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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 06:00
Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « Le lait cru, le lait cru… » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien, quand le camembert fut « blanchi » par l’Institut Pasteur

Pour faire mes laitages je n’achète que du lait cru.

 

8 septembre 2006

Lait cru de vache Jersiaise ICI

 

27 février 2008

Recherche pouvoir d'achat, désespérément !  ICI

 

Je soutien le combat Véronique Richez-Lerouge,

31 mars 2016

Livre d’Utilité Publique la vache qui pleure, non au lait bétonné, karchérisé vive le lait cru de vache jersiaise de Bernard Gaborit !

ICI 

 

Pour les fromages je privilégie toujours ceux au lait cru.

 

Donc, je n’ai pas de leçon à recevoir de certains, qui se drapent aujourd’hui dans la pureté du lait cru  alors que je ne suis pas sûr qu’ils en consomment beaucoup, pour en appeler à sa défense par le Président de la République car ce serait une espèce en voie de disparition.

 

Tout ça parce que les normands viennent de signer un compromis à la normande – ayant présidé pendant 5 ans l’Interprofession des Appellations cidricoles : IDAC, je connais – pour mettre fin à la dualité « camembert AOP de Normandie » et « Camembert fabriqué en Normandie ». L’important pour les producteurs de lait normands étant de préserver le débouché de leur lait.

 

Je rappelle, y compris aux brillants juristes signataires, même si c’est sans doute idiot mais le fondement des AOC –  dès leur création – puis des AOP est ainsi fait : « Ce sont ceux qui font qui écrivent le cahier des charges ». On peut le regretter mais l’INAOQ n’est pas le bras armé de ses deux Ministères de tutelle, Agriculture et Budget, les Ministres ont comme alternative : signer ou refuser de signer, mais ils ne peuvent pas amender les textes. Bien sûr la réalité est bien plus complexe et la dérive de l’INAOQ vers un fonctionnement bureaucratique ainsi que la mainmise syndicale sur les producteurs justifient bien des inquiétudes.

 

Pour autant, réécrire l’histoire du camembert qui, je le rappelle peut être produit partout dans le monde, dans le plus style « c’était mieux avant » justifie que je raille en imitant De Gaulle : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! », « l’Europe ! », « l’Europe ! », mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. » de Gaulle, deuxième entretien radiodiffusé et télévisé avec M. Michel Droit, 14 décembre 1965.

 

1 mars 2018

Le camembert est produit par monts et par vaux de Oulan-Bator jusqu’à Bamako : je demande le classement en Grand Cru par l’INAO du camembert au lait cru… ICI

 

 

 

Permettez-moi de citer une grande spécialiste de l’Histoire et de la civilisation de l’aliment fermenté Marie-Claire Frédéric dans son livre Ni cru Ni cuit : l’inflexible pasteurisation du monde.

 

 

Le 19 juillet 2014 je commettait cette chronique :

 

« Chassé du lit, l’ordre moral revient dans l’assiette » le camembert n’est plus fermenté avec le Penicillium camerbenti l’inflexible pasteurisation du monde… 

 

ICI 

 

« Le plaisir qu’on peut avoir en mangeant un aliment élaboré par des microbes est forcément trouble. L’aliment fermenté malodorant est de l’ordre du corps, de son plaisir et de sa bestialité supposée, comme l’est le manque d’hygiène. »

 

« Chassé du lit, l’ordre moral revient dans l’assiette » déplore Pierre Boisard Le camembert, Mythe Français Odile Jacob 2007

 

Notre bon vieux calendos, parlons-en !      

                                                

Acte 1 : « À l’origine, la croûte du camembert était d’une nuance bleu-gris-vert, marquée de taches brun-rouge.

 

Acte 2 : Vers les années 1900, lorsque le calendos arriva sur les marchés parisiens, les clients préféraient les plus blancs (encore un sale coup des bobos parisiens comme dirait le p’tit notaire marmiton d’occasion).

 

Explication de gravure : « La cause du phénomène coloré était une fatalité, due à l’affinage naturel du fromage. Le lait était préalablement maturé vingt-quatre à quarante-huit heures à ciel ouvert, dans un local frais, afin qu’il s’acidifie sous l’effet des bactéries sauvages.

 

Acte 3 : « selon la variété de moisissures qui dominaient, la croûte du fromage prenait une couleur différente et le maître fromager montrait son habileté en obtenant la flore la plus blanche possible. »

 

Tout l’art de la main, « les fromagers savaient par expérience que le rouge empêchait le bleu de survenir »

 

Empirisme insupportable pour les scientifiques !

 

Acte 4 : Les élèves de Pasteur entrent en action,  ils ont étudié le phénomène sur le brie et camembert et découvert que « des champignons microscopiques étaient responsables de la couleur de la croûte, et que ces moisissures spontanées provenaient de l’environnement : l’air, les locaux, les claies. »

 

Sus à l’ignorance et aux superstitions !

 

Acte 5 : C’est l’éradication la moisissure impure, d’origine trop terrienne, trop campagnarde, donc coupable, pour la remplacer par une autre moisissure, Penicillium candidum, cultivé in vitro par l’Institut Pasteur.

 

Acte 6 : badigeonnage généralisé des surfaces avec de l’antiseptique et dépôt de la culture pure de moisissure.

 

Réticences et conséquences « la nouvelle moisissure accélérait l’affinage des fromages et les emmitouflait d’une croûte épaisse de spores blanches d’aspect plâtreux. »

 

Acte 7 : le camembert d’aujourd’hui n’est plus ensemencé spontanément comme autrefois, on pulvérise le caillé avec le Penicillium candidum et bien sûr le lait n’est plus maturé.

 

Morale de l’histoire : notre camembert n’est plus fermenté avec le Penicillium camerbenti , il a été « blanchi » par l’Institut Pasteur.

 

Peut-on faire marche arrière, le concubinage entre la science et l’industrie alimentaire ne date pas d’aujourd’hui Pasteur s’est toujours intéressé aux retombées industrielles de ses découvertes : s’il a étudié la bière et le vin, c’était pour le compte des brasseurs du Nord et de vignerons d’Arbois… »

 

À partir des années 20 « la collaboration entre l’Institut Pasteur et l’institut national d’agronomie s’intensifie… »

 

Voilà pour l’histoire, le combat n’est donc pas nouveau et, j’en conviens, ça ne justifie pas de rester les bras croisés.

 

Je vais être provocateur : la meilleure défense c’est l’attaque, en clair la meilleure façon de défendre le lait cru c’est d’en acheter sous sa forme liquide ou fromagère, en appeler à la protection de Macron, au nom de la défense du patrimoine culinaire est du même tonneau que ceux qui défendent les petites lignes secondaires de la SNCF mais qui n’y mettent jamais les pieds.

 

Je vais être encore plus provocateur : je ne suis pas inquiet pour la pérennité du lait cru, il gardera sa place car, comme pour le vin, c’est nature. Dans un temps ancien, la domination du beurre pasteurisé du type Président faisait dire au déclinistes de l’époque que bientôt on ne pourrait plus manger du bon beurre d’avant.

 

Faux !

 

Le rayon beurre est maintenant d’une grande variété et c’est heureux.

 

Enfin, je me répète le camembert au lait cru réfrigéré, dur comme du bois, dans les rayons libre-service de la GD est un tue l’amour.

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 06:00
Dernier appel le 5 janvier 2012 : modeste contribution au soutien des producteurs de lait de la Fourme de Montbrison, j’attends toujours la réponse des pétitionnaires pour la défense du vrai camembert !

J’ai, dans la dernière ligne droite de ma carrière, bourlingué dans les territoires oubliés en tant que médiateur laitier. Les grands groupes laitiers je connais, tenter de faire plier le genou à Lactalis est un exercice s’apparentant au combat de David contre Goliath.

 

En 2012, le sieur Le Maire, Ministre de l’Agriculture de l’époque, me dépêcha au chevet de la Fourme de Montbrison où la dernière fromagerie artisanale venait de mettre la clé sous la porte : l’entreprise Forez-Fourme (10.5 Ml et 70 producteurs va être mis en liquidation judiciaire et depuis le 31 décembre leur lait n’est plus collecté. »

 

Ce jour-là, investi par un Ministre de la République, je n’ai pu tordre le bras du salarié représentant Lactalis – le pauvre n’ayant aucune marge de manœuvre – j’ai vu un grand gaillard pleurer : « monsieur qui va ramasser mon lait ? ».

 

Ce soir-là en rentrant dans le TGV je n’étais pas fier de mon impuissance alors, rentré chez moi, j’ai écrit cette chronique modeste contribution au soutien des producteurs de lait de la Fourme de Montbrison

 

« J’avoue humblement que, jusqu’à il y a quelques jours, j’ignorais qu’il existât une AOP fromagère : Fourme de Montbrison. Celle d’Ambert, oui je connaissais, mais sa cousine germaine nichée dans le Forez n’avait jamais eu l’honneur de mes plateaux de fromage. »

 

 

« Je vous propose donc un geste simple : dès que vous irez chez votre fromager vous lui demanderez « comme un seul homme » : une part de Fourme de Montbrison. S’il n’en n'a pas : tant pis mais peut-être, si vous un bon client, ça lui donnera l’idée d’en commander. Bien sûr ma plume brûle de vous donner plus d’explications mais vous comprendrez que je ne puis, pour l’instant, aller au-delà de ce minuscule coup de pouce à la notoriété de la Fourme de Montbrison. Mais, pour faire simple, si nous voulons que des producteurs « s’accrochent » à certains territoires difficiles, il est vital, qu’en l’occurrence dans le cas présent, leur lait soit valorisé au mieux par les produits transformés. Une AOP ne suffit pas en elle-même à générer cette valeur si le consommateur n’est pas au rendez-vous. Bien sûr celui-ci est en droit de demander, en contrepartie, d’en avoir pour son argent. C’est un « cercle vertueux » qu’ont su construire certaines AOP fromagères, à nous consommateurs de contribuer à donner leurs chances à ceux qui souhaitent s’engager sur ce difficile chemin. Pas simple dans une conjoncture où le facteur prix et le mode de distribution donne le la à la consommation. »

 

Ce fut, dans le plus pur style, de « Taïaut, Taïaut, Taïaut ! Ferme ta gueule, répondit l'écho. »

 

Ils étaient où les grands chefs de cuisine, les critiques gastronomiques, les belles âmes signataires de pétition pour défendre las fromages au lait cru ?

 

Aux abonnés absents !

 

Ils s'en tamponnaient la coquillette !

 

Qu’étais-je pour braire ainsi ?

