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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 00:05

Le début d’après-midi de ce dimanche, près de l’église d’Auteuil baignait dans une douce atmosphère d’été indien. Enfin ! Affublé de canes anglaises, mon genou gauche de cycliste impénitent ayant rendu l’âme, je progressais clopin-clopant, entre les stands d’une brocante très XVIe arrondissement, lorsque mon regard acéré fut accroché par une affiche à éclipse déroulant son visuel sur un grand panneau Decaux. « Tendez vers la différence… » le slogan m’intriguait. Objurgation au parfum moral, avoir un but, une fin, s’en approcher, tendre vers avec volonté et effort, je croyais entendre un « Bossuet » moderne m’apostropher. Oui mais, dans le cas présent, c’est la différence que je me devais de viser. Voilà bien une cible mouvante, car « se distinguer », sortir du lot, créer un écart entre soi-même et les autres est une entreprise malaisée, surtout en ce monde où l’uniformisation du plus grand nombre est la règle. Bref, je ne vais pas philosopher mais me mettre, un instant, dans la peau d’un pékin du XVIe, sortant le caniche frisé de son épouse permanentée, face à cette invite, et m’interroger : mais qu’est-ce donc ce JP Chenet avec ses 3 petites bouteilles au col incliné ?

 

Le fond de l’affiche, très stylisé, n’éclairait guère ma lanterne. Alors ce nom Chenet qui fleure bon le feu de cheminée allait-il me guider vers le terroir profond ? Est-ce un vigneron ? À la réflexion, alors que le toutou las d’arroser le même tronc d’arbre tire sur la laisse, j’écarte cette hypothèse : les vignerons en France sont tous petits et ils n’ont pas les moyens de s’offrir de la réclame dans les quartiers huppés de la capitale. Quand aux châtelains de Bordeaux ils me disent en ce moment, sur d’autres panneaux, que je peux pour le prix d’une de leur bouteille, m’offrir un château. Et décrypter les initiales du prénom : Jean-Paul, Jean-Pierre, Jean-Philippe, Jean-Pascal… ne m’avançait à rien. Le clébard pomponné de ma digne épouse, au bord de l’asphyxie, me rappelait à mes devoirs. Revenu dans mon 200 m2 je confiais mes soucis à ma petite dernière, Marie-Antoinette, qui me pouffait au nez. Je m’offusquais de cette hilarité. La petite effrontée pour calmer mon courroux me dit de sa jolie voix flutée : « Père, si vous voulez tout savoir sur JP Chenet vous n’avez qu’à aller consulter le blog le mieux informé de la Toile : Vin&Cie l’espace de liberté. » Guidé par mon petit génie de fille qui joue aussi bien du clavier que du piano je me rendis donc sur le site du dénommé Berthomeau.

 

Que lis-je alors chez cet Ostrogoth de la Toile ? Que JP Chenet est la première marque de vin français exporté. Diantre, j’ignorais déjà que notre cher jaja puisse être marqueté. Dans mon souvenir, le Gévéor, le Kiravi, le vin des Rochers étaient le velours des estomacs populaires à jamais disparus. Certes, à quelques encablures de chez moi, survit un Nicolas qui livrait autrefois de bien belles bouteilles. Bref, que ce fusse ce roturier de Chenet qui porta au plus haut la bannière de notre doulce France du vin en terres étrangères me laissait coi. Qui plus est, ajoutant à ma confusion, ce manant logeait ses Grands Chais de France aux confins de l’Est en un lieu au nom imprononçable : Petersbach. Pour moi, seul le négoce bordelais pouvait exporter nos grands vins : le quai des Chartrons, les goélettes, les caisses bois, les lords anglais… Ouf, ce manant à des établissements à Bordeaux : Dulong, Calvet, un grand « centre d’embouteillage (étrange appellation) à Landiras et quelques châteaux. Ces Grands Chais étendent leurs rets dans tous les beaux vignobles de France : Val de Loire, Languedoc, Jura etc. et de cet étrange et mystérieux Chenet ils vendent 95 millions de cols (ça me rappelle les cols durs de mon père). Estomaqué je hèle Marie-Chantal mon épouse légitime pour lui faire part de ce déluge de cols et, que l’entends-je me répondre ? Tout bonnement qu’avec son amie Nicole elles se sont sifflées du Chenet dans un bistro de la place du Marché St Honoré en picorant dans leurs salades. Du Cinsault-Grenache rosé me précise-t-elle en avalant ses sushis. Pour moi c’est la fin d’un monde : si nos femmes se piquent de connaître le vin que nous reste-t-il, à nous, sexe fort ? Mais d’où vient ce fleuve de vin ? Pour le blanc, 20%, de Gascogne, moi qui pensais que le Gers était la patrie de l’Armagnac, pour le rouge, 80%, d’Oc, j‘ignorais cette nouvelle baronnie des vins de pays. Tout change, comme c’est étrange ! Et pour clore mon ébahissement ce Chenet séduit dans 160 pays…

 

Mais alors me dis-je pourquoi ne pas nous l’avoir dit sur sa belle affiche ? Moi j’aurais été fier d’apprendre qu’un challenger français guerroyait avec succès contre les barbares du Nouveau Monde. Un winner frenchie c’est si rare en ces temps difficiles que cette fichue différence vers qui la réclame me dit de tendre elle est dans ce défi relevé. Quand Renault vend beaucoup de Clio il le dit. Il en est fier. Alors, que JP Chenet au col cassé affiche la couleur des vainqueurs. Vous êtes un vin d’un nouveau type, qui bouscule les vieux principes, balaie les idées reçues, un vin qui tire notre Languedoc bougon, lui redonne de l’allant alors, sans rouler des mécaniques, affichez ces différences, ne jouez pas dans la même cour que les autres. Peu connu si vous voulez séduire de nouveaux consommateurs ou détourner certains de leurs habitudes pourquoi ne pas décliner votre pedigree. Que les bouches en cul de poule ne vous aimassent point, peu importe. Pour sortir de votre relatif anonymat ce qui importe c’est d’affirmer votre savoir-faire internationalement reconnu, dire que vous aussi vous avez des racines, que ce vin roturier, bien fait, a aussi sa place dans le quotidien des français. Mais, comme dirait ma concierge, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, alors tout ce que je viens d’écrire ne sont que les élucubrations d’un paisible bourgeois du XVIe arrondissement un peu dépassé par les évènements.

