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La photo du taulier est signée Jim Budd©


 

 

 




 

Roman

Dimanche 5 mai 2013 7 05 /05 /Mai /2013 07:00

Le temps pourri et l’atmosphère insupportable de ce pays m’ont fait boucler mes valises, façon de parler parce que je me suis tiré de Paris, les mains dans les poches, avec seulement un sac plein de bouquins, en prenant le premier train en partance, le 1er mai. La SNCF me proposait une première classe pour le prix d’une seconde, je pris. Le fauteuil était vaste, confortable, ma voisine jeune et sympathique, et l’on m’offrit le petit déjeuner. Le soleil m’accueillit, j’étais ravi. Déambuler dans une ville dont je ne me souvenais plus très bien la géographie m’oxygénait la tête. Même une grosse conne de patronne de café n’arrivait pas à me fâcher lorsqu’elle me demandait de renouveler ma consommation à la terrasse ensoleillée. Rien que pour la faire chier je lui lançais des horreurs et, comme j’avais la gueule d’un étranger, quelques gros bœufs déjà plein de bière prenaient son parti sans aller jusqu’à me chercher des noises. Je m’en foutais. La ville était en fête. Je ne vous dirai pas laquelle car je n’ai pas envie que certains fouille-merdes me suivent à la trace. Sur le coup de midi, après avoir pris un pastis chez Le Marseillais, un couple de copines à qui j’avais bigophoné venait me prendre dans leur tire pour m’emmener déjeuner sur le bord du canal. Le soleil dardait. Le tartare au couteau était excellent, le service nul et le Pouilly Fuissé aux abonnés absents. Peu importait nous papotions de tout et de rien, même que les filles s’inquiétaient de mon devenir. Je plaisantais « même pas une brosse à dents… » J’avais noté dans le train sur un petit carnet « les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases  reviennent […] comme les motifs d’une tapisserie que l’on aurait tissée dans un demi-sommeil » Patrick Modiano à propos de la publication par Gallimard, en un seul volume de dix de ses principaux livres, écrits de 1975 à 2010 et rassemblés sous le titre Romans :  Villa triste, Livret de famille, Rue des boutiques obscures, Remise de peine, Chien de printemps, Dora Bruder, Accident nocturne, Un pedigree, Dans le café de la jeunesse perdue et L'Horizon.


Ce qui avait achevé de me foutre le moral dans les chaussettes ce fut l’épisode Guéant. Qu’un ex-Ministre de l’Intérieur, ex-directeur de cabinet du Ministre de l’homme au karcher, qui avait tenu les clés du château sous l’agité, puisse sortir, pour se justifier des gros trucs levés par les juges, une telle bordée de conneries avait de quoi me faire tomber à la renverse : soit il est con, soit il nous prenait pour des cons, surtout les vieux de la vieille maison. Les bras nous en tombaient de l’entendre parler de cette histoire de primes de cabinet en liquide. Tout le monde sait que c’est le père Jospin qui a mis fin aux mallettes. Avant 2002, le chef de cabinet du Premier Ministre, chaque mois se pointait à la Banque de France pour récupérer du liquide, faisait ensuite la répartition entre les Ministères selon une clé de poids spécifique de chacun d’eux, puis les chefs de cabinet venaient ensuite chercher leur enveloppe kraft pleine de biftons qu’ils distribuaient à leur bon gré aux membres de leur cabinet qui défilaient comme de bons élèves dans leur bureau.  En 2001 je me souviens d’être allé, pour le protéger, chercher avec le « trésorier » de Matignon 12 millions d’euros. Bien évidemment, ces enveloppes de liquide échappaient à l’impôt et à la CSG. Fait comme un débutant le Guéant, un fraudeur ordinaire, un Cahuzac au petit pied, dressé sur ses ergots de haut-fonctionnaire intègre qui ne sait pas comment faire pour blanchir de l’argent. Ahurissant, que le Premier Flic de France, dont on nous disait que c’était un as de la France-Afrique, puisse adopter une telle ligne de défense aussi débile. Le pire c’est qu’il est maintenant un avocat au Barreau de Paris qui aurait dû s’appliquer à lui-même ce que premier baveux stagiaire, commis d’office, conseille à son client qui vient de se faire gauler en flag, fermer sa gueule.  Sa copine Roselyne Bachelot, reconvertie dans le people, n’y est pas allé par 4 chemins face à ses explications embarrassées : « soit c’est un menteur, soit c’est un voleur ». Sympa et affectueux, seule la grosse Morano est montée au créneau, avec sa finesse coutumière, pour prétendre, qu’il s’agissait une fois de plus d’un complot visant non pas Claude Guéant mais bien l’ancien président de la République. « Chaque fois qu’un bon sondage sort sur lui, il y a une perquisition ou une affaire qui apparaît sur un de ses proches » Grotesque et méprisant, mais ce qui est sûr c’est que le petit père Guéant va se sentir bien seul et il lui faudra des nerfs d’acier pour accepter de porter un chapeau peut-être trop grand pour un Préfet. Comme il ne s’est pas fait, au temps de sa gloire, beaucoup d’amis, alors… la curée est proche et le roquet de Meaux restera prudemment dans sa niche.


Après avoir déjeuné avec le premier cercle du Ministre de l’Intérieur où la conversation avait été sinistre, la bouffe limite et les vins lourds, j’étais rentré chez moi et, pour la première fois depuis bien longtemps, j’avais pris une décision d’importance : cesser de m’amuser. Alors, sans hésiter, j’avais renvoyé ma carte de l’UMP au siège de l’UMP rue de Vaugirard avec un petit mot débile pour Copé « la prochaine fois je voterai pour Marine, vous êtes trop cons… » J’avais nettoyé mes fichiers sur mon disque dur puis j’étais allé piocher dans une pile de bouquins pour récupérer ceux dont j’avais besoin. Je les avais enfournés dans un grand sac de toile puis j’étais allé faire la sieste tout habillé. Jasmine étant parti avec les mouflons se dorer au soleil des îles je pouvais gérer mon temps au gré de mes humeurs. Reprendre le fil de mon histoire ne serait pas simple mais j’avais décidé d’y replonger la tête la première sans me soucier de là où je m’étais arrêté au temps où j’infiltrais les BR entre Milan et Turin. J’aurais pu me tirer en Italie chez ma copine Lucia mais le climat y était aussi lourd, délétère avec le retour de la vieille raclure lubrique de Berlusconi et l’éclosion de Beppe Grillo, étrange héritier des débiles des BR et du Benito des origines ; un gauche extrême sans colonne vertébrale, populacière, se nourrissant de la pourriture du système. Quand je m’étais éveillé le crépuscule ajoutait du gris au gris, alors je sortis. Ce que je fis je ne vous le dirai pas car c’est ma part d’ombre comme dirait le couple d’enfer Plenel-Cahuzac. J’aime filer dans Paris. Rejoindre. Me laisser-aller. Le souffle de leur fraîcheur me donne envie d’avancer. J’avancerais donc !

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 07:00

Le chat de Mathias, mon aîné, le bien nommé Dark Vador, qui me fait, dès que celui-ci a le dos tourné, une cour effrénée pour que je lui  serve une ration supplémentaire de sa pitance favorite, alors que je prenais mon petit déjeuner dans notre jardin, m’a inspiré. Ce matou castré, bien nourri, patelin, s’est offert un malheureux mulot qui sortait de je ne sais où. Le mulot c’est tout propre et tout mignon. L’affreux jojo lui a fait subir un supplice sadique après l’avoir estourbi sans l’achever. Tout d’abord, il est venu me présenter sa victime. L’a libérée. La pauvre bestiole, en clopinant, a tenté de rejoindre le couvert du gazon. Preste coup de patte, roulé boulé du mulot qui arrive à se remettre sur ses pattes mais revient se jeter dans la gueule du matou qui dédaigneux le laisse aller. Nouveau coup de patte, vol plané. Je tente d’intervenir. Dark Vador se replie en chopant la bestiole. S’arrête. Me nargue. Je lui balance un de mes chaussons sur la tronche. Il goûte modérément la plaisanterie. Le mulot se carapate en zigzaguant. Le matou le course. Je le course. Il se ressaisit de la bestiole. Je gueule et là, à ma grande surprise, Dark Vador, abandonne. Le mulot se tire et disparaît. Le matou comme si de rien était viens se frotter à mes jambes. J’ai envie de lui botter le cul mais je ne le fais pas. Pourquoi ? Tout bêtement parce que Dark Vador n’est qu’un chat. Message bien reçu, je ne joue plus. Je contente d’ouvrir la trappe. Il a disparu, n’existe plus. Pourquoi se pourrir la vie pour si peu ? L’opération aura fait long feu, assez ri, nous revenons aux choses sérieuses. Le cas Guaino me fascine. Il se prend pour Malraux mais ressemble de plus en plus à un héros de théâtre de boulevard coincé qu’il est entre la Barjot et la grosse catho. C’est Philippe Séguin qui doit être content face à l’agitation de son ancien adorateur.

