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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 10:00

Si vous ne le saviez pas je fais mon « coming out » comme dit un gars qui prend ma vessie pour une lanterne, je suis cinéphile. J’suis allé me faire une toile voir « Les Glaneurs et la Glaneuse » un documentaire d’Agnès Varda.


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Ça m’a donné des idées : je glane !


Je glane ce qui me permet de glander. Je glane dans le champ fécond du Jacques Dupont. Putain, si vous me permettez l’expression, avec son compère Bompas, il tient la forme le bougre, une pêche d’enfer !


Donc je vous retwitte du Dupont pur jus sans sucre ajouté.


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« Stéphane Derenoncourt est consultant, célèbre consultant. De la Californie au Liban en passant par Bordeaux, bien sûr. C'est quoi, un consultant ? Quelqu'un qu'on consulte et qui doit donner la réponse. Cela oblige parfois à faire travailler son imagination et à posséder un certain sens de la diplomatie et la maîtrise de son langage. »


« Stéphane, que nous connaissons bien, a tendance parfois à oublier le nuancier rhétorique obligatoire au profit du parler-vrai. C'est notamment ce qu'il a fait quelques jours avant la fameuse Semaine des primeurs en annonçant que chez l'un de ses clients, le château Malescasse, en Haut-Médoc, il n'y aurait pas de 2013 faute de qualité. »


« Par sa faute, voilà tous les animaux malades de la peste et le millésime 2013 voué aux gémonies par l'ensemble des dégustateurs planétaires. Si la Chine se rendort et si l'Amérique reste at sweet home, c'est la faute de Malescasse. Un nom prédestiné... Du calme : après tout, ce n'est pas le seul domaine à ne pas présenter de 2013. Partout où l'on passe, des producteurs préfèrent s'abstenir... Et La Lagune qui, le 19 mars, s'est fendue d'un communiqué annonçant qu'il n'y aurait pas de vente primeur du 2013... D'autant que dans le petit monde de Don Cabillot (contraction tricheuse de cabernet et merlot), tout le monde sait que Malescasse possède des stocks à rendre fertile le Sahara (ou presque).


Ne fait-on pas régler à Derenoncourt d'autres additions, de celles qui traînent dans les placards ? Ne serait-il pas en train de payer certaines de ses déclarations intempestives en forme de costard sur mesure dans Vino Business, le Closer mâtiné Détective vitivinicole d'Isabelle Saporta ? »


L’intégrale de l’œuvre ICI : link 

 

Vous connaissez Gaby ?

 

Moi oui et Jacques aussi…link

 

 

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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 00:09

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Qui de vous a taillé la vigne ? Je n’ai pas écrit manié un sécateur car ce petit instrument révolutionnaire sert aussi aux arboriculteurs et aux jardiniers du dimanche.


Souvenir de mon premier rang dans la vigne de l’école d’agriculture ND de la forêt à la Mothe-Achard, Alcide Robert, le vigneron maître de chai m’expliquant ce que je devais faire en joignant le geste à la parole. Je n’avais que 10 ans, les mains blanches et tendres, et pour tout vous dire l’esprit ailleurs : le petit matin, le chant des oiseaux, une envie d’un bol de cacao de mémé Marie. Pourtant, dès qu’il me confia le sécateur, bon petit soldat, avec lenteur et circonspection je me lançais dans l’opération. Le bois mort est dur, la coupe doit-être franche, très vite mes doigts et la paume de ma main droite s’échauffaient et s’abrasaient. À la fin de la matinée : belles ampoules bien dodues et un début de cal au creux de la main. Le maniement de la fourche à 3 points était moins douloureux.


J’ai donc taillé la vigne dans mon enfance, sans lendemain bien sûr mais le maniement d’un sécateur dans la vigne m’est apparu comme une opération longue et dure.


Qui donc taille ses vignes ?


Je ne sais, mais ce que je sais c’est que la possession d’un sécateur en ses vertes années, à l’image d’une Rolex, semble être devenue un marqueur indélébile de l’ancrage vigneron d’un homme au faîte de la gloire et des honneurs. Sacré Norbert, toujours en chasse d’éléments de langage capables de marquer les esprits, surtout ceux de mes chers collègues blogueurs tout frétillants d’être aussi près de lui pour recueillir et boire ses paroles. Je me régale de leur contentement d’avoir été convié aux fêtes de la Cour pour y grappiller les miettes.


