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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 00:09

noname 

Chers vous tous,

 

 

Vous le savez, en dépit de ma réputation d’emmerdeur, je suis d’assez bonne composition, j’ai même consacré une part de ma vie professionnelle à m’intéresser à votre région, à agir aussi au temps du 78 rue de Varenne, à tenter de tracer des perspectives, à proposer des solutions en tant que Mr Rapport et je suis tout prêt à croire ce que vous me dites. Je ne doute pas un seul instant de vos bonnes intentions, de votre bonne volonté, mais tout de même en vous lisant, plus précisément en lisant le communiqué de vos 8 chefs, pas moins je les ai compté, permettez-moi de vous avouer que vraiment vous ne me faites pas rêver. Certes vous revenez de loin, je le sais mieux que quiconque mais tout de même croyez-vous vraiment que le mets que vous nous proposez soit vraiment très gouteux, qu’il nous donne envie. Sans vous offenser, je trouve votre frichti un peu lourd, pas très affriolant, comme un plat réchauffé d’un restaurant de collectivité.

 

Mais, me direz-vous, de quel droit venez-vous juger le contenu de nos marmites ? Qui vous a mandaté ? Quelle est votre représentativité ? Qui êtes-vous donc pour vous arroger le droit de nous remonter les bretelles, de venir mettre votre nez dans nos écuelles ? De droit je n’en ai aucun, je les ai tous sous l’expresse obligation de m’en tenir à ce que mes devoirs m’imposent. Je ne représente que moi-même, et c’est déjà beaucoup. Je ne suis qu’un petit chroniqueur sur la Toile qui s’efforce de faire au mieux son travail. En effet, sans la liberté de blâmer il n’y a pas d’éloges flatteurs et s’il faut se contenter de copié-collé des communiqués émanant de vos instances je ne suis pas certain que mes lecteurs, qui sont pour le plus grand nombre vos consommateurs, me trouveraient très crédible.

 

Les consommateurs, ai-je écrit, ces drôles de petites bêtes pleines d’idées reçues, ne me semblent pas au cœur de vos préoccupations. Votre cible première ce sont les grands acheteurs de la Grande Distribution française et internationale, ceux qui sont entre vous et nous. Souci fort louable puisqu’ils sont le passage obligé des plus gros volumes de vos vins. N’ai-je pas été l’un des premiers à répondre à la question : comment mieux positionner nos vins à l’exportation ? Oui il faut segmenter l’offre mais alors tout commence dans vos vignes, la simple application d’un cahier des charges n’offre que la garantie minimale normale. Votre vignoble est mixte, ce qui n’est ni un handicap, ni une tare, mais quand vous fondez le socle de votre pyramide sur un large réservoir baptisé récemment Languedoc je ne suis pas certain que, pour monsieur et madame tout le monde de Romorantin, de Birmingham, de Shangai ou d’ailleurs, la ligne de partage entre vos vins et ceux que je nomme, par pure facilité de compréhension, les Vins de Pays d’OC, soit évidente. Bien sûr que non et c’est si vrai que cette grande IGP propose une grille de lecture homothétique à la vôtre et une échelle de prix très cousine germaine.

 

Alors pourquoi diable nous avoir exposé dans votre besogneux et verbeux communiqué tout le cambouis de votre démarche. Qui ça intéresse ? Les acheteurs de la GD peut-être mais franchement pas les consommateurs de vos vins que nous sommes. Les amateurs férus des subtiles complexités de nos AOC se fichent comme de leur première chemise de votre construction lourdement marketing de première année d’école de commerce ; quand aux consommateurs lambda l’érection de votre petite pyramide ne va pas les convaincre ou vaincre leurs éventuelles préventions à l’égard des vins du Languedoc. C’est en cela que votre démarche m’étonne : vous vous parlez à vous-même, vous tentez de faire de la communication interne afin de justifier une démarche sélective de promotion interprofessionnelle. Je ne suis pas contre mais ce n’est pas elle qui va faire progresser la notoriété de vos vins. Lorsque les Grands Constructeurs automobiles promeuvent leur modèle haut de gamme ils ne mettent pas en avant leurs chaînes de montage que je sache. De même, lorsque Pernod-Ricard veut entretenir l’image super-prémium de sa Vodka Absolut il se garde bien de soulever le couvercle des alambics !

