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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 00:02


« Il faut se rendre à l’évidence, Montaigne était incapable de se faire cuire un œuf » mais pire encore, lui, « né et nourri aux champs », propriétaire foncier, viticulteur, déclare ne rien entendre aux « plus grossiers principes de l’agriculture » et « ignorant […] ce que c’était faire cuver du vin » Ce n’est pas moi qui l’écrit mais un très savant professeur émérite de l’IEP de Bordeaux dans son livre « La table de Montaigne » chez arléa. « Bref, souligne-t-il, tout concourt à ce qu’il se « détourne volontiers du gouvernement » de sa maison, d’autant que s’ « il y a quelque plaisir à commander, fût-ce une grange, et à être obéi des siens », il n’en reste pas moins que « c’est un plaisir trop uniforme et languissant ». Mieux vaut se laisser aller à « cette humeur avide des choses nouvelles et inconnues », qui nourrit, « le désir de voyage ». Mieux vaut se consacrer à sa « librairie », et même se tourner vers la politique… »

 

Voilà une belle franchise dont certains plumitifs du vin devraient s’inspirer car trop souvent ils se parent d’attributs empruntés à l’air du temps pour avoir l’air savants. J’avoue, sans aucun rouge au front, en dépit des cours et des travaux pratiques du frère Bécot à l’École d’Agriculture de la Mothe-Achard http://www.berthomeau.com/article-34022380.html, être un grand ignorant des choses de la vigne et du vin mais, contrairement à Montaigne je sais faire cuire un œuf. Mais ce qui m’importe c’est que « finalement, Montaigne nous apparaît comme un honnête buveur. Il n’est pas comme Erasme, un fin connaisseur. Il ne cherche pas, comme Rabelais, la vérité dans la « dive bouteille ». Pour lui, le vin, est à la fois un moyen d’étancher sa soif et un plaisir de la vie de tous les jours. »

 

Le maire de Bordeaux – pas celui d’aujourd’hui bien sûr mais notre gentlemen farmer – préfère les vins blancs ou les clairets comme les gens d’en haut au XVIe siècle ; les « gens de travail » boivent, eux, « les gros vins rouges et noirs » alors que les « personnes de repos », elles, se délectent de blancs et de clairets : c’est Olivier de Serres qui le note dans son monumental ouvrage Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs (1600).

La rédaction de Vin&Cie qui ne recule devant aucun obstacle, toujours à la pointe de l'information de ses chers lecteurs laissant la RVF loin derrière, a décidé de remonter le temps et de poser ses traditionnelles 3 Questions à Michel de Montaigne. Les réponses valent leur pesant de bon sens. Lisez-les et dites-moi ce que vous en pensez... 

 

1ière Question : Votre goût pour le clairet qui, comme chacun sait sauf les provençaux, provient du « foulage sommaire de raisins noirs ou blancs non éraflés », vous rattache au goût de l’élite mais Michel de Montaigne comment buvez-vous ?

 

Réponse de Montaigne : « […] Je ne bois que du désir qui m’en vient en mangeant, et bien avant dans le repas. Je bois assez bien pour un homme de commune façon : en été et en un repas appétissant, je n’outrepasse point seulement les limites d’Auguste, qui ne buvait que trois fois précisément ; mais pour n’offenser la règle de Démocrite, qui défendait de s’arrêter à quatre comme un nombre mal fortuné, je coule à un besoin jusqu’à cinq, trois demi-setiers environ [3/4 de litre] ; car les petits verres sont les miens favoris, et me plaît de les vider, ce que d’autres évitent comme chose malséante. Je trempe mon vin plus souvent à moitié, parfois au tiers d’eau. Et quand je suis en ma maison, d’un ancien usage que son médecin ordonnait à mon père et à soi, on mêle celui qu’il me faut dès la sommellerie, deux ou trois heures avant qu’on le serve. Ils disent que Granaos, roi des Athéniens, fut l’inventeur de cet usage de tremper le vin d’eau ; utilement ou non, j’en ai vu débattre » (III, 13, 792)

 

2ième Question : Pour ce qui concerne le service de la boisson vous êtes assez moderne Michel de Montaigne vous ne prisez guère les coutumes médiévales, pourquoi ?

 

Réponse de Montaigne : « Moi je me laisse aller aussi à certaines formes de verres, et ne bois pas volontiers en verre commun, non plus que d’une main commune. Tout métal m’y déplaît au prix d’une matière claire et transparente. Que mes yeux y tâtent aussi, selon leur capacité. » (III, 13, 777)

 

3ième Question : Vous êtes bon vivant, franc buveur, que pensez-vous des dégustateurs exigeants et snobs ? Pour clore ce questionnement, pensez-vous, comme François Mauriac ou Philippe Sollers, « qu’hors du Bordeaux, il n’est pas de vin digne de ce nom ? »

 

Réponse de Montaigne : « La délicatesse y est à fuir et le soigneux triage [choix] du vin. Si vous fondez votre volupté à le boire agréable, vous vous obligez à la douleur de la boire parfois désagréable. Il faut avoir le goût plu lâche et plus libre. Pour être un bon buveur, il ne faut pas le palais si tendre. » (II, 2, 254)

« Diogène répondit, selon moi [comme je l’aurais fait], à celui qui lui demandait quelle sorte de vin il trouvait le meilleur : « l’étranger », fit-il » (III, 9, 687)

 

La rédaction remercie chaleureusement le Pr Christian Coulon dont la plume a permis la réalisation de cette imaginaire interview « La table de Montaigne » chez arléa www.arlea.fr  

 

 

 

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 00:08

Vous commencez à me connaître je suis du genre à chercher ce qui se cache sous les beaux oripeaux de la com. Comment faire parler de soi, de sa boutique, du jaja que l’on vend, voilà un truc aussi vieux que le monde mais dans nos temps postmodernes y’en a tant qui font du raffut, des gros qu’on de la fraîche, des petits qu’on des idées et des copains, des qui se la jouent gore (le restaurateur d’Aniane et son vin de M… http://www.berthomeau.com/article-22990520.html  ), des qui font des pétitions pour défendre l’authenticité de leur rosé, des qui s’la pètent grave pour séduire les peoples et leurs biftons… que ce n’est pas toujours facile de se faire entendre dans les fameux médias. Alors, faut faire la chasse aux « journalistes », disons aux « rubriquistes », des gens en quête d’un truc chic et choc, les appâter, les leurrer parfois, pour leur fourguer une histoire toute emballée qui fera se pâmer le lecteur, à demi-assoupi sur son canapé, qui jette un œil sur le papier glacé entre deux pubs à la télé.

Venons-en aux faits. C’est dans Régal, rubrique bruits de casseroles, sous le titre alléchant « Complicité vin-roquefort » que lis-je ?

« Avant de créer Maison Rouge, son négoce de vins, dans le Vaucluse, Jérôme Busato avait rêvé, avec son ami éleveur de brebis Bernard Bosc, de faire mûrir du vin dans les caves d’altitude du fromage de Roquefort. Ils sont passés à l’acte pour les grands millésimes et viennent de mettre en bouteilles le nectar 2007, soit 33 barriques de Vacqueyras, de Gigondas et de Châteauneuf-du-Pape élevé sur les hauteurs de Camarès. La fraîcheur de ces vieilles caves permet d’allonger le temps d’élevage du vin. Il gagne en délicatesse comme en élégance. »

C’est beau comme l’amitié de deux éleveurs, m’extasiais-je. Beau comme les fleurines du plateau du Combalou, sortes de cheminées naturelles au cœur de la roche qui ventilent les caves où mûri le Roquefort en maintenant une température et une hygrométrie constantes, me dis-je. Beau comme une belle histoire mais avec un petit bémol : ça vaut-il le coup de trimballer 33 tonneaux de vin de Bédarrides Vaucluse à Gissac Aveyron, soit 208 kilomètres puis de rapatrier les bouteilles une fois l’élevage terminé ? J’y reviendrai tout à l’heure sous l’angle empreinte carbone mais, comme je suis curieux, je suis allé sur le site de Maison Rouge www.maisonrougewines.com/  pour en savoir un peu plus.