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Pauvre sécateur, « dont on prête l'invention entre la Révolution Française et 1815 au Marquis Bertrand de MOLEVILLE, eut des débuts fortement contestés par les professions et les amateurs pratiquant les opérations de taille. A raison d'ailleurs, car il n'est nul besoin de nier, à la lecture des nombreux témoignages de l'époque, les meurtrissures que pouvait occasionner le cisaillement imparfait des premiers instruments sur les végétaux. »


« Au milieu du 19° siècle l'emploi du sécateur est refusé par la majorité des viticulteurs. Encore en 1887, Louis HENRY, dans ses « Eléments d'Arboriculture Fruitière » émet certaines réserves sur le sécateur qui a « l'inconvénient, si bien fait soit-il, de comprimer, d'écraser toujours un peu l'un des côtés de la coupe. Quand ou se sert du sécateur, il faut observer de tenir le croissant en dessus, afin de diminuer les risques de meurtrissure. Quelques arboriculteurs proscrivent absolument cet outil ; ils me paraissent trop exclusifs. Je ne vous défendrai le sécateur que pour tailler les prolon­gements, qu'il faut toujours couper à la serpette ».link


Alors imaginez-vous ce terrible engin entre les mains d’un bambin de 7ans ?

 

Un véritable carnage pour ses pauvres petites menottes tendres ! Exception votre honneur, il est des enfants élus, si doués, tellement au-dessus du lot, en avance sur la piétaille, que tout leur est possible. Des petits Mozart de la vigne et du vin, étoiles montant au firmament illuminant le monde des manants agenouillés et heureux d’être guidés par de tels astres.


Sacré sécateur, obscur objet du désir de puissance  qui eut tant de mal à s’imposer face à la serpette : imaginez le petit Norbert agitant au-dessus de sa tête ébouriffée une serpette ? Un très bon scénar pour film d’épouvante qui aurait propulsé l’enfant doué bien plus vite encore dans le monde des stars tel le gamin de la voiture à pédales de Shinning arpentant les longs couloirs de l’hôtel !


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J’attends, avec une certaine impatience, de voir exposer sur la Toile un cliché de ce sécateur culte, preuve indubitable de la « vigneronité » de celui l’a reçu en legs de son père.


En attendant ce grand jour je vous propose une sincérité dénuée d’artifices, celle de la néo-vigneronne Catherine Bernard qui nous dit sans fard comment elle est entrée « Dans les vignes » éditions du Rouergue.


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« C’est au cours des mois d’hiver que l’on entre en intimité avec la vigne. La taille est le premier geste de la saison et le tout premier geste vigneron  au sens où c’est une promesse de ce qui est à venir, un arbitrage entre la récolte qui se prépare et la pérennité de la souche, un geste singulier dans un ensemble d’autres gestes, un tête à tête qui devient un face à soi, et pour moi cet hiver-là, une première approche de la solitude. Jamais, avant ce mois de février, je n’avais éprouvé le sentiment de solitude. Jamais, je crois, je n’avais éprouvé un tel dénuement.


Quand je suis remontée dans la voiture, j’ai mis le chauffage et la musique à fond. C’est à ce moment-là que j’ai su que, toute la journée, des pensées avaient défilées dans ma tête, comme les nuages poussés par le vent du nord. Maintenant, elles pouvaient s’accrocher. Elles étaient claires. Je dis souvent : quand je rentre des vignes, je pense droit, comme si les vignes avaient la vertu ou le secret de me remettre la tête sur les épaules. Une nuit j’ai rêvé que j’étais un cep, enraciné dans la terre, le feuillage abandonné au gré du vent. »


Suis-je partisan lorsque j’avoue être bien plus touché par ce qu’écrit Catherine que par l’évocation devant un parterre de people de second rang, de blogueurs tout contents de côtoyer des peoples même de second rang, d’affidés, de propriétaires qui ne se sont jamais saisis de ce fameux sécateur vénéré de Norbert ?


Sans doute, et la panzer-division toujours prompte à faire mouvement va m’accuser de n’être qu’un vil envieux. Grand bien leur fasse j’ai eu beaucoup mieux qu’eux dans ma petite vie.


Catherine à nouveau :


« Après ma première journée de taille, j’avais les joues en feu. Sur la voie en face, les gens rentraient à la queue leu leu de leur bureau en ville dans leur pavillon à la campagne. Je faisais le chemin inverse. C’est la tombée de la nuit qui a sonné la fin de ma journée de travail, en même temps que mon entrée dans la force des choses.


Le lendemain matin, je me suis réveillé les doigts gourds, les articulations saillantes. Il en a été ainsi, de pire en pire, au fil de la saison. L’année suivante, je ne pouvais déplier les doigts au matin. Je me suis fait opérer d’un tendon à l’auxiliaire de la main droite et je me suis équipée d’un sécateur électrique, comme tout le monde. »


Peut-être pourrions-nous nous cotiser pour offrir à notre cher Norbert un de ces engins post-modernes pour marquer d’une pierre blanche sa résistible ascension ?


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De mon côté, je suis très porté sur le sécateur en ce moment, j’élague, je coupe tous les sarments encombrants. Je taille court. Exit les suceurs de sève, formes de coucous de la toile, de l’air, de l’air, comme mon amie Catherine « quand je rentre de mes vignes, je pense droit… »


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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 16:56

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En avril il faut savoir prendre des risques comme celui de migrer au village où « les lions sont lâchés » comme pipelette se permettant de tenir un HUB qui fait jaser.link Par bonheur le César de Sud-Ouest n'avait pas enfourché sa mobylette bleue car le bougre me connaît. J'ai pu bavasser incognito ou presque .


