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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 06:00
Les mauvaises langues à Bordeaux prétendaient que sous le prestige de mouton se planquait de la bibine, un bordeaux très courant : le mouton-cadet
Les mauvaises langues à Bordeaux prétendaient que sous le prestige de mouton se planquait de la bibine, un bordeaux très courant : le mouton-cadet

C’est Antonin, le barde post-moderne du vin nu, qui va être content, sa tête de turc favorite : le mouton-cadet, depuis sa création, est l’objet des railleries des seigneurs des Chartrons. Pensez-donc du vin de négoce, du Bordeaux ordinaire, érigé en second vin ou presque !

 

EN DATES

 

1930 Création de la marque Mouton Cadet

 

1932 Premières ventes sur Paris

 

1950 Début de son expansion à l'international

 

1988 Décès du baron Philippe de Rothschild. Sa fille, Philippine de Rothschild (photo), prend sa succession

 

Mouton Cadet ?

 

« C'est un peu l'histoire de la tarte Tatin. Un millésime raté dans le Médoc, celui de 1930. Si raté que le baron Philippe de Rothschild décide de ne pas commercialiser son prestigieux Mouton Rothschild, premier grand cru de Pauillac, cette année-là. Cependant, sans être un vin d'exception, il est tout à fait correct. Alors, en fin commerçant, le baron l'écoule sous un autre nom, Mouton Cadet. Pour une raison amusante : Philippe est le cadet de sa famille.

 

Dès la première cuvée, c'est un succès : les restaurateurs parisiens en redemandent tant et si bien que le baron achète, les années suivantes, du raisin à tout le vignoble bordelais. Cela après avoir peaufiné le « concept » : Mouton Cadet sera un bordeaux de qualité constante, sans effet millésime marqué. Las, la Seconde Guerre mondiale stoppe net l'essor de cette marque prometteuse. Les ventes ne repartiront qu'en 1947... Pour une expansion à l'international. D'abord au Royaume-Uni, puis aux États-Unis, en Allemagne, en Chine et au Japon, avec même un bureau à Tokyo. Mouton Cadet devient rapidement la première marque de bordeaux vendue dans le monde entier : 3 millions de cols en 1975, 12 millions en 2013. » 

                                                      

« En 1988, le baron Philippe de Rothschild décède. Sa fille, la baronne Philippine de Rothschild, avait, depuis quelques années, délaissé sa carrière d'actrice de théâtre pour reprendre les rênes de la société Baron Philippe de Rothschild SA et poursuivre l'oeuvre de son père.

 

Elle entreprend également d'élargir la gamme Mouton Cadet. Avec un blanc, un rosé (en 2004), toujours dans l'appellation bordeaux, mais aussi avec des vins de garde - des appellations médoc, graves, saint-émilion, sauternes - commercialisés sous la marque Mouton Cadet Réserve.

 

Avec ses équipes, Philippine de Rothschild initie, début 90, toute une démarche d'amélioration des approvisionnements. Ainsi, les œnologues conseillent une dizaine de viticulteurs exclusifs pour Mouton Cadet rouge, depuis la conduite de la vigne jusqu'à la détermination de la date de récolte. Un travail utile pour faire évoluer le style du nectar. Car, au début du XXIe siècle, les consommateurs délaissent peu à peu les vins trop boisés pour des vins « sur le fruit ». Ainsi, l'assemblage de la version rouge de ce cru est redéfini : plus de merlot (de 55 à 65%), moins de cabernet-sauvignon (de 30 à 20%), mais autant de cabernet franc (15%). Cela pour un vin moderne, facile à boire. Aussi bien par un Français que par un Américain ou un Japonais. »

 

Ce n’est pas moi qui l’écrit mais la revue LSA à sa manière inimitable.

 

Mais revenons à ce que le baron répondait en 1977 à Harris et Sédouy lorsqu’ils lui  posaient la question :

 

  • Revenons à cette histoire de marketing, donc de présentation, qui  est essentielle : on vous reproche d’en avoir abusé et de vendre, grâce à votre étiquette, du vin courant bien plus cher qu’en coopérative ?

 

  • Cela n’a pas beaucoup d’effets. On a vendu plus de 5 Millions de cols (on ne compte plus en bouteilles, parce qu’on ne compte pas les différences de taille entre bouteilles)

 

  • Dans une affaire comme la vôtre, quel est le pourcentage du vin de la marque par rapport à l’ensemble du vin que vous vendez ?

 

  • En ce moment, avec mes trois propriétés, nous faisons une moyenne  de 700 000 bouteilles, et nous en vendons 6 millions. C’est un rapport de 1 à 10. C’est peut-être un petit plus ou un petit moins selon les années. À mon avis, dans sept ans, si je suis encore en vie, ces 10% seront tombés à 6 ou 5, parce que la propriété va continuer son expansion.

 

  • C’est le passage au stade industriel qui permet de maintenir un grand cru ?

 

  • Absolument, et c’est le problème de Margaux. Ces Ginestet ont voulu m’imiter, mais ils n’ont ni le nom, ni la réputation, ni l’imagination, ni la qualité de l’étiquette. Vous comprenez, c’est un ensemble, ici. Ils se trouvent en faillite totale, avec des dettes colossales, de l’ordre de 5 milliards ! L’exemple est donné par Mouton-Rothschild ; je suis certain que si je n’avais que Mouton-Rothschild, aujourd’hui je le vendrais, à moins que j’aie assez d’argent pour continuer à en faire un objet de luxe, comme c’était le cas avant 1940. Car ce n’était qu’un objet de luxe pour ma famille, c’était l’œillet à la boutonnière… C’était avoir son vin à soi, une élégance, un petit prestige : un objet de luxe, comme un yacht, une chasse à courre, un hôtel particulier à Paris, une collection de tableaux. Si j’avais eu les moyens de continuer, je l’aurais peut-être gardé, mais s’il m’avait fallu vivre sur Mouton-Rothschild, j’aurais vendu !

 

  • Est-ce qu’un produit de luxe comme Mouton n’est pas antinomique avec la société de demain ?

 

  • Vous me demandez d’être prophète. Nul ne l’est, pas même s’il est juif !

 

Étonnant, non !

 

Mouton Cadet réveille le marché du bordeaux

 

MARIE-JOSÉE COUGARD                                        le 14/02 /2018

 

Mouton Cadet a augmenté son chiffre d'affaires de 10,6 % en 2017 sur un marché du bordeaux générique en déclin (-1 %).

 

ICI 

 

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 06:00
Chronique d’un patient ordinaire de l’hôpital Cochin à l’attention de madame Buzyn.

Ce samedi post chute, bardé de tuyaux divers, surveillé par des petites machines qui affichent des chiffres, s’affolent, couinent, allongé sur mon grabat hospitalier, je suis réduit à n’être plus qu’un patient entre les mains expertes d’une petite armée de blouses blanches.

 

Malade : (celui, celle) qui subit ou va subir un examen médical ou une opération chirurgicale.

 

« L'opération faite, l'interne de service (...) jetant un coup d'oeil sur ce qui reste et sur ce qui a été retranché au patient, dit: «Quel est le morceau qu'il faut reporter au lit?» (Goncourt, Journal, 1882, p.180).

 

Je ne suis pas malade, je suis un accidenté si mon vieux corps réagit bien je me remettrai assez vite sur pied.

 

Avant d’aller plus avant quelques mots sur l’hôpital Cochin où je séjournais en une villégiature contrainte.

