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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 06:00
Supplique pour sauver le soldat Thierry Desseauve de l’anonymat... il faut que les mouches changent d'âne…

Fut un temps où pour accéder au faîte de la notoriété il fallait avoir sa marionnette aux Guignols de l’info.

 

Dans le Vinoland, de nos jours, l’irruption de Gros Vins de France qui semble avoir cessé d’émettre, du Glourafi sur Twitter et tout récemment Terre de Vinasse, secoue le convenu qui sied à nos grands, ou ceux qui aspirent à l’être (oui, oui, j’en connais) critiques notateurs commentateurs en mots fleuris et payants.

 

Ce matin, avant que la touffeur de cette fin de juillet ne m’oblige à sucer de la glace, je prends la plume pour réparer l’injustice faites à Thierry Desseauve.

 

Dans un couple, il y a toujours un dominant, voyez par exemple chez Pernod-Ricard c’est le père Paul qui a tenu le manche avant de le céder à un autre Ricard. Qui connaît les Hémard ? Moi bien sûr car je sais tout ou presque…

 

Chez Bettane&Desseauve y’en a que pour le premier.

 

Pour preuve Terre de Vinasse qui le met à nouveau à sa Une :

 

« Suite à un énième article volontairement polémique sur l’éternel sujet du vin bio (passé dans un premier temps de la rédemption à l’imposture, puis à l’avenir du vin, tout ça en moins de 3 ans) et du vin naturel (une « tromperie« , dont de plus en plus de spécimens sont cependant « quite good » ), publié cette fois en anglais, Terre de vinasse est allé à la rencontre de Michel Bettane, le critique francophone le plus anglophone de la planète wine, véritable dégustateur extraterrestre planant à des années-lumière au-dessus de ses contemporains. »

 

La suite ICI 

 

Et pourtant ces derniers temps le Thierry il est sorti de l’ombre pour monter au front sabre au clair et proclamer que le bio était l’avenir du vin.

 

Vent debout plein gaz : On ne peut plus dire aux consommateurs « buvez notre vin cher » tout en le cultivant comme un champ de patates ! » Thierry Desseauve 

 

« Comme toujours, il y a des gens en avance, reconnaît Thierry Desseauve. Mais au début des années 90, il n'y avait pas grand-chose ». Et puis une nouvelle génération de viticulteurs est arrivée, consciente que l'on ne peut plus polluer les sols impunément, soutenu par des cavistes et des bars à vin avant-gardistes. »

 

Pourquoi cet ostracisme à l’égard de ce bon Thierry ?

 

Moi je l’aime bien le Thierry, il fait du vélo comme Sarko…

 

 

Mon Ventoux de la journée ! notait-il le 14 juillet.

 

C’est tout de même lui qui tient les rênes de la boutique même si N de R ne lui coûte pas très cher en notes de frais vu qu’il se fait rincer au château en permanence.

 

Thierry il est encore jeune et beau même s’il a pris quelques kilos. Certes il a un côté gendre idéal qui sans doute le dessert mais que diable il mérite mieux que ce dédain.

 

Je lance donc un appel, suis même prêt à financer un publi-reportage dans la RVF afin que justice lui soit rendue.

 

Alors en parodiant Jean-Michel Larqué à propos de Thierry Rolland nous pourrons, vous pourrez affirmer « Tout à fait Thierry… » et celui-ci pourra répondre « J'ai bien l'impression que les mouches ont changé d'âne ».

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:00
Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD

Il fait trop chaud pour travailler mais ça ne m’empêche pas de pédaler, sur mon fier destrier, pour aller faire mon marché, mes courses comme dirait madame Michu. C’est meilleur pour la santé que de pousser son caddie dans les allées de la GD pour acheter des légumes frigorifiés, des fruits anesthésiés, du pain congelé, de la viande operculée…

 

Bien évidemment les grincheux vont m’objecter que j’ai le temps, tout mon temps, puisque je me tourne les pouces aux frais des caisses de retraite. Certes, mais combien de retraités dans nos belles provinces, dans leur grosse ou leur petite auto, vont pousser le chariot en des centres commerciaux sis aux lisières de la ville.

 

Le temps je l’ai toujours pris et je ne vais pas entonner mon couplet sur celui passé, par les je n’en ai pas, devant leur télé ou leur écran d’ordinateur.

 

Au petit matin je bâte mon vélo (pour les ignorants : je muni ses flancs de sacoches) et je fonce ventre à terre vers un Terroir d’avenir sis rue du Nil. En un petit quart d’heure je suis à pied d’œuvre. D’abord les légumes et les fruits de saison puis la crèmerie-fromagerie, je laisse mon cabas empli pour me rendre à la boucherie-charcuterie où je croise Lily ma bouchère, je choisis, je paye et part vers la boulangerie. Même procédure : je choisis, je paye, et je retourne vers mes premiers achats. L’heure est à emplir mes calebasses. Je le fais avec soin, les patates au fond, les fruits fragiles au-dessus.

 

Je charge mon cheval et repart lourdement lesté.

 

Une fois passé le Pont neuf le parcours est plus tranquille, c’est comme si mon fidèle destrier posait la gomme de ses pneus sur les rails évitant ainsi les fondrières que notre maire ne prend pas la peine de boucher. Elle préfère communiquer sur son amour du vélo.

 

Arrivé au bas de mon château je déleste ma bête, l’attache dans sa stalle et dans un dernier effort je trimballe mes courses jusqu’à l’office.

 

Déballage.

 

Mise en place.

 

Photos.

 

Nature morte sur Face de Bouc.

 

Celles-ci vont de septembre en Corse jusqu’à ce mois de juillet enfin ensoleillé.

 

Vous voyez le bien manger c’est simple.

 

Le bien boire vient par surcroît.

 

Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 06:00
Ça a l'odeur du sancerre, ça en a la couleur, mais ça n'en est pas. « C’est au pied du pied de vigne qu’on trouve l’arracheur. » la guerre des litrons…

Pour traiter d’un problème local rien ne vaut qu’un journal local sinon c’est l’AFP à tous les étages et ça a l’odeur du journalisme, ça en a la couleur, mais ça n'en est pas. Même dans un journal comme Sud-Ouest, où d’éminents journalistes, tel César Compadre qui, dans une vie antérieure a bourlingué dans tout le vignoble, pas la plus petite trace d’analyse sur ce sujet éminemment sensible : la plantation de vignes IGP dans un territoire d’AOC. Sans doute notre homme est-il en congés ou peut-être préfère-t-il nous servir le énième papier sur un chai futuriste érigé grâce au crayon d’une star parisienne de l’architecture.

 

Bref, comme disait Pépin (de raisin dixit Pierre Dac) revenons au Berry RépublicainRémy Beurion entre dans le sujet en détournant un célèbre proverbe :

 

« C’est au pied du pied de vigne qu’on trouve l’arracheur. Et pas deux ou trois plants, comme ça, en passant, comme on se débarrasse d’une mauvaise herbe. Non, 5.600 pieds de sauvignon en un temps record, la semaine dernière, probablement de bon matin.

 

Le viticulteur de Bué victime de cet arrachage sauvage et illégal ne découvre le pot aux roses que samedi matin, sur l’une de ses parcelles, non classées, situées à Saint-Satur».

 

« Ce ne sont pas n’importe quels pieds de vigne qui subissent les assauts d’arracheurs que la brigade de gendarmerie de Sancerre doit maintenant identifier. Ils sont issus d’une parcelle destinée à la production de vins d’identification géographique protégée (IGP), c’est-à-dire l’antithèse de l’AOC sancerre, garant de sa qualité depuis exactement quatre-vingts ans cette année en ce qui concerne le blanc depuis 1959 pour le rouge.

 

L’homme du cru, seul en capacité de restituer l’ambiance régnant dans le vignoble sancerrois, note que la tension est palpable, comparaison n’étant pas raison ça sent un chouïa la guerre des boutons, chère à du petit Gibus « Si j'aurais su, j'aurais po v'nu », où les gamins de Longeverne se querellent avec ceux de Velrans.

 

Alors le camarade Beurion y va encore avec la formule choc :

 

Tant que les antagonismes restent sous les bouchons, pas de problème. Sauf qu’à quelques arrachages symboliques, par-ci, par-là, se greffe aujourd’hui un arrachage de grande ampleur. Le viticulteur a déposé une plainte auprès de la gendarmerie de Sancerre, pour un préjudice estimé, à la louche, à 12.000 euros. La première récolte, issue de cette plantation effectuée il y a deux mois, devait être mûre dans trois ans. Ce ne sera pas le cas.

 

Pour le viticulteur, une chose est sûre : il fallait marquer le coup. Et la poignée d’hectares de vignes IGP arrachées, sur le sol sancerrois, est un marqueur symbolique. Mais qu’elle est cette indication géographique protégée qui fait tant hurler les viticulteurs enracinés dans l’AOC Sancerre?

 

La réponse est ICI 

 

Voilà pour le contexte, les faits, mais le sujet de la cohabitation, de la mixité à l’intérieur du périmètre d’une AOC, d’un vignoble dédié à l’IGP pose sans aucun doute des problèmes qu’on ne peut balayer d’un revers de la main.

 

Je ne vais pas ici entrer dans les subtilités de la règlementation française qui adore empiler des textes pour soi-disant protéger l’esprit de nos beaux terroirs pour ensuite s’en accommoder au gré des intérêts économiques d’une appellation.

 

En l’espèce tout part de l’œuvre magistrale, que nos grands chefs du vin ont érigé, la gestion à la française des autorisations de plantation. « Père, gardez-vous à droite; père, gardez-vous à gauche. » (Philippe le Hardi), érigeons des barrières, fabriquons des interdictions, bridons les initiatives au nom de la régulation pour ensuite pleurer sur notre incapacité à répondre aux attentes de ces fameux marchés.

