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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 00:07

Quand j’y repense, dès ce premier jour, mon nouvel avenir était déjà marqué par le sceau de la graisse : la carte d’identité que le directeur de cabinet me tendait, d’un air dégoûté, du bout de ses longs doigts aux ongles manucurés, comme si c’était un papier gras, portait les stigmates de séjours entre des mains douteuses. Pour faire plus vraie que nature elle empestait l’huile de friture et, sur la photo noire et blême, tirée d’un photomaton en fin de vie, mon air halluciné, mes joues creuses et mes cheveux emmêlés collaient bien à ma nouvelle identité. Par la grâce de ces messieurs de la place Beauvau j’étais Marc Krank, un type tiré du néant, plus exactement du fichier des personnes disparues, petit juif ashkénaze, fils et petit-fils d’une lignée des Sudètes, débarquant d’un pays grisâtre, ravagé mais encore vivant, que peu de gens à Paris sauraient situer sur une carte, né à Denain, là où le Pas-de-Calais colle au pays wallon. Par bonheur, et j’en fis immédiatement la remarque à ces messieurs, j’étais incollable sur l’emblématique Jean Degros, capitaine de l’équipe de France de basket et de l’US Denain-Voltaire, et d’ajouter que le prolo ça aime la chaude camaraderie des supporters, la buvette et le cornet de frites bien gras, et d’insister que comme le prolo, pour les  dialecticiens adorateurs des masses, constitue le mètre-étalon du pur révolutionnaire, avec un tel bagage culturel je serais accueilli par eux à bras ouverts. Mon petit cours es-manipulation des zélateurs de la lutte des classes fit son petit effet auprès de mes chefs qui se détendirent, après tout devaient-ils penser ce type leur ressemble, alors nos préventions contre lui constituent sans doute ses meilleurs atouts. Dans un élan mesuré, le directeur des RG me prenait par le bras et m’entrainait près de la porte-fenêtre pour me confier, sur le ton de celui qui ne peut pas faire autrement, que je serais cornaqué par une grosse enflure : Gustave Porcheron. Gustave la balance, électricien au service d’entretien chez Wendel, que ces petits cons de la GP considéraient comme un vrai révolutionnaire, alors que les RG le tenaient pour une poignée de biftons, et un peu de cul dans une boîte des Champs. Comme ce n’était pas une pointure il ne pouvait accéder au saint des Saints de la GP, d’où ma mise sur orbite.
 
Le Gustave, nippé prolo du dimanche, avec casquette huileuse, rouflaquettes roussâtre, plus vrai que nature, couleur brique, nez bourgeonnant et bedaine épandue au-dessus de la ceinture, adepte de la Valstar en litre, du rot et sans doute de la main baladeuse, une vraie raclure, lorsque nous nous sommes retrouvés au buffet de la gare du Nord pour accorder nos violons, sans jamais me regarder dans les yeux, ce salopard a d’abord tenté de m’amadouer, avec son abominable accent chti, tout en descendant sans respirer des bocks de bière pression : «  T’sé mec comme je suis un bon zig, et même si je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, faut que je te dise que je ne comprends pas tout ce tintouin qui font pour cette bande d’enculeurs de mouches. Que des va-de-la-gueule ! Toi, j’sais pas d’où tu sors, mais je t’aurai prévenu, faudra pas dire que t’savais pas, tire tes arpions de ce nid de petits frelons, y sont tellement cons qu’un jour y seront capables d’en faire des conneries. Tu vois ce que je veux dire… »
Je  pris l’air de celui qui savait ce que ça voulait dire ce qui incita Gustave à pousser son bouchon plus loin, en se faisant d’abord obséquieux puis menaçant.
« Pour eux, un gars comme toi, celui qu’on va dire que tu es, c’est une putain de recrue. Méfies-toi de ne pas te prendre à leur petit jeu et de ce que veulent entendre les chefs. C’est tentant tu sais de chier dans les bottes de tout le monde. Moi, depuis que j’ai commencé à balancer je peux plus m’arrêter, ça me soulage comme quand je dégueule le lendemain d’une sale biture. Alors je raconte des craques à tout le monde. Je n’ai pas envie que tu tues la poule aux œufs d’or mec ! Alors déconne pas, ne m’enlève pas le pain de la bouche sinon je cafte le morceau à mes potes révolutionnaires et je suis certain que tu passeras un sale quart d’heure… »
Je pris l’air de celui qui avait reçu le message cinq sur cinq pour jurer mes grands dieux à Gustave que jamais je ne lui chierais dans les bottes. Le vieux saligaud, rassuré, tout en se grattant les roustons, crut bon de se justifier.
« Pour sûr que j’suis pas trop fier de baver pour le compte des bourres mais, moi le Gustave qu’est pas d’instruction, j’les respecte car eux, au moins, y me prennent pour ce que je suis : un enculé à qui on ne peut pas faire confiance, alors que cette bande d’intelligents qui me lèchent le cul comme si c’était d’la Chantilly, me donnent envie de leur chier dessus. Te méprend pas gamin quand j’te dis que chui z’un enculé, c’est façon parler, car moi les tarlouzes j’leur bourre la gueule pas le fion… »
Je rigolais le plus grassement possible en me tapant sur les cuisses avant de me tasser un Cognac shooté au caramel qui n’avait pas encore fait son retour d’âge, « ya pas mieux comme décapant et ça tue au moins les microbes » fis-je remarquer au Gustave qui trouva mon humour à son goût.
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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 00:03

290px-French-communist-party-hq.jpgDans le cadre du 90 ième anniversaire de la Révolution d'octobre 1917, qui curieusement se déroula en novembre, je vous offre deux textes, l'un sérieux qui explique la dérive sanglante, la sclérose sociale, l'inefficacité économique d'un système bureaucratique fondé sur une nomenklatura issue d'un parti unique, l'autre caustique sur les travers de cette nomenklatura dans les partis frères...

