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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 06:00
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Je suis un très affreux jojo lorsque j'extirpe de la naphtaline la saga de Red Bicycle inventée par les frères Gallo avec du Pinot du Langued'Ô pour mieux vendre du vin franchouillard aux Amerlos. Le Sieur d'Arques ne changeait point l'eau en vin mais savait pinoter du merlot pour les Etasuniens.

 

Red Bicyclette is a French wine produced by the Sieur d'Arques cooperative and distributed in the USA by the E. & J. Gallo Winery. Its distinctive label appeals to consumers who prefer branded wines, labelled with the variety of grape from which they are made, rather than by the exact location. The following grape varieties are sold under the Red Bicyclette label: chardonnaymerlotpinot noirrosé and syrah. 

 

Certes mon vélo est moins célèbre que celui de Monsieur Hulot mais il n’empêche que régulièrement dans la rue, lorsque j’accroche son licol à un poteau, des passants s’esbaudissent : « qu’il est beau, votre vélo ! » et la conversation s’engage. Pour sûr que de se balader avec un animal de race dans Paris ça attire des compliments et ça créé des liens.

 

Souvent mes interlocuteurs me demandent : « mais où avez-vous donc acquis cette belle bête ? » Je réponds : chez en selle Marcel !

 

Ha ! Le Marcel bleu marine emblématique du populo en congepés et bien sûr le célèbre chauffe Marcel ! De Jacques Brel dans Vesoul. Ça sent bon la petite reine, les guinguettes des bords de Marne, le musette, l’anisette, les canotiers des mecs, les jupes fendues des filles, la fête et les plaisirs…

Seuls les bobos qui ne font pas de vélo et les gros culs motorisés sur 2, 3 et 4 roues, pensent que Paris est un plat pays. Je ne grimpe jamais en danseuse, toujours au train. Alors comme je me rends chaque semaine du côté de Terroir d’Avenir faire mes courses je passe souvent par la rue Tiquetonne où est installé le siège d’En selle Marcel. Je n’en finis pas d’y admirer leurs beaux destriers. Et puis, à force de pédaler sur la chaussée défoncée de Paris, merci madame Hidalgo pour votre amour pour le vélo, je me suis dit qu’un cavalier se devait de posséder des étriers.

 

J’ai donc doté mon beau destrier de cale-pieds !

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

En côte ça permet de mieux tirer sur les pédales et la côte de Ménilmontant ce n’est pas un de ces petits dos d’âne chers aux aménageurs de notre chère Anne, mais une rude pente. Bref, je suis maintenant armé pour affronter les hauts et les bas de Paris.

 

Et c’est justement à mi-côte de Ménilmontant que je fais une pause ravitaillement de lecture au monte-en-l’air chez Guillaume un habitué du Lapin Blanc qui tient une librairie-galerie située sur une charmante petite place cernée d’arbres et de bancs en face de l'église Notre-Dame-de-la-Croix. C’est un lieu tout en coins et recoins, une caverne d’Ali Baba emplis de livres et de BD comme je les aime. C’est un lieu engagé, qui affiche sa couleur avec des ouvrages alternatifs, politiques, sociétaux… les arts graphiques y sont particulièrement bien représentés, le fonds consacré à la bande dessinée indépendante, à la jeunesse et à la microédition (fanzines, imports, sérigraphies...) est l'un des plus impressionnantes de la capitale.

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Un samedi de juin où le soleil n'était pas aux abonnés absents je m’y suis arrêté en fin de journée. Un timide soleil perçait encore dans un ciel lourd de nuages. Sur l’arc du trottoir Miroslav Sekulic à l’occasion de la publication du Second opus des aventures de Pelote dans la fumée(lauréat du prix BD Montreuil 2015) publié aux éditions Actes sud BD le dédicaçait à sa manière : avec son pinceau.

 

« C'est une sensation forte, instantanée : cet univers apparemment réaliste, foisonnant de détails comme captés sur le vif, n'existe pourtant que dans le regard d'un dessinateur à la palette particulièrement fertile.

 

« Au-delà de ce que ce jeune dessinateur croate autodidacte a voulu glisser ou non de sa propre expérience dans son premier livre, il y a l'impact d'une esthétique virulente, proche de la caricature, qui, pourtant, capture la vérité profonde d'une humanité disloquée, affrontée à une société qui la rejette […] Délesté de toute morale explicite, il atteint ainsi, quand rien ne l'annonçait, à une forme de poésie brute de l'instant : la signature d'un tempérament artistique hors norme. »

 

Critique de Télérama

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Un autre lieu que je fréquente souvent pour approvisionner mon frigo et mon garde-manger c’est RAP la caverne d’Ali Baba de la belle Alessandra. Son échoppe est plantée tout au bas de la rue des Martyrs et je ne résiste pas au plaisir de vous offrir – « Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs » chanté par Pigalle

Alessandra Pierini c’est La conteuse d’Italie.

 

C’est Stéphane Davet qui nous le dit dans le Monde

 

« Dans son épicerie-cave à vins, à Paris, Alessandra Pierini a rassemblé des bouteilles et des produits transalpins choisis pour leur qualité exceptionnelle. Et l’histoire qu’ils murmurent.

 

« Testaroli de l’Apennin, squacquerone d’Emilie-Romagne, ubriachi de Vénétie, colatura de Campanie… Autant de spécialités culinaires inconnues de la majorité des Français qu’Alessandra Pierini prend un malin plaisir à faire découvrir. Conteuse passionnée, cette Italienne est intarissable sur l’origine, l’histoire et le goût des mille et un produits qui font de RAP, son épicerie parisienne, une caverne d’Ali Baba de la gastronomie transalpine.

 

Arrivée en France au début des années 1990, cette petite-fille de paysans des environs de Parme, devenus crémiers à Gênes, a tenu un restaurant-épicerie à Marseille pendant dix-sept ans avant de s’installer à Paris. Cuisinière, auteure (dans la collection ” Petit précis de gastronomie italienne ” aux Editions du Pétrin), conférencière, organisatrice de l’étape française du championnat du monde de pesto au mortier, la fine épicière est également caviste. Sous de vieilles voûtes prolongeant les caves voisines de l’église Notre-Dame-de-Lorette, le sous-sol de son magasin, situé rue Fléchier (dans le 9e arrondissement), renferme plus de 360 vins italiens. Procédant avec les vignerons comme elle le fait avec la centaine d’artisans dont elle est l’ambassadrice, Alessandra n’aime rien tant que se déplacer dans les régions viticoles de la Botte, en particulier sur les îles, pour en rapporter les meilleures bouteilles. Et autant d’histoires qui feront voyager ses clients.

 

L’insatiable pisteuse de goûts aime débuter sa croisière par la Sicile. Elle se passionne pour ses légumes, ses agrumes, ses criées aux poissons, sa cuisine de rue et la variété de ses vins. A commencer par ceux de l’Etna. ” Longtemps négligés, ils ont été relancés dans les années 1990 sous l’impulsion de la cave Benanti et des recherches d’un historien oenologue, Salvo Foti “, précise Alessandra. Les rouges de l’appellation etna rosso sont principalement constitués de deux cépages poussant sur les pentes arides du volcan, parfois à plus de 1 000 mètres d’altitude. ” Le nerello mascalese produit un vin assez tannique, bien structuré, aux arômes de cerise. Le nerello cappuccio donne des vins plus souples. En les assemblant, on parvient à une grande élégance. ” Les blancs etna bianco utilisent les cépages carricante (à 80 %) et catarratto pour des vins aux arômes d’agrumes, avec des notes d’anis et de miel.

 

La patronne de RAP recommande les rouges de l’appellation cerasuolo di Vittoria qui, au sud-ouest du golfe de Catane, assemblent deux cépages typiques de l’île, le sombre nero d’Avola, proche de la syrah, et le plus léger frappato. Longtemps destiné aux assemblages, le grillo, cultivé dans toute l’île, se suffit dorénavant à lui-même tant est plaisant son bouquet fleuri. ” J’adore celui produit par Lorenzo Piccione di Pianogrillo, un sympathique aristo qui parcourt à cheval ses vignes et ses oliveraies. ” Les vins, les huiles, mais aussi les charcuteries du baron sont en bonne place dans les rayons de RAP. Entre le sud-est de la Sicile et les côtes tunisiennes, l’île de Pantelleria produit un savoureux liquoreux à partir du muscat d’Alexandrie (appelé là-bas zibibbo). On trouve aussi chez RAP un rarissime sec, Serragghia bianco zibibbo, vieilli en amphores par Gabrio Bini. ” Cet architecte milanais s’est passionné pour l’île, au point d’y produire aussi des câpres, qu’utilise d’ailleurs le chocolatier parisien Jacques Genin, dans un étonnant praliné. ” Cap enfin sur la Sardaigne, une des plus anciennes régions viticoles d’Italie. ” L’île a longtemps beaucoup produit sans se soucier de qualité, mais elle a fait de gros progrès ces dix dernières années “, estime Alessandra. Plantés près de la côte, les cépages rouges comme le carignano (carignan) ou le monica di Sardegna donnent des vins assez puissants, quand le cannonau (grenache) porte plus sur le fruit. En blanc, le vermentino, également populaire en Corse et en Ligurie, tient la vedette. Le plus apprécié est celui de la région de Gallura, au nord de l’île. Fleuri, délicat, il peut être associé à un peu de muscat comme dans le ” Renosu ” de chez Dettori, avec lequel Alessandra adore trinquer pour l’apéro. »

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 06:00
J’en ai soupé de ces chefs qui font leur « sucrée » avec leur menu petites bouchées !

