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3 mai 2006 3 03 /05 /mai /2006 08:36

Par ces temps de cuves pleines, d'excédents, certains pensent et déclarent qu'il eut suffit, pour ne pas en être réduit à une destruction massive du produit, de faire beaucoup de promotion et de jeter sur les routes ou d'embarquer dans des avions une armada de vendeurs pour vendre ce vin à toutes ces bouches qui viennent tout juste d'y goûter. Vision du marché à l'image de notre parcellisation : nous ne manquons pas de vendeurs de vins nous souffrons cruellement d'un manque de vins vendeurs.

Traduit en cols notre excédent se situe dans les 500 millions de cols, une paille donc, l'épaisseur du trait, une pécadille qui n'est pas le résultat d'une quelconque fatalité. Je m'explique. Pour en arriver là nous avons produit du raisin en "contrôlant" les rendements, vendangé ce raisin, vinifié ce raisin, enrichit le moût avec du sucre ou des moûts concentrés, agréé ce vin, stocké ce vin... Le metteurs en marché pour se donner un peu d'air ont du "vendre" moins cher que moins cher une partie de ces vins et participé à l'effet dominos sur les prix. Au bout du bout ces vins vont être distillé avec des aides de l'Union, de la France et même des producteurs eux-mêmes qui vont s'endetter pour détruire. L'alcool de carburation s'écoulait à 40 euros/hl en 2005. Avec la hausse du baril de pétrole on peut espérer un peu mieux.

Mais, m'objectera-t-on, c'est la faute aux autres (les barbares du Nouveau-Monde et les vieux ennemis de l'intérieur) si nous en sommes réduits à de telles extrémités. Amnésie collective et refus de choisir une politique générant un flux de vins vendeurs nous ont conduit à cette situation. Si l'on veut bien revenir au cep de vigne qui produit du raisin est-ce commettre un "crime" contre le vin que d'imaginer qu'une partie de ce raisin puisse être distrait de la vinification pour produire des moûts concentrés destinés à l'enrichissement de tous nos vins (plus de sucre de betteraves) ou des jus de raisin (bien sûr sur des parcelles identifiées afin de jouer la carte du rendement optimal) ; suite à ce premier tri est-il tout aussi économiquement incorrect de souhaiter qu'en dehors des vins prévendus ou presque, la vinification des grands volumes soient pilotés par ceux qui vont les vendre ?

Se contenter d'arracher des vignes et de distiller faute de mieux ne nous mettra pas en situation de reprendre les parts de marché perdues faute de pouvoir proposer des vins vendeurs. C'est quoi un vin vendeur ? C'est un vin qui conquiert le droit de figurer sur un linéaire, qui par ses qualités propres et, pas seulement ses apparences, plaît à un consommateur qui y revient, qui le retrouve et ainsi se fidélise. C'est désespéremment basique, mais ça fait des millions de cols qui génèrent des petits sous qui permettent de mettre en avant le produit et de gagner des parts de marché et de lancer nos vendeurs à l'assaut des marchés émergents. Bon quand est-ce qu'on s'y colle ? Moi je suis partant pour l'aventure... 

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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 09:46

C'est le retour du cheval de labour, Olivier Pichaud et "Joyeux" son cheval font la une des journaux. Pour moi ça tombe bien car j'avais en magasin une petite chronique où se mêlent un peu de ma vie et l'actualité. Ceux qui me lisent régulièrement savent que de 1988 à 92, au cabinet du Ministre, je suivais le dossier du cheval dans tous ses états. Pas très évident de convaincre un Ministre de l'Agriculture de se préoccuper de ce secteur d'activités sauf que, les Courses via le PMU alimentaient le Fonds d'adduction d'eau des communes rurales, les Haras Nationaux, et que l'élevage du pur-sang et du trotteur pèse assez lourd dans certains départements.  