Le premier de Victor Serge écrit en 1937 : 

" Ce qu'il faudra souligner inlassablement, c'est que depuis une bonne dizaine d'années, en ce qui concerne la Révolution russe, les mots : chefs, partis, Soviets, masses ont tout à fait changé de sens, arrivant en somme à signifier le contraire de ce qu'ils signifièrent dans les grandes années d'espérance et de victoire. Il a fallu refaire laborieusement toute l'histoire des débuts et ce n'est pas fini. Au moment de l'insurrection d'Octobre (novembre en nouveau style russe), les chefs ne sont que les premiers, les plus écoutés et les plus dignes des militants, le parti bolchevick est l'organisation qui exprime le mieux le sentiment populaire. De là, sa popularité et l'efficacité de son action."

Le second de Maria-Antonnietta Macciocchi en 1983 :

" Dans le palazzo du Parti, couleur rouge foncé, situé juste en face d'un collège de jésuites, il y avait un ascenseur pour les chefs, qu'on prenait en entrant par la grande porte, et qui était ouvert par les mains diligentes des "camarades huissiers". Puis, il y avait l'ascenseur pour la "base", grinçant, craquant, et souvent en panne : là entraient les cadres moyens, les "employés révolutionnaires". Dans le premier se rencontraient les plus hauts dirigeants, il était donc entouré d'un personnel qui nous empêchait d'y monter, maintenant ainsi le juste écart entre base et sommet. A travers cette histoire d'ascenseurs, qu'on retrouve telle quelle place du Colonel-Fabien, je voudrais faire comprendre que dans les partis communistes tout "sent la Russie", tout est Kremlin, tout est Nomenklatura. A propos d'ascenseurs, en 1968, on criait : "Ne prenez pas l'ascenseur, prenez la Révolution !", et c'était le slogan qui faisait le plus "tourner la boule" au rédacteur en chef de l'Humanité ; Andrieu expliquait alors que ces jeunes étaient tous "tapés".

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 00:03

250px-Jean-Fran--ois-Millet---L-Ang--lus.jpg
De temps en temps il faut savoir lire ce qu'on écrivait dans des temps qui ne sont pas si anciens, les années 20, ont les à dit folles, sans doute pour s'étourdir, oublier la boucherie de 14-18. Le texte que je vous propose est désuet, avec des notations qui restent actuelles ; un texte que devrait lire Nossiter ; un texte à verser dans les archives destinées à alimenter la définition du terroir... 
            
  

"
Les grands crus l'ont eu, les grands crus que tout le monde connaît et dont tout le monde parle.
        On en parle même plus qu'on ne les boit, car aujourd'hui, de manière générale, on parle plus qu'on ne boit. C'est un signe des temps ; on aime mieux se saoûler de paroles que de vin. Ca monte davantage à la tête et ça fait plus mal au coeur. Et surtout, cela fait plus de mal à la France.
         Nos grands vins (j'y reviens) nos grands vins sincères, ce sont les grands saints français, ceux qu'on ne discute pas et qui font, au moment voulu, le geste miraculeux.
         Ils ont, dans le Bordelais, la Bourgogne et la Champagne, des chapelles immenses, en Touraine, en Anjou, sur les côtes du Rhône et en Alsace, des statues avec des auréoles larges comme des soleils. Nous les adorons à deux genoux.
         Mais faut-il oublier, pour cela, les vins de nos autres provinces, de nos chers petits bourgs peu connus qui dorment au pied de leur clocher.
         Ils sont pourtant accueillants et charitables, ces modestes patrons locaux de nos villages, aux couleurs un peu trop vives ou un peu fanées, auxquels on rend hommage, les jours d'assemblée, auprès desquels on va en pélérinage, et qui exaucent, à chaque coup, des foules peu exigeantes, mais dont la finesse vigneronne n'ignore pas tout à fait les diverses nuances du bonheur.
         Et leur nombre obtient autant de miracles, surtout en faveur des humbles et des simples, sans compter parfois les gens d'esprit !
         Les grands vins, comme les grandes cités, ont souvent besoin de se constituer un cadre, il leur faut des décors couteux et de la réclame, des adjectifs somptueux et une clientèle étrangère.
         Les bons vins de terroir ont notre ciel, nos coteaux, nos bosquets et nos maisons de paysans, comme salon de dégustation.
         Ils sont faits pour être bus en famille, entre amis, en mangeant surtout, et alors, ils se chantent eux-mêmes, en faisant tinter le verre où ils scintillent, parce qu'on les verse abondamment.
         Je ne puis dire aussi qu'ils font chanter. Ce sont les plus gais des cicérones, quand ils nous promènent à travers notre territoire et aussi les plus éloquents. Par eux, les auberges de la route deviennent hospitalières et le hameau le plus déshérité se transforme en un site merveilleux.
        On dit que le Français ne connaît pas son pays. S'il connaissait les Vins de chez nous, il en remontrerait, sur ce sujet, à tous les professeurs de géographie.
         Et surtout, il en concevrait une telle fierté, que jamais il ne pourrait douter de son avenir.
         C'est vers ce but que tendent mes écrits et s'il était un jour atteint, ce serait encore un miracle, et non le moindre, à l'actif de nos jolis vins de terroir. " 

