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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 06:00
Catherine Bernard, vigneronne de la Carbonnelle, fille de l’exode rural et de l’illusion qu’a été l’ascenseur social, livre avec pudeur, dans Une place sur la terre, une belle part d’elle-même.

Pour ceux qui me suivent depuis longtemps sur cet espace de liberté le nom de Catherine Bernard évoque ma vigneronne de la Carbonnelle dans l’Hérault. L’emploi du possessif de ma part n’est là que pour marquer les liens profonds d’amitié et de fidélité qui me lient à elle.

 

Son dernier opus, Une place sur la terre au Rouergue, m’est parvenu le jour où je suis rentré de l’hôpital Cochin. Je l’ai donc lu au lit.

 

Lors de son dernier passage à Paris, alors que nous déjeunions chez Giovanni Passerini, après une halte à la cave ICI MÊME qui vend ses vins, jour à marquer d’une pierre blanche puisque nous décidâmes après des années de vouvoiement de passer au tu. Catherine était ravie, dans le flux de la conversation elle me confia qu’elle avait mis sur le chantier un livre, à mon avis il était déjà écrit, où elle narrerait les raisons profondes qui la poussèrent, en 2004, à abandonner le journalisme pour cultiver des vignes.

 

J’ai lu son récit presque d’un trait et je dois vous confier que je n’ai qu’un seul mot à vous dire : LISEZ-le !

 

C’est Catherine, celle que je connais, celle que je croyais connaître sans avoir encore pénétré dans ses plis et replis intimes, à la fois pudique et sans détours, franche du collier, directe, sans concession à l’air du temps, une belle personne, sans freli-frela.

 

C’est un beau livre, un très beau livre, livre de cœur, de doutes, de franchise, d’humanité avec tout ce que ça signifie d’horreurs, de belles choses, de tristesse ou de joie du quotidien, de vies massacrées, de questionnements.

 

Ce récit, et c’est rare en notre temps où le règne tyrannique de l’instant domine, lamine, abruti, outre qu’il est bien écrit, touche au plus profond, cette part de nous-mêmes avouée ou inavouée.

 

Je vais dire un gros mot, le livre de Catherine fait réfléchir. 

 

Merci à elle.

 

Avec elle je partage les mêmes origines, nous sommes nés en des pays voisins, des bleds où  « depuis le début des années 60, c’est un seul mouvement, cadencé comme la respiration. On remembre, on mécanise, on automatise, on bancarise, on professionnalise. Un troupeau de quarante vaches laitières devient un petit troupeau. On ne travaille plus dix hectares de vignes, trente, davantage, toujours plus. On n’est plus paysan, on exerce le métier de cultivateur, de viticulteur, d’éleveur, bientôt d’agriculteur, jusqu’à celui d’exploitant agricole. »

 

« Un mot s’est glissé dans la langue, sans que l’on ait la conscience de son origine qui pourtant nous revient aujourd’hui comme une élastique dans la figure : bled.  Dans l’édition du Petit Robert de1978, avec laquelle je travaille, le bled, mot arabe, désigne dans son sens premier, « l’intérieur des terres, la campagne ». La définition se complète d’un deuxième sens, « familier et péjoratif », apparu en 1951, « lieu, village éloigné, isolé, offrant peu de ressources ». Il est illustré par cette phrase : « On s’ennuie dans ce bled ». Bled est peut-être le mot qui contient le mieux toutes les années de mon enfance et de mon adolescence pour désigner le peu et le tout. La société des adultes avait alors décrété que dans les bleds il n’y avait pas d’avenir. Puisqu’il en était ainsi, je serais journaliste, je vérifierais s’il n’y avait bin pas d’avenir dans les bleds, je comprendrais l’inexplicable, je regarderais ce qu’on ne veut pas voir, je traverserais le miroir des clichés, je témoignerais, je transmettrais. Seules la colère qui était mon carburant et l’ambition de mes parents nous avaient transmise à moi et à mes frères et sœurs m’ont d’une certaine manière tenue. Dans les années de mon enfance et de mon adolescence, on ne fuit pas une terre, on rejoint une ambition. »

 

Je suis plus âgé que Catherine et, sans aucun doute, bien plus gamin qu’elle au même âge, ma première ambition exprimée, alors que ma sainte mère me rêvait en prêtre, fut que je voulais être radioreporter sportif comme Georges Briquet sur lequel j’écrivais sur ce blog le 10 octobre 2005

 

« J'avais 7 ou 8 ans, et le dimanche après-midi j'écoutais sur Paris-Inter les retransmissions commentées par Georges Briquet. Bien des années plus tard je suis allé à la Maison de la Radio réécouter une galette du match : Nîmes-Reims. C'était le 17 novembre 1957. » lire ICI 

 

Il ne fut répondu que ce n’était pas un métier, sous-entendu que cette engeance ne faisait rien de ses mains. En écrivant ses lignes je remarque que, comme par la suite j’ai fait l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, mon pays, pour en sortir bachelier, donc sans reconnaissance d’une qualification agricole, d’ailleurs fort ténue même si j’y ai taillé la vigne, Catherine elle attendra la quarantaine pour rejoindre les bancs d’une formation viticole.

 

Elle, au moins, elle a fait quelque chose de ses mains, ça aurait plu au pépé Louis.

 

Bref, même terreau entre elle et moi, même communauté, certes à chacun son destin mais, nous devions un jour nous rencontrer, j’en suis intimement persuadé.

 

Même souvenir, et comme nous sommes dans le milieu du vin où l’alcoolisme populaire n’était pas reconnu par ce qui était encore, en ce temps-là, un lobby efficace et puissant, celui du gros rouge : producteurs du Midi et grand négoce de place réunis, pensez-donc le négoce avait pignon sur rue place des Vosges à Paris et le syndicat des vignerons était le cauchemar des politiques, le passage du livre de Catherine que je vais citer, est ce que moi-même j’ai vécu dans ma Vendée, deuxième département alcoolisé de France après le Calvados.

 

« Six ans est l’âge où s’était fixés les premiers souvenirs de Cédric Bellec. Son père buvait. Sa mère aussi. On buvait beaucoup dans le village de mon enfance. La figure de style désignait ainsi qu’une série d’autres pudiques euphémismes l’ivrognerie de l’ouest et du nord de la France. La mère de mon père tenait l’un des vingt-deux bistrots du bourg où j’ai grandi à quoi s’ajoutaient ceux des hameaux, soit, en étant généreuse et en comptant les femmes et les enfants, quelque chose comme un lieu de perdition pour quatre-vingt habitants. (le ratio était le même à la Mothe-Achard) Le père de ma mère les fréquentait assidûment et n’y suçait pas que des glaçons. C’est dans les non-dits et les silences qu’il faut comprendre l’aliénation de la France à l’alcool avant d’entrer dans une sorte de longue cure de désintoxication collective ponctuée de rechutes. On devait à cette aliénation (ainsi qu’à la consanguinité) toute une population d’idiots, d’imbéciles heureux, de tarés, d’épileptiques, d’arriérés mentaux, de crétins. Il semble que même le bacille de Koch avait autant fait son lit de l’alcoolisme que de la pauvreté. Le village de mon enfance avait ses idiots. Ils étaient garçons ou filles de ferme, vivaient de petits travaux ou d’une forme de solidarité familiale. Ils ne s’imbibaient pas tous eux-mêmes, mais souvent il  leur arrivait des bricoles. Ils étaient trouvés au matin dans les fossés dormant du sommeil du juste, leur Mobylette couchée à côté d’eux. Dans mon regard, ce qui les distinguait du reste de la population tenait au fait que je les voyais comme s’ils étaient nés du paysage. Ils n’inspiraient ni compassion, ni rejet, ni dégoût, ni honte. Ils étaient tels l’église, la mairie, l’école, le cimetière et les cafés puisque c’est ainsi que par chez moi on nommait les bistrots. L’un d’eux prenait souvent le car qui ramassait les élèves par grappes et nous déposait au collège sis dans le chef-lieu de canton. Il  faisait toute la tournée des villages et des hameaux, simplement pour passer le temps, et l’on ne trouvait rien d’anormal ni à sa présence ni à cette forme d’occupation. Avec le recul des années et l’œuvre déformante de la mémoire, il me semble que les idiots, et peut-être est-ce pour cela que l’on a du mal à se défaire d’une image positive de l’ivrognerie, servaient de vigie rassurante du temps, un peu comme le pic Saint-Loup maintenant pour moi. Ils nous rappelaient notre humanité. »

