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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 00:03


Alors que je m'apprêtais à utiliser ce titre, inspiré du célèbre et débile slogan des pacifistes qui s'opposaient au SS20 américains tournés vers l'Est, pour illustrer une chronique humoristique, grâce à Google je suis tombé sur cette chronique détonante comme les américains osent en écrire. Elle a été publiée dans les Echos du 3 octobre 2007 par un professeur à l'Université de Harvard, Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI. Même si le sujet semble hors de nos préoccupations mercantiles directes je la livre à votre réflexion car elle ose des questions dérangeantes.  

 
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La hausse inexorable des dépenses de santé dans le monde pourrait bien être un enjeu majeur pour le capitalisme contemporain. Je suis d'avis que, dans un avenir relativement proche, le soutien moral, social et politique dont bénéficie le capitalisme sera sérieusement mis à l'épreuve par l'augmentation constante des coûts de systèmes de santé qui se veulent égalitaires.

La hausse des revenus, le vieillissement de la population et les nouvelles technologies ont permis de prolonger la vie et d'en améliorer la qualité. Ce phénomène a entraîné une hausse des dépenses de santé supérieure de 3,5 % à celle de l'ensemble des revenus aux Etats-Unis depuis plusieurs dizaines d'années. Certains économistes de premier plan prévoient que ces dépenses, qui représentent déjà 16 % de l'économie américaine, atteindront 30 % du PIB vers 2030, voire 50 % un peu plus tard. D'autres pays à revenus élevés ou intermédiaires connaissent le même type d'évolution et ne tarderont pas à se retrouver dans la même situation.

Le début du XXIe siècle a sonné la fin de toutes les idéologies qui menaçaient le capitalisme. Mais ce qui se passe en matière de santé pourrait bien changer la donne. Dans beaucoup de sociétés, les soins sont perçus comme un droit. Il y a cinquante ans, lorsque les dépenses de santé ne représentaient qu'un faible pourcentage des revenus, la conception égalitaire de la santé était un luxe abordable. Elle entraînait des coûts directs et indirects relativement modestes. A partir du moment où les dépenses de santé représentent un tiers du revenu national, le socialisme de la santé tourne au marxisme : à chacun selon ses besoins. Même le capitalisme autoritaire de la Chine finira par souffrir de ce phénomène. Cela se produira lorsque ses populations rurales, dont l'accès à des médecins et à des hôpitaux est aujourd'hui limité, manifesteront leur mécontentement.

On entend souvent dire que les soins aux personnes âgées représenteront une part majeure de l'augmentation des dépenses dans les années à venir. Mais, si l'on examine attentivement les prévisions du Congrès américain par exemple, il apparaît que le vieillissement de nos sociétés n'est pas le problème principal. La vraie question est de savoir si nous sommes prêts à offrir aux personnes l'égalité d'accès à des techniques médicales toujours plus modernes et plus perfectionnées.

Les tensions actuelles vont se trouver exacerbées par une tendance qui se profile à l'horizon : l'importance croissante des soins personnalisés. Le temps est en effet révolu où l'allongement de l'espérance de vie résultait de précautions collectives relativement peu onéreuses, telles que la fourniture d'eau potable ou le développement des campagnes de vaccinations. Désormais, beaucoup dépend des nouvelles techniques médicales. Dans nombre de pays riches, la chirurgie cardiaque contribue fortement à allonger la durée de vie. Des techniques sophistiquées de diagnostic comme la tomodensitométrie permettent de dépister de nombreux cancers à un stade suffisamment précoce. Certains chercheurs pensent que, grâce à une meilleure compréhension du génome humain, les médecins pourront un jour prévoir l'apparition des pathologies quinze ou vingt ans en avance et prescrire immédiatement un traitement préventif. Certains experts estiment même que vers la moitié du XXIe siècle nous vivrons facilement jusqu'à 110 ou 115 ans, ce qui laisse présager d'énormes bouleversements dans les comportements sociaux.

Outre la réduction de la mortalité, les nouvelles techniques médicales ont des répercussions importantes sur la qualité de vie. Environ 250.000 arthroplasties de la hanche sont effectuées chaque année aux Etats-Unis. Les patients de moins de 60 ans prennent de l'importance dans ce contexte, car les nouvelles prothèses sont compatibles avec un style de vie plus actif.

En principe, l'usage des mécanismes du marché pour les soins de santé peut ralentir ou même inverser temporairement l'augmentation des dépenses. Mais l'amélioration de l'efficacité a ses limites. En dernière analyse, on constate que les sociétés qui s'enrichissent dépensent une part toujours plus importante de leurs revenus pour les soins de santé, contrairement à ce qui se produit sur la nourriture par exemple. Les pressions financières stimulent aussi l'innovation, ce qui améliore le bien-être de tous à long terme, mais accentue en même temps les inégalités et les tensions à court terme.

Je ne suis pas opposé au capitalisme dans le domaine de la santé publique, mais je pense que ce système sera remis en question, bien plus radicalement que ne l'est aujourd'hui la mondialisation. La plupart des pays n'incitent pas suffisamment les patients et les prestataires à faire eux-mêmes des choix efficaces. Les pressions que subissent actuellement les systèmes de santé risquent d'inverser la tendance qui conduit aujourd'hui à une économie de marché toujours plus libre. Autrement dit, certaines sociétés pourraient bien décider d'être « plutôt rouges que mortes » en choisissant de confier une part de leur économie à un système plus socialiste.

KENNETH ROGOFF est professeur à l'université Harvard et ancien économiste en chef du FMI.
 
 
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 00:05

* cette lettre est une réponse légère au commentaire de Gus à propos de ma chronique de vendredi dernier : Zoé http://www.berthomeau.com/article-13652470-6.html#anchorComment

Cher Gus,

Rêver pour le compte d'autrui 
n'est pas envie 
mais pour moi inventer la vie 
de ceux qu'on aime, 
pas pour de vrai mais pour de rire, 
au détour d'une phrase 
ou d'une petite pensée cultivée dans mon petit jardin d'intérieur...

