Carnets de Sonia

Lundi 18 février 2013 1 18 /02 /Fév /2013 00:09

photo-jacques3.jpg Sonia s’installe chez le Taulier, en son espace de liberté bien sûr, à son pas, doucement, naturellement, sans esbroufe mais avec son sens du geste précis, réfléchi, sa faculté d’écoute et de conviction. Elle sait ce qu’elle veut Sonia et c’est heureux car, au-delà des bonnes intentions, de la passion aussi, le faire reste le meilleur des apprentissages. Se confronter au réel, ne dit-on pas que les faits sont têtus, permet de joindre le geste à la parole. Comme le dit avec humour Marc Parcé « on ne fait du vin avec des mots ». Pour autant pour Sonia, se colleter au jour le jour, au train-train du quotidien, ne signifie pas entrer dans le moule, suivre des voies toutes tracées, mais découvrir des voies nouvelles, rencontrer des vignerons qui empruntent des chemins de traverse et faire le travail si je puis m’exprimer ainsi. Dans cette maison, aux portes et fenêtres grandes ouvertes sur des horizons les plus divers, Sonia apporte sa pierre à l’édifice de l’extension du domaine du vin cher à votre Taulier. Qu’elle en soit remerciée.

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Dans le précédent carnet de Sonia, je vous avais parlé des Balmes Dauphinoises, micro appellation de 40 hectares, maintenue grâce à l’opiniâtreté d’une poignée de vignerons dont certains réhabilitent les cépages locaux. Aujourd’hui, c’est auprès de l’un d’entre eux que je vous amène, chez Nicolas Gonin. Nicolas fait partie de ces personnes dont le visage ou les attitudes inspirent la sympathie et l’envie de faire connaissance, de discuter ou dans le cas d’une dégustation, de goûter leur vin. Attirée par sa bonhomie, je suis partie à la découverte de ce vigneron sympathique et intéressant à plus d’un titre.

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Nicolas est œnologue de formation, il a travaillé en France et à l’étranger dans des domaines comme Château Gillette, Domaine Tempier, chez Régis Forey ou Ridge en Californie avant de revenir reprendre les vignes de son oncle. De 2003 à 2009, il procède à la restructuration et au développement de ses surfaces viticoles afin d’atteindre 5,5 ha. Il s’investit dans un travail de prospection ampélographique, de replantation et de préservation d’anciens cépages locaux. Il essaie avec d’autres de faire reconnaître ces cépages historiques par les instances publiques afin que ceux-ci soient de nouveau autorisés dans le cahier des charges de son appellation. Il est déjà parvenu à reclasser 4 cépages : le Mècle, le Bia, la Sérènèze et l’Onchette. Un cinquième est en attente le Salagnin. Ce choix n’est absolument pas guidé par une nostalgie vigneronne mais bien par une logique de terroir, d’adaptation climatique et une vision tournée vers le long terme. Dans notre monde actuel au sein duquel prévalent les visions courtes qui rapportent tout de suite, Nicolas pense à son vignoble dans 100 ans.


Il réinvestit également d’anciens terroirs délaissés mais pourtant au grand potentiel. On pourrait même dire que Nicolas, il choisit tout, sauf la facilité. Ainsi, il replante le coteau de Trieux, une parcelle de 2,3 ha qu’il a acquis en 2000, situé à Saint Chef. Ce coteau, de terrain graveleux, est exposé plein sud et à une déclivité de 40%. Son objectif est de replanter en forte densité à l’hectare. Il a commencé avec de l’Altesse en 2010 et continue en 2013 avec le Mècle de Bourgoin, à 10 000 pieds hectares. Ce dernier cépage est considéré par Nicolas comme un des cépages rouges majeurs du Nord de l’Isère. Il a également replanté du Pinot noir sur le terroir de l’Isle de Crémieux, à St Marcel Bel Accueil et St Hilaire de Brens, dont les sols sont selon Nicolas, comparable à ceux de la Côte d’Or. Il souhaite ainsi revaloriser l’immense potentiel viticole des terroirs de l’Isle de Crémieu où la vigne n’est pratiquement plus cultivée et qu’il considère comme un des plus grands terroirs au monde.


