berthomeau

Lundi 26 janvier 2015 1 26 /01 /Jan /2015 00:09

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Ai-je été de mauvaise foi dans mon compte-rendu de « la pire dégustation » de JM Quarin ?


La mauvaise foi est le fait d'affirmer quelque chose tout en sachant que cela n'est pas vrai.


« La mauvaise foi fait violence à la vérité, mais d'une manière qui en fait une espèce particulière de mensonge. Le mensonge prend la forme de la mauvaise foi lorsqu'il est refus entêté de reconnaître une évidence, quelque chose qui, manifestement, est […] Elle consiste à refuser ce qui ne peut pas l'être, en une sorte d'ultime recours contre le désagrément imposé par la réalité, la volonté opposant son entêtement à l'entêtement des faits. […] Faire preuve de mauvaise foi serait ainsi le contraire de « prendre acte », « prendre en compte », en un mot « assumer» Site philo pour tous : link

 

Foi vient du latin fides : confiance, loyauté, promesse, parole donnée. En latin chrétien c’est la notion de confiance, confiance en Dieu, mais c’est dès la fin du XIIe siècle, avec le sens de loyauté, que l’on parle de bonne foi puis plus tard de male foi qui ne se transformera qu'au XVIe siècle en mauvaise foi. La « bonne foi » désigne selon le Grand Robert, une « qualité d'une personne qui parle, agit avec une intention droite, avec la conviction d'obéir à sa conscience, d'être fidèle à ses obligations ».


Alors suis-je existentialiste à la sauce Sartre ?


Est-ce ma manière de vivre ?


Revendiquerais-je la paternité de mes actes si ces derniers sont gratifiants, et la rejetterais-je lorsqu'ils sont plutôt sources de reproches ?


Bien évidemment je suis le plus mal placé pour juger de ma bonne ou de ma mauvaise foi mais ce qui me met en joie, me fais jouir, c’est la mauvaise foi de ceux qui mettent en doute ma bonne foi.


En fait dans cette chronique c’est mon ignorance crasse qui était en cause dans la mesure où n’étant ni un dégustateur patenté, ni un « masturbateur » de vin de la LPV, et moins encore un « amateur » de vin, La Grange aux pères et Gauby Muntada connais pas. Jamais acheté et jamais bu !


Ma faute c’est d’avoir osé écrire que JM Quarin « n’aime ni les vins nature c’est son droit, ni les financiers incultes au goût du vin »


Crime de lèse-majesté que de laisser supposer que ces vins de « haute expression » selon Michel Bettane puissent être rangés dans une catégorie qui sent l’étable, la bouse de vache et les pieds du fermier… pour ne rien dire de la petite culotte de la fermière  

 

Chiffon rouge !

 

Carton rouge !

 

Expulsé !


Même si j’ai lu Machiavel, approché de près le François de Jarnac, je n’attribuais là aucune filiation à ses 2 vins de « haute expression ».


En effet, je ne passe pas mon temps sur cet espace de liberté à me tripoter la nouille à propos de telle verticale ou de telle horizontale, j’y écris sur tout et rien : le vin aussi comme le chantait Bourvil pour Félicie.


Ma position d’ignorant, qui n’est pas une posture mais une réalité, je la revendique depuis toujours et nul ne pourra me coller impunément l’étiquette d’amateur de vin.


En 2008 j’ai commis une chronique « Les positions du Vin : debout, assis, couché… » link

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Voici quelques extraits :


DEBOUT

 

-         La position du buveur : position à l’origine exclusivement masculine très pratiquée dans les caves de Vendée qui s’est modernisée et un peu féminisée chez certains vignerons, dit paysans éclairés, qui ne répugnent pas d’amener au cul de la barrique leurs poteaux pour s’en jeter un ou deux derrière la cravate – façon de parler - dans des verres Duralex. Attention, ne pas confondre avec la position suivante car ici on ne recrache pas : on boit. La fonction sociale de cette position était très marquée : lieu d’échanges, où l’on se racontait des histoires, l’on concluait des affaires. Elle tend à se folkloriser pour séduire le bobo amateur d’authenticité.


 

-         La position du dégustateur : très en vogue de nos jours aussi bien chez les pros que chez les amateurs éclairés. Exige une certaine forme de résistance physique lorsqu’on la pratique dans les salons : RVF, Grand Tasting, VIF car elle peut s’apparenter à une lutte du type de celles que les femmes affectionnent au moment des soldes. Exige aussi une science consommée du crachement dans des récipients divers et variés si l’on ne veut pas se retrouver constellé de taches de vin. Exige enfin dans les salons une grande faculté de commentaires pour conforter sa position. Cette position se pratique aussi dans des quasis salles blanches, dites salles de dégustation, entre experts patentés. Chez certains vignerons ou même dans les châteaux se pratique dans la cave ou le chais, à la pipette, et il est de bon ton de reverser, ce qui reste dans le verre, dans la barrique. À noter que cette position est la position favorite des « acheteurs » mais qu’elle ne procure guère les mêmes sensations que celles éprouvées par le consommateur.


ASSIS

 

-         la position du mangeur : elle fut pendant des décennies la position majoritaire à l’image de la position dite du missionnaire pratiquée par nos pères et nos mères mais elle tend à refluer sous la poussée du grignotage, du plateau télévision ou de l’eau minérale. Dans les milieux aisés ou intellectuels, composés d’esthètes ou de gens se prétendant tels, elle tend à rejoindre la position du dégustateur dans la mesure où les convives comme les hôtes d’un dîner n’ont de cesse de faire assaut de leurs connaissances de la science du vin qu’ils qualifient à tort d’œnologique. Bien évidemment dans cette position on ne crache pas son vin dans la soupière sauf que, très souvent, l’on peut constater, à la fin de ces repas, un niveau anormalement élevé de verres pleins.

 

COUCHÉE

 

-         la position du jouisseur : a pratiquement disparue avec les banquets et les orgies romaines. Aucun indice sérieux ne laisse à penser que cette position revienne à la mode comme d’ailleurs le port de la tunique au-dessus du genou pour les hommes.

 

Allez ne nous fâchons pas comme le titrait Lautner, soyons zen autour des verres, buvons-les, dégustons-les, trouvez-moi de mauvaise foi mais comme le disait Woody Allen « Ne dites pas tant de mal de la masturbation. Après tout, c’est une façon de faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime. » Citation détournée en toute mauvaise foi dans mon titre.


Faites l’amour pas la guerre, surtout pour une histoire de vin… Si vous ne goûtez pas mes chroniques, ne vous faites pas mal au foie, ne les lisez pas !