Quand j'étais petit et enfant de choeur en soutane rouge et surplis empesé maman rêvait, elle me l'a dit, que je devinsse curé doyen d'une belle paroisse et, pour parodier un autre Jacques - Séguéla - ne dites pas à ma mère que je suis dans la fonction publique elle me croît, du ciel où elle est, 
marchand à la sauvette sur la toile... 

Mon père, lui, qui officiellement ne pouvait être un rêveur vu, qu'en ce temps-là, pour un homme de la terre ça ne se faisait pas, quand il écoutait dans un silence absolu les "attendez-vous à savoir..." de Geneviève Tabouis sur Radio-Luxembourg, secrètement rêvait de voir son petit dernier faire de la politique. Alors ne lui dites pas que je suis dans la fonction publique, il croît, lui aussi de là haut,
que j'ai été un peu "Vice-Ministre" * sur les bords. 

Et moi, pendant ce temps-là, rêveur précoce en culotte courte je nourrissais le secret espoir de devenir reporter sportif à la radio, comme Georges Briquet, alors
ne me dites pas que je suis dans la fonction publique parce je crois, faites-moi cette confiance, que je suis un curé sans paroissiens.

Plus sérieusement, mon cher Gus, dans ma Vendée natale, au cours des années baptisées par les économistes les 30 Glorieuses - même si pour la plupart des Français elles n'ont été ni plus ni moins que des années d'efforts où, après les privations de l'occupation, ils espéraient que la vie serait meilleure pour leurs enfants - les fils de paysans surtout, les filles, elles, continuaient de se gager comme bonnes ou de se trouver un mari qui ne soit pas paysan, pour échapper à leur rude condition mal payée : aide familial qu'on disait, s'en furent massivement vers les chemins de fer, les postes ou l'ed ou autres services publics. Pas vraiment des fonctionnaires car pour accéder au statut de la Fonction Publique il fallait passer un concours et souvent l'instruction manquait. Au pays, lorsqu'ils revenaient, ceux qui étaient restés les considéraient comme des privilégiés. Ils avaient une bonne place : l'emploi à vie et la perspective d'une retraite. Certes les temps ont changé mais il n'en reste pas moins vrai que, dans notre pays, chez nos voisins aussi, l'emploi public, parce qu'il est rémunéré par l'impot, n'a pas très bonne presse, même si beaucoup de nos concitoyens, quoi de plus normal en ce temps de chomage des jeunes, en rêvent pour leurs enfants.

Pour autant, moi qui ne suis pas vraiment fonctionnaire, lorsque je rêve que la Zoé, qui aime tant les poupées, puisse un jour choisir le métier de vigneronne c'est parce je sais que c'est un beau métier avec ses joies, ses peines, ses incertitudes, ses difficultés mais aussi ses satisfactions. Alors, cher Gus, laissons de côté l'opposition facile entre le pauvre paysan versus Fernand Reynaud et le fonctionnaire héritier de messieurs les ronds de cuir cher à Courteline pour en venir à la seule chose qui vaille : réussir sa vie personnelle et professionnelle. Je ne suis pas le meilleur juge pour la mienne mais, pour ce qui de mon travail, j'ai eu la chance de choisir, d'exercer des métiers différents, de mettre mes convictions à ce j'estimais être le bien commun, bref je suis un privilégié qui ne trouve pas que l'herbe soit plus verte dans le pré de ses voisins même si en l'occurence, s'agissant des vignes de mon ami Marc, pour quelques arpents je ne dirais pas non.

Merci, cher Gus, de votre fidélité de lecteur et si un jour nous nous croisons nous trinquerons à la convivialité et ferons un petit bout de conversation. Avec mes sentiments les meilleurs.

Jacques Berthomeau

 * Pièces jointes : lire le surlignage en jaune 

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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 00:00

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C'est le titre d'un article de Paris-Match paru en 2006 signé Marie-Pierre Gröndahl.
" Pascal Renaudat, avec sa marque Chamarré a réussi à fédérer 15000 viticulteurs. Objectif ? Résister aux offensives des vins du Nouveau Monde.


"On est en train de construire l'Airbus du vin". Ancien champion de moto et spécialiste de l'agro-alimentaire, Pascal Renaudat, 52 ans, veut redonner le moral à la filière vinicole française, passablement déprimée depuis plusieurs années : "Seuls les plus grands vins et les tout petits s'en sortent à l'export. Résultat, tous nos concurrents étrangers se sont engouffrés dans la brèche des crus de milieu de gamme." Son idée ? Utiliser les armes du marketing pour convaincre les consommateurs dans le monde entier d'acheter un vin français, dans les grandes surfaces et les distributeurs spécialisés, eux-même de plus en plus concentrés." Je me suis inspiré de la stratégie de géants étrangers, comme les Australiens. Ils ont créé des marques mondiales, telle Jacob's Creek, qui réalise à elle seule des ventes plus importantes en Grande-Bretagne que tout le Bordelais réuni !" Pour cela, il lui fallait du volume, donc avoir l'appui d'un grand nombre de viticulteurs.


" C'est un monde très individualiste, mais la crise nous a permis d'agir", se félicite Pascal Renaudat, qui a fédéré 12 000 vignerons sous une marque unique : Chamarré." Tous les vins du Nouveau Monde ont compris qu'il fallait un label, un prix modéré et une qualité constante. Mais ça manquait en France. Chamarré s'est lancé au bon moment", dit un acheteur d'une grande surface. La start-up est en train de s'imposer, grâce à 5 milions d'euros d'investissements de départ, avant les 40 millions que le PDG compte lever cette année. Avec des bordeaux, du beaujolais, des vins de Loire et du Rhône, du Gers et de la Corse, Chamarré vend déjà 1 million de bouteilles entre 3,50 euros et 4,99 euros, alors que ses premières livraisons ne datent que de février dernier. Et a eu les honneurs de la une du "New York Times", du "Herald Tribune" et du "Financial Times"... " Nous sommes déjà dans plus de la moitié des hyper et supermarchés britanniques, un marché crucial" révèle Pascal Renaudat, qui vise sérieusement la place de troisième exportateur européen d'ici à 2009"

Chamarré vient de lever 7,2 Millions d'euros sur le second marché de la Bourse de Paris (cf fiche publiée par Euronext) et dans son communiqué précise qu'il va " investir massivement au Royaume-Uni et aux USA pour s'imposer comme une marque leader sur ces deux marchés à l'horizon 2009/2010 "... 

