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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 00:07

Contrucci tenait table ouverte chez Ledoyen. Le personnel le bichonnait, monsieur Paul par ci, monsieur Paul par là, le petit homme sec et noiraud appréciait d’être traité comme un homme d’influence. Vêtu sobrement, arborant quelle que soit la circonstance une cravate noire signe de l’éternel chagrin qu’il éprouvait d’avoir du, il y avait maintenant bientôt dix ans, porter en la terre sacrée de Vico, où reposait tout le clan, sa chère et irremplaçable mère, Laetitia Colonna épouse Contrucci, l’homme qui nous conviait à sa table, n’affichait aucun des signes extérieurs habituels, chevalière, gourmette, montre en or jaune pétant,  des gens de son espèce. Sa seule coquetterie, une Maserati noire, prototype « Frua », conduite par Jo Antonetti son fidèle homme à tout faire. Paul Contrucci se flattait d’être, avec l’Agha Kan et le roi d’Espagne, le seul à posséder une telle limousine. Un peu poussive la mémère avec son petit V6 de 3 litres, celui qui équipera la SM, pour charroyer sa tonne 6. La collaboration chaotique entre les ingénieurs de Modène et ceux de Javel, le double chevron contrôlait le trident, accouchait d’un gros veau. La rumeur traînait dans les milieux bien informés, et le milieu tout court, que, monsieur Paul, se fichait pas mal des chevaux fiscaux de sa conduite intérieure, ce qui motivait son goût pour la « Frua » c’était le moelleux de la banquette arrière, en cuir au grain si fin, si tendre, où il adorait se faire pomper par des nymphettes dont il collectionnait les petites culottes. Avec Chloé, sapée NAP, Neuilly-Auteuil-Passy pour les non initiés, tailleur Chanel, corsage col officier, double rang de perles de culture, sac et escarpins Céline, avec juste ce qu’il faut de piment : ongles carminés, maquillage léger mais rehaussé de lèvres rouge baiser, gourmandes et sensuelles, et surtout, sous sa jupe droite la trace, lorsqu’elle s’asseyait, d’un porte-jarretelles symbole pour les mâles de plaisirs d’alcôve débridés et torrides, nous prenions place à la table favorite de Paul Contrucci qui, sans gaucherie, avait esquissé un baisemain furtif avant de placer Chloé à sa droite.

À quelques pas de nous, le sommelier, très chien truffier bourgeonnant, bedaine pendante, couperose et œil sanguin, grappe d’argent à la boutonnière, déclenchait les premières salves : brut impérial de Moët en des flutes col de cygne accompagné de figatelli tranchée en gros bouts. Contrucci, tout miel, se penchait jusqu’à presque effleurer l’oreille de Chloé tout en lui tendant, entre son pouce et son index manucurés, une rondelle de figatelli « profitez d’un tout petit privilège mon enfant, cette figatellu vient du village, goûtez-là, fermez vos beaux yeux, et c’est la châtaigneraie de Vico qui viendra à vous… » puis, alors que ma compagne, bonne fille, elle qui n’appréciait qu’à demi la cochonnaille, l’enfournait avec entrain, avec une componction d’évêque, il déposait sa petite main velue sur celle de Chloé. À mes côtés, les deux lieutenants de Contrucci, le long et sec François Franchey d’Espéruche, très jugulaire-jugulaire, et le tout rond Ange Poli, plus bonasse, se contentaient d’apprécier en silence le nectar champenois. La seule qui ne goûtait guère le manège de Contrucci, et qui tirait une gueule de trois pieds de long sous sa permanente impeccable, c’était Angéline Labrousse reléguée à la gauche de son cher monsieur Paul. Étrange personnage que cette élégante quinquagénaire, ancienne résistante, patronne inflexible, femme d’influence, intrigante, officiellement maîtresse de Contrucci, mais le Tout Paris savait fort bien que leur relation n’avait rien à voir avec l’oreiller. Ils étaient associés. Associés en montage de coups tordus. L’irruption de notre petit couple dans leur petit jeu, je le sentais depuis l’instant où Contrucci nous avait présenté à elle, manifestement lui déplaisait. J’allais devoir user de tout mon charme pour renverser la tendance.

 

Face à un tel défi il me fallait éviter l’attaque frontale, ruser, déceler le point faible, avant de jouer, tel un adepte du billard, avec les bandes, pour atteindre mon objectif. Cette réflexion me tirait un léger sourire car monsieur Paul avait la haute main sur les salles de jeux de la capitale. Ce bref instant d’hilarité intérieure n’échappait pas à l’œil acéré d’Angéline qui m’entreprenait sur un ton badin : « Vous semblez de belle humeur jeune homme…

-         C’est le Champagne chère madame… il m’inspire…

-         Et si ce n’est pas indiscret, il vous inspire quoi le Champagne ?

-         La légèreté des femmes, le plaisir des dieux, le bon vouloir des rois…

-         Pour vous les femmes sont légères !

-         Pas toutes mais dans ma bouche c’est un compliment.

-         Suggèreriez-vous que les hommes soient lourds ?

-         Ils le sont chère madame…

-         Angéline je vous prie…

-         Pesants, pachydermiques, Angéline, ils pensent avec leurs burnes, sans finesse…

-         En seriez-vous jeune homme ?

Franchey d’Espéruche, la bouche mauvaise et l’œil méprisant, s’agitait à mon côté.

-         Non cher monsieur, j’aime trop les filles, mais ma part féminine m’évite la tentation du tableau de chasse et la mesure de la longueur de ma gaule…

-         Bien envoyé jeune homme…

-         Benoît pour vous Angéline…

-         D’Espéruche vous n’êtes qu’un butor mal dégrossi tout juste bon à apprécier les plaisanteries de corps de garde.

Ange Poli pouffait. Ses gros doigts imprégnés du gras de figatellu marbraient sa flute de champagne. Adepte du Casanis il absorbait, à grandes lampées bruyantes, la cuvée Impériale comme un gamin se siffle de la limonade. Contrucci, tout en malaxant la main de Chloé, semblait apprécier mon côté mauvais garçon propre sur lui. Mon groin, lui, qui n’aime rien tant que fouiner dans la fange bien gluante, transmettait dans le coin le plus reculé de mon cerveau reptilien une intuition qui, au fur et à mesure que l’échange avec Angeline avançait, se transformait en certitude : l’associée de monsieur Paul aimait les femmes.

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 00:03

 

« Le Bien public » de Dijon titre : - 26,42 %  la pièce : dans l’incertitude du marché. En un temps où la scansion de l’information  épouse les cours des Bourses de valeurs qui descendent aux enfers la Vente des Vins des Hospices de Beaune en serait-elle réduite à n’être que le pouls des futurs cours des vins de Bourgogne ? « Charité ou marché ? » s’interroge en fin d’article le rédacteur ? Alain Suguenot, maire de Beaune, et président du CA des Hospices, rappelle que « la vente des vins est avant tout une vente de charité. Il ne faut pas l’oublier. » Pour ma part, sans m’aventurer sur un terrain un peu difficile, je partage l’analyse judicieuse d’Albéric Bichot – acquéreur de 70 pièces – qui souligne que l’on revient à des cours plus raisonnables. En effet, souligne-t-il «  les rouges avaient augmenté de 37% en 2007 et on avait constaté une hausse de 54% au cours des trois dernières années. » Pour clore ce chapitre mercanti, dans un système d’enchères internationalisées, en temps réel, par Christie’s, la morosité relative des enchères me semble être à l’image des incertitudes qui planent sur l’économie mondiale.


 

Le grand moment de la Vente, reste, et c’est heureux, la vente à la bougie – comme au bon vieux temps - du tonneau que, depuis 1945, les Hospices de Beaune mettent aux enchères pour soutenir une ou plusieurs œuvres caritatives. On la dénommait « pièce de charité » c’est désormais la « pièce des présidents » : cette année Jean-Pierre Marielle et Michel Blanc, flanqués de Sophie Vouzelaud 1ière dauphine de Miss France, une frêle et volontaire jeune fille affectée d’une surdité de naissance. Cette année cette pièce était un Pommard 1er Cru « Dames de la charité ». JP Marielle soutenant la Ligue contre le Cancer et Michel Blanc lui l’association Enfants d’Asie qui vient en aide à plus de 8000 enfants, orphelins ou en situation de détresse au Cambodge, au Laos, au Vietnam et aux Philippines. Des deux, Michel Blanc, fut celui qui trouva les mots et parut réellement ému lorsqu’il évoqua son voyage à Phnom Penh pour rendre visite à sa filleule de 20 ans.


 

 

Mon voisin, de l’autre côté de l’allée, avait bien avant l’interruption pour la vente de la « pièce des présidents » avait attiré mon attention. L’homme, comme seul savent le faire les écossais, arborait sans ostentation mais avec une élégance surannée, le traditionnel kilt des Highlands, les grandes chaussettes sur des Richelieu gold impeccables. J’avoue que, en loucedé, avec mon IXUS, je l’avais photographié. À ma  décharge j’ai toujours eu un faible pour les écossais lorsque j’allais assister aux matches du Tournoi des V Nations au temps où ils se déroulaient au Parc des Princes. Les France-Écosse se déroulaient toujours dans une ambiance bonne enfant, avant, pendant et après. Les supporters écossais, pour la plupart en costume traditionnels, sont parmi les plus gros buveurs de bière paisibles de la planète. De plus, à l’époque, leur maillot bleu marine frappé du chardon était avec celui des All Black, l’un des plus beaux. Enfin, toujours dans l’élégance « gentlemen farmer » Sean Connery m’a toujours fasciné. Et puis, je dois l’avouer, même si je suis anglophile, leur histoire avec l’impériale Angleterre, tumultueuse puis apaisée, puis de nouveau un peu chahutée me passionne. Et puis arriva le moment fort. Alberic Bichot vint s’accroupir près de mon écossais. Je pressentais que je me trouvais au bon endroit au bon moment. J’avais raison.

