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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 06:00
Sur les conseils d’Alessandra Pierini comme Pline je suis allé pêcher des agoni depuis mon lit dans le lac de Côme…

Taquiner le goujon, faire frétiller la mouche, contempler le bouchon, appâter, ce n’est pas ma tasse de thé, je n’ai pas l’âme d’un pêcheur.

 

Je me contente de pécher ça me donne la pêche.

 

Ceci écrit, né à quelques lieues du port des Sables d’Olonne, je suis amateur de poisson de mer. Pour ceux de terre, c’est plus récent et l’on n’en trouve guère sur les tables de mes cantines habituelles.

 

Alors, vous comprendrez, que dès que j’ai vu que dans sa belle nichée au flanc de l’église Notre-Dame de Lorette Alessandra Pierini vendait des agonis je me suis précipité pour aller en acheter. Ça m’a semblé plus simple que d’aller les pêcher depuis mon lit dans le lac de Côme lorsqu’on habite à Paris.

 

 

Qu’entends-je par cette étrange histoire de lit ?

 

Pas grand-chose comme l’aurait dit Francis Blanche, tout simplement dans le cadre de ma mission d’éducation populaire, j’étale mes références. En effet, selon Pline l’ancien sur le lac de Côme « on pêche presque de son lit les agoni, ces petits poissons séchés servis frits entre deux feuilles de laurier. »

 

Agoni vous avez dit agoni, agoni c’est qui ?

 

« On pêche dans le lac de Guarda, près de Vérone, un poisson gros comme un petit hareng ou une grosse sardine, connu en Italie sous le nom de agoni ou sardine d’eau douce ; car quoique ce lac soit d’eau douce, on trouve à ce poisson un peu le goût de la sardine de mer ; au reste il en a tous les caractères, tant pour les nageoires, que pour les ailerons.

 

Les agons du lac de Côme ne font guère plus grands qu’une forte sardine ou un célerin ; mais ils ont le ventre un peu plus large. On ne transporte ordinairement cette espèce que jusqu’aux environs de Milan & de Mantoue, les uns secs, les autres en barils, où ils font confits avec une saumure : il n’y a point dans ces provinces de poisson plus commun que les agons. »

 

Dictionnaire de toutes les espèces de pêche An IV de la République une et indivisible.

 

Qui sont donc ces agons ?

 

En italien donc l’agone, augmentatif de « ago » aiguille, à cause de la forme allongée de ce poisson, est une alose feinte.

 

En effet, il y a deux espèces d’aloses, l’alose vraie ou grande alose et l’alose feinte ou finte. Elles diffèrent non seulement par leur taille, mais aussi par leur nombre de taches qu’elles portent sur le dos (1 à 5 pour l’alose vraie, 6 à 10 pour la feinte).

 

 

Les aloses sont généralement des poissons migrateurs qui remontent de la mer dans les rivières pour s’y reproduire mais il en existe aussi dans les lacs. Elles sont donc anadromes car elles remontent les cours d’eau et potamotoques car elles pondent en rivière.

 

Maintenant vous savez ou tout ou presque sur les agonis me reste plus qu’à les cuisiner.

 

« La chair des aloses est appréciée, mais elle présente le grand inconvénient d’être porteuse d’arêtes très nombreuses et très fines. Déjà Aristote (IX, 37) qualifiait l’alose de « poisson à trop nombreuses arêtes » et le nom grec de ce poisson, thrissa, est formé sur thrix « cheveu », car ses arêtes sont fines comme des cheveux.

 

Pour rendre l’alose vraiment comestible, il faut prévoir une cuisson prolongée en présence d’ingrédients favorisant le ramollissement des arêtes. Ainsi, dans l’alose à l’oseille, l’oseille n’est pas là seulement pour son goût acidulé – ni pour créer l’allitération – mais aussi sans doute pour faciliter la dissolution des arêtes, encore que cela ne soit pas prouvé scientifiquement »

 

Nos amis italiens sont piégeurs pour nous pauvres mangeurs de grenouilles leurs petits agoni une fois séchés sont baptisés missoltini.

 

L’agoni est donc poisson d’eau douce qui a la gueule d’un poisson de mer l’alose et il ne me restait plus qu’à cuisiner mes missoltini.

 

Vous m’avez suivis chers amis.

 

Avant de me mettre au piano pour cuisiner mes missoltini je me dois de signaler que du côté des poissons d’eau douce, il y eu dans ma jeunesse le brochet au beurre blanc de maman et plus récemment l’Omble chevalier au beurre blanc : recette d’un notaire vigneron

 

Ce fut simple :

 

  • J’ai préparé de la polenta...

  • J’ai mis une poignée de minutes en aller-retour les missoltini sous le grill.

  • J’ai préparé des petites galettes de polenta que j’ai fait dorer sous le grill.

  • J’ai mangé la moitié de mes missoltini tout chaud de la queue à la tête en croquant entre deux bouchées dans mes galettes de Polenta.

  • Comme ces charmants poissons séchés sont aussi salés ça vous donne une belle soif alors j’ai ouvert un Frappato Terre Siciliane 2014 signé Lorenzo Piccione di Pianogrillo

Les autres je les ai mangés froids sur une tartine de beurre...

Lire Le baron de Pianogrillo ICI 

 

« Le lieu-dit de "Pianogrillo", que l'on pourrait s'enhardir à traduire par "plaine du grillon" – ou plus probable "plaine du grillo" (le cépage) –, situé sur les collines d'Ibleo sur l'ancien comté de Modica, jouxte le site d'Akrille, mystérieux comptoir grec qui préfigura la Magna Græcia. Du haut de Pianogrillo tant de siècles vous contemplent monsieur de baron, et l'on comprend soudain votre choix poétique ! Connaissant vos classiques, vous vous êtes s'en nul doute dit à l'exemple de Montaigne, « si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins semons des…vignes ! »

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 06:00
Pouvoir et limites de la paperasse : « Nous avons en France une maladie qui fait bien des ravages ; cette maladie s’appelle la bureaumanie. »

Hier, je vous comptais le dernier avatar de la bureaucratie viticole : le contrôle des plantations voulu par le peuple des vignerons dit-on. Mais, nos nouveaux bureaucrates, lassés d’être accusés de n’être que des paperassiers, ont trouvé la parade : la dématérialisation.

 

Est-ce pour autant la fin de la bureaucratie même rebaptisée technocratie?

 

En 1788, dans son Tableau de Paris, Louis-Sébastien Mercier, chroniqueur de la vie et des lettres parisiennes, définissait ainsi « la bureaucratie » :

 

« Mot créé de nos jours pour désigner, d’une manière concise et énergique, ce pouvoir étendu de simples commis qui, dans les différents bureaux su ministère, font passer une multitude de projets qu’ils forgent, qu’ils trouvent le plus souvent dans la poussière des bureaux, ou qu’ils protègent par goût ou par manie. » Ces hommes, ajoute-t-il, « sont d’autant plus forts avec leur plume, qu’ils sont toujours derrière la toile. » Dans un autre article il estimait la nation menacée par « une race innombrable de tailleurs de plumes, chiffrant, calculant, faisant la ronde et de la bâtarde ». Qu’aurait pensé Charlemagne de ce « régiment de griffonneurs qui immortaliseraient un paiement de douze sols, qui constateraient l’entrée d’un lapin, et qui, à l’apparition d’une bouteille de vin, signeraient le reçu du droit royal avec la date du lieu, du jour et le paraphe. »

 

« Le mot « bureaucratie » apparut pour la première fois dans une édition de la Correspondance Littéraire, la revue bimensuelle de politique, des arts et des lettres animée par Frédéric Melchior, baron de Grimm et dont certains des abonnés comptaient parmi les plus puissants d’Europe.

 

Célébrant les avancées récentes dans la libéralisation du commerce du blé, l’auteur profita de l’occasion pour rendre hommage à la mémoire de feu Vincent de Gournay, l’inspirateur de Turgot et de l’école physiocratique qui avait contribué à populariser la doctrine qu’il avait lui-même baptisée de laissez-faire.