Extrait de : Les Vins de chez nous Monsieur de Sépangueul publié dans les années 1930.
    

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 00:09

Photo-005.jpg
Succéder au charismatique et visionnaire René Renou à la présidence du Comité National Vins et Eaux-de-Vie de l'INAO pour mettre en oeuvre la réforme que celui-ci appelait de ses voeux et dont il avait fait acter les grands principes avant de nous quitter n'est pas une sinécure. La nomination d'Yves Bénard à ce poste stratégique, s'il a pu surprendre certains, me semble être le signe d'une vraie prise de conscience de l'importance d'une approche du produit réellement tournée vers la satisfaction de nos consommateurs et de ceux qui souhaitent le devenir. Homme d'équilibre et de dialogue, homme d'une grande région : la Champagne où la réussite semble naturelle, homme d'un grand groupe alliant marques et tradition, homme de la vigne aussi, Yves Bénard est bien armé pour prendre à bras le corps cette réforme avec le souci de la transparence et de l'efficacité. Bien sûr, l'oeuvre est collective, et une grande part de la dynamique viendra des professionnels eux-même. Tout naturellement Vin&Cie se devait de le soumettre à ses Trois Questions.

Question 1 : Pour Agnès Payan, une ex-INAo devenue vigneronne, la réforme de l'INAO c'est " on change la couleur de l'enseigne (syndicat en ODG) ; on repeint la façade, ça rafraîchi et on fait croire que l'on bouge alors que l'on prend les mêmes et on recommence..." Alors Yves Bénard pure cosmétique ou début d'un vrai changement ?

Cette réforme sera en partie ce que les professionnels voudront en faire, mais le législateur a prévu des évolutions fortes que l'INAO est chargée de mettre en oeuvre.
L'objectif central est une séparation des pouvoirs entre ceux qui font et ceux qui contrôlent - et entre le syndicalisme et la gestion des appellations - je parle de la création des ODG.
Bien sûr on aurait pu souhaiter des structures juridiques apportant plus de garanties à l'autonomie des ODG, mais les délais de mise en oeuvre étaient courts, tout en rappelant que l'INAO a la responsabilité de veiller à ce qu'il n'y ait pas de mélange des genres.
La mise en oeuvre de cette réforme en cours de ratification par le Parlement est prévue pour la vendange 2008 et j'espère qu'on y verra un changement avec - ne l'oublions pas - la réécriture des décrets, véritable cahier des charges où chaque appellation devra écrire ce qu'elle fera et faire ce qui aura été écrit.
J'attends de cette réforme de la transparence, de la crédibilité et de l'efficacité.

Question 2 : Michel Bettane, sur Vin&Cie, déclare " je ne crois pas à l'efficacité supérieure d'organismes indépendants car il n'y a par exemple aucun diplôme capable de garantir qu'un dégustateur est à même de juger de la conformité d'un vin à l'expression du terroir..." Quadrature du cercle, mission impossible, Yves Bénard, que faire pour redonner confiance en notre système ?

Je suis tout à fait d'accord avec les propos de Michel Bettane et c'est pourquoi le système actuel qui donne  le baptême de l'appellation sur les seuls contrôles analytiques et organoleptiques n'est pas satisfaisant.
La réforme a prévu une procédure d'habilitation pour chaque opérateur, et un plan de contrôle pour chaque appellation qui portera sur une série de points critiques, qualitatifs depuis la vigne jusqu'à l'embouteillage.
Le respect de ces points de contrôle conférera l'appellation aux vins élaborés par l'opérateur concerné et lesdits vins seront dégustés par sondage et au plus près de leur commercialisation.
En outre les jurys de dégustation pourront être élargis à des professionnels autres que ceux de l'appellation concernée, en faisant appel par exemple à des sommeliers, cavistes ou consommateurs avertis.
Je souhaite personnellement que les dégustations portent plus particulièrement sur l'identification des défauts, rendant le vin non loyal et non marchand, car il n'y a pas qu'une seule expression du terroir et la complexité de nos vins AOC est une vraie richesse qu'il faut non seulement préserver, mais même susciter.

Question 3 : Le Ministre vous a chargé d'animer un groupe de réflexion sur la compétitivité des entreprises. A votre avis la mule n'est-elle pas déjà lourdement chargée avec des CVO pas toujours bien utilisées, des redevances et cotisations diverses qui maintiennent des structures en vie ? Vous le champenois, homme d'entreprise, seriez-vous partisan d'une simplification de notre organisation interprofessionnelle pour la rendre moins coûteuse, plus privéen et sans doute plus efficace ?