C’est là que j’ai découvert un papier de La Dépêche du dimanche sous la rubrique Aveyron Actualités et le titre Les Gigondas épousent le roquefort. Jusqu’ici rien de nouveau sauf que la lecture du sous-titre m’a laissé pantois : Gissac. Millésimes de Château-Neuf-du-Pape, Vacqueyras et autres grands crus. Oui chers amis que dans un grand journal de province «des journalistes» ne sachent pas orthographier correctement ce fleuron de nos AOC, les bras m’en tombent.

Passé ce moment de stupéfaction je plonge dans la lecture de l’article (pas facile c’est écrit en tout petit) et j’y lis, outre l’histoire de nos deux larrons, que « les millésimes références 2001, 2005 et 2007 vont s’épanouir une année dans des fûts soigneusement rangés sous les voutes de l’ancienne bergerie devenu cave. À l’ombre du château de Montaigut, près de 10 000 bouteilles de vins prestigieux attendent d’être remplies. » Bien sûr je ne vais pas faire tout un fromage de cette histoire de bergerie mais signaler au « rubriquiste » de Régal qu’une bergerie est le lieu où sont logées les brebis ce qui n’a rien à voir « avec les caves d’altitude du fromage de Roquefort ». Surtout qu’en sus notre rubriquiste vante la fraîcheur de ces caves alors que l'éleveur de vin (voir ci-dessus) souligne l’atmosphère sèche de la bergerie).

De nos jours l’approximatif semble être la règle dans une certaine presse. Bref, je continue à lire. Jérôme Busato déclare « Ce qui est une idée de jeunesse s’est avéré en fait bien plus riche d’expérience que ce que nous pensions. En fait, la bergerie où sont stockés les fûts est très sèche, le vin y vieillit plus lentement. Il y a ici aucune contamination due à des caves voisines. Tout ceci nous a conduits à venir y mettre en fût les millésimes les plus prestigieux… »

J’avoue humblement que je ne suis pas convaincu. Des « bergeries » d’altitude ça doit exister dans le Vaucluse dont l’hygrométrie me semble très inférieure à celle de l’Aveyron. Mais comme je ne suis qu’un petit consommateur je ne pousserai pas le bouchon plus loin laissant cela aux spécialistes.

J’en reviens à « l’empreinte carbone » de la petite promenade des Chateauneuf-du-Pape, Vacqueyras et Gigondas. Tout d’abord viennent-ils en camion-citerne ? Ensuite les bouteilles sont rapatriées à Bedarrides ? À cet aller-retour (2x208 km) il faut ajouter celui du camion embouteilleur « venu spécialement du Vaucluse » (2x208 km). Pour les bouteilles l’approche de Gissac me semble plus coûteuse en gazole que celle de Bédarrides. Enfin, je suppose que ce n’est pas l’éleveur de brebis, Bernard Bosc, qui surveille l’élevage des crus, donc notre éleveur de vins doit sans doute faire quelques AR dans sa petite auto pour ce faire. Je pinaille sans doute mais j’ai du mal à adhérer à cette opération. De plus, je ne vois pas très bien en quoi « deux terroirs se rencontrent et travaillent ensemble », le vin est né en son terroir d’origine et l’emprunte de l’Aveyron me semble bien fugace.

Raconter aux gens de belles histoires, et celle de l’amitié de Bernard Bosc et de Jérôme Busato en est une, mais qu’ils ne m’en veuillent pas de penser qu’à trop l’enjoliver, comme dans Régal, de justifications du style « la fraîcheur de ces vieilles caves permet d’allonger, le temps d’élevage du vin. Il gagne en délicatesse comme en élégance » plaît certes aux bobos de la Grande Epicerie du Bon Marché à Paris ou aux consommateurs « des plus grands restaurants français, mais aussi russes et canadiens. » mais n’apporte rien à la notoriété d’un Chateauneuf-du-Pape d’un grand millésime qui n’en a d’ailleurs pas besoin. Enfin, pour clore cette courte excursion Aveyronnaise je vous annonce que j’y reviendrai pour vous parler cette fois-ci de la complicité entre l’Aligot et le Marcillac.

Entre nous ce n'est pas à Pomerol qu'une histoire comme celle-là arriverait vu que là-bas même le raisin est allergique aux kilomètres sauf pour ceux qui font le chemin inverse... Mais ça c'est une autre histoire les amis.
http://www.berthomeau.com/article-32515642.html

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 00:07

Même si au départ ça n’en a pas l’air c’est bien une histoire de vins que je vais vous conter ce matin. Pour ce faire je prends des chemins de traverse mais, après tout, ils valent bien les mornes autoroutes. Imaginez ! Je campe le décor : une comédie à la Feydeau qui, comme de bien entendu, se déroulerait au domicile parisien, cossu mais meublé avec un mauvais goût éprouvé, d’un commerçant enrichi. Nous sommes au tout début des années 60. C’est, comme le dise avec mépris les gars de Télérama, du théâtre de boulevard avec son pesant de cocuage. Le genre « au théâtre ce soir ». Les décors sont bien évidemment de feu Roger Hart. Entre deux claquements de porte, de planque dans un placard, de qui pro quo, de « bons mots », débarque le copain de régiment du maître de maison, le petit Verdot, cafetier de son état dans la bonne ville de Saint-Chamond chère au cœur d’Antoine Pinay l’idole des rentiers plus communément qualifiés de petits bourgeois. Notre petit Verdot campé par un clône de Jean Lefèvre…

J’arrête là mon imagination pour m’attaquer au petit Bourgeois : « Le petit bourgeois n’a pas bonne presse. À gauche, il incarne la honte de la civilisation occidentale (c’est le beauf pavillonnaire, macho, raciste, voire pétainiste). À droite, on le taxe de toutes les tares (il est craintif, hypocrite, moutonnier, corporatiste). Et pourtant, reconnaissons-le : si le petit bourgeois est partout où il n’y a pas de misère mais où l’aisance n’est que très relative, alors nous sommes tous (ou presque) des petits bourgeois ! Coiffant trente années de ravages d’une idéologie qui a transformé l’activité économique du monde en une « économie de casino » (Maurice Allais), la crise de 2009 rappelle à cet immense groupe central – pierre angulaire de la démocratie – qu’il n’a jamais été aussi proche de la porte de sortie de l’Histoire… »

J’arrête là la plume alerte de Jacques de Saint Victor dans son dernier opus vivifiant, plein d’humour « Il faut sauver le petit bourgeois » chez PUF www.puf.com  pour revenir à ma cible réelle de ce matin : le vin.

Petit Verdot, outre que c’est un cépage originaire de la région bordelaise qui fait partie de l’encépagement de nombreuses appellations de la dite région, qu’il est classé recommandé dans les départements des Bouches-du-Rhône, de la Dordogne, de la Gironde, du Lot et Garonne, et dans le Languedoc-Roussillon, dans la présente chronique, est un Vin de Pays d’Oc 2007 en provenance du Domaine de Preignes Le Vieux dans l’Hérault www.preignes.com  Belle propriétée. Beau projet. Belle bouteille, belle étiquette, beau vin structuré mais très plaisant. C’est un costaud aimable. Intense ! Que du plaisir ! J’ai beaucoup aimé.

