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12 janvier 2006 4 12 /01 /janvier /2006 09:37

Ils sont symboliquement vingt ;

ils sont les membres fondateurs ; ils seront les garants de l'esprit du club : le "sans interdit " s'applique à nos réflexions, explorer tous les espaces disponibles, créatifs, innovateurs, dérangeant mais aussi passerelle entre les hommes, les régions et l'ensemble de nos vins, tous nos vins, sans exclusive, sans esprit de chapelle, pour rebondir, agir, redonner de l'élan à notre secteur d'activité ;

ils sont là à titre personnel, d'autres les rejoindront avec le même état d'esprit, la même envie, la même ouverture d'esprit ;

ils s'exposent, ils s'impliquent, hors du champ syndical, par-delà  leurs différences, avec le respect et l'écoute des opinions des autres, ici et dans le monde.

Rassemblés pour agir nous ferons en sorte d'être entendu, compris, l'enjeu est de taille car notre viticulture affronte, mal préparée, une lourde et douloureuse mutation.

Nous nous adresserons prioritairement à nos consommateurs, ceux d'aujourd'hui, ceux de demain, ici et partout où l'amour du vin se développe.

Nos problèmes internes n'intéressent que nous, à nous de les poser, de les analyser et de les résoudre.

Sans interdit, à sa place, fera aussi entendre sa petite musique.

 

Enfin, dans l'esprit club prévaudra l'amitié, la convivialité, une certaine forme d'élégance et de rectitude morale.

 

Je vous les présente : Miren de Lorgeril tout d'abord, domaine de Pennautier dans l'Aude ; et puis par ordre alphabétique : Jean-Marie Chadronnier CVBG Bordeaux, Jacques Damitio viticulteur à Sauvian dans l'Hérault, André Dubosc des producteurs de Plaimont dans le Gers, Laurent Dulau Vinidea un jeune entrepreneur innovateur du Sud-Ouest, Joseph Helfrich Les Grands Chais de France représenté par Bruno Kessler, Denis Merlaut groupe Taillan représenté par Pierre Mauger, Pierre Mirc Sieur d'Arques à Limoux, Olivier Nasles Aix-oenologie, Christophe Navarre Moët-Hennessy représenté par Yves.Benard, Michel-Laurent Pinat délégué général de l'AFED, Jean-Louis Piton viticulteur dans le Luberon, Jean-Guillaume Prats domaines Reybier à Bordeaux, Pierre Pringuet Pernod-Ricard représenté par Armand Hennon, Jérôme Quiot Vignobles Jérôme Quiot à Châteauneuf  du Pape, Eric Rosaz directeur des Vignerons Indépendants, Denis Roume des Vignerons Ardéchois, Jean-Paul Saubesty de Baron Philippe France Distribution, Jean-Louis Vallet Johannes Boubée groupe Carrefour et votre serviteur;

Des vignerons, des coopérateurs, des négociants, des domaines, des distributeurs et quelques technocrates dont moi bien sûr...

 

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11 janvier 2006 3 11 /01 /janvier /2006 00:00

Rôties grillées mojettes tièdes

Poule au riz

Pommes cuites

Trancher du pain de quatre, faire des rôties, tartiner de beurre salé pour les nordistes, oindre d'huile d'olive pour les sudistes. Les mojettes mijotées avec une gousse d'ail et un bouquet garni doivent bien liées et étendues tièdes sur la tartine.

La poule grasse à l'eau froide salée avec ses légumes, tout sauf des patates, n'oubliez pas les clous de girofle dans l'oignon. Cuire le riz rond dans le bouillon gras. En fin de cuisson ajouter la crème fraîche.

Evider les pommes, des reinettes grises, dans le cylindre verser de la cassonade, mettre le plat au four après avoir arrosé les fruits de Calvados.

Pour le liquide pour me faire pardonner je vous offre une cuvée Jacques 2002 un pinot noir de Thierry Michon www.domaine-saint-nicolas.com comme ça quand j'irai voir ma mère à la Mothe-Achard je pourrai faire un pti tour du côté de Brem...