Telle  qu'elle est formulée, votre question est une réponse en elle-même que je partage,  même si le champagne est un exemple peu transposable dans les autres régions  viticoles.

Beaucoup de travaux et de recommandations existent depuis Booz Allen  en 1995, en passant par Cap 2010 et le seul vrai sujet porte  sur la volonté de réforme, sur la décision politique de faire bouger les lignes et de remettre en cause les structures existantes qui pour certaines d'entre elles ont 70 ans, alors que le monde viticole a connu beaucoup de révolutions depuis cette époque.
Structures plus légères, lisibilité de l'offre, segmentation mieux adaptée aux marchés, fonds publics mieux utilisés, coûts de produits mieux maîtrisés, contrats amont-aval privilégiés = vous connaissez la musique et  je ne compte pas proposer un rapport de plus, mais plutôt un plan d'action qui nécessitera de vrais changements.
RV au Printemps 2008.

Merci Yves Bénard. A vos claviers chers lecteurs.

 

 

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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 00:01

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Sur le plateau d'Arte, lors d'une récente émission sur la bouffe, Michel Leblanc, l'auteur du livre qui m'a servi de titre à ma chronique de ce matin, en bon communicant qu'il est, c'est son métier, animé par un ras-le-bol qui ne paraissait pas feint, se voulait le porte-parole des agriculteurs et de l'agro-industrie pour dire, par le truchement d'une lettre à sa fille : " J'aime mon boulot, comme toutes les femmes et les hommes qui travaillent pour et autour de l'agriculture et je peux t'assurer qu'aucun d'entre eux n'oeuvre dans le but d'empoisonner les gens, de casser les paysages ou d'assassiner les abeilles ! " Je lui ai trouvé du panache, du courage même lorsqu'il assumait l'accusation d'être à la solde des patrons de l'agriculture industrielle, et comme les thèmes qu'il aborde méritent bien plus que des anamathèmes jetés d'un camp à l'autre et que Vin&cie est un espace de liberté, j'ai trouvé tout naturel de faire état de son livre. Avant d'en citer un extrait, un mot sur le cursus de l'auteur tel qu'il est livré par son éditeur : " Michel Leblanc anime depuis vingt ans le club européen "Agricultures&Sociétés" et dirige Ceforex, dans sa région du Nord-Pas-de-Calais, une agence européenne de communication, de formation et de conseil. Ancien paysan et dirigeant syndical, il a déjà publié L'agriculteur, la putain et le député et quand une jacquerie finit à l'Elysées." Pour ma part je signale que le livre, publié au Cherche Midi, l'est dans la collection Terra et que celle-ci est liée à l'association éponyme Terra présidée par Luc Guyau mon voisin de banc de l'école d'agriculture de la Mothe-Achard qui fut président de la FNSEA et qui l'est de l'APCA aujourd'hui.

Nostalgie quand tu nous tiens

" La scène se déroule à Toulouse dans l'un de ces salons où l'agriculture aime s'afficher. Lors de ce genre de manifestations, les édiles de la République ne sont jamais très loin. Le président de la région * fait la tournée des stands. Invité par les producteurs de porcs les plus modernes, il préfère s'attarder chez les "traditionnels" éleveurs de porcs noirs de Bigorre, vieille race locale, en train de renaître grâce à la passion d'une cinquantaine d'agriculteurs. Vivant en liberté, ces cochons gras grossissent lentement et fournissent un jambon à se pâmer. Peu de consommateurs auront la chance de croiser l'un de ces jambons, de qualité exceptionnelle. En comptant huit porcelets par mère, et deux portées par an, les cinquante producteurs de porcs noirs de Bigorre n'ont que 8000 jambons à proposer. Insuffisant pour régaler les soixante-deux millions de consommateurs français.
    Les autres, les "modernes", produisent sur l'ensemble du territoire vingt millions de porcs. Standard ou label rouge, sous forme de côtelettes ou de filets mignons, transformée en jambon cuit ou en saucisson, cette production représente environ trente-sept kilos par habitant. Pourtant, le président passera beaucoup de temps avec les porcs noirs de Bigorre, persuadé d'être en phase avec son époque et probablement son électorat. Il préfère, semble-t-il, la "tradition" à la modernité. Imagine-t-on le même président de région bouder le lancement de l'A380 pour assister au congrès français des avions miniatures ?
     Il est vain d'opposer ainsi les modernes et les anciens, les professionnels et les amateurs, alors qu'ils constituent, ensemble, la diversité de la production porcine. Nous sommes en pleine démagogie.
       Et pour trouver une illustration encore plus éloquente de ce type d'attitude, il suffit d'observer le Salon de l'Agriculture qui se tient chaque année porte de Versailles. Dans ce que les journalistes ont coutume d'appelerla plus grande ferme de France, le citoyen consommateur, telle une Catherine de Russie visitant ses provinces, est invité à découvrir une agriculture de carte postale. Une agriculture bucolique où la nostalgie le dispute à l'angélisme, où les vaches aux sabots plus lustrés que les souliers vernis d'une première communiante regardent passer les suites présidentielles.
      Une fois éteints les feux de la rampe, l'agriculture, la vraie, reprend ses droits, à des années-lumière des saynètes versaillaises et des safaris politiciens. Mais décrire cette agriculture moderne, telle qu'elle est, c'est déjà désanchanter ceux qui croient que le bonheur pousse naturellement dans le pré. L'expliquer, c'est agresser ceux qui prospèrent sur l'engrais du fantasme d'un monde paysan éternel et d'une nature angélique. Seulement, en parler revient à contester ceux qui font croire que la modernité, et par conséquent notre avenir, se résume à une longue énumération de dangers pour l'homme, et maintient le consommateur dans l'angoisse de perdre ses repères et de se faire contaminer.
      Mais quand va-t-on enfin dépasser tout cela ? "
* Martin Malvy