Bref, je convainc H.Nallet de se rendre au petit matin à Chantilly : la piste des aigles, le roulement sourd des chevaux au galop, les naseaux fumants, le jour qui se lève au-dessus des bosquets, la fine fleur de la Société d'encouragement, des entraîneurs et des propriétaires... Seul problème : le speetch du Ministre à ce petit monde très huppé, le nègre que j'étais, pour faire l'intéressant, en chute des propos ministériel, lui fait proposer la création d'une Journée Nationale du Cheval dans le sillage Languien des Journées de la Musique, Patrimoine... Applaudissements... Moi, naïvement, je pense que sitôt dit, sitôt oublié. Faux, je dus m'y coller, fonder une association, en être le Président et organiser cette foutue journée. J'y reviendrai dans un blog car ce fut une expérience extraordinaire dans la mesure où le monde du cheval en France est à l'image de celui du vin, parcellisé et plein de présidents.

Bref toujours, le point fort de cette 1ere Journée du Cheval, septembre 1990, ce fut une grande Fête aux Tuileries avec le plus grand paddock de France : toutes les races, toutes les activités et ce fut un triomphe populaire : 150 000 personnes sur le week-end sans grande publicité. A ma grande surprise, même si le quadrille des lanciers de la Garde Républicaine fut très prisé, et le laché des petits chevaux camarguais un must, ce qui passionna le plus le public ce fut le débardage du bois par les chevaux lourds : Boulonnais, Percheron et autres.

Alors quand j'ai lu l'interview de Gérard Gauby dans The Ecologist de mars " Nous utilisons des chevaux pour le labour. Un salarié à temps plein prend soin des animaux et les utilise pour labourer le sol et ôter les mauvaises herbes. On pourrait certes les éliminer avec un herbicide, mais cela détruit le sol. On pourrait aussi utiliser un tracteur qui n'exige qu'un seul passage.Avec un cheval, il faut cinq passages. Il faut quatre heures pour labourer un hectare, soit dix fois plus de temps que le tracteur. Mais l'avantage du cheval est que l'on risque moins de renverser des pieds de vigne et le sol ne se tasse pas comme au passage du tracteur. En effet, quand le sol devient compact, les racines ne respirent plus et la vigne ne peut plus se nourrir. Elle s'affaiblit et devient alors vulnérable aux maladies et aux insectes." je me suis dit que c'était là un beau sujet à mettre sur la belle table de nos grands vins.

C'est un sujet qui fâche. Pour autant je pense qu'il faut le traiter hors les chapelles et les anamathèmes, dans une optique de création de valeur : environnement, paysage, tourisme, emploi, captation de fonds européens... ne pas opposer des modèles irréductibles mais additionner nos forces... Comme je l'écrivais dans l'un de mes premiers blogs dans la rubrique " Décavaillonneuse " avec pépé Louis et Nénette la jument nous étions des protecteurs de l'environnement sans le savoir mais notre temps valait zéro, lui était Vieux moi je rêvais d'un avenir où je mènerais le monde en n'oubliant jamais le chant des oiseaux nichés dans les impénétrables buissons de mon bocage vendéen... 

 

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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 09:27

5ième épisode : en France pour avoir son nom sur une plaque de rue il vaut mieux avoir chanté tiens t'auras du boudin plutôt que d'être un fils de marchand de vins devenu mathématicien

En 1997, les américains Robert Merton et Myron Scholes se sont vus décerner le prix Nobel d'économie pour des travaux dont Louis Bachelier est l'initiateur. L'hommage de R.Merton à Bachelier est éclatant : " On peut trouver une grande partie des mathématiques financières modernes dans la thèse de Louis Bachelier sur la théorie de la spéculation parue en 1900... Ce travail marque à la fois la naissance des mathématiques en temps continu des processus stochastiques et celle de l'économie en temps continu de l'évaluation des actifs dérivés..." Nous les béotiens on veut bien le croire même si on n'entrave que dalle au vocabulaire.

Voilà une belle consécration, pour ce marginal de l'Université française, à la veille de la fin d'un siècle qu'il avait inauguré dans l'indifférence condescendante de ses pairs. Et pourtant aux dires des scientifiques d'aujourd'hui ce cher homme avait élaboré une théorie mathématique du mouvement brownien cinq années avant le grand et génial Albert Einstein ; que dans les années 30 les probabilistes russes, dont le grand mathématicien Andrei Kolmogorov, avaient utilisé ses travaux. Pour qu'il sorte définitivement de l'ombre il a fallu qu'il soit redécouvert, dans les années 60, par les économistes américains notamment Paul Samuelson prix Nobel d'économie en 1970. Notre anonyme Bachelier devint une référence sur les campus US et chez les agités de Wall Street.

