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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 08:00
J’suis pas plus con qu’un autre. « N’essayez pas de changer le monde : changez de monde ! »

Ce n’est pas moi qui le dis, de moi, c’est Henry Miller qui l’écrit, de lui, dans un court texte, écrit en français.

 

En ce qui me concerne, plus ça va plus j’ai le sentiment du contraire face à l’évolution du monde, de mon pays, quand je lis ce que je lis, entends ce que j’entends, vois ce que je vois, je me sens de plus en plus à côté de la plaque, et je me trouve de plus en plus con de prendre autant les choses à cœur. Je pense de plus en plus : casse-toi pauvre vieux con ! Fais de la place à la cohorte des jeunes ou aux proclamés tels !

 

C’est une petite merveille.

 

Son ami, Joseph Delteil, le dit mieux que quiconque « il s’agit d’écrire tout nu comme le premier homme, celui qui inventa voyelles et consonnes, et les épingles pour. Le péril de l’écriture c’est la prolixité, la redondance, les finasseries… »

 

« Le grand écrivain c’est l’ignorant de génie, qui ne sait rien mais comprends tout. »

 

« La langue des hommes comme son pain est devenue une apparence, qui ne nourrit plus » note Trémolières dans Partager le Pain.

 

Et Delteil d’ajouter « Elle a besoin d’un peu de bouse de vache, d’un peu de folie »

 

Et Miller d’écrire « En général, j’aime ceux qui sont un peu, ou largement, fous L’imbécile, non ! L’idiot, oui ! Il y a une grande distinction entre les deux. D’être fou, c’est être poète. Ce sont les imbéciles qui gouvernent le monde. Vaut mieux avoir des simples à la législature que les gens d’aujourd’hui, des rats, des punaises ! »

 

« Nous nous souviendrons des auteurs qui nous ont donnés de la joie plus longtemps que ceux qui nous ont fait penser. »

 

« À la fin du Sept Samouraïs le chef des samouraïs dit à son compagnon – « Regardez ! (Il pointe dans la direction des paysans qui ont commencé à jouer de la flute et à danser) Ce sont eux, les paysans qui sont toujours les victorieux. »

 

« Un bruit que donne les frissons ce sont les sanglots dans le silence de la nuit… »

 

« J’aime bien ce mot sanglot. Je l’aime mieux que le mot sob en anglais. »

 

« Tout récemment à l’âge de quatre-vingt-deux, je commençais à sangloter à la fin d’un vieux film de FelliniLes Nuits de Cabiria. Je dis j’ai sangloté. Mais j’ai fait plus. J’ai pleuré et ne pouvais m’arrêter pendant vingt minutes. Cela m’a fait tellement du bien ! Je voudrais pouvoir voir chaque jour un film qui me ferait sangloter. »

 

Terminons par cette merveilleuse phrase de St François d’Assise « N’essayez pas de changer le monde : changez de monde ! »

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (10) Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais…

Nous laissâmes la moto devant la Préfecture. Sur le trottoir, Émilia traçait la route à grands pas devant moi. Je peinais à la suivre mais je m’accrochais. Elle savait qu’il allait lui falloir s’expliquer. En dépit de mon air con et de ma vue basse je subodorais le fin mot de cette histoire. Pour ne rien vous cacher ça m’excitait.

 

Dans notre pérégrination nous croisâmes le maire,  Alain Juppé qui, cabas au bras, revenait de faire ses courses au Marché des Grands Hommes. Il s’arrêta pour présenter à Émilia ses civilités, demander des nouvelles de son père et s’inquiéter des ventes en primeurs de la propriété. J’en profitai pour le saluer et lui dire tout le bien que je pensais de sa candidature aux Primaires de l’UMP, pardon de Républicains. Nous devisâmes longuement pour le plus grand plaisir des passants.

 

Comme une faim d’ogre me tenaillait je fis part à Émilia de mon souhait d’expérimenter la nouvelle cantine de luxe de Bordeaux, La Petite Maison, que Bernard Maigret et Joël Reblochon venaient d’ouvrir, au 10 rue Labottière, dans un hôtel particulier, pur Napoléon III, contemporain du classement des vins de Bordeaux de 1855, une référence quasi absolue dans l’Histoire des 77 crus classés du Médoc, de Pessac et du Sauternais.

 

Oui, comme le notait cette vieille truffe de Nicolas de Ravaudy, là-bas au moins le foie gras de canard était issu de fermes où le gavage est contrôlé, c’est le moins qu’on puisse faire dans une grande maison qui, dit-on dans les gazettes gastro et sur le woueb, choit si bien sa brigade. Bref, je rêvais déjà de l’œuf de poule mollet et friand au caviar osciètre et saumon fumé, de la découpe en salle, sur guéridon, de la poularde en vessie, de sa délicate cuisson sur sarments de vigne, les flammes léchant le cœur des viandes d’où le goût profond…

 

Nous nous y rendions après qu’Émilia eut réservé, sans problème, une table.

 

Nous étions toujours aussi peu présentables mais c’est le privilège de la classe dirigeante de pouvoir se trimballer décontractée, avec des fringues de chiffonnier, dans les palaces.

 

L’heure était au champagne et aux mises au point. Je commandai du Horiot, Sève, très précisément mais le sommelier, hautain, me répliqua qu'il ne servait pas de champagne de paysan. Je lui claquai le bec en lui rétorquant que je ne supportais pas les larbins habillés en croque-mort et que le meilleur service qu'il puisse nous rendre c'était de disparaître et d'aller faire la plonge pour justifier ses émoluments.

 

L'homme au taste-vin à la boutonnière repartait la queue entre les jambes.

 

Je commandai un Drappier sans soufre au premier serveur venu qui en fut tout estomaqué.

 

Face à moi Émilia conservait son petit air boudeur, ça lui allait bien ce petit air boudeur. D'ailleurs tout lui allait bien à cette belle fille. Je n'allais pas la brusquer, je savais qu'elle savait et qu’elle ne pouvait plus s’esquiver.