 

Un confetti sans intérêt pour la notoriété des étoilés, valait mieux pour eux passer de juteux contrats avec les grosse boîtes qu’ont du blé.

 

Silence complice !

 

6 ans déjà, « Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. » Douglas MacArthur

 

Lisez : Lactalis : le fromager aux vingt-sept AOC

MARIE-JOSEE COUGARD - LES ECHOS | LE 15/10/2010

 

J’assume ma part de responsabilité, même si dans la bataille pour le rachat de la Société des Caves de Roquefort par Lactalis je me suis battu bec et ongles pour lui faire barrage, trahi en fin de parcours par la Caisse Nationale de Crédit Agricole actionnaire minoritaire.

 

Les Ponce-Pilate, les ouvriers de la 25e heure, les alliés objectifs du système de concentration du capital entre quelques entreprises, les belles âmes à deux balles, les cireurs de leur propre fonds de commerce – c’est si facile de donner une signature, et ça fait vendre – très peu pour moi ! 

 

Je suis et je reste un défenseur du lait cru.

 

J'achète et je mange du Champ Secret l’un des derniers camembert fermier bio au lait cru mais pas que, les vaches sont des normandes et sont nourries à l’herbe. En effet, un lait cru produit pour faire du camembert par des pisseuses de lait bouffant de l’ensilage maïs ça fait du mauvais camembert même moulé à la louche. Ce n’est pas la mention « fabriqué en Normandie » qui a banalisé le camembert mais l’industrialisation de belles marques de camembert AOP de Normandie. Réécrire l’histoire, même pour de belles raisons, c’est nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

 

Que sont donc ces camembert au lait cru vendus réfrigérés, dur comme du plomb par la GD ? La majorité ! Comme l'aurait dit le père Coffe : de la merde ! Michel-Edouard Leclerc et ses frères sont bien plus toxiques que la lait cru que les ronds de cuir de l'INAOQ.

 

Qu'on ne me taxe pas d'élitisme, oui c'est plus cher mais c'est le prix d'un produit d'exception, l'AOC c'était la rareté, la manière la plus intelligente de bien rémunérer le travail du producteur. Nous réclamons un camembert au lait cru pour tous ! c'est beau comme un slogan mais c'est comme pisser dans un violon. 

 

 

Rappelons que le combat de Graindorge contre Lactalis et la Coopérative d’Isigny s’est terminé par la vente de son entreprise par celui-ci à Lactalis. Bruno le Maire m’avait désigné, avec un vieux routier aveyronnais du fromage AOP, pour une médiation sur cet épineux dossier, devinez qui nous a claqué la porte au nez : le sieur Graindorge. Je signale qu’à cette époque les 2 dominants étaient prêts à transiger, non pour des raisons éthiques, mais pour de basses raisons commerciales.

 

Enfin, sans faire du mauvais esprit, combien des signataires étoilés proposent des plateaux de fromages qui puent à leur clientèle ?

 

Bref, en étant grossier ce type de pétition c’est du vent, un vent, un pet de travers, ça soulage mais ça ne sert à rien si ce n’est qu’à flatter l’ego de certains signataires qui signalent sur twitter leur courageux engagement.

 

Que l'INAOQ soit devenu une boîte bureaucratique je l'écris ici en long en large et en travers ; que l'AOP n'est plus ce qu'elle était, je le répète à l'envi, mais pour les fromages AOC, avant qu'ils n'entrent dans le giron de l'INAO dans les années 90, quelle était la tendance : l'hygiénisme des vétérinaires et des fraudes qui pilotaient le système.

 

Je suis un vieux con ronchon, j’assume !

 

Alors vous comprendrez aisément que je ne mêlerai pas ma modeste signature à la pétition des belles âmes, les où étiez-vous ? ci-dessous :

 

« La France, reconnue comme le pays du fromage, irait-elle à contre-courant ? Le fromage au lait cru se développe partout, même aux Etats-Unis ! Si les géants industriels veulent bénéficier de l’image de l’appellation d’origine, qu’ils se mettent à faire de la qualité en fabriquant exclusivement au lait cru l’incomparable exception française.

 

Nous réclamons le droit au bien-manger pour tous dans la République française. Le véritable camembert au lait cru ne doit pas être réservé à une certaine catégorie de consommateurs, mais un produit fier de ses origines populaires et rustiques.

 

Durant toute la Première Guerre mondiale, il nourrissait les soldats dans les tranchées, il était fabriqué dans toutes les régions de France, il trônait sur les tables paysannes et embaumait les cuisines. Les étiquettes en témoignent. Vouloir en faire un produit de luxe est une injustice et une insulte à l’histoire.

 

Monsieur le président de la République, monsieur le ministre de l’Agriculture, nous réclamons un camembert au lait cru pour tous ! Aidons les producteurs laitiers en visant la qualité dans le respect de nos traditions ! »

 

Liberté, égalité, camembert !

 

Premiers signataires

Chefs : Olivier Roellinger, Sébastien et Michel Bras, Anne-Sophie Pic, Arnaud Daguin, Michel et César Troisgros, Emmanuel Renaut, Jean-Michel Lorrain, Christophe Bacquié, Franck Pelux, Jany Gleize, Xavier Mathieu, Cédric Béchade, Julien Dumas, Mathieu Guibert, Ronan Kervarrec, Philippe Mille, Nicolas Magie, Guillaume Anor, Julien Lucas, Patrick Henriroux, Christopher Coutanceau, Jean-Georges Klein, Guy Martin, François Pasteau, Vincent Betton, Jean-André Charial, Jérôme Artiguebere.

 

Vignerons : Olivier Cousin, Sylvie Augereau, Nicolas Reau, Alexandre Bain.

 

Personnalités : Ali Badou, Jacques Bonaffé, Camille Labro, Jacques Weber, Carlo Pedrini, Pierre-Brice Lebrun, Sébastien Demorand, Luc Dubanchet, François-Régis Gaudry, Eric Morain…

 

Fromagers : Xavier et François Bourgon, Philippe et Romain Olivier.

 

Véronique Richez-Lerouge Présidente de l’association Fromages de terroirs.

 

 

Le plus populaire des fromages tricolores, le calendos, né dans les limbes de la Révolution française au cœur du bocage normand, va basculer dans la pasteurisation. Autant dire qu’il va perdre son caractère et sa typicité, pour devenir une vulgaire pâte molle sans goût. Ce n’est plus du camembert !

Honte, scandale, imposture… les mots ne sont pas assez forts pour dénoncer la forfaiture dont la France, créatrice du système des appellations d’origine qu’elle brandit partout en modèle, sera accusée d’avoir commis si les Français ne protestent pas. Au nom de la loi économique, fallait-il sacrifier le vrai camembert qui doit sa singularité au lait cru (non chauffé) et au moulage à la louche, seuls aptes à développer une intensité et une complexité aromatiques et à restituer le terroir normand ? Cela ressemble à un mauvais rêve qui se répète. Mais cette fois-ci, on se réveille avec la gueule de bois.

Le 21 février dernier, sous l’égide de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), les poids lourds du secteur ont remporté le morceau. Un accord entre tous les fabricants a ouvert la voie à la pasteurisation et plus seulement au lait cru, dans un cahier des charges de l’appellation d’origine protégée (AOP) « Camembert de Normandie ».

Notre symbole national si populaire, le « véritable camembert de Normandie » sera un produit de luxe, réservé aux initiés, tandis que la masse des consommateurs devra se contenter d’un ersatz fabriqué selon les méthodes industrielles. Pour les uns, le lait cru, moulé à la louche, aux arômes complexes. Pour les autres, un plâtre pasteurisé mais pouvant néanmoins se réclamer d’une appellation d’origine protégée (AOP) Camembert de Normandie. Voilà ce que les « sages » de l’Inao appellent un bon accord !

À quoi sert l’Inao ?

Il est en principe chargé d’être le garant des usages « ancestraux, loyaux et constants, », ces valeurs sont les piliers des signes de qualité. Le lait cru vivant et savoureux est de toute évidence un marqueur de ce patrimoine fromager à préserver. Or, sous couvert de protéger une zone géographique « Normandie », le compromis rédigé au burin techno-bureaucratique consacre deux versions de camembert. L’une respecte la tradition et le palais du consommateur ; l’autre, de piètre qualité gustative, a pour vertu essentielle d’être adaptée au modèle économique mortifère de la grande distribution, autant dire 9 camemberts sur 10 (60 000 tonnes contre 5 400 tonnes). L’original sera englouti dans un océan de médiocrité.

À quoi sert l’Inao si un signe de qualité cautionne l’original et sa copie ?

Tous les fromages d’appellation qui ont choisi la voie de la pasteurisation, ont dégradé la qualité tout en ne réglant rien à la question de la rémunération des producteurs laitiers. Seuls les grands groupes y ont prospéré. Certaines AOP ne comptent presque plus de fabrications artisanales. La cohabitation lait cru – lait pasteurisé, pratiquée dans plus de 50 % des AOP nationales – pont-l’évêque, neufchâtel, livarot, ossau-iraty, cantal, fourmes d’Ambert et de Montbrison, bleu d’Auvergne, époisses, maroilles, munster... Le bleu des Causses AOP ne compte plus aucun fermier. Demain, ce sera le brie de Meaux, l’autre pâte molle, qui pasteurisera sans états d’âme ! Puis le reblochon…

La France, reconnue comme le pays du fromage, serait-elle à contre-courant ? Le fromage au lait cru se développe partout, même aux États-Unis !

Si les géants industriels veulent bénéficier de l’image de l’appellation d’origine, qu’ils se mettent à faire de la qualité en fabriquant exclusivement au lait cru, l’incomparable exception française.

Nous réclamons le droit au bien-manger pour tous dans la République française.

Le Véritable camembert au lait cru ne doit pas être réservé à une certaine catégorie de consommateurs, mais un produit fier de ses origines populaires et rustiques. Durant toute la Première Guerre mondiale, il nourrissait les soldats dans les tranchées, il était fabriqué dans toutes les régions de France, il trônait sur les tables paysannes et embaumait les cuisines. Les étiquettes en témoignent. Vouloir en faire un produit de luxe est une injustice et une insulte à l’histoire.

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Ministre de l’Agriculture, nous réclamons un camembert au lait cru pour tous ! Aidons les producteurs laitiers en visant la qualité dans le respect de nos traditions !

 LIBERTÉ, ÉGALITÉ, CAMEMBERT !

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 06:00
Une mosaïque vieille de 2400 ans a été trouvée en Turquie par des archéologues, avec comme illustration un squelette très décontracté, entouré d'une miche de pain et d'une outre de vin, donnant ce sage conseil : "Sois joyeux, vis ta vie."

