Roman

Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 07:00

Les feux brésiliens se sont éteints, ceux de la guerre, eux, rougeoient, on tue des gosses sur la plage sans une larme, on abat un avion de ligne en plein ciel comme dans un jeu vidéo stupide, la haine se déverse à pleine goulée, chacun campe sur ses positions, la diplomatie froufroute, seules les armes parlent. Qui veut la paix ? Personne, ou presque, les jeux sont faits, ce nouveau siècle, plein de fric, de nouvelles puissances, voit éclore des conflits étranges, avec des chefs qui ressemblent à des détrousseurs de grands chemins, juchés sur des 4x4, manipulant les antagonismes religieux, les particularismes bafoués, les frontières explosent, c’est la désagrégation, la fusion, nos marchands d’armes ont de beaux jours devant eux. Alors, les petites affaires de chez nous paraissent encore plus dérisoires, minables, dépourvues de sens, à la hauteur de ce que nous sommes devenus. Même plus envie d’en discuter, je me sens incapable d’exprimer quoi que ce soit, sans ressort, inerte. En plus, il fait soudain une chaleur de four. Je vis nu. Prends des douches. M’engloutis dans la culture de mes plants de tomates. J’occupe mes mains en découpant avec soins des tomates que je dresse dans de belles assiettes. Ma chérie fait les courses. Nous mangeons mes salades de tomates en buvant de l’Anglore dans de grands verres givrés. En fin d’après-midi j’arrose mes cultures. Ma chérie m’a offert des tongs très confortables. « Et si je faisais une tarte à l’abricot… » De la pâte brisée… « Sucre-là bien cette fois-ci ! » me lance ma chérie. Mes mains enfarinées malaxent, émiettent. Le moule, le papier sulfurisé embeurré, j’écrase la boule, je roule, j’étends, j’étire, « les abricots tu les veux comment mon seigneur et maître ? », je dépose le fond, « comme des mamelons, les tiens, bel amour… », je découpe les bords avec mon couteau de poche, « tu les trouves trop petits, je le sais… », je pique à la fourchette le fond, « réponds ! », je réponds « je les adore… », un ange passe, « je sais que tu mens, toutes tes chéries avaient de belles poitrines… », j’allume le four, « mais tu as une très belle poitrine… 


-         Touche-là !

-         J’ai les mains pleines de farine…

-         J’attends !

-         Et la tarte…

-         Elle attendra !

-         Gourgandine…

-         Tu bandes !

-         J’aurais du mal à le cacher vu mon dénuement…

-         Tu m’aimes alors…

-         Quel rapport ?

-         Salaud…

-         Tu préfères que je sucre les abricots avec de la cassonade ?

-         Monstre…

-         Fais-moi sucer tes doigts, j’adore le jus des abricots…

-         Donnant-donnant !

-         Marché conclu…

-         On enfourne la tarte, nous la mangerons chaude après…

-         Après quoi ?

-         Devine…

-         Tu me fais le coup du père François ?

-         Oui…

 

Madame quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose

On va a dit souvent le mot

On vous a fait souvent la chose

Ainsi de la chose et du mot

Vous pouvez dire quelque chose

Et je gagerais que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose

Pour moi voici quel est mon mot

Et sur le mot et sur la chose

J'avouerais que j'aime le mot

J'avouerais que j'aime la chose

Mais c'est la chose avec le mot

Mais c'est le mot avec la chose

Autrement la chose et le mot

A mes yeux seraient peu de chose

Je crois même en faveur du mot

Pouvoir ajouter quelque chose

Une chose qui donne au mot

Tout l'avantage sur la chose

C'est qu'on peut dire dire encore le mot

Alors qu'on ne fait plus la chose

Et pour peu que vaille le mot

Mon Dieu c'est toujours quelque chose

De là je conclus que le mot

Doit être mis avant la chose

Qu'il ne faut ajouter au mot

Qu'autant que l'on peut quelque chose

Et que pour le jour où le mot

Viendra seul hélas sans la chose

Il faut se réserver le mot

Pour se consoler de la chose

Pour vous je crois qu'avec le mot

Vous voyez toujours autre chose

Vous dites gaiement le mot

Vous méritez si bien la chose.

Que pour vous la chose et le mot

Doivent être la même chose

Et vous n'avez pas dit le mot

Qu'on est déjà prêt à la chose

Mais quand je vous dis que le mot

Doit être mis avant la chose

Vous devez me croire à ce mot

Bien peu connaisseur en la chose

Et bien voici mon dernier mot

Et sur le mot et sur la chose

Madame passez-moi le mot

Et je vous passerai la chose…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 13 juillet 2014 7 13 /07 /Juil /2014 07:00

Dans le mitan du lit, avec ma chérie d’amour, nous avons vécu la Coupe du Monde sur grand écran, sans chemise, sans pantalon, en picorant et en buvant des canons, loin des fureurs des barons d’une UMP qui semble atteinte du syndrome « équipe de France 2010  ». En effet tous les ténors du parti semblent n’avoir qu’une seule idée en tête : trouver la « taupe » à l’origine des fuites dans la presse sur les notes de téléphone de Rachida Dati, les billets d’avion de la femme de Jean-François Copé ou encore certains salaires controversés au siège. Et pendant ce temps-là le très policé académicien Jean-Marie Rouart interviewait pour le compte de Paris-Match notre homme d’affaires à succursales multiples sur ses rapports avec la littérature et l’Histoire, un grand moment de cuistrerie ! link «  J’ai toujours été curieux des liens que les grands responsables politiques entretenaient avec la littérature, qui occupe une place un peu démesurée dans ma vie. Non pas pour mesurer leur niveau de culture, ce qui, entre nous, m’importe peu – on n’est plus en classe –, mais plutôt parce qu’à travers les livres qu’ils lisaient ils me livraient une vérité souvent plus large que leurs discours politiques. C’est ainsi que François Mitterrand, en février 1978, à un mois des élections législatives, avait souhaité s’entretenir avec moi. Là aussi c’était pour parler de littérature. Nous passâmes une délicieuse journée, à Château-Chinon et dans la campagne couverte de neige, en discussions sur les mérites respectifs du style de Drieu la Rochelle, de Chardonne et de Paul Morand. Publié dans « Le Quotidien de Paris » sous un titre un peu emphatique, « Un homme libre aux portes de la légende », puis dans mon livre « Mes fauves », cet entretien se poursuivit à plusieurs reprises au restaurant Dodin-Bouffant avant son élection. Puis à l’Elysée où une discussion sur André ­Malraux sonna le glas de notre idylle. »


Enchaînement étrange ce vendredi matin, Yann Andréa, le dernier compagnon de Marguerite Duras  vient de s'éteindre. « Confident, éditeur de ses dernières œuvres, veilleur et protecteur de ses dernières années, il était cette figure masculine frêle qui gardait la demeure de Duras. Après sa mort, il devint son exécuteur testamentaire et un écrivain discret. Cette relation singulière d'une femme vieillissante avec ce jeune homosexuel est éclairée par cette lettre hystérique où Duras oscille plus que jamais entre l'amour et la douleur. »


23 décembre 1980


Yann, C'est donc fini. Je t'aime encore. Je vais tout faire pour t'oublier. J'espère y parvenir. Je t'ai aimé follement. J'ai cru que tu m'aimais. Je l'ai cru. Le seul facteur positif, j'espère, me fera me détacher tout à fait de toi c'est celui-là, ce fait que j'ai construit l'histoire d'amour toute seule. Je crois que tu m'aimes toi aussi mais pas d'amour, je crois que tu ne peux pas contenir l'amour, il sort de toi, il s'écoule de toi comme d'un contenant percé. Ceux qui n'ont pas vécu avec toi ne peuvent pas le savoir. J'ai aperçu quelque chose de ça lors de la première scène à Deauville. - Je me suis dit : mais avec qui je suis ? Et puis tu as pleuré et ça a été colmaté. Mais je n'ai pas oublié cet effroi. Je voudrais que tu saches ceci ; ce n'est pas parce que tu dragues et que tu en passes par le cérémonial pitoyable des pédés que je te quitte.


