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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 09:32

" Coca Cola achète The Taylor Wine Company dans l'état de New-York et acquiert en même temps des vignobles en Californie; on baptise l'ensemble Taylor California Cellars, pour apparaître tout de suite comme acteur reconnaissable sur le marché national. Il faut maîtriser la qualité et, dans ce but, Coke achète dans la Napa Valley le spectaculaire Sterling Vineyards, dont les merlots comptent parmi les meilleurs du monde. On s'attache le grand oenologue Douglas Petersen qui, de ses mains, a vinifié la mémorable Private Cuvée 1970 de Beaulieu Vineyards. Sur une telle base, la puissante compagnie inaugure dans le monde du vin la publicité comparative, par des spots télévisés mettant en scène l'expert Steven Spurrier. Il faut faire en sorte de devenir très vite premiers. The Wine Spectrum entre dans le groupe. On lance des vins de marque pour étoffer les ventes : california-classic-red, qui vise à dépasser la plupart des crus bourgeois de Bordeaux, california-classic-white et monterrey-chardonnay, particulièrement léger et fin. Ce lancement établit, dit-on, un record dans l'histoire du vin, par le nombre de caisses vendues au bout d'un an. En parallèle, on cherche des grands produits étrangers, un champagne français, par exemple, et on approche en coulisse d'autres producteurs américains pour les acquérir, en commençant par le plus grand, Gallo "

Ce n'est pas un récit de science-fiction mais un épisode bien réel de la saga de la grande maison d'Atlanta qui, à la fin des années 1970 met en place une division Vins. " Al Killeen , qualifié de flamboyant et charismatique directeur du marketing de la company,  a conçu un grand dessein : Coke a été à l'origine du style de vie de l'après-guerre; il fallait créer le style de vie de la fin du XXe siècle et viser la génération plus cultivée, plus riche, qui boit du vin. Avec notre expérience du marketing, nous allons dominer ce secteur en pleine croissance "

Imaginez l'abomination de la désolation si Coke était allé au bout de ses ambitions, j'en frémis rétrospectivement en pensant à Perrico et ses disciples contemplant avec horreur tous les bouffeurs de Mac Do de notre belle capitale sirotant dans un gobelet plastique un red ou un white made in Atlanta. Pour ne pas en rajouter dans le destroy j'évite de mettre en avant le scénario catastrophe où Krug, Cheval Blanc et autres fleurons de nos terroirs fussent tombés dans l'escarcelle de Coke.

" Mais il est difficile de tout faire tout de suite, et comme on est pressé, que les choses traînent aux yeux de la toute puissante direction d'Atlanta, on revend discrètement à Barton&Guestier la division The Wine Spectrum... " 

 

Extrait de Vineland une histoire du vin aux Etats-Unis de Maurice Bensoussan éditions L'Arganier dont je vous recommande la lecture pour mieux comprendre la saga du vin Outre Atlantique.

 

 

 

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12 avril 2006 3 12 /04 /avril /2006 08:33

" Aux premières lueurs du jour, son balai de bardeau emmanché dans ses robustes mains, il fait des lacets dans les rues, comme s'il devait faire se rejoindre les trottoirs devant lesquels il renvoie tout ce qu'il a trouvé sur son passage.

Puis, ensuite, avec la grosse clef pendue à ses côtés comme le trousseau d'un geôlier, il ouvre une bouche d'eau qui écoule dans le ruisseau, lentement, une eau claire qui file entre les pavés. Alors, surla chaussée il allonge son balai ; l'eau trace de géométriques festons, ramenant vers le trottoir des prospectus, des feuilles de salade et les peaux d'orange que la bouche d'égout pompe avidement comme un ivrogne, le goulot au bec, vide une bouteille.

Le balayeur, connu de son quartier, rend de petits services aux boutiquiers, donne un coup de fion à leurs portes et, s'arrêtant un instant chez le marchand de vins avec un concierge ou le facteur, il lampe volontiers un verre de vin bleu qui lui donnera des forces pour continuer la toilette de nos rues de Paris.
Il est toujours, paraît-il, plus de 50 000 postulants à cet emploi modeste, et les personnages qui disposent d'influence affirment qu'un siège de Conseiller d'Etat est plus facile à obtenir."

