoni. Et, en début d'année 2012, sous la pression des concurrents, Candia a concédé une baisse de 12 % à 15 % du prix des laits vendus sous MDD (ils comptent pour 70 % du marché français).

 

Parmi ces agressifs rivaux, il y a le français Lactalis avec sa marque Lactel mais aussi l'allemand Muh. Ce dernier, qui a dégagé un chiffre d'affaires de 680 millions d'euros en 2011 et vient de fusionner avec le danois Arla Foods, s'est développé en vendant du lait UHT aux chaînes de hard-discompte allemandes comme Lidl ou Aldi. «  Nos plus grands sites produisent 300 millions de litres », explique M. Vandoni, alors que l'usine de Muh, à quelques encablures de la frontière luxembourgeoise, peut produire 1,4 milliard de litres par an. La capacité des sites de Villefranche et de Saint-Yorre, entrés dans le groupe Sodiaal il y a deux ou trois ans au gré de rachats successifs, sont respectivement de 15 millions et de 80 millions. Le site du Lude aurait, lui, pour désavantage de ne produire que des briques de lait et pas de bouteilles. » Nous gardons les sites "europerformants ». Nous voulons saturer les sites et assurer un équilibre géographique pour maintenir la collecte de lait, souligne encore M. Vandoni. Nous nous préparons à la fin des quotas laitiers prévus en 2015. La compétition sera alors encore renforcée. » (source Le Monde)

 

Lire ICI Le cracking moléculaire : casse ton lait cru pour faire un max pognon ! 

 

Alors je n'ai pas peur d'écrire que celles et ceux qui sortent de leur chapeau des solutions miracles sont de nouveaux semeurs d’illusions. Le mal est trop profond et l’on ne fait pas virer de bord brutalement l’agriculture française, encore la première d’Europe, avec des y’a ka et des faut qu’on. Travail de longue haleine, de courage et de conviction.

 

J’aurais aimé que Le Foll et son équipe s’engagent résolument dans cette voie mais l’inertie politique qui veut qu’un Ministre de gauche rue de Varenne ait pour feuille de route principale de ne pas heurter la toute-puissance du syndicalisme majoritaire et d’oublier les gentilles déclarations faites dans l’opposition aux bons gars de la Conf., produit la présente situation que l’on qualifie, par facilité de langage, de crise, alors qu’il s’agit d’une profonde mutation.

 

Ce n’est pas en serinant les vieilles antiennes : « regrouper et réorganiser les structures » ça fait 30 ans qu’on les chante (mais où sont passés les coopés ?) ou en faisant du bio et des fameux signes de qualité l’alpha et l’oméga d’un avenir radieux, ce qui est faux, ou bien encore en ressortant de la naphtaline la baguette magique : « créer de nouveaux outils de régulation » alors qu’on a fichu à la poubelle ceux, certes imparfaits, qui existaient.

 

Avec mon compère Pierre Fouillade, cantalou, maire rural dans son Cantal, nos collègues nous ont regardés de haut, lorsque nous avons eu l’audace de souligner que les observatoires de prix ne servaient à rien si on n’est pas en capacité d’agir physiquement sur le marché. Nous n’étions que des vieux cons venus de nulle part, non badgés IPEF, témoins d’une histoire qu’il fallait laisser dans les oubliettes du passé.

 

Voilà, c’est écrit, à un producteur de lait de Normandie qui me posait avec angoisse la question des moyens d’action dont lui et ses collègues disposeraient lorsqu’il n’y aurait plus de quotas laitiers j’avais répondu désabusé : « Aucun… » en ajoutant qu’aller déverser du purin et des pneus dans la cour de la Préfecture ne servirait à rien… »

 

Alors, conspuer Hollande, Le Foll ou tout autre visiteur politique de ce Salon qui se dit encore de l’Agriculture, en dehors de faire des images et d’exciter les réseaux sociaux, relève sans doute du désespoir mais à l’heure des choix, des choix que nous n’avons pas pu ou voulu anticiper, il faudra se souvenir que ce qui se passe est sans aucun doute la faute du système mais que nous sommes tous le système.

 

Les citoyens-consommateurs urbains ou ruraux en première ligne…

81% des français approuvent les manifestations d'agriculteurs, 81% des français font leurs courses en GD, demandez-leur combien ils payent leur brique de lait UHT ½ écrémé et cherchez l’erreur…
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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 06:00
À Wallis-et-Futuna 1 p’tit coup de kava pour la route François et t’oublieras tes tracas, le 49/3, Taubira, pôle emploi…

En 1988, suite aux accords de Matignon, j'ai accompagné H. Nallet en Nouvelle-Calédonie. Avant de nous y rendre nous avons poussé jusqu'à Wallis-et-Futuna pour aller soutenir le candidat radical de gauche aux législatives : Camillo Gata qui fut élu. 33 heures d'avion : Paris-Nouméa avec UTA, puis Nouméa-Mata-Utu avec un Transaal de l'armée de l'air. Dix heures de décalage horaire, l'autre bout de la terre.