 

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Fernandel - Félicie Aussi par Skyremax

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Samedi 24 janvier 2015 6 24 /01 /Jan /2015 00:09

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Cher Michel Smith,


Lorsque tu écris dans ta chronique du 22 janvier des 5 du Vin « Le vin peut-il se complaire à jamais dans l’ignorance ? » :


« Ce n’est plus aussi évident de parler du vin. Du moins, c’est ce que je ressens aussi. Moi-même je suis confronté presque chaque jour à cette expérience qui fait que je doute de plus en plus de la manière dont j’écris sur le sujet. Ça ne passe plus. En dehors de quelques amoureux et professionnels, mis à part les érudits qui viennent sur notre site pour débattre entre gens de bonne famille et de bonne compagnie, entre connaisseurs, est-ce que nous avons nous un réel public, une audience ? Perso, je suis convaincu que non. Combien, parmi ceux qui nous lisent, ont-ils encore la volonté profonde d’apprendre, de découvrir, de nous accompagner dans nos dégustations, de partager notre enthousiasme comme nos déconvenues ? »

 

Ne t'offusque pas du titre Michel je l'ai pondu pour faire plaisir à un autre Michel, Bettane 


Je crois que tu as à la fois  raison et tort car nous assistons à une mutation qui n'a rien à voir avec l'éternel conflit de générations. De mon point de vue il ny a pas recul, et pas forcément de progrès, dans l’intérêt que portent ceux qui aiment le vin, ou ceux qui l’abordent en tant que néo-consommateur, à l'appétit de connaissance sur le vin. La culture du vin s'élabore différemment, loin de la pure transmission familiale, de façon multiforme et parfois surprenante. L'irruption des filles dans le milieu du vin est aussi un élément important qu'il ne faut pas traiter avec la suffisance des mecs qui savent.


Dans une chronique récente je m’expliquais à ce sujet « N’étant ni 1 amateur pointu, aigu, obtus je me contente du bouche à oreille pour choisir mon vin : vive la toile ! » link  je ne reviendrai donc pas sur mon argumentaire.


Étant l’un des créateurs des 5 du Vin – même s’il n’y a plus de trace de cette paternité partagée sur le site – je te rappelle les débats que nous avons eus sur ce sujet, vifs mais toujours amicaux. N’étant pas un professionnel de la profession je ne partageais pas votre volonté de vous cantonner dans une approche, disons classique, du vin. C’est pour cette raison que je me suis retiré et, d’une certaine façon, je le regrette, mais mon temps n’est pas extensible.


Bref, avec mes 10 ans d’expérience sur la Toile, et ma petite expérience de prof tout au long de ma carrière : de la 6e à l’enseignement supérieur, je crois que le potentiel d’intérêt sur le vin n’a pas faibli mais que l’art et la manière de le faire partager sont bien trop figés.


Eveiller l’intérêt d’un lectorat hyper-sollicité, qui, je ne le conteste pas, trop souvent, lit en diagonale sans chercher à comprendre, zappe, réagit en fonction de ses à-priori, ses idées reçues, sur des pages Face de Bouc où les commentaires sont souvent affligeants, exige une remise en cause de la manière d’aborder la fameuse culture du vin.


Depuis l’origine sur cet espace de liberté j’ai choisi d’ouvrir la focale, de ne pas me contenter d’aborder le vin pour le vin, style LPV, d’aller chercher un lectorat chez ceux pour qui le vin n’est pas l’amour de leur vie, et ils sont majoritaires. Pour la énième fois je vais évoquer ce que répondait mon pépé Louis à mémé Marie lorsque le curé en chaire pestait contre ceux qui ne venaient pas à la messe « pourquoi y nous en parle puisqu’eux ne sont pas là pour l'enetendre ? » Que du bon sens !


Faut aller au contact mes cocos ! Sortir de vos cercles forts sympathiques mais un peu vieillissants, pour fréquenter d’autres mondes. C’est mon cas, je me bouge le cul, certains me le reprochent assez, surtout lorsqu’il s’agit de charmantes et jolies jeunes filles, aller au contact pour comprendre et mieux expliquer.


Les Ignorants de Davodeau link, Mimi, Fifi & GlouGlou link Les tronches de vin sont de vrais succès de librairie et ne me dites pas que ce ne sont pas des vecteurs de la culture du vin.


Quant aux buveurs d’étiquettes, aux gus qui achètent des bouteilles au prix du caviar pour faire reluire leur statut social, ce n’est pas nouveau. J’ai été marchand de vins en 1986 à la SVF propriétaire de la vieille maison bordelaise Cruse, et j’ai livré des caisses bois bordelaises à la pelle pour les chers amis de notre actionnaire. Ce qui a changé depuis c’est l’échelle des fortunes et des prix des GCC, comme de certains crus bourguignons. Le seul qui ait voix au chapitre c’est le Bob des Amériques.


Enfin, j’éviterai, pour ne pas fâcher plus encore, de parler d’une certaine presse du vin, de prescripteurs qui sont sous la botte de leurs annonceurs, qui pratiquent sans vergogne le conflit d’intérêts en mélangeant biseness et soi-disant notations.


Dernier point, cher Michel, la catégorisation de certains consommateurs de vin pas comme les autres, au rayon de bobos parisiens par une engeance qui regrette la boucherie du village qu’elle a, comme tout le monde, fuit, me gonfle absolument. Ces nanas et ces mecs : ils boivent du vin qu’ils achètent à des cavistes ou des vignerons, se moquer grassement d’eux c’est se tirer des balles dans le pied. Tous les consommateurs, de l’acheteuse chez Franprix au pépère qui pointe depuis tout le temps chez Nicolas comme la petite nana qui achète son vin nature au Lieu du Vin du grand Philippe ou chez le Paco d’Ivry, ça se respecte. C’est le B.A.-BA du commerce ! Le client à toujours raison... ou presque...


Tu dis Michel que « pour s’en remettre, il faudra attendre une ou deux générations. Attendre qu’une société s’écroule pour mieux se reconstruire sur de nouvelles bases. Le temps de reformer des générations d’amateurs rompus à l’érudition, à la curiosité. Le temps de redonner soif à un monde aveuglé par le paraître. Le temps de privilégier la connaissance face à l’ignorance. Quand je vous disais que j’étais un éternel optimiste… »


Mais s’en remettre de quoi ?


D’un monde dévasté par les Barbares ?


Pessimiste actif je ne te suis pas tout à fait sur ce terrain, comme Alessandro Baricco je constate qu’ « On s’épuise déjà à comprendre sa petite motte de terre, on n’a donc plus guère de forces pour comprendre le reste du champ » link


Mais qui sont ces barbares ?


Les prédateurs de la Toile sans culture ni Histoire répondent les anciens dominants de la culture.


Baricco n’est pas convaincu « dans le monde où je vis (ndlr. Les intellectuels), si l’honnêteté intellectuelle est une denrée rare, l’intelligence ne l’est pas, elle. Ils ne sont pas devenus fous. Ce qu’ils voient existe. Mais ce qui existe, je n’arrive pas à le voir du même œil. »


Simple conflit de générations : « les anciens qui résistent à l’invasion des plus jeunes, le pouvoir en place qui défend ses positions en accusant les forces émergeantes » ?


Non, pour Baricco « cette fois, ça semble différent. Un duel si violent qu’il paraît nouveau. D’habitude, on se bat pour contrôler des points stratégiques sur la carte. Aujourd’hui, les agresseurs font quelque chose de plus radical, qui va plus en profondeur : ils sont en train de redessiner la carte. C’est peut-être déjà fait. »


« Nul déplacement de troupes, nul fils tuant le père. Mais des mutants, qui remplaçaient un paysage par un autre et y créaient leur habitat. »


Quant au monde du paraître, celui des puissants ou des autoproclamés tels, exacerbé par la mondialisation, il est le fait d’une infime minorité surexposée, et il serait temps pour le monde des sachants du vin de se retrousser les manches afin de s’adresser au populo dont tout le monde se fout, y  compris les qui se lamentent, aujourd’hui comme hier.