 

Mais au bout du bout, lorsque le vin est tiré et qu’il faut le boire, l’argument qui se veut décisif de la directrice de l’Union viticole sancerroise, Nathalie Prieur, risque de se retourner vers l’envoyeur :

 

« Ça en a l’odeur du sancerre, ça en a la couleur, le message auprès du consommateur est donc moins évident, la classification devient floue pour lui. C’est un préjudice à moyen terme mais certains ne le voient pas arriver. »

 

D’autant que la différence de prix est significative.

 

Et si dans cette affaire, une grande part des vins de sancerre, vendue à bon prix du fait de la notoriété de cette appellation, n’était de par leur mode d’élaboration des parents très proches de l’IGP ?

 

Battre le tambour du terroir c’est bon pour le commerce mais nous les consommateurs qu’on appelle en renfort pour défendre une classification qui, rappelons-le, se voulait dès l’origine protectrice de l’origine (façon de parler) et qui par le biais des nouvelles ODG, cahier des charges, dégustations d’agrément, s’est muée en machine à égaliser, à normaliser, à nous proposer un breuvage blanc sans grande originalité.

 

Allez donc faire le tour des bistrots parisiens alimentés par la poignée de gros distributeurs du CHR et commandez un verre de sancerre !

 

C’est au mieux un petit blanc, au pire un truc insignifiant et c’est cher par-dessus le marché ; en clair ça équivaut à une brave IGP au prix d’une AOP renommée.

 

Arrachez tout ce que vous voulez mais sachez que la vérité est dans le verre non dans l’illusion de l’étiquette !

 

Avoir le beurre et l’argent du beurre c’est bien mais ça ne dure qu’un temps, alors au lieu de faire un sort à des ceps de vigne, d’avancer des arguments qui ne tiennent pas la route, tel «Si les gens veulent planter, qu’ils plantent autre chose que du sauvignon ou du pinot noir. Il est trop facile de mettre un vin de pays et un vin AOC dans une même cave. », de nous faire prendre des vins d’AOC pour des vins de terroir alors qu’ils ne sont que des enfants de l’œnologie moderne, les « concombres masqués de Bué » feraient mieux de se préoccuper de l’évolution des attentes des consommateurs. Vivre son stock de vieux buveurs c’est bien, anticiper les évolutions c’est mieux.

 

Et, entre nous, ce ne sont pas quelques arpents de vignes IGP nichés dans l’AOC sancerre qui vont faire de gros accrocs dans la notoriété de cette appellation. Avant de crier à l’incendiaire mieux vaut se préoccuper du feu qui couve dans la maison.

« J'ai gardé en mémoire le bruit des galoches cloutées qui résonnaient sur le chemin gelé d'école. J'ai fait mes humanités à la communale. Les bandes et les bagarres, je connais. La lutte des classes, la lutte pour la différence, la lutte pour une vieille et sombre histoire du passé. Il y a toujours eu ça, et il y a encore ça, pas seulement de village en village, mais de trottoir à trottoir... J'ai bien peur qu'aujourd'hui, dans certaines banlieues, la guerre des boutons soit plus violente. C'est peut-être là la vraie différence. Avec l'auteur de ce chef d'œuvre sur l'enfance, Louis Pergaud, je me sens chez moi, je suis un des enfants de cette guerre et je crois bien que tout le monde s'y retrouve en voyant le film. Pour moi, La Guerre des boutons, c'est la République des enfants... »

— Yves Robert

 

La célèbre phrase du petit Gibus « Si j'aurais su, j'aurais po v'nu » n'appartient pas au roman original. C’est en fait une reprise de la phrase « Si j’aurais su, j’aurais pas venu », figurant dans la rubrique « Une heure dix avec... » de L'Os à moelle (no 61, du vendredi 7 juillet 1939)

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 06:00
Vous aimez ce vin nature : justifiez-vous !

Dans le cadre des nombreuses et brillantes cérémonies organisées pour fêter mon passage au millésime 68, j’ai eu à subir un étrange et arrogant questionnement.

 

Les faits : je dînais à l’une de mes tables favorites et, alors que je m’apprêtais à quitter le lieu, le chef me proposa de partager une belle bouteille avec des clients assemblés autour de la table d’hôte. Parmi eux des personnes de connaissance, lecteurs, amis sur Face de Bouc, j’acceptais.

 

Le chef me proposa une bouteille de vin de macération naturiste en diable.

 

J’opinais sans réserve.

 

Quand le vin est tiré il faut le boire.

 

Nous trinquâmes dans les règles.

 

Dans le tour de table, face à moi, une matrone, au visage guère avenant, me laissa à peine le temps de tremper mes lèvres dans le breuvage, me fusillant du regard, elle lâchait avec une moue méprisante :

 

- Vous aimez ça ?

 

Surpris mais peu enclin à me laisser agresser par quelqu’un que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, je contentai d’un : oui sec !

 

Le revers fut tout aussi rageur et cinglant :

 

- Développez !

 

Autour de la table, dans un silence gêné, les convives attendaient mon retour à deux mains mais comme je n’avais aucune envie d’en découdre, de me justifier face à une adversité fielleuse je me contentai d’un : j’aime et ça suffit à mon bonheur !

 

La mégère non apprivoisée ne lâchait pas prise : «c’est un peu court comme réponse !»

 

J’étalais un sourire narquois qui multipliait la fureur intérieure de l’aigre.

 

À ma gauche une jeune femme, mezzo voce, me disait : moi j’aime ce vin.

 

Moi je consommais.

 

En face, la madame fulminait avec des mots choisis que je vous épargne mais qui se résumaient en « si vous n’avez rien à dire sur ce vin c’est qu’il n’y a rien à en dire.

 

Je reposai mon verre pour stopper sa logorrhée vinaigrée : « madame je n’ai nul besoin de mettre des mots sur mes émotions… c’est vrai aussi bien pour le vin, que pour la musique… la peinture. »

 

Autour de la table on respirait, la passe d’armes aussi déplacée que virulente laissait la place à une conversation normale.

 

Pour la bonne compréhension du contexte cette petite escarmouche s’est déroulée dans un restaurant dont la carte des vins est exclusivement nature. Quant à la désagréable je sais par la magie de Face de Bouc qu’elle était là par la grâce d’une invitation du chef.

 

Alors pourquoi tant de haine face à ce vin de macération ?

 

Je ne sais mais ce que je sais c’est que ce type de comportement est le lot de ceux qui voient dans les vins nus, comme le dirait mieux que moi l’Apollon de Barcelone, des vins d’évier, des vins de bobos parisiens snobs, des friqués qui se la pètent.

 

Libre à eux de ne pas aimer, c’est leur droit le plus strict, mais qu’ils arrêtent de nous faire chier !

 

Au-delà de cette anecdote, plus largement je ne supporte plus l’engeance dégustative qui, à propos de tout et de rien, transforme le plaisir du vin en une forme de contrôle des connaissances : je n’en ai rien à péter d’identifier le cépage ou d’étaler une science du vin que je ne possède pas.

 

Bref, le vin de macération était bon, j’étais là pour fêter mon anniversaire non pour subir un interrogatoire musclé de la part de quelqu’un qui ne s’est même pas présenté : les bonnes manières se perdent ma bonne dame.

 

L’invitation du chef et ma présentation à la tablée par lui, trop aimable, trop élogieuse, est sans doute aussi pour une part dans l’ire de la revêche.

 

Sur le chemin du retour, Élisa Berthomeau me confiait qu’elle avait eu très envie de river le clou à cette malpolie. Elle trouvait, à juste raison, que ça ne faisait pas de tomber sur le râble de quelqu’un avec autant de véhémence à propos d’un simple verre de vin. Je lui répondais qu’avec ce genre de personnage il faut être économe de ses mots et qu’engager le fer ne sert à rien.

 

Et puis le lendemain dans ma revue de presse j’ai noté ceci :

 

«Ne pas trouver les mots pour décrire ce que l'on ressent en matière de goût, d'odeur et de texture est tout à fait naturel. Tout simplement parce que les mots et les sensations ne se forment pas dans les mêmes zones du cerveau.»

 

«J'irais jusqu'à dire que certaines sensations sont indicibles. Quand vous êtes bouleversé par une belle musique, vous ne parvenez pas à en expliquer la raison. C'est pareil. C'est pourquoi il est important de ne pas trop intellectualiser la dégustation, qui est plus un exercice sensuel qu'intellectuel».

Denis Dubourdieu

 

Merci pour ce moment de partage chère madame que Face de Bouc me demande avec insistance depuis d’intégrer à mes amis.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 06:00
68 ans l’âge de déraison...

J’ai eu 20 ans en 68 et je n’ai pu voter aux législatives qui virent le parti gaulliste ramasser la mise.

 

Et pourtant, ici, à Nantes, les spasmes des étudiants trouvaient un écho favorable chez les mecs qui se lèvent tôt le matin. Aux chantiers de Penhoët, à Nord-Aviation de Bouguenais, chez Say à la raffinerie de Chantenay, chez Saunier-Duval, et dans plein d'entreprises les salariés bougeaient. Ils se méfiaient de nous, de notre loghorée, de notre extrémisme gratuit. Dans les appareils syndicaux, des figures s'affrontaient : Hébert l'anarcho-syndicaliste de FO, son collègue Rocton trotskyste de Nord-Aviation, Louis Morice de la CFDT des employés des chantiers de l'Atlantique, un catho de gauche, Andrieu le Cégétiste hors appareil, un PSU... Ce bouillonnement touchait aussi, hors la ville, les paysans. Autour de Bernard Lambert, le tribun aux gitanes maïs, tombeur d'André Morice le maire de Nantes aux législatives de 58, le jeune Bernard Thareau, au regard bleu, visage d'ascète, empli d'une volonté farouche, et des moins connus tel Joseph Potiron de la Chapelle-sur-Erdre. Eux travaillaient sur les deux fronts. Ils étaient unitaires pour deux.