 

Melchior Von Grimm raconta comment Gournay lui disait quelquefois : « Nous avons en France une maladie qui fait bien des ravages ; cette maladie s’appelle la bureaumanie. »

 

Gournay allait même jusqu’à qualifier cette manie de « quatrième ou cinquième forme de gouvernement, sous le titre de bureaucratie. »

 

Le gouvernement des bureaux, celui aujourd’hui de la technocratie triomphante, mais au-delà des sarcasmes, de la satire, de nos plaintes, de la pauvreté des saillies des habitués de face de bouc, d’où nous vient ce désir de bureaucratie ?

 

En effet, l’érection de la bureaucratie est le fruit du désir que les individus modernes ont projetés sur l’Etat depuis environ deux siècles et demi. « Ce désir transcende les besoins élémentaires en terme de sécurité, de prospérité et d’autres bien plus ou moins tangibles. Il transcende les formes de reconnaissance que bon nombre d’entre nous, en particulier issus des minorités raciales, religieuses et sexuelles, exigent de l’Etat. En effet, si de tels besoins peuvent être contentés, de telles demandes satisfaites, en revanche, il est dans la nature du désir de demeurer inassouvi. »

 

« Toute l’histoire de la « bureaucratie » se résume à l’histoire de ce désir qui ne peut être réduit ni à un besoin, ni à une demande… »

 

Elle finit toujours par nous décevoir. « Nous n’obtenons jamais ce que nous voulons. »

 

Au cours des mois qui précèdent la Révolution, les critiques de la bureaucratie allaient « concilier à la fois les revendications essentiellement démocratiques portant sur la légitimité du pouvoir et celles, essentiellement libérales, sur le statut de la société civile. »

 

Cette alliance de circonstance, de deux sensibilités politiques incompatibles, voire antinomiques, permettait de mettre sous le mouchoir les contradictions structurelles du projet libéral-démocratique en tant que tel, qui étaient responsable de la prolifération de la paperasse non seulement pour gouverner, mais pour être gouverné dans le monde moderne.

 

« Cette dénégation avait l’avantage d’occulter une vérité qui apparaissait comme extrêmement perturbante, voire traumatisante. Non seulement la prolifération de paperasses contredisait les principes normatifs qui régissaient le rapport entre l’Etat et la société civile, l’Etat et ses citoyens, mais elle rendait la vie plus difficile aux citoyens, notamment en permettant à de parfaits inconnus d’exercer un pouvoir aussi indicible qu’absolu sur tout un chacun.

»

Cette situation inquiétait les libéraux.

 

« N’avez-vous pas quelquefois eu affaire à des fonctionnaires publics qui abusent de la prééminence que leur donnent sur vous leur place et le besoin que vous avez d’eux, pour se permettre à votre égard des actions ou des paroles qu’ils ne se permettraient certainement pas si, au contraire, ils avaient besoin de vous ? » Jean-Baptiste Say.

 

En 1798, le mot « bureaucratie » entra pour la première fois, de façon modeste, dans le dictionnaire de l’Académie Française : « Pouvoir, influence des chefs et commis de bureau dans l’administration. »

 

Pour Pierre Rosanvallon : « L’humour témoigne de l’impuissance des Français à saisir intellectuellement la croissance de la bureaucratie dans le monde moderne. L’approche pathologique et satirique du problème permet de ne pas en analyser la dimension sociologique. »

 

Pierre Larousse dans son grand Dictionnaire universel du XIXe siècle ironise sur notre bureaucratie : « Y-a-t-il un pays qui puisse, non pas nous contester une prééminence bien établie, mais prétendre même nous suivre de loin sur ce terrain ? »

 

« Proudhon a dit quelque part que la comptabilité en partie double, la science du doit et de l’avoir, avec tous ses comptes qui se contrôlent les uns les autres, était le chef d’œuvre de l’esprit humain ; mais notre bureaucratie est un chef d’œuvre bien autrement admirable, puisque tout ce qui se fait n’y est pas seulement contrôlé une fois, mais l’on y voit le contrôle du contrôle, puis le contrôle du contrôle du contrôle, presqu’à l’infini. »

 

Mais le fonctionnaire poussiéreux, messieurs les ronds de cuir, « le fonctionnaire médiocre, nul, imbécile, pelliculaire, ridicule, râpé, pauvre impuissant… » cher à Michel Foucault a laissé la place au haut-fonctionnaire flamboyant issu de l’Ecole Nationale d’Administration grande pourvoyeuse du sérail politique et de ses diverticules.

 

Ainsi nous avons atteints la quintessence de la bureaucratie et schizophrènes nous nous enorgueillissons de notre superbe et impuissante Cour des Comptes, présidée par un ancien politique par la grâce de Nicolas Sarkozy, alors qu’elle n’est que le miroir emblématique de nos frustrations.

 

Je pointe avec ironie, que c’est une bouture issue de ce sérail, qui n’a pas passé par la case élection, qui séduit les français et même jusqu’à une grosse partie des troupes de Mélanchon, j’ai nommé Macron.

 

Est-ce aussi étrange que ça en a l’air, et n’en déplaise à cette bourrique de Hamon, Macron n’est pas que la nouvelle coqueluche du tout-Paris, il symbolise, à tort ou à raison, l’antidote à une gauche étatiste, jacobine, règlementariste, appuyée sur ses bataillons de fonctionnaires organisés en bastions syndicaux.

 

Rien que pour rire : « Qu’est-ce que vient fiche la DGDDI dans la gestion de la viticulture au XXIe siècle ? »

 

Je me rappelle de la réponse que me fit Charasse, tirant sur son Puros et ses bretelles tapageuses dans son bureau meublé empire de Bercy, à propos du reclassement des douaniers dans les services de la viticulture après la création de l’espace Schengen : « Que veux-tu que j’en foute ? »

 

Lorsque Jacques La Goff occupa la fonction de présidant de ce qui était alors la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études, il souhaita qu’une personne se consacre à prendre de la hauteur pour considérer la place de l’Ecole en France comme à l’étranger et envisager son avenir. Il décida de s’adresser à Barthes et, à son grand étonnement, après un délai de quelques jours, celui-ci accepta.

 

« Le résultat pouvait être tour à tour comique ou profond. Le Goff évoque le souvenir de quelques séances de travail avec des fonctionnaires ministériels assis dans un silence gêné pendant que Barthes lisait attentivement la moindre proposition qu’ils avaient apportés. Mais sa présence n’était jamais aussi remarquée que lors des réunions du vendredi matin, quand les membres du bureau se réunissaient pour discuter des affaires quotidiennes de l’Ecole. « Au détour d’une page du budget l’épistémologue s’éveillait, et tout comme il a déclaré être heureux quand il était possible de dramatiser la science, il nous donnait le bonheur de dramatiser la paperasse […] À la « fatigue » du langage il nous conviait à substituer la « fraîcheur du langage », donc de la pensée. Devant da tasse de café vide, son cendrier bourré d’énormes mégots, Roland, comme un magicien, nous emportait sur un tapis volant autour du bureau. »

 

« Pendant deux ans et demi il fut – dans ses responsabilités – un Juste, un Poète et un Travailleur, exact, discret et amical. »

 

Moi, Président de la République, je vous emporterai sur mon tapis volant, serai Travailleur, Juste et Poète…

 

Source : Le démon de l’écriture Pouvoir et limites de la paperasse Ben Kafka zones sensibles

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Grande victoire, tous unis derrière les bannières syndicales et les gouvernements de toutes couleurs, après avoir voté la fin des droits de plantation, la France a, lors de la négociation de la réforme de la politique agricole commune en 2013, obtenu le maintien de ce système de régulation européen.

 

Clap de fin, bel exemple d’Union Nationale, des champenois aux languedociens en passant par Bordeaux et la région délimitée de Cognac.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE – Mise en place d’un nouveau dispositif européen de gestion du potentiel de production viticole au 1er janvier 2016 

 

Vive la politique du petit robinet pour l’ensemble des types de vins (AOP, IGP et VSIG) et sur tout le territoire !

 

Sus aux barbares qui n’ont pas de territoire !

