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17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 00:01

Dans le groupe de pilotage de la réflexion stratégique qui a débouché sur le document Cap 2010, les 2 Jean-Louis, le libéral et le socialo, furent les grands défenseurs des bassins de production qui, selon eux, devaient être les lieux privilégiés de la gestion de la production par les producteurs et les opérateurs. L'un installé à Bordeaux, l'autre dans le très chic Luberon, s'accordaient sur la nécessité de bâtir sur du solide si l'on souhaitait, comme le groupe l'a écrit, créer un réel Espace de Liberté. Bref, je ne ferai aucun commentaire sur le devenir de ce bel outil économique mais je vous propose de faire des Travaux Pratiques avec Laurent de Bosredon, président du Conseil Régional des Vins d'Aquitaine, dont j'ai apprécié, lors des travaux préparatoires de Cap 2010, la pertinence et le réalisme de ses analyses. Le voilà confronté au caractère "sûr et dominateur" de ceux qui, voilà peu de temps criaient misère, et qui oublieux des origines de la crise, enfourchent les mêmes montures. Ainsi va la vie, après la publication de mon rapport de 2001, le président du dit zinzin, sur l'antenne de RTL, me tançait vivement en déclarant que dans sa belle région tous les clignotants étaient au vert. La suite lui a, bien sûr, donné raison. Les paroles volent, les écrits restent, comme les directeurs d'ailleurs. Je remercie donc Laurent de Bosredon d'avoir bien voulu répondre à mes 3 Questions.

 

1ière Question :

Bonjour Laurent de Bosredon, votre grand voisin le CIVB « sûr de lui et dominateur » comme aurait pu le dire le Général, après vous avoir toléré, vient de claquer la porte du Conseil Régional des Vins d’Aquitaine l’obligeant à mettre son activité en sommeil à la fin de cette année. Pourquoi ? Et comment cela s’est-il passé ? l

Réponse de L de Bosredon :

Il faut en effet se rappeler que c’est le CIVB qui avait souhaité la mise en place, dès 1993, d’une structure professionnelle de dimension régionale servant d’interface avec la Région Aquitaine. Cette volonté s’est à nouveau exprimée  lorsque le CRVA a été restructuré fin 2000 à l’instigation du Président du Conseil Régional d’Aquitaine autour du projet fédérateur de l’I.S.V.V. (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin)

C’est par un courrier du début du mois de décembre 2007 que le Président du CIVB m’a informé de sa démission des instances du CRVA, démission qui prenait effet immédiatement et qui n’a pas suffisamment donné lieu à une concertation préalable.

Face à cet état de fait, j’ai été amené à réunir le Bureau du CRVA en février 2008, qui a statué sur sa mise en sommeil à la fin de cette année.

Parmi les raisons invoquées, figurait notamment le fait que la mise en place des conseils de bassin ne justifiait plus la pérennité d’une telle structure.

2ième Question :

Toujours dans le même registre La dimension du bassin de production est un réel sujet de divergence, Bordeaux ne se cache pas de vouloir un bassin limité à la seule Gironde qui, comme chacun sait est la France du vin à soi seule. Vous défendez une dimension plus large, tel qu'il existe actuellement à travers le bassin Bordeaux/Aquitaine (Dordogne, Gironde, Lot et Garonne) pour quelles raisons ?

Réponse de L de Bosredon :

Ce qui peut paraître paradoxal dans cette prise de position, c’est que le CIVB avait déjà accepté son intégration dans un ensemble regroupant la Dordogne, la Gironde et le Lot et Garonne, qu’il s’agisse de la mise en place des  premiers comités de bassin  lors du premier semestre 2006 ou celle des actuels conseils de bassin suite à l’arrêté du 15 juin 2006.  Les raisons pour lesquelles l’actuel bassin de production se justifie sont nombreuses. Le simple examen d’une carte des vignobles en Aquitaine montre à l’évidence une zone de cohérence et de continuité viticole sur les trois départements. De nombreux autres facteurs, de nature géographique, géologique, climatique, hydrologique, agronomique, qu’il serait trop long de développer en détail, concourent à la réalité de cet ensemble. J’y ajouterais des traditions et une histoire communes qui ont façonné depuis des siècles les hommes et les femmes de ces terroirs autour de la vigne et du vin.

Il convient de rappeler que les vignobles de Bordeaux représentent plus de 85 % de cet ensemble, ce qui signifie à l’évidence que le département de la Gironde y assurera,  une fonction de leadership que personne ne  conteste.

3ième Question :

Délaissons maintenant les grandes manœuvres girondines et régionales pour que vous nous parliez des appellations de Bergerac Laurent de Bosredon : comment vont-t-elles ? Se sont-elles adaptées à la nouvelle donne du marché mondial ? Perspectives face à un environnement national et international assez inquiétants ?

Réponse de L de Bosredon :

Le vignoble de Bergerac dispose de nombreux atouts, une gamme de 13 appellations couvrant toutes les couleurs et avec une réelle segmentation des vins produits. Il représente une production globale entre 500 000 et 600 000 hectolitres, pouvant servir de base à des actions de promotion et de communication spécifiques.

Les résultats sur le plan quantitatif des vins de Bergerac ne doivent  pas éluder une insuffisante valorisation en termes de prix et une part qui reste encore insuffisante des chiffres à l’exportation.

La mutualisation au niveau du bassin d’un certain nombre de moyens (observatoire économique, connaissance des terroirs, recherche et expérimentation, tourisme vitivinicole,….   ),  dans le respect de l’identité de chacune de ses composantes, peut constituer  un réel facteur de développement pour les vins de Bergerac

Sous la rubrique PAGES en haut à droite vous pouvez lire la chronique de Catherine Bernard la vigneronne : "Bouquet* et les vigneronnes :la femme est l'avenir du vin"

* Carole bien sûr

Attention chers lecteurs, demain évènement exceptionnel à ne pas manquer sur Vin&Cie : la Foire aux vins de Berthomeau. Des collaborateurs de grande classe, des vins de blogosphère. Ameuter vos amis, vos relations, vos beaux-parents, votre patron, votre député et qui vous voudrez, même Chabalier, pour feuilleter ce choix unique... Suspens... suspens... Vous salivez déjà...   

