Roman

Dimanche 25 janvier 2015 7 25 /01 /Jan /2015 00:09

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Émilie a attrapé la crève lors de notre marche dominicale aux étangs de Commelles. Elle se soigne toute seule, remèdes de grand-mère, avec une efficacité relative. J’en profite pour m’astreindre à une ascèse alimentaire radicale, comme un besoin de mieux maîtriser mes envies. Le feu intérieur, loin de s’apaiser, s’amplifie, me consume sans laisser de cendres. Apaisé et heureux mon goût immodéré des sensations fortes laisse la place à une patience sans limite. Ce doit être sans doute cela l’amour, celui dont on dit qu’il dure toujours. Il était temps !


Devant mes troupes assemblées je fais le point de la situation :  


L’onde de choc passée, le paysage politique chamboulé, les cartes maîtresses redistribuées c’est une nouvelle donne qui va se jouer et le petit Nicolas, condamné à se pousser du col et à jouer des coudes pour être au premier rang d'une photo historique de la marche des Grands, a bien du mal à exister. Lui, l’ex, le voilà ravalé au rang de petit patron d’un parti mal en point, coincé entre un PS qui retrouve quelques couleurs et unité, et une Marine Le Pen qui attend son heure en dépit des errements du père, de ses ultras et de la petite blondasse la Marion Maréchal nous voilà. Son passage, au 20 heures de la 2, face à un Pujadas au-dessous du niveau de l’à-plat-ventrisme, fut un fiasco lamentable, sanctionné par une audience inférieure au feuilleton « Plus belle la vie », sur France 3. Comme le note méchamment une chroniqueuse « Nicolas Sarkozy n'en finit pas de ne pas parvenir à revenir […] On est loin du pont d'Arcole et des rêves de gloire qui l'anime. Pour le moment, le chemin ressemble à une impasse dans laquelle, par impatience et précipitation, il s'est lui-même conduit. » Le voilà réduit à se retrouver « chef de guerre » des futures cantonales, dur à avaler pour notre arrogant. Pas sûr que la grande sauterelle de Carla ait beaucoup appréciée d’être trimballée, comme une vulgaire moitié, par son impérieux époux ; si en plus le pauvre doit affronter l’ironie de madame il va nous faire une jaunisse.


Comme un malheur n’arrive jamais seul, les sondeurs, qui n’aiment rien tant que d’enfoncer des clous dans les plaies d’amour-propre béantes, on refait le match, comme dirait Eugène Saccomano, entre les deux anciens ministres de l’Intérieur, sur les questions de sécurité. Nicolas et Manuel, sur ce terrain, ont tous les deux une bonne image.


1ière question d’Odoxa le sondeur pour le compte de CQFD, Le Parisien et Itélé : auquel des deux les Français font-ils le plus confiance «pour proposer des mesures efficaces pour assurer la sécurité des Français ?


Valls l’emporte d’une courte tête à 52% contre 47% pour Sarkozy, 1% des personnes interrogées ne se prononçant pas. Valls «doit sa victoire symbolique à sa meilleure performance relative auprès des supporters de son adversaire. Dans ce domaine sécuritaire, 16% des sympathisants de droite font davantage confiance à Valls qu’à Sarkozy alors que les sympathisants de gauche faisant davantage confiance à Sarkozy qu’à Valls sont moitié moins nombreux, à 8%. » note le président d’Odoxa Gaël Sliman.


Pire encore pour l'homme qui devait nettoyer « la racaille au Karcher » et qui dénonçait le glissement sémantique de Manuel Valls sur l'apartheid, se voit là aussi désapprouvé par une majorité de Français. Pour 54% des personnes interrogées, Valls a eu raison d’utiliser cette formule d’« apartheid territorial, social et ethnique ». Un chiffre qui monte à 73% chez les sympathisants de gauche, contre 40% chez ceux de droite. Le coup de grâce, qui met à mal sa stratégie fébrile et creuse, une majorité de Français jugent que Nicolas Sarkozy a eu tort de critiquer le gouvernement, selon un sondage publié vendredi soir. 73% des sympathisants de gauche donnent raison à Manuel Valls ainsi que 40% des sympathisants de droite.


Cette nouvelle donne à droite rétrécit-elle le champ de Juppé ou au contraire lui offre-t-elle un boulevard ? Difficile de répondre à chaud à cette question car deux facteurs se neutralisent : à droite la cote de Juppé reste bonne mais à gauche le regain de popularité du couple exécutif, peut-être passager, risque de freiner l’enthousiasme des sympathisants de gauche pour aller voter Juppé aux primaires de l’UMP. Nous allons faire pédale douce, rester en-dedans tout en maintenant notre travail de déstabilisation. Pour meubler, j’aborde le cas d’école d’Hervé Gaymard que j’ai bien connu au 78 rue de Varenne en 2002 « la famille avait pris ses aises dans l'hôtel particulier du ministère de l'agriculture. En condamnant quelques bureaux de fonctionnaires afin d'aménager, selon le bon goût d'un décorateur d'intérieur, des chambres pour les enfants « neuf chérubins scintillants : Thaïs... Etait-ce la cadette de Faustine ? Celle née entre Philothée et Jérôme-Aristide ? L'aînée d'Amédée, d'Eulalie, d'Angelico, de Marie-Lou et de Bérénice ? »


« Le 2 octobre, à l'émission de David Pujadas « Des paroles et des actes », il y eut la figure épanouie, oui, c'est tout à fait possible, d'Hervé Gaymard, 54 ans, dans l'axe de la caméra, derrière Alain Juppé, l'invité vedette qui a fait sensation, dans l'optique de la présidentielle de 2017. C'est une tradition française, un revenant politique devient la coqueluche des âmes tendres. Alors, pensez... Ce n'est pas le bac à sable qu'Hervé Gaymard a traversé mais le Sahara, le Kalahari et l'Arizona, d'une seule traite et sans anesthésie.


« En 2004, Chirac n'a plus qu'une idée en tête, endiguer la déferlante Sarkozy. Sauf qu'il est bien démuni depuis qu'Alain Juppé a été condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Depuis 2002, Gaymard a impressionné à l'agriculture, alors Chirac lui colle un réacteur à propulsion nucléaire sous les fesses et le bombarde à Bercy. Maintenant, Matignon se profile. Gaymard, 44 ans, c'est encore Bambi dans l'arène du cirque politique mais le couple a de l'ambition pour douze, alors il se laisse glisser dans les desseins de son mentor. Sarkozy flaire la manoeuvre à cent kilomètres. « Hervé pouvait devenir ministre de l'économie mais pas le challenger de Sarkozy. Il lui manquait le logiciel de combat », analyse Jean-François Tricaud, son ancien chef de cabinet.


A l'époque, Sarkozy est très jaloux. On lit des indiscrétions dans la presse. «Gaymard, c'est une fausse valeur », ou encore : « Des deux, Clara est la plus douée. » Gaymard a sa petite réplique : « La politique, c'est pas du cinoche. » Il faut en finir, les Sarkoboys se répandent dans les dîners en ville. On entend : vous savez quoi ? Les Gaymard louent aux frais de la princesse un appart' grand comme un terrain de foot. Oui, parfaitement. Ils sont onze. Gaymard ? Trop facile à ratatiner. »


Les Gaymard ressortent du placard par Laurent Telo du Monde link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 18 janvier 2015 7 18 /01 /Jan /2015 07:00

J’entamais le briefing du lundi par un sarcastique « Dimanche, lors de la marche parisienne, toute la classe politique fut impeccable sauf Sarkozy qui fut lamentable. Même la grosse Marine fut plus digne, c’est dire… » Ducourtioux, jamais en reste d’une vanne, rebondissait sur mon propos en ironisant.


-         Le problème de Sarko c’est qu’il est trop petit, on ne voyait que sa grande bringue de Carla…


-         Putain, le nain à talonnettes s’est vraiment surpassé, Bizot surenchérissait. Ouais, môssieur tout président de l’UMP qu’il est refuse de prendre au téléphone le Premier Secrétaire du PS. Même qu’il fait la chochotte outragé auprès de Valls qui lui balance « Alors, tu refuses de prendre Cambadélis au téléphone ? »: « Je ne connais pas Monsieur Cambadélis. Si Hollande veut prendre de la hauteur, il n'a qu'à m'appeler. » Prendre de la hauteur, la France est victime d'une attaque terroriste, et ce nabot en est encore à refuser de parler à quelqu'un qui n'est pas de son niveau. Je rêve !