Faire sa sucrée est l’une des expressions favorites de l’adepte barcelonais de l’évier : en général il l’emploie dans le déni : « je ne vais pas faire ma sucrée » ce qu’il fait bien sûr.

 

« En voilà une pimbêche qui fait sa sucrée, une poseuse toujours fichue dans les églises et qui use ses genoux dans les confessionnaux ! »

 

« Une chipie... une bégueule, à qui j'offre mon coeur, ma fortune et un dîner chez le père Fromage... toutes les délices de la vie, quoi ! et qui a la bêtise de faire la sucrée...»

 

Faire sa mijaurée n’est pas mal non plus.

 

Cette expression fort désuète va comme un gant à une population qui se tient par la barbichette, se passe les plats, en un entre-soi proche des Précieuses Ridicules.

 

En effet, les petites mains de la critique gastronomique parisienne se pâment, en un exercice obligé de brosse à reluire en pure soie, ils font des gammes dans le plus mièvre style Richard Clayderman à propos de certains chefs qui cuisinent leur ego sur leurs fourneaux.

 

J’en chope une au hasard tout juste sortie d’un lieu où j’ai moi-même déjeuné puis dîné.

 

Je cite l’enamouré :

 

« Les assiettes sont souriantes, précises et bavardes. Sans en faire trop, ni trop peu… Pas de dressage à l’esthétisme forcené, pas de jeux inutiles : le plat fait dans la saine épure

 

Sur le contenu des fameuses assiettes qui lui souriaient tout en lui faisant la conversation avec précision notre plumitif s’extasie avec la micro-artillerie habituelle : douce tuerie à la patate addictivela P et les G font dans le grand art sans vouloir épater gratuitement la galerie… le clafoutis est langoureux…

 

C’est beau, ça m’émeut comme un roman de la collection Harlequin.

 

Ça frise le publi-rédactionnel.

 

J’espère que le joueur de violon a réglé, comme moi, son addition ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que mon plaisir au dîner fut d’une brièveté bien inférieure à celui du coït du lapin.

 

Cuisine imposée… cuisine de petites bouchées… et ce ne fut même pas enlevé par un service rythmé… oui que ce fut long et ennuyeux : 2h 30… j’étais furieux d’avoir entraîné des amis dans une telle galère.

 

La seule consolation : le vin mais là le chef n’y était pour rien !

 

Service au bord de la désinvolture.

 

Pendant que nous attendions le chou à la crème microscopique et mou le chef fumait des clopes sur le trottoir et faisait des seelfies.

 

La coolitude a des limites…

 

Vous allez me dire pourquoi, après y avoir déjeuné, suis-je retourné à cette table pour y dîner ?

 

Tout bêtement parce que la prestation du déjeuner m’avait satisfait même si les micro-entrées ne m’avaient pas enthousiasmé.

 

Ce chef a du talent c’est évident.

 

Ses qualités ne sont donc pas en cause, en revanche ce qui est en cause c’est cette volonté têtue de transformer la prestation du dîner en une sorte de liturgie à la gloire de son génie qui se lâche en des figures libres imposées au client.

 

Pourquoi pas si cet exercice est à la hauteur des ambitions affichées, si la cuisine magnifie vraiment les produits, si l’inventivité, la prise de risques est au rendez-vous, si l’on ne confond pas dégustation avec restauration.

 

Dîner léger je ne suis pas contre mais s’ennuyer à table face à des assiettes chichiteuses, sans âme ni contenu tient d’un large foutage de gueule qui, à terme, alimentera un bouche à oreille, amplifié par les réseaux sociaux, ravageur pour l’établissement.

 

Libre à chaque chef de faire ce que bon lui semble, c’est son droit, son gagne-pain, mais du côté de la soi-disant critique le panurgisme ne leur rend aucun service, elle ne fait que les conforter dans une forme de dédain du client autochtone.

 

Les concerts de louanges, les brassées de fleurs, les papiers dithyrambiques, c’est flatteur, ça aiguise l’ego, mais savoir aussi entendre les remarques de clients qui ne sont pas des oiseaux de passage mais des gens du cru en capacité de revenir se substanter régulièrement n’est pas se faire outrager. Ce noyau dur, de fidèles, d’habitués pourquoi les traiter comme quantité négligeable ?

 

Le plumitif qui dialogue avec son assiette et qui, contrairement à moi n’a pas dîné dans l’établissement, affirme que la maison va devenir une cantine pour beaucoup de Parisiens.

 

T’as tout faux mon coco, des cantines j’en fréquente beaucoup, j’y déjeune souvent au bar et ça n’a rien à voir avec ces restaurants qui s’ils veulent vivre dans la durée devront, à mon sens, en revenir aux fondamentaux du bien manger qui se traduit par le plaisir de la satiété.

 

J’en resterai là sans pointer du doigt l’établissement qui m’a servi à illustrer mon propos, il n’est pas unique dans son genre, laissons-lui le temps de s’extraire des vapeurs entêtantes de l’encens et que le chef comprenne que le succès s’inscrit dans la durée et non dans une éphémère popularité de pacotille.

 

Cette chronique est dédiée à Isabelle, Laure, Antoine, Marco et Nicolas qui ont partagés ou vécus mon chemin de croix, j’exagère bien sûr...

 

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:00
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté

Les livres, toujours les livres, alors comment pouvais-je échapper au livre d’Eric Hazan : Une traversée de Paris au Seuil.

 

L’auteur emprunte le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis et, si cette traversée commence à Ivry ce n’est parce que Paco y a installé son bouiboui plein de vins nus mais c’est à cause d’une librairie « Envie de lire » qui est un « lieur de flânerie et de découverte » et d’où l’on sortira non pas avec le titre qu’on est venu chercher mais avec un « roman mexicain ou les souvenirs d’un révolutionnaire. »

 

Et comme son méridien passe au bas de chez moi il est logique que vous y ayez droit :

 

« Le boulevard Arago croise ensuite la rue de la santé, frontière des XIIIe et XIVe arrondissements. Cet angle fut le lieu des exécutions publiques de 1909 à 1939, après quoi elles eurent lieu à l’intérieur de la prison. En face de de la porte d’entrée, blindée et toujours fermée, un immeuble a remplacé vers 1960 des maisons basses et un café à l’enseigne de la Bonne Santé Le mur de la prison porte à l’angle de la rue Jean Dolent une plaque rappelant les noms de dix-huit résistants exécutés ici après avoir été jugés et condamnés par les sections spéciales, tribunaux créés en 1941 par Pierre Pucheu ministre de l’Intérieur, et Joseph Barthélémy, ministre de la Justice. Il faudra sans doute attendre une cinquantaine d’années pour qu’une autre plaque signale que dans ces mêmes murs furent guillotinés des membres du FLN condamnés par des tribunaux militaires pendant la guerre d’Algérie, lors de procédures comparables à celles des Sections Spéciales.

 

 

Les visiteurs de la Santé entrent aujourd’hui par une minuscule guérite sur la face opposée à la grande porte, dans une courte rue Messier. Il y a quelques années, je suis passé plusieurs fois par là pour aller voir un ami incarcéré ; c’était l’hiver, des bonnes sœurs installées dans une roulotte sur le trottoir d’en face offraient du café aux pauvres gens qui attendaient dans le froid. Dans la queue parmi toutes ces familles, je n’ai jamais vu un seul Blanc. Il n’y en avait pas beaucoup non plus chez les matons qui contrôlaient les entrées ; comme dans les hôpitaux parisiens, les emplois subalternes de l’administration pénitentiaires se recrutent beaucoup aux Antilles.

 

 

On entend dire que la Santé va être détruite (en fait les ¾ ont été rasés pour être reconstruits et ce qui reste debout côté rue de la Santé sera rénové). Elle serait la dernière d’une longue série de prisons disparues depuis qu’a été démantelée à l’été 1789 la plus célèbre d’entre elles, la Bastille : l’Abbaye, près de l’église Saint-Germain-des-Prés, où débutèrent les massacres de Septembre ; la Force, rue Saint-Antoine à l’angle de la rue Mahler, où furent enfermés Claude-Nicolas Ledoux – qui en sortira vivant – et plus tard les quatre sergents de La Rochelle, guillotinés en place de Grève le 21 septembre 1822 pour avoir comploté contre la restauration monarchique ; les Madelonnettes, prison pour femmes à l’emplacement du lycée Turgot, rue Turbigo ; Sainte-Pélagie, entre la rue de la Clef et la rue du Puits-de-l’Ermite, prison politique sous la Restauration et la monarchie de Juillet, qui vit passer toutes les têtes de l’opposition républicaine et aussi Gérard de Nerval qui l’évoque dans un poème :

 

Dans sainte-Pélagie,

Sous ce règne élargie,

Où, rêveur et pensif,

Je vis captif…

 

Il y avait encore Clichy, prison pour dettes qui s’ouvrait au 68 de la rue homonyme, où les débiteurs étaient enfermés et entretenus aux frais des créanciers ; et la petite Roquette, panoptique hexagonal pour femmes qui ne fut détruit qu’en 1974 »

 

Notes du taulier :

 

  • Le Garde des Sceaux de l’épisode FLN était un certain François Mitterrand…

  • Une autre prison celle du Cherche-Midi a fermé en mars 195à et fut détruite en 1966 (j’y reviendrai lors d’une prochaine traversée de Paris)
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
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La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté

Un matin l’une de mes amies sur Face de Bouc me demande conseil pour trouver un millésime difficile à trouver : 1968 « Une année médiocre où un record de pluie fut enregistré durant le mois d'août. Les pluies continuelles de septembre produisit des vins dilués, maigres et sans caractère. » à Bordeaux bien sûr car en ce temps-là notre Michel, Hubert et leurs frères n’oxygénaient pas encore et les critiques faisaient le boulot sans craindre les foudres des châteaux.