 

Le Figaro écrit : « C'est une première depuis 37 ans. Ce lundi 22 février François Hollande se rendra à Wallis-et-Futuna, dans le cadre d'un voyage qui le mènera également en Polynésie française et en Amérique du Sud. Même s'il ne devrait rester que quelques heures sur l'archipel, le déplacement présidentiel est l'occasion de rappeler l'existence de ce territoire du bout du monde, d'à peine 14.000 habitants… »

 

 

 

Pour le décalage horaire voir ICI  + 11 heures (Wallis et Futuna est tout près de la ligne de changement de date le 180e méridien (est et ouest) dans l'océan Pacifique)

 

Revenons au kava que le lavelua le roi coutumier de Wallis va bien évidemment faire déguster à François notre roi républicain en signe de bienvenue.

 

Dans ce lointain archipel du Pacifique Sud, partie intégrante de la France depuis 1961, les institutions de la République cohabitent avec trois rois. Celui de Wallis est le Lavelua.

 

En septembre 2014 Kapeliele Faupala désigné Lavelua d'Uvéa en juillet 2008 a été destitué. La décision a été prise par les différentes chefferies de l'île.

 

« Mardi 2 septembre 2014, la nouvelle de la destitution du souverain de 74 élu depuis 2008 claque comme un coup de tonnerre dans l'atmosphère paisible de ce petit royaume au coeur du Pacifique. Il avait succédé à Tomasi Kulimoetoke qui avait régné 48 ans.

 

Sa destitution apparaît comme le résultat de tensions grandissantes au sein même de la Grande Chefferie. Il lui est reproché un manque d'implication dans ses fonctions et des décisions trop autoritaires. C'est d'ailleurs le limogeage de son Premier ministre (le "kivalu") -le deuxième en quelques mois- qui va provoquer cette dernière crise qui lui coûtera sa fonction. L'homme était apprécié pour sa mesure.

 

À la recherche du futur Roi

 

Les familles royales de Wallis cherchent depuis un an un nouveau Lavelua. La royauté n'est pas héréditaire mais le résultat d'un accord sur une personnalité de lignée royale. Historiquement on a vu des discussions prendre des mois, voire des années.

 

Maleto Liufau, le Faipule du district sud, le chef des 10 villages du sud (sur les 21 villages dans les 3 districts) a clairement tracé le route à suivre : "Il est vrai que nous sommes sans Roi ni kivalu. La priorité pour la Chefferie est le choix d'un Roi. Cela réalisé, ce sera au nouveau souverain de choisir son Premier ministre".

 

Une position des 23 chefs de Districts qui a le mérite de mettre les points sur les "i" pour ceux qui auraient des velléités d'inverser l'ordre coutumier de nomination.

 

Des échanges ont lieu au sein des grandes familles, le sujet est aussi évoqué lors des "tauasu", ces réunions des villageois autour d'un kava le soir sous le "fale". Mais rien ne filtre. »

 

Vers une abolition de la monarchie à Wallis et Futuna ? 

 

J’avoue ne pas savoir quel lavelua accueillera notre François mais moi j’ai bien connu Tomasi Kulimoetoke II qui avait régné 48 ans sur Wallis. De quoi faire rêver notre François avec son quinquennat tout riquiqui.

 

 

Je m’explique :

 

« À notre arrivée dans une atmosphère d'étuve, la journée commençait. L'administrateur supérieur nous attendait en uniforme blanc impeccable sur le tarmac. Son chauffeur, un imposant Wallisien conduisait la R25 climatisée pieds nus. Pour respecter la coutume nous sommes allés rendre visite au roi d'Uvéa, le lavelua, chef de la hiérarchie coutumière, Tomasi Kulimoetoke II, et sacrifié à la cérémonie du kava, la boisson traditionnelle élaborée à partir de racines de plantes.

 

Nous étions assis en tailleur, face au roi entouré de toute la chefferie, sous l'auvent du palais. La préparation du dit kava, dans un récipient en bois, n'avait rien de ragoûtant. En effet, le préposé plongeait ses grands battoirs dans le récipient puis essorait les racines comme si c'était une serpillière.

 

À mon côté l'attachée de presse du Ministre me serrait le bras

 

- On ne va pas boire ça ?

 

Entre les dents je lui murmurai : « Si ! »

 

Je crus qu'elle allait tomber dans les pommes. La dégustation commença (Périco devrait s'y coller un jour) par le Ministre. On lui tendit une coque de noix emplie d'un liquide brunâtre. Il s'acquitta avec dignité de ce geste rituel de bienvenue.

 

Jean-François Merle, l'homme DOM-TOM de Rocard, me tapota sur l'épaule, « on dit que c'est un aphrodisiaque... »

 

Quand vint mon tour j'y suis allé avec le sourire. Le breuvage était amer et la suite me prouva que ses effets étaient purement diurétiques. L'attachée de presse se fit porter pâle.

