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24 novembre 2005 4 24 /11 /novembre /2005 08:44

Le poids des mots : blocus, séquestrer les certificats d'agrément, comment à Bordeaux le Conseil d'Administration du Syndicat de Défense des appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur en est-il arrivé à utiliser un langage guerrier et à se positionner hors de l'état de droit.

Les syndicats de défense de l'appellation sont le socle de notre système d'AOC : édicter et faire respecter les conditions de production tel est leur objet social, rien de plus rien de moins. S'aventurer sur le terrain économique, même si la situation des viticulteurs est dramatique, et elle l'est, et elle était prévisible, va mettre plus encore en porte-à-faux notre belle construction intellectuelle de l'Appellation d'Origine Contrôlée.

J'ai déjà écrit une chronique traitant de la manipulation des rendements d'AOC pour peser sur le volume de la production (le 24 août) et une autre sur la demande de prix minimum des vins de table et de pays (le 8 septembre) pour ne pas avoir à y revenir ce matin. En France on parle beaucoup de prévention lorsque le torchon brûle, mais quand le torchon brûle il faut éteindre le feu.

Alors soyons clair, lorsqu'il y a trop de vin, quelle que soit sa qualité, il faut soit le stocker en attente d'un retour à meilleure fortune, soit le détruire par la distillation, soit trouver un équilibre entre baisse du prix et l'augmentation des volumes vendus pour appuyer une stratégie de reconquête des parts de marché perdues, soit les trois à la fois. Mais soyons clair, c'est autour d'une table que ça peut se discuter, pas par des communiqués ou des appels à la solidarité des autres régions.

Négocier, négocier encore, négocier toujours, encore faudrait-il, en période où les tous les clignotants sont au vert, en profiter pour constuire le cadre de cette négociation, pour anticiper l'évolution des marchés, pour élaborer une stratégie France, pour dépasser les courtes vues égoïstes, pour tout bêtement se comporter en responsable...    

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23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 09:21

La France est un grand pays de colloques; le colloque expose sur une estrade surélevée une brochette d'éminents spécialistes, en priorité des chercheurs, quelques professeurs, au moins un ou deux présidents de quelquechose, en règle générale des gens qui ont beaucoup écrit sur le thème choisi. Lorsqu'il s'agit de débattre de la méthode réflexive selon Spinoza ou de " Dieu joue-t-il aux dés ? " de Ian Stewart, je trouve l'exercice plaisant, de plus la contreverse fait rage, c'est roboratif et l'on ne pionce pas après le déjeuner.

En revanche, dans notre sphère d'activité, le colloque s'apparente très souvent à une grand-messe solennelle, entre soi, on se conforte, on se rassure, alors qu'au dehors les païens adorateurs de veaux d'or et d'idoles en paillettes dans leurs 4x4 aux chrômes étincelants vont acheter leur bouftance au hard discount avant de partir sur Easy Jet se dorer au soleil pour la fin d'année...

" Ethique ou profit ? Le terroir se met à table " organisé par la Sopexa, Terroirs&Cultures, l'Université Paris-Sorbonne dans le cadre de l'Université Saveurs&Savoirs du 28 novembre au 1er décembre de 18h30 à 20h, trois questions et une volonté :

- les produits de terroir : effet de mode ou piste de développement économique ?

- produits de terroir et produits de masse : quelle coexistence dans la bataille du marché mondial ?

-terroir et marketing : le terroir est-il (seulement) un argument de vente ?

- redonner du sens auxterroirs : un enjeu économique et cuturel.

Pour les 19 conférenciers : seulement deux ne sont pas français; en dehors d'André Valadier l'homme du fromage Laguiole pas d'homme produit ; 10 chercheurs ou professeurs; que des gens éminents mais permettez-moi seulement de me demander quel est le rayonnement et l'impact de ce colloque auprès des consommateurs, tant dans notre beau pays qu'à l'étranger ( je rappelle que la Sopexa a pour objet social l'expansion de nos produits à l'exportation...)

Bon colloque à la Sorbonne ! 

