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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 00:02

 

La Grande Sophie chante « du courage, du courage... » Vraiment je puis vous assurer que pour monter Autrement Vin, dans une période aussi difficile que celle que nous vivons, celui de Sophie Pallas relevait d’un très grand millésime. Sa ténacité souriante et sa conviction doublée de professionnalisme ont emporté l’adhésion à la fois de belles pointures du vin qui ont accepté de jouer le jeu et surtout du premier noyau de vignerons que je qualifierais de défricheurs. Ceux qui me lisent et me suivent sur mon « espace de liberté » comprendront aisément que l’esprit d’ouverture d’Autrement Vin ne pouvait que me séduire. Dépasser les clivages, ouvrir les chapelles, échanger, se confronter en se respectant, faire progresser les idées sans les asséner, être conviviaux, retrouver le goût de la fête, transmettre sans se prendre la tête le supplément d’âme du vin, en tant que Secrétaire-perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants je ne pouvais qu’être aux côtés de Sophie Pallas dans sa belle entreprise. Mais, pour que cet évènement soit une réussite, pour qu’il s’installe dans le paysage, fasse parler du vin dans les grands médias, il faut que ce soit une réussite populaire. Alors lecteurs, membres de l’ABV, transmettez l’information, buzzer comme on dit sur la Toile, venez nombreux le 19 novembre au 104 l’ambiance sera chaude et amicale. J’y serai bien sûr en compagnie de ma petite bande de dégustateurs voir photo http://www.berthomeau.com/article-expertise-des-cabas-du-7ieme-arrondissement-vins-de-la-grande-epicerie-du-bm-et-de-la-cave-robuchon-notes--38706598.html et nous pourrons ainsi faire connaissance autour d’un verre.

Ce matin, reprenant ma casquette de rédacteur de Vin&Cie j’interroge celle par qui Autrement Vin arrive, Sophie Pallas, pour qu’elle vous mette « l’eau à la bouche » –j’adore cette expression lorsqu’elle s’applique à nous buveurs de vin – bien sûr certains pourront dire que mes questions sont un peu téléphonées puisque je connais par avance les réponses qui seront données, mais peu importe l’important c’est que vous en soyez. Vous pourrez ainsi dire avec une satisfaction réelle, lorsque dans les années à venir tout le petit monde du vin se bousculera aux portes du 104 pour la nième édition d’Autrement Vin, « moi j’étais à la 1ière édition » En attendant de vous voir nombreux : « à bientôt sur mes lignes et bien sûr au 19 novembre... »


Question V&C
 : Bonjour Sophie Pallas, une expo-dégustation des vins atypiques, au 104 de surcroît : un lieu très tendance, en voilà une nouvelle engeance pour bobos de l’Est parisien vont dire les gardiens du Temple du vin authentique à la française ! D’où vous est venue l’idée d’une telle manifestation ?

Réponse de Sophie Pallas : L’idée première a germé sur votre blog, Jacques ! C’est autour d’un débat sur la place des vins qui ne correspondent pas aux standards et qui récoltent au mieux de l’incompréhension, au pire une exclusion. Mais je pense que l’exclusion vient toujours de l’incompréhension. Expliquer …pour susciter la curiosité et l’envie, voilà l’idée d’Autrement vin.

L’objectif est donc d’ouvrir la porte sur des partis viticoles et œnologiques orignaux, audacieux, bref atypiques… et qui ne sont pas toujours perceptibles au premier abord. Pour les apprécier, il faut pouvoir percevoir leur différence donc les comprendre.

 Mais attention, le défi dans Autrement vin sera de démontrer que « atypique » ne signifie  pas déni de la « typicité » au sens viticole du terme, à savoir l’expression d’un terroir donné. Ce qui me frappe dans les vignerons présents à Autrement vin est cette recherche absolue de quintessence de la terre et du raisin. Et cette recherche ne se révèle pas du tout antinomique avec la technologie ou la rupture avec des usages traditionnels. Chacun emprunte sa propre voie pour y parvenir. Finalement, autour de l’idée de vins atypiques, nous avons réussi à rassembler des vins et des vignerons extrêmement différents, de la plus petite propriété de moins d’un hectare au grand négoce, de l’approche technique la plus minimaliste à la technologie la plus innovante… le point qui les unit est toujours cette recherche d’expression qualitative, authentique et unique.

Dans ces démarches atypiques, je voulais accorder une place spéciale aux vignerons qui ont fait un choix environnemental, car l’enjeu est fondamental et le chemin loin d’être abouti. Au-delà des labels et des philosophies, la diminution de l’impact des modes de culture de la vigne sur l’environnement est un vrai challenge qui implique des risques et une audace technique qui méritent d’être mieux expliquée et valorisée. Les durables sont encore atypiques parce que minoritaires… pour le moment. 

Question V&C : Comme j’ai un faible pour les minoritaires et une allergie profonde pour la typicité normée dès l’origine votre entreprise Sophie Pallas m’a séduit et a emporté mon adhésion mais, les grincheux ou les sceptiques, vont ironiser : un salon de plus, alors en quoi Autrement vin est-il différent d’un salon traditionnel?

Réponse de Sophie Pallas : La vraie différence avec un salon sera l’Exposition.

Elle a pour mission d’expliquer les démarches atypiques à travers un parcours didactique entre quatre grands pôles : les inclassables, les innovants, les oubliés, les durables. Le public aura la possibilité d’évoluer librement entre les vins exposés et bien-sûr, pourra les déguster au gré des découvertes. Et pour déguster et non consommer, nous les inciterons à cracher … tous les crachoirs seront assortis des explications nécessaires.

La présence du cercle des dégustateurs le soir de l’exposition est aussi une vraie différence. Il est composé de grands journalistes du vin (Michel Bettane, Bernard Burtschy, Pierre Guigui), d’œnologues de renom (Myriam Huet, Patrick Léon), de professionnels européens (Bernd Kreis, Angela Mount), d’acheteurs parisiens (Sébastien Garnier, Fréderic Brochet) mais aussi d’un non professionnel (Laurent Grandadam). Le cercle des dégustateurs se sera réuni avant à l’Ecole du vin pour déguster tous les vins et échangeront à partir de 20h00, sur le plateau du 104, leurs plus grandes impressions. Le cercle n’aura pas pour mission d’établir un classement ou d’attribuer des médailles… leur mot d’ordre : partager leurs sensations et décrire les vins à la lumière de leur caractère atypique. Le parallèle avec le Salon des Indépendants de 1884 me plaît beaucoup : ni récompenses, ni système de référence, les artistes se réclament d’une parfaite indépendance.

Un autre moment fort sera le débat entre Marcel Richaud et Michel Bettane, mené par Laurent Bazin journaliste à I-télé et grand amoureux du vin avec son blog Vin de mes amis. Les débats ne manqueront pas de s’ouvrir en fin de soirée… sur la diversité, le durable et les grands enjeux de la viticulture française. 

Question de V&C : Vaste programme aurait dit le Général, et je trouve ça heureux Sophie Pallas dans ces temps où tour à tour le vin est à la fois porté au pinacle ou vilipendé de voir chez vous un tel esprit d’ouverture. Mais, plus précisément, de quoi va parler l’exposition ? Pensez-vous qu’il y aura une deuxième édition d’Autrement Vin ?