 

L’ensemble de la chronique ICI 

 

Pour terminer cette chronique Le Figaro, qui n’aime rien tant, comme le bibendum de Barcelone, que de se faire la fiole des fonctionnaires publie ce dimanche : Wallis-et-Futuna, ce havre fiscal rémunérateur pour les fonctionnaires métropolitains

 

Wallis et Futuna bénéficie de quelques particularités fiscales et statutaires: en plus de s'apparenter quasiment à un «paradis fiscal», Wallis et est également la partie du territoire où les fonctionnaires venus de métropole sont les mieux rémunérés.

 

« Sur Wallis-et-Futuna. Le traitement de base est en effet majoré de… 105%, un chiffre bien supérieur aux pratiques dans les autres départements ultramarins (Guadeloupe, Martinique Guyane, Réunion et Mayotte) ou l'on se situe plutôt entre +40% et +50% hors primes. Seules quelques îles polynésiennes très excentrées font «mieux» avec une majoration de +108%.

 

A cela se rajoute une «indemnité d'éloignement» qui, pour Wallis-et-Futuna, représente 9 mois de traitement supplémentaire. Comme les contrats durent deux ans, le fonctionnaire est payé... 42 mois sur ces années, soit 18 mois de primes. »

 

L’article ICI 

 

Max Radiguet dans Les Derniers Sauvages. La vie et les mœurs aux îles Marquises (1842-1859) écrit :

 

« À un mille du rivage, nous rencontrâmes un groupe de Canaques présidé par Iotété. Couchés à terre, les uns à plat ventre, les autres assis avec des poses que peut seule affronter leur échine élastique, ils formaient le cercle autour d’un vase de bois plein au trois quarts d’un liquide mousseux, et tenaient en main des paquets d’une racine à peu près semblable à la réglisse (la racine du Piper methysticum). Tous se livraient à une mastication acharnée de cette racine et lançaient à l’envi des jets de salive écumante dans le récipient commun. – Iotété, après nous avoir serré la main, nous fit asseoir auprès de lui, nous présenta une poignée de racine et nous pria de participer à la singulière besogne qui s’accomplissait et qu’on nous dit être le kava. Nous connaissions déjà de réputation cette fameuse liqueur polynésienne, dont l’influence sur l’organisme est telle qu’on ne saurait s’y adonner avec suite sans faire peau neuve, à peu près comme les reptiles au printemps. Ne sachant trop si tous ceux qui concouraient à la fabrication du liquide étaient tenus d’en boire, nous nous récusâmes. Iotété insista, et par politesse nous dûmes céder. »

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 06:00
Dans le monde du vin nu le 19 mars branchez-vous sur le courant alternatif des cavistes pour capter le charme sulfureux de Lucia Ceracchi domaine Piana Dei Castelli don du Lieu du Vin

Mais jusqu’où iront-ils ?

 

Je rêve, me frotte les yeux, ce groupe terroiristes à tendance nudiste l'association des Cavistes Alternatifs s’offre même un service de presse pour nous convier à son premier « salon virtuel ».

 

Savent pas quoi inventer pour se faire remarquer les bougres et les bougresses !

 

Je cite le communiqué de presse :

 

« Le samedi 19 mars simultanément chez chacun des cavistes participants, des vignerons motivés et heureux seront présents pour vous faire goûter leurs vins, expliquer leur travail, et échanger librement et en toute transparence, mais surtout passer un bon moment ! »

 

Ces Mandrin du vin nous chantent qu’ils seront plus de trente « bandits dans une bande » pardon ça c’est dans la chanson, cavistes et autant de lieux, en France et en Belgique, une soixantaine de vignerons !

 

Pensez-donc même des belges et des bretons…

 

Slogan de campagne dans nos belles campagnes :

 

« Ensemble, défendons une autre idée du vin. »

 

Un petit côté Ségo… version Sarko 1, « tous ensemble… tous ensemble… »

 

La brave attitude…

 

Bien c’est noté me disais-je tout en déroulant la liste des participants lorsque, tel un chien truffier, je m’arrêtais stupéfait en lisant l’annonce du Lieu du Vin du grand sachem Philippe Cuq l’Aveyronnais du vin. Le coquin doublait à fond la caisse sur la gauche extrême ses collègues alternatifs en annexant le charme sulfureux de Lucia Ceracchi domaine Piana Dei Castelli à Velletri.

 

Fait fort le Philippe… l’a le commerce dans le sang !

 

J’suis expert en la matière puisque, dès le 21 mai 2015, je chroniquais déjà sur l’arme fatale de Philippe « Out of Lucia Ceracchi tout le charme sulfureux du domaine Piana Dei Castelli à Velletri... » alors si ça vous dit lisez-donc ICI et vous constaterez que je ne galèje pas.