 

Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes sœurs.

 

Pour la grande manif du 24 mai où les paysans, allant au-devant du mouvement populaire, investiraient la Centre-ville pour poser un acte symbolique, rebaptiser la place Royale : place du Peuple. Nous étions inquiets, le Général privé de ses godillots, pour tenter de reprendre la main sur la chienlit, allait jouer le soir à la télé le énième remake de moi ou le chaos. Coincé entre le couillemollisme de ses barons et l'intransigeance de la rue, le héros du 18 juin ne comprenait rien au film. Exaspéré par la lâcheté de ceux qui lui devaient tout, et incapable de comprendre nos ressorts profonds, il allait ressortir de son képi le coup du référendum.

 

La CGT et les alliés du Kremlin freinaient à mort, la vieille gauche agonisante, Mitterrand en tête, étaient à côté des pompes du mouvement, restait Mendès, qui faisait du Mendès, se méfiant des humeurs de la rue.

 

Le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou veut reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il joue son va-tout. L'important pour lui c'est de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferraille, main sur le coeur en appelle à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.

 

Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours.

 

Charléty

 

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier.

 

De Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement - la saillie est de Bernard Tricot - se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

 

 

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcé sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif.

 

Assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce nous serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. A la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, nous savions que ce temps suspendu que nous venions de vivre marquerait notre vie. Nous ne serions plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. 

 

 

 

 

Mineur je n’avais le droit que d’aller à la guerre mais comme il n’y en avait plus je n’ai jamais porté l’uniforme mais j’ai fait mon service national au titre de la coopération.

C’est dans l’autorail Nantes-La Roche s/Yon en lisant une interview de Michel Rocard que j’ai décidé de mettre mes pas dans les siens.

Jacques Julliard son compagnon de route explique très bien la trajectoire qui fut la sienne et, bien sûr, à un étage moins élevé la mienne.

« Du jeune inspecteur des finances contestataire à l'homme d'Etat social-démocrate, la carrière de Michel Rocard a été une évolution plutôt qu'une continuité. Mais elle montre aussi une constance dans la personnalité morale. »

 

Michel Rocard fut un moment de notre conscience politique

 

Ceux qui voient dans la carrière politique de Michel Rocard une continuité parfaite ont bien de la chance. Une amitié de soixante ans - j'ai fait sa connaissance en 1956 - m'amène à la conclusion inverse : je suis frappé de son évolution. Il y a bien loin en effet du jeune inspecteur des finances des années 60, qui défile le poing levé et l'œil allumé à la tête des maigres cortèges du PSU, en proférant des slogans révolutionnaires, au vieil homme d'Etat, la paupière tombante et le visage marqué par la maladie, qui médite avec une lucidité aiguisée par l'expérience sur l'incompatibilité entre le devoir de vérité et les outrances de la démocratie d'opinion.

 

Oui, si continuité il y a, elle relève de ce que Pierre Bourdieu appelait l'illusion biographique. C'est bien du même homme qu'il s'agit, mais qu'est-ce que l'identité d'un homme ? En apparence au moins, une convention intellectuelle fondée sur une continuité biologique.

La suite ICI 

 

Pour ceux qui n’auraient pas lu ma chronique : La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe, Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai lire ICI 

 

Par bonheur l'année 1948 était bissextile... le fabuleux destin du 12 juillet... 

 

« Au bord de la nationale des vacances, au Bourg-Pailler, participant au baby-boom, sa mère, qui se prénommait Berthe (4 juillet), son futur parrain Alain (16juillet), la sage-femme qui devait l'accoucher Marthe (29 juillet) et son futur saint patron se fêtait le 25 juillet, l'attendaient. Par bonheur l'année 1948 était bissextile sinon il eut pu, horreur absolue en cette Vendée si peu républicaine, naître le 14 juillet.

 

Sa sainte mère étant une bonne chrétienne, et comme en ce temps là le dimanche était sacré, alors il préféra le lundi 12 pour faire son apparition. Une date bien anonyme, et qui le resta fort longtemps, jusqu'à ses 50 ans. Ce jour-là, en une chaude fin de soirée, le front de Zidane se propulsa par 2 fois à bon escient contre ce que les reporters de ses jeunes années qualifiaient de cuir. La France exulta et 1 et 2 et 3... et même si plus personne ne se souvint de ce brave Guivarc'h préposé officiel à l'engraissement du score le 12 juillet 1998 s'inscrivit en lettres d'or au fronton de l'orgueil national. Bref, alors que le lundi 12 juillet 1948, aux alentours de midi, la paroisse Saint Jacques le Majeur s'enrichissait d'un futur enfant de chœur, et la Vaillante Mothaise voyait éclore l'un de ses plus valeureux capitaine, personne ne se doutait qu'un jour cette date serait à marquer d'une pierre blanche ou plutôt d'une étoile sur les maillots des Bleus. »

 

La suite ICI

 

Pour la photo-titre : 

 

Rocard, ce jour-là, a tombé la veste et bu un coup. En l’état, il évoque les acteurs secs et sérieux comme Charles Denner ou Maurice Ronet dans un film Nouvelle Vague. Mais la position est évocatrice aussi parce qu’elle fait directement penser à Charlot assis sur le pas d’une porte avec le Kid à ses côtés, les bras croisés, le regard triste.

 

Une photo en 1985, l’homme politique paraît plongé dans un abîme de mélancolie pensive, une minute d’asthénie dans un océan de sur-activisme volontariste, recroquevillé contre la balustrade (le garde-fou ?), le vin consolateur posé à ses côtés...

 

Lire ICI

 

 

 

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 06:00
Hommage aux bacheliers qui ont eu plus de 20/20 La Cause du Peuple, le grand organe révolutionnaire, osera écrire « Lagarde meurt mais ne se rend pas »

Ceux qui n’ont pas vécu l’effervescence échevelée du mois de mai 68 ne peuvent pas comprendre l’étrange état, mélange de frustration, de manque, d’envie de repasser les plats, dans lequel se sont retrouvés certains lycéens qui avaient dû se contenter, dans leur bahut de province, du rôle de spectateur de la chienlit chère au vieux général. Beaucoup d’entre eux avaient bien sûr organisé des répliques, des poussées d’acné juvénile, de la contestation contre la machine à ingurgiter, mais ce n’était que des ersatz. Alors, ceux d’entre eux qui étaient monté à Paris pour entrer en Prépa, avaient élevé les évènements au rang d’un mythe fondateur. Ils ne touchaient plus terre. Ils ne voulaient pas descendre de leur petit nuage. Ce coitus interruptus, fin prématurée de la grande fête de printemps, les plongeaient dans une forme avancée de fouteurs de merde professionnels. L’ordre régnait à nouveau mais la sève vive de ces jeunes pousses, à la tête bien faite, ne demandait qu’à gicler. Et elle giclait : du règlement intérieur tatillon, avec ses contrôles, ses justifications d’absence, du cérémonial des mandarins, du folklore poussiéreux de Louis-le-Grand, ils font table rase. Le tout est possible est autoproclamé. C’est le règne du bon vouloir d’une poignée de trublions. La hiérarchie s’écrase. S’incline. Se couche. La spirale du bordel s’installait.

 

Je débarquais dans ce happening permanent, où ce pauvre Lagarde, le coéquipier de Michard, connu de tous les potaches de France et de Navarre pour ses manuels de littérature, tête de turc n°1, harcelé, bousculé lors d’un concours blanc, débordé, s’écroule victime d’une crise cardiaque dans l’indifférence générale. La Cause du Peuple, le grand organe révolutionnaire, osera écrire « Lagarde meurt mais ne se rend pas ; en l’occurrence l’imbécile réactionnaire pique sa crise cardiaque. Et, alors que l’administration, les réformistes et les révisos s’empressent autour de la sommité académique à terre, le camp antiautoritaire continue son action ; pourquoi s’arrêter pour une autorité académique ? Peu nous importe le sort d’un pauvre type, du moment qu’il cesse de répandre ses insanités ! » Ce n’est pas du karcher mais du lance-flammes. Féroces les tigres de papier, adeptes de l’eugénisme « intellectuel », ils règnent sans partage sur « Base Grand ». Tout le monde s’écrase, le proviseur et le censeur sont aux abonnés absents, les surgés ne voient et n’entendent rien, alors les insurgés s’enhardissent, libèrent le « jardin privé » du proviseur, le portrait du Grand Timonier orne le monument aux morts.