 

J’eus pu télégraphier à Jacques Dupont Le Guide de Bordeaux mais je ne suis dit : prends donc ton vélo pour faire le boulot !

 

En traversant les Tuileries c’était le « péril jaune » la bande à Zlatan y faisait gentiment du bruit même si les packs de bière étaient omniprésents… un peu loin égarés quelques Irlandais tout vert erraient.

 

Bien sûr je n’ai pas trouvé une goutte de 68 sur la Rive Droite, sans doute est-ce l’effet Sarkozy qui n’aime pas les 68 hard.

 

Cependant, je ne suis pas revenu bredouille puisque j’ai acheté 2 bouteilles pour vous en mettre une sous le nez. L’autre viendra à qui sait attendre.

TOUT'EN BULLES 2011 - bulles Domaine Gramenon Vinifié par Michèle AUBERY-LAURENT Région : Rhône Classé en Cépage(s) : 100% Viognier Agriculture biologique Agriculture biologique Vin naturel Vin naturel Bio dynamique Bio dynamique Label VCN Label VCN Saveur : Taux d'alcool : 10,5% Vol. - Sulfites ajoutés
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Puis au retour je suis passé chez Poilâne pour me mettre un flan sous la dent vu qu’à Paris y’a pas de musettes de ravitaillement pour les cyclistes. Là, surprise, au beau milieu d’un essaim de Japonais je me retrouve nez à nez avec ça :

La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 06:00
e-cuisine : après les spaghetti au vin rouge aujourd’hui les voici au blanc de Saint-Bris des de Moor en vous épargnant celles au vin bleu…

Il existe donc deux palettes de couleurs : les couleurs chaudes et les couleurs froides. Nous pourrions donc instinctivement penser que le bleu est une couleur froide, l’orange une couleur chaude, mais cela n’est pas aussi simple !

 

Dans chaque famille de couleurs, du plus foncé au plus clair, coexistent donc des tonalités chaudes et froides :

 

Dans la famille des roses, le vieux rose est une couleur chaude, le rose layette est une couleur froide.

 

Dans la famille des rouges, le rouge tomate est une couleur chaude, le rouge framboise une couleur froide.

 

Dans la famille des bleus clairs, le bleu turquoise est une couleur chaude, le bleu ciel une couleur froide.

 

Dans la famille des bleus foncés, le bleu encre est une couleur chaude, le bleu marine une couleur froide.

 

Dans la famille des violets, le violet lie-de-vin est une couleur chaude, le violet aubergine est une couleur froide.

 

Dans les couleurs basics, le beige, camel et chocolat sont des couleurs chaudes, le blanc, gris et noir sont des couleurs froides.

 

 

Le vin pendant tout un temps fut rouge, blanc et rosé avant que les naturistes nous le fasse orange à la mode et que des espagnols nous le teinte en bleu.

 

Le bleu et la flotte sont en ce mois de juin d’actualité mais je ne vais tomber dans les excentricités en vous proposant de substituer l’eau des nouilles par du vin bleu à la sauce ibérique.

 

L’érection du vin bleu c’est une histoire de jeunes mecs qui veulent se faire du blé en nous prenant pour des demeurés. Ils se présentent comme un groupe de 6 jeunes gens dans la vingtaine au parcours atypique : certains sont dessinateurs, d'autres chimistes ou artistes, mais se gardent bien de se présenter comme des entrepreneurs, même si ces bouteilles sont bien à vendre. Leur petite cuisine en collaboration avec une université basque et un centre de recherche agro-alimentaire.

 

Plus industriel que leur vin bleu tu meurs !

 

Mais pourquoi produire du vin de cette couleur?

 

Lorsqu'on leur pose la question, ils bottent en touche et lancent « pourquoi pas? », et de préciser qu'ils veulent surtout « s'amuser », « changer la donne et voir ce qui en découle ».

 

 

Les bouteilles de leur marque Gik affichent donc une couleur bleu cobalt, obtenue par un assemblage de raisins blancs et rouges... auxquels ils ont ajouté de l'anthocyanine (des pigments naturels présents dans la peau du raisin), mais aussi des pigments indigo. un colorant extrait de la plante Isatis tinctoria.

 

Même si leur désir des sentiers battus avec ces bouteilles azur pour choquer les puristes est évident ils nous servent une rasade de psychologie en affirmant que le bleu est associé à l'innovation, au mouvement, à la fluidité et au changement.

 

Bien évidemment nos gugusses ciblent les djeunes tous étiquetés sans préjugés, avides de boissons étonnantes et imaginent leurs bouteilles bleues en boîte de nuit ou dans les soirées étudiantes. Même qu’ils ont concocté des playlists pour accompagner la dégustation.

 

Ils exhortent les œnophiles à se jeter à l'eau et « d'oublier tout ce qu'ils connaissent du vin »

 

Mais, passé l’impression visuelle, ce vin est-il aussi étonnant que ses promoteurs le disent ?

 

Je cite un dégustateur « Une fois passé le stade de l'étrange couleur, on découvrira un vin fruité à l'attaque sucrée offrant une douce acidité. »

 

Donc rien que de l’habituel pas de quoi casser les pattes à un canard.

 

La bouteille de Gik titre 11°5, coûte 10€

 

Les petites loups pas fous conseillent que le vin bleu sera meilleur servi frais (tiens, tiens…) et même qu’on peut me boire avec des sushis, des nachos au guacamole, la sauce Tzatziki, des pâtes à la carbonara et le saumon fumé.

 

Revenons au vin dans sa bonne définition pour cuire vos spaghetti.

 

Toujours à la pointe du progrès je vous ai proposé de les cuire au vin rouge ICI 

 

Aujourd’hui je vous les fais au vin blanc.

 

 

Ingrédients : (pour 4 personnes)

 

- 500 gr de spaghetti

- 1/2 bouteille de vin blanc

- 2 cuillères à soupe d'huile d'olive

- 1 oignon haché

- des saucisses italiennes

- 3 cuillères à soupe de paprika doux

- 1 cuillère à café de sel

- 3 tasses de bouillon de poulet (ou de légumes)

- 120 gr de parmesan

- Ciboulette hachée

- Un peu de poivre noir

 

Préparation :

 

Faites revenir les oignons dans de l’huile d’olive à feu doux, lorsqu’ils deviennent translucides et dorés ajouter la saucisse en morceaux et remuer quelques minutes pour la laisser cuire. Ajouter ensuite le paprika et saler.

 

À l’italienne faites sauter l’ensemble dans votre poêle pour ressortir les saveurs du paprika puis ajouter le vin blanc petit à petit pendant que vous remuez. Ajoutez une tasse de bouillon. Lorsque votre mélange de vin et de bouillon arrive à ébullition, ajoutez les spaghettis.

 

Réduisez à feu doux et déposez un couvercle sur votre poêle. Remuez régulièrement pour que vos spaghetti ne collent pas au fond. Petit à petit, la sauce va s'épaissir, vous pouvez alors verser à nouveau du vin blanc jusqu’à cuisson al dente.

 

Vous servez en plat ou en assiettes.

 

Poivrez, saupoudrez de parmesan ou de pecorino et ciselez de la ciboulette pour verdir.

 

Note du Taulier :

 

J'ai suivi à la lettre la recette et j'ai eu tort, en effet le paprika masque trop l'effet cuisson au vin blanc. Donc, à l'avenir après avoir fait revenir l'oignon et la saucisse je ferai cuire les spaghetti dans le vin blanc sans bouillon quelconque. Puis, une fois qu'elles seront cuites je les retirerai de la poêle et les réserverai au chaud. Ensuite, dans le jus de cuisson j'ajouterai le paprika et le ferai réduire.

 

Les assiettes seront préparées avec les spaghetti saupoudrées de parmesan et ciboulette et je présenterai la réduction en saucier. Ainsi, chacun pourra déguster les spaghetti à son goût, avec ou sans ou les 2 successivement.

 

Pour concocter ce plat de spaghetti j’ai choisi un Saint-Bris d’Alice et Olivier de Moor baptisé SANS BRUIT pour 2 raisons :

 

  • C’est du vin, du vrai, du bon, pas un truc maquillé avec de la poudre de perlin-pinpin…

  • Mais me direz-vous c’est péché mortel que d’utiliser ce vin comme eau des nouilles sauf que l’autre moitié je la bois avec les dites nouilles ici des spaghetti.

