Billet

Mercredi 26 novembre 2014 3 26 /11 /Nov /2014 00:09

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C’est un court récit de Didier Daeninckx édité chez Verdier Retour à Béziers. Houria, à sa retraite, aussi épaisse qu’un fil à couper le beurre 917 euros, quitte Montreuil pour revenir à Béziers la ville de son enfance. Elle trouve facilement à se loger dans un immeuble haussmannien avec vue sur les Champs Elysées biterrois, les allées Paul-Riquet. Ensuite le choc est rude : il ne reste plus grand-chose de l’ancienne capitale du Midi viticole…


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L’extrait ci-dessous est intéressant car il éclaire bien l’antagonisme violent qui explique beaucoup de prises de position futures loi Evin compris.


Françoise l’interrompit.


-          C’est sa marotte qui le reprend… Depuis qu’il a décidé d’être abstinent, il ne parle plus que de vin!


Il avait soupiré mais on voyait que leur numéro était bien réglé.


-          Pour ce que je buvais ! Personne ne peut nier que c’est le jus de treille qui a fait l’immense richesse de Béziers. Les immeubles des allées Paul-Riquet, les châteaux pinardiers de la rue de la République, les halles, le théâtre, la gare de triage, la Caisse d’Épargne ! Tout vient des alignements de ceps qui striaient le paysage ! Jusqu’à la guerre de 14 qui a, elle aussi, été source de profits quand le pipeline de gros rouge alimentait les tranchées. Il pèse bien 10% du sang répandu à Verdun sur le chemin des Dames… Cette ville est bâtie sur le crime ! Tenez, lisez ce texte, il date seulement de 1961, vous n’allez pas en croire vos yeux !


J’ai saisi la feuille pliée de la Dépêche du Midi où se détachait en lettres grasses le titre « S.O.S ». L’article que j’avais sous les yeux était signé d’Émile Claparède, ancien ministre, sénateur, maire de Béziers, et avant tout président du Comité national des Vins de France :


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La défense de notre boisson nationale est devenue une nécessité vitale, impérieuse. Au départ, en novembre 1954, la lutte anti-alcoolique avait été organisée dans un esprit louable. Ensuite, beaucoup plus récemment, les coups les plus durs – des coups bas – furent portés au vin. De tels moyens étaient déjà inadmissibles, révoltants. Aujourd’hui la situation s’aggrave considérablement. Le vin, selon certains, ne serait plus UN des facteurs de l’alcoolisme, mais le SEUL responsable du fléau. Il est temps de réagir énergiquement contre de telles aberrations. Il faut, sans plus attendre, mettre en place, avec des moyens puissants, une véritable « force de frappe » qui touchera les masses. C’est alors, mais alors seulement, que triomphera la vérité, celle que criait avec autorité et bon sens, sous la IIIe République le président Raymond Poincaré : « Mais is le vin était nuisible, eh bien !on le saurait. On le saurait depuis les Latins, depuis les Grecs, depuis Homère, depuis la Genèse… C’est un très vicieux procès. C’est un procès jugé depuis Bacchus. » Croyez-moi, amis vignerons, et vous tous qui vivez du produit de la vigne : la vague anti-vin se développe de façon très inquiétante. Il est relativement facile de l’endiguer. Mais attention il n’y a pas une minute à perdre.


Jean-Claude s’était rapproché pour lire par-dessus mon épaule.


-          C’est incroyable, non ? Ils ont organisé des caravanes de promotion de la boisson hygiénique » dans toutes les fêtes de village, au moment du Tour de France, sur les plages. Résultat, des cirrhoses du foie comme s’il en pleuvait… »

 

Photos extraites de La caravane publicitaire VINS DE FRANCE link


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 09:18

Depuis que le Tribunal de commerce de Paris a homologué le  plan de continuation, entraînant la clôture de la procédure de redressement judiciaire d’Héraclès, société faîtière du groupe 1855 - CHATEAUONLINE - CAVES DE LA TRANSAT - CAVE PRIVÉE ! J’entends certains pousser des cris d’orfraies, parler même de journée noire de l’e-commerce.


Il faut savoir raison garder la clôture de la procédure de redressement judiciaire n’éteint en rien les autres procédures judiciaires. En effet, c’est Héraclès lui-même qui, en octobre 2013, s'était placée sous la protection du Tribunal de Commerce de Paris afin de mettre en place « un plan de traitement global et équitable des derniers clients attendant des Bordeaux Primeurs. »


Le Tribunal de commerce de Paris a donc homologué ce  plan de continuation et avec le soutien de son partenaire financier historique Héraclès « estime qu'elle a désormais l'opportunité de reprendre sereinement le développement de l'activité de vente de vins des différentes marques du groupe »


Et c’est là qu’il faut faire la part entre le traitement du passé et l’activité de ce groupe.