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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 00:09

Nous avons vu naître le petit bourgeon cotonneux
 http://www.berthomeau.com/article-19352528.html , puis se former la petite grappe de raisin, et voici venu aujourd’hui le temps de la récolte : la vendange. Vendenge en ancien français, issu du latin vindemia : de vinum « vin » et de demia, demere : « récolter ». C’est l’étape médiane de la vigne au vin. Temps communautaire, à la fois productif et festif, comme le temps de la moisson. Dans le monde méditerranéen, des fresques funéraires de la Grèce ancienne jusqu’aux toiles de l’époque classique en passant par les illustrations médiévales de la Bible, les représentations des scènes des vendanges sont nourries d’allusions culturelles.

 

L’ange jeta donc sa faux en terre, et vendangea la vigne de la terre, et en jeta les raisins dans la grande cuve de la colère de Dieu.

Et la cuve fut foulée hors de la ville, et le sang sortit de la cuve en telle abondance que les chevaux en avaient jusqu’aux mors dans l’étendue de mille six cents stades.

Apocalypse de St Jean, 14, 19-20, traduction Le Maistre de Sacy

 

Les Vendangeurs

 

Aux flancs du coteau les ceps s’alignent en longues files. Le soleil d’automne a jauni les feuilles. La vigne est chargée de raisins. Les vendangeurs coupent les grappes avec une serpette ou un sécateur ; ils en remplissent des paniers qu’ils vident dans une hotte. Quand la hotte est pleine, on va la porter à la cuve. Avec un long bâton, un homme foule le raisin qui s’écrase. Une bonne odeur monte de la cuve, et des guêpes sucent avidement le jus sucré.

Vocabulaire Méthode d’orthographe Cours Élémentaire Gabet&Gillard Hachette 1930

 

Sur le Coteau

 

Nous voici maintenant en Bourgogne, à la fin du mois de septembre. Sur la pente couverte des vignes, au milieu des rires et des chants, les vendangeurs coupent les grappes. Ils emplissent de raisins les cuveaux, et des chevaux traînent péniblement la voiture de vendange jusqu’au village. La pente est rude, et les bêtes s’arrêtent au milieu de la côte. Jeannot les a suivies. De là il voit, dans la plaine, le train qui file. Il voit aussi, à l’entour, des bombements de terrain, semblables à celui où il est. Ce sont des coteaux, ou collines. La plupart sont couverts de vignes, et Jeannot y découvre d’autres groupes de vendangeurs. Les raisins qui mûrissent sur les collines ensoleillées font les meilleurs vins de France.

Mon premier livre de Géographie Cours Elémentaire 1ière année S.Blin, M. Kuhn, R.Ozouf Delagrave 1936

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 00:00

Paris est plein de boulevards, ceux de ceinture, chers à Patrick Modiano, longue litanie de maréchaux d’empire : Ney, Brune, Berthier, Davout, Jourdan…, ceux que le petit peuple qualifiait autrefois de Grands : des Capucines, des Italiens,  Poissonnière, de Clichy… puis y’a des boulevards qui sont affublés du même nom qu’une rue, c’est le cas de celui de Reuilly, comme de celui de St Jacques où je suis sis, assurément ça ne facilite pas la tâche de ceux qui débarquent dans notre ville capitale. Bref, de retour dans les froidures de Paris je me rendais à l’espace Reuilly qui, vous en doutez, est niché du côté du dit boulevard et de sa petite sœur la rue du même nom, lorsque je suis tombé nez à nez avec deux gentlemen, very british, hauts perchés, les pieds dans la vigne, qui affichaient des mines joviales et, surprise, et qui tenaient un verre de vin rouge à la main. Si, à ma place, c’eut été un triste hiérarque de l’ANPAA en quête d’un bon procès ou je ne sais quel ascétique hygiéniste traquant le bon vivant, je pense que l’un comme l’autre, auraient crié à la provocation et se seraient rués chez madame Bachelot. Faut avouer qu’avec leurs chemises très Turnbull&Acer  – rayures, rouge vif, croisées pour l’un, rayures bleu ciel pour l’autre – cravates sombres et lunettes sérieuses de banquier de la City identiques, veste verte sur pantalon clair et chaussures gold pour le plus opulent ; costume gris perle et chaussures noires pour l’autre plus genre gendre idéal pour belle-mère ambitieuse, mes deux lascars avaient fière allure. Pas le genre à mettre madame la Ministre de la Santé sur le sentier de la guerre, ni a donner de l’urticaire aux statisticiens de la Sécurité Routière. Du sérieux quoi, des messieurs qui savent se tenir à table sans pour autant rouler dessous comme un quelconque Chabalier.  Bien évidemment, chers lecteurs, vous avez reconnu le couple le plus célèbre de nos dégustateurs nationaux Michel Bettane et Thierry Desseauve.
le flou de l'image est du au soleil parisien - je ne plaisante pas - qui faisait refléter les façades des immeubles sur la vitre du panneau publicitaire...

Moi qui suis un fin limier je me suis dis ça sent le Floch’ à plein nez – pour ceux qui, contrairement à notre MEL qui a une belle tête de gondole corse, ne sont pas des aficionados de BD, Floch’ est un dessinateur qui, associé à son compère Rivière, est l’un de mes auteurs préférés. Leur album BLITZ, publié par Albin Michel, en 1983, est un must d’humour britannique. Juste, l’affiche annonçant la sortie du B&D 2009 le Grand Guide des Vins de France par, comme le dit le slogan, « deux grands noms pour un grand guide » est l’œuvre de Floch’. De la belle ouvrage chers amis, mais, comme je n’ai aucune compétence pour vous faire une petite chronique sur ce Grand Guide, je vais vous propose 2 extraits des « Chroniques d’Oliver Alban » de Floch’&Rivière publiées chez Robert Laffont en 2006 (c’est un livre, non une BD). Le premier concerne Daphné du Maurier, à propos de Rebecca publié en 1937 ; le second Alfred Hitchcock que je n’aurai pas l’outrecuidance de vous présenter.