Bon appetito !

e-cuisine : après les spaghetti au vin rouge aujourd’hui les voici au blanc de Saint-Bris des de Moor en vous épargnant celles au vin bleu…
e-cuisine : après les spaghetti au vin rouge aujourd’hui les voici au blanc de Saint-Bris des de Moor en vous épargnant celles au vin bleu…
e-cuisine : après les spaghetti au vin rouge aujourd’hui les voici au blanc de Saint-Bris des de Moor en vous épargnant celles au vin bleu…
e-cuisine : après les spaghetti au vin rouge aujourd’hui les voici au blanc de Saint-Bris des de Moor en vous épargnant celles au vin bleu…
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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 06:00
Les vins qu’aime Thierry Desseauve sont « sans idéologie », celle-ci n’étant toujours, selon le mot de Raymond Aron, que les idées des autres.

La maison B&D part en croisade pour la bonne cause et Thierry Desseauve, chevalier blanc du bio salvateur, entend bien chasser « les nouveaux marchands du temple et les « bistrotiers naturistes » qui profitent de notre crédulité en cherchant à faire du bio ce qu’il n’est pas : un argument commercial et un combat de chapelles. »

 

Le titre de son interview dans Men’s Up : l’homme au quotidien claque tel son oriflamme de la charge contre les infidèles :

 

«LE BIO DANS LE VIN N’EST PAS UNE AFFAIRE IDÉOLOGIQUE»

 

L’idéologie est à consommer avec modération nous conseille Thierry Desseauve

 

Ha ! l’idéologie, les idéologies, celles dont le fin Raymond Aron disaient qu’elles n’étaient toujours que les idées des autres, en l’espèce celles des marxistes de l’Est et de leurs avatars socialistes à l’Ouest, ces «idéologues».

 

Dans mon longue vie publique j’ai toujours été fasciné par ceux de mes interlocuteurs qui, face à un gugusse collaborant avec un pouvoir dit de gauche, se dédouanaient par un « moi, vous savez je ne fais pas de politique »

 

Cette gauche dont, moi qui ne suis qu’un social-démocrate non révisé, un social-traître non amendable, je n’ai jamais très bien cerné les contours tracés par les adeptes de l’Union de la Gauche, a eu, pendant tout le temps de la guerre froide, du Mur de Berlin, une sorte de monopole de l’idéologie. Les gens d’en face se drapaient dans le sens des réalités, d’un pragmatisme efficace, des gestionnaires quoi loin des idées fumeuses, pire des rêveurs, des utopistes…

 

Et puis avec la chute du mur, la débandade des pays du socialisme réel, la conversion chinoise aux beautés du marché, ce devait être la fin des idéologies, la fin de l’Histoire.

 

Johann CHAPOUTOT Historien, professeur à la Sorbonne-Nouvelle, Paris-III pose la question : La fin des idéologies ?

 

L’histoire n’a pas pris fin en 1990, et c’est tant mieux. L’épuisement du socialisme ou la déshérence du capitalisme ne signifient pas que nous renoncions à imaginer d’autres mondes possibles.

 

« Il faut faire un effort considérable pour se souvenir des années 90, cette période qui nous semble proprement préhistorique, où l’on envisageait, avec espoir, le monde d’après la guerre froide. On parlait de fin de l’histoire, car il n’y avait plus de dialectique des forces, le duel entre Est et Ouest, entre socialisme autoritaire et capitalisme libéral, s’étant soldé par la victoire du second sur le premier. Enfin allait-on pouvoir passer aux choses sérieuses et s’occuper du «réel», celui que prenait en charge le capitalisme vainqueur d’une ordalie historique qui avait occupé le dernier demi-siècle. L’idéologie était congédiée, elle qui, au fond, selon le mot de Raymond Aron, n’était toujours que les idées des autres, en l’espèce celles des marxistes de l’Est et de leurs avatars socialistes à l’Ouest, ces «idéologues», qui avaient voulu planifier et nationaliser avant de se heurter à la libéralisation reagano-thatchérienne des années 1979-1983.

 

Fin des idéologies, et fin de l’histoire : après la lutte, après les guerres, fussent-elles froides, advenaient enfin la grande stase de la paix, et la grande extase d’un progrès indéfini. Tout ce qui arriverait, désormais, irait dans le bon sens : avec la mondialisation des échanges, c’est le grand rêve du XVIIIe siècle libéral qui se réaliserait en cette fin de XXe - le commerce ouvrirait les portes, les cœurs et les intelligences, diffuserait le bien-être et les idées qui le sous-tendaient. »

 

La suite ICI 

 

 

Mais revenons au VIN où le monopole de l’idéologie serait entre les mains d’une bande d’hurluberlus, de chevelus, de gauchos, de bobos-alternos, d’exploiteurs du goût d’une génération pour ce qui est naturel, le respect de l’environnement, la préservation des écosystèmes, la santé de ceux qui travaillent dans les vignes…

 

Là, je le concède sans problème à Thierry Desseauve, pour ces vignerons-là, et leurs supporters, c’est un combat idéologique revendiqué, assumé et souvent sans concession. Ils sont minoritaires, souvent en butte à l’idéologie dominante véhiculée par les dirigeants du syndicalisme majoritaire.

 

Toute l’histoire de l’agriculture biologique témoigne de ce combat contre les tenants du statuquo joliment qualifié de conventionnel. Le choix du bio par les agriculteurs, les viticulteurs fut un choix de convictions bien ancrées au nom de leurs idées. Très longtemps ignorés par les pouvoirs publics ils ont dû combattre. Ce combat n’est pas gagné et, même si les tenants du bio sont portés par une tendance lourde, l’arrivée du plus grands nombre n’efface en rien les fractures.

 

À dessein je n’aborde pas la biodynamie au contenu idéologique fort, controversé, mais qui pour Thierry Desseauve est une vache sacrée dans la mesure où des grands noms de vignerons s’accrochent à ce choix. Faut pas fâcher !

 

Reste que pour la sphère majoritaire des viticulteurs et vignerons pratiquant des méthodes de culture utilisant toute la panoplie de la chimie moderne, nous faire accroire que ce choix, assumé lui aussi, revendiqué même par certains, ne relève pas d’un choix idéologique, c’est vouloir neutraliser, si je puis m’exprimer ainsi, la pensée dominante celle qui combat avec virulence l’interdiction des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Sans tomber dans les clichés éculés sur le libéralisme, il n’est pas interdit de souligner que les adeptes de l’agriculture destinée à nourrir le monde ne sont pas indemnes d’idéologies.

 

Mais comme le disait les pancartes de la SNCF « attention un train peut en cacher un autre » derrière la charge de Thierry Desseauve se cache un rude combat commercial : celui du marché d’une partie de la nouvelle génération facilement regroupée sous la bannière naturiste. Ses tenants ont une part de voix médiatique bien plus grande que leur poids économique, ils font beaucoup de bruit dans les médias, les réseaux sociaux, et créent la tendance, conquièrent doucement mais sûrement des pans de consommateurs.

 

C’est pour cette raison que Thierry Desseauve y va à la hache et, je rassure son compère Michel Bettane, c’est son droit :

 

« … d’autres sont imbuvables et ne transmettent pas le caractère de leur terroir. La vinification n’est pas une opération naturelle, elle est menée par l’homme. Le bio peut aider à mieux valoriser le terroir, mais si vous êtes un vinificateur de 3e catégorie ou si vous récoltez trop tôt, cela ne sert à rien. » Mais à travail de vinification égal, le bio fera toujours la différence. « Un vin issu de la viticulture bio avec une vinification biologique donnera un meilleur produit qu’un vin de viticulture industrielle » tranche Thierry Desseauve.

 

J’ignore quels sont les critères qui permettent de classifier les vinificateurs mais ce que je sais c’est que beaucoup de chais sont des boîtes noires où, à l’abri de tout ce que permet la législation, je ne suis pas certain que le fameux terroir soit vraiment valorisé par les vinificateurs stars ou obscurs, au sens non économique bien sûr.

 

Enfin, la notion de vin industriel est d’une géométrie complexe car beaucoup de vignerons-artisans utilisent les mêmes process conseillés par ceux qui sont payés pour les conseiller.

 

Là encore, par-delà les choix de culture de la vigne où, à mon sens, la chimie extrême doit être bannie, la France du vin n’a jamais voulu sortir de l’ambiguïté dans laquelle se meut le tout AOP-IGP. J’ose affirmer, et je l’ai toujours écrit, que je préfère un vin technologique qui assume son nom, pour des raisons économiques et commerciales, à un vin dit de vigneron, ou mieux de propriétaire qui se présente masqué. Cap 2010 demandait de faire des choix, il avait un fort contenu idéologique ce qui a conduit cette note stratégique au cimetière de l’immobilisme à la française.

 

Mais bon, dans son papier du Monde Prix du vin : l’ivresse des extrêmes , Ophélie Neiman semble découvrir avec surprise un autre monde que celui qui agite les joutes entre les « grands amateurs » et les naturistes :

 

« Retour à la réalité, FranceAgriMer publie son bilan 2015 des ventes de vins en France, et le constat est bien différent : nous dépensons en moyenne 2,63 euros pour une bouteille. Et 3,24 euros quand nous achetons en grande surface. De la romanée-conti au petit pinard jeté dans le chariot du supermarché, deux mondes gouvernés par une loi de l’offre et de la demande pas toujours.