Petit Bourgeois tire lui sa dénomination, non de son appartenance à la petite bourgeoisie provinciale mais du nom patronymique de son élaborateur : Henri Bourgeois vigneron à Chavignol www.henribourgeois.com  . C’est un Vin de Pays du Val de Loire 2007 pur cabernet franc : un vin roturier d’une grande maison de Sancerre, premier exportateur de sa région. C’est un vin vif argent. Même si ça ne se dit plus par la bouche des es-dégustateurs je l’ai trouvé gouleyant, plein de fruit, charmant.
Pour moi c’est le compagnon idéal pour la pure merguez rôtie sur charbon de bois. À en croire M6, l’émission Capital, il est conseillé de se fournir à la Boucherie Marcel, « le roi de la merguez »19, rue de l’Engannerie 14000 Caen tél : 02 31 86 16 25. Comme je suis plutôt bon garçon et fort serviable, eut égard à mon ancienne présidence des Calvados&Cidres d’AOC sis dans cette bonne ville de Caen je peux vous aider.

Reste Ex Cellar ! C’est le négociant caviste very british www.excellar.net où j’ai acheté mon Petit Verdot et mon Petit Bourgeois au 25 rue des Écoles dans le 5ième arrondissement, un arrondissement très bourgeois intellos, très pantalon de velours râpé, veste de tweed, Paraboot et quelques beaux m2 – la proximité sans doute de la Sorbonne et du Collège de France – dès que, bien évidemment, je me garderais d’étiqueter de l’étiquette « infâmante » de petits bourgeois car ils bénéficient d’une forme d’extraterritorialité de classe du fait de leur propension à pétitionner et à signer des tribunes libres dans le Monde ou des revues plus chics. Ex Cellar, qui dispose aussi d’un point de vente au Royaume-Uni est dirigé par Simon Baile, fils de l’ancien directeur-général d’Oddbins, qui à la tête d’un consortium d’investisseurs vient de racheter en 2008 Oddbins au groupe Castel.

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 00:04

Lors de notre brève rencontre pour le déstabiliser plus encore, embrouiller ce calculateur dépressif, je me permis un coup de bluff qui pouvait me faire perdre d’un seul coup la mise que je venais d’amasser pendant des mois. Le Ministre était d’une belle humeur. Il me proposa un whisky. J’acceptai en dépit de mon aversion pour le pur malt. Le buveur d’eau se sentait exclu mais vaillamment il ravalait son amour-propre en prenant un air inspiré. Je m’affalais dans l’un des fauteuils en complimentant, d’un air détaché, le Ministre sur la classe de ses chemises faites en coton égyptien, sur mesure, chez Turnbull&Asser, fournisseur du Princes de Galles. Celui-ci, comme à l’accoutumée, afficha un air las, revenu de tout, avant de me confier pince sans rire « croyez-moi je préfèrerais porter des jeans comme les vôtres et, suprême décontraction pouvoir me balader pieds-nus dans des mocassins comme vous le faites au premier rayon de soleil. » Cette confidence, très dans l’esprit du Ministre, se fichait, telle une couronne d’épines, sur l’estime que l’archange avait de lui-même. Le pauvre, même s’il s’efforçait de le croire, ne parlait jamais d’égal à égal avec son ami. Un sentiment d’infériorité le scotchait à l’étage au-dessous. Sans pitié, avec un je m’en foutisme évident, je plaçais alors mon estocade « monsieur vient de la télévision après un brillant parcours dans la presse économique, il doit maîtriser à la perfection les formules qui plaisent à vos électeurs monsieur le Ministre. C’est aussi votre ami, alors il me semble que mon petit parcours de plumitif touche à sa fin. Je ferais peut-être mieux d’anticiper et d’aller planter mes choux ailleurs… »

Ma désinvolture fit mouche. Le Ministre me prit au sérieux, ou du moins fit-il comme si, et, au lieu de tenter de me dissuader, il s’en prit à son « ami » qui, impassible, laissa passer l’orage. Cinglant, avec une férocité glacée, il le remit à sa place, celle d’un collaborateur utile mais sans grande envergure. Je ne fis rien pour tempérer l’ire, feinte ou non, du Ministre, mais me contentai d’un laconique « c’est comme vous le sentez monsieur le Ministre » qui conforta auprès de l’Archange mon statut d’ennemi irréductible. Tel était mon souhait, je ne poussai donc pas plus loin mon avantage. Quelques jours plus tard, dans la voiture, c’est d’Espéruche qui me le rapporta, le Ministre confiait à une journaliste, très proche de lui comme le disent les langues de vipères du Tout Paris, que ce pauvre garçon se prenait pour un génie de la Bourse alors qu’il n’était qu’un petit besogneux mais que son côté « je lave plus blanc que blanc » dans une maison aussi minée que le Ministère de l’Equipement lui servait de leurre, de caution face à la meute qui ne manquerait pas de lui reprocher sa proximité avec les bétonneurs, et plus particulièrement le roi d’entre eux et d’ajouter « je l’ai même envoyé, dimanche dernier, en missi dominici au domicile du Tartarin du béton tout près du Trocadéro. Il m’a pondu une note de compte-rendu qui vaut de l’or pour moi en cas de tempête… Ce garçon est fragile, dangereux même, mais il m’est utile, alors je le tiens par les bons sentiments… »

Le moment était venu d’activer mon mentor Charles-Henri de Bourson, de lui donner le sentiment que je lui renvoyais l’ascenseur en  mettant sur la table les gages de mon efficacité tout en le manipulant. Les parties de billard à bandes je connaissais et celle-ci ne présentait pas de difficultés particulières. J’invitai de Bourson chez Taillevent. Il y fut très sensible et en profita pour y convier Yvette. Cette présence me permit de jouer, juste avant de dessert, le grand jeu. Mon plan, précis, argumenté, estomaqua un de Bourson qui espérait en toucher tous les dividendes. Nous allions piéger l’Archange et de Bourson me fournirait tous les moyens d’intendance nécessaire. Tout se déroulait selon mes prévisions sauf que, sous la table, le pied déchaussé d’Yvette, se glissait langoureusement dans mon entre-jambes et y opérait un va et vient efficace. L’ambitieuse m’avait percé à jour. Elle me propulsait dans la race des seigneurs, ceux qui donnent à la vie un goût d’aventure. De Bourson s’en retrouvait ravalé au rang des comploteurs de seconde zone. Il fallait que je me sorte de cette situation délicate sans froisser l’orgueil de la tigresse tout en maintenant de Bourson dans sa douce euphorie. Le Krug fut mon allié pour la circonstance. J’en abreuvai de Bourson sans modération et, lorsqu’il fut pris d’une douce somnolence, je traitai Yvette, en blitzkrieg époustouflant, dans les toilettes femme de Taillevent. Au cours de cette offensive-éclair je ne manquai pas de l’appeler Ava tout en la menaçant des pires représailles si elle entravait mes manœuvres auprès de son amant. Elle capitula sans condition.

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 00:02

Dans son anthologie de « La poésie érotique », publiée chez Seghers, Marcel Béalu écrit que « Clément Marot paya en poèmes religieux le tribut de sa gratitude aux grands qu’il servait. Il ne pouvait cependant réfréner une sensualité qui l’incitait à se complaire en lestes facéties. Celui qui écrivit le blason du beau tétin se révèle ici comme le premier poète dont l’émotion nous touche. Au même titre que, tout près de nous, le Guillaume Apollinaire du Cortège priapique. »

 

Aquarelle de Christian Verdun illustrateur : François-Ier et Clément Marot. Illustration de la couverture de Clément Marot, poète et aventurier publié en 1996 aux éditions du Laquet (60 planches en couleurs).