 

 

Cédric, une enfance de chaos et de peur.

par Catherine BERNARD — 23 octobre 2003 à 01:30 ICI

 

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Quand Sartre, sur RTL, affirmait que « l’existence même de Fauchon est un scandale » ça plaisait à la Rive Gauche, aux grands bourgeois qui adorent se dédouaner en applaudissant les Robin des Bois, ça énervait la CGT de Billancourt (79)

Passer des sandwiches pourris arrosés de café jus de chaussettes au caviar à la louche sur pain toasté dégusté entre deux verres de vodka frappée bus cul sec faisait partie de leur ordinaire. Ils l’assumaient, sans état d’âme car le temps qu’ils vivaient essorait les derniers relents d’une France moisie et, chacun sur leurs territoires, leurs « camarades » de la GP en rupture temporaire de classe, et les « coquins » de la sphère politico-immobilière escaladant l’échelle sociale à grandes enjambées – un peu à la Chaban gravissant les escaliers – participaient à l’extraction du jus du bubon. Le marxisme-léninisme et son dernier avatar le maoïsme, victime de la surpâture collectiviste qui transforme les individus en « protégés » de l’Etat incapables de se prendre en charge, entrait en une longue phase terminale alors que la société de consommation, elle, vivait une adolescence chaotique.

 

Le plus extraordinaire au cours de cette période où se mêlaient le plomb des enragés et l’or pétant des parvenus sur le fond mou d’une classe moyenne désintégrant de l’intérieur ce que les hiérarques néostaliniens du PC, assujettis à la nomenklatura soviétique, et leurs permanents de la CGT, continuaient de qualifier de classe ouvrière, fut le délitement de l’influence de église catholique de France à la fois sur les élites et surtout sur le petit peuple. Les séminaires se vidèrent. Toute une génération de prêtres défroquait. L’irruption du sexe-roi et de l’amour libéré par la pilule autorisée par la loi Neuwirth du 27 décembre 1967 mettaient à mal la chape de sujétion pesant sur les femmes depuis des millénaires. Elles bossaient, revendiquaient le droit de faire des enfants à leur guise, de disposer de leurs corps, de divorcer, de ne plus assurer seule l’élevage des enfants et les tâches ménagères, sapant ainsi les derniers supports de la cellule familiale. Le pompidolisme, avec son enrichissez-vous débridé, ouvrait la voie du déclin des grandes citadelles du contrôle social du peuple : l’Église et le PC. Et pourtant, pour ce dernier, le score mirobolant du pâtissier stalinien Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969,  4 808 285 voix, 21,27% des exprimés, faisait illusion. Le fiasco du couple improbable Deferre-Mendès-France y était certes pour beaucoup mais les masses amorçaient lentement le grand virage qui allait mener une partie d’entre-elles dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand achèverait le travail du côté gauche, Giscard lui, avec son libéralisme avancé, le ferait à droite du côté des bien-pensants quelque peu médusés.

 

Le dernier exploit en date de l’avant-garde éclairée et agissante du prolétariat fut un raid des maoïstes de la gauche prolétarienne, l’attaque spectaculaire de l’épicerie Fauchon, place de la Madeleine le 8 mai 1970. Après avoir immobilisé les vendeurs, ils entassèrent dans de grands sacs des blocs de foie gras truffé, des alcools fins, des pâtés en croûte, des marrons glacés qu’ils distribuèrent le lendemain dans des bidonvilles et foyers de travailleurs de Saint-Denis, de Nanterre et d’Ivry-sur-Seine. Leurs slogans : « Récupérons sur les patrons le fruit de notre travail », « on a raison de voler les voleurs ». Une étudiante, membre du groupe de « partisans », Frédérique Delange fut coincée dans le magasin et arrêtée. Incarcérée dans la prison de la Petite-Roquette, Elle fut jugée le 19 mai 1970 et condamnée à plusieurs mois de prison. La Cause du peuple du 23 mai rendit hommage à la jeune condamnée Frédérique Delange : « Et depuis le procès scandaleux, l’action chez Fauchon est un exemple à un autre titre : notre camarade Frédérique a manifesté un courage très simple. Elle a donné une image claire du jeune partisan. » Quand Sartre, sur RTL, affirmait que « l’existence même de Fauchon est un scandale » ça plaisait à la Rive Gauche et aux grands bourgeois qui adorent se dédouaner en applaudissant les Robin des Bois, ça énervait la CGT de Billancourt, et surtout ça inquiétait la France des rentiers. La stratégie de Marcellin, le nouveau Fouché du régime, par l'entremise de ses supplétifs encartés de la cellule MR, dont nous étions, et de ses barbouzes du SAC, qu’Armand fréquentait, consistait à jouer de la peur en agitant les marionnettes de la GP, dont j’étais aussi. Assez bizarrement, l’opinion publique, jugeait avec indulgence le raid de la GP chez Fauchon, sans doute parce que, pour une fois, en distribuant du foie gras dans les bidonvilles, les intellos touchaient le côté abbé Pierre des français que Coluche et le Téléthon viendront amplifier lorsque viendra le temps des nouveaux pauvres.

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29 avril 2018 7 29 /04 /avril /2018 06:00
En mai 68, au-delà des pavés et des lacrymogènes les deux camps se causaient… Maurice Grimaud préfet de police de Paris en mai 68 témoigne.

La focalisation sur la violence dans la rue, de l’affrontement entre « enragés » er forces de l’ordre, des barricades, des voitures brûlées, des jets de pavé, lacrymogènes… a occulté l’un des marqueurs fort de cette période agitée : la libération de la parole.

 

Si l’on souhaite vraiment saisir l’esprit de mai 68, ne pas se contenter de brasser des images éculées, de récupérer cet étrange moment, soit pour lui faire porter toutes les dérives de notre société, soit pour habiller de neuf des petits blocages de faculté, il faut se mettre dans la tête que la masse des étudiants était dans le mouvement, sans lien politique estampillé, que ce fait majoritaire, qui reçut l’approbation dans un premier temps de la majorité des parents, de l’opinion publique, explique largement le désarroi du pouvoir, tout particulièrement du chef de l’État, le général de Gaulle, il faut lire le petit livre (par son épaisseur) de Maurice Grimaud, préfet de police de Paris en mai 68, Mai 68 Mémoires, réédition de  En mai, fais ce qu’il te plaît paru en 1977.

 

 

C’est le témoignage capital, honnête, de ce temps éruptif, irrationnel, par un haut-fonctionnaire à la fois classique et atypique. Pensez donc :

 

« L’ancien khâgneux était hanté par l’histoire. Il n’entendait pas rééditer les funestes errements qui, de 1848 au 6 février 1934 en passant par la Commune de 1871, avaient ensanglanté le pavé parisien. »

 

« Plus que d’autres sans doute, il mesurait qu’une étincelle suffit parfois à embraser la poudre. Maurice Grimaud s’évertua donc à déminer les situations compliquées. Sillonnant Paris à bord d’une discrète 4 CV, engageant le dialogue avec les manifestants, sacrifiant à la tournée des popotes pour réconforter les policiers épuisés, il rechercha d’autant plus le contact qu’il comprenait tant le malaise d’une police qui doutait que les aspirations d’une jeunesse qui clamait son insatisfaction. » 

 

Exemple page 103

 

« Nous remontâmes ensemble une partie du boulevard où paraissait s’instaurer une trêve entre les combattants. Notre petit groupe, en tenue civile, attira l’attention des jeunes qui participaient un instant plus tôt aux échanges de projectiles, et bientôt nous étions entourés de visages juvéniles et passionnés, un peu surpris de découvrir que parmi ces journalistes de leur âge ou presque, le monsieur plus âgé en veston sombre et cravate était le préfet de police.

 

Ainsi commença le premier dialogue « sur le terrain » avec ceux que j’allais retrouver bien des fois pendant toutes ces semaines. Le fait que j’étais seul et sans protection ôtait, je pense, l’envie d’insulter le représentant de l’ordre public, et je dois dire que pas une fois, dans ces rencontres inopinées ou provoquées, je ne fus injurié. Le ton était souvent très vif et l’on me reprochait le comportement des forces de police ou l’interdiction que j’avais proclamée de certains périmètres, mais du moins dialoguions-nous. Ce jour-là, c’est précisément sur ce thème que j’étais interpelé : « Pourquoi interdisez-vous les manifestations ? Pourquoi interdisez-vous l’accès à la Sorbonne ? Le quartier Latin, c’est notre quartier. » Je leur expliquais que je n’avais pas l’intention de leur interdire à demeure ce périmètre et que je restais particulièrement résolu de la liberté de manifestation, mais que j’avais dû, ce jour-là, assurer à la demande des autorités académiques, la sécurité des abords de la Sorbonne où siégeait le conseil de discipline.