Bon Michel, ce n’est pas tout ça je t’invite, pour te remonter le moral, au Terrier de la rue de Ménilmontant, Le lapin Blanc, moi je tirerai le petit pignon de mon vélo de vieux bobo pour y monter, toi le vieux sage du  vin tu pourras y venir à pied, à cheval ou en voiture, référence à Noël Noël une icône culturelle de notre époque Michel, et tu verras que mes copines, pas bobo pour deux sous, ont un appétit de connaissances sur le vin inextinguible tout comme leur soif de la vie et des plaisirs…


Je t’embrasse et continue d’écrire comme sur 180°C et l’amour du vin se portera bien…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 23 janvier 2015 5 23 /01 /Jan /2015 00:09

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Comme Francis Blanche dans le sketch cultissime avec Pierre Dac, le sar rabindranath duval, je pourrais répondre du tac au tac « je n’entends rien par là ! »


Mais comme il me reste encore un zeste de sérieux je cite Michel Bettane :


« Il est à la mode aujourd'hui de détourner le sens des mots ou de l'ignorer, ce qui est moins grave, pour frapper l'opinion. Qu'entends-tu cher Jacques par vin nature quand tu appliques les mots aux deux vins à « haute expression » (voilà les mots justes) « flingués » (pas de blessure grave au demeurant) au cours de cette dégustation. » *


Ma réponse pourrait se contenter du simple constat que je n’ai rien détourné du tout, et surtout pas le sens des mots, je me suis contenté d’écrire que « JM Quarin n’aime ni les vins nature c’est son droit, ni les financiers incultes au goût du vin… ». L'humour n'est pas aussi le fort de certains balourds de la LPV mais ce ne sont que de grands amateurs de vin il ne faut pas trop leur en demander.


Comment aurais-je pu qualifier de nature 2 vins, de si haute expression qu’ils fussent,  car je n’en sais fichtre rien ?


« Pour ma part je suis très à l’aise : je n’achète ni les uns ni les autres, mon bonheur est ailleurs… »


Je ne les ai donc ni achetés, ni bus, et je ne sais donc pas de quelle chapelle ils sont ?


Mon esprit moqueur se contentait de vanner JM Quarin qui goûte que très modérément qu’un cuistre de mon espèce conteste son savoir-faire d’éminent goûteur de vin.


Passons à ce qui m’est demandé par ce cher Michel : Mais qu’est-ce donc concrètement un vin nature pour moi ?


Sur le mode ironique je pourrais lui répondre « un vin qui n’a pas l’honneur des gazettes bien comme il faut… » mais là je risquerais de me faire accuser de bashing à l’égard des guides de grands amateurs pointus, éclairés…


Sur le mode de la vie que les institutions du monde du vin font vivre à certains vignerons je pourrais aussi constater que « ce sont des vins qui sont refusés à la dégustation, des laissés pour compte qui vivent leur vie dans le monde des Vins de France… ». Le dernier cas en date étant le je suis Viré de Philippe Valette link mais, là encore, ce serait m’exposer à des sarcasmes de la part de l’establishment.


Sur le mode vachard je pourrais aligner une démonstration pleine de mauvaise foi « puisque le blogueur de l’année pour la RVF est un fou de vin nature, c’est un vin vanté par la vieille dame permanentée via Sylvie Augereau… » mais je n’irai pas jusque-là dans la mauvaise foi.


Le seul mode que je connaisse sur cet espace de liberté c’est le mode personnel, car je ne suis adepte ni de la dégustation, ni de la notation, et moins encore des commentaires qui vont avec.


Je bois.


Pour vanner Michel Smith, que je vannerai mieux demain, avec tout l’orgueil qui est mien et une fausse-modestie surjouée, je me complais depuis toujours et à jamais dans l’ignorance.


Je bois du vin, loyal et marchand qui a payé ses droits de circulation hors toute chapelle, oukase, coterie ou cercles d’initiés triés sur le volet.


Ce vin je le découvre au gré de mon baguenaudage parisien chez des cavistes, au restaurant, chez des amis ou bien lors de périples dans la France profonde des terroirs.


S’il me plaît j’y fais parfois référence dans mes chroniques ; sinon je n’en parle pas : mes goûts et, plus encore, mes dégoûts, n’ont qu’un très faible intérêt pour mes lecteurs.


Dans la palette des vins que j’achète, il se trouve des vins qui proviennent très largement de la mouvance des vignerons que l’on classe commodément dans la catégorie des vins nature. Donc, les vins nature que j’achète sont des vins que j’aime : et c’est pour moi la meilleure réponse que je puisse te donner cher Michel Bettane.


Je les reconnais comme tels, n’en tire aucune gloire personnelle, et j’assume leur choix sans avoir à me justifier.


Pour autant je n’aime pas le vin nature en général, ni tous les vins nature en particulier, j'en achète sans pratiquer un quelconque prosélytisme, ni aucune ségrégation, en réponse au bashing des détracteurs de ces vins.


Comme je l’ai souvent écrit ici je ne mêle pas mes goûts personnels à l’analyse et au regard que je porte sur le secteur du vin, et tout particulièrement à son économie.


D’ailleurs, sans trop insister là où ça fait mal, l’échantillon sur lequel les critiques de vin exercent leur art est fort restreint par rapport à la réalité de la production française. Alors les batailles picrocholines à propos des vins nature, qui ne sont que des confettis de l’empire, me semblent bien dérisoires. Il est des consommateurs pour les acheter et les boire, grand bien leur fasse et, qu’on le veuille ou non, laissons faire le temps. Rappelons-nous les bio-cons !


Quant à la dénonciation du bashing que subirait les vins de Bordeaux de la part des Languedociens, je ne vois pas ce que ma faible part de voix viendrait y faire. Mes amis bordelais, j’en ai beaucoup, sont assez grands pour se défendre, ils n’ont pas besoin d’un allié aussi encombrant que moi. Ce n’est pas le sémillant Hubert qui me démentira.


Donc ma définition, qui n’en est pas une, des vins nature, est sans doute une approche simpliste, primaire, personnelle, mais elle est en phase avec un mouvement qui déplaît car il remet en question le modèle dominant, sécurisé et correspond à une tendance qu’il serait faux de réduire comme étant portée que par une poignée de bobos urbains.


Pour autant l’acte de boire n’est pas pour moi un combat. Je n’ai que peu de goût pour les rebelles en chaise longue mais je suis attentif à ceux de nos vignerons qui doutent, se posent des questions, cherchent à sortir du prêt à produire. Leur voix porte peut, sauf médiatisation exceptionnelle, aussi bien dans les enceintes officielles que dans la presse. Certains se revendiquent du nature, du biodynamique, du bio, d’autres pas et peu me chaut, au salon rue89 du sémillant Antonin, nouvelle coqueluche de la RVF, les présents n’arboraient aucune étiquette mais proposaient des vins de cette mouvance responsable et bonne vivante. Loin des bandits-manchots du vin que dénonçait Hervé Bizeul lors d’un Tasting bordelais. link


Récemment j’ai fait mon coming-out en avouant que : « j’ai mes têtes mais je ne vous dirai pas lesquelles » link 


Il est des gens que je ne fréquente plus. Pendant très longtemps, fonction oblige, je fus un garçon fort civil et j’ai subi le voisinage d’une cotriade d’imbéciles heureux. Blogueur j’ai fait le tour de la petite planète des scribes du vin. Je n’en suis plus. Vieux monsieur indigne je ne fais que ce qui me plaît, je ne rends de compte à personne et bien évidemment je ne donne aucune leçon à qui que ce soit. Parfois je raille un chouïa des importants un peu trop voyants ou des cireurs de pompes trop obséquieux ou venimeux mais nul n’est obligé de me lire.


