Roman

Dimanche 20 avril 2014 7 20 /04 /Avr /2014 07:00

Adeline me disait, en apprenant la nouvelle sur son IPhone  « Moi, il me plaisait bien cet Aquilino…


-         Moi pas, un pied tendre qui se prenait pour un pur homme de pouvoir et de réseaux, trop heureux d’être au centre du jeu et de tirer les ficelles. Les hommes pressés sont dangereux…


-         J’adorais ses écharpes… Il les nouait comme toi mon amour…


-         Avoir le goût des belles choses est une chose, avoir les moyens de se les offrir en est une autre jeune fille… surtout lorsqu’on émarge à l’IGAS…


-         Tu es dur !


Je soupirais et enchaînais.


Dur, dur, et plus dure fut la chute de l’étoile montante du palais de l’Elysée, le locataire du grand bureau très convoité qui jouxte celui du chef de l’Etat au premier étage du Château, celui qu’occupait Henri Guaino sous Sarkozy, « Le bureau qui rend fou », en 24 heures chrono sommé d’aller voir ailleurs, exfiltré et lâché par ceux qui lui cirait la veille les pompes. À propos de pompes, un certain Jérôme Béglé, du Point, qui vomit du Hollande matin, midi et soir, se drapait dans une dignité qui nous a bien fait rigoler surtout après avoir entendu le père FOG se marrer en direct sur le sujet à Itélé. Il mitraillait dru, à l’aveugle le Bigleux, pardon le Béglé, il donnait la leçon juste après avoir terminé son déjeuner avec les pontes de l’UMP. Pan sur les pompes lustrées du nègre du Prince. « Mais pour le symbole, l'affaire du cireur de pompes est bien pire ! (...) Si Aquilino Morelle avait pris la peine de réfléchir 15 secondes à l'absurdité de sa mise en scène, il aurait de lui-même compris que faire venir de sa banlieue un cireur de chaussures pour lui demander de veiller sur ses 30 paires - le chiffre est contesté - relevait de l'injure au bon sens, à l'intelligence, et finalement aux Français. Réserver, à intervalles réguliers, un petit salon de l'hôtel de Marigny, une dépendance de l'Élysée, et y convoquer un homme de l'art pour lui demander de lui faire briller ses souliers, y a-t-il un comportement aussi bête et indécent ? »

 

Il n’avait pas tout à fait tort le gars Béglé et on n'allait pas pleurer sur le sort du petit Morelle mais ce qui nous a fait poiler dans la grande maison c’est que la charge vienne d’un journaliste. Cette engeance complice des Grands, en connivence permanente, ne sort son venin que lorsque les prédateurs sont à terre. Le petit moustachu Edwy de Médiapart doit lui aussi se gondoler vu que, comme d’habitude, l’affaire lui est tombée toute rôtie dans le bec. Putain que c’est bon le journalisme d’investigation ! La chute de Béglé était un monument d’enflure, affection très fréquente chez les éditorialistes parisiens, à proposer dans les écoles de journalisme « Dans un livre d'histoire, cette scène pourrait justifier que les sujets du roi de France se révoltent contre leur souverain et viennent à Versailles pour le menacer sous ses fenêtres... Mais nous sommes en 2014 dans une République exemplaire ! »


Sortez les piques !


Pauvre Aquilino, « Patriote, républicain et socialiste, dans l’ordre », disait-il, un vrai méritocrate. Pierre-Alain Furbury l’écrit dans les Echos « Né à Paris, il y a 51 ans, dans une modeste famille d’immigrés espagnols, d’un père affuteur chez Citroën à Nanterre et d’une mère femme au foyer qui parlait à peine le français et s’occupait de ses sept enfants, Aquilino Morelle n’était aucunement prédestiné à occuper un poste clef à l’Elysée. Si ce n’est une intelligence supérieure à la moyenne qui lui a permis d’enchaîner les diplômes : baccalauréat, médecine puis, redoutant d’étouffer s’il passe sa vie dans un cabinet médical, Sciences po et l’ENA. Autant d’acclimatations à un monde dont il ignorait tous les codes. Entré en 2ème position, il n’était toutefois sorti « que » 26ème de la promotion Condorcet après une année compliquée, sur fond de séparation avec sa première femme. »


-         Tu vois Adeline tous nous avons des failles, des zones d’ombre, une part de nous-même pas très reluisante… Jeter la pierre à Morelle, le lapider, comme le font ses semblables est minable. S’il n’était pas le conseiller du Prince, celui qui s’était drapé dans sa cape de chevalier blanc pour pourfendre Servier et son Médiator, le petit peuple le trouverait astucieux de s’être fait du blé au quasi-black. Le problème de ces gamins aux dents longues c’est qu’ils aiment trop leur image… ils vivent dans une forme d’irréalité… sans prise sur la réalité. Regarde ce gros con de Balkany, qui traine tellement de casseroles à son cul qu’il réveille les chats la nuit, il est tel qu’en lui-même et  se fait réélire triomphalement à Levallois.


-         Tu es cynique…


-         Non ma belle, j’ai pataugé dans le marigot politique, qui, crois-moi, n’est pas le pire…


-         Pas très reluisant tout ça !


-         C’est la vie ma belle…


-         Emmène-moi danser !


-         Tu danses toi ?


-         Non mais j’ai envie de m’envoyer en l’air…


-         Vaste et  beau programme !


-         La défonce…


-         Ce n’est plus de mon âge…


-         À d’autres !


-         « L’homme est de feu, la femme d’étoupe, le diable arrive et souffle… »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 13 avril 2014 7 13 /04 /Avr /2014 07:00

Adeline a un compte Facebook. Elle est y passe les ¾ de son temps à s’empailler avec sa floppée d’amis ; et Dieu sait si elle en a des amis ! Sa plastique et ses réparties attirent une nuée de petits mecs qui n’ont que ça à foutre dans la vie. Jusqu’ici je ne jetais qu’un œil distrait par-dessus son épaule lors de nos longs séjours au lit. Elle Twitte aussi. Pendant la campagne des municipales mon intérêt s’est aiguisé et je suis devenu accroc de Face de Bouc. Ce qui m’a de suite étonné c’est la virulence des échanges. Les amis ne font pas dans la dentelle, ça s’insulte grave. Tout de suite je me suis aperçu que le % de connards était beaucoup plus élevé que la moyenne générale, ça frise même la concentration. Les donneurs de leçons pullulent, ils sont tous aptes à redresser la France, un véritable vivier d’experts sur tous les sujets. J’hallucinais. Le moindre vendeur de BOF, plus ou moins mal baisé, que sa femme fait chier, qui fait du black, paye ses fournisseurs quand ça l’arrange, ses salariés des clopinettes, se révèle sur Face de Bouc un parangon de vertu. J’ai toujours adoré depuis ma campagne des barricades de mai 68 les verbeux de la gauche extrême toujours bon à noircir des tracts, à organiser des manifs de la République à la Bastille, de pondre des programmes incompréhensibles. Ces mecs adorent la droite au pouvoir et bien sûr conchient la gauche molle lorsqu’elle est au pouvoir. Du côté de l’extrême-droite, même s’ils ont ravalés la façade, rien de très nouveau sous le soleil et, comme leur seul passage au gouvernement date du Maréchal, on ne peut pas les taxer d’incompétents. J’adorerais les voir aux manettes, ça ferait du bien à ceux qui  disent voter pour eux parce que les autres sont des pourris. Toute cette bande de va-de-la-gueule commençaient à m’échauffer et me donnaient envie d’en découdre.


Le problème c’est que je ne pouvais intervenir en lieu et place de ma très chère Adeline qui se désespérait de me voir m’échauffer le sang pour cette bande de trous-du-cul. Pour me détendre elle multipliait les entreprises de séduction qui se finissaient bien évidemment dans le mitan du lit.


-         Dis-moi mon grand qu’est-ce que tu leur répondrais à ces révolutionnaires en chaise-longue ?


-         Qu’ils fassent la Révolution ! Qu’ils renversent la table !


-         Ce n’est plus possible…


-         Pourquoi ce n’est plus possible, parce que ça dérangerait leur petit confort à ces branleurs qui donnent des leçons à la terre entière leur gros cul assis sur une chaise en face de leur écran !


-         T’es dur !


-         Non, tu peux vérifier…


-         Gros cochon.


-         Tu crois que c’était facile en mai 68 avec le grand Charles, le père Pompe, les CRS, la CGT et le PC ? Putain, vous avez la mémoire courte les jeunes. Vous nous avez assez brocardés avec notre petite révolution d’opérette. Vous avez chargé la mule à bloc. Et pourtant, la France s’est arrêtée pendant presqu’un mois, plus de transport, plus d’essence, la chienlit… Je voudrais voir la gueule des petits de Face de Bouc et de Twitter si on les privait de leur joujou. La crise, ils se retrouveraient face à leur petite vie  de merde. De nazes comme ce pauvre Merluchon qui  se la pète mais qui n’est qu’un apparatchik de la pire espèce. J’ai plus de compassion pour le petit Laurent, j’ai connu son père. Quant au facteur il est supporter du PSG, c’est dire !