Extrait des Métiers de France Henri Boutet 1910

Texte découvert lors d'une visite à l'exposition sur la Brosse à la Bibliothèque Forney (j'y reviendrai un autre jour) à méditer en ces jours où l'on parle beaucoup des jeunes, de leur avenir, de leur qualification en acceptant de répondre à la question suivante : " lequel d'entre nous accepterait de dire : tu seras balayeur mon fils ou femme de ménage ma fille ? "

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11 avril 2006 2 11 /04 /avril /2006 10:30

Comme d'hab certains m'habillent pour l'hiver - normal me direz-vous celui-ci joue les prolongations - mon nouveau pardessus est du genre cossu puisque je suis le hérault des multinationales du vin et spiritueux en pronant l'émergence de marques fortes tirées par des " locomotives " ce qui comme tout le monde le sait va laminer notre viticulture artisanale qui est, comme chacun sait aussi, le meilleur garant de la qualité, de l'authenticité, de la tradition. Fermez le ban, bloc contre bloc, chacun entend ou lit ce qu'il veut entendre ou lire, c'est plus confortable. Rassurez-vous je n'ai pas vocation à jouer les St Sébastien criblé de flèches.

On m'a déjà fait souvent le coup. Pour illustrer je vais vous conter, dans le cadre de la narration de ma petite vie professionnelle, un bel épisode de " il faut toujours avoir chez soi un bouc émissaire ". En plus, cet épisode est raccord avec mon retour aux manettes rue de Varenne (cf chronique le Caillou) où, entre autres dossiers chauds, je détenais celui de la représentativité syndicale en agriculture. En quelques mots, depuis la naissance de la FNSEA, au lendemain de la Libération, sur les restes de la Corporation paysanne de Vichy, au nom de l'unité du monde paysan, le gouvernement n'avait qu'un seul interlocuteur la FNSEA flanqué de sa branche jeune le CNJA. Sur le flanc gauche pendant longtemps le Modef, peu représentatif nationalement, jouait les utilités. Et puis, 1981 aidant, la Confédération Paysanne voyait le jour. Elle exigeait plus qu'un strapontin.

En 1988, je vous passe les détails, il fallait trancher entre les ultras des 2 camps : les touches pas à l'unité paysanne sinon je barre les routes et les puisqu'on est de gauche et que vous êtes de gauche imposez nous partout. Avec l'accord tacite du Ministre je choisis de passer par la voie du droit et de soumettre notre démarche à l'avis de l'Assemblée Générale du Conseil d'Etat. La représentativité syndicale dans la loi française est fondée sur des critères qui s'appliquent aux organisations de salariés. Pour l'agriculture : rien ! Alors nous avons proposé de constater la représentativité sur la base des résultats aux élections aux Chambres d'Agriculture.

Une belle fin de journée je suis donc allé défendre le texte devant l'AG du CE présidé par Marceau Long, la fine fleur du droit public français, tous les présidents de Chambre, un débat de haut niveau de plus de 2 heures où j'ai ferraillé avec pugnacité. Résultat : approbation du CE et publication du décret n°90-187 du 28 février 1990. Je l'ai baptisé le "décret félon " car dans les deux camps j'étais le traître, celui par qui la solution était arrivée.

Qui maintenant remet en cause ce texte ? Pas grand monde, ce qui prouve qu' entre les du passé faisons table rase et les poseurs de problèmes pour qu'ils restent en plan, même si la marge est étroite il y a une place pour faire bouger les lignes. Alors peu m'importe qu'on me pare d'un pardessus en cachemire, je ne retourne jamais ma veste surtout du bon côté, j'assume sans complexe mes contradictions et je ne demande jamais qu'on me dise merci mais ceux qui me cherchent me trouvent toujours pour discuter...