  

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22 novembre 2005 2 22 /11 /novembre /2005 09:41

C'était sur Planète, la chaîne thématique, deux émissions avec Pierre-Gilles de Gennes un de nos Nobel. L'homme est séduisant, plein d'humour et de vitalité mais l'on sent l'intervieweur gèné - il n'apparait pas à l'écran - la cause, on le sent si je puis m'exprimer ainsi, c'est que le cher grand homme de science tire consciencieusement sur un petit cigarillo qui n'a de cesse de s'éteindre.

 

Au bout d'une dizaine de minutes l'intervieweur n'y tient plus, il se lance sur le thème " ce n'est pas politiquement correct de s'afficher cigarillo au bec " Notre Nobel s'y attendait et sa réponse, elle aussi politiquement incorrecte, est à méditer par ceux qui veillent avec le soin des comptables sur notre santé.

 

Pierre-Gilles de Gennes raconte que, jeune chercheur, dans le laboratoire où il se trouve, un de ses patrons parti à la retraite, travaillait pour la Défense Nationale et, un jour, une femme de ménage se présente en tenant dans ses bras un obus amorcé qu'elle a découvert dans le fond d'un placard. La réaction des présents est intéressante. La quasi-totalité prend la poudre d'escampette. Reste de Gennes, la femme de ménage et un ou deux collègues qui assument le risque que l'engin leur pète à la gueule.

 

Assumer le risque, ne veut pas dire faire n'importe quoi, en l'occurence se soumettre à la tabagie ou pour nous à l'ivrognerie, mais faire des choix de vie, de sa vie et, n'en déplaise aux grands professeurs ou à ceux qui se sont autoproclamés défenseurs de notre santé, celle-ci ne leur appartient pas et qu'une politique de Santé Publique fondée sur des analyses tronquées ou des actions de pure communication ne peut qu'être inefficace. S'attaquer aux causes profondes, protéger les populations à risque, ne pas instrumentaliser les produits mais voir le monde tel qu'il est permettrait sans doute de progresser sans pour autant mettre au ban de la société des hommes et des femmes qui, même si le mot est désuet, par leur labeur font que notre pays tient encore vivant son territoire. 

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21 novembre 2005 1 21 /11 /novembre /2005 08:56

La remise en ligne samedi d'une de mes chroniques : " Mobylette " a déclenché un match classique entre le Languedoc et Bordeaux sur la responsabilité de la crise et surtout sur qui va en supporter les conséquences.

Je ne reviendrai pas sur l'analyse, le rapport que j'ai commis en 2001 reste d'actualité, en revanche ce matin je souhaite couper les pattes à un sale petit canard que certains esprits mal intentionnés ont lâché dans le débat qui a fait suite à la note d'orientation " Cap 2010 ".

La proposition de créer un vin des cépages de France, assemblage issu de cépages produits et agréés, partait du constat que pour reconquérir les parts de marché perdues à l'export il fallait associer trois identifiants forts : France, cépages, marque...

Alors disons le tout net, si " les faiseurs de miracles " ou " les vendeurs de discours " veulent s'engoufrer dans l'élaboration de ce nouveau produit pour faire de la bistrouille, recycler des excédents ou des vins d'AOC déclassés, mieux vaut fermer la boutique tout de suite et faire un autre job.

Pour ceux qui ont pris la peine de lire "Cap 2010 " je rappelle qu'une de ses propositions centrales, en plus du partenariat et de la gestion par bassin était : l'affectation des hectares. Si nous voulons préserver notre potentiel de production il faut être en capacité d'élaborer à partir de nos raisins tous les produits qu'attend le marché. Pour ce faire il faut gérer dans la transparence et l'efficacité économique la mixité de notre vignoble...

Qu'on ne vienne pas me dire, qu'au début du XXI ième siècle, à la condition de simplifier et de clarifier les strucutures administratives publiques mais aussi professionnelles, que ce chantier ne peut être ouvert...

bistrouille : dans le langage populaire parisien du début du XXième c'est du mauvais vin trafiqué...   

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19 novembre 2005 6 19 /11 /novembre /2005 09:15

Cette chronique a été mise en ligne le 7 juin 2005

" Ma mob bleue ciel, son siège biplace, son son de meule... rassurez-vous je ne vais pas ce matin vous tartiner un petit morceau de mes souvenirs d'adolescent mais utiliser cet engin mythique des années 60 pour m'interroger sur notre volonté d'assumer notre statut de pays leader mondial des vins.