Une mosaïque vieille de 2400 ans a été trouvée en Turquie par des archéologues, avec comme illustration un squelette très décontracté, entouré d'une miche de pain et d'une outre de vin, donnant ce sage conseil : "Sois joyeux, vis ta vie."

Avant de me jeter dans la fosse aux lions, tel Daniel dans la fosse aux lions, permettez-moi d’apporter un peu d’eau à mon moulin.

 

Les 5 du vin je connais, je fus l’un des fondateurs au salon des vins de Loire. Si j’ai passé la main c’est que mon blog me prenait suffisamment de temps et que, n’étant pas comme mes collègues, un dégustateur patenté, je faisais un peu tache. Mon successeur, que j’ai adoubé, voit rouge lorsqu’on évoque les vins bio, frise l’apoplexie à propos de la biodynamie et, cerise sur le gâteau, gerbe sur les vins nus.

 

Ça ne me pose aucun problème, chacun ses goûts, l’acceptation de la pluralité des points de vue fait partie de ma culture, en revanche je n’ai que peu de goût pour la vindicte systématique.

 

Les catalans du nord, je connais, ayant sévi pendant quelques temps dans le département des Pyrénées-Orientales, comme médiateur lors de la grande débandade des Vins doux naturels. Je l’ai arpenté ce département sinistré, j’ai mesuré ce qu’une petite rente pouvait engendrer comme désastre économique et social, j’ai côtoyé ceux qui tenaient les manettes des organisations professionnelles, bref, sans me pousser du col, je suis de ceux qui peuvent mesurer la renaissance du métier de vigneron dans cette belle région.

 

Alors, lorsque Marie–Louise Banyols, des 5 du Vin, souligne dans sa chronique – Salon des vins naturels des Catalognes et d’Occitanie à Perpignan – le 10/05/2018, que « Ce salon confirme qu’un vent nouveau souffle depuis quelque temps sur le vignoble du Roussillon, grâce aux nombreuses installations de jeunes vignerons, souvent orientés vers une viticulture bio et une vinification naturelle. » j’apprécie.

 

Mais pourquoi diable se déclare-t-elle surprise ?

 

« Mais, c’est vrai aussi pour la Catalogne du Sud ou l’Occitanie. Ça ne cesse de me surprendre, ils étaient près de 90 exposants, certains déjà bien connus, d’autres,  les «nouvelles pousses», comme les appelle Jean Lhéritier, ne demandent qu’à être découverts. C’est bien que Perpignan s’affirme comme un lieu de rencontre commun à tous ces «indigènes»; pour une fois, nos vignerons catalans n’ont pas à «s’expatrier» pour faire déguster leurs vins ! »

 

Pis encore, pourquoi regrette-t-elle, que ces nouvelles pousses fassent bande à part ?

 

« Un seul regret, les vignerons traditionnels et Dieu sait qu’ils sont également nombreux et de qualité, ne peuvent pas s’y exprimer! Normal, me direz-vous, ils ne sont pas natures ! Je répète les propos que je tenais l’an dernier en commentant ce même salon: faut-il vraiment diaboliser, pour employer un terme à la mode, écarter les vins traditionnels, pour mettre en avant les vins naturels ? Les deux peuvent parfaitement cohabiter, et tous les vins traditionnels ne sont pas ultra-standardisés, comme tous les vins nature ne sont pas à mettre à l’évier. Quand les vins sont bons, je ne leur demande pas leur feuille de route et je respecte le savoir-faire des vignerons « normaux », ceux qui vinifient en nature ne détiennent pas le monopole de la passion pour le vin, ni du plaisir des papilles ! Voilà  ceci étant réaffirmé, je peux continuer… »

 

Je trouve assez plaisant l’inversion de l’argumentation en faveur des vins dit normaux, quant à mettre la passion pour le vin dans la balance pour plaider la cohabitation c’est pousser le bouchon au-delà de l’ostracisme dont ont été l’objet les vins nus de la part de la corporation des dégustateurs patentés.

 

Que de quolibets, de qualificatifs déshonorants : «Franchement votre vin d’évier qui pue, qui sent la bouse de vache, la serpillière mal essorée, la souris, les pieds mal lavés, le bouiboui, vous n’allez pas nous en faire tout un fromage qui pue… » proclamais-je en tant que procureur fasse à Me Morain lors du procès du vin nu intenté par Antonin le grand défenseur du vin nu.

 

Je poussais le bouchon très loin en martelant « Quand allez-vous arrêter de faire chier, avec vos breuvages indignes de la France profonde des terroirs, ces bons gaulois qui s’échinent à pulvériser, à araser, à round-uper, à faire vivre toute une flopée de marchands du temple, à donner une belle typicité à leur jaja en le boostant à coups de poudre de perlimpinpin.

 

Ce n’est pas en faisant faire trempette à vos gonades poilues, en foulant de vos pieds mal lavés les grappes vendangées par des bobos en manque de nature, que vous tirerez la quintessence du vin. »

 

ICI 

 

Je ne conteste pas que les adeptes du vin nu peuvent être chiants, parfois arrogants, qu’ils font beaucoup de bruit médiatique, qu’ils savent bien communiquer, surfer sur la vague de l’opinion publique de plus en plus soucieuse de ce qu’on lui fait ingurgiter, mais n’oublions pas ce qu’ils ont pris dans la gueule par les tenants d’une viticulture qui n’a rien de normale, d’une œnologie corrective qui se planque sous le progrès, ils sont minoritaires, ignorés par les pontes de la FNSEA et consorts, alors à chacun son pré et les vaches seront bien gardées !

 

Voilà, c’est écrit, sans esprit de chapelle mais en étant soucieux de ne pas badigeonner l’histoire de bons sentiments qui n’ont pas été au rendez-vous lorsque les jeunes pousses ont pointé le bout de leur nez. Je ne demande à personne de battre sa coulpe, je ne bats pas la mienne, mais de grâce cessez de nous la jouer bisounours, « tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble… »

 

Les vins nus ont foutu un grand coup de pied dans la fourmilière, et c’est heureux, qu’ils veuillent préserver leur écosystème des opportunistes, des gros faiseurs ouvriers de la 25e heure, c’est normal.  Pour autant, je ne suis pas partisan de la stratégie de la forteresse assiégée, si des ponts se jettent entre celles et ceux qui promeuvent une viticulture soucieuse de son environnement, qui ne se cachent pas derrière un statut d’artisan pour vinifier comme les machines à faire du vin standard, je prends.

 

Bravo à Marie–Louise Banyols de s’être aventurée, pour la seconde fois, sur les terres de la bande d’illuminés des vins nus.

 

« C’était les 29 et 30 avril dernier à Perpignan, à la chapelle Saint-Dominique. Ils sont revenus, c’était la deuxième édition, j’avais beaucoup aimé l’ambiance bon enfant de la première, celle-ci s’est révélée encore plus agréable, moins de monde, week-end du 1er Mai oblige, même les aficionados des vins naturels font le pont ! Tant mieux, on y respirait mieux ! »

 

Indigènes II – Salon des vins naturels des Catalognes et d’Occitanie à Perpignan

10/05/2018 par Les 5 du Vin

 

Lire ICI 

 

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 06:00
Isabelle Saporta se met à nu, c’est cru !

« ... la vie est un roman qui a besoin d'être récrit. »

Julien Green

 

À la bonne distance :

 

Dans ma vie antérieure, du côté du 78 rue de Varenne, derrière mon bureau empire, j’aurais dit à mon Ministre : « C’est une emmerdeuse, elle va te séduire pour mieux t’assassiner… »

 

Le jour où elle chercha des poux dans la belle crinière argentée d’Hubert, l’homme aux bottes immaculées dans son chai, je la qualifiais de gourgandine.

 

Et nous sommes devenus amis, je ne suis pas son psy, ni son petit ami, son ami tout court, simplement un mec qui apprécie son courage, sa ténacité, sa pugnacité, face au torrent d’injures que déversèrent sur elle les stipendiés des châteaux.

 

Nous sommes voisins. Ses deux choupettes sont belles.

 

Je ne pose jamais de questions à mes amis, avec ou sans e, mais si ça leur dit je les écoute, on me dit distant alors que j’essaie de me situer à la bonne distance, sans intrusion ni une compassion de façade.

 

Il faut dire que mon élevage dans les jupons du clan des femmes du Bourg-Pailler a développé ma part féminine, la double peine des filles qui ont un job c’est, hormis de contribuer à faire bouillir la marmite, se taper le versant ménager.

 

Face à ça je peux dire je sais car je fais.

 

Ceci est écrit pour vous prévenir que la chronique à venir sur le premier roman d’Isabelle, Le Prince Charmant, c’est vous ! se situe à la bonne distance, c'est le regard amical d’un ami dépourvu de complaisance et d’un quelconque renvoi d’ascenseur.

 

Dans le roman d’Isabelle où la narratrice est dépourvue de prénom, deux personnages sont de vrais héros de roman : l’artisan, monsieur je sais tout faire, qui rénove la chambre de bonne sous les toits, roi du devis à rallonge, des reports en cascade, il m’a fait penser au roman, qui a rendu Peter Mayle célèbre dans le monde entier, dans lequel il dressait un portrait des artisans du Luberon avec un humour so british.

 

Le second héros c’est son psy. Je n’ai rien contre les psys et ceux qui les consultent mais ces rebouteux de l’âme, ces réparateurs de cœurs meurtris, ces sondeurs des plis et des replis de leurs patients, ne sont pas ma tasse de thé. Il faut dire que j’ai été vacciné, les curés, les bons frères, toute cette engeance qui me bassinait pour savoir si je visitais la culotte des filles ou si je pratiquais la lessive à la main, m’ont immunisé. Je suis bio nature dans mon petit jardin d’intérieur, j’arrache les adventices de mes mains, sans main-d’œuvre extérieure.

 

Celui de la narratrice est très intrusif et directif, en plus il est docteur, rien à voir avec le guignolo, ex-mao de Gauche Prolétarienne, le Gérard Miller, grand défenseur du service public, pourfendeur des élites, qui envoie sa progéniture à l’École Alsacienne.

 

Les autres mâles du roman, la moitié, l’amant gay, vous les découvrirez et je dois vous avouer que je ne passerais pas des vacances avec eux, drôles d’oiseaux, ils sont d’un convenu, chacun à leur manière, désespérant.

 

Avant de passer aux choses sérieuses, une mention spéciale au portrait de son avocat de droite, le roi du tweet, j’adore, c’est tout lui, courses à terroir d’avenir et vin nu.