 

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10 avril 2006 1 10 /04 /avril /2006 10:28

L'affiche est placardée sur un mur de pierres grisâtres, c'est un Manifeste :

" SI CES VIGNERONS VONT SOUVENT A L'ENCONTRE DES REGLEMENTATIONS ET DIVERS DECRETS, ILS LE FONT AVEC POUR TOUTE ARME LA QUALITE ET LA DIVERSITE DE LEURS VINS SIMPLEMENT PARCE QU'ILS ESTIMENT QU'A UN INSTANT DONNE, TERROIRS,CLIMAT,CEPAGES, TOUT EST REUNI POUR VINIFIER UN VIN GENIAL; LA PRATIQUE DE LEUR VIGNOBLE AU QUOTIDIEN REMPLACANT AISEMENT A LEURS YEUX LES TROPS LONGUES DISCUSSIONS BUREAUCRATIQUES D'UNE ADMINISTRATION QU'ILS ESTIMENT PEU EVOLUTIVE "

 

A la différence des affiches de 68 ou de leurs héritières, baveuses et tirées sur du mauvais papier, celle-ci est nickel-chrome. J'ai respecté la graphie. Beau travail de humeurs de tendance : les réprouvés, les bannis et les maudits ça attire le chaland en manque d'émotions. Du bon marketing libertaire soft concocté par les cavistes des " Repaires de Bacchus ". Après l'émission de dimanche matin sur France Inter " les crus sont-ils cuits ?" du magazine Interception il est clair que cette approche plaît à un certain public. Pour m'a part, n'ayant aucun goût pour l'uniformisation, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui se battent pour donner des espaces de liberté à nos vins quels qu'ils soient. Ce qui me pose question c'est la glorification de la pure démarche individuelle, le déni du vivre ensemble et en définitive l'auto-proclamation qu'on est à soi seul le monde. La bureaucratie a bon dos, par sa lourdeur et son aveuglement elle justifie le chacun pour soi. Depuis l'origine j'ai soutenu la démarche de "Vignerons dans nos appellations " car elle s'inscrivait dans une volonté collective et ouverte aux autres. J'ouvre le débat chers lecteurs.
Pour revenir un instant sur les représentants des révoltés des AOC mis en vitrine par " Le Repaire de Bacchus " du 1er arrondissement j'en ai choisi 2 pour illustrer l'ambiguité de mettre tout le monde dans le même panier :
L'INSOUCIANT du domaine Sarda-Mallet à 17 euros est un grenache pur et ne peut donc revendiquer l'AOC Côtes du Roussillon. C'est un choix et son prix montre à l'évidence, vu le prix moyen de cette appellation plutôt abonnée au hard-discount, qu'il ne souffre en rien de ce choix. Pour moi ce vin est l'exemple type du besoin d'en finir avec nos batailles juridiques de chapelles. Ici la garantie pour le consommateur est le domaine : SARDA-MALLET en l'occurence est une marque.
L'autre vin aurait du être un CHINON mais il a subi les foudres de l'agrément pour atypicité, donc c'est un vin de table à 21,50 euros la bouteille. Avec lui nous nous situons au coeur du problème et je crois qu'il faut s'y arrêter pour que la collectivité vigneronne accepte tout simplement l'exception qui comme chacun sait confirme la règle. Voilà un beau chantier pour la technostructure de l'INAO, une belle remise en question, un retour à ses origines, un aggiornamento qui ne saurait être que bénéfique à l'image des vins car l'ennui naquit de l'uniformité.   
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7 avril 2006 5 07 /04 /avril /2006 09:58
2ième épisode : un fils de marchand de vin qui ne se prend pas pour de la petite bière