 

Je suis revenu à Manderley :

« Qui n’a rêvé, en effet, de Manderley depuis la parution de Rebecca en 1938 ? Laquelle – ou lequel – d’entre vous n’a pas désiré hanter comme un fantôme les aîtres de cette maison minée par le souvenir de la première Mrs. De Winter et que l’héroïne sans nom du merveilleux roman de Daphné du Maurier tente d’apprivoiser comme elle le ferait d’un alezan sauvage et meurtrier ? »

« Menabilly*, sachez-le, est à mille lieues du terrifiant décor gothique que nous voyons s’embraser à l’issue du film obsédant de Mr. Hitchcock… »

·        aîtres : disposition des diverses parties d’une habitation.

·        Menabilly lieu de résidence de Daphné du Maurier.

 

Ne réveillez pas Hitchcock :

« Puis nous fîmes quelques pas en direction du bouddha toujours figé dans son fauteuil. Je tournais et retournais un compliment dans ma bouche lorsqu’un regard navré de la jeune personne debout près de lui, un script dans les bras, nous avertit que quelque chose clochait. Tony me dit alors :

-         Il dort… Cela lui arrive souvent pendant les prises de vues.

J’avais en effet lu quelque part que ce cinéaste le tournage des scènes ne représentait qu’une formalité… Devant nous, sous la lumière bleutée des énormes sunlights, deux comédiens dont les visages m’étaient familiers échangeaient leurs répliques. Le clapman fit son office et, à cet instant, le bouddha sursauta, réveillé.

-         Parfait, dit-il d’une voix posée avant d’émettre un gloussement… »

Bonne lecture à tous... 

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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 00:03

À ma vue Gustave débandait. Bras ballants, résigné, il larmoyait : « Putain de merde t’as vraiment juré de me casser tous mes coups… » Le coup en question rectifiait avec dignité sa position tout en cherchant du regard sa petite culotte alors que Gustave dubitatif  contemplait l’étendue du désastre qui remettait en cause sa virilité. Je raillais « Dis donc mon Gustave t’es une bête de sexe. Infatigable l’enflure toujours sur la brèche si je puis m’exprimer ainsi chère madame. Allons Gustave tu manques à tous tes devoirs de gentlemen : présente-moi à ta charmante partenaire…

- T’es naze mec, c’te pouffiasse j’la connais même pas.

- Alors présente-moi ça permettra à madame d’élargir le cercle de ses relations.

- Aline de Saint-Pourçain.

Sensible à mes lazzis la dame avait retrouvé de sa superbe et elle me tendait une main aux ongles finement manucurés. Je m’inclinais et me risquais à effectuer le premier baisemain de ma carrière. Au contact de ses doigts ma main sentit que la dame se raidissait. Elle devait comprendre que je me payais sa fiole. En me relevant je m’efforçais de la conforter dans cette juste analyse : « Léon Béria, de la police politique du Président Pompe…

-         C’est quoi cette nouvelle engeance ?

-         Mon bon plaisir Gustave, tu devrais remonter tes brailles sinon madame de Saint-Pourçain va te prendre pour son garde-chasse…

-         Ta grande sauterelle t’a bourré le pif de poudre mon gars. Arrête ton char sinon…

-         Sinon tu vas me dénoncer Gustave la balance…

-         Faut pas l’écouter madame il n’est pas dans son état normal…

-         Même s’il me prend pour une pauvre conne ce jeune homme me semble très pertinent mais soyez sans crainte gros tas de merde vos affaires tordues j’en ai rien à foutre…

-         Tu faisais moins la fière tout à l’heure pouffiasse…

-         Allons Gustave c’est à une dame que tu causes…

-         Je préfère les putes…

-         Toutes les femmes mariées sont des putes Gustave.

-         Je compatis chère madame, vous devez vraiment souffrir pour en arriver à vous faire mettre par cette raclure…

-         Je ne te permet pas…

-         Mais si Gustave, tu permets tout ce n’est qu’une question de prix…

-         Ce n’était qu’une expérience, j’ai toujours eu le phantasme du camionneur…

-         Sans vouloir être mufle, chère Aline, si vous me permettez cette familiarité…

-         Après ce que vous venez de voir vous êtes sans pitié avec moi jeune homme…

-         Dans votre cas c’est une bonne thérapie mais là n’est pas le problème. Comme je m’apprêtais à vous le dire, assimiler Gustave à un camionneur c’est faire insulte à une corporation certes une peu brute de décoffrage, qu’aime bien les fachos, mais qui a reçu ses lettres de noblesse depuis le Salaire de la peur…

Gustave atterré perdait pied. Aline, qui venait de récupérer sa petite culotte que Gustave avait délicatement posée sur l’abondante chevelure d’un Beethoven en buste qui trônait sur le manteau de la cheminée, lâchait elle aussi prise. Mon verbiage fumeux lassait, moi le premier.

Pendant qu’Aline de Saint-Pourçain se repoudrait le nez et se redessinait les lèvres, Gustave, avachi dans un fauteuil crapaud, m’observait d’un œil mauvais en ruminant sa contre-attaque. Mon intrusion brutale dans le beau nid douillet que lui offraient ses thuriféraires des hautes sphères de la GP risquait de fiche en l’air tout le bénéfice qu’il tirait de son statut de « prolo officiel ». Après l’avoir bousculé, déstabilisé il me fallait prendre appui sur sa mauvaise humeur pour le cadrer. Mon marché était d’une grande simplicité : j’offrais à Gustave de conforter, auprès du locataire de la place Beauvau, son statut d’indic n°1 au sein de la GP en échange d’agir selon ma volonté. Gagnant/gagnant : pour lui la pérennisation de sa situation de coqueluche idolâtré lui ouvrant tous les avantages collatéraux : baise, fric, fréquentation de la crème gépéiste : Clavel, Duras, Claude Mauriac, Joris Ivens et même Godard, vie facile ; pour moi, me dégager des tâches subalternes, manipuler tout le monde, m’infiltrer dans les cercles du pouvoir pour leur pourrir la vie. Bien évidemment, avec Gustave je n’entrerais pas dans ces subtiles considérations. Comme je le tenais à la fois par les couilles et par la peur, lorsque je lui ferais part de ce que seraient à l’avenir nos relations ce serait comme sur le foirail, entre maquignons, qui baise qui, on ne sait pas vraiment, mais au bout du compte on tope-là.