Tout serait possible, tout si tu étais capable d'aimer. Je dis bien : capable d'aimer comme on dirait capable de marcher. Le fait que tu ne parles jamais, ce qui m'a tellement frappée, vient de ça aussi, de ce manque à dire, d'avoir à dire. Peut-être est-ce un retard seulement, je l'espère. Tu n'es même pas méchant. Je suis beaucoup plus méchante que toi. Mais j'ai en moi, dans le même temps, l'amour, cette disposition particulière irremplaçable de l'amour. Tu ne l'as pas. Tu es déserté de ça. Je vais essayer de te trouver un travail à Paris ou ailleurs, un travail qui te convient. Je veux bien te louer une chambre à Caen où tu as tes vrais amis, [...] ceux qui te connaissent depuis toujours, qui ne peuvent plus vivre ce leurre de l'été 80 à Trouville vécu par moi. Je ne te laisserai pas tomber. Je t'aiderai. Mais je veux me tenir à l'abri de cette aridité qui sort de toi et qui est carcérale, intolérable, épouvantable. Je ne sais pas de quoi elle procède, je ne peux pas la décrire, sauf en ceci : qu'elle est un creux, en manque, en vide à côté de quoi ma méchanceté par exemple, est une prairie, un printemps. Vivre avec toi, à côté de toi, non, c'est impossible.


Tu m'as écrit pendant des années justement parce que j'échappais à cette indécence d'exister. Je t'aime Yann. C'est terrible. Mais je préfère encore être à t'aimer qu'à ne pas t'aimer. Je voudrais que tu saches ce que c'est. Quel été, quelle illusion, que c'était merveilleux, ça ne pouvait pas continuer, ce n'était pas possible, seules les erreurs peuvent prendre cette plénitude. Je ne sais pas quoi faire de la vie qui me reste à vivre, très peu d'années. Le crime c'était ça : de me faire croire qu'on pouvait encore m'aimer. En retour de ce crime il n'y a rien. S'il arrive que j'aie le courage de me tuer je te le ferai savoir. Le seul empêchement est encore mon enfant.

Je t'aime


Marguerite.

 

Le dernier mot restant bien évidemment à notre ex-président «L’amour et l’art sont les deux seuls domaines où il n’y a pas de progrès.» Y’ a des jours où je me dis que le petit Nicolas devrait prendre exemple sur Jean-Louis Borloo : se reconvertir en président de club de football, le PSG lui tend les bras…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 07:00

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Pour ma génération de soixante-huitard non révisés, l’amer Michel, le ci-devant  Michel Debré, Premier ministre de la toute nouvelle Ve République dont il venait de rédiger la Constitution, constitua l’une de nos têtes de turc favorite. Il était le fils aîné de Robert Debré, un ponte de la médecine hospitalo-universitaire, fondateur de la pédiatrie moderne et créateur des CHU, dont le nom est maintenant apposé sur un grand hôpital pour enfants posé au bord du périphérique. Pour nous le seul Debré sortable était Olivier Debré, le grand artiste peintre. L’homme à l’entonnoir du Canard Enchaîné a produit deux faux-jumeaux : Bernard et Jean-Louis Debré. Le premier est chef du service d'urologie à l'hôpital Cochin où il opéra de la prostate François Mitterrand, député de Paris, il n’a pas sa langue dans sa poche ; le second Jean-Louis, chiraquien pur sucre, auteur de polars, a baigné dans le RPR jusqu’aux oreilles, a été Ministre de l’Intérieur sous Juppé et il occupe en ce moment le très prestigieux poste de Président du Conseil Constitutionnel. Les deux faux-jumeaux ne s’aiment guère mais ils partagent la même aversion pour le petit Nicolas dont le nez bouge lorsqu’il regarde les Français dans les yeux à la télé… Ils l’ont taclé, si je puis m’exprimer ainsi, sévèrement, sans prendre de gants, si ce n’est ceux de boxe, sur les sujets qui fâchent tant notre ancien président qui passe son temps à écouter Carla, à faire des conférences pour des gros euros et dans les locaux de notre basse police qui le traite comme elle le fait pour tous les pékins, pas très bien.


Commençons donc par le Bernard qui a accablé l'ancien président de la République à propos de l’affaire Bygmalion. Pour lui il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy était au courant des dépassements de sa campagne et que c'est même « sa faute » si ceux-ci ont explosé. D’ailleurs, toujours selon lui, l'ancien chef de l'Etat s'emportait à chaque évocation du sujet par ses proches. « C'est un homme qui est pétulant, plein de vigueur. C'est ça qui donne le danger. Quand il a fait sa campagne, on lui disait « Mais attends Nicolas, on dépasse ! ». Ce à quoi il aurait répondu: « M'en fous ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu veux que je sois pas élu, tu veux que je sois battu? » Et Bernard Debré de poursuivre : « C'était impossible de gérer donc il était au courant, c'est de sa faute bien entendu. Mais je dis simplement est-ce que les Français voudront, si l'on voit que sa campagne électorale a dépassé non pas de 400 000 euros comme le disait le Conseil constitutionnel, mais de 17 millions, est-ce qu'on va pouvoir dire après tout il était président de la République, il a contrevenu à la loi ». Moqueur, le Bernard conclut à propos de son éventuel retour à la présidence de l'UMP. « Il est tellement au-dessus des autres que l'on se demande s'il n'est pas sur la planète mars »


Du côté de Jean-Louis c’est bien plus rude car bien argumenté :


En effet, lorsque le nouvellement rasé de près affirme aux Français les yeux dans les yeux :


« Il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation. Que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui auraient été cachés, c’est une folie. Personne, jamais, ne peut imaginer que les enquêteurs du Conseil constitutionnel ou de la commission des comptes de campagne soient passés au travers. »


Faux, répond Jean-Louis Debré: le Conseil constitutionnel n'a pas *enquêté* sur les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, mais s'est seulement chargé de valider, ou d'invalider une décision de la Commission nationale de Contrôle des comptes de Campagne (CNCCFP) :


« L'ancien président de la République a indiqué dans son intervention 'les enquêteurs du Conseil constitutionnel'... Nous n'avons pas des enquêteurs, nous n'avons pas de pouvoir de police judiciaire, nous ne pouvons pas faire de perquisitions, des saisies !


Lorsqu'il y a un an nous avons instruit l'affaire, c'est moi qui signais les lettres pour demander des précisions à telle ou telle personne. Bref, ne présentons pas le Conseil comme il n'est pas. Nous ne sommes pas la police judiciaire, première précision.


Jean-Louis Debré n'en a pas terminé. Il poursuit :


« On laisse entendre que nous aurions vérifié l'ensemble des comptes de la campagne de l'ancien président de la République. Non ! Ce n'est pas exact !


Nous avions été saisis du recours de monsieur Sarkozy lui-même, qui contestait la décision de la Commission Nationale des comptes de campagne aux termes desquels il avait dépassé le plafond des dépenses autorisées, et n'avait pas le droit au remboursement forfaitaire. Nous n'avons examiné que les griefs de monsieur Sarkozy, nous n'avons pas examiné tout le compte. Et nous avons simplement dit que les griefs qu'il évoquait pour contester la décision de la CNCC étaient inopérants.

 

Nous n'avons pas validé les comptes, nous avons simplement validé la décision de la Commission nationale de contrôle qui avait constaté qu'il avait dépassé les plafonds autorisés. »


Jean-Louis Debré, ancien juge lui-même, ne goûte guère  la mise en cause de la juge Claire Thépaut link parce qu’elle appartient au syndicat de la magistrature, classé à gauche. Le président du Conseil constitutionnel estime en tout cas que ce n'est surement pas cela qui l'empêchera de faire correctement son travail :


« Le législateur a admis la liberté syndicale dans la magistrature. Attention à tous ces arguments que tout le monde peut s'envoyer dans la figure. Je connais bien les magistrats, j'ai été magistrat, vous pouvez avoir vos opinions et essayer de rechercher la meilleure justice possible.