-         Tu souhaites vraiment la castagne ?


-         Je ne souhaite rien du tout ma belle. Si, qu’ils ferment leur grand clapoir, qu’ils arrêtent de nous le jouer révolutionnaires en peau de lapin, ce n’est pas dans les urnes qu’ils prendront le pouvoir. Ils le savent très bien. La déculottée qu’on a pris aux élections législatives de juin 68 ça c’est la meilleure preuve. Ce pays est conservateur jusqu’à la moelle.


-         Que faire mon amour ?


-         L’amour !


-         Mais encore…


-         Cessez d’alimenter ces forums de merde. Foutre le feu à Face de Bouc, faire  sauter Twitter au pain de plastic !


-         Tu as raison je vais lever le pied…


-         Non je n’ai pas raison mais tous ces gugusses et ces nénettes qui savent à peine lire et écrire me font chier. À quoi ça sert l’école, dis-moi ?


-         A faire des chômeurs…


-         Sans doute mais les démagogues ne vivent que sur le terreau de l’incapacité de nos dirigeants d’avoir du courage. C’est déprimant. J’en ai plein le cul. Si tu le veux bien nous allons nous tirer d’ici.


-         Pour aller où ?


-         Je ne sais pas. Sur une île…


-         Pourquoi une île ?


-         Parce que c’est entouré d’eau…


-         Je ne te suis pas très bien.


-         Moi non plus j’ai du mal à me suivre moi-même. J’ai envie d’être enterré face à la mer…


-         Tu déconnes complètement.


-         Regarde Baudis 66 ans, terminé !


-         Arrête !


-         Je voudrais mourir dans tes bras…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 6 avril 2014 7 06 /04 /Avr /2014 07:00

Dieu sait si j’en ai connu, dans les palais de la République, de ces soirées de défaites électorales lugubres, sinistres, les petits fours délaissés, le champagne tiède, même la langue de bois ne peut masquer la gueule du même nom. Pour ce dimanche de deuxième tour des municipales la catastrophe était annoncée, même si les états-majors attendent toujours, sans trop y croire, qu’elle ne soit pas aussi sévère que prévue. Étrange ambiance à Paris, du côté de l’Hôtel de ville c’est la victoire d’Anne Hidalgo, joie contenue mais grande satisfaction d’avoir fait mordre la poussière à NKM. Longueurs et Pointes se faisait chambrer par Dupont-Aignan sur Twitter « @dupontaignan Avec cette vague bleue il faut vraiment le faire pour ne pas gagner Paris ! » Pauvre polytechnicienne orgueilleuse et impérieuse qui ne sait même pas compter lorsqu’elle affirmait que sa rivale était « minoritaire en voix sur l'ensemble de la ville, et plus encore dans son propre arrondissement ». Discours affligeant « En politique les mots ont un sens. On ne dit pas qu'on a gagné les élections quand on les a perdues.». Longueurs et Pointes se faisait chambrer par Dupont-Aignan sur Twitter « @dupontaignan Avec cette vague bleue il faut vraiment le faire pour ne pas gagner Paris ! » Pauvre polytechnicienne orgueilleuse et impérieuse qui ne sait même pas compter lorsqu’elle affirmait que sa rivale était « minoritaire en voix sur l'ensemble de la ville, et plus encore dans son propre arrondissement ». Discours dans les palais de la République affligeant « En politique les mots ont un sens. On ne dit pas qu'on a gagné les élections quand on les a perdues. » Sur la même rive, à quelques pas du palais présidentiel, ambiance studieuse, loin de ces petites polémiques minables, Adeline et moi, dès le début de la soirée électorale, étions là où il fallait être, dans le saint des saints où, pour nous, il ne faisait aucun doute que la cuisante défaite du PS ouvrait grande les portes de l’hôtel de Matignon au locataire de la place Beauvau. Je n’irai pas au-delà dans mes confidences, la machine de guerre, bien huilée, était sur ses rails, prête à traverser la Seine. Elle la traversera très vite d’ailleurs, dès le lendemain.


Nous décidâmes de rentrer à pied. L’air était doux et tendre, la ville en paix. L’esplanade des Invalides sur la pelouse, puis la rue de Varenne le musée Rodin, passage devant Matignon siège de l’état-major défait, rue du Bac sans un seul passant, le VIIe est un arrondissement mort. Nous allongions le pas pour aller retrouver un peu de vie du côté de Montparnasse où nous effectuions une halte au Sélect pour nous désaltérer. À peine assis nous avions faim. Deux soles grillées mais de vin, les brasseries parisiennes ne savent plus acheter leur vin, c’est du  vin de GD sans grand caractère. Nous carburerions à la Pilsner Urquell. Adeline qui me maternait comme si j’étais un monument en péril, après m’avoir interrogé sur mes intentions, se fit encore plus douce lorsque je lui répondis que pour tout l’or du monde je n’allais pas quitter mon havre de l’hôpital Sainte-Anne.


-         Tu ne pourras pas t’en empêcher mon amour…


-         Le problème n’est pas là ma grande, ils n’ont plus besoin de vieilles bêtes comme moi…


-         Que si !


-         Tu es gentille…


-         Non, réaliste, même si tu as été peu bavard j’ai bien vu que tes remarques portaient. Ils t’écoutent…


-         Pure politesse !


-         Arrête de jouer ta partition de pépère hors-jeu avec moi ça ne prend pas…


-         Tu te trompes beauté je suis sincère, la seule chose qui m’intéresse c’est d’être avec toi. Je t’aime.


-         Répète !


-         Ben oui je t’aime…Tu es la plus belle rencontre de ma vie…


-         Après Marie…


-         Avec…


-         Tu me fais peur…


-         J’espère bien ma belle, ce sera ainsi jusqu’à la fin !


-         T’es con…


-         Oui


-         J’ai envie d’une glace !


-         Tu es enceinte ?


-         J’espère bien…


-         Alors nous l’appellerons Barnabé…


J’ai alors repris mon récit là où je l’avais laissé.


« Vous n’avez jamais vu le Mur ?


-         « Français ?

 

Et en français avec la sonorité teutonne, deux pandores nous dévisageaient avec une certaine surprise se demandant ce qu’un couple pouvait bien fichtre en ce lieu à cette heure-ci. Je tendais nos deux passeports à celui qui me semblait être le chef. Les deux quinquagénaires maniaient notre langue avec aisance souvenir sans doute d’un long séjour dans notre doulce France. Ils nous entraînaient vers la lumière pour mieux examiner nos papiers. Comme ils étaient en règle les pandores se contentèrent de nous signifier de déguerpir de la zone et de gagner au plus vite notre lieu de résidence. Le plus gros, très bovin, ajoutait un « tenez-vous à carreau ! » qui en disait long sur ses sentiments à notre égard. Son coéquipier, lui, s’intéressait essentiellement à la plastique de Chloé pourtant ensachée dans des vêtements informes. Nous revenions sur nos pas pour découvrir sur la gauche une ruelle qui se révélait être une impasse donnant sur un haut portail rouillé, entrouvert, sur lequel de blanches colombes de la paix façon Picasso encadraient un chat sans poils debout sur ses pattes arrière qui brandissait son pénis.


De la bâtisse, dont nous devinions l’existence par les points de lumière piquetant sa haute façade, provenait un vacarme sauvage où se mélangeaient des éclats de voix et de la musique sans doute crachée par une batterie de haut-parleurs. Notre irruption, dans ce qui avait dû être la salle de pointage d’une usine désaffectée, ne troublait en rien les occupants qui se livraient, par grappes, à une forme de confrontation verbale et gestuelle débridée sur fond de chants révolutionnaires.  De l’un des groupes, une grande sauterelle, lovée dans un sari immaculé, se détachait pour s’approcher de nous à petits pas chassés. Ignorant Chloé elle tourbillonnait autour de moi en passant ses longs doigts dans mes cheveux tout en ondulant des hanches lascivement.


« Où est Sacha ?


Très « Peace and Love » elle m’enveloppait de ses bras interminables en se plaquant à moi :


- Essaie le Centre de la Paix, camarade... me susurrait-elle à l’oreille avant de repartir, tel un elfe, vers l’un des essaims peuplé que de filles qui mélangeaient leurs corps en une houle furieuse. Même Chloé, qui en avait vu d’autres, contemplait le spectacle avec étonnement.


- C’est où le Centre de la paix ?