La dernière initiative de l’Henri c’est de tenter de faire signer à ses chers collègues députés une « lettre ouverte à Monsieur le Procureur de la République auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris » :

Paris le 23 avril 2013

Monsieur le Procureur,

C’est avec étonnement que nous avons appris que vous aviez diligenté l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les propos tenus par Monsieur Henri Guaino, Député des Yvelines, concernant la décision de mise en examen du Président Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bettencourt. Nous avons bien noté que votre décision faisait suite à la lettre de dénonciation que vous a adressée l’Union Syndicale des Magistrats sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, au motif que les propos tenus par Monsieur Guaino constitueraient un délit d’outrage à Magistrat et de discrédit jeté sur une décision de justice. Nous considérons que lorsqu’un parlementaire a le sentiment qu’un abus a été commis dans le fonctionnement des Institutions de la République, il est de son droit et de son devoir de le dénoncer. Nous tenons à rappeler qu’aucun de ceux qui servent ces Institutions n’est à l’abri de la critique et du jugement des citoyens - à fortiori de leurs représentants - sur la manière dont il remplit les fonctions qui lui sont confiées. Nous tenons à rappeler solennellement que les grands principes de la liberté d’expression, de la liberté d’opinion, de la responsabilité des agents publics et de la séparation des pouvoirs, sont les fondements de notre République et de notre Démocratie. Nous tenons à rappeler que la Justice est rendue au nom du peuple français et que l’institution judiciaire est le bien commun de tous les Français. C’est dans cet esprit, qu’au sujet de la décision de mettre le Président Nicolas Sarkozy en examen pour soi-disant « avoir abusé frauduleusement de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse de Madame Liliane Bettencourt personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge … est apparente ou connue de son auteur, pour conduire cette personne à un acte ou à une abstention et notamment à des dons non déclarés de sommes en espèces», nous faisons nôtres publiquement, individuellement et collectivement, tous les propos tenus par Henri Guaino, entre le 22 et le 28 mars 2013, tels qu’ils sont reproduits dans la lettre de dénonciation de l’Union Syndicale des Magistrats. Comme lui, nous affirmons que le juge, par cette décision, « a déshonoré un homme, a déshonoré les institutions et a déshonoré la Justice ».Nous entendons assumer individuellement et collectivement toutes les conséquences de ces propos qui sont désormais les nôtres, si vous deviez les considérer comme constitutifs d’un délit. Pour éclairer les Français et vous-même, nous demandons à Madame le Garde des Sceaux de rendre public le rapport qu’elle a commandé au Parquet de la Cour d’Appel de Bordeaux concernant les poursuites engagées contre le Président Sarkozy. Nous vous prions de croire, Monsieur le Procureur, en l’assurance de notre considération.

C’est t’y pas beau ça. Pas sûr qu’il y ait foule pour signer. Mon amour pour les magistrats instructeurs étant très nettement au-dessous du niveau de la mer je ne contente de rire de la fougue du néo-député pour défendre son idole. C’en est touchant. Reste que tout ça est passé aux oubliettes grâce aux « murs des cons » du Syndicat de la Magistrature. Je n’épiloguerai pas sur l’utilisation du qualificatif de con, qui n’a rien d’infâmant, mais très franchement si nos petits juges n’ont rien d’autre chose à foutre dans leurs locaux syndicaux que de placarder la tronche de quelques-uns de leurs détracteurs c’est inquiétant. Quand à en faire une affaire d’Etat il ne faut pas pousser le bouchon trop loi. Des branleurs, des cons à leur façon, des mauvais potaches, qui mériteraient un coup de pied au cul. Et ça se dit politique en plus. Franchement je vais m’exiler en Belgique, pas du côté de chez Depardiou mais à Bruxelles. Depuis quelque temps j’ai  délaissé mon UMP. J’ai plein de bonnes raisons. Même NKM a réussi à me décevoir. Même que la Rachida a plié ses voiles après avoir tenté de faire interdire une BD. Même que Roquet de Meaux n’a plus le temps de faire l’avocat d’affaires. Même que Fillon a disparu de la circulation. La pathétique MAM ressort de la naphtaline flanquée de son paltoquet. C’est vrai y’a plus que Guaino sur le devant de la scène mais il est si prévisible et convenu que c’est lassant. Les temps sont durs et la cour s’amuse comme si de rien n’était. Paris-Bruxelles ce n’est qu’une heure 20. Je prends de ce pas une carte « grand voyageur ». Il faut que je me mette à écrire pour de vrai.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 21 avril 2013 7 21 /04 /Avr /2013 07:00

Contrucci rentrait d’Auray par le train. Il pestait. Parti à 07h21 dans un Intercités pour rejoindre Redon, il avait changé à 8h05 pour monter dans un TER : direction Rennes. Arrivé à 9h03, le pauvre était tombé dans la nuée des supporters du Stade Rennais qui se rendaient à Paris pour assister à la finale de la Coupe de la Ligue au Stade de France. Du bruit, des cris, de la bousculade, de la charcutaille, des écharpes ridicules, tout ce qu’il  détestait. Même en première dans le TGV, il avait dû « supporter les supporters », sic, pire vue la cohue il n’avait pu conclure avec une grande brune aux gros nichons, qui se faisait tellement chier  à côté de son con de mari plongé dans l’Equipe et qui n’avait cessé de lui poster des œillades appuyées. Elle s’était pourtant levée pour se rendre aux toilettes, tortillant son cul levé de pouliche enveloppé dans un pantalon tube, et il l’avait rejoint sans pouvoir se glisser dans l’habitacle. Trop de monde sur la plate-forme, il l’avait attendu sur le pas de la porte. Lorsqu’elle était sortie il ne s’était pas écarté. Ça avait beaucoup plu au grand cheval qui, en minaudant, avait forcé le passage poitrine en avant zozotant un timide « le bar c’est z’où ? » Contrucci l’avait précédé. Elle tanguait et, à plusieurs reprises, se raccrochait à lui. Ses grands ongles faits se plantant dans le gras de son bras. « Putain, la trique ! En plus elle embaumait le N°5 de Chanel. Une bombasse à retardement, genre fragmentation… » Dans le wagon-bar bondé, une fois la commande passée, elle s’était insérée entre deux groupes, et Contrucci avait dû carrément se plaquer tout contre elle. Elle lui avait glissé à l’oreille « Lorraine » toujours avec son zézaiement. En veine de confidences, elle ne lui avait pas laissé le temps de répondre, enchaînant « pour mon mari je vais chez ma mère mais en fait je vais rejoindre mon amant… » Contrucci ça l’avait refroidi mais elle avait ajouté, affichant un sourire plein de dents « vous me plaisez, j’en ai marre des jeunes cons. Envie d’un vrai homme ! » Elle avait prononcé z’homme en soupirant et elle avait ouvert son sac pour se saisir son IPhone qu’elle lui tendait « si ça vous dit de me revoir inscrivez vos coordonnées dans mes contacts. Contrucci s’était exécuté. Lorraine l’avait remercié puis l’avait embrassé à la manière des filles d’aujourd’hui, à la commissure de ses lèvres, fortement, avec insistance. Le Corse était tout chamboulé car cet enchaînement mettait le bordel dans son logiciel, d’ordinaire c’est lui qui  dirigeait la manœuvre. Elle l’avait planté, sans même tremper ses lèvres dans son jus d’abricot et, après quelque pas, s’était retournée, avait levé la paume de sa main droite à hauteur de son menton, doigts tendus, et lui avait soufflé un baiser. Contrucci ne s’en était pas remis. Le reste du voyage fut un réel calvaire, Lorraine, plongé dans Voici, ne l’avait gratifié d’aucun regard. Arrivée à Montparnasse, sur le quai, après avoir laissé son mari en plan, elle avait galopé vers la station de taxi et avait disparu dans le fond d’une Mercédès noire qui n’était pas un taxi.