On ne peut s’empêcher de penser à la citation de Roger Dion lorsque l’on voit le travail entrepris par Nicolas Gonin : « Le spectacle de la création d’un vignoble de qualité en terrain neuf est devenu chez nous, depuis longtemps déjà, chose si rare, que nos contemporains ne se représentent plus ce qu’il faut de labeur et d’ingéniosité, en pareille entreprise, pour contraindre la nature à donner ce que jamais, d’elle-même, elle n’eût offert à l’homme. Il appartient à l’histoire de nous en rendre le sentiment. »


Il n’est donc pas étonnant de retrouver Nicolas Gonin au poste de Vice-Président du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet. Ce centre participe à la prospection dans les vignes familiales pour retrouver les anciens cépages et ainsi prélever les bois pour les replanter. Il procède au classement et à la sélection des meilleurs plants. Il aide les vignerons qui souhaitent replanter ces cépages et incite les autres à en planter. Il organise des dégustations et des interventions publiques d’ampélographes. J’en profite pour passer le message que tout le monde peut adhérer pour soutenir leur démarche, que vous soyez professionnels ou amateurs et ceci pour la modique somme de 30 euros par an.


A la vigne, Nicolas a deux grands préceptes : l’enherbement et la gestion de la vigueur auxquels on peut rajouter les méthodes préconisées par le botaniste Gérard Ducerf avec les plantes bio-indicatrices. Il est officiellement en agriculture biologique depuis 2009. Et les vins? Lorsque l’on pose la question à Nicolas sur ce qu’il souhaite faire comme vin, la réponse fuse: des vins les plus naturels possible avec le moins d’intrants. « Je recherche la complexité du fruit, des épices et des arômes spécifiques à certains cépages : réglisse pour le persan, noisette pour l'altesse. Pas de bois. Des vins à degrés limités, si c’est possible. Un élevage sur lies sans batonnage pour les blancs, et une macération courte avec une faible extraction pour les rouges. »


Et cela donne quoi en dégustation ? Et bien si je devais mettre un seul mot sur les vins de Nicolas ce serait « élégance ». J’ai particulièrement apprécié 3 cuvées : l’Altesse, le Persan et la Mondeuse/Persan. J’ai également eu la chance de goûter sur cuve le millésime 2012.

 

Sur Cuve, millésime 2012 :

 

L’altesse avec une belle richesse, une complexité alliant le côté floral, l’épicé, le fruité et une magnifique finale sur la mandarine fraîche. Le Persan, étonnant par son élégance, sa buvabilité, ses tanins soyeux, des arômes d’épices, de réglisse et de… peau de brugnon ! La Mondeuse, une bombe d’épices et une grande fraîcheur, pour un futur vin qui promet une haute buvabilité.

 

Millésime 2011 :

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Altesse : On est tout de suite sur les fruits jaunes, agrumes, pommes cuites légèrement caramélisées et la noisette. Un vin riche avec du gras au sein duquel l’équilibre entre l’acidité et l’amertume lui confère finesse et élégance. Ce vin semble tailler pour la garde.


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Persan-Mondeuse : Un vin gourmand, croquant avec les épices qui vous réveillent les papilles et toujours cette élégance.


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Persan : les fruits noirs et les épices dominent ce vin, les tanins sont plus expressifs que sur le vin précédent et lui confère personnalité et caractère. Il y de la profondeur dans ce vin, de l’élégance (encore), un vin prêt à affronter le temps. J’aimerai regoûter ce vin dans quelques années.

 

Si vous ne connaissez pas les vins de Nicolas Gonin, je ne peux que vous inviter à découvrir le travail de ce vigneron dont, je suis sûre on parlera bientôt comme d’un grand vigneron à la base du renouveau d’un vignoble qui failli disparaître…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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Lundi 3 décembre 2012 1 03 /12 /Déc /2012 00:09

Rien n’est plus agréable pour moi que de ne rien faire, de buller quoi, de confier mon clavier à des doigts qui savent faire ce que je ne sais pas faire. Au temps où j’usais mes fonds de pantalon à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard : la zootechnie, la phytotechnie, tout ce qui touchait à la technique en général me barbait terriblement, à tous ces trucs et ces machins je leur préférais les travaux pratiques à la ferme, dans les champs, au jardin, mais zéro pointé à l’atelier. Ce que j’aimais par-dessus tout c’était aller herboriser avec le professeur de Sciences Naturelles qui répondait au doux nom de Pierre Girard Augry d’Orfon (particule achetée sur le marché des titres nobiliaires) qui lui n’était pas frère de la Congrégation de Saint Louis Grignon de Montfort mais célibataire. L’homme était délicieux, précieux, coincé mais excellent professeur et grâce à lui je sais reconnaître une euphorbe réveille matin ou une colchique tue-chien « Colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été ». Je signale à la jeune génération, notre Sonia en tête, que les principes actifs de la colchicine sont extraits du bulbe et les graines de la plante et que celle-ci bulbe et les graines de la plante. Suivez mon regard…


Sonia est une perle, et je suis sérieux de chez sérieux. Avec elle tout est nickel chrome, sans soufre ajouté bien sûr, précis de chez précis, donc tout le contraire du Taulier qui a une forte propension à folâtrer. En cet espace de liberté, les Carnets de Sonia sont un plus, comblent un manque et en tant que petit patron de presse ployant sous les charges j’apprécie la belle ouvrage de Sonia qui en est à son  numéro 3. Le Taulier est content de sa nouvelle recrue et lui dit grand merci.