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10 janvier 2006 2 10 /01 /janvier /2006 09:56

Elles trônent dans le VIIème arrondissement de Paris, où l'on est plutôt kilt écossais, corsage à col cheminée, mocassins et sac Céline, voisinant avec les filles bien nées des châteaux, de domaines ou de clos, elle sont  de tous âges, ya même la Veuve Clicquot. Sur le bois vernis de la Grande Epicerie du Bon Marché ces coquines exhibent sans vergogne leur derrière tout juste couvert du minimum syndical, une lichette de papier, genre bikini, alors que sur leur côté face, couvertes jusque au col, elles ressemblent à Mireille Darc avec sa robe noire dans « le grand blond avec une chaussure noire » Elles sont de petite extraction mais elles affichent des tarifs respectables. Bien positionnées aurait dit monsieur rapport, hors la hiérarchie chère au CNAOCiens, des filles de rien qui séduisent le bourgeois, pourquoi pas !

 

Je les ai draguées et ce matin je vous livre le résultat de mon labeur.

 

- Mi-Chemin de la famille Vidal-Dumoulin Cabrerolles 34480 et à la verticale en tout petit vin de table de France 5,55 euros ;

 

- L'antidote domaine des terres promises  c'est un vin de pays de la Ste Baume à 6,50 euros mais il est foulé aux pieds en le rêvant avec nos coeurs...

 

- Marigny-Neuf Pinot Noir c'est un Haut Poitou un AOVDQS donc à 6,50 euros mais c'est un vin comtemporain avec message de santé publique en anglais pour les femmes enceintes ;

 

- La Rosine Syrah 2003 Michel et Stéphane Ogier c'est un vin de pays des Collines Rhodaniennes à 13,60 euros

 

- Les brunes 2001 Domaine des Creisses à Valros c'est un vin de pays d'Oc à 25 euros

 

 

Ce qui est transcrit en italique c'est ce qui est présenté aux acheteurs. Qui c’est qui a dit qu’on était enserré dans les rets d'une règlementation ubuesque ? Tout est permis en montrant sa petite culotte... Désolé je suis vulgaire !

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9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 10:04

Au Chili on vendange et une femme est en passe d'accéder à la présidence de la République. Ici, on pélerine à Jarnac sous la pluie charentaise et une femme s'envole pour le Chili et dans les sondages. Hier, les hommes portaient le chapeau : palme du ridicule à Louis Mexandeau avec son galure provençal satiné, mention spéciale à Lolo pour son feutre très Bernard Blier dans les tontons flingueurs, par bonheur il y avait Mazarine et son châle : quelle allure mes amis !

  

L'allure des hommes, au sens des humains, c'est indéfinissable, voyez Cary Grant dans la mort aux trousses avec sa chemise immaculée et son impeccable costume gris perle tout au long de sa fuite, même après le champ de maïs, et Audrey Herburn habillée par Hubert de Givenchy, c'est inné. La simplicité, l'art de l'accessoire, l'appariement, font la différence. Que de futilité me direz-vous ! Non l'allure n'est pas un luxe, c'est une manière d'être en phase avec soi-même. Se vêtir c'est choisir sa seconde peau. Etre attentif aux évolutions de la manière de se revêtir c'est être en capacité d'anticiper sur les changements qui traversent nos sociétés surconsommatrices.

 

Ceux qui font le vin doivent en tenir compte, l'allure de nos flacons, sans forcément verser dans un jeunisme débridé, doit mieux sentir le temps, humer les grandes tendances, faire appel à de vrais créateurs, se frotter à eux, s'ouvrir à des mondes nouveaux. C'est bien plus que du marketing en bocal, c'est vivre avec son temps, avec ses valeurs bien sûr, mais aussi avec ce qu'il y a de meilleur dans la mondialisation. Afficher sa différence et non défendre derrière d'improbables lignes Maginot nos exceptions culturelles. Vendre nos vins, les chics, les canailles, les ramenards, les modestes, les teufeurs, les kifonriencomme lézotres, c'est diffuser notre manière de vivre, notre art de vivre et ce n'est pas en bougonnant, en tançant la terre entière que nous y arriveront. Comme les aristos dans la dèche et les créateurs sans un, ayons de l'allure !