Contrucci se lamentait « Quand je pense qu’elle en train de se faire sauter par un jeune con, j’en suis malade… Mais qu’est-ce qu’elles ont dans la tête les gonzesses d’aujourd’hui. Elles te lèvent. T’excitent à mort. T’envoient un baiser de midinette avant d’aller, comme si de rien n’était, rejoindre un petit mec à peine sorti des jupes de sa mère. Ça me dépasse… » Pour le consoler je lui servais un double Scotch, son Lagavulin 16 ans d’âge, fleuron des single malts de l'île d'Islay très tourbé et iodé et tentait de le détourner de son obsession ferroviaire en me la jouant connaisseur appréciant sa couleur vieil or à reflets ambrés, vantant le nez ample marqué par des notes animales et d'orge fumée, avec une très légère trace de tourbe onctueuse, soulignant qu’en bouche son côté tourbé révélait des notes marines de poisson fumé sur fond de réglisse. Pour la finale je pataugeais un peu mais Contrucci toujours sur ces rails me balançait, les yeux dans les yeux, après sifflé son Lagavulin « Tu me donnes les moyens de la retrouver pour que je me la fasse ce soir. J’en peux plus camarade j’ai les gonades en fusion… » Estomaqué mais pas étonné, je faisais tournoyer d'une main experte mon fond de scotch. Je prenais mon temps. Contrucci se taisait mais je le sentais très à cran. Il fallait que je fasse tomber la pression.


-         Et tu la retrouves comment ta Lorraine

-         J’ai l’adresse de son puceron sauteur par le fichier des cartes grises

-         Ok et tu fais quoi ?

-         Je l’enlève !

-         T’es sérieux…

-         Sérieux de chez sérieux mais je ne peux pas faire ça en solo. J’ai besoin de deux assistants…

-         T’as mesuré le risque si ça foire ?

-         Oui je prends tout sur moi…

-         Et tes deux porteurs de valise t’en fait quoi ?

-         Je les largue à la première alerte…

-         C’est du bricolage ton plan…

-         T’as mieux en magasin ?

-         Oui, moi !

-         Tu ferais ça pour moi…

-         Intéressé par la seule vision de ta pouliche…

-         Concurrence ?

-         Non simple curiosité…

-         Je prends.

-         Et notre IP 88.169.161.196 comment va-t-il ?

-         Comme une grosse mouche verte il se cogne contre les parois de notre cercueil de verre.

-         Tu m’as rapporté du Rayas

-         Oui, mais vu les tarifs, deux quilles seulement…

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 14 avril 2013 7 14 /04 /Avr /2013 07:00

C’est un fait avéré mes petites soirées bien arrosées ont toujours eu du bon, tout d’abord parce qu’elles permettent à chacun de mes petits camarades d’ouvrir sa bonde, de se lâcher, sans pour autant basculer dans l’agressivité, le règlement de comptes, et puis ensuite, lorsque tout le monde s’est défoulé, il est possible d’aborder les choses sérieuses sans se prendre le chou. Détail d’importance, mon cheptel  tient bien le carburant à haut degré. Notre soirée Cahuzac a donc tout naturellement débouché sur la suite à donner à notre petite affaire. Bosser hors des clous ça les motive mes licheurs de haut vol et, dans le cas présent, ça les motive d’autant plus qu’ils ne portent pas dans leur cœur la lopette qui va faire l’objet de notre attention particulière. Je ne sais plus qui a lancé l’idée de donner un nom de baptême à notre opération mais ce dont je suis sûr en revanche c’est que ça a de suite plu à tous les bestiaux. Je les ai laissé me proposer leurs conneries habituelles, très au-dessous de la ceinture, avant de trancher « ce sera d’Aguesseau ! » Ma proposition fit l’unanimité pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer. Disons que c’est une adresse à quelques encablures de la place Beauvau où bien des coups se sont montés. Bien évidemment le champagne s’imposa pour fêter cette avancée, un magnum. Pendant qu’ils lui faisaient un sort je leur ai avoué que j’aurais pu proposer Guitsh’au mais c’aurait un peu trop gros. Avant qu’ils lèvent l’ancre je leur ai rappelé le mot d’ordre de notre petite traque « prêcher le faux pour savoir le vrai… » . Notre homme pense en effet que, s’étant retiré des voitures dans sa petite gentilhommière de la baie du Morbihan, avec sa grosse bobonne reliftée et permanentée, plus personne ne viendra lui chercher des poux sur sa tête de chauve. « Encore un qui n’a pas eu les moyens de  se payer les services de Cahuzac » a ironisé Contrucci. Ça a donné des idées à Duruflé qui nous a servi une longue tirade « Bof, avec sa gueule de cul-béni il doit se contenter de parader à la sortie de la messe, ça toujours été dans sa nature de s’estimer supérieur à la piétaille de ce bas-monde. Il doit ronger son frein, s’emmerder comme un rat mort, mais il est bien trop pétochard pour se risquer à remettre son grand tarin dehors. Nous nous sommes pépères, pas du tout pressés, et nous n’avons même pas besoin de le filer, on peut le suivre à la trace notre cul dans une chaise. S’il savait que nous sommes à son cul il serait vert. De mon point de vue il doit quand même avoir des doutes, des craintes, et c’est là que bien sûr nos leurres foireux jouent pleinement leur rôle en lançant des fausses pistes, des infos bidonnées, des petites provocs qui le rassurent. » Nous nous sommes quittés autour de 1 heure du matin repus, pompettes et mon petit monde savait qu’il avait carte blanche et que, comme j’avais d’autres chats à fouetter que de me préoccuper de cet enfoiré, je ne leur mettrais aucune pression.


Cette soirée m’avait fait du bien. Avant d’aller me coucher j’ai feuilleté une note blanche qu’une de mes taupes venaient de me faire passer. Selon une source militaire, les renseignements français auraient opportunément fuités auprès des deux juges, Le Loire et Van Ruymbeke, pour accélérer la chute de Cahuzac. « L’armée a eu sa peau. On ne s’attaque pas impunément à nous. Il voulait notre mort. Nous l’avons eu. Et d’autres ministres pourraient suivre si Hollande continue sur cette voie » Les Suisses n’en sont pas revenus. Tout ça sera dans l’Hebdo sous peu indique le rédacteur de la note. Confirmation évidente que c’est dans le marigot du renseignement que tout se joue, pas à la rédaction de Médiapart n’en déplaise à  Plenel. Bien évidemment, ces preuves, les semelles de crêpes les ont gardées bien au chaud avant de servir le plat du jour en conservant bien entendu des munitions pour faire chanter les politiques en cas de besoin. De bonne guerre, mais pour autant je ne crois pas à la thèse du complot pour sanctionner Cahuzac Ministre des cordons de la bourse. Comme toujours dans ce genre d’affaire il est difficile de démêler le vrai du faux. L’Armée, qui n’est pas un modèle de bonne utilisation du pognon des contribuables, devra passer comme tout le monde, à la toise : le fameux plan Z n’était pas l’œuvre de Cahuzac mais celle des services de la direction du Budget qui n’apprécient guère l’arrogance des patrons de la Grande Muette. Il est toujours sur le bureau de Cazeneuve, un Cherbourgeois qui connaît bien les histoires d’armement, et, comme pour la dissuasion nucléaire, les menaces du type « d'autres ministres pourraient suivre si Hollande continue sur cette voie », valent que si on ne les utilise pas. Pour qui connait le mode de fonctionnement de l’Interministériel, qui plus est sur un sujet dépendant du domaine réservé du Chef de l’Etat, « supprimer 31 régiments dans l’Armée de terre, vendre notre unique porte-avion Charles-de-Gaulle, annuler des commandes d’hélicoptères Tigre et de deux sous-marins nucléaires Barracuda, arrêter la production des avions Rafale et des transporteurs Airbus A400M, supprimer quelque 51 000 postes, fermer des bases françaises à l’étranger et réduire les budgets des renseignements intérieurs et extérieurs. » ne sera pas le point d’arrivée de la négociation. On peut aussi compter sur le lobby des bénéficiaires des commandes de l’Armée pour tempérer les ardeurs des gnomes du Budget.