De nos jours, notre fils de marchand de vin, avec son cursus minable, une licence ès sciences obtenue en 1895 avec la mention passable, on l'eut expédié vite fait dans une ZEP crémios du neuf cube - 9-3 si vous préférez - pour se faire traiter de relou par des sauvageons. Mais l'homme avait du caractère,  pas un facile le Louis, convaincu d'être un incompris il chalute dans l'immodestie grave comme diraient nos jeûnes. Dans un CV, alors qu'il n'était plus un tout jeune homme, il avait 51 ans, Bachelier présentait ses travaux, forts volumineux d'ailleurs, deux livres et plusieurs articles, comme n'étant rien moins que "le renouveau d'une science qui, née en France, était devenue la propriété exclusive des allemands et des anglais..." Pour faire bon poids, il en rajoutait une louche sur son livre de 526 pages sur les probabilités qui, selon ses dires, "surpassait le grand traité de Laplace" après tout on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Mythomane ou véritable victime de l'establishment universitaire parisien ? Tout s'était joué pour lui en mars 1900 lorsqu'il soutint sa thèse face à un jury prestigieux, Henri Poincaré, l'un des plus illustres mathématiciens de tous les temps en faisait parti. Le cousin de Raymond, s'il 'était pas mort prématurément à la cinquantaine, se serait sans doute vu  décerner le prix Nobel de physique. Pour les mathématiques le Nobel n'existe pas mais, depuis 1936, tous les quatre ans est décernée la médaille Fields ( nom d'un mathématicien américain) ; bon nombre de nos compatriotes l'ont obtenue. Notre tête de lard de Bachelier a donc affaire à forte partie.

Comme chacun sait ou fait semblant de ne pas savoir, en France, nous raffolons des concours, nous aimons écrèmer, classer, révérer l'excellence même si par la suite nous râlons contre l'omnipotence des têtes d'oeufs. Elitisme et poujadisme sont deux traits marquants de notre génie national mais revenons au sérieux qui sied à l'obtention d'un titre de docteur, surtout en ce début du XXième siècle où les postes étaient rares. Bachelier, bardé de sa scolarité médiocre et de son petit diplome, représentait l'outsider type, la grosse cote, celui sur lequel nul ne se serait risqué à miser un kopeck, sauf à vouloir espérer rafler la banque. Lui croît à la force de ses idées...

à suivre vendredi prochain chers lecteurs. Bonwik...

Si vous avez du temps à distraire sur votre temps de WE écoutez dimanche matin le magazine de France Inter "Interceptions" après le journal de 9 heures son thème " Nos crus sont-ils cuits " On m'a interviewé j'espère n'avoir pas dit trop de bêtises comme à l'accoutumée...

 

 

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6 avril 2006 4 06 /04 /avril /2006 09:55

Dans mes vertes années, lorsque je voulais devenir radio-reporter sportif et que j'écoutais "Sports et Musique " sur Paris Inter, le nom de Limoux évoquait pour moi le Jeu à XIII : la quintescence de l'exotisme que les matches entre Lézignan-Corbières et les vaillants Limouxins. Le temps passant, et c'est l'un des bonheurs de la vigne et du vin,  je découvrais les plis et les replis de notre beau pays et je garde un souvenir ému d'un grand dîner à Limoux, au temps d'Antoine Verdale, avec le grand orchestre accompagnant d'ordinaire Michel Sardou, les Fécos, un trou normand et une nuit bien courte avant de reprendre l'avion pour Paris.

A Limoux j'ai maintenant un bon ami : Pierre Mirc, le président de Sieur d'Arques - en son temps il a été le plus jeune président de coopérative - un de mes compères de Cap 2010, ce qu'il a assumé avec courage et pugnacité dans le Grand Languedoc où les tribuns ont plus d'audience que les hommes d'action. Bon passons à ce qui m'amène ce matin : la 17ième édition deToques et Clochers, une manifestation unique au monde. Pierre m'y a invité en 2003. J'en suis revenu bluffé.

Tous les ingrédients y sont rassemblés. Le pays au travers de la rénovation du clocher de l'église d'un village : cette année l'église St Jacques du village de la Digne d'Aval ; le samedi on flane, on déguste, on discute avec les vignerons, c'est bon enfant, c'est bien organisé et on sent les gens heureux et fiers. Le produit ensuite, c'est la vente aux enchères des futs de Chardonnay et maintenant de Limoux rouge ; le dimanche matin, à la dégustation, on y croise des grands noms, le monde entier, des anonymes et des amis. C'est top. La convivialité ensuite avec le grand repas des vignerons le samedi midi et enfin, la Fête et le plaisir d'un grand repas conçu par la Toque de l'année : Christian Le Squer de chez Ledoyen pour la présente édition ; c'est bon, c'est la teuf, on s'amuse : même le préfet se bouge c'est dire, on danse, pas coincé le dîner on peut y amener sa douce et tendre sans risque qu'elle regarde sa montre.