A ce jour, notre fils de marchand de vins, hormis sa Légion d'Honneur, mais qui ne l'a pas, n'a eut droit ni à une plaque de rue, d'impasse ou de placette, ni même à une plaque commémorative au Havre ou ailleurs, aucune Université ou Grande Ecole n'a envisagé d'accoler son nom à un amphi ou à leur bibliothèque, c'est chez nous un zombie. Moi qui, grâce à mon vélo, connait Paris comme ma poche, je me dis qu'il vaut mieux avoir participé à l'aventure coloniale pour se voir honoré de la sorte : les capitaine Marchal, Ferber et Tarron, le lieutenant Chaurré, l'adjudant Réau, qui forment le plus fort taux de coloniaux au mètre carré dans le 20ième arrondissement de notre capitale, en sont la preuve. Alors, pour réparer l'oubli - nous sommes un grand pays réparateur d'oubli - je propose aux bien lotis du CAC 40 de se cotiser pour financer une médaille commémorative en l'honneur de Louis Bachelier. Les Français aiment tant les médailles et les commémorations...

FIN

Il ne vous est pas interdit de me transmettre vos appréciations sur ce petit feuilleton. Si vous êtes timides vous pouvez le faire en direct sur ma messagerie jberthomeau@hotmail.com

  

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27 avril 2006 4 27 /04 /avril /2006 09:34

Nos assemblées, nos réunions, la majorité des intervenants de notre secteur du vin sont des individus de sexe masculin, très senior - les moins vieux semblent déjà programmé pour des trajectoires parallèles à celles de leurs aînés - des gens qui passent beaucoup de temps hors de chez eux, une population qui petit à petit se détache des réalités de la vie quotidienne. Et, alors que je lisais un roman policier de la nouvelle tendance des polars, je suis tombé sur un paragraphe qui m'a fait sourire et donné l'envie d'écrire cette chronique.

" Je suis sorti du café à l'heure exacte où le Monoprix en bas de chez moi ouvre ses portes. Faire les courses c'est une corvée. Alors, je me les cogne à l'ergonomie, je construis mes itinéraires pour vaquer simple, je peste après ceux qui n'ont pas la même moyenne, faut que ça roule, qu'il n'y ait pas d'accrocs, pas de fâcheux qui bloquent, pas de rêveurs qui lambinent, oublient de peser leurs légumes, ou s'aperçoivent qu'ils ont gommé mentalement leur code de carte bleue... La vitesse, l'efficacité." Jean-Bernard Pouy Le rouge et le vert Gallimard série noire

Cépa lémec kifon lécourse en règle générale et c'est dommage car pousser le chariot dans l'hyper ou tirer le caddie au marché ou faire le tour des petits commerces avec son panier ça permet de vraiment sentir comment évolue la consommation. Sans me désolidariser de mon sexe de rattachement, nul n'est pas parfait, j'ai toujours fait les courses. Je n'en tire aucune gloire mais comme j'estime que la bonne compréhension de l'économie générale passe par la maîtrise des fondamentaux de l'économie ménagère. C'était et c'est encore pour moi une forme de travaux pratiques.

En faisant les courses on peut sentir les évolutions, anticiper les tendances : par exemple les premières tomates branchées, les fameuses tomates grappe vendues plus cher, étaient des tomates provenant de Sicile, goûteuses et exquises, elles marquaient le début d'une politique marketing. Même chose pour le rayon des huiles alimentaires : à l'arachide de grand-mère s'est substitué Fruit d'Or qui a couvert nos champs du Sud-Ouest de Tournesol et puis vint l'huile d'olive avec Puget qui a conquis les consommateurs du nord de la Loire. On peut multiplier les exemples. Le rayon vins est le plus conservateur, le plus illisible, il semble figé pour les siècles des siècles.