 

  • Avec 41 millions d'équivalent bouteille (75 cl) vendus 2015, Roche Mazet leader marché des vins tranquilles France. Peu présent à l'international - 4 millions d'unités vendues en 2015. Le numéro deux sur le marché français des vins tranquilles n'atteint pas 24 millions de bouteilles vendues en 2015. Il s'agit de la marque les Ormes de Cambras, elle aussi propriété de Castel.
  •  

Les beaux chiffres du commerce extérieur dont tout le monde se gargarisent ne sont que les grands chênes : Cognac, Champagne, Grands crus de Bordeaux et de Bourgogne, qui masquent le taillis du reste de la production française qui est majoritairement ancrée au marché domestique ne générant que très peu de valeur.

 

Et si le vrai et nécessaire débat se situait à ce niveau, ces 2 mondes, mais là je sens que certains vont m’accuser de brasser de l’idéologie, comme un parfum de lutte des classes. Ce ne serait pas pour me déplaire car ça redorerait mon blason auprès de ces fameux cavistes mélanchono-bobo-alterno qui me trouvent vraiment trop rocardo en voie d’extinction…

 

Je souligne sans malice aucune que l’intervieweuse dans le chapeau de son interview avait bien pris soin de préciser que « Cela fait vingt ans déjà que Thierry Bettane et son complice Michel Bettane éditent le Guide des Vins, une référence sur le marché. Fins connaisseurs du secteur, proches des vignerons, les deux hommes ne s’économisent pas quand il s’agit de mettre en valeur le travail des viticulteurs. »

 

Pour terminer une question : la ligne de partage entre les vins honnêtes et ceux qui ne le sont pas ne se situe-t-elle pas dans la césure nette entre les bio et ceux qui ne le sont pas ?

 

En cadeau Bonux un bel exercice de jésuitisme à la sauce bordelaise  En idéologie comme en toute chose, point trop n’en faut.

 

 

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:00
Le con est un gros-plein-de-satisfaction : «Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps» presque du Coluche

L’image m’est parvenue via Face de Bouc via Olivier Dauga winemaker globe-trotter.

 

Affiché au restaurant le Voltaire à Chicago.

 

Vous vous doutez bien que mon ego surdimensionné a gravi plusieurs points sur l’échelle de mon incommensurable orgueil.

 

Mais attention cette saillie je n’en suis pas l’auteur, je m’étais contenté de l’utiliser en titre de l’une de mes chroniques de stakhanoviste du blog.

 

«Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps» à intégrer dans le Manuel du petit dégustateur borné

 

J’écrivais donc le 16 mars 2009

 

« Sauf, bien sûr, à être beurré comme un Petit Lu, à toute heure du jour et de la nuit, ce qui, vous le savez, n’est pas notre philosophie de la vie à l’ABV (la défunte Amicale du Bien Vivre), cette citation que certains attribuent à un journaliste belge, va comme un gant à une large part de ceux, les politiques, dont le regretté Coluche disait que « si on leur vendait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs. » Cependant, afin de ne pas nous dédouaner de notre propre connerie, je me réfère à « L’autopsie de la connerie » de Denis Faïk, une chronique très complète et très savante publiée le 30 janvier 2009.

 

Chicago, pensez-donc, bien plus que mon cher Hubert de Boüard de Laforest je contribue à la grandeur de notre vieux pays fourbu.

 

Je continuais ainsi :

 

« Quand on a défini un con, alors on a l’illusion d’être soi-même prémuni. La « cible » donne le sentiment que nous sommes en face d’elle, donc hors du champ de la connerie… »

 

Afin de bien cerner le champ de la connerie, de ne pas s'en exclure car, comme le fait justement remarquer Frédéric Dard «Traiter son prochain de con n'est pas un outrage, c'est un diagnostic » je vous livre quelques extraits de cette chronique.

 

« Un con, en effet, ne tire aucune conclusion de son échec et continue. Il persévère dans son comportement, de même que l’attitude dogmatique fixe l’individu dans une croyance constante qui le met complètement à l’écart des faits […]

 

La connerie est une insistance établie que rien ne peut déstabiliser […]

 

Un con a tendance à généraliser : il élargit son ego au reste du monde, pensant alors que chacun doit penser et agir comme lui.[…]

 

L’ego, trop fort, finit dans la psychorigidité. (note du Taulier : c'est étrange ça me fait penser à quelqu'un) Têtu, il ne bouge pas d’un iota. Mais parfois le nombril est trop petit, alors un con, loin d’être enraciné, flotte aux quatre vents, il change sans cesse d’avis, prêt à suivre les propos du premier beau parleur venu. C’est alors sans doute dans les extrêmes que l’on trouve le plus de cons. […]

 

S’il fallait une devise à la connerie, celle-ci lui irait à ravir : Un point c’est tout. Un point c’est tout désigne que tout l’Être est dans le jugement énoncé et qu’il est alors impossible de rajouter quelque chose. ‘Un point c’est tout’ signifie en d’autres termes : « Taisez-vous ! » j’ai « métaphysiquement » raison. Or cela va de pair le plus souvent avec une certitude suffisante, arrogante, dédaigneuse, méprisante.

 

Le con est un gros-plein-de-satisfaction : « Avez-vous réfléchi quelque fois (…) à toute la sérénité des imbéciles ? La bêtise est quelque chose d’inébranlable, rien ne l’attaque sans se briser contre elle. Elle est de la nature du granit, dure est résistante. » (Flaubert, Lettre à Parain, 6 octobre 1850).»

 

Ensuite je m’en prenait aux fameux dégustateurs formateurs qui n’aiment rien tant que les « défauts » pour virer des vins qui, selon eux, ne sont pas typiques, ne possèdent pas le fameux air de famille.

 

Si ça vous dit allez donc lire ICI 

 

Mars 2009 : preuve que mon combat pour ceux qui font des vins différents ne date pas de la mode des vins nus !

 

« Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Ça a toujours été comme ça, depuis que je suis môme. »

Coluche

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:00
« S’ennuyer, c’est chiquer du temps pur », disait Emil Cioran je préfère chroniquer chaque jour pour avoir l’occasion de faire usage de ma liberté.

Trop !

 

Dépasserais-je la mesure ?

 

Avoir une idée par jour que Dieu fait puis, la pétrir, la faire se lever, avant de l’accoucher pour la coucher sur une page blanche n'est-ce pas le lot du chroniqueur du quotidien.

 

Écrire c’est son pain quotidien tel celui de Louis Remaud le boulanger de mon enfance qui, pendant que tout le village dormait, dans son fournil, reproduisait chaque jour les mêmes gestes : de la farine, du sel, de l’eau et du levain.

 

Pourquoi s’en étonner ?

 

Je m’étonne que certains puissent s’en étonner.

 

Je ne sème, ni ne moissonne, je me contente de glaner autour de moi des idées, je suis curieux de tout, de la vie que l’on vit, des autres, de leurs amours, de leurs joies, de leurs peines…

 

Écrire une page par jour, au petit matin, avant d’aller dormir, à toute heure, en tout lieu, en toute circonstance, sur tout et rien, tout et le contraire de tout, pour le plaisir, l’envie de faire plaisir, de dire, de conter, de raconter, même de se raconter, quoi de plus naturel ?

 

Le temps on le prend, je le prends, je l’ai toujours pris, « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps » paroles du sage Alexandre Vialatte grand chroniqueur devant l’éternel.

 

Etienne Klein, philosophe et physicien, un physicien qui fait aimer la science, expert français de la question du temps le 20 mai 2009 avait eu la gentillesse de répondre à mes 3 Questions.

 

La 1ière Question concernait le temps dit perdu à écrire des chroniques :

 

- Un de mes lecteurs, dans bref un commentaire sur l’une de mes récentes chroniques Vins d’Hippopotame : us et coutumes des carnivores buveurs de vin, écrivait : « c’est passionnant, vous on peut dire que vous avez du temps à perdre ! » L’ironie sous-jacente de ce commentaire, vous vous en doutez Etienne Klein, me pique au vif, pourriez-vous m’aidez à panser cette blessure d’amour-propre en livrant à mes lecteurs vos réflexions sur le temps que je perds ?

EK : Je comprends votre trouble. Cette phrase a dû vous vexer : vous avez pensé qu’on vous accusait de vaquer inutilement, de vous occuper de choses vaines et sans importance qui, au bout du compte, vous font stagner dans un retard ontologiquement irrattrapable alors que l’impératif contemporain est de saturer son calepin, de se donner corps et âme à l’imminence du futur. Et vous en avez du coup éprouvé un sentiment de honte. Mais cette expression, «avoir du temps à perdre», que signifie-t-elle vraiment ? Si je me pose cette question, c’est parce que j’ai constaté que la polysémie du mot temps est devenue si fulgurante qu’il est désormais capable de (presque) tout désigner : la succession et la simultanéité, la durée et le changement, l’époque et le devenir, l’attente et l’usure, le vieillissement et la vitesse, et même l’argent ou la mort… Cette largesse sémantique est le plus souvent gênante, notamment parce qu’elle rend ipso facto nos réflexions sur le temps imprécises ou confuses, mais elle a aussi la vertu d’autoriser une certaine marge d’interprétation. À mes oreilles, « avoir du temps à perdre » signifie «avoir l’occasion de faire usage de sa liberté». Or, par les temps qui courent, c’est sans doute la meilleure chose qui puisse être accordée à un être humain. J’en tire la conclusion suivante : soit votre lecteur est un homme qui aime lui-même la liberté et il était simplement jaloux de vous ; soit, angoissé par elle, il venait vous féliciter d’avoir le courage de jouir de la vôtre.