 

Érection d’une superbe usine à gaz à 3 étages, pyramide inversée, en haut la noblesse de sang des appellations, au-dessous celle de la moyenne bourgeoisie des ex-vins de pays qui copie, et sur la pointe la piétaille pourvue d’un tout petit robinet.

 

Bien évidemment, même si le gaz est à tous les étages, le principe des vases communicants n’est pas de mise, on ne mélange pas les torchons et les serviettes même si sur les marchés beaucoup de vins AOP-IGP sont au prix des torchons et des vins de France au prix des serviettes.

 

Pas grave, l’important c’est de réguler le potentiel de production par une belle et somptueuse procédure administrative comme les aiment les permanents des organisations professionnelles et leurs correspondants de l’administration.

 

Il est vrai que l’ancienne procédure avait fait ses preuves tant dans le beau vignoble de Bordeaux que de celui voisin des Charentes. La gestion politico-administrative est toujours très performante car elle développe un grand sens de l’anticipation.

 

Y’a un petit côté Gosplan dans notre goût immodéré de mettre en place de lourdes mécaniques administratives verrouillées par les tenants de l’immobilisme, genre marteau-pilon pour taper sur la tête d’un petit clou.

 

Dans le même temps où ces belles usines à gaz s’érigeront nul ne s’exonérera de protester contre la bureaucratie.

 

Et qu’on ne vienne pas m’accuser d’être un adorateur de la dérèglementation, la soi-disant régulation de l’offre par celle du potentiel de production est une plaisanterie de garçons de bain qui amuse la galerie de nos chers élus du vin. Les rendements et l’enrichissement systématique ça existe je crois.

 

Bref, c’est tout bêtement la défense corporative de son pré-carré.

 

Si vous pensez que je pousse le bouchon trop loin je vous invite à lire ce qui suit :

 

Chaque année, la France rendra disponible des autorisations de plantations nouvelles correspondant au maximum à 1 % de la superficie nationale totale plantée en vigne. Le nouveau dispositif prévoit par ailleurs des mesures de régulation du potentiel en cas d’excédent de l’offre ou en cas de risque de dépréciation importante d’une indication géographique (AOP ou IGP).

 

Ces autorisations sont incessibles et octroyées à titre gratuit pour toutes les catégories d’autorisations (plantations nouvelles, replantations, replantations anticipées ou droits convertis).

 

Le nouveau dispositif permet une régulation du potentiel de production. En effet, en cas d’excédent de l’offre ou en cas de risque de dépréciation importante d’une indication géographique (AOP ou IGP), cette régulation peut se traduire par :

 

  • la réduction de la superficie disponible au niveau natio­nal pour les plantations nouvelles,

  • la mise en place de contingents de plantations nou­velles à un niveau régional, le cas échéant par segment ou AOP/IGP,

  • la mise en place de restrictions à la replantation,

  • les obligations liées aux droits acquis dans le cadre d’une autorisation "ancien système" de transfert de droit, d’achat de droit à la réserve ou issus d’un arrachage avant le 31 décembre 2015 sur l’exploitation peuvent, sous certaines conditions, s’appliquer aux autorisations "nouveau système" issues de la conversion de ces droits.
  •  

Tout ça semble beau comme un nouveau chai de GCC sauf que pour la vigne France il faut compter sur 2 Ministères de tutelle : Finances et Agriculture, 2 établissements publics : l’INAOQ et FranceAgrimer et bien sûr les défenseurs des intérêts bien compris de toutes les catégories.

 

Le talon d’Achille du bel édifice ce sont les fameux vins sans indication géographique, les ex-vins de table.

 

Décret n° 2015-481 du 28 avril 2015 relatif à la gestion du potentiel de production viticole

 

« Le décret confie au directeur général de l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) le pouvoir de délivrer les autorisations individuelles de plantation prévues pour les vins sans indication géographique. Il prévoit, par ailleurs, des procédures de consultation des différents acteurs du secteur sur l'évolution du potentiel de production viticole ainsi que sur les demandes de contingents et précise la procédure de classement des variétés de vignes pouvant être commercialisées.

 

« En ce qui concerne les vignes destinées à produire des vins bénéficiant d'une indication géographique protégée, les critères, dont certains ont une portée nationale, et les contingents d'autorisations de plantation sont, après avis de l'Institut national de l'origine et de la qualité et du conseil spécialisé de la filière viticole de l'établissement mentionné à l'article L. 621-1, arrêtés conjointement par le ministre chargé de l'agriculture et celui chargé de l'économie et des finances.

 

Le conseil de bassin viticole intéressé, lorsqu'il existe, émet un avis sur les demandes de contingents formulées par les organismes de défense et de gestion pour les vignes destinées à produire du vin bénéficiant d'une indication géographique et les organisations professionnelles pour les autres vignes.

 

Les avis des conseils de bassin sont motivés en tenant compte de l'évolution du potentiel de production de la zone géographique en cause, ainsi que des risques d'offre excédentaire ou de dépréciation d'un ou plusieurs signes de qualité donnés.

 

Le comité national compétent de l'INAO et le conseil spécialisé de l'établissement mentionné à l'article L. 621-1 se prononcent dans les mêmes conditions, au vu, le cas échéant, des avis des conseils de bassin mentionnés au I.

 

Décret n° 2015-480 du 28 avril 2015 relatif à la gestion du potentiel de production viticole

 

En ce qui concerne les vignes destinées à produire des vins ne bénéficiant ni d'une appellation d'origine protégée ni d'une indication géographique protégée, les ministres chargés de l'agriculture et du budget fixent, par arrêté, après avis du conseil spécialisé de la filière viticole de FranceAgriMer et, lorsque les vignes concernées se situent dans une zone couverte par une appellation d'origine protégée ou une indication géographique protégée, de l'Institut national de l'origine et de la qualité :

 

«-les critères objectifs et non discriminatoires d'éligibilité et de priorité en vue de l'attribution des autorisations de plantation ;

 

«-les contingents d'autorisations de plantation, après s'être assurés de la viabilité des projets concernés.

 

« L'avis de l'Institut national de l'origine et de la qualité est également requis pour toute autorisation de plantation de vignes destinées à produire du vin à l'intérieur d'une aire délimitée d'appellation d'origine ou d'indication géographique.

 

« II.- Les autorisations mentionnées au I sont délivrées par le préfet de département du siège de l'exploitation, sur proposition du préfet de bassin viticole lorsqu'il existe. »

 

Consulter : Autorisations de plantation de vigne - Le nouveau dispositif européen

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 06:00
Dans la province de la « bonne chère » les vins bourguignons battaient à plate couture ceux de Bordeaux

Inlassablement, contre les vents et marées contraires, affrontant les effluves nauséabondes de face de bouc, résistant au déclinisme ambiant, ferraillant contre la bêtise, je poursuis mon œuvre d’éducation populaire sans afficher la pauvreté de mon extraction.

 

C’est mademoiselle Brye qui, à l’école Sainte-Marie, m’a fait aimer l’Histoire de France passionnément.

 

Je crois que c’est ainsi que l’on devient Français, j’ose écrire que c’est ainsi qu’on aime son pays.

 

Vercingétorix à Alésia, Clovis, le vase de Soissons, la succession de nos rois, Roland à Roncevaux, Mazarin, Richelieu, Marie de Médicis, Sully, Turgot, les montagnards et les girondins, Bonaparte au pont d’Arcole, la Commune de Paris, le petit père Combes, Clémenceau le Tigre, Jaurès, Léon Blum, le colonel de Gaulle, des dates, des batailles Bouvines, Azincourt, Fleurus, la Marne… des traités, le camp du drap d’or, du sang, des trahisons, des grands hommes… des érecteurs de cathédrales… le terreau sur lequel j’ai grandi et qui me tient debout dans un monde fragmenté alors qu’on le dit globalisé.

 

Alors ce matin je vais faire dans la légèreté en évoquant les cartes allégoriques très en faveur aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

La Géographie galande

 

« Quatre provinces » forment le royaume de Galanterie.

 

« Situé entre la mer d’Imprudence, au sud, et les monts de Despence, au nord, ce royaume est divisé en quatre provinces : l’Opulence, le Jeu, l’Amour, la Bonne chère.

