Roman

Dimanche 17 août 2014 7 17 /08 /Août /2014 09:00

Pourri, tout semblait pourri, même le temps, sur les vitres de la véranda de la Mouzaïa la pluie faisait des claquettes matin, midi et soir, tout suintait l’ennui, comme une envie de passer ma vie sous la couette avec Émilie. Privé de la lumière du petit matin m’extraire de la ouate du sommeil pour écrire me pesait, alors pour ne pas perdre pied je me plongeais dans mes petits carnets. Mes miettes de vie, et avec la bénédiction du hasard je retrouvais les notes  que j’avais griffonnées lors de ma lecture de « Qu’as-tu fait de tes frères ?» de Claude Arnaud acheté à l’Écume des Pages après avoir entendu Guy Bedos en dire grand bien. La quatrième de couverture m’avait conforté « c’est la confession d’un enfant d’une époque qui continue de hanter notre imaginaire. » Né en 1955, l’auteur fut un adolescent post-soixante-huitard – à 12 ans il était allé traîner ses belles grolles à la Sorbonne et à l’Odéon – et sa plume vive, ironique, sans concession m’a scotché à ce roman autobiographique. Heureux comme un gamin au lendemain de ses premiers émois, j’exultais. Si je ne m’étais pas retenu je serais remonté me blottir dans la douce chaleur de notre lit. Tout était soudain si neuf pour moi que je m’efforçais, sans grand succès, de serrer tous mes freins. Mes derniers feux, je vivais au présent avec une seule ambition être à la hauteur, m’infuser d’elle avec légèreté, à la bonne distance. Tout me ramenait à elle, j’en goûtais le plaisir sans aucune restriction.


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Je ne me lassais pas de relire mes notes écrites comme toujours au crayon :


« En survolant la Giraglia, j’ai l’impression de toucher des yeux ce caillou couvert de myrte et de lentisque. Les hublots deviennent autant de masques qui grossissent les contreforts du cap Corse, un index tendu vers le golfe de Gênes… »


« Une forte odeur de maquis me gagne à l’aéroport de Bastia-Poretta, quelque chose d’âpre et d’entêtant qui fait battre mon cœur et me confirme que je suis Corse aussi…»


« Mince et Coquet, Jean se parfume, se laque et parle pointu sans accent ou presque. Chef incontesté du clan, il dirige la section corse du Parti radical, a ses entrées à Paris, salue Pierre Mendès-France et François Mitterrand à la Chambre et se voit presque chaque jour consacrer un article dans la presse locale que ma grand-mère collectionne dans un grand scrapbook.


Ayant longtemps plaidé au barreau de Bastia, Jean Zuccarelli se fait régulièrement élire au conseil général depuis 1932, à la députation depuis 1962, et s’apprête à conquérir la mairie. Son propre beau-père, Emile Sari, l’a fait avant lui et durant tout l’entre-deux-guerres, où il a été un indélogeable sénateur de la Corse après avoir succédé en 1912 à son propre oncle, maire de Bastia et membre du conseil général : les Sari sont les piliers du clan Landry, opposé aux gavinistes conservateurs, un qualificatif qui pourrait désigner un peu tout le monde en l’occurrence, les Casabianca ayant eux-mêmes tourné casaque au début du siècle… »


 « Une partie de la population dépend de leur entregent ou de leur art, Bastia est la ville des Zuccarelli, c’est ainsi… »


« Les jours d’élection, une partie de la famille est conviée à apposer sa signature sur les listes électorales comportant des disparus jamais radiés et soudain ressuscités, un miracle qu’accomplit aussi bien l’autre parti. Ainsi se garde-t-on des mauvaises surprises, en rusant avec la mort.


Toutes les intrigues se nouent et se dénouent chez les Jean, place Saint-Nicolas, une esplanade que l’impératrice Eugénie et le prince impérial ont inaugurée en 1869. Des coups de poing puis de feu sont parfois échangés dans l’immense escalier d’honneur, les soirs d’élection : les gros bras du parti adverse disputent les urnes à ceux du clan Zuccarelli pour savoir qui les bourrera. L’un des ballots manquera finir à la mer, lors des bagarres de 1967. Et l’on parle encore de ce soir de 1962 où la famille était partie fêter l’élection de Jean : la foule avait envahi l’hôtel de ville, le balcon s’était effondré, faisant un mort et de nombreux blessés… »


« Les règles du jeu sont ici inversées. C’est l’invalidité qui vaut un salaire, autant que le travail, le bourrage d’urnes qui assure la victoire, autant que la bonne gestion. Le mensonge et l’extorsion sont choses sues. On enfreint la loi avec le consentement d’une République qui, soucieuse d’assurer la paix civile, exonère des droits de succession et abandonne une parties des taxes sur l’essence, les alcools et les cigarettes… »


« L’omniprésence familiale renforce le sentiment de propriété qu’on éprouve, sur les plages de Lavasina et d’Erbalunga, exploitées par presque personne et fréquentées par une poignée de familles locales, ou sur les rives délaissées du golfe de Saint-Florent : le village homonyme se résume à vingt maisons de pêcheurs, une citadelle en ruine et un littoral semé d’algues offert au premier venu, avec ses tours génoises que mes frères et moi partons explorer à mains nues. Les côtes paraissent encore appartenir à tous les Corses, comme l’immense territoire âpre et sauvage que délimite le maquis, à l’intérieur de l’île… »


 « Dans le jardin long et mince qui donne sur la montagne, nous sommes parfois trente-cinq à dévorer la tarte aux herbes et les beignets au brocciu de Jacqueline, les gnocchi de semoule que ma mère découpe à l’aide d’un verre, les salades d’aubergines venues des jardins de Sermano, le village des Turchini, relevées de menthe et de ciboulette, le tout arrosé d’un vin produit dans le Patrimonio par des petits-cousins, les Orenga de Gaffory. »


Ces notes sommeillaient rien que pour elle, en avalant mon café bouillant je n’avais qu’un seul regret : jamais je n’irai au village avec elle… La Corse « une île à faire rougir de honte les toutes les autres…»

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 10 août 2014 7 10 /08 /Août /2014 07:00

Sans même y réfléchir, face à la situation, je décrétais « l’état d’urgence », je prenais enfin conscience que le temps m’était brutalement compté, il me fallait m’extraire sans délai de ma latence, rompre ma déshérence, l’aimer à me péter le cœur !


«Les amoureux d'aujourd'hui

Savent qu'il reste des bancs dans Paris

 … Tant qu’il y aura des bancs reste un pays de sentiments »


Le hasard, mon fidèle allié de circonstance, fit ce lundi très bien les choses. Il me fallait trouver au plus vite un nid d’aigle, inexpugnable, un refuge où enfin j’écrirais, mes mots pousseraient  comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps. Tom partait en Patagonie, face à mon état il eut pitié de moi et me confia les clés de son chez lui à la Mouzaïa. Dans mes souvenirs d’écolier, la Mouzaïa c’était l’Algérie, le col de la Mouzaïa, le duc d’Aumale, sous les ordres du duc d'Orléans commandant en chef, combattant la Smalah de l’émir Abd-el-Kader qui inspira aux zouaves du maréchal Bugeaud le chant de l’Armée d’Afrique : « La casquette du père Bugeaud » que j’avais braillée au temps de mes culottes courtes. Là, dans le haut du 19ème arrondissement, se nichait une oasis, un petit bout de campagne à Paris, des fleurs, des oiseaux, des voies pavées, 250 maisonnettes habitées à la fin du 19ème siècle par les ouvriers qui travaillaient dans les carrières de gypse et de meulière du quartier. Le gypse des Buttes Chaumont, d'excellente réputation,  chauffé à 120 ° dans des fours, donnait un plâtre de grande qualité et la légende, à tort, affirme que celui-ci fut exporté aux États-Unis pour édifier la Maison Blanche, à Washington. En témoigne une rue des Carrières d'Amérique, celle-ci plongeait à pas moins de 1000 mètres de profondeur, étayée par d’énormes piliers soutenant des voûtes hautes de 15 mètres ; des cathédrales !