 

Ma sainte mère aurait dit de la narratrice « elle porte la culotte ! »

 

Certes, elle la porte mais avec la cohorte des doutes, de la mauvaise conscience vis-à-vis des enfants, de l’envie qu’on s’occupe d’elle la forte, l’indestructible, elle est le portrait-type des femmes de 40 ans qui bossent, avec pour elle, cerise sur le gâteau, une bernique accrochée à elle comme sur un rocher.

 

Les mâles autour de moi me reprochent mon environnement quasi-exclusivement féminin, le vieux entouré de minettes. C’est un choix de vie, je l’assume sans flagornerie. Il me repose du féminisme de pacotille d’une génération qui se la joue cool. Je m’étonne souvent auprès de mes amies de leur constance à s’enticher, à tomber amoureuse, de loulous sans colonne vertébrale, inconsistant, fort en bouche et beaucoup moins dans l’héroïsme du quotidien.

 

Le roman d’Isabelle c’est du Saporta, sans fioritures, quand elle baise elle baise, quand elle pleure elle pleure, quand elle flippe elle flippe, c’est du cru, du très cru, elle ne brosse pas son portrait à son avantage.

 

Les bonnes âmes, les faux-cul, les hypocrites, et je ne parle pas des margoulins du vin, vont s’offusquer de cette mise à nu, de ce politically incorrect, grand bien leur fasse mais la narratrice ne charge pas la barque de sa bernique accrochée à son rocher, elle lui décerne un brevet de bon père, elle se dit heureuse qu’il soit le père de ses filles, elle ne se donne pas le beau rôle.

 

Sous ses grands airs de pourfendeuse, de redresseuse de torts, de chieuse, Isabelle cache une sensibilité à fleur de peau, c’est une belle personne et si, même si, elle hérisse le poil de beaucoup, bien-pensants ou simplement braves gens, elle mérite qu’on l’aime.

 

Lisez son roman, ce n’est pas du Harlequin ni du jus de tête pasteurisé, c’est du lait cru, du vécu, avec des odeurs, des pleurs, des rires, du brutal, de la tendresse, une tranche de la vie que l’on vit, ça fera du bien à certains d’entre vous, faire cuire un œuf et laver ses chaussettes ça ne tue pas l’amour et je rappelle que le mariage est avant tout un contrat civil.

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 06:00
Leclerc 2e libraire de France, après avoir fait table rase des libraires de quartier, à Plérin comme ailleurs dans notre France profonde, Michel-Édouard Leclerc se la joue pourfendeur des bobos parisiens.

L’évènement du week-end dernier sur les réseaux sociaux ce fut sans conteste l’annonce de la dédicace par François Hollande, le dernier de nos ex à la retraite qui, après avoir tué son PS chéri nous joue « vous me regretterez », de son dernier opus « Les leçons du pouvoir » au magasin E. Leclerc de Plérin samedi prochain...

 

François Hollande au Leclerc de Plérin. Après le buzz, l’hystérie pour rencontrer l’ex-Président

 

Plérin est une commune de 14 000 habitants située près de Saint-Brieuc dans le département des Côtes-d'Armor.

 

Comme de bien entendu l’Édouard Leclerc de Plérin est sis 2 rue du Grand Quartier ZAC du Plateau, hors centre-ville, au bord de la Nationale 12, au sein du Centre Commercial des Baies d’Armor – j’adore la poésie des noms de ces mochetés qui défigurent les entrées de nos villes et de nos gros patelins – où tu peux garer ta  bagnole gratos sur des parkings qui fleurent bon le bitume, où tu peux te régaler chez Mac Do, acheter ton tournevis chez Brico-Déco, flamber ton pognon dans une chiée de boutiques tassées les unes à côté des autres sans trop te bouger le cul.

 

C’est beau ! On me dit dans l’oreillette que c’est ainsi que l’on gâte les classes populaires à la bourse plate, que Michel-Édouard qui, entre-nous n’a aucun magasin, est le bienfaiteur post-moderne des gueux, des péquenots, de la France profonde, des vrais gens, que quiconque raillerait ce grand propagateur de culture serait qualifié de bobo parisien.

 

Que le pépère Hollande, pour occuper ses jours sans fin, aille dédicacer son bouquin à la foire aux boudins de Romorantin ou au Leclerc de Plérin « Ça m'en touche une sans faire bouger l'autre » comme aimait le dire un autre grand Corrézien d’adoption : Jacques Chirac.

 

En revanche, ce qui me gonfle, c’est que le pompier pyromane, le mec qui a muré les petits commerces, libraires compris, des centres-ville, en profite pour se draper dans les brailles d’un grand défenseur de la culture, le MEL qui loge à Paris, en met des louches « Je rappellerais aux arbitres du bon goût qui éructent que E. Leclerc est le deuxième libraire de France (eh oui...), que près de 1.500 libraires professionnels travaillent passionnément dans nos 215 Espaces Culturels, que l'enseigne soutient chaque année plusieurs dizaines de festivals de grande réputation (y compris La Folle Journée de Nantes pour la musique classique), organise ses propres manifestations (le programme du Festival Culturissimo cette année est exceptionnel et mobilise 35 artistes dans 50 villes de province !) et qu'elle fait connaître chaque année de jeunes auteurs avec ses différents Prix Landerneau. »

 

Dans le même temps, à l’instar de nos sénateurs grands défenseurs de nos territoires ruraux, qui pleurent des larmes de crocodiles sur l’état des centres-ville qu’ils ont joyeusement contribué à dépeupler en accordant des permis de construire à la GD, si on proclame, comme ma pomme qui les achète chez des libraires-indépendants, on est bien sûr un bobo parigot tête de veau.

 

Si c’était risible je rirais mais verra bien qui rira le dernier puisque la GD des hypermarchés bat en retraite pour envahir les trottoirs de Paris – suivez mon regard à propos de trottoir – et que le Michel-Édouard est à la traîne. Faut dire qu’ils ont les pétoches les grands prédateurs de la GD face au grand méchant loup de la toile Amazon. Vont peut-être se faire bouffer, adieu vaches, cochons, couvées.

 

MEL qui est,  en dehors d’être un bon collecteur de royalties tirées de la tonte des moutons, un grand communiquant conclut son papier par un flamboyant « Foi de breton, laissez-moi rappeler que l'élitisme est un « ringardisme »! »

 

Comme nous le disions dans la cour de l’école Sainte-Marie de la Mothe-Achard « C’est celui qui dit qui est… »

 

Pour le père François, qui ne sait plus quoi faire pour remonter à la surface, un conseil d’ami : le week-end prochain c’est la Pentecôte, alors pourquoi pas, comme l’autre François de Jarnac, ne se payerait-il pas une petite montée de la Roche de Solutré, c’est en Bourgogne près de Macon.

 

Ça aurait quand même plus de gueule qu’une dédicace de ton bouquin dans la galerie commerciale de Plérin, une bonne suée, le grand air, le souvenir de Montebourg, le buzz quoi !

 

Je suis taquin, je n’y peux rien…

 

Détail j’ai arpenté une seule fois un espace culturel Leclerc, c’était à Clichy-sous-Bois, j’étais en avance pour un rendez-vous au siège de Danone-lait, quelle tristesse que ces allées sans âme, sans âmes qui vivent, c’est ça le monde de MEL, désolé je n’aime pas !  

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 06:00
Si vous le permettez Me Éric Morain Associé – Carbonnier Lamaze Rasle & Associé, en tant que procureur, je vais charger la barque du vin nu !

À la Bellevilloise, me dit-on, le bel Antonin, qui ne recule devant rien pour porter haut les couleurs du vin nu, a convoqué une star du barreau, j’ai nommé Me Morain, qui râle un peu parce qu’on a exilé son Palais du côté de la porte de Clichy, pourquoi pas dans une banlieue pourrie, pour être l’avocat commis d’office à la défense du vin dénommé nature.

 

Je ne sais qui fut le juge qui mena l’instruction, ni si ce sont les fins limiers de la PJ qui ont enquêté sur cet épineux dossier, a-t-on placé sur écoutes les plus enragés des vignerons, a-t-on filé la poignée de cavistes alternatifs dealers de cette drogue douce, je ne sais, mais mon petit doigt me dit, que l’Antonin a veillé pour que le dossier à charge soit aussi fin que le papier à cigarettes OCB, sigle de Odet-Cascadec-Bolloré.

 

Face à ce futur déni de justice, en dépit de ma nullité : j’ignore tout du code de procédure pénale, alors que Me Morain en est le Paganini, j’ai décidé de me draper dans l’hermine du procureur, de me lover dans la peau de Fouquier-Tinville, de me la péter grave comme Philippe Bilger, d’arborer ma belle lignée de décorations, pensez-donc commandeur du Mérite Agricole, et je n’ose citer les autres médailles de peur de me faire vilipender par les groupies du vin nu.

 

N’écoutant que mon courage, en dépit de mon thorax fracassé, je me dresserai face à cette parodie de procès pour tailler en pièces celles et ceux qui chantent les vertus du vin qui pue.

 

C’est mon côté minoritaire, rocardien non révisé qui remonte à la surface, ce parler vrai qui a valu à l’hamster jovial de n’être qu’un éternel candidat à la fonction suprême, je monte au front avec mon ridicule chassepot.

 

Quand allez-vous arrêter de faire chier, avec vos breuvages indignes de la France profonde des terroirs, ces bons gaulois qui s’échinent à pulvériser, à araser, à round-uper, à faire vivre toute une flopée de marchands du temple, à donner une belle typicité à leur jaja en le boostant à coups de poudre de perlimpinpin.

 

Ce n’est pas en faisant faire trempette à vos gonades poilues, en foulant de vos pieds mal lavés les grappes vendangées par des bobos en manque de nature, que vous tirerez la quintessence du vin.

 

Rangez vos minables mobylettes bleues, laissez la place aux escadrilles de Rafale qui font tomber un tas de blé dans le trésor public, allègent l’abyssale dette, font triompher sur tous les continents notre nectar national.

 

On s’en bat les couilles de votre pur jus de raisin fermenté, au nom de la liberté inscrite au fronton des mairies nous revendiquons le droit de nous jeter derrière la cravate de la colle de poisson, de la gélatine, de la poudre de tanins, du tartrate de calcium, du citrate de cuivre, des copeaux de chêne, des bouts de planche, de la résine de pin d’Alep, de l’acide lactique, du bisulfite d’ammonium, j’en passe et des plus crades.

 

Me Morain ne jetez pas le bébé avec l’eau du Bain, Alexandre bien sûr, l’insurgé de Pouilly fumé, qu’est-ce qu’il fume d’ailleurs, la moquette, certes vous avez terrassé, tel l’archange Gabriel, l’hydre de l’INAO, mais bordayl, ne nous faites pas chier, nous les bons Français, les héritiers du vieux maréchal pour qui la terre ne mentait jamais.