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 00:00

Le père de Marie, le grand homme, la coqueluche des galeristes newyorkais, mon éphémère beau-père, claquait des doigts, sans un mot, pour congédier son petit monde froufroutant. La volaille s’éclipsait alors qu’il se rhabillait tout sourire. Dans mon histoire je me contenterai de le prénommer Paul, utiliser son patronyme dévoierait mon récit, lui donnerait une tournure qui le projetterait dans un univers qui m’est toujours resté étranger. Surprise par la tournure prise par les évènements, Yvonne le Bellec, plantée face à nous deux, le magnum de champagne niché de ses bras, hésitait sur la conduite à tenir. Prévenant je la libérais de son précieux fardeau tout en lui brossant un rapide tableau de la situation. Ma brève histoire lui plaisait et, lorsque Paul resapé me prenait par le bras en me disant : « je t’emmène au Harry’s Bar… », elle nous emboîtait le pas. Gentiment Paul l’éconduisait. Au dehors la place des Vosges baignait dans un halo de ouate rouge tendre. Soudain je me récriais « Chloé ! je ne peux pas la laisser tomber comme une vieille chaussette…

-         La fille de cette vieille maquerelle de Rainieri. Tu as vraiment bon goût mon garçon !

-         Vous la connaissez ?

-         Oui, je l’ai croisée en compagnie de sa mère à un vernissage. Beau brin de fille, pas pétroleuse pour deux sous en dépit de ses liaisons avec les guignols de la Gauche Prolétarienne…

-         Comment êtes-vous au courant de tout ça ?

-         Mes vieux réseaux de la Résistance, tout se sait mon garçon. La Gauche Prolétarienne est un gruyère de fils de bourgeois infiltré par tous les trous…

-         À qui le dites-vous !

 

Au Harry’s bar nous avons beaucoup bu, de la stout bien épaisse, costaud, à mâcher comme de la soupe de pois cassés. J’ai tout raconté à Paul. Chloé dormait sur mon épaule. Paul, frais comme un gardon, m’écoutait avec dans son regard bleu une grande tendresse qui m’encourageait. Qu’allait-il me dire ? Laisser tomber ? Comme le fils prodigue je m’en remettais à sa sagesse. Paul me prenait à contre-pieds « Mon petit Benoît nous allons leur pourrir la vie un maximum. J’adore la grande Claude Pompe, elle a de la classe mais, de Gaulle parti, son gros Georges, en bon banquier louis-philippard, va ouvrir les vannes et les affairistes vont sortir leurs groins du marigot et, crois-moi, ils vont se goinfrer. Marcellin est comme Hoover, c’est un obsédé du complot, une raclure pétainiste, les « enragés » ne sont que des fils de famille qui jettent leur gourme en jouant aux révolutionnaires. Crois-moi Benoît, sans l’épreuve du feu, les combats verbeux ne sont que des discours romantiques. À l’arrivée, les plus mauvais feront de la politique, les plus astucieux du blé et les plus cons finiront sans doute à Clairvaux. Puisque ton choix c’est de flamber ta vie moi je vais te fournir le carburant : mon fric. Nous avons aimé la même personne mon grand et nous allons lui offrir le feu d’artifice du siècle. Avec cette grande seringue tu vas former un couple d’enfer… »

 

Trois mois d’écriture et, enfin, j’en arrivais là où il me fallait arriver. Toute la légèreté insufflée dans ce tronçon de vie que je venais de coucher sur le papier n’en gommait pas pour autant l’ambiance délétère dans laquelle baignait les lendemains de ce qui n’étaient alors que les « évènements de mai ». Le temps des anniversaires, des commémorations, des interprétations, de la réécriture de notre histoire, n’était pas ouvert. Les coutures des oripeaux des années d’après-guerre craquaient, la mue s’opérait, le ventre mou de la classe moyenne s’enflait. Pompidou modernisait la France en déchirant les derniers lambeaux de la France rurale. Rouillan et sa bande de débiles profonds allait réchauffer leur folie meurtrière dans la détestation de cette société où la classe ouvrière allait perdre son âme.  Mes anges gardiens, Jasmine et Raphaël, me pressaient de les accompagner en Corse où ils venaient de dénicher le lieu de leur rêve. Je bougonnais. Je résistais. J’acceptais. Le temps était venu d’affronter l’enchaînement des évènements qui allaient me conduire à Sainte Anne. Osez me replonger dans les cahiers d’écolier que j’avais noirci dans ce havre de paix pour me délester de la part la plus noire de ma vie.

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 00:08

Le journal Le Monde du 23 juillet annonçait qu’à la suite d’une expertise collective de l’INSERM (c’est le must des chercheurs en sciences humaines l’expertise collective), la première du genre, sur les jeux de hasard et d’argent, réalisée à la demande de la Direction Générale de la Santé : «  le jeu a été inscrit pour la première fois dans le plan de lutte contre les addictions 2007-2011. Le professeur de psychiatrie, Michel Lejoyeux, en préambule de cette étude pluridisciplinaire écrit : « Le chemin a été long de l’ivrognerie et du mythe du bon vivant à la naissance de l’alcoolo-dépendant. Une démarche comparable s’engage autour du jeu… » On ne saurait être plus clair, tout ça pour constater que chez certains individus le jeu est une pathologie, ce qui n’est pas nouveau mais avec l’explosion du Loto et des jeux de grattage de la Française des Jeux, les machines à sous des Casinos, le poker et les inusables paris hippiques du PMU, et l’irruption des jeux de hasard et d’argent sur Internet s’ajoutant aux jeux vidéo, c’est à une croissance exponentielle à laquelle on assiste ces dernières années. Comme diraient l’autre et les experts le disent « c’est un véritable phénomène de société » Bref, je profite de l’évènement mondial du galop : le Prix de l'Arc de Triomphe qui se courra dimanche 5 octobre à l'hippodrome de Longchamp, non pour gloser sur l’étude, mais pour vous raconter quelques souvenirs à propos de candidatures de hauts fonctionnaires à la direction du PMU.

  

Entre 1988 et 1992, au cabinet du Ministre, je détenais dans mon portefeuille le dossier des Courses. C’était ma danseuse. Nous exercions conjointement avec le Ministère du Budget, la tutelle des courses de chevaux, via le Service des Haras, et bien évidemment nous avions la haute main sur la nomination du Président du PMU. Peu de nos concitoyens savent que le PMU est un GIE, regroupant France-Galop et la SECF le trot, donc un organisme de pur droit privé. Et pourtant, via le pouvoir d’approbation du choix de son président, les tutelles se réservaient le droit d’y placer un de ces hauts serviteurs de l’Etat désireux d’arrondir ses fins de mois. Pendant tout un temps cette présidence purement honorifique, mais avec quelques avantages, fut occupé par un homme de la Cour des Comptes. Un Directeur-Général se tapait le boulot. Pour une raison que j’ai oubliée, à la suite de la réforme des courses, notre président potiche devenait PDG et bien sûr par l’odeur alléchée de brillants candidats se sont présentés.