 

Les enchères virevoltaient, 20 000 devant, 35000 ici, 40 000 au fond, le commissaire-priseur se prenait pour Karajan, je retenais mon souffle comme si par je ne sais quel sortilège je prenais le parti de mon énigmatique voisin écossais. Ils n’étaient plus que deux, dont mon favori. Un blanc, le temps suspendait son vol, l’enchère à 50 000 et, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que ce serait le prix de marteau de la pièce que je préfère appeler « pièce de charité ». Adjugé à : James Thomson, mon inconnu récupérait une identité. À la tribune, entouré des deux présidents, notre homme, se fendait d’un bref petit speech en anglais. Manifestement mon favori n’était pas du genre à faire étalage de sa générosité. Il avait déjà acquis, en 2004, la pièce de charité, un Mazis Chambertin Grand Cru " Cuvée Madeleine Collignon". Pour ceux d’entre vous qui aimez les comptes sachez que le prix de marteau est HT, s’y ajoutent les frais d’acheteur 7% HT), le prix du fût 520 euros, le prix de l’élevage payé au négociant qui élève le vin et le met en bouteille, qui peut être fixé forfaitairement ou correspondre à un pourcentage du prix de marteau, par exemple 30%. Peu importe, en ce milieu d’après-midi à Beaune une légende était mise à mal, pas celle du monstre du Loch Ness, mais celle que l’on prête à nos amis écossais d’être près de leurs sous. La vente reprenait. Mais qui est-donc ce discret et généreux James Thomson ? J’ai trouvé la réponse sur le Net. Le vous la livre, en anglais of course.


Dr James Thomson O.B.E.


Described by Clarissa Dickson as 'the best restaurateur I know', James Thomson has developed an enviable reputation for creating some of Scotland's most unique hotels and destination restaurants including the Witchery by the Castle, the rooftop Tower and the Prestonfield.


Born and educated in Edinburgh, hospitality was an early passion that saw him open the Witchery in a neglected part of the Old Town in 1979. Despite the demands of his growing business, James is actively involved in a range of quality improvement and charitable initiatives in the wider tourism and hospitality industries. His drive for quality and innovation saw his independent restaurants become the first in Scotland to be accredited as Investors in People and as Company of the Year in addition to a large and ever-growing raft of other awards.


James continues to be an active and enthusiastic ambassador for Scotland, Edinburgh and the wider tourism industries.


Pour les plus curieux d’entre vous la biographie complète de James Thomson http://www.thewitchery.com/bio.html

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 00:06

Bonjour à vous,

 

Votre maison mère, fondée en 1880, répondait au nom joliment désuet de Société Française de Tempérance, la tempérance étant l’une des 4 vertus cardinales avec le courage, la justice et la prudence et dont la définition est la modération dans le boire et le manger.

 

Question 1 : Pourquoi refusez-vous obstinément de participer au Conseil de la Modération ? Serait-ce qu’au fond vous êtes des partisans de l’abstinence, du n’y touchez jamais…

 

En 1905, la Ligue Nationale contre l’alcoolisme, nouvelle appellation de l’association – comme pour certains partis politiques le changement de nom semble être une tradition chez vous – revendiquait 50 000 membres.

 

Question 2 : Combien d’adhérents à l’ANPAA en 2008 ?

 

L’an dernier afin d’écrire une chronique sur vos comptes : « Dérèglements de Comptes » du 14/01/2008 j’ai consulté sur votre site : « le rapport de gestion du CA à l’AGO du 23 juin 2007 » http://www.berthomeau.com/article-15581268.html  où je pouvais noter par exemple que : « Sur les 4 dirigeants salariés les mieux payés : le DG perçoit 68 446 euros brut annuel (8ième salaire de l'association), le DRH, le Directeur de Recherche et Directeur d'activité 56403 euros. Les trois principales rémunérations sont attribuées à des médecins : 75644 euros. »

 

Question 3 : Cette année votre AGO s’est tenue le 21 juin 2008 et le document est beaucoup plus laconique : «  les rémunérations versées au cours de l’exercice  2007, aux trois plus hauts cadres dirigeants salariés ont totalisé 200 676 euros » ? Pourquoi le détail est-il passé à la trappe ?

 

Commentaires :

- Si je comprends bien la rémunération brute des 3 cadres dirigeants salariés a progressé en 1 an de 19 224 euros soit en moyenne par cadres dirigeants : 6408 euros d’augmentation annelle et 534 euros mensuels.

- Comme le Directeur, pour l’exercice 2007, n’était que le 8ième salaire de l’association, pourquoi ne pas nous informer sur l’évolution des 3 principales rémunérations, 756 644 euros pour l’exercice 2007, attribuées à des médecins ?

 

Dans votre dernier rapport du CA à l’AGO vous notez « Les effectifs de l’A.N.P.A.A., appréciés en « équivalent temps plein – ETP » ont progressé de 3,5% au cours de l’exercice 2007 et représentent au 31/12/2007 945 ETP partagés par 1 353 salariés :

Comme le fait apparaître le tableau ci-dessus, les effectifs de l’A.N.P.A.A. en ETP ont progressé de 66% depuis 2000, c'est-à-dire en huit ans. Cette situation est la conséquence du développement de nouvelles activités (création de CCAA, de CSST, de consultations avancées d’alcoologie, de consultations de tabacologie…) ayant conduit à la création d’emplois.

Le graphique, reproduit ci-après, permet de visualiser la répartition des heures mensuelles rémunérées entre les différentes activités développées par les 1353 salariés de l’A.N.P.A.A., étant précisé que les personnels « Direction et coordination » ainsi que les personnels « Etudes et réalisations techniques » participent et sont pleinement partie prenante des activités de prévention, d’accueil et médico-sociales. »

 

 

 

Question 4 : Même si ce  n’est pas très perceptible à l’œil sur le graphe, entre 2006 et 2007, l’activité médico-sociale régresse alors que l’activité administration progresse. Ne pensez-vous pas souffrir d’une surcharge pondérale de type administrative dans la mesure où, stricto-sensu le groupe direction-administration- études représente 352 salariés sur un total de 1226 soit presque 29% du total alors que le médico-social ne regroupe que 609 salariés soit à peine 50% de l’ensemble mais que 42% des heures travaillées ? Dans une maison où les frais de personnel représentent 70% des charges d’exploitation ne serait-ce pas plus efficient de privilégier l’opérationnel ?

 

Annexé au rapport du CA à l’AGO de 2007, grâce à l’utilisation de GISPAC (gestion informatisée du suivi des patients et des activités des Centres de Cure Ambulatoire en Alcoologie), des statistiques très intéressantes sur les personnes reçues en 2006 étaient annexées.

Il en ressortait 50 084 personnes reçues 3/4 d’hommes et 1/4 de femmes.  (la Mutualité Française estime qu’ « Aujourd’hui encore, 500.000 personnes sont dépendantes à l’alcool et entre 4 et 5 millions ont une consommation à risque. »)

34% de 20 à 39 ans

60% de 40 à 60 ans et +

La plus forte population 33610 soit 75% se situant dans la tranche 30-60 ans

68,5% sont qualifiés de stable indépendant

10,5% de stable chez des proches

Le reste étant des précaires, des SDF, des prisonniers…

 

Question 5 : Pourquoi ce document n’est-il pas présenté cette année ? Le Gispac a-t-il beugguer ou les résultats sont-ils en retrait ?

 Vos deux principaux postes des produits d’exploitation sont constitués :

-         par la dotation globale (financements obtenus au titre de l’enveloppe médico-sociale pour les activités des CCAA, CSST ou CARRUD)

-         par les subventions principalement destinées aux activités de prévention.

Ces deux postes représentent 79,1 % (61,3 % pour la dotation globale et 27,8 % pour les subventions) des produits d’exploitation.

La dotation globale  s’élève en 2007 à 38.013 k€ progressant de 8,3 % par rapport à 2006 (35.110 k€).

Pour la deuxième année consécutive, les subventions diminuent. Après avoir diminué de 4,2 % entre 2005 et 2006, les subventions enregistrent une baisse de 4,6% passant 18.086 k€ en 2006 à 17.252 k€ en 2007, soit une baisse de 834 k€. Cette baisse étant essentiellement due au financement de l’Etat : - 1,368 millions d’euros soit -25%.

Question 6 : Pourquoi une telle décroissance ?

Pour aujourd’hui je m’en tiens là. Mes prochaines questions je vous les poserai lors de la prochaine AGO de 2009 à laquelle je serai convié puisque je viens d’adhérer à l’ANPAA pour la modique somme de 15 euros (j'ai reçu ma carte hier).