Tout le monde n'est pas militant de tout, à droite comme à gauche. Si on conteste la justice. Je veux bien qu'on conteste une décision de justice, qu'on critique une décision de justice. Qu'on fasse appel. Quand on n’est pas content de son juge, il y a des procédures.


Mais on ne livre pas à l'opinion publique comme ça ce slogan, « allez, c'est une affaire de juges ». Non, il y a un procureur de la République, il y a des institutions, il y a des garanties, un Conseil supérieur de la magistrature. Faisons en sorte que la justice soit sereine. Je connais beaucoup de magistrats qui ont des idées politiques, je peux vous garantir que lorsqu'ils instruisent, ils instruisent en fonction du droit et de la recherche de la vérité. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 29 juin 2014 7 29 /06 /Juin /2014 07:00

Nous vivons, ces temps-ci, en politique une période exceptionnelle, riche, ça grouille dans le terreau en décomposition, le moindre vermisseau, la moindre vermicelle, j’ose tout ce matin, se tortille, s’agite, tente de se frayer  son chemin pour se singulariser, exister. C’est le temps de la médiocrité. Comme le fait remarquer méchamment la grosse enflure lubrique de DSK, à propos de la moitié des ministres du gouvernement Valls, ce sont des « brêles ». Pour avoir  fréquenté le susdit, au temps où il tenait amoureusement par la main Anne Sinclair, sur un canapé de l’hôtel de Matignon, dans le bureau du directeur de cabinet du futur défunt Pierre Bérégovoy, Hervé Hannoun, nous attendions les résultats du  vote sur Maastricht, je me souviens avoir souscrit au jugement sans appel de mon Ministre « C’est un danseur mondain ! » Je n’ai jamais été ébloui par les analyses de DSK, et moins encore convaincu de son sens de l’Etat à l’heure des choix. Grand phraseur, bardé de communicants habiles, mais aussi de brêles, il a su, et il saura encore, profiter de la médiocrité de la concurrence pour renforcer son image de grand expert compétent. DSK, homme habile savait recruter les meilleurs à son cabinet, tel le très catho et intègre François Villeroy de Galhau, pour se nourrir de leurs analyses et les restituer avec le plus bel aplomb en les sauçant de politique. Ce n’est pas une critique, bien au contraire, un bon ministre, homme de passage, de décision, doit savoir faire bosser les autres, en extraire le meilleur, être un bon chef d’orchestre. Pour en revenir aux brêles, l’ex-procureur Bilger, qui  exhibe  une cravate pelle à tarte d’un kitch affirmé, nous livre une analyse que je ne suis pas loin de partager. « Le citoyen passionné par la politique que je suis éprouve en effet l'impression qu'il y a trop d'amateurs pour trop peu de professionnels.


Cette tendance a été amorcée sous Nicolas Sarkozy et il me semble qu'il existe là une étrange et paradoxale continuité entre la droite et la gauche. Sans se pousser du col, il n'était pas outrecuidant de s'estimer hier aussi capable que certains ministres et de se sentir aujourd'hui aussi fiable et compétent qu'une partie du gouvernement.


C'est d'ailleurs l'un des problèmes récents de notre démocratie. Qu'il y ait rien moins qu'un gouffre entre tel ou tel citoyen et plusieurs serviteurs de l'Etat peut apparaître comme l'expression d'une heureuse égalité républicaine mais l'amateurisme au pouvoir de nombre de ceux-ci renforce la dérision, voire le mépris dont la société accable souvent injustement la classe politique.


La quadrature du cercle : les ministres doivent être comme nous et à la fois mieux que nous. On en est de plus en plus loin. »


Cette semaine nous avons eu droit, entre autre joyeuseté, à une belle palette de brêles  de la droite bête, dans le torchonnet de la droite dure, Valeurs  Actuelles (sic) : le  fou du Puy, l’ex-garde des sots, le petit maquereau venu de chez Le Pen et, cerise sur le gâteau, Guaino le fou du roi. J’adore l’entame de Valeurs Actuelles « La droite est morte, vive la droite ! ». Avec un Front national devenu premier parti de France, une gauche aux abois et une UMP en ruines, l’heure est à la révolte. Quatre ténors de l’opposition lancent en exclusivité un appel au sursaut de la droite. Tout y est dans les éléments de langage : des ténors, mieux vaut en rire qu’en pleurer, 4 petits couteaux en déshérence et bien sûr l’exclusivité : qui d’autre que ce torchonnet aurait accepté cet appel au « sursaut », peut-être le Figaro ? La suite vaut aussi son pesant de grandiloquence grotesque « Comme les trois mousquetaires, ils sont quatre. Ils assistent, impuissants, à la chute vertigineuse de l’UMP, minée par ses divisions et plombée par les affaires. Ils ont vu, au soir des européennes, les mines tristes des ténors de leur parti s’étonner des résultats du FN, tout en appelant à une alliance avec le centre. Ils entendent chaque semaine leurs militants pleurer une droite disparue, incapable d’assumer un projet pour la France. Alors ils se rebellent. »


Des rebelles en peau de lapin : « Rachida Dati, l’ex-ministre qui n’en peut plus de taire son opposition à un projet européen honni par une majorité d’électeurs. Il y a Henri Guaino, cloué au pilori pour avoir critiqué cette ligne « eurobéate », traqué par les juges pour avoir outragé l’un d’entre eux, dernier défenseur d’un gaullisme depuis longtemps abandonné par la droite. Il y a Guillaume Peltier, ostracisé pour avoir défendu, dans la veine de « la France forte » de Nicolas Sarkozy, une Droite forte qui s’assume en ne s’embarrassant plus de ses complexes. Et il y a Laurent Wauquiez, lui aussi passé à tabac par le microcosme médiatique pour avoir tiré des leçons du discrédit européen et proposé le protectionnisme, le retour à l’Europe des Six, la défense des racines chrétiennes de l’Europe et la sortie de l’espace Schengen. » On sent passer un souffle fort face à « l’alliance improbable d’une égérie de l’intégration réussie, d’un poète égaré en politique, d’un jeune loup assoiffé de campagnes et d’un brillant cerveau surdiplômé, qui fut ministre à 35 ans. » Des prêt-à-tout qui ce « sont réunis dans les bureaux de Rachida Dati, à la mairie du VIIe arrondissement. Pour dire leur opposition à une UMP « centrisée », coupée des réalités et fâchée avec ses électeurs. Tous les quatre veulent dessiner les contours d’une vraie révolution de l’UMP. Ils livrent aujourd’hui leur plaidoyer pour une «droite des valeurs». C’est beau comme de l’emphase, que nos quatre brêles se rassurent, ça va faire plouf et puis rien. Même qu’en tant qu’appeaux, ces vermisseaux feraient fuir la fraie qui, qu’ils se rassurent, préfèrera toujours  l’original à ses médiocres copies. Allez, nous partons avec ma chérie au bar de la Marine boire un petit coup à la santé des brêles qui, en bon argot, sont des nuls, des bons à rien, des blaireaux.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 22 juin 2014 7 22 /06 /Juin /2014 08:50