 

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7 janvier 2006 6 07 /01 /janvier /2006 11:38

En janvier vient le temps des soldes, les plus courrus sont ceux de Londres, de vrais rabais sur tout ; en France, et à Paris petit à petit on prend le même chemin et le temps des rossignols de fond de magasin laisse place aux bonnes affaires. Mais, comme nous sommes un pays administré, la date du début des soldes est fixée par arrêté préfectoral, alors pour tourner la loi les magasins organisent dans la semaine qui précède des soldes privés. Hypocrisie quand tu nous tiens tu ne nous laches pas...

Sur " Vin&Cie " l'espace de liberté, ayant quelques pièces uniques en magasin, en ce samedi matin frisquet je vous invite à mes soldes privés :

- " Cap 2010 le défi des vins français " oeuvre d'un collectif de rêveurs;

- Proposition d'organiser à l'espace Cartier une grande expo " le vin et les créateurs "

- Nouveau produit : " le vin chaud des frimas ";

- Le " médiateur " le Red Adair des crises (sic et rires);

- La confrérie du panache ;

- La tête à claques 2005...

Venez nombreux, si vous êtes timides venez sur jberthomeau@hotmail.com , on boira de bon coup et on refera le monde, chez moi ya pas d'étiquette au singulier comme au pluriel.

 

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6 janvier 2006 5 06 /01 /janvier /2006 09:15

L'épiphanie, dans les bureaux des grandes sociétés anonymes on tire les rois, les rois mages : Gaspard, Melchior et Balthazar, l'or, l'encens et la myrrhe (bon pour le scrabble) et bien sûr la galette avec fève incorporée et couronne en carton doré et des bulles en bouteille (désolé cher sot d'eau ! )

J'en profite pour faire une petite infidélité au jus fermenté du raisin - pardon aux Champagne, Crémants, Blanquette, Clairette et Cerdon que j'aime tant - pour vous vanter les fines bulles du cidre, et plus particulièrement celui de mes ouailles : les cidres d'appellation Pays d'Auge et Cornouailles. Pour ceux qui ne le sauraient pas je suis président d'une interprofession : l'IDAC (appellations cidricoles : Calvados, Calvados Pays d'Auge, de Domfront, Pommeau de Normandie et de Bretagne, Poiré et les cidres déjà cités) qui a pris le relais du Bureau du Calvados qui a donné un président à l'INAO. Rassurez-vous, je ne suis pas en campagne électorale et mon petit clin d'oeil au cidre n'est pas intéressé. Après cinq années de présidence je pars et cet après-midi j'espère que le nom d'un professionnel sortira du conclave de mon comité permanent.

Le cidre, comme le vin, n'a pas su prendre le grand virage des boissons de table et, en dépit de nombreux atouts, il est dans les limbes de la consommation. Faute d'avoir repositionné le produit pour toucher le plus grand nombre, d'avoir bien identifié le produit : deux IGP, un label rouge, des cidres fermiers, 2 AOC et allez donc petits consommateurs ignorants ! Mais aujourd'hui c'est la fête, faites péter le bouchon, les fines bulles qui fleurent bon la pomme à cidre de Normandie ou de Bretagne. Si vous souhaitez avoir des adresses de producteurs téléphonez à l'IDAC : 02 31 53 17 60 de ma part vous y serez bien accueilli, la structure est petite mais Anne et ses collègues vous donneront un sourire en prime.

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5 janvier 2006 4 05 /01 /janvier /2006 12:56

En 1981, lorsque les S-C (sigle qui a disparu depuis) sous la houlette du François de Jarnac libérèrent les ondes, dans une chambre de bonne du XVIIIième arrondissement (point haut de Paris) Max Guazzini et JP Baudecroux installaient une radio "libre" : NRJ. Même pas l'impact d'un moustique, les poids lourds de la place : RTL, Europe 1 et France Inter, dormaient sur leur audience et ils prédisaient à ces rigolos qui ne passaient que de la musique en boucle une courte vie économique... La suite est connue...