 

Préparez vos verres, vos gibecières, votre liquide, faites chauffer votre CB, c’est dans la France entière avec un petit dominion belge :

 

 

Le samedi 19 mars, toute la journée

 

Où et avec quels domaines :

 

  • Chez Nicolas « Azurvio »

111 Route de Tiragon 06370 Mouans-Sartoux

Domaine du Jas d'Esclans - Château Vaucouleurs

 

  • Chez Philippe « Vino Forum »

12 rue des Catalans, 13007 Marseille

Chateau Bas- domaine Rapatel - Clos Signadore - Olivier B

 

  • Chez Jean-Charles « Couleurs Vin »

Rue de la gare (Face Leclerc) 14370 Argences

Domaine Arletaz - Château la Courtiade Peyvergès

 

  • Chez Stéphane « Les Millésimes »

4 rue de l’Eglise 33200 Bordeaux

Domaine Bouissel – Domaine des Carmels

 

  • Chez Jean-François « L'Ambassade des Vignerons »

Allée de l'Europe 34990 Juvignac

Domaine Fons Sanatis *

 

  • Chez Christophe et Isabelle « Un Midi dans les Vignes »

115 rue de paris 35000 Rennes

domaine Leconte de Floris - domaine Complemen'terre - Ludovic Chanson - Fanny Breuil qui

représentera Eleana Pantealoni

 

  • Chez Guy « La tonnelle à vins »

27 Boulevard de Verdun 35000 Rennes.

Mas D'Agalis - Julien Peyras - Domaine de Cressance - Yannick Pelletier - Domaine Mélaric

 

  • Chez Philippe « L'Oenophil »

34 rue Nationale 37250 Sorigny

Domaine les Conques – Domaine du père Benoit

 

  • Chez Guillaume « A Cantina »

6 rue Charles croizé 35740 Pacé

Domaine Veilloux - Clos du serre - Vallat d ezort- Philippe Badéa

 

  • Chez Pascal « L'Andecave »

35 rue Hanneloup 49100 Angers

Bertrand Galbrun *

 

  • Chez Julien « Carnet de vins »

10 BD maréchal Joffre 56100 Lorient

Les vins contés - A la votre -Le raisin à plume *

 

  • Chez François « La société des vins d'auteurs »

50 rue du Gal de Gaulle 57050 Plappeville

Domaine Fuori mondo

 

  • Chez Isabelle et Patrick « La tour du grand Bruille »

4 Rue du Grand Bruille 59300 Valenciennes

Philippe Delmée – Hubert et Heidi Hausherr

 

  • Chez Benoit « Oenosphère »

33 rue de Zurich 67000 Strasbourg

Domaine Kumpf & Meyer - Domaine Clément Lissner - Domaine Rémi Leroy

 

  • Chez Nicolas « Les Couleurs du Vin »

47 cours Richard Vitton 69003 Lyon

Domaine du Verdouble – Domaine de la Combe aux Rêves

 

  • Chez Arnaud et Victor « La Nature du Vin »

3 rte des Vignes 74160 St Julien en Genevois

Domaine Renardat-Fâche

 

  • Chez Martin « le Nez en l'air»

74340 Samoens

Les orchis - Château de Merande - Nicolas Ferrand

 

  • Chez Hervé « L’Etiquette »

10 Rue Jean du Bellay, 75004 Paris

Domaine Rapatel

 

  • Chez Nadine « Au nouveau nez »

104 rue Saint Maur 75011 Paris

Domaine Coquelicot - Romain Pion - Le clocher Saint Anne – Domaine Inebriati

 

  • Chez Pierre « Les caves de Reuilly »

11 boulevard de Reuilly 75012 Paris

Domaine de la Ferme Saint martin

 

  • Chez Olivier « La Treille d'Or »

21 rue de la Tombe Issoire 75014 Paris

Champagne Lelarge-Pugeot – domaine de la Roche Bleue

 

  • Chez Camille « La cave de Lourmel »

4 rue de Lourmel 75015 Paris

Noella Morantin

 

  • Chez Laurent « Vins2coeur »

2 rue Bastien Lepage 75016 Paris

Domaine Alexandre Bain – Sarnin-Berrux – Domaine Lesuffleur

 

  • Chez Philippe « Le Lieu du Vin »

3 avenue Gambetta 75020 Paris

Matteo et Lucia Ceracchi - Ettore Scarlino

 

  • Chez Bertrand « L'Accord Parfait »

24 Avenue Georges Sabo 81500 Lavaur

Domaine de Brin

 

  • Chez Joffrey « La Part des Anges »

88 rue Charles de Gaulle 91440 Bures sur Yvette

Domaine des Pothiers – Chateau Beauséjour

 

  • Chez Paco « Cave d'Ivry »

40 Rue Marat, 94200 Ivry-sur-Seine

Chateau La Haie-Blaye – domaine Verder-Logel- Michel Havard

 

  • Chez Laurent « L'Odyssée des Arômes »

Rue Constant Wauters 2, 1390 Grez-Doiceau, Belgique

Le sot de l'Ange

 

  • Chez Sandrine et Laurent « Vins Lacroix »

Rue Arnold Lecrenier 21, 4470 Saint-georges-sur-meuse Belgique

Côtes de la Molière – Az. Agr. Colletti

 

* Dégustation le 18 mars

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 12:10
Adresse à ceux qui nous gouvernent, vous m’écoutiez d’une oreille distraite, cause toujours tu nous intéresses… mais que veux-tu que nous fassions*… mon testament en souvenir de mes aïeux paysans…