 

Etienne Klein toujours : « Notre façon de confondre temps et vitesse en dit long sur notre rapport à la modernité »

 

« Le temps n’accélère pas. Il est indifférent à nos agitations : une heure dure une heure, que nous la passions à jouer aux boules ou à souffrir mille morts. Le cours du temps ne dépend en rien de notre emploi du temps, ni même de notre perception du temps : ce qui s’écoule dans le temps n’est pas la même chose que le temps même. Mais, par un effet de contagion entre contenant et contenu, nous sommes portés à attribuer aux temps les caractéristiques des processus qui s’y déroulent. C’est ainsi que la vitesse est une sorte de doublure métaphysique du temps : lorsque nous disons que le temps passe plus vite, nous imaginons un quelque chose qui coule à vitesse croissante. Mais ce quelque chose n’est pas le temps : c’est la réalité tout entière qui « passe » et le temps qui la fait passer ne cesse jamais d’être là pour la faire passer. Il existe donc bien, à l’intérieur de l’écoulement temporel lui-même, un principe actif qui demeure et ne change pas, par lequel le présent ne cesse de se succéder à lui-même. Pareille immobilité agissant au creux même du temps nous étonne, car elle vient contredire l’idée commune selon laquelle le temps serait toujours associé à la fuite. »

 

« Qui prend son temps n’en manque jamais. » est ma devise empruntée à Mikhaïl Boulgakov.

 

Enfin, puisqu’il se dit, dans les milieux autorisés - en langage non diplomatique ceux que j’insupporte, ce qui n’est pas pour me déplaire - que mon ego est surdimensionné, ce que j’ai toujours assumé, la fausse modestie n’est pas ma tasse de thé, oui je l’avoue je suis trop, too much quoi…

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 06:00
Quand on se fait tailler un costard sur mesures il vous va comme un gant : chronique du prétoire avec Hubert de Boüard c/Isabelle Saporta

Hubert ne fait jamais dans la ½ mesure, il accumule, collectionne les casquettes comme d’autres les timbres-poste, c’est de l’art pour l’art, de l’abnégation, du don de son corps au bien public, sauf que chez lui l’art c’est de se faire tailler des costards sur mesure par ses pairs rapportant de beaux euros avec plein de zéros.

 

Jeudi dernier, tirant sa valise à roulettes, emblème de son biseness de globe-trotter écumeur de prétendants aux honneurs, notre Hubert allait déposer son auguste séant sur le banc des plaignants de la 17e Chambre du TGI de Paris.

 

Cette célèbre Chambre n’était peuplée que de femmes : la Présidente et ses deux assesseurs, la Procureure, la Greffière. Face à elle, du côté d’Hubert un bataillon d’avocats d’un beau cabinet, et bien sûr l’objet du courroux d’Hubert, l’homme au petit sécateur et aux bottes blanches, Isabelle Saporta.

 

Rassurez-vous celle-ci n’est pas arrivée à l’audience enchaînée et les jeunes gendarmes n’étaient là que pour assurer la sécurité.

 

Nous les témoins, trois de chaque côté, étions à l’isolement au début de l’audience au cours de laquelle le plaignant et l’accusée argumentaient. Mon petit doigt m’a dit que la Présidente se passionna pour la belle collection de casquettes d’Hubert. Il y eu même une petite séance de cinéma afin de visionner la prestation d’Hubert qui, je puis vous l’assurer, avait des allures d’un placement de produit dans James Bond.

 

2 heures et demi à poireauter, on trouve le temps long mais on fait contre mauvaise fortune bon cœur ; les présidents présents, dans leurs petites Ford d’intérieur, ruminaient : que suis-je venu faire dans cette galère ?

 

Et puis ce fut à moi d’ouvrir le bal des témoins, la barre, le serment, avant de se jeter à l’eau sans notes. Par bonheur la Présidente est d’une extrême courtoisie et je me dis qu’il est facile de dire la vérité, rien que la vérité, même si celle-ci est soigneusement camouflée par un formalisme dévoyé.

 

Je ne vais pas ici vous confier le verbatim de ce que j’ai dit, ça ne présente pour vous aucun intérêt. Mon seul souci, moi qui ai œuvré de l’autre côté du miroir, là où se situe le pouvoir, fut de tenter de lever le voile sur l’art et la manière de faire jouer son influence. Être toujours présent au bon moment au bon endroit, en amont, là où les règles s’élaborent, se font, constitue le b.a.–ba de l’homme d’influence. L’omniprésence, les connections discrètes, les liens, les invitations, les services rendus, le carnet d’adresses, une forme d’aura face aux petites mains de tous bords, y compris auprès des collègues du Comité National désignés dans la commission. C’est une forme de « servitude volontaire » chère à La Boétie.

 

Une fois ce « grand oral » passé j’étais libre de mes mouvements : partir ou rester. Bien évidemment j’ai ciré les bancs aux côtés de mes amis François des Ligneris, Alain Vauthier, les régionaux de l’étape et d’Alexandre Bain.

 

Ce qui m’a frappé au cours de cette audience c’est la pertinence de la Présidente, sa manière élégante et précise de mener les débats, sa capacité à laisser s’exprimer sereinement les témoins parfois impressionnés, sa connaissance parfaite du dossier, ses questions courtoises mais toujours saillantes. Impressionné ! À l’heure où il est de bon ton d’ironiser sur les juges, les fonctionnaires, il est rassurant et important de souligner cet extrême professionnalisme.

 

Avec une belle régularité souriante elle a posé la question de savoir si le consommateur achetait les beaux classés de Saint-Emilion pour la qualité du vin ou pour les splendides atours dont ce sont parés les châteaux ? Il y avait du Jacques Dupont chez madame la Présidente. En effet, rappelons que celui-ci – je le verrais bien en robe noire avec hermine – dans un article du Point du 28 avril 2013, avec malice écrivait :

 

« Hors polémique que ce classement aura beaucoup de mal à éteindre, il y a véritablement une seule question à laquelle ceux qui l’ont initié devront répondre : pour qui a-t-il été fait ? Pour les consommateurs afin de les éclairer dans leur choix ou pour satisfaire et récompenser des professionnels, producteurs, propriétaires ? »

 

Le Président de la commission de classement, avec des accents patriotiques, a confirmé que c’était le second membre de l’alternative qui avait présidé au choix. Il a même ressorti de la naphtaline le fameux jugement de Paris en affirmant que c’était pour répondre à ce défi que certains châteaux à paillette furent promus. Le Bob se serait bien marré en entendant une telle absurdité, la course au 100/100 leur a déjà permis d’atteindre les sommets des prix. Ne restait plus, pour une poignée d’entre-eux à booster la valeur de leur foncier. Ce qui fut fait.

 

Le Jacques Dupont, encore lui, le soulignait « Plus drôle et moins technique, l’analyse du foncier. Moins les parcelles étaient dispersées et plus le domaine gagnait des points. Ainsi Quinault situé sur l’ancienne appellation « sables de saint-émilion » disparue au début des années 1970, dont le terroir compacté après des années de désherbants sans recours à la charrue se situe en limite du cimetière de Libourne (une partie avait été vendue à carrefour pour réaliser son parking), a obtenu un point de plus que Cheval Blanc au parcellaire plus dispersé… »

 

Bravo les artistes ! Et n’en déplaise à ce cher Hubert la notion de grand cru classé à sa sauce n’a rien à voir avec le puzzle bourguignon, le processus purement déclaratif permet toutes les fantaisies, le terroir pour certains est aux abonnés absents. Il faudra bien qu’un de ces 4 l’INAO s’explique sur ce privilège de seigneurs. Les régions roturières sont en droit de le lui demander.

 

À l’autre extrémité de mon appréciation l’avocat cher de ce cher Hubert a fait preuve de l’art de tirer systématiquement à côté de la plaque, questions style boomerang posées avec une forme d’ennui désabusé. Service minimum, plaidoirie poussive, conviction a minima, une arrogance masquant mal une méconnaissance des us et coutumes du petit monde du vin. Pas très convaincu, pas très convaincant, je m’attendais à mieux.

 

Je n’irai pas au-delà de ces remarques car il pourrait m’être reproché une forme de parti-pris, cependant je ne peux m’empêcher de souligner qu’il y avait peu de ferveur et de conviction dans les témoignages en faveur du plaignant. Ils étaient teintés d’une couleur grise très courage fuyons !

 

Un détail, la procureure n’a pas pipé mots de toute l’audience et n’a pas jugé bon de donner le point-de-vue de l’Etat.