Avant de vous relater deux de ces candidatures il est bon de rappeler que le PMU participe massivement au financement de la filière hippique (élevage et hippodromes) de notre beau pays. En 2007, le PMU a traité près de 2 Mds d'euros de paris, pour un résultat net de 727 millions d’euros réservés aux sociétés de courses, soit 80% du financement de la filière qui représente 67 000 emplois directs et 130 000 emplois indirects. La France est ainsi, avec l’Angleterre, l’une des grandes nations hippiques. L’Hexagone abrite à lui seul 50% des hippodromes européens. Avec une économie très différente du Royaume-Uni où 13 milliards d’euros sont joués sur les courses (contre 8 milliards en France), mais seulement 140 millions reviennent à la filière hippique. Je ne vais pas vous faire un cours sur les mérites du pari mutualisé par rapport au bookmaking car je ne suis pas sûr que vous y trouviez un grand profit intellectuel mais vous dire qu’au cours de cette période nous avons tenu notre rang sur ce dossier qui était suivi par un polytechnicien IGREF de grande qualité, François Clos. Deux détails un peu rigolos, l’argent des courses finançait entre autre le Fonds d’adduction d’eau des communes rurales et lorsque j’évoquais dans les dîners en ville le dossier des courses je sentais, chez beaucoup de mes interlocuteurs, une certaine gène, le pari sent un peu le soufre dans notre pays de tradition catholique.

Ce fumet soufré, injustifi,é car les paris en France sont sous contrôle, ne rebuta point les candidats issus des grands corps de l’Etat. Je ne vais pas ici vous en dresser la liste mais évoquer un candidat malheureux et un heureux élu. Le premier, connaissait la rue de Varenne, puisqu’il avait été le directeur du cabinet de François Guillaume auquel nous venions de succéder. L’homme par ailleurs avait été avant d’occuper cette fonction directeur-général du grand groupe laitier normand : l’ULN. Son nom, il y a quelques temps n’aurait pas dit grand-chose à beaucoup d’entre vous mais, depuis l’affaire de l’UINM qui a défrayé la chronique, Denis Gautier-Sauvagnac, est une tête d’affiche. Bref, quelques temps après notre arrivée, le cher homme me demandait rendez-vous. La passation de pouvoirs, lors de l’alternance, s’était déroulée dans de bonnes conditions. Je le reçus donc avec plaisir. L’homme portait beau. Il me fit un charmant numéro sur sa quasi-prédestination pour ce poste de président, la plaine de Caen berceau des trotteurs, son passage au SGCI pour les difficiles dossiers européens, son entregent, j’en passe et des meilleures. Je l’écoutai très poliment en l’incitant à solliciter la grande maison de Bercy. Il eut un sourire entendu. Il reprit sa canne et son chapeau – il n’avait ni canne, ni chapeau, mais il m’avait déclaré d’entrée : « j’ai pris ma canne et mon chapeau pour venir solliciter votre appui… » - en me remerciant de mon accueil. Je le reconduisis jusqu’au perron. C’est une tradition entre anciens locataires du poste de directeur du cabinet (je n’étais qu’adjoint) que de le faire. J’appris ensuite que notre grand spécialiste de l’agriculture, des vaches et des chevaux venait d’intégrer une vieille maison où l’on s’occupait de métaux, d’autos et de locos : l’UINM.

 Le second candidat avait l’appui de Bercy. Ancien secrétaire d’Etat à la Sécurité Sociale sous Raymond Barre, ses chers collègues du cabinet du Ministre, inspecteurs des Finances comme lui, souhaitaient le recaser. Nous les péquenots de la rue de Varenne nous n’avions rien contre mais nous souhaitions, avant d’accorder la bénédiction de notre Ministre, le rencontrer. Nous nous y mîmes à deux avec Jean Nestor le directeur. Jean Farge se fit se jour-là humble ce qui du être pour lui un réel supplice. Dans mon souvenir je n’ai retenu que deux choses : il portait des mocassins gris perle ridicules et il faisait référence en permanence à son collègue de l’Inspection Jacques Calvet alors président du groupe automobile PSA. Le premier détail doit vous paraître futile j’en conviens mais ce cher homme, caricature de l’arrogance et de la suffisance de certains hauts fonctionnaires, me parut de suite aussi déplacé que ses grôles dans son exercice de séduction pour nous convaincre que le PMU était sa tasse de thé. Pour la référence à Calvet, ce n’était plus des mocassins mais des gros sabots que ce monsieur utilisait : les émoluments qu’il revendiquait nous laissèrent pantois. L’homme aimait la galette plus que les chevaux. Je ne citerai pas le chiffre car ce serait inélégant mais je puis vous dire que nous nous fendîmes d’une belle lettre au sieur Charasse pour lui demander des explications. Courrier qui ne reçut aucune réponse bien sûr. Jean Farge fut nommé Président du PMU. Nous nous inclinâmes face aux arguments des gens du Budget qui tiennent les cordons de la bourse de l’Etat. L’homme truffa ses discours de citations latines. S’enlisa dans la réforme de l’Informatique du PMU et, je cite son successeur Bertrand Bélinguier : " il y a onze ans, le PMU connaissait des difficultés, les sociétés de courses ont voulu que le PMU soit géré comme une entreprise..." J'ai toujours trouvé le sieur Farge déplacé, prétentieux, suffisant et ridicule mais mon opinion n’a guère d’importance, sauf que je trouve plaisant qu’un ex-secrétaire d’Etat à la Sécurité Sociale, donc sous tutelle du Ministre de la Santé, se voit rétrospectivement rattrapé par une étude de Santé Publique…

Avant qu'on interdise le jeu, je signale aux éventuels parieurs que l'un des grands favoris de l'Arc cette année est la pouliche de 3 ans Zarkava propriété de Karim Aga Khan (chef spirituel de 15 millions de chiites ismaïliens) qui sera montée par Christophe Soumillon. Un conseil aux néophytes : ne jamais jouer un favori, s'il gagne ça ne vous rapporte que des clopinettes. Jouez les grosses cotes, les outsiders... Tiens, mon cher Michel, les dirigeants deFrance Galop devraient se souvenir qu'en des temps héroïques où les sociétés de courses du galop étaient à la ramasse des gis qui avaient bien d'autres choses à faire leur donnaient de leur temps...