 

Bientôt la discussion enchaîna sur le maintien de l’ordre et les brutalités de la police dont ils me faisaient le reproche en termes véhéments. Je leur fis observer que la violence était également de leur côté, et que c’était bien des rangs des étudiants qu’étaient venus les premiers coups, aujourd’hui comme l’autre jour, quand notre brigadier avait reçu un pavé sur le crâne, le laissant entre la vie et la mort. Nous discutâmes ainsi un long moment, et, me souvenant qu’à leur âge j’étais de leur côté face à la police, j’ajoutai : « Et puis, parmi vous il y en a peut-être un qui sera préfet de police. Eh bien, il faudra lui aussi qu’il fasse son métier et qu’il assure, à son tour, l’ordre dans les rues de Paris ! » Puis je leur ai proposé que notre discussion reprenne ailleurs que sur la place Maubert. »

 

Il en fut ainsi à Paris comme à Nantes où nous dépensions beaucoup de salive et de conviction pour convaincre les bourgeois de la Place Graslin de la justesse de notre combat.

 

Avec l’élection de Macron, il est de bon ton d’opposer l’ancien monde au nouveau, mai 68 fut d’une manière hystérisée un basculement, une forme de libération, tout particulièrement celle de la parole.

 

La notoriété au service d’une stratégie

 

Maurice Grimaud s’est donné l’image d’un préfet moderne mais aussi d’un homme de terrain. Pendant Mai 68, il en conforte les caractères. Quasi quotidiennement, il va ainsi dans la rue inspecter le dispositif de sécurité, mais apparaît aussi, du côté de la place Maubert ou du boulevard Saint-Germain, pour répondre aux questions des journalistes. Il observe, à propos de la radio et à la suite de la décision du gouvernement, le 23 mai, d’interdire l’accès aux manifestations des reporters radio des postes périphériques, Europe n° 1 et RTL :

 

« Je crois (…) que ce moyen irremplaçable d’information doit être utilisé également par les responsables de l’ordre public pour expliquer les actions, dénoncer les excès, calmer et rassurer les esprits. Lorsqu’il m’arrivait d’y recourir, les échos qui m’en revenaient me montraient que nous étions loin d’être perdants sur ce terrain-là »

 

En mai 1968, l’attitude modérée de Grimaud a imprégné les esprits. Comme l’écrit Jacques Fauvet dans Le Monde, le 29 mai : il « est un des rares responsables, sinon le seul, qui, depuis le début des manifestations du Quartier Latin, ait fait preuve de sang-froid et su trouver les mots justes pour s’adresser aux étudiants. La capitale lui doit sans doute beaucoup ». L’appréciation n’est pas isolée.

 

Le 17 juin, dans un article intitulé « Maurice Grimaud, le Fer et le Velours », La Croix observe :

 

« Main de fer, peut-être, gant de velours, sûrement. Des nerfs d’acier aussi, pour garder la tête froide au milieu d’une atmosphère explosive que le moindre faux pas risquait de transformer en tragédie. Pour ses hommes, pour les Parisiens, et même pour ses adversaires du moment, le sourire de Maurice Grimaud a été synonyme de courage dans l’accomplissement d’un devoir ingrat et périlleux. »

 

« Le 22 avril, 1977, avec la publication de son livre, En mai, fais ce qu’il te plaît, Maurice Grimaud est convié à un numéro de l’émission télévisée Apostrophes, resté célèbre par son caractère spectaculaire, puisqu’il s’agit, pour Bernard Pivot, de faire dialoguer Maurice Grimaud avec Daniel Cohn-Bendit.

 

Avant l’émission, Cohn-Bendit avait jugé que le livre tournait à l’offre de services au gouvernement de gauche à venir (on s’approchait, en effet, des élections législatives de mars 1978).

 

Aussitôt, Grimaud avait répondu, avec humour : « Ce n’est pas gentil de me promettre un destin aussi funeste qu’un ministère de l’Intérieur

 

Bref, pour Pivot, il était trop tentant de montrer un échange entre les deux symboles de Mai 68 qui, jusquici, ne s’étaient jamais rencontrés, aux dires de lun comme de l’autre. Seul hic : l’impossibilité pour Cohn-Bendit, toujours interdit de séjour en France, d’être physiquement présent sur le plateau. Qu’à cela ne tienne, Pivot met en place un duplex depuis Genève et, grand metteur en scène, fait apparaître son visage dans un téléviseur placé sur le fauteuil que le leader de 68 aurait dû occuper. L’émission fait beaucoup parler et, dans Le Monde, Jean-Marc Théolleyre observe :

 

« Tout de suite après le journal de 20 heures, Bernard Pivot avait alléché les téléspectateurs d’Antenne 2 : « Quelque chose qu’il ne faut surtout pas manquer. »

 

On était prêt à le croire. Maurice Grimaud, le préfet de mai 68, face à Daniel Cohn-Bendit, même si ce jovial affreux jojo au visage à la Giotto un peu empâté se trouvait contraint au duplex depuis Genève, même à neuf ans d’écart, cela reste, en principe, une bonne affiche. (…) Le préfet avait gardé sa courtoisie, sa politesse, son habileté. L’exilé savait faire alterner la dialectique et l’humour. (…)

 

Habileté de M. Grimaud ?

 

D’entrée, cette manière de déplorer que son « adversaire soit encore contraint à l’exil, comme s’il risquait de mettre le feu en France », comme si, surtout, nous n’avions pas signé ces accords d’Helsinki sur la liberté de circulation des idées et des hommes si volontiers mis en avant dans d’autres occasions.

 

 Comment l’autre pouvait-il mordre après cela ?

 

Comment aurait-il trouvé la parade sinon la pirouette, le défi ?

 

Et ce fut l’annonce tout tranquillement d’une arrivée à Paris le 8, le 9 ou le 10 mai – « pour l’anniversaire bien sûr » –, mais en ajoutant avec élégance que ce serait pour une visite à M. Grimaud. Première manche donc au préfet. »

 

Maurice Grimaud, le préfet médiatique par Christian Delporte

 

Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Christian Delporte est membre et ancien directeur du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), spécialiste de l'histoire des médias et de la communication politique. Il a publié récemment : Une histoire de la séduction politique (Flammarion, 2011) ; Les grands débats politiques. Ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012) ; Come back ou l'art de revenir en politique (Flammarion, 2014).

 

ICI 

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Le groin du Prince Poniatowski fouissait déjà la fange, où se vautraient quelques compagnons des gaullistes, pour le compte de son mentor Giscard (78)

La croisière sur le Mermoz organisée par les fondateurs de la Garantie Foncière : Robert et Nicole Frenkel pour séduire les rentiers de la France profonde, celle qui avait tant aimé Vichy et le Maréchal, de façon caricaturale offrait un échantillon représentatif de cette France éternelle qui osait de nouveau affirmer son attachement aux valeurs du bon monsieur Guizot. Ces petits bourgeois, boutiquiers ou notaires, maquignons ou petits patrons, ralliés bon gré mal gré au grand escogriffe de Colombey, qui après tout, en dépit de son reniement algérien et de ses fantaisies d’indépendance nationale, avait ramené la stabilité et l’ordre, trouvaient en Pompidou un bon syndic de succession. Après la grande peur de mai l’heure était de nouveau au recyclage des bas de laine et des lessiveuses dans la pierre pour les accédants à la propriété.  En embarquant sur le Mermoz Benoît ne pouvait s’empêcher de penser à ses compagnons de mai, les ouvriers des chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, où le navire fut construit pour l’armement Fabre-Fraisinet et lancé le 17 Novembre 1956 sous le nom du célèbre aviateur Jean Mermoz et, comme avant de passer aux croisières Paquet, en 1965, il fut réquisitionné pour rapatrier les troupes françaises d’Algérie suite aux accords d’Évian. Il fit remarquer à Chloé, sa sœur pour les besoins de la cause, qu’il voyait là un symbole de la France du président Pompe : toute une flopée d’anciens partisans de l’Algérie française allait se goberger sur un rafiot, symbole de la dernière retraite de notre armée d’Afrique, et reformaté par la classe laborieuse en paquebot de croisières d’hiver. En plus, ce pauvre Mermoz en avait perdu au passage son prénom.