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 30 mars 2014 7 30 /03 /Mars /2014 07:00

Dimanche dernier nous nous sommes couchés de bonne heure car la veille nous avions fait une fiesta d’enfer dans l’un de nos terriers favoris. Nous sommes allés voter puis nous avons tiré les écoutilles, seuls les hiérarques socialistes espéraient éviter la branlée. C’était gros comme une maison. Ma seule réponse lundi matin, à ceux qui m’interrogeaient sur la suite des évènements, c’était un laconique « père pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.- Luc XXIII, 34. » Panique à bord du cargo vide de la rue de Solférino et sous les ors des palais républicains.  Blêmes ils étaient les petites éminences. Le long séjour du PS dans l’opposition, après la déroute du père Jospin le 21 avril 2002, a accentué plus encore sa dérive vers un gros parti de notables, d’élus locaux auxquels s’agrègent des aspirants à l’élection qui forment de lourdes grappes laissant accroire à tout ce petit monde qu’ils détiennent le pouvoir. Que dalle ! Nada, illusion. Ça va déménager et les répliques du séisme n’ont pas fini de lézarder le conglomérat qui n’a même plus d’éléphant, sauf Fabius, pour lui sauver la mise. Le remaniement fera pschitt ! C’est la fin d’un cycle. En face, ils se contenteront d’engranger. Quant aux bas du Front, plus la vague des soi-disant déçus s’enflera, et elle sera haute aux européennes, plus leurs chances de porter la Marine aux manettes s’amenuisera. C’est la logique des blocs qui se forment, se déforment, mais restent dominants.


Loin de broyer du noir ma vitalité s’en retrouvait renforcée. Adeline me couvait comme si j’étais un oisillon et je reprenais le fil de mon équipée avec Chloé dans le Berlin de la guerre froide.


Nous nous documentâmes sur ce quartier populaire, inclus dans le secteur américain, et qui recélait deux caractéristiques intéressantes pour nous : la présence au sud de l’aéroport de Tempelhof – celui du pont aérien de 1948–49 ravitaillant Berlin-Ouest lors du blocus grâce aux Rosinenbomber – et celle, au nord, de Check-point Charlie donnant accès au secteur soviétique. L’aérogare de Tempelhof nous fascina par son avant-gardisme, en comparaison celle d’Orly semblait bien provinciale avec sa façade plate de HLM. Ici, sur plusieurs niveaux, le bâtiment principal semi-circulaire de 1230 mètres de long, réalisé sous le 3ième Reich, impressionnait par sa fonctionnalité et sa démesure. Alors que nous nous extasions dans l’immense hall, un gros bonhomme, caricature du Bavarois buveur de bière, nous abordait, avec un air de contentement, pour faire savoir à ces petits français impressionnés que ce bâtiment était le 3e plus grand au monde par sa surface au sol après le Pentagone et le palais du génie des Carpates à Bucarest.


-         Et si je lui répondais : salaud de nazi, tu crois que je ferais mouche ? me susurrait  Chloé  à l’oreille.


-         Normal c’est un flic lui répondais-je en affichant un large sourire Gibbs.


Le gros type adipeux était sans aucun doute le premier pion de notre comité d’accueil. Il nous proposait ses services que nous refusâmes en prétextant que notre excellente connaissance de Berlin. Nous nous débarrassâmes de lui avec difficulté car manifestement la plastique de ma compagne attisait le feu de ses vieilles gonades. Je jouai le tout pour le tout en lui demandant carrément où il avait servi lors de son long séjour en France au temps du petit père Adolf. Effet immédiat, il vira au rouge et nous laissa en plan. Dans le métro qui nous emmenait vers le centre du quartier de Kreutzberg je confiais à Chloé ma crainte d’être la victime d’une manipulation. Elle éclata de son rire cascadant « C’est évident que tu n’es plus ici maître du jeu. Je croyais que tu l’avais compris : dans ce putain de Berlin ce qui compte pour les américains ce ne sont pas ces petits connards que nous allons rencontrer mais les communistes est-allemands de l’autre côté du mur. Marcellin t’envoie dans cette pétaudière pour savoir où se trouve la menace réelle, pour identifier quels sont les éléments qui sont entre les mains de Moscou. Quel jeu joue nos soi-disant alliés. La guerre froide c’est cela mon tout beau. Fini de jouer solo mon coco, ici c’est la cour des Grands. »


En retrouvant l’air libre en plein quartier de Kreutzberg nous pûmes vérifier que la zone de chalandise de nos petits camarades étudiants ne respirait guère l’opulence renaissante de l’Allemagne de l’Ouest car elle se composait essentiellement d’usines bombardées, de gares désaffectées, d’HLM trop proches du mur pour séduire les promoteurs et elle était cernée de bidonvilles turcs empestant la fumée de charbon de bois et le suif de mouton rôti. Nous rôdaillâmes dans des cafés peuplés d’une faune fumant du shit sous des drapeaux du Viêt-Cong et des photos de Mao et d’Hô Chi Minh. L’évocation du nom de Sacha auprès des camarades ne nous attira que des sourires vagues ou même une forme d’hostilité sourde. Fatigués nous échouâmes dans une sorte de club en sous-sol où un guitariste en keffieh palestinien jouait vaguement du Joan Baez sous les regards indifférents de quelques corps indistincts vautrés sur des matelas jetés à même le sol. Certains se pelotaient sans enthousiasme pendant qu’une fille dans un coin allaitait un moutard roussâtre. Venant de je ne sais où un charmant Suédois efféminé nous tendait deux canettes de bière. Nous nous posâmes sous un drap tendu sur lequel une main malhabile avait peint des slogans contre la bombe à neutrons.


Olof, le suédois, gérant de ce club communautaire, se roulait un joint tout en s’enquérait de notre situation. Notre réponse « Nous cherchons Sacha...  lui tirait un mince sourire :


-         Je crois qu’il loge dans un grand entrepôt avec ses camarades du « Centre de la Paix ». C’est une communauté. Ici presque tout le monde vit en communauté. Vous devez avoir faim. Je vais vous conduire dans un restaurant à kebabs ... »


Nous tétions nos bières et nous le suivions dans un lacis de ruelles sombres jusqu’à un appentis couvert de tôles. « C’est chez Mustapha, l’agneau y est délicieux vous verrez. » Pendant que nous nous restaurions Olof, toujours aussi obligeant, nous dessinait sur une feuille de carnet le plan qui nous permettrait de nous rendre jusqu’à la tanière de Sacha. Le thé à la pomme avait plutôt un goût de serpillière mais, après notre journée d’errance, la perspective de nous poser en un lieu hospitalier nous le faisait apprécier bien mieux qu’un Earl Grey de chez Mariage. Je réglais l’addition avec mes dollars pour le plus grand plaisir de Mustapha le patron qui, pour nous remercier, nous enveloppait des halvas dans du papier journal. Avant de nous quitter Olaf murmurait quelques mots à l’oreille de Chloé qui opinait en souriant.


La nuit tombait. Le suivi du plan d’Olaf nous conduisait jusqu’à un canal dont les eaux noires reflétaient les auréoles jaunasses de gros projecteurs juchés sur des miradors qui s’alignaient, à intervalles réguliers, sur la berge d’en face. Soudain sur notre gauche, alors que nous nous engagions sur le chemin de halage plein de fondrières, surgissait une vedette de la police truffée de mitrailleuses. Son projecteur puissant nous enveloppait l’espace d’un court instant avant de continuer sa course sur les murs de briques des usines éventrées. Nous n’étions pas très rassurés. Chloé me tirait par la manche « Je crois qu’il nous faut prendre cette rue, là... en pointant le doigt vers une ruelle aux pavés disjoints.


-         Que te voulait Olaf ?


Ma question hors de propos lui tirait un rire nerveux. « Coucher avec moi mon grand... ça m’a l’air d’être le sport national ici...


Face à nous, tel un décor de cinéma, sous le halo blafard de rares lampadaires se dressait une muraille de parpaings grisaillou couronnés d’un buisson de barbelés rouillés, haute d’au moins 6 mètres. Transis, bras ballants, nous restâmes plantés face à elle pendant une poignée de minutes sans même entendre les pas de deux flics dans notre dos.