Au lieu de me coltiner le Gustave en tête à tête dans cette chambre, théâtre de ses ébats interrompus, je me tournais vers Aline de Saint-Pourçain pour l’inviter à regagner la réception à mon bras. De très bonne grâce, elle se pliait à cette bonne manière dès plus bourgeoise en taquinant au passage le Gustave : « Viens avec nous le surineur. Ne fais pas cette tête-là. Crois-moi tu es un bon coup Gustave, je n’ai jamais joui comme ce soir … » À la tête qu’il fit, étonnée et satisfaite, en se rengorgeant, je comprenais que le compliment, même s’il flattait l’enflure, chagrinait son machisme profond : la qualification de « bon coup » ne pouvait s’appliquer qu’aux pétasses. Pour emporter la décision je lui passais une nouvelle couche : « Avec la pub que va te faire Aline tu vas pourvoir te constituer un harem sacré veinard ! » Sourire retrouvé, Gustave relevait sa grosse carcasse en lâchant un vent chuintant et odoriférant. « Ça dégage ! » commentait-il avec son intonation ch’timi qui chuintait elle aussi en « décache ! ». À mon bras, la zélote d’Antoinette Fouque, réprimait un haut le corps. Plein de commisération hypocrite je lui tapotais sur la main. « Les luttes de libération, Aline, passent souvent par des chemins de traverse un peu fangeux. On ne fait pas la Révolution sans se salir les mains… » Gustave dodelinait sa grosse tronche, l’air de dire, ce mec c’est vraiment qu’un phraseur mais sans pour autant se sentir visé par ma réflexion puisqu’il nous balançait : « Ce n’est pas mon cas, moi j’ai jamais eu les mains aussi propres que depuis que je me suis embarqué dans la Révolution… » Et de rire grassement en postillonnant sur le dos dénudé d’Aline.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 12:00

Le 9 septembre 1943, Ajaccio, est la première ville française libérée par les troupes américaines. 65 ans après : c'est la fête. Des images inédites de notre reporter sur place.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 00:04

 Ce matin, jour de retour, de l'humour et de la réflexion, à propos du Général...

Extrait d'une bande dessinée " de Gaulle à la plage" désopilante de Jean-Yves Ferri chez Dargaud www.dargaud.com  dont Libé publie des planches cet été. Achetez-là, elle pourra de toute façon, avec sa jaquette rigide, vous servir à protéger votre visage du soleil à la plage (fonction principale du livre de plage selon le critique littéraire de Libé)

" L'armée allemande vient d'envahir la Russie. Des militaires britanniques invitent le Général à suivre, devant une radio d'état-major, le déroulement des opérations.
La rapidité de la progression allemande étonne, puis scandalise et enfin désespère les stratèges britanniques. Silence du Général qui, seul, ne participe pas au concert de lamentations. Les villes russes tombent les unes après les autres. Les officiers anglais s'interrogent sur le sort réservé aux armes alliées. Le Général continue de méditer.
- Et vous, de Gaulle, que pensez-vous de la façon dont les blindés allemands pulvérisent les défenses russes ? demande un officier britannique qui a lu "Vers l'armée de métier".
- Je pense, dit le Général, qu'il faudra désormais songer... aux moyens d'arrêter la progression communiste en Europe.
Il dit, puis déploie sa haute taille et plante là l'assistance médusée.
Sur le pas dee la porte, il confie à son aide de camp :
- N'oubliez pas ces heures-là ! Je me trompe souvent dans ce que je fais, mais jamais dans ce je prédis.

Extrait du livre "Les Mots du Général" de Ernest Mignon chez Fayard

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 00:06

 

J’aurais pu dans le titre de cette chronique présenter Claude Rivier en déclinant ses appellations officielles : vice-président de la Chambre d’Agriculture du Gard en charge du dossier de la viticulture, président de la cave de Chusclan et sans doute aussi une responsabilité au sein de la nouvelle Fédération Régionale des Caves Coopératives mais je trouve que celle que je lui ai donné : entrepreneur-vigneron lui va bien et je suis sûr qu’il l’appréciera. Je verse son point de vue, que je partage largement, au dossier Languedocien et national (voir l’interview de Jérôme Despey sous la rubrique PAGES en haut à droite du blog N°23) Bien mieux que les joutes de structures professionnelles généralistes l’approche d’entreprise débarrassée des vieux dogmes poussiéreux permettra de répondre concrètement aux défis des marchés en développement. Aux pouvoirs publics régionaux et nationaux je me permets de dire : les projets deviennent bons et exemplaires lorsqu’ils réussissent et leur réussite dépend essentiellement de la vision, de la volonté d’entrepreneurs. De grâce, sortez de vos visions mécanistes de dossier-papier et appuyez ceux qui entreprennent car ils sont une denrée bien plus rare que les financements divers et variés trop longtemps dispersés en pluie fine sans réelle vision stratégique.

 

Les faits. Un point sur lequel tous les observateurs s’accordent : la production et le marché sont appelés à ne plus se rencontrer qu’à des conditions bien définies. La taille critique pour « peser » sur le marché du vrac est de plusieurs centaines de milliers d’hectolitres, (les professionnels de la distribution disent même un million d’hl).

Théoriquement cela supposerait donc quatre metteurs en marché dans le Gard. La réalité est autre. Le Gard compte encore 89 caves coopératives avec quelques unions et 450 caves particulières environ. Non pas quatre, donc, mais plusieurs centaines de metteurs en marché…

Cette dispersion pourrait être une richesse si elle était synonyme d’efficacité. Ce n’est pas le cas. En coopération, une analyse des revenus nets/ha, frais de caves déduits, montre des variations du simple au quadruple. Nous sommes frappés d’une faiblesse de revenu qui montre que les volumes les plus importants sont produits sans valeur ajoutée, voire à perte. De nombreuses caves particulières ne font que du vrac. Trop d’entre elles produisent aussi des bouteilles à perte. Pourtant – on l’ignore souvent – le marché mondial continue de croître.

Le grand négoce assembleur cherche des vins bien faits. Mais les prix payés ne peuvent à la fois faire vivre le viticulteur et combler ses manques d’organisation, de compétitivité, son inadaptation structurelle. Cela, en privé, nul ne le conteste.