 

 

Baiser souvent n’est-ce pas grand plaisir ?

Dites ouy, vous autres amoureux ;

 

Car du baiser vous provient le désir

 

De mettre en un ce qui estoit en deux

.

L’un est très bon, mais l’aultre vault mieux :

 

Car le baiser sans avoir jouyssance,

 

C’est un plaisir de fragile asseurance ;

 

Mais tous les deux alliez d’un accord

 

Donnent au cœur si grande esjoussance,

 

Que tel plaisir oubly à la mort.

 

Un jour Robin vint Margot empoigner,  

 

En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,

 

Et sur-le-champ la voulut besongner ;

 

Mais Margot dit : « Vous me feriez oultraige :

 

Il est trop gros et trop long l’advaintaige.

-       

Bien, dit Robin, tout en vostre fendasse

 

Ne le mettray » et soudain il l’embrasse,

 

Et la moitié seulement y transporte.

-       

Ah ! dit Margot en faisant la grimace,

 

Mettez-y tout : aussi bien suis-je morte. »

 

Comme un escolier se jouait

 

Avec une belle pucelle  

 

Pour lui plaire bien fort louait  

 

Sa grâce et beauté naturelle,

 

Les tétons mignards de la belle

 

Et son petit cas, qui tant vault.

 

« Ha ! Monsieur, adoncq’ce dist-elle,

 

Dieu y mette ce qu’il y faut. »

 

 

Clément Marot

1495-1544  

 

Baiser souvent n’est-ce-pas grand-plaisir ?

   

Dites ouy, vous autres amoureux ;

   

Car du baiser vous provient le désir

   

De mettre en un ce qui estoit en deux.

   

L’un est très bon, mais l’aultre vault mieux :

   

Car le baiser sans avoir jouyssance,

   

C’est un plaisir de fragile asseurance ;

   

Mais tous les deux alliez d’un accord

   

Donnent au cœur si grande esjoussance,

   

Que tel plaisir oubly à la mort.

 

Un jour Robin vint Margot empoigner,

 

En luy monstrant l’oustil de son ouvraige,  

   

Et sur-le-champ la voulut besongner ;

   

Mais Margot dit : « Vous me feriez oultraige :

   

Il est trop gros et trop long l’advaintaige.

 

-         Bien, dit Robin, tout en vostre fendasse

   

Ne le mettray » et soudain il l’embrasse,

   

Et la moitié seulement y transporte.

 

-         Ah ! dit Margot en faisant la grimace,

 

Mettez-y tout : aussi bien suis-je morte. »

 

Comme un escolier se jouait

 

Avec une belle pucelle

 

Pour lui plaire bien fort louait  

   

Sa grâce et beauté naturelle,

 

Les tétons mignards de la belle

   

Et son petit cas, qui tant vault.

   

« Ha ! Monsieur, adoncq’ce dist-elle,

   

Dieu y mette ce qu’il y faut. »

 

Clément Marot

1495-1544

 

 

 

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 00:01

Bonjour François,



Comme Gaston Chaissac, l’hippobosque du bocage, j’aime écrire des lettres à des gens connus que je ne connais pas – je veux dire bien sûr des gens connus qui ne me connaissent pas – souvent pour les interpeler ou leur donner le fond de ma pensée ou parfois leur exprimer le plaisir que j’ai de les admirer. Le Chaissac érecteur de totems dans ma Vendée crottée qui écrivait dans l’un de ses post-scriptum « durant un temps je voulais m’établir marchand de souvenirs dans un lieu touristique et n’ayant pas complètement abandonné cette idée, je me demande s’il ne serait pas possible de faire de Boulogne un lieu touristique. Il y a d’ailleurs une rivière qui est la Volga du lac de Grandlieu… » confiait son courrier à l’administration des Postes ; moi je les « post » sur la Toile ; comme lui je reçois rarement de réponse, exception faite de celle de Dominique Sanda.

 

Ce matin, alors que je m’apprêtais à abreuver mes chers abonnés du pur jus de mes élucubrations habituelles j’ai décidé d’innover car rien n’est pire dans mon métier de chroniqueur, qui n’en est pas un, que de ronronner.

 

T’écrire !

 

L’utilisation en incise de ton prénom indique à mes lecteurs que nous nous connaissons. Pourquoi, me diras-tu, un tel revirement de jurisprudence ? Je pourrais m’en tirer par une pirouette facile en te répondant que j’emboite le pas aux hauts magistrats de la Cour de Cassation, qui viennent de reconnaître un sms comme moyen de preuve d’une infidélité conjugale, et que je cède à l’air du temps. En dépit de ma légèreté blâmable, de mon manque d’esprit de sérieux, je ne suis pas encore mûr – même si je suis en âge de l’être – pour verser dans ce travers. Mon entreprise matinale suit un chemin plus sinueux.

 

Je m’explique. Tout part d’une simple emplette chez Ampelos sis au 31 rue de Bourgogne : « Le champ des murailles 2007 », l’un de tes vins de vigneron des Corbières, à Fabrezan. Ensuite, les quelques grammes de QI qui me restent entrent en ébullition. Je phosphore. Pour refroidir mes neurones j’effectue à vélo un raid dominical sur « L’écume des pages » tout près du Flore. J’y fais une razzia de livres. Sur le chemin du retour, en longeant le rucher du Jardin du Luxembourg, dans ma petite Ford intérieure, une évidence incandescente me ronge : écrire sur un vin, fusse-t-il le tien, est pour moi une douleur. Je ne sais pas et, surtout, je ne veux pas ce n’est pas dans mes gènes. Je suis un buveur, à la rigueur un conteur, pas un jugeur.  Que faire alors ? D’abord dormir. Le sommeil est un merveilleux tamis pour le salmigondis de mon garde-manger à pensées.

 

Au matin, dans la fraîcheur d’un mois d’août automnal, tel Mao-Tse-Dung s’apprêtant à traverser le Yangsté, je plonge. T’écrire donc ! Exprimer, avec mes petits mots, le « parce que c’était lui, parce que c’était moi » de Michel Eyquem de Montaigne. Parler de toi… avant d’écrire sur ton vin.

 

À un journaliste de l’Express venu, en 2006, enquêter en terres bordelaises pour écrire un énième papier sur le « mal être » de notre viticulture nationale et la thérapie qui va avec, en deux phrases tu résumais ce que je m’étais échiner à écrire en 80 pages : « Pendant des décennies, le consommateur moyen - français ou étranger - a dû subir la loi simple du «prenez le précieux sang de la terre travaillé avec art, amour et tradition, payez (au prix fort), buvez (avec ou sans modération) et taisez-vous» et «Sur la carte routière du vin, il y aura des autoroutes et des départementales. Pourvu que je puisse toujours rouler sur les chemins de traverse, les autoroutes ne me dérangent absolument pas.»


Nous nous sommes rencontrés, la première fois dans la foulée de mon fichu rapport, un samedi matin à Angers, où avec tes amis de « Vignerons dans nos appellations », qui sont devenus les miens depuis, à l’initiative de Patrick Beaudouin, vous veniez dialoguer avec René Renou, président de fraîche date du Comité Vins de l’INAO, pour faire avancer vos idées sur la nécessaire refondation de notre système des AOC. Face à une palette de vignerons de caractère, j’étais dans mes petits souliers de technocrate parisien. Je ne sais quel souvenir tu as gardé de cette rencontre François, mais pour moi ce fut un moment rare car, dans votre diversité, vos choix parfois abrupts, vos origines et vos parcours souvent singuliers, votre côté border line assumé, vous m’avez transfusé le supplément d’âme qui m’a permis de donner à la démarche qui a débouché sur la note stratégique « Cap 2010 » son architecture et une belle part de sa pertinence. Mon « espace de liberté », te dois, vous dois, ce petit héroïsme du quotidien qui me pousse à écrire, à vous écrire.