Tout d'abord est-il bien raisonnable d'en arriver à "brûler" plus d'un million d'hl d'AOC pour produire de l'alcool de carburation pour les mobylettes de Brasilia ou de Pékin ? Ceux qui ont combattu le projet d'assemblage des cépages de France préfèrent sans doute détruire une matière première coûteuse, l'avilir, plutôt que d'envisager d'en faire le support d'un vin adapté, support d'une marque, fer de lance de la reconquête des consommateurs...

Ensuite, ceux qui appellent aujourd'hui de leurs voeux l'émergence de groupes en capacité d'exporter des volumes importants doivent comprendre que seule la gestion de grands bassins de production assortie d'une politique contractuelle pour générer une ressource stable est le socle d'investissements à moyen terme : le pilotage par l'aval ne peut se concevoir dans un amaont nébuleux qui fait du vin et attend l'acheteur. Pour les produits de consommation de masse en rester à l'imagerie du vigneron à mobylette conduit une grande part de notre vignoble à l'arrachage...

C'est un choix, encore faudrait-il avoir le courage d'en poser clairement les termes. 

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18 novembre 2005 5 18 /11 /novembre /2005 11:03

Nos voisins belges sont de grands amateurs de vin, de vins français tout particulièrement. Alors ce matin pour leur donner un petit coup de chapeau j'ai détourné une histoire belge qui se promène sur l'internet en la cuisinant en sauce avec du vin français.

" Nos parts de marchés à l'exportation ont encore chutée cette année... Déclaration officielle du porte-parole de la French Wine Industry : " y'en a marre de ces pirates qui téléchargent du vin français sur l'Internet ! Nous allons contre-attaquer devant les tribunaux... "

Comme le disait la marionnette deMichel Denisot aux Guignols de l'Info sur Canal + :  Désolé !  

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17 novembre 2005 4 17 /11 /novembre /2005 11:01

Il est de bon ton dans les cercles d'esthètes détenteurs du bon goût de brocarder le Beaujolais nouveau. Dans notre beau pays la réussite est toujours un peu suspecte, surtout celle des autres. Moi je dis chapeau à ceux qui, pionniers, ont bâti avec ténacité et professionnalisme ce succès.

Bien sûr ce Beaujolais nouveau, en jean et chemise ouverte, manque pour les maîtres des étages élevés de quartiers de noblesse, il est trop gouailleur, il hume l'air du temps, certes parfois il s'égare un peu sur des chemins de traverse, mais plein de vitalité il retrouve vite son style canaille, sans prétention, c'est un teufeur, un bon ambassadeur du vin de France pas collet monté pour un sou.

Et puis, avant d'aller chez l'ami Jacques Dupont fêter le nouveau venu, je voudrais dire à ceux qui vivent de leur plume -j'en suis- que l'art de la critique ne s'apparente pas à une entreprise de démolition... Dites nous ce que vous aimez, ça suffira largement à notre pti bonheur de buveurs de canons. Pour le reste, accordez-nous cette confiance, nous sommes assez grands pour faire le tri entre le bon grain et l'ivraie...

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16 novembre 2005 3 16 /11 /novembre /2005 10:07

Je suis heureux d'accueillir parmi les abonnés de "Vin&Cie", un bon ami, un ami du vin, Bourguignon et fier de l'être, François, Fanfan pour les intimes. Comme cadeau de bienvenue je lui offre ce passage du " Tour de la France par Deux Enfants " Cour Moyen par G.Bruno.

"On quitta Mâcon de grand matin, et nos trois amis, de la voiture même, assistèrent aux travaux de vendange. Sur le flanc des collines on ne voyait que des vendangeurs et vendangeuses allant et venant, la hotte pleine de raisin.

Ailleurs, on apercevait des vignerons qui, à l'ancienne manière, piétinaient le raisin qu'on venait de cueillir. Ils foulaient gaiemant du pied les grappes mûres.

- Voyez-vous ces hommes ? dit M.Gertal : ils sont en train de faire le foulage des raisins. Ils laisseront ensuite tout ce jus fermenter pendant plusieurs jours. Puis on le tirera par le fond des cuves pour le faire couler dans les tonneaux. Alors il sera devenu clair. Ce sera le vin doux.