Se mettre à nu, le Taulier l’a déjà fait en son temps pour le Beaujolais, il ose tout le bougre : voir les clichés exclusifs ICI link


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Comme promis le 1er avril link, je lève un peu le pied mais je continue à chroniquer peinard, au train, comme sur ma flèche d’argent pour ne pas être en nage, car écrire, vous écrire, me procure un immense plaisir, et tout particulièrement lorsque je vous croise, chères lectrices, chers lecteurs, comme mardi dernier au village et lors de mes sorties tout près de chez vous.


Que du bonheur !


Mars fut un beau mois.


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Je vous en remercie et vous embrasse.


Les affaires continuent, à bientôt sur mes lignes discontinues...

 

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 00:09

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Sentir le vin ?

 

Demandez donc à des dégustateurs patentés ou amateurs de coucher sur une feuille de papier ce qu’ils sentent et vous aurez une avalanche qui charrie des références à des arômes divers et variés, contradictoires ou très vagues. Permettez-moi d’être très dubitatif face à la pertinence et l’intérêt de cet exercice lorsqu’il est exporté pour l’édification des consommateurs inexpérimentés.


Pour pallier ce flou tous les manuels, précis de dégustation, nous tartinent des pages et des pages sur les grandes familles d’arômes avec les grands classiques les fruits rouges, noirs, exotiques, les agrumes, les blancs, les jaunes, les secs et les confits ; les fleurs avec des flaveurs se rapprochant de l’exercice des nez ; le boisé ; le végétaux ; les épices et aromates ; les grillés, brûlés et torréfiés, le sous-bois ; les animaux ; les minéraux ; la pâtisserie…


Tout cela est bel et beau mais il vous faudra de bons arguments pour me convaincre de l’intérêt de cet exercice.


En effet, je viens de lire un excellent petit livre, j’adore les petits livres que l’on glisse dans sa poche ou dans son sac de voyage, « Les cinq sens »  de Jean-Christophe Bailly dans la collection les petites conférences chez Bayard 12,50€*


« Dans la façon dont nous vivons, dans notre civilisation, l’odorat n’est pas tellement utilisé. Nous pouvons trouver que quelque chose sent bon mauvais, voire très bon ou très mauvais, vous ne vous privez pas de dire parfois avec une certaine joie que « ça pue ».


NDLR : c’est même l’expression favorite de beaux nez du vin face à certains vins nus.


« Nous pouvons distinguer un certain nombre d’odeurs. Il existe même des personnes particulièrement douées pour cela et qui en font leur métier. Dans le monde de la parfumerie où ils travaillent, on les appelle des nez. »

 

NDLR : ils sont peu nombreux et travaillent sur des arômes naturels ou chimiques, si les vrais nez du vin, aussi peu nombreux que les premiers, ont un lien de parenté leurs références sont très souvent des emprunts. De plus le nez de parfum élabore les fragrances alors que les seconds ne font que sentir un produit fait.


« Mais malgré tout, notre sensibilité d’humains n’est rien par rapport à celle de nombreux mammifères. »


NDLR : mais nous avons la parole et dans le monde du vin elle fait du bruit en dépit de l’imprécision et du flou du vocabulaire.


« Même s’il est moins sensible, notre nez est tout de même un organe complexe et sophistiqué. À l’intérieur de nos fosses nasales, concentrées dans une région appelée la membrane olfactive, de très nombreuses cellules réceptrices attrapent les molécules des diverses odeurs que l’air transporte. L’existence des odeurs, des parfums, est un mystère complet. Les savants peuvent les identifier, dire quelle est leur composition chimique, mais pourquoi existe-t-il de l’odeur ? Il s’agit d’un mystère à peu près complet qui renvoie à un système de renseignements qui fonctionne dans la nature.


Nous savons à quoi servent les odeurs mais nous ne savons pas comment elles se produisent et existent. Elles sont en tout cas transportées dans l’air, si bien que sentir et respirer revient presque à la même chose. Là encore, si le détail reste en partie inconnu, il semble qu’il existe dans les fosses nasales, la membrane olfactive, des récepteurs de sensibilités différentes. Toujours est-il qu’ils envoient au cerveau par différents relais des messages que celui-ci identifie. Tout a lieu en un éclair, d’autant plus vite que le sens de l’odorat est involontaire. Nous sentons en respirant, si une odeur nous dérange, nous pouvons nous boucher le nez, c’est tout ce que nous pouvons faire, mais il s’agit d’une action des mains et non du nez lui-même et elle n’est d’ailleurs pas très efficace. »


NDLR : la modestie devrait donc être de mise même si bien sûr il est possible d’améliorer sa perception des arômes mais le champ de progression est faible pour le plus grand nombre, seuls ceux qui ont des prédisposions, qui sont doués, le peuvent.