Que dire, qu’écrire, sur nos élites politico-économiques, qui ne ressemble pas à un constat d’écœurement face à leur suffisance, leur connivence, leur indécence, leur entre soi. Tout chez eux confine à la médiocrité, se résume en une absence de vision, à une conception affairiste du monde. Xavier Bertrand, l’assureur de Saint-Quentin, pendant que son ancien mentor s’offrait une petite conférence à Monaco à 100 000 euros, résumait pourtant avec méchanceté, l’arme des faibles, le sentiment général des bons Français : « La politique de Sarkozy n'a pas été à la hauteur ». Et pourtant, le nabot Duracell, flanqué de sa demeurée, s’en donnait à cœur joie face à un parterre des pires suceurs de fric du XXIe siècle les mecs du groupe d'audit Deloitte venus se payer, façon de parler, une bonne tranche de plaisir à  Monte-Carlo. Franchement s’ils ne sont pas capables, chaque jour que Dieu fait, de se tenir informer de l’état du monde, d’avoir une vision de son devenir, pour en être réduit à écouter des conneries dignes du café du commerce, proférée par un gus qui n’est même pas capable d’assumer la gestion de sa dernière campagne électorale, c’est affligeant, désolant, à la hauteur de là où est tombé notre vieux pays. Deux perles à 1000 euros pièce, en français de cuisine : « Le G20, c'est pas pour critiquer, mais il ne prennent aucune décision » « En général, on ne prend pas un leader qui voit moins loin, moins vite... Enfin, ça dépend... Il y a des pays... » Et ils ont tous ricanés les débiles en col blanc. Pour en finir avec la pige de ce haut personnage, une dernière, à 2000 euros, « Dans mon couple avec Carla c'est beaucoup plus simple, il n'y a pas de consensus, si Carla est d'accord, je suis d'accord. C'est un système beaucoup plus rapide ». De Gaulle n’en aurait même pas voulu pour assurer le comique des armées. Pour autant, hormis Juppé le coincé, à l’UMP si c’est avec des calibres aussi minables que celui de Xavier Bertrand qu’ils veulent endiguer l’irrésistible retour du nouveau Badinguet, ils ne sont pas sorti de l’auberge.


Mais bon, du côté de Bygmalion, bienheureuse coupe du Monde de football qui rejette dans l’ombre une histoire qui normalement devrait renvoyer le nabot à se contenter de suivre les concerts de bobonne. Confier à nouveau les clés du pays à un leader qui n’assume pas la responsabilité de sa propre maison équivaut à se préparer des lendemains qui chantent. Les Français sont tout à fait capables d’en arriver là c’est ce qui fait leur charme de Gaulois. La versatilité du peuple est inépuisable : vilipendé hier tu peux être acclamé le lendemain ou l’inverse : rappelons-nous ce « brave Pétain ». Pour les bleus en short c’est du pareil au même : il leur a suffi de gagner, qui plus est avec panache, pour  reconquérir  le cœur du petit peuple. Comparaison n’étant pas raison, la seule certitude qui me reste chevillée au corps c’est que nous n’avons pas en magasin de nouveaux talents politiques pour accomplir ce retournement. Quand on voit chez les parlementaires socialistes la cécité des élus dit rebelles par rapport à ce qu’ils croient représenter dans l’opinion en dit plus long qu’un long discours. Ils ne sont que le fruit du quinquennat qui a amplifié l’inutile dualité de l’exécutif et l’illusion du poids des parlementaires dans les décisions. Tout le monde est dans le même fourgon que le Président et sera débarqué sans ménagement avec lui si tel est son destin. Pendant que j’y pense, ça ne vous questionne pas qu’un aussi grand homme que notre ex-Président est pour porte-flingue un Brice Hortefeux et une Nadine Morano ? Par charité chrétienne je n’évoquerai pas les amis de toujours les Balkany, les biens-élus de Levallois, bons Français. Mais n’est-ce pas là l’essentiel : être élu quitte à prendre toutes les libertés avec les règles, s’assoir  dessus, les violer, péter tous les plafonds de dépenses : la fin ne justifie-t-elle pas les moyens. Au fait, on n’entend plus parler du gourou d'extrême-droite qui enregistrait à l’insu de son plein gré ?


Je monologue beaucoup, c’est l’âge. Je lis beaucoup aussi, c’est pour apaiser mon sentiment de finitude. Je me suis acheté un tourne-disque anglais préamplifié sur lequel j’écoute à nouveau mes vieux vinyles, c’est un soupçon de nostalgie. Le soleil est revenu, me baigne, me donne à nouveau des envies d’amour. Serais-je enfin heureux ? dans une lettre à Louise Colet, Gustave Flaubert écrivait « Être bête, égoïste, et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. Il y a aussi un autre bonheur, oui il y en a un autre, je l’ai vu, tu me l’as fait sentir. Tu m’as montré dans l’air ses reflets illuminés, j’ai vu chatoyer à mes regards le bas de son vêtement flottant. Voilà que je tends les mains pour le saisir… » Pour moi il ne fait aucun doute que Carla est bien doté de la première condition alors que son vibrion lui possède à la dose maximale la seconde. Et pendant ce temps-là la CGT cheminots court après les excités de Sud, j’adore leurs argumentaires idéalisant la vieille SNCF avec ses wagons de 3e qui sentaient mauvais, ses contrôleurs hargneux, ses guichetiers indolents, qu’il était beau ce temps idéalisé par Jean Gabin et par la belle Résistance d’une poignée de cheminots. Service public, service du public, pas tout à fait la même chose, là encore les jeux de pouvoir, la défense du bastion priment sur tout le reste. Quand je pense que le régime spécial des retraites des cheminots a été plus encore  chargé par ce bon Président Sarkozy pour acheter la CGT lors de sa réforme des retraites je suis bien aise de faire du vélo.  « Ce que Sarkozy a pris d'une main (l'allongement), il l'a rendu discrètement de l'autre (diverses compensations, création de nouveaux échelons...). Voilà de la bonne gestion de nos déficits.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 15 juin 2014 7 15 /06 /Juin /2014 07:00

La nouvelle génération d’un UMP dernier avatar d’un RPR ayant tenté d’absorber la droite molle de l’UDF brille par son caractère hétéroclite, y voisine bien sûr les classiques têtes d’œuf sortis des grandes écoles telle NKM, longueurs et pointes grillant sa clope avec les SDF, ou Bruno Le Maire, colin jovial qui sait faire peuple et écrire, ensuite, et c’est la nouveauté, les petits durs, dont j’ai oublié les noms, venant de l’extrême-droite, propres sur eux, ratiches longues, bébés Sarko, niveau attachés parlementaires, et enfin la piétaille comme la Morano madame sans gêne qui jacte, éructe, a même été Ministre… Reste, celui qu’on n’attendait pas, le bellâtre, type gendre idéal, Luc Chatel, ex-maire de Chaumont chef-lieu improbable de la Haute-Marne chère au Général, DRH  de l’Oréal ce qui explique sa mise en pli, genre mini-vague impeccable. Son truc à lui c’est d’« être bien avec tout le monde… c'est même l'histoire de sa vie » ironisait l’un de ses collègues. Bon camarade, « sympa », souriant, c’est un poupin faible, aussi opportuniste qu'insaisissable, une anguille, prêt à se vendre au plus offrant : il avait d’abord fait des offres de service à Fillon pour l'élection à la présidence de l'UMP, à l'automne 2012, avant de finalement rejoindre M. Copé et rapidement prendre ses distances avec le maire de Meaux lors de la guerre interne. Rien ne prédestinait ce falot à être propulsé à la tête de l'UMP. C’est le plus petit dénominateur commun qui se retrouve, malgré lui, homme-clé. Il y est flanqué du génie du Poitou, de l’austère Juppé et de couilles molles Fillon. Un drôle d’attelage dans une boutique à feu et à sang que le nabot à talonnettes veut réinvestir pour remonter au Front.