Réponse de Sophie Pallas : De cépages inconnus, de techniques d’avenir, de vins rares, de vin surprenants, de vins biologiques et même de vins archéologiques… bref, de vigne, de vin et d’œnologie : inclassables, innovants, oubliés ou durables. Préparez vos esprits, aiguisez vos palais !

Autrement vin se veut le rendez-vous incontournable et unique de l’amateur ou du professionnel soucieux de découvrir de nouveaux vins, sur une approche très sélective et pointue. Paris et le 104 consacrent sa naissance et resteront son point fixe. Si le vent le porte bien, Autrement vin pourrait voyager vers d’autres capitales. Sa dimension éducative sur les démarches originales dans la vigne et dans les chais répond, je le crois, à une attente réelle des consommateurs ici en France et dans le vaste marché mondial du vin. Promouvoir, sans arrogance, nos spécificités et nos particularismes c’est faire le bon marketing de notre chère vieille France du vin…

 

 



AUTREMENT VIN

Lieu : le CENTQUATRE, 5 rue Curial, Paris 19e, Métro Riquet ou Stalingrad.

Date : le 19 novembre de 14h00 à Minuit

Déroulement :

14h00 : exposition et dégustation par le public des 4 catégories de vins atypiques

18h00 : autour des vins, quelques découvertes gastronomiques du sud-ouest, terre et mer.

20h00 : le Cercle des Dégustateurs commente les vins atypiques sur le plateau du CENTQUATRE.

Entrée sur inscriptions (20 €) :

L’Agence Vinifera

+33 (0) 5 34 55 88 06

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 09:53

Vin&Cie toujours sur le pont vous livre tout chaud le dernier buzz mondial : comment ouvrir une bouteille avec sa chaussure...

Source: vidéo amateur

Cette vidéo -française- qui montre l'ouverture d'une bouteille de vin dans la rue avec une chaussure (!) est l'un des buzz mondiaux les plus marquants de ces dernières heures. Elle arrivait en cinquième position du Viral video chart le samedi 7 novembre en début d'après-midi. Juste derrière le discours d'Obama en réaction au massacre de Fort Hood. Une forme d'hommage à l'identité nationale hexagonale, sans doute.

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 00:08

Alors que le jour se levait sur le golfe de Tiuccia, et que Jasmine promenait autour de moi son beau bidon tout rond dans le plus simple appareil, l’évocation de l’émotion que souleva l’émission « Adieu Coquelicots » de François-Henri de Virieu, ancien chroniqueur agricole au journal Le Monde, qui cristallisait le malaise identitaire des gaullistes et du syndicalisme agricole, me plaçait devant une évidence qui jusqu’à cet instant ne m’avait même pas effleuré : depuis la présentation de Marie à mes parents jamais plus je n’avais parlé d’eux dans mon récit. Oubli révélateur, volonté délibérée de ne pas les mêler aux désordres de ma vie, non-dit honteux, sans doute un étrange mélange de tous ces nœuds très serrés. Et pourtant, tout au long de cette période, même si jamais je ne revins les voir, je gardais un lien avec ma mère : je lui écrivais des lettres, de longues lettres où je lui mentais effrontément en lui brossant de ma vie un tableau édifiant. Une fois par mois, elle me répondait de sa belle écriture, ne se plaignait jamais de mon absence,  me contait par le menu la vie du pays. Mon père restait silencieux mais mon père était un grand silencieux qui souffrait en silence de me voir gâcher ainsi ma vie. Mes mensonges n'étant que des demi-mensonges aux yeux de mes parents j’étais un petit flic de banlieue qui accomplissait sa tâche sans grand enthousiasme mais consciencieusement. Ce que je ne savais pas, je ne le saurai que le jour où je contemplai mon père sur son lit de mort, souriant et apaisé, car il s’était laissé surprendre par la mort en un bel après-midi d’été, ma mère savais que je mentais.

Homme de l’ombre, vaguement affairiste, nègre d’un Ministre en vue et de quelques pointures du régime, infiltré dans la GP,  je n’avais que peu d’occasion de montrer ma tronche en des lieux où certains fouilles merdes de la presse ou des collègues mal intentionnés auraient pu faire des recoupements et je me gardais bien d’apparaître aux premières loges lorsque mon Ministre montait à une tribune ou passait dans les médias. J’avais mieux à faire. Si je fis une entorse à cette précaution élémentaire ce fut pour les beaux yeux de Chloé. Mon sémillant Ministre devait se rendre à Nantes à un meeting dans le cadre des élections municipales de mars 1971. La ville tenue par André Morice, le père de la ligne électrifiée à la frontière tunisienne d’une Algérie qu’il voulait garder française, représentait un bastionde droite que les gaullistes voulaient voir tomber. La coalition de Morice qui allait des Indépendants-Paysans jusqu’à certains membres de la SFIO violemment anti-communistes et antigaullistes était dans le collimateur d’Olivier Guichard, maire de la Baule, grand baron gaulliste, le patron de la région. Ce soir-là, je ne sais pourquoi, en retrouvant Chloé au café de Flore, avant que nous allions nous plonger dans la tabagie d’une réunion clandestine de la GP qui se tenait dans l’appartement d’un écrivain sympathisant, tout près, 30 rue Jacob, j'évoquais le discours que je venais d’écrire pour ce meeting. À la réflexion, en écrivant, un détail me revient : j’avais glissé dans l’entame du discours une violente attaque contre ceux qui, comme Morice, comme les socialistes de Guy Mollet, avaient envoyés mourir dans les djebels de braves petits gars du contingent. Ma charge avait beaucoup plu au bel Albin. Il m’avait fait venir dans son bureau. « Pourquoi ne m’accompagneriez-vous pas dans ce déplacement, ce que vous avez écrit est fort. Faites-moi ce plaisir ! » Je n’avais dit ni oui, ni non. Pour forcer ma décision, en me reconduisant, il ajoutait « Guichard me retient chez lui, à la Baule, pour le week-end, l’air marin vous fera du bien vous êtes tout pâlichon ».

Chloé harnachée en révolutionnaire de base : pataugas, jean crade, col roulé élimé et parka délavée, ne me laissait pas le temps de finir ma phrase « je veux que tu me fasses découvrir le passage Pommeraye mon beau... »  Quelques jours avant nous étions allés voir Lola de Jacques Demy à la Pagode. Bêtement je rétorquais « C’est un coup monté... » Elle me regardait interloquée « Monté par qui ? » Je balbutiai « Non je débloque. Le bel Albin veut que je l’accompagne, alors... » Elle m’ébouriffait les cheveux d’un geste tendre « Toi tu es fatigué, tu en fais trop en ce moment... » J’éclatais de rire « Oui belle intrigante, l’air marin me fera du bien. » Chloé me tirait le lobe de l’oreille droite « et pourquoi tu te marres sale petit collabo ? » Le garçon, planté face à nous, attendait que nous lui passions commande, avec la patience de celui qui, à tout moment de la journée, devait subir les caprices des habitués. « Champagne ! » clamais-je un peu bravache. « Deux coupes donc... » s’enquerrait le serveur qui nous savait abonnés au demi de bière. Abandonnant mon ton de matamore je le détrompais « Non, une bouteille, et du Taittinger... » Un peu abasourdi il acquiesçait avec dans le regard un léger doute sur ma capacité à pouvoir payer ce nectar à bulles. Je l’estoquais « Je suppose que vous n’avez que du Brut Réserve sans millésime... » Là, décontenancé il battait en retraite en bousculant au passage Philippe Sollers qui faillit en avaler son fume-cigarette.  Chloé me grondait « Tu humilies le petit personnel maintenant. » Je protestai de ma bonne foi. Sollers en passant près de notre table adressait un petit signe de la main à Chloé. Elle l’ignorait superbement. Pour la calmer je lui promettais de faire des excuses au garçon. L’arrivée tonitruante d’Edern Hallier faisait diversion. J’en profitais pour placer mon arme secrète « Le garçon est un de mes indics... » Chloé bondissait « Menteur ! » D’une voix monocorde je commençais à décliner le nom, prénom, âge, adresse de celui qui, totalement tétanisé, se tenait face à nous en pointant la bouteille de champagne tel un obus. Chloé grinçait « Salaud ! »