 

L’analyse. Comment rendre alors une valeur ajoutée durable au vignoble ? Il n’est plus possible aujourd’hui d’être efficace ET à la vigne ET à la cave ET à la vente. Il y a des exceptions, mais elles ne font que confirmer cette règle.

La grande majorité des caves particulières et coopératives souffrent de ce manque de spécialisation. Il faut des unités de production, indifféremment ouvertes aux coopérateurs et aux vignerons indépendants qui veulent y apporter par contrat tout ou partie de leurs raisins. Ceux qui gardent une part de leur production peuvent s’y consacrer à fond. Le reste est alors travaillé en cave de type winery. Modernes, ces unités proposent au négoce des volumes qu’il peut assembler et collecter dans les meilleurs conditions pour ses vins de table et de pays adaptés à la demande internationale. La taille critique de ces unités dépasse les 200 000 hl. Toute réponse qui ne tient pas compte de ces critères est vouée à l’échec.

 

Les actes. Des hommes réagissent. Des pôles se préparent. Il y aura encore place pour des outils artisanaux. Mais l’essor des vins sans IG exige des pôles industriels. Ce qui se fait autour de Jonquières est un bon exemple à soutenir, à multiplier et à mettre en réseau. Ces évolutions doivent être conduites avec méthode et rigueur. La Chambre d’Agriculture met tout son poids pour soutenir les initiatives allant dans ce sens. En s’affranchissant des visions étroites du passé, le Gard, le Gard doit pouvoir apporter à la génération présente une sécurité économique durable. »

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 00:06


Ceux qui me reprochent de connaître tout le monde vont être contents, l'interviewé du jour, Pierre Menez, je n'ai fait que le croiser lors de pots de départ ou des remises de décoration, donc je ne puis faire état d'un travail en commun. Comme j'ai toujours pensé et défendu qu'un grand pays du vin comme le notre devait disposer d'un négoce puissant et ambitieux pour affronter le grand large ce qui m'a valu d'être étiqueté comme "trop proche" de ces mercantis qui ne pensent qu'à plumer la volaille vigneronne. Mon expérience à la SVF, mon vécu de la grande région du Languedoc et de ceux qui voulaient se substituer au négoce généraliste, les 20 années perdues évoquées par Pierre Menez, les dernières surtout, me confortent dans cette approche. Ma petite voix, même alliée à celle de mes compères de Cap 2010, n'a eu que peu d'écho dans l'autosatisfaction générale, l'art consommé de faire du sur-place, y compris dans une partie du négoce pour qui les vins de grands volumes n'étaient pas le coeur de notre stratégie. Tout ça, me dira-t-on, n'a pas beaucoup d'importance, sauf que, comme le disait Mac Arthur à propos des batailles perdues : "trop tard !". Pour autant, le jeu reste ouvert avec la nouvelle OCM : à chacun de prendre ses responsabilités, et l'unité toute neuve de nos négociants au travers de l'Association Générale des Entreprises du Vin, je l'espère, va nous permettre de passer la surmultipliée. Reprendre l'offensive sur les marchés porteurs. Cesser le lamento à la française. Merci à Pierre Menez d'avoir bien voulu répondre à mes 3 Questions.

 

1ière Question :

Bonjour Pierre Menez, exit l’AFED et EGVF, vous êtes le nouveau président d’un négoce français réunifié. Les grands et les petits vins vont donc vivre sous le même toit et, par votre entremise, parler d’une seule voix. Qu’est-ce qui vous a incité à vous regrouper alors qu’il y a encore très peu de temps vos analyses et vos stratégies paraissaient éloignées et inconciliables ?

 

Réponse de Pierre Menez :

Depuis de nombreuses années, EGVF et AFED travaillaient ensemble et nous avions, sur l’essentiel, des points de vue totalement convergents.

 

Il a pu se faire que certains tiers à nos organisations professionnelles aient souhaité valoriser davantage des divergences apparentes que l’essentiel qui nous réunissait. Ils avaient grand tort.

 

En effet, les liens entre nos deux organisations étaient déjà profonds et je dois dire qu’avec Bruno KESSLER, nous n’avons eu aucune difficulté à franchir ensemble l’étape finale de notre rapprochement.

 

Nous représentons aujourd’hui, à travers nos différentes organisations régionales ou de produits, une force vive de plus d’un millier d’entreprises qui réalisent 14 milliards Euros de chiffre d’affaires, et surtout autant de chefs d’entreprise dont la 1ère caractéristique est d’être … des entrepreneurs, ce qui veut dire de fortes personnalités, une expression dynamique et affirmée de leurs points de vue, des stratégies qui tiennent compte des spécificités de chacune de leurs entreprises, de leurs productions, de leurs marchés. Notre mission première est d’être leur expression publique, tout en sachant qu’il n’est pas possible, aujourd’hui plus que jamais, d’imaginer les mettre sur un même rang sans avoir longuement travaillé par des débats approfondis à l’élaboration des consensus nécessaires.

 
2ième Question : Après des années de tergiversations un grand vent de réforme souffle dans les voiles du secteur : réforme de l’OCM, réforme de l’INAO et de ses procédures d’agrément, plan de modernisation de la filière, nouvelle approche de la gouvernance de la filière… Dites-nous, Pierre Menez, comment l’AGEV s’insère dans ce processus ? Quelles sont les positions de votre organisation sur tous ces sujets ? Estimez-vous que ces réformes mettent vos entreprises dans les meilleures conditions pour soutenir les effets de l’accroissement de la concurrence mondiale ?

 

Réponse de Pierre Menez :

L’essentiel pour l’avenir de la filière viticole française, et donc pour nos entreprises, est de disposer d’une capacité d’adaptation, de réactivité aux évolutions des attentes des consommateurs dans le monde entier.

 

Dans ce contexte, il n’est plus possible d’imposer des schémas administratifs, des carcans, préconçus nationalement à toutes nos productions françaises alors qu’elles sont si diverses et si riches de potentiel.

 

C’est pourquoi l’AGEV adhère totalement et je dirais assez modestement, après en avoir été parmi les principaux précurseurs, à un certain nombre des réformes qui sont progressivement mises en œuvre.