La lecture d’un papier de 2e DB dans Médiapart link  confirme mon analyse comme le montre ce passage que j'ai surligné « Info ou intox? S’il est difficile d’obtenir des confirmations officielles dans ce domaine, la thèse d’un coup des Services secrets contre le ministre tient la route, estime Christophe Guilloteau, député UMP membre de la Commission de défense de l’Assemblée nationale, qui a l’impression que le système a dit stop. D’autant que les autorités judiciaires genevoises qui ont reçu le 19 mars 2013 une demande d’entraide judiciaire se sont étonnées de la précision des informations de la justice française au sujet des comptes bancaires du ministre dans les banques Reyl & Cie et UBS. Service de renseignement. La patte des Services de renseignement français, estiment plusieurs de nos sources. «Et ne croyez pas comme vous avez pu le lire ici ou là que c’est Patricia Cahuzac, la future ex-femme du ministre qui a précipité sa chute. Si elle devait connaître l’existence d’un compte en Suisse, elle aurait été incapable d’en transmettre les numéros à la justice.» Et rien ne dit qu’elle avait effectivement engagé des détectives privés pour enquêter sur la vie et le patrimoine de ministre de son mari. Elle s’en est en tout cas toujours défendu.

Non, la vérité est plus crue, poursuit notre informateur. «Nos services traquent depuis plusieurs années les fraudeurs du fisc à l’étranger et notamment en Suisse où nos hommes sont très présents.» En outre, le cas Cahuzac ne leur était pas inconnu puisqu’il avait déjà été dénoncé en 2008 par Rémy Garnier, un contrôleur du fisc aujourd’hui à la retraite.

Mais alors pourquoi n’avoir pas agi plus tôt? Une partie de la réponse vient de tomber grâce à un collectif d’officiers de la DCRI. Dans un document de 14 pages, remis le 16 février au groupe de travail sur les exilés fiscaux dirigé par le député socialiste Yann Galut, ces espions confirment que les renseignements surveillent étroitement sur l’organisation de la fraude fiscale internationale, notamment celle organisée par UBS. Mais ils se sont bien gardés de transmettre leurs informations à la justice.  Pourquoi? «Ces services se nourrissent des délits qu’ils ne souhaitent pas voir apparaître ou révéler à l’autorité judiciaire pour ne pas amoindrir leur influence, quand le besoin s’en fait sentir», répondent les membres de ce collectif d’officiers de la DCRI dans ce document cité par La Croix. En clair: ils utilisent leurs informations sur la fraude fiscale quand bon leur semble, en se cachant derrière le  «Secret Défense» pour ne pas transmettre automatiquement leurs pépites aux juges.

Cerise sur le gâteau à la Médiapart « plusieurs agents se souviennent que Jean-Yves Le Drian avait travaillé jadis dans l’armement, une des industries les plus opaques qui soient. Un ministre, tout comme un président averti, en vaut deux. » Avant de m'endormir je lis le compte-rendu de la conférence de Plenel à la Maison Française de la New York University le 12 avril sur les enjeux politiques d'Internet.link


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 7 avril 2013 7 07 /04 /Avr /2013 07:00

En plein tsunami Cahuzac j’ai rameuté ma petite bande de vieux routiers pour faire le point de la situation. Leblond s’était joint à nous. Ambiance chaude nous carburions aux alcools forts. Ça fusait de partout mais le consensus se fit très vite sur la pusillanimité des journalistes français. Comme pour DSK le microcosme parisien bruissait du «beaucoup savaient», les bondes étaient ouvertes. Commençons par le gros maçon de Bauer, passé du rocardisme au sarkozysme via son officine sur la sécurité, qui glisse en off en souriant sous sa petite moustache « évidemment, qu’il a un compte en Suisse». Comme c’est un habitué de l'ombre il n’ignore rien des petits secrets qu’on échange entre initiés. Nous les soutiers savons bien que le journalisme dit d’investigation trouve sa matière plutôt dans les égouts qu’à la table des Ministres. Vient ensuite, Jujube qui, en bon ancien trostsko adore les ragots de la grande maison, aurait mis en garde François Hollande. On peut comprendre que celui-ci ait pris ça avec des pincettes. Bien évidemment, pour le Tout Paris, la rumeur d’un compte suisse devait courir les couloirs de la Direction centrale du renseignement intérieur mais le problème c’est que, comme souvent, personne n’a réussi à l’attraper. À ce compte-là s’il fallait tenir prendre pour argent comptant toutes les rumeurs qui courent à la DCRI il faudrait mettre sous les verrous un sacré paquet de monde. Note blanche or note blanche ? Manuel Valls dément. Reste Michel Gonelle, le mec de l’enregistrement où Jérôme Cahuzac dit que cela « l’emmerde » d’avoir un compte en Suisse, qui affirme « je sais de bonne source que ce compte, vraisemblablement en 2008, a fait l’objet d’un signalement de la part d’un officier de la Douane judiciaire. Signalement qui a ensuite été transmis aux services de renseignement. » Et puis y’a aussi Remy Garnier, l’inspecteur du fisc du cru, qui rappelle qu'en juin 2008 il avait adressé un mémoire à Éric Woerth, et comme il avait consulté le dossier fiscal de Jérôme Cahuzac il avait mentionné cette histoire de compte suisse non déclaré. Et c’est à ce niveau que tout se noue. En effet sans un rapport sur l’affaire de l’hippodrome de Compiègne rédigé par Philippe Terneyre, professeur de droit de l'université de Pau, à la demande de Cahuzac il n'y aurait peut-être jamais eu d'affaire Cahuzac... En effet, Fabrice Arfi, le journaliste de Mediapart, dit avoir commencé son enquête à partir de ce drôle de rapport commandé par Cahuzac à un prof de droit de ses amis qui donnait raison, au mépris des avis des meilleurs experts en droit forestier français, à Éric Woerth. Les mauvais esprits, et ils sont nombreux, pensent que les promus socialos de notre ancien président avaient des casseroles pour mieux les tenir. Par la queue bien sûr... ne riez pas Cahuzac a été trahi par son ex-femme.


Leblond, notre expert en ragoût politique était formel «  Tout ça, tout compte fait, n’a guère d’importance car nous ne sommes qu’au début d’une séquence où seule la donne politique peut calmer le jeu. Le pire est à venir ! Qu’Hollande, en bon mitterrandien ne veuille pas, à juste raison, agir sous la pression, c'est normal, mais il n'a plus de choix. L'agenda est pourri. Y'a le projet de loi sur le mariage homo au Sénat et ce n'est pas gagné. Pour en rajouter, et faire plaisir à Montebourg, y'a le dossier Ayraultport – Leblond à dessein marque bien le temps d’arrêt pour que nous goûtions le jeu de mots – où une commission des Sages doit rendre un avis. Si  c'est oui les Verts seront verts de rage, et si c'est non le père Ayrault baissera une fois de plus son pantalon. Moscovici freine à mort sur la croissance et je n’ai pas besoin de vous faire un dessin il va falloir trouver encore du flouz ou faire des économies. Puis y'a la meute, le roquet de Meaux, la grosse Marine et le Merluchon, qui cogne de plus en plus fort sur les socialos. Si le Cahuzac arrête de faire le con et lâche son siège de député la partielle de Villeneuve-sur-Lot tournera à la Bérézina pour le PS. Enfin, c’est couru d’avance, la nouvelle manifestation contre le mariage homo va virer à l'émeute. La radicalisation était déjà dans l’air. Adieu les poussettes et les chiarres, place aux nervis de la droite… »


-         Tu es bien gentil mon vieux Leblond mais qu’est-ce notre Président peut faire ? ironise Contrucci qui tire sur son Puros avec délectation.

-         Changer de gouvernement !

-         La belle jambe, ça ne changera rien à la donne mon pote. Changer quelques têtes ne calmera personne siffle Berlizot qui ne peut piffer Leblond.

-         Tu n’as pas tout à fait tort petite tête de Berlizot sauf ce que moi je recommande c’est d’aller chercher un  Premier Ministre auquel personne ne pense. Ça s’appelle mes amis prendre tout le monde à contre-pied.

-         Et tu le sors d’où ton nouveau Premier Ministre ? grinçait Berlizot.

-         Réfléchissez !

-         …

-         Un type incontestable, raide comme la justice, que même la droite ne pourra récuser…

-         S'il existait ça se saurait objecte Berlizot qui enrageait.

-         Moi je crois savoir à qui tu penses grommellait Merchandeau.

-         Alors là nous sommes sauvés si Merchandeau a trouvé lui aussi l’homme providentiel persiflait Contrucci en balançant un nuage de fumée.

-         Je suis peut-être con et j’ai la vue basse  mais j’ai été en 1981 l’officier de sécurité du président de l’Assemblée Nationale et…

-         Et ça te donne la révélation pépère, faut arrêter le délire bramait un Berlizot qui avait un peu trop liché de whisky.