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 00:07

« Fatiguer la salade » j’adore cette expression, par ailleurs définie dans la Robert Culturel : comme étant l’action de « la remuer pour y mêler l’assaisonnement » (1845), tout d’abord parce que je la trouve bien plus belle que « mélanger sa salade » ou « touiller sa salade », mais surtout parce qu’elle transpire d’une chaude sensualité.

 

La salade est le légume préféré des français (la tomate est n°1 mais c’est un fruit même si elle est souvent considérée comme un légume eut égard à ce qu’elle n’est pas accrochée à un arbre) « Représentée sur des tombes égyptiennes dès 4 500 avant notre ère, la laitue appartient à la culture méditerranéenne. Moïse lui-même ne recommandait-il pas d'en entourer l'agneau pascal, afin de rappeler aux fidèles l'amertume de l'exil ! Elle gagne la France à la fin du XIVème siècle, puis toute l'Europe du Nord » La France, troisième producteur européen, récolte 385 000 tonnes de laitues (la batavia, la romaine ou la feuille de chêne sont des laitues), auxquelles ont peut ajouter 134 000 tonnes de chicorée et 20 000 de mâche. 275 variétés sont recensées en France et 1592 variétés européennes sont autorisées à la vente.

 

Pour ma part, je penche pour des variétés plus confidentielles : le pourpier, le cresson et surtout le pissenlit.  Le pissenlit est le mal-aimé des jardiniers car il colonise leurs carrés bien ordonnés. Pourtant il n’a que des atouts : ses fleurs et ses feuilles sont comestibles, sa racine est médicinale et ses fleurs ont des vertus cosmétiques. Les feuilles de pissenlit sauvage sont un peu amères et coriaces mais on en trouve des plus tendres, les pissenlits blancs, chez les marchands de légumes. Bref, j’adore manger du pissenlit avec une bonne omelette de saison.

 

Qu’est-ce donc une omelette de saison ? Tout bêtement une omelette dans laquelle on incorpore des champignons à la période des champignons ; de la ratatouille à la saison des légumes qui la composent ; des oignons frais ou des patates nouvelles ou du brocciu ou du lard tout juste sorti du cochon…

 

Revenons à la salade de pissenlit et surtout à sa sauce – je préfère employer ce terme plutôt que celui de vinaigrette qui sonne maintenant mixture industrielle – dont l’équilibre est primordial pour donner le bon choc à la salade sans pour autant l’anesthésier. Pour ne chagriner personne, surtout les fans de l’huile d’olive, je laisse le spectre du choix de l’huile grand ouvert. En revanche pour le vinaigre je me mouille en vous recommandant le Vinaigre de Banyuls. Celui-ci, contrairement à ses cousins des « vins secs » est fait, comme sa provenance l’indique, à partir d’un VDN et la piqure qui va transformer le vin doux : bactérie lactique est différente de celle qui le fait pour le vin sec : bactérie acétique. Comme dirait l’autre il faut « à ses petites bêtes » d’abord bouffer du sucre. Ce n’est pas facile, il faut du temps pour obtenir un vinaigre qui garde les caractéristiques du Banyuls originel. L’élevage se fait en barriques et en foudres. Je crois qu’il faut au moins 5 ans pour faire un vrai vinaigre de Banyuls.

 

Moi mon truc pour la sauce c’est de déposer dans le fond du saladier une petite cuillérée de vraie moutarde de Dijon, de la délayer avec le vinaigre puis de monter doucement avec l’huile, ça lui donne une onctuosité qui perle la salade lorsqu’on la fatigue. Bien sûr ne pas oublier de moudre du sel et du poivre sur les bords du saladier pour qu’ils adhèrent bien aux parois. Dernier détail, mon père, grand amateur d’ail, ajoutait un crouton frictionné d’une gousse à son pissenlit.

 

Comme l’origine de cette chronique provient de la découverte sur les rayons de la Grande Epicerie du Bon Marché d’une offre de Vinaigre de Banyuls je vous cite les 2 références : www.clos-de-paulilles.com  10,26 euros 50 cl et www.lavinaigrerie.com 17,60 euros 50 cl . Bien sûr, beaucoup de grands noms de Banyuls font du vinaigre je ne les citerai pas de peur d’en oublier

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 00:02

Exceptionnel : sur le ring  L’Antonin et Louis 2003 du mas de la Seranne de Jean-Pierre Venture, le Jadis 2002 de Didier Barral dont Venture dit « c’est un dingue...un extrémiste. » et le « Bien Décidé » 2003 de Depardieu dont Venture dit « ce n’est pas du vin, ça n’a rien à voir avec du vin. C’est du show-biz. » Bonjour l’ambiance ! C'est Paul Amar qui serait content de voir les gants de boxe sortis pour mettre notre Depardiou national dans les cordes.

Tout ça n’est pas du pur jus Berthomeau mais du Robert V Camuto dans son livre « Un américain dans les vignes » qui vient d’être traduit et publié chez Michel Lafon. La quatrième de couverture dit fort justement « au fil de ses pérégrinations dans nos terroirs, Robert Camuto nous offre un savoureux tableau de la France et des Français : un très bel hommage à notre amour du Bien-Vivre. » Vous vous doutez bien que le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants apprécie l’absolue candeur de notre américain arpentant la France profonde en nous livrant, sans langue de bois, des portraits savoureux de François des Ligneris le « rebelle », de Jean-Bernard Siebert de Wolxheim, de Claude Martin en Provence, de Cyrille Portalis le « malade de Bandol », de Pierre Acquaviva le Corse, de Jacques Mossé à Ste Colombe, de Jean-Michel Stephan dans la Côte Rôtie, de Robert Plageoles à Gaillac entre autres...

Bien évidemment, le morceau de bravoure se niche dans le grand amphithéâtre de South of France du côté d’Aniane où selon Camuto cette « petite ville fatiguée, typique du Languedoc... se situe au carrefour d’évènements singuliers » En vrac : « une géologie préhistorique offrant aux collines alentour des sols chargés de pierres déposées par les anciennes rivières, de rouges sédiments glaciaires, de calcaire et de sable », l’arrivée en 1971 d’Aimé Guibert, industriel du cuir dans un vieux moulin de la vallée de Gassac, l’affaire Mondavi en 20000 et l’irruption en 2003 de Gérard Depardieu et son associé Bernard Magrez.

Je vous propose donc de lire la relation du « grand match » indiqué en incise de ma chronique. Comme le dirait Eugène Saccomano « On refait le match... » Bonne lecture !

« À midi, je débouchai trois bouteilles dans la cave : l’Antonin et Louis 2003 du mas de Seranne, le Depardieu de la même année, et un Jadis 2002 de chez Barral. J’enveloppai les bouteilles dans des feuilles de papier alu pour le plaisir de cacher leur identité.