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 00:07

L’un de mes mentors, rue de Varenne, André Lachaux, aujourd’hui disparu, ancien administrateur des colonies, un de ces hauts-fonctionnaires à l’esprit libre et fécond, pragmatique, était fasciné par les belles mécaniques intellectuelles de nos interlocuteurs des Finances, on disait alors de la rue de Rivoli, et parmi eux plus particulièrement : Jean-Claude Trichet l’actuel patron de la Banque Centrale Européenne et Daniel Bouton le patron  de la Société Générale. De beaux esprits certes, je les ai côtoyé, mais aussi, surtout chez le second, l’absolue certitude que leur supériorité intellectuelle était le garant de la justesse de leurs analyses. L’ingénierie financière n’a pas limite. Les plus belles et les plus savantes constructions sont possibles, reste à les vendre aux gogos avides de gains rapides et à deux chiffres. La « magnifique » mécanique des subprimes qui ébranle aujourd’hui la planète financière pousse la logique de nos beaux esprits jusqu’à son point absolu d’absurdité car nos génies de la finance se sont gavés de leur magnifique produit « pourri » à cracher du cash jusqu’à en oublier les risques qu’ils faisaient prendre à leurs entreprises. Même les prudents suisses s’y sont mis : UBS  et chez nous, le bon sens prêt de chez vous, s’est aussi pris les pieds dans le tapis. Pour cette dernière, je n’ironiserais pas sur son exposition insensée, les pères du Mutualisme Agricole doivent tout de même se retourner dans leurs tombes.  Bref, face à une telle débâcle, hormis nous indigner, qu’elle position à l’avenir adopter face à ceux qui, soyez en sûr, l’ouragan passé vont relever la tête et, sans vergogne, nous concocter de nouveaux plats juteux.

 

Permettez-moi ce matin de vous exposer la mienne. Lorsque je bourlinguais au cabinet, dans les réunions « interministérielles » à Matignon, face aux brochettes d’Inspecteurs des Finances, ma stratégie consistait, afin de contrer leurs imparables démonstrations, à faire « la bête », l’âne, genre « Paysan du Danube » - certains diront que ce n’était pas un rôle de composition, mais peu importe – d’attendre leur essoufflement, de leur poser des questions simples sur leurs modèles économétriques, sur leurs certitudes, de m’étonner de leur tranquille assurance, de m’en remettre en définitive aux bons vieux principes des « arbitrages politiques ». Ce n’était guère glorieux mais bougrement efficace et, aussi bizarre que ça puisse vous paraître, j’ai ainsi gagné l’estime et le respect de deux d’entre eux : le très sérieux François Villeroy de Galhau, qui sera ensuite de directeur de cabinet de DSK, et le très provocateur Guillaume Hannezo qui fut ensuite d'abord le génial ingénieur financier » de Jean-Marie Messier avant de sombrer avec lui. Et je reprends à mon compte ce bon vieux La Fontaine de mon enfance et la harangue au Sénat de son Paysan du Danube à propos des prêteurs :

 

« Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour.

Ne transporte chez vous les pleurs et la misère;

Et, mettant en nos mains, par un juste retour,

Les armes dont se sert sa vengeance sévère

Il ne vous fasse, en sa colère,

Nos esclaves à votre tour.

 

Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome

La terre et le travail de l'homme

Font pour les assouvir des efforts superflus

 

Vos prêteurs au malheur nous font joindre le crime.

Retirez-les ils ne nous apprendront

Que la mollesse et que le vice ;

Les Germains comme eux deviendront Gens de rapine et d'avarice. »

 

Comme le dit Antoine Bernheim, le président des Generali, qui n’est pas un perdreau de l’année « quand je ne comprends pas quelque chose, je ne le fais pas. » C’est tout bête mais c’est sain. Ne pas se laisser éblouir par la virtuosité de « survitaminés » de l’intellect, en revenir aux règles simples de l’économie domestique, compter, cesser de ne privilégier que le court terme, retrouver l’esprit de l’économie de la Cité : bâtir avant de jouir… La complexité de nos sociétés, l'interdépendance dans laquelle nous sommes de plus en plus enserrés, l'instantanéité, les "protections" omniprésentes, alors que l'individualisme triomphe, fragilise nos vies. Retrouver de l'autonomie, restaurer la responsabilité individuelle, ôser proner le retour du bien public, dans la tourmente actuelle, bien plus que des slogans électoraux, sont des valeurs civiques modernes.

Pour en finir avec mes élucubrations je vous recommande, dans la même veine, de lire un bijou de science-fiction : Big Brother 2012 paru dans le Nouvel Observateur, cosigné par Michel de Pracontal et Jean-Jacques Chiquelin en cliquant sur ce lien :

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2288/articles/a383178-.html
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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 00:04


« Le vin sans perdre ce qui fait son originalité dans ce monde uniformisé doit pour amener ces nouveaux consommateurs dans son univers utiliser ses codes, surfer sur les tendances, faire de la wine attitude un standard. Comme dans le monde de la mode où les frontières entre haute couture et prêt-à-porter implosent pour laisser la place à des fashion victim, c’est-à-dire des consommatrices capables de se trimballer avec des tongs dont les prix varient entre celui de l’hypermarché et celui de Prada, soit de 30 à 2000 F… » En août 2001, lorsque ces lignes furent mises en ligne sur le site du vénérable Ministère de l’Agriculture, l’auteur, votre serviteur en l’occurrence, fut étiqueté par les grands prêtres du vin : nuisible. Tous, à l’exception notable de Jacques Dupont du Point et de Thierry Desseauve qui participa avec pertinence aux travaux des experts de Cap 2010. Alors vous comprendrez mon extrême plaisir lorsque, le 30 septembre au soir, je découvrais lors du petit pince fesses organisé à la Cave Estève 15, rue de Longchamp dans le 16ième
www.cavestève, par Lagardère publicité, le Spécial Vin du magazine ELLE à table www.elleatable.fr réalisé par le couple Bettane&Desseauve
 
http://www.berthomeau.com/article-22808007.html

 

Quel plaisir de découvrir qu’il y a dans ce Spécial Vin une catégorie fashion victim : des vins glamour et dans l’air du temps, de lire sous la plume de B&D : « Un rosé fringant, un chardonnay rond et suave ou un gewurztraminer aromatique seront tout indiqués avec les sushis ou les recettes pour « filles canon » d’Elle à table.fr » Quand je pense qu’il y a quelques années les vins de cépage étaient frappés du sceau de l’infamie, marqués au fer rouge, voués à l’enfer des wine table. Aujourd’hui, tous les vignerons stars jouent dans la cour des wine table. Normal, c’est le seul espace de liberté où, ceux qui en ont, peuvent laisser libre court à leur talent. Donc, à la cave Estève, dirigée par Jérôme Moreau, ancien sommelier du Ritz, en dehors du plaisir d’être reçu par les dames d’ELLE, j’ai pu déguster le « Côte Rôtie » Saint Cosme : une vraie petite merveille et acheter son Côtes-du-rhône « Saint Cosme » que j’avais découvert sur la carte du restaurant LAN de Pékin  millésime 2005

http://www.berthomeau.com/article-21298637.html à 44 euros la bouteille. À la Cave Estève le 2006 affiché à 8,50 euros m’a couté avec la réduction accordé aux invités de la soirée : 6,30 euros. Pour ceux qui l’ignoreraient, Louis Barruol est un vigneron-négociant (modèle économique que je défends

http://www.berthomeau.com/article-22975905.html basé à Gigondas (Château Saint Cosme) considéré par les aficionados (dont Parker) comme l’un des meilleurs. J’ai découvert sur un site un mot de Louis Barruol « C'est en s'appuyant sur ce savoir-faire de vigneron que j’ai créé en 1997 une activité de négoce que l'on peut appeler "Négoce-Vigneron". En effet, lors de mes différentes pérégrinations dans le Rhône, il m’a semblé que de grands terroirs n’étaient pas exploités. Certains endroits me plaisaient beaucoup,  m’ont donné envie d’essayer. J’ai donc souhaité être un négociant « à l’ancienne », c'est-à-dire exercer ce métier dans un esprit vigneron.
Exiger du rêve dans chacun de nos achats, me maintenir à une toute petite taille, être suivi par des vignerons qui avaient la même ambition, transporter mes vins en fûts pour ne pas les soutirer et ne pas les abîmer, essayer de mettre du beau dans tout ce que nous faisons.