Avec le phénomène blog, et du mien bien sûr, même si je vous amuse ou vous irrite parfois, je sens poindre un non-dit  du style : ce garçon il a du temps à perdre, nous on a les mains dans le cambouis  et son joujou ça ne sert à rien. Erreur chers amis, je me sens comme les deux larrons d'NRJ dans leur chambre de bonne, convaincu que le temps travaille pour moi, pour nous, pour vous aussi. Pourquoi ? Tout simplement parce que je créé du contenu, je tatonne, je propose, j'ai souvent l'impression de n'avoir aucun écho mais qu'importe ; j'occupe un espace nouveau ; je tisse une toile ; un jour je serai en capacité de mettre en relation des hommes et des femmes pour le plus grand rayonnement du produit qui nous est cher.

Alors, chers amis, le blog vous est ouvert. Par mon entremise créez vous aussi du contenu, aidez-moi à élargir l'audience, prenez un peu de votre précieux temps pour que cet espace de liberté qui hier a passé la barre des 1000 pages lues, qui, pour un blog pro dans un univers d'ados se hisse au 150 ième rang, qui atteint les 300 abonnés, devienne plus encore un outil de reconquête, de rayonnement et d'affirmation du dynamisme de notre secteur.

Allez on se retrousse les manches ! La semaine prochaine les 20 membres fondateurs du club " sans interdit " se mettront au travail. Comme le chante la grande Sophie " du courage, du courage, du courage... " 

Messages persos : pour fromage je ne pose aucun préalable, on me prends comme je suis et lycée de Versailles... Pour mes 2 Jean-Louis êtes-vous portés disparus ? 

   

   

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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 10:20

Il croyait " aux forces de l'esprit", dans notre pays qui raffole des commémorations, dix ans après sa mort François Mitterrand est aux portes du Panthéon, nos écrans sont pleins de lui, un sondage le classe en pôle position de la Vième, mais comme le dit un homme du premier cercle Pierre Joxe " pétainiste et vraiment pétainiste, puis résistant et vraiment résistant " le jeune charentais monté à Paris est le miroir des passions françaises. Mon écurie de rattachement - Michel Rocard - ne fait pas de moi, loin s'en faut, un idolâtre, mais ayant servi dix ans sur le porte-avions France, même si je ne partageais pas ses méthodes, je respectais le pacha sinon je serais allé planter mes choux dans le bocage profond.

L'un de mes Ministres était du premier cercle, j'ai donc vécu de près les grandeurs et les servitudes des grandes et des petites décisions. Deux ont marqué des virages importants pour notre agriculture et même notre pays: les accords de Dublin et la première réforme de la PAC en 1992. Je m'en tiendrai ce matin aux accords de Dublin qui dévérouillaient la négociation d'adhésion de l'Espagne et du Portugal à l'Europe. Qui aujourd'hui se souvient de ceux qui nous prédisaient l'abomination de la désolation ? Moi !

Le Languedoc était rose soutenu avec quelques points rouges, des leaders syndicaux viticoles amateurs de vente de paroles en vrac, n'ayant pas eu besoin de passer en futs de chêne ou de flirter avec des copeaux pour être des déjà vieux (certains se sont arrondis et leur vêture est plus tendance), ressassaient leurs vieilles antiennes, à Paris le leader du syndicat unique agricole, tel un conductator, pourfendait le Ministre en place (le congrès de Narbonne fut un modèle de mépris) , nous étions les syndics de faillite de la viticulture méridionale. Entre la rue de Varenne et le château il y avait du tangage, notre position de négociation déplaisait à ceux qui "feuzait de lapolitike ", nous tenions bons, nous nouions des alliances sur le terrain, et dans le dernier virage, lors d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement à Dublin, Roland Dumas étant Ministre des Relations Extérieures, le " Président " trancha en notre faveur : ce furent les accords de Dublin.

Savoir choisir au nom de l'intérêt général, contre ses amis politiques, contre les leaders syndicaux qui brossent leurs troupes dans le sens du poil, sans se soucier des outrances de ceux qui seront un jour au pouvoir oublieux de leurs déclarations, c'était ça aussi François Mitterrand. C'était ma contribution aux fêtes du 10 ième anniversaire et si vous aimez le cinéma allez voir " le promeneur du Champ de Mars " avec un Michel Bouquet plus Mitterrand que nature.