À 17 heures, nous sommes descendus dans la cave avec une saucisse, du pain et des verres. Mes compagnons de dégustation étaient Philippe, un Français, un « nez » naturel qui travaillait près de Grasse pour une grande usine de parfums et vendait dans le monde entier des arômes destinés à toutes sortes de choses, du parfum au chewing-gum en passant par les produits culinaires ; Ken, un américain ingénieur en logiciels qui, dans sa jeunesse, avait étudié la viticulture en Alsace, avant de travailler en Californie sur le célèbre Opus One de Mondavi ; et Daniel, un enfant de l’après-guerre qui avait grandi en Alsace dans les vignes de son père.

Je servis d’abord le mas de la Serrane qui déclencha au nez beaucoup de bruits approbateurs : « Mmmmm... », « Du fruit... », « Des arômes de liqueur... », « Raffiné... », « Du velours... ». Pour mes trois invités, c’était un vin de la vallée du Rhône. Ken s’aventura à suggérer le nord de la vallée du Rhône, peut-être la Côte Rôtie. Il estima le degré d’alcool à 14 degrés.

Le vin suivant était le Depardieu.

      Oh, Seigneur ! s’exclama Philippe en faisant une grimace de dégoût dès la première gorgée. Ce n’est pas du vin, c’est du porto ou du vermouth. C’est pour l’apéritif. Pour les amateurs de... se whisky.

Je ne résistai pas au plaisir de lui demander à quelle personnalité célèbre ce vin lui faisait penser.

-         À Fidel Castro !

-         Ouaou, c’est un dragster, dit Ken, qui fixa de nouveau le degré d’alcool avec précision. Au moins 15 degrés... Il me rappelle certains Zinfandel californiens.

-         Je suis d’accord, approuva Philippe. Ce n’est pas un vin français. C’est un vin du Nouveau Monde. D’Afrique du Sud, peut-être.

On passa au vin de Barral.

-         Classique, dit Daniel.

-         Classique, dit Ken en écho. Français, peut-être italien... Sec.

-         Hugo Chavez ! s’exclama Philippe, comme si le résidu du deuxième vin (la création de Depardieu) l’amenait à faire une fixation sur les dictateurs latino-américains.

Lorsque j’eus découvert les bouteilles, la discussion redémarra, sur le vin de Depardieu notamment. Nous étions tous d’accord pour dire que c’était le genre de chose que l’on attendait de lui, un gros vin poussif et pompeux, un vin de bande dessinée, le vin d’un gros Obélix boulimique. Sur le devant de la bouteille, une étiquette gris anthracite, façon pointe de diamant, donnait le nom du vin et citait Aniane en caractères métal cuivré. On lisait en-dessous :

                                            Gérard Depardieu

                                                     Acteur

                                       Propriétaire de vignobles

Bizarre qu’il ait choisi de se présenter d’abord comme un acteur... Quelques mois plus tôt, après une série de flop au box-office national, Depardieu avait annoncé à grand bruit, sur un plateau de tournage, sa décision de se retirer du cinéma – « Je n’ai plus rien à prouver ». L’acteur de cinquante-six ans affirmait vouloir se consacrer à ses vastes vignobles.

Autre bizarrerie, après que l’identité du vin eut été révélée, je notai que Philippe faisait quelque peu machine arrière et revenait sur ses impressions.

-         Évidemment, tous les vins sont bons, dit-il, ajoutant que celui de Depardieu prouvait que la France était capable de produire des vins de style Nouveau Monde. C’est un vin que j’aimerais offrir à mon père, poursuivit-il. Il déteste Depardieu, mais c’est exactement le genre de vin qu’il aime.

Philippe avait-il une âme de groupie ? Sa fierté gauloise avait-elle été piquée au vif ? Ou était-ce le réveil de quelque conflit œdipien non résolu ? Quelques minutes auparavant, il aurait presque recraché ce vin ; maintenant, il voulait l’offrir à son père.

Existe-t-il un autre liquide buvable qui soit à ce point chargé de psychologie ? Quels neurones s’étaient mis à s’agiter dans sa tête à la vue de cette étiquette ? L’industrie française du vin est experte dans ce domaine : les rayons des grandes surfaces croulent sous les appellations tapageuses et les étiquettes cherchant à imiter la classe des grands crus. Si la foi est capable de métamorphoser un vin de table en sacrement, pourquoi le marketing ne transformerait-il pas un « Lafi » ordinaire en un Château Lafite, en un modeste Lafitte, voire en un honnête Lafitte ? »

www.domaineleonbarral.com

www.mas-seranne.com

Ma chronique du 7 septembre 2006 Depardieu viticulteur http://www.berthomeau.com/article-3762612.html

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 00:06

La Toile, l’Internet si vous préférez, telle celle de l’araignée capte dans ses mailles d’étranges messages. Je confie à votre sagacité celui qui suit que j’ai reçu hier dans ma messagerie via mon blog, sans retouche, en copié-collé.

« j'ai découvert votre blog, et ma question est la suivante.

connaissez vous, un collectionneur ou une société qui pourrai etre intéréssé par la cave de l'ancien président de Roumanie (Nicolae Ceausescu) environ 25000 bouteilles de cru français de plus de 25 ans

vous pouvez m'appeler sur mon portable  06 59 24 98 65 Mr Bacchetti

 Avec tous mes remerciements »

A l’heure où j’écris cette chronique je n’ai pas pris la peine d’appeler le sieur Bacchetti sur son portable. Je ne pense pas que je le ferai car ce genre de plaisanterie est si fréquent sur le Net que j’ai d’autre chat à fouetter. Si certains d’entre vous veulent se lancer dans l’aventure ils peuvent demander au sieur Bacchetti de leur fournir l’inventaire complet des 25000 bouteilles : origine et millésime. Un bémol tout de même : eu égard aux goûts de « chiottes » de Nicolae et d'Irina je doute, dans l’hypothèse fort peu vraisemblable que ces vins existassent, que 20 ans après leur chute le contenu des boutanches fusse bon à autre chose qu’à faire du très mauvais vinaigre. Les collectionneurs peut-être ? Bref, pour ceux que ça intéresse, j'en profite pour raffraichir les mémoires sur Ceausescu et son Irina.

Qui se souvient que Nicolae Ceausescu fut la coqueluche de certains intellectuels français car il fut le seul représentant d'un régime communiste à condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie en 1968, pour réprimer le Printemps de Prague sous les chenilles des chars des pays frères. Ceausescu parle alors de « grave erreur, une menace sérieuse pour la paix, un moment de honte dans l'histoire du mouvement révolutionnaire » Du 14 au 19 mai 1968, alors que le quartier Latin a connu de violents affrontements, que Sud Aviation est occupé, imperturbable  de Gaulle lui rend une visite officielle.

« Lorsque le samedi 18 mai le général de Gaulle revient à Paris – après avoir écourté son séjour en Roumanie de quelques jours – le pays est en fâcheuse posture. Courroucé, le chef de l’Etat ne tarde pas à réagir. A minuit, il reçoit le Premier Ministre et le tance vertement : « C’est le bordel partout », lui dit-il, le rendant responsable implicitement de ce qui s’est passé en son absence. Selon Pierre Viansson-Ponté, Georges Pompidou propose alors de se retirer. »Im est prêt à remettre sa démission si cela doit permettre de reprendre l’initiative. » Mais de Gaulle la refuse : le moment n’est pas encore venu. » Eric Roussel in Georges Pompidou JC Lattès.