 

Bien à vous et à plus…

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 00:03

Claire Naudin-Ferrand je l’ai découverte, le 24 juin après-midi, à la tribune de l’AG du BIVB, où elle prenait la parole en tant que présidente du SAQ au cours du débat  « Agrément, typicité et marchés » judicieusement organisé par PH Gagey en présence d’Yves Bénard, le président du CN Vins et Eaux-de-vie de l'INAO. Les propos de Christelle Mercier de l'INAO sur la définition de la typicité venaient de me plonger dans un état d’attrition profond. Ébranlé donc, partagé entre l’effroi et la colère face à ce gloubiboulga de pseudoscience – j’ai subi lorsque j’étais président du Calvados le dénommé  Jean Salette, père de la typicité  directeur de recherches émérite de l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture de France qui se targue d’être le spécialiste des relations entre les terroirs et les produits et qui joue les consultants dans le domaine des produits de terroirs et des appellations d’origine. Dieu nous garde des consultants de cet acabit – je regrettais le temps où mes fonctions me permettaient de donner le signal de la fin de la récréation. Je m’attendais donc à un gentil discours de présidente. Elle le fit et puis, avec conviction et finesse, ce furent : « des paroles simples d’une vigneronne sur la typicité » : une chronique donc, vous pouvez vous y reporter  link

  

Mais, comme les AG ne sont pas les lieux privilégiés de l’échange je m’étais promis, lors d’un de mes déplacements en Bourgogne de revoir Claire Naudin-Ferrand. Mes complices bourguignons réglèrent aisément cette question. Au sortir de chez Alain Hasard, avec notre heure de retard, cap sur le nord de la Côte de Beaune où nous sommes attendus pour déjeuner par Claire Naudin-Ferrand et Jean-Yves Bizot à Vosne-Romanée. Claire est descendue de ses « Hautes Côtes ». Elle me présente Jean-Yves Bizot et, en bout table, Hadrien 6 ans 1/2, qui vient de commencer de déjeuner car lui « il a école ». L’accueil simple, chaleureux, sans façon comme aurait dit maman, fait que l’on s’assied à la table du quotidien, bien mise, avec grand plaisir et l’envie de converser. On sent d’emblée que l’histoire de Claire et de sa famille est « viscéralement » liée à celle des « Hautes Côtes ». En effet, le domaine Naudin-Ferrand est situé à Magny-lès-Villers qui se trouve sur la frontière entre les deux appellations, Bourgogne Hautes-Côtes de Beaune et Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits. Il s’est développé suite à la naissance, en 1961, de cette appellation. Avec notre salade de mâche, la pintade, les fromages et la tarte, nous buvons – j’ai bien écrit buvons et non dégustons, nous sommes à table, pas en représentation - justement un Hautes-Côtes de Beaune (orchis masculata) Vin élégant, raffiné même, qui vous caresse la bouche, lui donne un goût de fruit discret et léger mais persistant comme lorsque vous allez vous-même cueillir une baie aux premières lueurs de l’aurore et que vous la croquez. Sans doute que je vais mal l’exprimer mais ce fruit on le sent nature, il s’exprime dans sa fraîcheur sans les artifices d’une extraction violente. 


Ce "Hautes Côtes" plaît aux consommateurs, j’en suis un, mais il n’entre pas vraiment dans le profil de ces messieurs les agréeurs. Nous y revoilà : « typicité, vous avez dit typicité… », et comme Claire nous a parlé au cours du repas de ses capsules « timbre bleu » qui vont lui permettre de commercialiser son 1er vin de table blanc : A… Naudin 007 je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler « Les confidences » de Claire. Pas celles qu’elle m’aurait faites au cours de notre repas mais celles qu’elle livre sur son site.  www.naudin-ferrand.com car pour moi elles résument bien sa démarche et ses interrogations.


« M
ais d’où vient-il ce vin ? A la base, il y a une petite vigne plantée en cépage aligoté, en 1902, donc par mon arrière grand père. Depuis plusieurs années, je rêvais d’en vinifier le raisin séparément, et d’une façon bien particulière, de le presser en raisin entier, sans apport de sulfites. Je voulais le travailler comme mes ancêtres… J’avais l’impression que cela m’apprendrait beaucoup, une intuition très forte, qui s'imposait à moi…

En 2007, année pourtant un peu difficile d’un point de vue météorologique, je me sens prête, je me lance. La vendange est rentrée à 11°2 d’alcool potentiel naturel, et là mon intuition me dit de ne pas y toucher : non seulement il n’y aura pas de sulfites, mais pas non plus de sucre ajouté, ni bien sûr de levures, d’enzymes, de bentonite (argile qui sert à clarifier le vin)…

Rien que du raisin !  Et tout se passe bien... J’envisage donc assez vite une mise en bouteille sans filtration, par gravité, avec juste un petit apport de sulfites afin de stabiliser le vin et de lui permettre de voyager un peu, si besoin !

Á la dégustation il ne ressemble pas vraiment à l’appellation qui devrait lui correspondre : plus aromatique, plus complexe, avec des nuances inhabituelles... En outre, sa vinification particulière fait qu’il n’est pas tout à fait « dans le schéma type », qui vient d’être redéfini par la réforme de l’agrément.  En effet, après questions aux organismes responsables, il apparaît :

  • Qu’il est de bon ton de filtrer les vins (en tous cas un dépôt, même naturel, même s’il n’est aucunement amer ni désagréable au goût, est considéré comme un défaut)…
  • Qu’il est bien vu de sulfiter les vins à des niveaux élevés (même si la loi fixe des valeurs maximums, non pas des valeurs planchers)… Par exemple, là où je me contente de 50 mg par litre de dioxyde de soufre, certains exigent plus de 100 mg/l…
  • Qu’il n’est pas prévu une expression aromatique aussi exubérante, même si elle est le fait d’un terroir, d’un raisin issu d’une très vieille vigne, d’une vinification peu interventionniste, c'est-à-dire de facteurs inhérents à l’appellation…

Alors, analysant cette situation, considérant que ce vin n’est pas chaptalisé, je décide de le porter sur ma déclaration de récolte sans son appellation, et de le vendre vin de table. En effet :

  • d’une part je ne prendrai pas le risque de me voir mal noter par un collège de dégustateurs qui n’admet aucune déviation par rapport au « vin type », ou du moins à l’idée qu’ils s’en font.  C’est toujours assez difficile d’accepter ce type de critiques, à l’emporte pièce, et de devoir se justifier sur sa façon de travailler, lorsque justement on a tout fait depuis plus de 16 ans pour aller dans le sens de ce que l’on considère être la qualité du vin justement :
    • baisse des rendements
    • amélioration du palissage
    • amélioration de la maturité et de l’état sanitaire des raisins
    • tri draconien lorsque ce n’est pas suffisant
    • suppression des manipulations inutiles ou irrespectueuses du terroir...
  • d’autre part, je m’ouvre un champ de liberté énorme, d’un point de vue commercial, car ce vin ne sera plus emprisonné dans une « petite » appellation.  Le « Bourgogne aligoté » est sans cesse davantage tiré vers le bas, galvaudé voire même méprisé par nombre de collègues qui ont oublié à quel point il pouvait pourtant procurer du plaisir…

Au contraire, je souhaite tirer ce vin vers le haut pour aller au-delà de ce que l’appellation m’aurait permis. D’ailleurs les premiers commentaires de dégustation montrent à quel point ce vin surprend positivement !

Et j’avoue que je suis bien tentée de reproduire cette démarche en 2008, si les conditions climatiques me le permettent. En effet, les cuvées Clou 34, Omayga, Orchis et Bellis peuvent se retrouver demain en difficulté, lors de l’agrément, car elles ne sont pas «dans le moule».  Vous êtes cependant nombreux à me manifester votre satisfaction sur ces cuvées, vinifiées d’une façon bien particulière…  Et personnellement elles me font aimer mon métier : elles exigent une immense rigueur technique, tant aux vignes qu’en cave, et elles me procurent un immense plaisir des sens : complexité, saveur, émotion, tout y est !

Une fois encore je le dis, je rêve d’AOC où cohabiteraient des vins aux multiples faciès, pour votre plus grande satisfaction. J’ai passé des heures et des heures en réunions, pour défendre ce point de vue. Mais je crains de ne pas faire le poids…

Alors l’année prochaine, peut-être la liste des vins de table du domaine Naudin se sera t’elle un peu allongée. Alors ne pensez pas « Claire a échoué, elle a perdu l’appellation »…Dites-vous plutôt qu'elle exprime ainsi sa liberté et son esprit d’indépendance, par amour de son métier ! »

Claire Naudin
15 septembre 2008

 

Merci Claire pour tout, l’excellent repas d’abord, mais aussi et surtout ce qui précède : comme vous je rêve d’AOC aux multiples faciès ; comme vous je crois aux espaces de liberté où l’on revisite la tradition de ses aïeux, où l’on suit ses intuitions, où l’on prend des risques ; comme vous je suis persuadé qu’il faut emprunter des chemins difficiles même si être border line n’est pas du goût de tout le monde. Alors, pour conclure et vous encourager à persister dans votre démarche je vous retourne le compliment que m’a fait parvenir Yves Legrand du Chemin des Vignes « Bravo pour cet "arche de Noé" que représente ton blog qui nous aide à ramer. Mais comme le dit le proverbe africain : "ceux qui nagent dans le sens du courant, font rigoler les crocodiles".

Affaire à suivre dans une prochaine chronique sur mes Riches Heures en Bourgogne...