 

Le soir de mon rendez-vous avec les chefs du groupe Action de la GP, la cellule « gépéiste » de « Base Grand se réunissait. L’ambiance était électrique car la semaine précédente, à l’issue de la projection de l’Orient rouge, opéra socialiste-réaliste à la sauce aigre-douce chinoise du Grand Timonier, où, bien sûr, les larges masses paysannes triomphaient des affreux contre-révolutionnaires, les « nouveaux enragés » s’étaient payés le luxe d’envahir la salle voisine où se tenait une réunion d’une association de parents d’élèves « réac ». Bombages des visons de ces dames, croix gammées sur les murs, horions divers et variés : pourris, bourgeois décadent, crises de nerfs, en dépit de la position minoritaire des larges masses étudiantes les mâles bourgeois décadents laissaient les gardes rouges humilier leurs dignes épouses. En dépit du caractère minable, honteux, de cette action, les « partisans » de «Base Grand» sont donnés en modèle. Portés au pinacle de la Révolution prolétarienne. En entrant dans le hall du vénérable lycée, avec mon jean et mon perfecto, j’eus l’impression de pénétrer sur la scène d’un théâtre d’avant-garde où les acteurs singent le réalisme en se fagotant de guenilles et sur-jouent pour persuader le public de leur engagement extrême à la cause des masses opprimées. Les larges masses de la cellule « gépéiste » de « Base Grand », comme me l’avait dit cette ordure de Gustave, n’étaient qu’un ramassis de petits frelons : des impuissants dangereux.

 

L’essaim bourdonnait. Je croisais dans le hall de Louis le Grand l’un des meneurs de la GP des khâgneux, Guy Lardreau, drapé dans son long manteau de cuir noir battant les talons de ses lourdes bottes. Le louangeur de Beria, se la jouait Guépéou avec un zeste de dandysme canaille en se trimballant en permanence avec une cane gourdin : son instrument de travail pour casser du facho, tout particulièrement les fafs d’Occident. Mon allergie viscérale pour les apprentis bolchevicks, ceux qui n’avaient pas mouftés lorsque les chenilles des chars des pays frères écrasaient le printemps de Prague, me poussait à aller lui taper sur l’épaule pour lui montrer mes mains bousillées par la tôle Citroën et le traiter de petit branleur. Bien sûr, je m’abstins, mais tout en grillant une cigarette, car j’étais en avance, je ne pouvais m’empêcher de penser à Pierre Clémenti. Le Pierre Clémenti de Belle de Jour, avec sa gueule cassée, ses ratiches d’acier, ses chaussettes trouées et sa dégaine de petite frappe. Lui, au moins, dans la chambre minable du HBM, où Catherine Deneuve, grande bourgeoise en mal de souillure, venait faire des passes, il collait bien à son personnage. L’habitait.

 

Comme l’écrivait d’une main, avec gourmandise, ce vieux pédéraste de Mao, en fouinant de l’autre dans la petite culotte des petites filles en fleurs : « Feu sur le quartier général » : pào sīlìngbù zhāng. Dans le nid de frelons ma tête grésillait, une envie cataclysmique de me vautrer dans le lit d’une grande bourgeoise me consumait. Tout ce gris sur gris de l’atelier 86 rythmé par le lancinant déroulé de la chaîne s’ajoutant au plomb de mes reins cassés, au gras de la tambouille de la cantine, aux brimades des petits chefs, à l’infinie résignation de mes compagnons de galère, sortait par tous les pores de ma peau. Suintait. Puait. Feu sur le quartier général ! Il me fallait reprendre l’initiative. Sortir de la nasse. En clair, devenir un agent double. Trahir tout le monde. M’installer à mon compte. Tirer parti de la situation. Jouir sans entrave comme les murs de la Sorbonne le proclamaient. Comme l’actionnaire majoritaire de ma petite entreprise était ce paranoïaque de Marcellin, j’allais le gaver de dividendes. Lui servir la soupe qu’il espérait : la main du KGB via Georges Habache et le FPLP, celle vérolée du Mossad pour les attaques de banque et, bien sûr, cerise sur le gâteau, celle tentaculaire et omniprésente de la CIA qui, pour l’attentat de la Piazza Fontana à Milan, charge l’extrême-gauche qui à le dos si large. Restait à convaincre les adorateurs des larges masses de marner pour mon compte au moindre coût. La voie s’avérait étroite.

 

Les « nouveaux barbares » étaient en retard ce qui me laissait tout le loisir de contempler quelques beaux spécimens de petits culs des beaux quartiers qui cherchaient des mains prolétariennes, rudes et calleuses, pour connaître le grand frisson que seules les « larges masses », fleurant bon la sueur et le cambouis, pouvaient leur procurer. Je ne raille pas, elles n’attendaient que ça. Les têtes d’œufs de la GP, sinistres, fuyaient le sexe considéré comme la faille suprême où la pureté révolutionnaire risquait de s’engloutir, se diluer, alors ils combattaient et réprimaient les délices de la chair comme l’opium des fils de bourgeois en quête de rédemption des maîtresses de leurs pères et des amants de leurs mères. Cet ascétisme ne pouvait que profiter à ceux qu’ils vénéraient : les prolos. L’érection des damnés de la terre en phares de la Révolution les plaçaient en position de se servir à volonté au grand festin du cul. Mes sources de basse-police brodaient avec délectation sur les parties de jambes en l’air entre les belles héritières et la nouvelle race des élus dans les alcôves des grands appartements du Triangle d’or. On aurait cru qu’ils tenaient la chandelle les balourds des RG.

 

Des amuse-gueules, ces mijaurées en jeans me mèneraient droit au lit de leur mère. J’allais me goinfrer. Avant le festin, il me fallait assurer mes arrières. Un détail vous a sans doute échappé dans mes écrits touffus et confus : à aucun moment je n’ai fait état de mes obligations militaires. Comme dans notre beau pays, en ces années-là, nous vivions encore sous le régime de la conscription obligatoire, lorsque je plaquais mes études mon statut était celui de sursitaire. Ma réussite au concours de la Police Nationale ne me dispensait pas d’être appelé sous les drapeaux et, si j’avais été un tant soit peu plus attentif, j’aurais du m’étonner que la hiérarchie m’offrît une affectation avant que je n’eusse fait le bidasse. Ces enflures m’avait débusqué dès l’origine et m’avait manipulé. À mon tour de leur rendre la monnaie de leur pièce : préserver les avantages de mon statut d’agent infiltré et me débarrasser au plus vite de ma couverture de prolo chez Citroën tout en évitant de me retrouver 2ième pompe au camp de Mourmelon et être soumis aux menus plaisirs de salopards du type de l’adjudant-chef Chanal. Pas simple mais faisable, j’avais ma petite idée sur le mode opératoire. Dans le bordel ambiant et la paranoïa de mes chefs collant aux obsessions de Marcellin, plus ce serait gros mieux ça passerait. Il me fallait leur en donner pour leur argent.

 

Depuis toujours je suis un ramier qui bosse comme un perdu lorsqu’il se retrouve au pied du mur. L’adrénaline est mon seul moteur. Dans les derniers instants, avant d’affronter un truc important, je suis capable d’absorber des tonnes de renseignements, de les trier, de les analyser, de les hiérarchiser et, après une bonne nuit de sommeil, d’en faire mon miel. Avant de venir affronter mes frelons j’avais bouffé tout ce que mes très chers confrères avaient gratté sur l’opération Flins de juin 68 menée de mains de maître par mes révolutionnaires en peau de lapin. Comme le disait Fouché – pas Christian, mais l'autre, le vrai, l’inventeur de la police politique moderne – toute personne à un prix mais pour l’acheter, sans ruiner le Trésor Public, il suffit de la dévaluer. Les fiches sont d'excellents dépresseurs de prix et, tout pur et dur qu’il soit, le gauchiste peut aussi se trimballer des casseroles dont le bruit pourrait importuner ses camarades, surtout les grands guides toujours prompts à condamner et à jeter les déviants dans les ténèbres extérieurs. Je disposais donc d’une relation crédible, vu de l’intérieur du mouvement, qui me permettait d’aborder les chefs militaires de la GP, surtout ceux qui avaient joué un rôle éminent dans l’équipée de Flins, sans me prendre les pieds dans le tapis.

 

Entre autre connerie, il les enfilait comme les saucisses et les petites filles en fleurs, le Grand Timonier variqueux, dans son petit livre rouge, avait déclaré pour stimuler les larges masses : « Mourir, c’est toujours grave ; mais mourir pour le peuple, c’est léger comme une plume… » L'état-major de la GP, au nom du son nécessaire sacrifice pour le peuple, avait besoin de martyrs et ce fut le malheureux Gilles Tautin, noyé accidentellement le 10 juin dans la Seine, alors qu’il tentait d’échapper aux gendarmes mobiles, qui avait eu l'insigne honneur de voir son nom gravé dans le marbre du mausolée de la Révolution prolétarienne, nouveau Panthéon des sacrifiés de la longue marche des partisans de la prise du pouvoir par les damnés de la terre. Vous apprécierez, je l'espère, le poids de ma phrase, lourde, ancrée dans le plomb, parfaite image de la littérature ordinaire des fêlés que je devais infiltrer. Même si la soldatesque de Marcellin, avec son nouvel équipement : visières anti gaz, bouclier en plastique, plus mobile, mieux aguerrie à la guérilla, n’avait pas à proprement parlé poussée Tautin à la baille, on l’accusait de l’avoir sciemment laissé mourir en ne lui portant pas assistance. Ce qui était faux puisque d’autres baigneurs involontaires avaient été tirés de l’eau par les gendarmes. Le cadavre embaumé de Tautin, modeste tireur de portraits pour La Cause du Peuple couvrant la bataille de Flins, va être instrumentalisé par les « maos » dans un exercice dont les français raffolent : la commémoration de la date anniversaire de son "assassinat". Un an après, commémorer « l’assassinat » du martyr permettrait, selon l'état-major de la GP, de raviver la violence insurrectionnelle pour qu’elle explosât à la gueule des chiens de garde du capitalisme.