 

Nous commandâmes, l'effet sommelier devait avoir fait son effet, la reptation fut de mise.

 

Je levai ma coupe de champagne : « Émilia à notre belle rencontre !

 

Elle éclata en sanglots.

 

Décontenancé je ne savais que faire. Je posai ma main sur sa main, balbutiai des mots gentils où je l'assurais que quoi qu'il arrive je serais à ses côtés.

 

Elle sécha ses larmes avec le coin de sa serviette.

 

- Eugène je te dois la vérité. C’est moi qui t’ai recruté. Je misais sur ton talent de fouille-merde pour mettre au grand jour une situation qui m’était devenue intolérable. Le tout Bordeaux en parle. C’est un secret de Polichinelle. Je voulais, si je puis m’exprimer ainsi, le prendre la main dans le sac. En flagrant délit de cochonneries. Tu devais être ma Nafissatou Diallo pour rabattre le caquet de mon père ce DSK des chais… Mais le destin, et ton art de prendre tout le monde de court, se sont ingéniés à foutre parterre mon beau plan. Je n’ai aucun regret Eugène, tu viens de me faire vivre la plus belle séquence de ma vie. Foin des galipettes de mon cher père, je m’en tamponne maintenant la coquillette, ce qui compte maintenant pour moi c’est toi…

 

- Qu’entends-tu par là ?

 

- Rassures-toi mon cher Eugène ce que je te propose ce n’est pas le mariage, Dieu te préserve de moi, je suis impossible, mais une belle et fructueuse association…

 

- Pas pour aller cultiver la vigne et faire du vin aux antipodes j’espère. Je n’ai pas la main verte et j'ai une sainte horreur des travaux pratiques et de l’anglais et des mecs qui le parlent surtout s'ils sont Français…

 

- T’en fait pas mon Eugène, pour le pinard j’ai déjà donné. Ils me saoulent. Me gonflent. J’en ai ma claque. Adieu Bordeaux, bonjour Paris !

 

- Tu risques d’être un peu refroidi par le haut standing de mon bureau…

 

- Ne soit pas rabat-joie, l’heure est aux réseaux sociaux, plus besoin de bureau. Nous allons conjuguer nos talents mon grand…

 

- Tu me surestimes…

 

- Ne fait pas ton Tarpon, nous allons ce jour, ici même, chez Maigret&Reblochon, porter sur les fonds baptismaux notre agence de contage d’histoires en tout genre : Les drôles d’oiseaux…

 

- Si c’est toi qui le dis je te suis…

 

- J’appelle illico le Jacques Dupond, avec un grand D au début et un petit à la fin, du Poing pour lui annoncer en primeur la nouvelle…

 

Voilà enfin une histoire qui finit bien… Tous les personnages ici évoqués sont comme toujours sur la Toile des avatars et n’ont qu’un très lointain rapport avec la réalité.

 

Affaire et affaires à suivre… J'adore broder c'est mon côté couturière que je tiens de ma mère... Comme une idée de faire un vrai POLAR de cette histoire de corne-cul... Vous me dites...

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 08:00
Dis Papy ça sert à quoi 1 Ministre ?

À rien si l’on applique la jurisprudence Yves Thréard, du Figaro, qui proclame que « Le ministre du Travail ne sert à rien ! » 

 

Dans le cas d’espèce, le départ de Rebsamen dont on dit qu’il a échoué à inverser la courbe du chômage, comme son prédécesseur Sapin, et bien d’autres avant eux, ce n’est pas inexact dans la mesure où le talent personnel du Ministre n’est pas vraiment en cause. C’est la politique menée qui est en cause. Pour Thréard ça ne fait pas un pli, il chante l’antienne de son camp qui, lorsqu’il était aux manettes, n’a guère brillé sur ce terrain.

 

Du côté du 78 rue de Varenne, celui de l’Agriculture est dans la tourmente, en première ligne, empêtré dans une politique agricole, qu’on dit commune, qui se heurte au dumping social allemand, aux charges, aux contraintes du Grenelle de l’environnement, à l’embargo sur la Russie, dans le cas du porc au marché tout bêtement. En effet, le marché du porc n’a jamais bénéficié de soutien des prix, de subventions, c’est un marché hyper concurrentiel.

 

Le successeur de Le Foll est tout trouvé, notre ex-président « Ce n’est pas une crise conjoncturelle, c’est une crise structurelle. Il faut sauver l’agriculture française. Pour cela il va falloir réinventer un modèle »

 

« Il y a eu une déclaration qui a été faite par le ministre de l’agriculture. Les engagements ont été pris et ils doivent être respectés. Et pour cela, c’est au plus haut niveau de l’Etat que ça doit être géré. »

 

Le prix du cochon c’est du ressort du Président de la République !

 

« Ce n'est pas rien et je me battrai pour défendre la PAC », a-t-il dit. Pour autant, « ce système peut-il perdurer ? Non. Il faut qu'on le réinvente »

 

Vaste programme ! Paroles, paroles, mais qui c’est qui a plaidé pour l’abandon des quotas laitiers ?

 

Vive le grand large, le grand export, la régulation par le marché, une forme de course à l’échalote au moins disant, pas sûr que la majorité des agriculteurs, même les hyper-productifs, y soient vraiment préparés.

 

Bruno Le Maire, lui, depuis la Nouvelle-Calédonie, a parlé du juste prix du porc ?

 

Sur un marché sans filet ça n’existe pas et la Cooperl comme Bigard sont dans le vrai de la réalité, la dure réalité, quand ils contestent la mécanique de prix minimal.

 

L’ex peut qualifier le Foll d' « intermittent de l'agriculture » et faire son mea-culpa à propos du Grenelle de l’Environnement : « j’aurais dû être plus attentif. Ils ont été trop loin, j'aurais dû être plus hyperprésident », a-t-il ironisé à propos d'une formule souvent employée à son encontre lors de son quinquennat.