 

Le Mermoz cadrait bien avec le public de la croisière, son luxe copié, parfois avec bonheur comme pour tout ce qui touchait la table, sur les transatlantiques mythiques se complaisait dans le toc petit bourgeois. Les Frenkel avaient mis les petits plats dans les grands pour séduire les rentiers. Ces cons pensaient sans doute que le couple les régalait sur sa cassette personnelle alors que, bien sûr, ils le faisaient sur leur propre bas de laine. Benoît avait toujours été fasciné par l’acharnement des à grippe-sous à grappiller, à vivre sur les autres, à accumuler, à compter, besogneux, méfiants et âpres, paraissant insusceptibles de se laisser aller à céder à la séduction d’aventuriers vendeurs de pacotille. Et pourtant, la perspective d’un taux à deux chiffres, dans le confort et la « solidité » d’un statut juridique chanté par les  gnomes de la rue de Rivoli, leur faisait abandonner la plus élémentaire prudence. Les fourmis devenaient lucioles autour des feux de l’or. Les rombières éblouies exhibaient même leur quincaillerie sur leurs poitrines molles et autour de leurs doigts boudinés. Leurs vieux coqs, semblables à des chapons enserrés dans des costumes trois pièces qui sentaient la naphtaline, profitaient de l’aubaine pour mater sans vergogne les quelques dames tarifées embauchées pour l’occasion par le couple infernal. La volaille dodue s’offrait sans résistance, le croupion frétillant et la crête enflammée, aux mains agiles des aigrefins pour se faire plumer en dansant sur des valses de Strauss.

 

Tout souriait à Robert Frenkel, qui se présentait comme le simple directeur financier de la Garantie Foncière, animait des tables rondes, où certains journalistes stipendiés de la presse financière lui servaient la soupe moyennant bakchich. Face aux hésitants, le petit homme rondouillard ne lésinait pas sur le calibre des arguments choc « Nous avons parmi nos actionnaires un lauréat du Nobel. Nous avons en portefeuille des décisions de juges des tutelles qui ont autorisé le placement de biens de mineurs à la Garantie Foncière… ». Frenkel ne doutait de rien, il se sentait protégé. Nous disposions enfin des explosifs nécessaires pour faire péter le système de l’intérieur. Le Figaro, qui en ce temps-là honorait sa devise, leva le lièvre dès septembre 1969 : « S’il l’on en croyait certaines publicités tapageuses, il existerait, pour reprendre l’expression d’un analyste-financier, des sociétés-miracles. Elles permettraient des rendements nets si élevés – plus de 10% pour certaines d’entre elles – qu’on voit mal comment ils pourraient être effectivement obtenus. On le voit d’autant moins que la gérance prélève le plus souvent une partie des fonds versés par le souscripteur et une partie également des loyers versés par elle. Pour donner du 10%, cela supposerait une rentabilité des capitaux investis de l’ordre de 14 à 15%, bien peu probable, surtout pour des locaux commerciaux d’acquisition trop récente pour qu’une indexation ait pu déjà jouer ; quant aux locaux d’habitation, cela apparaît à peu près impossible. »

 

Élémentaire mon cher Watson, lorsque les journalistes font leur boulot au lieu de jouer les haut-parleurs du discours dominant, la vie des « copains et des coquins » se révèle plus difficile. Le groin du Prince Poniatowski fouissait déjà la fange, où se vautraient quelques compagnons des gaullistes, pour le compte de son mentor Giscard tenu par la solidarité gouvernementale en tant que Ministre des Finances. En janvier, à la suite d’une lettre du jeune déplumé de Chamalières, le procureur général de Paris avait ouvert une information judiciaire contre X à l’encontre de la Garantie Foncière visant des délits d’ « abus de biens sociaux, abus de confiance et autres infractions à la législation ». Le grand public l’ignorait mais pas nous qui attendions notre heure pour précipiter le processus de décomposition et faire que l’explosion de la bulle éclabousse au maximum le régime. Quand Benoît écrivait ces lignes il ne pouvait s’empêcher de penser que l’adage populaire, selon lequel l’histoire est un éternel recommencement, s’appliquait toujours à merveille à celle des escrocs financiers. Plus c’est simple, plus c’est gros, plus ça passe comme une lettre à la poste. En rentrant à Paris après la croisière sur le Mermoz, excités comme des puces, Chloé et Benoît avaient décidé de se replonger la tête la première dans le marigot de l’ultragauche.

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28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 06:00
Les mauvaises langues à Bordeaux prétendaient que sous le prestige de mouton se planquait de la bibine, un bordeaux très courant : le mouton-cadet
Les mauvaises langues à Bordeaux prétendaient que sous le prestige de mouton se planquait de la bibine, un bordeaux très courant : le mouton-cadet

C’est Antonin, le barde post-moderne du vin nu, qui va être content, sa tête de turc favorite : le mouton-cadet, depuis sa création, est l’objet des railleries des seigneurs des Chartrons. Pensez-donc du vin de négoce, du Bordeaux ordinaire, érigé en second vin ou presque !

 

EN DATES

 

1930 Création de la marque Mouton Cadet

 

1932 Premières ventes sur Paris

 

1950 Début de son expansion à l'international

 

1988 Décès du baron Philippe de Rothschild. Sa fille, Philippine de Rothschild (photo), prend sa succession

 

Mouton Cadet ?

 

« C'est un peu l'histoire de la tarte Tatin. Un millésime raté dans le Médoc, celui de 1930. Si raté que le baron Philippe de Rothschild décide de ne pas commercialiser son prestigieux Mouton Rothschild, premier grand cru de Pauillac, cette année-là. Cependant, sans être un vin d'exception, il est tout à fait correct. Alors, en fin commerçant, le baron l'écoule sous un autre nom, Mouton Cadet. Pour une raison amusante : Philippe est le cadet de sa famille.

 

Dès la première cuvée, c'est un succès : les restaurateurs parisiens en redemandent tant et si bien que le baron achète, les années suivantes, du raisin à tout le vignoble bordelais. Cela après avoir peaufiné le « concept » : Mouton Cadet sera un bordeaux de qualité constante, sans effet millésime marqué. Las, la Seconde Guerre mondiale stoppe net l'essor de cette marque prometteuse. Les ventes ne repartiront qu'en 1947... Pour une expansion à l'international. D'abord au Royaume-Uni, puis aux États-Unis, en Allemagne, en Chine et au Japon, avec même un bureau à Tokyo. Mouton Cadet devient rapidement la première marque de bordeaux vendue dans le monde entier : 3 millions de cols en 1975, 12 millions en 2013. » 

                                                      

« En 1988, le baron Philippe de Rothschild décède. Sa fille, la baronne Philippine de Rothschild, avait, depuis quelques années, délaissé sa carrière d'actrice de théâtre pour reprendre les rênes de la société Baron Philippe de Rothschild SA et poursuivre l'oeuvre de son père.

 

Elle entreprend également d'élargir la gamme Mouton Cadet. Avec un blanc, un rosé (en 2004), toujours dans l'appellation bordeaux, mais aussi avec des vins de garde - des appellations médoc, graves, saint-émilion, sauternes - commercialisés sous la marque Mouton Cadet Réserve.

 

Avec ses équipes, Philippine de Rothschild initie, début 90, toute une démarche d'amélioration des approvisionnements. Ainsi, les œnologues conseillent une dizaine de viticulteurs exclusifs pour Mouton Cadet rouge, depuis la conduite de la vigne jusqu'à la détermination de la date de récolte. Un travail utile pour faire évoluer le style du nectar. Car, au début du XXIe siècle, les consommateurs délaissent peu à peu les vins trop boisés pour des vins « sur le fruit ». Ainsi, l'assemblage de la version rouge de ce cru est redéfini : plus de merlot (de 55 à 65%), moins de cabernet-sauvignon (de 30 à 20%), mais autant de cabernet franc (15%). Cela pour un vin moderne, facile à boire. Aussi bien par un Français que par un Américain ou un Japonais. »

 

Ce n’est pas moi qui l’écrit mais la revue LSA à sa manière inimitable.

 

Mais revenons à ce que le baron répondait en 1977 à Harris et Sédouy lorsqu’ils lui  posaient la question :

 

  • Revenons à cette histoire de marketing, donc de présentation, qui  est essentielle : on vous reproche d’en avoir abusé et de vendre, grâce à votre étiquette, du vin courant bien plus cher qu’en coopérative ?