 

Les fleuves Politesse, Délicatesse, Appétit, Profusion et Ragoust irriguent cette dernière province, avant de se déverser dans le lac de Gourmandise… »

 

« Huit des dix villes situées en Bonne Chère existent réellement. Elles doivent leur présence à la géographie gourmande du XVIIe siècle :

 

Angoulême, promue capitale de la province – faut-il voir la réputation de ses pâtés ? –,

 

Mayence, sans nul doute pour ses fameux jambons et,

 

Pour leurs vins, Beaune, Condrieu, Chablis, Frontignan, réputé pour son muscat, la Ciotat et Mâcon. Quant aux villes de Graves et de Muscat, elles portent des noms de vins.

 

« La carte gastronomique dressée étant avant tout celle du vin – le jambon permet de pousser les hôtes à en boire toujours davantage – il est tentant de comprendre le statut de capitale octroyé à Angoulême peut-être moins comme (re)connaissance de ses pâtés, bien que les pâtés soient également associés à la consommation de vin, que comme l’évocation d’une expression proverbiale, attestée dans les années 1640 :

 

« Allé en Angoulesme, par la mesme allusion d’engouler, avallé, beu ou mangé ».

 

La présence de Malines ne laisse pas d’intriguer dans cette province de la bonne chère, si ce n’est pour appeler une autre locution proverbiale du Grand Siècle, « envoyer au païs bas », autrement dit boire les vins évoqués par les autres noms géographiques cités.

 

« Quoi qu’il en soit, la carte lie explicitement les plaisirs de la bonne chère à la qualité de mets et de vins indiquée par une origine géographique réelle… »

 

« La bonne chère cartographiée est très française, tant au sens strict de « françois » – la sous-représentation des vins du Bordelais, dont la présence se réduit à la seule ville de Graves, et la sur-représentation du vignoble bourguignon laissent à penser à une géographie gourmande d’un buveur du nord de la Loire – que par six des huit ville inscrites qui existent déjà. »

 

Source : Festins, ripailles et bonne chère au Grand Siècle de Florent Quellier chez Belin

Dans la province de la « bonne chère » les vins bourguignons battaient à plate couture ceux de Bordeaux
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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 06:00
1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol
1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol

Dans son livre « libérez le goût », Carlo Petrini, révèle dans son premier chapitre : Au commencement, il y eut le vin :

 

 

« Je revois très précisément l’image de Beppe Colla, alors président du « Consorzio Barolo Barbaresco », pleurant devant les caméras de télévision après le scandale du vin au méthanol. Des larmes difficilement contenues par un homme désespéré, mais fier. En ce début du mois d’avril 1986, la totalité de la filière vinicole italienne semblait ruinée. Le blocage aux douanes et le déclin firent les exportations de 37%, si bien qu’à la fin de l’année le secteur avait perdu le quart de sa valeur. Je garde une impression forte de cette période vécue aux côtés de mes amis producteurs des Langhe. Les larmes publiques de Beppe Colla n’exprimaient pas seulement le simple désespoir d’une honte intolérable et la perspective de pertes économiques énormes : c’était beaucoup plus que ça.

 

Ce désastre, qui a définitivement changé le monde du vin italien et causé la mort de vingt-trois personnes, révéla des liens de cause à effet restés invisibles jusqu’ici. Les vies de milliers de bons producteurs étaient impliquées, des gens qui faisaient du vin parce qu’ils faisaient du vin parce qu’ils y avaient investi toute leur vie. »

 

[…] Le scandale du vin au méthanol avait révélé à l’Italie que l’œnologie était non seulement reliée à un important secteur économique, avec toutes les retombées potentielles dans les autres domaines, mais surtout qu’elle était intimement liées à ces vies jetées sur le pavé à cause d’une spéculation de malfrats, de ceux qui travestissaient le vin à coup d’alcool méthylique, justement détaxé depuis peu. Et la vie de ces gens, qui cultivaient et transformaient, c’était aussi la vie des territoires, leur fertilité, leur tissu social, leur culture, leur écosystème. »

 

Ce fut la naissance d’Arcigola la première version de Slow Food qui fut officialisée en ce même été 1986.

 

Mi-86 j’arrivais au siège de la SVF et cette vieille maison venait de bloquer in-extrémis à Modène des wagons de vins italiens frelatés au méthanol (alcool de bois). Le vent du boulet était passé très près et notre actionnaire majoritaire, les dirigeants du groupe Pernod-Ricard appréciaient que très modérément cette prise de risque. En effet, en Lombardie, la consommation de vin de table mis en bouteille par la société Ciravegna de Narzole (père&fils), province de Cuneo, avait provoqué des dizaines d’empoisonnement et des lésions graves (cécité, dommages neurologiques). 23 personnes étaient décédées. Cette société avait ajouté des doses élevées de méthanol pour augmenter le degré du vin à des coûts plus bas que le sucre sans vraiment mesurer les conséquences de cette fraude. Celle-ci, beaucoup plus large, mettait en cause 60 entreprises et entre mi-décembre 85 et mars 86, 2,5 T de méthanol avaient été adjoints au vin.

 

Ce scandale fera chuter les exportations de l’Italie de 37% en volume et de 25% en valeur, et provoquera un électrochoc tant dans ce pays qu’en France où les fameux VDPCE (vin de différents pays de la Communauté Européenne) en avaient pris un sérieux coup sur la casquette.

 

Du côté français il est intéressant de lire les questions posées au gouvernement et les réponses données.

 

Question écrite n° 00557 de M. Louis Virapoullé (La Réunion - UC) publiée dans le JO Sénat du 01/05/1986 - page 652

 

M. Louis Virapoullé attire l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la privatisation, chargé du commerce, de l'artisanat et des services, sur le fait que des vins en provenance d'Italie, et contenant une dose de méthanol supérieure aux normes admises, ont pénétré sur le territoire français. Il est établi que ces vins, dénommés sous le nom de vins frelatés, ont provoqué plusieurs morts en Italie. Il lui demande : 1° de bien vouloir lui préciser si ces vins ont été livrés aux consommateurs et dans quelle proportion ; 2° les dispositions que le Gouvernement entend prendre pour qu'un contrôle rigoureux et sans faille soit exercé en France en ce qui concerne les vins dont il s'agit. - Question transmise à M. le ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de la privatisation.

 

Réponse du ministère : Économie publiée dans le JO Sénat du 07/08/1986 - page 1129

 

-1 Dès l'annonce de l'existence de cas d'empoisonnement en Italie par absorption de vin frelaté au méthanol, les services de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de la direction générale des douanes et des droits indirects ont procédé au blocage, ainsi qu'à un échantillonnage, à des fins analytiques, des différents types de vins italiens détenus aussi bien par les importateurs français (notamment à Sète et à Marseille) qu'à tous les stades de la commercialisation.

 

Du 26 mars au 11 mai 1986, 2 944 prélèvements ont été ainsi réalisés portant sur un volume de 422 000 hectolitres. Trente-six analyses seulement se sont révélées non conformes pour un volume de 28 000 hectolitres. Cette présence de méthanol à des doses anormales a été mise en évidence essentiellement sur des vins détenus en vrac au stade de l'importation. La rapidité et la multiplication des prélèvements d'une part, le blocage des vins suspects d'autre part, ont permis d'éviter la livraison de vins italiens au méthanol aux consommateurs français. Il faut également souligner la liaison étroite qui s'est établie, dès le début de ces opérations, entre l'administration et la profession.

 

- 2 Depuis le 29 mars 1986, l'exportation des vins italiens est subordonnée à la production d'un certificat d'analyse délivré par les laboratoires agréés par le ministère de l'agriculture italien précisant le taux de méthanol, par millilitre d'alcool, et attestant que la quantité de méthanol relevée ne dépasse pas les doses admises. De plus, les services douaniers français continuent à procéder à des analyses sur tous les produits à base de vin ou d'alcool en provenance de ce pays.