Mon sentiment profond est que le piqué du nez dans le verre fait partie d’une théâtralisation de l’exercice dégustatif au même titre que la dextérité du poignet pour agiter avec élégance son verre… Quant au verbe il s’apparente à celui des figures imposées en patinage artistique : ça me lasse très vite car en ce domaine je ne suis qu’un spectateur. Je ne pratique pas ce sport de haute compétition.

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 00:09

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« Depuis tout gamin je n’ai jamais apprécié le sucré : mon plus grand plaisir était de manger des feuilles d’oseille crue du jardin. J’adore l’acidulé ! » ça c’est de moi dans une chronique de janvier 2012.


« L’acidité, c’est d’abord celle des végétaux avec toutes leurs nuances, de l’acerbe au tout juste acidulé ; ensuite, celle des fermentations, vins, vinaigres, laitages et conserves, du simplement sur au franchement aigre. L’attirance pour l’acide n’est pas celle de tous : c’est l’affaire de physiologie et aussi de culture. »


Ophélie Neiman alias Miss Glou-Glou dans son opus destiné aux jeunes pousses « Le vin c’est pas sorcier » au chapitre saveurs écrit « L’acidité est la colonne vertébrale du vin, essentielle pour que le vin « se tienne debout ». Un vin sans acidité est un vin sans avenir. Une bonne acidité permet de faire saliver, de mettre en appétit. À l’inverse, un vin trop acide est désagréable en bouche, il contracte la langue et la gorge. »


Leary Timothy (1906-1989) écrivain et neuropsychologue américain note « Quand on prend de l’acide, il y a deux effets secondaires : d’abord on perd la mémoire, et j’ai oublié l’autre. »


Certains, du côté du village porté aux nues du patrimoine mondial de l'humanité, me trouvent sans doute très acide mais comme j’ai François Bayrou le nouveau maire de Pau avec moi « je me rangerai toujours aux côtés de ceux qui refusent l'atteinte à la liberté d'expression et défendent la liberté d'être acide » donc tout baigne.


Autre renfort : Bénédict Beaugé qui se définit comme un sectateur – ne pas confondre avec le sécateur du jeune Norbert Le Forestier – de l’acide et qui tout naturellement vient d’écrire un petit opus chez argol « L’acide »


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Qu’écrit-il ?


« Que l’acide joue un rôle particulier dans l’imaginaire gustatif des français, il suffit d’ouvrir un dictionnaire des synonymes pour s’en rendre compte (ils figurent sur la couverture de ce livre) : aucune autre saveur n’en compte autant. La cuisine  française, « grande » ou populaire, est marquée par l’acidité, et c’est une vieille affaire. L’historien Jean-Louis Flandrin avait émis l’hypothèse que le tropisme pour cette saveur, qu’elle soit fermentaire ou naturelle, avait pour origine la qualité propre des vins français à structure acide marquée due sans doute à la situation plutôt septentrionale des vignobles. »


Il ajoute « depuis longtemps aussi, le pays s’est enorgueilli de la multitude de ses fromages de toutes sortes, grands pourvoyeurs d’aigreurs diverses. Sans aucune nuance péjorative, je tiens à le préciser. »


Que puis-je demander de plus ?


L’oseille bien sûr, pas celle de notre « ami » Norbert Le Forestier, de la sauce à l’oseille façon nouvelle cuisine avec son compagnon le saumon.


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Beaugé écrit « au-delà de toute cette nouveauté, c’est pourtant cette manière de traiter l’oseille qui apporte au plat sa dimension qui reste, peut-être aujourd’hui encore, la plus particulière : tout d’un coup, l’acidité a une surface ! En général, l’oseille est utilisée en crème ou en purée : la feuille en est tellement fragile… Elle agit donc de manière diffuse. Ici, au contraire, les feuilles s’étalent dans la sauce et on voit bien qu’elles ont été ajoutées au tout dernier moment. Si l’oseille n’est pas crue, à cause de cette fragilité même, elle n’en est pas loin cependant. Verte, acerbe… »


Catherine Bernard, vigneronne qui tient bien mieux la plume et le sécateur que Norbert « L’acidité est mon pays gustatif. Avant de faire du vin je ne savais pas la reconnaître tant elle fait partie de moi. De là où je viens, les terres sont acides, les fruits sont toujours un peu acides – même les mûres quand elles sont mûres –, l’air est iodé. Le muscadet et le gros-plant sont les premiers vins que j’ai bus, le muscadet avec le brochet au beurre blanc et les civelles, le gros-plant avec les huîtres du Croisic. Ce sont des vins, et de tous les jours, et du dimanche. Ils rincent la bouche, se mettent juste ce qu’il faut en retrait quand on mange quelque chose qui leur va bien, comme la main gauche accompagne le chant de la main droite au piano. Ils ont le goût de la mer entrant dans l’estuaire, ne craignent ni les échalotes vinaigrées du beurre blanc ni le filet de citron sur les huîtres dans les salles à manger nappées de blanc, ou sur les tables des restaurants des bords de Loire. Ils se boivent au comptoir, le matin de la solitude, le dimanche au coude à coude, dans un brouhaha de voix graves et de souffles qui recouvrent les vitres des bistrots d’une pellicule de buée, car souvent dehors il pleut… » link 