 

« Au bout de sept heures d'audience, Me Jean-Yves Dupeux a demandé en son nom 50 000 euros, plus 10 000 euros au titre des frais de justice. « On n'est pas dans le cadre de l'enquête loyale, sérieuse, de bonne foi », a estimé l'avocat, moquant deux témoins cités par la défense, des vignerons écartés du prestigieux classement. « Certes on a deux vignerons qui ratent le bac. Mais on en a un qui participe à la rédaction des programmes, qui sélectionne les examinateurs et qui décide des coefficients. Et il a mention Très bien, dites donc !», a répliqué en défense Me Christophe Bigot. « Vous avez à juger d'un travail extrêmement sérieux et d'intérêt général », avec « des enjeux de consommation et des enjeux financiers colossaux », a-t-il résumé. Le tribunal doit rendre sa décision le 22 septembre. »

 

Voilà, ce fut une dure journée pour la Reine, quand à notre Hubert il a pris la poudre d’escampette, suivi de sa valise à roulettes, avant la fin de l’audience, sans doute pour répondre à l’appel pressant de sa chalandise. La Présidente, avec humour, lui a demandé de surtout ne pas égarer son billet d’avion, fine allusion à un pataquès à la Feydeau lors du CN de l’INAO ayant béni le classement : présent ou pas présent, parti et revenu, dans l’avion ou dans la salle… La cour s’amuse !

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 06:00
Sujet de philosophie au baccalauréat option viti-oeno pour les nuls : « La vraie nature du vin »

Les parents, les grands-parents et leurs mouflons angoissent : en juin les épreuves du baccalauréat pointent le bout de leur nez ce qui permet aux journalistes de nous servir un beau marronnier.

 

Votre serviteur a lui passé 2 bacs, l’un en fin de première dit examen probatoire (l’année suivante il fut supprimé) et l’autre en fin de Terminale le vrai baccalauréat.

 

J’ai donc, dans mon parcours scolaire obtenus 4 diplômes : les 2 bacs, la licence en droit public et un doctorat de 3ième cycle.

 

Se retrouver dans une salle surveillée pour plancher sur 1 sujet choisi parmi 3 propositions m’a toujours excité : j’adore être au pied du mur sans autre possibilité que de réussir à passer de l’autre côté pour retrouver ma liberté.

 

Je choisissais toujours très vite le sujet à traiter en fonction de mon inspiration. Ensuite venait un long temps de réflexion pour pondre la première phrase : c’est important la première phrase c’est comme enfoncer le soc d’une charrue pour commencer à labour. Ça pouvait durer un long moment mais dès qu’elle me plaisait je pondais mieux encore qu’une poule en batterie.

 

Tout à la fin je pratiquais la conclusion ouverte, ça ne mangeait pas de pain et ça laissait le correcteur sur une bonne impression.

 

Autre détail : je m’appliquais à écrire lisiblement.

 

Bref, face au sujet de philo :  «Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ? » je laissais ma plume vagabonder pour me payer un 18/20 qui avec son coefficient 9 me permettait sur les autres matières de me friser la moustache que je n’avais pas encore.

 

En dépit de cette belle note je n’ai jamais envisagé d’aller plus avant, d’embrasser la profession de philosophe. Bien m’en a pris, imaginez que fusse devenu le BHL ou l’Onfray de service, j’en tremble de frayeur…

 

Voilà pour la partie souvenirs d’un gus que les examens n’ont jamais empêché de dormir, reste pour moi à entrer dans le vif du sujet du jour : « La vraie nature du vin ».

 

Je l’ai découvert sur les panneaux Decaux.

 

C’est l’œuvre de Gérard Bertrand qui, bien qu’ancien rugbyman, aime surfer sur les tendances.

 

Le vin Nature, comme nous les serine à tout bout de champ le ronchon Pr Tiron, est l’enfant chéri des bobos parisiens qui, bien évidemment, ne vont pas l’acheter dans les allées de la GD où les vins du Grand Gégé sont omniprésents.

 

Alors pourquoi cette accroche ambigüe ?

 

Ça m’interroge !

 

Deux concepts forts mis bout à bout : la vérité et la nature du vin au sens de la nature humaine.

 

Nature humaine :

 

Ensemble des caractères qui définissent l'homme, considérés comme innés, comme indépendants à la fois des déterminations biologiques et des déterminations sociales, historiques, culturelles.

 

« Le thème de la nature humaine n'avait cessé de susciter l'interrogation, de Socrate à Montaigne et Pascal, mais c'était pour y découvrir l'inconnu, l'incertitude, la contradiction, l'erreur (...). Lorsqu'enfin, avec Jean-Jacques, la nature humaine émergea comme plénitude, vertu, vérité, bonté, ce fut aussitôt pour nous en reconnaître exilés et la déplorer comme un paradis irrémédiablement perdu. Et il fallut peu, par la suite, pour découvrir que ce paradis était aussi imaginaire que l'autre (E. Morin, Le Paradigme perdu: la nature humaine, Paris, éd. du Seuil, 1973, p.20)

 

Vraiment est-ce que le sans soufre ajouté donne un brevet de naturalité au vin de Gégé?

 

J’en doute.

 

Les vinificateurs de GB révèlent-ils par ce simple fait la vraie nature de ce vin baptisé Naturae ?

 

Je suis sûr que non.

 

Vraiment, comme le disait Audiard, « Faut pas prendre les oiseaux du bon Dieu pour des canards sauvages ! »

 

Y’a une erreur de casting et de cible : l’habit ne fait, ici et comme souvent, pas le moine et les petites louves et les petits loups, qui aiment se siffler des vins nus, ne vont pas tomber dans le panneau.

 

Après ces rapides digressions commerciales je vous invite à sortir votre plumier pour commencer à plancher sur le sujet.

 

Comme je suis bon et que je n’irai pas vérifier, vous avez 4 heures.

 

Je ne ramasserai pas les copies parce que je vous fiche mon billet que pas un seul d’entre vous va s’y coller, même les accrocs de Face de Bouc. Se taper une dissertation de philosophie c’est plus difficile que de poster des conneries ou de torcher des commentaires pour faire le beau avec des vannes à 2 balles ou des analyses qui atterreraient le plus extrémistes des économistes atterrés.

 

Au cas où une disserte se pointerais rassurez-vous je noterai sur 1000 grâce à l’algorithme savant de mes amis Butane&Degaz.

 

Le Baccalauréat, deux cents ans d'histoire

 

Pour chaque étudiant qui l’obtient, le baccalauréat sonne comme une victoire. Plus qu’un diplôme, il marque quasiment aujourd'hui le passage à l’âge adulte, tant son obtention coincide avec l'âge légal de la majorité. Etymologiquement, le mot baccalauréat a pour racine la locution latine “bacca laurea” , c’est-à-dire “la couronne de laurier ”. Il s’agit de lacorono triumphalis , la couronne triomphale, distinction honorifique symbolisant la gloire de son porteur. En latin tardif, il devient "baccalaureatus " et prend pour signification "degré de bachelier donné dans les universités".

La racine du mot "bachelier", quant à elle, diffère. Jusqu’au XVIIe siècle, avant que sa signification évolue, le bachelier n'est autre que le “jeune noble aspirant à devenir chevalier”.

Les origines étymologiques du diplôme, qu'il s'agisse de locutions latines ou d'Ancien Français, lui confèrent presque une dimension épique. On est loin d'une épreuve où l'on se contente de réciter des connaissances acquises. Pourtant, l'histoire du baccalauréat ne débute qu’au XIXe siècle.

Un baccalauréat réservé aux élites Le mot "baccalauréat" prend une toute autre signification lorsque Napoléon Ier décide d'en faire un diplôme d'entrée à l'université. L'Empereur veut former les élites indispensables au fonctionnement du pays et, pour ce faire, créé les lycées . Avec l’aide de Foucroy, il publie un décret qui rétablit les universités de l’Ancien Régime.

Au sortir de la Révolution française il n'existe en effet plus d'écoles de tous niveaux. Les écoles primaires sont repensées sous l'impulsion, notamment, de Talleyrand. On créé avec succès des écoles spécialisées, dont l’Ecole polytechnique, qui forme les militaires, ou le Conservatoire National des Arts et Métiers.

Napoléon, lui, s'intéresse essentiellement à l'enseignement secondaire, qui a pour vocation d'apporter "les connaissances premières nécessaires à ceux qui sont appelés à remplir des fonctions publiques, à exercer des fonctions libérales ou à vivre dans les classes éclairées de la société ".

C'est ainsi que sont restaurées les facultés de Droit, de Théologie et de Médecine, et qu'est créée celle de Sciences. Pour accéder à ces dernières, il faut obligatoirement être le titulaire d’une “maîtrise ès arts” dispensée par la faculté de Lettres. C'est cette maitrise qui est nommée “baccalauréat”.C'est en effet la culture gréco-latine qui domine le champ culturel, d'où l'importance de la faculté des Lettres.

Loin de sanctionner les années d’études passées au lycée, le baccalauréat est en réalité conçu comme le premier grade universitaire, ce qu’il est d’ailleurs toujours dans les textes.

Le texte du 17 mars 1808 précise ainsi :

“16. Les grades dans chaque faculté seront trois : le baccalauréat, la licence, le doctorat. [...]

19. Pour être admis à subir l’examen du baccalauréat dans la faculté des lettres, il faudra 1) être âge d’au moins 16 ans; 2) répondre sur tout ce qu’on enseigne dans les hautes classes de lycée. [...]