 

Question écrite n° 02483 de M. Roland Courteau (Aude - SOC) publiée dans le JO Sénat du 14/08/1986 - page 1149

 

M. Roland Courteau expose à M. le ministre de l'agriculture que « l'affaire du méthanol » a des conséquences très importantes : dans l'immédiat, la chute de la consommation et des exportations de vins italiens permet aux Italiens d'avoir un stock supérieur à celui de l'année dernière, de l'ordre de 6 millions d'hectolitres. Dès lors, et selon certaines informations, il semblerait que les Italiens se précipiteraient à l'exportation, à un prix très inférieur au niveau des prix français. Les professionnels français de viticulture s'inquiètent de ces pratiques et demandent au ministre de l'agriculture de contribuer à mettre fin à ces opérations de dumping contre lesquelles aucun groupement de commercialisation, aucun viticulteur français ne peut résister. Il lui indique qu'il ne s'agit pas de faire le procès de la viticulture italienne mais bien de la filière d'importations qui conduirait à la ruine aussi bien les viticulteurs français qu'italiens. Il souhaite donc que lui soient précisées les mesures qu'il compte prendre.

 

Réponse du ministère Agriculture publiée dans le JO Sénat du 01/01/1987 - page 9

 

Le scandale des fraudes découvertes sur des vins italiens coupés au méthanol qui se sont, de plus, avérés responsables de la mort en Italie de plusieurs dizaines de personnes, démontre de nouveau à quel point des malversations commises par certains opérateurs peu scrupuleux peuvent avoir des conséquences désastreuses et dramatiques. Face à une telle situation, le Gouvernement français, qui a toujours veillé à ce que ses services de contrôle, tant de la répression des fraudes que de la direction générale des impôts ou de la direction générale des douanes, s'assurent du respect des dispositions réglementaires prises dans le secteur viti-vinicole, juge indispensable que les autres pays producteurs et notamment ses partenaires de la Communauté économique européenne prennent également les mesures nécessaires pour garantir la qualité de leur production. Malheureusement, des événements aussi pénibles, mettant en jeu des vies humaines, discréditent sérieusement l'image d'un produit consommé traditionnellement depuis des millénaires, et portent gravement préjudice à l'ensemble de la profession viticole.

 

Dans ces circonstances, une mesure visant à interdire le coupage entre les vins français et les vins des autres Etats membres de la C.E.E. ne constituerait qu'un palliatif insuffisant pour juguler la crise : il faut obtenir au niveau communautaire un renforcement du dispositif de contrôle de la production viticole. Dans ce cadre, s'inscrit d'ailleurs le règlement relatif à la mise en oeuvre et au financement d'un casier viticole communautaire qui a été adopté par le conseil des ministres de la Communauté au cours de sa réunion des 14 et 15 juillet 1986.

Néanmoins, ces événements ont permis d'établir que la réglementation actuelle en matière d'étiquetage des vins ne permet pas toujours au consommateur de choisir ses produits en connaissance de cause. A ce sujet, le Gouvernement français a demandé que, lorsque le vin résulte d'un coupage entre produits originaires de différents Etats membres, la mention obligatoire « mélange de vins de différents pays de la Communauté européenne » figure désormais en caractères lisibles afin qu'aucune confusion sur l'origine de ces produits ne soit permise. C'est de l'adoption rapide de ces mesures, tant en ce qui concerne le renforcement des contrôles à la production que la clarté de l'information des consommateurs que dépend le redressement de l'image de ce produit. Face à de tels scandales, on peut toutefois affirmer sans crainte que la diversité, la richesse de nos vins français ainsi que le sérieux de l'ensemble de notre profession viticole, constituent les meilleurs ambassadeurs pour promouvoir ces produits à l'intérieur comme à l'extérieur de nos frontières. Le Gouvernement français est pleinement convaincu que tous les partenaires de cette filière qui se sont toujours engagés dans une politique de qualité seront les mieux à même d'assurer la notoriété de notre production.

1986, Beppe Colla président du « Consorzio Barolo Barbaresco » pleurait devant les caméras après le scandale du vin au méthanol
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Dans le cadre de ma mission d’éducation populaire, chère au philosophe multiservices et multimédias du bocage bas-normand, j’avais pensé titrer cette chronique « Une biberonne n’est pas un coteau car elle crapule et fait raison » et puis je me suis dit que ce n’était pas très vendeur comme les thèmes de ONPC (acronyme sur Twitter de l’émission de Ruquier On N’est Pas Couché).

 

Je suis resté très vieille France, celle de La Fontaine et de Madame de Sévigné, qui tenait la plume pour faire chanter les mots loin des 140 caractères de Twitter et le sabir des SMS.

 

La France d’aujourd’hui, de haut en bas, Twitte et beaucoup de couples se défont sous l’effet de textos enflammés entre amants adeptes du 5 à 7.

 

Ha ! Qu’il est loin le « Cleo de 5 à 7 » d’Agnès Varda

 

C’est qui une biberonne ?

 

C’est une femme qui aime boire selon La Fontaine :

 

À la coquette l’attirail

Qui suit les personnes buveuses

La Biberonne eut le bétail

La ménagère eut les coiffeuses.

 

Alors qu’un Coteau c’est un amateur de mets et de vins selon Madame de Sévigné:

 

« Le dîner de M. de Valloire effaça entièrement le nôtre, non pas par la quantité des viandes, mais par l’extrême délicatesse, qui a surpassé celle de tous les Coteaux. »

 

Alors pourquoi crapule-t-elle ?

 

Car crapuler c’est : « boire sans cesse, s’enyvrer salement & continuellement. Cette fièvre luy est venuë après avoir longtemps crapulé, avoir fait excès de vin… » selon Furetière.

 

Et pourquoi fait-elle raison ?

 

Car faire raison : « se dit en débauche des verres de vin qu’un homme boit pour satisfaire au santez qu’on lui a portées. » selon La Fontaine

 

Je bois dit-il, à la santé des dames :

Et de trinquer ; passe encor pour cela.

On fit raison ; le vin ne dura guère.

 

Merci qui ? comme me disait ma mémé Marie...

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 07:00
Raphaelle Bacqué ‏@RaphaelleBacque   Rocard, décoré de la grand croix de la légion d'honneur, répond au président. Fait rare. La voix n'a pas changé

Raphaelle Bacqué ‏@RaphaelleBacque Rocard, décoré de la grand croix de la légion d'honneur, répond au président. Fait rare. La voix n'a pas changé

Je vous ai rencontré, façon de parler, dans les pages de Témoignage Chrétien, alors que je voyageais dans l’autorail omnibus reliant Nantes à la Roche-sur-Yon, seul chef-lieu de département, avec Saint-Brieuc, à donner des scores significatifs au PSU lors des élections municipales. Le docteur Morineau notre candidat était le prototype même du catho de gauche honni par la vieille garde de la SFIO.

 

1968 était passé par là et vous avez été le premier à structurer mon engagement, depuis je ne vous ai plus quitté jusqu’au jour où je vous ai eu, un soir de l’hiver 1981, furibard, au téléphone, la vieille garde mitterrandiste ayant encore frappée pour reléguer votre budget du Ministère du Plan à des heures où tout le monde dort, un samedi. Avec panache et pugnacité vous avez plaidé jusqu’au petit matin et lorsque je suis rentré chez moi, sur mon grand Batavus, à l’aurore si les SMS avaient existé j’aurais écrit : « chapeau »

 

Et puis, un beau jour de juillet 1983, par le fait du Président, vous débarquez au 78 rue de Varenne pour pacifier le terrain bien mal labouré par Edith Cresson. Ce furent les fameux quotas laitiers vilipendés par tous, le dossier miné du vin languedocien dernier avatar d’un Midi rouge hors réalité, la négociation de l’élargissement de l’Europe à l’Espagne et au Portugal, le dossier épineux de l’enseignement privé agricole avec l’ami Guy Carcassonne…

 

Et je vous ai rejoint sur le dossier du vin et des fruits&légumes, j’étais dans mes petits souliers alors, dès mon arrivée, j’ai commis une longue note, vous aimez les notes cher Michel, vous l’avez lue, abondamment annotée et m’avez dit « je vous suis, mais vous allez d’abord aller leur expliquer… »

 

J’y suis allé. Vous aimiez ce dossier. Nous sommes allés au charbon. À la table des négociations, où nous n’étions que 10, vous étiez écouté et nous y sommes arrivés en dépit des réticences du Président. Les accords de Dublin ont marqué le grand virage du vignoble languedocien vers son renouveau.