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 05:40

Gardiens de la langue française, talibans de l’orthographe, ayatollahs de la conjugaison : « De grâce ne me fusillez pas ! »

 

Au hasard d’un rendez-vous la semaine passée à l’angle des rues du Sentier et de Cléry j’attachais ma flèche d’argent, en avance je baguenaudais et tombais nez à nez avec une étrange affiche que je mettais en boîte.


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Elle tombait à pic.

 

Je bichais !

 

Cette fois-ci on ne m’y reprendrait pas je laissais à ma consœur la concierge, qui tient un HUB du côté de Saint-Émilion, le soin de tailler des bavettes sur mon devenir…

 

Quel avenir pour cet espace de liberté où l’on croise maintenant n’importe qui ?

 

Je le sais moi et ce n’est pas un poisson d’avril…


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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 00:09

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« On ne doit jamais remettre au lendemain… Eh bien si ! Avec les restes, c’est même un objectif ! Mais pas n’importe comment. L’art d’accommoder les restes requiert une certaine discipline et une organisation drastique. »


J’ai connu par le passé des remaniements…


Nous sommes dans la même logique que celle des présidents des clubs de foot qui virent leur entraîneur quand les résultats sentent le sapin.


Changer !


« Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement. » Bouddha Siddhârta Gautama


Tout ça est bel et beau mais :


1-     Le Président qui a soutenu jusqu’au dernier moment son entraîneur, parfois comme la corde un pendu, ne peut s’exonérer de sa part de responsabilité, surtout lorsqu’il a composé lui-même l’équipe, imposé ses choix tactiques et le système de jeu : vive la Ve République et son exécutif à 2 têtes ;


2-   L’équipe, les joueurs, les titulaires et les coiffeurs (ceux qui cirent le banc de touche), n’est renouvelable que dans la limite de l’effectif sauf à faire son mercato : on dit en politique faire appel à des membres de la société civile.


Bref, même si le changement c’est maintenant ce ne sera qu’une façon d’accommoder les restes.


« Je voudrais rendre hommage à ma grand-mère Marie-Victorine, Auvergnate, reine de la cuisine ménagère économe. Une image revient souvent à mon esprit : une grande table de cuisine, rustique et austère, un tiroir tout au bout qui contenait un gros pain et un couteau. À la fin de chaque repas, les petits morceaux, la mie et les miettes de pain étaient poussés vers ce tiroir pour attendre leur sort. Les plus gros éclats de pain bien noirs étaient réservés pour la soupe de pommes de terre, les miettes servaient à épaissir les jus de viande et la mie se glissait dans de nombreuses préparations de gâteaux. »


Parabole ?


Pourquoi pas même s’il s’agit de citations de la préface de Sonia Ezgulian dans son petit opus « Les restes » dix façons de les accommoder aux éditions de l’Épure.


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Changer d’équipe certes, mais pour quoi faire ?

 

De réponses, il n’y en a pas ou plutôt il y en a que trop, contradictoires, et souvent inconciliables.


Pourquoi ou plus précisément pourquoi en sommes-nous arrivés là ?


Tout simplement parce que tout le monde ment à tout le monde, à commencer par nous qui nous mentons à nous-mêmes.


Résultat : le champ public devient un immense conglomérat de déçus terreau  de l’abstention et de votes extrêmes.


Le député Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des Lois résume bien la situation : «au plan national, nous avons dilapidé le crédit bâti il y a deux ans». Pour lui, «les électeurs tiennent visiblement notre bilan pour inexistant, nos actes pour insignifiants et nos réformes pour de simples effets d’annonce. C’est donc avant tout une méthode de gouvernement qui vient d’être sévèrement rejetée».


Exit Jean-Marc Ayrault et son gouvernement à 18 H.


Tout le monde dit que ce sera Manuel Valls son successeur, pour moi c’est un choix étrange que de contenter une opinion publique dont la versatilité est une constante. Ça risque de vite faire pschitt !


Donc à 20 h c’est Valls alors j’ai choisi dans les dix recettes* de Sonia Ezgulian allez savoir pourquoi : Tortilla Bruxelles-Barcelone, c’est fait avec les restes de moules/frites (presqu’une histoire belge).