 

« Vous n’avez jamais vu le Mur ? »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 23 mars 2014 7 23 /03 /Mars /2014 07:00

Ce matin, la Grande Maison était en ébullition, une fois n’est pas coutume, les chefs en tête. Ça dessoudait sec. La bonde, comme les bureaux, était grande ouverte, les langues se déliaient « Cette fois-ci il a complètement perdu les pédales de son cyclorameur le petit lapin Duracell, sans plaisanter comment peut-il se permettre d’affirmer dans son adresse aux Français que dans la République « on n'écoute pas les journalistes, pas davantage que les avocats dans l'exercice de leurs fonctions » alors que son affidé, Bernard Squarcini, l'ancien directeur central du renseignement intérieur, a été jugé le 18 février pour avoir demandé les fadettes d'un journaliste du Monde, dont 490 conversations ont été par ailleurs écoutées sur ordre d'un juge en mars 2009. » Ce type ne supporte ni d’être congédié, rappelons-nous la première fugue de Cécilia avec Richard Attia, ni d’être pris la main dans le sac de ses malices. C'est lui qui a fait adopter la rétention de sûreté en 2008 qui interdit à certains détenus d'être libérés lorsqu'ils ont terminé leur peine. Ministre de l'intérieur, partisan du karcher, il  a autorisé en 2006 les policiers à saisir, sans le contrôle d'un juge, les données de connexion des opérateurs téléphoniques. C’est la loi Perben 2, dont il est l'inspirateur, qui a permis aux policiers de placer des micros ou des caméras dans les voitures ou chez les gens à leur insu, et la garde à vue a été étendue à 96 heures. Si nous sommes devenus la Stasi c’est grâce à lui !  Tout le monde ici sait que les écoutes sont, sur un plan juridique, parfaitement légales lorsque tu risques 2 ans au trou, comme pour le trafic d'influence le tarif c'est 5 ans maxi, y'a pas photo le nabot. Le juge d'instruction peut, « lorsque les nécessités de l'information l'exigent» ordonner des interceptions, sans recours possible. Il peut aussi écouter un avocat à condition de prévenir son bâtonnier, c’est une loi du 10 mars 2004, l'arroseur arrosé était alors à l'intérieur. Pour le baveux la retranscription de la conversation avec son client n'est possible que si elle est « de nature à faire présumer la participation de l'avocat à une infraction ». Bon, là aussi y'a pas photo, des pratiques de gangsters avec des numéros de téléphone usurpés...


Je quittai la place Beauvau, à pied, afin de rejoindre Adeline au Laurent. Le soleil nous offrait la magnifique terrasse pour notre déjeuner. Mon petit doigt me disait que j’allais avoir droit à la question et, le petit sourire qu’Adeline affichait et ses yeux de biche enamourée, ne me laissèrent aucun doute sur la réalité de mon intuition. Je fis l’âne qui veut avoir du foin, je la laissai faire son petit numéro de charme pour que je lui conte mon escapade à Berlin-Est, de l’autre côté du mur. « Mais pourquoi diable veux-tu que je radote à propos de souvenirs qui sentent la poussière, mon amour ?


-         Parce que toi tu sais ce qu’est la STASI !

-         Ça me fait une belle jambe…

-         Ne joue pas au blasé ça ne te va pas !

-         Je t’adore…

-         Je te déteste…

-         C’est bon, j’adore ça…

-         Tu dis !

-         Oui…

-         T’es un amour !

-         Ça va te coûter très cher ma belle !

-         Pas de souci j’ai tout le crédit qu’il faut…

 

« Nous ne partîmes pas, Chloé et moi, le nez au vent pour Berlin-Ouest. Les semaines qui précédèrent notre départ furent toutes entières consacrées à des prises de contact avec des camarades allemands.  Là-bas comme ici les groupuscules florissaient, la méfiance régnait face au risque d’infiltration et, comme notre réputation française de légèreté et d’inorganisation ne plaidaient pas en notre faveur, nous ne recevions que des réponses vagues. Ce fut le hasard qui nous tira d’affaires, lors d’une manif contre la guerre du Vietnam, lors de la dispersion nous dégotâmes auprès d’une grande bringue, Ilse Meyer, fille d’un grand industriel allemand, qui avait défilé à nos côtés, un contact répondant au prénom de Sacha. « Tout le monde à Berlin connaît Sacha... » se contenta-t-elle de nous répondre lorsque nous lui demandâmes un peu plus de précisions. « Dites-lui que vous venez de ma part et tout ira bien... Là-bas, c’est encore plus simple qu’ici, c’est noir ou c’est rouge, si tu cries par ta fenêtre « salaud de nazi ! » à un mec de plus de 40 ans tu tombes à chaque fois juste... » et, sans aucune retenue, elle avait embrassé Chloé sur la bouche tout en lui pelotant les fesses. Sa compagne, une hommasse, plate comme une limande, avec ses poignets de force cloutés et ses Doc Martens, mit fin aux effusions en les traitant de « grosses salopes ! » Comme je me sentais en forme je lui empoignais l’entrejambes en ricanant « allez, un petit effort ma grande, tu verras comme c’est chiant d’en avoir entre les cuisses... » Autour de nous les slogans contre les faucons du Pentagone, Harry Kissinger, Lyndon Johnson et le napalm de l’impérialisme américain couvraient les cris et les jurons de celle qu’Ilse tirait par la manche de son Perfecto : « allez viens ma grande, les mecs sont tous des porcs... »


Dans le Berlin coupé en tranches, « le Schweinesystem : le système des porcs », dans la bouche de l’ultragauche ouest-allemande, qualifiait la collusion des chrétiens-démocrates avec l’impérialisme américain. Le problème là-bas, avec le foutu mur de Berlin, c’était que le plutôt rouge que mort sonnait encore plus faux qu’à Paris car l’Ours soviétique et ses alliés de la RDA faisait bander mou beaucoup d’entre nous. Chloé me morigénait « arrête de jouer les machos, ça m’énerve ! ». Je l’immobilisais en la prenant par les poignets « Je ne joue pas ma belle. Je surjoue car je ne supporte pas ce féminisme dévoyé. La haine du mâle ne fait pas avancer d’un poil la cause des femmes. J’aime trop les femmes pour céder un seul pouce sur la dérive agressive de ces soi-disant femmes libérées qui sont pires que les plus bornés des couillards... » Chloé m’enlaçait « Tu es beau lorsque tu es en colère. Lâches-toi plus souvent c’est comme cela que je t’aime... »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 16 mars 2014 7 16 /03 /Mars /2014 07:00

« Dieu, ce n’est pas possible d’être aussi bête… » se lamentait ma grand-mère lorsque rentrant de la foire, son homme, orgueilleux et têtu, s’échinait à lui expliquer qu’il avait bien vendu ses bœufs à un maquignon alors qu’il avait dû céder en rase campagne faute d’autres propositions. Eux, nos éminences gouvernementales, c’est pire encore, alors que le voile se levait, grâce à cette vieille ordure maurrassienne de Buisson et ses enregistrements clandestins, sur le parfum capiteux qui s’exhalait de la Cour du Prince, des agissements du Prince redevenu simple citoyen,  du petit ragoût peu ragoutant du petit roquet de l’UMP, ils nous offrent un festival de prises de pieds dans le tapis hallucinante digne des Marx Brothers, l’humour en moins. Du pain béni pour escamoter le fond des affaires, « vraiment ils sont bêtes à manger du foin… » me confiait un gaulliste pur sucre dont le père fut ministre du Président Pompe alors que nous déjeunions dans un charmant restaurant du boulevard Garibaldi. C’était pourtant simple, fluide et clair comme de l’eau de roche, de se contenter, avant même la parution du Canard, que bien évidemment le Parquet avait communiqué une analyse succincte du dossier à la Garde des Sceaux, sans que celle-ci soit pour quoi que ce soit dans le déclenchement de la procédure des écoutes et de la suite de l’instruction de l’affaire. Qu’elle se soit tue avant la révélation du palmipède relevait du secret de l’instruction. Au lieu de cela nous avons eu droit à une mauvaise improvisation liée au caractère assez j’m’en foutiste de Christiane Taubira qui, chacun le sait, n’est pas la championne du monde de la lecture des dossiers. Et que dire de notre brave et honnête Premier Ministre qui monte toujours sur le pont trop tard ? Rien de méchant mais à Matignon, la moindre minute d’inattention est fatale. « Oui, en plus son Directeur de cabinet, le bien nommé Chantepy, « c’est  du petit calibre, pestait à ce même repas » un vieux renard de la Mitterrandie.  


Avec Adeline, que j’avais rejointe sur le champ de Mars, nous avons lu avec gourmandise, un superbe article, dans le Monde qui venait de sortir, d’Emeline Cazi et Ariane Chemin sur la famille Buisson. Édifiant !


Assis sur l’herbe, sous un chaud soleil, Adeline et moi nous mettions des passages de l’article en scène.