Je chronique chaque jour sur mon espace de liberté au gré de mes envies et de mes humeurs, ne détient aucune vérité tout en restant fidèle à ce qui m’a construit. Mes valeurs que je cherche à partager avec mes lecteurs. C’est ma vie et, j’avoue que je l’aime bien.


Et plus dure sera la chute, c’est d’autant plus vrai pour cette chronique, alors sur le mode plaisantin, qui est trop souvent le mien, j’affirme qu’un vin nature est un vin qui me va bien au teint


PS : flingués c’est au sens des Tontons Flingueurs dont les dialogues sont d’Audiard, cher Michel, on y défouraille sec avec humour et sans dégâts…


* Le commentaire de Michel Bettane sur ma chronique : « La pire dégustation de JM Quarin : la Grange des Pères et Gauby flingués mais pas si mal notés… »


« Il est à la mode aujourd'hui de détourner le sens des mots ou de l'ignorer, ce qui est moins grave, pour frapper l'opinion. Qu'entends-tu cher Jacques par vin nature quand tu appliques les mots aux deux vins à "haute expression"(voilà les mots justes) "flingués" (pas de blessure grave au demeurant) au cours de cette dégustation. Il n'y a pas que les premiers ministres ou les critiques incultes à employer le procédé, les blogueurs donneurs de leçon connaissent aussi le "truc". Par ailleurs je n'ai pas eu connaissance que tu aies mis autant de fougue à condamner le bordeaux bashing des pro Languedoc-Roussillon  lui aussi à la mode et tout aussi inculte que celui-ci ! Je ne doute point de la sincérité du compte rendu de Quarin qui m'interpelle autant que toi mais cela fait partie de notre fondamentale liberté d'expression. Et qui bien entendu peut être soumise à discussion, raillerie et blasphème! »    

 

Pompettes : Francis Blanche et Pierre Dac dans le Sar Rabin Dranath Duval Une vieille chronique de 2007 link


Ce sketch, devenu une anthologie de l'humour, a été créé par Pierre DAC et Francis BLANCHE en Janvier 1957, à l'occasion du 10ème anniversaire du music-hall "Les Trois Baudets". La version la plus fameuse sera enregistrée en 1960 à Lyon au cours de l'émission "Musicorama" de Europe N° 1. Juste avant de passer en scène, Pierre et Francis sortaient d'un gueuleton particulièrement "arrosé", d'où les fous rires et certains trous de mémoire devenus  célèbres, à écouter absolument ICI link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Mardi 20 janvier 2015 2 20 /01 /Jan /2015 00:09

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J’ai bien connu Laurent, ses chaussons*, ses croissants, du côté de la Place du Panthéon vu que Tonton nous avait fait don, en 1984, du plus jeune Premier Ministre qu’ait connu notre vieille France sous la Ve République. L’homme du fameux congrès de Metz : le deuxième jour, le samedi 7 avril 1979, à midi, le jeune député mitterrandiste monta à la tribune, 32 ans, énarque ayant choisi le Conseil d’État, parfait dans le rôle du tonton flingueur de Mitterrand en matière économique, là où le Tonton ne touchait pas une bille face à Rocard, lâcha une formule qui se voulait assassine : «Entre le Plan et le marché, il y a nous, le socialisme ! ».


Bon il ne reste plus que le marché Laurent ça vaut bien un coup de Blanc 


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> Congrès de Metz, 1979. Fabius, Jospin, Quilès, Mitterrand

 

ses pantoufles


« Lui c'est lui, moi c'est moi » sacré Laurent un vrai rebelle 


Le long parcours de Laurent dans le marigot politique ne fut pas un long fleuve tranquille, et je ne vais pas m’échiner à vous le décrire par le menu car je ne serais pas forcément objectif même si je l’ai toujours défendu à propos d’une triste affaire que tout le monde ou presque a oubliée.


Bon le Laurent, dans son nouveau job du côté du Quai, il assure et il rassure avec son côté vieux briscard revenu de tout ou presque mais de là à accepter de se faire couronner comme l’Homme de l’Année du Vin de France j’en suis resté comme deux ronds de flan. Après la moto dans le Gers, où le « bonheur est dans le pré », Lolo fait son coming-out « il boit peu mais aime le bon vin et avoue un petit faible pour le Bordeaux… » link


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Laurent vraiment j’ai beaucoup aimé ta photo, où tu tiens élégamment ton diplôme, aux côtés de mon grand ami Jean-Paul Lubot link, qui est bien sûr Charlie tout en blacklistant le petit blogueur que je suis pour délit d’irrévérence. J’avais pourtant reçu les excuses de sa patronne madame Evelyne PROUVOST du groupe Marie-Claire, mais ce vaillant défenseur de la liberté de la presse a oublié que « Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. »


J’espère mon cher Laurent que tu as apprécié à sa juste valeur révolutionnaire le discours d’un jeune blogueur rebelle bien comme il faut, très j’aime les petits vignerons artisans, ça t’aura rappelé tes jeunes années où tu chevauchais, à 23 ans, un fier destrier pour l’émission de télé populaire « La Tête et les Jambes » avec Pierre BELLEMARE et Jean Paul ROULAND.

 

Un sans-faute c’est Antoine Gerbelle qui va être content.

 

Très belle coiffure à cette époque Laurent... un petit côté VGE... je peux te charrier car le Che nous a fait le coup de Rocard  d'Estaing...  

 

Attention les vidéo de l'INA se déclenchent dès l'ouverture de cette chronique : clouer leur le bec avant de lire et ensuite visionnez-les 


 


Laurent Fabius : "Il faut être fiers du vin" par larevueduvindefrance

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Lundi 12 janvier 2015 1 12 /01 /Jan /2015 07:00

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Michel Houellebecq quitte Paris pour une destination tenue secrète et interrompt la promotion de son dernier livre Soumission. Il se dit « profondément affecté par la mort de son ami Bernard Maris » dans l'attentat contre Charlie Hebdo.


Nous venons de vivre des journées noires, et ça s’est passé dans la ville où je vis, ce Paris si souvent décriés. J’ignorais où se situais la rédaction de Charlie-Hebdo mais je passais très souvent à quelques encablures d’elle sur mon vélo. Ça ne change rien à l’horreur mais ça matérialise les faits.


Comme beaucoup de mes amis j’ai été saisi, incapable de faire autre chose que de faire le deuil, qui fut d’ailleurs un deuil national de 3 jours, de ces sacrifiés, connus et inconnus.


Pour tenter d’exorciser l’horreur j’ai écrit deux chroniques :


-         Donnons-leur un NOM : des LÂCHES link


-          Les morts de Charlie d’hier et d’aujourd’hui m’ont dépucelé la tête: merci à eux link


Et puis je me suis tu.