C'est du beau, du bon, du joyeux, du simple et de bon goût, du comme j'aime pour que nos vins français séduisent, s'encanaillent, se lâchent, soient des vins à vivre, bien dans leurs baskets ou dans leurs souliers vernis... Que la fête commence. Tous mes voeux à Pierre et aux vignerons de Limoux pour que cette 17ième édition soit encore un grand succès.

Pour aujourd'hui, branchez-vous sur France-Inter pour le journal de 13 heures : Miren de Lorgeril et votre serviteur y débattront de l'avenir du vin français ! 

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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 10:14

Bien sûr ce n'est pas Martin, mon petit fils, qui me pose cette question, lui il est tendance Stars War, mais, j'en suis persuadé, certains d'entre vous, et parfois c'est moi qui me la pose. Aboiquon ! Parfois j'ai l'impression de radoter, de n'égrener que des souvenirs, de me faire plaisir et qu'après tout, dans l'indifférence générale, le meilleur parti est celui de ceux qui n'ont pas d'avis ce qui leur permet d'en changer à bon escient.

Rassurez-vous je ne suis pas en train de vous faire un coup de calgon, ce matin je ne marine pas dans un koaltar épais, mais j'éprouve le besoin de faire le point, de me recaler pour reprendre avec vous mon petit bonhomme de chemin et, comme la meilleure façon de procéder en l'occurence est de répondre à la question posée : pourquoi ce blog ? je réponds.

Fidélité à une Méthode
" je pose avec clarté les limites de mon travail, j'affirme que ces choix * relèvent de la seule décision des principaux interressés au devenir de nos grands ensembles viticoles. On peut attendre mon diagnostic, me demander les éléments de base de l'ordonnance mais seul un travail collectif, où les intérêts forcément contradictoires de la filière se confronteront au réel peut permettre de définir le champ du possible, de formuler des propositions opérationnelles, de chiffrer les moyens à mettre en oeuvre, de rechercher comment on va financer ces actions " rapport d'août 2001 page 47.
* choix stratégiques pour la filière
Continuité du Travail Collectif du groupe stratégique

" forts de l'expérience du groupe stratégique qui a pu, sur la base d'un réseau* ouvert, interactif, mobiliser très largement les acteurs de notre produit, nous souhaitons que ce mode opératoire perdure et que ce lieu privilégié de la réflexion, souple, réactif, puisse se transformer en une plate-forme permanente que nous appellerons : Vin&Cie. Ce carrefour de professionnels, lieu de convergences des expertises, point de rencontres et de débats, centre de veile stratégique, agence à l'écoute des tendances de la consommation, voulu et porté par eux, doit vivre par eux et pour eux." Cap 2010 page 5.

* 250 professionnels mobilisés, rien que des professionnels.

J'écris comme un témoin engagé, pour le plaisir, pour le débat, pour jeter des passerelles entre les hommes, pour avancer, pour servir et si je vous donne parfois l'impression d'être un donneur de leçons sachez, et ceux qui me connaissent ou qui ont travaillé avec moi en attesteront, que c'est mon besoin de convaincre encore et encore, mon côté professeur, qui font que je me laisse aller à enfoncer le clou un peu fort. J'ai pratiqué le basket, alors le contre est un bon moyen de remettre les pendules à l'heure, ne vous privez pas chers lecteurs...

 

 

 

 Information de dernière minute : Miren de Lorgeril et votre serviteur seront demain jeudi 5 avril les invités du journal de 13 heures de France Inter, alors si ça vous dit...

 

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4 avril 2006 2 04 /04 /avril /2006 10:00

En juin 1988 je quitte les rives "verdoyantes" du port de Gennevilliers pour rejoindre le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Villeroy comme directeur-adjoint du cabinet du Ministre. J'occupe le plus beau bureau du lieu, vaste il donne sur le petit parc : aujourd'hui c'est celui du Ministre. Mon portefeuille : les 30 000 fonctionnaires, les relations avec les OPA, les DOM-TOM, la Corse et les Courses : de quoi occuper mes journées. 