 

J’adore ce « ils » beau paravent pour celui par qui tout se décide sous le régime de la Ve République.

 

En effet, un Ministre c’est le membre d’un gouvernement avec à sa tête un 1er Ministre (pas un chef du gouvernement puisque l’exécutif est à deux têtes) qui applique une politique définie par les 2 patrons de l’exécutif.

 

L’application de celle-ci passe par des arbitrages interministériels tranchés à Matignon (les bleus). Bref, un Ministre, ne fait pas ce que bon lui semble, s’il n’est pas d’accord il fout le camp. Bien sûr, son talent, son entregent politique : proximité avec le boss, l’importance politique de sa boutique, les équilibres dans la majorité, peuvent faire pencher la décision dans le sens de ses priorités mais il doit toujours se soumettre au cadrage, tout particulièrement budgétaire, du 1er Ministre.

 

Bref, un Ministre c’est un politique soudain placé à la tête d’une grosse machine très conservatrice et très attachée à ses prérogatives : son Administration, centrale et ses services extérieurs (c’est le cas de l’Agriculture).

 

Les Ministres passent, les fonctionnaires restent…

 

Bien sûr, à chaque alternance les nouveaux coupent des têtes mais, très sincèrement, ça ne change pas grand-chose dans les grandes boutiques : Quai d’Orsay, Armées, Intérieur, Affaire Étrangères, Économie et Finances, Budget et Agriculture aussi.

 

Les dossiers du Ministre ce sont eux et ça pèse d’autant plus lourd dans la balance que le cabinet du Ministre est maintenant peuplé de leurs collègues qui savent fort bien qu’ils sont en CDD. Ils n’insultent rarement l’avenir.

 

Alors, sous forme de boutade, je répondrai à ma question : un Ministre ça sert à faire le Ministre. Il suffit de consulter les agendas publiés pour s’en rendre compte, de suivre les comptes Twitter. Les communicants sont les rois du pétrole.

 

Reste aussi pour graver le nom du Ministre dans le marbre ou le bronze à lui faire porter une LOI qui prendra son nom.

 

Le destin de Claude Évin est là pour en témoigner, sans sa fameuse loi il serait pour toujours dans les ténèbres extérieures. Le jeune Macron l’a bien compris il participe activement à l’extension du domaine de Macron.

 

Le débat sur la compétence ou l’incompétence d’un Ministre est de bien mauvaise politique, il n’est que l’instrument d’un projet politique, pas un magicien, il peut être un bon comédien, savoir donner le change, mais quoi qu’il arrive il sera un jour rattrapé par la dure et implacable réalité.

 

Gouverner c’est choisir !

 

Le choix qui a été fait par l’ancien Président et qui a été repris par son successeur, d’une agriculture dite compétitive, tournée vers le grand large, sans véritables protections ni soutien, a et aura dans les années à venir, tout particulièrement dans le secteur laitier, des conséquences lourdes et importantes sur la localisation et la taille des exploitations.

 

Réinventer le modèle, le génie français quoi, je dis chiche et j’attends sans grande impatience ce beau modèle tout neuf qui va tout régler d'un seul coup d'un seul !

 

Ça me rappelle le brillant épisode de la suppression des droits de plantation votée par le Ministre de l’Agriculture de l’ex et, face à la fronde de la CNAOC, madame Vautrin députée de la Marne me dire avec aplomb : nous allons inventer un nouveau modèle ! Mon scepticisme lui déplut, la suite est connue de tous…

 

Pour la fin des quotas laitiers je m'en tiens à mon devoir de réserve mais bon prêcher dans le désert...

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (9) « Eugène et moi nous allons nous marier avant de partir cultiver la vigne et faire notre vin en Australie… »

Nous nous sommes présentés à la Préfecture un peu chiffonnés. L'huissier nous a demandé d'attendre dans un petit salon, on attend toujours chez les hauts représentants de notre République ils ont tant à faire. Nous n'attendîmes pas longtemps, preuve s'il en était que j'étais considéré comme une mouche à merde. Le Préfet nous attendait debout, plus Préfet que Préfet, tiré à quatre épingles, cheveux lustrés, petites lunettes cerclées et costume bleu marine croisé. 

 

Il était flanqué de l’intraitable et omniprésent président Marge. Nous nous serrâmes les pognes. La présence d’Émilia constituait pour moi un atout essentiel, ils allaient devoir marcher sur des œufs. Nous nous assîmes, à la demande du Préfet, autour d’une grande table ovale. Le Préfet s’enquit, avec onctuosité, auprès d’Émilia, de ses préférences : « thé ou café ? » Elle opta pour la première option. «Avec du lait ?» Là ce fut non. Pour nous les mâles ce fut un café. Pour moi sans sucre demandai-je avec un sourire le plus benêt que je puisse afficher.

 

Mal à l’aise, le Préfet, tout en joignant ses mains aux ongles manucurés, s’engagea dans un discours alambiqué sur la situation économique contrastée des vins de Bordeaux, la baisse inquiétante des exportations, la lutte contre la corruption en Chine, le désamour de Paris pour les petits Bordeaux, le bordeaux bashing des réseaux sociaux peuplés d'affreux naturistes sans foi ni loi, les difficultés de Vinexpo à retrouver un second souffle, le prix trop bas du tonneau de Bordeaux, les chicaïas insupportables de Miss Supportable, la mollesse de l'INAO, la chaptalisation des Sauternes et autres joyeusetés. J’opinais constamment du chef, avec une conviction béate, ce qui devait le renforcer dans sa conviction profonde que je n’étais qu’un petit con sans intérêt. Qu’il perdait son temps avec moi. Qu’il avait hâte que cette mauvaise plaisanterie se terminât. Le service commandé n’était pas son fort, il s’essoufflait.