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 00:06

Il est un grand principe du commerce : « le client à toujours raison» que devraient méditer certains de nos « experts » es-défense du vin avant de pousser des hauts cris, de vilipender celles et ceux qui ne font que rapporter une information publiée. Au point de départ, que ça leur plaise ou non, faire état qu’une étude, conduite par des chercheurs de l’Université de Kingston, révélant la présence de métaux lourds dans le vin, et que les  Français figurent parmi les mauvais élèves, vient d’être diffusée par une publication scientifique Journal Chemistry Central, c’est de l’information comme faire état d’une déclaration de Le Pen « qualifiant de détail… ». L’information existe, la nature de son contenu n’engage pas le journaliste qui la rapporte. Cette révélation est d’autant plus nécessaire que cette information a été reprise dans le Washington Post « La contamination des vins par des métaux lourds pourrait transformer les effets bénéfiques du vin sur la santé en risque », dans le Wine Spectator : « Une étude sur la présence de métaux lourds dans le vin sème le doute dans la communauté des experts », dans Decanter qui a interrogé le professeur Declan Naughton, co-auteur de l’étude. Ce dernier estime « que les consommateurs devraient être informés des risques ».  Révéler cet ensemble d’informations, avec une pointe d’humour et d’ironie légère, c’est aussi informer et non participer à une entreprise de déstabilisation de la France du vin, ni mettre en cause la mission de ceux qui s’échinent à « médicaliser » la consommation du vin. Les médias cités s’adressent à nos clients et se contenter de répondre, en jetant l’opprobre, en déclarant que la revue scientifique est une revue minable, de seconde zone, que les chercheurs ne sont que de pauvres chimistes, que ce ne sont que des accusations grossières, c’est le degré zéro de ce qu’il faut dire face à ce type d’information.

 

Pour nos experts « autruches », qui en général n’ont jamais vendu une goutte de vin, il fallait bien sûr ne rien publier, attendre que ça se passe, faire le dos rond. Lorsque l’étude contesté et contestable de PAN-Europe a été connue j’ai commis sitôt une chronique le 1er avril 2008, baptisée, car c’était l’info donné en boucle par les grands médias « Bourré de pesticides » http://www.berthomeau.com/article-18312616.html où j'exposais, arguments à l’appui, ce je pensais d’elle. Je n’ai pas la prétention de croire que ma réponse était parfaite mais elle avait au moins le mérite d’argumenter sur la base de constatations non contestables. Qu’aujourd’hui l’étude des chercheurs anglais soit scientifiquement contestable sur le plan de sa méthodologie, de la validité de ses conclusions, je n’en sais fichtre rien mais je persiste à écrire que l’exaltation, le discours outré en défense des « défenseurs patentés du vin » ne font que renforcer la mauvaise impression qu’ont de nous beaucoup de nos amis « anglo-saxons ». Ça relève à la fois de l’improvisation et du prêche et c’est totalement contre-productif. De plus, la pure dénégation donne le sentiment que nous refusons de regarder certaines réalités en face. Dans mes récentes chroniques sur les vins « dit naturels », je me suis longuement expliqué et je demande à nos experts « autruches » de réfléchir à ce qu’est une demande sociale, qui bien sûr n’a rien à voir avec leurs obsessions ou le combat de leur vie. Le monde change. Les consommateurs de vin changent. De grâce écoutez-les ! Cessez de nous gonfler avec vos vieilles lunes ! Nous ne sommes pas dans un camp retranché, bombardés par ces « salauds » de rosbifs, par des « écolos » membres d’ONG apatrides,  qui nous veulent du mal. Nous sommes un grand pays du vin qui ne peut pas faire l’économie d’une réflexion et de plans d’action pour adopter des pratiques plus respectueuses du fameux terroir dont d’aucuns se gargarisent. La consommation du vin progresse partout dans le monde alors vos petites guéguerres franco-françaises ne sont que des combats d’arrière-garde.

 

Dans le même temps le Monde titre : « Les viticulteurs du Cap font leur révolution verte » : 135 producteurs se sont engagés pour engager la biodiversité de leurs terres.

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2008/11/15/les-viticulteurs-du-cap-font-leur-revolution-verte_1119059_3244.html#ens_id=1119138 . Quelques morceaux choisis : « La biodiversité devient le moteur d’un secteur viticole sud-africain qui amorce sa révolution verte en ordre dispersé. Avec un intérêt économique bien compris : le logo BWI (Biodiversity and Wine Initiative) se veut « un outil de marketing qui donne un avantage compétitif à l’Afrique du Sud sur le marché mondial du vin ». […] « Nous utilisons l’argument de la biodiversité car cela fait sens. Ce sont les mêmes terroirs qui font la richesse de notre flore et celle de nos vins », justifie André Morgenthal, porte-parole de l’organisme Wines of South Africa. »[…] « Les méthodes conventionnelles ne fonctionnent plus, ni techniquement ni commercialement » estime Jonathan Grieve. Le propriétaire d’Avondale ne pulvérise plus une goutte de pesticide ou de fongicide sur ses 300 hectares. » La solution, c’est de restaurer la vie dans le sol au lieu de mettre celui-ci sous perfusion chimique, dit-il. Conserver toutes sortes de végétaux et d’insectes entre les vignes, cela remplace les fertilisants, cela aide à équilibrer la terre en oligo-éléments, à la rafraîchir, à rendre le milieu naturel autosuffisant ». C’est ce qu’attendent nos consommateurs et non qu’on leur serine que notre produit est un quasi-médicament – ils en bouffent déjà trop – car cette prescription vient se heurter à la toute puissance des lobbies médicaux. Le vin est bon pour la convivialité et il n’y a pas beaucoup de produits de substitution dans ce domaine. Alors de grâce arrêtez de le transformer en posologie pour vieillards cacochymes !

Enfin, puisque je m’exprime sur un espace de liberté ouvert à tous, avec impertinence souvent, parfois avec pertinence, je me permets de dire que j’abhorre autant les censeurs que j’aime railler les hygiénistes. La liberté de plume et de ton, surtout pour des gens qui chantent le bon plaisir et la convivialité de leur produit, est essentielle à notre civilisation du bien vivre ensemble. Oui j’affirme qu’on peut aborder avec un brin de légèreté des sujets sérieux. Charrier gentiment ceux qui ont choisi comme fond de commerce la défense du vin. Chaque jour, avec mes mots, je ne défends pas le vin, je l’aime, alors que tous les grincheux, les atrabilaires, les pisse-vinaigre, ne viennent pas me chercher des poux dans la tête parce que je défends la liberté de l’information, même lorsque le contenu de cette information nous déplaît. Que sur certains sujets d’intérêt commun, « l’industrie du vin » français, comme disent les canadiens de Radio Canada qui veulent m’interviewer dans le cadre d’un documentaire de 5 heures sur la France, parle d’une même voix, exprime auprès des chercheurs des demandes correspondant à la demande sociale, me paraît une urgence absolue. Enfin, pour conclure cette chronique d’humeur, je me permets de dire merci à Vitisphère http://www.vitisphere.com/breve.php?id_breve=54714 d’avoir joué son rôle d’agence d’informations.  

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 00:05

« Face au terroir, plus l'homme se fait discret, meilleur est le vin » Stéphane Derenoncourt


Lundi, veille du 11 novembre, dans ma quête des réalités du terroir profond, j’ai pris matinalement le TGV pour Beaune afin d’aller à la rencontre de vignerons qui travaillent autrement. Des atypiques comme les vins qu’ils produisent. Mais, comme dans notre beau pays on adore cataloguer, classer, réduire les choix au binaire, pimenter le tout d’un bon zeste d’engagement, bâtir des chapelles, je dois vous prévenir que je n’appartiens à aucune coterie, mouvement et que je ne souhaite pas être annexé par qui que ce soit. Afin de bien être compris, les mots sont si commodes que certains prennent un malin plaisir à cacher sous eux des acceptions simplificatrices – je vous dois des explications à la fois sur mon intérêt pour tous ces vignerons qui revisitent leur métier et sur ma relative allergie vis-à-vis de la notion, très à la mode, de vin dit naturel. Pour les urbains, coupés du cycle des saisons, consommant de la nature en WE ou maison de campagne, ça signifie des vins qui se font tout seul, en toute liberté, des sauvageons, des vins libres. Ce n’est pas tout à fait faux mais ce n’est pas exact : la main de l’homme y est bien plus présente, constante, qu’il n’y paraît, même si elle se veut peu intrusive, plus accompagnatrice que directive. C’est sur cette geste attentionnée, ce « non interventionnisme » que je souhaite chroniquer ce matin après mes visites chez Alain Hasard à Luze. Mais avant d’en arriver là parlons de la Nature.

 

La nature, l’originelle, ce sont les forêts primaires, intactes, jamais exploitées ni fragmentées, indemnes de la main de l’homme, qui représentent le plus haut degré de naturalité. Même les prairies naturelles de mon bocage natal, chères à mon cœur d’ancien gardien de vaches, reste bien éloignée de la naturalité. Mais comme la nature est « tendance », l’appropriation du naturel par les défenseurs de la nature est une tentation de tous les instants. François Morel, dans son dernier opus « le vin au naturel » pressentant l’objection, s’en explique « On n’a peut-être jamais autant parlé de la nature que depuis aujourd’hui : depuis que, dans son complexe rapport à l’homme, elle apparaît menacée, voire en voie de destruction. Que l’homme soit partie intégrante de la nature, et en tant que tel agent essentiel de sa perpétuelle transformation, personne ne peut le nier. Au même titre que la dérive des continents ou la respiration des plantes. Mais l’homme est seul à avoir un pouvoir de choix ou de décision. Le sens des choix et des décisions est donc d’une importance fondamentale. Autrement dit, la nature n’existe pas en tant que donnée figée, définitive et immuable, elle est perpétuellement en train de se faire et l’homme en est indissociable. Elle est tout à la fois ce qui est donné et ce qu’on en fait.