Pour mes lecteurs, je reprécise que la marque Jacob's Creek est la propriété du groupe Pernod-Ricard et l'on peut se demander pourquoi ce groupe mondial, présent en Champagne (Mumm, Perrier-Jouet) et à Cognac (Martell et Bisquit) n'a pas validé son modèle de développement sur le marché des vins tranquilles français ? De ce pas je vais proposer à Patrick Ricard de répondre à un Trois questions à... sur Jacob's Creek et, si Pascal Renaudat veut bien faire la même chose, je lui demanderai où il en ait, tant sur le marché français qu'à l'export ? A vos commentaires. Merci. Dernière précision les vignerons auxquels fait référence Pascal Renaudat sont des coopérateurs du Val d'Orbieu, du Cellier des Dauphins, d'Alliance Loire, de Producta, Vivadour dont les groupes sont sur les marchés des concurrents de Chamarré.


CORPORATE EVENT NOTICE:
CHAMARRÉ
PLACE: Paris
AVIS Nº : PAR_20071019_9397_MLI
DATE: 19/10/2007
MARCHÉ: Marché Libre
 
A l'initiative du membre du marché ARKEON FINANCE et pour le compte de la société, la première cession sur le Marché Libre des actions de la Société CHAMARRÉ s’effectuera le 24/10/2007 sous la forme d’une cotation directe. Il est précisé que cette inscription sur le Marché Libre se fait dans le cadre des dispositions des articles 211-1 à 211-4 du livre II du Règlement Général de l’Autorité des marchés financiers hors du champ de l’appel public à l’épargne, il n’y a donc pas de document d’information ayant reçu le visa de l‘AMF. Elle a été précédée d'une augmentation de capital par placement privé auprès d'investisseurs qualifiés, pour un montant global de 7,2 M€.
 
Informations sur la société
 
Siège social 1 rue Méhul -75002 Paris
Capital social 5 726 681,00 EUR divisé en 5 726 681 actions ordinaires d'une valeur nominale de 1,00 EUR
Date de création 04/03/2005
Cession des actions Les actions sont librement cessibles
Exercice social Du 1er janvier au 31 décembre
Numéro RCS PARIS 481 539 526
 
Objet social (extrait)
 
La société a pour objet, par tous moyens, en France et à l'étranger:
-le négoce de produits alimentaires et en particulier des produits viticoles du terroir français,
- la prise de participation ou la constitution de toutes filiales ayant cet objet,
- la gestion et l'animation des filiales ainsi que la réalisation d'opération de trésorerie avec elles et l'octroi de garanties en leur faveur,
- et plus généralement, toutes opérations industrielles, commerciales ou financières mobilières ou immobilières, pouvant se rattacher directement ou indirectement à l'objet social ou susceptibles d'en faciliter l'extension ou le développement.
 
Procédure et transmission des ordres
 
Cédant RENAUDAT et Associés SAS
Nombre de titres cédés 1 500 actions
Prix de cession 3,00 EUR
Le 24/10/2007 avant 10h, les membres du marché devront introduire leurs ordres directement sur le système SHIVA en groupe de valeur 98.
Euronext n'acceptera que des ordres à cours limité à 3,00 EUR. Ces ordres seront irrévocables et leur validité sera limitée à la journée du 24/10/2007.
Il est précisé que le jour de la première cession, soit le 24/10/2007, les ordres de vente autres que celui du cédant, RENAUDAT et Associés SAS, portant sur une quantité de 1 500 titres ne seront pas acceptés.
Les opérations de règlement-livraison seront admises dans le système RELIT dès le 24/10/2007.
 
Admission aux négociations des actions émises par CHAMARRÉ
 
Euronext Paris fait connaître qu'à partir du 24/10/2007, les actions ci-dessous émises par CHAMARRÉ seront admises sur le Marché Libre. Les négociations sur le NSC débuteront le 25/10/2007.
 
Principales caractéristiques des titres admis:
 
Nb Titres à admettre: 5 726 681
Valeur nominale: 1 EUR
Jouissance: 01/01/2007
Forme des titres: au nominatif ou au porteur
Banque introductrice: ARKEON FINANCE
Service financier: NATIXIS 61
Secteur ICB: 3535 Distillers & Vintners
 
Cotation:
 
Grpe Cotation: 10 (à partir du 25/10/2007)
Cotation: Fixing
Quotité: 1 Devise: EUR
Unit / %: Unit SRD: No
Guarantie R/L: Yes
Dépositaire local: Euroclear France
Libellé: CHAMARRÉ
ISIN: FR0010518985 Code Euronext: FR0010518985
Mnémonique: MLCHA

Inscription sur le Marché Libre

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 00:02


A la suite des Trois questions à Michel Bettane les commentaires, pour mon plus grand plaisir, ont éclos comme les Cent Fleurs * chères au président Mao Tsé Doung mais, dans un long lamento, chacun y est allé de son "Que Faire ?" qui, comme chacun sait ou ne sait pas, est l'oeuvre majeure de Lénine, le fondement de ce qu'on appellera le marxisme-léninisme, c'est-à-dire la stucturation d'une avant-garde d'élite, laquelle importera, injectera des idées justes à l'intérieur du prolétariat. On sait où même ce charmant discours...