 

Le Président Marge prit le relais en évoquant l'importance de l’implacable escadrille des équivalents Rafale, la perfidie sournoise et  fielleuse des prohibitionnistes, les embuches ineptes de la loi Évin qui faisait que Jacques Dupont venait lui casser les burnes dès le matin, alors qu'il était sur son tracteur pour l'interviewer sur une histoire foireuse de cavaliers, les casses-couilles d’écologistes, les couilles molles de socialos…

 

Là, le Préfet toussa, si par malheur je donnais écho à ces propos il risquait sa casquette. Charitable, je lui vins en aide en assurant le Président Marge de mon constant et indéfectible soutien à son combat. J’ajoutai, pour faire bon poids, que toutes ces années j’avais contribué bien plus que la plupart de mes concitoyens à freiner la chute de la consommation domestique. Moi je buvais au quotidien du rouge, boisson totem, chère au défunt Roland Barthes renversé par une camionnette de chez Nicolas. Là, je brodais pour faire dans le réalisme soviétique.

 

Ce discours roboratif prit de court mes deux interlocuteurs qui restèrent un moment sans voix. C’est à cet instant qu’intervint cette chère Émilia.

 

Elle conta par le menu ma lamentable histoire.

 

Du Dickens teinté d’Hector Malo revisité par le Gilbert Cesbron de Chien perdu sans collier. En fait, du pur jus Jean-Pierre Manchette, un Manchette qui eut une vision forcément arbitraire, certes élégante dans ses choix mais lucide quant à son projet.

 

Pour lui, affirmait-elle, le véritable roman noir, celui qu’il défend, est né outre-Atlantique dans les années vingt. Ce moment historique (1ère Guerre mondiale, révolution bolchevique, capitalisme triomphant) qui voit, dans une plantureuse cacophonie créative, l’irruption de toutes les avant-gardes rebelles du XXe siècle.

 

Elle reprenait son souffle et assénait à nos deux interlocuteurs ébahis :

 

« Des mouvements où la question du langage, et de son pouvoir à la fois créatif et corrosif, est centrale. C’est en effet aux alentours des années 20 que se croisent Dada et Joyce, le cubisme et Kafka, Dos Passos et les surréalistes, Eisenstein et les futuristes. La renaissance du roman noir va s’élaborer en contestation du classique policier à énigme, né dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le genre doit faire sa mue et troquer ses mystères de chambre close, sa psychologie douillette et ses petits jeux logiques pour la violence des rapports sociaux, la lutte des classes et le récit « cinématographique ».

 

Elle concluait superbe :

 

« En un mot, il était temps de remettre le polar sur ses pieds. Et si Manchette fait de Dashiell Hammett l’un de ses principaux maîtres à écrire, il sait rendre discrètement hommage à ceux qui ont inventé, travaillé, peaufiné, le réalisme dit « objectif », « l’esthétique du rapport de police », le fameux style « à chaux et à sable » béhavioriste, et notamment Hemingway et Dos Passos. »

 

La messe était dite, leur attrition était complète. Détruits, laminés, pulvérisés comme dirait Monsanto…

 

Pour achever l’œuvre de ma compagne adorée, ingénu, je leur confiais «si ça peut vous rassurer je ne suis pas l’amant de la baronne des Sables de Sainte Émilion…»

 

De nouveau Émilia rosissait.

 

Elle buvait une petite gorgée de thé avant de confier à nos deux interlocuteurs pétrifiés : « Eugène et moi nous allons nous marier avant de partir cultiver la vigne et faire notre vin en Australie… »

 

Je blêmissais.

 

Le Préfet se répandait en félicitations. Le Président Marge, plus réaliste, me glissait un petit papier écrit à la hâte « Ne touchez pas à notre cloche »

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 09:20
Les Murgers des Dents de Chien Saint-Aubin 1er Cru de chez les Derain poils aux… vins…

Un site de vente de vente, qui nous dit que vendre du vin c’est un métier, pose ce matin une question de la plus haute importance : « Que boire avec des Cuisses de Grenouille ? » Encore un truc à nous faire bien voir de nos amis anglais qui nous traitent à tout bout de vignes de « Frog-eaters » et à déchaîner sur Face de Bouc une prise de bec entre les défenseurs des spécificités françaises, genre je ne mange que des andouillettes locavores de ma belle-mère, et les amoureux et défenseurs des petites bêtes…

 

J’avoue que je ne suis pas amateur de ces cuisses-là, non pour des raisons de militance pour la cause des animaux mais parce que, contrairement à Alexandre Dumas qui, dans son grand dictionnaire de cuisine : note que « Bien des médecins du Moyen Âge se sont opposés à ce qu'on mangeât cette viande qui cependant est blanche et délicate et contient un principe gélatineux plus fluide et moins nourrissant que celui des autres viandes. », je n’apprécie pas.

 

Dumas relève que c’est une tradition ancienne puisqu’ « Au seizième siècle pourtant, les grenouilles étaient servies sur les meilleures tables, et Champier se plaignit de ce goût qu'il regarda comme bizarre, et il y a un siècle à peu près qu'un Auvergnat, nommé Simon, fit une fortune considérable avec les grenouilles qu'on lui envoyait de son pays, qu'il engraissait et qu'il vendait ensuite aux premières maisons de Paris où cet aliment était fort à la mode. »

 

Alors pourquoi vous faire tout un plat des cuisses de grenouilles ?