Mon ami Olivier Horiot vigneron aux Riceys nous a opportunément rappelé que l’horreur était aussi ailleurs : D’Olivier Horiot « Ils sont aussi Charlie » les agriculteurs de Mbaljouwel dont le village a été brûlé par Boko Haram 37 morts link


Sur mon mur de Face de Bouc je me suis contenté de publier les dessins des caricaturistes du monde entier, quelques témoignages et réflexions « Pourquoi les fanatiques détestent le rire »link qui me paraissaient dignes d’intérêt, puis le dernier jour des infos.


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Je dois vous avouer que l’attitude de certains m’a écœurée, commentaires stupides, indécents, tentatives de faire du Charlie, absence totale de retenue, et le pire une forme de récupération d’un esprit qui n’est pas le leur. Mépris profond !

 

Les sacrifiés de Charlie-Hebdo ne l'ont pas été parce que c'étaient des paillards buveurs et ripailleurs mais pour avoir osé caricaturer Mahomet, c'est contre la liberté d'expression que les lâches assassins ont agi, preuve s'il en est qu'elle existe dans notre pays. Ceux qui passent leur temps à écrire le contraire ne sont guère crédibles. La captation de l'héritage de Charlie est minable.


Nous allons marcher ce dimanche, pas manifester sauf notre compassion aux victimes et à leurs familles, proches et amis.


Je ne crois pas à l’unité, dite nationale, mais à une forme, même provisoire, de nous retrouver dans nos diversités au coude à coude en laissant de côté nos opinions divergentes. À chacun de choisir, ceux qui ne seront là pour s’afficher n’ont rien à y faire.

 

La présence de chefs d'Etat ne me dérange pas car ils représentent leurs peuples et non une tendance politique.


Voilà c’est écrit, par un étrange destin les deux dénouements se sont déroulés dans des lieux proches de là où j’ai vécu, ça me donnait le sentiment étrange d’une proximité avec la mort.


Aujourd’hui le cours de la vie reprend son lit habituel.


Alors j’ai choisi de revenir au vin, avec l’actualité que Jacques Dupont analyse bien à propos de l'ordonnance de référé rendue le 7 janvier par le tribunal de grande instance de Paris qui autorise le maintien des visuels de la campagne d'Inter Rhône et une interview de Stéphanie de Boüard-Rivoal, Directrice Générale adjointe du Château d'Angélus depuis 2012 sur le site commercial Grands Vins Privés. Sur cette dernière je ne ferai aucun commentaire car je vous laisse le soin de le faire.

 

1-      Côtes-du-rhône, tribunal et « goût de la vie » ! de Jacques Dupont du Point


En ces temps « déraisonnables » comme disait Aragon, l'information peut paraître dérisoire : le tribunal de grande instance de Paris autorise le maintien des visuels de la campagne de pub des côtes-du-rhône, même s'il demande un changement du slogan qui était le suivant : "Le goût de la vie." Assignée en référé par l'Anpaa (association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) le 19 novembre 2014, Inter Rhône (interprofession des vins A.O.C. côtes-du-rhône et vallée du Rhône) remporte donc une demie victoire puisque les dessins « non dénués de qualité artistique », selon le tribunal, ne justifiant pas "un trouble manifestement illicite ou d'un dommage imminent présentant les mêmes caractéristiques que le juge des référés aurait le pouvoir de faire cesser ou prévenir" sont maintenus et que la couleur rouge, élément identitaire des campagnes Côtes-du-Rhône « se rattache en premier lieu à la nature du vin proposé par les professionnels regroupés dans l'association Inter Rhône lesquels produisent principalement du vin rouge, et que la campagne tend à associer dans l'esprit du public cette particularité à la région des Côtes-du-Rhône ». Encore une chance que le rouge soit reconnu comme une couleur « naturelle » possible du vin.

 

La suite ICI link

 

2-      Interview de Stéphanie de Boüard-Rivoal - Château Angélus - Château Angélus, plus qu'un mythe !

 

GVP : En trois mots, comment décririez-vous le vin du Château d'Angélus si c’était :

 

SBR :

 

- Un film ? Une fresque historique ou un film néo-réaliste dans l’esprit de Fellini

 

- Un voyage ? Une ascension himalayenne, une quête de grands sommets

 

- Un art ? Une peinture, impressionniste

 

- Une musique ? Le 24e caprice de Paganini : une technique impressionnante, de la fougue et une grande harmonie

 

- Un paysage ? Des collines verdoyantes, ondulantes, plantées de cyprès et traversées par une rivière. Un paysage de quiétude et d’harmonie

 

- Un grand personnage ? Alexandre Le Grand, un stratège toujours en mouvement

 

La suite ICI link

 

Nous venons d'avoir la confirmation, ‪#‎Wolinski‬ est bien arrivé au paradis.dédicace @Kersauson


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Lundi 12 janvier 2015 1 12 /01 /Jan /2015 00:09

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Hier, lorsque j’ai quitté à vélo mon XIVe ce qui m’a de suite frappé c’est le silence, un silence léger à peine troublé par le passage de rares autos, la ville semblait se recueillir. Tout au long de mon trajet vers la Place de la Nation ce n’était que marcheurs sur les trottoirs, longue cohorte convergeant vers les points de ralliement. Pour la première fois depuis que je vis à Paris, avec ma flèche d’argent j’ai enjambé la Seine en empruntant le pont Charles de Gaulle. Sans encombre j’ai gagné la Place de la Nation, tout le monde faisait attention à tout le monde, aucune bousculade, du respect mutuel. Et toujours cette forme de légèreté silencieuse flottant au-dessus de cette foule assemblée.


De partout ce n’était que flux humain, toujours paisible et tranquille, parfois crépitait une salve d’applaudissements. Impressionné. Impressionnant. Je remontais l’avenue Philippe Auguste noire de monde. Au carrefour un cordon de gendarmes dérivait, avec courtoisie et pédagogie, vers le boulevard de Charonne, le cortège qui avançait en rang serré. Et puis, là, face à la bouche de métro je tombais nez à nez avec la petite bande des belles du Lapin Blanc, emmitouflée car une petite bise tranchante balayait l’avenue. Nous n’avions ni pancarte, ni insignes, mais nous étions la marche et nous marchions.


Nous en étions de cet immense élan, nous femmes et hommes de bonne volonté, cohorte d’anonymes.

 

Mais pourquoi fallait-il en être, ici à Paris et ailleurs, en France et dans beaucoup de pays, me direz-vous ?


Pour une raison très simple : témoigner de ce qui nous rassemble : notre commune humanité. Celle à qui les lâches assassins ont déclaré une guerre impitoyable.


Notre côte à côte chaleureux de dimanche a été la preuve de sa richesse et de sa puissance à cette commune humanité et elle nous a donné le courage nécessaire pour défendre la liberté, nos libertés…


Et après !


Que feront-nous demain ?


Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ça dépendra aussi de nous, de notre capacité à vivre ensemble dans une forme de respect exigeant et sans concession. La compréhension ne signifie pas faiblesse, nous sommes dans un État de Droit qui est le seul garant des libertés. Que celles et ceux qui s’en affranchissent sachent qu’ils devront s’y soumettre. Intransigeance nécessaire et salutaire pour rompre avec le repli communautaire.


Ma seule photo du jour illustre cette courte chronique : un drapeau qui avait flotté à une fenêtre lors de la Libération de Paris.