-         Non sac à merde je n’ai aucune révélation mais comme je ne suis pas aussi con que j’en ai l’air je fais le rapport entre ce que dit Leblond et le gars qu’était directeur de cabinet du Mermaz qu’était aussi président du Conseil Général de l’Isère.

-         T’as trop bu Merchandeau glaviottait Berlizot.

-         C’est sans doute vrai mais Merchandeau a tout bon coupait Leblond.

-         …

-         Oui, moi, à la place de Hollande je nommerais Premier Ministre Didier Migaud le Premier Président de la Cour des Comptes et je lui demanderais de bâtir une équipe à quinze. Ça couperait la chique à la Droite, pour l’extrême-gauche de toute façon y’a pas de  solution qui lui convienne avec le jusqu’au-boutisme de Merluchon.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 31 mars 2013 7 31 /03 /Mars /2013 07:00

Ce sera à la loyale, sans coup bas ni pêche en eau trouble, une traque propre où le chasseur laisse sa chance au gibier, tout le contraire de la méthode tinette du petit Plenel qui n’en revient toujours de s’être fait lourdé du Monde. Pour lancer mon affaire j’avais invité à dîner une poignée de vieux complices qui s’ennuient ferme dans le train-train quotidien et toujours partant pour l’aventure parallèle, celle où l’on a de compte à rendre à personne, à l’ancienne. Un moment j’avais songé à leur servir un bœuf gros sel pour chauffer l’ambiance mais en définitive j’ai opté pour un bon gros pot-au-feu où la queue tenait la vedette. Bien sûr, du côté liquide la profusion des quilles les a mis en appétit. Pour ouvrir le bal je leur servis un Rachais du père Boulard qui les surpris à la première lampée, ce ne sont pas des fins palais mais de bons buveurs. Sans jouer les ramenard je leur fis un petit topo sur l’extra-brut, sans m’aventurer quand même dans la biodynamie, qui renforça mon image d’intello borderline. Contrucci, lui, lapa en sus à l’apéro quatre Casanis. Ce rassemblement chez moi les intriguait mais ils n’en laissaient rien voir en faisant comme si je les avais invités pour fêter mon anniversaire de mariage. Même qu’ils étaient tous arrivés, un peu gauche, avec des bouquets de fleurs sauf Berlizot qui s’était pointé avec une plante en pot, une azalée. Comme Jasmine, en plein pétard contre les pourfendeurs de François, pas le Pape, le nôtre, n’était pas là ils me les confièrent en balbutiant des raisons à la con. Je pris le temps de les mettre dans des vases ce qui fit dire à Merchandeau « il sait tout faire ce gars… » Opinion confirmée par tous lorsqu’ils surent que c’était moi qui avait préparé le dîner. Aucun n’osa proposer de m’aider à faire le service de peur sans doute de se faire renvoyer dans ses dix-huit mètres et surtout de se vautrer lamentablement. Tout heureux qu’ils étaient d’être chez moi ils n’en finissaient pas de chanter mes louanges. Occupé à les nourrir je les laissais monter en calories et en degrés avant de les informer de mes intentions. Ce genre d’annonce ne peut qu’accompagner les alcools forts dont ces bons bourrins raffolent.

Dans ce genre d’assemblée la surenchère est de rigueur et Duruflé, qui jusqu’ici n’avait pas beaucoup moufté, trop occupé qu’il était à s’empiffrer, sortait soudain du bois en lançant « tu te rappelles de l’équipée de Benny Levy à Palente chez les Lip… » Le silence qui s’ensuivit marquait le triomphe du malingre. Il jouissait de son avantage car évoquer devant moi le souvenir du gourou de la Gauche Prolétarienne c’était, il le savait le bougre, me replonger dans un temps où le grand n’importe quoi régnait en maître. Poursuivant son avantage Duruflé, après avoir lampé son Bas-Armagnac, ricanait « C’était le gros Geismar qui pilotait une vieille 4L vers Palente. Un peu avant l’usine, quelques camarades locaux les attendent. J’en suis car j’étais déjà des deux bords. Quand on s’aperçoit que le Benny est flanqué de Geismar ça gueule sec. « Putain, tu te prends pour un touriste. Franchement si tu pointes ta tronche dans l’usine tout le monde va se dire que les maos viennent foutre la merde dans notre grève… » Le pépère Geismar il n’en revenait pas. Ni une, ni deux, il se retrouvait accroupi au fond d’une bagnole qui, deux précautions en valaient mieux qu’une, le déposait sur le quai de la gare de Dijon pour embarquer dans le premier train pour Paris. Pendant ce temps-là, tel un brave visiteur, « Pierre Victor » dont nul ne connaît le visage du côté de Palente, franchit les grilles de l’usine, accompagné de deux ouvriers de chez Renault, sans encombre. Même qu’il se fait cornaqué par un responsable de l’accueil. Tout lui est ouvert, même les AG, à la condition qu’il respecte la libre parole et bien sûr ne participa pas aux votes. Le gars qui les accueille c’est Jean Raguenès, OS chez Lip depuis 3ans, dont Benny Levy, qui a son service de renseignement, sait que c’est un père dominicain détaché de son couvent qui fut, en mai 68, l’aumônier des étudiants en droit et qu’il a défendu les katangais de la Sorbonne… »

Duruflé biche, tout le monde l’écoute. Il quête une approbation dans mon regard. Je relance gentiment « C’était le bon moment pour être présent ! »

-         Ça c’est sûr, Benny « Pierre Victor » arrivait alors que tout se nouait. Je m’en souviens bien on était le 12 juin 1973 et Comité d’Entreprise devait se réunir  pour prendre de lourdes décisions. Depuis que le PDG Saintesprit avait démissionné à la mi-avril, les actionnaires suisses d’Ebauches SA, à qui Fred Lip avait cédé un tiers de son capital, ne l’avaient pas remplacé. Tout le monde subodore qu’ils veulent résister aux japonais de Seiko ou Kelton et aux américains de Timex mais qu’ils n’en ont rien à traire des autres branches armement, machine-outil et mécanique…

-         Ben dit-donc Duruflé y devrait t’embaucher pour les pages saumon du Figaro, ironisait Merchandeau…

-         Que veux-tu, nous, comme les Lip nous travaillions dans la précision, on en était, pas comme les branleurs de maintenant qui se la pète en baskets et en jeans et qu’on jamais vu la gueule d’un ouvrier…

-         Entre 68 et l’arrivée de grand con de Giscard qu’est-ce qu’on s’est éclaté avec les barbouzes et les mecs des CDR… Une grande époque que nous ne retrouverons jamais. Nous sommes dans une ère de médiocres, de petites bites sans envergure… surenchérissait Contrucci.

-         Y’a pas photos les mecs, même si je n’aime pas beaucoup mes curés, Piaget et Raguenès, qui ne pouvaient pas se piffer, c’étaient des couillus et même l’archevêque de Besançon, Marc Lallier, il n’envoyait pas dire ce qu’il avait envie de dire. Pas de la petite bière qui défile pépère de République à Nation, des gars qui sont capables de mettre la main sur le trésor de guerre de Lip. Opération commando à la nuit tombée qui investit la « chambre froide », là où sont stockés le disponible, vingt-cinq mille montres prêtes pour la vente, et qui met ce petit trésor en lieu sûr. Le « casse social » du siècle ! Le camarade Benny Levy à l’impression de vivre le scénario idéal, pur et dur en direct et il est partagé entre le malaise et la jubilation… L’illégalité des larges masses c’est le credo de la GP et ça le fait bander, si tant est qu’il bandât ; mais ce qui le trouble c’est que ce mouvement est entre les mains des révisionnistes modérés, Piaget CFDT et PSU est de ce type de catho dévoué qui n’est pas vraiment la tasse de thé de « Pierre Victor » qui haïssait les syndicalistes légaux.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 24 mars 2013 7 24 /03 /Mars /2013 07:00