 

  • Cela n’a pas beaucoup d’effets. On a vendu plus de 5 Millions de cols (on ne compte plus en bouteilles, parce qu’on ne compte pas les différences de taille entre bouteilles)

 

  • Dans une affaire comme la vôtre, quel est le pourcentage du vin de la marque par rapport à l’ensemble du vin que vous vendez ?

 

  • En ce moment, avec mes trois propriétés, nous faisons une moyenne  de 700 000 bouteilles, et nous en vendons 6 millions. C’est un rapport de 1 à 10. C’est peut-être un petit plus ou un petit moins selon les années. À mon avis, dans sept ans, si je suis encore en vie, ces 10% seront tombés à 6 ou 5, parce que la propriété va continuer son expansion.

 

  • C’est le passage au stade industriel qui permet de maintenir un grand cru ?

 

  • Absolument, et c’est le problème de Margaux. Ces Ginestet ont voulu m’imiter, mais ils n’ont ni le nom, ni la réputation, ni l’imagination, ni la qualité de l’étiquette. Vous comprenez, c’est un ensemble, ici. Ils se trouvent en faillite totale, avec des dettes colossales, de l’ordre de 5 milliards ! L’exemple est donné par Mouton-Rothschild ; je suis certain que si je n’avais que Mouton-Rothschild, aujourd’hui je le vendrais, à moins que j’aie assez d’argent pour continuer à en faire un objet de luxe, comme c’était le cas avant 1940. Car ce n’était qu’un objet de luxe pour ma famille, c’était l’œillet à la boutonnière… C’était avoir son vin à soi, une élégance, un petit prestige : un objet de luxe, comme un yacht, une chasse à courre, un hôtel particulier à Paris, une collection de tableaux. Si j’avais eu les moyens de continuer, je l’aurais peut-être gardé, mais s’il m’avait fallu vivre sur Mouton-Rothschild, j’aurais vendu !

 

  • Est-ce qu’un produit de luxe comme Mouton n’est pas antinomique avec la société de demain ?

 

  • Vous me demandez d’être prophète. Nul ne l’est, pas même s’il est juif !

 

Étonnant, non !

 

Mouton Cadet réveille le marché du bordeaux

 

MARIE-JOSÉE COUGARD                                        le 14/02 /2018

 

Mouton Cadet a augmenté son chiffre d'affaires de 10,6 % en 2017 sur un marché du bordeaux générique en déclin (-1 %).

 

ICI 

 

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 07:00
Victor Rochenoir, avocat-conseil,@rue des archives/AGIP

Victor Rochenoir, avocat-conseil,@rue des archives/AGIP

Nicole Frenkel, l’épouse et complice de robert, gérait la COFRAGIM, la société de gestion des immeubles financés par le blé récolté par la Garantie Foncière en se plaquant sous un homme de paille : André Rives de Lavaysse, plus connu sous le nom de Rives-Henry.  Paravent idéal, c’est un militant gaulliste qui à la Libération représente de Gaulle dans le sud-ouest. Chargé de mission de Chaban-Delmas, président de l’Assemblée Nationale, de 1960 à 62. En 1963, il est l’adjoint de Jacques Baumel secrétaire-général de l’UNR. Élu député du 19e arrondissement en novembre 62, battu en 67 mais réélu avec le raz-de-marée gaulliste de juin 68. Chaban étant le 1e Ministre du Président Pompe c'était du lourd donc ; du lourd qui arrondissait ses fins de mois dans une myriade de sociétés. Les Frenkel menaient grand train. Ils avaient un goût effréné du luxe et de l’argent. Le Tout Paris bon chic se gaussait des pyjamas en lamé d’or de Robert Frenkel. C’était un bourreau de travail, séducteur et qui savait inspirer la confiance à ses clients. Pour se faire admettre dans le cercle ils profitèrent  d’une « croisière-séminaire » organisée par les dirigeants de la Garantie Foncière sur le luxueux paquebot Mermoz. Quoi de plus favorable que le huis-clos d’un paquebot pour nouer les fils d’une infiltration.

 

À la fin des années 1960, la machine se grippera. Le scandale éclatera, amplifié par les accointances politiques de Rives-Henrÿs, que Robert Frenkel a choisi comme PDG pour son pedigree impeccable et son caractère arrangeant. «Parmi les 17 inculpés du procès se trouvent un ex-député, un avocat ayant appartenu au Conseil économique et social, un ancien journaliste, deux anciens directeurs de banque et des personnages qui après avoir touché à bien des commerces ont fini par débiter de l’épargne comme on vend des cravates à la criée». Benoît évoquant l’aplomb des escrocs, se rappelait : «Quel extraordinaire spectacle dont le bouquet fut la croisière méditerranéenne du paquebot «Mermoz». Là, pendant près d’une semaine, MM Rives-Henrÿs et Frenkel ont expliqué la solidité de leur formule aux épargnants, tandis que le champagne coulait à flots et que le jerk reposait des exposés techniques.»

 

Robert Frenkel est en affaires aussi avec un ancien camarade de régiment, Victor Rochenoir. Avocat-conseil de la société, celui-ci a été à trois reprises candidat à la députation comme gaulliste de gauche. Une photo de lui fait jaser. Elle le montre en compagnie de Georges Pompidou, élu chef de l'Etat en 1969, et de Jacques Baumel, le secrétaire général de l'UDR, au cours d'une réunion politique comme il y en a tant. De là à penser qu'il a bénéficié de protections... Un jour Victor Rochenoir plaisante avec Robert Frenkel au téléphone : « N'oublie pas les 180 millions que tu as donnés pour la campagne électorale de Pompidou. » C'est faux, mais ils sont sur écoute et l'opposition en fait ses choux gras. Premier secrétaire du PS depuis peu, François Mitterrand a ce commentaire hardi : « Des scandales, des malhonnêtetés seraient possibles sous un autre régime. Mais une société socialiste n'offrirait pas le champ libre à la spéculation, ne livrerait pas les terrains à la jungle des intérêts. »

 

Pour son procès, qui s'ouvre en octobre 1973, Rives-Henrÿs, ci-devant compagnon gaulliste, a choisi comme avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, une figure de l'extrême droite, dont le pouvoir redoute le pire. À son grand soulagement, les débats ne dégénèrent pas. Trois mois de procès, 36 audiences. En mars 1974, Rives-Henrÿs, Robert Frenkel et Victor Rochenoir sont condamnés à des peines d'emprisonnement ferme que la cour d'appel confirme quelques mois plus tard. Ce fut l'épilogue d'un joli scandale qu'Henri Salvador avait mis en chanson : « Ah, la Garantie foncière/Ça c'était la bonne affaire/Je m'voyais déjà propriétaire/Rien n'est plus sûr que la pierre. »

 

En 2000 Frenkel refait aujourd´hui parler de lui à Genève en s´appropriant l'héritage familial, au détriment de sa mère et de ses deux frères. Il est le fils d'Hermann Frenkel, l'importateur des jeans Levi's en France et en Allemagne. À sa mort en 1989, celui-ci laisse à sa famille 22 millions de francs suisses, gérés par une fondation au Liechtenstein. Robert Frenkel, qui s'est reconverti dans le commerce de l'or à Gibraltar, conseille à sa mère, Mélanie, de transférer l'argent à Genève. Il fait même signer à la vieille dame, qui ne parle pas anglais, de nombreux documents rédigés dans la langue de Shakespeare. Résultat, l'argent va peu à peu quitter la Cité de Calvin pour rejoindre une société lui appartenant à Gibraltar. « La plainte de sa mère a été classée pour cause de prescription en 1999. Mais ses deux frères Alfred et Jean-Claude ont fait recours », explique Bernard Bertossa, le procureur général de Genève. La plainte des frères Frenkel s'appuie sur de nouveaux documents produits par le gérant des fonds jusqu'à la mort du père. Ce « délit entre familiers » a-t-il plus de chances d'être reconnu? De son côté, Robert Frenkel rejette totalement les accusations de captation d'héritage. Il vient de changer de métier: il a abandonné l'or pour devenir « courtier off-shore en produits dérivés ». Tout un programme.