 

L’hôpital Cochin est un hôpital de l’AP-HP situé à Paris dans le 14ème arrondissement. Hôpital de proximité et de spécialités situé dans le 14e arrondissement de Paris, l’hôpital Cochin exerce des missions de soin, d’enseignement et de recherche. Il se compose de 3 sites : Cochin et Port-Royal dans le 14e et Tarnier dans le 6e.

 

Rattaché à l’Université Paris Descartes, l’hôpital Cochin est notamment doté d’un service d’accueil des urgences adultes, d’une maternité de type III (Port-Royal) et dispose de services de référence tant au plan régional que national structuré autour de 7 axes : cancérologie ; gériatrie ; maladies de système-maladies auto-immunes-diabète ; ophtalmologie ; ostéo-articulaire ; périnatalogie-périconceptologie et thorax.

 

Il accueille depuis juillet 2017 l’OphtalmoPôle de Paris, nouveau centre spécialisé de l’AP-HP dans les maladies et la chirurgie des yeux et les urgences ophtalmologiques.

 

Près de 5 000 professionnels y travaillent. Il constitue avec les hôpitaux Broca (Paris 14ème) et Hôtel-Dieu (Paris, 4ème) le groupe « Hôpitaux universitaires Paris Centre » de l’AP-HP.

 

HÔPITAL COCHIN

Pneumologie Chef de service : Pr Daniel DUSSER

 

Créé en 1780 par Jean-Denis Cochin (1726-1783), curé de la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, l’hospice Jacques était à l’origine destiné aux pauvres et aux ouvriers du quartier. Le curé Cochin avait alors fait construire un petit établissement d’une quarantaine de lits, grâce à sa fortune personnelle et à la charité de ses paroissiens. Il ne cessera de s’agrandir au cours du XIXe siècle. En 1784, après la fermeture du noviciat de Capucins, la partie de l'établissement située à l'angle de la rue des Capucins (devenue boulevard de Port-Royal) et de la rue du Faubourg-Saint-Jacques est utilisé comme hôpital pour les adultes atteints de maladies vénériennes sous le nom d'hôpital des Capucins puis d'hôpital du Midi en raison de sa situation dans le sud de Paris.

 

Les deux établissements fusionnent en 1902 avec leur voisin, l'hôpital Ricord, établissement pour vénériens créé en 1792, puis annexent successivement la maternité Port-Royal créée en 1795, la clinique Baudelocque créée en 1890 et l'hôpital Tarnier inauguré en 18811. Les bâtiments sont reconstruits entre 1908 et 1926 pour donner naissance à l’hôpital actuel, caractérisé par son modèle pavillonnaire en briques.

 

Depuis les années 1990, l'hôpital Cochin est associé à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul au sein du groupe hospitalier Cochin –

 

L’hôpital Cochin est classé 8e dans le classement du Point PNEUMOLOGIE

 

Les meilleurs hôpitaux

 

Classement sur 747 établissements pratiquant la pneumologie. CHU : centre hospitalier universitaire. CHR : centre hospitalier régional. CH : centre hospitalier. Consultation antitabac : existence () ou non () dune consultation antitabac sur place. Centre de référence pour la mucoviscidose : centres agréés pour la prise en charge de cette maladie () ou non (). Chirurgie du poumon : existence () ou non () dun service de chirurgie thoracique sur place. Activité : nombre d’hospitalisations réalisées dans l’année. Ambulatoire : nombre de malades pris en charge en ambulatoire.

 

Notoriété : pourcentage de malades hospitalisés dans l’établissement, mais domiciliés dans un autre département.

 

Sans faire une fixation sur mon prénom vous admettrez tout de même qu'il est fort présent, photo-titre et ce qui suit.

 

 «L’Appel de Cochin » est un texte publié  en décembre 1978 par Jacques Chirac, à l’époque ancien Premier et président du RPR.

 

Ce texte fut écrit par ses deux conseillers de l’époque, Pierre Juillet et Marie-France Garaud à droite.  S’inscrivant dans la perspective de la campagne du RPR pour les premières élections au suffrage universel du Parlement européen, qui eut lieu, en France, le 10 juin 1979, ce texte historique dénonçait notamment le « parti de l’étranger », c’est-à-dire l’UDF créé le 1er février 1978 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République.

 

LIRE le texte plus bas

 

Revenons à ma chambrette du service des soins intensifs de pneumologie : j’y suis entouré, on me parle, on me réconforte, dans le coaltar où je suis ça me fait du bien.

 

Très vite je sens que mon épaule droite, puis mon visage, puis mes yeux  gonflent, on me rassure ce n’est que de l’air échappé de mon poumon. Je ne puis me contempler je me sens bibendum.

 

Ça se nomme œdème, n’ayant en ce lieu aucun souci esthétique je prends avec philosophie ce désagrément, je vois trouble.

 

Les deux jeunes infirmiers qui s’occupent de mon confort, je suis dépendant, plaisantent avec moi, la patiente d’à côté profère des injures, les appelle, « c’est vous qu’elle appelle, vous l’avez séduit. »

 

Je souris.

 

Plus beaucoup de souvenirs de ce premier jour, la cortisone me fait planer et la perfusion me nourrit.

 

Le dimanche après-midi je suis transféré à l’étage dans le service des soins continu. Le lit est un champ de labour mais on me promet un nouveau matelas antiescarres à air dynamique pour le lendemain.

 

Pendant que j’écris cette chronique sur face de bouc ma chronique du jour éveille la compassion de mes amis...

 

À suivre…

 

 

Que disait l’appel de Cochin ? :

 

« Le président de la République [Nota : Valéry Giscard d’Estaing] reconnaissait, à juste raison, dans une conférence de presse récente, qu’une Europe fédérale ne manquerait pas d’être dominée par les intérêts américains. C’est dire que les votes de majorité, au sein des institutions européennes, en paralysant la volonté de la France, ne serviront ni les intérêts français, bien entendu, ni les intérêts européens. En d’autres termes, les votes des 81 représentants français pèseront bien peu à l’encontre des 329 représentants de pays eux-mêmes excessivement sensibles aux influences d’outre-Atlantique.

 

 

[…]

Il est de fait que cette Communauté – en dehors d’une politique agricole commune, d’ailleurs menacée – tend à n’être, aujourd’hui, guère plus qu’une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité. On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi à leur asservissement économique, au marasme et au chômage.

 

 

[…]

La politique européenne du gouvernement ne peut, en aucun cas, dispenser la France d’une politique étrangère qui lui soit propre. L’Europe ne peut servir à camoufler l’effacement d’une France qui n’aurait plus, sur le plan mondial, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la vocation d’une grande puissance, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et investie de ce fait de responsabilités particulières dans l’ordre international.

[…]

Puisqu’il s’agit de la France, de son indépendance et de l’avenir, puis qu’il s’agit de l’Europe, de sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’après tant de sacrifices, tant d’épreuves et tant d’exemples, notre génération ne signe pas, dans l’ignorance, le déclin de la patrie.

[…]

Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort.

 

Mais comme toujours quand il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence. »

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 06:00
Et plus dure sera la chute : chronique d’une très grosse gamelle

Ce blog « Vin&Cie », depuis sa création n’avait jamais connu la page blanche ou l’écran noir, chaque jour que Dieu, comme le pépé Louis entamant un nouveau sillon avec sa charrue Brabant tirée par ses grands bœufs blancs, une chronique matinale s’affichait sur la Toile.