 

Pour Pierre Victor, le Raïs de la GP, le faux clandestin reclus au fond de Normale Sup, petit brun affublé grosses lunettes d’intello qui donnaient, à son regard « gris et froid comme celui d’un héros de James Hadley Chase » (1), la dureté consubstantielle à sa position de chef suprême, la « guerre civile » ne pourra être menée par la classe ouvrière sans que des flots de sang soient versés. Le gourou fascine son entourage, sa douzaine de zélotes, par son verbe brillant, son goût de la synthèse et l’art qu’il a de déceler chez ses interlocuteurs la faille dans laquelle il s’engouffre sans pitié - l'autocritique étant à la GP la seule thérapie autorisée. Tout passait par lui, il auditionnait ses lieutenants et parfois même de simples hommes de troupes , dépiautait leurs dires, tranchait, approuvait ou désapprouvait, sans appel possible, lançait des ordres du jour délirants. Ses batailles de référence, Flins et Sochaux, ses Austerlitz à lui, loin des bastions tenus par ceux qu’il nomme avec mépris les chiens de garde du PCGT, dans le terreau vierge des prolétaires, fondait sa stratégie militaire. Ceux qui n’ont pas connu cette période de diarrhée verbale putride et délirante ne peuvent comprendre l’ambiance qui régnait dans les hautes sphères de la GP. Pour convaincre les sceptiques je leur propose ce que Benny Levy, alias Pierre Victor, confiait à Michel Foucault en 1972.

 

« Soit le patron d’une boîte moyenne, on peut établir la vérité des faits, a savoir qu’il a exploité les ouvriers abominablement, qu’il est responsable de pas mal d’accidents du travail, va-t-on l’exécuter ?

Supposons qu’on veuille rallier pour les besoins de la révolution cette bourgeoisie moyenne, qu’on dise qu’il ne faut exécuter que la toute petite poignée d’archi-criminels, en établissant pour cela des critères objectifs.

Cela peut constituer une politique tout à fait juste, comme par exemple pendant la révolution chinoise…

Je ne sais pas si cela se passera comme cela ici, je vais te donner un exemple fictif : il est vraisemblable qu’on ne liquidera pas tous les patrons, surtout dans un pays comme la France où il y’a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

 

Sympa le petit juif pro-palestinien, enfin un politique qui se préoccupait du sort des PME, qui dans les années 80 jettera sa défroque marxiste par-dessus bord pour renouer avec le judaïsme de son enfance, un judaïsme ultra-orthodoxe, deviendra rabbin et affirmera toujours aussi implacable « Le peuple palestinien n’existe pas. Il n’a pas le droit d’exister…»

 

  1. Claude Mauriac dans son journal Le Temps immobile vol 3 l'attribue à Gilles Deleuze...
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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 06:00
La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe,  Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai

Ce jeudi je me suis rendu à vélo jusqu’au Invalides. Le soleil était au rendez-vous alors j’ai pédalé modérato pour ne pas mouiller ma chemise. Je suis entré dans la cour d’honneur à la suite de la Garde Républicaine. Le protocole était simple et bon enfant, à la Rocard.

 

Le premier que j’ai salué fut le grand Louis Le Pensec, un ami de toujours. Et puis, ce fut les retrouvailles des grognards, ceux qu’on ne voit pas dans la lumière, qui œuvraient dans l’ombre, les soutiers fidèles. Des accolades, des ça va un peu triste, de l’émotion mais aussi de la fierté d’avoir servi Michel au long de sa trajectoire au service de ses convictions et de ses engagements.

 

Et puis est arrivé Monsieur Normand, qui connaît monsieur Normand ? Nous qui l’avons côtoyé dans sa fonction de chauffeur. Il en a connu des Ministres et des Premiers Ministres monsieur Normand et après que nous nous fûmes serrés très forts, nous avons évoqué Monsieur Rocard. Le respect oui le respect, maître-mot de notre long compagnonnage. Avec Monsieur Rocard c’était autre chose, et Monsieur Normand n’était jamais avare de conseil dans le huit-clos de la voiture ministérielle.

 

Bien sûr, il avait là aussi des présents sur lesquels je portais un regard ironique mais l’heure n’était pas à l’aigreur ni au règlement de comptes. Notre fierté se teintait d’un peu de charité face à tous ceux qui l’avaient raillé, combattu avec des armes bien misérables, ostracisé avec mépris. Notre petit carré de fidèles, loin des louanges de circonstance, des couronnes de fleurs bien tardives, dans le silence et le recueillement, répondait comme toujours présent.

 

 

Recouvert du drapeau tricolore le catafalque, porté par des gardes républicains, au son de deux tambours, fut déposé à même le sol pavé de la cour, une forme de dénuement et de solitude avant de nous quitter pour reposer en cette Corse chère à mon cœur. J’irai lui rendre visite lors de mon prochain séjour.

 

Le cagnard tapait dur. Dans la garde d’honneur plusieurs militaires ne tenaient pas le choc. Le Gouverneur militaire des Invalides à mes côtés fronçait le sourcil. Le discours d’Edmond Maire sonnait juste, remettait bien des pendules à l’heure et me rappelait mon premier engagement politique au PSU ; celui de François Hollande plus classique, plus politique, fut digne mais teinté d’une forme d’acte manqué.

 

Et puis ce fut les premiers accords de la Symphonie Funèbre et Triomphale d’Hector Berlioz qui, je l’avoue bien simplement, me glace et me transporte là où nous finirons tous.

La Marseillaise et Michel est sorti par la grande porte pour gagner les solitudes infinies suivi de nous tous Grands et petits.

 

 

Ensuite ce fut, devant le porche des Invalides, un petit bain de foule du couple exécutif ce qui permis aux courtisans de courtiser mais aussi aux grognards de sortir de l’ombre pour témoigner qu’ils étaient bien là pour rendre un dernier hommage à Michel Rocard.

 

Pour autant notre Michel n’a jamais souhaité être béatifié, homme public, homme privé, militant jusqu’au dernier souffle. Jacques Julliard l'historien et journaliste, qui fut son ami pendant soixante ans le dit bien mieux que moi :

 

« Je ne pense pas que Michel était un intellectuel, contrairement à ce qu’on dit de lui. C’était avant tout un moraliste. Mais attention, il y a la morale qu’on fait aux autres et la morale qu’on s’impose à soi-même. La sienne relevait évidemment de cette seconde catégorie.

 

La critique interne de la gauche faisait partie de l’ADN rocardien. C’est même ce qui l’a beaucoup opposé à Mitterrand, qui le considérait comme un enfant de chœur, alors que lui le considérait comme un aventurier. Ce rôle de référence morale, autrefois rempli par Mendès France, Blum ou Jaurès, disparaît aujourd’hui avec Rocard. Il ne subsiste que Badinter.

 

Ces derniers temps, le grand problème de Michel était de savoir si on pouvait encore faire une politique honnête à l’époque de la communication. Cette question revenait continuellement. Avec la communication, la pub et vous autres journalistes, le "parler vrai" est-il encore possible ? »

 

Lire ICI Jacques Julliard : « Rocard plaisait à tous les gens qui n'aimaient pas la politique » 

 

Mais c’est Pierre Joxe vieux bretteur du mitterrandisme, le seul qui pouvait dire son fait à Tonton, qui met en exergue le Rocard qu’on a oublié, celui qui a motivé mon engagement politique :

 

Évocation de l’« audacieux militant anticolonialiste » et du « talentueux serviteur de l'Etat » que fut Rocard, ce texte sobre et grave est aussi une critique de ceux qui, aujourd'hui, «encensent sa statue mais tournent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi ».

 

Michel Rocard, in memoriam

 

A l’annonce de la mort de Michel Rocard, la plupart des réactions exprimées par les hommes politiques au pouvoir - et par ceux qui espèrent les remplacer bientôt - ont été assez souvent purement politiques ou politiciennes.

 

A gauche, l’éloge est de règle. A droite, l’estime est générale.

 

Mais deux aspects de la personnalité de Michel Rocard semblent s’être volatilisés : avant de réussir une grande carrière politique, il a été un audacieux militant anticolonialiste et un talentueux serviteur de l’Etat.

 

Il lui fallut de l’audace, en 1959 pour rédiger son Rapport sur les camps de regroupement en Algérie.

 

Il fallait du talent en 1965, pour être nommé secrétaire général de la Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation .

 

Je peux en témoigner.

 

Pour la Paix en Algérie

 

Quand je suis arrivé en Algérie en 1959, jeune militant anticolonialiste d’une UNEF mobilisée contre la sale guerre coloniale, le prestige de Rocard était immense parmi nous. C’était comme un grand frère, dont on était fier.

 

Car il avait rédigé – à la demande de Delouvrier, le délégué du gouvernement à Alger – un rapport impitoyable sur les « camps » dits « de regroupement » que les « pouvoirs spéciaux » de l’époque avaient permis à l’Armée française, hélas, de multiplier à travers l’Algérie, conduisant à la famine plus d’un million de paysans et à la mort des centaines d’enfants chaque jour…

 

Le rapport Rocard « fuita » dans la presse. L’Assemblée nationale s’émut. Le Premier ministre Debré hurla au « complot communiste ». Rocard fut menacé de révocation, mais protégé par plusieurs ministres dont le Garde des sceaux Michelet et mon propre père, Louis Joxe.