Et puis on voit les prix. Et puis on voit les gens. Et puis on jauge la qualité et son rapport avec le prix. Et puis on suit l'évolution de son budget alimentaire. Et puis, si on aime faire la cuisine comme moi, désolé je suis un renégat à la cause masculine, on sait que les bons achats sont la base de tout. Je m'arrête car je sais que j'agace et monsieur Courau va dire que je pars dans tous les sens, et oui la vie ce n'est pas blanc ou noir, c'est plein de contradictions entre le comportement du consommateur et celui du producteur toujours prompt à réclamer le patriotisme à l'acheteur mais qui lui-même ne se préoccupe guère de l'origine de ce que son épouse ramène à la maison.

Bonnes courses les mecs !

   

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 18:42

" La distillation obligatoire fut étendue à de nombreux petits producteurs au même titre qu'aux gros producteurs ; le droit de planter de nouvelles vignes fut strictement limité ; et des indemnités furent promises aux producteurs qui arracheraient leurs vignes pour se livrer à d'autres cultures. Un organisme nommé Institut des Vins de Consommation Courante (IVCC), placé sous le contrôle des viticulteurs, fut institué en vue de surveiller le fonctionnement du nouveau système. Il reçut des demandes d'indemnités de la part de quelque 90 000 viticulteurs, qui arrachèrent 100 000 ha de vignoble, soit 7% du vignoble national. Le programme d'arrachage fut arrêté en 1957 après deux années de mauvaises récoltes. En 1962 une récolte pléthorique engendra un nouveau surplus et démontra que la réduction de la surface cultivée ne suffisait pas à résoudre le problème chronique du vin " in Gordon Wright La Révolution rurale en France.

Les temps difficiles sont le terreau du basisme, les démagogues ruraux, en 1953 Henri Dorgères, l'apôtre en chemise verte de l'avant-guerre, en dépit de son passage dans les geôles de la République pour fait de collaboration, tentait un come-back. Mais, comme toujours, un rival plus jeune et plus flamboyant se mettait en quête de l'appui de la base paysanne : Pierre Poujade, le papetier de StCéré, qui lui ôtait sa chemise au beau milieu de ses discours gesticulatoires.

En 2006, des petits nouveaux montent sur le tonneau,  des qui s'autoproclament porte-parole de la base, les coordinations, jouant sur la désaffection de celle-ci pour sa représentation officielle, des qui débitent au mètre linéaire des propositions pour sortir de la crise, qui sont autant d'absurdités, de mauvais coups portés au produit et à l'image des vignerons, de la démagogie pur jus qui tétanise et bloque plus encore la mise en oeuvre des solutions concrètes pour sortir de la crise.

Que faire ? Agir ! Vite ! Les démagogues insultent l'avenir, le destin des Poujade, Nicoud et consorts est là pour le rappeler...

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25 avril 2006 2 25 /04 /avril /2006 09:11

" Entraînée, contre ses inclinaisons, dans le tourbillon de l'économie mondiale, la France n'en finit pas de désespérer ses dirigeants actuels. Ils la dessinent moderne, dynamique, agressive, totalement plongée dans cette nouvelle compétition où les premiers sont ceux qui vendent le plus.

Hélas, le français n'est pas commerçant, il n'est que producteur : depuis longtemps, entre l'Economie et la France s'est installé un grand malentendu.

Dès le carolingien et le capétien, l'espace français est d'abord celui d'un Etat : aussi, tout est en place aux premiers frémissements de la modernité économique pour que la France manque l'économie. Car il faut répéter que la nature de la verticalité étatique s'oppose fondamentalement à une fluence économique qu'elle s'emploie, vaille que vaille, à canaliser, à baliser, à circonscrire.

Certes le pays se révèle d'emblée grand lieu de production. Campée sur un sol fertile tramé d'innombrables villages (le concept de base de la réalité française) parvenus rapidement à l'auto-consommation, la France est une matrice féconde. Prodigalité laborieuse liée à la pression constante d'un pouvoir, à nourrir dans tous les sens du terme."

Extrait de la revue Dérèglements de Comptes 8ème partie 1990 Jean-Michel Alberola et Michel Henochsberg (le texte intégral peut vous être transmis à la demande).