 

Au sortir de cette rencontre tu m’as donné ta carte de visite sur laquelle tu figurais – si tu me permets cette expression –  bras dessus-dessous avec ton âne. Sans que tu le saches, elle m’allait droit au cœur eut égard à mon amour pour cet animal trop souvent moqué (lorsque j’ai quitté Sarriette, l’ânesse compagne de mon périple de 8 jours en août 2001 sur une partie du sentier parcouru par Stevenson avec Modestine, j’ai pleuré). Par la suite nous nous sommes peu vus mais Marc et Patrick me donnaient souvent de tes nouvelles. Le lien de mon blog dont tu es un fidèle lecteur, puis de ton adhésion enthousiaste à l’Amicale des Bons Vivants accompagnée d’un prosélytisme rieur à L'Envers du Décor ton restaurant de St Emilion.

 

Pour ceux de mes lecteurs qui ne te connaissent pas je te laisse le soin de te présenter : « Je suis natif de St-Emilion et j'ai travaillé sur le domaine familial du Château Soutard pendant 28 ans  jusqu'en septembre 2006, date à laquelle ce domaine a été vendu par ma famille. En 2002, j'ai acheté quelques hectares de vignes dans les Corbières et en 2003, j'ai constitué un petit domaine viticole en bordelais, à quelques kilomètres de St-Emilion ». Astrid Bouygues, dans son Compte-rendu du colloque « Le vin dans ses œuvres », Revue PAPILLES n° 20, novembre 2001, p. 55 écrit : « S'il n'avait été viticulteur, cet homme qui a fait des études d'architecture aurait pu être forain, bateleur, harangueur. En tout cas c'est un magicien… » Mais j’avoue que le titre que je préfère c’est celui dont Le journal du Médoc t’a affublé : « Le baron rouge  du Libournais » Il me fait penser à celui de « marquis rouge » donné à Gaston Le Vaillant du Douet de Graville, qui a présidé de 1960 à 1968 la Confédération Nationale de le Mutualité et de la Coopération.

 

Reste le plus difficile, écrire sur ton vin, « le champ des murailles 2007 », trouver les mots justes sans que les mauvaises langues disent : il le couvre de fleurs – le vin bien sûr – parce qu’il se dit on ami, et patati sans patata… Avant d’en arriver à cette extrémité, pour tous ceux qui m’ont suivi jusque là je leur conseille de se rendre sur ton site de vigneron-aubergiste www.magazinvin.com qui est une petite merveille de simplicité et de convivialité, pour découvrir ta gamme :

–       la nature des choses

–       le champ des murailles

–       une affaire de familles


   

Sobres, en découvrant « Le champ des murailles », trois bouteilles habillées de gris, couchées côte à côte sur le beau présentoir de l’Ampelos, tel est le qualificatif, paradoxal pour un vin, que je leur aie attribué. Une sobriété synonyme de dépouillement, d’élégance simple et, sans moquer ceux qui l’emploient sans modération, minérale. Et pourtant, est-ce la volonté de la main du bâtisseur de la muraille ou le hasard, de l’agencement des pierres émerge une image florale : tournesol ou marguerite… ou celle d’un soleil levant. Cet assemblage de Grenache 60%, de Carignan 25% et de Syrah 15% est aussi beau à l’intérieur qu’à l’extérieur. Belle robe rubis profond, nez intense, puissant, bouche tendue – ça c’est pour de rire, pour faire jacqueduponien – fraîche, ronde et surtout qui vous donne envie de faire de ce vin le compagnon de votre repas. Merci François de ne pas céder à la mode des conseils d’appariement mets-vins, chacun fait comme il l’entend selon le moment, l’humeur ou le temps qu’il fait.

 


Comme tu peux le constater je ne suis pas très disert mais, bien épaulé par un pack de Bons Vivants, guidé par toi, je suis tout prêt à forcer ma nature de buveur assis, assis autour d’une table, chez toi, à l’Envers du décor, et à enluminer tes vins ou ceux des autres, comme savait si bien le faire Gaston Chaissac avec toutes les matières les plus humbles et à me sentir comme lui « en pleine verve désultoire ».


Dans cette attente, cher François, reçoit mon amitié.



Jacques

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 00:05

Pendant des années, celles que j’ai passé à arpenter la rue de Bourgogne, comme celles plus récentes qui m’en ont éloigné, à  l'angoissante et importante question, eut égard au prestige de son nom patronymique :  y-at-il un caviste rue de Bourgogne ? la réponse était clairement : NON !

 


 

Certains d’entre vous vont me rétorquer que je ne sais plus quoi inventer pour chroniquer. Faux ! L’examen des rues de Paris montre qu’il existe une rue d’Alsace près de la gare de l’Est (normal), une rue de Bordeaux du côté de Jussieu (normal c’était le territoire de l’ex-Halles aux vins remplacée par une Faculté amiantée), une rue de Provence tout près des magasins du Printemps et des Galeries Lafayette (normal les provençaux sont très au bonheur des dames), une cité Champagne qui se termine en impasse dans le 18e du côté de Pyrénées, une rue d'Anjou très banquière près du Faubourg St Honoré qui accueille l'INAO, une rue de Cahors dans le 19e, mais pas la plus petite trace d’une rue du Languedoc ou du Roussillon (normal pour les parisiens, pendant des décennies, vin du Midi égalait Bercy). D’ailleurs, paradoxalement, c’est dans ce périmètre de Bercy que nous retrouvons la plus grosse concentration d’appellations : Médoc, Saint-Emilion, Pommard, Minervois, Corbières, Chablis…

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi diable pointer ma question sur la seule rue de Bourgogne ?

 

Tout bêtement parce qu’elle est névralgique. En dépit de son étroitesse et de son sens unique elle irrigue les allées du pouvoir en reliant la place du Palais Bourbon : l’Assemblée Nationale à la rue de Varenne : l’hôtel de Matignon, l’hôtel de Villeroy : Ministère de l’Agriculture et d’autres hôtels abritant des ministères de moindre importance. Elle coupe les rues Saint Dominique : Ministère de la Défense, de Grenelle : Education Nationale, Industrie, Travail… Elle est stratégique donc cernée par des rues truffées de types qui passent leur temps enfermés dans des cars à jouer à la belote ou écouter les Ipod dans des tenues très seyantes qui les font ressembler aux robots des jeux vidéo.

 

 

Le VIIe c’est la quintessence des gens bien comme il faut qui ont élu Edouard Frédéric Dupont de 1936 (95% de voix) à 1993 député de cet arrondissement. Maire de l'arrondissement depuis la réforme de 1983 jusqu’en 1995, surnommé Dupont des loges (en référence aux concierges) son parcours politique est très représentatif d’une certaine Droite française (pétainiste mais pas collaborationniste, colonialiste mais gaulliste, proche du FN sans s’y agréger…) J’y ai passé presque 15 ans de ma vie professionnelle donc j’y ai quelques souvenirs.