Émilie, c’est ainsi : elle se prénommait Émilie, je n’avais plus besoin de farder la réalité, de l’affubler d’un prénom d’emprunt pour la protéger, s’étonnait de ma soudaine décision. Alors je fus très disert sur notre nouvelle maison qui, comme toutes les maisons de la Mouzaïa, fut conçue par l’architecte Paul-Casimir Fouquiau, érigée selon le même modèle sur un terrain en pente, avec façade de brique rouge, porte d’entrée étroite, marquise en fer forgé et cour à l’avant.  Les règles strictes de construction furent imposées par la structure du sous-sol truffé d’anciennes carrières, les demeures ne devaient pas faire plus de deux étages. Les maisonnettes appartenaient autrefois à des voies privées fermées. Aujourd'hui ouvertes ces ruelles sont pavées et éclairées par des lampadaires dont le mât est décoré d'une branche de lierre entrelacée selon le modèle « Oudry ». La nôtre bordait la voie « Villa Émile Loubet », me rappelant la République troisième du nom et ses présidents oubliés : Félix Faure, Sadi-Carnot et Armand Fallières mais aussi les poètes Rimbaud, Verlaine, Monet, Laforgue qui voisinaient avec les rues de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et du Progrès, la République, toujours la République et ses valeurs. Le clin d’œil du destin, Émilie habiterait Villa Émile Loubet…


Nous quittâmes, à vélo, sans trop de regret les mornes plaines des confins du XIIIe-XIVe pour rejoindre notre nouvelle demeure. Il nous fallut grimper, forcer sur nos pédales, pour atteindre les hauteurs de la Mouzaïa. À destination nous étions nimbés de sueur, fenêtre ouverte, face à elle sous la douche, je m’émerveillais « Y’a toujours des oiseaux à la Mouzaïa ». Affleurement, effleurement, nous fîmes l’amour avec délice sur notre presqu’île et le moka d’Abyssinie qu’Émilie prépara, avec les mêmes soins que Chouchou, bien mieux qu’un visa, me conférait le statut de résident. Je jetais mon statut d’apatride aux orties, j’abandonnais le no man’s land complaisant où je me vautrais depuis toujours. « À cette époque, n’ai-je pas toujours été en retrait, dans la position du spectateur, je dirais même de celui qu’on appelait le « spectateur nocturne » *, cet écrivain du XVIIIe siècle que j’aimais beaucoup… » le Modiano de L’herbe de la nuit « J’ai souvent l’impression que le livre que je viens de finir n’est pas content, qu’il me rejette parce que je ne l’ai pas abouti. Comme on ne peut plus revenir en arrière, il me faut alors en commencer un autre, pour aboutir enfin le précédent. Donc je reprends certaines scènes pour les développer davantage. Ces répétitions ont un côté hypnotique, comme une litanie. Je ne m’en rends pas compte quand j’écris, et puis je ne relis pas mes livres plus anciens car ça me bloquerait… Vous savez, il est difficile d’avoir de la lucidité sur ce qu’on écrit. La répétition vient peut-être du fait que je suis travaillé par une période de ma vie qui revient sans arrêt dans ma tête. »


Quête hypnotique d’une femme que ses héros tentent de retrouver de livre en livre : « C’est la même personne qui revient de roman en roman, mais de façon fantomatique, pas parce que j’aime les êtres éthérés, mais comme une photo qui aurait été rongée par les moisissures du temps et par l’oubli. C’est l’oubli qui est le fond du problème, pas la mémoire. On peut avoir été très intime avec quelqu’un, et, des années après, cette personne apparaît comme rongée, avec des pans entiers manquant dans votre mémoire. Ce sont ces fragments d’oubli qui me fascinent. » Comme Modiano mes petits carnets sont remplis de notes, de traces, d’épluchures de vie « Nous pouvions faire le chemin à pied, mais la perspective de suivre l’interminable rue de la Santé et de longer les murs de la prison puis de l’hôpital Sainte-Anne, à cette heure-là, m’a glacé le cœur. » Notre transport sur une presqu’île, paradoxalement rompait mon retrait, cet isolement me projetait dans le monde et j’allais devoir enfin l’affronter les yeux grands ouverts. Et puis, Émilie serait à deux pas de son travail, la rue de Crimée, droite comme un I qui grimpait jusqu’à Botzaris où la rue de la Mouzaïa son affluent venait se jeter après avoir bénéficiée de l’enfilade des Villas rien que des petits ruisseaux accrochés à son flanc.


* Nicolas Edme Restif, dit Restif de La Bretonne : le narrateur des Nuits de Paris se présente en « spectateur nocturne », drapé dans une large étoffe qu’il maintient au niveau du col…


* Lire une très belle chronique sur la Mouzaïa  link j'en ai emprunté le titre

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 3 août 2014 7 03 /08 /Août /2014 07:00

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Les filles sont formidables, mon bel amour en est l’un des plus beaux spécimens. Alors que nous coulions des jours paisibles, entre deux colères du ciel, la voilà qui revient de chez son coiffeur avec une coupe à damner un saint, frange au raz de ses longs sourcils soulignant ses yeux de biches, sapée comme une amazone, pour me déclarer tout de go que pour aider ma belle amie Claire en plein surrégime dans son resto des Canaux elle avait accepté de faire un extra en soirée pour prendre le relais. Donnant le change je la félicitais pour son nouveau look et son nouvel engagement. La mutine, sûre de son effet, faisait comme si de rien n'était mais, connaissant bien mon mode de fonctionnement, elle se préparait à éponger mes excès sentimentaux. Je suis un amoureux permanent qui tombe amoureux à la moindre perturbation, au plus petit signe d’une belle, ici ma belle, alors sans transition je fonds, j’atteins le point d’ébullition, je m’enflamme, me consume comme de l’étoupe. Capable de tout et de n’importe quoi, je suis à la fois proie et prédateur. Lorsque j’atteins le pic il me faut agir, lever la soupape, alors je mets mes mots au service de mon incandescence. C’est ce que je fis, sans emphase, avec tendresse, comme si ma vie en dépendait. Elle en dépendait d’ailleurs ma vie, mes derniers feux, une dernière portion que je voulais belle et elle l’était. Je n’avais rien à donner tout à offrir. Amour radical, définitif, célébration d’un moment exceptionnel, unique, point de non-retour, je la contemplais extatique. « Je t’aime… » Aussi étrange que ça puisse paraître c’était pour moi une première, un aveu si neuf, si spontané que j’en fus le premier étonné.


Ainsi je passais mes soirées à lire, face au bassin  de la Villette, sirotant des thés glacés, rien que pour le plaisir de la voir apparaître sur le perron, attirant les regards, irradiant tout de sa beauté simple et lumineuse. Plaisir sans cesse renouvelé, j’étais fier et heureux intégré au paysage, partie intégrante d’un écosystème amoureux où mon bel amour s’épanouissait. Tout le monde l’admirait, moi le premier bien sûr ! Je lisais « Viva la vida ! » de Pino Cacucci.