Bonne question monsieur Leblanc, ensuite vous faites le tour de la page 29 à la page 188, avec un certain bonheur, de toutes les peurs : peur de se nourrir, peur de s'empoisonner, peur de grossir, peur de la modernité, peur de la science, peur du vivant, peur de la diversité. C'est pertinent, enlevé, juste souvent, mais vous effleurez, survolez, emballé c'est pesé en quelques pages, au nom sans doute du caractère grand public c'est du light, très dossier com, sans verser dans le sabir chercheur les sujets méritaient d'être un peu plus nourris, charpentés. Déçu, je suis déçu par la superficialité, très Jean-Luc Delarue, vous êtes plus à l'aise à l'oral qu'à l'écrit monsieur Leblanc, bon avocat certes mais le traitement de fond de vos dossiers laisse à désirer. Le reste de votre livre de la page 192 à la page 229 : les engagements pour l'Europe et pour une nouvelle agriculture sont du même tonneau : un léger souffle dans les branches de sassafras. Les quelques pages, à peine 8, consacrées à notre nectar : les machines à vendanger, et la France créa le vin, le Nouveau Monde en embuscade, et délit de faciès sont à l'image des remarques ci-dessus, au-dessous du minimum syndical. Sur le fond du dossier, pour m'en être souvent entretenu en son temps avec Luc Guyau et d'autres dirigeants je reste persuadé que la mauvaise image de l'agriculture et des agriculteurs n'est pas seulement le fait de ses détracteurs les plus acharnés et les plus vindicatifs mais aussi le produit de l'incapacité des grandes organisations professionnelles agricoles de sortir de leur attitude corporatiste : l'unité paysanne, de leur refus de l'anticipation des nécessaires réformes de la PAC, de leur sur-place lié aux difficiles arbitrages entre productions et régions : la gestion d'image désastreuse des aides compensatoires grandes cultures. Quand on a passé comme moi plus de 10 ans, à divers niveaux de responsabilités, au 78 rue de Varenne, entre le marteau et l'enclume, les réformes de la PAC, le GATT, Blair House, une crise de listéria, la vache folle, les calamités agricoles...etc je puis vous assurer, monsieur Leblanc, qu'en dépit de vos talents de communiquant, long est le chemin à parcourir pour que vos ouailles soient en mesure de convaincre le grand public que ce que vous dites avec passion, pertinence parfois, est la réalité pour qu'il puisse enfin accéder à une information qui lui ferait abandonner, et ses images d'Epinal et ses peurs. Après tout ce grand public est constitué de l'agrégation de vos clients, alors, s'ils sont dans un tel état c'est que l'ouvrage n'est pas bien fait monsieur Leblanc.  

 

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 00:04


C'est le titre d'un article de jp géné dans le Monde 2 du 24 novembre. J'en cite un extrait : " Il existe désormais en France une autre façon d'être vigneron que celle des planteurs de merlot défilant en tweed dans les rues de Bordeaux. Ou celle des as du rendement, de l'extraction et des prix. Ils sont environ 200-300 propriétaires - moyenne d'âge 40 ans - répartis dans tous les vignobles, à choisir une autre voie que celle des pesticides et des levures aromatiques, des clones tristes et des moissonneuses-batteuses qui ont mis la viticulture française dans l'état que l'on sait. Jeunes ou vieux, toujours passionnés, reprenant un domaine familial ou débutant sans le sou et sans hectares, ils commencent par retourner à la vigne et à faire revivre la terre en débranchant la perfusion chimique..." Pour lire l'ensemble du papier se référer au Monde 2. 

L'article de jp géné traite de la sortie du nouveau livre de Sylvie Augereau Carnet de Vigne, les éditions de l'Epure, 19 euros. Je vous livre, un morceau choisi des propos de l'auteure extraits du site de France 2. 

Mes voeux :

- j'espère que les planteurs de merlot de Bordeaux * qui défilent en veste de tweed - peut-être au volant de leur moizabat sur les Quinconces - vont réagir, ainsi que tous les non-propriétaires qui font du vin, les maîtres de chai salariés par exemple, à l'article de jp géné. Vous pouvez aussi lui écrire directement jpgene@noos.fr pour lui demander son diagnostic sur l'état de la viticulture française, car manifestement il sait lui. Mais soyez gentils de nous réserver la primeur de vos humeurs ; 
* Bordeaux, à neuf, étrillé à Caen 5 à 0, la revanche du Calvados sur les Grands crus, c'est Anne et son fils qui doivent être contents...