Bonne journée à vous, je suis aujourd’hui dans mes vignes loin du brouhaha du pouvoir… Je garde mon téléphone ouvert au cas où Manuel m'appellerait à la rescousse  Lire absolument ICI link


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* les dix recettes


-        Velouté de lentilles, ravioles de foies de volaille

-        Oeuf à cheval végétarien

-        Pressé terre-mer aux anchois

-        Galette de spaghettis comme une pizza

-        Tartelette-raclette

-        Patates vol-au-vent

-        Tortilla Bruxelles-Barcelone

-        Barres aux céréales et chocolat

-        Tarte à la mie de pain

-        Croquettes de semoule, velouté de couscous

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 09:42

Y’en a un tas qui ont ce matin la gueule de bois. Bérézina, déroute, dégelée, fessée… j’en passe et des meilleures… Bref, je me suis dit que la référence aux lendemains qui déchantent valait bien quelques citations aux petits oignons tirées d’un dictionnaire des pensées humoristiques de l’inoxydable José Artur.


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Celle du titre c’est du Jacques Dutronc pur jus.


J’en verse une autre de la même veine « Il participe aux réunions des alcooliques anonymes mais il continue à boire sous un pseudonyme. » Jean-Loup Chiflet écrivain et éditeur.


En vrac dans l’air du temps:


« Quand on ne sait rien faire, il faut avoir de l’ambition » Wolinski Georges.


« Il y a deux choses d’infini au monde : l’univers et la bêtise humaine mais pour l’univers je n’en suis pas très sûr. » Einstein Albert


« Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement. » Bouddah Siddhartha Gautama


« La différence essentielle entre un jeune con et un vieux con  réside dans le temps qui leur reste à êtres cons » Dion Jean chroniqueur Québécois


« De plus en plus nos importations viennent de l’étranger » Bush W George


« Quand vous êtes à l’étranger, vous êtes un homme d’État ; quand vous êtes dans votre pays, vous n’êtes qu’un homme politique. » Harold Macmillan


« La politique ne consiste pas à résoudre les problèmes mais à  faire taire ceux qui les posent. » Henri Queuille


« Les hommes ressemblent au vin, l’âge aigri les mauvais et améliore les bons. » Cicéron

 

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 00:09

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Ma chère tantine,


Comme je te connais, t’es une pipelette, et comme depuis que t’as ton hub t’as de l’influence, le bras long et la langue bien pendue, je ne vais pas me mouiller mais te dire ce que pense en mots codés.

 

Que veux-tu faut bien manger et je ne vais pas mordre la main de ceux qui me nourrissent. C’est humain non et ne me dit pas que comme l’écrivait Julien Green dans Le visionnaire que « Le respect humain m'avait soufflé un ou deux mensonges dont il faudrait m'accuser, un jour. »


Samedi soir, alors que s’ouvre la semaine des primeurs, j’étais parmi la petite centaine d’invités de qui tu sais, un brave propriétaire qui en est à son trentième millésime, qui a eu son premier sécateur offert pour ses sept ans, un vrai vigneron comme on les aime qui passe beaucoup plus de temps dans ses vignes et son chais que dans le hub des aéroports. Un missionnaire visionnaire !


Toute la Cour était présente, la fine Fleur quoi, un mélange de people, de propriétaires, de chers confrères qui écrivent dans la presse, des critiques comme on dit à Paris. Je n’ai pas vu le Jacques Dupont mais en revanche j’ai croisé un membre éminent de la commission de classement. Pas la peine de te dire qui puisqu’y z’ont fait des photos de lui en compagnie d’un grand amoureux du cru.


Ne t’inquiète pas tata pour sûr que l’encenseur habituel, le petit cireur de pompes, Bon Courtisan, va nous gratifier d’une chronique idolâtre où tu sauras tout sur l’excellence des mets et des vins de l’inauguration du Palais présidentiel. L’était là que pour ça le p’tit gars vu que ce truc n’était qu’une forme post-moderne de meeting de soutien au maître du lieu. Un soutien fort du monde du vin pour mettre en lumière, au meilleur moment, l’une des plus belles ascensions de l’appellation.


Moi, je vais te dire tantine, comme la sous-Ministre de je ne sais plus quoi, sur les marches de Matignon, je vais te faire une confidence que tu ne répéteras pas : la bouffe était dégueulasse ! Pour les vins je ne dis rien car je prépare mon papier où je vais bien sûr noter qu’étant donné :


1. le niveau de qualité et la constance des vins appréciés à partir de l’excellence des résultats de la dégustation et de l’aptitude au vieillissement comptera pour 30 % de ma note finale ;


 2. que la notoriété appréciée au regard de la valorisation nationale et internationale du vin de l’exploitation et de la mise en valeur exceptionnelle du site comptera pour 35 % de ma note finale ;


 3. que la caractérisation de l’exploitation appréciée à partir de l’assiette foncière, de l’homogénéité de ou des entités culturales et de l’analyse topographique et géo-pédologique comptera pour 30 % de ma note finale ;  


4. que la conduite de l’exploitation tant sur le plan viticole que sur celui de l’œnologie appréciée en tenant compte de l’encépagement, de la structuration et de la conduite du vignoble, de la traçabilité parcellaire en vinification et des conditions de vinification et d’élevage comptera pour 5 % de ma note finale.