 

Franchement votre vin d’évier qui pue, qui sent la bouse de vache, la serpillière mal essorée, la souris, les pieds mal lavés, le bouiboui, vous n’allez pas nous en faire tout un fromage qui pue à la manière de ce gros tambour de Périco Légasse.

 

Vin de France mon cul !

 

Je sais bien que vous allez me rétorquer, même twitter, Terroirs outragés ! Terroirs brisés ! Terroirs martyrisés ! Mais terroirs libérés par une armée de va-nu-pieds !

 

À quoi bon m’époumonerais-je lors qu’il fait si beau dehors, que les filles sont belles, que l’amour me tend les bras ?

 

Comme je n’ai aucune chute à ce réquisitoire sans queue ni tête je vais de ce pas me payer un Pet’nat bien frais de derrière les fagots, dire merde à la reine d’Angleterre et Mélanchon qui fait la fête à Macron, brailler que les bourgeois plus ça devient vieux plus ça devient con…

 

Acquittez donc le vin nu je n’en ai rien à cirer !

 

Sitôt bu sitôt pissé, telle est ma devise !

 

Me Morain votre tâche est aisée, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

 

Bons baisers de partout et bonjour chez vous      

 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 06:00
Opus One « « Venez en caleçon si ça vous chante mais venez... » Philippine de Rothschild.

21 août 2006, août s'enlisait dans le crachin et la grisaille alors je fis la grasse matinée et ce samedi après-midi j'ouvris mes boîtes d'archives et je triai : les invitations, les photos, les coupures de presses, les cartes tricolores, les menus...

 

Je suis un conservateur. Aucune nostalgie, rien que des traces du temps passé, la remontée en surface de souvenirs et, bien sûr, l'occasion d'alimenter ma chronique : pire que le sparadrap de Tryphon dans Tintin et Milou ce Berthomeau...

 

Chaque Ministre est flanqué d'une secrétaire particulière chargée notamment de gérer son agenda. Françoise, l'une d'entre elles, débarquait souvent dans mon bureau pour me demander à propos d'une invitation ou d'une intervention : on fait quoi ?

 

J'aurais été un excellent chambellan chargé des menus plaisirs à la Cour du Roi. Ce jour-là il s'agissait d'une invitation  de la baronne Philippine de Rothschild au dîner Opus One le 11 octobre 1988.

 

Réponse : « Excuser le Ministre ! »

 

Nous étions hors délais, alors j’empoignai le téléphone pour appeler l’assistante de la baronne. Je tombai sur elle, si je puis me permettre cette expression un peu cavalière, je peux car Philippine, ancienne comédienne, ne faisait pas de chichi. Je me fis diplomate, en pure perte, je me vois enjoindre par la baronne de venir en lieu et place du Ministre. Je tente une dernière parade : je me déclare allergique au costume de pingouin pour me voir répondre du tac au tac : « Venez en caleçon si ça vous chante mais venez... » On ne résiste pas à Philippine de Rothschild. J'y suis allé, dans l'Airbus spécial très people parisien, en costume cravate et j'ai craqué.

 

Oui j'ai craqué face au gâteau de nouilles Mérilda une pure merveille pour moi qui suis capable de faire des folies pour un plat de pâtes au beurre. Mon seul vice (rires) même que pour mes premières épousailles la famille m'offrit un carton de nouilles Rivoire et Carret (Ha, Robert Skalli pourquoi avoir abandonné Rivoire et Carret).

 

Je salive en écrivant. Pour l'histoire, avec un h un peu plus majuscule, ce dîner illustra pour moi l'irruption du Nouveau Monde dans l'univers  « ça ne se fait pas cher ami » de Bordeaux et de ses environs : mes voisins et voisines de table s'en étouffaient presque en voyant ces yankees volubiles aller et venir sur l'estrade avec force de gesticulations et du parler yankee sonore et bruyant.

 

Un vrai régal, même si je m’emmerdais ferme pendant toute la soirée. Ainsi débuta une relation privilégiée avec Philippine, elle m’aimait bien, elle fut une lectrice assidue de mon blog.

 

Elle amplifia les ambitions du baron Philippe qui, lors de son arrivée à Mouton à l’âge de vingt ans, en 1922, décida de mettre le millésime 1924 en bouteilles à la propriété, un exemple que les plus grands crus de Bordeaux allaient suivre rapidement.

 

« Cette innovation imposa d’accroître les capacités de stockage sur place : en 1926, le baron fit donc construire le “ Grand Chai” (100 mètres de long), dont la perspective saisissante demeure une attraction majeure de la visite de Mouton.

 

En 1933 il racheta le château voisin de Mouton d’Armailhacq, cinquième cru classé, rebaptisé aujourd’hui Château d’Armailhacq et avec lui la maison de commerce à partir de laquelle il a créé Mouton-Cadet, la plus grande marque de Bordeaux. Mouton-Cadet a d’abord été le second vin de Mouton-Rothschild, avant de devenir très rapidement autonome (le second vin s’appelle maintenant Le Petit Mouton de Mouton-Rothschild). »

 

« Il n’est pas exagéré de dire que Mouton-Cadet est la plus grande réussite de marketing du XXe siècle dans le domaine du vin. En 1970, le baron Philippe acquiert encore le Château Clerc Milon, cinquième cru classé situé sur le terroir de Pauillac entre Lafite et Mouton. Vers la fin de sa vie, enfin, en 1983, le baron Philippe a créé en Californie avec Robert Mondavi “ Opus One ” un grand cru fait aux États-Unis avec le savoir-faire bordelais. »

 

 

Comment Mouton-Rothschild devint un premier cru classé ou la vie et l’œuvre du baron Philippe de Rothschild

Rédacteur : Laurens DELPECH

Le jaune et le rouge

Revue des anciens de Polytechnique

ICI

 

Je vous joins le menu frappé des profils de Philippe de Rothschild et de Robert Mondavi, le logo d'Opus One :

 

Dîner mardi 11 octobre 1988

 

Homard au safran

 

Grenadins de veau à la Girondine

 

Gâteau de nouilles Mérilda

 

Fromage

 

Glace au rhum sauce chocolat

 

 

Robert Mondavi Chardonnay 1985

 

Opus One 1985 1984 1981

 

Château Rayne Vigneau 1943

 

 

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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 06:00
Me voilà contraint à être aussi sobre qu'un chameau : pour 1 ancien pensionnaire du service de pneumologie de l’hôpital Cochin, privé de vin, je ne manque pas d’air…

Dans ma Vendée profonde refuser de prendre un petit verre, de trinquer, relevait de l’injure aux bonnes manières locales, d’une muflerie entre mâles, les femmes, elles ne buvaient pas, sauf du café bouillu, tout comme ne pas faire une rincette à la goutte dans sa tasse de café sucré était un marqueur de l’appartenance au monde viril.

 

Dans le patelin, où, comme le notait Catherine Bernard, le ratio  nombre d’habitants par café frôlait le record du monde, bizarrement, les hommes qui les fréquentaient en semaine, le dimanche après la messe étant l’exception tolérée, étaient pointé du doigt, classés comme des pochtrons et surtout des fainéants.

 

Chez moi on ne poussait pas les visiteurs à boire, c’étaient le plus souvent des clients de mon père qui venaient régler leur note, on se contentait du geste, le clan des femmes n’aurait pas toléré de la viande saoule au Bourg Pailler.

 

« Chez nous les hommes ne boivent pas… » disait mémé Marie, ce qui signifiait qu’ils ne se pochtronnaient pas, jamais je n’ai vu ni le pépé Louis, ni son fils Arsène, mon père, saouls, ça dû leur arriver mais ils devaient cuver leur vinasse avant d’avoir le droit de rentrer.

 

L’accès au verre de vin relevait du rite initiatique et, pour les garçons, les filles ne buvant pas, ce rite se déroulait lors du conseil de révision qui se déroulait à la mairie du chef-lieu de canton, en l’occurrence la Mothe-Achard, mon bled de naissance.

 

Le conseil de révision

 

 

« Avant d’effectuer leur service militaire, les jeunes sont sélectionnés lors du conseil de révision. Un rituel particulier et qui fait aujourd’hui sourire.

 

Jugez plutôt ! La scène se passe dans la mairie du chef-lieu de canton : pour les passerands à Saint-Gervais donc. Les jeunes de 18 ans sont convoqués pour être mesurés, pesés, observés dans le détail : dentition, vue, infirmités diverses, ceci devant un médecin militaire avec les gendarmes pour assesseurs. Mais le plus surprenant est que les garçons défilent en tenue d’Adam devant une très officielle commission composée des maires, du conseiller général, de l’adjudant de gendarmerie entre autres (ce sont des hommes évidemment). »

 

« Après examen du cas, si tout se passe normalement, la formule prononcée est « Bon pour le service ». Les recalés sont généralement un peu malheureux… Une époque révolue ! » (Traditions et évolution de Passy, p. 137)

 

« Dès la sortie, les jeunes, décorés de cocardes tricolores, de rubans, et coiffés de chapeaux se rendent dans un des bistrots du bourg où ils prennent souvent leur première « cuite ». Parfois même, certains font une « excursion » dans une ville voisine pour une séance d’amours tarifées. Les jeunes ne sont pas les seuls à passer le conseil de révision, les étrangers qui deviennent français par naturalisation sont soumis à pareil traitement jusqu’à l’âge de quarante ans. Toutefois, ils n’effectueront pas leur service militaire pour charge de famille. » (Traditions et évolution de Passy, p. 137)

 

Mon frère aîné, Alain, passa le conseil de révision dans cette tenue, pas moi, lui fit son service militaire en Algérie, sur un piton rocheux surveillant la ligne Morice électrifiée qui séparait la Tunisie de Bourguiba, favorable aux fellaghas, de l’Algérie française, moi je fis mon service national comme coopérant dans l’Algérie de Boumediene, à l’Université de Constantine, non loin de Guelma, la base arrière du régiment de mon frère.

 

Enfant, puis adolescent, en dehors de la piquette du pépé Louis colorant mon verre d’eau, le vin n’entrait pas dans ma ration alimentaire, et lorsque vint l’âge adulte, avec mes copains, au bistrot pas question de descendre une fillette, nous étions les enfants du non alcool, non par dégoût mais parce que pour nous cette consommation s’assimilait au monde des péquenots que nous ne voulions plus être.

 

J’ai donc accédé au vin quotidien sur le tard, à Nantes, étudiant, je me tapais des petits rouges avec des œufs durs au bar qui faisait face au journal La Résistance de l’Ouest, devenu Presse-Océan, ouvert toute la nuit, mais c’était juste pour me la péter rebelle que par goût personnel.