 

Pour rien, ou presque, mon esprit d’escalier associant toujours l’évocation de ce plat à la chanson de Pierre Perret : « Cuisses de Mouche »

 

Sa petite paire de noix gonfle un petit poil sa minijupe

Elle a des gambettes comme un fil à couper le roquefort

Ses petits œufs au plat sous son chemisier me préoccupent

Autant que le joli sourire qui lui sert de passeport

 

C'est pour ça qu'on l'aime dans notre HLM

Chez le beau Riri ou dans le bistrot de la mère Tatzi

On l'appelle Cuisse de Mouche fleur de banlieue

Sa taille est plus mince que la retraite des Vieux

Elle chante tout le temps sans finir sa chanson

C'est la faute bien sûr à ses tous petits poumons…

 

Et, comme je n’hésite devant rien, je descends encore plusieurs marches de mon esprit d’escalier pour vous confier que Pierre Perret va bien à Dominique Derain, le vigneron de Saint-Aubin, dont la devise plaira beaucoup à l’association des philosophes amateurs de vins sans poils :« Un rien naturel...Le vin dans son expression naturellement. » Dom Derain.

 

 

Voilà la boucle est bouclée et sans me ramasser la gueule dans mon escalier je peux maintenant vous affirmer :

 

- J’aime beaucoup le Saint-Aubin…

 

- J’aime beaucoup les vins de Dom Derain

 

Donc, syllogisme impeccable, j’ai adoré Les Murgers des Dents de Chien Saint-Aubin 1er Cru 2013 de Dom Derain, au restaurant Les Climats le jour de la Saint-Jacques.

 

Une merveille de finesse, de fraîcheur, ample en bouche, qui provient d’une parcelle de 35 ares situé au-dessus du Montrachet! Sol calcaire marbrier (comblanchien) et terre rouge ferreuse, vigne d'une trentaine d'années en chardonnay vinifié comme l'ensemble du domaine en fut vieux sans aucun intrant pour valoriser le lieu et le millésime.

 

« Bon jeune et bon vieux. Ce premier cru sera peut-être classé grand cru un jour... » dit le Dom, ha, ha ! et je n’ajoute pas Ding, ding, dong car là je verserais dans le Bordeaux Bashing cher à Isabelle Supportable grande copine du Dom.

 

De mon côté j’ai réservé, avant que les prix flambent, quelques flacons de ce nectar en millésime 2014.

 

Et vous allez me dire : tu manges quoi avec cette merveille ?

 

Du homard bleu breton saisi, bouillon de carapace parfumé à la verveine fraîche, fricassée de girolles et abricots du chef des Climats : Julien Boscus.

 

Saisi, vous avez écrit saisi, oui, barbare je suis, mais comprenne qui pourra pour les beaux yeux d’une reine on ne compte pas, on n’est pas à une contradiction près…

 

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (8) Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry

Je fis semblant de ne pas voir le léger trouble qui avait envahi ma nouvelle et belle amie.

 

Avant de faire route vers la Préfecture de la Gironde nous décidâmes de manger des sardines à l’huile arrosées d’un beau petit Clairet du château Mandigot. Je dis à Émilia : « Ça me fait penser à ma mémé de Saint-Guénolé… »

 

Mon âme allégée baignait dans la félicité. Pour la première fois de ma vie j’étais bêtement heureux.

 

Dans un accès de lyrisme je citai un chroniqueur occupant dans le monde du vin une surface médiatique enviée :

 

« J’aime les presqu’îles. Tout est dans le presque, comme l’épaisseur d’un petit trait d’union. Celle de Talmont sur Gironde, promontoire surplombant les eaux mêlées du plus grand estuaire d’Europe, offre au simple promeneur qui sait prendre le temps de s’attarder face à l’estuaire dans l’enclave qui ceint l’église romane, un sentiment de bout du monde qui le fait communier avec les éléments et atteindre le sublime. Alchimie régénératrice où la lumière sculpte la pierre, tire de la couleur compacte des eaux et de la matière déchiquetée de la falaise, un tableau sans pareil. Comme l’écrit Jean-Marc Soyez « En pays royannais, la Gironde n’est pas un fleuve impassible. La plus grande frayère d’Europe est un carrefour en perpétuelle turbulence, où se heurtent et se mêlent des eaux contraires. Deux fois par jour, l’Atlantique y renouvelle le mythe forcené de Sisyphe, repoussant en vain les eaux de Dordogne et de Gironde…

 

La renommée contemporaine de Talmont doit, dit-on, beaucoup aux chemins de fer et à Malraux. En effet, après 1955, une de ces affiches dont la SNCF avait le secret, exposait dans les gares et les wagons la superbe église romane dédiée à Ste Radegonde, reine de France, « morte en odeur de sainteté à Poitiers, en 587 ». Malraux, Ministre de la Culture, exigea qu’on l’apposât dans le passage donnant sur le Palais Royal. La montrant à des visiteurs il déclarait de sa voix au vibrato étrange

 

«Voyez ces pierres sublimes, indifférentes aux rumeurs des âges… »

 

Et de rappeler à Émilia l’immense SAGA de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC, qui du 20 juillet au 20 août 2011, du 20 au 20 quoi, se révéla être l’équivalent de l’Ouragan sur la Caine.

 

Pompeux, je pontifiait :

 

- Démonstration que la légèreté permet souvent d’aller bien plus au fond des choses que les lourdes démonstrations. Faire dans le sérieux n’est pas forcément gage de pertinence.

 

J'ajoutais en rigolant :

 

- Bien évidemment tout ça n’était que pure fiction.

 

- Raconte-moi !

 

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier.

 

Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporains et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson.

 

De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

 

 

Mon petit coeur il faut que nous y allions, l’intégrale de cette œuvre feuilletonnesque sans équivalent emplie de phrases cultes telle que celle-ci « Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry » C'est du LOURD très chère et c'est : ICI

 

Trêve de souvenirs il nous fallait filer grand train jusqu’au blockhaus de Mériadeck.

 

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 07:00
FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE du n°1 d’EN MAGUM de Bettane&Dessauve

Comme je ne suis qu’un pauvre petit blogueur insolent dépourvu de surface médiatique, au contraire du rédacteur-en-chef d’En Magnum, je n’ai pas eu le privilège de recevoir le N°1 de ce nouveau-né de la presse du vin en service de presse.