-         Il n'a pas changé, le monde n’existe qu'au travers du prisme de son égo. Moi, moi, et encore moi. Moi sur le perron avec Hollande, Juppé, Raffarin Fillon, Balladur. Moi sur la photo, avec Hollande, Merkel et les autres… Dal ‘Oglio cite même Raymond Aron « Ils ont oublié que l'Histoire est tragique. » et concède que le pâteux Bruno Roger-Petit a tapé juste lorsqu’il a écrit « à l'heure du rassemblement national et républicain, Nicolas Sarkozy avait brillé par son comportement pour le moins décalé. Personne ne l'oubliera, tel le Don Salluste de la Folie des grandeurs, pour se hisser au premier des grands, chefs d'État de de gouvernement, qui défilaient aux côtés de François Hollande dans les rues de Paris, lors de la Marche républicaine. »


Je rebondissais en demandant à mes équipiers de diffuser la brillante conclusion BRP « Du 6 mai 2012 à aujourd'hui, Nicolas Sarkozy n'a pas travaillé. Il s'est contenté d'attendre le moment de revenir, sans tirer aucune leçon, et pour lui-même, et pour cette France qui a bien changé depuis son départ. Nicolas Sarkozy s'agite, mais il est en vérité, il est immobile. »


Ducourtioux vannait : « Avec un tel concurrent le Juppé n’a pas à se faire des cheveux… »


Je calmais le jeu en demandant à ma petite troupe d’être surtout attentive aux premiers accrocs à la belle façade de l’unité nationale.


Le premier vint, comme de bien entendu, de l’intérieur de la grande maison où, depuis plusieurs semaines, les relations entre le sommet de l'exécutif, et les chefs de nos deux services  de renseignement Patrick Calvar pour la DGSI et Bernard Bajolet pour la DGSE, étaient fort tendus. En  effet, « selon des sources concordantes : les interdictions de procéder à des interceptions de communications à l'intérieur et à l'extérieur du territoire français, édictées par une proche collaboratrice du Premier ministre Manuel Valls, chargée de les autoriser ou de les interdire, après avis consultatif de la CNCIS (Commission nationale consultative des interceptions de sécurité). Selon les cas qui nous ont été rapportés, ces interdictions préalables ont frappé des écoutes sur au moins une ambassade étrangère en France et sur des « cibles » de nationalité française se trouvant en territoire étranger. »


Dimanche dernier, l'ancien directeur de la DCRI, transformée aujourd’hui en DGSI, le préfet Bernard Squarcini, « a lâché le morceau lors de son passage dans l'émission Le Grand Rendez-vous Europe 1-i>Télé-Le Monde. Selon ses propos, confirmés au Point par d'autres sources, les services avaient bien écouté l'un des frères Kouachi, « mais ça ne donnait rien, et ensuite intervient le gros dispositif juridique qui existe en France : le président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) vous dit de vous arrêter parce que l'objectif que vous avez demandé dans cette écoute n'apparaît pas ou n'est pas actif. Aux yeux de Squarcini, il s'agit bel et bien d' »une faille du dispositif dans son ensemble ». « Le service de renseignements ne peut travailler qu'avec la boîte à outils qu'on lui fournit. Si vous devez réparer une 403, ça va, si vous devez réparer une BMW, il faut peut-être changer de boîte à outils. En clair, les services auraient demandé à ce que les écoutes qui leur avaient été accordées sur la « cible » Kouachi soient étendues à son entourage. Cette mesure aurait été refusée. Une source connaissant cette affaire explique : « Ils sont extrêmement stricts, limite obtus. Ils autorisent la cible stricto sensu en appliquant les textes à la lettre : pour eux, c'est l'individu qui peut être écouté, pas le clan. Alors qu'on est en guerre ! » Pourtant, les exégètes avaient remarqué que, dans ses rapports d'activité, la CNCIS avait fait évoluer ses textes.


Sans aucun doute tout cela vient du clan du nain, nous archivons l’article de Jean Guisnel du Point link


De même nous fléchons le vieux Philippe Tesson « Du haut de ses 87 ans, le fondateur et directeur du Quotidien de Paris (1974-1994) a éructé en évoquant les incidents signalés au ministère de l’Education nationale après la minute de silence observée jeudi : «Ce qui a créé le problème, ce n’est quand même pas les Français. […] D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité sinon des musulmans ? On le dit ça ? Et ben moi je le dis !». Et d’ajouter, comme l’a noté le site Arrêt sur images, en interpellant l’animateur de l’émission, Jean-Marc Morandini : «C’est pas les musulmans qui amènent la merde en France aujourd’hui ? Il faut le dire, quoi ! » Interrogé par sur l'amalgame qu'il faisait en disant « les musulmans », le polémiste avait alors lancé, provocant : « non, c'est vrai, c'est l'Eglise catholique », puis « c'est les Juifs ». Lorsque l'animateur lui explique qu'il ne peut pas dire « les musulmans », qu'il s'agit de « fanatiques », Philippe Tesson se transforme en parfait sophiste : « Oui, mais les fanatiques se revendiquent de l'Islam, donc ils sont musulmans. » Oui, mais l'inverse n'est pas vrai. »


Mon équipe prend congé pour aller déjeuner au Baratin. Moi je mange sur le pouce en lisant « Chronique d’Hiver » de Paul Auster. Émilie l’a lu aussi, en anglais, alors que moi je le fais dans ma vieille langue maternelle. Je pense à elle. Je pense tout le temps à elle et ma hantise c’est, qu’un jour, je ne puisse plus croiser son regard. Avant elle « combien de coup de foudre et de passions, combien de flammes et de tentatives de conquête, combien de délires et de folles embardées du désir ? Dès le début de ta vie consciente, tu as été un esclave consentant d’Éros » Auster, mieux que moi, décrit mon absolue aptitude à tomber amoureux. Oui «  ce qui comptait c’était la lumière intérieure que tu détectais chez une femme, l’étincelle de singularité, le flamboiement du soi révélé, et cette lumière la rendait belle à tes yeux même si d’autres étaient aveugles à la beauté que tu percevais, et alors tu brûlais d’être avec elle, près d’elle, car la beauté féminine est une chose à laquelle tu n’as jamais pu résister. » Et puis Émilie vint. De suite, dès le premier regard je compris que ma vie, du moins ce qui m’en restait, allait être bouleversée. C’était la femme que j’attendais depuis trente ans. Trop tard !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 11 janvier 2015 7 11 /01 /Jan /2015 07:00

Touché au cœur, je déjeunais avec une amie lorsque l’atroce nouvelle s’est affichée sur l’écran de mon IPhone. La suite n’est pas à écrire ici, ce n’est ni le lieu, ni l’heure, le métier de l’ombre a ses règles. Tout ce que je puis souligner c’est que ce pays tient debout n’en déplaise aux oiseaux de malheur qui se repaissent de nos lacunes, de nos lâchetés. Après le deuil, et je l’espère le sursaut de la part la meilleure de notre peuple, dans un recueillement intérieur, avec ma belle Émilie à mes côtés, je fais appel à ma raison. Je me plonge dans la lecture d’une analyse d’Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen, où il dirige le Programme méditerranéen. Spécialiste de l’islam internationalement reconnu, il est notamment l’auteur de L’Islam mondialisé (Le Seuil, 2002), Le Croissant et le chaos (Hachette 2007), La Sainte Ignorance (Le Seuil, 2008) et d’En quête de l’Orient perdu, entretiens avec Jean-Louis Schlegel (Seuil 324 p., 21,00 €).


« Pour simplifier (mais tout est simplification aujourd’hui), deux discours se partagent l’espace public. Le discours désormais dominant (même s’il prétend toujours s’opposer au « politiquement correct », alors qu’il est devenu « le » politiquement correct) considère que le terrorisme est l’expression exacerbée d’un « vrai » islam qui se ramènerait en fait au refus de l’autre, à la suprématie de la norme (charia) et au djihad conquérant, même si ces choix se font plus par défaut et par ressentiment que par certitude de détenir la vérité. En un mot, tout musulman serait porteur d’un logiciel coranique implanté dans son subconscient qui le rendrait, même modéré, inassimilable, à moins, bien sûr, de proclamer haut et fort sa conversion publique à un improbable islam libéral, féministe et « gay-friendly », si possible sur un plateau télé sous les coups d’un journaliste pugnace et intransigeant, lequel pourrait se rattraper de ses complaisances envers les grands « chrétiens » de ce monde. Cette demande de « soumission » est désormais récurrente (« pourquoi vous, les musulmans, ne condamnez pas le terrorisme ? »). Et c’est sans doute par antinomie que Michel Houellebecq invente la soumission à rebours.