 

Sans doute aurions nous pu faire plus vite, c’est un regret, mais l’adhésion d’une très large majorité à ces réformes, ce qui suppose de nombreux débats préalables, est un gage nécessaire à leur réussite.

 

Deux exemples, je classe dans ces réformes essentielles celle des signes de qualité appliquée à notre secteur d’activité, dont la réforme des procédures d’agrément des AOC qui concerne désormais toutes nos entreprises. Enfin, nous devrions progressivement apporter aux consommateurs les garanties qu’ils attendent. Rien n’est gagné, beaucoup dépendra de la façon dont les responsables professionnels la mettront en œuvre.

 

De la même façon, le plan de modernisation de notre filière qui notamment confirme et amplifie la capacité des grandes régions de production à définir elles-mêmes les stratégies de valorisation de toutes leurs productions, est essentiel. Là aussi, un nouveau cadre se met en place, il appartiendra aux professionnels de prendre leurs responsabilités.

 

3ième Question : Certains pensent que, sur le marché des vins de marques, seuls des groupes de taille mondiale - type Constellation, Pernod-Ricard - en mesure de satisfaire la demande des grands distributeurs, pourraient nous permettre de regagner des parts de marché. Qu’en pensez-vous Pierre Menez ? La France, grand pays généraliste du vin, qui maintient bien, voire même développe ses postions traditionnelles sur les vins de haut de gamme, peut-elle durablement voir s’effriter ses positions sur des segments de marché de masse qui progressent partout dans le monde ?

Réponse de Pierre Menez :

C’est LE problème. Nous avons perdu 20 ans, par dogmatisme, dans la compétition internationale sur certains segments de marchés.

 

Mais parce que c’est l’un des rares secteurs où nous sommes leader mondial, parce que notre potentiel est extraordinaire par la capacité de nos opérateurs, la diversité de nos productions, notre savoir faire dont nous devons rester fier, tout en étant lucide, etc., nous ne devons pas nous résoudre à limiter nos ambitions. D’ailleurs ce serait progressivement nous mettre dans un corner qui très vite se restreindrait de plus en plus.

 

Bien au contraire, nous devons être à même, non pas de copier nos concurrents (20 ans ça ne se rattrape pas), mais de prendre l’initiative sur les nouvelles attentes des consommateurs dans le monde entier. Nous soutenons qu’il faut pour cela une démarche volontariste, nous nous y employons, et je veux croire que nous disposons encore aujourd’hui des quelques opérateurs à même de s’y impliquer, de prendre des risques et surtout d’investir.

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 00:02

 

La Corse, vue du ciel, à la Yann Artus-Bertrand, apparaît comme un massif montagneux arraché au continent et jeté à la mer. En 1986 lorsque, pour la découvrir, je l’ai survolée en hélicoptère, cette insularité rude et sauvage m’a fasciné. Comme chacun sait, en parodiant une boutade célèbre, la Corse est une île qui entend le rester. Ici, plus qu’ailleurs, la géographie physique a, profondément et durablement, marqué ce que nos professeurs qualifiaient, avec pertinence, la géographie humaine. Lorsque, chaque été, je pose mon sac, face à la mer, les flancs de la montagne, où règne le maquis tout juste échancré par quelques villages haut perchés, encerclent mon horizon, m’isolent. En une petite heure d’avion j’ai quitté la ville, ma ville capitale, son macadam et ses fureurs pour me retrouver, dans tous les sens du mot, en un lieu où se colleter à la nature, celle trop souvent idéalisée par les adeptes du tout naturel, est un défi chaque jour renouvelé.

 

Alors ce samedi matin, en enfilant les boucles de la route qui grimpe jusqu’au Clos d’Alzeto, le plus haut vignoble de l’Île de Beauté (400 à 500 mètres d’altitude), alors que le soleil attisait déjà les senteurs fortes du maquis, je repensais à ce que je venais de lire sur le terroir dans le livre de Jacques Dupont Choses Bues : « J’ai plutôt tendance à trouver ringards tous ceux qui n’ont du mot terroir qu’une définition naturaliste, comme si c’était le fruit d’une sorte de génération spontanée. Le terroir béni des dieux, créé de toute pièce par Dame Nature qui en aurait fait don aux hommes, me donne envie d’aller me coucher. C’est de la philosophie de syndicat d’initiative. ». À Sari d’Orcino, dans la Cinarca, l’une des régions les plus enclavées et historiquement les moins perméables de Corse (le dernier « bandit corse » de renommée internationale André Spada fit régner la terreur sur la Cinarca jusqu’en 1935, date de son exécution à Bastia), même si le paysage de carte postale enjôle, on sent physiquement qu’ici, comme à Banyuls, le terroir ne peut exister que par la volonté têtue des hommes. C’est la nécessité, celle de vivre au pays, d’y vivre vraiment, qui a donné à la famille Albertini l’énergie et la ténacité nécessaires pour que ces arpents de maquis se transforment en un vignoble d’exception.
 

C’est Pascal Albertini qui m’accueille. Nous faisons le tour des installations : remarquables ! Impeccables, d’une modernité adaptée, réfléchie, gage d’une capacité à tirer le plus beau parti des 53 ha de vignes. Dans les années 70, lorsqu’il est revenu au Clos d’Alzeto, le patrimoine familial se cantonnait à 5 ha de vignes, et après quelques années de labeur à l’ancienne, Pascal Albertini convainc son père et son oncle d’investir : 50 000 F emprunté à 7% au CA contre l’hypothèque de la maison familiale. La saga commence dans le chai comme dans les vignes : débroussaillage, défrichage, dépierrage, terrasses, plantations, souci de l’environnement : ici et là des cabanes de berger remises debout, en bout de rang un arbre préservé qui fait pester un peu le conducteur de tracteur, tout là haut un olivier transplanté qui fera accroire aux historiens qu’il est né là. Travail long et patient, avec le bulldozer du domaine, de la sueur, pour épouser les courbes de niveau, ériger les terrasses, sans le souci de cette rentabilité immédiate qui nous appauvrit, accumulation au plus beau sens du terme de valeur, qui donne à la vigne dans ce décor sculpté ses lettres de noblesse comme le souligne Fernand Braudel dans ses ouvrages sur La Méditerranée. Incomparable culture que celle de la vigne qui transforme une nature belle et ingrate en un espace ordonné et opulent. Une opulence discrète, enracinée, naturelle : la culture de la vigne en ce climat méditerranéen est quasi-biologique. Que voulez-vous, cette réussite humaine, d’entrepreneur au sens nourricier, me comble bien plus que celle des « fortune faite » ou des héritiers venant en des lieux bien plus cléments s’installer en des châteaux du Médoc ou d’ailleurs. Moi c’est chapeau bas à la famille Albertini.