 

Face à mes intenses regrets, ma grande affliction, un vigneron compatissant, m’a expédié par la Poste l’exemplaire qu’il avait acheté, pour un usage dont je tairai la destination, merci à lui.

 

Je l’ai reçu le jour où je partais me balader en Suisse j’ai donc déposé EN MAGNUM dans mon sac de voyage. Seule critique que j’oserai formuler : pas pratique le format qui me semble plutôt destiné aux salles d’attente des professions libérales qu’aux lecteurs nomades.

 

Après examen et lecture, sans problème vu le nombre de pages à lire, j’ai estimé qu’il y avait si peu ou pas de grains nouveaux à moudre et que ça ne valait pas le coup de chroniquer.

 

Si par hasard, l’un ou l’une de vous, ayant acquis honnêtement le N°1 d’EN MAGNUM, et qui ne s’est pas contenté de visionner les images, veut se fendre d’un point de vue je suis preneur.

 

Merci par avance.

 

Moi je me contente de vous communiquer la FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE d’EN MAGUM

 

POIDS : 445 g

 

HAUTEUR : 34 cm

 

LARGEUR : 23,5 cm

 

130 pages officielles

 

38 pages de publicité dont la 4e de couverture (dont 12 Bordeaux, 8 champagnes, 6 Provence…

 

26,5 pages de textes signés plus l’édito de Thierry Dessauve.

 

Le reste photos, 7 pages de notes de B&D sur les Primeurs de Bordeaux 2014 (rien au-dessous de 15,5/20, 4 pages champagnes d’été, 4 pages 60 nuances de plaisir pas cher) et 1 page pour 1BD…

 

Prix : 5,90€

FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE du n°1 d’EN MAGUM de Bettane&Dessauve
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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (7) : Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°

Les protestations des rois de la vinification s’enlisèrent dans les sables infinis de mon indifférence. Pour les achever je leur assénai « Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°, sur la fin en briques car c’était plus pratique. Un vrai mécène pour Pierre Castel mon paternel… Faudrait lui ériger une stèle ! »

 

Ils s'esclafèrent de concert. J'aurais pu leur montrer mon cul je suis persuadé qu'ils auraient affirmés avec une belle unanimité qu'il était beau.

 

Je fis mon Denisot en leur plaçant une histoire de blonde qui consulte son médecin :

 

- Docteur j'ai mal partout 

 

 

et, joignant le geste à la parole, elle posa son doigt d'abord sur son cou.

 

-  Aïe !

 

Puis sur sa poitrine.

 

- Aïe !

 

Puis sur son ventre.

 

- Aïe !

 

Puis sur sa cuisse.

 

- Aïe !

 

Et le praticien de lui dire :


- Vous êtes une vraie blonde et vous avez le doigt cassé...


Désolé !

 

 

Rires gras et commentaires gratinés.

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi, le couche-tôt, je tenais une pêche d’enfer. Je fis une proposition indécente à mes admirateurs-vinificateurs « Je suis preneur d’une horizontale d’un grand millésime de la crème des GCC de Saint-Émilion. »

 

Ce fut le plus beau flop de ma misérable carrière, seul un branleur dont j’ignorais le nom ironisa « demandez à Jean-Marc Quatrain il adore bourrer le moût des ignorants. C’est son fonds de commerce… »

 

Je me retins de lui rétorquer « et le droit bouchon ça existe aussi pour les cons ? »

 

À ce stade de la nuit, très proche du lever du jour, j’avais une folle envie de me retrouver dans un rade pourri pour siroter un expresso acide et m’empiffrer d’un croissant graisseux, marre de ce binz de faux-culs et de faux-semblants. Mais Bordeaux n’est pas Paris, la nuit on y dort. Après avoir récupéré et endossé des combinaisons au club d’Émilia nous partîmes à moto, à fond les ballons, au long de l’estuaire, par la rive droite, pour rejoindre l’une de ces petites cabanes montées sur pilotis d’où l’on descend les carrelets dans l’eau, située à Port-Vitrezay.

 

Port-Vitrezay, petit port de pêche charentais, se situe en retrait de Saint-Bonnet-sur-Gironde, au lieu-dit « Terres à Raimond », à l'ouest du marais Duchâtel, près du hameau de Vitrezay. Autrefois c’était aussi un petit port de commerce où transitaient vins, céréales et farine. Comme la plupart des ports estuariens des environs : Port des Callonges, Port-Conac, Port-Maubert, Port des Monards… il est de taille modeste et se déploie en bordure d'un chenal, qui forme l'extrémité du canal de la Comtesse, et vient se jeter dans l'estuaire de la Gironde.

 

La cabane était sans confort mais pourvue de tout ce qu’il fallait pour se restaurer. Nous avions acheté des croissants et du pain en passant à Blaye. Émilia nous prépara, sur le réchaud à gaz, un café filtre bien serré. Dans cette bogue posée, haut perchée, au-dessus des eaux de l’estuaire nous nous sentions coupés de tout, libres de nous laisser aller à déballer nos vies. Ce moment rare fut à nous, rien qu’à nous, ce nous dont j’ignorais à peu près tout. C’était la première fois que je trouvais face à moi une belle personne, je tentais de rattraper goulument le temps perdu.

 

Soudain sur la table le Smartphone d’Émilia s’ébrouait. Numéro inconnu, elle hésitait à répondre. Un étrange pressentiment me poussait à lui dire qu’il le fallait. Bonne pioche, c’était le Préfet. Elle me le passait. Ce cher homme couronné de feuilles de chêne voulait me voir de toute urgence. Il me demandait de me rendre à son bureau en fin de matinée, pour 12 heures 30 très précisément. J’acceptais en y mettant une seule condition non négociable : qu’Émilia se joigne à moi. Quoique surpris, face à ma fermeté, le représentant de l’État accepta.