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En tant qu’amatrice de vin, un de mes plus grands plaisirs est celui de dénicher des terroirs méconnus mais qui possèdent de véritables petites perles viniques, élaborées par des vignerons talentueux. J’attache aussi beaucoup d’importance à la préservation des cépages locaux garant de la diversité contre la standardisation des goûts. C’est d’ailleurs souvent dans ces appellations confidentielles que se cachent des trésors ampélographiques. Vous l’aurez compris c’est un voyage viticole auprès de l’une de ces appellations que je vous propose aujourd’hui, celle des vins de pays de l’Isère, plus précisément dans les Balmes Dauphinoises.


Comme je vois l’énorme point d’interrogation qui se dessine sur votre visage, commençons par le début, la localisation géographique. Ne cherchez même pas dans vos livres, cette micro zone viticole ne figure plus dans aucun atlas ! L’IGP (Indication Géographique Protégée) Isère est située dans le département éponyme, dans le quart sud-est de la France. Elle est limitrophe de l’Italie, son territoire appartient à la région Rhône Alpes et ses frontières côtoient les départements du Rhône, de l’Ain, de la Drôme et de la Savoie. Le vignoble, assez morcelé, se présente sous la forme d’une série de petits îlots de vignes dispersées sur deux unités géographiques : les Balmes Dauphinoises au nord et les Côteaux du Grésivaudan à l’est, près de Grenoble.

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Le vignoble des Balmes Dauphinoises est situé au nord est de Bourgoin-Jallieu, entre Crémieu et la Tour du Pin. Il est à mi chemin entre Grenoble et Lyon, on appelle également cette zone le « Bas Dauphiné », le terme « Balmes » signifiant vallons. On peut, en effet, observer une série de vallons parallèles orientés d’Est en Ouest1, offrant d’une part des coteaux exposés au Sud qui bénéficient d’un micro-climat très chaud sur lesquels sont majoritairement plantés des cépages rouges, et d’autre part des plateaux à une altitude de 300m environ, un peu plus frais et plus ventés, associés à une viticulture de cépages blancs2. La région produit d’ailleurs essentiellement des vins blancs qui représentent 65% des volumes commercialisés.

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La région est pourvue d’un climat très contrasté, avec de fortes amplitudes thermiques, en raison de la double influence des Alpes et de la Vallée du Rhône. On se retrouve en présence d’un climat continental à influence méditerranéenne caractérisé par des hivers froids et brumeux et des étés très chauds et secs. La région est traversée par plusieurs vents dominants : la bise, vent du nord ; la matinière, vent du matin venant de l’est et le vent du midi, vent méditerranéen. En ce qui concerne les types de sols présents, on retrouve deux grandes unités géologiques dans les Balmes Dauphinoises : les collines mollassiques du Bas Dauphiné composées de sols argilo-calcaires siliceux, sablo limoneux et graveleux à galets roulés et l’Isle de Crémieux composés d’un plateau calcaire3.


Le vignoble de l’Isère partage une histoire commune avec bon nombre d’appellations françaises. Il trouve ses origines à l’époque gallo-romaine, se développe jusqu’au 19ème siècle atteignant une surface de presque 40 000 hectares pour entamer ensuite son déclin à la suite d’une série d’événements. Jules Blache affirmait en 1923 que l’on pouvait encore de Grenoble à Albertville marcher pendant 80km sans sortir des vignes4. Le phylloxera et les deux guerres mondiales ont eu, comme partout ailleurs, un impact sur la diminution des surfaces viticoles. L’implantation de sites industriels, principalement des papeteries, a amené les paysans à délaisser leurs terres pour devenir ouvrier et ainsi bénéficier d’un revenu moins aléatoire et plus confortable.


Malgré l’industrialisation de la région, la viticulture ne disparaît pas complètement, elle se maintient sous deux formes : une production de consommation familiale et des paysans polyculteurs qui intègrent la vigne dans l’ensemble de leurs cultures. La plupart de ceux qui  continuent la viticulture remplacent progressivement les cépages locaux par les hybrides (noah, baco, clinton, jacquez...), plus faciles à cultiver car plus résistants aux maladies et plus productifs. Les vins médiocres produits à partir de ces hybrides ont profondément nuit à l’image qualitative du vignoble. Ils ont donc été remplacés par des cépages précoces dits améliorateurs (chardonnay, gamay, pinots...) permettant de produire des vins de pays bon marché, au détriment des cépages anciens qui ont failli disparaître.