 

Mais, y’a toujours un mais, soudain, sans préavis, alors qu’il avait retrouvé sa vélocité suite à son changement de cardan droit, il se retrouve allongé par terre, ce n’est pas la faute à Voltaire, ni dans le ruisseau, pauvre Rousseau.

 

Vendredi 20, vers 7 H 30 du soir il faisait beau, il faisait doux, sur mon vélo je partais tranquillement retrouver mon amie Émilie pour fêter son anniversaire chez ce bon et jovial Pietro Russano, lorsque presque tout en bas du boulevard Arago, je suis en roue libre, en un millième de seconde je suis projeté, mon cale-pied gauche avait heurté le bord d’un ralentisseur (ça je le constaterai après)

 

Choc violent, je hurle de douleur parce que mon flanc droit s’est empalé sur la poignée de mon guidon plat. Des passants se pressent autour de moi alors que je me relève, étrangement mon corps me semble indemne. Je rassure les passants, attache mon vélo, Émilie me rejoint et nous partons en Uber jusqu’aux Urgences de Cochin toutes proches.

 

Il est aux environs de  20 heures, Cochin est rue du Faubourg Saint-Jacques, mon foutu prénom me poursuit jusque dans mes déboires.

 

Guichet des Urgences : inscription, carte vitale, carte d’identité et mutuelle, mon flanc n’est plus que douleur lourde.

 

Attendre !

 

La première prise en charge est assez rapide, on me donne un antidouleur et j’attends.

 

On m’interroge sur les circonstances de l’accident, on me demande se situer ma douleur sur une échelle de 0 à 10.

 

Sans référence je me prononce pour 8.

 

Attente interminable d’une radio : 1 h 30, très dur, ça bouchonne car il n’y a qu’une opératrice.

 

Je passe enfin, la radiologue au vue des clichés me dit « je comprends que vous souffriez  vous ne vous êtes pas raté.

 

On m’envoie au scanner où je souffre le martyr pour m’enfourner dans le  tube de l’engin. Je suis au bord de l’évanouissement.

 

Attente assis, un docteur me prends en charge pour me donner le diagnostic : côtes cassées ou fêlées devant et derrière, poumon perforé, « on va vous drainer »

 

Départ sur une civière, direction les soins intensifs de pneumologie, nous roulons au dehors l’air frais me fait du bien.

 

Au service des soins intensifs je suis pris en charge par une équipe jeune, compétente, attentive à mon extrême douleur. On me bourre de morphine.

 

Lors de la pause du drain sous anesthésie locale j’ai la tête sous le champ opératoire vert mais une femme me tient la main, me parle, me rassure. Je lui réponds avec gratitude.

 

Il est 2 h 30 du matin, mon ange-gardien Émilie est à mes côtés mais très vite les docteurs constatent que le drain n’est pas au plus près de la zone touchée.

 

Rebelote !

 

L’équipe me gratifie du titre de courageux.

 

Je les remercie.

 

Mon principe : lorsque j’ai mal je le dis, sinon je me tais.

 

Voici donc la première étape, demain ce sera le second épisode, merci à Olivier et Alice de Moor, à Patrick Axelroud, Jacques Dupont, fidèles lecteurs matinaux de s’être très vite, en l’absence de chronique, inquiété de moi. 

Et plus dure sera la chute : chronique d’une très grosse gamelle
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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 06:00
Le faux-nez, un grand classique du Carnaval de Paris (Le Petit Parisien, du 19 Février 1893).

Le faux-nez, un grand classique du Carnaval de Paris (Le Petit Parisien, du 19 Février 1893).

Une agence de com – dans un fichier un jour, dans un fichier toujours – a déposé dans ma boîte mail un petit baratin pour vanter les mérites de son client.

 

Je cite :

 

« Découvrez la quintessence du Papillon Blanc ! Hélas* vous propose une approche du vin résolument moderne. Hélas, l’autre en latin, incarne un autre style de vin. Sans sulfite, il se veut résolument moderne et différent. Du raisin et rien que du raisin, il célèbre le papillon blanc, dans sa plus pure expression. Bio, sans sulfite et vegan, une cuvée rafraîchissante, idéale pour fêter l’arrivée du printemps. »

 

En rouge ce que j’ai modifié : nom du cépage et de la cuvée.

 

Donc, vous vous en doutez, la tendance est, comme dans beaucoup de produits alimentaires transformés, au sans, c’est tendance, ici c’est résolument moderne.

 

Je laisse de côté l’adhésion au veganisme qui me laisse d’une froideur glaciaire pour vous confier que la tendance au sans me fait immédiatement penser si c’est mieux qu’avant pourquoi le faisiez-vous avant ?

 

Par facilité ?

 

Sans souci de notre santé ?

 

Sans respect de l'authenticité ?

 

Je ne sais !

 

Ce que je sais en revanche c’est que si vous affirmez « Du raisin et rien que du raisin » là vous flirter, sans l’avouer, avec le pur jus, essence même du vin nu.

 

Si tel est le cas, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, dites-le nous.

 

Dites-nous tout !

 

C’est simple comme une information consommateur.

 

En revanche, si vous avez fait un peu de tambouille il ne faut pas vous faire plus beau que ne vous l’êtes et nous communiquer la liste des avec.

 

Ce coitus interruptus me gêne – et là où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir, dit-on – auriez-vous honte d’avouer certaines pratiques ? 

 

Je n’ose y croire…

 

Être résolument moderne c’est de ne pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes, car, comme le faisait justement remarquer Francis Blanche, on se brûle !

 

Bien sûr, je comprends, on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment, mais à trop vouloir singer la tendance au pur jus, au vin nu, qui énerve tant les œnologues et autres vendeurs de poudre de perlin-pinpin, ceux qui traquent les  défauts, afin de séduire une génération qui transgresse, casse les codes, font des bras d’honneur aux experts, on ne rallie pas les afficionados du vin nu qui ne sont pas dupes car ces jajas, dit modernes, peuplent les rayons de la GD, alors que les pur jus sont chez des cavistes bien estampillés ; pour les autres consommateurs, est-ce un argument pertinent, un attrait qui attire le chaland ?

 

J’en doute fortement !

 

Alors, quand va-t-on cesser ce petit jeu stupide qui consiste à se lover dans une tendance sans en adopter tous les codes ?

 

C’est vouloir le beurre et l’argent du beurre…

 

Être soi-même, sans artifice de communication, écrire et faire savoir : voilà ce que je fais sans cachotteries ça évite ou ça vous évitera un jour d’avoir à avouer, à écrire, sous la pression réglementaire, sur vos étiquettes le détail intime de votre cuisine.

 

Authenticité, respect du terroir, sont chantés en chœur par tous vos communicateurs, faites en sorte de ne pas être chopés par la patrouille lorsque vous prenez quelques libertés avec la vérité. Mentir par omission c’est mentir insistait mon confesseur lorsque je rechignais à avouer mes péchés de chair…

 

Alors sans sulfites ajoutés, mais alors pourquoi pas sans désacidification, sans chaptalisation, sans filtration… je ne sais : dites-nous tout ou alors ne venez pas nous draguer avec un faux nez !

 

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 06:00
AU BON BEURRE Edouard Molinaro 2004

AU BON BEURRE Edouard Molinaro 2004

Dans le petit commerce d’autrefois, du côté des BOF, des bouchers, des charcutiers, des épiciers… madame Michu, monsieur ne s’abaissant pas à faire les courses, y venaient pour acheter mais aussi pour papoter avec le petit commerçant, s’enquérir de la fraîcheur de ses œufs, de son beurre, de chez qui il avait acheté le cochon dont il avait fait du boudin, de quelle bête venait le paleron pour mettre dans son pot-au-feu et pour le vin en litre étoilé elle s’en foutait car c’était monsieur Michu qui le lichait.