Avec deux collègues nous sommes allés mercredi soir au dernier meeting du roquet Copé à  Aulnay-sous-Bois dans la modeste salle municipale. Pour une fois il avait vu les choses en petit des petites affiches du parti entre les extincteurs scotchées en vitesse, des chaises en plastique à peu près en rangs, pas de grand éclairage, pas de clim', une sono qui crachotait, deux ou trois drapeaux bleu-blanc-rouge, une poignée de parlementaires faisant la claque au premier rang. Un meeting tout sauf Bygmalion, lorsque leur héros  arrive le public debout, ému, s’égosille : «Copé président !»  alors il s’offre un aller-retour entre les rangées, une dame portant un t-shirt «I love Copé» lui saute au cou. «Ils ont été tellement durs avec lui. Nous, les militants, on l’appréciait, il s’occupait de nous, il nous envoyait du courrier», soupire Huguette, représentante en cosmétique de Sartrouville. «Je le crois sincère, il était franc. C’est surtout une victime. Et vous allez voir, ils vont faire pareil avec Sarko», embraye sa voisine Danielle, de Saint-Germain-en-Laye, «fervente gaulliste depuis l’âge de 17 ans», tandis que son mari répète dans sa barbe : «Quelles fausses factures ? On nous prend pour des cons !» Ce soir, c’est le soir de Jean-François, l’accueille le maire d’Aulnay, Bruno Beschizza, un ami de quinze ans. Sur scène, le futur-ex chef de l’UMP est entouré de quelques militants, collaborateurs, élus dont la fidèle Michèle Tabarot. Sa femme Nadia est au premier rang. Sur le ton de la confidence faite à ses «chers amis», Copé ne cache pas traverser «une épreuve personnelle», «un moment difficile». «Cette situation, je ne l’avais pas prévue», avoue-t-il. La salle lance un déchirant «Nous, non plus !» Comme on ne tire pas sur une ambulance la suite de la causerie au coin des militants du président déchu relève du non-évènement. Les affaires sont les affaires le roquet va reprendre son job d’avocat d’affaires.


Sur ce avec mes potes nous avons appris la mort de Jean-François Probst, un chiraquien qui n’avait pas sa langue dans sa poche et qui, à sa manière, représentait  ce que furent les baroudeurs gaullistes. Il a été de toutes les aventures chiraquiennes au service duquel il est entré en 1974 lorsque celui-ci  entra à  Matignon prix de sa trahison de ce pauvre Chaban. Il l'a accompagné à la Mairie de Paris et au RPR, où il a dirigé le cabinet de Jérôme Monod, premier secrétaire général du parti. Doté d'un humour féroce, fin connaisseur de la droite française, jamais avare de vacheries contre ses adversaires, Jean-François Probst s'amusait à brosser des portraits au vitriol de ses amis. Pour lui, Jacques Chirac dont « le caractère amoral et guilleret fait qu'il n'est pas humiliable,  aura été un peu le Johnny Halliday tel qu'on l'aime de la politique française. On a tous en nous quelque chose de Johnny ou de Chirac ». Cruel, il qualifiait Bernadette Chirac de « mère supérieure de l'Elysée », Marie-France Garaud de « Mata-Hari de la politique ». Il était particulièrement sévère envers « cette demi-sotte de Michèle Alliot-Marie » Très hostile à Nicolas Sarkozy Jean-François Probst avait appelé à voter pour François Bayrou en 2012. Interrogé par l’AFP, ce dernier, qui l'avait vu il y a une dizaine de jours, a salué quelqu'un de « très original et très créatif avec une vaste expérience politique » et qui avait « beaucoup de distance et d'ironie à l'égard du monde politique ». Il s'est dit « très triste » de cette disparition soudaine.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 8 juin 2014 7 08 /06 /Juin /2014 06:40

Petits meurtres entre amis, le nouveau sport à tous les étages des Français favorisés par l’irruption de la Toile et de ses réseaux sociaux dans la vie publique comme privée. Tout le monde, du moins ceux qui sont connectés et adeptes de Face de Bouc et de Twitter, s’étale, se répand, en arrive à penser que sa « pensée » tout comme ses hémorroïdes ou la première dent du petit dernier, sont des centres d’intérêt. Le premier abruti venu se croit en droit de délivrer ses sentences, son point de vue sur tout et son contraire, conjuguer ignorance et bêtise, charrier des grossièretés, tourner tout et n’importe quoi en une dérision saumâtre. Le féminin n’échappe pas à la règle. Des égouts. Bien évidemment les chasseurs de voix fréquentent ces sentes peuplées de gobeurs de promesses. Les vieux médias cherchant un second souffle avant de trépasser font la chasse aux éditorialistes transgressifs à même de rebondir sur la Toile, d’alimenter les poubelles où viennent se repaître les gens d’en bas comme les gens d’en haut. Nous régressons en dépit de nos courses folles, sans but, dépourvues de sens. Sur ce terreau des plantes vénéneuses s’épanouissent avant, du moins l’espèrent-elles être cueillies par le peuple, ce peuple mis à toutes les sauces et qui, comme la pile Wonder, s’use parce que l’on s’en sert. La gauche dites de gouvernement, du moins ce qu’il en reste, est subclaquante et la droite sortable est, elle, en état de décomposition avancée. La voie est libre pour des penseurs de pacotille, des demi-soldes, on ne pense plus on bave sur le voisin en espérant gonfler son stock de followers. Le Figaro de Dassault s’érige en phare de la pensée avec sa nouvelle égérie Elisabeth Lévy. On la questionne la nouvelle pythie.


-         La chape de plomb de la bien-pensance semble avoir sauté, et on est loin de l'âge d'or où Plenel dictait la pensée unique dans les colonnes du «quotidien de référence». La rhétorique antiraciste, antifasciste et sectaire semble usée. N'avez-vous pas le sentiment d'avoir gagné la partie? N'est-il pas temps de passer à autre chose?


« Il est certain que si Plenel et Zemmour se présentaient à une élection, notre ami Zemmour gagnerait haut la main. Mais je ne vais pas apprendre à une gramscienne aussi avisée que vous que le pouvoir culturel ne se joue pas au nombre de voix. Par ailleurs, l'intimidation du politiquement correct est sans doute moins forte aujourd'hui, mais elle n'a pas encore disparu: il y a toujours des sujets qu'on n'aborde qu'avec de très grandes précautions de peur d'être traité de raciste, d'homophobe ou autre. Cela dit, il n'est pas mauvais de prendre des précautions: ce n'est pas parce que l'antiracisme contemporain est souvent débile que nous allons devenir racistes! »


-         «Droite décomplexée», «dédiabolisation»: la dénonciation du politiquement correct a tellement réussi qu'elle a fini par se traduire politiquement. Que répondez-vous à ceux qui, à l'instar d'Alain Badiou, vous accusent d'avoir contribué avec Zemmour, Finkielkraut et tous les «néoréacs», à la montée du FN en «libérant la parole raciste»? N'avez-vous pas le sentiment parfois d'avoir, en luttant justement pour le pluralisme, ouvert la boite de Pandore?


« Je réponds que, comme me l'a fait remarquer un lecteur assidu de Causeur, Finkielkraut, Zemmour et les autres ont plutôt eu un effet apaisant car, à travers eux, beaucoup de gens ont été soulagés que l'on arrête de leur dire qu'ils ne voyaient pas ce qu'ils voient et ne vivaient pas ce qu'ils vivent. En revanche, les anathèmes, les leçons de morale, les insultes proférées par le camp du bien ont peut-être fini par créer ce qu'ils dénonçaient, un camp véritablement réactionnaire qui fantasme un monde livré aux syndicats gauchistes et aux adeptes de la théorie du genre, est persuadé qu'on enseigne la masturbation à l'école et rêve d'un improbable retour à un passé qui n'a jamais existé. Bref, Najat Vallaud-Belkacem a fini par susciter Farida Belghoul. Eh bien, je ne veux ni Najat, ni Farida - rien de personnel, bien sûr. Voilà pourquoi nous sommes condamnés à nous battre sur deux fronts! »


L’époque a les penseurs qu’elle mérite, ceux du rez-de-chaussée et des sous-sols ou autres parkings. Les Français, et leurs auto-proclamés intellectuels s’imaginent encore que notre pensée domine le monde, que nous sommes encore à même de l’influencer. Dérisoire, monstrueusement dérisoire, nous allons gentiment passer à la trappe et sombrer dans l’oubli, simple confetti boursouflé de suffisance et d’arrogance. Laissons-le s’enfoncer dans son bourbier, se repaître de ses petites querelles, se réfugier dans son isolationnisme sans avenir.


Moi, en mon jardin de Saint-Anne, je lis.


Je lis « Cul in air » que j’ai acheté samedi à la librairie Compagnie rue des Écoles face au Balzac. C’est édité chez POL.