Alors pourquoi ce titre d'aujourd'hui : le Caillou ? Vais-je vous parler des galets roulés de Châteauneuf -du-Pape ? Non, je suis trop ignare des choses du terroir. Les accords de Matignon ça vous dit quelquechose ? 1936 ? Non ceux du 26 juin 1988 ! La poignée de mains Lafleur-Tjibaou c'est loin, vous avez oublié. Et pourtant, sur le Caillou - la Nouvelle Calédonnie - ces deux là, quelques temps avant, ne semblaient pas fait pour s'entendre. Le sang avait coulé. Rocard nommait une mission de conciliation emmenée par Christian Blanc pour renouer les fils du dialogue, sortir des postures, retrouver la confiance, aller à l'essentiel : les accords Matignon c'est un feuillet dactylographié.

L'encre était à peine sèche que Rocard demandait à Henri Nallet de se rendre sur le Caillou. Je suis du voyage. Une trentaine d'heures de vol jusqu'à Nouméa sur UTA. Nous allons d'abord à Wallis et à Futuna en Transall. Touffeur. L'administrateur supérieur en uniforme blanc, son chauffeur pieds nus, les rois, les églises et les cases, des îles sans pêcheurs : encore un mauvais coup des missionnaires, les petits cochons noirs, le bout d'un monde immobile. Nous enverrons aux femmes de Futuna des machines à coudre...

Retour à Nouméa, la résidence du Haut Commissaire, un parfum colonial, mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme : le Nord, territoire kanak, puis les éleveurs caldoches, enfin l'île de Lifou et son jeune chef à l'écharpe rouge qui a fait ses études à la Sorbonne, danses traditionnelles des guerriers lances à la main, on palabre, on mange des ignames, on crapahute, le FLNKS et le RPCR, le début d'un processus de paix...

Une anecdote pour finir ce petit papier : " Jacques Lafleur ne boit jamais une goutte d'alcool, il pourrait en mourir. Mais par un bel après-midi d'hiver austral, seul dans sa propriété d'Ouaco perdue dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, il s'est versé une coupe de champagne... " in Le pari du grand chef blanc l'Express du 02/09/1988 par Florent Leclerc. Sabler ou sabrer le champagne pour la paix tout est toujours possible chers lecteurs...  

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3 avril 2006 1 03 /04 /avril /2006 10:06

La scène se passe au lendemain de la réunion chez le Ministre des représentants des bassins viticoles, une journaliste de France 2 m'appelle pour que j'aille au journal de la mi-journée répondre à des questions " sur l'autorisation qui vient d'être donnée d'utiliser les copeaux de bois pour permettre d'aromatiser le vin (sic) " Ma réponse est simple : c'est non, la question induit la réponse souhaitée : être pour ou contre.

Le soir, le reportage sur le sujet est reprogrammé. Les images sont édifiantes. Première séquence : dans une cave du Gard on voit un charmant monsieur plonger un sac, genre sac poubelle, empli de copeaux dans une cuve de rouge. C'est beau comme une infusion du soir. Formidable ! Pour le téléspectateur de la France profonde un cri d'horreur : touche pas à mon vin ! Deuxième séquence, sur fond de vigne à la ramasse, un membre du collectif des viticulteurs de Bordeaux proclame qu'avec les copeaux on va sans doute aider au sauvetage des ventes. Monsieur tout le monde est abattu, lessivé : et en plus ils vont en mettre dans le Bordeaux. Vive la com ! Où est l'information dans tout cela ?

Première remarque : dans les rédactions a-t-on étudié le dossier ? La réponse est non. Trop difficile coco, on n'a pas que cela à fiche ! Ce qui compte c'est que le sujet fâche, que les experts auto-proclamés que sont les gourous du vin tonnent, vitupèrent, fassent don de leur éminente personne pour faire barrage à la barbarie des marchands. A la tête de cette Légion le centurion Perrico, toute suffisance dehors, claquera le bec à tout individu osant poser le problème sans passion. Encore faut-il avoir accès aux médias et si on y a accès pouvoir se faire entendre. Entre copains on se fait la courte-échelle, et puis c'est plus confortable de se laisser porter par le discours dominant.