Moi : « Le fils de Patrick Buisson s'appelle Georges. Ses joues rebondies et sa silhouette dégingandée lui donnent à 37 ans l'air d'un enfant qui doit encore grandir. Georges Buisson porte le prénom de son grand-père, un camelot du roi né en 1910 : de ces jeunes royalistes qui, dans l'entre-deux-guerres, vendaient L'Action française à la sortie de la messe et battaient les pavés de Paris, cannes et nerfs de bœuf à la main, pour en découdre avec les républicains. « Georges, c'est le prénom qu'a tenu à me donner mon père en hommage à mon grand-père qui venait de mourir. Pas simple pour un gamin. »

 

Elle : « Fidélité, perversité ? Alors que chacun, aujourd'hui, cherche à cerner ce conseiller qui, pendant des heures, a osé enregistrer Nicolas Sarkozy à son insu, chaque indice compte. S'il fallait se livrer à une psychanalyse sauvage de Patrick Buisson, c'est peut-être par le baptême de son fils sous l'ombre portée de Maurras et par ce rêve d'une lignée qu'il faudrait commencer. « Sauf que, pour lui, la psychanalyse est une discipline presque diabolique, l'œuvre de Freud qui, comme Marx et tous ces penseurs juifs, ont marqué le XIXe siècle », rappelle Georges Buisson.


Moi : pauvre Carla qui a passé des heures sur le divan ! « … Un début de distance s'est pourtant installé entre eux. Trois ans plus tôt, Georges a décidé de ne pas convier son père à son mariage. Ni à la mairie, à Paris, ni à l'église du village de Madagascar d'où sa femme est originaire. Le choix du fils n'est pas du goût du père. La petite fille née de cette union n'a toujours pas rencontré son grand-père. « J'ai voulu les protéger l'une et l'autre de Patrick Buisson », confie Georges. « Patrick Buisson », c'est ainsi qu'il désigne désormais son père. »


Elle : Dur d’avoir un tel père ! «… Le duo continu pourtant à travailler ensemble. A l'automne 2007, le fils, diplômé d'une école de journalisme, rejoint la chaîne Histoire, propriété du groupe TF1 – dirigé, à l'époque, par Etienne Mougeote, complice de Patrick Buisson. En novembre, le père vient aussi. Dans ses bagages de LCI, une ex-stagiaire devenue journaliste politique. Elle ressemble aux icônes diaphanes du photographe David Hamilton et porte un nom d'héroïne de roman médiéval : Pauline de Préval.


Moi : les grands prédateurs jettent toujours leur dévolu sur les frêles biches« … à LCI, la jeune diplômée de Sciences Po a appris l'art de monter des talk-shows politiques. Elle a aussi sympathisé avec Jean-Sébastien Ferjou, futur cofondateur d'Atlantico, ce site Internet de droite qui a diffusé, le 5 mars, des extraits des fameux « enregistrements Buisson ». « L'un de mes meilleurs amis », dit-elle de lui. Le téléspectateur n'aperçoit jamais les boucles d'or, les yeux bleus et les pommettes rosissantes de cette grande timide, mais pourtant, certains reconnaissent sa patte : Ah, « les débats tordus concoctés méticuleusement par Pauline de Préval ! », écrit alors le chroniqueur Patrick Besson dans Le Figaro.


Elle : baissant le ton de la voix « … Mystérieuse Pauline de Préval… Née dans une famille de tradition militaire. Vive, cultivée. Aimant les messes en latin et les premiers motets de Guillaume de Machaut. Look versaillais un jour, jupe en cuir très Almodovar le lendemain, avec une fleur de lys épinglée sur sa veste. Elle a dressé, dans la revue royaliste Les Epées, le portrait de l'écrivain Jacques Perret, l'auteur du Caporal épinglé, une référence pour les défenseurs du trône et de l'autel. »


Moi : c’est la fusion « … Dans les murs de TF1, le duo qu'elle forme avec son patron intrigue. Buisson, le conseiller d'ordinaire taiseux et taciturne, cet homme si ligoté qui «  n'admire que les morts »– dixit Georges Buisson –, semble comme envoûté par sa jeune responsable éditoriale. « C'est simple, il ne pouvait plus s'en passer », note un témoin. Plusieurs fois par semaine, Patrick Buisson la kidnappe pour aller déjeuner. On les voit partir d'un bon pas, eux devant, Georges derrière. Etranges et dérangeants déjeuners où Patrick Buisson vante à son fils les mille et une vertus de sa collaboratrice. « Pauline est la fille que j'aurais aimé avoir ! Regarde, Georges, comme elle est intelligente. »


Elle : fascination « … Pauline boit ses paroles, même les plus féroces. Elle rend service, portant d'un coup de scooter un document oublié, l'accompagnant à un cocktail ou à une réception. « J'étais jeune, j'ai été fascinée par sa culture et ses analyses non conformistes », dit-elle aujourd'hui. C'est elle aussi qui plonge dans les archives pour l'aider à nourrir 1940-1945, années érotiques, deux tomes publiés en 2008 et 2009 chez Albin Michel. On y comprend que, pour se faire pardonner de s'être jetée comme une fille facile dans les bras de l'Allemagne, la France a tondu les femmes qui avaient aimé des « Boches ».


Moi : ironique « … Un drôle d'ex-voto ouvre cette somme historique. « A Pauline de Préval, vestale héroïque de ces années érotiques dont elle a su entretenir la flamme par gros temps. Ce livre doit beaucoup à ses travaux de recherche, à nos interminables conversations et davantage encore à son mauvais esprit curieux de tout et du reste. »


Elle : la chute de l’idole «… Le fils et l'ex-collaboratrice le jurent l'un et l'autre, ils n'ont pas voulu se venger. Ils ne sont pour rien dans cette affaire d'enregistrements, même s'ils connaissaient tous les deux la manie d'archiver de Patrick Buisson. N'a-t-il pas fait filmer l'enterrement de son frère aîné, il y a quelques mois ? Elle : « Ce n'est pas moi qui ai donné les enregistrements. Je n'ai aucun compte à régler avec lui. Je ne renie pas nos années de collaboration, mais je ne le laisserai pas régler ses comptes à travers moi. Aujourd'hui, je veux seulement qu'il me laisse tranquille. » Lui : « Je n'ai rien donné à la presse, tout simplement parce que je ne les ai pas. »


Moi : goguenard «… Puisque la petite famille Buisson n'a pu régler ses histoires ni dans les boudoirs ni dans les prétoires, ce sera donc la foire », prédit un historien habitué de la chaîne Histoire. Fils et « fille » ont déjà à leur manière pris leurs distances avec le « père ». Lui dans une tribune publiée par Le Point en juin 2013, au contenu un peu abscons mais au titre évocateur : « La religion du père, une histoire de paille et de poutre ». Elle dans un roman « distancé » auquel elle met la dernière main, « quelque chose entre Dostoïevski, John Le Carré et Bernanos », le plus célèbre des camelots du roi. »


Adeline : un monstre !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 9 mars 2014 7 09 /03 /Mars /2014 07:00

Avec la séquence Buisson Adeline m’a soumis à la question sur les us et coutume de la maison. Comme le soleil pointait le bout de son nez nous sommes allés à pied jusqu’au Jardin du Luxembourg et nous nous sommes assis sur les fauteuils en fer autour du grand bassin. J’ai embrayé :


-         Ce qu’il faut savoir c’est que le Canard Enchaîné est sur le bureau des Ministres ou autres happy few la veille de sa parution, c’est une tradition du palmipède d’informer ce beau monde de la tuile qui va leur tomber sur la gueule. Imaginez leur tronche, branle-bas de combat, tout le monde sur le pont ou aux abris c’est selon, éléments de langage, partage des rôles, les communicants carburent. Le coup du magnéto planqué de Buisson ça fait un bail que nous l’attendions dans la Grande Maison. Ceux qui croient au journalisme d’investigation se font des illusions, ça n’existe que par nous les fouilles merde des bas-fonds. Nous sommes les passeurs d’informations, nous distillons, nous choisissons le bon canal, sacré petite revanche des sans-grades face à la morgue de ceux qui se croient au-dessus des lois. Ils nous arrivent aussi de manipuler, de monter de mauvais coups, telle l’affaire Markovic. Ses instigateurs voulaient barrer la route de l’Elysée à Pompidou. Viansson-Ponté dans son histoire de la République gaullienne écrira que « l’ennemi appartient à la famille, tapi dans l’obscurité, manipulant les cartes et truquant la partie. » Pompidou a tenu bon mais il savait, ou croyait savoir d’où les coups venaient. « Capitant par bêtise, Vallon par méchanceté et Couve a laissé faire. » avait-il confié à son ami Michel Bolloré avec son art de la formule choc. Dans son livre « Pour rétablir la vérité » Pompidou écrira « Ni place Vendôme, chez Capitant, ni à Matignon chez M. Couve de Murville, ni à l’Elysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur. » Un biographe du jeune loup Chirac l’affirmait « on sait que Georges Pompidou à toujours gardé sur lui, dans son portefeuille et écrite à la main, la liste de ceux qui, selon lui, avaient eu une responsabilité dans cette odieuse calomnie ». D’après lui trois noms, dont celui du Secrétaire-Général de l’Elysée. »


Nous sommes allés prendre un chocolat chaud près du manège pour enfants.