Je suis né au Bourg-Pailler, le pépé Louis après avoir été métayer à la Célinière, grosse borderie sise à Saint-Georges-de-Pointindoux, là où ce sont mariés mes parents, avait acheté cette ancien relais de poste à l’entrée du bourg. Quelques hectares de terres, des prés surtout, une étable accolée au bâtiment d’habitation, des vaches normandes et pour un temps de grands bœufs blancs que le pépé enjuguaient. Ils étaient sa fierté. Au petit matin, c’est la sonnette de l’écrémeuse de la tante Valentine qui m’éveillait. Avec le pépé j’ai mis bas des veaux. J’allais après l’école chercher les vaches au pré et j’ai encore le souvenir sur le chemin de la Garandelière de ma Fidèle, indolente et tendre, toujours à la traîne. Toujours avec le pépé j’ai conduit la Nénette notre jument pataude lorsque nous passions la décavaillonneuse dans la vigne ou dans le champ de betteraves. 

 

Mon père, lui, avait choisi, pour nous nourrir, d’entreprendre comme on dit aujourd’hui. Entrepreneur de travaux agricoles et de battages : la charrue Bonnel, le gros Société Française Vierzon monocylindre, la batteuse Merlin. C’était le temps des maîtres et les métayers ne s’endettaient pas en achetant du matériel.

 

C’est pour tout cela que j’ai choisi, plutôt que le lycée, d’aller à l’École d’Agriculture ND de la Forêt, à 500 mètres de la maison familiale, interne bien sûr. Nous y étudions au rythme de 3 heures de travaux pratiques journaliers : la ferme, le verger, la vigne, la culture, l’atelier…

 

Mon destin a bifurqué lorsque l’aumônier, l’abbé Blanchet, auteur de théâtre populaire et parent de Michel Albert, énarque Inspecteur des Finances qui eut son heure de gloire au temps de JJSS le fondateur de l’Express, m’a convaincu que je devais prendre le même chemin que ce fils de métayer du Haut-Bocage.

 

Et puis il y eut mai 68 et j’ai jeté aux orties l’énarchie. Me retrouver coincé dans un cadre, aussi prestigieux fut-il à l’époque, ne me convenait pas.

 

Alors, j’ai choisi de faire ma thèse de doctorat sur le grand chambardement qui pointait son groin dans le monde du cochon. La Bretagne allait tout, ou presque, rafler. Qui se souvient que les alentours de Paris étaient l’un des plus grands bassins de production du cochon avec les eaux grasses des restaurants ?

 

Je me souviens du petit sourire étonné d’Yves Prats, le doyen de la Faculté, éminent spécialiste du Droit Public, lorsque je lui ai exposé pour la première fois mon projet. En ce temps-là j’ignorais ce qu’était un Grand Cru Classé de Bordeaux et qu’Yves Prats était le frère de Bruno qui dirigeait la destinée du Cos d’Estournel et de Petit Village.

 

La suite est longue comme mon CV, j’ai bourlingué entre le public et le privé sans jamais avoir bénéficié de ce fameux statut de fonctionnaire dont certains à plaisir m’ont affublé pour bien sûr me discréditer.

 

Tout au long de ce parcours de 49 années, j’ai commencé à bosser à 18 ans, le seul fil directeur auquel je me suis tenu c’est la fidélité à Louis et Arsène Berthomeau, à ce qu’ils étaient, à ce qu’ils représentaient : ma colonne vertébrale. Je n’ai jamais oublié d’où je venais et ce que je leur devais.

 

Mais là n’est pas le sujet de ma chronique de ce matin.

 

Par deux fois, il m’a été demandé de me pencher sur le devenir d’un secteur de notre agriculture. Ce fut d’abord le vin, puis en fin de parcours, puisque j’étais interdit de séjour dans le monde du vin, le lait.

 

Le rapport de 2001, le groupe stratégique Cap 2010 les défis du vin français, et tout au bout le grand lâchage d’Hervé Gaymard et le placard.

 

Et puis, tout à la fin, Bruno Le Maire, ou son cabinet, m’a confié une patate chaude dont personne ne voulait, la déprise laitière dans le Grand Sud-Ouest.

 

Ce fut un temps fort au ras du terrain et au plus près des éleveurs.

 

Et puis, à la fin de la fin, fort de cette expérience, j’ai demandé et obtenu de Stéphane Le Foll de pouvoir réfléchir à comment anticiper la fin des quotas laitiers.

 

Au risque d’être traité de courtisan ce nouveau Ministre de l’Agriculture me paraissait apte, non à tout bouleverser, mais à mettre sur la table des éleveurs les enjeux de cette ouverture au grand large. N’oublions pas que depuis les années 50, le lait a toujours connu un fort encadrement et des mécanismes de régulations que nous avons ensuite exportés dans le nouveau Marché Commun.

 

Et puis, j’ai de plus en plus compris que l’intérêt poli que l’on accordait à mes écrits se heurtait à un grand classique du 78 rue de Varenne : ne pas soulever les problèmes avant qu’ils ne vous pètent à la gueule. Tendance renforcée par une administration totalement enjuguée par son concubinage européen, frileuse et incapable de la moindre capacité à sortir d’une vision purement règlementaire de l’agriculture.