La France qui s'est découvert " une vocation exportatrice agricole " à la faveur des excédents communautaires de céréales n'a jamais généré en son sein une grande entreprise de trading de grains, celles-ci sont basées de l'autre côté de l'Atlantique : Cargill, Continental, Bunge et Louis Dreyfuss... et alors que l'essentiel de son excédent agricole (80%) provenait des vins et spiritueux, le secteur même s'il met en avant des équivalents Airbus pour situer le niveau de sa performance, se comporte en grand pays producteur insoucieux des grands flux qui ont redonné au vin un grand marché de consommation de masse. 

 

Sur notre territoire nous avons pu observer le sort réservé aux merciers et aux épiciers : balayés par la GD ou regénérés par la proximité, les services et les produits de valeur... Alors quand cesserons-nous de nous mettre la tête dans le sac, d'opposer bêtement le village gaulois au village mondial, dans le domaine du vin avec notre grand vignoble généraliste, notre antériorité, le savoir-faire de nos vignerons, nous pouvons tout produire à condition d'accepter d'aller affronter le grand large sur les embarcations les plus performantes avec des produits conformes aux attentes des nouveaux consommateurs....  

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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 09:44

Le soleil enfin ! Ce vendredi le "Parisien" titre : la riposte du vin français et consacre deux pages au sujet. Dans le TGV je devise avec Jean-Paul Kauffmann qui se rend au grand concours des vins de Macon. Heureux de sortir, d'aller à la rencontre de vignerons, ils m'attendent devant le caveau restaurant du cru Moulin à Vent au bord de la RN 6. Guy Jacquemont prend des nouvelles de Bachelier, l'accueil est simple et le repas chaleureux, mes hôtes sont inquiets de l'évolution du marché et moi je me sens investi d'une responsablité qui dépasse grandement mes possibilités d'agir.

Le Moulin à Vent, une appellation judiciaire : jugement de Mâcon du 17 avril 1924, le cru le plus ancien du Beaujolais, à cheval sur deux départements, et par la grâce des découpages administratifs sur deux régions, sis sur les communes de Romanèche-Thorins et de Chénas, cette dernière donnant son nom à un cru, tout le charme, la complexité disent certains, de nos AOC. Sous le ciel lumineux, entre les ceps, j'écoute : la densité, la taille en gobelet, la vinification à partir de raisins entiers, il n' y a ni foulage, ni égrappage et pas d'utilisation de la machine à vendanger. Beaucoup d'heures de travail, les évolutions possibles, le vigneron qui me fait visiter sa cave et goûter son vin fait parti de ces hommes que j'aime rencontrer, réservé et attentif, en plus son Moulin à Vent est du velours. A la cave coopérative de Chénas, une visite, un délicieux petit speecht de l'ancien président, je sens de l'angoisse, une volonté de s'unir mais aussi une forme d'impuissance.

Dans la salle de la mairie de Romanèche-Thorins, l'heure de l'AG du syndicat du cru, un bref débat sur les futurs rendements, je me dis qu'il va me falloir être à la hauteur des attentes de la petite centaine de vignerons, le conseiller-général et le député sont au premier rang. Le président me présente, c'est à mon tour. Je parle, trop longtemps sans doute. La salle est attentive. Quelques questions et c'est le moment que je préfère : pouvoir aller vers les uns et les autres, converser. On m'intronise dans la confrérie des Chevaliers de la Tassée. 

Merci au conseil d'administration du cru Moulin à Vent et à son président de m'avoir offert ce contact privilégié, ça m'a ressourcé et ça m'a renforcé dans mes convictions profondes : s'adresser à l'intelligence des hommes pour leur donner force et capacité de faire " que l'avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire " comme l'écrivait Bergson... 

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21 avril 2006 5 21 /04 /avril /2006 14:36

4ième épisode : une bien triste vie pour notre fils de marchand de vin

Après cette fin de non recevoir polie mais sans recours, Louis Bachelier va passer les vingt-sept années suivantes à batailler pour être reconnu et obtenir, le 1er octobre 1927, un poste de professeur de 4ième classe - en France on aime les classes, les échelons, les grades... - titulaire de la chaire de calcul différentiel et intégral à la Faculté des sciences de Besançon ; il a 57 ans. Jusqu'à la guerre il vivote on ne sait trop comment, une bourse de la fondation Commercy, et de 1909 à 1914 il doit se contenter de professer un cours libre, c'est-à-dire non rémunéré, à la Faculté des Sciences de Paris. La galère dirait nos jeunes angoissés de l'avenir.