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Frida Kahlo sur Diego Rivera, l’amour de sa vie…

 

« Animal ! Tu as encore son parfum sur toi, crapaud lubrique ! Tu dégages une odeur douceâtre, on dirait du désodorisant pour les chiottes ! Ce devait être une sacrée miss, ta truie de service, pour user d’un parfum aussi ordinaire !  Je préfère mon remugle de cadavre !


Tu es vraiment dégoûtant, Diego… Tu es venu jusqu’à New York sous prétexte de m’assister… et tu t’en vas traîner à baiser à droite à gauche comme d’habitude. Entendons-nous : tu l’as fait toute ta vie, tu ne vas certainement pas changer maintenant. Mais au moins quelques jours de trêve, au moins ne viens pas à l’hôpital avec son odeur sur toi, bon Dieu ! Je me sens insultée quand tu vas avec une pute qui ne vaut pas le prix d’un bouquet de fleurs ! Et maintenant, les fleurs, tu me les apportes à moi… tu es pathétique. »


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Frida Kahlo à sa sœur préférée Cristina


« Et tu disais m’envier… M’envier ? Il ne manquerait plus que ça…Mais regarde-toi : belle, bien portante, pleine de vigueur et mère par-dessus le marché… m’envier moi qui suis un débris (…) j’aurais dû m’en douter.  Quand tu as posé pour lui pour la fresque du Palais national, il t’a peinte avec une telle sensualité… le regard vague, comme si tu venais d’avoir un orgasme… J’aurais dû le comprendre à ce moment-là. C’est comme ça qu’il fait : il peint les femmes comme il les a vues un instant après les avoir fait jouir. »


Frida Kahlo toujours à Diego


« Tu ne changeras jamais et moi, du reste, de quel droit pourrais-je t’obliger à changer ? On n’aime pas quelqu’un pour ce qu’on voudrait qu’il soit, mais pour ce qu’il est.

Je t’aime parce que je t’estime, Diego. Moi seule sais ce que tu vaux. »


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Sa demi-sœur Maria Luisa à son propos


« Toi, ils t’ont ramassée dans une poubelle »


Frida Kahlo sur elle-même


« Mais à quoi me servent des jambes si j’ai des ailes pour voler… »

« Mais à quoi me servent des pieds si j’ai des ailes pour voler… »


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« J’ai dans les veines  du sang de juifs hongrois et du sang d’Indiens tarasques, je suis issue du mélange de gens persécutés et dominés, contraints à la fuite et dispersés, je descends de générations de vaincus jamais soumis qui ont tout perdu hormis le bien le plus précieux : la dignité ! »

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 27 juillet 2014 7 27 /07 /Juil /2014 07:00

Envie de ne rien faire, dans un état de quasi-attrition, même ma plume me semble du même plomb que ce putain de soleil, je ne veux plus mettre le nez dehors. Ma chérie me nourrit de melon et de fruits. J’erre sur la Toile. Les nouvelles du monde ne charrient que des victimes innocentes. Même Mélanchon a le bourdon, c’est dire. «J’aspire à ce que le niveau de pression sur moi baisse. Ça fait cinq ans que ça dure et ce n’est pas bon. On finit par ne plus raisonner aussi tranquillement qu’on le devrait (…) « il faut aussi que le grand arbre n’empêche pas le reste de la forêt de pousser (...) Maintenant, il y a plusieurs visages qui ont émergé à l’intérieur du Parti de gauche. Il faut qu’ils aient leur espace politique(…) Je ne vais pas jouer tous les rôles, explique encore le responsable du Parti de gauche. Je veux m’utiliser dans ce que je crois être capable de faire: la transmission idéologique, le travail intellectuel et culturel. Et j’ai besoin de reconstituer la couche du terreau (…) Ce qu’il faut c’est donner des raisons qui donnent envie de se battre (...) C’est ça qui va être le moteur. Pour moi, ce n’est pas de me mettre en retrait, c’est m’utiliser autrement (…) On est dans une période où l’on a besoin de se reposer. Parce qu’on vient de passer cinq ans terribles. Nous sommes en échec (…) À un moment, il faut s’arrêter de courir. Parce que si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide. Et là, j’ai besoin de dormir, de ne rien faire, de bayer aux corneilles (…) J’ai fait mon temps à organiser la vie d’un parti. J’essaie de cristalliser quelque chose qui existe en dehors de moi. J’ai besoin de temps, je ne peux plus continuer comme cela».


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Avoir fait son temps, bayer aux corneilles, en voilà un programme intelligent pour un responsable politique, acceptons-en l’augure. Et pendant ce temps-là au royaume des fées de l’UMP, « Longueurs et Pointes », dites l’ « emmerdeuse » par le grand Jacques de Corrèze, tire à l’arme lourde dans le Point sur le roquet de Meaux. Elle raconte comment l'ancien président de l'UMP a tenté de la remplacer comme candidate pour la mairie de la capitale lorsque le père de cette dernière a subit un AVC. « Il m'est arrivé de l'appeler et de lui témoigner mon mépris », explique-t-elle avant d'ajouter qu'elle lui avait lancé : « t'es une merde! ». Pour adoucir les mœurs du parti qu’il veut prendre par derrière le p’tit Nicolas fait du scooter sans casque avec sa Carlita sur le biplace. Faut dire que le « conducator » de l’UMP est à l’arrêt, sur béquilles, normal c’est un « grand » martyrisé par les hordes de juges gauchistes. Par bonheur, il avait rangé son smartphone. Le communicant Philippe Moreau-Chevrolet qui doit carburer au TGV (téquila-gin-vodka), confie ses hautes analyses sur cette belle photo au Figaro « C'est une couverture brillante en termes de communication politique. Tout d'abord parce que nous sommes en période de vacances et que Paris Match est le magazine le plus lu l'été. Le support est donc le bon. Mais elle est surtout très habile car elle fait référence à François Hollande, pris en photo cet hiver par la presse people, casque sur la tête, alors qu'il rejoignait l'actrice Julie Gayet. En s'affichant ainsi avec sa femme, Nicolas Sarkozy montre la stabilité de sa vie conjugale et souligne, en creux, l'instabilité de celle de son successeur à l'Élysée. La symbolique du scooter est aussi forte, car, contrairement à ce que pense François Hollande, l'officialisation ou non de sa relation avec la comédienne est une vraie question pour les Français. Etre président aujourd'hui comporte des obligations, notamment de transparence et de responsabilités. Avec cette image, Nicolas Sarkozy se met donc au même niveau que le chef de l'État, tout en montrant que lui n'a pas besoin de se cacher. »


Le 12 août, « ce sera mon anniversaire, et rien d'autre. Vous pouvez emmener un cadeau ! Pas besoin d'emporter quelques présents supplémentaires et dragées », a lancé avec malice François Hollande, notre Président brocardé, qui n'a jamais épousé, contrairement au Nico qui fait du cumul, ses précédentes compagnes, Ségolène Royal et Valérie Trierweiler. Il fêtera ce jour-là ses soixante ans. Ma compagne à moi, elle aussi non épousée, à la fraîche réussit à me sortir de ma tanière. Je découvre sur les abris bus Decaux la nouvelle mouture de la campagne de pub des poulets de Loué   une récidive flagrante. Équipé de jumelles, un gendarme rétro prend la pose souriant, mains sur le radar. A ses côtés, un poulet « contrôlé ». J’adore cette campagne de publicité qui, bien sûr, ne plaît pas aux « poulets ». Ça me requinque un chouïa pour le plus grand plaisir de ma fiancée qui n’hésite pas à m’entraîner dans ses boutiques préférées. Juge aux élégances c’est mon truc. Chargés de paquets nous rentrons en taxi. Ma belle se pare de ses nouveaux atours « tu m’emmènes dîner mon beau légionnaire ?