Et là, la moutarde me monte au nez ! Pas pour Lénine le père du goulag, ni pour Mao qui aimait tant les petites filles, mais pour le bal des hypocrites ou des faux naïfs qui, au temps où il fallait choisir, soit chantaient leurs ritournelles bien rodées, soit attendaient que ça se passe pour que rien ne change. La coupe est pleine, déborde, s'épand en un long fleuve bourbeux où se rejoignent ceux qui, lorsqu'Hervé Gaymard à mis la note stratégique Cap 2010, le défi des vins français, sur le chantier des dirigeants professionnels, se sont drapés dans des postures quasi-léninistes, voulant guider la masse de la base vers des lendemains qui chantent, leur imposer du bonheur malgré eux, élitistes hautains, réformateurs à leur strict profit : réformons les AOC et tout ira bien chantaient-ils dans tous les micros tendus et ceux qui, goguenards, bien calés dans leurs fauteuils directoriaux, tapis dans leurs forteresses inexpugnables, perfusés de CVO, machiavels au petit pied tiraient les ficelles, jouaient des contradictions, alimentaient les rapports de forces entre régions, pour que la main leur revienne et pour que ce soit plus parlant, collaient mon nom sur tout ça, à Bordeaux je roulais pour les pouilleux du Languedoc, dans le Languedoc profond j'étais un stipendié du grand négoce prédateur, à Paris mes origines déplaisaient. Dérisoire !

Berthomeau on s'en fout ! Son rapport n'était qu'un pied de cuve, le point de départ d'une réflexion collective. Il n'y a pas eu de rapport Berthomeau 2 mais une oeuvre collective : la note stratégique Cap 2010. Ce qui importait c'était la méthode de travail pour aboutir à des choix clairs débouchant sur des décisions : la réflexion stratégique ne peut se faire qu'avec ceux qui, de la vigne au rayon de vente en passant par la cave, font le produit et le vendent. Des gens qui savent de quoi ils parlent, même si parfois ce qu'ils expriment est moins léché qu'une belle note d'un cabinet conseil, qui en confrontant leurs points de vue apprennent à se connaître, à s'écouter, à se comprendre. Du chaos initial, des yaka et des faukon, des idées reçues, des postures syndicales, des intérêts contradictoires, des vieilles querelles, petit à petit naissent des compromis acceptables et acceptés, les lignes bougent, ce qui paraissait impensable au départ devient une réalité envisageable. On avance. Bien sûr il y a des résistances, des combats d'arrière-garde, des gens qui ne peuvent suivre le mouvement mais le paysage change, on s'adapte, on relève les défis et lorsqu'on porte un regard en arrière on s'étonne du chemin parcouru, on se demande pourquoi la mise en mouvement ne s'est pas opérée plus vite et plus tôt. Comme le notait Viginie Raisson (chronique du 15 novembre) " le seul déterminisme qui existe, c'est l'action qu'on ne tente pas, les choix que l'on n'ose pas. C'est bien pourquoi une fois encore, l'avenir appartient aux décideurs et aux acteurs que nous sommes, pas aux prophètes."

Alors, que faire ? Ma réponse est connue : faire ! Mais comment le faire ? La réponse est simple : cultiver les proximités entre des gens différents, aux intérêts parfois divergents, mais mus par une volonté commune, comme nous le faisons discrètement au sein du club "Sans Interdit". Nous ne sommes pas une société secrète mais un réseau d'hommes et de femmes qui, chacun à notre place, sans monter sur le tonneau, sans jouer de la grosse caisse ni bénéficier des faveurs médiatiques tentons de faire avancer des dossiers qui nous paraissent essentiels pour le devenir de notre secteur. Nous ne détenons aucune vérité révélée mais l'évolution des choses nous donne raison, prouve que même si notre ouvrage n'était pas parfaite elle avait au moins le mérite d'exister, de proposer aux uns et aux autres des voies en phase avec les réalités. Nos sociétés complexes ne se réformeront pas par décret, à coups de solutions simples et rapides, mais en s'inscrivant dans des processus voulus et assumés. Nous ne sommes pas assis sur un champ de ruines mais si nous voulons, n'en déplaise à certains, assumer notre double statut de vignoble de masse et d'excellence, en acceptant les voies et moyens qui le permettront nous gardeons le rang qui est le nôtre. Car nous savons le faire. Et nous pouvons le faire.

* la campagne des Cent Fleurs
(百花运动/百花運動) est une politique menée en Chine de février à juin 1957. Mao, pour rétablir son autorité affaiblie sur le Parti depuis le VIIIe congrès du Parti communiste et améliorer les relations entre celui-ci et la population dans un contexte international périlleux, appelle à une campagne de rectification. Celle-ci a pour principe de « lâcher la bride » à la population, et plus particulièrement aux intellectuels, qui peuvent critiquer le Parti afin que celui-ci s'améliore.

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 00:06

 

" Le pouvoir au bout du fusil ! " ça claque, non, et ça fout les pétoches au rentier de Neuilly, hein ! Et pourtant, sous l'héroïsme de pacotille du slogan, rien qu'une poignée de minoritaires, farouchement minoritaires, quelques retranchés solitaires persuadés que leur solitude est l'essence même de la force irrépressible qui les meut : aller au contact de la réalité des masses, foin des programmes éculés des syndicats officiels, seule la parole des prolos compte... C'est beau, dur et caricatural, une esthétique réaliste, ouvriers du soviet de Petrograd et marins du Cronstadt unis, comme sur une fresque d'Octobre 17 ! Pour eux, l'urgence est à la formation de groupes armés car le reflux qui a suivi le raz de marée gaullien n'a qu'enterré la violence, elle est toujours là sous le dépit des opprimés, nichée dans les ateliers de Sochaux ou des Batignolles, elle affleure prête à gicler le moment venu. La rage du sous-prolétariat exploité est le levain de l'insurrection générale où les comités de grève, cette fois-ci, ne se laisseront pas rouler dans la farine par des apparatchicks syndicaux. Rien que des traîtres à la cause du peuple ! Dans leur camp retranché de la rue d'Ulm, ce dernier carré de têtes bien faites, ces cousus de diplomes, pense que la reprise en main n'est qu'un trompe-l'oeil, que les prolétaires frustrés de leur victoire par le tour de passe-passe du Général, vont prendre en main leur destin. Alors il faut s'immerger dans la glue des masses, apprendre d'elles en s'inspirant de la Révolution culturelle chinoise. S'ils sont "maoïstes" c'est en référence à l'appel aux masses, à la contre-offensive solitaire de Mao pour faire imploser les intellectuels. Passer à l'acte sur le champ de ruines du marxisme-léninisme, c'est comme plonger dans du beurre, le labour y sera aisé car l'humus révolutionnaire, libéré des révisos, est vierge. Purs combattants, sans états d'âme, quasi asexués, drapés dans leur splendide isolement, aristocrates de la Révolution, ces jeunes hommes de 20 à 25 ans veulent en découdre. 