Pour ceux que ça intéresse : un entretien avec ma pomme sur www.journee-vinicole.com

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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 10:42

" But if the dinner, though excellent in itself, was mainly restorative, the wine was ambrosial. In the household of her early youth, in Cracow, Sophie had grown up with wine, her father having, possessed as strain of hedonism which caused him to insist (in a country as barren of vineyards as Montana) that her mother's ample and often elegant Viennese meals be accompanied with some regularity by the fines wines of Autria and the Hungarian plains. But the war, wich had swept so much else out of her life, had obligarated such a simple pleasure as wine, and since then she had not bothered to go out of her way to drink any, even if she had been tempted to within the purlieus of Flatbush, its constituency pledged to Mogen David. But she had no notion of this - this god's liquor! The bottle Nathan brought was of such a quality as to make Sophie want to redefine the nature of taste ; ignorant of the mystique of French wine, she did not need to be told by Nathan that is was a Château-Margaux, or that it was a 1937 - the last of the great prewar vintages - or that it cost the flabbergasting sum of fourteen dollars (roughly half her salary for a week, she noted with incredulity as she caught a glimpse of the price on the sticker), or that it might have gained in bouquet had there been time to decant it first. Nathan went on and on divertingly about such matters. But she only knew that the savor of it gave her an unparalleled sens of delight, a luscious and reckless and great-hearted warmth that spread downward to her toes, validating all quaint and ancient maxims as to the healing properties of wine. Light-headed, woozy, she heard herself say to her provider toward the end of the meal :

- You know, when you live a good life like a saint and die, that must be what they make you to drink in paradise "

Sophie's choice   William Styron pages 167-168 vintage Classics

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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 10:00

" Mais si le dîner, bien qu'en soit excellent, était avant tout reconstituant, le vin lui, était un vrai nectar. Dans la maison de son enfance, à Cracovie, Sophie avait toujours vu boire du vin, car son père, doué d'un penchant pour l'hédonisme, insistait (dans un pays aussi dénué de vignobles que le Montana) pour que les repas viennois, fort copieux et souvent raffinés que préparait sa mère, soient en général arrosés de bons vins d'Autriche ou des plaines de Hongrie. Mais la guerre, qui avait balayé tant d'autres choses dans sa vie, l'avait privée d'un petit luxe aussi humble que le vin, et depuis lors, elle ne s'était jamais souciée de chercher à en boire, même si elle en avait parfois eu la tentation dans le périmètre de Flatbush, où les indigènes ont le culte de la bouteille. Mais, jamais elle n'aurait cru qu'il existât une chose pareille - cette liqueur des dieux! La bouteille qu'avait apportée Nathan était d'une telle qualité que Sophie fut tentée de remettre en question ses idées en matière de goût ; elle ignorait tout de la mystique des vins français, il était donc inutile que Nathanlui précise qu'il s'agissait d'un château-margaux, ni que c'était un 1937 - la dernière grande année d'avant-guerre - ni qu'il coûtait, la somme faramineuse de quatorze dollars (à peu près, la moitié de son salaire de la semaine, constata-t-elle avec incrédulité quand son oeil accrocha le prix porté sur l'étiquette) ; ni qu'il aurait encore pu gagner du bouquet s'ils avaient eu le temps de le laisser décanter. Nathan était d'une drôlerie intarissable sur ce chapitre. Quand à elle, il lui suffisait de constater que la saveur de ce vin lui procurait un ravissement incomparable, une sensation somptueuse de chaleur, d'intrépidité et d'exaltation qui peu à peu gagnait jusqu'à ses orteils, confirmant toutes les vénérables et bizarres maximes qui prêtent au vin des vertus curatives. Un peu pompette, les jambes molles, elle s'entendit vers la fin du repas dire à son pourvoyeur :

- Vous savez, si quelqu'un vit comme un saint, je suis sûr qu'après sa mort c'est ça qu'on fera boire à lui au paradis. "

Le choix de Sophie   William Styron pages 257-258 Gallimard 1981

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