Le Clos d’Alzeto manque de vin et pourtant, par la vertu de notre mode de distribution mutualisé et « politisé » des droits de plantation, son dynamisme est bridé. Regrettable vision d’une gestion collective sans stratégie, favorisant les droits acquis, en partie responsable des débordements de certains et de l’incompréhension de ceux qui vont de l’avant. Je profite de cette chronique pour lancer une invitation à Marion Zalay et à Yves Bénard de l’INAO : « Venez donc au Clos d’Alzeto écouter et recueillir les craintes de Pascal Albertini face à une réforme qui semble amplifier la tendance à une gestion par trop administrative des règles de l’appellation. On rigidifie. On s’accorde sur la cote moyenne. On ne sait pas gérer les exceptions… » Entendez-moi bien, il ne s’agit pas de prôner un quelconque laxisme mais de cibler les contrôles, de viser en priorité les disfonctionnements, tout en laissant respirer, innover, ceux qui ont, par le sérieux de leur démarche, réussi. Accordez-moi cette confiance, au nom de ma petite expérience de la chose publique et de la Corse, que je ne vous amène pas dans un traquenard – Dominique Bussereau a rendu visite au Clos d’Alzeto lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture – mais bien au contraire à vous sensibiliser aux craintes justifiées d’un vigneron, identiques à celles que je recueille un peu partout en notre beau pays. Bien évidemment il s’agit d’une initiative personnelle, Pascal Albertini ne m’a rien demandé. C’est avec un grand plaisir que je vous accompagnerais dans une visite dont je suis sûr qu’elle serait pour vous riche d’enseignements.

Certains vont me reprocher de parler de tout sauf des vins mais c’est à dessein que j’ai axé ma chronique sur la vigne et son terroir car il me semble que dans la geste du vigneron c’est l’acte fondateur, le socle de l’édifice. Comme me le confie Pascal Albertini, c’est dans ses vignes qu’il se sent bien. Dans la palette des vins du Clos d’Alzeto www.closdalzeto.com, du Rouge Prestige (80% de Sciaccarello et 20% de Nielluccio), en passant par le Rouge Tradition (70% de Sciaccarello, 20% de Grenache et 10% de Nielluccio et de Carignan)  ce sont des vins de garde puis par le Blanc de Blancs (Vermentino) et, bien sûr, par celui qui m’a fait découvrir le domaine, le Rosé, je vous recommande tout particulièrement de joindre à vos achats le petit bijou qu’est le Vin Doux issu du cépage Vermentino. Il est fin, léger et d’une fraîcheur en bouche exceptionnelle. Car, je n’en doute pas, je suis sûr qu’après avoir lu cette chronique, comme moi, vous tombiez amoureux, et de la Corse, et du Clos d’Alzeto, et que vous veniez y séjourner, et qu’alors vous n’hésiterez pas à emprunter la N194 à la sortie d’Ajaccio, puis à Mezzavia à prendre laD81 vers Cargèse et à l’entrée de Tiuccia tourner à gauche sur la D601 (une pancarte mentionne le Clos d’Alzeto) puis à emprunter la D201 jusqu’au village de Casaglione et enfin la D1 jusqu’au domaine (le site du Clos vous propose un plan très clair de l’itinéraire d’accès)

Clos d'Alzeto 20151 Sarid'Orcino

Tél. 04 95 52 24 67

Fax 04 95 52 27 27

e-mail : contact@closdalzeto.com

Je lis dans la presse locale que le service public aérien de la Corse est en cours d’examen à Bruxelles, les tarifs vont baisser dit-on, alors préparez-vous au départ vous ne serez pas déçu de votre voyage. Quant à Marion et Yves j’attends leur réponse qui ne saurait tarder.

 

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 00:06

Tout a commencé, comme dans les meilleurs vaudevilles – qui n’ont rien à voir avec les veaux des champs – par un énorme malentendu. Ginette, celle qui a le nez en trompette et la langue bien pendue, comme ça lui arrivait fréquemment, au débotté, venait de décider de convoquer ses copines pour un petit dîner à la fraîche dans le minuscule jardinet qui jouxtait le rez-de-chaussée de son 2 pièces-cuisine du 23 de la rue du Château des Rentiers. Pour ce faire elle balançait une bordée de sms à la tribu des nanas branchées avec en final un : «  les cocottes on est prié d’apporter son manger… »

Jusque-là pas de lézard, la procédure était conforme aux us et coutumes de la donzelle. À l’heure dites, les couffins chargés de victuailles achetées au marché bio du boulevard Raspail, celui où la tomate cerise est au prix du caviar, les gonzesses débarquaient une à une chez la Ginette qui arborait, pour l’occasion, une ravissante barboteuse blanche à pois rouges. Avant de casser la graine les filles cassaient un peu de sucre sur le dos des absentes, celles qu’étaient encore en train de se bronzer. Tout roulait dans le bonheur parfait lorsqu’un long coup de sonnette imposait le silence. Elles n’attendaient plus personne. Mimiques. Qui ça pouvait bien être ? Suspens insoutenable, dilemme, choix cornélien : ouvrir ou ne pas ouvrir ? Ce fut, Rosa, la grande tige aux cheveux de feu, qui trancha : « et si c’était le prince charmant… » Dit-elle en ouvrant la porte en grand.