 

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Aujourd’hui les vins des Balmes Dauphinoise ne représentent que 40 hectares ! Dans certaines régions, c’est la taille d’un domaine. Comme le souligne Nicolas Gonin, vigneron en Isère, le maintient du vignoble tient presque du miracle. Selon lui, sa survie tient d’une part au maintient d’une tradition de production familiale5 et d’autre part, à l’apparition de l’appellation des vins de pays dans les années 1970 qui a permis d’inscrire le vignoble dans le paysage viticole français. J’ajouterai, pour ma part, que s’il renaît de ses cendres tel un phénix, c’est aussi et surtout grâce au travail de vignerons et d’associations de passionnés qui se font les ambassadeurs de leur terroir.


Ils sont à l’origine d’une série d’initiatives visant la réhabilitation des cépages anciens et locaux. On peut citer, par exemple, la création, en 2007, du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet, à Montmelian, en Savoie, qui permet aux vignerons de trouver des solutions pour cultiver les anciens cépages. Le Dauphiné, malgré son histoire agitée, reste encore un réservoir important de vieux cépages avec une quarantaine de cépages locaux dont une quinzaine spécifiques à l’Isère. Cette volonté de réintroduction des cépages anciens n’est pas le fruit d’une nostalgie tournée vers le passé, mais bien celle de vignerons qui ont le regard tourné vers l’avenir. Ces cépages sont, non seulement, très qualitatifs mais à maturation lente et plus adaptés au terroir dauphinois. De plus, ce sont des cépages qui produisent un plus faible degré alcoolique, une des causes d’ailleurs de leur abandon, et qui s’avère aujourd’hui devenir une qualité en raison des évolutions climatiques.


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Mais quels sont les cépages autorisés dans l’appellation des Balmes Dauphinoises ? Il y a pour l’instant un mélange de cépages nationaux (chardonnay), savoyards (altesse) et locaux (verdesse)6. Certains cépages comme le bia, la mècle et la sérènèze ont fait l’objet d’un reclassement administratif qui a débuté en 2009, ce qui a permis de les réintégrer dans la liste nationale française. La démarche se poursuit pour l’onchette. En parallèle des démarches pour la réhabilitation, des prospections estivales organisées depuis 2010, dans de très anciennes vignes familiales, ont permis de retrouver et de sélectionner des pieds de vignes de bia, de mècle et d’onchette afin de les réimplanter dans le vignoble.


La réimplantation récente de ces pieds de vignes ne permet pas, pour l’instant, la production de vins à partir de ces cépages. Il faudra attendre quelques années pour voir apparaître les premières bouteilles. L’attente sera encore plus longue pour des cépages comme le bia dont le faible nombre de pieds retrouvés ne permet pas de constituer une sélection significative pour créer une parcelle.


Les vins actuellement produits dans les Balmes Dauphinoises sont des vins tranquilles, blancs, rosés et rouges, des vins mousseux blancs et rosés et des vins blancs liquoreux. Certaines zones viticoles possèdent toutes les caractéristiques pour le développement de la surmaturité et de la pourriture noble : une alternance d’humidité et de sécheresse avec des brouillards matinaux et des vents secs. Je n’ai pour l’instant goûté que les vins d’un seul domaine en Balmes Dauphinoises dont je vous parlerai dans un prochain article qui lui sera entièrement consacré. Ce que je peux néanmoins vous dire en guise de conclusion, c’est que les vins dégustés ont été pour moi une très agréable découverte par leur forte personnalité, leur élégance, leur équilibre, leur finesse et leur potentiel de garde.


Des vins à la forte identité qui traverseront le temps…


1 Les vignes sont plantées entre 250m à 400m d’altitude.


2 Joël Feraud, Vin de l’Isère : Balmes Dauphinoise et Coteaux du Grésivaudan, Mémoire Sommelier Conseil Caviste, Suze La Rousse, Février 2010


http://www.vins-nicolas-gonin.com


4 Jules Blache, Revue de géographie alpine, volume 11-2, 1923, p 49


5 Et la viticulture familiale ce n’est pas quantité négligeable : 300 ha 1600 récoltant en Isère ! Autrement dit 7,5 fois plus de surfaces sont exploitées par les non-professionnels.