Bien sûr, pour les chevaux de trait, les bourriques des RG, avec leur vue basse, leurs oeuillères et leur QI de pois chiches, plus fouille-merde patentés que fins analystes des derniers écrits du Grand Timonier, cette loghorée vindicative et délirante, prise au premier degré, ne peut que déboucher sur une forme inédite de guérilla larvée difficile à maîtriser. Compréhensible leur angoisse, ces normaliens survitaminés du stylo ne font pas partie du cheptel relevant d'ordinaire de leur paroisse. Totalement dans le bleu les pauvres se replient sur les bonnes vieilles méthodes. Les infiltrer c'est déjà fait mais leurs informateurs bitent rien au délire, ne font que de la figuration inefficace. D'où l'idée géniale de leur chef  d'un agent dormant, au profil homothétique, capable de décrypter le sabir de la GP. Sur cette initiative, ces obsédés de la menace soviétique, ces paganinis de l'instrumentalisation de la guerre froide, ces couleurs de muraille que sont les délirants de la DST opinent même si, pour eux, cette agitation va se dissoudre dans la maladie infantile du gauchisme : l'inorganisation, et que les risques de passage à l'action sont mineurs car ces intellos sont des amateurs qui vont s'enliser dans les scissions et les exclusions. S'ils participent à l'opération c'est pour parer l'infiltration de ces illuminés par l'Internationale terroriste des poseurs de bombes et des coups de mains sanglants. Depuis le feu vert de leurs chefs, les trois hommes pensaient tout haut sans se soucier de ma présence. Je percevais leur désarroi moi le petit inspecteur de la banlieue rouge qui en savait bien plus qu'eux.  

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 00:01

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C'est le titre d'un essai percutant de l'historienne Amandine Regamey qui montre comment l'humour sous les dictatures : Flüsterwitze (blagues chuchotées) en Allemagne nazie ou anekdoty (histoires drôles) au pays des Soviets soudait clandestinement la population muselée et servait d'exorcisme collectif : humour noir contre tyrannie rouge ou inversement... Je vous en livre un petit florilège...
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Staline fait un discours. tout à coup, dans la salle, quelqu'un éternue.

"Qui a éternué ?" demande Staline.

 

Silence.

 
"Qu'on fusille le premier rang !", ordonne Staline.

 
Des applaudissements nourris saluent l'exécution. Staline réitère sa question, sans obtenir plus de réponse, et le deuxième rang est fusillé sous des ovations prolongées.

 
Quand Staline pose la question pour la troisième fois, un homme tremblant se lève et avoue.

 

"C'est moi camarade Staline, c'est moi qui est éternué.

 
- Eh bien, à tes souhaits, camarade ! "

 

Discussion dans un camp :


" Pourquoi es-tu là toi ?


- J'ai dit du mal de Boukharine.
 

 

- Ah. Moi j'ai dit du bien de Boukharine."

 

Ils se tournent vers le troisième :

 

"Et toi ?

 
- Moi ? Je suis Boukharine."

 

" Comment apprenons-nous ce qui se passe dans le monde ?

- Grâce aux démentis de l'Agence Tass."

 

Tito rencontre un paysan. Il fait arrêter sa voiture et, apprenant que l'homme va à Zagreb lui demande ce qu'il va y faire :

 
" Pas grand-chose, juste quelques courses : deux ou trois complets, des chaussures et une nouvelle voiture. Et puis ma femme m'a demandé de lui ramener des bricoles, un réfrigérateur, une machine pour le linge, une pour la vaisselle, une nouvelle télévision.


" C'est fantastique, s'écrie Tito, tu dois avoir beaucoup d'argent.


- C'est normal, nous vivons dans le socialisme.


- Tu as raison. Sais-tu qui je suis ? C'est à moi que tu dois tout ça : je suis Tito !


- Oh ! Camarade président... Excusez-moi... c'est à cause de la voiture, je vous avais pris pour un journaliste américain."

 



" Est-ce qu'il y a des pauvres en URSS ?


- Oui, ce sont ceux qui n'ont rien à eux. leur appartement est un appartement d'Etat, leur maison de campagne - une datcha d'Etat, leur voiture - une voiture d'Etat."


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" - Qui est ton père ?


- Le Führer.


- Qui est ta mère ?


- La Grande Allemagne.


- Et qui veux-tu être quand tu seras grand ?


- Orphelin. "

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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 00:06

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On ne présente pas Michel Bettane, c'est une référence dans notre univers du vin. Son franc-parler, et son parler juste vont bien à mon petit espace de liberté Vin&Cie. Je l'ai donc soumis à la question dans le cadre de Trois questions à... Il s'y est prêté avec bonne grâce et je l'en remercie.

1ère Question :Michel Bettane, dans une interview récente à l'agence Agra-presse vous déclariez, à propos du rapport qualité/prix des vins français : " au-dessous de 10 euros nous ne sommes pas bien placés. Au-dessus, oui. Pourquoi ?