 

En Algérie, où il était officiellement proscrit par le régime, lors de nos fêtes entre expats, auxquels participaient des collègues algériens, nous carburions à la cuvée du Président, étrange duplicité des autorités qui toléraient cette dénomination d’un produit sacrilège. Là encore le vin n’était qu’un vecteur du lien social.

 

 

De retour, installé à Paris, dans le quartier de Buci, rue Mazarine très exactement, au-dessus de la librairie Gründ, dans un minuscule appartement à deux pas des Beaux-Arts, le budget était serré, le vin n’était pas une priorité. Pourtant, travaillant au Ministère de l’Agriculture, je m’aperçus que le monde du vin, celui des VCC, y occupait une place à part et un jour je me rendis chez le caviste de référence à Paris, Nicolas.

 

C’était au temps où cette maison était gérée à l’ancienne avec des cavistes qui faisaient le métier. Je m’initiai donc avec lui et je reparti avec ma première bouteille : un Saint-Georges d’Orques qui à l’époque était un brave VDQS.

 

 

« Dans la longue histoire viticole Languedocienne, Saint Georges d’Orques est incontestablement l’appellation dont la notoriété est la plus forte et la plus ancienne. Elle entra véritablement dans l’histoire en 1787 quand Thomas Jefferson, ambassadeur et futur président des Etats-Unis la remarqua et demanda à son ministre des Finances de réduire les droits de douane des vins de Saint-Georges car, expliqua-t-il, le développement de la consommation des vins de qualité est le meilleur moyen pour lutter contre l’alcoolisme. »

 

Jean-Pascal Antherrieu a vinifié son premier millésime en 1981, « en même temps que Mitterrand » mais c’était alors en tant que tout jeune directeur de la cave coopérative de Murviel, fraîchement diplômé en œnologie. L’inexorable mouvement de concentration des coopératives à l’aube du XIXe siècle l’a ramené, un quart de siècle plus tard, à la case départ à Montarnaud. Avec les 3 hectares de son père plus quelques vignes en fermage. « Ce que d’autres ont mis 30 ans à bâtir, j’ai dû le faire en 10 », dit-il sans forfanterie. Il gère aujourd’hui 34 hectares (la moitié en fermage) dont il vinifie un cinquième de le production, le reste étant confié à une coopérative. « Je ne vois pas l’intérêt de vinifier soi-même si c’est pour vendre en citerne ! ». Autrement dit, il vinifie ce qu’il vend en bouteilles, et inversement. Dont deux hectares d’AOP Saint-Georges-d’Orques à Murviel. « Je connais bien le terroir, la fraîcheur des vins, j’y crois, et c’est un joli nom ! ». Il a s’y faire une place. Avec l’appui d’un commercial, il vend toutes ses bouteilles sur le marché local, à Montpellier, sur le littoral. Il a aménagé récemment un moderne caveau de vente dans la maison de son grand-père. L’humilité n’enlève rien à la volonté de réussir.

 

Tout ça pour vous dire que j’ai accédé au vin, non par passion, mais pour des motivations sociales. Je ne suis pas un fou de vin, même si sur le tard, avec les vins nu, j’ai accédé au vrai plaisir du vin.

 

Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie de buveur de vin, même je passe mon temps ici à le faire, mais me contenter de dire que la sobriété, à laquelle je suis soumis en ce moment,  ne me pèse pas. Je ne suis pas addict.

 

Pour terminer cette chronique je vous offre un florilège de citations sur la Sobriété :

 

« Elle lui lança Monsieur vous êtes ivre qui se voulait cinglant, à quoi il répliqua aussitôt d'un ton placide : et vous madame, vous êtes laide, mais moi au moins demain je serai sobre. »

 

« Donc, une femme sans besoins. C'est assez rare pour le signaler. Une sorte de père de Foucauld, aussi sobre qu'un chameau, silencieux qu'un serpent, impassible qu'un rhinocéros. » 1965. Le Tigre entre en piste

 

« Même s'il semble improbable de redevenir sobre comme un chameau en une seconde après avoir ingurgité un litre de tequila, c'est pourtant ce qui arriva à Harry Truman. »

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson

 

« J'ai toujours remarqué que les gens faux sont sobres, et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des âmes doubles. »

Julie ou la Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau, éd. Barbier, 1845, partie I, lettre XXIII, p. 84 - Rousseau

 

« Je voudrais voir un homme sobre, modéré, chaste, équitable, prononcer qu'il n'y a point de Dieu : il parlerait du moins sans intérêt. Mais cet homme ne se trouve point. »

Les Caractères - La Bruyère

 

« Pétrarque, lord Byron, Hoffmann et Voltaire étaient les hommes de leur génie ; tandis que Rabelais, homme sobre, démentait les goinfreries de son style et les figures de son ouvrage. .. Il buvait de l'eau en ventant la purée septembrale, comme Brillat-Savarin mangeait fort peu tout en célébrant la bonne chère. »

La Peau de Chagrin (1831), Honoré de Balzac, éd. Librairie Générale Française, 1995, Préface à la première édition, p. 47-48 - Honoré de Balzac

 

« Prenez de l'amour ce qu'un homme sobre prend de vin ; ne devenez pas un ivrogne. Si votre maîtresse est sincère et fidèle, aimez-la pour cela : mais, si elle ne l'est pas, et qu'elle soit jeune et belle, aimez-la parce qu'elle est jeune et belle ; et, si elle est agréable et spirituelle, aimez-la encore ; et, si elle n'est rien de tout cela, mais qu'elle vous aime seulement, aimez-la encore. On n'est pas aimé tous les soirs. »

La Confession d'un enfant du siècle de Alfred de Musset - Alfred de Musset

 

Le secret de la sobriété des chameaux

 

« Des chercheurs israéliens ont découvert, dans le nez des chameaux, un mécanisme unique qui leur permet de survivre, dans les difficiles conditions du désert, grâce à une hydratation extrêmement réduite. Ce mécanisme, estime le professeur Amiran Shkolnik, de l'université de Tel-Aviv, pourrait être appliqué à la structure des conditionneurs d'air conçus pour les zones arides, dont le problème le plus difficile à surmonter jusqu'à présent était justement une trop grande déperdition d'humidité (...).

 

« Alors que la muqueuse tapissant les narines humaines couvre tout au plus dix centimètres carrés, les naseaux du chameau ont une muqueuse de mille centimètres carrés entièrement utilisée par le mécanisme de la respiration. Cette membrane agit à l'inverse de la membrane humaine, qui laisse s'exhaler l'air humidifié dans les poumons. Continuellement humide, elle hydrate l'air desséché du désert au moment où il est inhalé dans les poumons mais retient en revanche cette humidité lorsque l'air est exhalé. Cette sorte de valve de sécurité permet au chameau d'économiser 68 % d'une humidité qu'il perdrait si ses narines n'avaient pas été dotées par la nature d'un tel mécanisme.

 

« Les deux savants ont découvert en outre que, alors que l'air exhalé par les humains l'est à la température du corps, le chameau exhale un air de neuf degrés plus frais (29 degrés) que sa propre température. Il reste à présent aux ingénieurs à utiliser le mécanisme reconstruit après dissection par le professeur Schroter pour améliorer la climatisation dans le désert. »

 

Avouez que pour un ancien pensionnaire du service de pneumologie de l’hôpital Cochin privé de vin je ne manque pas d’air…

 

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 06:00
Hollande François, le pompier pyromane du PS, c’est ainsi que les grands partis finissent dans une cabine téléphonique.

Je sais, les cabines téléphoniques, des ex-PTT, ont disparues du paysage de nos villes et villages, laissant la place à des marcheurs l’oreille collée sur leur smartphone. Je souris lorsque visionnant de vieux films les bons et les méchants sont obligés de faire halte dans une cabine pour informer  leurs complices pour les bandits, leurs collègues pour les keufs.

 

Le père Hollande, député de la Corrèze, président du Conseil Général de ce département longtemps fief de Jacques Chirac, a souvent été comparé au petit père Queuille, lui-même élu de la Corrèze.

 

« Il n'est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. »

Henri Queuille

 

« La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. »

Henri Queuille

 

Membre modéré du parti radical, il entre au gouvernement d'Alexandre Millerand en juillet 1920 comme sous-secrétaire d'Etat à l'Agriculture. Reconnu par ses pairs, il multiplie les portefeuilles (Agriculture, Santé, Postes, Travaux publics, ravitaillement), étant ainsi nommé dix-neuf fois ministre de 1920 à 1940. Il est le principal initiateur de la politique agricole française de d'entre-deux guerres (création du génie rural, création et organisation de l'enseignement agricole, développement technique des campagnes, etc.) ; il préside notamment la Fédération nationale de la mutualité et de la coopération agricole.

 

Il procède à la nationalisation des chemins de fer et à la création de la SNCF, et dirige l'Office national des mutilés, combattants, victimes de guerre et pupilles de la nation (1937). En 1939 il publie : Le Drame agricole : un aspect de la crise économique.

 

Républicain convaincu, conciliant avec les socialistes, il devient un proche d'Edouard Herriot, mais refuse refus de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Il est alors révoqué de ses fonctions de maire de Neuvic.

 

Fidèle d'Edouard Herriot, il officie au gouvernement de la IVe  République entre juillet 1948 et juin 1954. Etant par trois fois président du Conseil, il endigue l'agitation sociale, la montée du gaullisme et l'instabilité gouvernementale en menant une politique qualifiée d' "immobilisme", n'hésitant pas à, employer le force (en octobre-novembre 1948) et à retarder les élections ; une politique cependant qui permet à la République de se maintenir.

 

Battu aux élections législatives de 1958, Henri Queuille s'en retourne à une vie politique locale. Il transforme sa commune en station de loisirs, y crée un lycée agricole et un collège technique. Continuant son travail de mémoire entrepris dès 1944, il rassemble archives, documents, témoignages et objets sur la Seconde Guerre mondiale et la Résistance, constituant ainsi le principal fonds du musée qui porte son nom. »

 

Le Parti Radical parti dominant de la IIIe s’est éteint doucement sous la IVe, en dépit d’une personnalité forte, Pierre Mendès-France, avant d’être réduit à l’état de roue de secours pour la gauche de Mitterrand avec le  PRG du pharmacien de Villefranche-de-Rouergue, Robert Fabre, puis le veau sous la mère de la Dépêche du Midi, et, pire encore pour la droite avec un Parti radical dit valoisien, en dépit de l’essai de JSS de le revigorer, sortant des radars électoraux. Les deux se sont rabibochés : Après quarante-cinq ans de schisme, le Parti radical de gauche et le Parti radical valoisien se réunissent

 

Hollande n’a jamais été Ministre, il ne fut que le Premier Secrétaire d’un PS qui se croyait hégémonique, sûr de lui, dominateur, géant aux pieds d’argile, lesté de grands féodaux régionaux, grand érecteur de synthèses molles calfatant des courants, des écuries présidentielles, des gens qui  se détestent, se méprisent, grand bal  des faux-culs.