22. On ne sera reçu bachelier dans la faculté des sciences qu’après avoir obtenu le même grade dans celle des lettres [...].

26. A compter du 1er octobre 1815, on ne pourra être admis au baccalauréat dans les facultés de droit et de médecine sans avoir au moins le grade de bachelier dans les celle des lettres.”

La première session du baccalauréat, en juillet 1809, n’accueille que 39 candidats, tous issus de la haute bourgeoisie. L'examen est alors quasi donné : il n’existe pas encore d’épreuve écrite, l’épreuve consiste simplement en un entretien oral.

“On dit que le bac était difficile au début, qu’on ne prenait que la moitié des candidats, c’est absolument faux, on en prenait au début 95 %, puis 90 %... Et ça dure très longtemps ”, raconteAndré Chervel, historien de l’éducation, spécialiste du bac de lettres dans les 50 premières années de sa création :

La suite ICI

 

 

 

 

 

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 06:00
« B… éclata d'un rire énorme et jeta une mie de pain saucée dans la bouche d'A... » L’art de saucer est-il un art brut pour péquenots…

C’est du Zola dans Germinal, 1885, p. 121.

 

Saucée, en ce moment vu l’état du ciel en France, sauf en Bretagne, dès que nous mettons le nez dehors nous sommes violemment saucés.

 

« Elle venait de voir passer Mme Goupil « sans parapluie, avec la robe de soie qu'elle s'est fait faire à Châteaudun. Si elle a loin à aller avant vêpres, elle pourrait bien la faire saucer » Proust, Swann, 1913, p. 101.

 

« Le temps devient abominable (...). Hier nous avons voulu faire une promenade en mer et nous avons été saucés » Flaubert, Correspondance, 1875, p. 223.

 

Dans L’art de saucer, son livre paru aux éditions de l’épure, Malayen Zubillaga nous explique que saucer est « une pulsion primitive, une manière instinctive de goûter le monde… »

 

 

Elle prévient : ça ne se fait pas au nom des codes du savoir-vivre.

 

  • Dans le genre injonction « aussi sèche qu’une hostie dominicale » par Le Petit Larousse du savoir-vivre : Ne saucez pas votre assiette avec du pain.

  • C’est la règle pour le Guide de l’étiquette et du savoir-vivre, avec une exception pour les préparations rustiques de péquenots, même pas en famille car « ces mauvaises habitudes choqueront inévitablement l’entourage et pire, une future belle-mère. »

 

  • Pour La Varende « c’est le commun qui lèche son écuelle »

 

Au Bourg-Pailler, la mémé Marie coupait dans la mie du pain de 4 livres des « petites béchées* » pour que nous puissions saucer.

 

* bouchées en patois vendéen

 

Dans mon petit roman du dimanche, le 24 décembre 2006, j’ai même écrit ça :

 

Elle rit : « et moi tu m'adores comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur...

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

Là, je m’inscris en faux sur la supposition de l’auteur comme quoi « la baguette a été inventée pour saucer. »

 

La baguette c’est un truc de parigots tête de veau et je m’étonne qu’une Marseillaise puisse verser dans un tel parisianisme.

 

Mais il lui sera beaucoup pardonné car elle cite Desproges : « […] il faut être végétarien ou socialiste pour ne pas comprendre l’intense martyre qu’enduraient quotidiennement les malheureux gastronomes de ces temps obscurs. Pour bien imaginer la cruauté d’une telle frustration, essayez vous-même, misérables profiteurs repus de la gastronomie laxiste de ce siècle décadent, de saucer un jus de gigot à la pointe du couteau ou encore les dents d’une fourchette. C’est l’enfer ! C’est atroce ! »

 

Plus encore, je lui accorde les oreilles et la queue pour son humour roboratif : « En Espagne, où saucer se dit mojar (ce qui signifie aussi « mouiller ») (je dis ça je dis rien) »

 

« À Marseille, on ne rigole pas avec les pieds et paquets : si on prépare soi-même les paquets – on en trouve des tout prêts chez la plupart des bouchers –, il est INTERDIT D’UTILISER LA FICELLE pour les fermer. Ce serait comme oser mettre les glaçons avant l’eau dans le Ricard, oublier la rascasse dans la bouillabaisse ou supporter le club de foot de Toulon… »

 

J’adore les Pieds&Paquets et dans une chronique j’écrivais « La première trace des Pieds Paquets – pas mal non – remonte à 1476 au dîner offert par les chanoines de St Trophime d'Arles pour les funérailles de leur confrère Étienne Roberti. Ils sont apparus la première fois dans les recettes du livre de Clément Marius Morard en 1888 et leur réputation grandissante fera écrire à Blancard peu avant les années 1930 qu'ils sont «presque aussi renommés que la Bouillabaisse» marseillaise. »

 

« Du côté de Marseille on galèje grave il se dit qu’un cuisinier dénommé Ginouvès aurait élaboré la recette au XIXe siècle, dans le quartier de « la Pomme », en s’inspirant de la panse farcie écossaise et des tripes à la mode de Caen. Même si cette référence à « la panse de brebis farci » me plaît assez car le sketch succulent de Jacques Bodoin. »

 

Humour certes mais aussi invocation, très je sauce le jus de mes tomates en salade au Flore, de Claude Lévi-Strauss avec son art de donner du goût au pain :

 

« Car il ne suffit pas de manger assez. Il faut, comme le proverbe français le dit excellemment, ne pas perdre le goût du pain, c’est-à-dire de stimuler et de maintenir l’appétence pour un aliment de base, fournisseur d’énergie, mais doté d’une faible saveur […]. La véritable base de la cuisine mondiale, c’est l’hydrate de carbone assaisonné par un condiment. »

 

L’auteur sait aussi admettre ses échecs lorsqu’elle se lance dans la bataille du pain « ma déception a été à la hauteur de mes naïves espérances, un peu comme quand je demande au coiffeur la coupe dégradée Meg Ryan et que je sors en ressemblant à Bernard Thibault. »

 

À ce stade de mon exercice de critique littéraire j’avoue que je suis allergique aux livres de recettes car, comme le note Malayen (un prénom qui ne devrait pas plaire à Zemmour) « Tout le monde peut suivre une recette dans un livre, mais peu de personnes savent spontanément harmoniser une salade composée… »

 

Même si je ne suis pas un alchimiste qui s’ignore, un « toque » en espagnol (prononcé « tôqué), ma ligne de partage est simple : soit je suis capable d’interpréter au feeling un plat, soit je vais au restaurant pour manger ce que je ne sais faire de cette manière.

 

C’est ici que se situe le génie de l’auteur de l’Art de saucer, ses textes donnent envie de se lancer dans l’aventure, ils sont savoureux, baguenaudent dans la vraie vie, s’égarent dans les souvenirs de famille ou de voisinage comme à Martigues (prononcer Martchigues) dans l’immeuble où 5 des 8 appartements étaient loués par une famille de la famille « Yvonne, t’y as des poivrans ? », grésillent dans la poêle, embaument la cuisine…

 

Bref, sans verser dans le dithyrambe, c’est de la belle ouvrage qui donne envie de saucer au nez et à la barbe des coincés du col et des bouches en cul de poule…

 

Mon choix dans cette mine s’est porté sur la Coda alla vaccinara spécialité romaine.

 

Pourquoi ?

 

Avec ma franche mauvaise foi : parce que j’ai un faible pour Virginia Raggi, candidate 5 étoiles aux élections municipales à Rome, arrivée largement en tête avec 37% des voix. Une nouvelle louve pour la ville éternelle ? Par pure diplomatie je ne vous dis rien sur notre maire à nous qui dit aimer le vélo mais nous offre une chaussée pleine de trous…

 

« Elle aurait été créée par les bouchers romains pour utiliser la queue après avoir vendu aux bourgeois les morceaux réputés nobles de l’animal. Classique (après les tripes et les pieds, je te présente la queue). On commence d’ailleurs par un mijotage traditionnel a la tomate et au vin, pendant plusieurs heures pour que la viande se décroche des os et que les ingrédients se fondent en une alchimie onctueuse et parfumée – magie gélatineuse de la queue de bœuf.

 

Mais la coda alla vaccinara est urbaine, insolente, presque sulfureuse : les restaurateurs ont pris l’habitude d’ajouter à cette base du cacao des raisins secs et des pignons. De quoi défriser la moustache du boucher de mon village… »

 

« Les Romains saucent la queue, dégustant la coda alla vaccinara avec du pain plutôt qu’avec des pâtes. Ça me plaît, ce pain qui occupe une place centrale dans le repas : on ne le pose pas avec des pinces dans une petite assiette en guise d’accessoire décoratif ou de coupe-faim bourratif ; on le prend à pleines mains, on l’imbibe, on le tète, on le mâche, on le trempe, on le gobe, ah ça oui, c’est la sauce. »

 

Allez avec Malayen assénons la belle formule du regretté Jacques Villeret, dans Papy fait de la Résistance, trempant une demi-baguette beurrée dans un œuf d’autruche devant des convives atterrés ( ne pas confondre avec les économistes) « L’humour, c’est l’une des choses que je préfère, avec l’infanterie et les pieds  paquets. »

 

L'art de saucer par Desproges : un très grand moment de radio au Tribunal des Flagrants Délires 

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