6 Liste des cépages autorisés pour les rouges et les rosés : Etraire de la Dui, Gamay noir à jus blanc, Joubertin, Mècle, Pinot noir, Persan, Mondeuse noire, Syrah, Servanin et Corbeau. Liste de cépage autorisés pour les blancs : Altesse, Arvine, Chardonnay, Jacquère, Verdesse, Pinot gris, Viognier, Roussanne, Verteliner et Mondeuse blanche.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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Lundi 24 septembre 2012 1 24 /09 /Sep /2012 00:09

Rien n’est plus plaisant, réconfortant même, que de voir se confirmer une intuition.  Celle-ci souvent considérée comme un sixième sens serait le monopole  des femmes, ce qui bien sûr est faux car c’est avant tout une chose très intime, qui est en chaque être humain. Donc, dans mon petit jardin d’intérieur, avec ma vieille expérience de jardinier des mots, j’ai de suite perçu chez Sonia ce petit quelque chose qui fait la différence, une alliance de passion et de soif de connaissance. La chronique d’aujourd’hui, tout comme la première, me ravit car elle flatte mon ego de taulier au long court : je ne m’étais pas trompé ! Sonia c’est de la bonne graine et je suis heureux de l’accueillir sur cet espace de liberté avec sa fraîcheur et sa maîtrise des mots : l'envolée finale est à savourer sans modération!


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L’amateur de vin, un tant soit peu curieux, a la possibilité de faire la découverte d’appellations et de terroirs moins médiatisés. C’est vrai que cela demande un effort supplémentaire car, au-delà de l’aventure gustative, il faut parfois aller découvrir ces vins sur place car ils sont peu ou pas distribués en dehors de la région de production. Néanmoins, comme beaucoup de choses rares, cela ne leur donne que plus de valeur. Il y a aussi le plaisir que peut engendrer la découverte, celle de se retrouver à la place du dénicheur de terroirs sublimes et méconnus.

Depuis 3 ans j’ai la chance de vivre une bonne partie de l’année dans le Massif Central et l’autre à Paris. Et figurez-vous, le Massif Central ce n’est pas uniquement les volcans, les rivières, un grand fleuve et de bons produits gastronomiques mais c’est aussi de beaux terroirs viticoles qui restent encore assez confidentiels. Ce sont de petites appellations qui ne dépassent pas les 650 hectares et des domaines à taille humaine entre 5 et 20 hectares, pour la plupart. Ma première rencontre avec ces vins s’est faite au travers de l’appellation des Côtes d’Auvergne. J’ai parcouru une bonne partie du vignoble, travaillé dans les vignes d’un domaine, je suis allée goûter chez les uns et les autres, découvrant ainsi les mille facettes de la richesse du terroir auvergnat et de ses vins.

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Le plaisir éprouvé lors de cette expérience m’a donné envie de continuer mon exploration des vignobles du Massif Central. Et comme cela arrive parfois, lorsque l’on désire ardemment quelque chose, la vie vous offre des opportunités de réaliser vos souhaits. Une première rencontre avec un vigneron de l’appellation Côte Roannaise chez un ami caviste, une autre avec un vigneron des Côtes du Forez lors de la création d’un salon des vins bio en Auvergne [1] et une demande d’effectuer une mission pour eux et ainsi découvrir ces deux appellations de 200 hectares chacune, sur place. C’est cette découverte que je vous invite à partager avec moi.


La première chose que j’ai remarquée ce sont les liens qui unissent ces deux appellations. Elles partagent un même cépage local, une appellation en vin de pays commune – vin de pays d’Urfé – et une proximité géographique. En revanche, les terroirs ont leur identité spécifique produisant des vins ayant chacun leur propre personnalité. Le cépage parlons-en : un gamay mais pas n’importe lequel, un gamay local : le saint romain. J’étais ravie ! Pourquoi ? Parce que j’adore ce cépage ! Et l’idée d’en découvrir une nouvelle expression à travers une de ses variantes ne me rendait que plus impatiente de goûter les vins.


Mais je n’étais pas au bout de mes surprises ! J’ai une petite lubie, je collectionne les pierres ramassées dans les vignes, mes petits morceaux de terroirs, mes souvenirs. Et qu’est-ce que j’ai trouvé ? Du granite. Oui, et alors, il y en a ailleurs me direz-vous ? C’est vrai, sauf que j’ai ramassé des granites de différentes couleurs allant du blanc, au rose, en passant par le jaune et le noir. Une vraie petite collection à eux tous seuls ! Ce n’est pas terminé, côté terroir, le Forez possède, en plus de ses sols granitiques, des sols de basalte (une roche volcanique) et le basalte, je le connais plutôt bien car on en trouve en Côtes d’Auvergne. Forcément, je me demande si je vais trouver des similitudes.