-         Patrick Buisson a toujours été du pain béni pour nous les poulets de l’ombre, un comploteur névrotique, arrogant, suffisant, tellement sûr de son immense et réelle supériorité intellectuelle par rapport à la piétaille politicienne, grisé par sa position d’homme qui murmure dans l’oreille du Prince, obséquieux, lèche-bottes par devant, méchant par derrière, mais aussi rien qu’un pauvre minable amateur qui laisse traîner les traces de ses forfaits. Dans notre misérable traque de l’info l’important c’est de repérer le point faible de la cible, d’attendre, jamais se précipiter et souvent de ramasser le paquet-cadeau tout ficelé. Ensuite, si besoin est, on fait fuiter en direction du bon canal, celui qui pourra rendre de menus services si besoin est. Le Buisson ça faisait un sérieux moment que nous l’avions ferré, que nous détenions la bombe incendiaire, notre arme de destruction massive. Comme me le disait récemment un vieux de la maison venu me rendre visite à Sainte Anne « faut vraiment être couillon pour faire confiance à un Patrick Buisson… ». Dans l’un de ses fameux enregistrements dans une conversation avec Goudard le publicitaire il se réclame des camelots du Roi, ceux qui assuraient le service d’ordre de l’Action Française de Maurras. Tiens écoute :


JEAN-MICHEL GOUDARD : Sans nous, il ne le fait jamais. (NDLR : prendre des décisions)

 

PATRICK BUISSON : Jamais. Ça c’est sûr. Ça fait quand même trois quatre fois que je reviens à la charge depuis un mois…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Ah ouais, ah ouais. Le grand moment, c’est il y a quatre ou cinq jours quand tu balances…

 

PATRICK BUISSON : … L’immigration.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : oui.

 

PATRICK BUISSON : Non mais attends, moi je ne suis pas du genre à subir et à attendre que les autres… Il était temps, il était temps.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Plutôt que de faire se demande Pierre (le sondeur Pierre Giacometti, NDLR), qui n’arrivait à rien… Trois heures pour discuter de la strat’… Là on a joué notre rôle vraiment, dans le style de Nicolas. C’est ce qui se passe dans les 8 jours. D’accord, mais il y a un vrai tournant politique.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Et quelque part on revient aux fondamentaux.

 

PATRICK BUISSON : Ah bah On revient aux fondamentaux. Pas quelque part. C’est pour ça qu’il ne faut pas qu’il émascule le propos sur les périls. Et l’autre la, le Pierre, dire « oui mais l’intégration »… c’est ça. Au moment où…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Il est gentil euh Nicolas… Quand il a discours bouclé, il veut encore rajouter un truc qui rassemble, le rassemblement etc… entre toi et moi… ça n’a rien à foutre là..

 

PATRICK BUISSON : Mais rien à foutre, et l’intégration non plus. Au moment où il en arrive 500 000 de plus et on n’a pas intégré les six millions qu’on a.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : c’est un vrai euh…  Giscardien.

 

PATRICK BUISSON : Oui !

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : c’est pas un gaulliste…ben toi t’es pas gaulliste non plus…t’es comme papa…

 

PATRICK BUISSON : Nooon…exagère pas …gaulliste c’est …le Général de Gaulle, c’est un général de guerre civile… Il a pas hésité à faire tirer…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Mais est-ce que tu te sens gaulliste ? Non… Tu te sens ailleurs…

 

PATRICK BUISSON : Non c’est pas ma référence si tu veux mais en tout cas c’est un homme d’action et puis c’est un homme de décision.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : C’est quoi ta référence ?

 

PATRICK BUISSON : Ma référence ? Profondément ? Moi je suis le fils d’un camelot du roi. Je suis monarchiste, je suis royaliste.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Enfin les rois…

 

PATRICK BUISSON : Oui mais d’accord…mais c’est ma culture, voilà.


-         C’est la droite dure, impitoyable et comme le fait remarquer dans Slate.fr Frédéric Lowenfeld « Qu'un homme au passé si peu républicain ait pu, l'espace de quelques années, devenir le maître d'œuvre du discours d'un président de la République nous éclaire aussi sur la fragilité idéologique de ce qui reste de la famille gaulliste et démocrate-chrétienne. Cette amnésie, ou plutôt ces lacunes, ont laissé la droite républicaine vidée de ses anticorps, offerte complètement à un discours extérieur qui peu à peu s'est substitué à celui qu'elle tient depuis la Libération. Au cœur de cette substitution, la redéfinition du concept de peuple a constitué une véritable clef de voûte autour de laquelle s'est constitué le nouvel édifice idéologique de la droite.

 

Patrick Buisson a été l'un des initiateurs visibles d'un mouvement invisible beaucoup plus profond de recomposition historique qui s'accomplit selon un déplacement de l'axe central bonapartiste non plus vers l'orléanisme de l'ancienne UDF qu'il a en partie absorbé, mais vers une nouvelle synthèse avec un néo-légitimisme qui va de Marine Le Pen à la Droite populaire. Le peuple qu'a invoqué Nicolas Sarkozy n'était tout simplement plus le peuple républicain, mais cet autre peuple, fantasmé, rêvé et véritablement introuvable, qu'a conceptualisé l'extrême droite contre l'idée républicaine, celui de Maurras, et sa campagne, quoique formellement excellente, buta sur l'impossibilité structurelle d'obtenir une majorité en France sur le peuple de substitution auquel il faisait référence. » link

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 2 mars 2014 7 02 /03 /Mars /2014 07:00

Comme tous les jours depuis que nous nous sommes réfugiés à Sainte Anne je me suis levé de bonne heure, Adeline aussi, un peu avant moi pour préparer le jus d’orange et le café. Emmitouflés dans nos gros pulls, silencieux, nous aimons cet instant où, assis sous la loupiotte jaunasse de la cuisine, pelotonnés l’un contre l’autre, le  nez au-dessus de nos bols fumants, nous sortons de la ouate du sommeil. Ça peut paraître idiot mais c’est un moment de pur bonheur que ce sentiment de renaître chaque jour à la vie. J’aime dormir. Je dors comme un bébé. L’insomnie connaît pas ! Je rêve comme tout le monde sans doute mais je n’ai aucun souvenir de mes rêves sauf d’un qui m’assaille dans les moments de forte tension. À mon âge, et même si Adeline déteste que je fasse référence à mon âge, mon sentiment de finitude me rend serein. Chaque jour qui naît est un beau jour. J’adore le café brûlant. C’est mon premier choc du jour alors que le jus d’orange se contente d’ouvrir la voie. Nous faisons rarement l’amour le matin, sauf si nous nous offrons une grasse matinée, mais très souvent au cœur de la nuit et c’est toujours Adeline qui en prend l’initiative. S’épandre en elle dans le cocon de la nuit ajoute à ma plénitude. Je suis bien. Le matin mon estomac refuse toute nourriture solide alors je m’installe à ma table de travail pour écrire. Lorsque mon estomac crie famine, avec une régularité de métronome, je le calme avec un vrai déjeuner. Adeline me sert. J’adore me faire servir c’est reposant. Pourtant je fais souvent la cuisine, ça me détends. Nous papotons.


-         Dis-donc mon grand tu as l’art et la manière de fourrer ton nez là où c’est chaud…

-         Oui je suis un vrai truffier…

-         Ça, je sais, tu es un gros cochon…

-         Qui s’accouple avec…

-         Une grosse cochonne…

-         Non une belle…

-         Flatteur !

-         Je le pense…

-         Vil séducteur, je vais te faire passer sous tous mes désirs…

-         Revenons à mon nez beauté !

-         T’as vu Copé le petit roquet, il les collectionne les casseroles…

-         Un as, avec ses potes dont Grégoire Chertok, le meilleur banquier de Paris, qui n'a aucun sens politique. « La preuve, il prend Copé pour un homme d'Etat », plaisante le gnome sarkozyste Alain Minc.

-         T’aurais dû rester à l’UMP !

-         Pour quoi faire mon amour ?

-         Ce que tu sais si bien faire, foutre encore plus la merde !

-         Non, ce n’est plus de mon âge…

-         La prochaine fois que tu parles de ton âge, je te flanque un gage !

-         Quel type de gages ?

-         Les plus raffinés…

-         Mais encore…

-         Tu verras…

-         Tu me lècheras le dos !

-         Non, tu adores ça…

-         C’est toi qui devrait prendre ta carte à l’UMP tu ferais une concurrence sauvage à « Longueurs et Pointes »…

-         Salaud !

-         Tu n’aimes pas NKM mon cœur !

-         Bof, ce n’est qu’une poseuse et puis que veux-tu une nana qui épouse un gros connard comme son JPP ne saurait éveiller mon intérêt.