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 06:00
Les délices de la gastronomie hospitalière : lettre à Martin Hirsch le boss de l’AP/HP pour une prise en compte de l’importance de la nourriture

La semaine débutait donc à la chambre 4 du service des soins courants en pneumologie. La journée est prise en main à 8 heures par l’infirmière de service – j’ai eu par la suite un infirmier de nuit Quentin, remarquable – lestée de 2 aides-soignantes – qui assurent le service d’intendance. C’est militaire, chacun sa tâche, c’est important pour le patient dépendant. Accéder aux fonctions naturelles, si routinières d’ordinaire, requière leur assistance. Appuyer sur cette foutue sonnette se gère, entre le pressant et ce qui peut attendre.

 

Le plus difficile pour moi fut les 3 nuits du lundi, mardi, mercredi où je ne pus fermer l’œil faute à des quintes de toux permanentes qui faisaient vibrer ma cage douloureuse. Le temps semble alors s’étirer, se moquer de la douleur, ne jamais atteindre le bout de la nuit.

 

Au cours de ses heures interminables je pensais aux gazés, nos grands-pères en 14-18 et aujourd’hui ceux de Syrie, le poumon, le souffle, des douleurs extrêmes auprès de laquelle la mienne n’était qu’un mauvais moment à passer. Moi, je me contentais d’expectorer.

 

Comme toujours le hasard fut mon allié, Anne-Cécile m’avait apporté la Revue dessinée n°19 dans laquelle, sous la rubrique Découvertes, Cécily de Villepoix, racontait la vie de Fritz Haber le chimiste allemand, père de la synthèse de l’ammoniac :

 

« Et, en avril 1915, les allemands déversent sur le front d’Ypres (en Belgique) plus de 150 Tonnes de chlore préparé et conditionné par Fritz Haber, sur les forces ennemies.

 

 

Des centaines de soldats meurent immédiatement, des milliers d’autres mettront des semaines à succomber dans des souffrances épouvantables.

 

Haber est nommé capitaine par le Kaiser…

 

… Et Clara (sa femme, chimiste elle-même) se suicide en se tirant une balle en plein cœur. »

 

La suite vous la connaissez « Les travaux du chimiste allemand mèneront d’autres chercheurs à une succession de découvertes et de mises au point de produits utilisés partout sur la planète.

 

 

Comme le très tristement célèbre ZYKLON B, d’abord un insecticide, il sera utilisé par les nazis dans leurs camps de concentration.

Mais aussi les pesticides dit « organophosphorés ». À partir de 1970 ils remplacent le DDT (dichlororodiphényltrichloroéthane) qui fut interdit à la suite d’un tollé soulevé par la publication du livre du biologiste Rachel Carson : « Printemps silencieux »

 

Le Round Up cet herbicide non sélectif à base de glyphosate est soupçonné d’être écotoxique et perturbateur endocrinien. Le Mialathon 50 %, cet insecticide est interdit dans l’Union Européenne depuis 2008. »

 

À Cochin, une cellule douleur étudie chaque cas, il me fut donc proposé la pose d’un petit cathéter qui injecterait au plus près des origines de mes maux les antidouleurs. Ce fut fait sous péridurale.

 

Chaque matin deux internes du service venaient m’examiner, me questionner, ce sont eux qui m’ont prescrit la pause du cathéter. Attentifs et bienveillants ils me permettaient de mieux assumer mon statut de patient.

 

Autre intervenant, une kinésithérapeute qui se préoccupait de ma capacité à inspirer-expirer. C’est avec elle que je ferai ma première marche dans le couloir en toute fin de séjour.

 

Deux autres intervenants plus tendance : une jeune femme accompagnée d’un guitariste pour me faire l’aubade puis, tout à la fin de mon séjour, une dame d’un certain âge, maquillée comme un sapin de Noël se présenta comme une visiteuse, style prison, pour cautériser la détresse des patients. Je déclinai poliment. Manquait plus que l’aumônier…

 

Je plaisante bien sûr, je suis bien conscient que les actes médicaux indispensables sont une chose mais que le moral est aussi un facteur de guérison.

 

Détail pour ceux qui fument, un petit détour en pneumologie s’impose. Je le dis d’autant plus facilement que j’ai fumé, peu, avec de longues interruptions, et que j’ai cessé.

 

Revenons au moral pour aborder l’abomination de la nourriture en hôpital. C’est pire que la pension de ma jeunesse. Cuisine centralisée, j’étais au menu de droit commun sans interdit alimentaire, et le moment du repas fut un mauvais moment à passer. Je me forçais pour m’assurer un bol alimentaire afin de supporter l’ingestion d’antibiotiques.

 

Les entrées, carottes râpées, betteraves, champignons à la grecque, céleri-rave, poireaux… étaient acceptables même si elles auraient gagnées à être plus simplement préparées.

 

L’immonde c’était la plat principal avec des sauces gluantes, des accompagnements mal cuits : comment peut-on transformer le riz en étouffe-chrétien ? La palme d’or de l’immonde revenant à un couscous dont la seule vue ne pouvait que vous révulser. Bizarrement, les spaghetti à la bolognaise étaient correctement cuits, je ne goûtai pas la viande qui aurait fait fuir mon chat pourtant insatiable.

 

Du côté fromages rien à dire, la banalité industrielle sous plastique. Ma vieille expérience du monde du lait me faisait identifier les fournisseurs de yaourts  ou desserts lactés, la grande hypocrisie des appels d’offre où AP/HP ramasse des produits élaborés bien trop coûteux pour ce qu’ils sont, des produits de la malbouffe : le Nova à la cerise détenant le pompon.

 

Les fruits, pomme et poire, du béton : immangeables !

 

Reste le pain, le petit pain blanc industriel, gorgé d’une mie pâteuse, étouffe-chrétien.

 

Tout ça sous la haute autorité de nutritionnistes !

 

Ne me dites pas que je suis difficile, c’est faux, mon bonheur le jour de mon retour à la maison fut un plat de macaroni au beurre.

 

Les repas dans les collectivités, pour un nombre de couverts importants, ont fait des progrès remarquables, on en n’est plus à la tambouille de cantoche, alors pourquoi AP/HP, cher Martin Hirsch, est-elle à la traine alors qu’elle devrait être en pointe dans ce domaine ?

 

La faute aux économies budgétaires, je n’en suis pas persuadé, le mal provient d’une gestion centralisée, ne laissant aucune autonomie, aucune initiative à ceux qui font la cuisine d’ailleurs peu impliqués dans la politique d’approvisionnement. Dans ce pays, où il est de bon ton de fustiger ceux qu’on désigne comme des fonctionnaires, ne pourrait-on pas se départir d’une approche du travail bureaucratique et autoritaire. J’ai le souvenir du restaurant  du Ministère, géré par une association d’usagers, fonctionnant fort bien sur un modèle de responsabilité.

 

Mon sort alimentaire dans cet affaire n’est pas mis en avant pour pleurer famine, Élisa Berthomeau, me ramenait chaque jour de la maison quelques douceurs, comme un jus de fruits fraîchement pressées ou du cake normand, mais tout simplement pour que les grands décideurs du monde de l’hôpital public : la Ministre, Martin Hirsch, l’IGAS, se préoccupent de ces basses questions d’intendance qui sont pourtant partie intégrante des soins des corps malades ou endoloris.

 

On parle beaucoup de la grande misère de EPHAD, de la détresse des vieux enfermés, plus ou moins bien traités, l’extension du nombre des dépendants dans notre vieux pays, fait de ce sujet une vraie cause nationale.

 

Nous nous targuons d’être encore les champions de la gastronomie alors pourquoi dans nos hôpitaux – pas tous – nos maisons de retraite, traitons-nous la nourriture par-dessus la jambe, avec un j’m’en foutisme indigne ?

 

Nos grands chefs médiatiques ne pourraient-ils pas bénévolement s’atteler à cette tâche ?

 

Martin Hirsch, vous qui êtes un homme de pouvoir, de communication aussi, prenez des initiatives pour sortir la restauration hospitalière de son ornière ?