Il y eut aussi un selfie de notre petite bande mais là je ne publie pas car vous seriez jaloux 


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Jeudi 8 janvier 2015 4 08 /01 /Jan /2015 14:12

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Affirmer, en ces jours noirs, qu’avoir 20 ans en 68 c’était les beaux jours de sa vie, ça fait très vieux con.


Charb avait alors 1 an, Tignous 11 ans, Maris 21 ans Reiser 27 ans, Cabu 30 ans, Wolinski 34 ans, Cavanna 45 ans…


Du talent, des talents, de l’irrévérence, de l’impertinence, de la saine grossièreté, loin de la trivialité, une férocité de trait ou de plume dans un gant de douceur, des éclaireurs, des téméraires, des bons-vivants, des malappris, des érecteurs de vérité, des semeurs à tout vent de liberté, ils m’ont dépucelé la tête.


Le premier à se tirer, en 1983, bouffé par ce putain de chancre fut Reiser que j’aimais tant…


Puis au début de 2014, ce fut au tour de François, le Rital, de tirer aussi sa révérence, un putain de sacré bon écrivain ce Cavanna.


Et puis ce funeste matin du 7 janvier 2015 vint, de lâches cagoulés, caparaçonnés, après avoir exécuté froidement 12 innocents ont proclamé dans leur fuite avoir tué Charlie.


Bande de tarés !


Charlie est, et sera toujours vivant, mais vous avez fauché la meilleure part de ma jeunesse, des mecs qui en faisant sauter la chape de plomb d’une France bien-pensante, confite dans les bondieuseries, l’ORTF, Michel Droit et autres censeurs, m’ont oxygéné la tête.


Je ne vous hais pas, je vous méprise.


Orphelin de ceux qui m’ont dépucelé la tête je suis triste et meurtri.


Je les pleure aussi.


Être privé de Bernard Maris le vendredi matin sur France-Inter c’est pour moi une amputation de la pensée libre, ouverte, paradoxale et original.


Adieu oncle Bernard je t’aimais bien.


Il en est qui devraient fermer leurs grandes gueules et se faire tout petit car ils n’ont jamais été du côté des combats des braves de Charlie. Déjà insidieusement fleurissent des écrits vénéneux par ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas.


Lisez ceci avant de continuer à nous saouler avec vos savantes analyses :


« Ils étaient tous là, ou presque. Comme tous les mercredis. Réunis entre chouquettes et croissants autour de la grande table ovale qui occupe toute la pièce pour la conférence de rédaction. Un rituel immuable depuis la création de Charlie Hebdo. A gauche, comme toujours, Charb, le directeur de la publication. Ce mercredi 7 janvier avaient pris place à ses côtés les dessinateurs Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré et Riss, les rédacteurs Laurent Léger, Fabrice Nicolino et Philippe Lançon, l’économiste Bernard Maris ou encore les chroniqueuses Sigolène Vinson et Elsa Cayat.


La conférence de rédaction débute généralement à 10 h 30 et s’anime rapidement à la faveur de quelques blagues grivoises. Un seul sujet tabou : la machine à café, parce qu’elle ne marche jamais. Aux murs sont épinglées quelques « unes » mythiques du journal satirique : celle de « Charia Hebdo », qui avait motivé l’incendie criminel ayant ravagé les anciens locaux de l’hebdomadaire, en novembre 2011, une autre sur Marine Le Pen illustrée par une « merde » sur le drapeau français, une caricature du pape dénonçant la pédophilie dans l’Eglise, un Sarkozy grimaçant…


La réunion se finit quand elle finit, c’est-à-dire quand il est l’heure d’aller casser la croûte aux Petites Canailles, un bistrot de la rue Amelot, dans le 11e arrondissement de Paris. »

 

La suite ICI link

 

Orphelin certes je suis mais je reste optimiste Charlie a fait de beaux et talentueux petits et des vieux cons comme moi en seront croyez-moi.


« Comme aurait dit Cabu, il faut qu'on sorte un journal encore meilleur, donc on va le faire, je sais pas comment, on va l'écrire avec nos larmes »


J’embrasse fort tous ceux qui partageaient la vie des 12 sacrifiés, la vie continue, debout…


Et Dieu dans tout ça ?


« Si Dieu descendait sur Terre, tous les peuples se mettraient à genoux, excepté les Français qui diraient : « Ah ! Vous êtes là ! Ce n’est pas trop, tôt ! On va pouvoir discuter un peu ! »


Paroles d’Anglais, lord Balfour.


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Mercredi 7 janvier 2015 3 07 /01 /Jan /2015 00:09

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Les Échos écrivent « La procédure de divorce entre les dix crus du Beaujolais, d’une part, les beaujolais et beaujolais-villages, d’autre part, est engagée. Le retrait de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) des crus du Beaujolais de l’Union des vignerons du Beaujolais (UVB) a été entériné mardi 30 décembre à Villefranche-sur-Saône (Rhône) par le conseil d’administration de cette instance. «La scission aura lieu doucement, inéluctablement», assure Audrey Charton, présidente de lODG des crus du Beaujolais, à lorigine de cette séparation.


En reprenant «lentière gestion administrative et financière» de cet organisme, déléguée depuis 2007 à lUVB, les dix crus du Beaujolais entendent «gagner en efficacité» et accélérer le traitement de certains dossiers vitaux pour leur avenir, comme le classement en climats après le travail de caractérisation des terroirs entrepris. L’objectif est de délimiter des crus de lieu-dit puis des premiers crus, comme en Bourgogne voisine, pour mieux valoriser leurs vins. Les crus veulent se différencier, dans un contexte régional marqué par une érosion des volumes de vente de primeurs, encore constatée en 2014, et par une forte dépréciation du prix des vignes de l’appellation générique et des beaujolais-villages. »


Au-delà de gloses souvent approximatives, mais c’est un « journaliste bourguignon du vin » qui l’écrit, comme celle-ci « Les crus du Beaujolais font sécession : ils ne souhaitent plus apporter leur contribution à l'Interprofession. »link, ce qui est faux, ils se contentent de quitter l’UVB à qui ils avaient confiés la gestion administrative et financière de leur ODG. Bien sûr, lorsqu’il y a rupture un bon état des lieux s’impose afin d’éviter des contentieux. Cependant, il serait difficilement compréhensible que l’Interprofession du Beaujolais puisse avoir un quelconque crédit sans ses crus. Quand à une éventuelle fusion avec celle du grand voisin bourguignon elle ne serait que de pure gestion : l’appellation Beaujolais ne serait pas passée par pertes et profits.


Indépendance non,  autonomie oui, et comme je l’ai écrit en titre « Un bon divorce vaut mieux qu’un mariage bancal »


Suite à la réforme de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) en 2007, les ODG se sont substituées aux syndicats de défense de l’appellation et, fait capital qui change la donne, les vignerons n’ont plus le choix comme au temps des syndicats, ils sont automatiquement membres de l’ODG et doivent casquer.


Cette caporalisation voulue par des soi-disant libéraux, et dont on n’a pas suffisamment pesé les conséquences, change radicalement la donne en renforçant le pouvoir de ceux qui se cooptent depuis des décennies.


Le système dit des familles professionnelles, production, négoce, qui sert de socle au vote des fameuses CVO, est totalement verrouillé du côté des vignerons par le syndicalisme historique. Bien sûr on vote mais il suffit d’assister aux assemblées générales pour être édifié sur la santé démocratique de ces organisations.