 

Face à nos bols, dans cette cabane du bout du monde, loin du bal des vanités des 2 Rives, nous éclatâmes de rire.

 

Quel cataclysme avais-je donc déclenché pour que le Préfet en personne me convoque de vive voix à venir m’expliquer ?

 

Tout ce petit monde devait penser qu’il y avait anguille sous roche et que la venue d’un petit fouille-merde de mon acabit, fils d’un père vaguement gauchiste, risquait de mettre à jour des secrets enfouis…

 

Ça me trouait. Je soupirais d’un ton goguenard :

 

« Et si je me contentais de demander à ce cher Préfet de m’aider à identifier qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

Pour la première les joues d’Émilia se teintèrent de rose…

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 09:35
Quand les philosophes « s’emmêlent », Onfray le Grand et Olivier Assouly le Petit, le vin nature devient Simplet

Comme j’ai fait Philo pour le bachot je me suis tapé l’enseignement de la philo, à l’Institution Amiral Merveilleux du Vignaux, de l’abbé Raguet, dit «la braguette», un petit homme tout boulot, ensoutané. Pas très sexy la philosophie avec lui, alors je me suis fait mon petit baluchon tout seul. Ce cher abbé, frère du notaire de la Mothe-Achard, a très vite considéré que mon cas était désespéré et m’a foutu une paix royale.

 

La Philo m’a donné mon bachot, 18 sur 20, coefficient 9, ça douillait beaucoup de points pour avoir disserté sur « Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ? »

 

Sans trop ironiser aujourd’hui je me dis « pourquoi les philosophes d’aujourd’hui parlent-ils autant ? »

 

Nos philosophes, et nous en avons un beau paquet, sont des graphomanes invétérés, spécialistes des tribunes, des signatures de pétition, ils forment une corporation haut placée, au-dessus de la vile mêlée, qui a des points de vue sur tout et le contraire de tout. Ce sont les nouveaux curés du XXIe siècle qui nous dispensent depuis le haut de leur chaire le fruit de leurs pensées élevées, tracent la ligne rouge entre le bien et le mal, pointent du doigt nos péchés et, suprême bonté, nous accordent des indulgences face à notre indigence.

 

Ces gens-là ils ont du vocabulaire et ils ne se privent pas de nous l’asséner.

 

Tout ça est parti de l’irruption dans le PAF au cours des années 70 des « Nouveaux Philosophes » BHL en tête suivi d’André Glucksmann, Christian Jambet, Guy Lardreau, Jean-Paul Dollé, des qui ont plus ou moins bien tourné.

 

Des engagés qui étaient ces gars-là, dignes continuateurs du père Sartre juché sur son tonneau aux usines Renault de l’Ile Seguin.

 

Y z’ont fait des petits ! Le plus connu, le plus prolifique est sans contestation le bonze du Bocage normand, Michel Onfray, l’épicurien à la triste figure, le GO de l’Université populaire pour retraités en déshérence et, surtout, grand amateur de vins bien nés, tendance réac bien affirmée.

 

Dans Cosmos il taille un costar aux biodynamistes : «L'exemple anthroposophique du vin biodynamique montre qu'il faut se contenter de ce que la nature nous montre…»

 

« Mais, en cela, le fil s’est rompu entre le païen et l’athée moderne, qui vilipende par ailleurs la pensée magique présente dans toute sacralisation de la nature (diatribe appuyée, et très drôle, contre les théories biodynamiques dans la viticulture). »

 

Là, nous sommes dans la cour des Grands, laissons notre bas-normand à ses dégustations convenues en compagnie de la fine fleur des GCC et intéressons-nous à l’étage du dessous Olivier ASSOULY Philosophe, spécialiste de l'alimentation et du goût.

 

La philosophie mène à tout même à table, et notre Assouly « analyse cuisines et dépendances, à l’aune de Rousseau, Kant, Cicéron, Benjamin ou Artaud… » tout ça dans le Libé du brave Patrick Drahi qui a un sacré appétit.

 

Permettez-moi de rire un chouïa…

 

Ha! la typicité gustative...

 

Ha ! la posture ampoulée et bourgeoise, identifiée à la tradition viticole du notable bordelaise… ça fait très lieu commun réducteur tout ça et je ne sais pas où se niche la philo.

 

Bref, le sieur Assouly, qui n’écrit pas que des conneries, loin s’en faut, devrait confronter ses puissantes pensées à l’épreuve d’u réel un peu plus nuancé.

 

« JE PANSE DONC JE SUIS » telle est sa devise !

 

En plus Assouly boit.

 

Ça va faire plaisir au Président Farge.

 

«Vins naturels» : un cépage se tourne titre très Libé !

 

Mais là ça se gâte et ça mets Antonin, le Pape des vins nus reconnu même par la RVF de ce cher Denis Saverot, dans tous ses états…

 

La bande annonce racoleuse comme toujours à Libé :

 

« En voulant créer un nouveau produit, plus simple à aborder pour les non-connaisseurs, le monde viticole se dirige vers un modèle de goût uniformisé, quitte à perdre des saveurs en route. »

 

Et pourtant ça commençait bien avec citation de Deleuze à l’appui, on n’est pas philosophe pour rien, hein !

 

« Si l’on considère le monde du vin, un phénomène aux antipodes d’une viticulture industrialisée grandit en France - et maintenant dans d’autres pays - avec l’essor d’une viticulture alternative. Tendance qui s’exprime bien au-delà de la dénomination retenue de «vins naturels». Portant en creux un engagement éthique et politique, ces vignerons dissidents refusent l’usage de produits chimiques, utilisent des levures naturelles issues du raisin et soufrent peu leurs vins. Certes, ils ne forment qu’un groupe minoritaire. Mais la force d’une minorité, selon Gilles Deleuze, n’est-elle pas de «forger exemplairement les moyens d’une autre conscience et d’une autre sensibilité» (1) ? En cela, être innovant, voire révolutionnaire, n’implique pas de renverser le rapport de forces à son avantage. Pour preuve, actuellement, l’aura des vins naturels repose, d’un côté, sur le discrédit d’un système agrochimique et, de l’autre, sur la confiance que lui accordent des cavistes, des sommeliers, des restaurants et des amateurs, qui y trouvent l’incarnation d’un modèle enfin désirable de culture et de transformation de la vigne. »

 

Entre les 2 y’a ça 

 

La conclusion est du tonneau de ces philosophes du 3e type qui se piquent de technique et bien sûr d’économie. Un vrai bijou à encadrer.