 

Bref, dans les villages, les gros bourgs, les petites, moyennes et grandes villes, il en était ainsi ce qui ne veut pas dire pour autant que ce qui était vendu par les petits commerçants était bon. Le système de la distribution de l’époque fonctionnait sur l’empilement d’intermédiaires qui collectaient, assumaient la fonction de gros, de demi-gros.

 

J’ai bien connu ce système avec les marchés du vendredi de la Mothe-Achard : marché au beurre, aux œufs, aux volailles, aux lapins… et, une fois par mois, la foire avec les bovins et les cochons, y’avait pas de moutons dans le coin. Toute une armée de maquignons en blouse noire, avec de gros portefeuilles plein de biftons, des petits et gros rapaces qui faisaient la pluie et le beau temps sur le marché. Au roulement de tambour du garde-champêtre soit ils fondaient sur la belle marchandise qu’ils avaient repérés, les prix flambaient, soit ils restaient entre eux à fumer, laissant les paysannes mariner pour mieux les contraindre à lâcher la marchandise en fin de marché à prix cassé.

 

Et puis le père Édouard de Landerneau est arrivé bientôt suivi par l’irruption des hypermarchés – gros pourvoyeurs de dessous-de-table pour les élus – plus de vendeurs avec qui papoter, pousser le caddie en toute liberté dans les allées, passer à la caisse avec les prix cassés, charger le coffre sur le parking, bourrer le congélo…

 

Libre-service mon amour !

 

Et ce fut l’hécatombe dans les villages, les gros bourgs, les petites, moyennes et grandes villes, partout sauf à Paris où le père Chichi ferma le périphérique à la GD (qui en ce moment revient par la petite porte du commerce de proximité). Il y eu des résistants, surtout dans les grandes villes, jouant la carte de la qualité, mais dans nos belles provinces la bagnole aidant les centres-ville devinrent des déserts pourris et les périphéries des horreurs architecturales.

 

Qui sont les responsables ?

 

En premier lieu, nous les consommateurs et, bien évidemment dans la foulée les élus locaux toujours friands de brosser leurs électeurs dans le sens du poil.

 

Le mal est fait, pousser des ébraiements ne sert strictement à rien, seul le choix individuel est pertinent si l’on veut favoriser le développement des produits de qualité.

 

M’objecter que c’est là une réflexion de nanti, de quelqu’un qui n’a pas des fins de mois difficiles, est recevable mais à la condition de faire l’inventaire des caddies populaires. Ce qu’ils contiennent n’est pas forcément à l’avantage de leur pouvoir d’achat.

 

À vouloir tout globaliser, à ne s’en tenir qu’à une vision étriqué du pouvoir du consommateur on se prive de répondre à la question initiale : comment bien choisir son boucher ?

 

Je laisse de côté les prétendus journalistes de la trempe d’un Périco Légasse qui ne prennent même pas la peine de travailler leur dossier se contentant de dérouler leur logorrhée recuite.

 

Pour madame et monsieur tout le monde mon conseil est simple : poser des questions à votre boucher, de quartier ou de GD, du genre achètent-ils des carcasses ou des muscles ? D’où vient sa viande, quel éleveur, quel abattoir, quel intermédiaire ?

 

S’il vous envoie balader, aller voir ailleurs…

 

Certains bouchers affichent la provenance de leurs bêtes, y’a des labels, des indications géographiques, il suffit  d’exercer sa curiosité, de cesser d’acheter à la va vite, conseil que je donne aux retraités, très addicts de la GD, vous avez du temps alors prenez-le au lieu de toujours râler même le samedi où vous encombrez les magasins.

 

Quand j’écris addict j’ai des preuves : lorsque je séjourne en Corse dans un petit village du littoral, un couple de retraités, au lieu de faire vivre le petit commerce du lieu, prend sa voiture pour faire deux fois 30 km pour aller pousser le caddie dans la GD d’Ajaccio.

 

Pour conclure, j’en ai ras la coupe de ceux qui traitent les consommateurs comme des assistés à qui il faudrait tenir la main pour qu’ils fassent fonctionner leurs neurones, choisir quoi.

 

À quand l’instauration de la Sécu alimentaire ?   

 

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3 avril 2018 2 03 /04 /avril /2018 06:00
« Les diplômes sont faits pour les gens qui n’ont pas de talent » Pierre Desproges 1 diplôme universitaire pour les passionnés de vin

La citation de Desproges est extraite d’une Chronique de la haine ordinaire.

 

Pour sûr qu’en l’associant à l’annonce, avec tambours et trompettes, de la création d’un diplôme universitaire « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle » à l'université de Strasbourg « à la croisée de l'œnologie, de la géographie et des neurosciences » je vais faire croître ma collection « d’amis ».

 

En tout premier, l’inspirateur du « diploume »*,  mon vieux compagnon de route de Sève Jean-Michel Deiss, qui cultive, en complantation et en biodynamie, 27 hectares dans le Haut-Rhin, qui va me prendre plus encore pour que je suis un ignare profond, inguérissable.

 

Je ne le conteste pas je me range en la matière du côté de Desproges et de Francis Blanche :

 

* Est-ce que monsieur a des diploumes?

 

- Oui, monsieur est licencié GL.

 

- Licencié GL ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

 

- Ça veut dire qu'il travaillait aux Galeries Lafayette et qu'on l'a foutu à la porte.

 

L’exposé des motifs ne me pose aucun souci

 

« À la croisée de l'œnologie, de la géographie et des neurosciences, l'université de Strasbourg crée une formation consacrée à la connaissance et à la reconnaissance des liens unissant les vins à leur terroir. »

 

« Ce diplôme universitaire s'adresse aux viticulteurs comme aux négociants, œnologues, sommeliers ou « toute personne souhaitant approfondir sa connaissance du concept de terroir viticole ».

 

« L'expression du terroir », synonyme de rendements contraints et de démarche qualitative, est un moyen de se démarquer de la production de masse dans un contexte de libéralisation des droits de plantation et d'arrivée de nouveaux pays sur le marché. »

 

« L'histoire de la viticulture, c'est l'histoire de gens accrochés à leur coteaux, qui ne disent pas qu'ils font le meilleur vin du monde, ils revendiquent juste de faire le leur » signé Jean-Michel Deiss

 

La suite, le concret du contenu de la formation me laisse dubitatif, je ne vois pas l’intérêt de l’acquisition d’un diplôme universitaire sur un tel sujet.