 

Pour autant je m’interdis de dire : « je vous l’avais bien dit » ce serait de ma part déplacé et surtout sans grand intérêt.

 

Le mal est fait et il ne date pas d’aujourd’hui. Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls responsables de la situation, les citoyens-consommateurs portent eux aussi une large part de responsabilité et leur commisération à l’endroit des agriculteurs m’irrite.

 

Pour autant n’attendez pas de moi que j’instruise un procès mais permettez-moi d’exprimer ma tristesse face au grand mal être des agriculteurs et des éleveurs.

 

C’est un sentiment d’échec qui m’habite.

 

Pourrons-nous un jour dans ce pays accepter de nous saisir de la réalité, qu’elle nous plaise ou non, d’en tirer les leçons sans nous enfermer dans des analyses toute faites et des solutions clés en main ?

 

Je n’ai plus les mains dans le cambouis et je n’ai aucune vocation à donner des leçons à qui que ce soit mais, comme le disait Napoléon, « En politique, comme à la guerre, le moment perdu ne revient plus. »

 

Que d’occasions perdues !

 

* j'ai balancé utiliser l'imparfait que nous fissions...

 

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 08:50

Si vous êtes sur Google chrome il se peut qu’un message d’alerte apparaisse sur votre écran : « Traitez ce message avec prudence. Des messages similaires ont été utilisés pour voler les informations personnelles de leurs destinataires. N'envoyez vos informations personnelles ou ne cliquez sur les liens contenus dans ce message que si vous faites confiance à son expéditeur. »

 

J’ai signalé à GOOGLE et à Overblog ce phénomène qui ne peut que vous perturber et j’ai demandé d’y mettre fin.

 

J’ai moi-même ouvert le message que je reçois comme vous chaque matin et je n’ai constaté aucune perturbation.

 

Cliquez ICI  www.berthomeau.com 

 

Il semblerait que mon hébergeur n'est pas crypté le message 

 
Le domaine jfg-networks.net n'a pas chiffré ce message.



Je vous tiendrai au courant de la suite donnée.

 

Bonne journée.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 06:00
Adresse à ceux qui nous gouvernent, vous m’écoutiez d’une oreille distraite, cause toujours tu nous intéresses… mais que veux-tu que nous fassions*… mon testament en souvenir de mes aïeux paysans…
Adresse à ceux qui nous gouvernent, vous m’écoutiez d’une oreille distraite, cause toujours tu nous intéresses… mais que veux-tu que nous fassions*… mon testament en souvenir de mes aïeux paysans…

Je suis né au Bourg-Pailler, le pépé Louis après avoir été métayer à la Célinière, grosse borderie sise à Saint-Georges-de-Pointindoux, là où ce sont mariés mes parents, avait acheté cette ancien relais de poste à l’entrée du bourg. Quelques hectares de terres, des prés surtout, une étable accolée au bâtiment d’habitation, des vaches normandes et pour un temps de grands bœufs blancs que le pépé enjuguaient. Ils étaient sa fierté. Au petit matin, c’est la sonnette de l’écrémeuse de la tante Valentine qui m’éveillait. Avec le pépé j’ai mis bas des veaux. J’allais après l’école chercher les vaches au pré et j’ai encore le souvenir sur le chemin de la Garandelière de ma Fidèle, indolente et tendre, toujours à la traîne. Toujours avec le pépé j’ai conduit la Nénette notre jument pataude lorsque nous passions la décavaillonneuse dans la vigne ou dans le champ de betteraves.

 

Mon père, lui, avait choisi, pour nous nourrir, d’entreprendre comme on dit aujourd’hui. Entrepreneur de travaux agricoles et de battages : la charrue Bonnel, le gros Société Française Vierzon monocylindre, la batteuse Merlin. C’était le temps des maîtres et les métayers ne s’endettaient pas en achetant du matériel.

 

C’est pour tout cela que j’ai choisi, plutôt que le lycée, d’aller à l’École d’Agriculture ND de la Forêt, à 500 mètres de la maison familiale, interne bien sûr. Nous y étudions au rythme de 3 heures de travaux pratiques journaliers : la ferme, le verger, la vigne, la culture, l’atelier…

 

Mon destin a bifurqué lorsque l’aumônier, l’abbé Blanchet, auteur de théâtre populaire et parent de Michel Albert, énarque Inspecteur des Finances qui eut son heure de gloire au temps de JJSS le fondateur de l’Express, m’a convaincu que je devais prendre le même chemin que ce fils de métayer du Haut-Bocage.

 

Et puis il y eut mai 68 et j’ai jeté aux orties l’énarchie. Me retrouver coincé dans un cadre, aussi prestigieux fut-il à l’époque, ne me convenait pas.

 

Alors, j’ai choisi de faire ma thèse de doctorat sur le grand chambardement qui pointait son groin dans le monde du cochon. La Bretagne allait tout, ou presque, rafler. Qui se souvient que les alentours de Paris étaient l’un des plus grands bassins de production du cochon avec les eaux grasses des restaurants ?