Sur le premier point il faudra vérifier si Héraclès a vraiment apporté « une solution permettant à tous les clients concernés d'obtenir soit le remboursement intégral et progressif du montant de leur commande, soit une livraison garantie d'une sélection de vins de Bordeaux de qualité ». Selon les intéressés : « À ce jour, plus de 500 clients concernés ont choisi une livraison de vins en remplacement de leur commande initiale de Bordeaux Primeurs. »


Affaire à suivre !


Pour l’avenir, en dépit du bel optimisme affiché par les petits génies de l’e-commerce de 1855 and Co reste pour eux à rétablir avec leurs clients le lien de confiance quelque peu effiloché. De plus, à eux aussi d’être en capacité de faire des offres crédibles et attractives par rapport à leurs concurrents de l’e-commerce.


L’avenir des marques d’Héraclès est donc entre les mains à la fois de ses clients et de ses fournisseurs.


Aux premiers je dis tout simplement : donnez-moi 1 bonne raison d’aller acheter votre vin chez 1855 - CHATEAUONLINE - CAVES DE LA TRANSAT - CAVE PRIVÉE ?


Aux seconds, je ne dis rien, à eux de juger de l’opportunité de commercer avec les marques du groupe Héraclès.


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Bref, dans ce genre d’affaire, un homme averti en vaut deux alors :

 

Apprenez que tout flatteur


Vit aux dépens de celui qui l'écoute :


Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.


Le Corbeau, honteux et confus,


Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.



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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 00:09

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Dans une chronique du 21 novembre 2014 Jamie Goode s’interroge « Whatever happened to wine journalism? »link


Certes Jamie Goode est anglais, docteur en biologie végétale, mais comme d’entrée il cite Sartre, l’homme de l’enfer c’est les autres « In his play No Exit, Jean-Paul Sartre outlines a vision of hell. It consists of three people who don’t like each other confined together for eternity» et que du vin on en trouve un peu plus de ce côté-ci du Channel, son point de vue mérite qu’on s’y arrête un instant car il met en lumière l’une des ambiguïtés de la presse du vin.


En effet, lui qui s’estime être un journaliste du vin, c’est-à-dire quelqu’un qui aime visiter des vignobles, prendre son temps, le temps rencontrer des vignerons pour écrire des histoires, de goûter des vins tranquillement, soit tout le contraire d’un critique de vin qui lui reçoit des échantillons dans un bureau ou va déguster, à Bordeaux ou ailleurs, à la chaîne pour pondre des brèves notes de dégustation accompagnées de notes chiffrées sur 100pts, a peur d’être aspiré par ce modèle dominant et ça le déprime.


« And instead of spending time in the vineyards, getting to grips with the culture of a wine region, I’ll be stuck in an air-conditioned office, tippy tapping into my laptop as I work through a flight of 120 Douro reds before lunchtime. Welcome to my version of wine hell. »


Comme je le comprends!

 

À qui la faute ?

 

Au modèle Parker dominant ?


Sans aucun doute mais, à mon avis, pas que. Le journalisme du vin, tel que défini par Jamie Goode, doit aussi se pencher sur sa part de responsabilité dans la désaffection de son lectorat. Cette remise en question des lignes éditoriales suivies, de certaines proximités avec les annonceurs, de la pertinence de certains contributeurs, d’un certain mélange des genres, me semblerait salutaire à l’heure où la presse du vin, comme le presse tout court, ne jouit pas d’une santé très florissante.


Quant au fameux modèle Parker on peut légitimement se poser la question : survivra-t-il au maître qui a passé la main en cédant son entreprise tout en continuant à peser encore de toute sa notoriété sur la critique du vin ?


Nul ne le sait et l’espoir de Jamie Goode de voir ce modèle régresser du fait de la foultitude de critiques, qui se bousculent au portillon sans avoir la notoriété de Parker, ainsi que l’inflation de leurs notes, me semble vain.


« But in this increasingly competitive wine critic landscape, an important part of the model is that your score appears in marketing material such as shelf-talkers and bottle stickers. It’s one of the ways that you build your brand. The irony fo this is that most consumers have never heard of most of the many critical voices – it’s the score they notice. And the score that will be used in this context is invariably the highest. This creates an upwards pressure on scores, and soon we will be running out of points. The situation is particularly bad in Australia, where even a modestly good wine is ranked in the mid-90s by the leading critical voices. »


Certains vont m’objecter que ce qu’écrit Jamie Goode ne concerne pas la presse du vin en langue française où la césure entre notateurs et écrivains du vin n’est pas aussi nette. Je suis tout prêt à en convenir mais n’est-ce pas là aussi une des raisons du peu d’audience dont bénéficie cette presse comme du poids très relatif des notes de nos critiques dans les décisions d’achat du plus grand nombre des consommateurs ?