Le 9 septembre 1914, à 44 ans, il est mobilisé au 24ième Territorial du Havre comme soldat de 2ième classe et démobilisé le 31 décembre 1918 sous-lieutenant au 6ième escadron du Train. Quatre années de sa vie pour une "belle guerre" qui lui vaudra les seules protections de sa triste vie. Pour preuve il arrive à décrocher le premier poste digne de lui, en remplacement du titulaire malade, comme chargé de cours à la faculté des Sciences de Besançon, contre l'avis de ses pairs, grâce au piston d'un haut fonctionnaire du cabinet du directeur de l'enseignement supérieur, au nom de ses services rendus au pays pendant la guerre. Ensuite il navigue en France : Dijon en 1922, Rennes 1925, pour revenir enfin à Besançon définitivement.

Le 14 septembre 1920, Louis épouse Augustine Maillot qui mourra sans leur donner d'enfant en 1921. Triste vie : familiale, longue litanie de morts brutales; professionnelle comme nous l'avons vu ; il sera admis à la retraite le 1er octobre 1937, rejoindra sa soeur Clotilde à St Malo où la guerre encore, la seconde, le chassera. Le malheur toujours ! Réfugié à St Servan s/Mer où il finira sa bien triste vie le 28 avril 1946 à l'hôpital du Rosais. On l'enterrera à Sanvic, près du Havre, avec ses parents et ses petits frères, Jean et Henri (1881-1885).

" Louis Bachelier, professeur de sciences, chercheur, chevalier de la Légion d'Honneur " indique sa stèle funéraire.

Ce ruban rouge, seule distinction honorifique qu'il ait obtenu de son vivant, le 8 mars 1937, et encore il lui a fallu de nombreuses tentatives et des interventions auprès de nombreux hommes politiques. Par bonheur, si je puis m'exprimer ainsi à propos d'un malheureux, sa thèse parut dans une revue de premier plan et ne fut pas perdue pour l'histoire. Louis Bachelier, chercheur, allait entrer dans la postérité posthume bien loin de cette France universitaire qui l'avait ignoré...

A suivre... Aujourd'hui je suis dans le Beaujolais à l'invitation du cru Moulin à Vent pour son AG ça va me changer de mon écran et du macadam de Paris. Alors si ça donne des idées à certains je suis toujours partant pour me glisser dans les plis de notre France du vin...

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20 avril 2006 4 20 /04 /avril /2006 10:29

Peter Mayle, publicitaire londonien, réfugié à Ménerbes, qui dans un best-seller "Une année en Provence, entre autre, a popularisé dans le monde entier, bien avant le polonais des nonistes, le plombier provençal et a fait déferler des hordes de japonaises à l'auberge de la Loube à Buoux, vient de commettre un "Dictionnaire amoureux de la Provence" chez Plon et je ne résiste pas au plaisir de citer cet anglais made in Luberon.

Sous la rubrique : VIN " (Avant d'aller plus loin, je dois préciser ce que j'entends par "vins de Provence" car, de façon typiquement française, la définition officielle n'est pas totalement claire. Pour moi, les authentiques vins de Provence sont ceux qui viennent des départements du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône et des Alpes-de-Haute-Provence. Pourtant, en raison de quelque byzantine contorsion bureaucratique, ils ne bénéficient pas de l'appellation Côtes de Provence. Ils peuvent s'appeler Côtes-du-Lubéron, Côteaux d'Aix, Côtes-du-Ventoux - toutes ces appellations, et bien d'autres, leur sont autorisées, mais pas celle de Côtes-de-Provence. Cette distinction est réservée aux vins du Var et de certaines parties des Alpes Maritimes. Ces deux départements, si ravissants qu'ils puissent être, ne font pas, à strictement parler, partie de la Provence. J'imagine que, si l'on arrivait à trouver le bureaucrate approprié, il aurait une explication logique à cette anomalie, mais à moi cela paraît farfelu, et c'est la source de pas mal d'irritation chez quelques-uns de mes voisins viticulteurs.)"