 

Vous êtes mon seul Ministre que j’ai toujours vouvoyé, une forme de respect qui n’entamait en rien la liberté de nos discussions.

 

Vous avez dit dans une longue interview que vous aviez passé au Ministère de l’Agriculture les plus belles années de votre vie publique. Moi aussi, et comme vous n’étiez pas du genre à propulser vos collaborateurs dans des postes enviés, je prends votre compliment avec une légitime fierté, cher Michel Rocard : « J’ai eu une chance de plus, celle d’avoir effectivement un cabinet fabuleux. Il y a des hasards de carrière partout. J’ai bénéficié, dans un cadre de carrière, de quelques-unes des meilleures cervelles du monde agricole français et disponibles à ce moment-là. Je tiens à citer ici Bernard Vial, Georges Beisson, Bernard Candiard, Jean Nestor, Jacques Berthomeau et François Gouesse, parmi d’autres. »

 

Et puis dans la nuit du 4 avril 1985, Bernard Vial m’a annoncé une nouvelle que nous pressentions : votre départ du 78 rue de Varenne. Nous étions triste mais confiant en votre devenir.

 

Entre 1986 et 1988 je suis parti faire des travaux pratiques à la Société des Vins de France, et j’ai le souvenir d’une dégustation de Côtes-du-Rhône que j’organisai à Chatenay-Malabry dans un foyer social de la mairie de JF Merle.

 

Vint la France Unie, et vous voilà le Premier Ministre de Mitterrand. Mon téléphone sonne et je rejoins à nouveau le 78 rue de Varenne. Souvenir de mon voyage en Nouvelle-Calédonie, sitôt les accords Matignon, accompagnant le Ministre de l’Agriculture sur ce territoire à peine pacifié ; fierté de participer au Comité Interministériel sur la Corse avec les éléphants. Vous résistez aux chausse-trappes de la vieille garde mitterrandienne et nous, les rocardiens estampillés encore nombreux à l’Agriculture nous bénéficions de votre sésame du «parlé vrai» et croyez-moi ça comptait.

 

Lorsque Louis Mermaz, mitterrandien du premier cercle que je connaissais bien, fut nommé à l’Agriculture vous me dites « Berthomeau, restez ! » Alors je restai et lors d’une séance à l’Assemblée vous lui déclarez « C’est un beau Ministère, Louis… »

 

Ce que j’ai toujours trouvé extraordinaire c’est que tous ces éléphants, bouffant du Rocard à toute occasion, s’empressaient de vous inviter lors de leurs meetings électoraux pour défendre leur pré-carré en danger. Et vous, militant de toujours, vous accouriez.

 

« Vous quittez l'hôtel Matignon avec une popularité que beaucoup pourraient vous envier aujourd'hui » a déclaré François Hollande lorsqu’il vous a remis l'insigne de Grand-croix de la Légion d'honneur.

 

Il n’a jamais été des nôtres même si au temps des transcourants j’ai été des signataires à ses côtés d’un texte rassembleur au grand courroux de mon cher Ministre.

 

Le Président de la République a trouvé les mots qu’il faut pour vous rendre hommage : « Ce qui fait votre caractère, c'est cette capacité à vous élever, c'est ce qui a fait l'éclat de votre vie publique. Vous avez servi l'intérêt général, quitte parfois à sacrifier le vôtre »

 

« Vous avez changé l’Etat, vous l’avez rendu moins centralisé, plus juste. Vous avez cherché à apaiser la société et réformer la France. Nul besoin de rupture pour réformer. C’est l’apaisement qui produit la réforme et c’est la réforme qui produit l’apaisement. »

 

« Vous rêviez d’un pays où l’on se parle de nouveau, d’une politique qui serait attentive à ce qui est dit et non à qui la dit. C’est toujours d’actualité, et j’ajouterai : hélas ! »

 

Dans une procédure inhabituelle voulue par le Président vous avez plaidé, dans un discours également très actuel et long : 30 mn, pour le « retour de la parole et du dialogue »

 

« A la différence de toute autre force de gauche partout en Europe, la gauche française est née d’un accoutrement étonnant, unique, entre le marxisme et le jacobinisme »

 

Oui, cher Michel, vous êtes un « rêveur idéaliste et un réformiste radical » et je suis fier d’avoir travaillé à vos côtés. Même qu’un jour vous m’avez dit « j’espère que ça ne vous a pas gêné… »

 

C’est vrai qu’à vos côtés, comme on dit vulgairement, nous en avons pris plein la gueule de la part de nos amis politiques, mais avec le recul du temps, avec vous nous sommes restés fidèles à nos valeurs et l’exemplarité de votre parcours est un vrai bonheur pour qui croit encore aux vertus de l’exemplarité.

 

Vous n’avez pu vous présenter à la présidentielle car nous avons toujours été minoritaires dans ce Parti sans colonne vertébrale, faute sans doute de nouer des alliances d’opportunité, mais face au désarroi de beaucoup d’électeurs et au discrédit de la classe politique, je suis de ceux qui pensent que votre discours de vérité se serait heurté à celui de la facilité si doux aux oreilles de nos concitoyens.

 

Alors nul regret, simplement continuez cher Michel Rocard à faire entendre votre singularité.

 

Prenez soin de vous, nous sommes beaucoup à tenir à vous.

 

Avec mon amitié sincère.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 06:00
Ronald Searle

Ronald Searle

Même si je suis vieux, un vieil homme indigne qui aime les filles, je sais encore marcher sur des œufs pour aborder, sans gants ni fioritures, les sujets qui fâchent à peu près tout le monde sans souci aucun de ménager les copains et les coquins qui « s’aiment » hypocritement sur Face de Bouc.

 

J’assume depuis toujours mes nombreuses contradictions, ça m’a aidé à vivre.

 

Pour écrire ce que je vais écrire j’ai décidé de prendre mon temps.

 

J’observe, je lis, je vis, je me marre sous ma barbe blanchie en observant le jeu de rôles d’une microscopique bataille entre les Anciens et les Modernes du vin.

 

Une de mes belles amies, crapahutant dans le marigot du vin, me faisait remarquer lors de notre dernier dîner que les joutes du petit monde du vin étaient bien dérisoires mesurées à l’aune des graves problèmes de notre Monde.

 

D’un côté, la vieille garde qui se meurt – elle n’aura pas besoin de se rendre, elle est sur une très mauvaise pente, celle qui conduit au cimetière des éléphants.

 

De l’autre, les chevau-légers (c’est la bonne orthographe), qui eux, comme les poneys sauvages, vont là où l’herbe est verte et l’horizon illimité.

 

Joute verbale et scripturale, le combat semble bien inégal entre les gros bataillons des convenus et les petites bandes de farfelus adorateurs des vins nus.

 

Remake de la lutte des classes ou simple guerre en dentelles ?

 

Je ne sais !

 

Mais ce que je sais c’est que face à un rapport de forces quantitativement très disproportionné, y opposer une forme de bras de fer sur le terrain même de ses adversaires relève au mieux de la naïveté, au pire d’un goût immodéré pour le martyr.

 

Et pourtant le jeu vaut pourtant la chandelle, et je suis joueur, joueur de GO, jeu dont le but est de former des territoires, ensembles d'intersections vides contrôlés par le joueur.

 

Le premier de ces territoires est celui de la vigne car c’est là que tout commence, et où presque tout se joue.

 

Là, se situe l’essentiel du combat à mener et c’est là qu’il faut concentrer le tir, bander toutes les forces pour exiger auprès des tenants de l’immobilisme, des aquoibonistes, de décrocher la lune, c’est-à-dire obtenir l’impossible.

 

Au XVIe siècle, l'expression était « prendre la lune avec ses dents », alors face à l’invariante réponse des tenants d’une pratique dite conventionnelle : « ce que vous nous demandez est impossible », je pourrais citer le mot de Napoléon « Ce n’est pas possible, m’écrivez-vous : cela n’est pas français », mais je ne le ferai pas.