La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on, mais à la seule et unique condition de bien savoir la conserver, la préserver des outrages du temps, même la réchauffer lorsqu’il le faut, sinon elle devient vite amère ou rance. Pour ce faire je fais mienne, depuis toujours, celle mise en exergue par Baltasar Gracian y Morales « Le mépris est la forme la plus subtile de la vengeance.  » J’attends. J’attends le bon moment. Surtout ne laisser rien paraître, ravaler son orgueil, mettre un mouchoir sur son amour-propre, garder juste ce qu’il faut de distance et de froideur apparente, résister parfois au désir de profiter d’un avantage passager car il ne s’agit pas de gagner une bataille mais la guerre, une guerre totale sans rémission ni capitulation. Réduire au silence, pas au silence éternel bien sûr, mais à une forme d’attrition qui est une destruction intérieure, invisible, préservant les apparences. Ruiner, j’aime ce mot. Croiser le regard atterré de celle ou de celui qui pensait que l’oubli avait effacé l’outrage. Quel drôle de mot, mal adapté à la blessure jamais vraiment cicatrisée. Nulle offense, nulle injure à mon égard mais cette hauteur que soi-disant donne le pouvoir à certains, les bras droit, les exécuteurs froids des basses œuvres, pour vous briser, vous ignorer, vous mépriser. Pas un mot, pas une sentence, le vide, la solitude et le gouffre, alors résister, ne pas pleurer, serrer les dents. S’accrocher. Que faire ? Dériver, laisser le temps faire son œuvre, s’armer de patience, sourire à la vie, laisser faire le hasard. Devant mon verre, à la terrasse du café de la place du Palais Bourbon, sous la chaleur du convecteur à gaz, je feuilletais la presse, morne plaine : la démission de Cahuzac, la mise en examen de l’agité, les piaillements des uns et des autres, sans intérêt. Le temps serait-il venu que je me bouge le cul, que je cesse de renvoyer à demain ce que je voulais faire ? Sans grande conviction je décidai que oui. Je payais et je rentrais à la maison faire mon paquetage.

J’adore partir sans prévenir. Ce n’est ni digne, ni courageux,  mais pratique. Où allais-je aller ? À la gare, prendre le premier train, puis réfléchir à la situation que je venais de créer. En fait je savais très bien où j’allais mais je faisais comme si. Tordu le mec, oui sans doute, simple cloisonnement entre la pensée et le faire afin de ne pas reculer, se trouver cent-mille bonnes raisons de rester le cul au chaud à ne rien faire. « Vous avez une chambre avec douche ? » La réception était minable. Le réceptionniste était minable. L’hôtel était minable. Le type me zieutait comme si j’étais un sans-papier. Ça m’énervait. Sans réfléchir j’étalais sous son nez poilu ma carte barrée de tricolore. Il déglutissait. Il toussait. Il s’étouffait. Se ruait sur le tableau des clés. M’en tendait une. Balbutiait « la 56, c’est la plus calme et la meilleure… prenez l’ascenseur à gauche c’est au cinquième…» Je n’aime pas les ascenseurs, ça réserve parfois des surprises à l’arrivée. Je le lui disais d’un air contrarié. Sa bouche s’arrondissait, aucun mot ne sortait, seul un gargouillis baveux humectait ses lèvres craquelées. J’avais soudain honte  de foutre la trouille à ce pauvre veilleur de nuit payé au lance-pierre. Je lui demandais s’il avait soif. Il dodelinait sa tête déplumée en guise d’acquiescement. « Commandez deux bocks au café d’à côté, c’est ma tournée…

-         Mais m’sieur le commissaire ils ne voudront jamais venir…

-         Alors dites-leur que c’est pour le commissaire vous verrez le service sera rapide.

-         J’suis con je n’y avais pas pensé m’sieur le commissaire…

Nous nous sommes installés côte à côte dans les fauteuils élimés de ce qui se voulait la réception de ce palace. Le loufiat qui était venu nous porter nos mousses avait eu la bonne idée de nous demander si nous souhaitions casser une petite graine. Le gars y devait penser, comme tout bon Français qui se respecte, que faire de la lèche avec un représentant haut placé de la maison poulagas c’était un bon investissement. « Et si on se tapait une bonne choucroute ? » Mon réceptionniste qui avait descendu son bock en deux lampées me contemplait comme si j’étais la Vierge de Massabielle. « Une Royale, c’est la mieux garnie…

-         Deux, avec de la moutarde forte mon garçon !

-         Oui monsieur le commissaire…

-         Et tu nous remets deux pintes sans faux-col !

-         Oui monsieur le commissaire…

C’était la première fois de ma carrière qu’on me donnait du commissaire ce que je n’avais jamais été. Le plus drôle c’est que je ne savais même pas quel était mon rang dans la Grande Maison. Je vivais hors hiérarchie depuis des lustres et maintenant que mes petits copains étaient aux manettes place Beauvau tout le monde trouvait ça très bien dans la haute hiérarchie de la Grande Maison. Je comptais bien profiter de la situation pour préparer le terrain de mes basses œuvres. La choucroute se révélait d’excellente qualité et, comme le loufiat nous avait gratifiés de portions gargantuesques, nous rotions comme des bienheureux. « Un café avec une petite prune, monsieur le commissaire ? » J’acceptais. Le réceptionniste commençait à me raconter sa vie et je l’écoutais en sirotant ma prune. Pour la première fois depuis fort longtemps je me sentais pêchu, j’avais envie d’en découdre. Sans doute sera-ce mon chant du cygne. 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 17 mars 2013 7 17 /03 /Mars /2013 07:00

Il neigeait. Les accros de la bagnole s’accrochaient à leur bagnole comme des morpions et revenait le refrain des naufragés de la route. C’est lassant à la fin. Oui, tout à coup, d’un seul coup, une armada de petits hommes orange chevauchant saleuses et déneigeuses devraient se déployer sur tout le territoire jusqu’au plus profond  des routes départementales pour ouvrir la voie à leurs sacro-saintes bagnoles. Les mêmes qui gueulent contre le coût exorbitant des services publics, pas grave il suffit de claquer des doigts pour qu’apparaisse une génération spontanée de fonctionnaires et plein de camions qui se rendormiront pour le restant de l’année. Du côté des poids-lourds, comme d’ordinaire, gros bordel, il suffit qu’un seul se mette en travers et c’est l’accumulation dans l’entonnoir autoroutier. Chœur des râleurs : faut anticiper ! D’accord les gars, mais qui va payer la facture ? Bref, tous les y’a ka et les faut qu’on se retrouvent dans la même galère et ça plaît beaucoup aux petits cons des informations. Reste les parigots têtes de veau qui braillent parce que leurs trottoirs sont des patinoires : mais que fait cette putain de municipalité ! Y z’ont oublié, l’ont-il d’ailleurs su un jour, qu’à Paris, les riverains doivent déneiger devant leur porte : c'est la règle. Bon, il ne faut pas faire n’importe quoi comme utiliser de sel si des arbres sont plantés sur le trottoir! La règle est pas toute jeune, c’est un arrêté de 1937, modifié en 1981 « En temps de neiges et de glaces, les propriétaires ou leurs préposés, les locataires, les occupants, à quelque titre que ce soit, les affectataires de bâtiments, d'immeubles d'habitations, de boutiques ou de magasins, et généralement de tous les locaux ou terrains ayant immédiatement accès sur la voie publique, sont tenus de balayer la neige après grattage au besoin et de casser les glaces sur toute la longueur du trottoir bordant la propriété » et ce, sur une largeur de 4 m. Bon, autrefois c’était les concierges qui se tapaient le boulot. Bref, plus personne dans ce foutu pays veut se retrousser les manches, c’est plus simple de rouscailler contre les agents de la Ville de Paris qui doivent tout de même se taper le traitement des 2400km de trottoirs  et, bien sûr, de la plupart des voies de circulation. J’oubliais, en plus faut payer le sel.