 

[…] Pour les vignerons, dans l’immense majorité de ceux qui sont concernés, la référence à une conception « naturelle » du vin n’émane pas d’une théorie de « la Nature », bien hasardeuse. Elle résulte du choix d’une agriculture qui s’adapte aux écosystèmes, à l’opposé d’une industrie agro-alimentaire qui veut adapter les écosystèmes. Concrètement : une volonté de se démarquer de méthode de viticulture et de vinification qui multiplient les interventions et les traitements à tous les stades du travail de la vigne et de l’élaboration du vin et viennent modifier – dénaturer, donc – la subtile et complexe biochimie des constituants du vin par des intrants et des « produits chimiques » de plus en plus sophistiqués. Á l’opposé de la conception industrielle qui préconise engrais, pesticides, levures et bactéries « sélectionnées », sucre de chaptalisation, soufre, acidifiants et autres, il s’agit donc de la prise en compte de cette matière vivante qu’est le vin. Travailler à la qualité de la matière première plutôt que s’en remettre aux techniques correctives, s’attacher à des vins vivants. »

 

Tout ça m’irait fort bien sauf que je ne supporte pas que Morel force le trait en jetant dans la même cuve industrielle tous les vignerons qui n’empruntent pas les voies des vins au naturel qui sont tous, d’après lui, des stakhanovistes de la chimie, des dénatureurs, des insoucieux de la nature. C’est faux ! La réalité n’est pas aussi tranchée. Par bonheur la frontière est bien plus floue. Les pratiques pas aussi tranchées entre ceux qui « respectent les écosystèmes » et ceux qui voudraient soi-disant les adapter. Nous qui nous plaignons tant de l’ostracisme des hygiénistes à notre égard gardons-nous de faire comme eux des amalgames, de stigmatiser tout ceux qui ne sont pas de la même chapelle que nous. Ce n’est pas en se drapant dans une sorte de pureté doctrinale que l’on fera évoluer les mentalités.

 

Bref, je revendique le droit d’aller à la rencontre de tous les vignerons, d’établir des passerelles entre eux, de discuter sans arrogance avec les uns avec les autres. Le club « Sans Interdit » a été créé sur la base de cette philosophie. En me positionnant ainsi, pour les uns je suis le stipendié des vins industriels, pour les autres un bobo parisien qui défend les bio-bons et, pour ceux qui me lisent, je l’espère, une plume libre qui s’essaie à l’impertinence avec un peu de pertinence. Pour tout vous avouer, les qui me taillent des costards, je m’en tamponne la coquillette. L’important pour moi n’est pas de se contenter d’écrire des livres pour faire plaisir à ses adorateurs, c’est si facile, mais d’affronter le poids des conservatismes, de prendre en compte la complexité du réel, pour que notre grand vignoble généraliste retrouve ses équilibres en privilégiant, bien évidemment, la viticulture durable et le respect du terroir.

 

Ceci étant écrit, j’espère qu’on me fera crédit – François Morel, je le sais, ne m’en accorde aucun – de bien connaître les rapports de force qui existent dans notre viticulture, d’en cerner les contours, d’apprécier le poids spécifique des uns et des autres et d’être celui qui a cristallisé sur son analyse toutes les contradictions de ceux pour qui le terroir n’est qu’un fond de commerce commode mais sans réel contenu. Cette longue mais nécessaire mise au point étant faites j’en reviens à mon périple bourguignon qui m’amène aux confins sud de la Côte de Beaune, à Aluze,  au 9 rue des Roches Pendantes – j’aime trop pour me priver de le mentionner -  chez Alain & Isabelle HASARD. Nous sommes en Saône-et-Loire, à l’angle droit des vignobles de Rully et de Mercurey, en Côte Chalonnaise. B&D by Floch’ écrivent dans leur Guide 2008 : «  Alain Hasard est un « jeune » vigneron, puisqu'il n'est installé que depuis 1997. Faute de moyens au début, il s'est établi dans les méconnues Côtes du Couchois,  mais il se recentre depuis 2006 sur les Côtes Chalonnaises. Il travaille en biodynamie depuis 1999, et érafle ses rouges à 100%. »

 

« Voilà un vigneron qu'il faut suivre de tout près! » affirment nos 2 duettistes, dont l’un : Michel Bettane n’est pas toujours très tendre avec les bios, pour ma part j’ajouterais qu’Alain Hasard fait parti de ces hommes tranquilles aux fortes convictions mais qui ne vous les assène pas comme des vérités premières. Souriant, simple, précis, sans esbroufe il aborde son parcours d’ « étranger », ardennais, de famille génétiquement voyageuse, qui débute en  1997 dans le vignoble du Couchois qui écrit « l’Amateur de Cigares » de juin 2008 : «  est le plus mal connu et aimé de Bourgogne : il se situe dans un quartier vraiment perdu du nord de la Saône-et-Loire, à la limite de terres riches et grasses, faites pour les céréales ou la betterave. Alain Hasard s'y est installé, il y a une dizaine d'années, et a surpris le monde des amateurs par la vigueur et la netteté d'expression de ses vins rouges. Colorés, généreux, ils font regretter qu'il soit bien le seul dans le secteur à faire preuve d'idéalisme et de compétence » Dit comme ça, connaissant le peu d’appétence des gens du cru pour ceux qui viennent d’ailleurs et, qui plus est, ceux qui se permettent de faire autrement et de réussir, c’est-à-dire de vendre des bouteilles 20 euros, là où eux vendent en vrac au cours du tonneau, la vie des Hasard n’a pas du être simple tous les jours.

 

En écoutant Alain Hasard me décrire son approche peu interventionniste sur ses vignes, ses 6ha en fermage, je repensais au temps où je passais la décavaillonneuse dans les vignes du pépé Louis avec Nénette la jument un peu feignasse. Nous ne respections pas la nature mais nous faisions en sorte de l’amener à ce que la vigne produise les meilleures baies possibles. Nous faisions ce qu’il fallait faire sans plus. Et d’associer l’image de nos médecins modernes qui ne sont plus que des débiteurs d’ordonnances bourrées de médicaments.On bombarde au plus large sans se soucier des dégâts collatéraux. Bref,  nous étions comme monsieur Jourdain, nous étions bio sans le savoir ni le vouloir. Pour revenir à Alain Hasard, je crois que ce qui caractérise le mieux l’esprit de son travail c’est « en douceur ». Il observe ses îlots, une vingtaine, les travaille en fonction de leur profil, cherche les équilibres, personnalise ses gestes culturaux. Quel bonheur de l’entendre parler de son petit chenillard à guidon qui actionne les 2 moteurs, prototype d’un champenois, qui crabote, ménage les sols car il n’équivaut qu’au poids d’un homme de 80kg. Tri méticuleux effectué à la vigne par les vendangeurs, pour n’entrer qu’une vendange parfaitement mûre et saine. Fort de cette matière à haut potentiel qualitatif, les fermentations se déroulent selon le profil propre à chaque millésime, sans ajout ni manipulation. Des temps de cuvaison compris entre 6 et 10 jours permettent d’exprimer le meilleur du Pinot noir, finesse et d’élégance. Á noter, pour les rouges, l’utilisation d’un petit pressoir vertical manuel qui permet à Alain Hasard de travailler à sa main. Même précaution pour l’utilisation des fûts de chêne - chêne au grain fin en provenance de la forêt de Jupille dans la Sarthe – afin que laisser vivre les cuvées dans leur état nature.

 

Il ne nous restait plus, si je puis l’écrire, à constater les résultats du « principe de discrétion » en allant déguster les vins d’Alain&Isabelle Hasard. Je ne vais pas vous infliger mon point de vue car j’ai déjà été encore un peu longuet ce matin, mais je puis vous assurer que les vins sont élégants, raffinés, et à l’image de celui qui les a fait naître « en douceur » ils sont bien en phase avec leur terroir. Alain Hasard exporte 80% de ses vins si vous voulez y accéder allez le voir (cf. coordonnées ci-dessous) Nous avons aussi beaucoup discuté, Alain est un vigneron engagé à la Conf - salut Pascal - mais ça ne regarde que nous. Bien sûr quand le vin est bon et que la discussion roule, le temps ne compte pas et nous avons pris du retard avec notre horaire. Cap sur le nord de la Côte de Beaune pour d’autres aventures. Affaire à suivre…. pour une autre chronique sur mes riches heures en Bourgogne.