 

Je n’ai jamais été encarté dans ce parti mais mon estampille de rocardien agricole reconnu m’a permis de fréquenter la rue  de Solférino au sein de la Commission Agricole du Parti fief de l’intransigeant et sourcilleux Pierre Joxe avant 81, puis de Bernard Thareau que je connaissais bien pour avoir fait ma thèse de doctorat sur le cochon alors qu’il était président de la FNP, éleveur de porcs en Loire-Atlantique, puis de Georges Garot, dont le fils Guillaume sera un éphémère ministre délégué à l'Agroalimentaire dans le gouvernement Ayrault II. Il est actuellement député de la Mayenne.

 

Ce parti hétéroclite, refusant de se déclarer social-démocrate, jouait à merveille la partition : je suis pur et dur dans l’opposition, mou et conciliant lorsque je suis au pouvoir.

 

Les agriculteurs étant majoritairement conservateurs et séduits par le RPR de Chirac, la minorité gauchisante représentée par la Confédération Paysanne, cette partition se traduisait au 78 rue de Varenne par on ne déplaît pas à la FNSEA, on tient les confédérés pour des emmerdeurs ; de retour à Solférino le ton changeait on brossait dans le sens du poil nos camarades paysans.

 

Sous Hollande président, le sieur Le Foll, ancien direcab de Hollande à Solférino, appliqua la méthode avec plus ou moins de succès, et sitôt la déculottée le voilà qui repart comme le héraut de l’agroécologie. Vaut mieux en rire qu’en pleurer, ce brave Le Foll écume les médias pour nous persuader qu’il reste le dernier défenseur d’un quinquennat peu glorieux.

 

Tout n’est pas bon à jeter loin de là dans ce quinquennat, Hollande n’a pas été aidé ni par la mère Aubry et les frondeurs, ni par ce brave Ayrault, ni par le couple Hamon-Montebourg qui après avoir porté Valls à Matignon vireront sitôt casaque, ni par l’affaire Cahuzac, mais sa méthode, car s’en est une, mélange de flou et de manipulations des hommes fut un réel échec.

 

Dans ce PS bien installé matériellement, après la tentative avortée de rénovation de Rocard, sous les coups pourris de Mitterrand balançant Tapie dans ses pattes aux Européennes, la gestion pointilleuse de Lionel Jospin, premier Ministre de cohabitation de Chirac, se terminant par le coup de tonnerre de la présidentielle, je me demandais comment ce parti pourrait reprendre le pouvoir, et surtout pour y pratiquer quelle politique ?

 

Déjà, Mélanchon s’en était allé, d’abord pour faire ami-ami avec le PC, puis à son compte. Il avait compris que le porte-avions deviendrait le radeau de la méduse.

 

Les primaires du PS permirent à Hollande, fin manœuvrier d’accéder à la candidature et de faire basculer à gauche son programme, qui n’était que mollement social-démocrate, lors du discours du Bourget, œuvre du cireur de pompes de luxe Aquilino Morelle.

 

Ensuite c’est le Sarkozy de Patrick Buisson qui nous a légué un Hollande élu par défaut dans un état d’impréparation absolu.

 

Je ne vais pas revenir sur le déroulé du quinquennat mais sa chute, après l’acceptation de primaires par le sortant, la sortie de Hollande par jet de l’éponge, l’irruption de Macron sur le plateau présidentiel avec la complicité de Bayrou qui a enfin compris que la présidentielle se gagnait au centre, la déroute d’un Fillon calamiteux promis au fauteuil présidentiel, la fiasco de Hamon siphonné par Mélanchon, l’ivresse d’une possible victoire de celui-ci, l’atterrissage sur le ventre, telle une bouse de la fille Le Pen, répondit enfin à mon interrogation : combien de temps encore une telle ambiguïté pouvait-elle perdurer ?

 

La réponse vint cinglante, cruelle, presque mortelle, la maison Solférino coulait corps et bien et le PS allait rejoindre le Parti Radical au cimetière des éléphants.

 

Bien sûr, il n’est pas mort cliniquement, mais son hégémonie est derrière lui, l’union des gauches à la Mitterrand n’est pas pour demain matin, Mélanchon joue solo, le PC va lutter pour sa survie aux prochaines échéances électorales, Hamon fait du Hamon c’est-à-dire un discours séduisant sans perspectives concrètes d’alliance, ce qui reste du PS devra sauver les meubles municipaux, à Paris surtout, et les régionaux derniers bastions de sa puissance passée, ne parlons pas des Verts totalement à côté de la plaque.

 

Bref, lorsque j’entends en ce moment Hollande, qui arpente les plateaux, pour promouvoir son bouquin, je ne suis pas étonné de le voir réinvestir ses vieux habits de premier secrétaire du PS, c’est tout lui, rien que lui, boudiné dans ses costars, adepte des bons mots, faussement jovial, solitaire, étriqué, imprégné d’une haute idée de sa personne, empêtré dans une pratique politique éculée, amer, revanchard, un ex-président bien ordinaire, normal quoi, un peu minable, mélange étrange de syndic de la faillite de sa crèmerie et d’énarque tout rond, sans relief, sur lequel tout glisse.

 

Si j’écris ce que j’écris c’est que j’ai voté deux fois pour lui en espérant, sans trop y croire, qu’il saurait se hisser au niveau de la fonction. Ce qu’il  a fait avec justesse dans les heures sanglantes et difficiles pour ensuite retomber dans ses petits travers.

 

Je fus signataire du texte dit transcourants :

 

« C’est une histoire qui prend sa source en 1983. Ils sont cinq, rassemblés à Lorient, François Hollande, sorti de l’ENA trois ans auparavant, son camarade de promo Jean-Pierre Jouyet, Jean-Michel Gaillard (décédé en 2005), Jean-Yves Le Drian et Jean-Pierre Mignard, à ourdir ce que le dernier appela un «complot rénovateur».

 

La joyeuse bande, qui se fait connaître sous le nom de «transcourants», s’était fixé pour mission de «conjurer le spectre de la SFIO».

 

«Nous pressentions que le communisme agonisant et l’internationalisation accélérée des relations économiques changeraient la face du monde et ruineraient les concepts qui avaient dessiné la seconde moitié du XIXesiècle et la première moitié du XXe, se souvenait Mignard dans une tribune parue dans le Nouvel Observateur en 2007, nous explorions les chemins du réformisme, c’est-à-dire du compromis.»

 

Nous voulions éviter que la victoire de la gauche en mai 1981 ne s'achève dans un malentendu désastreux. Glacée par la brutalité du monde réel, harassée par des assauts aussi désespérés que ruineux lancés contre les citadelles financières, insaisissables car déjà mondialisées, la gauche s'enlisait. Chaque dévaluation confirmait la malédiction du marché aux yeux de ses détracteurs, et les chantres du repli national ou du choc frontal donnaient déjà de la voix. Il fallut Delors et Mauroy pour sauver la gauche, et la France, de la déroute. Rajoutons la sagesse de Mitterrand. Nous explorions les chemins du réformisme, c'est-à-dire du compromis. Rocard l'avait déjà prophétisé, mais, l'associant à sa personne, il le rendait suspect dans un parti voué à François Mitterrand, marqué de surcroît par le tropisme d'une longue compétition avec le PCF.

 

Notre objectif était simple: reforger nos convictions devant la débâcle idéologique d'un socialisme dirigiste, prémunir la gauche du cortège des petits arrangements qui suivent l'inhumation des idéologies défaites. Puisque l'anticapitalisme dogmatique se révélait impuissant à changer l'ordre des choses, il fallait se ressourcer auprès de la société en mouvement et conjurer ainsi le spectre de la SFIO.

 

Notre devise était peut-être simple, mais elle tenait à cela: comme Barrès pour la terre, nous affirmions «la société ne ment pas». Si l'on y rajoutait la méthode de «la démocratie jusqu'au bout», définition lumineuse du socialisme de Jaurès, nous étions, je crois, en avance.

 

Nous voulions amortir le choc de la mondialisation naissante, recoudre le tissu social déchiré entre les exclus et les secteurs d'élite. Dans «La gauche bouge», publié en 1985 sous le pseudonyme riche d'équivoques de Jean-François Trans, Jean-Michel Gaillard, que nous pleurerons en 2005, intitulait son chapitre «La puce et les Minguettes». Les Minguettes étaient le Clichy-sous-Bois de la France de 1985. Qu'il met parfois du temps, ce pays, à se réveiller quand personne ne lui ouvre les yeux! Quelle avarice de courage politique face à cette Marche des Beurs de 1983 dont le sens fut occulté avec application! La facture a été présentée en novembre 2005, avec les pénalités de retard en sus. Nous critiquions déjà la facilité de croire que la gauche pourrait l'emporter sans projet, par un simple effet de ressac.

 

Nous n'étions pas obsédés par l'impôt et nous prenions acte des nouveaux modes de vie. François Hollande suggérait avec une belle et juste audace d'appliquer aux héritiers choisis le même régime fiscal que celui des ayants droit protégés, bousculant ainsi la doxa fiscale et par-dessus le marché la doxa familiale.

 

Nous souhaitions un Parti socialiste européen élu au suffrage de ses millions d'adhérents et des listes transnationales au Parlement européen. Nous étions, au fond, fédéralistes pour que l'Europe participe efficacement à l'ordre du monde. Souviens-t ‘en, Jean-Pierre. Nous étions mêmes, en dernier ressort, pour les petits boulots. Ce n'est pas ce que nous avons fait de mieux, mais au moins n'élevions-nous pas de digues de pureté rhétorique contre la crue débordante du chômage. Nous débattions avec tout l'arc-en-ciel syndical comme avec les jeunes dirigeants d'entreprise. Nous ne confondions pas la rente ou la voracité de l'actionnariat et le risque d'entreprendre. Nous tentions de nous extraire de cette ambivalence des pensées ou des sentiments, cette conduite paradoxale, cette perte du contact avec le réel, bref, cette schizophrénie qui est la marque des derniers partis du socialisme industriel finissant.