 

Je me souviens du petit sourire étonné d’Yves Prats, le doyen de la Faculté, éminent spécialiste du Droit Public, lorsque je lui ai exposé pour la première fois mon projet. En ce temps-là j’ignorais ce qu’était un Grand Cru Classé de Bordeaux et qu’Yves Prats était le frère de Bruno qui dirigeait la destinée du Cos d’Estournel et de Petit Village.

 

La suite est longue comme mon CV, j’ai bourlingué entre le public et le privé sans jamais avoir bénéficié de ce fameux statut de fonctionnaire dont certains à plaisir m’ont affublé pour bien sûr me discréditer.

 

Tout au long de ce parcours de 49 années, j’ai commencé à bosser à 18 ans, le seul fil directeur auquel je me suis tenu c’est la fidélité à Louis et Arsène Berthomeau, à ce qu’ils étaient, à ce qu’ils représentaient : ma colonne vertébrale. Je n’ai jamais oublié d’où je venais et ce que je leur devais. 

 

Mais là n’est pas le sujet de ma chronique de ce matin.

 

Par deux fois, il m’a été demandé de me pencher sur le devenir d’un secteur de notre agriculture. Ce fut d’abord le vin, puis en fin de parcours, puisque j’étais interdit de séjour dans le monde du vin, le lait.

 

Le rapport de 2001, le groupe stratégique Cap 2010 les défis du vin français, et tout au bout le grand lâchage d’Hervé Gaymard et le placard.

 

Et puis, tout à la fin, Bruno Le Maire, ou son cabinet, m’a confié une patate chaude dont personne ne voulait, la déprise laitière dans le Grand Sud-Ouest.

 

Ce fut un temps fort au ras du terrain et au plus près des éleveurs.

 

Et puis, à la fin de la fin, fort de cette expérience, j’ai demandé et obtenu de Stéphane Le Foll de pouvoir réfléchir à comment anticiper la fin des quotas laitiers.

 

Au risque d’être traité de courtisan ce nouveau Ministre de l’Agriculture me paraissait apte, non à tout bouleverser, mais à mettre sur la table des éleveurs les enjeux de cette ouverture au grand large. N’oublions pas que depuis les années 50, le lait a toujours connu un fort encadrement et des mécanismes de régulations que nous avons ensuite exportés dans le nouveau Marché Commun.

 

Et puis, j’ai de plus en plus compris que l’intérêt poli que l’on accordait à mes écrits se heurtait à un grand classique du 78 rue de Varenne : ne pas soulever les problèmes avant qu’ils ne vous pètent à la gueule. Tendance renforcée par une administration totalement enjuguée par son concubinage européen, frileuse et incapable de la moindre capacité à sortir d’une vision purement règlementaire de l’agriculture.

 

Pour autant je m’interdis de dire : « je vous l’avais bien dit » ce serait de ma part déplacé et surtout sans grand intérêt.

 

Le mal est fait et il ne date pas d’aujourd’hui. Les pouvoirs publics ne sont pas les seuls responsables de la situation, les citoyens-consommateurs portent eux aussi une large part de responsabilité et leur commisération à l’endroit des agriculteurs m’irrite.

 

Pour autant n’attendez pas de moi que j’instruise un procès mais permettez-moi d’exprimer ma tristesse face au grand mal être des agriculteurs et des éleveurs.

 

C’est un sentiment d’échec qui m’habite.

 

Pourrons-nous un jour dans ce pays accepter de nous saisir de la réalité, qu’elle nous plaise ou non, d’en tirer les leçons sans nous enfermer dans des analyses toute faites et des solutions clés en main ?

 

Je n’ai plus les mains dans le cambouis et je n’ai aucune vocation à donner des leçons à qui que ce soit mais, comme le disait Napoléon, « En politique, comme à la guerre, le moment perdu ne revient plus. »

 

Que d’occasions perdues !

 

* j'ai balancé utiliser l'imparfait que nous fissions...

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 06:00
Les coopérateurs ont toujours préférés les belles cuves aux investissements immatériels… nos mastodontes écoulent leurs vins…

Dans Terre de Vins je lis, le mardi 2 février 2016, sous la plume d’Alexandre Abellan : L'union coopérative Terre de Vignerons, un mastodonte aquitain

 

« Pesant pour un cinquième de la production girondine de vins, l’union de production et de commercialisation Terre de Vignes est un poids-lourd de la coopération. Après avoir assis son outil de production, sur 6 millions d’euros d’investissements, c'est le développement commercial qui est en mire.

 

En 2012 naissait Terres de Vignerons, de la réunion de Prodiffu et de l’Union Saint-Vincent. Quatre ans plus tard, cette mutualisation de 13 caves coopératives de l’Entre-deux-Mers et de Duras impressionne par le simple alignement de ses chiffres. Ses 1 295 vignerons associés représentent 15 190 hectares de vigne, pour 840 000 hectolitres de vin produits annuellement sur 18 sites de vinification. »

 

40 millions de bouteilles et 1 million de BIB

 

CA consolidé de 90,7 millions d’euros en 2014

 

Terre de Vignerons 1ière place en Aquitaine et 3ième sur l’échelle nationale.