 

 

Le plus marquant de ceux-ci, et la rue de Bourgogne en est le théâtre, se situe au petit matin d’un lundi du mois de mai 1988, Michel Rocard vient de former son gouvernement et, en compagnie d’Henri Nallet et de Jean Nestor, nous nous rendons pédestrement au 78 rue de Varenne pour la passation des pouvoirs : le Ministre sortant est François Guillaume qui avait lui-même succédé à Henri Nallet en 1986. Nous devisons. Henri Nallet me confie : « j’espère que le Président ne va pas nommer Julien Dray Secrétaire d’Etat… ». L’ouverture est à l’ordre du jour mais le filet lancé vers le Centre ne ramène que des petits poissons : Stirn, Pelletier, Durafour, Lalonde… Simone Veil, Barrot, Stasi n’ont pas sauté le pas. Lors du remaniement post législatives : Soisson, Rausch, Durieux, Hélène Dorlhiac rejoindront le navire et Alain Decaux sera Ministre de la Francophonie. Ma situation personnelle est étrange : la veille au soir j’ai dit oui à Henri Nallet, alors que je suis toujours Directeur à la Société des Vins de France et que je vais le rester jusqu’à la fin juin. Passer de mon vaste bureau de plain-pied de l’Hôtel de Villeroy (c’est aujourd’hui celui du Ministre qui à l’époque logeait au 1ier étage depuis le passage d’Edgar Faure) à celui que j’occupais avec vue sur le port de Gennevilliers, relevait du grand écart. J’ai toujours su gré, à mes collègues bien sûr, mais aussi à ceux que l’on baptise partenaires sociaux, de m’avoir facilité la tâche et, Dieu sait qu’elle était compliquée…

 

 

Bref, revenons à ma question initiale : Y-a-t’il un caviste rue de Bourgogne ?

 

 

Et à la réponse que j’ai donné : de mon temps NON ! Aller à l’Assemblée à pied, et non dans les limousines officielles, pour les questions au gouvernement du mercredi – nous étions régulièrement sur la sellette avec les crises, les réformes européennes, le GATT, la vache folle –, le vote du budget du Ministère, la défense des projets de loi d’orientation – en France on adore orienter l’agriculture et la moderniser – portait donc fréquemment mes pas à fouler les trottoirs de la rue de Bourgogne.

 

 

On trouvait tout rue de Bourgogne ! De quoi se nourrir : boucher, épiciers, marchand de fruits et légumes, boulanger-pâtissier avec une mention spéciale à la maison Pradier qui a absorbé la maison Rollet (même dans le petit commerce la concentration ça existe ; on pouvait y trouver des fleurs chez le très classe Moulié ; on pouvait se faire couper les tifs chez Michel Caro avec sa vitrine signée PIEM ; on pouvait prendre son petit noir au Voltigeur ou au bar tabac l’Assemblée ; on pouvait y acheter son journal ou ses magazines chez le marchand ad hoc ou des livres au Dauphin ; on pouvait nettoyer son linge au pressing ; on pouvait se restaurer bien sûr : le Lotus Blanc pour les midinettes des Ministères, le Sac à dos pour les ingénieurs du Ministère, les Glénan pour les invitations des membres du cabinet ; on pouvait se cultiver dans les galeries de peinture ; on pouvait acheter des meubles chics ; on pouvait chiner chez des antiquaires ; on pouvait dormir  à l’hôtel Bourgogne&Montana et à l’hôtel du Palais Bourbon ; retirer de l’argent à la Société Générale ; acheter des médicaments dans les 2 pharmacies; y rêver au Club des Poètes…

 


 

 

On y trouvait donc tout, sauf un caviste !

 

 

Comment, dans cette rue reliant le Ministère en charge de la viticulture à l’Assemblée Nationale où les représentants de nos terroirs viticoles se lèvent pour faire barrage à ceux de leurs collègues sensibles aux chants des prohibitionnistes, a-t-on pu admettre une telle absence et surtout que pendant des décennies nul ne s’en soit soucié, moi le premier.


 

 

 

Par bonheur, depuis 2007, l’affront à la France du vin est réparé par la grâce d’Hervé Beaudron qui a ouvert son AMPELOS au 31 rue de Bourgogne www.ampelos31fr . Belle boutique que j’ai découvert récemment alors que je m’étais égaré en auto dans cette rue que je ne fréquente plus depuis que je ne suis plus un habitué des cabinets. Le samedi 1ier août j’y suis allé pédestrement. La disposition du lieu est très agréable, on s’y sent comme dans certaines librairies chères à mon cœur de lecteur. Envie de toucher les flacons, de causer au patron, ce que je fis. Bien m’en pris l’homme est d’un commerce agréable et pratique la conversation sans ostentation. C’est agréable, j’adore bavarder. Bel assortiment de vins et de spiritueux mais, comme j’ai déjà été un peu long, je chroniquerai un peu plus avant à la rentrée sur les projets d’Hervé Beaudron. Enfin, cerise sur le gâteau, j’ai pu lors de mon passage à l’Ampelos faire l’emplette d’un flacon « Le Champ des Murailles » 2007 un Corbières signé de l’ami François de Ligneris : « et une future chronique pour l’espace de liberté ! » et oui c’est ainsi le hasard fait souvent bien les choses avec moi…

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 00:02

Le solex !

 

Celui de Tati, qui a retrouvé sa pipe, bien sûr, mais aussi celui d’Alain Duhamel le chroniqueur politique que le monde entier nous envie. Quel spectacle que de voir un si petit moteur traîner un homme aussi rond lové dans un imperméable Burberry’s antédiluvien : on eut dit un de ces petits ânes du Maghreb trottinant allègrement en dépit du poids des poussahs qui les montent ! Le mien aussi, un solex d’occasion acheté aux Puces de Montreuil, un des origines qui, lors du déménagement de la SIDO s’est vu embarquer par les préposés aux paquets pour leur propre compte comme le marbre des cheminées d’ailleurs : y’a pas de petit trafic ! En dépit de mes ébraiements mon collègue Olivier Drège, DG de l’Office des Céréales, n’a jamais voulu faire jouer les assurances : le solex étant considéré par lui comme un vieux jouet de bobo. Quel manque de goût !

 

En effet, que lis-je dans la presse bourgeoise ?

 

Que Lincoln Siliakus, ancien avocat, journaliste du vin, résident à Sablet, a été désigné comme œnotouriste de l’année 2009 par le magazine Winetourisminfrance.com (comme le fait perfidement remarquer Stephen Clarke dans son livre « Français je vous haime ce que les rosbifs pensent vraiment des froggies » les français défendent leur langue langue becs et ongles mais passent leur temps à singer l’anglais)  pour avoir relié le nord de la Bourgogne à Sablet, à Solex (un authentique) en six semaines. Chablis, Irancy et Saint Bris la Vineuse, la Côte de Nuits et la Côte de Beaune, le Mâconnais, le Beaujolais, la Vallée du Rhône pour aligner 80 vignerons stars qui dit-on « lui ont donné, sans se concerter, 80 définitions de ce qu’est ce concept difficile mais clé : le terroir… » Sans vouloir être mauvaise langue : « trop de définitions tuent la définition… » mais bon nous sommes des poètes nous les français, des adeptes de l’exception viniculturelle, mais comme je suis un adepte du bien vivre je ne vais pas bouder le plaisir d’une manifestation mettant le vin et le livre en avant (Journée du livre de Sablet le 19 juillet 2009).

 

Lincoln Siliakus travaille à la publication d’un livre tiré de son périple : Le bonheur est dans le Nez mais un album de portraits a été présenté aux Journées de Sablet : Visages de Terroir éditions du Banc d’Arguin : http://vinosolex.over-blog.com . C’est bien mais en rester là serait confiner l’oenotourisme cher à Alexandre Lazareff dans la stricte aventure individuelle alors que, par construction, ce concept s’adresse aux « larges masses » comme disaient les zozos post-soixante-huitards. Donc, en bon petit fantassin de l’oenotourisme, je verse, sans royalties futures, une contribution allant dans ce sens.