Lorsque Gilles Paris, président de l’interprofession beaujolaise déclare que « l’important est qu’il n’y ait pas de scission et que la base, les viticulteurs, soit consultée » il reconnaît le peu de représentativité de ceux qui ont pris la décision.


La bonne question face à l’empilement des organismes, aux prélèvements financiers obligatoires, est : à quoi ça sert ?


Quels sont les services rendus aux cotisants ?


Quel bénéfice le consommateur tire-t-il de ce système ?


Il ne s’agit pas pour moi de jeter le bébé avec l’eau du bain mais de redonner de la vigueur, de la représentativité à des corps intermédiaires qui sont indispensables au bon fonctionnement de la démocratie économique.


On se retrouve trop souvent face à des pratiques formelles, maniées avec dextérité par une poignée de dirigeants s’appuyant sur une technocratie privée, qui permettent de profiter de la passivité de la masse. Les minoritaires actifs sont souvent marginalisés, parfois combattus. La confiance s’érode. Les discours populistes fleurissent.


Alors, au lieu de spéculer sur une éventuelle OPA du négoce bourguignon sur le Beaujolais des crus, il me semble qu’il serait plus intéressant d’engager un réel choc de simplification dans les structures « privées » du vin, concurremment bien sûr à celui que les pouvoirs publics se doivent de faire.


Vœu de début d’année, SGDG...

 

La remise en cause dépasse largement la spécificité beaujoloise, faute de traiter les problèmes à temps le risque est grand de voir fleurir ceci : l'avocat Gilbert Collard et des viticulteurs contre Interloire link

 

Pas joli, joli, ce mélange des genres... Sortez les sortants, air connu, certes, mais si c'est pour faire la place à ces gens-là 


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Mardi 6 janvier 2015 2 06 /01 /Jan /2015 00:09

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Si je puis m’exprimer ainsi il y a des choix de tête, des choix de cœur et des choix de bouche, le raisonné, l’impulsion, le goût.


En me référant à mon vécu, sans faire le Desprogien « Toute la vie est une affaire de choix. Cela commence par « la tétine ou le téton ? » Et cela s’achève par « Le chêne ou le sapin ? », j’ai d’abord appris à lire donc ma première expérience de choix fut celui du choix d’un livre.


Même si ça peut vous surprendre celui-ci, depuis l’origine, s’est appuyé sur la trilogie évoquée ci-dessus. Le choix de bouche étant ici celui du bouche à oreille. Je n’ai jamais été adepte de la lecture des critiques littéraires. Et pourtant j’ai choisi dès 68 Modiano avec sa Place de l’Étoile, Houellebecq et son « Extension du domaine de la lutte » ou encore Robert Penn Warren l’un des grands auteurs américains méconnus.


Puis vint le cinéma, et là ce fut mon oreille qui prima : j’écoutais le dimanche soir le Masque et la Plume où brillaient les duettistes de la critique : Bory et Charensol. Paradoxalement ma culture cinématographique doit beaucoup à la télévision et à Claude-Jean Philippe  et son Ciné-club du dimanche soir tard sur la 2. Par la suite je n’ai plus consulté la critique choisissant au feeling et au bouche à oreille.


Pour la musique j’écoutais la radio et j’ai eu des coups de cœur ! J'en ai toujours d'ailleurs...


Reste les produits de bouche : la faim et la soif.


En ce domaine j’en suis resté au principe de ma mémé Marie : la bonne viande se trouve chez un bon boucher, le bon pain chez un bon boulanger, les bons fruits et légumes dans le jardin du pépé Louis… Pour le vin ce fut plus compliqué car là où je suis né, la Vendée, le jus local était redoutable, une belle piquette.


Ma culture du vin je l'ai fait de bric et de broc sans jamais lire ce qui s’écrivait sur le vin dans la presse spécialisée ou généraliste. Arrivé à Paris j’ai fait confiance au caviste de la rue de Tolbiac, un gérant Nicolas qui n’avait rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Puis le hasard m’a confié la gestion d’une grande cave : celle de la Présidence de l’Assemblée Nationale, j’ai beaucoup goûté, choisi et acheté. Après j’ai fait marchand de vins à la SVF ou j’ai dégusté chaque matin les échantillons destinés à faire le vin du populo. Ça forme et rend modeste. Ensuite j’ai pratiqué le vin politique au 78 rue de Varenne. Reste enfin l’exercice entamé sur ce blog il y a 10 ans. Il m’a fait fréquenter les dégustations, les dégustateurs, les déjeuners de presse, les salons, et ça n’a fait qu’ajouter à mon peu de goût pour la critique du vin.


Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit : la critique est utile pour guider le choix de certains consommateurs. Le problème avec le vin c’est que seule une toute petite minorité, dites d’amateurs pointus, s’y réfère, le bon peuple français achète son vin en GD sans se soucier d’elle.


Le plus beau paradoxe de la critique fut généré par Robert Parker, ses fameuses notes ont eu pour effet de devenir la cote des GCC de Bordeaux tout particulièrement, d’en faire flamber les prix et par contrecoup de priver les amateurs pointus des beaux jus et de marginaliser l’ensemble de la critique française. Pauvre Bettane !


Enfin, choisir un restaurant a toujours constitué pour moi un casse-tête chinois, je doutais de l’indépendance de la critique, hormis des exceptions tel François Simon mais je ne lisais pas le Figaro en ce temps-là, ni aujourd'hui d'ailleurs, et La Reynière dont le passé ne me plaisait guère, l’arrivée de Ribaud au Monde, qui aimait en plus le picolo, m’aida dans mes choix. Au passage, les guides, le Rouge tout particulièrement, n’ont jamais fait parties de ma culture. Bref, très vite là aussi je m’en tins au bouche à oreille.


C’est quoi au juste le bouche à oreille ?


Ce qui se dit dans un cercle plus ou moins large d’amis, de relations, de personnes de confiance tels certains cavistes indépendants « à l'origine, le « bouche à oreille » désignait une confidence. On imagine effectivement une personne parler à l'oreille d'une autre pour assurer la confidentialité de la discussion. C'est de cette notion de « secret » qu'est apparu le sens de « rumeur », de bruit qui court. Le bouche à oreille désigne donc une information qui se propage de façon officieuse. Cependant il ne s'agit pas forcément de rumeur négative. »


La propagation, autrefois lente, est maintenant fulgurante avec l’irruption des smartphones, des réseaux sociaux. Tout se dit, tout et n’importe quoi, se répand, se diffuse en une poignée de secondes, disparaît sitôt ou s’installe. On peut tempêter, le regretter, en appeler au sérieux, au professionnalisme, mais, face à leurs écrans connectés, les consommateurs font leur marché. Le bouche à oreille est devenu la règle.


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Pour autant est-ce le glas de la critique, écrite, structurée, professionnelle ?


Je ne le pense pas, mais la condition de sa survie c’est que ceux qui la pratiquent sortent de leur petit gourbi pour s’ouvrir à des sujets plus larges qui intéresseront un public plus large et plus varié. Rompre avec l’entre-soi qui est aussi la marque de fabrique de beaucoup de blogs de vin.

 

Ça ronronne sec ! 


Un bon exemple de cette ouverture c’est ce que pratique le couple Dupont-Bompas dans le Point.fr en remettant le vin à sa bonne place : sur la table ! La fameuse table à la française… De même 120°C, dans lequel Michel Smith chronique sur le vin, va dans le sens du renouvellement.


