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 Vin&Cie,    

 

l'espace de liberté

   

 

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J'ai ressorti une vieille photo de mon jeune collaborateur dans les vignes du seigneur pour implorer la clémence du dieu soleil... 

 

 

 

 

 

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N°6 : derrière l'ivresse des jeunes

Derrière l'ivresse des jeunes, par Jean-Michel Dumay


Les jeunes (disons plutôt certains jeunes) boivent comme des trous. Oh ! ce n'est pas tant qu'ils consomment régulièrement (la consommation régulière serait plutôt en baisse), mais ils rechercheraient de plus en plus l'ivresse, qu'importent les flacons. Un bon quart des adolescents de 17 ans déclaraient avoir été ivres au moins trois fois dans l'année en 2005. Ils n'étaient qu'un sur cinq en 2003. Quant aux accros (dix ivresses annuelles), ils étaient un sur dix en 2005, + 50 % en deux ans.

 

Le truc qui monte, c'est donc cette "consommation de la défonce", de jeunes gens par ailleurs souvent très sobres en semaine, dans les soirées de beuverie. Les alcooliers, à l'affût, l'ont bien compris. Whisky-cola ou vodka-pomme, prémix et alcopops, avec packaging fun et accrocheur, et par ici la monnaie. L'heure est au binge drinking, à l'ivresse rapide, qui conduit à la prostration et au sommeil profond. A voir le mal partout, on pourrait dire aussi : aux conduites sexuelles à risques, aux traumatismes et aux troubles respiratoires, au coma éthylique, et parfois, au décès.

 

Pourquoi cette tendance ? Il y a quelques années, des chercheurs de Toulouse disaient en langage savant que les jeunes étaient d'abord motivés par "la découverte des vertus d'oubli et de dédoublement de soi par l'alcool", une façon d'éprouver son corps et son esprit comme n'étant pas à soi, autorisant des "inconduites" corporelles et morales. Si c'est cela, il faut dire que les jeunes Danois et Britanniques éprouvent encore davantage les vertus du dédoublement de soi que les jeunes Français, voisins sur ce terrain des pays latins. Des études européennes révèlent des ivresses six à huit fois plus fréquentes au Danemark et en Grande-Bretagne que dans l'Hexagone...

Il est tentant de rapprocher cette constatation de celles consignées par Cécile Van de Velde, sociologue ayant ausculté quatre jeunesses européennes : danoise, anglaise, française et espagnole (Devenir adulte, sociologie comparée de la jeunesse en Europe, PUF, 278 pages, 27 euros). A l'heure où la période qualifiée de "jeunesse" paraît s'allonger, où l'âge adulte perd de sa stabilité, marqué par un emploi morcelé et une conjugalité vacillante, la sociologue a identifié quatre modes d'entrée dans la vie adulte, liés au contexte socio-économico-culturel.

Au Danemark, très dans l'air du temps et de l'individualisme démocratique contemporain, on se cherche et on se trouve avant d'être adulte, et les politiques publiques facilitent cette longue construction de soi en permettant une indépendance résidentielle et des allers-retours études-emploi tardifs. En Grande-Bretagne, on s'assume et s'émancipe rapidement, plongé que l'on est dans la vie active sous les coups de boutoir d'exigences libérales, après des études autofinancées. Ces deux modèles frappent par la décohabitation familiale précoce (avant 20 ans) qu'ils exposent. A l'opposé, en Espagne, la logique d'appartenance familiale fait qu'on attend, avant de s'installer - on dirait presque : à son compte. Partir de chez ses parents implique qu'on ait d'abord trouvé un emploi, une femme ou un mari, puis un logement.

En France, note Cécile Van de Velde, les jeunes vivent dans un entre-deux : une volonté, certes, d'être indépendants (on dira plutôt autonomes), mais tout en maintenant une dépendance parentale (notamment financière, pour les classes moyennes et aisées). Tout cela avec en tête de "se placer". Car, tout est misé, investi, chez nous, sur le diplôme et la formation initiale, qui détermine de façon quasi définitive le statut social. Boire, en ce sens, permet inconsciemment à certains de l'oublier, tout en se rapprochant des Danois qui se cherchent et des Britanniques qui s'émancipent.

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