Moi j’avais endossé ma canadienne, chaussé mes Uggs, mis mon bonnet et m’en étais allé faire les courses à pied. J’avais une envie de pot-au-feu et de moules de bouchot. Pour ses dernières je craignais le pire vu l’état de la circulation des camions du côté de l’arc nord-ouest. Je pointais mon nez emmitouflé rue Daguerre et là, sous mes yeux émerveillés, l’étal du poissonnier n’exhibait que des merveilles. La profusion ! Tous les poissons étaient couchés côte à côte, impeccables, pas une ouïe qui dépassait ; les crabes et les langoustines, comme des chars dans le désert semblaient attendre l’ennemi. Et puis, ô chance, un beau tas de moules de bouchot me tendait les bras sauf qu’il régnait dans la poissonnerie une étrange atmosphère, lourde, silencieuse, figée. Je restais planté, face à cette immobilité, la tête sous les flocons qui voletaient lorsque surgissait une espèce de mégère mal coiffée, serrant entre ses moufles un gobelet en plastique empli de café fumant « Aujourd’hui ici on ne vend rien, on tourne un film ! » La voix de poissonnière lui allait bien au teint. Interdit, stupéfait, déjà en manque de moules alors que toutes ces moules entassées me narguaient, j’envisageais de l’étrangler. Je pestais. Je bougonnais. J’invoquais le refus de vente tout en m’éloignant pour quérir les bas-morceaux de mon pot-au-feu. Chemin faisant je me disais, qu’avec la chance que j’avais, peut-être que mon boucher n’aurait plus de queue. Ne vous méprenez pas mesdames il s’agit bien sûr de l’ingrédient indispensable à tout pot-au-feu qui se respecte : la queue de bœuf. J’entrais dans l’échoppe, m’ébrouais et mes yeux découvraient vite deux beaux paquets ficelés de queue de bœuf. J’étais rasséréné. L’optimisme me ressaisissait. Le garçon qui me servait n’y allait avec le dos de la cuillère côté poids mais, vu le prix des morceaux, ce n’était pas bien grave. Pour faire bon poids il me flanquait 5 os à moelle. Je raquais et je retournais dans le blizzard. Bien obligé de repasser devant la poissonnerie où j’allais encore me faire du mal, amplifier mon manque de moules. Ça s’agitait comme toujours sur un film. Y’a des gens qui couraient dans tous les sens. Manque pas de personnel la production, l’acteur principal lui grognait en lâchant « qu’il se gelait les couilles » Vénère je me jurais de ne plus jamais aller voir ses films mais comme je suis incapable de mettre un nom sur sa tronche de con c’est sans doute un vœu pieu. Je me rassurais en me disant que ce devaiit-être une série pour la télévision. Je ne regarde plus la télévision.


Je me suis remis à écrire. C’est dur. Je suis mou. En épluchant les légumes de mon pot-au-feu, carottes et navets, je n’avais qu’une seule idée en tête aller me recoucher. Faut dire que je m’étais levé à cinq heures. J’avais fait mon café, pressé mon jus d’orange et beurré mes tartines. Le silence, et tout ce blanc en bas dans la cour, les taches jaunes des lampadaires, j’aimais ce moment où je constatais que j’étais toujours en vie. Mon rituel est important car il me raccroche à une geste qui me persuade que je me dois d’écrire. L’évidence de ce devoir ne m’étreint guère, certes j’aime écrire mais m’astreindre chaque jour à ce devient un labeur me pèse. Même si je suis une vieille carne j’ai des désirs de cheval fou. Désirs étrangement attisés par une jeunesse qui s’accroche à mes basques. Au début ça m’a surpris. Et puis, ça m’a plus. Enfin ça m’a fait un peu peur. Mon café est bouillant, je le lapais par fines gorgées. Sur mon écran je consultais les nouvelles du jour. Le temps était venu de fermer les écoutilles pour écrire. Ce matin la productivité avait été nulle, j’avais la tête ailleurs. Mes légumes cuisaient à part. J’écumais mon pot-au-feu. Ça sentait le chaud, le bouillon. Mon téléphone sonnait. C’était le big boss de la Grande Maison. J’étais requis pour traiter le dossier Beppe Grillo. Il les inquiétait. J’étais celui, selon lui, qui pouvait le mieux décrypter son logiciel. Ma réponse le faisait tousser « il n’a pas de logiciel… il n’est que l’une des faces des deux populismes italiens… l’autre étant celle de l’indestructible Berlusconi » Pourtant j’acceptais de me rendre à la cellule mis en place. « En effet, à la différence des Indignados espagnols ou portugais, le sacre de Beppe Grillo peut traduire la métamorphose de l'indignation stérile en une protestation politique concrète. Cette victoire incommode, mais prévisible quelques semaines avant le scrutin, témoigne de l'existence d'une nouvelle forme de « populisme de la rage » qui peut se diffuser en Europe si on admet que la Péninsule est une sorte de laboratoire politique. » Je partageais l’opinion de Jacques de Saint Victor, l’historien. Mon pot-au-feu bouillottait, allaient-ils encore m’entraîner dans leurs coups tordus ? Ce n’était plus de mon âge mais je me connaissais… fataliste…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 10 mars 2013 7 10 /03 /Mars /2013 07:00

Quatre jours de soleil d’affilée nous sont tombés dessus, d’un seul trait fin qui a déchiré cette saloperie de gangue grise et molle, explosé l’ennui des jours trop courts, instillé le renouveau. Sous les oripeaux fatigués de l’hiver la sève bouillonnante et vive boute, les corolles s’ouvrent, les compas se déploient, je revis. Que faire à la sortie de l’hibernation ?  Plus envie de divaguer, de perdre mon temps avec tous ces petits calibres, ces minables sans envergure, loin de tout, loin de nous, revenir à l’essentiel. J’ai besoin d’appuis pour changer de pied sans pour autant m’esquiver, fuir, et je ne sais encore si je vais les trouver. État de latence, entre-deux incertain, je n’attends rien de très précis mais je suis aux aguets, inquiet. La frivolité dans laquelle je me suis installée m’a amolli. J’ai pris goût à la facilité. Me laisser vivre, me contenter d’être spectateur, de manier une ironie distante et creuse, de me tenir à distance, tout en assurant l’intendance de la maisonnée ça a été ma manière lâche de me planquer. Des excuses j’en ai une pelletée. Ce pays se complaît dans la grogne, l’aquoibonisme, les querelles subalternes, sensible aux discours les plus stupides, les plus réducteurs. Nos dirigeants sont des pleutres, chassant en meute, dépourvus de projet, simple chasseur de voix, incapables d’assumer les choix difficiles obsédés qu’ils sont de leur réélection. Le livre de Le Maire, Jours de Pouvoir, m’a plongé dans l’affliction. Ce garçon intelligent, trop sans doute, entré en politique avec une cuillère en argent entre les dents, s’est comporté comme un brave gentil toutou aux ordres de son maître agité. Inquiet de ses réactions, toujours prêt à ployer le genou, à boire ses longs monologues, incapable de l’interrompre, de le sortir de ses obsessions, de contrer les arguments de sa garde rapprochée, il vient maintenant nous donner la leçon. C’est indécent. C’est se moquer de nous. Nous prendre pour des cons. Sans vouloir ironiser le père Le Maire il aurait dû titrer son livre Jours d’avion, vu que son maître, lui et quelques autres courtisans passaient leur temps dans les Falcon de la République, à aller câliner leurs électeurs.


Je déraille un peu mais, comprenez-moi, lorsque je lis les propos sur la situation politique en Italie de ce belle esprit, qui s’est contenté de recueillir l’héritage de Jean-Louis Debré dans l’Eure, je suis stupéfait. Je pourrais en rire mais je n’ai même plus envie de rire.  Notre belle pousse élevée sur le riche terreau de nos grandes écoles nous dit, droit dans ses bottes « L'Italie a été gouvernée pendant un an par un homme qui n'avait pas été élu par le peuple. Dès la nomination de Mario Monti au poste de président du conseil, fin 2011, j'avais dit : « Attention, c'est prendre un risque politique majeur. » Par leur vote, les Italiens n'ont pas seulement adressé un message à leurs élites nationales, ils ont voulu dire : « Nous, le peuple, nous voulons garder la maîtrise de notre destin. » Et ce message pourrait être envoyé par n'importe quel peuple européen, y compris le peuple français. C’est beau comme une déclaration courageuse mais ça n’en est pas une. Les dirigeants des deux bords me saoulent avec leur perspicacité, leur lucidité retrouvée lorsqu’ils ont quitté les ors du pouvoir. Là tout redevient possible. Leur mutité disparaît. Leur voix porte loin. Ils sont le recours. « Oui, et en même temps, il y a quelque chose de sain dans cette réaction : c'est un appel à plus de démocratie. Les peuples européens sont en détresse. Les jeunes n'ont aucune perspective. Des chômeurs s'immolent devant Pôle emploi. Des associations caritatives ne parviennent plus à fournir ceux qui ne mangent pas à leur faim. Et que fait l'Union européenne ? Elle oppose sa splendide indifférence. Son attitude nourrit le populisme. Pour sauver l'Europe, il faut une autre Europe. »


