La consommation de vin en France est sur une pente descendante, et rien
n’indique que cette réduction arrive à son terme. Malgré une croissance de la population, la consommation par habitant et la consommation globale se réduisent
progressivement :
En 1970 la France comptait approximativement 50 000 000
d’habitants, et la consommation moyenne était de 109 litres de vin par habitant et par an, soit au total près de 55 millions d’hl de vin consommés en France par an à cette
époque.
En 2007 la population est de 61 000 000 habitants, la
consommation par tête de 5l,8 litres par habitant, soit au total à 32 000 000 d’hl. (source Viniflhor)
Si l’on se réfère à des périodes récentes, 1995/2007, la population croit de 0,5% par an, la consommation de vin par habitant se réduit de 1,15% par an et la consommation totale en France se réduit de
0,91% par an.
Si cette réduction se maintient dans les années avenir, nous serions en
2020 à 35 l. par habitant et par an, au niveau de l’Espagne, de la Grèce ou du Danemark en 2008, sachant que le Danemark a une croissance de consommation de vin par habitant de plus de 3% par
an.
Les déclarations de récolte de vin en France, étaient, en moyenne
quinquennale en 2001 à 57 500 000 hl. (Tous vins) La récolte 2008 est de 46 500 000 hl. soit une réduction de 19% du volume total et de 3,8% par an sur la période
2002/2007
La viticulture française doit pour équilibrer,
récolte/consommation,
- diminuer encore sa production par une réduction des rendements ha. et
de sa surface en vigne, et amplifier ce qui s’est produit ces 10 dernières années,
-et tenter de développer l’exportation de ses vins.
Mais si la valeur des exportations de vins français progresse petitement,
le volume est en régression. Après avoir connu un pic de plus de 16 millions d’hl pendant la période1997/2000, nous sommes tombés en 2004/2005 à un peu plus de 13 millions d’hl. Une légère
reprise en volume s’est produite en 2005/2006. Pour compléter le tableau, les importations de vin, ont tendance à augmenter, provenant le l’Union Européenne et aussi du nouveau monde
viticole.
Brève analyse et réflexions:
1°-La
situation des régions viticoles françaises est profondément différente. Aucune comparaison possible entre les vignerons champenois qui surfent sur la vague médiatique internationale et les
vignerons languedociens qui peinent depuis longtemps dans la mutation de leur système de production. Mais au sein de mêmes régions il y a des destinées opposées. Quoi de commun entre
« Nuits Saint Georges » et « Beaujolais » ? Ces vins peuvent porter l’un et l’autre le nom « Bourgogne » mais
leur situation économique est presque opposée. Dans le bordelais, le « Haut Médoc et ses GCC 1855, et l’AOC régionale Bordeaux sont dans des situations de différence économique
profondes.
Malgré leurs problèmes, le Beaujolais, l’AOC Bordeaux, quelques zones du Val de Loire, ou de la vallée du Rhône,
ne réduisent pas leur potentiel de production.
Le Languedoc qui possédait 430 000 ha de vigne en 1970, n’en a plus que 270 000 ha. en 2008, et les
demandes d’arrachages subventionnées sont toujours plus nombreuses, les possibilités de financement de l’UE ne peuvent les satisfaire toutes. (Le
LR. a commis quelques erreurs majeures lorsque Mariam Fischer Boel a proposé 400 000 ha. d’arrachages subventionnés, pour les réduire à 175 000 ha. devant les refus viticoles
français) Je suis convaincu que nous atteindrons en Languedoc le plancher des réductions possibles et des résistances structurelles fortes vers 200 000 ha. de vignoble et 8 à 10 millions
d’hl.. Le dynamisme, la capacité de présence sur les marchés internationaux, les coûts de production inférieurs aux autres régions viticoles françaises, l’accès, facilité par le climat, à des
modes de production respectueuses de l’environnement, la création de marques internationales, permettront au vignoble languedocien, relocalisé et adapté, et a ses vignerons jeunes et formés, de
conquérir de nouveaux marchés, face à la concurrence interne française et internationale. Les réussites commerciales personnelles de vignerons indépendants ou collectives de caves coopératives, de dénominations comme Pays d’Oc, on d’appellations locales ayant un dynamisme international et une qualité reconnue, la rive droite du
Rhône située en Languedoc, en fait partie, structureront la viticulture régionale.