Bien évidemment Internet est pour beaucoup dans ce phénomène. Le consommateur avisé peut aller chercher des informations sur la Toile, les croiser et se faire une opinion personnelle mieux fondée que le pur suivisme de notateurs. Et la situation de la presse du vin en France, ne vivant que de publicité et d’organisation de salons ou d’évènements lucratifs, ne s’améliorera pas tant que le traitement sur le Net ne sera qu’une simple transcription de ce qui se faisait avant dans la presse papier.


Les blogueurs vin de langue française, se contentant de se caler sur le modèle existant, n’ont pas effectué une percée notable sur la Toile eux aussi et leur contribution au renouvellement de la presse du vin et de la critique est infime.


Alors l’horizon d’une vraie presse du vin, indépendante et suivie, est-il totalement bouché en France  comme chez nos voisins ?


Je ne le pense pas car beaucoup de nouveaux arrivants sont friands de contenu. Pas le énième reportage sur la saga de Tartempion ou de Tartemolle, ni des papiers recyclés pour des numéros spéciaux vin de la presse généraliste sous-traités aux 2 boutiques qui ont encore pignon sur rue. Aborder de vrais sujets, même ceux qui fâchent, les traiter avec rigueur, ouvrir des perspectives, intégrer bien mieux que par les éternels accords mets&vins les autres produits de bouche dans le monde du vin.


S’ouvrir quoi !


Le confinement et l’entre-soi du monde du vin français est source de confusion qui pèse sur la crédibilité des notateurs-prescripteurs. Dans ce domaine il ne suffit pas de plaidoyer pro-domo ou de bordées d’insultes à l’endroit de quiconque ose faire entendre une opinion discordante pour rétablir la confiance dans l’indépendance de certains critiques

.

Investigation vous avez dit investigation ?


Triste époque que la nôtre que de voir se pavaner des laquais… Oui je préfère être traité de grouillot de Michel Rocard par un courageux anonyme sur le blog du bedeau d’Hubert et, que je sache, être à la retraite n’est ni un choix, ni une tare, un fait tout simplement… Après cela il ne faut s’étonner  de voir nos hommes publics abaisser le débat au degré zéro car ils satisfont une demande d’une part de nos concitoyens.

 

Le 23 novembre Jamie Goode complète sa chronique Wine critics and wine writers

 

“There’s been a lot of response to this article, so I thought I’d attempt to clarify my stance here”.link 

 


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 24 novembre 2014 1 24 /11 /Nov /2014 00:09

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Dans cette chronique mon objectivité « reconnue et légendaire » va être prise en défaut : Catherine d’abord ma voisine car née sur un arpent de la Vendée militaire où coule le Muscadet fut d’abord mon intervieweuse de choc pour la Tribune à propos du rapport éponyme, elle me tira même le portrait, avant d’émigrer dans les vignes à Saint-Drézéry dans cet Hérault macho – souvenir du bougon  des cépages son perfecto, ses ray-ban, ses santiags et son double langage – est aujourd’hui une grande amie au sens de Montaigne et de La Boétie.


Catherine c’est Catherine Bernard en sa Carbonnelle où j’ai eu cette année le plaisir de pique-niquer, dans l’obscurité, au milieu de ses vignes, afin de finaliser et de porter son nouveau projet : sa cave ouverte à tous les vents.link


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Comme j’ai, contrairement à elle, un égo surdimensionné, Catherine me voue une reconnaissance éternelle, qu’elle renouvelle chaque année, puisqu’elle élabore une cuvée Vin de France en rosé.


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Je m’enivre de mon propre encens alors que notre Catherine fait une entrée remarquée dans la Bible des naturistes : la saison 2 des Tronches de Vin. Consécration suprême pour elle que de recevoir l’onction du Pape des vins nus Olivier Grosjean, dit Olif pour les intimes de son blog jurassien, aussi vieux que le mien.  


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Bien sûr je ne déflorerai pas les lauriers tressés par notre Olivier à Catherine me contentant de dévoiler un énorme scoop : à Montaud grâce à plusieurs plantiers de terret bourret, cépage autochtone languedocien, Catherine va revenir à ses amours de jeunesse faire du blanc, enfin !


Donc, comme vous pouvez vous en douter c’est officiel, Tronches de vin 2 – le guide des vins qu’ont d’la gueule sortira dans toutes les bonnes librairies le 13 mars 2015 !


Au menu :


-         120 portraits inédits de vigneron-ne-s issu-e-s de quelque 12 pays différents,


-         un sixième auteur : Patrick Böttcher, amoureux fou des Vins Libres, j’atteste !