Le deuxième discours, minoritaire et qui a du mal à se faire entendre, est celui que je qualifierais d’« islamo-progressiste », mis en avant par des musulmans plus ou moins croyants et par toute la mouvance antiraciste. Not in my name, « pas en mon nom ». L’islam des terroristes n’est pas « mon » islam, et ce n’est pas l’islam non plus, qui est une religion de paix et de tolérance (ce qui pose un problème d’ailleurs pour nombre d’athées d’origine musulmane, qui oscillent entre la surenchère dans la condamnation du fondamentalisme et la nostalgie d’un islam « andalou » qui n’a jamais existé). La vraie menace, c’est l’islamophobie et l’exclusion qui peuvent expliquer, sans l’excuser, la radicalisation des jeunes. Tout en participant au chœur du grand récit de l’union nationale, les antiracistes ajoutent un bémol : attention à ne pas stigmatiser les musulmans.


La juxtaposition de ces deux discours conduit à une impasse. Pour en sortir, il faudrait d’abord prendre en compte un certain nombre de faits, têtus, qu’on ne veut pas voir et qui montrent que les jeunes radicalisés ne sont en rien l’avant-garde ou les porte-parole des frustrations de la population musulmane, et surtout qu’il n’y a pas de « communauté musulmane » en France. » link

 

- Par bonheur tu es de retour, sans toi je serais désemparé, tu m’as manqué. Tu sais le manque, dans mon état, c’est un étrange mélange d’attente qui se veut sereine et d’impatience qui ne l’est pas.


J’avais débité cette phrase d’un trait, Émilie emmitouflée me souriait. Si elle n’existait pas je l’aurais inventée, alors m’enhardissant, je lui racontais que pendant son absence, je trompais le temps. Grignotais. Baguenaudais entre mes livres. Et je ne sais pourquoi j’étais tombé sur « Un endroit où aller » le grand roman de Robert Penn Warren, un romancier américain méconnu en France. Je disais à Émilie que cet exemplaire je l’avais acheté pour le Hopper de sa couverture. Il était tout défraîchi. Je l’avais ouvert. Le premier chapitre je le connaissais presque par cœur en dépit des années qui s’étaient écoulées depuis que je l’avais lu. Je l’avais relu d’une traite avec autant de plaisir. Allais-je en rester là ? J’avais faim. Rien, ou presque, dans le frigo. Je pestais contre mon imprévoyance. Il ne me restait plus qu’à aller grailler dans une brasserie près de la gare du Nord. Je déteste les brasseries d’aujourd’hui avec leurs plats réchauffés. Mon vélo, mon sac à dos, et je dévalais l’enfilade de rues qui mènent à Stalingrad.


La brasserie était quasi-déserte. Je m’asseyais sur une banquette et je commandais une choucroute avec une pinte de bière. C’était sinistre, comme-ci je me retrouvais abandonné de tous, exilé. Ça me donnait envie de me replonger dans mon Penn Warren. Le garçon était déjà de retour avec ma platée. Je l’ignorai. L’odeur acidulée de la choucroute mêlée à l’odeur grasse de la charcuterie me laissait indifférent. Je frissonnais. Une main invisible venait de me conduire là où je voulais aller depuis qu’Émilie était entrée dans ma vie.


« Je ne veux pas ici parler simplement d’attirance sexuelle. Je ne veux pas parler de l’automatisme rigide d’une habitude sexuelle bien établie. Je ne peux faire allusion à ce qu’on appelle « tomber amoureux ». Vous connaissez ces choses comme la plupart des gens. Ces choses existent dans le contexte de la vie et du monde tel que nous le connaissons. Ce dont je veux parler n’a aucun contexte, ça existe en soi ; c’est en soi un univers que cet élan qui se satisfait de lui-même »


Mon cœur cognait. Je touchais sans doute à la traduction de ce que j’étais en train de vivre avec toi.


« Vous êtes-vous jamais trop éloigné de la rive quand la houle est très forte après une tempête, et que la grande vague déferlante arrive sur vous avec fracas, vous dominant des tonnes de sa masse de marbre gris-vert, glacée et cependant en fusion, qui glisse vers vous car c’est bien de cela qu’elle a l’air avec sa frange emplumée d’écume qui fouette le bleu étincelant du ciel ? La masse se dresse et vacille sur le ciel juste au-dessus de vous. Vous savez que, si elle vous atteint dans sa chute, elle vous brisera les reins.


Mais plongez dessous. Percez-la. Entrez dans ses profondeurs. Insinuez-vous au plus intime de ses ténèbres frémissantes. C’est votre seul espoir. Alors vous entendez le fracas de la masse mortelle qui s’effondre derrière vous. Non, pas un bruit exactement ; une sorte d’exaspération des nerfs suivie par un silence, et dans ce silence vous entendez, littéralement maintenant, le grincement creux, susurrant, des galets écrasés au-dessous de vous dans la profonde aspiration de l’eau.


Ce dont je parle ressemble à cela. Si vous y êtes passé, vous comprendrez. Sinon, vous avez sans doute eu de la chance… »


Tu vois Émilie, contrairement à Jed Tewksbury le narrateur, et ses 17 ans, face à la très belle Rozelle Hardcastle, moi, au bout de ma vie, je vis ce moment avec toi, cet élan, comme un temps suspendu, incomparable, la plus belle chance de ma vie. Enfant, au bord de l’océan, je rêvais de me lover sous la peau de la mer et j’allais plonger sous les vagues en me disant que ma vie serait belle. Elle l’est c’est TOI.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 4 janvier 2015 7 04 /01 /Jan /2015 07:00

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À la cellule « opération Chartrons » ce brevet décerné par un maître en la matière nous ravit. C’est tiré de Verbatim III d’Attali, le Saint-Simon à l’œil en trou de la  serrure du château de Tonton : 


« Dimanche 22 janvier 1989


…  Alain Juppé fustige la gauche la plus pourrie du monde. Le président est blême de fureur: « Se faire donner des leçons de morale par ces gens-là..., soupire-t-il. Le premier adjoint aux finances de la ville de Paris, l'homme clef du RPR! Le cynisme lui a toujours tenu lieu de colonne vertébrale... ». À la même époque, de son côté, Michel Rocard, Premier Ministre, estimait que le Président ne tenait plus rien, qu'il conduisait les socialistes à la catastrophe électorale, qu'il fallait donc s'en démarquer le plus possible. Quelqu'un rapporte à Attali que Rocard aurait dit: « Mitterrand, aujourd'hui, c'est le cynisme à l'état pur. » Avec le recul, les éléphanteaux du PS, y compris ceux qui se sont tirés comme Mélanchon, payent plein pot les ambiguïtés du Machiavel de Jarnac. L’autre jour j’ai croisé, dans le TGV Paris-Dijon, ce pauvre Christian Paul, l’héritier de la  troisième circonscription de la Nièvre chère au père François, si c’est ça la relève, les fameux frondeurs, je vais me faire moine dare-dare. Des couilles molles qui n’ont pas mouftés face à Mitterrand, je cite encore Attali :

 

« Samedi 7 juillet 1990


Bernard Tapie annonce la prise de contrôle d'Adidas. François Mitterrand: « Quelle réussite! Cet homme est un gagneur. Il faut l'avoir avec nous. Peut-être au gouvernement. »


Pas entendu à l’époque le Mélanchon, et ses supplétifs encore planqués au PS, ouvrir leur grand clapoir contre le capitalisme prédateur. Bref, toute cette volaille socialiste courbant l’échine, avalant toutes les couleuvres du florentin, va se faire plumer. Elle a beau piailler, s’agiter du croupion, se dresser sur ses petits ergots, elle a surtout la trouille de se retrouver au tapis après les défaites annoncées, la déroute, la bérézina. Les bases de replis vont se faire rares avec le basculement des Conseils Généraux et Régionaux et toutes ces poules mouillées s’inquiètent. Nous suivons leur cas avec attention pour pouvoir  pratiquer, en temps et en heure, une thérapie efficace. Les crêpes ça se retournent  facilement avec un bon tour de main.


Et pendant ce temps-là, en ces fêtes de fin d’année, le fraichement élu président de l’UMP, le grand rassembleur, a souhaité aux Français de « laisser de côté les soucis et les préoccupations quotidiennes ». Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le sauveur du monde libre, l’érecteur  du G20, a exaucé son vœu en offrant, façon de parler, de belles vacances de Noël au Maroc à sa petite famille. C’est un être simple, mais il aime en jeter à Carla et à leur fille Giulia puisqu’il a fait du RnB dans l’un des palais du roi Mohammed VI à Marrakech. Une modeste bâtisse perdue dans quelques 120 hectares où le conducator de l'UMP avait déjà ses habitudes lorsqu’il était président de la République. Cerise sur le gâteau, notre Nicolas, qui court comme un canard et fait du vélo comme Robic, a pu assister au match entre le PSG, son équipe de cœur, et l’Inter de Milan avec son ami, l’émir du Qatar, invité par le roi du Maroc. Les mauvaises langues disent aussi, et elles sont légion à l’UMP, qu’il pourrait également croiser le rejeton des Balkany, Alexandre. Par bonheur, ses parents sont eux restés « cloués en France, la justice ayant privé Isabelle Balkany de passeport. »


Fourmis besogneuses nous collationnons tout ce qui se publie pour distiller de bonnes infos sur le modeste train de vie du grand rassembleur.