-         Tu n’as pas tort…

-         J’ai raison c’est une maniérée qui se la pète !

-         Je la trouve un peu maigre…

-         Tu phantasmes sur les grandes tiges maigres mais méfie-toi ce temps-là est fini…

-         Normal j’suis vieux…

-         Au piquet !

-         J’veux mon gage !

-         Tu vas l’avoir. Debout !

 

Elle m’a mis son casque sur mes oreilles puis a enclenché un podcast d’une interview de Jean-Michel Apathie et s’est étendue sur la table. L’horreur absolue :


-         C'est donc un prolongement de votre chronique de mercredi sur RTL ?

 

-         Oui. En fait j'ai publié ce tweet hier soir en voyant la Une de Paris Match sur Laurent Delahousse et Alice Taglioni. Des photos qui, j'imagine, sont volées. Si les personnes photographiées portent plainte, Paris Match sera sans doute condamné pour atteinte à la vie privée. Mais qu'est ce qu'on s'en fout dans le journalisme de ne pas respecter la loi ? On s'en fout totalement ! Il y a des lois qui existent et on ne les respecte pas sciemment. Personne dans la société ne fait ça et aucun journaliste ne réfléchit à ces questions. C'est incroyable !

 

-        Est-ce que les journalistes ont tous les droits ? Cette critique prolonge-t-elle celles formulées au moment de l'affaire Cahuzac, à l'encontre de "Médiapart" notamment ?

 

-         Oui, mais pas seulement. Dans l'émission de Benoît Duquesne, Complément d'Enquête par exemple, des journalistes ont infiltré des réunions du Front national et de l'UMP. Vous imaginez un peu la forme de scandale que ça représente ? On infiltre des partis politiques, on les espionnes, voilà. Est-ce que les journalistes ont tous les droits ? Apparemment oui. Est-ce que c'est étonnant ? Apparemment non. C'est un constat qui me stupéfie totalement. J'ai l'impression qu'il n'y a personne à part quelques hurluberlus qui se disent : « C'est incroyable cette profession. Quelle arrogance ! ». Au-dessus de toutes les lois, de toutes les règles morales, en permanence, parce que nous avons une mission supérieure, celle d'informer. Les bouchers, ils ont aussi une mission supérieure, celle de nourrir. Pourtant, ils respectent les lois… »


 

Ce fut au-dessus de mes forces je n’ai pas pu. 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 23 février 2014 7 23 /02 /Fév /2014 07:00

Les places des capitales, Tahrir au Caire, le Maïdan place de l’Indépendance à Kiev sont devenues le cœur des soubresauts des révolutions où le peuple, plus ou moins infiltré par des émeutiers de groupes extrêmes dit de gauche ou de droite, religieux ou politiques, engage une résistance, qui se veut pacifique, entrainant le cycle infernal de la répression des forces policières. Maintenir l’ordre, quel ordre ? Il est bien difficile de dénouer les fils, d’informer lorsque les prises de parole ne proviennent que du camp des opposants ou des officiels. Les journalistes réfugiés dans les hôtels sont à la remorque, harcelés par leur rédaction, surtout celles des chaînes d’infos permanentes, pour fournir des réponses à des questions qui n’en sont pas. Seuls quelques photographes, plus mobiles, plus casse-cou, se mêlent à la foule des manifestants et peuvent, là où ils sont, saisir sur le vif une partie de la réalité de la situation. Alors sur les plateaux les grands spécialistes de l’Ukraine dévident leur savoir, nous assènent leur interprétation en fonction de leur propre histoire qui les a reliés ou non à un engagement aux côtés des communistes ou du camp que ceux-ci qualifiaient avec mépris de l’impérialisme. Le pékin moyen face à sa télé n’y comprend rien, il compte les morts, s’indigne avec BHL, tombe à bras raccourci sur la frilosité de l’Union Européenne. Ce qui manque à tous c’est de resituer ce soubresaut dans l’Histoire de ce pays qui fut doté dès le IXe siècle d’un Etat la Rous kiévienne, autour de la ville de Kiev. C’était alors le plus grand et le plus puissant des Etats d’Europe, stratégiquement placé à un important carrefour commercial, qui prospéra pendant trois siècles, avant de se dissoudre sous le double effet de luttes intestines de successions et de l’essor de l’empire mongol. L’Ukraine fut au cœur des luttes d’influence et de constitution des grands ensembles européens avant qu’une partie  de son territoire, à partir du XVIIIe siècle, fut intégré à l’empire tzariste et l’autre au royaume de Pologne.

 

A partir du XVIIIe siècle, une partie de l’Ukraine actuelle se trouve intégrée à l’empire tsariste russe et soumise à une russification, une autre partie devenant polonaise. De ce joug les ukrainiens chercheront toujours à se défaire et même si les soubresauts de la révolution d’Octobre 1917 permettront la naissance d’une éphémère république ukrainienne, suivie d’une guerre civile, de famines catastrophiques dans les années 20 et 30, Staline éliminera l’intelligentsia ukrainienne. La  Seconde Guerre mondiale, qui coûta à l’Ukraine plusieurs millions de vies, verra une partie des Ukrainiens accepter de s’allier avec le diable. Lorsque les troupes du Reich pénètrent en territoire ukrainien, après la rupture du pacte germano-soviétique, elles sont accueillies en libératrices. « Le droit pour l’Ukraine à disposer d’elle-même devint l’un des leitmotivs de la propagande hitlérienne. Engagement purement tactique et circonstanciel, on le sait, car lorsque les troupes allemandes envahirent l’Ukraine durant la Seconde Guerre mondiale, elles se livrèrent à des exactions telles que, rapidement, la satisfaction d’avoir secoué le joug soviétique fit place à un esprit de révolte contre l’occupant.

 

Le 25 avril 1942, Goebbels constatera dans son journal : " Au début, la population de l’Ukraine était plus que portée à reconnaître dans le Führer le libérateur de l’Europe et accueillit à bras ouverts les forces allemandes. Tout cela changea complètement après quelques mois. Nous frappâmes très sévèrement les Russes, et spécialement les Ukrainiens avec notre système de domination. Frapper à la tête n’est pas toujours un argument convaincant, spécialement en ce qui concerne les Ukrainiens.” » écrit l’historien Éric Roussel dans la préface à la réédition de l’ouvrage «Ukraine, le fantôme de l’Europe», parut avant la 2d guerre, de l’historien-collabo Jacques Benoist-Méchin. De très nombreux Ukrainiens collaboreront avec l’occupant nazi, y compris au sein des unités de SS, et se rendre coupables ou complices d’abominables crimes de guerre. Leurs héritiers du parti d’extrême droite Svoboda, dont on voit beaucoup flotter le drapeau sur le Maïdan à Kiev, revendiquent le passé collaborationniste avec les nazis et ils ont commémoré le 70e anniversaire de la création de la division SS Halychyna, désormais 1ère division ukrainienne, qui a combattu dans les rangs des Allemands lors de la bataille de Brody en juillet 1944). »


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Adeline m’écoutait. J’allais rechercher dans mes piles de livres «Les Bienveillantes» de Jonathan Littell. Je le feuilletais. J’avais noté au crayon dans la marge une réflexion de Daniel Cohn-Bendit « En entrant en Ukraine avec la Wehrmacht, c'est une plongée dans l'horreur. J'ai jeté le livre trois fois contre le mur, je n'en pouvais plus. Pour le lecteur, c'est horrible… » et celle de l’auteur « Le nazisme, c'est une possibilité de l'humain, on est tous concernés par ça. Je trouve assez curieux que cette idée qui semblait tellement claire à l'époque se soit perdue après. Ça s'est crispé, les Allemands d'un côté, les Juifs de l'autre. Alors qu'il n'y a pas que les Allemands d'un côté, il y a tous les Européens. Il n'y a pas que les Juifs de l'autre, il y a toutes les autres catégories qui ont été exterminées. Les Juifs effectivement de manière privilégiée, mais aussi les Tsiganes, les homosexuels, les tuberculeux polonais, les malades mentaux allemands les tout premiers, deux ans avant les Juifs. L'autre grande obsession d’Hitler, ce sont les Russes. Il a tiré l'Allemagne dans ce qu'on ne devait jamais faire, une guerre sur deux fronts, une guerre avec l'Union soviétique, une guerre d'extermination, un Vernichtungskrieg. C'est conçu comme ça dès le départ, avec des plans écrits du bureau de Göring, qui prévoit l'extermination d'entre 36 et 51 millions de Soviétiques. C'est beaucoup de gens. On ne peut pas dire que l'obsession allemande se réduisait aux Juifs. » Je lisais à haute voix :