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-         un préfacier qu’a d’la gueule Jonathan Nossiter, réalisateur de Mondovino ou, plus récemment, de Résistance Naturelle, suis pas très fan…


-         un carnet de cavistes très largement consolidé, avec plus de 250 adresses en France, en Europe et dans le monde,


-         une nouvelle couverture  toujours conçue et réalisée par Michel Tolmer himself… et pas mal d’autres surprises !


Vous avez la possibilité de précommander dès à présent un ou plusieurs exemplaires de notre ouvrage, en téléchargeant et renvoyant ce bon de souscription ICI link


Vous bénéficierez ainsi d’un tarif préférentiel (17 euros franco de port, contre 22 euros) et contribuerez directement au succès de ce deuxième opus !


Souscrivez, souscrivez, faites du crownfunding c’est très tendance, ouvrez les cordons de votre bourse largement, placez votre argent dans l’éloge des vins nus vous pourrez ainsi dire à vos petits enfants émerveillés : j’en étais !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 23 novembre 2014 7 23 /11 /Nov /2014 00:09

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Sur cette photo de classe de l’école Sainte-Marie à la Mothe-Achard, avec le frère Pothin, en 1957, j’avais donc 9 ans, beaucoup de mes petits camarades, une bonne dizaine, fils de paysans disparaissaient de l’école lorsque les bras manquaient à la ferme. Nous, les gars du bourg, nous ne nous en étonnions pas car pour beaucoup de parents en ce temps-là aller à l’école c’était perdre son temps et les temps étaient durs en ces années d’après-guerre.


Alors, lorsque j’ai lu la nouvelle de l’immense auteur suédois Stig Dagerman, « la voiture de Stockholm », la première du recueil « Le froid de la Saint-Jean » chez Maurice Nadeau, j’ai de suite eu envie de chroniquer pour le souvenir des gars qui en revenant en classe « n’avaient pas les mains propres ».


J’ai découvert Stig Dagerman lorsqu’une amie m’offrit, il y a 6 ou 7 ans, un minuscule opus « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » publié en 1952 dans la revue Husmoden numéro 13.


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« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui- ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier. »link


Vous pouvez aussi écouter le texte déclamé par les Têtes Raides (vidéo ci-dessous)


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Extrait de la nouvelle « la voiture de Stockholm »


« Quand vient l’époque du ramassage des pommes de terre, on tombe régulièrement malade et il faut qu’on reste deux ou trois jours à la maison, sans aller à l’école. Chez les enfants de petits paysans c’est là une maladie incurable. Alors après notre maladie quand nous revenons à l’école, les enfants des gros propriétaires et les enfants des ouvriers d’usine nous chuchotent, mais quand même suffisamment haut pour que le maître puisse entendre, qu’en passant sur la route ils nous ont vu ramper dans le champ de pommes de terre. Ce n’est pas vrai, ils ne nous ont pas vus, car au moment où les enfants qui ont le droit d’être des enfants passaient, nous, on s’allongeait dans les sillons. Mais autrement, ce qu’ils disent est vrai. Impossible d’ailleurs de cacher de quelle maladie nous étions atteints, car nous n’avons jamais les mains propres en automne. Nous avons beau frotter, gratter avec les brosses de chiendent, la terre d’octobre reste là où elle est, dans les plis des articulations et tout autour des ongles »

Croyez-moi, ces « enfants qui ont le droit d’être des enfants », j’en étais un dans mon bas-bocage en ces années 50, un qui se souvient des mains tachées par l’étêtage des betteraves, des ongles noirs de terre, de mes copains : le gros Grollier de la Durandière,  les frères Tenailleau de la Ste Marie, le grand Mathé des Chapelières, le petit Bironneau de Villeneuve qui mourut si tôt, le Bouron tout rond de la Giraudière, le Delaire du Chiron et quelques autres dont j’ai oublié malheureusement le nom.

Tout au long de ma vie professionnelle, ils m’ont, à leur manière, rappelé à l’ordre au cas où j’aurais oublié d’où je venais.


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 22 novembre 2014 6 22 /11 /Nov /2014 00:09

Le fromage c’est d’abord la forme… le moule, une « forme »… la déformation du mot initial le formage… la langue italienne a conservé la morphologie première du mot : formaggio…


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Alessandra Pierini, génoise par son père et émilienne par sa mère, est à Paris l’une des plus sûre référence de ce que l’Italie nous offre d’excellence liquides et solides. Que du bon accompagné d’un large sourire, d’une connaissance profonde de ce qu’elle nous propose dans son épicerie, la voix chante, Alessandra prend le temps de raconter, d’expliquer. C’est rare en ce temps de gens pressés, oublieux de tout ce représente d’amour et de minutieux travail, l’intelligence de ce que fait la main, ces fromages, ces vins, ce lard de Colonatta, ces câpres de Pantelleria, l’or liquide de l’huile d’olive… Dans sa nouvelle caverne d’Ali-Baba, à l’ombre des hauts murs de l’église Notre-Dame de Lorette, 4, rue Fléchier, Alessandra est plus encore qu’auparavant l’ambassadrice de l’Italie de cette Italie que j’aime, celle qui me donne le sourire.