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-         Oui, à Coq Rico !

-         C‘est où ?

-         Rue Lepic… link

-         J’ai compris… t’es adorable…

-         Je te ferai une toute petite lecture

 

« Le détail qui tue ! L'œil de Léon, aussi acéré que celui de Christine Clerc, la reine du potin vachard sur le microcosme politique parisien, l'avait repéré dès l'entrée du plus jeune des longs qui, en dépit d'un costar correct, se payait des écrase-merdes plus André que chez André, bien plates, bien avachies, avec chaussettes négligées incorporées. Sans contestation, les pieds trahissent les poulets. Donc, l'ignorer ! Tout en repliant ses jambes pour reprendre une position plus conforme aux conventions en usage dans le monde, Léon, d'un geste ne souffrant pas la contestation, intimait à Carlotta de bouger ses sublimes fesses afin de porter à ces messieurs de quoi déposer leur postérieur. Elle s'exécutait avec grâce et suggestivité, le drapé, outre ses épaules dénudées, laissait voir sur le flanc gauche son compas immense jusqu'à l'attache de la cuisse. Du haut et du beau, un développé enchanteur, Bourdalou flirtait avec l'implosion, entre pivoine et incarnat, en état d'apnée il ruisselait. Le petit Pochon embrayait.


« Messieurs, comme vous le constatez, je fais retraite, dans toutes les acceptions du terme. En effet, face à l'évolution d'une situation trop rapide à mon goût, j'ai décidé de me replier sur des positions préparées à l'avance. L'effet de surprise a joué plein pot. En ce lieu, même s'il n'a rien de monacal, je vis en reclus, de peu ; je suis un Charles de Foucauld contemporain en quelque sorte, l'amour en plus. Carlotta me ressource. C'est ma muse et mon mécène, l'alliance du corps et de l'esprit, la soie et l'éthéré, mon chemin de Damas semé de roses. Bref, puisque vous fîtes irruption - ne protestez pas - dans mon ermitage sous la conduite de mon lamentable géniteur, je vais être avec vous d'une redoutable franchise. Ne sachant pas ce que me vaut, l'honneur ou le désavantage, de votre visite, avant que vous m'éclairiez, je vais vous balancer le fond de ma pensée. D'accord, je vous le concède ce n'est pas du Bossuet (incise du narrateur). »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 20 juillet 2014 7 20 /07 /Juil /2014 07:00

Les feux brésiliens se sont éteints, ceux de la guerre, eux, rougeoient, on tue des gosses sur la plage sans une larme, on abat un avion de ligne en plein ciel comme dans un jeu vidéo stupide, la haine se déverse à pleine goulée, chacun campe sur ses positions, la diplomatie froufroute, seules les armes parlent. Qui veut la paix ? Personne, ou presque, les jeux sont faits, ce nouveau siècle, plein de fric, de nouvelles puissances, voit éclore des conflits étranges, avec des chefs qui ressemblent à des détrousseurs de grands chemins, juchés sur des 4x4, manipulant les antagonismes religieux, les particularismes bafoués, les frontières explosent, c’est la désagrégation, la fusion, nos marchands d’armes ont de beaux jours devant eux. Alors, les petites affaires de chez nous paraissent encore plus dérisoires, minables, dépourvues de sens, à la hauteur de ce que nous sommes devenus. Même plus envie d’en discuter, je me sens incapable d’exprimer quoi que ce soit, sans ressort, inerte. En plus, il fait soudain une chaleur de four. Je vis nu. Prends des douches. M’engloutis dans la culture de mes plants de tomates. J’occupe mes mains en découpant avec soins des tomates que je dresse dans de belles assiettes. Ma chérie fait les courses. Nous mangeons mes salades de tomates en buvant de l’Anglore dans de grands verres givrés. En fin d’après-midi j’arrose mes cultures. Ma chérie m’a offert des tongs très confortables. « Et si je faisais une tarte à l’abricot… » De la pâte brisée… « Sucre-là bien cette fois-ci ! » me lance ma chérie. Mes mains enfarinées malaxent, émiettent. Le moule, le papier sulfurisé embeurré, j’écrase la boule, je roule, j’étends, j’étire, « les abricots tu les veux comment mon seigneur et maître ? », je dépose le fond, « comme des mamelons, les tiens, bel amour… », je découpe les bords avec mon couteau de poche, « tu les trouves trop petits, je le sais… », je pique à la fourchette le fond, « réponds ! », je réponds « je les adore… », un ange passe, « je sais que tu mens, toutes tes chéries avaient de belles poitrines… », j’allume le four, « mais tu as une très belle poitrine… 


-         Touche-là !

-         J’ai les mains pleines de farine…

-         J’attends !

-         Et la tarte…

-         Elle attendra !

-         Gourgandine…

-         Tu bandes !

-         J’aurais du mal à le cacher vu mon dénuement…

-         Tu m’aimes alors…

-         Quel rapport ?

-         Salaud…

-         Tu préfères que je sucre les abricots avec de la cassonade ?

-         Monstre…

-         Fais-moi sucer tes doigts, j’adore le jus des abricots…

-         Donnant-donnant !

-         Marché conclu…

-         On enfourne la tarte, nous la mangerons chaude après…

-         Après quoi ?

-         Devine…

-         Tu me fais le coup du père François ?

-         Oui…

 

Madame quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose

On va a dit souvent le mot

On vous a fait souvent la chose

Ainsi de la chose et du mot

Vous pouvez dire quelque chose

Et je gagerais que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose

Pour moi voici quel est mon mot

Et sur le mot et sur la chose

J'avouerais que j'aime le mot

J'avouerais que j'aime la chose

Mais c'est la chose avec le mot

Mais c'est le mot avec la chose

Autrement la chose et le mot

A mes yeux seraient peu de chose

Je crois même en faveur du mot

Pouvoir ajouter quelque chose

Une chose qui donne au mot

Tout l'avantage sur la chose

C'est qu'on peut dire dire encore le mot

Alors qu'on ne fait plus la chose

Et pour peu que vaille le mot

Mon Dieu c'est toujours quelque chose

De là je conclus que le mot

Doit être mis avant la chose

Qu'il ne faut ajouter au mot

Qu'autant que l'on peut quelque chose

Et que pour le jour où le mot

Viendra seul hélas sans la chose

Il faut se réserver le mot

Pour se consoler de la chose

Pour vous je crois qu'avec le mot

Vous voyez toujours autre chose

Vous dites gaiement le mot

Vous méritez si bien la chose.