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J’ai ainsi mené ma petite enquête gustative grâce à diverses occasions de dégustation professionnelle ou pas [2]. Le gamay saint romain s’est révélé, évidemment, différent de celui du Beaujolais et de celui de l’Auvergne. Il y a une idée qui a la vie dure : tous les gamays se ressemblent. Pourtant, non seulement, il existe différentes variétés de gamay mais celles-ci ne s’exprimeront absolument pas de la même manière selon le terroir et la méthode de vinification choisie par le vigneron. Et mon cher gamay est un cépage qui laisse transparaître dans ses arômes et sa matière le sol sur lequel il a poussé et les mains de celui qui l’a façonné. Ce n’est pas un ingrat, il est reconnaissant envers sa terre nourricière et son géniteur vigneron. Tous les cépages ne se valent pas sur ce point, le chardonnay par exemple, ne laisse s’exprimer que certains grands terroirs.


Dans le Roannais le saint romain est un monstre de finesse, il prend tour à tour des airs printaniers d’une corbeille de fruits frais, la légèreté, la souplesse et l’élégance d’une ballerine virevoltant sur votre langue. C’est un gamay joyeux que l’on veut partager entre amis. Mais il peut aussi gagner en matière aboutissant à des vins sensuels dont la chair vous rappelle la douceur et le velouté d’une peau. C’est un gamay romantique que l’on veut boire à deux, au coin du feu. Dans le Forez, il prend des notes épicées, les terroirs à dominante granitique peuvent lui donner de la rondeur, de la plénitude et de la finesse. On croque dans un fruit mûr gorgé de jus, c’est un gamay gourmand. On le boit comme une friandise. Le basalte pourra lui transmettre un caractère plus affirmé, une personnalité plus marquée par une structure tannique plus ou moins ferme. Ce gamay a la beauté, l’énergie et la force d’un danseur tango qui vous transporte dans ses bras musclés ! C’est un gamay racé, au fort tempérament qui aime la compagnie d’un bon repas.


On aurait pu croire qu’à partir d’un seul cépage la diversité aromatique serait plus restreinte alors que la complexité de ces vins semble chatoyer à l’infini comme les couleurs reflétées par une gemme. Je vous laisse savourer les rouges, riches en émotions et titillerais vos papilles avec les blancs une autre fois…


[1] L’association Petrosus dont je fais partie est à l’initiative de la création du salon des vins bio en Auvergne : Ecovino.


[2] C’est vrai que le contexte dans lequel on déguste une cuvée peut influer sur votre perception du vin : seul ou lors d’un repas, dans un cadre professionnel ou amical, en présence ou non du vigneron. Comme le dit si bien Kermit Lynch « ce n’est pas le vin […] qui est différent. C’est vous. »

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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Lundi 3 septembre 2012 1 03 /09 /Sep /2012 00:09

Sonia je l’ai rencontrée chez Eva et Laurent. Antonin, grand vindicateur organisateur de descente de quilles exotiques nous avait dit « Sonia arrive de Clermont-Ferrand avec ses enfants... très nature bien sûr... y’en a même qui portent des tongs...» Comme de bien entendu, par l’odeur alléché Guillaume Nicolas-Brion dit GNB était de la partie avec sa moitié et votre Taulier s’était laissé tenter par ce raid sur Montreuil-sous-Bois, à l’ombre des hauts murs de la mairie où le petit père des Peuples – ne pas confondre avec Nicolas, l’autre et le nôtre sans talonettes – aurait aimé pour y établir son PC. Je suis même passé par la place Jacques Duclos : bonnet blanc et blanc bonnet. Samia était aussi là. Que du bonheur ! Sauf que votre taulier était dans ses petits souliers vu qu’il débarquait les mains nues en plein territoire naturiste. Dans sa petite Ford intérieure il se disait cette Sonia ce doit-être une passionaria des vins qui se font tout seul après avoir eu rendez-vous avec la lune, oh, la, la... va falloir que je m’accroche... et puis patatras, la susdite Sonia se révélait être, tout simplement, une vraie passionnée, au meilleur sens du terme, loin de la mademoiselle je sais tout, précise, concise, avec ses petits échantillons de roches volcaniques et sa petite marmaille de quilles, elle me bluffait par sa simplicité nature bien sûr. Comme de bien entendu GNB flirtait sans vergogne avec le septième ciel avec dans sa roue Antonin qui ne pouvait être en reste. Et moi, vieux briscard des comptoirs, dernier avatar des ex-soixante-huitards, je tombais sous le charme des nectars de Sonia. Elle les défendait avec passion ses petits la Sonia, attentive, ne rechignant jamais à répondre à mes perfides questions, du beau travail bien propre donc. Chapeau ! La suite, petit tchat sur Face de Bouc, une discussion autour d’un verre et le Taulier se dit : faut préparer l’avenir et qui mieux que cette jeune fille très nature représente l’avenir : personne donc bienvenue Sonia sur cet espace de liberté ! Cette première page de tes carnets me plaît et il y en aura d’autres au gré de tes découvertes.