« Plus haut dans le parc, surveillées par des soldats, des vieilles femmes décrochaient un pendu. Au moins, pensais-je en voyant cela, ces Russes que nous pendons ont des mères pour essuyer la sueur du front, leur fermer les yeux, leur replier les bras et les enterrer avec tendresse. Je songeais à tous ces Juifs aux yeux encore ouverts sous la terre du ravin de Kiev : nous les avions privés de la vie mais aussi de cette tendresse, car avec eux nous avions tués leurs mères et leurs femmes et leurs sœurs, et n’avions laissés personne pour porter le deuil. Leur sort c’avait été l’amertume d’une fosse commune, leur festin de funérailles la riche terre d’Ukraine emplissant leurs bouches, leur seul Kaddish, le sifflement du vent sur la steppe. Et le même sort se tramait pour leurs coreligionnaires de Kharkov. »

 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 16 février 2014 7 16 /02 /Fév /2014 07:00

Adeline voulait un chat et moi un chien, résultat elle revint un matin avec un chaton ébouriffé dans son cabas alors que moi, plus sournois, je fis le coup du voyage en province pour entraîner Adeline dans un élevage de beagle. Face aux chiots, elle fondit pour le plus timide. Bien évidemment j’avais pris le soin de le réserver sans prévenir mon amoureuse et nous pûmes ainsi repartir avec lui. Comme c’était l’année des J, et que c’était un garçon, nous le baptisâmes de suite, sur proposition de ma chérie et sans débat entre nous, JOJO. Profitant de l’état de faiblesse d’Adeline face à un Jojo qui l’inondait joyeusement, je lançai : « et notre chat si nous l’appelions Beria !

-         Ça ne va pas la tête !

-         Si, tu sais ton chat, comme tous les chats, va faire régner la terreur à la maison et ce pauvre Toto vivra dans l’angoisse.

-         Tu dis vraiment n’importe quoi…

-         Tu as déjà eu un chat ?

-         Non…

-         Un chien ?

-         Non…

-         Donc tu devrais me croire…

-         Tu me manipules comme toujours…

-         Et pourquoi je ferais ça ?

-         Parce que tu as décidé d’appeler notre chat Beria ce qui est horrible il est si mignon.

-         Parce que c’est un chaton, tu verras quand il sera grand…


Adeline éclatait de rire. Jojo lui léchouillait les mains.


-         Tu ne me prends pas au sérieux ?

-         Mais si mon amour mais tu as oublié un détail d’importance.

-         Lequel ?

-         Notre chaton est une nénette.

-         Comment tu sais ça ?

-         Le vétérinaire…

-         Tu es déjà allé chez le vétérinaire…

-         Oui en passant.

-         Pour ses beaux yeux…

-         Tu es jaloux ?

-         Oui.

-         Arrête-toi !

-         Pour quoi faire ?

-         L’amour !

-         Mais…

-         Y’a pas de mais, la minute n’est pas au discours !

-         Dans la voiture…

-         Oui dans la voiture

-         Et Jojo…

-         Ça lui fera son éducation sexuelle…


Nous fîmes donc l’amour pendant Jojo dormait comme un bienheureux. C’était la première fois que nous consommions. Tout ça à cause de Beria, doublement d’ailleurs, car constatation faite notre chaton était bien un chat et, bien sûr, Adeline l’appela Beria.


Le soir avec Toto et Beria nichés entre nous deux Adeline termina de lire ma petite histoire avant de s’endormir en me confiant d’un air ravi « j’ai gardé ta semence, j’espère avoir un petit que nous appellerons Jacques puisque c’est l’année des J… »


Plus petite conne que moi, tu meurs ! (suite et fin)


Mon salut vint de mon beau militaire. Lorsque je lui annonçai la nouvelle, après un coït violent dans la paille d'une grange, il se montra à la hauteur de l'évènement. Tendre il s'enquit d'abord de ma santé, puis, jugulaire, jugulaire, il m'assura qu'il assumerait toute sa responsabilité. Il tint parole. Quinze jours plus tard je partais par le Nantes-Lyon-Genève rejoindre une clinique suisse huppée.


Plus petite conne que moi, tu meurs ! Je n'étais jamais sorti de mon trou et la perspective d'entreprendre un aussi long voyage, qui plus est de me rendre dans un pays étranger pour séjourner dans une clinique de riches, me ravissait. Je m'agitais comme une puce sous le regard indifférent de ma mère. Mon gendarme, en plus d'affronter un paquet d'emmerdements, j'étais mineure, se révéla un type d'une rare efficacité. Nous forniquions comme des morts de faim. Les derniers jours avant mon départ il venait même passer la nuit à la maison. Sans vouloir médire je crois qu'il en prenait pour son argent car ma petite virée helvétique lui coûtait un max.


Tout ça pour tirer des coups avec une petite écervelée. Les mecs pour leur bite sont capables de faire les pires conneries. Pour les piéger y’a qu'à leur faire ce que leurs femmes refusent de faire. Mon militaire, lui, c'était différent, il aimait ça comme certains aiment le bon vin. Je ne sais pas ce qu'il me trouvait mais il était insatiable. Si je le sais, mes seins, il leur vouait un tel culte que jamais depuis je n'ai retrouvé un type capable de me faire jouir seulement en me caressant la pointe de mes tétons. D'ailleurs, je devrais dire que la vie que j'ai menée depuis ne m'a guère donné l'occasion de prendre mon pied.


Je jouais donc les stars. L'extraordinaire entrait enfin dans ma petite vie. Ma mère, face à un tel capital de stupidité, baissait les bras. Elle préparait même du café pour mon militaire. Je suis sûre qu'après mon départ ce foutu étalon se l'est faite. Si je dis ça c'est qu'avant mon départ elle se pomponnait de nouveau. D'ailleurs je crois bien qu'ils ont commencé avant. Fraîche et pimpante maman est venue me conduire à la gare Nantes.


Dans le train plein de types m'ont dragué. Je ne leur ai prêté aucune attention. Dans le Lyon-Genève, lorsque je pénétrai dans le compartiment, un beau monsieur qui sentait le vétiver m'a déshabillé du regard. Ma petite d’oiseau perfusée au roman-photo broda.


Il se levait. Je le suivais. Dans la pénombre du couloir il me pressait contre la vitre et ses belles mains allaient sous ma jupe. Avec une infinie douceur il me faisait pivoter. Ses caresses m’ouvraient plus encore. Humide je l'attendais. À ma grande surprise il me prenait là où jamais mon gendarme n'avait osé me prendre. Je poussais un léger cri. Son lent va et vient m'obligeait à me mordre les lèvres pour ne pas crier. Lorsqu'il se retirait je sentais la caresse rêche du papier sur ma poitrine. 200 Francs. Pour la première fois de ma vie je vaudrais quelque chose.


Sitôt le départ de la gare Perrache mon beau monsieur qui sentait bon le vétiver s’est assoupi.


À la clinique j'entrai dans un univers étrange, d'une beauté froide, lisse, où chaque geste du personnel semblait dicté par le souci de mon confort. La nuit venue, dans la solitude douillette de ma chambre, apeurée, coupée de mon univers étriqué, perdue, oppressée, j'aurais voulu pleurer. Qu'on me consolât. Des grands bras rien que pour me câliner, des grands bras où je me laisserais aller à sucer mon pouce. De vraies caresses, simples, tendres, pas des mains qui me fouillent. De la tendresse, des mots de sucre d'orge, des petits baisers dans le cou.


Tout se passa bien. Mon éveil se fit sans heurt. Ma peur de la veille semblait s'être diluée dans l'anesthésie. Personne ne m'appela pour prendre de mes nouvelles. L'infirmière de garde me contemplait comme si j'étais un petit oiseau juste sorti du nid. Elle avait une face chevaline et un corps musculeux. Dans ses yeux, d'un bleu délavé, je crus entrevoir un mélange d'envie et de dégoût.


Plus tard, bien plus tard, lorsque je découvris que les filles pouvaient aimer les filles, j'en compris les raisons. Sur le moment, dans ma naïveté, je pensais qu'elle me jugeait. Sans réfléchir, avec un petit sourire implorant, je lui demandai de me frotter le dos. Elle le fit avec une infinie douceur. Tout mon corps s'emplit d'une douce chaleur. Ce n'était pas du plaisir mais comme de la vie. Sa main hésitait, se suspendait au-dessus de mes épaules. Allait-elle la faire courir sur ma poitrine ? Elle n'en fit rien se contentant de m'aider à passer ma chemise de nuit.


Cette nuit-là une grande fatigue me tomba dessus. Je sombrai d'un bloc dans un large égout nauséabond où flottaient, pattes en l'air, des rats poilus avec des queues immenses. Et puis, ce bruit lancinant de chasse d'eau que l'on tirait. La cataracte, le trou, on m'aspirait.


Je coulais.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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