Que pour vous la chose et le mot

Doivent être la même chose

Et vous n'avez pas dit le mot

Qu'on est déjà prêt à la chose

Mais quand je vous dis que le mot

Doit être mis avant la chose

Vous devez me croire à ce mot

Bien peu connaisseur en la chose

Et bien voici mon dernier mot

Et sur le mot et sur la chose

Madame passez-moi le mot

Et je vous passerai la chose…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 13 juillet 2014 7 13 /07 /Juil /2014 07:00

Dans le mitan du lit, avec ma chérie d’amour, nous avons vécu la Coupe du Monde sur grand écran, sans chemise, sans pantalon, en picorant et en buvant des canons, loin des fureurs des barons d’une UMP qui semble atteinte du syndrome « équipe de France 2010  ». En effet tous les ténors du parti semblent n’avoir qu’une seule idée en tête : trouver la « taupe » à l’origine des fuites dans la presse sur les notes de téléphone de Rachida Dati, les billets d’avion de la femme de Jean-François Copé ou encore certains salaires controversés au siège. Et pendant ce temps-là le très policé académicien Jean-Marie Rouart interviewait pour le compte de Paris-Match notre homme d’affaires à succursales multiples sur ses rapports avec la littérature et l’Histoire, un grand moment de cuistrerie ! link «  J’ai toujours été curieux des liens que les grands responsables politiques entretenaient avec la littérature, qui occupe une place un peu démesurée dans ma vie. Non pas pour mesurer leur niveau de culture, ce qui, entre nous, m’importe peu – on n’est plus en classe –, mais plutôt parce qu’à travers les livres qu’ils lisaient ils me livraient une vérité souvent plus large que leurs discours politiques. C’est ainsi que François Mitterrand, en février 1978, à un mois des élections législatives, avait souhaité s’entretenir avec moi. Là aussi c’était pour parler de littérature. Nous passâmes une délicieuse journée, à Château-Chinon et dans la campagne couverte de neige, en discussions sur les mérites respectifs du style de Drieu la Rochelle, de Chardonne et de Paul Morand. Publié dans « Le Quotidien de Paris » sous un titre un peu emphatique, « Un homme libre aux portes de la légende », puis dans mon livre « Mes fauves », cet entretien se poursuivit à plusieurs reprises au restaurant Dodin-Bouffant avant son élection. Puis à l’Elysée où une discussion sur André ­Malraux sonna le glas de notre idylle. »


Enchaînement étrange ce vendredi matin, Yann Andréa, le dernier compagnon de Marguerite Duras  vient de s'éteindre. « Confident, éditeur de ses dernières œuvres, veilleur et protecteur de ses dernières années, il était cette figure masculine frêle qui gardait la demeure de Duras. Après sa mort, il devint son exécuteur testamentaire et un écrivain discret. Cette relation singulière d'une femme vieillissante avec ce jeune homosexuel est éclairée par cette lettre hystérique où Duras oscille plus que jamais entre l'amour et la douleur. »


23 décembre 1980


Yann, C'est donc fini. Je t'aime encore. Je vais tout faire pour t'oublier. J'espère y parvenir. Je t'ai aimé follement. J'ai cru que tu m'aimais. Je l'ai cru. Le seul facteur positif, j'espère, me fera me détacher tout à fait de toi c'est celui-là, ce fait que j'ai construit l'histoire d'amour toute seule. Je crois que tu m'aimes toi aussi mais pas d'amour, je crois que tu ne peux pas contenir l'amour, il sort de toi, il s'écoule de toi comme d'un contenant percé. Ceux qui n'ont pas vécu avec toi ne peuvent pas le savoir. J'ai aperçu quelque chose de ça lors de la première scène à Deauville. - Je me suis dit : mais avec qui je suis ? Et puis tu as pleuré et ça a été colmaté. Mais je n'ai pas oublié cet effroi. Je voudrais que tu saches ceci ; ce n'est pas parce que tu dragues et que tu en passes par le cérémonial pitoyable des pédés que je te quitte.


Tout serait possible, tout si tu étais capable d'aimer. Je dis bien : capable d'aimer comme on dirait capable de marcher. Le fait que tu ne parles jamais, ce qui m'a tellement frappée, vient de ça aussi, de ce manque à dire, d'avoir à dire. Peut-être est-ce un retard seulement, je l'espère. Tu n'es même pas méchant. Je suis beaucoup plus méchante que toi. Mais j'ai en moi, dans le même temps, l'amour, cette disposition particulière irremplaçable de l'amour. Tu ne l'as pas. Tu es déserté de ça. Je vais essayer de te trouver un travail à Paris ou ailleurs, un travail qui te convient. Je veux bien te louer une chambre à Caen où tu as tes vrais amis, [...] ceux qui te connaissent depuis toujours, qui ne peuvent plus vivre ce leurre de l'été 80 à Trouville vécu par moi. Je ne te laisserai pas tomber. Je t'aiderai. Mais je veux me tenir à l'abri de cette aridité qui sort de toi et qui est carcérale, intolérable, épouvantable. Je ne sais pas de quoi elle procède, je ne peux pas la décrire, sauf en ceci : qu'elle est un creux, en manque, en vide à côté de quoi ma méchanceté par exemple, est une prairie, un printemps. Vivre avec toi, à côté de toi, non, c'est impossible.


Tu m'as écrit pendant des années justement parce que j'échappais à cette indécence d'exister. Je t'aime Yann. C'est terrible. Mais je préfère encore être à t'aimer qu'à ne pas t'aimer. Je voudrais que tu saches ce que c'est. Quel été, quelle illusion, que c'était merveilleux, ça ne pouvait pas continuer, ce n'était pas possible, seules les erreurs peuvent prendre cette plénitude. Je ne sais pas quoi faire de la vie qui me reste à vivre, très peu d'années. Le crime c'était ça : de me faire croire qu'on pouvait encore m'aimer. En retour de ce crime il n'y a rien. S'il arrive que j'aie le courage de me tuer je te le ferai savoir. Le seul empêchement est encore mon enfant.

Je t'aime


Marguerite.

 

Le dernier mot restant bien évidemment à notre ex-président «L’amour et l’art sont les deux seuls domaines où il n’y a pas de progrès.» Y’ a des jours où je me dis que le petit Nicolas devrait prendre exemple sur Jean-Louis Borloo : se reconvertir en président de club de football, le PSG lui tend les bras…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 6 juillet 2014 7 06 /07 /Juil /2014 07:00

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Pour ma génération de soixante-huitard non révisés, l’amer Michel, le ci-devant  Michel Debré, Premier ministre de la toute nouvelle Ve République dont il venait de rédiger la Constitution, constitua l’une de nos têtes de turc favorite. Il était le fils aîné de Robert Debré, un ponte de la médecine hospitalo-universitaire, fondateur de la pédiatrie moderne et créateur des CHU, dont le nom est maintenant apposé sur un grand hôpital pour enfants posé au bord du périphérique. Pour nous le seul Debré sortable était Olivier Debré, le grand artiste peintre. L’homme à l’entonnoir du Canard Enchaîné a produit deux faux-jumeaux : Bernard et Jean-Louis Debré. Le premier est chef du service d'urologie à l'hôpital Cochin où il opéra de la prostate François Mitterrand, député de Paris, il n’a pas sa langue dans sa poche ; le second Jean-Louis, chiraquien pur sucre, auteur de polars, a baigné dans le RPR jusqu’aux oreilles, a été Ministre de l’Intérieur sous Juppé et il occupe en ce moment le très prestigieux poste de Président du Conseil Constitutionnel. Les deux faux-jumeaux ne s’aiment guère mais ils partagent la même aversion pour le petit Nicolas dont le nez bouge lorsqu’il regarde les Français dans les yeux à la télé… Ils l’ont taclé, si je puis m’exprimer ainsi, sévèrement, sans prendre de gants, si ce n’est ceux de boxe, sur les sujets qui fâchent tant notre ancien président qui passe son temps à écouter Carla, à faire des conférences pour des gros euros et dans les locaux de notre basse police qui le traite comme elle le fait pour tous les pékins, pas très bien.