« Ses revenus de cadre dirigeant. «J’ai fait de la politique pendant trente ans et je n’ai jamais touché un centime !», a-t-il récemment asséné à un visiteur médusé. Mais ce n’était pas si mal. A l’Elysée, il s’était octroyé un salaire de 19.331  euros net, soit 173% de plus que Jacques Chirac. Quant à son patrimoine, il avait déclaré au début de son mandat 2,5  millions d’euros en assurance vie. Redevenu un citoyen ordinaire, il touche une confortable retraite d’environ 15.000  euros par mois (il cumule sa pension de député, de conseiller général et de président). Ainsi que les dividendes (4.800  euros mensuels en 2013) versés par son cabinet d’avocats, Arnaud Claude et Associés, dont il détient toujours 34% des parts.


Ses conférences jackpots. Mais c’est surtout grâce à ses fameuses conférences payées à l’étranger que Nicolas Sarkozy a «fait du fric», comme il en rêvait. Un de ses hôtes en Amérique latine raconte : «Dans le secteur, c’est le Français le plus cher, juste devant DSK : il demande entre 100.000  et 130.000  euros pour un discours de 45  minutes, auxquels il faut ajouter des billets en première pour lui et son officier de sécurité.» Sa cote serait supérieure s’il maîtrisait l’anglais. Il peut assurer quelques bons mots en VO, mais rien de plus. Bilan : avec une vingtaine de speechs, en Corée, au Qatar, au Congo, ses prestations lui ont rapporté près de 2  millions d’euros. A l’instar de Tony Blair, son «parrain» dans ce business, c’est le Washington Speakers Bureau qui vend sa personne. Tandis qu’à Paris, Consuelo Remmert, la demi-sœur de Carla Bruni, coordonne cet agenda pour 7.000 euros mensuels. Elle appartient au staff payé par l’Etat auquel a droit l’ancien président : 2 chauffeurs et 7 collaborateurs.


Ses entrées dans les palaces. «Il mène une vie très simple», assure Franck Louvrier, son ­ancien communicant à l’Elysée. Assez chic quand même. Vérification faite, ­Nicolas Sar­kozy continue de fréquenter les palaces, comme le Royal Monceau, pour sa somptueuse piscine dessinée par Philippe Starck (190  euros l’entrée), ou la table trois étoiles du Bristol. Et s’il a rangé sa Rolex trop voyante, c’est pour la remplacer par une Patek Philippe, à 43.000  euros, offerte par son épouse. La collection de ce grand fan de montres compterait deux Rolex, une ­Girard-Perregaux, deux Breitling et une Breguet. «Il vient de loin, vous savez, explique son ami Laurent Dassault. Quand je l’ai connu il y a trente ans, il prenait le métro et il n’avait pas honte.» Vu comme ça… Côté logement, ce n’est pas mal non plus. Grâce à Carla Bruni, il occupe un hôtel particulier – l’ancien domicile d’Hubert Boukobza, le roi des Bains Douches – pour un loyer très modeste vu le lieu. Près de 6.000  euros par mois selon nos informations. »

 

Le tout ICI link


Émilie ayant filé dans sa belle Saab vers des terres hospitalières pour fêter le nouvel an, je me suis offert un réveillon de moine. 2015 démarre sur les chapeaux de roue, je me sens fringuant comme un jeune premier.


Méditation


Laurent Fabius: « Des ringards à la tête du parti, des ringards au gouvernement, ça donne un résultat ringard! »

 

Pierre Mauroy: « Bravo pour l'ouverture! Maintenant on y va, mais la corde au cou... »

 

Michel Delebarre: « Les gens voulaient avoir Mitterrand, plus l'ouverture. On leur a servi le même ragoût qu'en 1981. Le défilé des revenants: c'est un vrai cauchemar! Avec, en prime, des relents d'union de la gauche. Une totale! Les électeurs ont compris cinq sur cinq que l'ouverture, il fallait la rendre obligatoire... »


Lionel Jospin: « On a changé de discours entre les deux tours: l'effet a été désastreux. On a cumulé les deux inconvénients, celui de l'ouverture et celui de: à gauche toute! 'Un élève en première année de communication n'aurait pas fait cette erreur! »


C’était le dimanche 12 juin 1988… C'est Tonton qui avait composé le gouvernement. Grand bonheur Émilie est rentrée vendredi, nous fêtons ça !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 28 décembre 2014 7 28 /12 /Déc /2014 00:09

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Noël c’est la trêve, les enfants d’abord ! Dans sa Saab Émie a mis le cap sur l’Ouest pour aller rejoindre sa famille. Sitôt partie elle me manque déjà alors je me noie dans le travail et il ne manque pas avec le grand retour de notre petit Nicolas l’homme qui, selon son ancien porte-plume Henri Guaino, avait déjà sauvé la « démocratie dans le monde » va de conférences en conférences à 2 balles, payées au prix du caviar, pour se tresser des lauriers que ses compatriotes se refusent obstinément à lui décerner. Pensez-donc, les Français préfèrent le retour de la Ségolène au gouvernement au sien dans la pétaudière de l’UMP. Il aurait pu s’en douter s’il écoutait autre que lui-même. Notre travail porte ses fruit puisque notre enregistrement audio de sa conférence à Séoul le 14 octobre, dont le verbatim intégral vient d’être publié par le site Médiapart, le samedi 20 décembre, nous révèle la stupéfiante nouvelle notre petit Nicolas a été, selon ses dires, à l'origine de la création de l'organisation regroupant les économies les plus puissantes de la planète.


Oui, sachez-le : Nicolas Sarkozy a créé le G20. Celui qui n'était alors qu’un humble aspirant à la succession du petit roquet de Meaux à la tête de l'UMP, invité du World Knowledge Forum, réunissant tous les ans dans la capitale sud-coréenne un parterre de 900 invités qui se croient importants, traitant d’un thème qui lui va comme un gant : « Revigorer l’économie mondiale », au détour d'une question de l'homme d'affaires coréen Chang Dae-whan, a modestement déclaré « Quand j’ai créé le G20, Ban Ki-Moon m’a demandé : « Pourquoi crées-tu une organisation concurrente aux Nations unies ?' Et je lui avais dit que ce n’était pas une concurrence, mais que les Nations unies, avec la règle de l’unanimité, ne pouvaient plus arbitrer les grandes questions du monde. » Il  poursuit son propos en expliquant que « la grande réforme du G20 nécessaire, c’est de passer dela règle de la décision à l’unanimité à la majorité ». Emballement passager dans une enceinte emplie de gens somnolents, certes le G20 a été créé en 1999, « en réponse aux crises financières qui ont frappé les pays émergents à la fin des années 1990 », sous l'impulsion de Paul Martin, alors ministre canadien de l'économie. À l'époque, notre sauveur du monde libre n’était que député des Hauts-de-Seine, maire de Neuilly, ancien ministre d'Édouard Balladur et l’époux de Cécilia. Très honorable CV certes, mais loin de ce leadership mondial dont il rêve  du haut de ses talonnettes. Rendons au césarillon de Neuilly ce qui lui appartient en propre, en 2008, en tant que président de la République et exerçant la présidence tournante de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy a en effet joué un  rôle important dans la transformation du G20 qui, jusqu'alors ne se  réunissait qu’une fois par an, avec pour membres les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales des pays industrialisés et des pays émergents. C’est pour répondre à la crise économique et financière de 2008, qu’il se transforme en réunions des chefs d'État ou de gouvernement des États membres du G20, à l'initiative de la France et de Nicolas Sarkozy, mais aussi de Gordon Brown, Premier ministre britannique de l'époque.