À Saint Cosme, nous réalisons le maximum de travaux  à la main. Je souhaite vinifier des vins qui expriment leur terroir avec pureté, qui ont de la personnalité et de l’équilibre. Je veux qu’ils soient aptes à vieillir. »

Quand à Parker il écrit : « Le jeune et talentueux Louis Barruol a superbement relancé cette propriété magnifiquement située de Gigondas, qui s’impose désormais comme l’une des étoiles montantes de son appellation. Le Château de Saint-Cosme est, à l’évidence, un nom que les amateurs doivent retenir. Il produit depuis peu une gamme impressionnante de vins de négoce. »

 

Pour finir ma soirée j’ai dégusté un Viognier 2006 de Jean-Michel Gérin, un vin de pays des collines rhodaniennes 11 euros la bouteille (pour moi avec ma petite réduction : 8,25 euros) remarquable. En rentrant, perché sur mes canes anglaises (genou défaillant), sous un petit crachin londonien, je ne pouvais m’empêcher de penser au combat stupide des tenants de l’ordre moral qui en sont à vouloir bâtir une ligne Maginot sur l’Internet pour protéger la jeunesse « des méchants pourvoyeurs de drogue légale que nous sommes à leurs yeux ». Dans quel monde vivent-ils ? La Toile n’a pas de frontières, tout mécanisme de cantonnement national est illusoire, inefficace et hypocrite. La seule réponse, pour une politique de santé publique préventive qui touche les populations à risque, c’est la construction avec les acteurs : ces vignerons adulés par les médias, d’un contrat sur le contenu des messages, la non intrusion, la non incitation. Quand comprendront-ils que l’alcoolisme est pour nous, gens du vin, qui sommes comme eux des parents, des citoyens responsables, la pire des contre-publicités. Ne leur en déplaise, le n’y touchez jamais est une bêtise absolue, l’apprentissage reste la base de toute éducation. La prohibition, l’interdit, sont au contraire des incitations à la transgression la plus débridée et la plus incontrôlée. Sortez de vos casemates, de vos discours formatés, de vos à priori, de vos fonds de commerce associatifs, pour vous colleter au monde tel qu’il est.

 

Un dernier mot sur ELLE, une baby-boomeuse puisque le magazine fondé par Hélène Lazareff et Marcelle Auclair est né en 1945, pour évoquer la première rédactrice en chef : Françoise Giroud. Cette femme m’a toujours fasciné par son élégance morale et physique, son humour, et ses engagements. Le temps qui passe, les belles figures restent dans les mémoires.

 

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 00:09

 

En septembre, dans le terroir profond, le ban des vendanges et l’ouverture de la chasse m’ont inspiré cette chronique ironique. Primo, je ne suis pas chasseur. Deuxio, j’ai beaucoup d’amis chasseurs. Pour la petite histoire, j’ai géré pendant 5 ans les chasses de la rue de Varenne : Chambord, Auberive et Rambouillet et j’ai fait l’objet d’une cour effrénée de la part de mes amis chasseurs, que des gens du vin bien sûr (je ne donnerais pas de noms). Enfin, pour souligner « l’importance » de la chasse dans les milieux d’affaires j’ai eu la surprise de découvrir dans le profil du poste de direction d’une grande fédération agro-alimentaire, qui m’avait « chassé », parmi les compétences requises : être chasseur ; d’ailleurs j’ai croisé des hauts-fonctionnaires qui se sont mis à la chasse rien que pour alourdir leurs chances de bien pantoufler. Bien évidemment je ne vous donnerais pas mon sentiment sur la chasse et les chasseurs car vous n’en avez rien à cirer. J’en viens aux faits.

Les faits : dans son bel album « Anthologie du Petit Gibier » de la bécasse à l’ortolan chez Albin Michel, Jean-Jacques Brochier, en évoquant la Grive – celle qui «  sauve le chasseur de la bredouille ? » écrit : « La meilleure est la grive de vigne, ou musicienne, c’est elle qui chante le mieux. Particulièrement à l’époque des vendanges, quand elle de gorge de raisins bien mûrs, qui la rendent pompette. De là la légende de ces grives soûles qu’on poursuivait entre les rangs de vigne et qu’on prenait à la main, ou d’un revers de casquette, treize à la douzaine. On a lu ça cent fois dans les livres, mais que celui qui a assisté personnellement à la chose me fasse signe. Je promets de le régaler d’une fricassée dont il se souviendra. Dans les mêmes livres, on dit aussi que les grives s’abattaient en si grand nombre sur les ceps qu’il fallait battre le tambour jour et nuit pour sauver la vendange ! C’était, sans doute, du temps que les bêtes parlaient. »


Ma contribution
 : imaginez, chers lecteurs, l’influence néfaste que pourraient avoir sur les enfants des écoles, lors d’une sortie pédagogique dans le terroir profond, la vue d’escadrilles de grives beurrées comme des petits Lu se livrant à des loopings et des piqués au-dessus des rangs de vigne. Grave docteur, face à la joie et la bonne humeur de ces grives musiciennes nos chères têtes blondes s’en trouveraient traumatisées. Bien évidemment dare-dare une cellule de soutien psychologique serait constituée pour les premiers secours. L’info reprise au 20 heures provoquerait l’envoi à l’AFP d’un communiqué de l’ANPAA demandant aux pouvoirs publics de prendre un décret interdisant le survol des vignes par les grives musiciennes et, dans les cas de force majeure, l’arrachage des dites vignes qui, en vertu de la jurisprudence, pourraient être considérée comme des pourvoyeuses passives de drogues illicites. Dans la foulée les écologistes, au nom de la préservation des équilibres naturels imprimeraient, sur papier recyclé, une véhémente protestation. Très vite, une sous-commission d’experts, proposeraient, à titre préventif, l’apposition d’un logo sur les cahiers de correspondance des élèves des écoles primaires : une grive musicienne barrée de noir. Dans l’heure qui suivraient hurlements de la SPA, de Brigitte Bardot, de la LPO. Le lendemain le syndicat des instituteurs des départements dépourvus de vignes s’indignerait de cette intrusion dans leur projet pédagogique, très vite suivi par celui des instituteurs des départements viticoles qui voteraient une motion de soutien aux vignerons… Stop ! J’arrête mes élucubrations que certains esprits étroits pourraient mal interpréter. Mon seul souci ce matin est de plaider pour un retour à l’apprentissage de la responsabilité personnelle qui, bien sûr, commence sur les bancs de l’école.