Commençons donc par le Bernard qui a accablé l'ancien président de la République à propos de l’affaire Bygmalion. Pour lui il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy était au courant des dépassements de sa campagne et que c'est même « sa faute » si ceux-ci ont explosé. D’ailleurs, toujours selon lui, l'ancien chef de l'Etat s'emportait à chaque évocation du sujet par ses proches. « C'est un homme qui est pétulant, plein de vigueur. C'est ça qui donne le danger. Quand il a fait sa campagne, on lui disait « Mais attends Nicolas, on dépasse ! ». Ce à quoi il aurait répondu: « M'en fous ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu veux que je sois pas élu, tu veux que je sois battu? » Et Bernard Debré de poursuivre : « C'était impossible de gérer donc il était au courant, c'est de sa faute bien entendu. Mais je dis simplement est-ce que les Français voudront, si l'on voit que sa campagne électorale a dépassé non pas de 400 000 euros comme le disait le Conseil constitutionnel, mais de 17 millions, est-ce qu'on va pouvoir dire après tout il était président de la République, il a contrevenu à la loi ». Moqueur, le Bernard conclut à propos de son éventuel retour à la présidence de l'UMP. « Il est tellement au-dessus des autres que l'on se demande s'il n'est pas sur la planète mars »


Du côté de Jean-Louis c’est bien plus rude car bien argumenté :


En effet, lorsque le nouvellement rasé de près affirme aux Français les yeux dans les yeux :


« Il n’y a jamais eu le moindre système de double facturation. Que les 17 millions qu’on prétend dépendre de ma campagne qui auraient été cachés, c’est une folie. Personne, jamais, ne peut imaginer que les enquêteurs du Conseil constitutionnel ou de la commission des comptes de campagne soient passés au travers. »


Faux, répond Jean-Louis Debré: le Conseil constitutionnel n'a pas *enquêté* sur les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, mais s'est seulement chargé de valider, ou d'invalider une décision de la Commission nationale de Contrôle des comptes de Campagne (CNCCFP) :


« L'ancien président de la République a indiqué dans son intervention 'les enquêteurs du Conseil constitutionnel'... Nous n'avons pas des enquêteurs, nous n'avons pas de pouvoir de police judiciaire, nous ne pouvons pas faire de perquisitions, des saisies !


Lorsqu'il y a un an nous avons instruit l'affaire, c'est moi qui signais les lettres pour demander des précisions à telle ou telle personne. Bref, ne présentons pas le Conseil comme il n'est pas. Nous ne sommes pas la police judiciaire, première précision.


Jean-Louis Debré n'en a pas terminé. Il poursuit :


« On laisse entendre que nous aurions vérifié l'ensemble des comptes de la campagne de l'ancien président de la République. Non ! Ce n'est pas exact !


Nous avions été saisis du recours de monsieur Sarkozy lui-même, qui contestait la décision de la Commission Nationale des comptes de campagne aux termes desquels il avait dépassé le plafond des dépenses autorisées, et n'avait pas le droit au remboursement forfaitaire. Nous n'avons examiné que les griefs de monsieur Sarkozy, nous n'avons pas examiné tout le compte. Et nous avons simplement dit que les griefs qu'il évoquait pour contester la décision de la CNCC étaient inopérants.

 

Nous n'avons pas validé les comptes, nous avons simplement validé la décision de la Commission nationale de contrôle qui avait constaté qu'il avait dépassé les plafonds autorisés. »


Jean-Louis Debré, ancien juge lui-même, ne goûte guère  la mise en cause de la juge Claire Thépaut link parce qu’elle appartient au syndicat de la magistrature, classé à gauche. Le président du Conseil constitutionnel estime en tout cas que ce n'est surement pas cela qui l'empêchera de faire correctement son travail :


« Le législateur a admis la liberté syndicale dans la magistrature. Attention à tous ces arguments que tout le monde peut s'envoyer dans la figure. Je connais bien les magistrats, j'ai été magistrat, vous pouvez avoir vos opinions et essayer de rechercher la meilleure justice possible.


Tout le monde n'est pas militant de tout, à droite comme à gauche. Si on conteste la justice. Je veux bien qu'on conteste une décision de justice, qu'on critique une décision de justice. Qu'on fasse appel. Quand on n’est pas content de son juge, il y a des procédures.


Mais on ne livre pas à l'opinion publique comme ça ce slogan, « allez, c'est une affaire de juges ». Non, il y a un procureur de la République, il y a des institutions, il y a des garanties, un Conseil supérieur de la magistrature. Faisons en sorte que la justice soit sereine. Je connais beaucoup de magistrats qui ont des idées politiques, je peux vous garantir que lorsqu'ils instruisent, ils instruisent en fonction du droit et de la recherche de la vérité. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 29 juin 2014 7 29 /06 /Juin /2014 07:00

Nous vivons, ces temps-ci, en politique une période exceptionnelle, riche, ça grouille dans le terreau en décomposition, le moindre vermisseau, la moindre vermicelle, j’ose tout ce matin, se tortille, s’agite, tente de se frayer  son chemin pour se singulariser, exister. C’est le temps de la médiocrité. Comme le fait remarquer méchamment la grosse enflure lubrique de DSK, à propos de la moitié des ministres du gouvernement Valls, ce sont des « brêles ». Pour avoir  fréquenté le susdit, au temps où il tenait amoureusement par la main Anne Sinclair, sur un canapé de l’hôtel de Matignon, dans le bureau du directeur de cabinet du futur défunt Pierre Bérégovoy, Hervé Hannoun, nous attendions les résultats du  vote sur Maastricht, je me souviens avoir souscrit au jugement sans appel de mon Ministre « C’est un danseur mondain ! » Je n’ai jamais été ébloui par les analyses de DSK, et moins encore convaincu de son sens de l’Etat à l’heure des choix. Grand phraseur, bardé de communicants habiles, mais aussi de brêles, il a su, et il saura encore, profiter de la médiocrité de la concurrence pour renforcer son image de grand expert compétent. DSK, homme habile savait recruter les meilleurs à son cabinet, tel le très catho et intègre François Villeroy de Galhau, pour se nourrir de leurs analyses et les restituer avec le plus bel aplomb en les sauçant de politique. Ce n’est pas une critique, bien au contraire, un bon ministre, homme de passage, de décision, doit savoir faire bosser les autres, en extraire le meilleur, être un bon chef d’orchestre. Pour en revenir aux brêles, l’ex-procureur Bilger, qui  exhibe  une cravate pelle à tarte d’un kitch affirmé, nous livre une analyse que je ne suis pas loin de partager. « Le citoyen passionné par la politique que je suis éprouve en effet l'impression qu'il y a trop d'amateurs pour trop peu de professionnels.


Cette tendance a été amorcée sous Nicolas Sarkozy et il me semble qu'il existe là une étrange et paradoxale continuité entre la droite et la gauche. Sans se pousser du col, il n'était pas outrecuidant de s'estimer hier aussi capable que certains ministres et de se sentir aujourd'hui aussi fiable et compétent qu'une partie du gouvernement.


C'est d'ailleurs l'un des problèmes récents de notre démocratie. Qu'il y ait rien moins qu'un gouffre entre tel ou tel citoyen et plusieurs serviteurs de l'Etat peut apparaître comme l'expression d'une heureuse égalité républicaine mais l'amateurisme au pouvoir de nombre de ceux-ci renforce la dérision, voire le mépris dont la société accable souvent injustement la classe politique.