Le Languedoc a constitué depuis près de 30 ans la variable d’ajustement de la viticulture française. Cette région
viticole possède encore des vignobles inadaptés, des vignerons âgés, des coopératives en fin de vie ne rémunérant plus l’activité viticole. Mais lorsque ces problèmes seront réglés, d’autres
régions devront, à leur tour, avoir cette fonction d’ajustement, si celle-ci se révèle à nouveau nécessaire, situation probable.
2°- Les
résultats économiques de la filière viticole, dans la balance commerciale française, en fait le premier poste d’exportation du pays, devant de
l’aéronautique, (hors la part de production provenant des autres pays européens). Cette situation devrait nous permettre une défense politique majeure de nos productions, à l’image des
vignerons espagnols qui ont réussi à obtenir de leur Parlement une protection, a dominante culturelle, de leur vignoble, contre les ligues anti alcooliques. En France des services nationaux et
des associations, proches du ministère de la Santé, utilisant des fonds publics importants, attaquent avec succès, la production viticole, alors que les raisons qui justifient cette attitude,
la lutte antialcoolique, ne se justifient plus s’agissant du vin, sa consommation se réduisant sans cesse. Nous n’avons pas su, jusqu’à présent, organiser de façon collective efficace, une
communication positive, à orientation culturelle, paysagère, touristique, gastronomique du vignoble français, entraînant le pouvoir politique à mettre fin à ces activités destructrices. Notre
Président actuel, très loin de ces préoccupations, et n’appréciant pas le vin, ne nous facilitera pas les choses.
3°-
Alors que ces pouvoirs publics français prétendent simplifier les contraintes administratives pesant sur les activités productives, la complexité croissante des réglementations viticoles,
multiplie les règles, les procédures, les documents a remplir et fournir, les états périodiques, les registres divers à tenir à jour. C’est en
contradiction avec les orientations de l’Organisation Mondiale du Commerce, qui exige une libéralisation générale, les excès réglementaires étant considérés à l’OMC comme des obstacles, non
tarifaires, à ses orientations.
Qui est à l’origine de cette usine à gaz administrative française, d’une complexité telle, que personne n’en
comprend l’ensemble des procédures et mécanismes administratifs, et ne peut en préciser les coûts futurs ?? Il est clair pour moi, que cette réforme n’atteindra aucun des objectifs
initiaux, simplifier l’offre commerciale des vins français, et les fiabiliser aux yeux des consommateurs internationaux. Les cahiers des charges
remplaçant les anciens décrets d’appellations ou de dénomination, ne laissent plus aucune marge de manœuvre au vigneron, à l’agronome, à l’œnologue, puisque le plus infime détail est codifié et
que des contrôles à l’initiative des structures administratives extérieures, indépendantes, seront mis en œuvre.
La politique initiée en 1936 au travers de l’INAO, par des
professionnels, entraînés par Joseph Capus, et qui est à l’origine des succès internationaux français, organisation enviée par nos concurrents mondiaux, a disparu. Des technocrates aux courtes
vues administratives, ont remplacé les gens du vin compétents, cultivés et dévoués. Désolation !!!!
4° La
crise économique mondiale 2008, dont on ne mesure pas encore toute la dimension, la complexité et les conséquences, aura une influence sur la
commercialisation et la consommation des vins français. Les milliers de millions de $ US et d’€ de pertes dont certaines impactent directement les économies personnelles de consommateurs,
auront des effets à terme sur les dépenses finales des acheteurs. Il semble que, pour le moment, ces effets sont différés, la consommation des vins continue d’augmenter aux USA, même si le
rythme s’est un peu ralenti, en France et en Europe les premiers indicateurs semblent signifier que la consommation ne diminue pas, mais que les acheteurs recherchent les premiers prix et
abandonnent les vins les plus chers. L’année 2009 sera probablement très difficile, le chômage augmentera de façon sensible, les difficultés de l’industrie et de la construction resteront
élevées, l’incertitude générale aura des répercussions sur la consommation des ménages qui mesureront leurs dépenses et augmenteront l’épargne de précaution. La note de conjoncture de l’INSEE
de décembre 2008 (www.insee.fr)
met en valeur cette incertitude sur les résultats des plans de relance français, européens et mondiaux. Incertitude qui pèse sur l’opinion publique, et freine, pour le moment les possibilités
de relance. Pour que l’opinion publique devienne moins pessimiste, il faudrait des décisions politiques internationales concernant les nouvelles règles de fonctionnement du système financier
empêchant le renouvellement de crises systémiques mondiales, et des normes climatiques adoptées par les principaux pays. Mais rien ne se fera, sans doute, avant la mise en place du futur
exécutif américain.
Jean Clavel 23/12/2008
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