Notre conférencier pour dames patronnesses s’est aussi épanché sur « la différence entre les pragmatiques et les intellectuels. Parce que les pragmatiques, ils créent des richesses, les intellectuels, ils vous expliquent comment on aurait pu créer plus de richesses » Dans son français de forteresse-volante il bombarde ceux « qui savent vous expliquer comment on aurait pu faire », les économistes par exemple pour mieux mettre en valeur les hommes de sa trempe « qui agissent et prennent des décisions » Pauvre Christine Lagarde et ses gnomes de Bercy, rien que des va-de-la-gueules. Normal, notre génie de Neuilly conclut, en toute simplicité : « Quand vous êtes chef de l’État et qu’il y a une crise, faut prendre des décisions, faut être rapide. Bon, peut-être que parfois, quand on est trop intelligent, c’est un problème. » Notons que c’est le même  qui sous les cris des partisans du mariage pour tous a reculé et capitulé sans condition. Juppé pendant ce temps-là se lisse son crane d’œuf. Les sarkozystes ont beau dire « qu’il sera rattrapé par ses faiblesses congénitales, qu’il n’est pas de la race des chefs de guerre qui savent s’entourer de tueurs prêts à tout ; il n’aurait pas en lui cette soif irrépressible de pouvoir qui permet de supporter la violence et toutes les bassesses du combat politique. » Ils oublient que Juppé est passé par des épreuves lourdes lorsqu’il a été condamné en lieu et place de l’ancien maire de Paris et qu’il a été à la bonne école de la chiraquie. Ce n’est pas un perdreau de l’année. Du côté des dîners en ville nous répandons notre petite musique qui fait un tabac auprès des anciens électeurs de Hollande. Ils osent, d’un ton définitif, affirmer cette surprenante profession de foi : «Moi, ce sera Juppé.» Oui, Alain Juppé, ce chiraquien hautain et cassant que la gauche a si longtemps combattu, l’homme qui confia jadis être poursuivi par «la tentation de Venise». Pas peu fier de son audace hérétique, l’électeur de gauche part du principe que les socialistes n’ont déjà plus aucune chance de se sortir du marasme et que le futur président sera le vainqueur de la «primaire ouverte» qui désignera, dès l’automne 2016, le candidat de la droite et du centre voué à affronter Marine Le Pen au second tour. » Dans l’entourage du Président de la République, on se dit «sidéré» par le nombre de personnes qui se laissent aller à la tentation de Juppé. Du côté Sarko, on se rassure comme on peut en pariant sur la puissance du clivage gauche-droite qui s’imposera et dissipera cette juppémania contre-nature.


Pour nous, hommes de l’opération Chartrons, commence une longue marche nourrie par l’analyse que la popularité hors norme de Juppé auprès des électeurs de gauche tient à ce qu’il est identifié comme étant la seule alternative possible au retour de Sarkozy et que par son positionnement politique, il est le seul à ne pas avoir cédé à la surenchère populiste sur la laïcité, l’Europe ou l’identité nationale. Il est en fait le meilleur rempart à un éventuel deuxième tour Sarkozy-Le Pen. Les analyses classiques tombent au fur et à mesure que la droite dure paraît en mesure de triompher. C’est un fait nouveau qui renforce la détermination et la sérénité du maire de Bordeaux.

 

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 21 décembre 2014 7 21 /12 /Déc /2014 07:00

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Quand on aime on ne compte pas, pince sans rire je le dis et le redis haut et fort à M, c’est ainsi que je l’appelle maintenant, pour moi le meilleur album de l’année c’est Chaleur Humaine de Christine & The Queens ! Je l’écoute en boucle en lisant et commentant dans la marge les rapports de ma fine équipe. Sur l’écran de mon IPhone un message de M s’affiche : « j’ai envie de bulles et de cigarettes… ». Je souris dans ma barbe de 3 jours en pensant « aujourd’hui c’est jour de fête ! » La surprise est enfin arrivée. J’appelle mon VTC. Cap sur le garage, je pianote sur l’écran tactile« M on se retrouve à notre bar préféré… » C’est simple comme l’amour : je saute sur toutes les occasions de satisfaire les désirs d’Émilie et, là, c’est le cas de le dire, c’en est une belle : une superbe Saab Turbo 16 S; 175 ch accélération 0-100 km / h 8,5 secondes, vitesse maximale 217 km/h, en état quasi-neuf. Elle appartenait à un vieil aristocrate de Lamorlaye qui la bichonnait et ne s’en servait que pour aller voir sa maîtresse à Chantilly. Lorsque j’allai conclure l'achat chez lui il m’expliqua qu’il avait horreur de conduire et qu’en conséquence il appointait un chauffeur pour sa Bentley, mais, comme celui-ci cafardait tout à son épouse, pour aller « sauter », ce fut son expression, la fougueuse Anastasia, ce cher homme partait à cheval au travers de la forêt jusqu’à un garage qu’il louait à Coye-la-Forêt. C’est là que son bijou l’attendait. « Mais pourquoi vous en séparez-vous ? » lui demandais-je. Sa réponse fut sans appel « Je ne bande plus ! » Il me servait un grand verre de Lagavulin. Je le payais en liquide et en petites coupures. Avant de prendre congé je risquai « Vous n’avez pas essayé le Viagra ? » Il hochait la tête « Bien sûr que oui mais ça me faisait un tel effet que je ne débandais pas. Vous me voyez rentrer retrouver ma sainte épouse avec une trique d’étalon ? » J’en convins mais je lui promis de lui faire parvenir la référence du Viagra Rouge link . Le vieux cabotin me tomba dans les bras en me murmurant « Vous êtes un très chic type mais je dois  vous avouer que je vais plutôt changer de maîtresse. Anastasia ne me fait plus bander, c’est ça la vérité… » Pour l’heure, moi, je bichais : M aurait pour la Noël la Saab de ses rêves.


Nos agents dormants au siège de l’UMP nous abreuvaient d’infos de première main que nous nous empressions de refiler à des journalistes sûrs. Dernière en date, le fou du Puy, selon Jérôme Lavrilleux, connaissait fort bien Bygmalion. L’ancien bras-droit de Jean-François Copé raconte avoir déjeuné avec le député de Haute-Loire le 26 février, soit la veille de la parution du Point révélant l’affaire Bygmalion. Celui-ci cherchait alors à le recruter « Il faut que tu lâches Copé, il ne survivra pas à l'affaire Bygmalion » sauf que ce déjeuner a eu lieu avant que l'affaire Bygmalion n'éclate. Affaire à suivre, même si le dénommé Lavrilleux ne porte pas Wauquiez dans son cœur puisque dans une interview au Point le 5 juin dernier, il présentait le nouveau secrétaire général de l'UMP comme « une raclure ». On s’aime toujours autant à l’UMP. Même que son tout nouveau président, toujours aussi délicat, s’est fendu sitôt son élection, d’un petit speech aux 80 salariés du parti : « Il faut donner un coup de jeune dans cette maison ! Il faut rajeunir l’accueil, avec des jeunes filles souriantes et avenantes… » Les titulaires, des vieilles de 50 ans, ont apprécié. Même que certaines ont pleuré sans même que le goujat ne s’en aperçoivent. Carla devrait se méfier. Même si elle se dit « bâtarde, maso, bourgeoise et énergumène et que le courage c'est l'affaire des peureux et des angoissés » les mauvaises langues font remarquer à l’UMP, et elles sont nombreuses, que puisque « son mari ne porte pas de pyjama » la Carla n’était pas à l’abri d’un coup de tabac. Et pendant ce temps-là la cour continuait de s’amuser, le fou du Puy a, selon Hughes Ancelin, le chef de cabinet de Frédéric Péchenard, le directeur-général du parti, fait mesurer les 2 pièces qu’il a dû occuper, près de l’ascenseur de service, après que « la coqueluche montée sur échasses » l’ai viré, pour lui prouver qu’il disposait de la même surface qu’elle.


J’étais arrivé dans le bas Montreuil où les petits pavillons sont maintenant investis par des couples bobos. Le garage faisait un peu tache mais ça devait réjouir la nouvelle population qui adore tant l’authentique. Il est vrai que Paul Doutreleau, mon petit garagiste, est plus vrai que nature avec sa salopette pleine de cambouis, on se demande bien pourquoi vu que maintenant les tires sont bourrées d’électronique, sa casquette et son mégot éteint collé aux lèvres. C’est un Paganini de la débrouille. Je lui avais fait installer dans la Saab 900, noire bien sûr, d’Émie un radiosat qui lui permettrait de téléphoner en mains libres et une installation Bose top niveau  pour la musique. Il me tendait une main indemne de toute salissure. Nous bavassions mais j’indiquai à Paul que, comme j’étais un peu charrette, nous ne pourrions pas aller au bistrot d’en face nous envoyer notre habituel pastis mais que je reviendrai très vite avec Émilie. Comme Paul n’aime pas qu’on chamboule ses habitudes j’ajoutai, pour le consoler, que ma très chère et tendre Émie rêvait de devenir garagiste et qu’elle serait ravie de le rencontrer. Il bougonnait en se déridant un peu « tu m’en diras tant ce doit être une sacré nana ! » Je ne le démentais pas et le félicitais pour son beau boulot en lui refilant une belle enveloppe. Le moulin de la Saab ronronnait de plaisir. Depuis l’habitacle j’appelais M pour lui indiquer que je serais à l’heure. Elle me répondait qu’elle avait une folle envie de brandade de morue. Ma réponse l’intriguait « tu vas pouvoir faire le tour de Paris pour dénicher ta brandade… » 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 14 décembre 2014 7 14 /12 /Déc /2014 07:00