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« Jeanne Bécu, alias Madame du Barry, disait ceci : « Le croupion, oui, le croupion, toujours bien en l’air, et avec les plumes de la queue éployées en éventail, horizontalement ! »


Suivant à la lettre cette consigne – qui aurait pu devenir un proverbe –, je me suis dit que l’art Cul in air, tel que son nom l’indique, est un art aérien de dosages, de matières, de couleurs, de saveurs, de croisements divers pas toujours saisissables si l’on n’y est pas formé avec tact, délicatesse et entrain.


Ce livre essaie de donner corps à ces vertus  Jean-Paul Manganaro n’y raconte pas les suites du mot de Madame du Barry, mais on y apprendra comment revigorer ce qui ramollit, pourquoi la Sainte Vierge, quelquefois, lève les yeux au ciel ou pourquoi la Dame aux camélias portait des robes larges. Et l’on y saura brider et débrider une poule, farcir ou bourrer le mou à un poulet, renverser un lapin, telle une danseuse ou une crème… Et l’on saura tout aussi de Nicodème et de sa cousine quand ils s’attablent, comment déjeuner dans les nuages, tant d’autres choses encore. Il suffit d’ailleurs de feuilleter la « Table des Matières » – jamais ces deux mots ne furent mieux employés – pour avoir l’eau à la bouche et les larmes aux yeux – de plaisir, bien entendu.


Mais alors, quelle forme pour ce livre ?


De l’aveu de l’auteur celle-ci est venue peu à peu, filtrant et englobant les quelques idées et pensées qui avaient précédé. Le livre en porte les marques  ça commence par l’ail et l’agneau – dans une suite qui se souhaitait alphabétique – mais qui commençait en fait comme Ésope et La Fontaine, une sorte de renouvellement de la fable du loup et de l’agneau, perçus et perdus dans les lointains. Jean-Paul Manganaro disant ne pouvoir se défaire non plus d’une sorte d’épiderme tragique ou dramatique – cela fait débuter le livre par une écriture mimant une vague Histoire d’O, avec la recréation d’un couple mystérieux, la dame qui cuisine et Onan.


Puis la forme du multiple est apparue, à la fois dans son vacarme et dans son enfantillage : la cuisine devait nécessairement bourdonner, être bordel et fracas, vivante de curiosités et de réalisations. Loin, bien loin du côté « scientifique » et « amidonné » des recettes telles qu’on les lit encore aujourd’hui ; ici on ramasse des envies tant gustatives que littéraires, glanées au cours des années.


Cela donne un livre aimablement polisson où l’on peut entendre des échos de Rabelais, Boccace, Gadda ou La Fontaine – des échos, pas des imitations. Par ailleurs, parce que Jean-Paul Manganaro ne supporte pas que les écrits n’incluent pas des variations formelles, il se livre à un joli mélange de prose et de formes à structure poétique tandis qu’il saupoudre le tout de « proverbes » tout exprès créés pour ce travail. Les protagonistes sont nombreux, présents et virevoltants, prenant la forme d’hommes ou de femmes, jeunes ou âgés – car telle est la condition de l’art Cul in air, universelle et œcuménique – qui ne laisse personne à l’écart. Et même si une voix égotique semble s’élever sur les autres, ce n’est pas pour imiter un « chef », mais pour donner un lieu à l’humour et à la facétie ; cette voix est purement littéraire et fait en sorte que ce court livre de recettes ressemble à un roman qui traverse des régions particulières et où les recettes, sauf indication contraire, ont été inventées et mises à l’épreuve. Oui, un roman de la chose Cul in air, un roman drolatique où l’invention est minutieusement péripatéticienne. Comme pour le Fellini, le titre Cul in air s’est imposé comme le ruban d’un ange qui déploie dans le ciel son annonce. »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 1 juin 2014 7 01 /06 /Juin /2014 07:00

Décomposition, Bayrou trouvait dimanche soir le mot juste pour qualifier l’état du paysage politique de la France, que des perdants face à celle qui est du « même niveau que Nadine Morano ou Rachida Dati… » celle qui « écrit en phonétique », celle dont les devoirs étaient dramatique »… dixit Jean-Claude Martinez ex-FN, ex-professeur de droit de la nouvelle Jeanne d’Arc du Pas-de-Calais, en plus grasse, plus vulgaire, plus violente, elle qui « ne porte pas la grandeur en elle » toujours selon ce bon Jean-Claude. Donc dimanche, comme prévu, la grosse branlée pour presque tout le monde : le Mélanchon larmoyant qui ne ramassait pas la mise de son Hollande bashing,  ne parlons pas des cocos y ne savent plus où ils habitent, quant aux  khmers verts à poil sans le père Dany seul le José Bové recentré sauvait les meubles, ne parlons pas l’UMP de Copé quasi-coulée prête à imploser sous la déflagration Bygmalion, tout au fond du trou les socialos en si basses eaux qu’ils ne pouvaient même plus couler, restait le Bayrou lesté de l’abruti de Morin mais avec l’héritage Borloo qui lui sortait la tête au-dessus du niveau, la grande satisfaction c’était la déroute de l’excitée du bénitier la mère Boutin, comme celle de miss je mange à tous les râteliers Corinne Lepage, ne parlons pas par charité chrétienne du facteur Besancenot, bref on se console comme on peut ces soir-là.


Ma chérie d’amour le lendemain me charriait gentiment :


-         T’aurais dû  rester à l’UMP ! Comme aux Galeries farfouillettes y s’y passent toujours quelque chose…


-         Affreux, sales et méchants, c’est petits meurtres entre amis. Ils s’adorent !


Même les bloqués du col du très sérieux Les Échos, propriété du pisse-froid Bernard Arnault, font des gorges chaudes :


« Personne n'y était, mais tout le monde sait ce qu'il s'y est passé. Les pièces du puzzle de la réunion du bureau politique de l'UMP ayant mené à la démission de Jean-François Copé, et à celle de toute la direction du parti, se mettent peu à peu en place. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui du «Crime de l'Orient Express» d'Agatha Christie où le détective découvre que chaque passager du train a porté un coup de couteau à la victime...

Entre alors en scène le farouche rival de Jean-François Copé, François Fillon. L’ex Premier ministre met les formes pour porter son attaque. Un long discours, finement travaillé, dont le langage châtié n'enlève rien à la violence. Il y évoque la responsabilité collective dans le «funeste résultat» des élections européennes, la tromperie subie par les militants et «l'honneur de la famille politique». Un discours posté sur son blog pendant la tenue de la réunion, pour que le propos puisse être consulté et relayé à l’extérieur. Une arme de communication bien pensée, bien maîtrisée. Un règlement de compte de haut niveau.

Après avoir précisé à Jean-François Copé qu'il doit prendre ses responsabilités en démissionnant, François Fillon met alors sa propre démission dans la balance. Un «all-in» politique avec lequel il va ramasser la mise deux heures plus tard en accédant à la présidence par intérim aux côtés de deux anciens Premier ministres du parti, Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé. «Les sages» comme l'ont rappelé plusieurs membres du bureau politique une fois cette décision prise.

 

Mais voilà, Jean-François Copé n’est pas vraiment d’accord. « Je ne quitterai pas la tête de l’UMP » lance-t-il en pleine réunion. Une ligne de défense face à laquelle les barons de l'UMP vont travailler au forceps pour obtenir la démission tant souhaitée. Bernard Debré, député filloniste, parlera même d’une UMP « en salle d’opération », tant l’intervention s’avère délicate. « Tu ne peux pas rester président, c’est une question de survie » aurait ainsi lancé Xavier Bertrand.


La résistance de Jean-François Copé lui a même valu un brutal « Barre-toi ! » du député Dominique Dord. « Pas dans un sens accusateur », précisera plus tard le député de Savoie, qui confirme avoir bien utilisé ces mots. Filloniste, il avait démissionné de son poste de trésorier de l’UMP après l’élection contestée de Jean-François Copé. François Baroin aurait, à son tour, enfoncé le clou face à Jean-François Copé en lançant « nous ne nous serrerons plus la main ».