Nom du domaine

Les Champs de l'Abbaye

Adresse

9 rue des Roches Pendantes

Commune

Aluze carte

Département

Saône-et-Loire

Vigneron

Alain & Isabelle HASARD

Téléphone

03 85 45 59 32

Fax

03 85 45 59 32

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 14:42

Ce dimanche 16 novembre est celui de la 148ième Vente des Vins des Hospices de Beaune et comme toujours le centre historique est bouclé. Le temps est grisailleux, l’air humide, mais ça ne rebute pas les visiteurs qui arrivent en grappes J pour être de la fête. Moi je me hâte pour me rendre à la conférence de presse. Quel bonheur que de traverser la splendide cour pavée de l’Hôtel Dieu de Beaune bruissant de curieux avec en arrière-fond une fanfare qui joue bizarrement : « Téquila, téquila… » et d’arriver enfin dans l’imposante salle des Pôvres, inaugurée en 1542, aux dimensions majestueuses (46,30 m de long et 16 de haut), avec sa superbe  voûte en carène de navire. Elle abrite les couches des malades, toutes couvertes de rouge, et orientées vers la chapelle afin que les pensionnaires puissent suivre les offices dans les meilleures conditions possibles. C’est  un bijou d’architecture, comme l’ensemble, dû à Nicolas Rolin où tout y est « Plus beau, plus grand, l'Hôtel-Dieu de Beaune sera achevé en neuf ans, mobilisant les artistes les plus prestigieux du pays des Flandres, associés à ceux du vieux cœur de la Bourgogne. Loin d'être passive, la population prêta son concours à l'édification de ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique. »

Aujourd’hui, c’est une première pour Vin&Cie, je suis www.berthomeau.com sur mon badge d’accréditation. Sagement je vais prendre place sur une chaise dans les premiers rangs. Mon statut tout neuf de « journaliste » d’un nouveau type : bloggeur, m’incite à me contenter de prendre des notes. Pas de question, je laisse ce soin à mes collègues officiels même si sur le rapprochement entre la Bourgogne et le Beaujolais j’aurais aimé que l’on pousse les intervenants, qui ont affiché une belle unanimité unitaire, dans l’explicitation de l’intérêt d’une grande Bourgogne source permettant au fils putatif du vieux BGO de retrouver de l’ampleur. J’ai déjà écrit sur le sujet  « BGO : tempête sur les tonneaux… » Le 11 avril 2008 www.berthomeau.com/article-18610677.html  Mon ami François, en bon politique, lui, n’est pas très chaud mais, en vrai Bourguignon qu’il est, mes histoires de sourcing pour les produits d’entrée de gamme lui ont toujours paru n’être bonnes que pour les Languedociens. Et pourtant, le Chardonnay Grand Ardèche de Louis Latour a précédé de beaucoup de longueurs les vins de cépage du pays d’OC. Bonne transition car, de la Conférence de presse, je vais essentiellement retenir l’analyse de Louis-Fabrice Latour sur les perspectives du marché des vins de Bourgogne.

Louis-Fabrice Latour s’exprimait en tant que président des négociants-éleveurs de Bourgogne, et sur certains points un peu plus délicats, comme les perspectives de formation des prix à la propriété, comme il l’a souligné « à titre personnel ». Dans une vie antérieure ayant été négociant – à la SVF – il me reste quelques souvenirs des précautions oratoires qu’il faut prendre dans ce domaine hautement risqué, surtout dans une conjoncture internationale difficile, afin de ne pas être taxé d’être à l’origine d’un mouvement baissier qui ne dépendra en définitive que des anticipations ou de l’attentisme des distributeurs.

En incise de ses propos, LF Latour, rappelle qu’à la même époque l’an dernier, alors que tous les indicateurs étaient au vert, c’était face à une « Bourgogne euphorique et sûre d’elle-même » qu’il s’adressait. En 2008, jusqu’à la fin de juillet tout se passait plutôt bien : l’effet Pinot Noir jouait toujours, les bourguignons étaient bien vus de leurs distributeurs, des stocks bas à la propriété (10 mois de récolte : 1,3 Mhl) et même si quelques signes de ralentissement, normaux, eu égard à l’excellence des chiffres 2007 : - 9% en volume et -5% en valeur s’affichaient. « Un vent mauvais s’est mis à souffler fin août » et le décrochage a eu lieu en octobre : -20%. Un débat s’est instauré entre les 2 familles professionnelles pour tenter de savoir si ce sont les grands villages, les 1er crus et les grands crus qui seront le plus affectés par les effets de l’éclatement de la bulle financière, et de la récession de l’économie mondiale, ou le repli de la consommation va-t-il toucher d’abord les régionales et les petits villages ? Il n’est pas tranché. LF Latour rappelle que pour l’heure la campagne d’achat à la propriété n’ayant pas commencé on ne peut répondre à la question : « est-ce que les prix vont baisser ? » Il se déclare inquiet mais pas pessimiste. Pour lui, par rapport à la crise très dure de 1991, la Bourgogne est mieux armée car ses fondamentaux sont bons. Les ventes de Noël tiendront leur rang. Le premier trimestre 2009 sera difficile. L’examen des 3 grands marchés de la Bourgogne est à ce titre instructif.

Pour LF Latour le marché le plus préoccupant est celui de la Grande-Bretagne, premier marché en valeur et en volume de la Bourgogne (31% des exportations) : repli des expéditions sur les 7 premiers mois de -11,5% en volume, -7,5% en valeur, très touchée par les conséquences de l’éclatement de la bulle financière (La City) devrait terminer l’année sur un -20% en valeur. Le décrochage de la £ (taux de change euro/£ pénalisant depuis fin 2007) va rendre difficile les ajustements tarifaires : Chablis vient d’en faire la cruelle expérience.   

Pour le marché des USA, 2d marché en volume et en valeur, LF Latour est plus confiant. Le dollar se raffermit par rapport à l’euro. La consommation domestique même si elle ralentit continue de croître : +1,5% ce qui va faire franchir la vente des vins au détail la barre des 25 milliards de $ et de battre le record absolu en volume : 306 millions de caisse achetées. Les Usa, en 2008, deviennent le 2d marché mondial de vin, devançant l’Italie, en volume écoulés et les marges de progression sont encore importantes : 17% des consommateurs US réguliers consomment 97% du total consommé. En 2007 les exportations de la Bourgogne  ont à ce jour diminuées de 20% en volume mais sont restées stables en valeur (hausse du prix moyen de 5%). LF Latour souligne que cette diminution ne correspond pas à une baisse de la même ampleur sur le terrain mais au fait que les importateurs ont préféré depuis début 2008 puiser dans leurs stocks en attendant la remontée du dollar face à l’euro. Donc optimisme mesuré.

Le marché domestique, la France : 49% des ventes de Bourgogne, se tient. Les ventes en GD repartent à la hausse en 2008, elles dépassent 34 millions de cols, +2,4% en volume dans un contexte difficile : -1,5% sur le ventes d’AOC tranquilles. Les foires aux vins de septembre ont moins bien marché. La restauration vit une période difficile liée à l’inquiétude des Français par rapport à l’évolution du niveau de vie. C’est un segment important pour la Bourgogne qui est présente sur 88% des cartes des restaurants se déclarant gastronomiques. Les évolutions sont contrastées : le haut de gamme garde son statut. Donc en 2008 pas de recul très net. Les perspectives 2009 pourraient prolonger les tendances observées.

 Avant de dire un mot sur la Vente, un petit mot important (c’est moi qui le souligne) LF Latour déclare avec un plaisir non dissimulé que dans cette période difficile « la Bourgogne tient son rang. ». Pour cet après-midi, il souhaite « un atterrissage en douceur » après les +38% sur les rouges et les -6% sur les blancs en 2007. Et d’évoquer le ratio cours des vins des Hospices/cours des vins à la propriété, sur 10 ans calculé par la FNEB : 2,8. Et de souligner que 9 fois sur 10 il y a corrélation entre l’évolution des prix de la Vente et celle des prix à la propriété. Tout est dit. Je referme mon calepin. J’ai été sage comme une image.

Pour plus d’informations je vous signale l’excellent dossier de presse du BIVB sur les données économiques de la Bourgogne que vous pouvez vous procurer auprès de Cécile Mathiaud : cecile.mathiaud@bivb.com

à bientôt chers lecteurs pour une prochaine chronique sur la Vente des vins des Hospices elle-même...

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 00:06

 

 


 

Comme vous devez vous en doutez, chers lecteurs, j’ai un goût immodéré pour les gens qui décoiffent, ceux qui bousculent l’establishment, taillent leur route sans trop se soucier des codes en vigueur. Stéphane Derenoncourt est de ceux là et je suis d’autant plus heureux de l’accueillir que le seul des œnologues sollicités pour répondre à mes 3 mêmes Questions, qui n’ait même pas daigné accuser réception, est le Président de l’Union Nationale des Œnologues, Thierry Gasco – c’est la première fois que cela m’arrive.

 

Comme c’est très tendance Stéphane Derenoncourt est un chti qui descend à Bordeaux au début des années 80 pour « entrer » en viticulture. J’emploie à dessein ce verbe car cet autodidacte avoue que « le vin entre dans sa vie par nécessité et par passion ». Ses expériences sur diverses appellations l’amènent à s’intéresser de plus en plus au concept de « terroir » »,il s’inspire du modèle Bourguignon, et se base sur la minéralité et la fraîcheur pour développer ses propres méthodes de travail, plus intuitives et moins systématiques. L’observation et la dégustation des baies, du jus et du vin sous-tendent sa philosophie.

 

En 1999, avec son épouse Christine, Stéphane Derenoncourt acquiert une propriété située en Côtes de Castillon, Le Domaine de l’A. Vigneron et consultant, il intervient aujourd’hui dans une soixantaine de domaines où il propose une démarche globale allant de la vigne au vin. Stéphane Derenoncourt définit son travail « comme étant la recherche de l’expression optimale du terroir. L’enjeu, au travers des méthodes proposées, étant de favoriser l’exploration du sol par les racines afin de l’imprimer dans le fruit. » Il ajoute que « face au terroir, plus l'homme se fait discret, meilleur est le vin » et il met un point d'honneur à ne pas “signer” ses vins. Son but est d’élaborer des vins singuliers, frais, sensuels, des vins de soif comme il se plait  à le dire. Comment voulez-vous, après une telle profession de foi, que je ne sois pas très heureux de l’accueillir sur mon espace de liberté.