- Monsieur Gertal, est-ce que partout on écrase ainsi le raisin avec les pieds pour faire le vin ?

- Non, mon ami ; il y a beaucoup plus d'endroits où on se sert d'un fouloir, ce qui vaut mieux.

- Monsieur Gertal, à l'école de Phalsbourg, on m'a dit que la France produit les meilleurs vins du monde et que la Bourgogne est une des plus riches provinces de France..."

Bonne journée à tous.

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15 novembre 2005 2 15 /11 /novembre /2005 00:00

Ce matin il fait un frisquet léger, la lumière est fine, j'ai mis mes gants. J'aime ce temps et je pédale dans la bonne humeur. Que vous écrire ce matin ? Une petite idée me trotte dans la tête depuis plusieurs jours mais la météo molle et doucereuse m'en faisait différer l'accouchement.

Aux premiers frimas des envies de " vin chaud " me prennent, pas le matin bien sûr, mais le soir venu avant de rentrer at home ou en sortant du ciné. Mais le  bon "vin chaud " est un produit rare sur la place de Paris. En effet, la préparation du " vin chaud " nécessite beaucoup de soins. Tout d'abord il faut choisir le vin ad hoc, rond et soyeux, le porter à température avec douceur, adjoindre les ingrédients : sucre roux, canelle, zeste d'orange en des proportions harmonieuses. Et puis il faut le servir dans un verre épais, genre mazagran.

Bon, si vous ne me voyez pas venir c'est que vous n'êtes pas bien réveillé : à quand une opération nationale " le vin chaud des frimas " dans les cafés, à l'instar de la bière de Mars, opération déclinée régionalement, avec set de verre, verrerie au logo de l'opération, petit dépliant etc... Oui mais ça coûte des sous me rétorquera-t-on. Cien bur mais sans vouloir être mauvaise langue, des sous y'en a, mais on préfère les affiches dans le métro ça fait plaisir aux communicants. On va me dire que c'est ringard. Non si l'opération est menée avec des codes "nouveau produit " et un zeste d'humour... Dernier point les ligues de vertu n'apprécieront pas. Qui puis-je ?   

 

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14 novembre 2005 1 14 /11 /novembre /2005 00:00

Un de mes lecteurs m'écrit - c'est un courrier postal - car un article d'Eric Conan, "Histoires de crus " dans l'Express des 3-9 novembre, page 96, l'a fait bondir. En introduction EC reprend une citation de Raymond Dumay " Il n'est pas étonnant que les éditeurs d'essais accueillent les débats autour du vin : création culturelle, " seul grand produit inutile de la planète " selon la belle définition de Raymond Dumay..." 

En ce moment je suis plongé dans "L'empire Gréco-Romain" de Paul Veyne et "L'histoire de l'Italie" de Pierre Milza, et la trilogie : blé, huile d'olive, vin est omniprésente comme richesses de la production et des échanges. Au travers du temps, vin médicament, vin aliment des classes laborieuses, vin expression des élites, vin partie prenante du régime alimentaire méditerranéen, vin en passe de devenir le meilleur vecteur de la mondialisation... Oui, le vin est utile cher lecteur, à la seule condition de lui laisser vivre sa vie sans le confiner dans un mausolée culturel

Mais le vin est aussi merveilleusement inutile que le fard des femmes, leurs ongles carminés ou leurs cheveux teints ( ces messieurs y viennent aussi ) et pourtant les historiens nous disent que dans leurs cavernes les femmes se maquillaient. Que serait un monde avec des femmes blêmes! Alors vive le vin ludique, qui ne sert à rien, si ce n'est à rire, à refaire le monde, à rêver, celui de nos fêtes, celui des jours heureux, mais aussi des jours un peu plus pâlichons. Qu'importe ! Cessons  de  nous excuser auprès de ceux qui veulent notre bonheur, cachés derrière leurs statistiques, ceux qui nous disent " abstient toi ", ceux qui bordent nos vies...

Le vin, ce jus fermenté du raisin, ne créé ni l'angoisse, ni le stress, ni l'extrême solitude de beaucoup de nos concitoyens alors cessons ces combats à la française, bloc contre bloc, qui ne mènent à rien d'efficace mais qui entretiennent les ultras des deux bords...

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