Ces assauts répétés auront finalement raison du président de l’UMP. Il est presque 11h. Après plus de deux heures de bras de fer, Jean-François Copé accepte de quitter la présidence du parti le 15 juin, entraînant avec lui la démission de l’ensemble de la direction de l’UMP. Un soulagement s’installe. Bernard Debré souffle. Pour le député, Jean-François Copé « plombait » l’UMP. « Il nous mettait dans une situation invivable ». Nadine Morano, soutien du président tout juste débarqué, se dit pour sa part « triste ».


La prime de l’exécration revint sans contestation à la douce « longueurs et pointes » notre NKM qu’on ne voit même plus dans notre bon XIVe «On ne te croit pas. Tu as servi tes amis, ça se retourne contre toi!», et de commenter avec sa fraîcheur hypocrite habituelle « C'est vrai que c'était une ambiance très délétère (au bureau politique) (...) mais c'est la situation qui l'est. » La battue en profitait aussi pour tacler le très catholique Charles Beigbeder, qui lui a fait beaucoup de mal, « actionnaires des sociétés de cette nébuleuse et possible bénéficiaire de cette affaire. Ces gens-là, de notoriété publique, n'étaient pas mes amis, m'ont combattue et depuis longtemps » de toute façon les réjouissances commencent, les flics et les juges sont dans la place, on peut leur faire confiance ils ne vont pas lâcher le nonos de sitôt.  


Alors décomposition, oui mais c’est la loi de la vie, le corps politique n’y échappe pas, l’irruption des héritiers de Pétain va accélérer le processus mais, rassurez-vous, ils ne nous feront pas passer par la case prise de pouvoir, bien au contraire ils vont jouer les catalyseurs d’un renouveau. Je rêve ? Non, les Français, le peuple que les éditorialistes  nous servent à toutes les sauces va, non pas se ressaisir, mais tout bêtement, lorsque les enjeux  sont lourds, se réfugier dans les bras d’un sauveur dispensateur de belles promesses. Si nous n’avions pas généré ainsi une offre politique aussi misérable, aussi minable, aussi lamentable, par paresse, conservatisme, défense de nos droits acquis, au soir du triomphe en trompe l’œil d’un ramassis de clampins un homme ou une femme se serait levé et élevé au-dessus de la mêlée pour nous remettre à notre place, nous demander de cesser de geindre, de pleurnicher, de vouer l’Europe aux gémonies et dire tout bêtement à notre voisine allemande, nous ne quitterons pas l’Union mais simplement la table en attendant que l’on entende une autre voix que celle des boutiquiers. Ça s’appelle faire de la politique de la chaise vide. C’est gaullien… et de Gaulle n’a jamais eu de goût pour le petit sous-lieutenant « aux mains sales » de l’Algérie Française ni d’ailleurs pour les Lacoste et consorts dont un certain Guy Mollet…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 25 mai 2014 7 25 /05 /Mai /2014 09:00

Mai pourri, mon genou fait à nouveau des siennes, je me traîne. Journée d’élections, le radeau européen est à la dérive, en France qui écoute les candidats, indifférence molle, tout le monde s’en fout, ce pays se gangrène et ça n’arrive même pas à m’attrister. Je n’ai plus envie de me battre alors je baigne dans mon jus, laisse traîner les heures, mange debout des pieds de cochon en gelée en buvant des bières. Je rote. Notre lit sent la sueur. Marre ! Une douche bouillante, je me récure. Mes cheveux sont longs. J’enfile un pantalon de toile et mon vieux tee-shirt troué dans le dos. Une éclaircie suivie d’une lampée de soleil, j’ouvre grand la fenêtre. Sortir ! Le bleu semble s’installer, j’enfourche mon vélo et je file droit devant. Les feux verts sont mes alliés, je déboule jusque Denfert. Au kiosque j’achète la presse. Les filles se ressemblent toutes, insignifiantes. Mon téléphone tressaute dans ma poche. Qu’importe ! Il faut que je m’y remette, à l’écriture, sinon je coule. Depuis trop longtemps je me défile, je me faufile, j’esquive, m’étourdis. La schlague, voilà  ce qu’il me faut. Comment faire ? Faire ! L’important c’est de couper les liens un à un avec tout ce qui me rattache encore à une floppée de gus pour qui je n’ai que mépris. La lie, ils paradent pourtant, mais moi je sais tout d’eux. Ces dossiers emplis de leurs faiblesses, de leurs bassesses, enfouis. Envie de les exhumer, de leur balancer à la gueule leurs saloperies. Même pas la peine, ils savent que je sais. Je romps. Lorsque j’en croise un, le rondouillard à lunettes cerclées, petite bedaine, l’égrillard aux mains fouineuses, je l’ignore. Je le couvre de mon mépris. Nous t’avons planqué lorsqu’ils voulaient te foutre au trou, maintenant tu plastronnes, tu couvres de ton sale mépris ceux qui étaient restés tes amis. Minable petite ordure tu n’es rien. Tu n’existes même plus. L’air est frais, il me fouette le visage. Je me sens bien. Le temps viendra, patience, rien ne presse, j’attends. Le goulag pour ce lubrique…à l’heure du laitier comme au temps de la Stasi. J’en ris !


Je m’installe en terrasse. Je commande une glace, tire un livre de mon sac, m’immerge. « Chaude soirée de printemps, à quelques kilomètres à l’Ouest de Chicago. Un jeu de séduction rapide et sophistiqué s’engage sous l’œil admiratif de quelques témoins. Lui est élégant – très riche. Elle ne l’a pas quitté des yeux depuis qu’il est entré dans son champ de vision. Ils se plaisent mutuellement : il l’a invité à dîner d’un air qui en dit long : il compte bien parvenir à ses fins. Elle possède un charme indéniable : ses formes voluptueuses la distinguent nettement, selon lui, de sa cohorte d’amies qui papillonnent excitées par cette soirée. À première vue, ce couple enjoué paraît se comprendre parfaitement. En réalité, ils ignorent beaucoup de choses l'un de l’autre, et seraient surpris d’apprendre lesquelles. Elle ne s’aperçoit pas qu’il est beaucoup moins riche qu’il ne le semble. Lui ne se rend pas compte que les charmes de l’élue sont artificiels et ses formes moins authentiques qu’il ne le pense. Il ignore que la plupart de ses amies ont eu recours au même procédé. S’il se penchait un instant sur la question, il serait sans doute un peu refroidi en constatant que l’admiration que toutes partagent pour ses attributs tient à son invitation à dîner et n’a rien à voir avec son physique. Il est peut-être là pour le plaisir, mais elle n’est que trop consciente qu’il s’agit aussi d’un marché. À proprement parler, la fille n’est pas une croqueuse de diamants, mais elle est habile.


Ce bref épisode de feuilleton à l’eau de rose est trompeur, lui aussi. Nos personnages ne sont pas des humains mais des insectes : pour être précis, des mouches appartenant à l’espèce Rhamphomyia longicauda. Comme les êtres humains (et d’autres espèces, parmi lesquelles les chimpanzés), ces mouches associent étroitement nourriture et sexe. »


-         Sexonomics, ça ne m’étonne pas de toi, les femmes te perdront !


-         Je suis déjà perdu mon vieux, qu’est-ce que tu fous ici ?


-         Je te cherchais.


-         Et tu m’as trouvé.


-         Pas difficile t’es comme les clebs t’es fidèle à tes habitudes…


-         Et pourquoi tu me cherchais ?


-         L’opération gros bourdon, j’ai fait le tour de la question, y’a du grain à moudre. Qu’est-ce qu’on fait ?


-         Rien !


-         Tu m’avais dit que c’était urgent.


-         Oui, mais ça ne  l’est plus. Le traitement peut attendre.


-         Comme tu veux mais j’aurais bien aimé aller chercher des poux sur la tête de ce petit couillu…


-         Moi aussi mais je crois qu’il vaut mieux le laisser mariner dans son jus…


-         Ok, je t’offre un verre.