 

 

Les délices de la gastronomie hospitalière : lettre à Martin Hirsch le boss de l’AP/HP pour une prise en compte de l’importance de la nourriture

Manger à l’hôpital, ça fait mal

 

« Lors de mon dernier séjour, cette fois à l’hôpital Saint Antoine à Paris, je n’avais pas d’appareil photo. Je n’ai donc pas pu immortaliser un moment inoubliable : celui du dîner. J’ai eu droit au plateau-repas d’hôpital dans toute sa splendeur. Une viande plate indéterminée de couleur grise, avec d’étranges légumes de l’espace qui pouvaient éventuellement être des côtes de blettes, mais pas sûr, pas sûr du tout, et une sauce à rien venant généreusement napper le tout. Cette sauce, elle était grise elle aussi. Quand je dis gris, ce n’est pas grisâtre ou terne, non, c’est un vrai gris souris, un gris qui ne rime à rien, ne ressemble à rien qui se mange. C’était ignoble. Alors voilà, après avoir étudié les plateaux-repas des avions, il est temps de se pencher sur ceux des hôpitaux. »

 

Lire ICI   http://www.lemanger.fr/index.php/manger-a-lhopital-ca-fait-mal/

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Très vite la petite bande jeta dévolu sur la SCPI la plus juteuse en termes de rendement politique : la Garantie Foncière (76)
La résistible ascension de Benoît H Très vite la petite bande jeta dévolu sur la SCPI la plus juteuse en termes de rendement politique : la Garantie Foncière (76)

Le cabinet ABC, Armand&Benoît&Chloé, s’installa avenue de Lowendal, dans le huppé et discret 7e  arrondissement, il affichait sur sa plaque : Conseil. En ces temps post-soixante-huitard la fonction gardait tout son mystère face aux besogneux conseillers juridiques ou fiscaux considérés par les avocats et les notaires comme des usurpateurs ou, pis encore comme des « corruptibles », elle leur permettait d’échapper à l’opprobre des professions officielles chapeautées par des Conseils de l’Ordre. De plus, n’ayant nul besoin de générer du chiffre d’affaires pour vivre, ils ne m’aventuraient pas sur les pâtures favorites de leurs concurrents. Ils se contenteraient de conseiller, en clair de manipuler les uns et les autres. En termes de renseignement le cabinet constituait une superbe couverture. Dans un premier temps, tout en conservant leurs connections nocturnes au sein des mouvances gauchistes, la GP tout particulièrement, ils se limiteraient à compléter leur pelote, de tisser leur toile, de régaler, d’arroser. De mettre des celles et ceux qu’il fallait dans leurs lits. D’assurer les fins de mois de certains. De recueillir des confidences. De diffuser des rumeurs, ce qui leur était facile eu égard à leur double position d’agents dormant de la cellule MR du déjà fouteur de merde Bertrand petite main de Marcellin au sein des RG et de membres du Tout Paris. La propension des hommes à se précipiter dans des sacs de nœuds pour du fric, des femmes est extraordinaire. Ils passaient leurs journées à ne rien foutre, et leurs soirées soit dans les réunions des « enculeurs de mouche » de la GP, soit dans des obligations mondaines dont raffolent le Tout Paris de la politique, des journalistes, des lobbyistes, des femmes de pouvoir…

 

La mécanique des « sociétés civiles de placement immobilier », les fameuses SCPI, pompes à fric puisant dans le bas de laine des petits épargnants avides de gains à deux chiffres, transformait la pierre en papier. En effet, pour le législateur il fallait offrir au secteur immobilier en plein boom de nouvelles sources de financement et les petits génies du Ministère des Finances, nichés dans les soupentes du Louvre, rue de Rivoli, jamais en reste de formules pompeuses écrivaient dans leurs Notes bleues  « la mise en place des SCPI vise de surcroît à favoriser une démocratisation de la propriété tout en offrant au grand public une « forme moderne de mobilisation de l’épargne ». Deux mots magiques : démocratisation et moderne qui mettaient tous les prédateurs en chasse de gogos. Comme toujours dans notre beau pays toutes les sécurités sont officiellement en place pour rassurer le petit épargnant : les SCPI ne peuvent se livrer directement à des actes de commerce, acheter et revendre des biens par exemple, elles doivent donc confier leur fond à des sociétés de gérance d’où l’utilité absolue des « hommes de paille ». La formule qui allie, selon les encarts publicitaires, disponibilité : céder ses parts est plus facile que de vendre un immeuble ; rentabilité : les plus « performantes » proposent des taux d’intérêts annuels supérieurs à 10 %, ce qui, en période d’inflation, attire bien plus que le Livret A de la Caisse d’Epargne, et son petit 5%, les rentiers de Romorantin ; sécurité traditionnellement liée à l’investissement pierre ; fait fureur. Et puis, cerise sur le gâteau, une petite niche fiscale : l’exonération de l’impôt sur les Sociétés, qui est en 1969 de 50%, pour les SCPI. Tout le monde est content, la fraîche afflue, circule, fait des petits et, bien sûr, alimente le lubrifiant des affaires immobilières : les pots de vin aux hommes de pouvoir.

 

Très vite la petite bande jeta dévolu sur la SCPI la plus juteuse en termes de rendement politique : la Garantie Foncière. Créée par Robert Frenkel, un self-made-man de 35 ans rondouillard à grosse moustache, qui s’était lancé dans l’immobilier à l’âge de 25 ans, la Garantie Foncière se situait au carrefour fangeux du monde des affaires et du monde politique. Elle achète des immeubles avec l'argent de ses clients et leur verse en contrepartie une rémunération annuelle de 10,25 %. Les petits épargnants sont d'autant plus enclins à lui faire confiance que les SCPI concurrentes sont moins généreuses. L'astuce, du type « schéma de Ponzi », consiste à régler les intérêts promis avec l'argent frais qu'apportent les nouveaux souscripteurs.

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 06:00
Chronique d’un patient ordinaire de l’hôpital Cochin à l’attention de madame Buzyn.

Ce samedi post chute, bardé de tuyaux divers, surveillé par des petites machines qui affichent des chiffres, s’affolent, couinent, allongé sur mon grabat hospitalier, je suis réduit à n’être plus qu’un patient entre les mains expertes d’une petite armée de blouses blanches.

 

Malade : (celui, celle) qui subit ou va subir un examen médical ou une opération chirurgicale.

 

« L'opération faite, l'interne de service (...) jetant un coup d'oeil sur ce qui reste et sur ce qui a été retranché au patient, dit: «Quel est le morceau qu'il faut reporter au lit?» (Goncourt, Journal, 1882, p.180).

 

Je ne suis pas malade, je suis un accidenté si mon vieux corps réagit bien je me remettrai assez vite sur pied.

 

Avant d’aller plus avant quelques mots sur l’hôpital Cochin où je séjournais en une villégiature contrainte.

 

L’hôpital Cochin est un hôpital de l’AP-HP situé à Paris dans le 14ème arrondissement. Hôpital de proximité et de spécialités situé dans le 14e arrondissement de Paris, l’hôpital Cochin exerce des missions de soin, d’enseignement et de recherche. Il se compose de 3 sites : Cochin et Port-Royal dans le 14e et Tarnier dans le 6e.

 

Rattaché à l’Université Paris Descartes, l’hôpital Cochin est notamment doté d’un service d’accueil des urgences adultes, d’une maternité de type III (Port-Royal) et dispose de services de référence tant au plan régional que national structuré autour de 7 axes : cancérologie ; gériatrie ; maladies de système-maladies auto-immunes-diabète ; ophtalmologie ; ostéo-articulaire ; périnatalogie-périconceptologie et thorax.

 

Il accueille depuis juillet 2017 l’OphtalmoPôle de Paris, nouveau centre spécialisé de l’AP-HP dans les maladies et la chirurgie des yeux et les urgences ophtalmologiques.

 

Près de 5 000 professionnels y travaillent. Il constitue avec les hôpitaux Broca (Paris 14ème) et Hôtel-Dieu (Paris, 4ème) le groupe « Hôpitaux universitaires Paris Centre » de l’AP-HP.

 

HÔPITAL COCHIN

Pneumologie Chef de service : Pr Daniel DUSSER

 

Créé en 1780 par Jean-Denis Cochin (1726-1783), curé de la paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, l’hospice Jacques était à l’origine destiné aux pauvres et aux ouvriers du quartier. Le curé Cochin avait alors fait construire un petit établissement d’une quarantaine de lits, grâce à sa fortune personnelle et à la charité de ses paroissiens. Il ne cessera de s’agrandir au cours du XIXe siècle. En 1784, après la fermeture du noviciat de Capucins, la partie de l'établissement située à l'angle de la rue des Capucins (devenue boulevard de Port-Royal) et de la rue du Faubourg-Saint-Jacques est utilisé comme hôpital pour les adultes atteints de maladies vénériennes sous le nom d'hôpital des Capucins puis d'hôpital du Midi en raison de sa situation dans le sud de Paris.