 

« À terme, en tarissant une source de diversité gustative, ce sont nos propres aptitudes à juger qui s’émoussent. Toute simplification des saveurs et du jugement, poussée à l’extrême au nom de la démocratisation d’une culture élitiste, fait le jeu de la massification d’un marché. A l’avenir, sans doute qu’il importe de refuser toute posture, que ce soit une tendance à la complaisance sectaire ou une signature gustative supposément rebelle, mais stéréotypée et normalisatrice. Dépasser le premier stade, nécessaire et vertueux, de l’enfance impose de se préserver des idées reçues et des dogmes, pour convertir autrement la force extraordinaire des premiers jaillissements. On ne saurait négliger que le vin est un jeu culturel, sérieux à l’aune de ses enjeux écologiques et sanitaires, également un loisir contraint de s’assumer comme objet du goût, superflu, pourvoyeur de plaisir, avec les obligations qui lui incombent : enrichir, densifier, exercer la sensibilité gustative, éveiller et renforcer le sens critique, étendre et parfaire une palette gustative, rendre la dégustation réjouissante. Sans quoi, au lieu de goûter tel ou tel vin, l’on consommera «du vin nature» comme une marque, réduite au rang d’une qualité relativement constante et d’un segment de marché, sous-ensemble intégré d’un système toujours dominant. »

 

Pauvre Sartre, père fondateur de Libé, il doit se retourner dans son caveau… en lisant cette philosophie de caveau…

 

Désolé, pas mieux…

 

 

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (6) : Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion

Après avoir pris congé, de la manière que vous savez, Émilia et moi avons filé jusque Bordeaux pour rejoindre une fête. Nous l’avons fait sur son gros cube, une Ducati Diavel Titanium, bicylindres en L, 1198,4cc, 106 CV, un beau monstre en série limitée 500 exemplaires. Comme nous n’étions pas équipés de combinaisons Émilia ne poussa pas la bête fauve dans ses derniers retranchements mais je dois avouer que ce fut grisant de filer sur l’asphalte en l’enserrant fort par la taille. Comme la chevauchée de moto ne favorise guère la conversation, avant de nous joindre à la fête, nous en avons grillé une sur le quai des Chartrons afin de mieux faire connaissance.

 

Émilia me bluffa. C’était un oiseau rare.

 

Je me sentais gros et laid. Je le lui avouai.

 

Elle me répondit qu’elle s’en foutait.

 

Moi pas, je lui rétorquai-je en lui disant que je faisais mienne l’interrogation de Houellebecq, dans Extension du domaine de la lutte : « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : «Dieu a voulu des inégalités pas des injustices» disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. ».

 

Oui Émilia son Tisserand c’était moi Tarpon Eugène de la seconde génération, un type « dont le problème – le fondement de sa personnalité, en fait – c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… »

 

- Que sera sera… ce qui doit arriver arrivera me répondit-elle en m’entraînant par la main vers l’hôtel particulier où se tenait le pince-fesses.

 

Je dois avouer que, pour la première fois de ma putain de vie, je me sentais à l'aise prêt à affronter les zozos du marigot du beau Bordeaux des châteaux.

 

Là encore, dans cette volière de luxe, je pus mesurer le pouvoir d’attraction d’Émilia sur la faune des héritiers.

 

Ils bourdonnaient lourdement.

 

Elle les ignorait superbement.

 

Nous n’étions pas là pour des plans culs mais pour chaluter les ragots dans le marigot. Le Sonar d’Émilia nous dirigea sans hésitation vers le lieu le plus poissonneux où siégeait la nouvelle compagne de Michel Roncevaux, l’homme des plus beaux tonneaux de Bordeaux, monsieur 100/100. Je ne fus pas déçu du voyage, la pêche fut miraculeuse sans pour autant me donner le moindre indice sur qui pouvait bien coucher avec la baronne des Sables de Saint-Émilion.

 

Pour m’aérer les neurones je fis un raid en direction d’un splendide balcon donnant sur le fleuve. Des fumeurs y tiraient diverses fumées aux arômes pas toujours catholiques. Dans un coin, une grappe de winemakers échangeaient autour de Stéphane Detoutautourdelacour et, à ma grande surprise, j’étais leur sujet de conversation.

 

Plutôt que de disserter sur les raisins mûrs et sains ils se perdaient en conjectures sur mon intrusion dans le fleuve si tranquille de Saint-Émilion.

 

Étais-je là pour enquêter sur les dessous affriolants du nouveau classement ?

 

Quel était mon commanditaire ?

 

Pourquoi m’étais-je rendu à l’invitation du maître du Logis de la Caserne ?

 

Ce privé minable ne pouvait que nager en eaux troubles ?

 

Mais pourquoi était-il accompagné de la belle Émilia ?

 

Quelqu’un affirma que, selon le Nicolas qui ne dit jamais rien pour rien, il y avait là la main de la perfide et redoutable Supportable.

 

Un murmure de désapprobation courru à la seule évocation de ce nom honni de la Bordeaux Connection.

 

Émilia, qui m’avait rejoint discrètement, me tirait par le bras jusqu’à la brochette des rois de la vinification :

 

- Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion…

 

Les princes de l'oxygène manquaient d'air, je les achevai en leur balançant : « Oui, Eugène Tarpon, un nom de poisson...

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