Grives à la Bacchus :
« Plumez, videz, lardez les grives, placez-les dans une sauteuse foncée d’un peu de beurre, salez-les et faites-les cuire au four assez chaud, vingt minutes environ . Cuites, rangez-les dans une cocotte avec des grains de raisin doré, couvrez et tenez au chaud. Versez dans la sauteuse du vin blanc, ou mieux du porto et réduisez après quelques bouillons. Ajoutez du jus de raisin et du jus de citron ; passez la sauce sur les grives et servez. » R.Villatte des Prugnes Les Chasses au petit gibier Crépin-Leblond 1958.

Boire : Allez donc taper dans ma foire aux vins :

 http://www.berthomeau.com/article-22881267.html http://www.berthomeau.com/article-22881498.html

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 00:08

 

Le débat sur le rôle de la dégustation dans la cadre de la réforme des AOC n’est pas clos. L’enfant, me dit-on, évolue, il retrouve, grâce à de bonnes fées qui sont venues se pencher sur son berceau, des traits plus sympathiques. Cependant, avant l’emballage final par le CAC, sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, bien au contraire puisque le titre de ma chronique « Mets de l’huile » fait référence à un tube d’origine toulousaine du groupe Reg’lyss qui chantait : « Tu n'es pas Jamaïcain, tu chantes le reggae/ Tu es Languedocien, et con, tu chantes en anglais/ Mets de l'huile petit homme dans la vie, il faut que ça glisse… » si ça vous chante écoutez : http://www.youtube.com/watch?v=vbC3gJMmycs

Mais alors, m’objecterez-vous, que viens faire l’huile dans nos histoires de vin ? L’huile, même d’olive, et d’AOC, en dépit d’une longue histoire commune, d’une certaine parenté, n’est pas miscible dans le vin d’AOC. En clair, vouloir lorgner du côté des mécaniques normalisatrices du COI me semble céder à la tentation d’un copié-collé aussi rassurant qu’inadapté. Pour beaucoup d’entre vous ce que je viens d’écrire doit leur paraître d’une grande opacité. Soyez patients, je vais m’expliquer aussi simplement que possible en faisant, comme d’habitude, un petit retour en arrière.

Siéger au COI (prononcer coil), lorsque je présidais la SIDO, entre 93 et 98, et que je gérais la cagnotte européenne des producteurs d’oléagineux, protéagineux, des plantes textiles (colza, tournesol, huile d’olive, pois, chanvre, lin, fourrages déshydratés…), c’était le rêve du responsable du secteur de l’huile d’olive. Eu égard à notre poids spécifique proche de zéro dans cet organisme international, il s’agit du Conseil Oléicole International, dominé par le couple Italo-hispanique (le siège est à Madrid et le directeur exécutif était alors italien, depuis un tunisien puis un marocain assurent la direction), je tempérais ses ardeurs voyageuses. Mais, lorsque le grand Louis le Pensec, qui préférait l’huile d’olive au beurre, me demanda d’aller le représenter à la session annuelle du COI à Florence je m’exécutais de bonne grâce. Mon porte-flingue me bichonna. Beaucoup de vent, beaucoup d’emphase, mais ça avait de la gueule les discours dans le Salone dei Cinquecento du Palazzo Vecchio, et puis dîner chez Pennello, via Dante Alighieri, de Pappardelle aux cèpes arrosé d’un  Vernaccia de San Gimignano de chez Terruzzi&Puthod c’était l’extase. Bref, je revins comblé mais toujours un peu étonné des moyens déployés par les grands zinzins de coopération internationale.

Que fait donc le COI ? Réponse dans un appel de candidature de notre belle Union Européenne « En tant qu'organisation intergouvernementale en charge de gérer l'Accord International de 2005 sur l'huile d'olive et les olives de table, le Conseil Oléicole International (COI) est une organisation multilatérale unique œuvrant pour l'oléiculture mondiale. La Communauté européenne est l'un des 15 membres du COI, où elle représente ses 27 Etats membres. Elle apporte une contribution substantielle aux budgets opérationnels du COI.

Les objectifs généraux du COI touchent à la coopération technique internationale, à la normalisation internationale des produits de l'oléiculture, à l'expansion du commerce international et à la promotion des produits de l'olivier. »

Suite à cette lecture vous comprenez mieux mon intérêt matinal pour ce bel organisme qui pond des textes « concernant les normes relatives aux caractéristiques physiques, chimiques et organoleptiques et les méthodes d’analyse » ou « un guide pour la sélection, l’entraînement et le contrôle des dégustateurs qualifiés d’huile d’olive » ou « analyse sensorielle, vocabulaire général de base » consultables sur le site du COI www.internationaloliveoil.org Bien évidemment, loin de moi d’ironiser sur un travail sérieux et utile pour mieux appréhender les qualités des huiles d’olive. Cependant, la volonté normalisatrice de certains membres du CAC, pourrait y trouver une source de référence pour le vin. À mon sens ce serait s’engager dans une impasse. En effet, sans lui faire injure, l’huile d’olive en dernier ressort, celui du consommateur final, reste un produit d’accompagnement : à froid pour les crudités ou à chaud pour la pasta. On ne consomme pas cette chère huile en petit verre entre amis. On peut la déguster certes mais ce n’est qu’un acte purement professionnel. De plus les mécaniques du COI ne servent pas à rattacher le produit à une famille d’origine en fonction d’un goût commun. Dans le vocabulaire évoqué par le COI aucune trace de la fameuse typicité chère à certains.