-         Pourquoi pas, leur champagne vaut le détour…


-         T’as des goûts de luxe mais t’as les moyens…


-         T’en fais pas je me charge de la douloureuse c’est pour te remercier du bon boulot sur gros bourdon.


-         T’es un seigneur !


-         Disons que j’ai retrouvé le sourire…


-         À propos de sourire, t’as vu les ritals y sont encore plus barjos que je ne le pensais…


-         Et pourquoi ?


-         Ils vont prendre en compte les revenus générés par la prostitution, la drogue et les divers trafics (cigarettes, alcool...) pour calculer leur PIB…


-         Tu déconnes !


-         Non,  et même que le mec des statistiques a déclaré «  Nous allons nous appuyer sur les données de la police et de la justice qui ont une bonne connaissance du volume et des prix des produits stupéfiants et des services des prostitués… »


-         N’importe quoi !


-         C’est l’Europe qui veut ça « les activités économiques illégales doivent être considérés comme des transactions quand toutes les unités parties prenantes le font par accord mutuel. De ce fait, achats, ventes ou troc de drogues illégales ou d’objets volés sont des transactions quand le vol ne l’est pas. »


-         Arrête, tu vas me donner le cafard…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 18 mai 2014 7 18 /05 /Mai /2014 07:00

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Nantes, ma ville, le cour des 50 otages, le lycée Guitsh’au, le campus de la Jonelière avec ses préfabriqués, la Place Graslin et la Royale link, le quai de la Fesse link, pardon de la Fosse, le passage Pommeraye : Lola de Jacques Demy, les dockers, les paysans-travailleurs et bien sûr Marie link et link, la seule, l’unique, l’irremplacée, l’irremplaçable, ma fleur de mai cueillie de plein fouet. Et, dans notre monde soumis au grand n’importe quoi, voilà t’y pas  que l'Académie de Nantes est accusée d’ « inciter les garçons à porter une jupe et du rouge à lèvres… » Les délirants de la théorie du genre ont encore frappé après le livre Tous à poil, jugé « inadapté » à l'école. Ou encore un film, Tomboy, considéré comme trop « militant » pour être visionné en classe. Je suis furax. Ras-le-bol ! Allons-nous laisser remonter à la surface ces raclures de pelle à merde de l’UNI, laisser le champ libre aux culs bénis, les comprimés des roustons, les envapées des jupes plissées ? Nous régressons. Si nous n’y prenons garde, ils vont nous étouffer, nous noyer dans leur eau bénite. Foin du couillemollisme l’heure est à la contre-attaque. Ne pas leur laisser ni la rue, ni les réseaux sociaux ! Taper dessus à bras raccourci sans aucune retenue ! Pour bien marquer mon engagement j’étais allé me louer une tenue traditionnelle d’Écossais, noire. Et, pendant ce temps-là ma dulcinée, qui a de si belles quilles, longues et fines, se trimballait à mes côtés en tailleur-pantalon Yves Saint-Laurent le couturier qui a donné le pouvoir aux femmes. Foin de ses hypocrites oublieux que l’habit ne fait pas le moine, que leurs curés portent des soutanes. Nous provoquerons, il se peut même que nous allions ainsi vêtus à la messe à Saint-Nicolas du Chardonnay rien que pour faire chier les intégristes à missel en latin.


Et puis, en prenant mon petit-déjeuner, en feuilletant la presse, j’ai découvert ce papier :


Paris, le 15 mai


« Laissez-moi vous conter l'affaire la plus extravagante qui soit: un fagot, une rumeur, un bobillonnage qui attise les braises et échauffe les esprits

.  

Ma chère et tendre, pouvez-vous seulement imaginer que, dans la bonne ville de Nantes, l'on se soit pris d'inviter les jouvenceaux à se vêtir en jouvencelles, le temps d'une journée, à des fins de promouvoir l'égalité entre descendants d'Adam et Eve. Il se mande de surcroit que l'on aurait prescrit qu'ils se fardent et peignent leurs lèvres. 


Je vous sais perplexe, ma chère et tendre, et si peu entichée de ce genre de polémique à deux sols. S'ils venaient à connaitre l'usage de l'étiquette, défenseurs et adversaires de ces accoutrements seraient tout ébaubis! Souvenons-nous seulement qu'en des temps anciens, les gens de Cour faisaient un usage immodéré des fards et des onguents, au point d'en avoir la peau grêlée, tavelée, gâtée par le plomb qui leur conférait ce teint cireux et blafard que commandait la mode d'alors. 


« Voyez ainsi cette étrange affaire dite de la théorie du genre: un labyrinthe, un coupe-gorge, un gouffre sans fond. »


Ha! Je vous sais curieuse de connaître la vérité. La vérité? Balivernes! Peut leur chaut à ces détracteurs d'un jour de savoir si l'on a réellement souhaité faire de ces jeunes gens des jeunes femmes d'un jour. Seule la rumeur triomphe lorsqu'elle vient à enfiévrer les âmes. Voyez ainsi cette étrange affaire dite de la théorie du genre. Un labyrinthe, un coupe-gorge, un gouffre sans fond, une pétaudière où tout un chacun se prend d'intenter les pires procès en sorcellerie. 


De petites ligues, au demeurant savamment dissimulées telles des punaises de bois de lit, menées par des prêcheurs de pacotille, soufflent le vent fétide de l'obscurantisme, en affirmant que le ministère de l'Instruction publique entend promouvoir le travestissement à des fins d'obtenir un genre nouveau susceptible de consacrer une fois pour toutes l'égalité entre les femmes et les hommes. 


Ces mêmes illuminés qui mènent ce bal des crédules, des gobe-lunes et des ravis n'ont pas craint un moment, ainsi que le fit cette harengère de mère Boutin, de promettre l'enfer à cette pauvre femme à barbe qui remporta récemment un concours de chant, d'ailleurs ennuyeux à périr. 


« Cette journée relève d'une initiative un peu bêta, cul-cul la praline. »


 La mauvaise foi, les fagots, les menteries, sont à présent mieux considérées que les évidences: le soupçon règne en maître! Ainsi de cette journée de la jupe: pardonnez, mon enfant, ma trivialité! Cette journée relève d'une initiative un peu bêta, pour ne pas mander "cul-cul la praline". Personne n'est dupe de cette innocente mascarade, de ce petit carnaval de patronage. Cette journée de la jupe, ma mie, n’est une journée de dupes. Rien de plus »


Enfin, le soleil est de retour, sur la pelouse de Sainte Anne, loin des regards, nous nous lovons dans notre peau de lézard chauffée à blanc, nus sur nos transats, béats, imprégnés de lumière crue, le temps est suspendu, tendu.  J’atteins l’incandescence en contemplant ses hanches ouvertes, des hanches du bonheur. Elle est réceptacle. Je lui apporte de la citronnade. Le temps qui me reste je le lui  dois. Elle est l’avenir. Son rire cascade me transporte. J’aime la sentir. C’est une reine, port altier, je ne me lasse pas de la contempler. Elle se pose en tailleur, sa poitrine ferme me nargue. Je suis imperturbable. Elle m’infuse d’un bonheur sans limite. Je lui dis « je t’aime ». Elle me fusille, me cloue au mur. « Pourquoi viens-tu si tard, fille du vent ? » En cascade ses cheveux enveloppent ses épaules. « Tu  es miel. Tu es belle… Embarquons ! » Nos vêtements ne sont que des artifices provisoires, elle marche devant moi d’un pas ferme, déterminé, je sais que nous irons jusqu’au bout de ses rêves. Après, discrètement je m’éclipserais. Elle fera de beaux enfants. Je ne serai pas là pour les voir grandir. Il faut savoir ouvrir la fenêtre sur un horizon qui  se rapproche. Je suis prêt car j’ai aimé. Je l’ai aimé. C’est le plus beau des alcools forts qui ait infusé dans mes veines. Je peux partir heureux.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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