 

« France patrie du vin » Alexandre Toscano http://www.berthomeau.com/article-33592356.html , France championne d’Europe des ronds-points : je cite Jacques de Saint-Victor : « Aujourd’hui, la France bat le record européen : elle possède la moitié des ronds-points du Continent : plus de 100 000 pour un coût excédant les 100 milliards d’euros ! Quand on dit que les caisses sont vides, il y en a toujours un peu pour les carrefours… Ils ont permis de faire travailler le fils ou la petite amie du Maire car on peut souvent y admirer, en leur centre, des sculptures étranges, exprimant dans leur naïveté (vaches, sabots géants, charrues, etc…), la quintessence de l’art petit bourgeois. Celui qui aura le temps de faire un Tour de France des ronds-points aura produit un des plus tristes témoignages se la modernisation-enlaidissement du pays. »

 

Je couple donc les 2 et je propose aux wine-tour opérators d’organiser, non pas un tour de France mais un grand jeu de piste par vignobles où les participants, dotés d’un Solex, maintenant « carbon neutral » puisqu’ils sont électriques, et d’un petit appareil photo numérique pourraient à la fois immortaliser les œuvres kitch des ronds-points qu’ils auraient enroulés et, bien sûr, des portraits des vignerons et vigneronnes visités et, pour les plus facétieux, pourquoi pas un couplage des deux. L’ami Richaud ne serait pas contre j’en suis sûr. Le tout couronné par un trophée ou par un palmarès genre médailles d’or, d’argent, de bronze pour la catégorie ronds-points, pour la catégorie portraits de vignerons&vigneronnes, pour la catégorie mixte « eux sur le rond-point du maire » avec des sous catégories : conseil général, régional, député-maire, sénateur-maire…etc. Les lots étant bien sûr de belles bouteilles des vins que le monde nous envie.

 

Qu’en pensez-vous chers lecteurs ?


Ça nous changerait des intronisations avec chasubles et oriflammes, discours et médailles, robes longues et smokings…


Moi je travaille à la transmission et j’ai inscrit au fronton de mes ambitions : « Tu seras œnotouriste mon petit-fils ! » NB. J’ai aussi une petite-fille, et comme les femmes sont l’avenir du vin j’y ai écris aussi «  Tu seras œnotouriste Zoé ! »

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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 10:00


Mon premier mouvement, face à la nouvelle de la dernière exaction signée du CRAV, dans la nuit du 11 au 12 août, à Autignac près de Faugères, fut d’adresser cette lettre à ceux qui ne sont même pas des vandales, ce serait leur faire trop d’honneur de les assimiler à des Barbares qui, après tout, pillaient pour leur survie, mais des lâches et de sinistres crétins. Les traiter des cons reviendrait à leur accorder, par avance, des circonstances atténuantes.

Ils n’en ont aucune !

Même pas d’être les sous-produits d’une quelconque révolte, d’être de soi-disant « soldats perdus », des égarés d’un combat autrefois légitime.

Ce ne sont que des hébétés pas des héritiers d’une page d’Histoire.

Ce ne sont que des casseurs bien pires que ceux qui sévissent dans ce que, faute de mieux, les médias nomment les quartiers difficiles.

Pire parce qu’ils  ne sont pas des désœuvrés mais des installés, des exploitants viticoles – j’ai du mal à leur accoler le nom de viticulteurs – qui font pousser des raisins.

Pour des clopinettes diront certains ! Et d’entamer les couplets sur la mondialisation, sur le négoce prédateur, de condamner les péteurs de cuves tout en leur conseillant de porter leurs coups sur les vrais responsables : « Ils feraient mieux de s’attaquer à d’autres cibles, des gens qui se comportent comme des voyous en achetant nos vins à des prix dérisoires. » Faire un peu comme sur la dalle d’Argenteuil entre bandes rivales, œil pour œil, dent pour dent, manier le manche de pioche ou la barre à mine contre les mecs d'en face.  

« Vos gueules les mouettes ! » ai-je envie de crier. Les explosifs comme ces braves outils ne sont pas les armes de nouveaux gueux ou de damnés de la terre retournées vers leurs exploiteurs mais les symboles résiduels d’années de double langage, d'un verbe qui tient lieu de politique, de l’incompétence parfois, de la duplicité souvent, de l’incapacité de faire et d’assumer des choix courageux.  

Hors ces « maîtres à penser », derrière ces actes de saccages, à titre individuel, se cache d’abord le poison de la jalousie face à un projet qui, s’il réussit, démontrera auprès de leur entourage, l’incompétence des auteurs, les remettra à leur juste place : la dernière.

Entreprendre, prendre des risques, tenter d’emprunter des voies nouvelles, oser afficher une éventuelle réussite sont autant de camouflets pour ceux que j’avais dénommés dans l’une de mes premières chroniques : les désastronautes.

Ceux qui se sont presque toujours trompés.

Ceux qui se sont accrochés, comme la vérole sur le bas clergé, à leurs présidences aussi diverses que variées, sans jamais assumer la portée de leurs discours.

C’est donc à eux que je m’adresse car ce sont eux qui ont enfantés les abrutis qui sont allés saccager les installations de Fabien Pujol et Walter Valgalier : « un outil de vinification à la pointe s’adressant aux vignerons indépendants qui préfèrent investir dans le commercial plutôt que dans leur cave. »

Où est le crime que de proposer à ces vignerons un centre de vinification équipé des technologies les plus modernes leur permettant de bénéficier d’un équipement qu’ils ne peuvent pas s’acheter individuellement ?

Simple prestation de service puisqu’il n’y a aucun transfert de propriété de la vendange, puisque le vigneron décide de ses itinéraires de vinification avec son œnologue, puisque chaque domaine est vinifié séparément et à l’issue de la période d’élevage, puisque les vignerons récupèrent leurs vins.

Simplement, une initiative intelligente pour faire du « cousu main » en optimisant ses ressources financières.

Que les promoteurs, pour amortir leur projet, fassent de la prestation plus volumique pour le compte d’opérateurs régionaux, voilà sans doute ce qui fâche le plus ceux qui s’accrochent à des outils obsolètes, mal gérés.

Attention, loin s’en faut, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, mais je pose la question : si certains outils coopératifs ne sont plus attractifs, plus adaptés aux marchés auxquels ils sont censés fournir des vins demandés par les consommateurs, pourquoi ?

Faute, un peu, aux financements publics qui, s’ils n’ont pas manqué, pendant des années leur déversement en pluie fine a arrosé, sans grand discernement, un peu tout le monde, sans jamais aboutir à la mise en place d’outils de vinification à la hauteur des enjeux.  Dans mon rapport j’avais proposé qu’ils fussent réservés qu’à ceux qui s’obligeraient à le faire.

Qu’en a-t-il été ?

Ceux qui ne voient, dans la masse des présidents et de leur bureau, qu’un collège électoral, se sont bien gardés, en dépit de leur approbation de façade, de jouer cette carte vitale.

Là encore, mon propos n’englobe pas ceux qui, malgré les obstacles que certains se sont évertués à mettre en travers de leurs initiatives, se sont attelés à cette tâche difficile. Ils se reconnaîtront facilement. Alors exhumer, pour faire à nouveau diversion, l’affrontement entre les « investissements dans des structures capitalistes » et ceux de la coopération viticole n’a aucun sens.

À cette dernière de faire la preuve, tout en ne jetant pas ses valeurs fondatrices aux orties, qu’elle est en capacité de relever ce défi. Quand à appeler de ses vœux une néo-coopération « plus offensive économiquement » relève du pur discours. Dans ce domaine seul le faire est convainquant. Tous les éléments du choix sont sur la table depuis plus de 10 ans, pourquoi diable avoir tant attendu ?