Question N°1
 : Supposons que je sois un jeune bachelier passionné par le vin. Je cherche ma voie Sur le site du CIDJ je lis « L’œnologue, grâce à ses connaissances scientifiques et techniques, accompagne et supervise l’élaboration des vins et des produits dérivés du raisin. Sa principale activité concerne la vinification. Il conseille les viticulteurs dans le choix des cépages et la plantation des vignes. Il surveille les fermentations en cave, le traitement des vins et leur conditionnement. Il effectue des analyses et procède à des recherches technologiques visant à l’amélioration des cépages. L’œnologue peut également être chargé de la distillation ou fabrication des alcools à partir des marcs de raisins. Enfin, connaisseur et expert en dégustation, il participe à la commercialisation des vins en France et à l’étranger. En raison de la concurrence rencontrée désormais par la production française de vin sur le marché mondial, l’œnologue remplit une fonction stratégique pour le maintien ou l’amélioration de la qualité des produits de la viticulture française. »

 

 

Présenteriez-vous ainsi votre métier à une jeune pousse Stéphane Derenoncourt?

 

Réponse de Stéphane Derenoncourt : Je ne suis pas le mieux placé pour juger de cette définition, n’étant moi-même pas œnologue. En revanche, pour en avoir recruté et embauché quelques uns, je connais à peu près le niveau technique du jeune diplômé. Cette définition fait rêver, certes, mais elle est très loin de la réalité. Pour exemple, les étudiants doivent passer en tout et pour tout une à deux journée dans les vignes. En faire des experts relève de l’exploit. Je vous encouragerai donc à nourrir votre passion par vos propres moyens, en allant sur le terrain et en rencontrant des producteurs, pas forcément œnologues, et donc avec souvent plus de spiritualité et de sensibilité que ne l’offre la formation purement scientifique.

 

Question N°2 : « Monsieur Seignelet, qui avait assis Bertrand face à lui, donnait à mi voix des leçons d’œnologie, récitait des châteaux, des climats, des millésimes, émettait des jugements, prononçait du vocabulaire : puis il voulut enseigner à son fils aîné le rite grave de la dégustation. » Tony Duvert « L’île Atlantique » éditions de Minuit 2005. Dans le fameux manga « Les Gouttes de Dieu » «  Le héros est présenté comme œnologue alors que manifestement c’est plutôt un œnophile doué et cultivé.

 

Quel est votre sentiment sur ce glissement sémantique Stéphane Derenoncourt ?

 

Réponse de Stéphane Derenoncourt :  Mr Seignelet devrait se méfier afin de ne pas tomber sous les feux de l’union des œnologues. Cela me rappelle farouchement mes débuts. Souvent les critiques de vin ou journalistes me présentaient comme l’œnologue montant. L’union des œnologues s’est donc occupée durant plusieurs mois, de tenir à jour mon dossier de presse accompagné de menace de procès pour avoir usurpé le titre d’œnologue. C’est à partir de ce jour que j’ai décidé d’ajouter sur ma carte de visite la mention ‘’surtout pas œnologue’’. Ils ont finalement bien du mal à défendre leur profession (la défendre de quoi ?). Il est clair qu’on a besoin d’un médecin, et d’un vrai, pour soigner une maladie. Il est tout aussi clair qu’on peut faire du vin sans œnologue.

 

Question N°3 : Moi qui ne suis qu’un pur amateur aussi bien pour le vin, que pour la musique ou la peinture je place ma confiance non dans les critiques mais plutôt dans ma perception au travers de l’œuvre du génie du compositeur ou du peintre. Pour le vin l’affaire est plus complexe entre l’origine, le terroir, le vigneron, le vinificateur, le concepteur du vin, l’exécution est à plusieurs mains. La mise en avant de l’œnologue, une certaine starification, correspondant par ailleurs avec l’esprit du temps, à une forme de marketing du vin, ne risque-t-elle pas de nous priver d’une forme de référence objective, celle de l’homme de l’art, nous aidant à mieux comprendre l’esprit d’un vin ?

 

Réponse de Stéphane Derenoncourt : Bien que très médiatique, la starification des œnologues ou consultants de tous poils reste anecdotique. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Dans le microcosme, la polémique est bien souvent entretenue par ceux qui ne trouvent pas la gloire espérée à travers la qualité des vins qu’ils conseillent ou produisent. Leur frustration les amène à créer des clans, à s’exprimer au moyen des outils modernes, blog ou internet, pour exister. Le monde du vin, et surtout du grand vin, est mystérieux et attire beaucoup les nombrilistes. Mes échanges avec les stars de l’œnologie m’ont souvent laissé penser que leur réussite personnelle tenait d’avantage du chemin philosophique parcouru que de leur connaissance en œnologie.

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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 00:00

Dans ce haut lieu de la transmission du patrimoine, le terme même de patrimoine, cette accumulation de biens, les terres, les immeubles, les meubles, les bijoux, les actions, les bons du Trésor ou de l'emprunt Pinay qui prolongeait de quelques jours la vie légale de certains morts insoucieux de leur succession, qui se transmet de génération en génération, socle dur et invisible de toutes les inégalités, ne faisait pas parti de mon patrimoine culturel. Avoir du bien, comme le disait mémé Marie, outre que ce fusse la source de beaucoup les discordes familiales, n’avait jamais préoccupé mes parents et, leur côté ni ne sèment ni ne moissonnent m’avait façonné. L’instinct de propriété m’était étranger. Comme eux j’étais très oiseau du ciel. Hériter me semblai, comme au sémillant JJSS, une incongruité. Le clerc entama la lecture de l’acte de sa voix minaudante. Langage abscond, formules alambiquées qui me passaient au-dessus de la tête. Chloé, elle, souriait. De toute évidence, bien plus fine mouche que moi, elle comprenait que le père de Marie voulait lier solidement à Marie en faisant de moi le bénéficiaire de ce qui aurait été sa part d’héritage alors que moi, la monstruosité des sommes annoncées me laissait de marbre. J’étais ailleurs. Indifférent. Tout ça m'effleurait à peine et c’était mieux ainsi. À chaque interrogation de Me Dieulefit je répondais par l’affirmative. Tout ce qui m’importait dans cette affaire c’est que je me retrouvais légataire d’une part de Marie dont j’ignorais tout. C’était comme si, par le biais du geste de son père, elle me prenait en otage. M’arrimait à nouveau à elle sans aucun espoir de libération. À mon corps défendant je me retrouvais à la tête d’une petite fortune dont je ne saurais que faire mais que j’allais devoir préserver. Je n’avais pas le choix. Si notre histoire commune n’avait pas été brisée cet argent, ces biens nous seraient tombés dessus, nous en aurions profités, nous aurions peut-être changés ou, sait-on jamais, cela nous aurait peut-être opposés. Peu m’importait, je me fichais pas mal d’être riche, un jour ou l’autre, lorsque j’en aurais fini avec ma plongée dans les entrailles de la société, viendrait le temps de trouver une destination à tout ça. Pour l’heure, je me contentais d’apposer ma signature ou mes initiales au bas de liasses de documents qui semblaient prêt pour l'éternité des notaires.

 

Avant d’entamer la narration de cette tranche de vie calée sur le septennat écourté du président Pompe je vous dois une petite explication afin que vous ne vous perdiez pas dans les méandres de mon récit quelque peu erratique. Au tout début de mon étrange parcours de taupe, commencé sur les chaînes de Citroën, comme vous avez pu le constater, je m’en remettais à l’improvisation. Le tout et n’importe quoi présidait à mon action. Je frisais le nihilisme. L’irruption du père de Marie dans ma vie de patachon, mon installation et ma nouvelle aisance matérielle, ajoutées au sens aigüe de Chloé pour l’organisation, me transformèrent en quasi-chef d’entreprise. Cette reconversion collaient bien à l’esprit de l’ère Pompidou : "les affaires sont les affaires", l’immobilier surtout, et avoir pignon sur rue, dans un beau quartier, fluidifiait la valse des terrains et des permis de construire. Le jour, en semaine, je me vautrais dans les SCPI, fréquentais des margoulins de tout acabit, déjeunais chez Ledoyen, graissais la patte de manieurs de tampons, finançais quelques élus influents. Pour les besoins de la cause je m’étais affublé d’un patronyme à rallonge fleurant bon le terroir de mes origines : de la Mouzinière. Afin de ne pas tomber dans les pattes sales de mes chers collègues des RG mes activités diurnes restaient discrètes et, étant donné mon appartenance à la cellule « Mouvements Révolutionnaires » de l’ambitieux Bertrand Guide, je veillais à dresser des contre-feux. Dans les affaires de l’ombre le cloisonnement absolu entre les activités est la première des sécurités. Pour compléter mes protections je m’habillais chez Arnys, me chaussais chez John Lobb et portais de fine lunettes cerclées d’écaille. Le soir, changement de décor, je retrouvais ma défroque de révolté pour fréquenter mes amis de la GP. Ma très chère Chloé me facilitait le boulot et la vieille enflure de Gustave m’évitait d’aller trop loin dans les délires de mes révolutionnaires d’opérette. Enfin, les week-ends, et certains soirs, je m’infiltrais joyeusement dans les méandres du SAC. Moi qui adore tenir tout sous contrôle je me régalais de gérer un tel embrouillamini.