Remettre de la rigueur dans les agréments des AOC est une œuvre salutaire mais n’oublions jamais d’où nous venons et où nous voulons aller. Toute procédure, toute directive qui l’oublierait, où qui profiterait de l’occasion pour fourguer subrepticement une forme de normalisation réductrice, via des travaux au contenu scientifique contestable et contesté, dévaluerait notre système. Moi j’ai entière confiance dans l’approche d’Yves Bénard le président du Comité Vins et eau-de-vie de l’INAO sur ce sujet : trions le bon grain de l’ivraie sans aucune concession, mais il ne faudrait pas que les nouveaux venus dans la vieille maison, majoritaires au CAC, se croient investis d’une mission purificatrice. Qu’ils balaient d’abord devant leur propre porte ! Qu’ils veuillent bien se souvenir, en dépit des errements récents de certains vins d’AOC, que ce concept a reçu ses lettres de noblesse grâce au vin. Pour avoir, en 1990, lors de l’élargissement de l’INAO aux autres produits, dont principalement les produits laitiers, constaté leur vision purement normative de la qualité (ce n’est pas l’ami André Valadier qui me démentira)  je leur demande un peu d’humilité, la même que je conseillais à mes « amis » du vin lorsque je m’inquiétais des produits indignes qu’abritaient certaines « grandes ombrelles AOC » Bon travail au CAC, dans un esprit d’ouverture et de sérénité pour que plutôt que de chercher un introuvable dénominateur commun au sein d'une même AOC nous consolidions l’excellence de chacune d'elle en jouant sur la diversité... 

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 00:02

Désalcooliser totalement un vin pour moi c’est le castrer, le châtrer, l’émasculer. La castration est une privation. En effet, ainsi mâles ou femelles, par ablation, se voient privés de la faculté de se reproduire. Très tôt, en cette Vendée où le sexe était péché, grâce à mon pépé Louis, grand éleveur de beaux bœufs charollais,
http://www.berthomeau.com/article-6111806.html, j’étais très expert en ce domaine : castration, copulation et vêlage, alors que bien évidemment la moindre allusion à notre sexualité m’aurait valu une quasi-excommunication. Mais, en ce temps-là, j’étais bien loin de me douter que ce qui transformait les bouillants taurillons en paisibles bœufs, se pratiquait en Chine pour les eunuques « gardien de harem » (70 000 sous la dynastie Ming, ils n’étaient plus que 412 lorsque la fonction sera supprimée en 1912 cf. Le dernier empereur le film de Bertolucci) et pour les castrats jusqu’au XIXe siècle dans l’Italie « reine de l’Opéra » toute proche. Je dois avouer que ça aurait pu transformer mes rêves en cauchemars dans la mesure où la nature m’avait doté d’une superbe voix de soprano que j’ai perdu, bien sûr, lors de ma puberté.

Vous comprendrez donc aisément que j’ai fait un coup de sang lorsque passant le long du rayon vins de mon Monoprix mon regard aiguisé tombait sur une étrange bouteille à collerette, noyée dans la masse des vins, affichant toute honte bue : « Tous les plaisirs du vin SANS ALCOOL » www.icone-vins.com . Je m’en empare et je lis la contre-étiquette « Boisson issue de vin désalcoolisé. À déguster tout au long de la journée, bien frais, avec ou sans soif » Je continue ma lecture « Son bouquet enchante les saveurs épicées du Sud » Pourquoi pas, je ne suis pas borné. La suite me braque « Le vin est naturellement riche en antioxydant et vitamines. Cette boisson vous apportera tous les bénéfices du vin sans ses inconvénients. Après ouverture, conserver la bouteille au frais, mais la finir n’est pas un péché ! » C’est quoi ce baratin médicalisé ripoliné à la sauce à l’eau bénite. Pourquoi pas l’obtention d’indulgences plénières ! La suite me fait plutôt rire : « À consommer très frais » ça laisse augurer le goût de sirop… Tiens y disent qu’il y a une DLC mais elle n’est indiquée nulle part. Enfin, la composition : boisson issue de vin désalcoolisé, sucre, antioxydant (vitamine C) contient des sulfites. Reste à « déguster » cet ICÔNE désalcoolisé.


Bouchage à vis. Couleur saumonée. Nez désagréable : odeur de barrique mal lavée. En bouche, le produit est très frais, aucune sensation ni agréable, ni désagréable, une grande platitude avec en fin de bouche une sensation légèrement sucrée (moins que le jus de raisin. Ce n’est pas rafraîchissant car la note finale de sucrosité empâte le palais. Pour ma part je préfère largement ma BRSA.

 http://www.berthomeau.com/article-21565135.html pour me désaltérer et sans vouloir tirer sur une ambulance je ne vois pas l’intérêt qu’il y a à cultiver de la vigne, à vendanger, à vinifier pour aboutir à un tel résultat. C’est un gâchis économique et écologique. Désolé d’être aussi dur mais je ne comprends pas qu’on puisse mettre sur le marché un tel produit qui est de vide de tout ce qui fait le bonheur du vin. Mieux vaut boire de l’eau.

Pour moi une boisson sans alcool qui à l’ambition de rafraîchir est une BRSA ou un jus sucré et elle n’a qu’à aller planter ses choux dans le rayon ad hoc. Le baratin « médicalisé » n’autorise pas à adopter tous les codes du vin : bouteille, étiquette pour tenter une percée chez les consommateurs de vin avec un discours qui dévalue le vin. Il faut cesser de faire accroire que l’ingestion exagérée d’alcool est liée à la teneur en alcool de la boisson. C’est faux. Que certains consommateurs soient à la recherche de vins moins alcoolisés c’est une tendance liée au mode de vie sédentaire de la majorité des urbains mais il me semble qu’il y a une barrière à ne pas franchir : celle qui nous mènerait hors du domaine du vin. La démarche de Listel avec son Pink à 9° me semble intéressante mais quand je lis ce que dit en rigolant Vincent Pugibet, du domaine de la Colombette dans l’Hérault, « avec un vin à 13°, on n’est plus franchement efficace à 13 H 30… » je reste profondément dubitatif car on semble toujours considérer le vin comme l’accompagnant obligé du repas de midi. Les temps et les modes de consommation changent. Est-il efficient économiquement de passer par la vigne pour obtenir une boisson industrielle qui n’aura jamais les moyens de se battre dans la cour des softs drinks. Quand on pense que Pernod-Ricard a vendu Orangina au groupe Cadbury (Schweppes) faute de disposer des moyens de pouvoir en faire une marque mondiale me semble révélateur. Qu’il y ait des niches pour des produits innovants je suis le premier à le reconnaître mais faire accroire que la désalcoolisation totale ou très importante constitue un débouché essentiel pour le vignoble est une erreur.