" La spécificité des meilleurs vins français est d'être des vins d'appellation, provenant de vignobles délimités, expressifs de leur origine. Or produire des vins expressifs d'une origine, et pas seulement d'un cépage, demande un niveau de discipline dans le travail, autant de la vigne qu'en cave, qui est fort coûteux. Ne serait-ce d'ailleurs que la notion de rendement limité. Si on considère qu'un vin dilue le caractère de son origine à plus de 50hl/ha pour 10000 pieds en état de production (donc 25hl/ha pour 5000 pieds et... 12,5hl/ha pour 2500 pieds, densité habituelle dans le sud de la France) on se rend compte qu'il faudra le vendre deux ou trois fois plus cher qu'un vin de "cépage" normal pour en rentabiliser la production. Dans l'état du coût du travail en France, du coût de la vigne et de l'avidité du fisc, un prix public de 10 euros TTC me semble un prix minimum pour un vin d'appellation. Le drame est, qu'entre 5 et 10 euros le vin de "cépage" ou le vin industriel peuvent dans leur jeunesse donner un plaisir immédiat supérieur. On peut néanmoins trouver des vins artisanaux en France, agréablement buvables, à partir de 6 ou 7 euros, mais ils exprimeront rarement avec précision une origine et surtout leur continuité de qualité d'une année sur l'autre n'est pas assurée !

2ème Question : Alors Michel Bettane que faire pour que notre système d'AOC retrouve une lisibilité qui donne au consommateur ordinaire de vin ou à celui qui voudrait le devenir la certitude que ce qu'il achète vaut bien le prix proposé ?

" L'Etat n'est pas en mesure, et ne l'a jamais été, de garantir la qualité d'un produit agro-alimentaire (pas plus que le talent des individus) mais leur conformité à des normes. Ces normes dans leur fixation et leur contrôle ont été délégués, dès 1936, aux producteurs eux-mêmes. Par leur laxisme et leur comportement irresponsable les producteurs ont progressivement déconsidéré l'AOC auprès des professionnels (surtout étrangers) et même auprès du public. Mais je ne vois pas comment faire autrement. C'est à ces mêmes producteurs de se prendre en main et de convaincre qu'ils sont en mesure de contrôler le respect des conditions de production qu'ils ont fixées ! Je ne crois pas à l'efficacité supérieure d'organismes indépendants car il n'y a, par exemple, aucun diplôme capable de garantir qu'un dégustateur est à même de juger de la conformité d'un vin à l'expression de son origine ! Mais ne pleurons pas : faire du vin et du bon vin ne relève pas de l'exploit, et un viticulteur n'est pas comparable en cela à un grand chirurgien ou à d'autres métiers infiniment plus compliqués dans leur exercice quotidien. Un peu de rigueur et d'honnêteté suffisent... A condition de pouvoir vivre décemment de son métier en le pratiquant selon les règles d'un art qui reste à la portée du plus grand nombre.

3ème Question : à votre avis Michel Bettane la réforme de l'INAO va-t-elle dans le sens de la rigueur que vous souhaitez ?

Je ne suis pas en mesure de porter un jugement sur une réforme qui n'est, pour le moment, qu'un souhait, même si la puissance publique la veut et est en mesure de la rendre obligatoire. La réécriture pour chaque appellation de ses décrets est nécessaire, pour les moderniser, les ouvrir. Le plus grand reproche qu'on puisse faire à la réglementation de 1936 est qu'elle a arrêté l'histoire : de nouveaux encépagements sont parfois souhaitables, des précisions sur les normes de culture, de vendange, de rendement etc... le sont aussi. Comme je l'ai dit je ne crois pas à l'efficacité de confier à des tiers l'épineuse prise en main de la dégustation obligatoire. Une dégustation obligatoire et après mise en bouteille est absolument nécessaire pour savoir ce qui est vraiment mis sur le marché sous une appellation donnée mais je ne vois pas de solution au sujet de la compétence de ceux qui auront à le faire ! Aujourd'hui ce sont les producteurs eux-mêmes et ils laissent passer des millions de litres de produits insipides, dont le public ne veut plus, tout en rejetant des vins exceptionnels qu'ils ne sont ni en mesure de comprendre, ni d'accepter quand ils les comparent à ceux qu'ils font eux-mêmes ! Des juges indépendants ne seront pas meilleurs sur ce point et le risque reste grand de voir les meilleurs vins rejetés et les vins sans vice ni vertu récompensés. Au marché donc de faire le tri, mais à condition de donner une existence légale à ces vins rejetés, s'ils sont de haute qualité, en autorisant une quatrième dégustation en bouteille un an après mise, où leur caractère apparaît avec plus de clarté, et en confiant cette dégustation à des producteurs "sages" et non au tout venant.

Merci Michel Bettane pour ces propos clairs et nets. Chers lecteurs à vos claviers, le débat est ouvert...


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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 00:09

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Dans l'introduction de ce document de travail - publié par Taillandier/Arte Editions - indispensable pour ceux qui veulent décrypter la mondialisation avec une boite à outils qui permet, dans l'abondance des informations, le rythme effréné de leur diffusion, la boulimie de leurs consommateurs, d'échapper au prêt-à-penser et au Thinker's digest, Virginie Raisson écrit : " Qu'il s'agisse des questions climatiques, énergétiques ou de biodiversité, nous ne serons rattrapés que par notre passivité et notre immobilisme. Pas par la fatalité ni par l'ignorance. Car nous savons. Et nous pouvons. Finalement, ce que souligne aussi cet atlas dans sa transversalité historique, méthodologique et thématique, c'est que même dans un espace mondialisé, le seul déterminisme qui existe, c'est l'action qu'on ne tente pas, les choix que l'on n'ose pas. C'est pourquoi une fois encore, l'avenir appartient aux décideurs et aux acteurs que nous sommes, pas aux prophètes."