 

Les chaînes de Javel s’estompaient. Ma petite entreprise prospérait. Alors, me direz-vous, pourquoi ce parcours sans faute vous a-t-il conduit à Sainte Anne – qui était alors un hôpital psychiatrique fermé – dans le 14eme arrondissement de Paris, presqu’en face de la prison de la Santé ? En une réponse volontairement lapidaire je vous répondrai que je m’y suis réfugié, grâce à de hautes complicités, afin d’échapper à un séjour plus déplaisant dans la maison d’en face. Le nouveau Ministre de l’Intérieur, du nouveau Président de la République élu grâce à la trahison de Chirac, Michel Poniatowski, s’était mis en tête, pour déstabiliser la toute puissance de l’UDR – l’ex UNR rebaptisée, suite à la grande manif de défense de la République des Champs Elysées et qui allait de nouveau changer d’appellation pour servir les intérêts du félon qui démissionnerait avec fracas en 1976 avant de prendre d’assaut et de gagner la mairie de Paris – de traquer « les copains et les coquins » c’est-à-dire le terreau de mes activités, alors j’ai préféré opérer une retraite en bon ordre plutôt que de me retrouver pris dans la spirale des trahisons. Ce séjour à Sainte Anne fut pour moi un grand blanc, une retraite au cours de laquelle, simple jardinier, j’ai beaucoup lu et couvert, des petits carnets et des cahiers d’écoliers, d’une écriture soigneuse et précise. Ce sont eux qui sont empilés près de moi sur la belle terrasse, face à la mer et qui vont me servir à tenter de vous faire revivre ce bout de vie, trépidant et jouissif, qui se cale dans ce qui ne fut qu’un quinquennat, le mandat écourté de Georges Pompidou, qui lui-même avait commencé sur le congédiement peu glorieux du fondateur de 5ième République grâce à l'alliance contre nature de tous les conservatismes.      

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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 00:02

Ceci est un nouveau produit de Vin&Cie. Pour le titre, dont vous apprécierez, je l'espère, l'humour torride, merci de bien vouloir rapprocher l'appellation de vinomane impénitent plutôt de celle du mélomane que du pétomane...

Pourquoi diable revendiquer cette appelllation ? Tout simplement parce qu'il est deux lieux d’où je ne ressors que très rarement les mains vides : une librairie et, pour l’autre magasin, je m’aperçois qu’aucun mot équivalent n’existe pour le vin : on ne dit pas je vais à la « vinerie » - qui serait la francisation de winerie – mais chez un caviste, comme si ce lieu de vente, d’origine récente – le vin se consommait à la taverne pour le peuple, lorsqu’il était bouché on le livrait depuis la propriété ou le négoce de place chez les particuliers, Nicolas est fondé en 1822 – n’avait pas su générer une dénomination précise. La cave pouvant, en effet, désigner aussi le chai du producteur, le lieu de stockage au domicile. Bref, même si ce non dit veut dire quelque chose dans notre inconscient collectif, moi j’adore en ces lieux rousiner – flâner sans but précis – découvrir, tripoter, acheter à l’instinct. Même si ça chagrine ceux dont la profession est de conseiller c’est ainsi que j’ai fait mes plus belles découvertes : par exemple, dès sa parution, en 1999, aux éditions Autrement j’ai acheté « Inconnu à cette adresse » de Kressmann Taylor. « Avec une économie extrême, sans complaisance, sans littérature, ces pages abruptes et frémissantes atteignent à la grandeur des œuvres qui ne nous parlent de rien d’autre que de vérité humaine. » Il s’agit de l’histoire de deux amis : Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain qui, depuis des années, sont associés à San Francisco dans une affaire prospère de commerce de tableaux, "La galerie Schulse-Eisenstein", lorsque Martin, au début des années 30, décide de retourner dans son pays. La correspondance entre les deux amis commence le 12 novembre 1932 et s’achèvera le 3 mars 1934. À lire absolument ! Bouleversant.

Pour le vin c’est un peu pareil, sauf que la dimension des boutiques des cavistes n’est pas propice à la flânerie et que beaucoup de ces messieurs, y'a peu de femmes, ont la fâcheuse tendance de vous tomber sur le râble pour tester vos connaissances et vous fourguer leurs découvertes où tout est petit sauf le prix. Les libraires sont plus cools, et eux, ils ne vous toisent pas comme un analphabète si vous vous contentez d'acheter un polard. Alors, pour le vin je rousine essentiellement chez Lavinia et à la Grande Epicerie du Bon Marché car on m’y lâche les baskets. Autre différence d’importance : le poids des acquisitions. En conséquence je ramène toujours plus de livres que de bouteilles mais comme je lis plus que je ne bois, ce qui est heureux car sinon, étant donné que je lis sans modération, je me Chabalieriserais et je ne pourrais ainsi plus lire. Bref, mon nouveau produit, « je suis sous... le niveau de la bonde : notes d’un vinomane impénitent», dont j’espère vous appréciez déjà la somme de sous-entendus qu’il recèle, vous livrera, comme ça, sans emballage particulier, pêle-mêle, mes découvertes, mes pépites, des petits trucs de rien du tout mais qui avec le temps deviennent parfois le miel des faiseurs d’opinion.

Aujourd’hui, deux « découvertes » : le zéro drag et l’effet Veblen ou effet de snobisme. Croyez-moi, je ne m’éloigne pas beaucoup de nos préoccupations habituelles de gens du vin.

« Depuis 1997, une nouvelle expression – «  zéro drag » – s’est mise à circuler dans la Silicon Valley, le cœur de la révolution informatique en Amérique. Au départ, cette expression désignait le mouvement dénué de frottements d’un objet physique, telle une planche à roulettes ou une bicyclette. Par la suite, on l’ a appliqué aux employés qui, indifférents aux incitations financières, passaient facilement d’un emploi à l’autre. Plus récemment encore elle a endossé le sens de « sans attaches » ou « sans obligations ». Ainsi dira-t-on qu’un employé est « zéro drag » lorsqu’il est prêt à accepter n’importe quelle attribution supplémentaire, à répondre aux appels d’urgence ou à se faire muter à tout moment. »

« L’employé idéal serait une personne dépourvues de liens, d’engagements ou d’attachements sentimentaux antérieurs, et désireuse d’en éviter de futurs ; une personne prête à accepter la première tâche venue, préparée pour réajuster et redéfinir instantanément ses propres penchants, acceptant ce faisant de nouvelles priorités et abandonnant sans délai les précédentes ; une personne habituée à un environnement dans lequel il est mal venu et imprudent de « s’habituer » - à un emploi, un talent ou une façon de faire ; une personne, surtout, qui quittera l’entreprise lorsque celle-ci n’aura plus besoin d’elle, sans se plaindre ni porter l’affaire devant les tribunaux. Une personne, enfin, pour qui les perspectives à long terme, les plans de carrière gravés dans le marbre et tout type de stabilité sont encore plus effrayants et rebutants que leur absence »

Zygmut Bauman « S’acheter une vie » aux éditions Actes Sud (l’auteur, comme son nom ne l’indique pas car il est d’origine polonaise, est anglais)

L’actualité met en question la rémunération, et surtout sa disjonction d’avec la performance, des dirigeants de grandes entreprises multinationales. Le fameux pouvoir régulateur du marché de l’emploi de ces managers ne semble pas vraiment fonctionner. Pierre-Yves Gomez, directeur de L’Institut Français de gouvernement des entreprises www.ifge-online.eu  apporte une réponse originale dans Le Monde de lundi. C’est l’effet Veblen ou « effet de snobisme »

« Un argument semble avoir été négligé dans ces raisonnements : la plupart des investisseurs financiers n’ont aucune idée du fonctionnement interne des grandes entreprises cotées. Pour eux, les dirigeants les incarnent et garantissent les profits futurs. Mais les investisseurs sont incapables d’établir le lien exact entre le travail du dirigeant et la rémunération juste pour le récompenser. Dans ces conditions, un effet économique décrit dès 1899 par Thorstein Vebben dans Théorie de la classe de loisir, pourrait tout expliquer : lorsqu’on ne peut pas établir la valeur pratique d’un bien, on préfère bizarrement le payer cher, parce que le prix élevé rassure sur son usage. On se dit que si tout le monde est prêt à le payer cher, c’est qu’il doit être important de le posséder. C’est l’effet Veblen, appelé aussi « effet de snobisme », explique que certains biens comme les produits de luxe, ont des prix démesurés par rapport à l’usage pratique. Leur prix élevé joue comme une assurance de leur valeur.

Ce raisonnement peut s’appliquer à la rémunération des dirigeants. Incapables de connaître sa valeur d’usage réelle, les actionnaires préfèrent un dirigeant qui gagne beaucoup à un dirigeant qui gagne peu. Le salaire du premier les rassure quand à ses éventuels talents : il est très bien payé, donc il est sans doute très compétent, pensent-ils. Le second leur paraît suspect : s’il est mal rémunéré c’est que le « marché » n’en veut pas, parce qu’il n’est pas assez doué. Une logique de sur-rémunération des dirigeants est ainsi mise en place par les actionnaires eux-mêmes. À la limite, ils en arrivent à se flatter de recruter les dirigeants les mieux payés du monde, donc supposés être les meilleurs. »

Ainsi va le monde…

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