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Pour le chroniqueur que je suis Alessandra Pierini est du pain béni car elle écrit des Petits Précis de la gastronomie italienne : tel son Parmigiano aux éditions du Pétrin.

 

L’enfance à Vesta, à l’heure du déjeuner, la maman d’Alessandra l’appelait « Ale vieni a lavari le mani e gratta il parmigiano ! » Râper le parmesan n’était pas un jeu, gare aux doigts ! Mais, comme tout travail mérite salaire, la jeune gourmande lorsqu’elle atteignait la croute, la crosta di formaggio abbrustolita, la croute toastée du parmesan c'était l'extase. Les goûts premiers de la petite enfance forment le socle du goût.


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Alessandra conte bien, elle laisse place à notre propre imaginaire : la latteria de son grand-père à Gênes, les 8 jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos, le coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio. Notre Alessandra malgré sa constitution fluette une meule de parmesan ne lui fait pas peur : traduction elle sait entamer une meule de 35 kg avec un long coltello a mandorla.


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Le prince des formaggio a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire qu’Alessandra nous relate en la reliant à celle d’aujourd’hui, le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »


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Mais l’Italie aurait pu être privée de son prince puisque le parmesan a bien failli devenir français… C’est l’histoire de Jean-Baptiste Huzard, vétérinaire et membre de la Société Royale d’agriculture fondée par Louis XV. Je vous laisse découvrir le dénouement de cette histoire vraie dans le petit opus d’Alessandra.


Comme en Italie tout fini par des tortelli (tortelli di patate e parmigiano di San Nicola), Alessandra nous donne quelques recettes où le Prince di formaggio est un merveilleux compagnon.


Rappelons que, 10 ans avant que ne s’achève le grand siècle, en 1690, dans son Dictionnaire universel, Antoine Furetière, écrivait « Quant au fromage de Parme, c’est-à-dire le parmesan, voici bien naturellement aussi l’Italie mise en vedette qui, de tout temps, fut très prisée en matière de fromage. »


Cambacérès, duc de Parme, eut droit à une épigramme hostile :


Le duc de Parme déménage ;

Plus d’hôtel, plus de courtisan ;

Monseigneur mange du fromage ;

Mais ce n’est pas du parmesan…

 

* Manger du fromage pour le peuple : être mécontent, rager, pester…

 

Alessandra qui est aussi Française de cœur conseille, entre autre, pour accompagner le Prince « un verre de champagne non dosé ». Comme elle a raison !

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Vendredi 21 novembre 2014 5 21 /11 /Nov /2014 00:09

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Belle découverte en sortant d’une belle rencontre au Chat Noir rue JP Timbaud, la librairie Libralire 116 rue Saint Maur. En devanture deux livres de nouvelles de Stig Dagerman chez Maurice Nadeau. J’entre et je tombe nez à nez avec Yves Camdeborde, sous le trait de Jacques Ferrandez, panier empli de légumes à la main en compagnie de ses «Frères de terroirs».


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Je feuillette à peine : j’achète !

 

Sébastien Lapaque, l’homme de tous les bons coups, l’ami de Marcel Lapierre link dans sa préface est limpide  « Frères de terroirs link est un bande dessinée qui donne faim et soif. Ce livre refermé, on a envie de s’éloigner des grandes villes pour partir à la découverte d’une France rurale disparue des statistiques. Yves Camdeborde a l’art de s’y faire des amis, Jacques Ferrandez celui d’en restituer les couleurs. »


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Comme c’est Lapaque qui a présenté Jacques Ferrandez à Yves Camdeborde et que la dédicace de son livre « Chez Marcel Lapierre » Stock est « pour Yves et Claudine Camdeborde » il ne me restait plus qu’à vous présenter quelques planches de « La mémoire du Beaujolais »


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Mercredi 19 novembre 2014 3 19 /11 /Nov /2014 00:09

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Le paquet est lourd. Je n’ai rien commandé. J’ouvre : c’est la XIXe édition du Féret « Bordeaux et ses vins » l’édition du  Bicentenaire 1814-2014.


Je suis fier d’en être destinataire.


Mais qu’en faire ?


En premier lieu la consulter pour colmater mes profondes lacunes sur la vigne et le vin de Gironde.