Que voulez-vous, chers lecteurs, dans un monde plein de contradictions qui reflètent aussi les nôtres : nous voulons majoritairement en tant que citoyens préserver la planète, la réparer, privilégier le durable mais les consommateurs que nous sommes sont souvent réfractaires ou même résistants aux changements de nos habitudes, de nos modes de vie, choisir, comme toujours, est une douleur, un renoncement. De même, alors que nous nous offusquons bruyamment des délocalisations qui cassent des emplois et appauvrissent les plus fragiles de nos concitoyens, nous nous précipitons sur les téléphones portables, les micro-ordinateurs et les écrans plats dont les prix sont eux en baisse parce qu'ils sont produits par les pays émergents à bas coûts salariaux. Enfin, alors que le besoin de sécurité augmente de façon exponentielle face aux agressions nouvelles : terrorisme, épidémies type H5N1, extension des mafias, transferts de fonds illégaux, prolifération des armes de toutes natures..., l'Etat national est dépassé, il ne peut plus maîtriser seul ces grandes problématiques. Seul l'espace européen est efficient et le récent discours du président de la République devant le Parlement européen a, me semble-t-il, bien tracé les contours de la responsabilité de l'UE. Alors, que pouvons-nous faire, nous, les simples citoyens de la doulce France qui avons bien du mal à nous vivre européens?

Certes, garder notre esprit critique, c'est notre marque de fabrique, mais aussi chercher à mieux saisir la complexité du monde, à repérer les changements, à cesser de réclamer aux politiques des solutions simples et rapides à des problèmes complexes, mais aussi encore, et ce sera dur, écouter les objections des autres peuples, supporter la contradiction et accepter parfois de changer d'avis. Notre esprit soi-disant cartésien, apte à disséquer un sujet avec un bel esprit analytique et critique, fait qu'une fois opinion forgée, logique et rationnelle, nous campons dessus prêt à subir tous les siéges. Nous nous encalminons. Nous nous complaisons dans notre "exception française". Nous sommes peu enclins à prendre en compte les avis qui ne sont pas les nôtres - taxés comme stupides ou de mauvaise foi - à négocier pour chercher un compromis. Loin de moi de verser dans ce que l'on a qualifié de déclinisme, bien au contraire, je pense que la France a des atouts majeurs et une vitalité qui font d'elle un pays attractif et envié. Dans mon petit espace de liberté, pour ce vin produit mondialisé, je propose que nous redevenions acteurs et décideurs de notre propre destin, car nous savons ce qu'il faut faire et nous pouvons le faire.  

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 00:06


Le texte qui suit, d'un auteur que son éditeur qualifie de "La Bruyère du temps présent", met bien sûr le doigt là où ça fait mal, mais il le fait "à la Française", avec un goût immodéré pour le petit bout de la lorgnette pointée sur le petit monde de la Rive Gauche de Paris. C'est une tradition "des chirurgiens de l'âme française" : la détestation très célinienne et manichéenne des élites... Si je vous le propose, c'est que les lignes bougent avec l'irruption brutale des "nouveaux riches" des pays émergents et des bénéficiaires de la rente énergétique, la Russie tout particulièrement, et la pression toujours plus forte à nos frontières de migrants qui voient, à juste raison, dans notre mode de vie un eldorado. 
Sur mon "espace de liberté", ouvert au monde, je vais, dans les semaines qui viennent, vous proposer des matériaux pour ouvrir nos horizons, sortir de nos débats récurrents qui n'intéressent plus que nous. Notre cher nectar, produit de luxe pour certains, élitiste pour d'autres, terroir et tradition pour les tenants de l'authenticité, produit mondialisé pour les grandes compagnies, ne peut s'exonérer d'une approche plus fine du bouleversement de la donne mondiale.   

" Même le luxe ne tient pas ses promesses d'exclusivité, il divulgue sa camelote frénétiquement et ouvre des "grands magasins" aux quatre coins du globe afin d'offrir du luxe* à tous, ce qui bien sûr n'a aucun sens, y compris du point de vue marketing puisque c'est justement la rareté qui fait le prix du luxe. Tout le monde ne peut pas aller à la mer mais tout le monde y va quand même. Ainsi, le télescopage estival des populations dans les îles de l'Atlantique offre quelques beaux exemples de "flagrants délits d'insincérité", période pendant laquelle le luxe le plus soyeux côtoie le populo le plus rapeux. La belle société rétaise, peuplée d'intellectuels de gauche (l'intellectuel de droite n'étant pas tout à fait considéré comme vraiment intellectuel) voit sa quiétude, toute sollersienne, troublée par l'arrivée en masse de congés payés, reuteutistes, et autres érémistes (ils ont bien le droit de "partir" aussi) qui déambulent dans les ruelles d'Ars-en-Ré (municipalité de gauche comme chacun sait) en bermuda et en tongs en faisant un boucan d'enfer tout en suçant leurs glaces à l'eau. Ce populo qui n'a rien de moisi, tout à fait vigoureux au contraire, est sans-gêne, bruyant et parfois mal-odorant. Bref, il fait comme chez lui et n'hésite pas à garer sa caravane où bon lui semble pour faire griller quelques merguez en plein air. Le paradoxe est que la bonne société rétaise, qui prend ses quartiers d'hiver à Saint-Germain-des-Prés, n'hésitera pas à se "mobiliser" afin que les sans papiers, les sans domiciles fixes, et autres sans-grade puissent eux aussi venir goûter aux charmes requinquants de l'île de Ré et son air vivifiant, empêtrée qu'elle est dans ses "bons sentiments" (autant dire son fonds de commerce) et ses penchants hédonistes ultra-sophistiqués. La voilà prise au piège de sa schizophrénie (à ce stade on ne peut même plus parler d'insincérité), tel est pris qui croyait prendre, et les escrocs du verbe on désormais bien du mal à trouver un havre de paix qui ne soit pas immédiatement pris d'assaut par des hordes de pauvres assistés en goguette venus s'inviter dans leur arrière-cour. Vraiment, on se demande à quoi, ça sert que l'intellectuel de gauche se décarcasse. Si ça continue, il va devoir se réfugier à St Trop. Pour autant, "que l'intellectuel de droite" ne se réjouisse pas trop vite des déboires de son collègue à l'âme partageuse (on parle d'âme et non de portefeuille bien sûr), car lui non plus n'est pas exempt de reproches pour ce qui concerne l'état du monde tel qu'il est. On lui doit en effet pas mal de délires belliqueux dont le prix fut tout à fait exorbitant, et d'ailleurs toujours en suspens, délires qui faisait dire à Céline (peu suspect de sympathie gauchiste) lors d'une conférence sur la question juive et le pacifisme : " Et la "connerie aryenne", qu'est-ce que t'en fais ?", formule cinglante qui s'adressait à un orateur sans doute un peu trop dogmatique pour ce qui concerne le supériorité de "l'intellectuel de droite" et de ses drôles d'idées. Effectivement, la "connerie aryenne" n'a rien à envier à la connerie en général, elle n'est ni plus ni moins du même niveau, c'est-à-dire extrêmement bas, tout bêtement parce que c'est l'humanité entière qui est globalement conne. On le sait depuis toujours, question conneries il ne faut jamais se relâcher. Déjà, il y a bien longtemps, le crucifié annonçait la couleur : "Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Vingt siècles plus tard, ils ne savent toujours pas."