D’un même cri du cœur le chœur des nanas expirait un « ha ! » de stupéfaction. Mais qu’était-ce donc ? L’ex-de Ginette qui tout sourire pointait sa mine enfarinée, les bras chargés d’une gerbe de roses aux pétales nimbés d’un splendide rose de saignée. L’effet de surprise passée, dans la confusion la plus extrême le garçon confiait à l’auditoire éberlué que, bien sûr, le sms de Ginette l’avait un peu étonné, mais que tout à la joie qu’elle lui avait pardonné ses infidélités, il avait décidé de se pointer au dîner. Bref, faisant contre mauvaise fortune bon cœur notre Ginette gaffeuse reprenait les choses en main en lançant à l’importun : « tes fleurs sont belles mais on ne les mange pas alors j’espère que tu n’es pas venu profiter de la fortune du pot ! » Le gars répondit : no, j’ai apporté le liquide… » Et, d’un bon pas, d’aller chercher dans le coffre de son auto une belle glacière pleine de bouteilles de rosé.

« C’est du quoi ? » demandait Marion, celle dont le nez était plein de son.

« C’est du Chinon ! »


Comme notre gars voulait reconquérir le cœur de la Ginette, qui a un si beau nez en trompette, il se disait dans sa petite Ford intérieure : « Faut que j’innove ! Faut que je créé ! Faut que je la surprenne ! »  Ses neurones frisaient le court-circuit lorsque soudain ses yeux se posaient sur des barquettes de fraises des bois. Euréka ! Avec le plus beau de ses sourires il demandait à son ex-dulcinée un grand saladier et un tablier. Ce qui fut fait d’un petit air pincé. La nuée des nanas faisait cercle. L’avantage des fraises des bois c’est qu’elles sont équeutées alors il n’eut qu’à les déverser au fond du saladier. Ensuite en un geste ample, au pif, il les saupoudrait de sucre de canne roux non raffiné. Pour les novices, notez : 150 grammes de sucre pour 750 grammes de fraises. Puis, avec des mines de chanoine il pressait un citron vert, râpait un bâton de cannelle et parsemait le tout de clous de girofle. Enfin, instant suprême, après avoir débouché un flacon de Chinon rosé de saignée 2007 du domaine de Wilfrid Rousse, il le versait avec doigté sur les fraises des bois émerveillées. Bien sûr, avec une grande cuillère en bois d’olivier il touillait. Les filles s’extasiaient. Mais, il y avait un mais. Il réclamait à la chouette Ginette une passoire pour réserver les fruits puis il versait le vin aromatisé dans une belle casserole de cuivre. Portait le liquide à ébullition puis, à feu doux, pendant 10 mn, le laissait chanter. Toujours avec des gestes de maestro il plongeait le cul de la casserole dans un bac de glace pilée. Attendait. Décidait qu’il fallait maintenant passer aux choses sérieuses : gouter son rosé de Chinon du domaine Wilfrid Rousse.

 

Ginette adorait l’étiquette : l’image de la sirène mi-femme, mi-poisson, dont le chant attire les hommes pour leur plus grand malheur, la charmait. Elle lançait à son ex des œillades qui n’avaient rien de SOS. Lui, décrétait, en faisant claquer ses bouchons que ce n’était pas une dégustation mais qu’il n’y avait pas de raison de se priver de causer sur son rosé de saignée. Daphnée, la romantique toute frisée, demandait : « c’est quoi un rosé de saignée ? » La réponse fusait en trois mots : égrappée, foulée, saignée avec mezzo-voce un viens chez-moi je t’expliquerai qui n’avait pas l’heur de plaire à la Ginette. Kristel d’Amsterdam gazouillait qu’elle lui trouvait une superbe couleur orangée. Chloé, elle, penchait pour le saumoné. Bref, on papotait. On gazouillait jusqu’au moment où Alice, une petite merveille, belle comme une perle de rosée, de sa jolie voix flutée racontait : « j’ai lu les mangas Les gouttes de Dieu et le héros Shizuku dit à propos d’un château Mont-Perrat 2001 que c’est comme la voix de Freddy Mercury, ça ressemble à du classique mais ça n’en est pas, c’est bien plus moderne, c’est du Queen… Moi, ce rosé de saignée de Wilfrid Rousse c’est comme MGMT (cliquez)

http://www.youtube.com/watch?v=XVnRzEjpUmE  ça me pulse. Ça vient de loin. Ça vient de la terre. Ça m’enchante. C’est tendre mais acidulé. Je plane… » Même l’ex qui se prenait pour un cador du vin en avait le bec cloué. Le chœur des filles bichait, sauf la Nadia qu’avait un appétit de boa et qui se piquait d’être une œnophile distinguée. Moi, dit-elle, je lui trouve des aromes de fruits rouges et en bouche, au final, un goût de fraises des bois. L’ex aux anges criait « bravo, bravissimo… »

 

Que pouvait-il rêver de mieux que cet accord parfait entre vin et mets pendant qu’il effeuillait de la menthe fraîche sur sa soupe de fraises des bois au Chinon rosé épicé ? Rien, il atteignait les sommets. Du vin compagnon des mets il inventait le vin mets. Chapeau l’artiste ! Même sa rétive Ginette n’en pouvait mais. Toutes les filles le voulaient. Tel un dieu de l’Olympe il distribuait dans la douceur du soir son nectar épicé aux filles enamourées. Ainsi se terminait, du moins pour vous, l’histoire d’un mec tombé comme un cheveu sur la soupe dans un dîner de filles rétablissant la situation grâce au Chinon ; au Chinon rosé bien sûr, un rosé de saignée de Wilfrid Rousse 2007.

 

 

NOTE de l’Auteur :

-         les prénoms sont de pure invention pour préserver l’anonymat des filles ;

-         entre la fiction et la réalité il y a moi le parigot qui suis allé acheter, avec ma petite auto, le rosé de saignée de Wilfrid Rousse chez un caviste à Antony sur la N20 ; qui bien sûr l’ai goûté pour en causer ;

-         que la soupe de fraises des bois au rosé de Chinon épicé est un délice dont je rappelle les ingrédients : 750 g de fraises des bois, 150 g de sucre roux, un citron vert, 1 bâton de cannelle, quelques clous de girofle, de la menthe fraîche ; si vous ne trouvez pas de fraises des bois achetez la variété Mara des Bois ;

-         pour le mode opératoire je préfère effectuer le mélange avant le chauffage pour que le vin s’imprègne des arômes des épices. Attention : porter à ébullition ne signifie pas faire bouillir. Enfin, l’effet chaud-froid est important pour l’exhalaison des senteurs.

Bon appétit !

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