Chroniquer ensuite !


Sur qui ?


Je feuillette page à page et je tombe page 1229 sur Saint-Émilion et sa région ; ma région de prédilection : j’y ai tant d’amis.


Pour soutenir la conversation avec Jacques Dupont, grand arpenteur de terroir, je me plongeais dans le terroir.


Je note : la topographie de la région de Saint-Émilion est très tourmentée… La main de Dieu sans doute !


La carte géologique montre « une très grande diversité des sols et des sous-sols due à l’érosion. »


-         1934 1 étude de R et A de Villepigue distingue 5 types de sous-sols et de sols : argilo-calcaire, silico-calcaire, silico-argileux, sableux, sablo-graveleux et terres franches alluvionnaires dites de « palus »…


-         1979 « les grands types de sols viticoles de Pomerol et Saint-Émilion » M. Guilloux, J.Duteau et G.Seguin distingue au moins 5 types de sols dont des sols superficiels sur calcaire à astéries (Ausone, Canon, etc.) ou les sols établis sur les croupes formées par les alluvions gravelo-sableuses quaternaires de l’Isle (Figeac, Cheval Blanc, etc.)… Là le Jacques Dupont va me prendre enfin au sérieux.


-         1982 le Pr Enjalbert discernait pour Saint-Émilion 5types principaux de terrains : le plateau calcaire, les côtes et « pieds de côtes », les graves anciennes, les sables anciens et les sols argilo-graveleux.


-         Décembre 1989, Cornelis Van Leuwen publiait la carte des sols des vignobles de Saint-Emilion accompagnée d’une notice explicative de 92 pages.


Je note à cette occasion qu’aucune étude exhaustive n’a été réalisée sur la dimension des salles de réception, le nombre de passages dans un film d'un GCC, la localisation des aires pour la pose d’hélicoptères et la nomenclature du chic vestimentaire des hôtesses.


Ne comptez pas sur moi pour vous parler du classement, c’est un sujet qui fâche en haut lieu.


En revanche je me suis permis de faire quelques notations :


-         Le Féret s’inspire de la typologie d’Enjalbert : plateau calcaire, côtes et pieds de côtes, graves et sables anciens et sables anciens et sols sablo-graveleux récents.


-         Pour les 4 grands classés A : Ausone, Pavie et Angélus sont  classés dans côtes et pieds de côtes et Cheval Blanc en graves et sables anciens.


 

-         L’ordre, qui n’a rien d’alphabétique, Ausone, Pavie et Angélus, est le fait du Féret et non pas de mon mauvais esprit.

 

 

-         Du plus petit en ha jusqu’au plus gros et le nombre de tonneaux : 900l soit 1200 cols soit 100 caisses :


Ausone : 7,25 ha et 24 tonneaux


Angélus : 27 ha et 83 tonneaux


Pavie : 35 ha et 76 tonneaux


Cheval Blanc : 39 ha et 133 tonneaux.

 

-         La surface rédactionnelle dans le Féret en cm2 :


Ausone : 252 cm2


Pavie : 226 cm2


Cheval Blanc : 144 cm2


Angélus : 112 cm2


-         Conduite de la vigne :


Ausone : agriculture biologique et biodynamie


Pavie : lutte raisonnée


Cheval Blanc : lutte raisonnée


Angélus : lutte raisonnée

 

-        Les conclusions du Féret :


Pour Ausone : «  les héritiers de madame Cécile Vauthier continuent son œuvre et voient leurs efforts couronnés de succès. Les ceps centenaires produisent un vin qui  s’est depuis longtemps déjà placé à la tête des grands vins de Saint-Émilion, de Bordeaux, et des plus grand vins de France.

Le commerce mondial, de nos jours, lui accorde une forte prime sur tous les autres vins de la région.

Faveur et reconnaissance, parfaitement justifiées, par les anciennes bouteilles de ce cru merveilleux qui ont conservé leur sève et leur fraîcheur après plus d’un siècle. Privilège accordé à des vins qui possèdent, année après année, toutes les qualités et la magie de ceux issus de la petite dizaine de crus de Bordeau reconnus par la planète. »


Pour Pavie : « À la dégustation, les vins de château Pavie se caractérisent par une grande concentration, beaucoup de puissance et d’intensité. « Il s’agit d’un premier cru, et à ce titre, destiné à entrer dans l’histoire de Bordeaux. Pavie est un vin qui doit donner du plaisir dans dix, vingt, trente ans. »

L’immense potentiel du château Pavie a été sublimé par l’arrivée de Gérard Perse. Désormais au sommet de la hiérarchie de Saint-Émilion, 1er Grand Cru Classé A lors du  dernier classement de Saint-Émilion de 2012, Pavie est également un lieu magique à  découvrir. »


Pour Cheval Blanc : « Ici, des générations d’hommes qui se transmettent un savoir-faire rare perpétuent le style de Cheval Blanc selon les qualités propres à chaque millésime grâce à un travail méticuleux et quotidien. On peut évoquer la précision du geste artisanal car ici rien n’est systématique, tout est adaptation quotidienne au rythme de la nature et à  ce qu’elle offre chaque année.