 

Je me contenterai de leur répondre : « Donnons-nous les moyens de décrocher la lune et nous la décrocherons ! »

 

Beau défi à relever pour un pays qui se gargarise chaque matin au terroir !

 

Supposons que dans les années qui viennent nous ayons décroché la lune pour la santé de nos sols et de nos vignes aurons-nous pour autant parcouru tout le chemin ?

 

Je ne le pense pas mais chaque chose en son temps, la façon de faire le vin n’engage pas l’avenir de notre planète même si, d’une certaine manière, les tenants du vin nature et leurs frères posent un acte de résistance à la standardisation fruit du système alimentaire mondial global «contrôlé par les multinationales qui font claquer comme un fouet la chaîne de distribution. », et à l’appauvrissement des saveurs et la standardisation du goût.

 

Est-ce là un acte révolutionnaire comme le proclament certains naturistes ? Cette pratique va-t-elle servir de détonateur à une nouvelle révolution verte de l’agriculture mondiale ?

 

En l’occurrence, non, ici en effet c’est la bataille du goût qui est engagée et je pense qu’il faut savoir hiérarchiser les urgences, ne pas à plaisir tout mélanger pour tirer parti de l’essentiel qui se situe dans la vigne.

 

Si l’appellation Révolution culturelle n’avait pas été pourrie par ce gros variqueux de Mao, j’écrirais que c’en est une. Mais, au risque de me répéter, ne tombons pas dans le travers de l’ambigüité chère aux tenants de l’AOC pour tous.

 

Mettons les choses au clair ainsi les consommateurs pourront choisir en toute connaissance de cause.

 

D’ailleurs, lorsque je parcours les allées des salons de vins à poils ou les travées des échoppes de cavistes alternatifs, la ligne de partage entre bio, biodynamie et nature est bien floue.

 

L’important, au-delà des postures, de se la jouer le bon, la brute et le truand sur les réseaux sociaux, c’est de convaincre le plus grand nombre de décrocher la lune. Ensuite, ou plus exactement, dans le même temps il faudra aussi convaincre les buveurs, bien au-delà des petits cercles où l’on débat entre soi en se regardant le nombril, de changer leurs habitudes.

 

Ceci dit, comme l’écrivait Audiard « j’aime les gens fêlés parce qu’on voit au travers… ». Ce sont eux qui veulent décrocher la lune.

 

Je les préfère aux pharisiens et à leurs zélotes qui suintent un ennui et une uniformité si peu en rapport avec leur discours sur la convivialité du vin.

 

Que la fête commence !

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, lutte des classes à Air France « on ne liquidera pas tous les patrons, surtout en France où il y a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

Le rhume surgit souvent par les pieds, les miens glacés m’ont transformé dimanche soir en une fontaine dégoulinante et aspergeante. Que faire ? Un rhume soigné dure 1 semaine et un rhume non soigné dure... 8 jours. Autrement dit : un rhume va toujours guérir spontanément dans les mêmes délais. En conséquence je me suis contenté de choyer l’intérieur de mon nez en lui appliquant une thérapie douce à base de fumigation à l’eucalyptus et de nettoyage au sérum physiologique. Bien sûr je suis resté cloitré à la maison et, la mort dans l’âme je ne suis pas allé déjeuner au Yard. Cela m’a sans doute évité une grosse déconvenue mais je déteste voir mes projets contrecarrés par une force majeure.

 

Le lien est-il totalement rompu ? Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ce n’est pas de mon fait. J’attends. Je l’attends…

 

Mardi j’irai déjeuner à 13 h au Yard.

 

La boucle de la semaine sur les médias et les réseaux sociaux ce fut le spectacle du DRH d’Air France, la chemise en lambeaux, escaladant une clôture en grillage pour fuir une poignée de surexcités vociférant. Comment, dans le climat de tension qui règne dans cette entreprise, les deux parties, la direction et les syndicats, la CGT tout particulièrement, ont-ils, soit mésestimés les risques, soit joués à un jeu dangereux celui de la catharsis. Ma vieille expérience, et ma très bonne connaissance de l’intérieur de cette entreprise – aimer les femmes présente des avantages collatéraux trop souvent négligés – me font pencher pour la seconde branche de l’alternative. Mais à trop jouer avec le feu on se brûle.

 

Le très gauchiste journal les Echos, propriété de ce pauvre Bernard Arnault, a publié une interview d’un chercheur en sciences politiques et spécialiste des conflits sociaux et des syndicats, Jean-Marie Pernot : Air France : « On n’en arrive pas là sans que la direction ait aussi des responsabilités»

 

Comment expliquez-vous et jugez-vous les violences intervenues à Air France ?

 

Je suis avant tout surpris de tout l’engouement et du déchaînement médiatique autour de cette affaire. Il faut remettre les choses à leur juste proportion : c’est un conflit social qui dérape, comme il y en a déjà eu et comme il y en aura encore. Certains ont pété les plombs, c’est un incident d'une triste banalité mais il n’y a pas mort d’homme, il faut passer à autre chose et arrêter le défilé des bien-pensants.

 

Il est aussi facile de ne tourner les regards que vers les syndicats. On n’en arrive pas à de telles situations sans que le management ait aussi des responsabilités. La direction porte une part assez lourde dans la dégradation du climat social, notamment dans sa gestion des annonces, voire sur la versatilité de sa stratégie.

 

Pour qui n’a jamais mis les pieds dans une entreprise, surtout une très grande avec un siège social pléthorique – ce qui est le cas d’AF qui a gardé ses bonnes vieilles habitudes de société nationale – la capacité de lecture des évènements est très limitée. De plus, dans une entreprise de transport, la classe reine, celle qui tient le manche à balais, les commandes du TGV : les roulants de la SNCF, le volant d’un 35 tonnes ou celui d’un bus ou du métro, possède une force de dissuasion quasi-nucléaire. Paralyser l’entreprise et le pays. Alors, on la flatte, on cogère avec elle et, de ce fait, les autres catégories du personnel accumulent des rancœurs. Les gros bras qui ont fait la chasse au DRH venaient de la maintenance, lieu privilégié du syndicalisme radical.

 

Mais ce qui m’a beaucoup plu sur les réseaux sociaux ce sont les postures des révolutionnaires en chaise longue qui, face à leur écran, en tapotant sur leur clavier, bonnes âmes, chantaient les louanges de la tournure radicale prise, selon eux, par la lutte des classes. Violence physique contre violence sociale, les arracheurs de chemise érigés en avant-garde de la classe ouvrière, aidés en cela par le Mélanchon qui aime la castagne lorsque ce sont les autres qui la mènent. Pauvres petits encore dans les jupes de leur mère qui pensent qu’un jean troué aux genoux est le plus grand symbole de leur piteuse révolte.

 

Alors je me suis souvenu de « la Gauche Prolétarienne dirigé par Benny Levy, alias Pierre Victor, le Raïs de la GP, faux clandestin reclus au fin fond de Normale Sup rue d’Ulm, petit brun affublé grosses lunettes d’intello qui donnaient, à son regard «gris et froid comme celui d’un héros de James Hadley Chase» (Claude Mauriac dans son journal Le Temps immobile vol 3 attribue cette description à Gilles Deleuze…), chef suprême d’un noyau dur pour qui la «guerre civile» ne pourrait être menée par la classe ouvrière sans que des flots de sang soient versés.

 

« Soit le patron d’une boîte moyenne, on peut établir la vérité des faits, à savoir qu’il a exploité les ouvriers abominablement, qu’il est responsable de pas mal d’accidents du travail, va-t-on l’exécuter ?

 

Supposons qu’on veuille rallier pour les besoins de la révolution cette bourgeoisie moyenne, qu’on dise qu’il ne faut exécuter que la toute petite poignée d’archi-criminels, en établissant pour cela des critères objectifs.

 

Cela peut constituer une politique tout à fait juste, comme par exemple pendant la révolution chinoise…

 

Je ne sais pas si cela se passera comme cela ici, je vais te donner un exemple fictif : il est vraisemblable qu’on ne liquidera pas tous les patrons, surtout dans un pays comme la France où il y a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

 

 

Souvenir d’une conversation avec mes hommes de la Grande Maison le 31 mars 2013 :

 

- Tu te rappelles de l’équipée de Benny Levy à Palente chez les Lip…

 

Le silence qui s’ensuivit marquait le triomphe du malingre. Il jouissait de son avantage car évoquer devant moi le souvenir du gourou de la Gauche Prolétarienne c’était, il le savait le bougre, me replonger dans un temps où le grand n’importe quoi régnait en maître.