La quadrature du cercle : les ministres doivent être comme nous et à la fois mieux que nous. On en est de plus en plus loin. »


Cette semaine nous avons eu droit, entre autre joyeuseté, à une belle palette de brêles  de la droite bête, dans le torchonnet de la droite dure, Valeurs  Actuelles (sic) : le  fou du Puy, l’ex-garde des sots, le petit maquereau venu de chez Le Pen et, cerise sur le gâteau, Guaino le fou du roi. J’adore l’entame de Valeurs Actuelles « La droite est morte, vive la droite ! ». Avec un Front national devenu premier parti de France, une gauche aux abois et une UMP en ruines, l’heure est à la révolte. Quatre ténors de l’opposition lancent en exclusivité un appel au sursaut de la droite. Tout y est dans les éléments de langage : des ténors, mieux vaut en rire qu’en pleurer, 4 petits couteaux en déshérence et bien sûr l’exclusivité : qui d’autre que ce torchonnet aurait accepté cet appel au « sursaut », peut-être le Figaro ? La suite vaut aussi son pesant de grandiloquence grotesque « Comme les trois mousquetaires, ils sont quatre. Ils assistent, impuissants, à la chute vertigineuse de l’UMP, minée par ses divisions et plombée par les affaires. Ils ont vu, au soir des européennes, les mines tristes des ténors de leur parti s’étonner des résultats du FN, tout en appelant à une alliance avec le centre. Ils entendent chaque semaine leurs militants pleurer une droite disparue, incapable d’assumer un projet pour la France. Alors ils se rebellent. »


Des rebelles en peau de lapin : « Rachida Dati, l’ex-ministre qui n’en peut plus de taire son opposition à un projet européen honni par une majorité d’électeurs. Il y a Henri Guaino, cloué au pilori pour avoir critiqué cette ligne « eurobéate », traqué par les juges pour avoir outragé l’un d’entre eux, dernier défenseur d’un gaullisme depuis longtemps abandonné par la droite. Il y a Guillaume Peltier, ostracisé pour avoir défendu, dans la veine de « la France forte » de Nicolas Sarkozy, une Droite forte qui s’assume en ne s’embarrassant plus de ses complexes. Et il y a Laurent Wauquiez, lui aussi passé à tabac par le microcosme médiatique pour avoir tiré des leçons du discrédit européen et proposé le protectionnisme, le retour à l’Europe des Six, la défense des racines chrétiennes de l’Europe et la sortie de l’espace Schengen. » On sent passer un souffle fort face à « l’alliance improbable d’une égérie de l’intégration réussie, d’un poète égaré en politique, d’un jeune loup assoiffé de campagnes et d’un brillant cerveau surdiplômé, qui fut ministre à 35 ans. » Des prêt-à-tout qui ce « sont réunis dans les bureaux de Rachida Dati, à la mairie du VIIe arrondissement. Pour dire leur opposition à une UMP « centrisée », coupée des réalités et fâchée avec ses électeurs. Tous les quatre veulent dessiner les contours d’une vraie révolution de l’UMP. Ils livrent aujourd’hui leur plaidoyer pour une «droite des valeurs». C’est beau comme de l’emphase, que nos quatre brêles se rassurent, ça va faire plouf et puis rien. Même qu’en tant qu’appeaux, ces vermisseaux feraient fuir la fraie qui, qu’ils se rassurent, préfèrera toujours  l’original à ses médiocres copies. Allez, nous partons avec ma chérie au bar de la Marine boire un petit coup à la santé des brêles qui, en bon argot, sont des nuls, des bons à rien, des blaireaux.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 22 juin 2014 7 22 /06 /Juin /2014 08:50

Que dire, qu’écrire, sur nos élites politico-économiques, qui ne ressemble pas à un constat d’écœurement face à leur suffisance, leur connivence, leur indécence, leur entre soi. Tout chez eux confine à la médiocrité, se résume en une absence de vision, à une conception affairiste du monde. Xavier Bertrand, l’assureur de Saint-Quentin, pendant que son ancien mentor s’offrait une petite conférence à Monaco à 100 000 euros, résumait pourtant avec méchanceté, l’arme des faibles, le sentiment général des bons Français : « La politique de Sarkozy n'a pas été à la hauteur ». Et pourtant, le nabot Duracell, flanqué de sa demeurée, s’en donnait à cœur joie face à un parterre des pires suceurs de fric du XXIe siècle les mecs du groupe d'audit Deloitte venus se payer, façon de parler, une bonne tranche de plaisir à  Monte-Carlo. Franchement s’ils ne sont pas capables, chaque jour que Dieu fait, de se tenir informer de l’état du monde, d’avoir une vision de son devenir, pour en être réduit à écouter des conneries dignes du café du commerce, proférée par un gus qui n’est même pas capable d’assumer la gestion de sa dernière campagne électorale, c’est affligeant, désolant, à la hauteur de là où est tombé notre vieux pays. Deux perles à 1000 euros pièce, en français de cuisine : « Le G20, c'est pas pour critiquer, mais il ne prennent aucune décision » « En général, on ne prend pas un leader qui voit moins loin, moins vite... Enfin, ça dépend... Il y a des pays... » Et ils ont tous ricanés les débiles en col blanc. Pour en finir avec la pige de ce haut personnage, une dernière, à 2000 euros, « Dans mon couple avec Carla c'est beaucoup plus simple, il n'y a pas de consensus, si Carla est d'accord, je suis d'accord. C'est un système beaucoup plus rapide ». De Gaulle n’en aurait même pas voulu pour assurer le comique des armées. Pour autant, hormis Juppé le coincé, à l’UMP si c’est avec des calibres aussi minables que celui de Xavier Bertrand qu’ils veulent endiguer l’irrésistible retour du nouveau Badinguet, ils ne sont pas sorti de l’auberge.


Mais bon, du côté de Bygmalion, bienheureuse coupe du Monde de football qui rejette dans l’ombre une histoire qui normalement devrait renvoyer le nabot à se contenter de suivre les concerts de bobonne. Confier à nouveau les clés du pays à un leader qui n’assume pas la responsabilité de sa propre maison équivaut à se préparer des lendemains qui chantent. Les Français sont tout à fait capables d’en arriver là c’est ce qui fait leur charme de Gaulois. La versatilité du peuple est inépuisable : vilipendé hier tu peux être acclamé le lendemain ou l’inverse : rappelons-nous ce « brave Pétain ». Pour les bleus en short c’est du pareil au même : il leur a suffi de gagner, qui plus est avec panache, pour  reconquérir  le cœur du petit peuple. Comparaison n’étant pas raison, la seule certitude qui me reste chevillée au corps c’est que nous n’avons pas en magasin de nouveaux talents politiques pour accomplir ce retournement. Quand on voit chez les parlementaires socialistes la cécité des élus dit rebelles par rapport à ce qu’ils croient représenter dans l’opinion en dit plus long qu’un long discours. Ils ne sont que le fruit du quinquennat qui a amplifié l’inutile dualité de l’exécutif et l’illusion du poids des parlementaires dans les décisions. Tout le monde est dans le même fourgon que le Président et sera débarqué sans ménagement avec lui si tel est son destin. Pendant que j’y pense, ça ne vous questionne pas qu’un aussi grand homme que notre ex-Président est pour porte-flingue un Brice Hortefeux et une Nadine Morano ? Par charité chrétienne je n’évoquerai pas les amis de toujours les Balkany, les biens-élus de Levallois, bons Français. Mais n’est-ce pas là l’essentiel : être élu quitte à prendre toutes les libertés avec les règles, s’assoir  dessus, les violer, péter tous les plafonds de dépenses : la fin ne justifie-t-elle pas les moyens. Au fait, on n’entend plus parler du gourou d'extrême-droite qui enregistrait à l’insu de son plein gré ?