Beaucoup d’entre vous se souviennent sans doute des images à la télévision de l’air interloqué, puis paniqué, de Ceausescu lorsque du haut du balcon de son palais de 11000 pièces, le 21 décembre 1989, la manifestation de soutien populaire au régime tourne à la démonstration massive contre lui.  Huit minutes après le début du discours de Ceausescu la foule crie « Timişoara ». Le Conducător stupéfait interrompt son discours et la transmission télévisée est coupée. Le lendemain, le bâtiment du Comité Central, où Ceausescu présidait une réunion, est envahi. Les époux Ceausescu, Nicolae et Irina, rejoignent un hélicoptère sur le toit du bâtiment pour s'enfuir avec deux conseillers et trois hommes d'équipage dans le but de rejoindre un palais de province et de reconstituer les forces encore fidèles au régime. Le 23 décembre, à la suite d’un procès sommaire de 55 minutes, un simulacre de tribunal réuni en secret dans une école de Târgovişte à 50 km de Bucarest, les Ceausescu sont déclarés coupables de génocide, condamnés à mort et passés par les armes sur la base militaire de Târgovişte. Le soir même les images des corps du couple sont diffusées à la télévision. Les cadavres seront enterrés dans un cimetière de Bucarest dans une tombe sans nom. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, les tombes sont régulièrement fleuries par des fidèles du couple présidentiel.

 « Paris 21 avril (AFP) - Les éditions Flammarion viennent d’acquérir un lot de 564 carnets retrouvés en décembre dernier à Bucarest, dans les locaux du Comité Central que venaient d’abandonner l’ex-dictateur Nicolae Ceausescu et sa femme Elena. Ces carnets sont à la fois un journal intime et une méditation de l’ancienne Première Dame de Roumanie sur le socialisme scientifique tel qu’il était appliqué dans son pays. Cette énorme masse de notes représente douze mille cinq cent trois pages dactylographiées qui seront prochainement traduites et publiées in extenso par les soins du CNRS.

Elena, mélange extravagant de comtesse Batory et de madame Bidochon, incarne à la perfection la bêtise à la tête de l’État, son triomphe et ses défaites. Elle aurait du régner sur un pavillon de banlieue. Elle a pu, dans le désordre du monde, raser des villages, construire des sortes de pissotières géantes, abattre des intelligences. La Roumanie, après la Pologne, a vu pousser et se flétrir la fleur sanglante de l’insondable connerie. »

En cadeau Bonux : une photo inoubliable de 2 spécimens de dictateurs, notre Conducător bien sûr, mais l'autre quel est-il ?

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 00:01

Nous sommes une meute. Nous chassons en meute, redoutés et redoutables, partout dans l’attente de nos notes dans les chais l’angoisse monte. Les meilleurs des châteaux tremblent. Les stars des longs nez et des becs fins stressent. Pour la France du vin nous sommes des Huns. Par rapport à notre férocité, Bob Parker est un agneau de lait. Implacables, incontrôlables, purs et durs, nous dégustons. Nous notons. Entre nous, nous nous marrons plutôt bien. Même si notre Margot à des côtés Diane la chasseresse notre petite bande de dégustateurs s’apparente plus au lycée Papillon – ça c’est la référence pour Michel-Laurent et moi – ou à Desperate Housewives – pour nos 2 filles Flore et Margot  – qu’à un banquet de chasseurs de la baie de Somme. Reste que sous cette décontraction se cache un professionnalisme en béton Erwan, Mathieu, Yannick et, bien sûr notre doyen Michel-Laurent, gardent les colonnes du temple de la dégustation.

Comme nous ne faisons rien comme tout le monde nous faisions mardi notre rentrée de septembre en octobre en un lieu tenu secret, genre catacombes des premiers chrétiens – je suis de plus en plus Spi-Spi – afin de nous préserver de la concurrence. Erwan, notre grand organisateur, nous avait dégoté ce lieu du côté de ND de Lorette. Manquaient à l’appel Matthieu et Yannick partis par monts et par vaux. Nous avions un petit nouveau, un grand et discret jeune homme : Edouard. Notre exercice du jour initié par ma pomme consistait à déguster le panier que j’avais confectionné lors de ma razzia à la Grande Épicerie du Bon Marché http://www.berthomeau.com/article-36251348.html

39,30 euros mon panier

- L’orée du Bosquet vin de pays Charentais Merlot Cabernet 2008 4,90 euros

- Château Mas Neuf Costières de Nîmes 2007 5,70 euros

- Domaine Pero Longo AOC Sartène cuvée Sérénité 2008 blanc  8,10 euros

- Domaine de Cabriac Vin de Pays d’Oc 2007  5,20 euros

- Les Beaux Jours Coteaux du Giennois 2008 blanc 10,50 euros

- Pichot Roucas vin de pays de la Méditerranée 2008 4,90 euros

 

Et 3 petites boutanches acquises à la Cave Robuchon – le Joël étoilé – lors d’une Promotion – entre nous c’est plus classe que faire la foire aux vins – soit un Robert Skalli South of France VdP de l’Île de Beauté 2006 Pinot Noir à 9 euros, un Château Tire Pé Bordeaux 2007 rouge à 12 euros, un Côte du Rhône Brézème blanc Roussane 2007 Eric Tixier à 25 euros. Soit un total de 46 euros moins 20% = 36,80 euros.

 

Nous dégustons d’abord les 3 blancs : N°1 Coteaux du Giennois, N°2 Pero Longo, N°3 le Côte du Rhône Brézème.

 

Ça part très fort. Les petits loups ont les crocs et les pays boomers sont affutés. Erwan et Margot dégainent sans sommation sur ce Coteaux du Giennois. Ça fuse : typique du sauvignon blanc, exotique, bourgeons de cassis, feuilles de tomates. Quel nez ! J’ironise comme d’hab sur le vocabulaire. La répartie est sans appel : c'est dans le manuel. Je m’incline. Flore, en finesse, se glisse dans le débat pour souligner qu’en bouche il est ample, d’une absolue fraîcheur. Excellente longueur et une finale délicieusement parfumée de violette. Ce vin aérien s’appuie sur une belle matière. Aucune fausse note, Michel-Laurent donne ampliation à ce délicieux dithyrambe. La note tombe, belle, 15/20.

 Notre second vin est un corse de Sartène, Pero Longo, AB/Demeter. Michel Laurent soucieux de l’éducation de nos petits loups décrypte et glisse quelques infos sur le débat bio au plan européen. Le nez plaît : muscat, coing, figue... Comme je m’y attendais voilà que les fruits compotés arrivent sur le tapis. Bien sûr, je ne peux m’empêcher d’y opposer le confituré cher à Perico. Michel-Laurent toujours bien à l’aise dans son rôle de sage confirme la pertinence de l’opposition : fruit et sucre séparés dans la confiture et intimement mêlés dans la compote. Margot, primesautière, le trouve sensuel, pas ML mais notre corse. Je confirme il est puissant. Gras avec une pointe d’amer agréable. Houblonné ! C’est Erwan. Je fais mon petit numéro sur la Pilsen Urquel. Les petits loups sont éblouis par la science du papy. Mais, je ne sais d’où vient le bémol mais il est unanime : la finale est un peu courte, ce vin est moins équilibré, sa puissance initiale laissait espérer un peu moins de douceur. La note est le reflet de cette ambivalence : 13 ,5/20.