 

Les deux établissements fusionnent en 1902 avec leur voisin, l'hôpital Ricord, établissement pour vénériens créé en 1792, puis annexent successivement la maternité Port-Royal créée en 1795, la clinique Baudelocque créée en 1890 et l'hôpital Tarnier inauguré en 18811. Les bâtiments sont reconstruits entre 1908 et 1926 pour donner naissance à l’hôpital actuel, caractérisé par son modèle pavillonnaire en briques.

 

Depuis les années 1990, l'hôpital Cochin est associé à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul au sein du groupe hospitalier Cochin –

 

L’hôpital Cochin est classé 8e dans le classement du Point PNEUMOLOGIE

 

Les meilleurs hôpitaux

 

Classement sur 747 établissements pratiquant la pneumologie. CHU : centre hospitalier universitaire. CHR : centre hospitalier régional. CH : centre hospitalier. Consultation antitabac : existence () ou non () dune consultation antitabac sur place. Centre de référence pour la mucoviscidose : centres agréés pour la prise en charge de cette maladie () ou non (). Chirurgie du poumon : existence () ou non () dun service de chirurgie thoracique sur place. Activité : nombre d’hospitalisations réalisées dans l’année. Ambulatoire : nombre de malades pris en charge en ambulatoire.

 

Notoriété : pourcentage de malades hospitalisés dans l’établissement, mais domiciliés dans un autre département.

 

Sans faire une fixation sur mon prénom vous admettrez tout de même qu'il est fort présent, photo-titre et ce qui suit.

 

 «L’Appel de Cochin » est un texte publié  en décembre 1978 par Jacques Chirac, à l’époque ancien Premier et président du RPR.

 

Ce texte fut écrit par ses deux conseillers de l’époque, Pierre Juillet et Marie-France Garaud à droite.  S’inscrivant dans la perspective de la campagne du RPR pour les premières élections au suffrage universel du Parlement européen, qui eut lieu, en France, le 10 juin 1979, ce texte historique dénonçait notamment le « parti de l’étranger », c’est-à-dire l’UDF créé le 1er février 1978 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la République.

 

LIRE le texte plus bas

 

Revenons à ma chambrette du service des soins intensifs de pneumologie : j’y suis entouré, on me parle, on me réconforte, dans le coaltar où je suis ça me fait du bien.

 

Très vite je sens que mon épaule droite, puis mon visage, puis mes yeux  gonflent, on me rassure ce n’est que de l’air échappé de mon poumon. Je ne puis me contempler je me sens bibendum.

 

Ça se nomme œdème, n’ayant en ce lieu aucun souci esthétique je prends avec philosophie ce désagrément, je vois trouble.

 

Les deux jeunes infirmiers qui s’occupent de mon confort, je suis dépendant, plaisantent avec moi, la patiente d’à côté profère des injures, les appelle, « c’est vous qu’elle appelle, vous l’avez séduit. »

 

Je souris.

 

Plus beaucoup de souvenirs de ce premier jour, la cortisone me fait planer et la perfusion me nourrit.

 

Le dimanche après-midi je suis transféré à l’étage dans le service des soins continu. Le lit est un champ de labour mais on me promet un nouveau matelas antiescarres à air dynamique pour le lendemain.

 

Pendant que j’écris cette chronique sur face de bouc ma chronique du jour éveille la compassion de mes amis...

 

À suivre…

 

 

Que disait l’appel de Cochin ? :

 

« Le président de la République [Nota : Valéry Giscard d’Estaing] reconnaissait, à juste raison, dans une conférence de presse récente, qu’une Europe fédérale ne manquerait pas d’être dominée par les intérêts américains. C’est dire que les votes de majorité, au sein des institutions européennes, en paralysant la volonté de la France, ne serviront ni les intérêts français, bien entendu, ni les intérêts européens. En d’autres termes, les votes des 81 représentants français pèseront bien peu à l’encontre des 329 représentants de pays eux-mêmes excessivement sensibles aux influences d’outre-Atlantique.

 

 

[…]

Il est de fait que cette Communauté – en dehors d’une politique agricole commune, d’ailleurs menacée – tend à n’être, aujourd’hui, guère plus qu’une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité. On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi à leur asservissement économique, au marasme et au chômage.

 

 

[…]

La politique européenne du gouvernement ne peut, en aucun cas, dispenser la France d’une politique étrangère qui lui soit propre. L’Europe ne peut servir à camoufler l’effacement d’une France qui n’aurait plus, sur le plan mondial, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la vocation d’une grande puissance, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et investie de ce fait de responsabilités particulières dans l’ordre international.

[…]

Puisqu’il s’agit de la France, de son indépendance et de l’avenir, puis qu’il s’agit de l’Europe, de sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’après tant de sacrifices, tant d’épreuves et tant d’exemples, notre génération ne signe pas, dans l’ignorance, le déclin de la patrie.

[…]

Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort.

 

Mais comme toujours quand il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence. »

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 06:00
Et plus dure sera la chute : chronique d’une très grosse gamelle

Ce blog « Vin&Cie », depuis sa création n’avait jamais connu la page blanche ou l’écran noir, chaque jour que Dieu, comme le pépé Louis entamant un nouveau sillon avec sa charrue Brabant tirée par ses grands bœufs blancs, une chronique matinale s’affichait sur la Toile.

 

Mais, y’a toujours un mais, soudain, sans préavis, alors qu’il avait retrouvé sa vélocité suite à son changement de cardan droit, il se retrouve allongé par terre, ce n’est pas la faute à Voltaire, ni dans le ruisseau, pauvre Rousseau.

 

Vendredi 20, vers 7 H 30 du soir il faisait beau, il faisait doux, sur mon vélo je partais tranquillement retrouver mon amie Émilie pour fêter son anniversaire chez ce bon et jovial Pietro Russano, lorsque presque tout en bas du boulevard Arago, je suis en roue libre, en un millième de seconde je suis projeté, mon cale-pied gauche avait heurté le bord d’un ralentisseur (ça je le constaterai après)

 

Choc violent, je hurle de douleur parce que mon flanc droit s’est empalé sur la poignée de mon guidon plat. Des passants se pressent autour de moi alors que je me relève, étrangement mon corps me semble indemne. Je rassure les passants, attache mon vélo, Émilie me rejoint et nous partons en Uber jusqu’aux Urgences de Cochin toutes proches.

 

Il est aux environs de  20 heures, Cochin est rue du Faubourg Saint-Jacques, mon foutu prénom me poursuit jusque dans mes déboires.

 

Guichet des Urgences : inscription, carte vitale, carte d’identité et mutuelle, mon flanc n’est plus que douleur lourde.

 

Attendre !

 

La première prise en charge est assez rapide, on me donne un antidouleur et j’attends.

 

On m’interroge sur les circonstances de l’accident, on me demande se situer ma douleur sur une échelle de 0 à 10.

 

Sans référence je me prononce pour 8.

 

Attente interminable d’une radio : 1 h 30, très dur, ça bouchonne car il n’y a qu’une opératrice.

 

Je passe enfin, la radiologue au vue des clichés me dit « je comprends que vous souffriez  vous ne vous êtes pas raté.

 

On m’envoie au scanner où je souffre le martyr pour m’enfourner dans le  tube de l’engin. Je suis au bord de l’évanouissement.

 

Attente assis, un docteur me prends en charge pour me donner le diagnostic : côtes cassées ou fêlées devant et derrière, poumon perforé, « on va vous drainer »

 

Départ sur une civière, direction les soins intensifs de pneumologie, nous roulons au dehors l’air frais me fait du bien.

 

Au service des soins intensifs je suis pris en charge par une équipe jeune, compétente, attentive à mon extrême douleur. On me bourre de morphine.

 

Lors de la pause du drain sous anesthésie locale j’ai la tête sous le champ opératoire vert mais une femme me tient la main, me parle, me rassure. Je lui réponds avec gratitude.

 

Il est 2 h 30 du matin, mon ange-gardien Émilie est à mes côtés mais très vite les docteurs constatent que le drain n’est pas au plus près de la zone touchée.

 

Rebelote !

 

L’équipe me gratifie du titre de courageux.

 

Je les remercie.

 

Mon principe : lorsque j’ai mal je le dis, sinon je me tais.

 

Voici donc la première étape, demain ce sera le second épisode, merci à Olivier et Alice de Moor, à Patrick Axelroud, Jacques Dupont, fidèles lecteurs matinaux de s’être très vite, en l’absence de chronique, inquiété de moi. 

Et plus dure sera la chute : chronique d’une très grosse gamelle
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