 

Que je sache aussi le but ultime de votre démarche c’est que les consommateurs identifient, reconnaissent, achètent en tant que tels des Grands Crus du Languedoc. Dans notre société du paraître la bouteille de vin que l’on pose sur sa table ou que l’on achète pour offrir ou que l’on commande au restaurant à une fonction statutaire. Elle est comme le vêtement, la voiture, la maison, les loisirs, un signe extérieur de ce que l’on est ou de ce que l’on veut être. Tout le problème pour vous est, comme souvent dans ce type de démarche, de savoir si vous voulez plaire au plus grand nombre de vos mandats ou séduire les consommateurs. Dans la seconde hypothèse la démarche est assez élitiste, très sélective, proche d’une forme d’écrémage dont l’objectif final est de mettre en avant ceux que les amateurs ont déjà reconnus comme étant les meilleurs. La notoriété se bâtit non sur une bonne moyenne mais par l’excellence, par le haut. Tout le monde ne peut aller du même pas surtout dans une région composée d’un patchwork d’appellations. L’égalitarisme, qui n’a rien à voir avec l’égalité des chances, est souvent niveleur donc antinomique avec une construction de type hiérarchique.

 

Vouloir faire progresser le plus grand nombre est un objectif louable que je comprends parfaitement mais, je le répète, c’est une démarche interne qui s’adresse à chacune de vos appellations, à chacun de vos vignerons, à chacune de vos coopératives, à chacun de vos négociants régionaux et nationaux mais pas à nous consommateurs. Nous y serons sensibles bien sûr mais, puisque votre volonté affichée, est que nous reconnaissions sous la dénomination Grand Cru l’excellence de certains de vos vins, alors faites en sorte de mettre en avant ceux et uniquement ceux qui sont en mesure de nous en convaincre sans pour autant verser dans la folie des grandeurs. Il ne s’agit pas pour vous d’acheter à vil prix des quartiers de noblesse mais de mettre en avant votre capacité à jouer dans toutes les cours. Pour y arriver je ne suis pas persuadé que l’échelon interprofessionnel soit le plus efficient car sa tendance naturelle est plutôt de produire des accords minimalistes. Sans vouloir jouer le vieux sage je me permets de rappeler que ce qui a fait, pendant très longtemps, la force et la vitalité de notre système d’appellation contrôlée c’est que la volonté collective des vignerons rejoignait souvent les désirs de leurs consommateurs. La dilution des AOC dans un grand foutoir indifférencié a produit, et produit encore, ses effets massificateurs alors, chers vous tous, n’en rajoutez pas, cessez de nous balader sur des autoroutes en nous faisant accroire que ce sont des chemins de traverse.

 

Au terme de cette chronique j’ai parfaitement conscience de n’avoir guère fait avancer le dossier mais c’est mon lot dans votre belle région. Mais l’important dans cette affaire n’est ni le devenir, ni l’efficacité de mes propos mais la réalité des vins de ce grand et beau vignoble. Comme l’écrivait Michel Smith (interprétation libre de ses écrits) : les grands crus du Languedoc existent je les ai rencontrés. Moi aussi, je les ai rencontrés et nous sommes un grand nombre à soutenir cette vérité. Que diable, chers vous tous, vivez votre vie sans vous scotcher au modèle bordelais, soyez vous-même, cessez de jouer aux petits choses, sortez de vos histoire d’hommes, de structures, de trucs auxquels nous ne comprenons rien ! Surprenez-nous ! Faites-nous des vins joyeux, festifs, rock-and-roll pas des trucs guindés avec des nœuds papillons de parvenus. Tout est possible chez vous !

 

Pour preuve, juste avant d’écrire cette chronique qui me pesait sur le cœur je suis allé dîner dans un restaurant thaïlandais de l’avenue du Maine « Spice and Wine »  que m’avait recommandé Myriam Huet. Excellente cuisine et carte des vins remarquable avec le conseil éclairé de celui qui l’a composée. Bref, j’ai commandé pour accompagner notre repas un Vin de Pays d’Oc rouge « Les Creisses » 2007 du domaine Philippe Chesnelong à Valros*. 40% Grenache, 50% Syrah, 10% Cabernet Sauvignon avec un élevage de 14 mois en barrique que j’ai payé 27 euros. (Le site la cave de Jean-Yves voir ci-dessous affichait le 2003 à 12 euros). En citant ce vin qui n’est pas d’appellation, qui plus est produit dans le terroir du célèbre bougon des cépages avec des conseils bordelais, je ne cède à aucune espèce de forme de provocation. Bien au contraire je souligne, car ce vin était remarquable, croquant, bien adapté aux mets, que le Languedoc est un formidable réservoir d’excellence. Pourquoi ne pas cultiver le mythe de la nouvelle frontière avec ses pionniers, ses bâtisseurs, le tout est possible...

 

Comme le disait, avec son art de la formule qui frappe, le Général à son Ministre des Finances qui voulait, à l’instar d’Antoine Pinay, accoler son nom à un emprunt « Vous avez raison, Giscard, cela fera un joli nom d’emprunt... » Grand Cru pourquoi pas, mais de grâce pas une dénomination d’emprunt à quatre sous la livre. Du vrai, de l’authentique, et comme vous avez déjà des pépites ce n’est que le début de la reconquête. Vous dites vouloir entrer dans notre imaginaire : alors faites-nous vraiment rêver de vos vins gens du Languedoc !