 

Si vous êtes sur Face de Bouc devenez amis avec Sonia Dégustation (Vin de Presse) et vous saurez ainsi d’où elle vient et ce qu’elle fait...

 

Carnet ethnographique d’une apprentie ouvrière viticole [1]

 

 En tant qu’amateurs de vin, nous nous intéressons tous à l’aspect œnologique mais parfois nous en oublions l’essentiel : la viticulture. La réussite d’une cuvée ne peut se faire qu’à partir de raisins de qualité et l’élaboration du vin commence donc à la vigne. Et une vigne cela se travaille, cela s’entretient et cela se bichonne. Tous ces travaux viticoles représentent une lourde charge de travail, en particulier pour ceux qui ont fait le choix de l’agrobiologie. Lorsque la météo est capricieuse, comme en cette année 2012, le temps de travail est encore plus important.

 

Ce que je connais de la viticulture, je l’ai appris à travers des ouvrages, ma formation et surtout grâce aux conversations avec les vignerons. Néanmoins, il me manquait une réelle expérience dans les vignes [2]. Parfois la chance vous sourit et une belle occasion se présente que l’on ne peut refuser. Cette année, Jean-Pierre Pradier, vigneron bio auvergnat, m’a proposé de m’embaucher pour l’aider dans les vignes pendant les mois de mai et de juin.

 

 Me voila ainsi, jeune urbaine, transformée l’espace de quelques semaines, en apprentie ouvrière viticole. Vous dire que ce fût une expérience facile, serait vous mentir. Physiquement, je n’étais pas préparée à ce genre de travail, n’étant pas une grande sportive et n’ayant jamais fait de travaux agricoles. En revanche, je suis devenue très rapidement attachée aux travaux de la vigne et lorsque mon contrat s’est terminé, cela m’a terriblement manqué.

 

J’ai vécu cette expérience comme une ethnologue arrivant dans un nouveau terrain, ne sachant rien (ou presque) et voulant tout apprendre. C’est cette expérience que je souhaite vous faire partager, ce que j’ai apprécié et les choses plus difficiles ou moins agréables, et aussi, telle l’ethnologue qui apprend les mœurs locales au fur et à mesure, les erreurs commises. Le premier jour, je n’avais même pas la tenue adéquate. Je suis venue en baskets, une hérésie pour Jean-Pierre :  

 

-          C’est tout ce que tu as comme chaussures ? Tu n’as pas de bottes ?

 

-          Ha, ça non, Jean-Pierre, je n’en ai pas. J’ai que des baskets.

 

-           C’n’est pas à la mode à Paris, me dit, Jean-Pierre, l’air moqueur.

 

-          Pas vraiment.

 

-          Bon, je vais voir ce que je peux te trouver. Le matin, c’est les bottes et l’après-midi s’il ne pleut pas, tu peux changer de chaussures, sinon tu vas avoir les pieds trempés. Ha, la, la, faut tout leur dire, à ces petits jeunes.


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Je me retrouve, quelques instants après, équipée de la paire de bottes de Cathy, la femme de Jean-Pierre. Elle me prêtera aussi son K-way parce qu’évidemment je n’en ai pas, et j’emprunterai le chapeau de paille de Jean-Pierre après quelques coups de soleil[3]… Ces derniers étant le premier élément physique de l’appartenance au monde vigneron. Je pouvais ainsi montrer avec fierté les marques sur mes bras du bronzage paysan. Deux tubes de Biaphine ont néanmoins été nécessaires pour les faire passer du rouge fluo au rouge doré.

 

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Quel bonheur d’être dehors, au milieu des volcans, de n’entendre que les bruits de la nature et celui de notre travail. M’évader, me vider la tête dans une tâche physique. M’apercevoir que chaque cépage est différent à travailler : le chardonnay ordonné, le gamay plus ou moins discipliné, le pinot bordélique ou plutôt affectueux, il a tendance à entremêler ses rameaux avec ceux de son voisin dans un élan d’affection. Observer les différences d’une parcelle à l’autre, pas les mêmes sols, pas le même stade de maturité et pas la même végétation qui pousse entre les rangs. Ecouter les réponses de Jean-Pierre à mes nombreuses questions et les petites devinettes qu’il me soumet pour voir si j’ai bien tout mémorisé. Parfois il a l’esprit taquin :  

 

-          C’est quoi la maladie qu’elle a cette vigne, à ton avis ? me demande-t-il en me montrant dans une parcelle de pinot noir, un cep dont les feuilles sont recouvertes d’une espèce de duvet blanc.