Pour en finir avec les blancs je sors mon Côte du Rhône Brézème d’Eric Texier. Pour l’introduire je fais l’intéressant en soulignant qu’Éric Texier est un minimaliste dans la vigne, labourage et enherbage, et dans les chais. J’ajoute pontifiant qu’ils peuvent lire ma chronique du  23 mars 2009 http://www.berthomeau.com/article-29228704.html  Tous m’écoutent religieusement sauf Margot qui n’aime les pontifes que lorsqu’ils sont souverains. Bref, trop de mots Berthomeau !  Couleur très prononcée : melon mur. « Montaigne était fou de melon » dis-je. Promis juré je me tais. Le nez est timide, délicat, minimaliste. En bouche il les déçoit. Manque d’intensité, étriqué, ne surprend pas. Espérait quelque chose de plus riche avec la Roussane. « L’habit ne fait pas le moine... » c’est du Margot. Très pomme grany. Michel Laurent tempère : ce Brézème est né dans un millésime difficile : 2007. Flore est bien plus indulgente, elle trouve que ce vin est bon pour faire aimer le vin. Beau compliment  qui tempère la déception des autres et donne une note de 11,5/20. 

 

Nous attaquons les rouges par la Charente, l’Orée du Bosquet 2008, un vin de pays qui ne séduit personne : nez poivron, le cabernet est d’un côté et le merlot de l’autre. Apre en bouche, maigre, manque d’équilibre. Stop ! 8/20 et dire qu’un Ministre m’a expédié en Charente pour prêcher la reconversion. Comme je n’y croyais guère je n’en ai fait qu’à ma tête et je n’ai aucun regret.

Le suivant, un pays d’Oc Domaine de Cabriac Merlot 2007, avec son nez de fruits très mûrs, ketches, cerise au kirsch « Mon chéri » versus Margot, déçoit Flore. Erwan prend la main pour souligner la rondeur, des tannins fondus et une bonne puissance tannique. Margot coupe court d’un « superficiel » sans appel. La finale manque d’ampleur et de profondeur c’est donc un petit 10/20 au final.

 Nous attaquons le Pinot noir corse 2006 de Bob Skalli. Ils le trouvent très Pinot noir Nouveau Monde, Oregon, nez bonbon à la cerise, chaud, réglisse, cacao amer, un peu de réduction. En bouche soyeux, équilibré, du grain, du corps, pour Erwan à mille lieux du pinot noir classique sur le fruit, un peu lourd, eau-de-vie, ni Corse, ni Pinot noir. La discussion s’engage. Les filles l’aiment, le trouvent flatteur, fait pour les States. Pas de compromis possible 12/20 pour les mecs et 14/20 pour les nanas. Moi j’aime Bob et son vin.

 Je l’ai acheté pour son étiquette sympa le Pichot-Roucas 2008  c’est un Vin de Pays de la Méditerranée qui nécessite une explication géographique puisque l’aire monte fort loin la vallée du Rhône. Suit un grand moment de notre Margot autour de la basse-cour, du poulailler et autres qualificatifs allant du Guano au pied de facteur. Je goûte tout le suc d’un vocabulaire très Béruréen – du Bérurier de San Antonio – et prends des notes. Nez syrah poivré cabernet poivron, animal, très coq au vin : la basse-cour toujours, rustique sans être rustre. En bouche c’est frais, fruits croquants, assez cohérent comme vin, bon équilibre général. Idéal sur les grillades. La note : 11,5/20.  

 Nous descendons le Rhône jusqu’au Costières de Nîmes Château Mas Neuf 2007. Nez chocolat, séducteur, appétissant, bel équilibre d’assemblage des 4 cépages Syrah (45%), Grenache (25%), Mourvèdre (15%), Carignan (15%). Qualifié de riche, lorsque soudain Margot nous projette dans la jungle guatémaltèque : le nez de ce vin relève du poivre mentholée naturel du Guatemala . Un must donc ! Un autre must serait sans doute de visionner une fameuse photo de Flore et de Margot dans la jungle guatémaltèque mais je pense que notre petit cercle s’en réservera l’exclusivité. Vous étiez prévenus les amis nos filles sont formidables. En bouche rond, équilibré, du velours, musclé, présent, un vin très mec pour Margot. C’est Michel Laurent qui a le dernier mot à déguster avec de la viande de taureau camarguais. Pour Margot, qui a passé la surmultipliée, à boire dans le Sud, à Paris c’est trop musclé. La note excellente : 15/20.

Nous terminons notre dégustation avec le Château Tire Pé Bordeaux 2007. Le silence se fait. Je pressens le grand moment. Il monte, il fuse. Le nez est sur le fuit mûr croquant. Finesse. Chaleur. L’instant est extatique. Erwan avoue que ce vin le réconcilie avec l’AOC Bordeaux. « Pas de bois c’est génial ! » je crois que c’est notre Margot qui s’enflamme. Bien équilibré, bien fait, tanins bien exprimés. Donne tous les gages d’une bonne garde. En un mot : EXCELLENT ! Nous allons le boire à table. Quel bonheur de finir sur une note enthousiaste : 16,5/20. Je suis aux anges. Je n’ai en rien influencé mes petits camarades dans leur élan qui fut unanime.

 

Notre PODIUM

 

N°1 : le Château Tire Pé Bordeaux 2007 www.tirepe.com/ 16,5/20

N°2 : Les Beaux Jours Coteaux du Giennois 2008 blanc emile.balland@orange.fr 15/20

N°3 : Château Mas Neuf Tradition rouge Costières de Nîmes 2007 www.chateau-mas-neuf.com/   15/20

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 00:09

Dans toutes les régions viticoles, les interactions entre l’évolution des prix du vin ou des vins et celle de la valeur des vignes sont toujours complexes. Dans le Languedoc-Roussillon, grand vignoble mixte, chaque département recèle des spécificités liées à sa position géographique, son histoire, ses structures de vinification, le dynamisme de certaines appellations ou l’immobilisme des autres, les interactions entre les deux grandes indications géographiques : Languedoc et Oc. Ce contexte induit donc une grande disparité des prix du foncier viticole : le rapport peut aller de 1 à 10 pour les terroirs d’appellations : 7600 euros/ha pour les muscats de l’Aude jusqu’à 79 000 euros/ha pour le Tavel.

 

En 2008 le marché du foncier viticole en Languedoc-Roussillon reste très déprimé.

 

En effet « de manière générale, on constate que les acteurs du marché foncier annulent ou reportent leurs investissements en matière d’agrandissement ou de restructuration de leur propriété viticole, ce marché à donc subit une baisse du nombre des transactions dans un climat d’attente. » note la SAFER Languedoc-Roussillon.

 

Cependant, les appellations qui ont réussi leur mutation voient les prix de leur vignes progresser : dans l’Hérault c’est le cas du Pic St Loup et du Picpoul de Pinet ; dans les PO : Banyuls-Collioure et Maury ; dans l’Aude : la Clape et Quatourze ; dans le Gard : Tavel et Lirac.