 

Quand j’arrivai alors à mon tour à Alger, les officiers dévoyés qui allaient sombrer dans les putschs deux ans plus tard me dirent, avant de m’envoyer au loin, dans le désert : « … Alors vous voulez soutenir les hors la loi, les fellaghas, comme votre ami Rocard…? »

 

Je leur répondis, protégé par mes galons d’officier, par mon statut d’énarque – et assurément par la présence de mon père Louis Joxe au gouvernement : « C’est vous qui vous mettez « hors la loi » en couvrant, en ne dénonçant pas les crimes commis, les tortures, les exécutions sommaires et les mechtas incendiées. » J’ignorais alors que ces futurs putschistes allaient tenter un jour d’abattre l’avion officiel où mon père se trouvait…

 

En Janvier 1960, rappelé à Alger du fond du Sahara après le virage de de Gaulle vers « l’autodétermination » et juste avant la première tentative de putsch – l’ « affaire des barricades » –, j’ai pu mesurer encore davantage le courage et le mérite de Rocard. Il avait reçu mission d’inspecter et décrire ces camps où croupissait 10% des paysans algériens, ne l’oublions jamais !

 

Il lui avait fallu une sacrée dose d’audace pour arpenter l’Algérie en civil – ce jeune inspecteur des finances –, noter tout ce qu’il voyait, rédiger en bonne et due forme et dénoncer froidement, sèchement, ce qui aux garçons de notre génération était une insupportable tache sur l’honneur de la France. Nous qui avions vu dans notre enfance revenir d'Allemagne par milliers les prisonniers et les déportés dans les gares parisiennes, nous étions indignés par ces camps.

 

Car en 1960 encore, étant alors un des officiers de la sécurité militaire chargé d’enquêter à travers l’Algérie, d’Est en Ouest, sur les infractions, sur ceux qui désobéissaient aux ordres d'un de Gaulle enfin converti à l’« autodétermination » qui allait devenir l’indépendance, j’ai pu visiter découvrir et dénoncer à mon tour des camps qu’on ne fermait pas ; des camps que l’on développait ; de nouveaux camps… Quelle honte, quelle colère nous animait, nous surtout, fils de patriotes résistants !

 

Pour le progrès social

 

Aux yeux de beaucoup de politiciens contemporains qui ont choisi la politique comme métier – et qui n’en ont jamais exercé d’autre – Rocard devrait être jugé à leur aune : Élu ou battu ? Ministre ou non ? Président ou même pas ?

 

Mais le service de l’Etat, dans la France des années 60 – enfin débarrassée de ses maladies coloniales –, fut une mission autrement exaltante que le service militaire de trente mois que nous avait imposé la politique de Guy Mollet et de ses séides honnis: Robert Lacoste, Max Lejeune et d’autres, aujourd’hui heureusement oubliés.

 

Le service de l’Etat, dans cette France à peine reconstruite, la définition et l’exécution d’une action économique orientée à la fois vers l’équipement, la croissance et le progrès social, ce fut la mission passionnante et mobilisatrice de plusieurs centaines de hauts fonctionnaires économistes, ingénieurs, statisticiens et bien d’autres, qui orientaient tout le service public et ses milliers de fonctionnaires vers les missions d’intérêt général et le progrès. J’ai eu la chance d’y participer.

 

Les chefs de file, nos maîtres à penser, s’appelaient Pierre Massé, Commissaire au Plan ; Jean Ripert, son adjoint ; Claude Gruson, à la tête de l’INSEE ; François Bloch Lainé à la Caisse des Dépôts ; Jean Saint-Geours, au Trésor – bientôt premier Directeur de la prévision. Il y avait aussi, dans leur sillage quelques jeunes individus prometteurs, comme un certain Michel Rocard. Il fut bientôt chargé de la prestigieuse Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation, précieux outil d’action publique.

 

Tous ces serviteurs de l’Etat – aujourd’hui disparus – étaient d’anciens résistants animés par trois idéaux : le bien commun, la justice sociale, le patriotisme. Tous étaient plus ou moins imprégnés des idées du vieux courant du « Christianisme social », né au XIXème siècle face aux inégalités croissantes engendrées par le capitalisme et adeptes du « Planisme » du Front populaire. Tous étaient « mendésistes ». Beaucoup étaient protestants, mais les catholiques comme Bloch-Lainé étaient leurs cousins et les francs-maçons… leurs frères.

 

Parmi tous ceux-là, Michel Rocard fut bientôt enlevé, écarté du service public par une urgence politique majeure : rénover, reconstruire le socialisme déshonoré par les années de compromissions politiciennes et les dérives autoritaires nées des guerres coloniales. Avec Savary et Depreux, il créa le PSA, puis le PSU. On connaît la suite.

 

J’ai vécu ces années avec lui mais aux côtés de Mitterrand dès 1965, animé par les mêmes idéaux. Nous avons longtemps participé ensemble à l’action associative [1], puis parlementaire, puis gouvernementale, en amateurs. Non comme politiciens professionnels – car nous avions nos professions, honorables et satisfaisantes – mais en amateurs, comme jadis au rugby. Non pour gagner notre vie, mais pour la mériter.

 

Pour l’honneur

 

Michel Rocard, et beaucoup d’autres serviteurs de l’Etat, nous avons été conduits à la politique par nécessité civique. Non pour gagner notre pain, mais pour être en accord avec notre conscience, nos idées, nos espoirs.

 

Les exemples contemporains de programmes électoraux trahis, oubliés ou reniés, de politiciens avides de pouvoir, mais non d’action, « pantouflant » au besoin en cas d’échec électoral pour revenir à la chasse aux mandats quand l’occasion se présente, tout cela est à l’opposé de ce qui anima, parmi d’autres, un Rocard dont beaucoup aujourd’hui encensent la statue mais tovictoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi.

 

Pierre Joxe, 7 juillet 2016.urnent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi.

 

[1] Notamment dans la pépinière de l’ ADELS (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) créée en 1959.

 

Jean-Marie Cavada : « Ce n'est pas parce que Rocard avait 86 ans qu'il était vieux ! »

 

L'ancien présentateur et président de Radio France a régulièrement côtoyé l'ancien Premier ministre. Il avait noué avec Michel Rocard une amitié solide.

 

Lire ICI 

 

Michel Rocard : rebelle et réformateur par PATRICK VIVERET

 

Je connais Michel Rocard depuis 1967 date à laquelle je suis entré au PSU. Mes parents étaient mendésistes et Rocard incarnait le mieux cette exigence de rigueur face à une classe politique adepte de la langue de bois et capable de discours révolutionnaires dans l’opposition et de soumission aux pressions des possédants une fois arrivée au pouvoir.

 

Justice, vérité, responsabilité

 

Dans ma génération, j’avais 19 ans à l’époque, celui qui incarnait l’envers de cette rigueur était Guy Mollet. Le « molletisme » était l’expression de ce double langage. La manière dont, élu pour faire la paix en Algérie en 1956, Mollet avait retourné sa veste pour accentuer la guerre en rappelant le contingent puis en couvrant les actes de torture, signait la déchéance du politique et la faillite morale de « la gauche de gouvernement » de l’époque.

 

Lire la suite ICI 

 

Aux origines de la pensée économique de Michel Rocard par CHRISTIAN CHAVAGNEUX

 

Intellectuel et politique, Michel Rocard a laissé de nombreuses publications sur son parcours qui permettent de suivre son cheminement en matière de réflexion économique. Le travail d’analyse de tous ces textes reste à faire et l’on se contente ici d’un regard sur ses points de vue des années 1960-1970. Ils montrent que l’essentiel de sa pensée économique est en place depuis longtemps.

 

Lire la suite ICI 

 

 

Pour finir votre serviteur en habit de respect... 

La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe,  Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai
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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 06:00
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Je suis un très affreux jojo lorsque j'extirpe de la naphtaline la saga de Red Bicycle inventée par les frères Gallo avec du Pinot du Langued'Ô pour mieux vendre du vin franchouillard aux Amerlos. Le Sieur d'Arques ne changeait point l'eau en vin mais savait pinoter du merlot pour les Etasuniens.

 

Red Bicyclette is a French wine produced by the Sieur d'Arques cooperative and distributed in the USA by the E. & J. Gallo Winery. Its distinctive label appeals to consumers who prefer branded wines, labelled with the variety of grape from which they are made, rather than by the exact location. The following grape varieties are sold under the Red Bicyclette label: chardonnaymerlotpinot noirrosé and syrah. 

 

Certes mon vélo est moins célèbre que celui de Monsieur Hulot mais il n’empêche que régulièrement dans la rue, lorsque j’accroche son licol à un poteau, des passants s’esbaudissent : « qu’il est beau, votre vélo ! » et la conversation s’engage. Pour sûr que de se balader avec un animal de race dans Paris ça attire des compliments et ça créé des liens.

 

Souvent mes interlocuteurs me demandent : « mais où avez-vous donc acquis cette belle bête ? » Je réponds : chez en selle Marcel !

 

Ha ! Le Marcel bleu marine emblématique du populo en congepés et bien sûr le célèbre chauffe Marcel ! De Jacques Brel dans Vesoul. Ça sent bon la petite reine, les guinguettes des bords de Marne, le musette, l’anisette, les canotiers des mecs, les jupes fendues des filles, la fête et les plaisirs…

Seuls les bobos qui ne font pas de vélo et les gros culs motorisés sur 2, 3 et 4 roues, pensent que Paris est un plat pays. Je ne grimpe jamais en danseuse, toujours au train. Alors comme je me rends chaque semaine du côté de Terroir d’Avenir faire mes courses je passe souvent par la rue Tiquetonne où est installé le siège d’En selle Marcel. Je n’en finis pas d’y admirer leurs beaux destriers. Et puis, à force de pédaler sur la chaussée défoncée de Paris, merci madame Hidalgo pour votre amour pour le vélo, je me suis dit qu’un cavalier se devait de posséder des étriers.

 

J’ai donc doté mon beau destrier de cale-pieds !