Ce n’est pas un métier que je fais tantine, j’ai un peu mal à la tête et je ne suis pas certain que ce soit dû à la lourdeur de mes additions.


Qu’en penses-tu tantine : et si je demandais que la dégustation après s’être fait rincer par le propriétaire du château soit classée comme maladie professionnelle dans la nomenclature de la sécu ?


Comme toi je songe sérieusement à me reconvertir.


J’hésite !


Peut-être que je vais me lancer dans le cinéma ?


Tu sais bien tantine que très souvent on me compare à John Malkovich, alors pourquoi pas !


Quand j’étais plus jeune tu t’en rappelles je disais à ma pauvre mère « je veux être Ministre ou rien »


Je l’ai échappé belle tantine car ce matin je serais obligé de m’inscrire à Pôle Emploi.


Bien, je vais en rester là ma tantine adorée, sois discrète, garde tout ce que je t’ai dit pour toi.


Je te fais des bisettes.


Ton fiou*


PS. Je n’ai pas osé faire de seelfie de peur de déplaire à Norbert.

 

* Fiou = filleul

 

illustrations diverses :


1- via Gerbelle de la RVF une vidéo 007 link


2- les éloges de Sud-Ouest link


3- la tartine du Figaro link

 

4- Les grandes pompes de FR3 Aquitaine link

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 07:00

Dimanche dernier nous nous sommes couchés de bonne heure car la veille nous avions fait une fiesta d’enfer dans l’un de nos terriers favoris. Nous sommes allés voter puis nous avons tiré les écoutilles, seuls les hiérarques socialistes espéraient éviter la branlée. C’était gros comme une maison. Ma seule réponse lundi matin, à ceux qui m’interrogeaient sur la suite des évènements, c’était un laconique « père pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.- Luc XXIII, 34. » Panique à bord du cargo vide de la rue de Solférino et sous les ors des palais républicains.  Blêmes ils étaient les petites éminences. Le long séjour du PS dans l’opposition, après la déroute du père Jospin le 21 avril 2002, a accentué plus encore sa dérive vers un gros parti de notables, d’élus locaux auxquels s’agrègent des aspirants à l’élection qui forment de lourdes grappes laissant accroire à tout ce petit monde qu’ils détiennent le pouvoir. Que dalle ! Nada, illusion. Ça va déménager et les répliques du séisme n’ont pas fini de lézarder le conglomérat qui n’a même plus d’éléphant, sauf Fabius, pour lui sauver la mise. Le remaniement fera pschitt ! C’est la fin d’un cycle. En face, ils se contenteront d’engranger. Quant aux bas du Front, plus la vague des soi-disant déçus s’enflera, et elle sera haute aux européennes, plus leurs chances de porter la Marine aux manettes s’amenuisera. C’est la logique des blocs qui se forment, se déforment, mais restent dominants.


Loin de broyer du noir ma vitalité s’en retrouvait renforcée. Adeline me couvait comme si j’étais un oisillon et je reprenais le fil de mon équipée avec Chloé dans le Berlin de la guerre froide.


Nous nous documentâmes sur ce quartier populaire, inclus dans le secteur américain, et qui recélait deux caractéristiques intéressantes pour nous : la présence au sud de l’aéroport de Tempelhof – celui du pont aérien de 1948–49 ravitaillant Berlin-Ouest lors du blocus grâce aux Rosinenbomber – et celle, au nord, de Check-point Charlie donnant accès au secteur soviétique. L’aérogare de Tempelhof nous fascina par son avant-gardisme, en comparaison celle d’Orly semblait bien provinciale avec sa façade plate de HLM. Ici, sur plusieurs niveaux, le bâtiment principal semi-circulaire de 1230 mètres de long, réalisé sous le 3ième Reich, impressionnait par sa fonctionnalité et sa démesure. Alors que nous nous extasions dans l’immense hall, un gros bonhomme, caricature du Bavarois buveur de bière, nous abordait, avec un air de contentement, pour faire savoir à ces petits français impressionnés que ce bâtiment était le 3e plus grand au monde par sa surface au sol après le Pentagone et le palais du génie des Carpates à Bucarest.


-         Et si je lui répondais : salaud de nazi, tu crois que je ferais mouche ? me susurrait  Chloé  à l’oreille.


-         Normal c’est un flic lui répondais-je en affichant un large sourire Gibbs.