 

Ce n’est que mon opinion et je la partage mais j’ai bien conscience de n’être qu’un vulgaire vermisseau face à l’élite : Aubert de Vilaine, Philippe Guigal, Pierre Lurton, Marie-Thérèse Chappaz, Henry Marionnet de Sologne, Jean-Robert Pitte…

 

Comme je n’ai pas le courage de porter à votre lecture ce contenu je vous renvoie vers 2 liens :

 

Vers le terroir viticole : un diplôme universitaire innovant ICI 

 

Un diplôme universitaire pour les passionnés de vin

REUTERS 29/03/2018 à 11:55

ICI

 

Détail d’intendance :

 

« La formation débutera en juin et durera un an pour un maximum de quinze étudiants qui auront payé chacun 4.950 euros, les diplômes universitaires devant s'autofinancer. »

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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 06:00
Calice Domaine Jean Philippe Padié Vin de France - Rouge - 2016

Calice Domaine Jean Philippe Padié Vin de France - Rouge - 2016

Baroudant sur le terrain bordelais pour la campagne des primeurs – sa énième –, Jacques Dupont du Point ne semble pas, cette fois-ci, avoir interviewé le président Farges sur son tracteur, comme il le fit en une autre occasion, celui-ci lui répondant sous sa casquette de président de l'appellation bordeaux et bordeaux supérieur, rappelons qu’il est aussi, entre autres, président de la CNAOC, et la première question de Dupont est celle qui brûle toutes les lèvres de tous les parigos bobos adeptes du Bordeaux bashing :

 

« Quelle est votre réaction à l'émission Cash Impact diffusée en février dernier, qui faisait suite à Cash Investigation du 2 février 2016, sur le sujet des pesticides dans le vignoble français ? » ICI 

 

Extraits :

 

« Il y a deux ans, Cash Investigation avait d'une certaine façon rendu service en posant les vraies questions »

 

« Aujourd'hui, on aborde, entre professionnels, des sujets sur l'environnement, sur les changements de pratique, que l'on n'aurait jamais abordés il y a à peine quatre ans, jamais… »

 

« Ça va très vite, et en termes de coût, c'est supportable ! L'arrêt du glyphosate (herbicide) est validé et aucun viticulteur ne s'y oppose, même si c'est un changement brutal dans l'organisation du travail. C'est le prix à payer pour avoir une approche plus respectueuse de l'environnement. »

 

« On change nos pratiques, on travaille différemment, et on répond au refus sociétal de la chimie. »

 

Fort bien, après des années d’indifférence, de déni, de résistance, voilà le vignoble bordelais engagé sur la bonne voie.

 

Ne voyez aucune ironie dans mon constat mais permettez-moi de signaler qu’en 2001, dans mon rapport, j’énonçais ce que, d’après moi, devaient être les 4 objectifs du plan stratégique des Vins Français pour 2010 que j’appelais de mes vœux. C’était page 23 et le premier de ces objectifs était : devenir leader en matière de pratiques respectueuses de l’environnement.

 

Même si, au dire de certains, j’ai un ego surdimensionné, ce rappel n’a pas pour vocation à me décerner un brevet de visionnaire. En ce temps-là je n’étais pas conscient des risques des pesticides sur la santé humaine, mon approche était pragmatique : comment le pays qui brandissait son terroir comme l’oriflamme de sa supériorité sur les barbares du Nouveau Monde pouvait-il le massacrer en le bombardant de pesticides ?

 

Vie des sols, pollution de la nappe phréatique, biodiversité, j’estimais qu’il y avait là une distorsion entre le discours dominant et la réalité. Les journalistes anglo-saxons ne manquaient pas d’ironiser sur ce sujet et, lorsque Bernard Dauré, qui avait créé un domaine au Chili avec le patron de la Martiniquaise, m’avait annoncé lors de ma mission dans les PO sur les VDN, avec un large sourire : là-bas je suis Organic, ça m’avait mis la puce à l’oreille.

 

Rassurez-vous je ne fais aucune fixette sur le retard à l’allumage des grands chefs du vin, en l’occurrence ici Bernard Farges qui est tout à fait représentatif, je ne pratique pas le Bordeaux bashing au sens où on l’entend, cette chronique n’a pas d’autre objectif que de m’attarder sur le constat de Bernard Farges :

 

« Aujourd'hui, on aborde, entre professionnels, des sujets sur l'environnement, sur les changements de pratique, que l'on n'aurait jamais abordés il y a à peine quatre ans, jamais… »

 

Pourquoi ce refus de se colleter à une réalité, certes dérangeante, pourquoi adopter l’attitude de l’autruche, pourquoi une telle surdité, pourquoi les responsables ont-ils eu peur d’affronter leurs troupes ?

 

Ma réponse tient en peu de mots, les représentants des AOC maintenant devenus AOP-IGP ont abandonné le terrain qu’occupaient les pionniers, celui d’un arbitrage permanent entre la défense de l’intérêt général et celle des intérêts de leurs mandants, au profit d’une défense purement syndicale où l’on se garde bien d’affronter la base, de tenter de l’amener sur un terrain autre que celui du pur refus.

 

Facile à dire me rétorquerez-vous, je n’en disconviens pas mais je mets le doigt sur un mal bien français que les élus de toute obédience ont fait prospérer depuis des décennies, l’attentisme qui produit un immobilisme ravageur.

 

Sans jouer les anciens combattants si, avec Michel Rocard, alors Ministre de l’Agriculture, nous avions cédé aux craintes du château, François Mitterrand et son entourage, jamais au grand jamais nous aurions réglé, dans la douleur certes, l’épineux problème de la reconversion du vignoble méridional, par les accords dit de Dublin.

 

Le lamento des hiérarques socialistes était « ne touchez pas à notre bastion historique sinon ce sera le début de la fin… » L’Histoire a jugé différemment puisque le règne de Jacques Blanc pris fin au profit du grand Georges Frèche et que le Languedoc resta rose pâle. Bref, le début de la fin est aujourd’hui entamé mais les mannes de Rocard n’y sont pour rien.

 

Anticiper, accepter d’aborder les sujets qui fâchent, expérimenter des solutions alternatives, ne pas céder à la facilité, laisser la place aux débats avec les opinions minoritaires, ne pas les verrouiller au nom de combats horizontaux dictés par la FNSEA, écouter plus attentivement les attentes parfois contradictoire de l’opinion publique.

 

Tant que régnera l’entre-soi dans le monde du vin, cette incapacité à s’ouvrir à un monde, largement majoritaire, qui ne vit pas du matin au soir dans le monde merveilleux des amateurs, des dégustateurs, des commentateurs du divin nectar.

 

CNRTL : Jusqu'à la lie

 

Locution. Jusqu'au bout, complètement. Boire le calice, la coupe jusqu'à la lie.

 

« Enfin (...) ne goûtait-il pas jusqu'à la lie ce que Marguerite d'Angoulême a si bien nommé l'ennui commun à toute créature bien née ? »(France, Vie littér.,1890, p. 55).

 

« Beauté du dévouement et du sacrifice, menues peines et grandes joies de l'amour conjugal (...) les romancières d'Angleterre, de France, d'Amérique (...) ont exploité ces thèmes jusqu'à la lie » (Beauvoir, Deux. sexe, t. 2, 1949, p. 552)

 

« Vois-tu, mon ange, il y a dans un seul homme assez de substance pour nourrir toute une vie − et quelle vie peut se flatter d'en avoir consommé une autre jusqu'au bout, jusqu'au fond, jusqu'à la lie ? » Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1424.

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 06:00
Catherine Frot, dans le film Les Saveurs du Palais préparant de la chaudrée charentaise

Catherine Frot, dans le film Les Saveurs du Palais préparant de la chaudrée charentaise

Les idées originales de chronique sur la tortore se font rares et, comme je ne souhaite pas verser dans l’exotisme, je saute sur la moindre occasion qui se présente.

 

En ce moment je dois me reposer pour que mon cardan nouveau se mette bien en place donc je lis beaucoup.