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

En côte ça permet de mieux tirer sur les pédales et la côte de Ménilmontant ce n’est pas un de ces petits dos d’âne chers aux aménageurs de notre chère Anne, mais une rude pente. Bref, je suis maintenant armé pour affronter les hauts et les bas de Paris.

 

Et c’est justement à mi-côte de Ménilmontant que je fais une pause ravitaillement de lecture au monte-en-l’air chez Guillaume un habitué du Lapin Blanc qui tient une librairie-galerie située sur une charmante petite place cernée d’arbres et de bancs en face de l'église Notre-Dame-de-la-Croix. C’est un lieu tout en coins et recoins, une caverne d’Ali Baba emplis de livres et de BD comme je les aime. C’est un lieu engagé, qui affiche sa couleur avec des ouvrages alternatifs, politiques, sociétaux… les arts graphiques y sont particulièrement bien représentés, le fonds consacré à la bande dessinée indépendante, à la jeunesse et à la microédition (fanzines, imports, sérigraphies...) est l'un des plus impressionnantes de la capitale.

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Un samedi de juin où le soleil n'était pas aux abonnés absents je m’y suis arrêté en fin de journée. Un timide soleil perçait encore dans un ciel lourd de nuages. Sur l’arc du trottoir Miroslav Sekulic à l’occasion de la publication du Second opus des aventures de Pelote dans la fumée(lauréat du prix BD Montreuil 2015) publié aux éditions Actes sud BD le dédicaçait à sa manière : avec son pinceau.

 

« C'est une sensation forte, instantanée : cet univers apparemment réaliste, foisonnant de détails comme captés sur le vif, n'existe pourtant que dans le regard d'un dessinateur à la palette particulièrement fertile.

 

« Au-delà de ce que ce jeune dessinateur croate autodidacte a voulu glisser ou non de sa propre expérience dans son premier livre, il y a l'impact d'une esthétique virulente, proche de la caricature, qui, pourtant, capture la vérité profonde d'une humanité disloquée, affrontée à une société qui la rejette […] Délesté de toute morale explicite, il atteint ainsi, quand rien ne l'annonçait, à une forme de poésie brute de l'instant : la signature d'un tempérament artistique hors norme. »

 

Critique de Télérama

La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…
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La traversée de Paris (5) chauffe Marcel, chauffe… au bar-tabac de la rue des Martyrs… au Monte-en-l’air… chez la conteuse d’Italie Alessandra Pierini…

Un autre lieu que je fréquente souvent pour approvisionner mon frigo et mon garde-manger c’est RAP la caverne d’Ali Baba de la belle Alessandra. Son échoppe est plantée tout au bas de la rue des Martyrs et je ne résiste pas au plaisir de vous offrir – « Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs » chanté par Pigalle

Alessandra Pierini c’est La conteuse d’Italie.

 

C’est Stéphane Davet qui nous le dit dans le Monde

 

« Dans son épicerie-cave à vins, à Paris, Alessandra Pierini a rassemblé des bouteilles et des produits transalpins choisis pour leur qualité exceptionnelle. Et l’histoire qu’ils murmurent.

 

« Testaroli de l’Apennin, squacquerone d’Emilie-Romagne, ubriachi de Vénétie, colatura de Campanie… Autant de spécialités culinaires inconnues de la majorité des Français qu’Alessandra Pierini prend un malin plaisir à faire découvrir. Conteuse passionnée, cette Italienne est intarissable sur l’origine, l’histoire et le goût des mille et un produits qui font de RAP, son épicerie parisienne, une caverne d’Ali Baba de la gastronomie transalpine.

 

Arrivée en France au début des années 1990, cette petite-fille de paysans des environs de Parme, devenus crémiers à Gênes, a tenu un restaurant-épicerie à Marseille pendant dix-sept ans avant de s’installer à Paris. Cuisinière, auteure (dans la collection ” Petit précis de gastronomie italienne ” aux Editions du Pétrin), conférencière, organisatrice de l’étape française du championnat du monde de pesto au mortier, la fine épicière est également caviste. Sous de vieilles voûtes prolongeant les caves voisines de l’église Notre-Dame-de-Lorette, le sous-sol de son magasin, situé rue Fléchier (dans le 9e arrondissement), renferme plus de 360 vins italiens. Procédant avec les vignerons comme elle le fait avec la centaine d’artisans dont elle est l’ambassadrice, Alessandra n’aime rien tant que se déplacer dans les régions viticoles de la Botte, en particulier sur les îles, pour en rapporter les meilleures bouteilles. Et autant d’histoires qui feront voyager ses clients.

 

L’insatiable pisteuse de goûts aime débuter sa croisière par la Sicile. Elle se passionne pour ses légumes, ses agrumes, ses criées aux poissons, sa cuisine de rue et la variété de ses vins. A commencer par ceux de l’Etna. ” Longtemps négligés, ils ont été relancés dans les années 1990 sous l’impulsion de la cave Benanti et des recherches d’un historien oenologue, Salvo Foti “, précise Alessandra. Les rouges de l’appellation etna rosso sont principalement constitués de deux cépages poussant sur les pentes arides du volcan, parfois à plus de 1 000 mètres d’altitude. ” Le nerello mascalese produit un vin assez tannique, bien structuré, aux arômes de cerise. Le nerello cappuccio donne des vins plus souples. En les assemblant, on parvient à une grande élégance. ” Les blancs etna bianco utilisent les cépages carricante (à 80 %) et catarratto pour des vins aux arômes d’agrumes, avec des notes d’anis et de miel.

 

La patronne de RAP recommande les rouges de l’appellation cerasuolo di Vittoria qui, au sud-ouest du golfe de Catane, assemblent deux cépages typiques de l’île, le sombre nero d’Avola, proche de la syrah, et le plus léger frappato. Longtemps destiné aux assemblages, le grillo, cultivé dans toute l’île, se suffit dorénavant à lui-même tant est plaisant son bouquet fleuri. ” J’adore celui produit par Lorenzo Piccione di Pianogrillo, un sympathique aristo qui parcourt à cheval ses vignes et ses oliveraies. ” Les vins, les huiles, mais aussi les charcuteries du baron sont en bonne place dans les rayons de RAP. Entre le sud-est de la Sicile et les côtes tunisiennes, l’île de Pantelleria produit un savoureux liquoreux à partir du muscat d’Alexandrie (appelé là-bas zibibbo). On trouve aussi chez RAP un rarissime sec, Serragghia bianco zibibbo, vieilli en amphores par Gabrio Bini. ” Cet architecte milanais s’est passionné pour l’île, au point d’y produire aussi des câpres, qu’utilise d’ailleurs le chocolatier parisien Jacques Genin, dans un étonnant praliné. ” Cap enfin sur la Sardaigne, une des plus anciennes régions viticoles d’Italie. ” L’île a longtemps beaucoup produit sans se soucier de qualité, mais elle a fait de gros progrès ces dix dernières années “, estime Alessandra. Plantés près de la côte, les cépages rouges comme le carignano (carignan) ou le monica di Sardegna donnent des vins assez puissants, quand le cannonau (grenache) porte plus sur le fruit. En blanc, le vermentino, également populaire en Corse et en Ligurie, tient la vedette. Le plus apprécié est celui de la région de Gallura, au nord de l’île. Fleuri, délicat, il peut être associé à un peu de muscat comme dans le ” Renosu ” de chez Dettori, avec lequel Alessandra adore trinquer pour l’apéro. »

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 06:00
J’en ai soupé de ces chefs qui font leur « sucrée » avec leur menu petites bouchées !

Faire sa sucrée est l’une des expressions favorites de l’adepte barcelonais de l’évier : en général il l’emploie dans le déni : « je ne vais pas faire ma sucrée » ce qu’il fait bien sûr.

 

« En voilà une pimbêche qui fait sa sucrée, une poseuse toujours fichue dans les églises et qui use ses genoux dans les confessionnaux ! »

 

« Une chipie... une bégueule, à qui j'offre mon coeur, ma fortune et un dîner chez le père Fromage... toutes les délices de la vie, quoi ! et qui a la bêtise de faire la sucrée...»

 

Faire sa mijaurée n’est pas mal non plus.

 

Cette expression fort désuète va comme un gant à une population qui se tient par la barbichette, se passe les plats, en un entre-soi proche des Précieuses Ridicules.

 

En effet, les petites mains de la critique gastronomique parisienne se pâment, en un exercice obligé de brosse à reluire en pure soie, ils font des gammes dans le plus mièvre style Richard Clayderman à propos de certains chefs qui cuisinent leur ego sur leurs fourneaux.

 

J’en chope une au hasard tout juste sortie d’un lieu où j’ai moi-même déjeuné puis dîné.

 

Je cite l’enamouré :

 

« Les assiettes sont souriantes, précises et bavardes. Sans en faire trop, ni trop peu… Pas de dressage à l’esthétisme forcené, pas de jeux inutiles : le plat fait dans la saine épure

 

Sur le contenu des fameuses assiettes qui lui souriaient tout en lui faisant la conversation avec précision notre plumitif s’extasie avec la micro-artillerie habituelle : douce tuerie à la patate addictivela P et les G font dans le grand art sans vouloir épater gratuitement la galerie… le clafoutis est langoureux…

 

C’est beau, ça m’émeut comme un roman de la collection Harlequin.

 

Ça frise le publi-rédactionnel.

 

J’espère que le joueur de violon a réglé, comme moi, son addition ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que mon plaisir au dîner fut d’une brièveté bien inférieure à celui du coït du lapin.

 

Cuisine imposée… cuisine de petites bouchées… et ce ne fut même pas enlevé par un service rythmé… oui que ce fut long et ennuyeux : 2h 30… j’étais furieux d’avoir entraîné des amis dans une telle galère.