 

J’en ai fini ou presque.

Bien à vous tous.

Je cours de ce pas me réfugier dans l’enclave d’Embres&Castelmaure et demander l’asile au grand président Patrick Hoÿm de Marien. Là-bas j’écouterai les nouvelles du monde sur un poste à galène et je posterai mes chroniques à l’aide de signaux de fumée. Le sieur Pousson revenu en coup de vent de Catalogne me mitonnera de temps en temps de bons plats. Je boirai de bons coups. J’inviterai mes copines à venir oxygéner leurs petits poumons urbains. Je marcherai dans les vignes. Je ferai la méridienne. En un mot je n’en ficherai plus une rame mais j’écrirai... enfin !  Mes Mémoires ? Non bien sûr ! Un livre sur le vin ? Heureusement pas ! Alors quoi ? Je ne sais pas,  mais ce dont je suis sûr c’est que je partirai de nulle part pour aller je ne sais où en passant par des territoires inconnus...

 

Jacques Berthomeau

 

* « Le domaine des Creisses (32 Hectares) est né de la reprise dans les années 90 par Philippe Chesnelong d’une exploitation familiale d’une centaine d’années, avec l’ambition d’en exprimer son terroir et d’y réaliser un grand vin rouge de Méditerranée. Depuis 1997, il est aidé dans cette entreprise par son talentueux cousin Louis Mitjavile de Saint-Emilion, qui prodigue par ailleurs ses conseils dans le monde entier. Bien entendu les produits chimiques sont exclus au profit de la méthode de lutte raisonnée avec prévention des maladies par une aération optimale des grappes de raisin, l’enherbement du vignoble et les apports de matières organiques pour avoir des sols équilibrés et vivants. » 

L1010192 

De Gaulle à la plage Jean-Yves Ferri chez Poisson Pilote

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

jeff carrel 27/05/2011 07:08



Comme je crois qu'il faut vous mettre les points sur les I, je soulignais simplement que les acteurs que je rencontre tous les jours vignerons (coop et particuliers) négociants distributeurs
et autres cavistes ne m'ont pas parlé un instant de ce classement et que oui cela ne les préocupent pas plus que les miettes sur la table après un repas. Et pour continuer, faire mieux que de
décider me parait un concept assez simple, c'est par l'exemple que nous arriverons. Aujourd'hui de plus en plus d'acteurs sont reconnus dans le monde pour leur savoir faire et leur faire savoir,
de Bertrand à JC Mas, d'Olivier Julien à Gauby, de la Negly à Claude Gros, des Caves du 41 à Embres, la liste est longue et s'allonge tous les jours. Quand à votre dernière remarque sur le
fait que vous achetez votre vin, je ne pensais pas qu'il était nécessaire que vous le précisiez.



Jeff Carrel 25/05/2011 08:29



Bonjour,


mes différentes activitées me font circuler dans le vignoble Languedocien et fort de constater que cette question des GC n'agite que la toile, comme des miettes à la fin d'un repas. Il est
mieux de faire que de décider,


A+


Jeff Carrel, Eclectic Winemaker



JACQUES BERTHOMEAU 25/05/2011 20:17



Et alors c'est normal pour un eclectic winemaker de traiter de miettes les consommateurs que nous sommes. J'adore le circulez y'a rien à voir de la part d'un gus qui, en dépit de ses différentes
activités dans le vignoble ne voit que ce qu'il voit et n'a pas plus de surface que la sienne. Il est mieux de faire que de décider dites-vous, ça ne veut rien dire. Enfin moi je ne m'agite pas
je lis ce que je lis et j'achète mon vin



gus 25/05/2011 07:44



A propos d'Aubrac:


http://www.aubrac-symphonie.com/


 



Mémé Cad 24/05/2011 23:50



J'aime bien le post d'Irène, j'abonderais volontiers dans son sens.


Les spécialistes pourraient argumenter, y a de la matière


Enfin bon, moi je dis ça...il est tard, j'ai même pas préparé mes commandes pour demain, à papillonner sur la toile alors que je pourrais déjà, comme vous, être sous la couette. 


Le plus difficile est toujours de savoir pour quoi faire et surtout avec qui



Mémé Cad 24/05/2011 22:07



Ouep. De même que pour désigner les Palaces français a été déléguée une tripotée de Jet Setters qui n'ont rien à voir avec le métier, on pourrait choisir pour désigner les Grands Crus du
Languedoc : Dédé, Paulo, Tony, Pascaline, Germaine et Marie-Sophie, piliers du Café de la Poste.



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