 

Reste que dans le monde des vignobles celui du Languedoc, en dépit des programmes successifs d’arrachage, garde des dimensions qui le situent au tout premier rang en termes d’étendue. Même si cette affirmation peut paraître paradoxale dans le climat de déprime actuelle, le foncier viticole du Languedoc-Roussillon exerce encore auprès des investisseurs extérieurs un attrait. En effet, les opportunités d’installations à des prix relativement acceptables, le climat méditerranéen, la qualité de l’environnement naturel, la proximité du littoral sont autant d’atouts pour la région.

 

Aude : vignes d’AOC les moins chères du LR en moyenne 9500 euros/ha.

-         Corbières Minervois : point bas en 2006 7500 euros/ha retrouve une courbe ascendante ;

-         Fitou : résiste et progresse de 3,9% à + de 10 500 euros/ha

-         Coteaux du Languedoc (La Clape, Quatourze) maintien d’un prix ha élevé  + de 13 000 euros/ha ;

-         Limoux : marché peu actif, prix stagnant – de 12 000 euros>/ha

 

Gard : lente érosion du prix du foncier viticole – 1,6% en 1 an 19 000 euros/ha.

-         Costières de Nîmes – 7,5% en 2008 ;

-         Cotes du Rhône : stagnation du prix à l’ha historiquement bas 18 000 euros/ha ;

-         Coteaux du Languedoc : niveau de valorisation faible 13 000 euros/ha point le plus bas depuis 5 ans.

 

Hérault : léger repli en 2008 13 600 euros/ha vignoble le plus étendu du LR a mieux résisté à la crise.

-         Pic St Loup et la Méjanelle : maintien du prix à un niveau relativement élevé autour de 35 000 euros/ha ;

-         Picpoul de Pinet : même constat entre 18 et 20 000 euros/ha ;

-         Muscat de Frontignan, de Mireval, de Lunel, de St Jean du Minervois : prix stabilisés autour de 20 000 euros/ha ;

-         St Chinian 12 000 euros/ha, Faugères 14 000 euros/ha, Minervois 10 000 euros/ha stagnation et niveau faible.

 

Pyrénées-Orientales : pour les V de P prix très faibles entre 6 et 9000 euros/ha ; pour les AOC les prix progressent depuis 3 ans pour atteindre 10 000 euros/ha.

-         Cotes du Roussillon : en redressement 9400 euros/ha ;

-         Maury : engouement + 11,1% de hausse autour de 10 000 euros/ha ;

-         Banyuls Collioure : prix en hausse depuis 3 ans pour atteindre 19 000 euros/ha ;

-         Muscat de Rivesaltes : maintien du prix autour de 13 000 euros/ha.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 00:06

Après un déjeuner fort agréable au Verger des Papes, en ce début d’après-midi d’octobre l’air était tendre et la lumière fine sur le Comtat Venaissin – pour les cancres en géographie la plaine du Comtat est située entre Rhône et Durance et est cernée par le Ventoux, les Dentelles de Montmirail et les Monts du Vaucluse – et nous roulions en direction du château du Trignon. La cueillette des pommes du dimanche précédent ayant eu raison de mon dos, Jérôme me convoyait avec soin et sollicitude. Nous conversions. Avec Jérôme j’ai toujours le sentiment, lorsque nous nous rencontrons, de reprendre le fil d’une conversation que nous aurions interrompu la veille. La connexion est immédiate, naturelle, complice même, car nous nous adossons à notre histoire commune. Certes, nous avons, l’un comme l’autre, pris du recul vis-à-vis de la chose publique mais, dans nos conversations, nous continuons de confronter nos analyses. Jean Pinchon aimait à dire à propos des vins : « qu’il fallait savoir boxer dans sa catégorie... ». Pour notre part, Jérôme Quiot et moi nous boxions dans la même et, sans vouloir nous distribuer des médailles en chocolat, par le style nous nous rattachions plutôt aux puncheurs qui savent donner mais aussi encaisser.












Nous discutions du livre de Michel Quint « Les Joyeuses » à propos duquel j’avais commis une chronique : « Contre le bégaiement, un bon remède : le Gigondas ! »
http://www.berthomeau.com/article-34974717.html .  L’action se passe à Sablet que nous apercevions au loin. Jérôme me confiait qu’il l’avait lu pendant les vendanges. Qu’il avait bien aimé mais qu’il allait le relire dans des conditions plus paisibles. Comme l’idée d’une chronique sur le château de Trignon m’est venue au détour d’une phrase de ce livre « Alors j’ai sollicité les copains, ah tu es le petit Rico, et ton père David, comment il va, au domaine de Verquière, celui de Piaugier, de Mourchon chez Christian Bonfils, le château de Trignon à Gigondas... » je goûte tout le suc de ces fils noués par la grâce de mon petit espace de liberté. Alors que le magnifique village de Séguret, perché et fiché à flanc de colline, s'offre à nos yeux, Jérôme évoque la journée du livre de Sablet en juillet où il aime se rendre. Je note la date sur mes tablettes.

Nous y sommes. Le lieu est bucolique, le chien couché de tout son long, une maison de charme, rien d’apprêté, c’est le charme discret de la bourgeoisie terrienne. Nous nous installons sous les charmilles face à un splendide et reposant paysage, quasiment indemne de toute construction visible, je tombe sous le charme. Jérôme s’inquiète de mon dos. Je le rassure : ce que mes yeux découvrent se révèle un puissant analgésique. Alors Jérôme me parle de l’acquisition en 2006, auprès de la famille Roux, du Château de Trignon qui rassemblait plusieurs appellations : Gigondas, Sablet, Côtes-du-rhône et Muscat Beaumes de Venise. Ce fut tout d’abord, me confie-t-il, une simple recherche de diversification de la gamme des appellations de la famille Quiot qui, par la grâce et le charme des dentelles de Montmirail que l’on peut contempler tout à loisir depuis le lieu où nous sommes assis, se transformera en un véritable coup de foudre. Les petits matins d’été de Trignon sont emplis d’un charme dont seul Jérôme pourra vous confier toute la quintessence. Cette demeure recèle des ondes positives, c’est un lieu d’écriture. Pourquoi pas me dis-je !

J’entends déjà certains ricaner « ouais, ouais, c’est bien joli tout ça, ce bla bla bla de carte postale mon cher Berthomeau, mais ton boulot c’est de nous faire saliver sur les nectars du Château de Trignon... » Certes, chers lecteurs, mais de grâce ne méprisez pas le plaisir de la conversation. Le Bien Vivre, si cher aux meilleurs d’entre nous, ne se résume pas à des notes de dégustation. Comme diraient les fils de pub à mon propos « ça n’est pas écrit Bettane&Desseauve sur le fronton de ma petite maison d’écriture » Mais rassurez-vous, face aux splendeurs des dentelles de Montmirail, Jérôme et moi nous dégustions des vins de la propriété : un Sablet Rouge 2005 et une Marsanne 2008. Pas une dégustation de long nez et de bec fin une consommation d'honnêtes hommes conversant sous les charmilles  qui réjouit le cœur, raffermit les liens et aère les neurones. Comme la famille Quiot est une maison de confiance alors vous pouvez aller acquérir au charmant petit caveau du château de Trignon de beaux flacons. Depuis son acquisition la famille Quiot a rajouté 10 hectares de Vacqueyras à la pelotte du château de Trignon. Nous visitons les installations d’une méticulosité suisse. Je salue Jean-Baptiste Quiot en plein travail. Souvenir de la soirée truffes où je m’étais aspergé de Châteauneuf rouge et où l’une de ses chemises me sauva la mise. Voilà une bien belle maison : un vignoble d’exception, celui de Gigondas qui s’émancipe de l’ombre portée de Châteauneuf, un patchwork d’appellations communales, des Côtes du Rhône qui permettent de décliner des cépages blancs : Roussane, Marsanne et Viognier, des équipements impeccables, un corps de bâtiments plein de charme.