Dans l’énumération de mes choix j’ai volontairement omis les œuvres d’art plastiques : tableaux, sculptures, où j’ai pratiqué pour eux-aussi l’achat, et le théâtre… où je ne pratique qu’en solitaire.


Enfin, sans me pousser du col, pour faire pendant à des réflexions peu amènes d’un ancien collègue de blog sur la pratique du journalisme d’investigation en matière de vin, où il parle de fumier charroyé – c’est son destin au fumier avant qu’il n’aille engraisser la terre nourricière – je pense que je dispose de tout ce qu’il faut pour le pratiquer, méthode, matériau, gorges profondes, mais je vais vous faire un aveu : je n’en ai nulle envie.


Bon vent à tous et à toutes, tout n’est que litres et ratures et, comme je suis dans une période de références à de bons auteurs, je vous sers du Blaise Cendrars pour nourrir votre réflexion.


-         Blaise, à moi tu peux le dire, l’as-tu vraiment pris le Transsibérien ? lui demande, des années plus tard Pierre Lazareff * qui avait publié son reportage.


-         Qu’est-ce que ça peut te foutre, si je te l’ai fait prendre.

 

* Patron d’un grand journal populaire France-Soir et coproducteur d’une émission de télé culte : 5 colonnes à la Une. 

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Samedi 13 décembre 2014 6 13 /12 /Déc /2014 00:09

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Au Bourg-Pailler, les grains de maïs que nous égrenions avec une petite machine manuelle avaient pour seul usage de nourrir les poules de mémé Marie, ça donnait à leur jaune un orangé profond.


La culture du maïs pour le grain était à cette époque peu développée, il était récolté en vert pour être consommé par nos vaches. Bien plus tard, l’irruption de l’ensilage, avec ses affreuses bâches noires et ses odeurs acres, assurera le développement dans l’alimentation des animaux.


Pour nous, adolescents, les champs de maïs avec leurs hautes enfilades ployant sous la brise venue de l’océan furent des refuges sûrs pour nos premiers ébats.


Mais, ils furent aussi, un lieu où notre inventivité pour tourner les interdits fit merveille. Alors que nos mères combattaient avec pugnacité notre penchant pour les P4 – paquet de 4 cigarettes – le maïs, du moins ce que l’on dénommait les poupées de maïs, nous offrit un étrange substitut. En effet, ces poupées enveloppées dans leurs longues feuilles étaient surmontées d’une abondante chevelure châtain clair, ce qui justifiait sans doute leur nom, et nous avions constaté que celle-ci, lorsque l’épi était mur, se muait en une longue barbe rêche et brune.


Je ne sais auquel d’entre nous vint l’idée de dépouiller quelques poupées de leur tignasse pour, après un bref séchage au soleil, l’utiliser comme substitut au tabac proscrit par nos intransigeantes mères. Nous le roulions bravement dans du papier kraft. Afin d’éviter une combustion trop rapide il nous fallait bien tasser notre ersatz. Ça grésillait et nous ramonait la gorge. Fait étrange, nos mères n’y trouvèrent rien à redire le jour où nous nous exhibâmes devant elles avec nos étranges clopes.


Cet épisode fut de courte durée, nos moyens financiers, quoique modestes, nous permettaient de nous offrir des cigarettes. Pour épater les filles au bal c’était tout de même plus classe.


Quand à manger du maïs, que nenni !


Mon premier contact gustatif se déroula à Lourdes où notre curé-doyen nous avait conduits en pèlerinage dans sa petite auto du fait de notre statut d’enfant de chœur, sous la forme de « pain de maïs ». De la galette pas du pain !


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La polenta, elle, je l’ais découverte chez une amie de ma mère, représentant la marque Linvosges, et bien sûr d’origine italienne. Je dois avouer que ça ne m’avait pas transporté.


C’est mon amie Alessandra qui m’a fait changer d’avis.


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François-Régis Gaudry

 

Alessandra écrit. Elle écrit de goûteux et savoureux petits livres imprégnés de son enfance tout en nous régalant à sa nouvelle adresse : 4, rue Fléchier tout près de l'église ND de Lorette link


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François-Régis Gaudry

 

Aujourd’hui, elle avoue « la polenta, c’est ma petite madeleine à moi, une saveur qui me restitue mes sept ans et ma grand-mère chérie. »


Le goût de l’enfance, les goûts de l’enfance, de son enfance à « Vesta, petit village perdu aux pieds du Mont Groppo dans la province de Parme en Émilie-Romagne. »


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Gestes ancestraux autour du paiolo, suspendu à la crémaillère dans l’âtre, qu’elle observait lorsque sa grand-mère préparait la polenta. De l’eau frémissante, de la farine de maïs versée en pluie, et puis avec le mescion, un long bâton de bois, tourner le mélange afin qu’il soit bien lisse, dépourvu de grumeaux. Alessandra n’a pas souvenir « d’avoir jamais vu sa grand-mère se servir d’une balance, ni lire une recette d’ailleurs, alors c’est au jugé qu’elle évaluait la cuisson terminée lorsque la polenta se détachait toute seule des bords du chaudron. »


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C’était alors le moment préféré d’Alessandra, avec la force d’un homme, sa grand-mère, « décrochait le paiolo, le retournait et versait son contenu brûlant sur le buràs, torchon réservé à cet effet qu’elle avait étalé sur une planche de bois de forme arrondie appelée tavluén. Elle nouait ensuite en croix les quatre coins du buràs sur la polenta rassemblée à l’aide d’une paltena, une petite spatule au bout carré. »


Bien au chaud la polenta attendait d’être coupée à l’aide d’un fil en tranches.


L’impatiente Alessandra patientait avec les restes de la polenta, fins, croquants et appétissants, qui s’accrochaient au fond du paiolo. Cette polenta abbrustolita relevée d’une pincée de sel équivalait à mon beurre de sardines épongé au fond de la poêle de ma mémé Marie.


Mais ce n’est pas seulement par la magie de ses mots qu’Alessandra m’a rallié à la polenta, originellement plat des gens de peu, mais par l’art et la manière d’en faire le support de ma gourmandise.


« La pulenta  a fa quatr mesté : a serv de mnestra, a serv de pan, a ‘mpiniss la pansa e a scauda ‘l man »


En substance, « la polenta a quatre destinations : elle sert de soupe, elle sert de pain, elle remplit le ventre et elle réchauffe les mains » dit un vieux proverbe piémontais.


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Par la grâce de deux petits livres d’Alessandra Polenta dans la collection Petit Précis de la gastronomie italienne aux éditions du Pétrin 11€ dont je me suis inspiré pour cette chronique et la polenta dix façons de la préparer aux éditions de l’Épure, vous saurez tout sur la polenta, origines, ses innombrables déclinaisons en cette Italie qui est une mosaïque culinaire : 11, sa couleur généralement jaune mais il existe aussi un maïs spécifique privé de pigment « bianco perla », sa mouture fine ou grossière, la mixité des farines : moitié maïs-sarrasin la Taragna, maïs-froment, sa cuisson et des recettes bien sûr dont une m’a particulièrement séduit mais, chaque chose en son temps, elle fera sans doute l’objet d’une chronique d’ici la Noël.


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buono appetito !


Et si vous buviez un Ageno ! link


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