 

Le camarade « manchot » Jean-Pierre Le Goff dans son livre sur la France d’Hier évoque sa prime jeunesse page 38 :

 

« Lors des grandes marées, la pêche à pied était un loisir prisé. À marée basse, on s’y rendait en famille avec différents ustensiles : épuisette pour les crevettes grises, couteaux pour les coquillages accrochés aux rochers, « pic à fourneau* » pour faire sortir les crabes et les petites pieuvres cachées dans la rocaille et les trous, râteaux ou petites bêches pour tracer des sillons dans le sable afin d’attraper des lançons*, ramasser des coques et des praires… Cela dépendait de l’endroit où l’on voulait aller pêcher à pied, mais à l’époque l’on était sûr de ne pas rentrer bredouille. »

 

Idem, j’ai connu ça sur ma côte sauvage du côté de Brétignolles.

 

Mais là où nos chemins divergent c’est sur les noms des coquillages et poissons. Le père de Le Goff était pécheur, le mien laboureur, son vocabulaire est plus fouillé.

 

« Pour désigner les différents coquillages et poissons le Cotentin a son propre vocabulaire. J’appris à distinguer et à reconnaître les différentes sortes de poissons mais aussi les crustacés et les coquillages aux noms particuliers comme les « anglettes » (étrilles*), les « moussettes » (jeunes araignées) et les « crabes » (araignée de mer) dont certaines étaient des « lanternes (« crabes gorgés d’eau), les « clos-poings » ou dormeurs* (tourteaux), les «vannes » (coquilles Saint-Jacques) et les « vanneaux » (pétoncles, les « calicocos » (bulots), les « brelins » (bigorneaux), les « flics » (patelles)… »

 

*les étrilles en Vendée c’était balleresses et les dormeurs les tourteaux.

 

*tige en fer au bout recourbé qui permettait de soulever la plaque de la cuisinière ou du poêle pour enfourner le bois ou le charbon.

 

*petit poisson en forme d’anguille qui s’enfonce dans le sable.

 

En lisant j’ai pensé à la chaudrée ; qu’est-ce donc la chaudrée ?

 

À mi-chemin de la cotriade bretonne et du ttoro basque, la chaudrée (ou migourée) est une spécialité de la Vendée du Sud, de l’Aunis et de la Saintonge maritimes. Il s’agit d’un court-bouillon au vin blanc les poissons nobles trop menus pour être cuisinés.

 

La chaudrée (parfois orthographiée chauderée) est une sorte de soupe de poissons épaisse, il en existe plusieurs variantes.

 

On trouve ainsi dans cette soupe de la mer du raiteau (petite raie), du turbotin, du céteau et de la solette, de la plie, de l’anguille de mer, et du casseron.

 

Le nom de cette spécialité dérive, bien sûr, de « chaudron ». À l’origine, la chaudrée était la part de poisson prélevée sur l’ensemble de la pêche pour le patron et l’équipage du chalutier. Il s’agissait surtout du menu fretin ou des invendus, les plus beaux poissons étant réservés au commerce.

 

Au XIXe siècle, l'historien et érudit local, Georges Musset, la définit comme « une macédoine de menu fretin, de menus poissons », et comme « la portion de pêche prélevée pour la consommation des marins ou du patron d'un bateau».

 

Face à cette liberté de vous proposer une chaudrée à ma façon :

 

  • Il faut garnir le fond d'un chaudron de hachis d'ail, de persil, de blanc de poireau coupé en rondelles, puis y placer le plus de petits poissons de l'océan possible congre, solettes ou céteaux, plies, petites raies, petites seiches, merlans etc. ... Mouiller à hauteur moitié eau, moitié vin blanc, saler, poivrer.

 

  • Ajouter, et c’est là mon apport : des étrilles, des coques et des pétoncles que aurez au préalable fait ouvrir et dont vous aurez récupéré le jus que vous filtrerez pour le rajouter dans le chaudron.  

 

  • cuire à grosse ébullition jusqu'à cuisson du poisson environ 15 minutes.

 

  • retirer les poissons et, c’est à nouveau un apport de bibi, que vous allez transformer en une pâte épaisse dans un mortier. Vous recueillez le jus en pressant cette pâte dans un tamis fin. Il faut passer et repasser pour extraire.

 

  • Pour les étrilles vous recueillez la chair et le jus de leur coque que vous passez au tamis pour filtrer le jus. Pour les pattes broyage au marteau puis passage de la chair au tamis.

 

  • Les noix de pétoncles et des coques sont ajouté telles quelles.

 

  • Vous avez ainsi obtenu une soupe épaisse au fumet fabuleux et vous pouvez la servir sur des gros bouts de pain de campagne.

 

Pour le boire, vous pouvez faire local avec les vins de Christian Chabirand vigneron au Prieuré La Chaume, à Vix, dans le sud de la Vendée.

 

Chronique du 17 décembre 2012

 

Le Sud, mes cousins de Marans, maintenant Christian Chabirand vigneron-bâtisseur à Vix en Vendée ICI 

 

 

L’e-cuisine du Taulier la chaudrée vendéenne à ma façon et le blanc de Vix de Christian Chabirand

Hortense Laborie est une cuisinière réputée qui vit dans le Périgord. A sa grande surprise, le Président de la République la nomme responsable de ses repas personnels au Palais de l'Élysée. Malgré les jalousies des chefs de la cuisine centrale, Hortense s’impose avec son caractère bien trempé. L’authenticité de sa cuisine séduira rapidement le Président, mais dans les coulisses du pouvoir, les obstacles sont nombreux…

 

film

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 06:00
LeRouge&leBlanc est aux 100 coups face au déchaînement actuel des vins nature sans définition légale… mais ce n’est qu’1 mode !

Vin orange, les vins Parker, le champagne non dosé, les sauvignons aux arômes de buis et de pipi de chat, les cabernets francs bien poivronnés, le 100% bois neuf, les amphores, les jarres, les dolia en terre cuite, les cuves pyramidales, la litanie des arômes flairés : minéralité et salinité, le sans soufre, et cerise sur le gâteau le déchaînement des vins nature… tout ça, l’éditorialiste du LeRouge&leBlanc, le fourre dans le grand  tonneau de la mode.

 

 

La mode rapportée à son utilisation vestimentaire, capillaire, hipster, tatoués, Doc Martens, ballerines, Santiag, jeans, tee-shirt, baskets… c’est bien sûr le symbole de la futilité.

 

Tout passe, tout lasse, le nouveau vieillit vite, et un petit coup de Cocteau pour la route « La mode, c’est ce qui se démode »

 

C’est aller un peu vite en besogne, cette liste ne mélange-t-elle pas des choux et des carottes, ne place-t-elle sur le même niveau des pratiques et des évolutions qui ne sont pas de même nature.

 

La charge la plus violente porte sur les néo-vignerons qui « se sont jetés dès leur première récolte sur le « sans soufre » avec des résultats effrayants ». « Le temps n’est pas encore révolu où, dans certains cercles d’initiés, plus un vin sent l’écurie, meilleur il est »

 

Ok, d’accord, je ne disconviens pas qu’on ne « s’improvise pas vigneron, encore moins vinificateur, sans soufre » et que certains vins nature ne valent pas tripette mais sur quelle expérience dégustative se fonde l’éditorialiste pour asséner ce jugement brut de cuve ? Combien de cuvées dégustées ? Combien sentaient la bouse de vache ? Fréquente-t-il assidument les bars à vin ou les cavistes où se réunissent ces fameux cercles déviants d’initiés ?