* note de l'auteur : luxe vient du grec lusis qui signifie dissolution. Ce n'est pas un hasard.

Olivier Bardolle "Des ravages du manque de sincérité dans les relations humaines" éditions L'esprit des Péninsules février 2006

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 00:00


" J'ai toujours refusé de faire partie des clubs qui m'acceptent comme membre ? " Groucho Marx. 
225px-Grouchomarxpromophoto-copie-1.jpgAndré Torre, un très sérieux chercheur de l'UMR SADAPT, INRA-INA.PG - pour les nons initiés au sabir des sigles, ça veut dire quelqu'un qui travaille pour l'INRA du côté de l'Agro de la rue Claude Bernard à Paris - qui pose cette étrange question dans un article de la Revue d'Economie Industrielle * en mettant en exergue cette citation d'un drôle de Marx, donne la preuve que l'on peut être doté d'un solide sens de l'humour tout  en explorant des sujets ésotériques et ardus. 
Pour ceux d'entre vous qui souhaitez lire cette publication, je pense à mes amis intellos de Sève ou aux membres du groupe de travail gouvernance de la filière confié par le Ministre à Jérôme Despey le président de Viniflhor je vous donne le lien  
www.persee.fr/showPage.do;jsessionid=8CC759985FB2783CADDB9708298A5CDF.erato?urn=rei_0154-3229_2002_num_10... 30 pages, dont 4 pour décrire une modélisation simple de l'AOC sous forme de club - j'adore les modéles mathématiques, les simples plus encore lorsqu'ils s'appliquent à la joyeuse diversité de nos antiques AOC - consistantes, à consommer avec l'envie de faire progresser la science. 
Pour les autres, je vous offre une petite tranche consacrée à l'AOC Comté, la principale appellation fromagère de France
www.comte.com/ , qui traite de la gouvernance, à lire, savourer, commenter, sans en faire tout un fromage... 

" Le dispositif de gouvernance a pour but, dans les AOC, de rendre visibles les règles communes, de les édicter, de les mettre en place, de veiller à leur application, éventuellement de les modifier quand cela s'avère nécessaire, et de définir et faire appliquer les sanctions en cas de non-respect. Il s'apparente à des mécanismes plus anciens, comme ceux à l'oeuvre dans les guildes de marchands à l'époque médiévale et récemment théorisés en termes de dilemmes du prisonnier répétés (Greif et alii, 1994).
Dans l'AOC Comté, ce rôle est assuré par le CIGC (Comité Interprofessionnel du Gruyère de Comté), composé de représentants des principaux acteurs de la filière, qui constitue le principal dispositif de partage et de techniques au sein de cette dernière. Créé par décret, cet organisme est le fruit des efforts réalisés par les agriculteurs depuis le début du XXème siècle pour faire reconnaître leur produit, se différencier des producteurs suisses, être rémunérés au "juste prix" et tenter de résister, avec les affineurs, à la montée de la production industrielle. Ses fonctions concernent la collecte d'information, la réalisation d'études, l'appui technique (conseils sur la traite, l'hygiène...), le contrôle du respect des règles définies dans le cahier des charges, l'information des consommateurs et la fabrication-vente des identifications des fromages. Il constitue einsi le principal dispositif d'orientation, de défense, de représentation et de contrôle du Comté et joue un rôle dans les campagnes de publicité et sur la politique de "crus" des fromages. Mais il s'agit avant tout d'une instance de régulation de la production, qui établit un plan consistant à fixer quotas éventuels, déclassement, pénalisations, règles d'accueil des nouveaux arrivants... Jusqu'aux années 50, en effet, la commercialisation du "fromage en blanc" se faisait à la criée, la régulation de la production étant assurée essentiellement par le marché, d'où des périodes successives de sous et de surproduction. Les contrats qui lient les producteurs aux affineurs ont été mis en place à l'initiative du CIGC, qui dispose également d'un autre outil de régulation et de contrôle, les incitations en termes de prix, et s'occupe de la mise en place d'une procédure d'arbitrage interne en cas de désaccord sur la hiérachie de qualité des fromages.

Ainsi, le rôle central de gestion est joué, au sein de la filière Comté, par un dispositif de gouvernance, qui est le seul organisme autorisé à délivrer les autorisations de commercialisation, à contrôler et à veiller à ce que les différents acteurs respectent leurs engagements. On peut penser que son existence résulte du fait que les agriculteurs ne possèdent pas les capacités nécessaires (compétences techniques, compétences financières, temps) pour assurer l'ensemble du processus de production des fromages, d'où la nécessité de s'allier avec d'autres acteurs et de s'en remettre à ce dispositif, qui permet également de diffuser des informations sur la réputation (bonne ou mauvaise) des individus. Toutefois, l'organisation des producteurs existait bien avant sa mise en place, même si elle ne reposait pas alors sur des bases formelles."

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