- Sur les propos de Sylvie Augereau ci-dessous, seul le guide du Pous peut comprendre - lui qui est mon ami et qui me gronde quand je fais des écarts de plume - la paresse matinale de cette même plume. Les vôtres peuvent en profiter pour les agrémenter, les complémenter, en s'offrant dès le matin un pti verre de vin qui cause, de commentaires les plus sincères bien sûr.

 

Le Carnet de Vigne Omnivore

Publié le 20/11 à 19:40
Après Le Carnet de Route, guide des bonnes tables, le magazine Omnivore publie un Carnet de Vigne
Cliquez ici pour voir en grand
L'auteur de cette première cuvée n'est autre que Sylvie Augereau,  pétillante jeune femme déjà aux manettes du salon DivinOmnivore consacré aux vins dits naturels.

On ne s'étonne donc pas de voir l'ouvrage sous-titré "Les 200 vins 100% raisin". Ni de constater que cette passionnée y consacre autant de place aux breuvages qu'aux vignerons.

Une galerie de portraits de vignerons sincères
Ecrit dans une langue alerte et savoureuse, Le Carnet de Vigne s'attache aux hommes, à leur histoire, à leur cheminement, à leur travail, à tous ces vignerons qui "interviennent énormément dans la vigne pour ne pas intervenir après", en cave, avec la chimie.

Une galerie de portraits, donc, d'auteurs de vins naturels (la définition lui va s'il s'agit de vins "peu levurés et assez peu sulfités pour être buvables", mais si cela ne tenait qu'à Sylvie Augereau se serait des vins "matures"), derniers des mohicans "d'une viticulture qui court lentement mais sûrement vers sa perte".

Dans chaque région, Sylvie Augereau est allée à la rencontre de vignerons sincères dont elle résume pour chacun l'esprit, avant d'analyser le vin avec sensibilité, sans oublier "le petit +" du savoir-faire ou du cheminement personnel, ainsi que la fourchette de prix et l'adresse.

Dans le même esprit que le Carnet de Route Omnivore, son équivalent des bonnes tables, Le Carnet de Vigne ne distribue pas autoritairement les notes et n'assomme pas le lecteur à coups de jugements péremptoires. Il reste humble. Mais se fait quand même plaisir en offrant un palmarès de ses coups de coeur (révélation, militant, défricheur, caviste etc...).

Des vins vivants et causants, tout sauf muets
Oui, ce Carnet de Vigne sort des sentiers battus. Il demande un petit effort au buveur. Celui d'abandonner ses a-prioris et les goûts formatés. Il est destiné selon son auteur à "quelqu'un qui boit les bouteilles qu'il achète et ne fait pas seulement un investissement"

"Les vins présentés sont des vins vivants, toujours différents d'année en année" et les vignerons mis en avant "des gens qui ne sont pas toujours sûrs de faire bon chaque année",  explique-t-elle dans le dernier numéro 
du magazine Omnivore.

"Face aux flots de vins rendus muets pour mieux durer, notre sélection a tenté de dire la luminosité d'un fruit tiré par les racines et tenu par la pierre.", écrit-elle dans le vibrant éditorial du Carnet de Vigne. "Combien de temps cela peut-il vieillir ? Aussi longtemps que vous résisterez à l'ouvrir."

Le Carnet de Vigne Omnivore (éditions de l'Epure, 19 euros)

 
Laure NARLIAN
 
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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 00:04


Selon les experts es-tendance, les trentenaires minces et branchés, sitôt rentrés at home troquent leurs fripes chicos Paul Smith pour le tablier bleu de leur mère et, en leur cuisine mieux équipée qu'un laboratoire high-tech, ces nouveaux adorateurs de la bouffe - pas la mal mais la bonne bien sûr - vont "créer" derrière leurs fourneaux rutilants, pour régaler leurs copains de la salle des marchés ou épater les nanas qui ne savent même plus faire un oeuf sur le plat, des petites choses toutes simples du genre filets de saint-pierre au beurre d'orange pour commencer er une crème brûlée à la lavande du plateau de Valensol pour terminer. 
Ben oui, c'est un scoop, il est devenu valorisant pour les gars de savoir cuisiner me dit-on ! 
Nos grand-mères, outre assurer le frichti quotidien, brodaient quand elles ne reprisaient pas des chaussettes. 
Nos mères mijotaient elles aussi des petits plats pour la maisonnée. 
Nos soeurs, perverties par l'esprit de libération, ont jeté par-dessus bord les aiguilles et les écumoires pour bosser comme les mecs. 
Et voilà que nos fils se passionnent pour la cuisine -  pas la bonne chère de papa bien sûr, trop lourde, trop coupée de ses racines, non de l'authentique de chez authentique mon cher, du pur extrait de terroir, sable des carottes de Créance compris, de la nature à l'état brut "oui, oui, je t'assure, l'eau sur la feuille de la laitue c'est de la rosée du potager..." 
C'est le monde à l'envers Simone - pas le château mais de Beauvoir bien sûr -  et, pis encore, cette nouvelle folie culinaire qui s'est emparée de la jeune génération mâle, n'est pas, me dit-on chère Simone - elle n'aurait pas aimé cette familiarité - qu'une mode, c'est un mouvement mondialisé et, comme vous vous en doutez ma pauvre Simone, comme tout mouvement mondialisé qui se respecte ça a un nom anglais : c'est le Fooding et, comme de bien entendu, chère Gisèle - Halimi bien sûr - comme tout mouvement mondialisé bardé d'un nom anglais qui se respecte, ça se fait sa petite semaine médiatique du 26 novembre au 8 décembre
www.lefooding.com .