 

-          Alors là, aucune idée Jean-Pierre.

 

-          Je te taquine, c’est un pinot meunier, me dit-il en riant et il ajoute, maintenant tu sauras pourquoi on l’appelle comme ça.

 

Me dire qu’il faut vraiment se remettre à faire de l’exercice physique tellement je suis fatiguée en rentrant le soir. M’endormir dès que ma tête se pose sur l’oreiller d’un sommeil de plomb ! Prendre conscience de certains muscles ignorés avec toutes les douleurs et courbatures des premiers jours. Me rendre compte de ma lenteur et de la vitesse de Jean-Pierre et ne jamais réussir à le rattraper. Gagner une certaine endurance, sans même m’en rendre compte.  

 

-          Elle est plus facile cette parcelle, dis-je toute contente à Jean-Pierre.

 

-          Non, c’est simplement le métier qui rentre, me répond-il en souriant.

 

Ne pas faire ce qu’il faut parce que je n’ai pas compris ou entendu certaines informations et recommencer. « Toujours dans le sens de la pente, les crochets, je t’ai dit ! Sinon ils ne tiennent pas ! ». Découvrir une faune plus ou moins esthétique et sympathique. Apprécier la présence des oiseaux et autres mammifères, sauf les lapins que l’on vous somme de détester tellement ils sont devenus un fléau pour les jeunes vignes. Se retrouver confrontée à une multitude d’insectes, apprendre à s’habituer aux araignées mais jamais aux perce-oreilles, ce truc répugnant.

 

 Devenir ‘sulfureuse’, grâce à mon nouveau parfum qui ne me quitte plus : le soufre. Il pénètre et se fixe sur tout : vêtements, peau, cheveux, … La douche et la machine à laver ne suffisent pas à éradiquer complètement cette odeur qui finit par envahir aussi mon appartement. Avoir des mains abîmées et noires parce que je n’arrive pas à travailler avec des gants et, me demander combien de manucures il me faudra pour récupérer mes mains d’avant. Ne plus avoir les mains froides, mais des mains qui auraient pu servir de chauffage d’appoint tant elles dégagent de la chaleur.


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Apprendre à observer les interactions autour de soi : « Tu vois ce chèvrefeuille, à côté du caveau, lorsqu’il fleuri 10-15 jours après c’est la floraison de la vigne ». Et c’est ainsi que cela s’est passé, la floraison du gamay a suivi celle du chèvrefeuille, 10 jours après. Apprécier les moments de détente, comme la pause du midi, pendant laquelle nous discutions autour d’un verre de rosé, avant d’aller ‘casser la croûte’. Réapprendre à faire la sieste et ne plus pouvoir s’en passer. Jean-Pierre m’avait prévenu, « tu vas voir, tu y viendras ».

 

Voir les parcelles se transformer sous nos mains devenir de vrais jardins, être heureuse et fière du travail accompli. Recommencer à nouveau. Se rendre compte de l’obstination et de la ténacité nécessaires au vigneron pour ne pas baisser les bras face à une météo parfois capricieuse, sinon dévastatrice. Avoir sa perception du vin qui change, ne plus boire comme avant, prendre conscience du travail nécessaire et voir le paysage à chaque gorgée. Ne plus jamais oublier l’homme derrière la bouteille.

 

Rêver d’une vigne.

 

Vouloir une vigne.

 

[1] Titre en référence à l’excellent livre de Loïc Waquant, sociologue français et ancien élève de Pierre Bourdieu : Corps et âme. Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur. L’emprise de son sujet fût telle qu’il failli renoncer à la sociologie pour devenir boxeur. Un très bel ouvrage sur le monde pugilistique.

 

[2] Ma seule expérience se résume aux vendanges et à des visites ‘commentées’ dans les vignes en compagnie de mes professeurs ou de vignerons.

 

[3] Le pire fut celui sur les reins… Travaillant, penchée avec un tee-shirt qui laisse exposer une petite partie du dos aux rayons dévastateurs et me voila brûlée. Plusieurs mois après, je porte encore la trace très esthétique de cette demi-lune au bas du dos !

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Carnets de Sonia
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