Émilie s’est remis au jogging, elle est un peu courbatue. Dieu que j’aime ses grands compas. Elle ne marche pas, elle plane. Je lui ai confié l’autre soir, alors que nous prenions un verre, que je l’aimais un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein. Elle a souri. C’est ainsi, je l’aime à la folie mais je m’interdis d’aller au-delà de la ligne jaune.  Noël approchant j’ai fait le tour de mes boutiques fétiches pour lui dénicher un cadeau. C’est fait. La voir et non l’avoir, la voir heureuse, je suis heureux ainsi. Ma seule hantise : la perdre ! Je suis prêt à tout, je m’apprête à tout, elle a réveillé ma vie, je lui dois tout. C’est une reine, ma gelée royale. Je me fais tout petit sans me préoccuper des petits bourdons qui tournent autour d’elle. Encore dans les jupes de leur mère ils sont si peu dignes d’elle. L’enlever ! Comment peuvent-ils ne pas flamber face à elle, se brûler les ailes, l’aimer comme je l’aime ? Tendrement ! Et la tendresse bordel ! Il faut que je me calme. Monologuer ne sert à rien. Mes troupiers vont arriver : plonger dans le travail, excellente thérapie.


Nous évoquons d’entrée un angle d’attaque, peu utilisé jusqu’ici à propos de Sarkozy, le contenu de ses fameuses conférences payées au prix du caviar alors qu’elles sont au mieux de la daube, au pire du copié-collé d’un brave nègre sous-payé.  Sur invitation de la Qatar national Bank, il a de nouveau donné une conférence, le 6 décembre dernier à Doha. J’y étais. Le chèque qu’il a touché m’importe peu, il pourrait se situer aux environs de 100.000 dollars, ce qui m’intéresse en premier c’est le pedigree de la puissance invitante. C'est des plus intéressant. La Qatar National Bank a massivement investi dans l’hexagone, tout particulièrement dans le Paris Saint-Germain. Notre ex, fan du PSG, spectateur assidu dans les loges du Parc des Princes, fut l’un des principaux artisans du rachat du PSG par ses propriétaires qataris. Beau renvoi d’ascenseur, bien juteux, pour une prestation très au-dessous de la moyenne. Je l’ai enregistrée sur mon nouveau petit Nagra Seven, un petit bijou de 800 g. Nous avons confié la bande à nos experts pour analyse et mise en forme de petit Twittos assassins. Habitué de ce genre de raout pour milliardaires désœuvrés je n’ai pas été particulièrement étonné par le faible niveau de l’intervention de Sarko mais je dois avouer que, de tous les intervenants ex-chefs d’Etat que j’ai audité, Sarko c’est le degré zéro du conférencier qui se fait du blé sur sa réputation d’ancien maître du monde. Il peut toujours se foutre de la gueule de Hollande, le pépère est plus doué que lui pour réfléchir. Agir, ça c'est un autre sujet. Reste pour nous à remonter la piste pour découvrir le ou les nègres de notre cher, même très cher, conférencier. Ce n’est qu’une question de temps et d’argent. Le temps nous l’avons et l’argent aussi. Une confidence en passant, si notre ex-Président a gardé des taupes dans toutes les allées du pouvoir, y compris au château, nous aussi avons nos agents dormants à tous les étages de l’UMP et d’ailleurs.


Ensuite nous ouvrons l’épais dossier « Le fou du Puy » dit aussi « le faux jeton de présence » ou encore « le bébé Buisson ». Avec lui « la trahison n’est qu’une question de date » comme le notait un expert en la matière Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Son parcours est exemplaire en la matière. « Son talent caché, c’est son extraordinaire capacité à séduire la personne qu’il a ciblé. » Feu Jacques Barrot, centriste mou, fut sa première victime. « Le jeune normalien, énarque, agrégé d’histoire, fayote comme personne. Il ouvre ses grands yeux, avoue ses doutes, demande conseil. J’ai tant à apprendre de vous, cher grand homme. Que feriez-vous à ma place ? » C’est la période Wauquiez bons sentiments, son engagement auprès des déshérités, ses cours pour les plus démunis, « le bidonville de Mokkatam au Caire, où il s’est rendu en 1995. » Il raconte la misère, la marée humaine, l’odeur âpre du lieu, sœur Emmanuelle qui vient à sa rencontre… » Mais sitôt son mentor à Bruxelles et qu’il a investi la place, exit le petit père Barrot. Enterré avant l’heure, mais le jour de ses obsèques « il paraît étonné de ne pas avoir sa place au premier rang dans l’église ». Et pourtant il sait jouer des coudes ce grand dadais tour à tour chiraquien, filloniste puis maintenant sarkozyste. Il était europhile le voilà europhobe ; il était avec les démunis le voilà qui pourfend le « cancer de l’assistanat ». Le petit père Sarko, grand expert en traîtrise, ne s’y est pas trompé : « le problème avec lui, c'est que personne ne peut le saquer. Évidemment, il sera parfait. Un secrétaire général de parti n'est pas fait pour être aimé, et comme tout le monde le hait, il ne pourra pas durablement comploter contre moi. » Fermez le ban, nous allons le surveiller comme du lait sur le feu. Reste les dossiers mineurs : le cas Peltier que notre « coqueluche sur échasse», dixit Morano, déteste car elle déteste les fascistes ; le cas Morano qui estime que le strapontin que lui a concédé son maître «C’est une plaisanterie, c’est indigne, scandaleux, un manque de respect à mon égard» ; le cas Rachida qui ne souhaite pas « vivre une campagne fondée sur les cantines halal et la burqa ». « J'attends de savoir la ligne » dit-elle, la réponse ne s'est pas fait attendre. « Commence par payer tes cotisations ». Sarko et les femmes… toute une histoire… nous la suivons avec attention…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 7 décembre 2014 7 07 /12 /Déc /2014 07:00

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Après une rapide réflexion nous avions installé la cellule de veille de « l’opération Chartrons » au rez-de-chaussée d’une petite maison sur les hauteurs de Belleville que nous avait dégotté Émilie. Elle et moi avions décidés, lors d’un déjeuner du côté du métro Nationale, d’en être colocataires. La bâtisse tout en hauteur permettait d’aménager nos lieux de vie sans nous marcher sur les pieds. Au moins, ici, je la verrais vivre ce qui m’aiderait à survivre. Ça m’apaisait. Notre mariage en blanc attendrait que nous ayons mis en place l’équipement de notre cellule. Afin d’éviter la curiosité de nos voisins nous procédions comme des colocataires aménageant dans leur nouvel appartement. Mes coéquipiers se tenaient à l’écart. Dans ce quartier mêlé, bobos, dealers, jeunes à la ramasse, vieux résidents c’était assez facile de passer inaperçu en adoptant les codes des uns et des autres selon les circonstances. À la fin de la semaine tout était en place : les écrans, le matériel d’écoutes téléphoniques, les téléphones sécurisés… Une vraie caverne d’Ali-Baba que nous auraient envié nos petits camarades de la Sécurité Intérieure. Ça me rappelait les 3 Jours du Condor l’un de mes films-culte avec un couple de circonstances Robert Redford-Faye Dunaway, une Faye Dunaway pour une fois fragile et émouvante. Je suggérais à Émilie que nous fassions une petite séance ciné at home au cœur de la nuit. J’aime le cœur de la nuit lorsque la chape de silence tombe enfin sur la ville. Nous prenions notre café dans une petite cantine peuplée de couples bobos flanqués de leurs marmots. En plaisantant je suggérais à Émilie qu’il serait temps qu’elle fasse un enfant afin que je puisse lui offrir un magnifique landau Maclaren transformable en poussette. Elle haussa les épaules. J’adorais ses épaules, elles me rappelaient notre première rencontre au Pavillon des Canaux.