Elodie Lepage du Nouvel Obs nous donne la clé. Certains journalistes, surtout ceux qui chroniquent sur l'air du temps, et ceux de l'Obs tout particulièrement, adorent les raccourcis psychologico-sociologiques car c'est chic et choc, ça ne mange pas de pain et surtout, sitôt l'article en boîte ça laisse le loisir d'aller vite butiner sur d'autres sujets apportés par le vent des agences de communicants. Bref, pour elle, ce retournement de jurisprudence de nos jeunes mâles pourrait être, je la cite : " La revanche des enfants du supermarché ? Elevés au poisson pané et aux surgelés, ils sont avides, aujourd'hui, des produits frais et du terroir..." A l'en croire, c'est la ruée sur les cours, les ateliers pour apprendre à mitonner des petits plats simples et nature, le rush sur les bouquins de cuisine - pas ceux des recettes de Françoise Bernard mais des trucs du style Jérôme Byron et son livre Cantines * - et le triomphe de la nouvelle bible sur papier glacé : le magazine Régal (90 000 abonnés et 30 000 ventes en kiosques). Enfin, comme toute lame de fond le mouvement à ses chapelles écrit-elle : Fooding, Omnivore ou Slow Food... " La demande est là " enchérit Luc Dubanchet le rédac-chef de la revue omnivore, disponible sur le net depuis 2003, qui va être disponible en kiosque en janvier. Une vraie "révolution" quoi, une longue marche entreprise depuis 1990 pour que le ludique, le plaisir et la simplicité triomphe dans la cuisine de tous les jours.  (cf photo) " A cette époque, la gastronomie était larguée. Il se passait des choses dans tous les secteurs de l'art et de la culture, sauf dans ce domaine. En jouant "l'agit popot", le Fooding a contribué à libérer les chefs des codes dépassés qui régissaient le milieu " dixit Alexandre Camas, l'un des fondateurs du Fooding. Don't act ! Que des artistes et des mecs qui causent riche... Les figures emblématiques, selon miss Elodie, étant en restauration Yves Camdeborde et Inaki Aizpitarte avec leurs bistrots chics et simples. 

* "Cantines" Jérôme Byron 2006 éditions Perrin-Agnès Viernot.
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J'ironise mais j'en ai le droit car :

1° je n'ai pas de four à micro-ondes ;
2° je n'achète jamais de surgelés ou de plats préparés ;
3° j'épluche mes carottes et mes navets achetés au marché ;
4° je lis Régal ;
5° je cuis à la vapeur depuis des lustres ;
6° j'ai dîné chez Camdeborde, sur le trottoir bien sûr ;
7° je fais ma pâte à tarte sans peser les ingrédients ;
8° je n'ai de toute ma jeunesse touché une casserole ;
9° je n'ai jamais pris un seul cours de cuisine ;
10° j'adore manger à mon gré, où je veux comme je veux, sans être honteux, sans consultation préalable de l'air du temps ni références aux nouveaux codes, aux chapelles et autres prescripteurs de naturalité ;
11° je ne suis pas sectaire : ma porte est grande ouverte à toutes les influences du grand large et je ne demande à personne de partager mes goûts et mes coups de coeur.
12° je dois boire beaucoup des vins qu'ils aiment...

Vin&Cie est un espace de liberté et le prouve chaque jour. Venez vous y exprimer, apporter la contradiction, donner de la respiration au débat. Dans les jours qui viennent de nouvelles pièces seront versées au dossier de la bouffe avec, dès demain, notre cher nectar en première ligne...  
    

 

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:07


Les politiques pétaient de trouille face à ce groupuscule sans adhérents revendiqués, cultivant la Révolution en serre comme une plante en pot, étrange cercle d'initiés cooptés, forme vide où, entre la périphérie et le centre va et vient une fluence insaisissable, floue, pas de chef connu, rien d'interprétable, de la bouillie de chiots enragés. A la GP tout semble provisoire, intérimaire, inorganisé au nom de la primauté des masses - des larges masses aussi maigres qu'improbables comme le vocabulaire de leurs tracts était lui aussi boursouflé que prévisible - cette volonté maladive de s'effacer, de laisser les manettes aux prolétaires lorsqu'ils prendraient les armes. Comme l'aurait dit mémé Marie, pour tout ce beau monde calamistré de la place Beauvau, ça n'avait ni queue ni tête car dans les usines les plus dures, en dehors des poches connues et circonscrites d'anarcho-syndicalistes, d'agitateurs de l'extrême-gauche non communiste, toujours les mêmes, aucun élément identifié ne permettait d'accréditer que le couvercle de la marmite allait sauter sous la pression de la base. La base jardinait, piccolait, forniquait sans porter grande attention à ces gamins aux mains blanches faisant le pied de grue aux grilles de l'usine pour leur fourrer des tracts baveux d'encre, illisibles et déconnectés de leur saloperie de vie. En bons flics opportunistes qu'ils étaient, les tenanciers de la Place Beauvau, face à ce nid de frelons qui bourdonnaient dans un creux de mur, calmaient les angoisses de leur Ministre et de son cabinet avec l'opération foireuse baptisée pompeusement : double chevron.