 

Depuis 2013, Terre de Vignerons a consacré 5,7 millions € à ses deux unités de production.

 

« Nous avons beaucoup travaillé pour avoir un outil industriel en qualité et quantité. L’idée est maintenant de travailler les performances commerciales. Notre objectif est de valoriser les vins et de ramener de la valeur ajoutée sur le territoire avec des produits marquetées. » Céline Wlostowicer, la présidente de Terre de Vignerons

 

« Le développement commercial passe par le grand export (Chine, Etats-Unis…), mais il y a aussi des opportunités sur les marchés français et européens. Les consommateurs y montent en expertise et en gamme » Benoît Berger directeur de Terres de Vigneron.

 

« Nous n’avons pas à rougir de la qualité de nos vins. En 2015, ils ont reçu 110 médailles. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de répondre aux attentes de grands distributeurs sur des volumes conséquents, avec l’assurance de fournir une qualité constante et typique de l’AOC. »

 

« L'export est d'ailleurs l'axe de développement au coeur du projet In Vivo Wine, préparant la relance de la marque Cordier en mobilisant des caves coopératives de Gironde. Aujourd'hui, ce nouvel acteur est perçu comme complémentaire de Terre de Vignerons. « Nous sommes attentifs à ce projet, nous verrons selon son développement s’il y a des opportunités » Céline Wlostowicer

.

Tout cela et bel et beau surtout avec ce qui suit.

 

« Pourquoi des caves adhéreraient-elles à InVivo plutôt que de vendre simplement leurs vins à ses filiales que sont Cordier à Bordeaux ou les Vignobles du Soleil dans le Gard ? « Parce que nous sommes InVivo », a répondu Thierry Blandinières. Comme une évidence !

 

« Ces coopératives participeront au développement de la branche vin d’InVivo, a ajouté Bertrand Girard, directeur d’Invivo Wine, la branche vin du groupe. Elles auront une plus forte maîtrise de leur destin que si elles restent dans une relation de client à fournisseur. »

 

« Bertrand Girard a également répondu à une critique souvent formulée contre Vinadéis (ex-Val d’Orbieu-Uccoar), qu’il dirige et qui fait déjà partie d’Invivo Wine : cette union de coopératives basée à Narbonne est en effet marquée comme un spécialiste des vins à bas prix.

 

« Nous sommes leader et fer de lance de la montée en gamme du Languedoc-Roussillon, s’est défendu Bertrand Girard. Nous sommes le plus gros acheteur d’AOP du Languedoc. Nous commercialisons 45 domaines et châteaux en mise à la propriété, une activité avec laquelle nous réalisons 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette année, nous avons obtenu 115 médailles pour l’ensemble de nos vins. Qui peut en dire autant ? »

 

« Je suis dans la coopération depuis une trentaine d'années, et pendant tout ce temps, j'ai entendu dire qu'il fallait structurer un navire tête de proue à l'international. Ce grand bateau, nous sommes en train de le créer »,souligne le président de Vinadeis Joël Castany.

 

« Le premier marché visé est le marché américain, sur lequel la France a perdu sa première place depuis longtemps », précise le DG de Vinadeis, Bertrand Girard.

 

« En politique, comme à la guerre, le moment perdu ne revient plus. » Napoléon

 

Je crois rêver mais bon j’ai l’impression de radoter : la montée en gamme ce n’est pas l’escalade du Tourmalet au temps de Gaul et Bahamontès c’est tout bêtement beaucoup d’argent. Celui que l’on investit massivement et longtemps dans une marque pour espérer la positionner au niveau où celle-ci dégagera enfin du profit qui la maintiendra à ce niveau.

 

Nos concurrents du Nouveau Monde incorporent beaucoup de marketing dans leurs bouteilles, les coopérateurs français sont-ils prêts à accepter ce type d’investissement long et massif ?

 

J’en doute car en dépit du poids de ces groupes, qui n’ont d'ailleurs rien de mastodontes, ils n’ont aucune prise sur le prix du vrac. Bien au contraire, par le passé et encore aujourd'hui, c'est par le faible niveau de leurs prix qu'elles se sont maintenues dans le marché.

 

Si j'ai conseil à donner au couple ambitieux d'IN VIVO Vinadeis c'est de demander conseil à un spécialiste de la montée en gamme, un vrai faiseur de marques : Pierre Pringuet l'ancien DG de Pernod-Ricard.

 

Qui vivra verra mais s’il est toujours intéressant de prendre des cours de marketing ICI Dossier. « Marketing et vin : un accord pas si évident ! » je pense que le couple Blandinières&Girard ferait bien de mettre des chiffres d’investissements immatériels sur leur projet de montée en gamme de leur offre plutôt que de rouler des mécaniques et de se barder de médailles comme les généraux de l’ex-Union Soviétique.

Les coopérateurs ont toujours préférés les belles cuves aux investissements immatériels… nos mastodontes écoulent leurs vins…
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