À tous ceux qui ne pensent le destin du vigneron français qu’au travers d’un artisanat de timbre poste, que j’aime et je défens aussi car il recèle bien des valeurs d’authenticité,  loin de moi de leur opposer la saga de Geneviève et de Jérôme Quiot qui n’a pas été, loin s’en faut, qu’un long fleuve tranquille. Du travail, de la ténacité, des soucis aussi, un engagement national pendant tout un temps avec son lot de grandeur et de petitesses qui vous tannent le cuir, du temps passé par Jérôme à sillonner le monde, un projet qui dérangeait le ronron de beaucoup de ses collègues. Dans notre beau et vieux pays où la réussite ne bénéficie pas d’une réelle cote d’amour, le jour où nous voudrons bien, par delà nos différences, nos oppositions réelles ou supposées, privilégier ce qui nous uni en laissant de côté pour un temps ce qui nous sépare, nous effectueront le premier pas qui nous sortira de notre immobilisme mortifère. Quand nous avons créé « Sans Interdit » avec Jérôme Quiot et d'autres tel était notre objectif premier. Il reste toujours d’actualité. Reste plus qu’à profiter du temps des froidures pour nous retrouver afin de remettre l’ouvrage sur le métier. Un grand bonjour à notre Jean-Louis du Luberon qui est lui aussi de cette aventure...
 

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 00:00

Tout le monde depuis son accession à l’Elysée se gargarise de l’omniprésence de notre Président mais en cela, d’une manière directe, sans prendre de gant, il ne fait que pousser dans sa logique première la logique présidentielle de la Ve République voulue par de Gaulle : le Parlement c’est l’honni régime des partis de la défunte IVe. Dans son bouquin, Le Mal Français, Alain Peyrefitte, relate un entretien avec Pompidou, où celui-ci lui confie « Société bloquée, nouvelle société... ce sont les dadas du Club Jean Moulin... La société n’existe pas, il n’y a que les individus et la France... Faire du neuf, on ne fait jamais du neuf ! Ce sont des fantasmes d’adolescents ou de romantiques ! Il n’y a jamais de pages blanches ! On doit se contenter de poursuivre une tapisserie entamée par d’autres et dont la trame nous est imposée... Le patron, c’est moi. Ce que le Général aura légué de meilleur en France c’est la prééminence du Président. Laisser le pouvoir suprême repasser la Seine, permettre que les grandes décisions qui commandent l’avenir se prennent à Matignon et non à l’Elysée, cela voudrait dire à brève échéance que l’Assemblée reprendrait le dessus. On reviendrait au régime des partis et à l’instabilité ministérielle. » On ne saurait être plus clair, les parlementaires godillots et les Ministres potiches ne datent pas d’aujourd’hui mais eu égard au poids de certains, Giscard tout particulièrement, un pacte de non-agression est conclu entre l’UDR et les RI. Dans ce paysage d’apparence pacifié l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. En ce temps-là les challengers avaient de la moelle bien plus que les apparatchiks actuels, comme la vieille haridelle de Mélenchon ou le cul pincé de Benoît Hamon, qui n’ont jamais eu le courage de se frotter en direct aux électeurs.

Pour bien s’imprégner du climat de cette période, où la Chambre introuvable issue du raz-de-marée de juin 68 ne représente pas le pays réel mais est, selon Pompidou, un ramassis « d’attitudes mesquines et partisanes, prônant une politique d’ordre moral », il faut insister sur l’omnipotence du couple PC-CGT face au pouvoir. La gauche non-communiste est en miettes et les groupuscules gauchistes ne sont que des frelons que Marcellin attise pour placer ce couple dans une situation ambiguë face à ce que tout le monde appelle encore la classe ouvrière. Pompidou le sait « Notre tâche est de faire tomber le parti communiste dans le trou chaque fois qu’il fait une gaffe. La CGT et le PC avancent lorsqu’ils sentent du mou. Il est inutile d’être aimable avec eux, cela ne sert à rien. Cela conduit à Prague. Le 29 mai 1968, le PC n’est pas allé plus loin parce qu’il savait qu’il y avait les chars devant lui. S’il avait continué, il y aurait eu quarante morts. Je vous garantis que cela se serait passé comme cela » confie-t-il à Raymond Tournoux. Les chars sur la place de la Concorde ce n’était pas, en ces années tristes 69-70, un phantasme mais une idée bien ancrée dans la classe politique non-communiste : en mai 1981 ils seront nombreux à boucler leurs valises pour fuir vers la Suisse face à l’imminence de l’arrivée des chars du Pacte de Varsovie sur cette place-clé. La droite française ne s’est jamais caractérisée par sa finesse et son intelligence stratégique, Mitterrand saura en jouer à merveille pour prendre Marchais à son propre piège.

Etrange ce Pompidou à la fois non-conformiste et conservateur au sens des britanniques,  collectionneur d’art moderne, admirateur de max Ernst, ami de beaucoup d’artistes telle Sonia Delaunay, les recevant souvent pour des dîners intimes à l’Elysée, il veut réconcilier la France avec l’art de son temps. Ainsi, dès le 15 décembre 1969, en bousculant les pesanteurs administratives, il lance l’idée d’un grand centre d’Art Contemporain et choisit le lieu de son implantation : le plateau Beaubourg en plein cœur de Paris. Cette hardiesse irrite les milieux conservateurs qui s’étonnent qu’un homme aussi attaché à la tradition veuille marquer son mandat en érigeant un temple qui devienne le berceau d’un nouveau mai 68. Giscard est de ceux-là mais il se tait laissant son éléphantesque lieutenant le prince Poniatowski étriller l’un des barons du gaullisme, l’amer Michel Debré, en l’accusant d’avoir placé la France parmi les fournisseurs de mort en livrant des avions à la Lybie et en le comparant à Bazil Zaharof, le marchand de canons du début du siècle.  Mais tout cela n’est que clapotis face au bordel qui règne dans beaucoup de secteurs du pays. Le Président s’en irrite, il trouve que son Premier Ministre fait preuve de laxisme. En effet, l’Université reste un cloaque, le campus de Nanterre est placé sous la protection de la police, de graves incidents ont lieu à la Faculté de Droit d’Assas où le bilan est lourd : 60 policiers, autant de manifestants blessés et des dégâts matériels importants. Longuet et Madelin cassent du gaucho. Début mars 70, à la veille du congrès de la FNSEA, Hexagone l’émission de FH de Virieu brosse un tableau réaliste de l’évolution du monde paysan, « Adieu coquelicots » choque profondément les dirigeants agricoles de la FNSEA bien moins inféodés au régime que leurs successeurs. Au Parc des Princes, Gérard Nicoud, le nouveau Poujade du CID-Unati demande à tous les travailleurs indépendants de faire la grève de l’impôt et de retirer leurs fonds déposés dans les banques nationalisées. Le 7 avril dans un entretien avec Pierre Desgraupes Chaban monte sur ses grands chevaux, d’un mot percutant il résume sa contre-attaque « il est nécessaire que les casseurs soient les payeurs... »        

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