 

Pour se protéger de la tentation, si facile, si alléchante, de tout jeter par-dessus bord quand la boussole s'affole, nous avions projeté d'immerger le parti dans la société, de le nourrir de ses organismes vivants, un parti aux frontières aisément franchissables. Mieux que la carte d'adhérent à 20 euros, nous avions lancé l'idée des primaires sous la plume de François Hollande. La référence au Parti démocrate américain ne nous faisait pas peur. Outre que nous y voyions l'occasion d'associer nos électeurs à la désignation du candidat, nous tenions que c'était le plus sûr des codes de bonne conduite pour la sélection des candidats. Prémonitoire... La démocratie participative, mais peu importe le nom, cette fulgurance de la campagne de Ségolène Royal, est redevable à tout cela, aux primaires américaines, aux forums de Porto Alegre, aux conclaves de la deuxième gauche, à nos universités d'été de Lorient. La germination d'une bonne idée est multiple. Nous esquissions, peut-être même sans le savoir, ce monde cosmopolite, décrit par Ulrich Beck, qui abolit les anciennes distinctions devenues invalides entre le dedans et le dehors, le national et l'international, nous et les autres.

 

Je n'oublie pas ces discussions toujours libres, sans souci de complaire, sur les communautés et le communautarisme, l'écologie et le nouveau modèle économique, les relations avec le centre déjà, ces traits d'union constants entre hier et aujourd'hui. Mais quand on relit les notes, le foisonnement des thèmes, au-delà de l'amitié vivace, le chagrin des visages disparus, l'amertume des séparations politiques, on découvre soudain que ce ne sont ni la lucidité ni la vision qui ont fait défaut pour reconfigurer en vingt ans le corps de références de la gauche. Tout était là. Mais la connaissance est un antidote bien inoffensif contre le poison lent du conformisme de la pensée et la lourdeur des positions installées. Ce sont le courage et la volonté qui ont fait défaut. C'est la modeste leçon que je livre à ceux qu'intéresse l'avenir du Parti socialiste, figure majeure de la démocratie française.

 

Signé Jean-Pierre Mignard qui a rallié Macron

 

Le Nouvel Observateur, n°2228, semaine du 19 juillet 2007

Mauvais joueur, Hollande dérape sur Emmanuel Macron
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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 06:00
Catherine Bernard, vigneronne de la Carbonnelle, fille de l’exode rural et de l’illusion qu’a été l’ascenseur social, livre avec pudeur, dans Une place sur la terre, une belle part d’elle-même.

Pour ceux qui me suivent depuis longtemps sur cet espace de liberté le nom de Catherine Bernard évoque ma vigneronne de la Carbonnelle dans l’Hérault. L’emploi du possessif de ma part n’est là que pour marquer les liens profonds d’amitié et de fidélité qui me lient à elle.

 

Son dernier opus, Une place sur la terre au Rouergue, m’est parvenu le jour où je suis rentré de l’hôpital Cochin. Je l’ai donc lu au lit.

 

Lors de son dernier passage à Paris, alors que nous déjeunions chez Giovanni Passerini, après une halte à la cave ICI MÊME qui vend ses vins, jour à marquer d’une pierre blanche puisque nous décidâmes après des années de vouvoiement de passer au tu. Catherine était ravie, dans le flux de la conversation elle me confia qu’elle avait mis sur le chantier un livre, à mon avis il était déjà écrit, où elle narrerait les raisons profondes qui la poussèrent, en 2004, à abandonner le journalisme pour cultiver des vignes.

 

J’ai lu son récit presque d’un trait et je dois vous confier que je n’ai qu’un seul mot à vous dire : LISEZ-le !

 

C’est Catherine, celle que je connais, celle que je croyais connaître sans avoir encore pénétré dans ses plis et replis intimes, à la fois pudique et sans détours, franche du collier, directe, sans concession à l’air du temps, une belle personne, sans freli-frela.

 

C’est un beau livre, un très beau livre, livre de cœur, de doutes, de franchise, d’humanité avec tout ce que ça signifie d’horreurs, de belles choses, de tristesse ou de joie du quotidien, de vies massacrées, de questionnements.

 

Ce récit, et c’est rare en notre temps où le règne tyrannique de l’instant domine, lamine, abruti, outre qu’il est bien écrit, touche au plus profond, cette part de nous-mêmes avouée ou inavouée.

 

Je vais dire un gros mot, le livre de Catherine fait réfléchir. 

 

Merci à elle.

 

Avec elle je partage les mêmes origines, nous sommes nés en des pays voisins, des bleds où  « depuis le début des années 60, c’est un seul mouvement, cadencé comme la respiration. On remembre, on mécanise, on automatise, on bancarise, on professionnalise. Un troupeau de quarante vaches laitières devient un petit troupeau. On ne travaille plus dix hectares de vignes, trente, davantage, toujours plus. On n’est plus paysan, on exerce le métier de cultivateur, de viticulteur, d’éleveur, bientôt d’agriculteur, jusqu’à celui d’exploitant agricole. »

 

« Un mot s’est glissé dans la langue, sans que l’on ait la conscience de son origine qui pourtant nous revient aujourd’hui comme une élastique dans la figure : bled.  Dans l’édition du Petit Robert de1978, avec laquelle je travaille, le bled, mot arabe, désigne dans son sens premier, « l’intérieur des terres, la campagne ». La définition se complète d’un deuxième sens, « familier et péjoratif », apparu en 1951, « lieu, village éloigné, isolé, offrant peu de ressources ». Il est illustré par cette phrase : « On s’ennuie dans ce bled ». Bled est peut-être le mot qui contient le mieux toutes les années de mon enfance et de mon adolescence pour désigner le peu et le tout. La société des adultes avait alors décrété que dans les bleds il n’y avait pas d’avenir. Puisqu’il en était ainsi, je serais journaliste, je vérifierais s’il n’y avait bin pas d’avenir dans les bleds, je comprendrais l’inexplicable, je regarderais ce qu’on ne veut pas voir, je traverserais le miroir des clichés, je témoignerais, je transmettrais. Seules la colère qui était mon carburant et l’ambition de mes parents nous avaient transmise à moi et à mes frères et sœurs m’ont d’une certaine manière tenue. Dans les années de mon enfance et de mon adolescence, on ne fuit pas une terre, on rejoint une ambition. »

 

Je suis plus âgé que Catherine et, sans aucun doute, bien plus gamin qu’elle au même âge, ma première ambition exprimée, alors que ma sainte mère me rêvait en prêtre, fut que je voulais être radioreporter sportif comme Georges Briquet sur lequel j’écrivais sur ce blog le 10 octobre 2005

 

« J'avais 7 ou 8 ans, et le dimanche après-midi j'écoutais sur Paris-Inter les retransmissions commentées par Georges Briquet. Bien des années plus tard je suis allé à la Maison de la Radio réécouter une galette du match : Nîmes-Reims. C'était le 17 novembre 1957. » lire ICI 

 

Il ne fut répondu que ce n’était pas un métier, sous-entendu que cette engeance ne faisait rien de ses mains. En écrivant ses lignes je remarque que, comme par la suite j’ai fait l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, mon pays, pour en sortir bachelier, donc sans reconnaissance d’une qualification agricole, d’ailleurs fort ténue même si j’y ai taillé la vigne, Catherine elle attendra la quarantaine pour rejoindre les bancs d’une formation viticole.

 

Elle, au moins, elle a fait quelque chose de ses mains, ça aurait plu au pépé Louis.

 

Bref, même terreau entre elle et moi, même communauté, certes à chacun son destin mais, nous devions un jour nous rencontrer, j’en suis intimement persuadé.

 

Même souvenir, et comme nous sommes dans le milieu du vin où l’alcoolisme populaire n’était pas reconnu par ce qui était encore, en ce temps-là, un lobby efficace et puissant, celui du gros rouge : producteurs du Midi et grand négoce de place réunis, pensez-donc le négoce avait pignon sur rue place des Vosges à Paris et le syndicat des vignerons était le cauchemar des politiques, le passage du livre de Catherine que je vais citer, est ce que moi-même j’ai vécu dans ma Vendée, deuxième département alcoolisé de France après le Calvados.

 

« Six ans est l’âge où s’était fixés les premiers souvenirs de Cédric Bellec. Son père buvait. Sa mère aussi. On buvait beaucoup dans le village de mon enfance. La figure de style désignait ainsi qu’une série d’autres pudiques euphémismes l’ivrognerie de l’ouest et du nord de la France. La mère de mon père tenait l’un des vingt-deux bistrots du bourg où j’ai grandi à quoi s’ajoutaient ceux des hameaux, soit, en étant généreuse et en comptant les femmes et les enfants, quelque chose comme un lieu de perdition pour quatre-vingt habitants. (le ratio était le même à la Mothe-Achard) Le père de ma mère les fréquentait assidûment et n’y suçait pas que des glaçons. C’est dans les non-dits et les silences qu’il faut comprendre l’aliénation de la France à l’alcool avant d’entrer dans une sorte de longue cure de désintoxication collective ponctuée de rechutes. On devait à cette aliénation (ainsi qu’à la consanguinité) toute une population d’idiots, d’imbéciles heureux, de tarés, d’épileptiques, d’arriérés mentaux, de crétins. Il semble que même le bacille de Koch avait autant fait son lit de l’alcoolisme que de la pauvreté. Le village de mon enfance avait ses idiots. Ils étaient garçons ou filles de ferme, vivaient de petits travaux ou d’une forme de solidarité familiale. Ils ne s’imbibaient pas tous eux-mêmes, mais souvent il  leur arrivait des bricoles. Ils étaient trouvés au matin dans les fossés dormant du sommeil du juste, leur Mobylette couchée à côté d’eux. Dans mon regard, ce qui les distinguait du reste de la population tenait au fait que je les voyais comme s’ils étaient nés du paysage. Ils n’inspiraient ni compassion, ni rejet, ni dégoût, ni honte. Ils étaient tels l’église, la mairie, l’école, le cimetière et les cafés puisque c’est ainsi que par chez moi on nommait les bistrots. L’un d’eux prenait souvent le car qui ramassait les élèves par grappes et nous déposait au collège sis dans le chef-lieu de canton. Il  faisait toute la tournée des villages et des hameaux, simplement pour passer le temps, et l’on ne trouvait rien d’anormal ni à sa présence ni à cette forme d’occupation. Avec le recul des années et l’œuvre déformante de la mémoire, il me semble que les idiots, et peut-être est-ce pour cela que l’on a du mal à se défaire d’une image positive de l’ivrognerie, servaient de vigie rassurante du temps, un peu comme le pic Saint-Loup maintenant pour moi. Ils nous rappelaient notre humanité. »

 

 

Cédric, une enfance de chaos et de peur.

par Catherine BERNARD — 23 octobre 2003 à 01:30 ICI

 

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