 

La seule consolation : le vin mais là le chef n’y était pour rien !

 

Service au bord de la désinvolture.

 

Pendant que nous attendions le chou à la crème microscopique et mou le chef fumait des clopes sur le trottoir et faisait des seelfies.

 

La coolitude a des limites…

 

Vous allez me dire pourquoi, après y avoir déjeuné, suis-je retourné à cette table pour y dîner ?

 

Tout bêtement parce que la prestation du déjeuner m’avait satisfait même si les micro-entrées ne m’avaient pas enthousiasmé.

 

Ce chef a du talent c’est évident.

 

Ses qualités ne sont donc pas en cause, en revanche ce qui est en cause c’est cette volonté têtue de transformer la prestation du dîner en une sorte de liturgie à la gloire de son génie qui se lâche en des figures libres imposées au client.

 

Pourquoi pas si cet exercice est à la hauteur des ambitions affichées, si la cuisine magnifie vraiment les produits, si l’inventivité, la prise de risques est au rendez-vous, si l’on ne confond pas dégustation avec restauration.

 

Dîner léger je ne suis pas contre mais s’ennuyer à table face à des assiettes chichiteuses, sans âme ni contenu tient d’un large foutage de gueule qui, à terme, alimentera un bouche à oreille, amplifié par les réseaux sociaux, ravageur pour l’établissement.

 

Libre à chaque chef de faire ce que bon lui semble, c’est son droit, son gagne-pain, mais du côté de la soi-disant critique le panurgisme ne leur rend aucun service, elle ne fait que les conforter dans une forme de dédain du client autochtone.

 

Les concerts de louanges, les brassées de fleurs, les papiers dithyrambiques, c’est flatteur, ça aiguise l’ego, mais savoir aussi entendre les remarques de clients qui ne sont pas des oiseaux de passage mais des gens du cru en capacité de revenir se substanter régulièrement n’est pas se faire outrager. Ce noyau dur, de fidèles, d’habitués pourquoi les traiter comme quantité négligeable ?

 

Le plumitif qui dialogue avec son assiette et qui, contrairement à moi n’a pas dîné dans l’établissement, affirme que la maison va devenir une cantine pour beaucoup de Parisiens.

 

T’as tout faux mon coco, des cantines j’en fréquente beaucoup, j’y déjeune souvent au bar et ça n’a rien à voir avec ces restaurants qui s’ils veulent vivre dans la durée devront, à mon sens, en revenir aux fondamentaux du bien manger qui se traduit par le plaisir de la satiété.

 

J’en resterai là sans pointer du doigt l’établissement qui m’a servi à illustrer mon propos, il n’est pas unique dans son genre, laissons-lui le temps de s’extraire des vapeurs entêtantes de l’encens et que le chef comprenne que le succès s’inscrit dans la durée et non dans une éphémère popularité de pacotille.

 

Cette chronique est dédiée à Isabelle, Laure, Antoine, Marco et Nicolas qui ont partagés ou vécus mon chemin de croix, j’exagère bien sûr...

 

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 06:00
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté

Les livres, toujours les livres, alors comment pouvais-je échapper au livre d’Eric Hazan : Une traversée de Paris au Seuil.

 

L’auteur emprunte le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis et, si cette traversée commence à Ivry ce n’est parce que Paco y a installé son bouiboui plein de vins nus mais c’est à cause d’une librairie « Envie de lire » qui est un « lieur de flânerie et de découverte » et d’où l’on sortira non pas avec le titre qu’on est venu chercher mais avec un « roman mexicain ou les souvenirs d’un révolutionnaire. »

 

Et comme son méridien passe au bas de chez moi il est logique que vous y ayez droit :

 

« Le boulevard Arago croise ensuite la rue de la santé, frontière des XIIIe et XIVe arrondissements. Cet angle fut le lieu des exécutions publiques de 1909 à 1939, après quoi elles eurent lieu à l’intérieur de la prison. En face de de la porte d’entrée, blindée et toujours fermée, un immeuble a remplacé vers 1960 des maisons basses et un café à l’enseigne de la Bonne Santé Le mur de la prison porte à l’angle de la rue Jean Dolent une plaque rappelant les noms de dix-huit résistants exécutés ici après avoir été jugés et condamnés par les sections spéciales, tribunaux créés en 1941 par Pierre Pucheu ministre de l’Intérieur, et Joseph Barthélémy, ministre de la Justice. Il faudra sans doute attendre une cinquantaine d’années pour qu’une autre plaque signale que dans ces mêmes murs furent guillotinés des membres du FLN condamnés par des tribunaux militaires pendant la guerre d’Algérie, lors de procédures comparables à celles des Sections Spéciales.

 

 

Les visiteurs de la Santé entrent aujourd’hui par une minuscule guérite sur la face opposée à la grande porte, dans une courte rue Messier. Il y a quelques années, je suis passé plusieurs fois par là pour aller voir un ami incarcéré ; c’était l’hiver, des bonnes sœurs installées dans une roulotte sur le trottoir d’en face offraient du café aux pauvres gens qui attendaient dans le froid. Dans la queue parmi toutes ces familles, je n’ai jamais vu un seul Blanc. Il n’y en avait pas beaucoup non plus chez les matons qui contrôlaient les entrées ; comme dans les hôpitaux parisiens, les emplois subalternes de l’administration pénitentiaires se recrutent beaucoup aux Antilles.

 

 

On entend dire que la Santé va être détruite (en fait les ¾ ont été rasés pour être reconstruits et ce qui reste debout côté rue de la Santé sera rénové). Elle serait la dernière d’une longue série de prisons disparues depuis qu’a été démantelée à l’été 1789 la plus célèbre d’entre elles, la Bastille : l’Abbaye, près de l’église Saint-Germain-des-Prés, où débutèrent les massacres de Septembre ; la Force, rue Saint-Antoine à l’angle de la rue Mahler, où furent enfermés Claude-Nicolas Ledoux – qui en sortira vivant – et plus tard les quatre sergents de La Rochelle, guillotinés en place de Grève le 21 septembre 1822 pour avoir comploté contre la restauration monarchique ; les Madelonnettes, prison pour femmes à l’emplacement du lycée Turgot, rue Turbigo ; Sainte-Pélagie, entre la rue de la Clef et la rue du Puits-de-l’Ermite, prison politique sous la Restauration et la monarchie de Juillet, qui vit passer toutes les têtes de l’opposition républicaine et aussi Gérard de Nerval qui l’évoque dans un poème :

 

Dans sainte-Pélagie,

Sous ce règne élargie,

Où, rêveur et pensif,

Je vis captif…

 

Il y avait encore Clichy, prison pour dettes qui s’ouvrait au 68 de la rue homonyme, où les débiteurs étaient enfermés et entretenus aux frais des créanciers ; et la petite Roquette, panoptique hexagonal pour femmes qui ne fut détruit qu’en 1974 »

 

Notes du taulier :

 

  • Le Garde des Sceaux de l’épisode FLN était un certain François Mitterrand…

  • Une autre prison celle du Cherche-Midi a fermé en mars 195à et fut détruite en 1966 (j’y reviendrai lors d’une prochaine traversée de Paris)
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
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La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
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La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté

Un matin l’une de mes amies sur Face de Bouc me demande conseil pour trouver un millésime difficile à trouver : 1968 « Une année médiocre où un record de pluie fut enregistré durant le mois d'août. Les pluies continuelles de septembre produisit des vins dilués, maigres et sans caractère. » à Bordeaux bien sûr car en ce temps-là notre Michel, Hubert et leurs frères n’oxygénaient pas encore et les critiques faisaient le boulot sans craindre les foudres des châteaux.

 

J’eus pu télégraphier à Jacques Dupont Le Guide de Bordeaux mais je ne suis dit : prends donc ton vélo pour faire le boulot !

 

En traversant les Tuileries c’était le « péril jaune » la bande à Zlatan y faisait gentiment du bruit même si les packs de bière étaient omniprésents… un peu loin égarés quelques Irlandais tout vert erraient.

 

Bien sûr je n’ai pas trouvé une goutte de 68 sur la Rive Droite, sans doute est-ce l’effet Sarkozy qui n’aime pas les 68 hard.

 

Cependant, je ne suis pas revenu bredouille puisque j’ai acheté 2 bouteilles pour vous en mettre une sous le nez. L’autre viendra à qui sait attendre.

TOUT'EN BULLES 2011 - bulles Domaine Gramenon Vinifié par Michèle AUBERY-LAURENT Région : Rhône Classé en Cépage(s) : 100% Viognier Agriculture biologique Agriculture biologique Vin naturel Vin naturel Bio dynamique Bio dynamique Label VCN Label VCN Saveur : Taux d'alcool : 10,5% Vol. - Sulfites ajoutés
TOUT'EN BULLES 2011 - bulles Domaine Gramenon Vinifié par Michèle AUBERY-LAURENT Région : Rhône Classé en Cépage(s) : 100% Viognier Agriculture biologique Agriculture biologique Vin naturel Vin naturel Bio dynamique Bio dynamique Label VCN Label VCN Saveur : Taux d'alcool : 10,5% Vol. - Sulfites ajoutés

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Puis au retour je suis passé chez Poilâne pour me mettre un flan sous la dent vu qu’à Paris y’a pas de musettes de ravitaillement pour les cyclistes. Là, surprise, au beau milieu d’un essaim de Japonais je me retrouve nez à nez avec ça :

La traversée de Paris (4) sur le méridien de Paris d’Ivry à Saint-Denis restera-t-il une prison à la bonne santé du vin de liberté
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