 

Permettez-moi d’en douter car lorsque je lis  que « Désormais, avec le déchaînement  actuel des vins « nature » – sans définition légale – la mode est à la « gouleyance » instantanée, aux vins « glou-glou ». Le consommateur, que dis-je, le connaisseur, l’amateur doit pouvoir en avaler des litres. Le vin doit être souple et rond, sans trop d’aspérités, politiquement buvable. On supporte le gaz et la volatile – c’est tendance – mais de moins en moins les tanins, sauf s’ils sont juste un peu accrocheurs. Le plaisir doit être immédiat, et il est hors de question pour une certaine catégorie de buveurs modernes de se projeter dans l’avenir, on n’a plus le temps d’attendre. »

 

Mais notre dégustateur estampillé sérieux, se rassure, « Tout cela n’est pas bien grave, me dire-vous sans doute : les modes passent, c’est même leur caractéristique première. »

 

Mais alors pourquoi en faire un édito ?

 

Pour moi la seule question qui vaille, et à laquelle il faut répondre si l'on ne veut pas en rester à de purs constats, des jugements à l’emporte-pièce souvent fondés sur le « on dit », de quoi ou de qui cette mode est-elle le nom ?

 

Pour les vins Parker y’a pas photo mais pour la déferlante des vins qui puent quelle est la main invisible qui a conduit ces jeunes crétines et ces jeunes crétins, sans culture du vin, à s’enfiler des quilles et des quilles d’un breuvage infâme, à boire comme des trous, à boire facile ?

 

Des gourous ?

 

Y’en a eu bien sûr mais ce serait assez réducteur que de réduire ces néo-consommateurs à des moutons qui s’engouffreraient dans la tendance, le politiquement buvable, rien que pour suivre les mauvais bergers du vin nature mal fagoté.

 

Le vieux que je suis qui, lui, a fréquenté assidument les bars de nuit très glou-glou, les restaurants avec des vins qui puent, les dégustations de vin naturiste, a une interprétation un chouïa  différente : cette tendance, ce mouvement, qui reste, à l’échelon des volumes commercialisés, microscopique, se situe dans la mouvance d’une recherche de proximité, à la fois physique et intellectuelle, avec des vignerons qui ne suivent pas les chemins ordinaires, qui ne se conforment pas l’idéologie dominante, au diktat du goût bien comme il faut ; un engagement pour une forme d’économie moins marchande.

 

C’est sans doute naïf, mais respectable, oui c’est festif, joyeux, plus joyeux que les prises de têtes des connaisseurs avec notes et commentaires, certes le plaisir est immédiat, est-ce péché ? et ça ne débouche pas forcément sur des beuveries, j’ai connu des grands amateurs qui fleuraient bon le pochtron, bref c’est une porte d’entrée dans le vin qui en vaut bien d’autres. Et si la tendance perdure pourquoi s’en offusquer ?

 

Moi je ne m’offusque pas, je bois ce qui me plaît sans avoir à en référer aux juges des élégances, aux maîtres du bien boire, aux sachants, aux guides…

 

Si certains vignerons nature ne font que du vinaigre ou des vins  imbuvables, ils ne dureront que le temps que durent les roses et passeront à la trappe. Je ne crois pas que leur bref passage dans le monde du vin polluera durablement la belle histoire de ce nectar si souvent estampillé culturel.

 

Dans l’immense palette des vins qui respectent la nature chacun peut faire son choix, y compris se laisser entraîner sur les chemins d’une certaine forme mode de vins iconoclastes, si on est sérieux à 20 ans c’est grave, mais donner le sentiment que c’est une menace, c’est se tromper de cible. L’uniformisation qui sévit dans les vinifications AOP-IGP, y compris chez les bios, est bien plus grave que l’effervescence, parfois brouillonne, des vins de France naturistes.

 

Que sera, sera… comme chantait Doris Day

 

Prendre bonne note que je ne fais parti d’aucun cercle d’initiés ou d’aucune secte intégriste de vins qui puent…

 

Pour finir et faire intello un petit coup de Montesquieu dans le Lettres persanes.

 

 

À Venise.

 

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver : mais surtout on ne saurait croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la mode.

 

Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures ? Une mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers ; et, avant que tu eusses reçu ma lettre, tout serait changé.

 

Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi antique que si elle était oubliée trente ans. Le fils méconnaît le portrait de sa mère, tant l’habit avec lequel elle est peinte lui paraît étranger ; il s’imagine que c’est quelque Américaine qui y est représentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu’une de ses fantaisies.

 

Quelquefois les coiffures montent insensiblement ; et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même : dans un autre, c’était les pieds qui occupaient cette place ; les talons faisaient un piédestal, qui les tenait en l’air. Qui pourrait le croire ? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d’élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d’eux ce changement ; et les règles de leur art ont été asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une quantité prodigieuse de mouches, et elles disparaissent le lendemain. Autrefois les femmes avaient de la taille, et des dents ; aujourd’hui il n’en est pas question. Dans cette cette changeante nation, quoi qu’en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites que leurs mères.

 

Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de mœurs selon l’âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s’il l’avait entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, la cour à la ville, la ville aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à tous les autres. »

LeRouge&leBlanc est aux 100 coups face au déchaînement actuel des vins nature sans définition légale… mais ce n’est qu’1 mode !

La Suisse craque pour le vin tout nu

 

Longtemps réfractaire aux breuvages dits naturels, notre pays y vient gentiment. Entre amateurs éperdus et féroces détracteurs, petit repérage entre Lausanne et Fribourg au premier Salon suisse des vins vivants

 

«Les Scandinaves n’importent pratiquement plus que ces vins-là et les Japonais en sont fous; l’Espagne et l’Australie connaissent une envolée spectaculaire, l’Italie et la France s’y lancent à fond, même si le phénomène reste essentiellement urbain», note Jean-Marc Dedeyne. Jusqu’à la très conservatrice Revue des Vins de France, qui a admis que les crus naturels font désormais pleinement partie du paysage…

 

Un public plus libre

 

Les jeunes consommateurs semblent les plus nombreux à y venir, souvent dépourvus de la culture vineuse de leurs aînés comme de leurs a priori: «Ils ont une approche moins intellectuelle et plus immédiate, ils apprécient ou pas, même si cela implique parfois des explications.»

 

Voici venir quoi qu’il en soit un public plus libre, dépourvu de préjugés, peut-être moins snob, mais assurément plus rock’n’roll, comme en témoigne le choix des lieux pour tenir un tel salon (théâtre, salle de concert), voire le décloisonnement et le mélange des genres (bière ou cidre voisinant avec un univers vineux perçu jusqu’ici comme plus prestigieux). Alessandra Roversi, consultante et spécialiste de l’alimentation, y voir pour sa part «des vins désinhibés qui quittent les lieux réservés, les codes et un certain langage pour initiés»…

 

Fils de musicien, Pierre Jancou ose un parallèle avec la musique: «Il est nécessaire d’apprendre les bases, d’avoir une éducation classique, de connaître les origines et les terroirs, mais ensuite il y a la même liberté qu’en musique. Apprends et ensuite tu feras ce que tu veux, disait mon père, classique, jazz ou rock…»

 

Lire ICI 

 

 

 

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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 06:00
On peut sucrer les fraises mais doit-on encore sucrer le vin de nos beaux terroirs ? Je me sens ce matin très italien…

Vitisphère n’y va pas avec le dos de la cuillère en balançant  que l’Italie relance la guerre du sucre dans le vin.

 

Pourquoi ?

 

 Voudrait-on à Bruxelles supprimer la chaptalisation ?

 

Bien sûr que non !

 

L’axe franco-allemand tient bon : chaptalisation et sucrage-mouillage sont le ciment du front du refus.