Ainsi, avec de l’audace, un style engagé et un respect manifeste de son histoire, Cheval Blanc se projette résolument vers l’avenir. »


Pour Angélus : « Aujourd’hui Hubert de Boüard de Laforest et son cousin Jean-Bernard Grenié – la septième génération – se partagent les responsabilités du château : Hubert de Boüard met sa formation d’œnologue au service du cru et le représente à travers le monde, alors que Jean-Bernard Grenié gère et administre la propriété.

Héritiers des privilèges d’Angélus et d’un souci permanent de  la perfection, ils ont pour ambition de maintenir le château  Angélus au meilleur niveau des Premiers Crus classés de Saint-Émilion. »


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Merci à Bruno Boidron pour cet envoi qui va me permettre d’élever mon bas niveau sur Bordeaux et ses vins et me permettre de me mesurer aux cadors de la profession…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 17 novembre 2014 1 17 /11 /Nov /2014 00:09

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Je n’y suis pas allé cette année vu le traitement de bétail entassé que les organisateurs avaient réservé l’an dernier à la piétaille. La vente ne m’a pas manqué, c’est toujours un peu lassant et surtout depuis le grand show de Lucchini ses successeurs sont riquiqui et tombent dans une surenchère qui n’est pas à la hauteur d’une vente de charité. Ça sent le biseness à plein nez.


Moi ce que j’aimais le jour de la vente c’était la conférence de presse salle des pôvres. On s’y gelait gentiment les glaouis mais on se réchauffait en écoutant Louis-Fabrice Latour officier au pupitre, virtuose, négociant jusqu’au bout de ses analyses, un vrai bourguignon, dévidant des chiffres, des hausses, des baisses, des pays, des pourcentages, des millésimes, formant des vœux, des souhaits, cravate style Valls de guingois, du grand art quoi ! Moi qui ne prends jamais de notes j’étais comme à l’opéra et je me sentais capable de restituer la partition de tête comme on dit.


Mais le boss du négoce bourguignon a passé la main à un jeunot, certes plein de promesses, mais un peu trop manager à l’américaine à mon goût. Je n’ai donc aucun regret. Je suis resté au chaud à écrire mes petites chroniques.


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Louis-Fabrice loin du pupitre me semble bien songeur sur cette photo.

 

 

D’un œil distrait je surveillais les infos sur la vente depuis le compte Twitter de François Desperriers le gentil stakhanoviste bourguignon de l’information, lorsqu’une de mes gorges profondes balançait sur mon mail une bombe : Claude Chevallier, le boss du BIVB montait sur ses grands chevaux, accusait Christie’s d’orchestrer la flambée des prix…


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Du lourd quoi !


Et pendant ce temps-là Albéric Bichot faisait le beau auprès d’Adriana après s’être offert le tonneau de charité pour 220 000 euros !


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« Cela ressemble à une déclaration de guerre. Moins de 48 heures avant la 154e Ventes des Vins des Hospices de Beaune, Claude Chevalier, le Président du bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, interrogé par Creusot-infos et Le Parisien / Aujourd’hui en France, a décidé de mettre le feu : «Je sais que je ne vais pas me faire que des amis, mais ce n'est pas grave, j'assume...»


Depuis quelques années, les prix des pièces mises aux enchères, ont flambé de façon irraisonnée. Une flambée des prix constatée depuis l’ouverture sur le monde que la maison Christie’s a offert, il est vrai, à la vente des vins des Hospices.


Les négociants et les professionnels du vin bourguignon ont perdu la main. De 2009 à 2013 le prix moyen d’une pièce a plus que doublé, en passant de 6189 euros à 12.868 euros l’année dernière. +100% en quatre ans, cela ne peut pas se justifier de façon rationnelle et certainement pas au nom de la qualité.


Alors, jusqu’à quand les prix vont-ils continuer de flamber ? C’est la question que se posent les membres de l’interprofession et les négociants un peu dépités par des années d’augmentation.