Avec mes coéquipiers nous suivions de l’extérieur comme de l’intérieur le ballet de séduction du président fraîchement élu. Il excellait, surjouait la grande réconciliation, embrassons-nous entre frais ennemis. Notre poulain Juppé, si je puis dire, jouait lui très fin. Mais c’est du côté des ex-trentenaires du gouvernement Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, soit en code Longueurs&Pointes et Le Fou du Puy pour reprendre une amabilité de François Baroin, que l’agité portait tous ses efforts. Très clairement notre cher Sarko confirmait sa ligne, n'avait pas dévié de son idée première, il avait choisi de confier à Wauquiez le poste stratégique de secrétaire général du parti, chargé de toutes les compétences opérationnelles : gestion des fédérations, préparation des élections, recrutement des adhérents et formation des élus. C’est là que que se dessinera la ligne politique de l'UMP pour les années à venir. Et c'est donc le député de Haute-Loire, pourfendeur de « l'assistanat » et nouveau converti à l'euroscepticisme, qui raflait la mise. Mais toujours aussi insoucieux de cohérence idéologie notre bateleur remasterisé, afin de ne pas subir à nouveau  les critiques sur une reprise en main de l'UMP par les partisans de la droite dure, n'avait pas ménagé ses efforts pour convaincre son ancienne porte-parole NKM d’en être. Celle-ci, comme son gros c... d’époux, a choisi une coquille vide, un plat de lentilles, un poste de vice-présidence la plaçant hiérarchiquement au-dessus du Fou du Puy. Carbonisée d’avance Longueurs&Pointes, sa liberté de parole ne servira qu’à faire briller son bel égo. Comme le note la grosse enflure de Gilbert Collard « Les électeurs se rendent bien compte que c'est une manœuvre pour essayer de récupérer un électorat qui a été maltraité, trahi, abandonné par Nicolas Sarkozy. C'est un moyen désespéré de prouver qu'il fera ce qu'il n'a pas fait » Notre Raff national l’a fort bien compris, cette droitisation sur la ligne Buisson, assumée par Laurent Wauquiez lui a permis de rallier en pantoufles la candidature d'Alain Juppé. « J’ai parlé de dérive droitière lors du discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble. Je ne change rien à ce que je pense. Si cette ligne politique devait revenir et s’il n’y avait pas une vraie ouverture globale à l’ensemble de la droite et du centre, l’UMP se condamnerait » si Nicolas Sarkozy voulait diviser pour mieux régner, c'est réussi.


Nous, dans notre fine équipe, nous bichions, l’incapacité de Sarko à trancher entre les deux lignes politiques fait le lit de notre poulain aux primaires ouvertes de l’UMP. De ce côté rien n’est joué, rien n’est gagné. Le monsieur primaire ce sera Thierry Solère «Nicolas Sarkozy m'a fait l'honneur d'accepter que ce soit moi, il a dit qu'il me faisait confiance. À nous tous, en rassemblant les représentants des différents candidats déjà déclarés à cette primaire, et ceux qui se déclareront aussi probablement un autre jour, de se mettre au travail». C’est son mentor Bruno Le Maire qui a soufflé son nom à l’oreille de Nicolas Sarkozy en proposant « de créer un poste d'organisateur, de coordinateur de l'organisation de la primaire, et que ce poste me soit confié». Les mauvaises langues, et y’en a beaucoup à l’UMP, racontent que, le nouveau monsieur 30%  a marchandé sa non-participation à la Primaire contre le poste de Premier ministre en 2017. Solère est assez consensuel, Sarko le connaît puisque lorsqu’il dirigeait les Hauts-de-Seine, Solère était conseiller général. En 2009, il avait pris la défense de son ami Jean Sarkozy lors de sa candidature à la tête de l’EPAD. Mais ce n’est pas pour autant un mouton. Lors des législatives de 2012, il se présente à Boulogne-Billancourt face à Claude Guéant, candidat désigné par l’UMP. Il propose à son adversaire une primaire (déjà!) pour les départager. Le bras droit de Sarkozy refuse, et sera finalement battu de 300 voix. Exclu un temps du parti, Thierry Solère est réintégré et investi secrétaire national en 2013. Il sait tenir des positions iconoclastes. Il fait partie des cinq députés UMP qui ont voté pour la loi limitant le cumul des mandats en 2014.  Thierry Solère s’est également opposé à l’abrogation du mariage homosexuel en cas de retour au pouvoir de la droite. Lorsque Najat Vallaud-Belkacem est victime d'attaques sexistes, il la défend. «C'est le summum de la beaufitude absolue, ça fait honte à toute la classe politique! [...] On n'entend pas l'UMP se démarquer de certains propos nauséabonds, on aurait intérêt à le faire.» Cerise sur le gâteau je connais bien sa sœur.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 30 novembre 2014 7 30 /11 /Nov /2014 07:00

Dans son dernier livre, À nos enfants Bruno Le Maire confie qu’il n'a « jamais été aussi heureux dans sa vie professionnelle » qu’au Ministère de L’Agriculture. Tout comme le grand Jacques et son pote Rocard, ce qui fait dire à l’un de ses plus fidèles soutien Thierry Solère, le tombeur de Guéant «Bruno c’est un Chirac jeune, peut-être en moins excité, mais il finira président de la République». Au début de son parcours Chirac était perçu comme un froid technocrate, raide, avec ses sévères lunettes qu’il abandonnera pour casser cette image, le Bruno vient lui aussi de laisser tomber les montures. De son passage au 78 rue de Varenne il a retenu qu’il faut savoir tomber la veste, serrer des louches, prendre le temps avec les gars, boire une petite bière à l’issue des réunions. Le gros Raf note avec son gros bon sens charentais «Le Maire a réussi dans tous les postes où on pensait qu'il échouerait». Il faut dire que pour être le nègre de Dominique de Villepin, mettre de l’ordre dans le processus chaotique conduisant à l'élaboration des discours de l’illuminé, il fallait déjà avoir de la moelle. Anthonin Baudry, son ami et le co-auteur de la BD Quai d’Orsay, dit «Ce n'est un mystère pour personne, au Quai, Bruno Le Maire n'était pas la plume, il était la superplume »


Dans son portrait « l'impossible Monsieur Le Maire » sur Slate Titiou Lecoq dévide la pelote «En gros, le type est spécialiste de tout. Lecteur du Cardinal de Retz, de Saint-Simon et de Proust», fan de Formule 1 –«Ma grand-mère maternelle était une des premières pilotes d’avion de sa génération. Passionnée de mécanique, elle m’a transmis ce virus en m’apprenant très jeune à conduire». «Il est féru de gastronomie française – qu’il a fait inscrire au patrimoine de l’Unesco – mais aussi italienne ou asiatique». Il aime Louise Bourgeois et les peintres contemporains allemands, il fait du tennis et du footing –il était en couv de Running Attitude en octobre 2013: «Il admire les pianistes Glenn Gould et Sviatoslav Richter, le chef d’orchestre Carlos Kleiber et relit Kafka ou Thomas Bernhard». Il est «fan de Thomas d'Aquin et de corrida». Et pour ajouter un peu d’exotisme à tout ça, quand il était étudiant, il a écrit deux romans pour la collection Harlequin, sous un pseudo anglais. Merci. N’en jetez plus. »


Et puis, une dépêche tombe samedi matin « Alors que le vote des 268 341 adhérents de l'UMP, à jour de cotisation au 30 juin dernier, a commencé, les partisans de Bruno Le Maire ont jeté leurs dernières forces dans la bataille au prix d'une large entorse aux règles de la campagne interne au parti. Il était précisé dans le guide électoral du vote que la campagne prenait fin jeudi 27 novembre à minuit et que, dès lors, aucun des candidats ne pouvait intervenir publiquement. Pourtant, l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin a enregistré un message à l'intention des sympathisants. Plusieurs milliers d'entre eux ont été appelés sur leur téléphone portable et ont entendu la voix du député qui se rappelle à leur bon souvenir et demande leur soutien au moment où commence le scrutin ! » La méthode déclenche une bronca sur Twitter. Les personnes ainsi contactées dénoncent pêle-mêle des « méthodes de voyou » ou de « vieilles méthodes ». Une façon de faire qui ressemble peu au message de rigueur, d'impartialité et de rénovation que Bruno Le Maire veut faire passer depuis le début de la campagne. Le clan Sarko tire à vue le fort en thème « Comme quoi on peut avoir une tête de 1er de la classe et des méthodes de voyou »


Au siège de l’UMP l’infraction fait grand bruit au point qu'Anne Levade, présidente de la haute autorité de l'UMP, ne riez pas cette fois-ci ils ont évité le sigle ridicule a tapé sur les doigts de Bruno Le Maire en des termes peu amènes. Un mail sec a également été envoyé à l'équipe de campagne de Bruno Le Maire.


« La Haute Autorité vient d'être alertée, par de nombreux adhérents, de la réception d'appels téléphoniques automatiques de la part de Bruno Le Maire aujourd'hui, vendredi 28 novembre.


Nous vous rappelons que par application du point 5 du guide électoral et de l'article 25 paragraphe 1 du règlement intérieur de l'Union, la campagne électorale a pris fin hier jeudi 27 novembre à minuit.


En conséquence, la Haute Autorité vous demande de mettre fin immédiatement à cette campagne de propagande téléphonique.