La conséquence de ce sur-place mortifère c’est que « l’acheteur » reste le maître absolu du jeu d’un marché de cueillette. Certains metteurs en marché, parmi lesquels des groupes coopératifs, tirent parti de cette situation. Ce n’est bon pour personne : une économie viticole offensive économiquement ne se construit pas sur un champ de ruines. Les « grands » du secteur, enfermés dans leur tête à tête avec la Grande Distribution, auraient intérêt eux-aussi à réfléchir sur la création de valeur dans chaque hectare de vigne. L’irruption des vins sans IG est une opportunité à saisir, mais si elle est utilisée comme un outil de destruction, il ne faudra pas s’étonner que la « base » traitée à toutes les sauces soit se décourage, soit en vienne à des actes qui seront de réels gestes de désespoir ou de colère.

Ma chronique, en dépit de sa vivacité, n’a rien d’un « J’accuse ». Je n’ai ni le talent, ni la stature d’un Zola pour ce faire. Si je me permets d’interpeler certains c’est que depuis plus de 25 ans je suis « un témoin engagé » qui en a marre de toutes ces vessies que certains veulent faire passer pour des lanternes. Dans cette histoire j’ai aussi ma part de responsabilités et je l’assume. Mettre les mains dans le cambouis est bien plus inconfortable que de faire des discours et nul ne pourra écrire que je n’ai pas mouillé le maillot, en pure perte souvent.

Maintenant que je ne suis plus en charge que de ce petit espace de liberté mes propos ne visent qu’à tenter de faire sortir ceux qui sont en charge du secteur d’oppositions stériles, d’un autre âge, pour que les énergies s’investissent dans des projets d’entreprise quels que soient leur nature. « Faire gagner de l’argent aux viticulteurs n’est pas un « crime » mais une simple nécessité pour que nos territoires tirent leur épingle du jeu dans la nouvelle donne mondiale : le vin est un produit d’avenir.
Et si nous le préparions vraiment cet avenir !

J’en ai terminé. Sans doute aurais-je du m’abstenir puisque mon interpellation tombera dans l’indifférence générale mais je suis ainsi fait et je ne suis toujours pas vacciné contre l’envie de ferrailler pour que les choses avancent. Sachez, ceux à qui je m’adresse, que sans la liberté de blâmer il n’y a pas d’éloge flatteur et que mon espace de liberté vous est grand ouvert s’il vous prenait l’envie de me répondre.

Bien à vous.

PS. les citations et les infos sont tirées du dernier Vitisphère.  
http://www.vitisphere.com/breve.php?id_breve=55712

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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 00:09

 Ce n’est pas moi qui l’affirme mais la plume acide d’un de nos « ennemis héréditaires » d’Outre Channel, vivant et travaillant en France, dans un essai sur la France en forme de déclaration d’amour (vache) : « Français, je vous haime, ce que les rosbifs pensent vraiment des froggies » chez Nil. Je cède donc la plume à Stephen Clark pour nous parler de la semaine des 35 heures avant de la reprendre pour développer mes « hautes visions œnotouristique »

« Cela a bien fonctionné avec les entreprises employant de nombreuses personnes à la même tâche. Mais je travaillais pour un magazine comptant dix employés. Pour compenser nos heures perdues, notre nouvelle recrue aurait dû travailler 10 % comme rédacteur en chef, 20% comme rédacteur, 20% comme maquettiste, etc. Dans la pratique, nous n’avons recruté personne. On a juste dit que nous devrions tous être 10% plus efficaces pendant notre temps de travail réduit. Ce que nous avons fait. Ce n’est pas difficile d’être plus productif quand, à la clé, il y a vingt deux jours de vacances en plus. Le travailleur français ne va pas se donner un mal de chien pour être désigné meilleur employé du mois et avoir sa bobine accrochée au mur. Mais si on lui promet plus de bon temps, il peut faire des merveilles. Un rapport de l’OCDE dit que la productivité a augmenté de 2,32% entre 199- et 2002 en France, contre 1,44% dans le reste de l’UE. Les économistes « anglo-saxons » prédisent un krach en cas d’introduction d’une telle mesure dans leur pays. Ils ont peut-être bien raison. Car il y a une différence majeure entre les Français et les Anglo-Saxons. Donnez un long week-end à un Français et il saute dans sa voiture française, la remplit d’essence française, part sur les côtes, montagnes et campagnes de France, et passe trois ou quatre jours à manger et boire de la nourriture et du vin français. Offrez la même chose à un Britannique et il sautera dans un jet irlandais, direction la Bulgarie. Les français voyagent beaucoup à l’étranger, mais une part considérable de leur argent reste chez eux. C’est presque trop beau pour être vrai, mais c’est pourtant ainsi : travailler moins est bon pour l’économie française. »

Si c’est un rosbif qui le dit, profitons-en au lieu de rouscailler : c’est toujours en s’appuyant sur un marché domestique profitable que l’on peut se permettre de développer ses exportations… » En matière de tourisme, d’oenotourisme dans le cas présent, avant d’aller faire des ronds de jambe aux touristes étrangers, ou dans le même temps, proposons à nos adeptes made in France du temps libre (qui se souvient d’André Henry Ministre du Temps Libre de Tonton en 81 ?) des produits grand public de qualité facile d’accès.

Du côté manger-boire l’offre est abondante, diversifiée et d’accès facile via les guides divers et variés. Du côté hébergement, même s’ils ne sont en quantité suffisantes, les gîtes ruraux et le chambres d’hôtes sont de qualité et eux aussi d’accès assez simple. Reste l’hôtellerie où là, hormis les hôtels de luxe, l’offre est catastrophique : le choix se limite entre les hôtels de chaîne nichés dans les zones industrielles et commerciales et les vieux hôtels pouraks de Centre Ville. J’exagère à peine, si l’on veut développer de l’oenotourisme pour le plus grand nombre il faut revivifier les hôtels de charme ou ce que l’on appelait autrefois les hôtels de sous-préfectures. C’est le premier challenge à relever pour développer une demande abondante. C’est quand même le but pour pouvoir toucher et convaincre des néo-consommateurs. Notre tendance naturelle est de « sur-cultiver » les clientèles déjà captives des amateurs convaincus. Merci aussi de mettre un peu de liens et de cohérence dans le binz des syndicats d’initiatives, des comités de tourisme et autres officines qui pondent du papier : contemplez dans les halls d’hôtels la gabegie de papier glacé. Il serait plus efficient de doter tous les lieux d’accueil de la Wi fi et de rendre les écrans de télévisions « intelligents » pour que les touristes puissent avoir un accès simple à des portails internet.

Enfin, et je m’en tiendrai là pour ne pas vous lasser, pour ceux qui n’aiment pas prendre leur petite auto pour aller à la campagne, à la mer ou dans les vignes, développer avec la SNCF, son loueur favori, des gîtes ou des hôtels de charme, une offre œnotouristique simple, avec un avantage tarifaire, comprenant pourquoi pas aussi un bonus « fret » pour les caisses achetées chez le vigneron.

Ce n’est pas avec ça que je gagnerai le trophée de l’oenotourisme cher au cœur d’Alexandre Lazareff mais, comme dirait l’autre, personne ne pourra dire que je ne me suis pas décarcassé pour la bonne cause…


Après réflexion, et avec vos encouragements je me suis décidé à publier ma chronique : Lettre à ceux qui ont enfanté les péteurs de cuves d’Antignac. Elle ne fera pas plaisir à ceux à qui j'attribue une paternité dont ils se seraient bien passé. Dans ce domaine j'ai toujours tenu le même langage, même au 78 rue Varenne, et pas seulement avec les gens du Sud. Les mots ont une valeur, les respecter est première des civilités. Je rassure le dernier commentateur : il n'y a aucun envers au décor, nous nous sommes pas au théâtre mais dans un Etat de droit. Je mets ma chronique en ligne à 10 heures.

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