A vos plumes inaoistes cultivés, vous n'allez pas laisser ce perfide anglais affirmer que vos classifications sont farfelues, relevez le gant, au besoin faites appel aux cnaoistes gardiens des tables de la loi ou à un exprésident de l'Institut qui s'ennuie sur ses terres normandes, j'attends avec impatience vos rapports sinon je vais me mettre à rêver de nos belles provinces de France : la Provence, le Languedoc, le Roussillon, la Guyenne et la Gascogne, la Champagne, la Bourgogne... et me dire que vins de... juste au-dessous de nos merveilleuses et belles AOC, si nombreuses, si diverses, ça serait peut-être pas si mal avec encore au-dessous un hexagone : la France. En langage de juriste de droit romain : AOC, AOS et vin de France et nous voilà bien bordé pour les voyages vers les contrées lointaines qui aiment tant la France et ses vins mais qui lisent Peter Mayle et ne sont pas loin de penser comme lui...

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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 09:15

Hier, j'ai gravi avec humilité la montagne Ste Geneviève. Rassurez-vous, en dépit du renouveau des chemins de croix, ce n'était pas un Golgotha après l'heure. Tout au contraire, juché sur mon grand destrier noir, je contournais le Panthéon pour me rendre 2 rue de l'Ecole Polytechnique afin d'y déjeuner au bistrot "Les Pipos"; un troquet qui serait bien tropti pour accueillir en congrès nos joueurs de pipos mais qu'a une grande et belle ardoise de vins.

C'est le nouveau-né de Catherine, le 2005, son premier, que je suis allé découvrir sur les hauteurs de Lutèce. Pour les ex de Cap 2010 Catherine c'est Catherine Bernard qui, au temps où ils pensaient à compte d'auteur, pigeait, pas du vin alors, mais de la copie pour Libé et la Tribune. Moi, sitôt mon rapport de 2001 pondu, elle m'avait cuisiné des heures à la terrasse d'un café de la place de la Comédie. Précise, rigoureuse, accrocheuse et rieuse aussi, une pro comme on aimerait bien en croiser plus souvent. Avec ses papiers elle donnait des boutons à la conseillère du Ministre, vraiment une drôle de paroisienne Catherine qui pointait souvent sa plume là où ça dérangeait.

Bref, elle a bien tourné notre Catherine puisque la voilà aujourd'hui vigneronne à Castelnau-le-Lez dans l'Hérault. Elle a remis son sarrau, la théorie et la pratique, et c'est la bouteille de son premier vin qu'on posait sur la nappe à carreaux rouge et blanc. Du côté habillage c'est à son image, sans fanfreluches, une étiquette qui annonce sa bannière : COTEAUX DU LANGUEDOC avec en-dessous Appellation Coteaux du Languedoc Contrôlé et encore au-dessous, en discret, Catherine Bernard.  

J'suis un peu ému, trouver mes mots. Pas de cinéma, je goûte ! Bon faut que je me lance : j'aime ! j'aime beaucoup ! un vin rieur, d'un grand rire franc, qui vous donne plaisir, il a un petit air de chez nous Catherine, la patte de la vigeronne, de la belle ouvrage, fine et aérienne, la touche de légèreté qui vous réanime la tête. Désolé les puristes, j'ai pas le vocabulaire ad hoc, jsui qu'un faiseur de rapport qu'aime le vin, le bon. Bravo et chapeau Catherine la vigneronne, on te pardonne d'avoir abandonné ta plume pour la pipette, passer des mots aux actes : un difficile mais beau chemin.

J'suis pas le seul à aimer, les clients sont sur la même longueur d'ondes me dit la serveuse. Moi je repars avec ma bouteille rebouchée sous le bras afin d'éviter un contrôle positif par les uniformes forts nombreux en ces temps dans le périmètre de la Sorbonne. Le plus grand plaisir c'est de faire durer le plaisir. En descendant vers la Seine, sous le charme du nectar de Catherine, je faisais un rêve fou : Perrico, soudain saisi par l'humilité, en salopette Adolphe Laffont flambant neuve, frappait à la porte de la cave de Catherine, afin d'apprendre à faire le vin. Quelques joueurs de pipos en costume l'accompagnaient...   

 

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