Vous pouvez écouter en prime ce que disait le professeur Mac Leod sur France Inter à propos du goût, c'est très instructif et en rapport aussi avec ce qui précède
http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/SEPTNEUFWE/SEPTNEUFWE20080928.ram

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 00:02

À l'office, assise sur une chaise paillée, égrenant un chapelet aux grains usés, une déjà vieille, vêtue de noir, m'accueillait avec un large sourire édentée. « Mon petit gars, je suis la nounou de Jean-Edern, qu'est-ce-que je peux faire pour ton service ?
- Ne vous dérangez pas je vais me servir un verre d'eau.
- T'es bien le premier que je vois boire de l'eau dans cette maison...
Je lui trouvais un air de famille ce qui m'amenait à lui poser une question que d'ordinaire je me serais bien gardé de poser.
- Vous êtes née où madame ?
- En pays bigouden, à Pouldreuzic, je suis gagée depuis l'âge de 14 ans et y'a ben longtemps qu'on ne m'a pas donné de la madame. Ici, c'est Yvonne par ci, Yvonne par là, y'a que ma grande ficelle qui continue de m'appeler Lolo Bellec. Faut vous dire que je suis une Le Bellec, la douzième, et que je sais plus à quel âge il a arrêté de me téter ma grande ficelle. Quand il est fin saoul, comme l'était si souvent mon père et mon bonhomme, y vient pleurer dans mon giron et y me dit que j'suis bien la seule qui l'aime.
- Vous avez eu beaucoup d'enfants ?
- Non mon petit gars, trois seulement, un par an avant que mon bonhomme se fasse écraser par un wagonnet dans la ligne Maginot. Que des gars, y font des cochons au pays et leurs femmes font leurs commissions en auto. Y viennent jamais me voir. Z'ont honte de moi, j'suis qu'une bonniche pour eux, alors le soir je dis des chapelets pour mes petits enfants.
Je m'étais assis en face d'elle. Le temps passait, hors du temps je l'écoutais dévider ses souvenirs en pensant à ma mémé Marie.

Au-dessus de ma tête une sonnerie à mi-chemin entre le grelot et la clochette d'enfant de chœur me tirait de mes rêves éveillés. Yvonne soupirait « C'est son heure. Avec lui c'est réglé comme du papier à musique. Après ses galipettes c'est, comme y'me dit toujours de sa belle voix, Champagne ! » En l'écoutant je me tordais le cou pour observer le panneau d'où provenait la stridulante injonction ; une petite merveille en loupe de noyer sertie de cuivre avec, sur deux rangées, des ampoules rouges et des sonnettes surmontant des plaques de porcelaine où, en écriture romaine, était indiqué le lieu de provenance. L'ampoule clignotait au-dessus de « Bibliothèque ». Yvonne se relevait pesamment pour aller ouvrir la porte supérieure d'un frigo, façon boucher, encastré dans le mur qui faisait face à la lourde cuisinière de fonte encadré par un grand évier de granit et un plan de travail en bois patiné. « Même s'il a drôle de manières que notre religion réprouve cet homme, mon garçon, est bon et généreux. Lui quand il m'appelle Yvonne je n'ai pas le sentiment qu'y me traite comme un vieux torchon. L'a des yeux qui rient. Y prend, comme toi, le temps de me causer. Et puis, y trouve toujours l'occasion de me donner la pièce. Y m'dis, Yvonne « achetez-vous un beau foulard pour aller avec vos prières ». Le rit avec ses belles dents. Jamais moqueur, un peu taquin, y fait toujours attention à moi... » Les bras chargés du magnum, trainant ses savates, Yvonne Le Bellec, sur le pas de la porte, me lançait, sans même se retourner, « et si vous veniez avec moi je suis sûr que ça lui ferait plaisir... »

Pour nous rendre à la bibliothèque, afin d'éviter les pièces où se tenait la réception, Yvonne nous fit passer par le jardin. Sous la lumière crue de la pleine lune les gravillons blancs des allées, tels des amas de vers luisants, traçaient d'étranges filaments sur la masse sombre des massifs. Nous contournions l'hôtel par la droite et nos pas désaccordés résonnaient dans l'étrange amphithéâtre formé par les immeubles avoisinants qui découpaient dans le ciel blafard d'inquiétantes figures sans relief. Provenant d'une porte-fenêtre ouverte l'écho d'une voix reconnaissable entre mille me faisait sursauter. Coup au plexus solaire, je marquais un temps d'arrêt. Yvonne s'inquiétait « z'êtes où ? » Me tirer ! Fuir. J'hésitais. La voix interpellait Yvonne qui se tenait sur le petit perron donnant accès à la bibliothèque : « Alors sainte femme, j'espère ne pas avoir interrompu votre Rosaire ! Ne restez pas plantée dehors, entrez donc dans ce lieu de perdition... » Yvonne lui répondait qu'elle n'était pas toute seule. Elle me hélait « j'vous ai pas demandé votre petit nom mon garçon alors je ne sais pas comment vous appeler. J'vous aurais pas cru si timide. Allez venez y va pas vous manger... » Un grand éclat de rire accueillait sa déclaration « mais on dirait que notre Yvonne nous amené une petite nouveauté qui fait des manières... » Je ne pouvais plus reculer et, d'un pas mal assuré, je rejoignais Yvonne Le Bellec sur le perron. « Ha, bien merde alors, te voilà enfin Benoît... » Debout, pieds nus, en caleçon, face à moi, le père de Marie n'en croyait pas ses yeux.
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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 08:02

Dans l’une de mes chroniques du mois de mai : le vin, le terroir et les petits bourgeons je prenais la défense du petit bourgeon de la vigne http://www.berthomeau.com/article-19352528.html contre la toute puissance, que dis-je,  l’impérialisme du seigneur et maître Vin et de son grand suzerain le terroir. Alors, ce matin, poursuivant mon effort  de réhabilitation des sans grades j’ai décidé, sans vous la prendre, de vous parler de la grappe de vigne cette grande méconnue.

 

Dans le langage courant, au moment des vendanges, on parle presque toujours, du raisin. Du raisin mur et sain comme le dirait mieux que moi Michel Rolland. Mais de la brave grappe de raisin, vaillante, discrète, on en parle si peu, sauf pour l’égrapper, terme d’une barbarie éhontée, fonction confiée à une affreuse machine mais, par bonheur, dans les grandes maisons, sur les tables de tri, on la manie, avec soins, et en gants blancs ma chère. Au temps de nos grands-pères la pauvre petiote se voyait fouler aux pieds. Et pourtant, elle vient de loin la grappe, quand la vigne débourre, que les jeunes pousses font leurs feuilles et ensuite leurs grappes de fleurs, elle est déjà là, en miniature. La fleur dure peu de temps, une quinzaine de jour et je ne m’aventurerai pas dans la description de la fécondation des Viti Vinifera qui sont pour la plupart hermaphrodites. Petite grappe deviendra grande ou grosse, toute verte tout un temps pour, dans notre hémisphère, au mois d’août changer de couleur : c’est la véraison. Et puis vient le temps de la maturité qui se termine par la récolte où le vendangeur coupera son pédoncule comme la sage femme le cordon ombilical. Mais pour la grappe c’est la fin de sa vie. Certaines attendront de pourrir pour mourir, mais c’est pour la bonne cause, puisque leur pourriture est dite noble. Voilà j’ai fait mon devoir et je vous offre quelques spécimens de grappe de raisin. Dieu qu’elles sont belles !


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