« Nous avons perdu parce que nous avons manqué d'audace. Si nous étions allés au bout de nos convictions, nous aurions eu le respect de nos électeurs. Nous devons avoir pour obsession de faire réussir la France dans la mondialisation, de redresser les capacités de production et de travail afin que chacun trouve sa place. Cela suppose de changer radicalement de modèle, de bousculer les avantages acquis, y compris sur la scène politique». Ça me saoule cet éternel couplet. J’en ai marre, plein le cul de ces jeunes loups aux dents longues qui vont renverser la table, tout changer, pour bien évidemment se coucher si le chef siffle la fin de la récré.  Là j’ai décidé d’abaisser le rideau de fer de ma boutique. De faire un retour sur moi-même. Fini de batifoler dans les soupentes de l’UMP, à la terrasse des cafés. Je me remets à l’écriture. Lever matinal. Vie monacale. À nouveau souffrir. Cesser de virevolter, d’aligner des phrases faciles. J’envisage de partir. De quitter ce pays. De m’exiler. De m’embarquer sur un cargo mixte. Simples velléités post-hivernales ou réel désir de rupture, comme toujours chez moi les contours restent flous mais j’ai la certitude que le hasard va m’ouvrir à nouveau une large fenêtre. Là il ne sera plus temps de tergiverser. Y aller ! Et j’irai. Tous mes virages à 180° je les ai pris ainsi, brutalement, seul, déterminé et serein. J’aime me faire peur. Voisiner le précipice, inconscient, hors tout calcul. Je me dis aussi que ce sera sans doute mon dernier virage. Après, il n’y aura plus d’après, plus de perspectives, l’espace va se rétrécir. Plus personne ne pourra avoir de prise sur moi…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 24 février 2013 7 24 /02 /Fév /2013 07:00

photoPeggy2b.jpgMiss Piggy, elle, c’est une star… l’autre une truie moche…


« Winston Churchill observait que si les chiens nous regardent d’en bas et que les chats nous regardent de haut, les porcs nous traitent d’égal à égal. Celui de la cochette Marcela avait lui plutôt tendance à nous toiser du haut de sa supériorité intellectuelle par ailleurs bien réelle. Dylan Thomas, en peu de mots, condense mieux que quiconque la situation « Des porcs grognent de joie dans un bain de fange, et sourient tout en reniflant dans leurs rêves. Ils rêvent d’un univers d’eaux grasses et de glandées, de fouilles dans des gisements de truffes, des trayons cornemuses de maman-truie, de renâclements et reniflements consentants de dames gores en rut. Vautrés dans un bain de boue et de soleil, leurs queues frisent ; ils batifolent et bavent et ronflent dans un béat sopor d’après-purin. » De tout temps traiter quelqu’un de porc, de cochon ou de truie c’est lui faire endosser les pires défauts, gloutonnerie, paresse, goût immodéré de la saleté, de la copulation débridée… Ne dit-on pas avec mépris « vivre dans une porcherie », « manger comme un porc », « faire des cochonneries », « être un vieux cochon » mais en revanche les petits cochons sont toujours charmants, même un peu téméraires, affectueux et surtout ils triomphent toujours de ce con de loup. Et pourtant, l’homme et le cochon cohabitent depuis plus de cinq mille ans, le premier offre le gîte et le couvert, la sécurité, et la second se sacrifie pour assurer la survie du premier. Reste miss Piggy du Muppet Show de Jim Henson, mais, elle, c’est une star, une vraie en déshabillé avec boa en plumes d’autruche, pas une Zahia moche, vaguement philosophe, appointée par le CNRS, cachetonnant à Libé qui va se vautrer avec un goret dont elle dit avec délicatesse  « Tu étais vieux, tu étais gros, tu étais petit et tu étais moche. Tu étais machiste, tu étais vulgaire, tu étais insensible et tu étais mesquin. Tu étais égoïste, tu étais brutal et tu n ‘avais aucune culture. Et j’ai été folle de toi » Mon cul, c’est du poulet ma poule aux œufs d’or, tu l’aurais croisé sans jamais le voir s’il n’avait pas été ce qu’il est : un puissant, même déchu. »


Dérisoire, cette tribune libre je l’ai gardé en magasin car comme l’a écrit un journaliste « du jour où elle est entrée dans son lit, elle a commencé son récit, sa chronologie d'une coucherie ». Tout est bon dans le cochon, et j’ai tendance à penser que la cochette, à la manière d’un Günter Wallraff, choisit sa cible et s’infiltre, de l’entrisme quoi. Courageuse la Marcella, mais très lucide sur ses appâts  « Je pensais, ébahie : plus elles sont moches et vulgaires, plus elles doivent lui plaire. Certains prétendaient que tu n'avais pas le physique pour trouver mieux. Mais je ne me suis jamais ralliée à cette hypothèse mesquine. J'étais sûre que si l'on te faisait choisir entre Angelina Jolie et un laideron, tu aurais choisi le laideron. » Elle beau mettre des rubans roses autour de ses cochonneries, ça sent le lisier « Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. […] Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. […] L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. […] Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit […] « Il m'a fallu du temps pour comprendre cet étrange dédoublement qui faisait de toi à la fois un beauf et un grand poète, une brute et un artiste des plus raffinés. Que ce n'était pas l'homme qui composait tes phrases mais le porc. De comprendre que tu n'es pas un porc quelconque mais le roi des porcs. Ta grandeur, ta seule véritable grandeur est là, dans la manière sublime que tu as, quand le désir s'empare de toi, de cracher dans des phrases la beauté, la densité, la puissance de ta condition. »


Dans ce truc, ce machin médiatique, ce n’est pas le fond qui me passionne, car y’a pas de fond, c’est du creux, du vide, mais l’écume provoquée par les remous. C’est jouissif. Y’a les « je vous l’avais bien dit », féministes de profession, du type Clémentine Autain qui en profitent pour crucifier la cochette. Normal, chacun défend son de commerce. Ce qui me passionne ce sont les déçues : comme l’illustre inconnue Peggy Sastre qui dans la même crémerie du Nouvel Obs. tendance cul, s’indigne  « Il y a des gens qui construisent leur vie autour d'un tas de principes, je n'en suis pas. À part, peut-être, celui-ci : les idées sont plus importantes que les personnes. Elles les dépassent, elles les éclipsent, elles valent davantage. C'est en tout cas à ce « précepte » que je m'accroche depuis jeudi matin, depuis que j'ai appris que Marcela Iacub, soit l'une des intellectuelles françaises et contemporaines que j'apprécie le plus, avait, selon toute vraisemblance, pété un plomb. » Bravo ! Puis vient la déception vacharde « Non, l'aspect le plus pénible de l'affaire (le plus triste, car je crois bien ressentir de la tristesse), c'est de voir qu'en un seul livre, en un seul coup médiatique motivé – eh bien, motivé par je ne sais pas trop quoi, en fait : une maladie égotiste ? Un désir de célébrité ? Des impôts à payer ? – Marcela Iacub occulte toutes les idées qui m'avaient attachée à sa pensée. Des idées qui m'avaient incitée à écrire des articles sur elle, à l'interviewer à plusieurs reprises et à lui demander une préface pour un de mes livres. Sans doute que son refus avait eu des raisons « profondes » assez pragmatiques et matérielles (mon éditeur ne rémunérait pas les préfaces, du moins pas à hauteur de ses « prétentions »), mais sa justification « officielle » m'avait beaucoup plu : en substance, elle m'avait répondu que mon livre n'avait pas besoin d'être adoubé, qu'il se suffisait à lui-même, qu'il ne nécessitait pas de garde-fou, pas de tuteur. » Putain, c’est du lourd dans le petit marigot des plumitives, reste plus qu’à convoquer Angot, Despentes et Catherine Millet. Je ne résiste pas à vous offrir le cœur du débat vu par une libertaire en peau de lapin :


Faire le portrait d'un « cochon » ? D'un jouisseur bas du front obnubilé par son propre et immédiat et bon plaisir, au détriment de tout le reste et de tous les autres? Su-per.

S'interroger sur son histoire d'amour ? Comprendre comment une femme si belle, si admirable, si dense, si slurp-slurp-slurp-que-moi-même-je-m'aime-trop, a pu s'éperdre pour un tel « soudard », consommateur compulsif de ces « femmes (...) laides et vulgaires », capable de générosité « envers toute femme pour autant qu'elle ait les organes adéquats »? Trop su-per.

Faire peur, une énième fois, à la Frrrance qui, avant même d'être passée aux urnes, allait sans conteste-c'est-sûr-c'est-plié-tu-vas-voir, faire de ce "cochon" son président? Trop, trop su-per. Vraiment. On tient là le sujet du siècle, coco, servi en plus par un style absent (de ce que l'on a pu lire dans les « bonnes feuilles »). On n'en demandait pas tant. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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