Bien cordialement,


La Haute Autorité »


Mais comme le souligne le journaliste de Slate « Le plus intéressant chez lui, ce sont ses doutes, notamment sur le rapport au réel, un terme qui revient de façon lancinante dans son livre Jours de Pouvoir, dès l’avant-propos:


«Tout est faux et de plus en plus faux dans ce que nous regardons de la politique. Les histoires fabriquées de toutes pièces ont remplacé les faits. (…) Si bien que la réalité ne compte plus, mais la représentation de la réalité. Images, réseaux, rumeurs, courriers électroniques, nouvelles en continu, tout se conjugue pour que le factice tienne lieu de vécu.»


«En politique, comme en littérature, on ne construit rien sur la réalité, mais sur des représentations de la réalité. (…) Il faut entrer dans les représentations de chacun, qui sont la seule réalité tangible, tout le reste, chiffres, statistiques, ne donne que la mesure de la réalité, pas son expérience.» (p158)


«Déjà usée comme un vieux tapis, la réalité ne satisfait plus personne» (p287) «la réalité semble filer entre les doigts comme du sable» (p427)


«Si la réalité était la première absente de ces convocations politiques à grand spectacle et si le public le savait?» (p436)


Et de conclure :


« Faire de la politique, c’est fondamentalement se confronter à ce problème. Les élections se gagnent sur la capacité à proposer une représentation qui trouve un écho avec celle que chaque électeur porte en lui. L’exercice du pouvoir revient à se mouvoir entre cette représentation irréelle et une réalité mouvante, trop complexe pour être parfaitement appréhendée.


Malheureusement, dommage collatéral de l’ambition du pouvoir, la nouvelle posture de Bruno Le Maire lui interdit désormais de partager ces doutes. Entre l’écrivain et le politique, c’est ce dernier qui l’a emporté. »


Et pendant ce temps-là je m’activais pour la préparation de mon mariage en blanc avec Émilie. Elle avait choisi sa robe. Selon la tradition je n’avais ni assisté à l’achat, ni aux essayages, me contentant de prendre un cliché de la boutique.


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 23 novembre 2014 7 23 /11 /Nov /2014 07:00

L’opération mobilisation des réseaux de gauche pour faire voter massivement Juppé à la primaire de l’UMP fut baptisée, à mon instigation : « opération Chartrons ». Je convoquai ma fine équipe vendredi soir au Lapin Blanc rue de Ménilmontant. Prévenus ils étaient tous en jeans et perfecto, des vrais loubards d’opérette versus 9 cube. Claire nous fit du Parmentier de canard et nous nous rinçâmes abondamment au Lestignac. Comme amuse-bouche nous visionnâmes la prestation de Sarko devant les militants du Sens Commun. Avant la projection je gratifiai mes troupes d’un petit speech qui fut très apprécié.


Mes chers collègues,

 

Pour ne rien vous cacher j’ai bu du petit lait…


Rires


Façon de parler bien sûr… Comment aurais-je pu ne pas goûter avec délice la performance de notre Ex ? Notre matamore nous a gratifiés d’une prestation quasi-unique dans l’histoire des meetings politiques. Exceptionnel que de découvrir enfin sous le petit Sarko une pauvre baudruche à la Benito, dégonflée en moins d’une minute chrono, le coup de ce pauvre Conducator Nicolae au balcon de son immeuble bunkérisé, éberlué par l’audace de la piétaille…


-         Z’êtes chaud bouillant patron !


-         Normal je suis amoureux Stéphane… Énorme jouissance que de voir notre Nico, le mec au karcher, tétanisé par la pugnacité des énervés de son camp, soudain paniqué face à la bronca, « abolition, abolition… », qui perd pied et qui, croyant se sauver, tout à trac lâche tout, plie ses petits genoux cagneux, concède, se couche. Dans son langage de maquignon qui se croyait madré il s’humilie. S’enfonce. Coule…

 

-         Ok mais la bête n’est pas morte chef. Elle n'en est que plus dangereuse.

 

-        Bonne remarque, ne nous laissons pas aller au péché mignon de notre proie : la suffisance. Rien n’est jamais gagné avec lui. Même à terre il mord. Nous pouvons faire confiance dans la capacité de cet homme à utiliser toutes les astuces, les plus grosses ficelles de la communication marchandisée, pour séduire, plaire. Certes il s’essouffle, toujours aussi agité il lasse et surtout il perd de plus en plus le contrôle de lui-même. Ses points faibles nous les connaissons mais l’important pour nous est de repérer les traîtres en puissance, ceux qui quitteront le navire à la première voie d’eau. Comme notre bateleur raille en permanence ses « amis » bien plus que ses ennemis, tous des cons, des nuls, lui le beau, l’élégant, qui a une belle gonzesse, le petit rouleur de mécaniques sur talonnettes portant des costards griffés qui se croit bien sapé alors qu’il n’a pas plus d’allure qu’un pingouin pataugeant sur une banquise molle. Nous jouerons le centre d’accueil et de recyclage des déçus du petit Nico. Je suis persuadé qu’ils ne vont pas manquer…


 

-         Le pingouin sur la banquise celle-là je la replacerais… Patron on peut faire les fonds de chiottes ?


 

-         Tout est permis mais moi seul décide des suites à donner à la collecte. Compris ! Pour l’heure jouons dans la cour des culs bénis et balançons dans les présentoirs d’églises des feuilles de choux où nous nous offusquerons qu’un mec, qui collectionne les divorces, trois femmes au compteur, des enfants en pagaille, vienne nous faire la morale sur le mariage socle de notre société pour plaire à ceux qui croient en son indissolubilité. J’ai pondu un édito au vitriol « mariage outragé, mariage brisé, mariage martyrisé. Ça devrait plaire aux chaisières…


 

-         Ouais je trouve que ça a un petit côté film de Jean-Pierre Mocky avec Bourvil qui pillait les troncs en soutane…


 

-         Un peu de sérieux, pour l’heure la tendance est bonne pour nous puisque dans le sondage Odoxa pour i>Télé et Le Parisien/Aujourd’hui en France d’aujourd’hui : 63% des sympathisants UMP, contre 73% il y a un mois, souhaitent voir Nicolas Sarkozy élu à la présidence de l’UMP, contre 31% (+5) qui préfèrent Bruno Le Maire et 5% (+4) Hervé Mariton (1% sans opinion). Auprès de l’ensemble des Français, Bruno Le Maire dépasse largement Nicolas Sarkozy : 48% contre 34%, tandis que 12% préfèrent Hervé Mariton (6% sans opinion), pour cette élection à laquelle ne participent toutefois que les adhérents de l’UMP (et non les sympathisants).


La cave du Lapin Blanc termina sa nuit à sec même que sur le coup de trois heures du matin une brave patrouille de la Territoriale pointa son museau enfariné dans le terrier. Elle fut accueillie par un mur de cartes tricolores qui la fit refluer dans un désordre penaud. Je bloquai tout ce petit monde pour leur offrir une tournée de bulles. Nos collègues en uniforme levèrent le siège à 5 heures et ils raccompagnèrent Claire chez elle avec leur voiture de service. En cette soirée je pense avoir bien contribué à la compréhension entre notre belle jeunesse et la Police nationale.


De retour at home face à un café brûlant je fis part à Émilie d’une proposition qu’elle accueillit avec une grande stupeur. Après l’avoir prévenu, qu’en dépit de mon taux d’alcoolémie élevé, mes propos étaient tout ce qu’il y a de sérieux, je déclinai mon projet :


-         Je suis marié…


-         Oui je le sais


-         Je suis marié devant le maire…


-         Rien de très original.


-         J’en conviens mais je ne suis pas passé devant le curé.


-         Ça n’est pas obligatoire.


-         Bonne remarque mais ça m’ouvre une perspective…


-         Laquelle ?


-         De te mener à l’autel.


-         C’est quoi ce délire ?


-         Je veux faire avec toi un mariage en blanc…


-         Un mariage blanc ?


-         Non, en  blanc, tu sais une belle robe de mariée avec un voile, une traîne et tout le toutim.


-         Tu es cinglé !


-         Non très sérieux. Je suis allé voir le curé de Saint-François Xavier dans le 7e et tout est au carré.


-         Je refuse !


-         Tu ne peux pas Émilie !


-         Pourquoi ?


-         Les faire-part sont déjà expédiés.


-         M’en fiche !


-         Ne monte pas sur tes grands chevaux même si ça te va bien. Ce mariage ne t’engage en rien. Le soir même après la fête tu seras libre comme l’air…


-         Alors pourquoi tout ce cirque ?


-         Pour faire une grande fête pour que je puisse tirer ma révérence en beauté.


-         Et pourquoi veux-tu tirer ta révérence en beauté ?


-         Parce que je t’aime comme un dingo Émilie !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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