La deuxième remarque s'adresse aux professionnels du vin : quand émettront-ils des messages compréhensibles en direction de leurs consommateurs? De dire que la question du vin dans le bois ou du bois dans le vin ne se pose pas pour tous les vins mais pour certains et que c'est pour eux une question de compétitivité internationale. Ce n'est pas un problème de santé publique mais une question de survie pour une part important de notre vignoble. Il ne s'agit pas d'être pour ou contre mais de dire ce que l'on fait et de faire ce que l'on dit. Nos belles AOC ne sont pas menacées par les copeaux mais par la banalité ou la médiocrité. Chacun doit boxer dans sa catégorie avec les règles de sa catégorie et c'est le consommateur qui tranche. Cessons d'en appeler à des remèdes miracles : aucune potion magique ne nous aidera à passer le cap difficile que vit notre secteur depuis quelques années.

A " Sans Interdit " nous allons mettre sur la table ce dossier, l'expliquer, tenter de sortir de l'ambiguité qui va si bien aux tenants des effets de manche comme aux partisans du vivons heureux vivons cachés. Serons-nous entendus ? Au moins nous aurons mis sur la table autrechose que des paroles qui volent et s'envolent... 

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31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 09:30

Ce vendredi matin j'inaugure, sans pompe particulière, une nouvelle formule de fin de semaine : le feuilleton qui, au temps de ma grand-mère, était une petite histoire à épisodes nichée en bas d'une page du journal. Aujourd'hui, alors que le bon peuple scotché à sa télé consomme de la série américaine, en ouvrant cette fenêtre, je renoue avec ce genre désuet afin que dans un espace de temps où vous avez plus de temps, le WE, vous acceptiez d'en distraire un peu pour lire mes bluettes.

1er épisode : un fils de marchand de vin de bonne origine

Louis, Jean-Baptiste Bachelier voit le jour au Havre, le port des Amériques, une cité active, commerçante et industrieuse, dont il ne reste que peu de traces aujourd'hui : les bombes alliées et le crayon d'Augustin Perret lui a octroyé un nouveau visage. Nous sommes le 11 mars 1870, à la veille de la guerre déclarée bien imprudemment par le Napoléon à barbichette à la Prusse de l'impérieux Bismark. Son père, Alphonse, est un négociant en vins très renommé, vice-consul du Venezuela et son grand-père un banquier local respecté, un peu poète sur les bords.

Ce blond aux yeux bleus, nez aquilin - c'est son livret militaire qui l'atteste - est un beau jeune homme avenant de 1m 73 promis à un bel avenir. La voie royale de l'une des grandes écoles de la République, où l'élite de la nation est formatée et confortée dans sa supériorité, semble lui être ouverte. Il n'en sera rien, la mort brutale de ses deux parents interrompt sa résistible ascension : à l'âge de 19 ans il stoppe ses études pour travailler dans l'affaire familiale. Adieu les hautes sphères le voilà réduit à vendre du vin bouché de Bourgogne ou d'ailleurs.

Appelé sous les drapeaux, Louis ne reposera plus ses fonds de culotte sur les bancs de l'Université de Paris, comme étudiant en mathématiques, qu'à l'âge de 22 ans. Retour par la petite porte, celle des méritocrates, la République a aussi besoin de hussards noirs pour consolider son implantation dans les campagnes françaises; la séparation de l'Eglise et de l'Etat ne fut pas une partie de plaisir et les Congrégations furent priées, sans grand ménagement, de lever leur mainmise sur les petites têtes blondes ou brunes. Hors le confort des sentiers balisés, le parcours de Louis Bachelier se fait besogneux, le jeune homme n'obtient que des notes médiocres et les examens sont pour lui autant d'obstacles difficilement franchis; souvent il doit s'y reprendre à deux fois.

à suivre... à vendredi prochain... bon week et bonne lecture...

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