«Trop c’est trop» s’alarme Claude Chevalier le président du BIVB (bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne). «Dimanche on attend de la stabilité au niveau des cours, si on ne veut pas affoler les marchés», déclare-t-il tout d’abord, interrogé par nos soins. Un discours en forme de refrain car répété tous les ans. »


La suite ICI La suite ICI link

 


Le torchon brûle ! « On n’est donc pas loin du divorce entre l’interprofession et la maison Christie’s »


«Il faudra sans doute arriver à deux ventes. Une privée ouverte au monde entier et à toutes les enchères même les plus folles. Et une vente publique dans le respect des traditions» déclare Claude Chevallier.


Pour un non-initié il peut paraître étrange que l’équivalent de 200 000 bouteilles pèse lourdement sur la fixation des prix de 200 millions de cols. La vente fut très longtemps un signal pour le marché, est-ce toujours le cas ? Certes l’on peut comprendre le souci de « l’interprofession de vouloir envoyer un signe fort de stabilité, en tout cas de fin des hausses. Les déréférencements sont trop nombreux pour que le frein à la hausse des prix soit impératif. » note un fin analyste du marché.


Quant à l’aspect caritatif  du produit des ventes la seule bonne question à se poser, hors le tonneau de charité dont le produit de la vente va à des associations, c’est : est-ce que l’hôpital de Beaune en tire le meilleur profit pour ses patients ?


Si les Bourguignons ont besoin d’un médiateur le boss du BIVB, et son ange-gardien du négoce Louis-Fabrice Latour, savent où me trouver. Ils me lisent au quotidien. J’ai connu pire situation par le passé. J’attends le coup de fil !

 

Crédit photos :

 © Aurélien Ibanez, Bourgogne Live Production, Creusot-infos et infos-Dijon

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 16 novembre 2014 7 16 /11 /Nov /2014 00:09

Non je ne suis pas né à Marseille…


Non, je n’ai jamais affirmé que les sardines bouchaient l’entrée du Vieux Port…


Oui Antoine Aréna je barbotte dans les eaux chaudes de la Corse du Sud loin de Patrimonio.


Oui fille altière de la Castagniccia je fais trempette avec les barracudas  à Tiuccia…


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Certes, ils sont tout petits mais lorsque je plonge les barracudas sont là bien au chaud…


« Poisson du large et chasseur redoutable, le barracuda s’approche des côtes au début de l’été...


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Le barracuda ou « bécune, brochet de mer »


Clairin Deïnes ancien pêcheur du Brusc Var écrit :


« Le brochet de mer, ici ça s’appelle la bécune. Il a la tête du brochet, un petit peu le corps. On le prend surtout quand il pleut à terre. Dans le golfe, il y a un « gour » où il y a un ruisseau qui déverse. De suite, quand il pleut, l’eau est un peu douce. Ça finit par se mélanger mais quand ça arrive, c’est là que tu risques de marquer* de bécunes.


Malgré tout, c’est pas un poisson de roche. Il vivrait dans des fonds plutôt mous. Il n’y a pas de poissons de race. Tout fond fait son poisson… »


Jean Marty pêcheur sous-marin acquiesce :


« Le barracuda, j’en attrape de temps en temps mais c’est plutôt l’été, ça ; l’hiver on les voit pas. Je le vois là où il y a des rejets d’eau douce. Au parc de la Cride, là où il y a la falaise à l’Aïgue-Douce, tu as une source mais elle s’est tarie, hein… Avant, quand tu passais, tu te mettais à côté, presque  ça te poussait ; maintenant, tu sens presque plus rien. Avec le masque tu n’as plus le trouble, tu sais, quand l’eau douce se mélange à l’eau de mer. »


«  À peine piégé, le brochet de mer est brillant, très rigide, l’œil noir vif. Avec le temps, il pâlit et se ramollit. C’est un poisson excellent avec peu d’arêtes, et beaucoup plus goûteux que son homologue d’eau douce. Il s’apprête de multiples façon : au court bouillon, grillé, frit, au four, à l’étouffée ou même en aïoli ou en couscous. »


Toute ma science sur le barracuda je la tire d’un livre plein de ressources « Poissons histoires de pêcheurs, de cuisiniers et autres… » d’Élisabeth Tempier chez Libre&Solidaire.


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« Notre littoral est encore peuplé de ces petits bateaux artisans qui larguent l’amarre bien avant l’aube pour aller piéger quelques poissons dont nous avons oublié parfois les noms et les saveurs. Réglés sur la nature, plus familiers de leur jardin maritime que nos règles sociétales, héritiers souvent de codes archaïques si ce n’est primitifs, ces hommes singuliers nous dévoilent un univers coloré, fortement emprunt d’humanité, aux antipodes des images médiatiques de ravageurs d’océans… »


« Le pêcheur en sa barque trace au petit jour des lignes effacées, contours de notre histoire, et la mer restitue toutes ces figures de proue qui glissent sur l’eau salée comme l’encre sur le papier »

 

* marquer : réussir une pêche


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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