 

Alors où se situe le problème ?

 

Tout simplement parce que la proposition du secteur européen du vin en matière d’étiquetage nutritionnel qui exclue le sucre de la liste des ingrédients à étiqueter a déclenché la colère des Italiens. Ils dénoncent une imposture : le sucre ne fait pas partie de la liste des ingrédients à étiqueter.

 

« Il faut démasquer sur l’étiquette cette imposture concernant l’ajout de sucre. Les consommateurs doivent savoir comment est vinifié le produit qu’ils achètent » déclare explique Ruenza Santandrea, coordinatrice du secteur vitivinicole de l’Alleanza.

 

 Je partage le courroux italien car ce qui m’a toujours étonné depuis le jour où j’ai mis les pieds à l’Office des Vins de Table, en 1978, c’est l’omerta qui règne à propos de la chaptalisation dans le marigot des critiques, des grands amateurs, et plus récemment dans celui des explorateurs des défauts des vins dit nature.

 

En ce temps-là, le dernier carré du gros rouge français tempêtait contre la discrimination entre les barons des appellations et la piétaille des vins de table, la chaptalisation est autorisée dans les zones viticoles A, B et C à l'exception faite des vignobles situés en Italie, en Grèce, en Espagne, au Portugal, à Chypre et dans les départements français relevant des cours d'appel d'Aix-en-Provence, de Nîmes, de Montpellier, de Toulouse, d'Agen, de Pau, de Bordeaux et de Bastia, et en plus l'enrichissement par sucrage à sec peut être autorisé par les autorités nationales à titre exceptionnel dans les zones d’appellation.

 

Le ministre de l’époque, le tout mou Méhaignerie, pour calmer la fronde des sudistes, confia une mission à mon directeur Pierre Murret-Labarthe, bordelais d’origine, qui ne pouvait pifer la suffisance des chefs des appellations. Provocateur-né, il préconisa la suppression de la chaptalisation. Tollé de l’INAO présidée par un Bordelais Pierre Perromat et, comme de bien entendu, le courageux Méhaignerie en bon centriste adopta un compromis mou – sans jeu de mots – en accordant aux Vins de table le droit d’enrichir leurs moûts avec des MCR (mouts concentrés rectifiés) en compensation.

 

Jean Clavel, grand témoin de cette période écrit :

 

« Le rapport Murret-Labarthe présenté à l’ONIVINS dans les années 1970 a préconisé l’application de la «loi unique», il s’agissait de compenser l’écart du prix du sucre d’origine exogène (betterave) et celui du sucre endogène (MC, MCR) pour mettre tous les viticulteurs sur un pied d’égalité économique. Cette disposition a été reprise lors de la mise en place de l’OCM vin. Cependant à l’occasion des crises d’excédents, la question est revenue en discussion. L’enjeu économique principal résulte du fait que la chaptalisation est une méthode qui augmente les volumes de production. Elle rend commercialisables des volumes qui ne l’étaient pas du fait de leur degré insuffisant en transformant en alcool du sucre exogène, il s’y ajoute le fait que les contrôles sur les quantités réellement employées sont difficiles.  Le recours aux MC et MCR et plus récemment à l’osmose inverse, sont au contraire des méthodes  qui éliminent une partie de l’eau et réduisent en conséquence les volumes. »

 

 

C’est le chimiste, ministre de surcroît, Jean-Antoine Chaptal qui a théorisé ce procédé en 1801 à l'aide notamment des travaux scientifiques de l'abbé François Rozier, célèbre botaniste et agronome ; le but était d'augmenter le degré alcoolique des vins afin d'améliorer leur conservation. À cette époque en effet, les vins étaient rarement mis en bouteilles et ne se conservaient en cave que quelques mois. Chaptal l'a décrit dans un livre publié en 1801, L'art de faire, de gouverner et de perfectionner les vins.

 

Le saccharose : l'opération de sucrage ou de chaptalisation, bien connue depuis le 18ème siècle, consiste à ajouter au moût du saccharose raffiné blanc d'origine non spécifié (canne à sucre, betterave...). Le saccharose n’est pas directement fermentescible et la molécule devra être hydrolysée par voie chimique ou enzymatique en une molécule de glucose et de fructose. L'addition d'un kilogramme de sucre augmente le volume d'environ 0,63 litres (masse volumique = 1586 g/l). Sa solubilité dans l'eau à 20°C est de 667 g/l.

 

Moi-même j’écrivais en 2011

 

« Ce n’est qu’une pratique œnologique traditionnelle là où le soleil n’est pas toujours au rendez-vous objecteront les partisans du statu quo. Certes mais sans vouloir mettre le doigt où ça fait mal le recours systématique à des demandes d’enrichissement de 1,5 à 2 % permet de sauver de la mauvaise monnaie et de mettre sur le marché des vins qui n’ont rien à y faire sauf à alimenter la machine à fabriquer des prix plus bas que bas.

 

La Commission Permanente de l’INAO du 7 juillet lors de son débat sur les orientations pour la fixation des conditions de productions de l’année 2011, « est une pratique exceptionnelle autorisée en cas de situation climatique défavorable, et que la richesse minimale en sucre de raisins doit refléter une maturité suffisante par rapport aux exigences de l’appellation ». Fort bien mais la lecture des arrêtés relatifs à l’augmentation du titre alcoométrique naturel des raisins frais et des moûts destinés à l’élaboration des vins (AOC+VDQS) ne traduisent guère cette pétition de principe. Le dernier connu, celui de la récolte 2010 du 15 avril 2011 publié au JO du 21 avril 2011 entérine une vision large d’une pratique exceptionnelle. Tous ceux qui peuvent y prétendre sont présents. Pour cette année, le Comité National de l’INAO du 28 septembre 2011 a renouvelé l’exercice avec la même ampleur.

 

Le centre de gravité de la chaptalisation s’est déplacé ces dernières années et il est  au cœur même du système AOC où la pratique s’est quasiment institutionnalisée. Qui le sait à l’extérieur de l’institution ? Pas grand monde, c’est la boîte noire et l’omerta. Que la chaptalisation puisse se justifier dans certaines circonstances exceptionnelles, pourquoi pas ! Mais que ça devienne une rustine systématique pour ceux qui font pisser la vigne ne me semble pas relever d’une saine gestion et de notre potentiel et de l’image d’excellence de nos soi-disant vins de terroir. Notre crédibilité est en jeu et que l’on ne vienne pas m’objecter que c’est une mesure « sociale » pour sauver une partie de notre viticulture. »

 

Voilà pour ce petit rafraîchissement de mémoire qui prouve que je ne sucre pas encore les fraises…

 

SUCRER LES FRAISES: Expression française du début du XXe siècle signifiant « être agité d'un tremblement nerveux », être gâteux.

 

« Nous pensons qu'à l'époque où on nous réanimera, ce sera justement parce qu'on aura trouvé le moyen de nous rajeunir nos cellules, donc de ne pas être des petits vieux sucrant les fraises »

Hennig Jean-Claude 1979. Morgue - Enquête sur le cadavre et ses usages

 

L'origine remonterait au mouvement effectué à l'aide d'un sucrier à trous tenu d'une main pour verser le sucre sur une coupe de fraises saisie de l'autre.

 

Une autre source attribuerait les origines de cette expression française aux collerettes, la fraise, ces dames et messieurs de la cour au XVIe et XVIIe siècle qui en tremblant répandaient le poudre dont sur leur  fraise.

 

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