 

- C’était le gros Geismar qui pilotait une vieille 4L vers Palente. Un peu avant l’usine, quelques camarades locaux les attendent. J’en suis car j’étais déjà des deux bords. Quand on s’aperçoit que le Benny est flanqué de Geismar ça gueule sec.

 

- Putain, tu te prends pour un touriste. Franchement si tu pointes ta tronche dans l’usine tout le monde va se dire que les maos viennent foutre la merde dans notre grève…

 

Le pépère Geismar il n’en revenait pas. Ni une, ni deux, il se retrouvait accroupi au fond d’une bagnole qui, deux précautions en valaient mieux qu’une, le déposait sur le quai de la gare de Dijon pour embarquer dans le premier train pour Paris. Pendant ce temps-là, tel un brave visiteur, « Pierre Victor » dont nul ne connaît le visage du côté de Palente, franchit les grilles de l’usine, accompagné de deux ouvriers de chez Renault, sans encombre. Même qu’il se fait cornaqué par un responsable de l’accueil. Tout lui est ouvert, même les AG, à la condition qu’il respecte la libre parole et bien sûr ne participa pas aux votes. Le gars qui les accueille c’est Jean Raguenès, OS chez Lip depuis 3 ans, dont Benny Levy, qui a son service de renseignement, sait que c’est un père dominicain détaché de son couvent qui fut, en mai 68, l’aumônier des étudiants en droit et qu’il a défendu les katangais de la Sorbonne…

 

Duruflé biche, tout le monde l’écoute. Il quête une approbation dans mon regard. Je relance gentiment :

 

- C’était le bon moment pour être présent ! 

 

- Ça c’est sûr, Benny « Pierre Victor » arrivait alors que tout se nouait. Je m’en souviens bien on était le 12 juin 1973 et Comité d’Entreprise devait se réunir pour prendre de lourdes décisions. Depuis que le PDG Saintesprit avait démissionné à la mi-avril, les actionnaires suisses d’Ebauches SA, à qui Fred Lip avait cédé un tiers de son capital, ne l’avaient pas remplacé. Tout le monde subodore qu’ils veulent résister aux japonais de Seiko ou Kelton et aux américains de Timex mais qu’ils n’en ont rien à traire des autres branches armement, machine-outil et mécanique…

 

- Ben dit-donc Duruflé y devrait t’embaucher pour les pages saumon du Figaro, ironisait Merchandeau

 

- Que veux-tu, nous, comme les Lip nous travaillions dans la précision, on en était, pas comme les branleurs de maintenant qui se la pète en baskets et en jeans et qu’on jamais vu la gueule d’un ouvrier…

 

- Entre 68 et l’arrivée de grand con de Giscard qu’est-ce qu’on s’est éclaté avec les barbouzes et les mecs des CDR… Une grande époque que nous ne retrouverons jamais. Nous sommes dans une ère de médiocres, de petites bites sans envergure… surenchérissait Contrucci.

 

- Y’a pas photos les mecs, même si je n’aime pas beaucoup mes curés, Piaget et Raguenès, qui ne pouvaient pas se piffer, c’étaient des couillus et même l’archevêque de Besançon, Marc Lallier, il n’envoyait pas dire ce qu’il avait envie de dire. Pas de la petite bière qui défile pépère de République à Nation, des gars qui sont capables de mettre la main sur le trésor de guerre de Lip. Opération commando à la nuit tombée qui investit la « chambre froide », là où sont stockés le disponible, vingt-cinq mille montres prêtes pour la vente, et qui met ce petit trésor en lieu sûr. Le « casse social » du siècle ! Le camarade Benny Levy à l’impression de vivre le scénario idéal, pur et dur en direct et il est partagé entre le malaise et la jubilation… L’illégalité des larges masses c’est le credo de la GP et ça le fait bander, si tant est qu’il bandât ; mais ce qui le trouble c’est que ce mouvement est entre les mains des révisionnistes modérés, Piaget CFDT et PSU est de ce type de catho dévoué qui n’est pas vraiment la tasse de thé de « Pierre Victor » qui haïssait les syndicalistes légaux.

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 06:00
Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin
Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin

Avec les premiers frimas, la soupe s’impose, même si pour moi la soupe le soir est un plat qui se consomme toute l’année.

 

Comme j’ai mauvais esprit, et que j’ai bien connu le temps de Pierre Poujade, qui tombait la veste, parfois même la chemise (aucune allusion à celle du DRH d’Air France déchirée dans le cadre du renouveau de la lutte des classes) je ne peux m’empêcher de capter dans l’air du temps, les accents populistes chers à ce trublion qui connut son heure de gloire dans les années 50 et qui nous a laissé des produits dérivés, les termes de poujadisme ou poujadiste, qui sont devenus des qualificatifs péjoratifs, désignant des formes jugées démagogiques de corporatisme pour prendre progressivement un sens proche de celui de « populisme ».

 

« Le 12 janvier 1956, aux cris de «Sortez les sortants», 52 députés poujadistes font leur entrée à l'Assemblée. Deux ans plus tard, la V° République «sortira» tout le monde… » écrit Pierre Branca.

 

Pierre Poujade, papetier-libraire de trente-trois ans, conseiller municipal de Saint-Céré Lot qui, avant d'entrer dans la Résistance, en 1943, a abandonné ses études d'architecte pour militer au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, l'un des meilleurs tribuns de sa génération, du Parti communiste jusque dans les rangs de la collaboration.

 

« De Doriot, Poujade a gardé le style d'imprécateur, parlant volontiers en chemise, sans cravate - une curiosité, à l'époque ! -, les deux mains agrippées à la tribune. Mais aussi un mépris sans fond pour le système parlementaire.

 

Avec l'accent rocailleux de son Lot natal, il dénonce de meetings en meetings l'exploitation des «petits» et des «bonnes gens» par les «soupiers» de l'«État vampire», la mise en coupe réglée de la «maison France» par des «éminences apatrides» qu'il faut «pendre haut et court».

 

Il soutiendra François Mitterrand en 1981 et 1988. Et Jacques Chirac en 1995. Non sans avoir milité, jusqu'à sa mort, en 2003, pour un biocarburant alternatif à base de topinambours.

 

Ce dimanche je ne vais pas vous parler des «soupiers», ceux qui vont à la soupe, accèdent au pouvoir en reniant leurs origines ou leurs idées politiques, profitent des avantages du pouvoir, mais de la soupe tout court.

 

Pas celle aux topinambours, chers à la cuisine végétarienne des chefs étoilés, que le Poujade voulait transformer en pétrole vert, mais d’une soupe rare et roborative : la soupe de sarrasin de Bertrand Larcher.

 

 

« Pour obtenir du sarrasin soufflé, faites tremper des graines de sarrasin dans de l’eau pendant la nuit. Le lendemain, égouttez-les, étalez-les sur une plaque à pâtisserie, et faites-les sécher pendant 3 heures au four à 100°C) »

 

Pour faire cette soupe commencez par émincer finement le blanc de poireau et faites-les tremper 30 mn dans l’eau froide puis vous les égouttez bien pour les faire suer 3 mn avec le beurre et la poitrine fumée dans une casserole à feu moyen.

 

Puis ajoutez le bouillon de volaille et portez à ébullition. Laissez ensuite réduire sur feu doux.

 

Faites ensuite griller vos graines de sarrasin soufflé dans une poêle sans matière grasse jusqu’à ce qu’elles changent légèrement de couleur et expriment leur parfum. Versez-les dans la casserole et laissez cuire 15 mn sur feu doux.

 

Ensuite mixez pour obtenir une consistance lisse.

 

Ajoutez lait et crème, salez et poivrez sans excès.

Variations sur le « Aller à la soupe... » … des topinambours de Pierre Poujade à la soupe de sarrasin
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