Je monologue beaucoup, c’est l’âge. Je lis beaucoup aussi, c’est pour apaiser mon sentiment de finitude. Je me suis acheté un tourne-disque anglais préamplifié sur lequel j’écoute à nouveau mes vieux vinyles, c’est un soupçon de nostalgie. Le soleil est revenu, me baigne, me donne à nouveau des envies d’amour. Serais-je enfin heureux ? dans une lettre à Louise Colet, Gustave Flaubert écrivait « Être bête, égoïste, et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. Il y a aussi un autre bonheur, oui il y en a un autre, je l’ai vu, tu me l’as fait sentir. Tu m’as montré dans l’air ses reflets illuminés, j’ai vu chatoyer à mes regards le bas de son vêtement flottant. Voilà que je tends les mains pour le saisir… » Pour moi il ne fait aucun doute que Carla est bien doté de la première condition alors que son vibrion lui possède à la dose maximale la seconde. Et pendant ce temps-là la CGT cheminots court après les excités de Sud, j’adore leurs argumentaires idéalisant la vieille SNCF avec ses wagons de 3e qui sentaient mauvais, ses contrôleurs hargneux, ses guichetiers indolents, qu’il était beau ce temps idéalisé par Jean Gabin et par la belle Résistance d’une poignée de cheminots. Service public, service du public, pas tout à fait la même chose, là encore les jeux de pouvoir, la défense du bastion priment sur tout le reste. Quand je pense que le régime spécial des retraites des cheminots a été plus encore  chargé par ce bon Président Sarkozy pour acheter la CGT lors de sa réforme des retraites je suis bien aise de faire du vélo.  « Ce que Sarkozy a pris d'une main (l'allongement), il l'a rendu discrètement de l'autre (diverses compensations, création de nouveaux échelons...). Voilà de la bonne gestion de nos déficits.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 15 juin 2014 7 15 /06 /Juin /2014 07:00

La nouvelle génération d’un UMP dernier avatar d’un RPR ayant tenté d’absorber la droite molle de l’UDF brille par son caractère hétéroclite, y voisine bien sûr les classiques têtes d’œuf sortis des grandes écoles telle NKM, longueurs et pointes grillant sa clope avec les SDF, ou Bruno Le Maire, colin jovial qui sait faire peuple et écrire, ensuite, et c’est la nouveauté, les petits durs, dont j’ai oublié les noms, venant de l’extrême-droite, propres sur eux, ratiches longues, bébés Sarko, niveau attachés parlementaires, et enfin la piétaille comme la Morano madame sans gêne qui jacte, éructe, a même été Ministre… Reste, celui qu’on n’attendait pas, le bellâtre, type gendre idéal, Luc Chatel, ex-maire de Chaumont chef-lieu improbable de la Haute-Marne chère au Général, DRH  de l’Oréal ce qui explique sa mise en pli, genre mini-vague impeccable. Son truc à lui c’est d’« être bien avec tout le monde… c'est même l'histoire de sa vie » ironisait l’un de ses collègues. Bon camarade, « sympa », souriant, c’est un poupin faible, aussi opportuniste qu'insaisissable, une anguille, prêt à se vendre au plus offrant : il avait d’abord fait des offres de service à Fillon pour l'élection à la présidence de l'UMP, à l'automne 2012, avant de finalement rejoindre M. Copé et rapidement prendre ses distances avec le maire de Meaux lors de la guerre interne. Rien ne prédestinait ce falot à être propulsé à la tête de l'UMP. C’est le plus petit dénominateur commun qui se retrouve, malgré lui, homme-clé. Il y est flanqué du génie du Poitou, de l’austère Juppé et de couilles molles Fillon. Un drôle d’attelage dans une boutique à feu et à sang que le nabot à talonnettes veut réinvestir pour remonter au Front.


Avec deux collègues nous sommes allés mercredi soir au dernier meeting du roquet Copé à  Aulnay-sous-Bois dans la modeste salle municipale. Pour une fois il avait vu les choses en petit des petites affiches du parti entre les extincteurs scotchées en vitesse, des chaises en plastique à peu près en rangs, pas de grand éclairage, pas de clim', une sono qui crachotait, deux ou trois drapeaux bleu-blanc-rouge, une poignée de parlementaires faisant la claque au premier rang. Un meeting tout sauf Bygmalion, lorsque leur héros  arrive le public debout, ému, s’égosille : «Copé président !»  alors il s’offre un aller-retour entre les rangées, une dame portant un t-shirt «I love Copé» lui saute au cou. «Ils ont été tellement durs avec lui. Nous, les militants, on l’appréciait, il s’occupait de nous, il nous envoyait du courrier», soupire Huguette, représentante en cosmétique de Sartrouville. «Je le crois sincère, il était franc. C’est surtout une victime. Et vous allez voir, ils vont faire pareil avec Sarko», embraye sa voisine Danielle, de Saint-Germain-en-Laye, «fervente gaulliste depuis l’âge de 17 ans», tandis que son mari répète dans sa barbe : «Quelles fausses factures ? On nous prend pour des cons !» Ce soir, c’est le soir de Jean-François, l’accueille le maire d’Aulnay, Bruno Beschizza, un ami de quinze ans. Sur scène, le futur-ex chef de l’UMP est entouré de quelques militants, collaborateurs, élus dont la fidèle Michèle Tabarot. Sa femme Nadia est au premier rang. Sur le ton de la confidence faite à ses «chers amis», Copé ne cache pas traverser «une épreuve personnelle», «un moment difficile». «Cette situation, je ne l’avais pas prévue», avoue-t-il. La salle lance un déchirant «Nous, non plus !» Comme on ne tire pas sur une ambulance la suite de la causerie au coin des militants du président déchu relève du non-évènement. Les affaires sont les affaires le roquet va reprendre son job d’avocat d’affaires.


Sur ce avec mes potes nous avons appris la mort de Jean-François Probst, un chiraquien qui n’avait pas sa langue dans sa poche et qui, à sa manière, représentait  ce que furent les baroudeurs gaullistes. Il a été de toutes les aventures chiraquiennes au service duquel il est entré en 1974 lorsque celui-ci  entra à  Matignon prix de sa trahison de ce pauvre Chaban. Il l'a accompagné à la Mairie de Paris et au RPR, où il a dirigé le cabinet de Jérôme Monod, premier secrétaire général du parti. Doté d'un humour féroce, fin connaisseur de la droite française, jamais avare de vacheries contre ses adversaires, Jean-François Probst s'amusait à brosser des portraits au vitriol de ses amis. Pour lui, Jacques Chirac dont « le caractère amoral et guilleret fait qu'il n'est pas humiliable,  aura été un peu le Johnny Halliday tel qu'on l'aime de la politique française. On a tous en nous quelque chose de Johnny ou de Chirac ». Cruel, il qualifiait Bernadette Chirac de « mère supérieure de l'Elysée », Marie-France Garaud de « Mata-Hari de la politique ». Il était particulièrement sévère envers « cette demi-sotte de Michèle Alliot-Marie » Très hostile à Nicolas Sarkozy Jean-François Probst avait appelé à voter pour François Bayrou en 2012. Interrogé par l’AFP, ce dernier, qui l'avait vu il y a une dizaine de jours, a salué quelqu'un de « très original et très créatif avec une vaste expérience politique » et qui avait « beaucoup de distance et d'ironie à l'égard du monde politique ». Il s'est dit « très triste » de cette disparition soudaine.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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