Le gros type adipeux était sans aucun doute le premier pion de notre comité d’accueil. Il nous proposait ses services que nous refusâmes en prétextant que notre excellente connaissance de Berlin. Nous nous débarrassâmes de lui avec difficulté car manifestement la plastique de ma compagne attisait le feu de ses vieilles gonades. Je jouai le tout pour le tout en lui demandant carrément où il avait servi lors de son long séjour en France au temps du petit père Adolf. Effet immédiat, il vira au rouge et nous laissa en plan. Dans le métro qui nous emmenait vers le centre du quartier de Kreutzberg je confiais à Chloé ma crainte d’être la victime d’une manipulation. Elle éclata de son rire cascadant « C’est évident que tu n’es plus ici maître du jeu. Je croyais que tu l’avais compris : dans ce putain de Berlin ce qui compte pour les américains ce ne sont pas ces petits connards que nous allons rencontrer mais les communistes est-allemands de l’autre côté du mur. Marcellin t’envoie dans cette pétaudière pour savoir où se trouve la menace réelle, pour identifier quels sont les éléments qui sont entre les mains de Moscou. Quel jeu joue nos soi-disant alliés. La guerre froide c’est cela mon tout beau. Fini de jouer solo mon coco, ici c’est la cour des Grands. »


En retrouvant l’air libre en plein quartier de Kreutzberg nous pûmes vérifier que la zone de chalandise de nos petits camarades étudiants ne respirait guère l’opulence renaissante de l’Allemagne de l’Ouest car elle se composait essentiellement d’usines bombardées, de gares désaffectées, d’HLM trop proches du mur pour séduire les promoteurs et elle était cernée de bidonvilles turcs empestant la fumée de charbon de bois et le suif de mouton rôti. Nous rôdaillâmes dans des cafés peuplés d’une faune fumant du shit sous des drapeaux du Viêt-Cong et des photos de Mao et d’Hô Chi Minh. L’évocation du nom de Sacha auprès des camarades ne nous attira que des sourires vagues ou même une forme d’hostilité sourde. Fatigués nous échouâmes dans une sorte de club en sous-sol où un guitariste en keffieh palestinien jouait vaguement du Joan Baez sous les regards indifférents de quelques corps indistincts vautrés sur des matelas jetés à même le sol. Certains se pelotaient sans enthousiasme pendant qu’une fille dans un coin allaitait un moutard roussâtre. Venant de je ne sais où un charmant Suédois efféminé nous tendait deux canettes de bière. Nous nous posâmes sous un drap tendu sur lequel une main malhabile avait peint des slogans contre la bombe à neutrons.


Olof, le suédois, gérant de ce club communautaire, se roulait un joint tout en s’enquérait de notre situation. Notre réponse « Nous cherchons Sacha...  lui tirait un mince sourire :


-         Je crois qu’il loge dans un grand entrepôt avec ses camarades du « Centre de la Paix ». C’est une communauté. Ici presque tout le monde vit en communauté. Vous devez avoir faim. Je vais vous conduire dans un restaurant à kebabs ... »


Nous tétions nos bières et nous le suivions dans un lacis de ruelles sombres jusqu’à un appentis couvert de tôles. « C’est chez Mustapha, l’agneau y est délicieux vous verrez. » Pendant que nous nous restaurions Olof, toujours aussi obligeant, nous dessinait sur une feuille de carnet le plan qui nous permettrait de nous rendre jusqu’à la tanière de Sacha. Le thé à la pomme avait plutôt un goût de serpillière mais, après notre journée d’errance, la perspective de nous poser en un lieu hospitalier nous le faisait apprécier bien mieux qu’un Earl Grey de chez Mariage. Je réglais l’addition avec mes dollars pour le plus grand plaisir de Mustapha le patron qui, pour nous remercier, nous enveloppait des halvas dans du papier journal. Avant de nous quitter Olaf murmurait quelques mots à l’oreille de Chloé qui opinait en souriant.


La nuit tombait. Le suivi du plan d’Olaf nous conduisait jusqu’à un canal dont les eaux noires reflétaient les auréoles jaunasses de gros projecteurs juchés sur des miradors qui s’alignaient, à intervalles réguliers, sur la berge d’en face. Soudain sur notre gauche, alors que nous nous engagions sur le chemin de halage plein de fondrières, surgissait une vedette de la police truffée de mitrailleuses. Son projecteur puissant nous enveloppait l’espace d’un court instant avant de continuer sa course sur les murs de briques des usines éventrées. Nous n’étions pas très rassurés. Chloé me tirait par la manche « Je crois qu’il nous faut prendre cette rue, là... en pointant le doigt vers une ruelle aux pavés disjoints.


-         Que te voulait Olaf ?


Ma question hors de propos lui tirait un rire nerveux. « Coucher avec moi mon grand... ça m’a l’air d’être le sport national ici...


Face à nous, tel un décor de cinéma, sous le halo blafard de rares lampadaires se dressait une muraille de parpaings grisaillou couronnés d’un buisson de barbelés rouillés, haute d’au moins 6 mètres. Transis, bras ballants, nous restâmes plantés face à elle pendant une poignée de minutes sans même entendre les pas de deux flics dans notre dos.

 

« Vous n’avez jamais vu le Mur ? »

 

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