Tout leur bel édifice reposait sur mes improbables épaules. Mes commanditaires, je le sentais, étaient partagés, tiraillés par des sentiments contradictoires. Côté positif, mon profil allait comme un gant à la mission d'agent dormant, ils ne pouvaient pas trouver mieux. J'étais plus que crédible pour me fondre sans éveiller de soupçons dans la mouvance de la GP, pour soutenir des discussions théoriques avec les têtes pensantes, apporter une contribution significative à la logistique merdique de ces intellos et accéder ainsi rapidement au "Comité exécutif", là où étaient censées se prendre les décisions capitales. Ce qui les inquiétait, c'était mon profil psychologique, mon côté je n'espère rien de rien, la facilité avec laquelle j'avais accepté de trahir mes anciens camarades, mon goût pour les femmes aussi, déjà responsable d'une grosse bavure, et surtout cette façon funambulesque de me complaire dans le border line. Ces messieurs cherchaient à avoir prise sur moi et, tout ce qu'ils avaient trouvé pour me tenir, c'était de me fabriquer une nouvelle identité. L'ancienne se retrouvait tout au fond d'un dossier bien pourri au cas où il me viendrait à l'esprit de leur faire un enfant dans le dos. Leur service après-vente de Marc Krank, ma doublure, besognait face à mon attention soutenue qui se voulait bienveillante. Pour détendre l'atmosphère je fis l'intéressant : " Soyez sans inquiétude messieurs je vais dépiauter le moineau...". Leur haut le corps imperceptible me confortait dans ma supériorité : à Beauvau on ignorait tout du langage imagé du Président Mao. 

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 00:08

C'est de la littérature, certes, mais bien trempée dans la réalité d'une période étrange...

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" Une fois, tu te souviens que vous aviez fait une grande réunion, un comité central ou quelque chose comme ça, dans une maison appartenant à une branche de la famille Rothchild. Carrément. La fille, étudiante à Vincennes, était sympathisante de la Cause. C'était du côté de Saint-Cloud, on voyait des golfeurs passer au loin sous des ombrages bleutés, des êtres irréels au fin fond de pelouses avec des massifs de fleurs comme des îles tropicales. Quand il n'est pas haineux, le petit bourgeois est craintif : vous étiez plutôt épatés, impressionnés, craignant de casser quelque chose. Dans vos petits souliers. Mais pas les prolos. Il y avait là Pombalière, Momo Mange-Serrures, Reureu l'Hirsute, la bande d'Issy. Très à l'aise, eux. A leur affaire. Ils avaient fracturé la porte de la cave (Momo tirait son surnom de ses dispositions dans ce domaine) et fauché des dizaines de bouteilles. Des mouton-rothchild, des pétrus, des haut-brion, rien que des bordeaux hors de prix, mais ils n'avaient pas la moindre idée des trésors que c'était. Ils trouvaient que les bouteilles, toutes poussiéreuses, étaient "mal entretenues". Elles leur salissaient les doigts, à ces délicats... Des richards pareils, ils auraient quand même pu payer quelqu'un pour les épousseter, à leur avis... Ils se doutaient que pour arroser le calendos du matin, ce serait mieux que le Gévéor (ou le Kiravi) en litres étoilés qu'ils s'envoyaient d'habitude, c'est tout."


Olivier Rolin in Tigre en Papier au Seuil

 

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 00:11


Aujourd'hui j'ai décidé de faire court car je me suis dit hier, puisque Chamarré est maintenant une société cotée sur le marché boursier libre d'Euronext Paris et que Pascal Renaudat son fondateur souligne que le plan d'expansion de ce qui n'était jusqu'ici qu'une "marque ombrelle" de vin français associe les 10 plus grandes unions de caves coopératives françaises, soit à travers elles, 13 000 viticulteurs
, j'invite ceux-ci à se connecter sur le site d'Euronext :
www.euronext.com


Qu'ils aillent ensuite sur le compte 3535 : Distillateurs et viticulteurs et ils  y retrouveront, outre leur bébé Chamarré tout juste sorti de sa chrysalide, l'évolution de la cotation de Belvédère, Cottin frères, Diageo, Grand Marnier, Henri Maire, Jeanjean, Laroche, Remy-Cointreau, Pernod-Ricard, Vranken... S'ils le souhaitent il leur suffit d'un petit clic sur le nom d'une de ces sociétés et ils pourront ainsi consulter les informations que doivent fournir celles-ci à Euronext. 
Allez, bon courage chers vignerons coopérateurs, bienvenus dans le monde formidable des actions... 

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