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Alors que les viticulteurs du Languedoc-Roussillon se plaignent d'une reprise de la crise, l'Insee annonce une hausse des revenus des
viticulteurs français en 2007. Comment expliquer ce paradoxe ?
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Il faut relativiser. S'il y a des zones viticoles où la situation est correcte, dans d'autres, elle est dramatique, notamment dans le Midi. Certes, en 2007 les prix sont
repartis à la hausse mais il ne faut pas oublier que l'on partait de très bas, avec des cours qui ont chuté de 80% en 2004, notamment pour les catégories des vins de table et
des vins de pays. Les viticulteurs espéraient une reprise durable de la situation économique - la récolte 2007 était l'une des plus petites de la décennie en France, les cours
remontaient-, mais depuis 3-4 mois nous sommes repartis sur un trend baissier avec des stocks en augmentation dans les chais et des retiraisons plus longues.
A l'exportation, nos ventes sont défavorisées par le change euro/dollar alors qu'au niveau national, les problèmes de pouvoir d'achat des Français se répercutent sur nos ventes
de proximité. Le chiffre d'affaires au caveau, des vignerons comme des coopératives, a chuté de 30 à 35 % en mai 2008 par rapport à mai 2007. Le consommateur souffre de la
situation économique et privilégie son plein d'essence au détriment de ses achats de vin.
Les metteurs en marché profitent de cette situation pour renégocier les contrats à la baisse. Avec les niveaux de prix actuels, on estime qu'un viticulteur du
Languedoc-Roussillon perd en moyenne entre 300 et 800 euros l'hectare par an dans les catégories VDT et VDP. C'est extrêmement lourd et cela engendre des problèmes de trésorerie
énormes. Les viticulteurs du Languedoc-Roussillon sont totalement découragés et l'on s'oriente vers des arrachages massifs.
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Plus globalement, comment expliquer la crise de la viticulture française alors que la demande mondiale de vin continue de croître ?
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Le paradoxe, c'est effectivement que la consommation mondiale continue d'augmenter d'environ 1,5 Mhl par an et que nous n'arrivons pas à capter ces nouveaux consommateurs. Nous
avons, en France, une multitude d'interprofessions viticoles et il y a un vrai souci de concentration et de regroupement de l'offre pour pouvoir peser sur le marché mondial.
Nous n'avons pas les structures professionnelles et économiques nécessaires pour affronter la concurrence des pays du nouveau monde qui eux, arrivent avec des produits bien
structurés, marketés et nous prennent des parts de marché.
Il est temps aujourd'hui de passer aux actes. Il faut arrêter de penser à nos propres intérêts et créer une nouvelle dynamique pour répondre à ces nouveaux marchés. La nouvelle
Organisation de Marché du vin va nous y aider par une nouvelle segmentation et moins de contraintes au niveau réglementaire.
Arrêtons de nous mettre des verrous et de nous poser des limites, agissons ! Je pense par exemple aux copeaux, voilà des années que l'on discute de leur autorisation alors que
dans le même temps, les autres ne se posent pas la question, ils font ! Nous sommes dans un marché mondial, bien différent du contexte viticole d'il y a 15 ou 20 ans. Il est
temps de faire bouger un certain nombre de curseurs.
Nous avons fait un effort considérable de restructuration des vignobles dans tous les bassins. Nous avons des produits de qualité. Il n'y a pas de raison que l'on ne soit pas
aussi compétitif que l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Chili ou l'Argentine.
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Le Plan de Modernisation de la viticulture française, proposé par le gouvernement, est-il, selon-vous, capable de relancer la machine viticole
française ?
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Le plan annoncé par le ministre reprend 80 % des propositions de la filière. Il devrait permettre une avancée significative pour le dynamisme et la compétitivité de la filière.
La proposition de segmentation de l'offre française offrira une meilleure lisibilité pour le consommateur et pour l'exportation.
C'est donc un plan qui va dans le bon sens à condition qu'au niveau professionnel, on prenne aussi nos responsabilités. Il faut mettre en place une organisation commerciale qui
nous permette de peser sur les principaux metteurs en marché et de proposer des volumes suffisants. Plus les structures (coopératives ou individuelles) seront éclatées, plus
nous seront dans une situation de pression sur les prix.
Il faut, dans chaque bassin, créer une interprofession unique qui prenne en main sa propre restructuration. Il faut développer des ententes commerciales entre coopératives mais
aussi entre vignerons. Pour les vins sans indication géographique, une structuration de l'offre au niveau national est nécessaire pour développer une marque sous la bannière
France avec des volumes suffisants, capables de fournir le marché mondial.
A nous, avec l'aide des pouvoirs publics, de mieux structurer l'organisation et la gouvernance de la filière. Si l'on développe des projets collectifs au niveau commercial, si
l'on donne plus de visibilité à nos vins, nous sortirons de cette situation délicate.
Mais il faut aussi que le gouvernement ne nous mette pas de bâtons dans les roues, notamment en matière de promotion des vins. Comment a-t-on pu tomber dans des aberrations
comme celle qui veut, aujourd'hui, que la loi Evin néglige un nouveau support comme Internet ? Les viticulteurs ont une attitude responsable et appellent à une consommation
responsable. On demande aussi que le gouvernement ait une attitude responsable en adaptant la loi aux nouveaux outils de communication.
Propos recueillis par Sophie Caron
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